Lina Trabelsi

Adieu à toi , l’enfant béni de l’Afrique.


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Aujourd’hui , l’humanité perd un de ses enfants les plus chères. Comment ne pas parlerde Madiba en ce jour ? Ceci ne sera qu’un article parmi tant d’autres mais nous nous devons de rendre un hommage à la hauteur de l’homme que fût Nelson Mandela même si cet hommage ne pourra jamais égaler sa grandeur.

Le bouillonnement des médias et des réseaux sociaux en dit long , peut être en faisons nous trop. Mais cet « excès » bienfaiteur ne fait que nous ramener à une triste réalité de notre histoire . Connaîtrons nous encore de grands hommes comme Mandela , Ghandi , ou Martin Luther King ,  de ceux qui ont fait rayonner la paix dans le monde et qui nous donneront encore cet espoir d’atteindre la paix ultime ?

 

Chacun de nous est marqué par l’histoire de cet homme. Personnellement , je retiendrai de lui mon premier article publié à El Watan , à la suite de son hospitalisation. Les journaux ont cette anticipation morbide mais essentiel à devoir préparer un article dans le cas où il décéderait. Pour mon article , ce ne fut pas le cas , mais nous étions à une période où chaque jeudi (jour de bouclage) nous apportait de nouvelles informations concernant une dégradation de son état de santé. De Juin à Décembre , il aura parcouru un long chemin vers la liberté , la sienne.

Nous connaissons à peu prés tous quelques pans de son histoire. Son emprisonnement , sa cellule à Robben Island mais surtout sa lutte contre l’apartheid , qui a donné lieu à la bien-nommée « nation arc-en-ciel ».

 

« Algeria made a man out of me »

Mandela a eu une histoire d’amour et d’amitié avec l’Algérie. Un lien que les Algériens garderont à jamais avec lui.

En 1961 , un an avant l’indépendance de l’Algérie , Nelson Mandela reçoit une formation militaire au sein de l’ALN (armée de libération nationale) où il se lie d’amitié avec Chawki Mostefai (alors représentant du gouvernement provisaire algérien.) , et Ahmed Ben Bella.

En 1990 , après sa libération , il revient en Algérie où il prononce cette phrase chère aux Algériens « Algeria made a man out of me ».

Entre temps , l’Algérie n’a cessé de former des officiers de l’ANC (african national congress) pour libérer l’Afrique du Sud du joug ségrégationniste. Parallèlement , une lutte diplomatique acharnée fut menée contre l’Apartheid en excluant l’Afrique du Sud de l’ONU en 1974 , alors que l’Algérie représentée par un certain Abdelaziz Bouteflika présidait la séance plénière.

 

Alors , en tant qu’algérienne , africaine et citoyenne du monde , je te promets Mandela , de finir « Un long chemin vers la liberté » , d’admirer tes multiples chemises bariolées , et de continuer chaque jour de donner une chance à la paix.

 


Algérie-Burkina Faso: dernière ligne droite pour le Brésil

La pression monte , plus que quarante cinq minutes avant le coup d’envoi du match qualificatif qui déterminera qui sera l’heureux gagnant du billet pour le mondial de football au Brésil. L’enjeu est de taille pour le peuple algérien pour qui une éventuelle victoire sera l’occasion de retrouver l’euphorie et l’union suscitée par le pouvoir exceptionnel du football dans le pays. Pour vivre l’événement, suivez mon direct sur Storify avec les derniers commentaires , photos et vidéos des supporters !

https://storify.com/lina_trabelsi/algerie-burkina-faso-un-match-pour-le-bresil


Un mandat sur quatre roues

Un mandat sur quatre rouesLa nouvelle est tombée. Au pouvoir depuis quatorze ans , Abdelaziz Bouteflika se présente à nouveau pour un 4e mandat. Le parti majoritaire du FLN (Front de libération nationale) à travers son secrétaire général Amar Saidani, a désigné le président actuel (de 1999 à ?) comme candidat officiel du parti. Ce que Bouteflika chuchote aux oreilles du FLN , le FLN le crie haut et fort.

A 76 ans , l’actuel dirigeant a soulevé toutes les interrogations possibles quant à une candidature pour un 4e mandat. Après son AVC contracté en avril dernier, son retour en Algérie au mois de juillet et ses furtives apparitions politiques ; tous les paris étaient permis. Après les rumeurs de mort, l’incapacité physique à diriger le pays , ou une révision de la constitution pour rallonger son mandat actuel de deux ans, Bouteflika a finalement décidé de défier le naufrage de la vieillesse au profit de son addiction au pouvoir.

Pour l’heure, le président actuel n’a pas annoncé sa propre candidature. Un comble pour le peuple algérien, qui se contente des seules images finement montées par l’ENTV*. Passif, le peuple suit les interactions silencieuses du président avec ses visiteurs, dégustant quelques gâteaux au passage .

C’est Amar Saidani, secrétaire général du FLN au passif de drebki* (je tenais à le signaler) qui s’est chargé d’être le porte-parole informel de la campagne de Bouteflika. Dans son argumentaire, il a tenu à rappeler le bilan positif du mandat actuel du président « en témoignent les projets gigantesques réalisés à travers toutes les régions du pays » . Il marque un point certes. Mais en allant plus loin dans sa déclaration, on découvre une vision assez « intéressante » de la non-limitation des mandats présidentiels « qui selon lui n’est pas propre à l’Algérie, c’est le cas même des Etats les plus démocratiques». Qu’il nous explique donc sa définition des Etats « les plus démocratiques ». Si nous partons d’une mentalité paradoxale, alors nous pouvons effectivement conclure que la non-limitation des mandats n’est pas une politique propre à l’Algérie, mais aussi propre au Zimbabwe où le président Robert Mugabe siège depuis 26 ans.

Qu’importe le résultat des élections, Bouteflika compte bien donner un dernier sprint de fauteuil roulant avant la ligne d’arrivée.

ENTV: Chaîne de télévision publique

Drebki : joueur de derbouka , sorte de tam-tam utilisé dans la musique orientale.


Présidentielle de 2014 : Avec Khadra , la fête est plus folle !

Yasmina Khadra Flash Info : Alors que je me remets de ma gueule de bois post-1er Novembre , qui , je vous rassure , donne suite à un excès d’euphorie et non d’alcool ; voilà que je découvre aujourd’hui que le célèbre écrivain Yasmina Khadra aurait l’intention de se porter candidat aux élections présidentielles de 2014. Coup médiatique ? ou réelle conviction politique inattendue ? le mystère reste entier. En vous parlant de Rachid Nekkaz dans mon avant dernier article , je pensais avoir tout vu. Mais compte tenu de cette nouvelle , les présidentielles algériennes me réservent encore de nombreuses surprises.

Je reste encore ébahie par la nouvelle au point de ne pas vouloir y croire. Pourtant , de nombreux médias algériens et français le confirment , notamment le quotidien Liberté qui organisait ce jour une conférence intitulée « Place du talent algérien dans le monde » auquel l’auteur de « L’Attentat » a participé. Au cours de cette conférence , Yasmina Khadra , de son vrai nom Mohamed Moulessehoul en profitait pour communiquer sa sérieuse intention à prétendre au poste de Président de notre chère République démocratique et populaire . Il a d’ailleurs confirmé cette annonce à l’AFP « C’est officiel , je suis candidat à la présidentielle de 2014 ». Officier puis commandant de l’ANP (Armée Nationale Populaire) pendant 36 ans , auteur censuré puis clandestin , l’actuel directeur du Centre Culturel Algérien à Paris entre maintenant dans la course folle (au sens propre) de la présidentielle algérienne. Il a fait briller la littérature algérienne au yeux du monde entier , aujourd’hui c’est l’Algérie toute entière qu’il veut représenter. Certes , l’Algérie est friande de démocratie et de renouveau politique avec le désir de donner un coup de jeune à une sorte de famille Adams qui a l’air de ne jamais vieillir malgré les cannes et les fauteuils roulants. Mais alors , pourquoi la surprise de cette candidature a un goût aussi aigre ? J’essaie tant bien que mal de trouver tous les points positifs à cette candidature , mais cette tentative est semblable à mes multiples essais d’ingestion de chocolats « Mon chéri » pour finalement les recracher. J’essaie donc de deviner quelles seraient les avantages à avoir Yasmina Khadra comme président . Et voici le top 3 des bonnes raisons d’avoir Yasmine Khadra comme président ! 1) On pourra s’en vanter pour les 30 ans à venir , comme quand l’Algérie a battu l’Allemagne en 1982 au mondial de football. 2) Il pourra aligner plusieurs mots en français sans faire de fautes. 3) Comme il le déclare à la fin de cet article d’El Watan, « L’Algérie ne peut être sauvée que par des femmes ».   Pour l’heure il est difficile de juger de la sincérité de cette initiative , et de ses réelles motivations. Personnellement , je me contenterai de ses livres.


Révolution, exil et élucubrations algériennes.

De Montpellier à Beyrouth , deux blogueurs ont décidé de faire un petit arrêt à Alger à l’occasion du 1er novembre. Expérience de coé-criture avec Missiou.A , rédacteur pour « Algérie d’ici et de là-bas » .

Pour cet article, je prends la place de votre palmier tripolitain préféré, mais je vous promets qu’elle va bien et qu’elle sera très vite de retour. Elle est juste partie à la chasse aux bonbons pour Halloween. Dans le pays dans lequel elle a choisi de vivre, le 1er novembre est celui de la Toussaint, fête religieuse. À la même époque, cela faisait plus de 80 ans qu’ils occupaient l’Algérie, cette colonie de peuplement, cette Algérie française. Nous sommes aujourd’hui en 2013, et l’Algérie n’est qu’algérienne, seulement algérienne, République démocratique et populaire à l’occasion. À la faveur de la sélectivité de la mémoire, de l’amnésie collective, la France a décidé d’oublier la période 1954 – 1962. Ensuite, à la faveur de la force des mots, de l’agilité de la plume et de l’élégance de la rhétorique, les « événements » ont commencé à être reconnus à demi-mot. Des événements, puis une guerre, une révolution.

Un certain 1er Novembre n’est pourtant pas étranger à la France. Il ne s’agissait pas de n’importe quelle Toussaint, mais d’une Toussaint rouge, rouge sang. Pour nous, elle constitue les prémices du commencement, un commencement qui semble-t-il, dure jusqu’à aujourd’hui. Début de la glorieuse révolution nationale pour les uns, tragique Toussaint rouge pour les autres ; les mots trahissent la perception. Toujours est-il qu’il y a 59 ans, des hommes ont décidé qu’il était temps de marcher vers la liberté. Sans eux, je ne sais pas si je serais en train d’écrire ses lignes en tant qu’Algérien… Mais attends, tu es là toi ?

 “Votre correspondant est injoignable pour le moment , veuillez réessayer ultérieurement”

 – Oui , je suis bien là , je suis là depuis 93 alors que les bombes flagellaient le sol algérien. Je ne suis pas allée demander des bonbons aux voisins aujourd’hui, mais je garde un souvenir commun d’Halloween et du 1er novembre à Alger. C’était le 31 octobre 2004 à minuit, on fêtait le quarantième anniversaire du déclenchement de la guerre. Je me souviens encore de cette nuit où un gigantesque feu d’artifice scintillait dans le ciel étoilé pour plonger dans la baie d’Alger. Je tentais de cacher mon émotion sous mon masque de squelette, car pour la première fois, je comprenais le sens du 1er Novembre et j’en étais fière. Pour une fois j’étais contente de ressentir ça du fond de mes tripes et non pas par ma raison endoctrinée par les leçons d’histoire en tout genre et les conférences organisées dans mon école où on écoutait pendant des heures les récits souvent nombrilistes de certains moudjahidines.

Pour la première fois aussi, je suis triste de ne pas pouvoir être là cette année , tout comme les deux années précédentes. J’ai lu dans un article que la Grande Poste d’Alger allait être le support d’une projection géante à l’occasion du 1er Novembre. Le combat de nos aînés sera montré aux yeux des plus jeunes, qui ont peut-être déjà oublié la signification de cette date. Tu en penses quoi toi ?

 – Je me souviens aussi de ces récits de moudjahidines qui étaient tellement mal en point qu’ils arrivaient à peine à aligner trois mots sans que je ne m’inquiète d’une éventuelle crise cardiaque. Par contre, je ne pense pas que les jeunes aient oublié tout ce que le 1er Novembre revêt en termes de symbolique, de puissance, d’aura. Nous vivons dans l’ombre de ces hommes, de ces femmes dont nous connaissons l’histoire par cœur. C’est le drame de notre génération : trop jeune pour avoir vécu cette période, mais trop vieille pour se permettre le luxe d’oublier. Un film en pleine Grande Poste, ça claque n’empêche. Je me demande bien si les Algérois seront au rendez-vous. Mon corps n’est pas à Alger, mais ma tête et mon cœur y seront. Je ne peux même pas mettre de mots sur la déception de ne pas être là-bas, de ne pas pouvoir prendre un taxi en catastrophe d’El Biar pour y retrouver les amis, de ne pas arriver 30 minutes en retard pensant que ça a déjà commencé pour ensuite réaliser que la séance a elle-même une heure de retard parce que personne n’a pensé à amener le lecteur DVD pour projeter ledit film. Bled Mickey, mais Bladi (mon pays). Tu crois qu’il y aura du Pop Corn et du Hamoud ?

 

– Tu as perdu la tête ? En temps de patriotisme , le Pop Corn c’est trop occidental voyons ! Je pense plutôt que l’événement sera l’occasion pour les vendeurs de kewkew (cacahuètes) de se lancer dans la vente mobile et la propagation massive de tuberculose (c’est une vieille excuse que me donnaient mes parents pour ne pas manger les cacahuètes de dehors).  Ça me fait penser aux lanceurs de cacahuètes dans les matchs de baseball …merde, c’est américain ça aussi !

Par contre pour Hamoud Boualem (boisson gazeuse), je ne doute pas un seul instant de leur sponsoring comme à chaque évènement populaire. Le Selecto, c’est le terroir algérien !

Je me demande aussi comment sera l’ambiance, j’ai l’impression que parfois , trop d’euphorie donne lieu à la violence , un peu comme dans les matchs de football ou les queues pour les concerts de Gnawa Diffusion. Et les filles, tu penses qu’on les laissera tranquilles pour une fois ?

 

– Oh tu sais, quand on y pense, ce jour, en quelque sorte, c’est la célébration de la violence. C’est la violence qui a permis le déclenchement de cette guerre, la guerre est violente.

J’avoue que le Pop Corn, c’est trop américain, rien ne vaut le kewkew et la zariaa (je ne sais même pas comment on pourrait qualifier cela). Pour la question des filles, c’est juste que vous ne comprenez pas notre manière de vous faire la cour. On vous aime beaucoup au fond, mais disons que nous devons concilier notre virilité, notre sensibilité et notre (relative) islamité. Et ce n’est pas facile tous les jou. Vous au moins, vous avez Dziriet (magazine féminin) pour vous apprendre à « accorder le khôl avec le voile multicolore et le jean Slim ». Nous, Dziri nous apprend à mettre des costards. Mais bon, d’accord, en ce jour de 1er Novembre, je tiens à te présenter mes excuses, au nom de tous les garçons qui te font parfois la misère à toi et à toutes les Algériennes. Ça y est, on peut faire la paix ?

 – La zariaa , c’est la graine de courge , je me sens toujours dégueulasse à devoir mâcher ça puis recracher la coquille pour ne garder que la minuscule graine. En fait, je crois que c’est ça le fait de vivre en Algérie de nos jours, on essaie d’oublier tout ce qu’il y a de mauvais pour ne garder que le meilleur  même s’il y a souvent plus de mauvais que de bon, comme avec la zariaa. Pareil pour les garçons, je ne sais pas vraiment si nous somme en guerre ou en paix. Parfois, certains me suivent juste pour faire les malins devant leurs copains ou pour expérimenter leur nouvelle technique de drague. Mais à d’autre moments, j’ai l’impression dans le regard de certains que je suis de “trop” comme si la femme venait d’arriver sur Terre. Et pourtant , le 1er Novembre a vu des hommes et des femmes combattre main dans la main pour leur liberté. Qu’en est-il réellement aujourd’hui’?

 – Qu’en est-il aujourd’hui ? Je ne sais pas trop. Je pense qu’ils se cherchent en essayant de concilier l’éducation religieuse rigoriste qu’ils reçoivent à l’école avec des pulsions naturelles. La frustration de vouloir, mais ne pas réussir à avoir je suppose. Les filles aussi sont pas mal à ce niveau. Je ne pense pas que les femmes ayant fait le 1er Novembre se baladaient avec des jeans Slims et des voiles multicolores en même temps, voile qui soit dit en passant s’envole comme par magie dans la voiture du petit ami ou à l’étage d’un salon de thé relativement chic. D’ailleurs, ça me manque ces déjeuners entre amis qui commencent à 14 heures et se finissent à l’heure du dîner. Pas toi ?

 – Oui , ce genre de repas où au détour d’un regard, on peut apercevoir une “personnalité “ politique entrain de siroter un Perrier alors qu’on se commande la bouteille en verre de “Selecto” pour soutenir l’économie du pays (même si je préfère son goût à celui du Coca-Cola) . Cela m’en donnait des nausées. En même temps ce genre de lieux est aussi un exutoire. Et, une fois assis dans les fauteuils de cuir déjà abîmés, on était ailleurs. Nos inquiétudes disparaissaient le temps d’une gorgée de limonade à la pomme. Ici , les femmes ont déjà sorti les paquets de Marlboro et retiré le premier bouton de la chemise , tandis que les hommes sont admiratifs de ces femmes “émancipées”. Mais une fois sorties , on sait très bien que l’écharpe a recouvert le cou nu et le décolleté plongeant de  certaines. On est vraiment un pays aux deux extrêmes ! Il serait temps de trouver le juste milieu à tout ça . Ou on continuera dans notre errance identitaire.

 

Alors , le blogueur de l’Algérie d’ici et de là-bas, que vois-tu de là où tu es ?

 – Je ne suis pas sûr que l’errance identitaire soit une mauvaise chose. Elle est une étape nécessaire dans la quête de son identité, d’une identité collective. C’est beaucoup demander à un pays d’asseoir une identité après à peine cinquante années d’existence. Quand je pense que c’était chose réglée pour certaines nations et que pourtant, aujourd’hui encore, ça continue de taper sur les Roms et les étrangers pour se soulager, je me dis qu’on fait mieux de prendre notre temps, tout notre temps. Koul outla fiha kheir ! (chaque pause apporte son lot de joie)  N’est-cepas. Là où je suis, l’identité collective n’existe pas, c’est la coexistence des identités communautaires qui prévaut, mais là n’est pas le sujet. Il a fallu 132 ans pour se défaire de l’ennemi extérieur qui est devenuun ennemi intime. Peut-être qu’il en faut 132 autres pour en finir avec le conflit intérieur ? Qui sait.


Rachid Nekkaz : candidat de l’immigration pour la présidentielle algérienne

Je suis grande maintenant ! « Je sais lacer mes chaussures et compter deux par deux » , dixit la voix off du dessin animé « Franklin » , la petite tortue que j’aimais regarder petite devant TF1. Pardonnez mon manque de patriotisme, mais les dessins animés en arabe avaient des voix si fluettes et rapides que j’en faisais des cauchemars.

Revenons-en à ma « grandeur », j’ai reçu dernièrement un courrier du consulat algérien de Montpellier m’invitant à aller m’inscrire aux listes électorales. Je vais donc pouvoir décider pour mon pays , donner ma voix , exercer mon devoir de citoyenne…  enfin , je crois. C’est du moins ce que m’ont appris les livres d’éducation civique. Mais pour le moment,  je cache ma joie, car en tant qu’électrice potentielle, je suis une sorte de public cible auquel une entreprise présente son nouveau produit phare. Le problème, c’est que l’étal n’est pas très attirant. On me demande d’aller m’inscrire, alors que la liste de candidats est encore inconnue. On est persuadé que Abdelaziz Bouteflika se présentera pour un 4e mandat, mais rien d’officiel. On spécule sur l’éventuelle candidature de son frère Said (dans le cas échéant, ceci serait une bonne plaisanterie), j’ai imaginé la situation présente : les deux frères Bouteflika se présentent, puis se confrontent au deuxième tour. Oui, j’ai beaucoup d’imagination, mais comment ne pas en avoir dans un pays comme le mien ! .

Parmi les autres candidats potentiels, on trouve aussi Ali Benflis (ancien chef du gouvernement) qui devrait annoncer sa candidature à la fin de l’année, ou encore Ahmed Benbitour qui lui, ne s’en cache plus depuis décembre 2012. Mais le candidat qui a le plus attiré mon attention est Rachid Nekkaz, un homme aussi intriguant que sa volonté d’être président.

A entendre son nom, ceux de l’ancienne génération diront « Chkoun hada ? » (C’est qui lui ?) tandis que les plus jeunes répondront « Wled zmagra » (Un fils d’immigrés).

Il est un peu dommage de réduire l’histoire de Rachid Nekkaz au simple statut de « rebeu » fils d’immigré, mais c’est un peu l’histoire de sa vie. Alors, c’est en électrice potentielle que je suis allée assouvir ma curiosité en explorant le site de soutien à la présidence de Rachid Nekkaz. Et croyez-moi,  j’en ai eu pour mon argent !

Pour commencer, il faut un slogan percutant et attrayant pour définir ce qui démarque le candidat de ses rivaux. Nekkaz se décrit comme le candidat de la Jeunesse et du Changement. Deux mots forts, notamment la jeunesse qui est un point prioritaire dans le développement du pays, surtout quand on sait qu’elle constitue 70 % de la population.

Mais en retournant sur le site quelques jours plus tard, je peux lire en gros caractères « C’est officiel , Rachid Nekkaz n’est plus français ». Scoop de l’année ! L’auteur rajoute « Il a VOLONTAIREMENT abandonné sa nationalité française ». Deux questions me viennent à l’esprit. Pourquoi se justifier de ne plus être français ? Pourquoi s’en vanter comme s’il avait choisi de se couper une jambe ?

J’ai trouvé ma réponse sur le site d’Algérie Focus, en pensant que cela serait-ce une démarche symbolique à l’encontre de la France ? Pas le moins du monde .Tout simplement, l’article 73 de la Constitution algérienne exige du candidat qu’il dispose « uniquement » de la nationalité algérienne d’origine. Par conséquent, qu’il soit en bon ou mauvais terme avec la France importe peu, car pour prétendre à exercer la fonction exécutive en Algérie, il faut être lavé de toutes origines étrangères.

En continuant ma petite visite,  j’ai pu noter des termes qui semblent le définir de manière fidèle et objective : « responsable associatif  » , « défenseur des libertés », ou encore « défenseur de la liberté de religion ». Ces titres ont de quoi faire exploser les chevilles de Rachid Nekkaz et sont illustrés par de nombreuses actions publiques menées par le Robin des Bois des banlieues. Créateur de nombreuses associations dans les quartiers défavorisés, gréviste de la faim en marque de soutien à l’avocat algérien Karim Achoui. D’ailleurs, la facture de cette grève est salée : équivalente à    50 000 euros payés par Nekkaz pour faire libérer l’avocat.

Il est notamment connu en France comme celui qui entretient les porteuses de Niqab en payant leurs amendes. Pas moins de 1000 femmes ont pu bénéficier de cette aide. Le montant total ? Un million d’euros. Sur le coup, je me suis dit « fiha el louche !  » (Cette histoire est louche), sûrement due à un certain reflex vis-à-vis des fortunes mystérieuses.En Algérie, on apprend le mot « corruption » avant « démocratie ».  En réalité , tout cet argent provient de la vente de sa start-up en 1998 et son entrée dans l’immobilier … un secteur fructueux quand on est à Paris.

Impossible de le nier, Rachid Nekkaz est un citoyen français exemplaire  très engagé dans la politique et sur la scène publique. Cherchant constamment à faire refléter le modèle d’intégration à la française en défendant les banlieues, il s’est successivement présenté aux élections présidentielle et législatives de 2007, puis aux municipales de 2008. Il aura finalement décidé de se rabattre sur le pays de ses parents : l’Algérie.

Mais alors, pourquoi passer du coq à l’âne ? (sans mauvais jeu de mots)

Comment ne pas penser que l’Algérie est une roue de secours ou un bouche-trou à ses ambitions présidentielles?

Un parcours digne d’un récit épique dans lequel la modestie devient richesse et grandeur. Un engagement fort dans un pays où les caractéristiques politiques et sociétales sont radicalement différentes de celles de l’Algérie. Rachid Nekkaz a de quoi faire rêver .

Mais au fait, il a fait quoi en Algérie ?


Un 17 octobre sur les quais à Paris…

 

17 octobre 2013 , Montpellier : une journée relativement banale pour moi mise à part la petite euphorie du dernier jour de cours avant le week-end. J’ai passé ma matinée en classe à dépouiller des résultats de questionnaires que j’avais distribués la veille à des passants montpelliérains concernant leur vision de l’écologie. Mais aujourd’hui, je n’ai pas le droit de dire que ma journée était ennuyeuse, car sans un certain 17 octobre 1961 je ne serais peut-être pas là pour vous en parler.

17 octobre 1961, Paris, la Seine : l’antenne française du FLN (Front de libération nationale) organise une manifestation pacifique en réaction à la récente décision d’établir un couvre-feu pour les Nords-Africains. Une sorte d’apartheid nocturne. Après avoir investi les rues principales de la capitale, des affrontements éclatent entre manifestants et police alors sous les ordres du célèbre Maurice Papon. Les blessés se comptent en centaines , et les morts par dizaines voire des centaines. Parmi eux  certains ont connu le coup des balles et d’autre la noyade.

Alors , j’essaie de me rappeler tous les souvenirs que je garde de la Seine si ce n’est quelques promenades touristiques à pied ou en bateau-mouche. Malgré la sérénité que procure ce fleuve, j’arrive difficilement à m’imaginer qu’ici « On noie des Algériens ».

Cinquante-deux ans après, la plaie n’a toujours pas cicatrisé comme si justice n’avait jamais été rendue.

Beaucoup considèrent la commémoration et les excuses de l’Etat français comme indissociables. Mais au bout de 3 générations , de 7 présidents français, l’ambiguïté entretient toujours le tabou cinquantenaire entre l’Algérie et son ancien colonisateur. Il y a deux ans, François Hollande avait fait un petit pas vers la reconnaissance du massacre . Alors candidat à la présidentielle, il avait déclaré au nom de la République « qu’elle reconnaît avec lucidité ces faits ».

La reconnaissance …un petit pas vers le long chemin du pardon ? Pour cette année en tout cas, la commémoration est de mise pour les Algériens de France beaucoup plus atteints par cet événement que les locaux, qui eux, préféreraient un visa pour visiter Paris et marcher le long de la Seine.


Moutons et blogueurs : le double sacrifice

Les derniers évènements qui ont secoué l’Algérie cette semaine ne cessent de faire le bonheur des médias. La fête de l’Aid et la défaite au match de qualification pour le mondial sont probablement les 2 sujets les plus débattus du moment. Entre temps, un bloggeur de 24 ans croupit dans les geôles de « Serkadji » une sorte d’Alcatraz à l’algérienne.

C’est un avenir noir qui se dessine pour la blogosphère algérienne (vous saurez quoi penser si je ne publie plus de billets après celui-ci).

En pleine expansion dans le pays, ce support a encouragé de nombreux cyber-contestataires à s’exprimer librement sans craindre les jugements ou les représailles. Conscient de l’impact considérable que ces récits 2.0 peuvent avoir sur une jeunesse de plus en plus impliquée politiquement, certains hauts-placés ont décidé de faire taire l’un d’entre eux , pour effrayer les autres.

 

Malik Liberter , de son vrai nom « Abdelghani Aloui » a été jugé puis incarcéré pour le motif suivant « Apologie du terrorisme et outrage au chef de l’Etat ».Pour l’heure en Algérie , je pense que nous sommes bien loin de la simple apologie du terrorisme mais plutôt de réels passages à l’acte et à une échelle importante à l’image de la prise d’otages à In Amenas en Janvier.

Peut-on réellement attribuer le mot « terrorisme », aussi faible soit-il à l’acte d’Abdelghani Aloui qui a été de publier des montages photo caricaturant le président Bouteflika ? Je ne pense pas ! Non pas que je veuille prendre le parti de la liberté d’expression, mais parce que Abdelghani Aloui n’est pas un cas isolé.

En tant qu’internaute assidue, je peux dire que Facebook et autres réseaux sociaux regorgent (et plus qu’il n’en faut) de caricatures du président en tous genres ! Et ce n’est pas nouveau !

Pour l’heure le sujet n’est pas très débattu . Sur les réseaux sociaux, on discute plutôt football ou mouton de l’Aid. C’est peut être un  stratagème pour détourner les Algériens d’un éventuel débat collectif sur la liberté d’expression. L’Algérie a raté de peu son ticket pour Rio et Copa  Cabana (why not ), sûrement dû au fait que l’arbitre ait été corrompu. Mais le débat va encore plus loin , l’ENTV ( télévision nationale) a diffusé le match dans l’illégalité alors que les droits de diffusion appartenaient à Al Jazeera Sport. C’est là qu’intervient la fameuse « main étrangère » celle qui reporte tous les malheurs de l’Algérie sur le dos de l’ennemi étranger qui ne veut que l’affaiblir , en l’occurrence le Qatar. Car Al Jazzera veut attaquer l’ENTV en justice pour diffusion illégale d’un match. Mais pour aller plus en profondeur dans cet acte, c’est le Qatar qui veut détruire l’unité du peuple, à travers le football. Je me souviens encore de la victoire de l’Algérie en 2010 contre l’Egypte et sa qualification pour le mondial en Afrique du Sud , et je peux dire qu’un match de foot peut rassembler cent fois plus de personnes dans la rue , qu’un bloggeur qui défend la liberté d’expression à l’échelle du web.

Mais aujourd’hui, l’heure est à la célébration de l’Aid , on pourra ainsi s’indigner de la hausse des prix du mouton tout en dégustant des brochettes de foie. La panse d’abord, le cerveau ensuite. En attendant,saha aidkom !