Le Jeune Maghrébin

Maroc : Miss Roses cible des racistes

Au mois d’avril, une jeune berbère (amazighe) « brune » a été élue « Reine des roses » à Kelaat Mgouna. Cette ville, située au sud-est du Maroc, abrite chaque année le festival des roses. Mais cette année, l’élection a été secouée par de nombreuses réactions racistes sur le net.

Soukaina Amzil, 23 ans, issue d’une famille berbère modeste, a été la cible d’une vague d’attaques racistes sur les réseaux sociaux dans mon pays, le Maroc. Ces réactions prouvent que le racisme existe bel et bien au royaume chérifien. La raison ? La couleur de la peau de la « Reine des roses » 2019 qui ne plaît pas à certaines personnes… Il faut savoir que cette compétition, qui élit chaque année une jeune fille de la région « Miss Roses », était dominée depuis sa création (il y a 57 ans) par des femmes « blanches ».

En faisant un tel choix, les organisateurs voulaient peut-être envoyer un message de tolérance et casser les codes de sélection de la Reine des roses. Ils voulaient peut-être tout simplement dire que les mentalités sont censées évoluer et qu’une jeune femme à la peau un peu plus « brune » mérite, elle-aussi, de remporter le prestigieux concours, surtout quand elle répond à tous les critères requis (ou au moins à un grand nombre).

Vive la Reine des Roses A bas le racisme

Publiée par Amina Amharech sur Samedi 27 avril 2019

À vrai dire, les organisateurs ne se basent pas uniquement sur le critère de la beauté extérieure pour déterminer qui sera la gagnante parmi une dizaine de candidates. D’autres critères rentrent en compte parmi lesquels la culture générale, la cueillette des roses etc.

Pourtant, des pages Facebook se sont demandées si Soukaina méritait vraiment d’être nommée Miss Roses. Ces réactions ont été considérées par des activistes marocains comme une atteinte à la dignité de la jeune fille et une menace grave à l’égalité des chances. Cela révèle qu’il y a encore des poches de résistance marocaines au changement des mentalités. Heureusement, car la lutte contre le racisme et la discrimination, c’est notre devoir en tant que citoyens assoiffés d’égalité, de liberté et de démocratie.

Soukaina, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, car le racisme est malheureusement encore bien ancré dans la société marocaine. La question que l’on doit se poser est la suivante : le temps n’est-il pas venu de repenser nos comportements racistes ? Qu’est-ce qui explique de tels comportements ? Pourquoi en est-on encore là aujourd’hui ? Si nous ne nous posons pas de questions, la société marocaine risquerait d’être à la traîne par rapport à d’autres sociétés qui avancent vers plus d’égalité et plus de démocratie…


Le royaume chérifien, le pays qui a déçu tout le monde


J’ai grandi dans le Maroc dit « inutile », celui des montagnes et de l’isolement. Dieu sait combien la vie est dure là-bas ! En tout cas, nous nous sommes habitués à ce mode de vie, comme nos ancêtres l’ont fait avant nous. Parfois, je me demande s’il n’est pas injuste de voir le jour dans l’une des régions les plus marginalisées du royaume chérifien, une région qui n’a rien à envier au Rif, où la population appelle depuis 7 mois à la justice sociale .

Nos religieux prêchent jour et nuit que celui qui s’indigne à propos de son destin et qui s’indigne aussi contre l’injustice est un mécréant. La raison ? Vivre dans le besoin est un test créé par le divin. Et ils ajoutent que d’autres nations nous envient, nous les Marocains, car la sécurité règne dans notre pays. C’est pourquoi ils nous invitent constamment à prendre des leçons de la situation tragique en Syrie et en Irak par exemple. Pour nos religieux, qui sont  désormais des fonctionnaires publics à part entière, la quiétude n’a pas de prix. Ils disent en outre que le Maroc est l’un des rares pays où le pain est peu cher.

Certes, nous n’avons pas intérêt à l’effondrement de notre patrie et nous ne voulons pas non plus de chaos. Mais n’avons nous pas le droit de savoir pourquoi un pays qui déploie des hôpitaux militaires à l’étranger n’arrive pas à soigner ses propres citoyens ?  Le décès tragique de la fille Idya, en avril dernier, témoigne d’une situation anormale. Cette enfant est morte à cause du manque de matériel dans l’hôpital le plus proche de son village, qui se trouve à 500 km de là…


Au royaume chérifien, le « makhzen » qualifie les militants descendant dans les rues pour dénoncer la hogra de « séparatistes », voire de « semeurs de zizanie ». L’objectif : justifier le recours à la répression à leur égard et, du coup, étouffer la contestation qui agite la région du Rif. La situation est en effet tendue depuis la mort de Mouhcine Fikri, un vendeur de poisson écrasé dans une benne à ordures le 28 octobre 2016, sous les yeux des autorités.

 

Aujourd’hui le pays a retrouvé son calme après une série de manifestations pacifiques, dispersées sans ménagement, en plein ramadan, et perturbées par des baltagia (violeurs). Des militants et des blogueurs ont été arrêtés. Le pire, c’est que la justice marocaine a prononcé des sentences lourdes à l’encontre de plusieurs de ces détenus en un temps record. On peut dire que le soi-disant modèle démocratique marocain a montré son échec. La police a humilié les citoyens lors des contestations qui ont eu lieu dans plusieurs villes.

Les médias officiels, qui sont financés par l’argent des contribuables marocains, et qui sont censés défendre leurs causes, n’ont ménagé aucun effort pour diaboliser les activistes en leur accolant de fausses accusations. Par exemple, ils ont accusé à tort le leader du mouvement de contestation au Rif (le Hirak), Nasser Zafzafi, d’avoir reçu de laide de l’Iran. Autant d’allégations qui ont servi de prétextes pour mener une campagne d’arrestations massive.

L’arrestation de l’activiste Zafzafi et de ses camarades, au lieu de chercher des solutions aux revendications légitimes des citoyens, a fait montre du retard démocratique du Maroc, ce pays qui méprise encore ses citoyens. Autre contradiction, comment peut-on expliquer l’envoi d’avions chargés de produits alimentaires depuis le royaume vers le pays le plus riche du Golfe, le Qatar, au moment où nos compatriotes crient famine dans les montagnes ?

Où va le Maroc ?

Le constat est amer : cela va de mal en pis. Mais, Dieu merci, les forces vives du pays sont déterminées plus que jamais à militer corps et âme pour implémenter un vrai modèle démocratique au Maroc, ce pays où l’injustice bat son plein et qui va droit dans le mur.

 

Le makhzen et la démocratie sont incompatibles.

 

 

 


Ces web-activistes marocains qui dérangent

Ils lancent un hashtag sur Twitter, ils mènent une campagne sur le réseau social de Mark Zuckerberg. Ils sont des web-activistes engagés au sens noble du terme. Et pour cause, mettre à nu les scandales de l’élite marocaine et faire entendre la voix du citoyen lambda.

Les responsables prennent leurs campagnes en considération et ce n’est pas pour rien. Ces web-activistes influencent l’opinion publique, dans la mesure où la plupart des manifestations qui ont lieu devant le parlement sont la résultante des campagnes menées sur les réseaux sociaux, particulièrement sur Facebook.

#afilal

En témoignent de la puissance de ces cyber-activistes de nombreuses personnalités marocaines qui sont tombées dans leurs filets. En 2015, Charafat Afilal, ministre déléguée chargée de l’eau, surnommée « la ministre à deux francs » par les internautes, était la risée de l’armée des web-activistes marocains. La raison, la ministre avait déclaré dans une émission diffusée sur la première chaîne nationale que les parlementaires ne touchent que 2 francs (8000 dirhams). Afilal a souffert psychologiquement à cause de la campagne sans merci menée contre elle sur les médias sociaux, avant qu’elle s’excuse aux Marocains.

#Laftit

À vrai dire, Mme Afilal n’est pas la seule personnalité marocaine à essuyer des attaques de ce genre, d’autres ont connu le même sort. La dernière personne en date est le gouverneur de Rabat, Abdelouafi Laftit, qui aurait bénéficié d’un domaine public à un prix très bas, selon des documents qui circulent sur les réseaux sociaux.

#Zero_Grissage

La campagne « Zéro Agression« , lancée pour la troisième fois sur les réseaux sociaux, a pour objectif de dénoncer l’insécurité qui règne au royaume et du coup, amener les autorités publiques à remplir leur devoir à l’égard des citoyens. Et la réponse n’a pas tardé. Abdellatif Hammouchi, le patron de la police nationale, donnent des instructions à ses hommes d’utiliser des balles réelles contre toute personne constituant un vrai danger pour l’ordre public.

#2franc

Actuellement, les web-activistes marocains concentrent leurs efforts sur une campagne visant l’annulation des retraites des parlementaires, étant donné que ces deniers ne défendent pas les intérêts des citoyens, et qu’ils profitent du travail parlementaire pour se faire du fric. Ce qui est honteux, ce sont ces mêmes députés qui adoptent des lois d’austérité et plaident pour la réduction d’emplois dans la fonction publique.

#Ahizoune_Dégage

Certes, les web-activistes marocains s’intéressent beaucoup à la politique mais, en général, ils interviennent n’importe où la corruption bat son plein. Récemment, ils se sont attaqués au président de la fédération royale marocaine d’athlétisme (FRMA), Abdeslam Ahizoune, et ce après le retour des athlètes nationaux des Jeux Olympiques de Rio 2016 les mains vides, sachant que l’athlétisme sauvait toujours la face du Maroc dans les rencontres sportives internationales. Et si je vous dis que le budget de la fédération d’athlétisme est estimé à 13 milliards de dirhams, il est fort probable que vous donniez raison aux web-activistes marocains, réclamant la démission d’Ahizoune. Ainsi, le hashatg Ahizoune_Dégage envahit les réseaux sociaux.


Pour les web-activistes marocains, M.Ahizoune, qui occupe également le poste du directoire de Maroc Telecom, a bel et bien tué l’athlétisme au royaume chérifien. D’autres profitent de ces résultats catastrophiques aux Jeux Olympiques de Rio pour tourner en dérision le président de la FRMA.

#MohamedVI

Ce qui est remarquable c’est que Mohammed VI n’échappe pas, lui non plus, aux attaques de l’armée des web-activistes marocains. De l’affaire des déchets italiens importés au Maroc à la décoration des personnalités qui ne le méritaient pas lors de la fête du trône, en passant par la décision de retourner à l’Union africaine sans avoir organisé un référendum, le roi est devenu désormais une des cibles privilégiées des internautes marocains.


Un ramadan au goût amer

Le ramadan est passé d’un mois de charité et d’amour d’autrui à un mois où l’emportent l’apologie du djihadisme, l’incitation à la haine, et où les violations des libertés individuelles sont devenues monnaie courante. 

  • Attaques par-ci, fusillades par-là 

Le lundi 6 juin, la Jordanie se réveille avec une attaque terroriste qui a fait cinq morts dans les rangs des services de renseignements jordaniens. Deux jours plus tard, un autre attentat frappe Tel Aviv au cœur. Deux Palestiniens ont ouvert le feu dans un restaurant. Le bilan, quatre personnes mortes et une dizaine de blessés.

La fusillade perpétrée à Tel Aviv est saluée par le mouvement islamiste du Hamas, basé dans la bande de Gaza. Pour le mouvement palestinien, l’opération de Tel Aviv n’est qu’« une réponse naturelle aux crimes israéliens ». Et sur les réseaux sociaux palestiniens et arabes, on a qualifié cette attaque, relayée par le hashtag « l’intifada continue » d’« opération du ramadan ».

La réplique des autorités israéliennes n’a pas tardé. Elles ont suspendu 83000 permis d’entrée de Palestiniens pour le ramadan. Ainsi, les prêcheurs de haine, très actifs durant ce mois sacré chez les musulmans, ont réussi à empoisonner davantage les relations entre Israéliens et Palestiniens.

Dans un tweet, Aya Ramadan, un membre du Parti des Indigènes, félicite les deux Palestiniens derrière la fusillade de Tel Aviv :

  • Atteintes aux libertés individuelles

Le premier jour du ramadan, deux soi-disant musulmans insultent, puis agressent une serveuse dans un bar à Nice, en France. La raison : elle servait de l’alcool pendant ce mois censé être béni, comme si elle est la seule au monde à servir de l’alcool en plein ramadan. Les bars sont légion même dans des pays dits islamiques.

Certes, une personne sage ne peut pas rendre toute communauté musulmane de France responsable des actes de deux individus. Mais pour le vice-président du Front national, Florian Philippot, l’agression de la serveuse niçoise est une raison de plus que « la France glisse dans l’obscurantisme. »

De toute façon, le jeûne ne peut en aucun cas servir d’alibi pour offenser autrui et, du coup contribuer à ternir l’image de de l’islam en Europe et ailleurs, qui est déjà dégradée à la suite des actions du groupe armé État islamique, qui frappe où bon lui semble. La dernière tuerie en date revendiquée par le groupe terroriste en question, la fusillade d’Orlando, qui a fait 50 morts et 53 blessés.

Au Maroc, le Collectif Akaliyat pour la lutte contre la criminalisation et la discrimination des minorités sexuelles et religieuses lance une campagne contre l’article 222 du code pénal marocain, qui punit de six mois de prison ferme et d’une amende allant de 12 à 120 dirhams « toute personne connue de confession musulmane, et qui s’est délibérément affichée rompant le jeûne en public, et en plein jour de ramadan, sans aucun prétexte valable religieusement. »

Pour le Collectif Akaliyat, incarcérer des citoyens pour la simple raison qu’ils ont rompu le jeûne en public, « même s’ils revendiquent leur non-appartenance à la religion musulmane », est une atteinte aux libertés individuelles et, à cet égard, il appelle le royaume chérifien à respecter ses engagements internationaux en matière des droits de l’homme. Et rien que le 13 juin dernier, des éléments de la police ont arrêté deux porteurs de marchands dans un souk dans la ville de Zagora, située dans le sud-est du Maroc, sous l’accusation d’avoir bu de l’eau en plein ramadan.

Les deux hommes ont rompu le jeûne à cause de la fatigue, sachant que la ville de Zagora connait actuellement une importante vague de chaleur à cette période de l’année. Et on est en droit de se demander si le fait de rompre le ramadan – même involontairement – est une raison suffisante pour humilier des citoyens lambda et, de surcroit, les priver de leur liberté.

C’est injuste, inacceptable et inhumain, non ?


L’Iran sème la zizanie au Maghreb

La guerre d’influence entre le royaume de l’Arabie Saoudite et l’Iran n’épargne pas les pays du Maghreb, surtout après la levée des sanctions internationales contre la République islamique. 

La signature d’un accord de coopération touristique entre la Tunisie et l’Iran, le 11 décembre 2015, est considérée par des islamistes, dont le leader du courant Al-Mahaba, Hechemi Hamdi, comme un véritable danger pour la stabilité de la Tunisie et celle des pays voisins. Pour eux, l’objectif de la République islamique est de propager la doctrine chiite(une branche de l’islam), autre de nom des « subversions » et du « terrorisme ».

Hechemi Hamdi, accusé par ses détracteurs de travailler pour le compte de l’Arabie Saoudite, explique dans un tweet les raisons de son apposition à tout rapprochement de la Tunisie avec les Iraniens:

Je dis à quelques uns de ceux qui me haïssent ici en Tunisie. Si j’ai défendu l’Arabie Saoudite, c’est parce qu’elle mérite et cela est un honneur pour moi. Mais je jure par Dieu que je me suis opposé au tourisme iranien, rien que pour défendre la Tunisie.

Le leader du courant Al-Mahaba n’est pas le seul à avoir exprimé sa haine envers la République islamique et à l’avoir diabolisée. Nombreux sont les salafistes qui se félicitent sur Twitter de l’annulation dudit accord touristique, pomme de discorde entre Hachemi Hamdi et le gouvernement tunisien. Une information qui sera démentie plus tard par le ministère tunisien du tourisme.

Le compte Twitter Affaires Iraniennes (@iranianaffairs), qui s’intéresse aux relations entre les États arabes et l’Iran, rapporte :

L’Iran œuvre sérieusement pour faire sa place en Tunisie et en Algérie, ainsi qu’à coincer le Maroc et à interférer dans ses affaires internes. On cite en exemple les déclarations de responsables iraniens à propos du Sahara occidental.

Même si l’Algérie est l’un des rares pays du monde dit arabe à entretenir de très bonnes relations avec l’Iran, tout en gardant des liens avec le royaume wahhabite, le rival de l’Iran, des Algériens ont appelé récemment le gouvernement de Abdelmalek Sellal à expulser le diplomate iranien Amir Moussawi, sous prétexte que ce dernier dirige un réseau de diffusion du chiisme sur le territoire algérien.

Sara tweete :

Le nombre de chiites en Algérie est 5 mille. Et après 10 ans, ils seront 15 mille, puis 20 mille et ils deviendront une minorité qui revendiquera ses droits et qui sèmera la zizanie à la Place des Martyrs.

Concernant le Maroc, l’allié n°1 des Saoudiens dans la région du Maghreb, les islamistes évoquent la décision prise par Rabat, en 2009, de rompre ses relations diplomatiques avec Téhéran :

Mais n’est-il pas injuste de rendre responsable l’Iran de tous les maux du monde dit arabe? N’exagère-t-on pas sur le nombre de chiites dans le Maghreb? Parler d’un certain danger « chiite » n’est-il pas, en soi, une incitation à l’hostilité?

Voici la démographie religieuse du Maghreb selon un rapport du département d’État des États-Unis sur la liberté religieuse dans le monde, publié en 2014:

Cliquez sur les pays maghrébins pour découvrir leur composition religieuse


L’«exception marocaine» : la grande imposture

Le Maroc est certes l’un des rares pays du monde dit arabe à avoir évité de justesse les vents des révolutions populaires arabes, en adoptant à la hâte une constitution « démocratique » en 2011, dont le résultat est l’élection d’un gouvernement islamiste. Pourtant, pour bien des Marocains le royaume n’est pas encore sur la bonne voie de la démocratie et la vraie révolution n’a pas encore eu lieu.

En 2010, une année marquée par l’éclatement des révoltes arabes en Tunisie contre la corruption, le  royaume n’était pas un cas isolé. La corruption battait son plein chez nous . Fascinés par la mobilisation de leurs pairs en Tunisie et en Égypte, des intellectuels et des jeunes leaders marocains fondent  le mouvement du 20-Février. Les revendications des militants du mouvement en question sont principalement politiques, et non pas uniquement d’ordre social comme le laissait croire les médias officiels, porte-paroles du régime et de ses gouvernements successifs.

Le Premier _ministre marocain_Benkirane
Le Premier ministre marocain en quête de soutiens politiques par Magharebia via Flickr, CC.

Dans l’intention d’étouffer ce mouvement historique qui appelait à la séparation des pouvoirs, le régime procède à une série de réformes constitutionnelles. Ainsi, le parti de la justice et du développement (PJD), un parti islamiste qui se dit « modéré », remporte les élections législatives de 2011 (107 sièges sur 395), qui ont eu lieu juste après le référendum sur la constitution, et le roi nomme le secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement.

Il convient de signaler que le parti de Benkirane doit une grande partie de sa victoire médiocre lors de ces élections aux activistes du mouvement du 20-Février, en s’appropriant leurs slogans et en profitant de l’ampleur de la contestation qu’ils ont suscité pour se faire valoir. Et pour les remercier, Monsieur Benkirane les matraque devant le parlement. Il se dit également qu’il est devenu chef du gouvernement grâce à la Providence divine. Quelle hypocrisie !

Avec le gouvernement Benkirane, force est de constater que notre pays  sombre dans la répression. Les autorités se foutent des libertés assurés par la constitution de 2011, tel que le droit de rassemblement et de manifestation pacifique. Ce constat a été confirmé récemment par une ONG autrichienne qui a classé le Maroc 99 sur 113 pays dans son classement sur la qualité de la démocratie dans le monde.

Bref résumé de la situation au Maroc sous le gouvernement Benkirane : 

1. Le recours massif à la répression

Les autorités recourent souvent à la violence pour disperser des manifestations pacifiques. Les dernières interventions des forces publiques contre les protestations des professeurs stagiaires dans divers régions du pays, protestant contre l’intention de l’État de privatiser l’éducation nationale, en disent long sur la détermination des autorités à réduire au silence les voix critiques. Et c’est tout à fait honteux d’entendre que des policiers empêchent des citoyens de se déplacer à la capitale, Rabat, pour la simple raison qu’ils vont participer à une manifestation anti-gouvernementale, sachant que la liberté de circulation est avant tout un droit garanti par l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.


2. La hausse de la dette extérieure  

Sous le gouvernement actuel, la dette extérieure du royaume a battu le record de 30 millions dollars en 2014. Le résultat : la réduction de 15 Milliards d’investissements publics la même année, la baisse du recrutement dans la fonction publique, l’augmentation des prix de l’électricité, la hausse des prix des matières premières, entre autres…Et ce, en dépit de la chute du prix du pétrole.

3. L’échec de la lutte contre la corruption 

Lors de sa campagne électorale de 2011, le PJD a promis de combattre sérieusement le fléau de la corruption qui fait des ravages dans notre société, ainsi que la poursuite des détourneurs de fonds publics. Mais une fois au pouvoir, Benkirane et ses amis tournent le dos à leurs principes et s’allient même avec des partis politiques corrompus. Et ce sont ces mêmes islamistes qui s’opposent à la revendication populaire d’annulation des retraites des parlementaires et des ministres.

Il est trop tôt pour parler d’une «exception marocaine» tant que notre pays est toujours à la traîne dans les classements internationaux en matière de démocratie. Bien au contraire, un Maroc exceptionnel serait celui où il n’y a aucune place pour la répression, qui respecte ses citoyens et où le peuple détient bel et bien le pouvoir.

Vive le peuple !


Il était une fois… la Libye

La Libye, ce pays qui forçait jadis l’admiration des Africains, constitue aujourd’hui une véritable menace et pour les pays maghrébins voisins, et pour la paix mondiale. Alors, quelles sont les différences entre la Libye d’hier (la Jamahiriya) et la Libye d’aujourd’hui ? 

La situation chaotique dans laquelle plonge ce pays qui nous est cher, nous pousse à nous demander s’il ne valait pas mieux pour les Libyens de supporter un régime despotique et « fou », comme celui du colonel Kadhafi que d’être à la merci des groupes extrémistes. Des groupes qui n’excellent que dans la violence. L’attentat terroriste qui a visé le 23 octobre 2015 une manifestation pacifique à Benghazi, dans l’est du pays, et qui a fait 12 morts et 35 blessés, témoigne de la gravité de la situation dans ce pays voisin. 

Après la destitution du colonel Mouammar Kadhafi, consécutive à une intervention rapide de l’Otan en 2011, personne ne s’attendait pas à ce que la Libye, l’un des plus riches pays du monde à l’époque, devienne du jour au lendemain un fief de Daech et compagnie. Le résultat est tel  que certains Libyens regrettent le règne du « Frère Guide »,  pour la simple raison que le renversement du dirigeant libyen n’a engendré que la montée en puissance des mouvements extrémistes, et dans le pays on attend toujours la démocratie promise. Et oui ! On a vendu du vent à ces pauvres Libyens, qui vivaient autrefois, certes, sous le joug d’une dictature, mais ils ne s’entredéchiraient pas entre eux, comme c’est le cas aujourd’hui.

La_Libye-Sous-Kadhafi
La Libye sous la dictature (infographie réalisée avec easel.ly)

On ne peut pas nier que la politique suivie par le colonel Kadhafi a joué un rôle extrêmement important dans la détérioration de la situation en Libye. Cependant, le pays était stable durant le règne de Kadhafi. Actuellement, le chaos est le lot commun de plusieurs régions de l’ex-Jamahiriya. Des groupes armés qui s’affrontent entre eux ici et là, deux gouvernements qui se disputent le pouvoir central, des millions d’armes qui circulent sans contrôle… En un mot, l’ancienne Jamahiriya est sur le point de devenir une deuxième Somalie, c’est-à-dire un monstre au sein du Grand Maghreb.

La Tunisie et l’Algérie, deux pays frontaliers de la Libye, ont pris la menace au sérieux et ont déjà mobilisé leurs armées, surtout après la circulation des informations sur l’expansion de l’État islamique à leurs frontières avec l’ex-Jamahiriya. Le pire selon le ministère tunisien de l’Intérieur, c’est que Daech en Libye dispose des mêmes moyens que Daech en Syrie et en Irak. L’Algérie de son côté, qui a goûté à plusieurs reprises à l’amertume du terrorisme, tout comme la Tunisie, profite de toute occasion pour mettre en garde la communauté internationale quant aux conséquences de l’échec dans la signature d’un accord de paix entre les parties libyennes en conflit. D’après le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, lors d’un entretien accordé au journal français Le Monde« la situation en Libye est la plus inquiétante de tous les problèmes existants dans la région ».

La Libye post-Kadhafi
La Libye post-Kadhafi (infographie réalisée avec easel.ly)

Pour conclure, personne ne peut prédire l’avenir de la Libye, mais une chose est certaine : l’ex-Jamahiriya qui fascine autrefois devient jour après jour plus instable et fragile, étant donné que les milices gagnent toujours du terrain, les armes continuent de circuler massivement, etc. Le résultat, un pays dangereux pour ses citoyens et qui nuira sans doute à la stabilité d’autres pays, dont la Tunisie, le seul pays arabe sur la bonne voie de la démocratie jusqu’à présent.

La Libye sera-t-elle encore une fois un État prospère, comme cela était le cas avant la révolution historique de 2011 ? Quid de la démocratie ?


Maroc : les coulisses du Aïd al-Adha

La fête du Aïd al-Adha est la plus grande fête chez les musulmans du monde entier, dont les Marocains. C’est la raison pour laquelle les Marocains se sont lancés dans une véritable course contre la montre pour être à la hauteur du Aïd al-Adha, appelé chez nous « Aïd el Kebir », que nous célébrons aujourd’hui, le 24 septembre. Voici comment nous nous sommes préparés au jour de la fête du sacrifice au royaume chérifien.

  • L’acquisition du mouton de l’Aïd

La fête du Aïd al-Adha (fête du sacrifice) consiste à égorger un mouton pour commémorer la soumission d’Abraham à Dieu. Abraham avait accepté l’ordre de Dieu de sacrifier son fils unique, Ismaël, avant que l’archange Gabriel ne remplace Ismaël par un mouton. Cela dit, le sacrifice d’un mouton est une condition sine qua non pour célébrer Aïd al-Adha en bonne et due forme. C’est pourquoi mes compatriotes ont afflué massivement aux marchés hebdomadaires (souks) pour s’acheter un mouton, chacun selon son budget. Et même si la fête du sacrifice coïncide cette année avec la rentrée scolaire, cela n’a pas empêché les Marocains de faire de leur mieux pour acquérir un mouton à leurs familles, au point qu’il y a certains qui ont pris un crédit à la banque pour se payer un mouton.

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Un souk au Maroc ©Le Jeune Maghrébin
  • L’achat des ustensiles de cuisine

Qui dit ustensiles du Aïd al-Adha, dit ustensiles très utilisés dans la cuisine durant cette période de l’Aïd, comme le tajine et le kanoun (une sorte de brasero), entre autres. En effet, il y a une très forte demande aux deux ustensiles en question pendant Aïd al-Adha. Et il est très rare de trouver, le jour de l’Aïd, une maison marocaine où il n’y a pas un tajine sur un kanoun au charbon de bois. Rappelons que le prix du charbon a doublé comme d’habitude quand il s’agit du Aïd, en raison de l’utilisation massive de ce matériau dans ces jours de la fête. Ainsi, le prix d’un kilogramme du charbon varie entre 7 et 8 dirhams.

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Des tajines et des kanouns ©Le Jeune Maghrébin
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Un vendeur des ustensiles de cuisine ©Le Jeune Maghrébin
  •  L’achat de vêtements neufs

La semaine avant le jour de la fête, les Marocains s’achètent des habits neufs. Les boutiques ne désemplissent pas. Les commerçants y compris les marchands ambulants profitent de cet engouement pour les vêtements chics et importés. C’est une bonne occasion d’augmenter les prix, car ils savent très bien que leurs bénéfices vont baisser après l’Aïd. Mais de toute façon, les prix sont négociables et il arrive parfois que tu achètes un objet à la moitié de son prix. De l’autre côté, bien des Marocains jettent leur dévolu sur les vêtements d’occasion, apportés d’Europe par nos concitoyens résidant là-bas, pour éviter tout produit portant le label « Made in China ». Et c’est vrai, les marques chinoises jouissent d’une mauvaise réputation ici chez nous au Maroc.


Des soldats marocains au service de l’injustice

Des soldats marocains seraient au Yémen pour prendre part à l’offensive terrestre saoudienne annoncée suite à l’attaque au missile attribuée aux rebelles Houthis, attaque qui aurait fait 60 morts parmi les soldats de la coalition sunnite. Les autorités des pays concernés restent silencieuses sur ce déploiement visant à libérer la capitale Sanaa, contrôlée jusqu’à nos jours par les rebelles. Et ce, sans consulter ni le Parlement marocain, ni prendre en considération les voix qui se sont élevées contre cette implication dans un conflit sans fin, épuisant et lointain de notre pays.

Deux mois après la perte d’un avion de chasse F16 et la mort du pilote qui était à bord, le Maroc oublie rapidement ce malheureux incident et envoie des soldats au Yémen, comme signe de solidarité avec les causes de la nation arabe, même si on ne voit pas cette solidarité arabe quand il s’agit d’accueillir des réfugiés syriens par exemple. Et on se demande si la destruction d’un pays frère est une cause qui mérite d’être défendue. À toi de juger, cher lecteur.

C’est vrai que le gouvernement marocain n’a pas encore confirmé l’envoi de troupes au Yémen comme avait fait le Qatar, mais selon des sites d’information locaux à peu près un millier de soldats marocains sont bel et bien sur le champ de bataille yéménite. L’objectif : soutenir la coalition arabe pour rétablir la légitimité d’un président toujours souriant et insoucieux du calvaire de son peuple, Abd Rabbo Mansour Hadi, qui s’est enfui le 7 mars 2015 vers les palais luxueux du Riad, et ipso facto contribuer à générer le maximum possible de réfugiés et de victimes. On parle actuellement de 1,5 million de déplacés et 4.300 morts au Yémen.

 À lire aussi : Le bombardement du Yémen vu par mon ami (1)

Ce qui est drôle, nous semble-t-il, c’est que cette intervention marocaine au Yémen n’a aucun fondement solide. Tout d’abord, la guerre au Yémen n’est pas stratégique pour le royaume, dans la mesure où ce pays qui nous est très cher, le Yémen, ne constitue aucun danger pour la sécurité nationale du Maroc. Ensuite, l’ONU ne cesse de rappeler aux Saoudiens et leurs alliés que la solution au Yémen ne serait que pacifique. Et bien entendu, l’envoi des forces sur le terrain aggraverait la situation. Enfin, ce conflit ne concerne pas les Marocains et le Maroc, en tant qu’État souverain, ne devrait pas participer à une guerre injuste, pour plaire aux Saoudiens.

Les forces armées marocaines sont très connues à l’international par leur participation aux missions de maintien de la paix dans divers pays à travers le monde. Et même aujourd’hui, des contingents marocains sont présents dans plusieurs zones de tension. Nous citons, à titre d’exemple, la République démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire, et la Bosnie Herzégovine. Et l’obtention, en 2014, des casques bleus marocains de la médaille de la mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco) , est une reconnaissance de la communauté internationale des efforts déployés par le Maroc pour instaurer la paix et la stabilité dans le monde.

Aujourd’hui, malheureusement, nos vaillants soldats apportent leur soutien à une mauvaise cause. À cet égard, nous tenons à saluer la décision du Parlement pakistanais, en avril 2015, de rejeter la demande de l’Arabie Saoudite au Pakistan d’intervenir au Yémen. Le même Parlement a appelé le gouvernement de son pays à rester neutre. Nous tirons, en outre, notre chapeau à l’armée populaire algérienne, qui refuse de porter atteinte de près ou de loin à la souveraineté des autres États.

En un mot, la lutte contre les Houthis est une affaire purement saoudienne. En revanche, la vraie guerre qui intéresse le plus les Marocains, c’est une guerre qui sera menée contre la corruption et la misère qui font des ravages dans notre société. Certes, on ne peut pas nier l’amitié qui nous lie à l’Arabie Saoudite mais cela n’empêche pas de prendre de la distance avec elle quand elle déraisonne. Et oui, les soldats marocains ne sont pas des mercenaires !

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La laïcité : le dernier espoir des Arabes ?

De nos jours, personne ne peut nier que la plupart des maux dont souffrent les Arabes sont principalement liés à l’instrumentalisation de la religion et par les islamistes, et par les régimes autoritaires en place. D’où la nécessité, selon des activistes et des intellectuels arabes, de se mobiliser pour l’instauration du modèle laïc dans leurs pays, car ils considèrent que leurs compatriotes n’ont plus d’autre choix que la laïcité.

Le débat sur la laïcité dans le monde arabe a refait surface avec les révolutions populaires arabes pour plaider la démocratie et la dignité. Ainsi, des manifestions en faveur de la laïcité avaient lieu en Tunisie, le berceau du « Printemps arabe », juste après le renversement du dictateur Ben Ali. Le documentaire Laïcité, Inch’Allah !, réalisé par Nadia El Fani, met en avant le rêve d’une partie des militants tunisiens d’une Tunisie laïque, où les citoyens peuvent vivre sans la tutelle d’une religion imposée. Malheureusement, la nouvelle Constitution adoptée en 2014 n’a pas été purement laïque, même si elle garantit la liberté de conscience. En effet, l’article 1 de ladite Constitution a été très clair : « La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, l’islam est sa religion, l’arabe sa langue et la République son régime. »

https://www.youtube.com/watch?v=9we1m86Qj0I

Nombreux sont les religieux arabes qui font de leur mieux pour diaboliser la laïcité reposant sur les principes de la liberté de conscience, la séparation des pouvoirs politique et religieux, et l’égalité de tous les citoyens devant la loi, selon la définition de l’Observatoire français de la laïcité. Pour ces prédicateurs islamistes, la laïcité est l’autre nom de l’impiété, de l’hérésie et de l’athéisme. Mais quand on sait que ces derniers ne sont que des « hypocrites » faisant appel à la religion pour se faire de l’argent, en exploitant l’ignorance des gens. On comprend dès lors que ces prédicateurs ne sont pas les mieux placés pour mettre en cause les vertus de la laïcité ou même défendre le message universel de la religion de Mahomet.

Et dire que ces prédicateurs qui prêchent la modération et vantent la pauvreté et la misère dans les mosquées possèdent des comptes bancaires en Suisse, des voitures dernier cri, des villas. Certes, tout le monde a le droit de faire de l’argent, mais la manière dont ils s’enrichissent pose problème. En réalité, ces soi-disant cheikhs ont fait leur fortune moyennant l’exploitation de la religion, étant donné qu’ils n’exercent pas un métier comme le commun des mortels. Ils excellent seulement dans la vente des fatwas aux misérables. Ces religieux, qui se présentent à tort comme des « érudits », nous rappellent le commerce des indulgences par ‘l’Église catholique romaine, une pratique qui remonte au 3e siècle.

La plupart des activistes arabes militant pour la laïcité sont fascinés par le modèle laïc turc, instauré après la défaite de l’Empire ottoman à l’issue de la Première Guerre mondiale. Il convient de rappeler que la laïcité à la turque n’est pas la séparation de la Mosquée et de l’État. L’islam sunnite est de surcroît favorisé sur les autres minorités musulmanes non wahhabistes. Cela dit, adopter la laïcité n’impose pas forcément de copier à la lettre ni le modèle occidental ni celui de la Turquie, dans la mesure où il serait mentir de dire qu’il y a une laïcité idéale. Mais rien  n’empêche, dans un autre côté, les pays arabes de s’inspirer des exemples existant, en attendant la création d’un modèle de la laïcité purement arabe.

Le blogueur saoudien Raif Badawi, condamné à 10 ans de prison, 1 000 coups de fouet et 226 000 euros pour avoir exercé son droit à la liberté d’expression en dénonçant le recours au religieux pour manipuler les masses dans son pays, est l’un de ses activistes qui croient en la laïcité et le libéralisme. Les autorités saoudiennes ont également reproché à Raif d’avoir insulté l’islam. Mais quand on lit ces articles, rassemblés dans le livre 1 000 coups de fouet parce que j’ai osé parler librement, on réalise que notre blogueur n’a pas offensé aucune religion, au contraire il n’a fait que répondre présent à son devoir d’intellectuel en nommant les choses comme elles sont. N’est-ce pas l’auteur de L’Homme révolté, Albert Camus, qui disait que « mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde » ? Effectivement, le souci de Raif derrière son appel à la séparation entre le religieux et le politique, était ne pas être complice avec  ces prédicateurs de l’ignorance, qui sont derrière le retard des sociétés arabes sur tous les plans.

Raif Badawi
Raif Badawi, 1 000 coups de fouet parce que j’ai osé parler librement

Dans ces articles, Raif Badawi s’est donné comme mission de couper l’herbe sous le pied des hypocrites religieux arabes, en avançant les bénéfices dont la laïcité est porteuse pour les Arabes. Voici quelques avantages de la laïcité, à la lumière du livre 1 000 coups de fouet parce que j’ai osé parler librement de Raif Badawi :

1. La laïcité renforce la religion et garantit la libre expression du culte

Pour bien des activistes arabes, dont Raif Badawi, la laïcité ne constitue aucun danger pour la religion, au contraire, elle renforce cette dernière et assure à chaque individu le droit d’exprimer ses croyances et ses idées comme bon lui semble. À vrai dire, on ne peut pas nier aujourd’hui que c’est dans les pays laïcs où les musulmans exercent leur culte en bonne et due forme, puisque nous n’avons jamais entendu parler de l’explosion d’une mosquée aux Etats-Unis, par exemple.  Il faut signaler, en outre, que la plupart des organisations extrémistes actives actuellement dans le monde arabe sont la résultante de la politique répressive menée par les régimes despotiques en place contre ces groupes islamistes. C’est pourquoi la laïcité est devenue plus que jamais une nécessité, puisqu’elle éduque les gens à vivre et laisser les autres exprimer leurs convictions librement et sans contrainte.

2. La laïcité repose sur la séparation de la religion des affaires publiques

Au moment où les pays occidentaux ont opté pour la laïcité dans l’intention de s’investir davantage dans les écoles et permettre à leurs citoyens de briller et d’exprimer leurs talents, des pays arabes augmentent année après année le budget consacré aux lieux de culte. Prenons, à titre d’exemple, le Maroc. Le budget consacré à la gestion et à l’entretien des mosquées a atteint deux milliards de dirhams en 2015. La guerre sans fondements, contre-productive et coûteuse menée par les Saoudiens au Yémen pour repousser l’expansion de l’islam chiite. Et non pour défendre la « légitimité » comme tentent de nous faire croire les Saoudiens et leurs alliés. Bilan : plus de 2 800 personnes tuées et un million de déplacés. Cette guerre est une autre preuve qu’il est temps de cesser d’instrumentaliser la religion pour couvrir les défauts d’un régime autoritaire en tuant des civils au nom d’une légitimité illusoire.

3. La libre concurrence et l’égalité des citoyens d’un même pays devant la loi

C’est désolant aujourd’hui d’entendre qu’en Arabie saoudite les femmes n’ont pas le droit de conduire. Et il n’est pas étonnant si le roi de l’Arabie saoudite demande, lors de son séjour très contesté en France, d’éloigner une femme CRS de son dispositif de sécurité. Dans la société saoudienne, tout comme dans d’autres sociétés arabes, à l’exception de la Tunisie où les femmes réjouissent du statut le plus avancé du monde arabe, on sous-estime encore les talents de la femme et on interdit la mixité entre les deux sexes. C’est pourquoi Raif appelle tous les progressistes arabes à se battre bec et ongles pour la mixité, étant donné que celle-ci assure l’égalité des chances entre les femmes et les hommes.


Algérie : sauver Ghardaïa

Encore une fois, le régime algérien a fait preuve de son impuissance à instaurer la sécurité dans le pays, et qu’il n’excelle que dans le recours à la répression. Les derniers incidents de Ghardaïa, la semaine dernière, entre Amazighs mozabites et Arabes chaâmbas, qui ont fait 24 morts dont 19 Mozabites et 5 Chaâmbas, en disent long. Les appareils de l’État sont incapables de faire face aux hors-la-loi terrorisant la population, en utilisant des armes à feu et en bénéficiant d’une grande passivité des policiers.

Enterrement des 11 victimes mozabites à Guerrara. Photo : Mokhtar Hadj Saïd/ New Press

Tout le monde s’accorde à dire que le gouvernement algérien à une part de responsabilité dans la situation à Ghardaïa. Car il aurait pu tordre le cou à cette crise dès son éclatement en 2008, moyennant une approche socio-économique. Malheureusement, les autorités publiques ont opté à plusieurs reprises pour la force, une chose qui a pesé lourd dans les rapports internationaux sur les droits de l’homme. Le dernier rapport en date est celui du département d’État américain. Il a met l’accent sur plusieurs violations des droits humains par Alger : des violences policières, impunité des forces de l’ordre, entre autres.

Dans des photos publiées par des cyberactivistes, la complicité des forces de l’ordre avec les Chaâmbas est clairement affichée.

Ghardaïa
Une inscription arabe sur un mur disant : « Vive les Chaâmbas , tous les Amazighs sont des chiens ». Photo : lafriqueadulte.com

En 2014, lors d’un autre épisode des affrontements sanglants entre les mêmes communautés à Ghardaïa, une vidéo amateur publiée sur You Tube montre des jeunes dans des ateliers de la fabrication d’armes blanches et ce, sous les yeux des éléments de la police.

La crise de Ghardaïa ( en berbèreGhardaïa in Tifinagh.svg) n’est pas née le 6 juillet dernier,  il y a eu déjà des confrontations en 2008. Les raisons de ce conflit ne peuvent pas être réduites à un conflit « intercommunautaire », comme le laissent entendre de nombreux médias arabes et internationaux. Bien au contraire, ces incidents sont en réalité la résultante de la marginalisation économique et de l’absence de l’État dans cette wilaya située à 600 km au sud d’Alger.

Le site d’information arabophone Sasa Post, de son côté, n’écarte pas la possibilité que les heurts qui ont agité Ghardaïa, soient dus aux guerres intercommunautaires ravageant actuellement le Moyen-Orient. En effet, le journal électronique Algérie-focus rapporte que ces incidents sont l’effet des mois de propagande meurtrière menée par des imams salafistes contre les Mozabites. Ainsi, ils ont qualifié les mozabites de « koufars » (impies), menaçant la religion des Algériens. Pire encore, des extrémistes ont scandé des slogans de haine durant des manifestations à Ghardaïa, comme « les Mozabites sont les ennemis de Dieu!

Nombreux étaient également les islamistes et leurs sympathisants qui se sont mobilisés contre le rite des Mozabites sur les réseaux sociaux. Ahmed Chouchane, un islamiste réfugié au Royaume-Uni, après sa sortie de la prison, est l’un d’entre eux. Ce dernier s’est donné pour mission d’alimenter les tensions entre les deux communautés, qui vivaient jadis en harmonie.

Au moment où les militants des droits de l’homme s’attendaient à ce que les autorités algériennes ordonnent l’arrestation immédiate des islamistes ne ménageant aucun effort pour inciter à la violence, le DRS (le service de renseignement algérien) arrête l’activiste Kamel-Eddine Fekhar, avec 25 d’autres militants de la cause mozabite.

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Kamel-Eddine Fekhar. Photo : lematindz.net

L’acharnement des autorités algériennes contre Kamel-Eddine Fekhar est dû à sa demande à l’ONU d’intervenir pour enquêter sur les événements de Ghardaïa. Les locataires d’El Mouradia reprochent à M. Fekhar, en outre, d’être un séparatiste et un ennemi de l’Algérie. Rappelons que Kamel-Eddine Fekhar et ses compagnons ont été entendus le 15 juillet par le juge d’instruction du tribunal de Ghardaïa. Et sans surprise, ce dernier n’a pas hésité à leur accoler une série d’accusations graves comme l’atteinte à la sûreté de l’État, l’atteinte à l’intégrité du pays, ou encore l’incitation au séparatisme, entre autres accusations injustes, selon l’agence kabyle d’information Siwel.

Pour les autorités algériennes, les événements de Ghardaïa sont orchestrés par des pays étrangers, dont le Makhzen marocain. L’objectif : semer le zizanie en Algérie. Selon la chaîne Ennahar, le mouvement autonomiste mozabite, chapeauté par Fekhar, est financé par « la plus haute autorité du royaume » (le roi Mohammed VI). Et on a droit de se demander si un pays très attaché au wahhabisme saoudien, le Maroc, est devenu aussi fou pour soutenir des mouvements indépendantistes amazighs, majoritairement laïcs.

En attendant la libération de Kamel Fekhar et ses amis, qui n’ont fait que réagir légitimement à la marginalisation et aux violences dont sont victimes leurs compatriotes, je souhaite du tout mon cœur que les autorités algériennes tirent des leçons de cette crise de Ghardaïa pour mettre un terme au conflit dans cette wilaya, , en adoptant cette fois-ci une approche socio- économique, voire culturelle. Car les révolutions arabes nous ont enseigné que des solutions basées sur un fondement sécuritaire pour des problèmes purement sociaux sont toujours vouées à l’échec. Et bien entendu, personne ne peut prévoir les conséquences du recours à la force. Les Égyptiens en savent quelque chose.

À bon entendeur !

Vous aussi, dites non à l’incarcération des activistes mozabites. Oui à l’arrestation des vrais criminels, en signant une pétition en ligne, qui sera envoyée plus tard à l’attention du secrétaire général des Nations unies, M. Banki-moon, ici.


Liberland My Dream

La situation du monde arabe va de mal en pis, surtout après le soi-disant « Printemps arabe ». Les événements dramatiques qui se déroulent actuellement dans plusieurs pays arabes en témoignent. Devant ce constat amer, de jeunes Arabes sont aujourd’hui plus que jamais déterminés à quitter leurs pays respectifs, car la chance ne sourit qu’aux corrompus et aux lèche-bottes des dictateurs, tenant les rênes de leur patrie. C’est la raison pour laquelle nous ne devrions pas être surpris si ces jeunes postulent massivement pour la citoyenneté d’un petit État proclamé unilatéralement par un certain Vít Jedlička et ses amis, Le Liberland. En fait, Le Liberland a demandé des citoyens du monde entier pour aider à la construction de la nouvelle République. Et sans surprise, la plupart des gens qui ont répondu présent à l’appel du leader Vít Jedlička sont des Arabes.

Qu’est-ce que la République de Liberland ?

Le Liberland est une micronation non reconnue jusqu’à présent par la communauté internationale. Elle est créée le 13 avril 2015 sur une terra nullius (un territoire non réclamé par aucun pays ), profitant d’un différend frontalier entre la Serbie et la Croatie. Et le président du Liberland,Vít Jedlička, avait déclaré qu’il a même reçu une lettre de la Serbie confirmant que le Liberland n’est pas formé sur un territoire appartenant à la Serbie. De l’autre côté, la position de la Croatie sur la création de la nouvelle République semble un peu ambiguë. Concernant la superficie du Liberland, elle ne dépasse pas 7 km2.

Dans l’intention de construire la République libre de Liberland, l’administration du pays  a mis en place un site web pour recevoir les demandes de citoyenneté de tous les coins du monde. Selon le président Vít Jedlička, à peu près 330 000 personnes avaient répondu au formulaire en ligne pour devenir des citoyens à part entière du Liberland. Parmi ces potentiels citoyens, 8 000 sont des États-Unis, 6 000 de la Serbie et 5 000 de la Russie. Quant au nombre des Arabes désirant rejoindre Vít Jedlička au Liberland, les Égyptiens sont en tête avec 80 256, suivis par les Algériens 23 522, selon le journal Le Monde. Il y a également des Marocains , des Syriens et même des Saoudiens. En guise de rappel, 40 000 des demandes de citoyenneté répondent aux conditions posées par le Liberland.

Comment devient-on un citoyen du Liberland ?

 

Les quatre critères pour devenir un citoyen du Liberland

 Pourquoi le Liberland fait rêver les Arabes ?

« Nous sommes fatigués de la répression et de l’oppression ». Ces mots très touchants d’un jeune Arabe commentant un post sur le forum du site Liberland, en disent long : la frustration a atteint son summum, et ce, surtout après l’échec des révolutions historiques éclatées en 2011 dans plusieurs pays arabes. Ainsi, du Maroc à l’Arabie saoudite en passant par l’Algérie, ce sont les mêmes familles qui détiennent le pouvoir et les richesses dans la majorité des pays en question. Et même dans les pays où nous avons célébré il n’y a pas longtemps la fin des régimes despotiques, les extrémistes et les islamistes ont pris la relève et accomplissent la même mission : semer la terreur et bombarder où bon leur semble. Bref, nous avons changé des chevaux borgnes contre des aveugles.

Certes, la superficie du Liberland n’a rien à envier à celles des pays arabes, mais sa devise « Vivre et laisser vivre » force l’admiration ! Malheureusement, dans ces pays où nous vivons il n’y a qu’une minorité qui vit. Le reste de la population peine rien que pour survivre. Effectivement, j’avais du mal au début à comprendre pourquoi des Algériens, à titre d’exemple, sont nombreux à vouloir vivre au Liberland, sachant que l’Algérie est un pays producteur du pétrole. Un commentaire sur la page Facebook du collectif des Algériens désirant vivre dans la République de Liberland a éclairé ma lanterne : « Plutôt le Liberland que le Boutafliland », tournant en dérision le régime militaire gouvernant dans son pays, l’Algérie. Ainsi, le Liberland est le nouvel eldorado dans les yeux de ces jeunes arabes très ambitieux. Le Liberland, c’est la patrie où ils vont réaliser leurs rêves. Sans oublier qu’ils vont entrer dans l’histoire de l’humanité en contribuant à la construction d’un pays à zéro, à condition que cette république ne soit pas un mensonge où que ce territoire soit annexé par la Croatie.

Liberland Tv
Page Facebook de la télévision du Liberland

Nombreuses sont les raisons poussant des jeunes arabes à quitter leur pays soit d’une manière légale, soit clandestinement. Dans l’infographie ci-dessous, nous vous présentons les cinq principales raisons derrière la frustration de la jeunesse issue du monde arabe.

quitterlespaysarabes
5 bonnes raisons pour quitter la plupart des pays arabes

Pour conclure, on peut affirmer que le seul perdant dans cette affaire du Liberland, c’est les États arabes eux-mêmes. Car les pays d’accueil n’accordent pas la citoyenneté à n’importe qui, mais à des gens qualifiés, voire doués dans divers domaines. De toute façon, ces jeunes Arabes se considèrent déjà comme des citoyens liberlandais et ils sont fiers de mettre en avant leur nouvelle citoyenneté liberlandaise  partout sur le Net. D’autres, les incrédules, ils sont mobilisés en ligne pour mettre en garde leurs compatriotes arabes quant à une éventuelle arnaque. Mais une chose est sûre : si demain une autre micronation vient de voir le jour ( Justiceland, Dignitiland, ou Democratiland ), ces pauvres jeunes Arabes seront nombreux à répondre présent à sa demande de citoyens. Et oui, mesdames et messieurs, l’enthousiasme d’échapper à la répression aveugle !

Ces jeunes Arabes veulent la vie, force est au destin de répondre.


Maroc : à quoi jouent les Femen ?

Après avoir semé la zizanie en Tunisie en 2013, il semble que les Femen soient déterminées à pénétrer le monde arabe coûte que coûte. Et cette fois-ci par la porte du royaume chérifien, en profitant de la discorde entre les Marocains suite à la sortie du film Much loved. Suite aussi au débat sur l’avant-projet du nouveau code pénal, dont certains articles sont régressifs aux yeux des défenseurs des droits de l’homme au Maroc. Voici quelques indices témoignant que le mouvement des Femen a jeté son dévolu sur le Maroc en 2015.

Il suffit de jeter un coup d’œil sur les comptes Twitter et Facebook des Femen pour constater que le Maroc est le nouveau pays non grata du mouvement en question, et pour cause ! Les autorités marocaines ont arrêté et expulsé le 2 juin deux membres des Femen qui se sont embrassées seins nus devant la Tour Hassan à Rabat. L’objectif derrière cette action imprévue: soutenir les homosexuels marocains et protester contre l’article 489 de l’actuel code pénal marocain pénalisant l’homosexualité.

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Article 489 du code pénal marocain

Dans une interview accordée au magazine français Les Inrocks, l’une des deux « militantes » expulsées, Marguerite, qualifie leur action de « provocation pacifique ». Quant au choix de la tour de Rabat pour mener leur action, sa compatriote, Esther, déclare que le choix de cet endroit est dû au fait que cette mosquée est « un symbole du dogme (Islam, ndlr) qui prêche un discours homophobe constant. »

Dès le départ des deux Femen du territoire marocain, les autorités annoncent l’arrestation de deux homosexuels qui s’embrassaient sur la même place, la Tour Hassan. Ce coup de théâtre a accru les tensions entre militants des droits de l’homme et les autorités publiques. Ainsi, des mouvements pro et anti-homosexualité ont vu le jour, sauf que le mouvement des opposants a le dessus. Le soutien des autorités aux anti-gays était très considérable lors de la manifestation du mouvement des anti-homosexuels devant la maison de l’un des deux homosexuels incarcérés, puis condamnés à quatre mois de prison.

La branche marocaine des Femen : un projet mort-né

Quand la première Femen tunisienne Amina Sboui a quitté les Femen en août 2013, elle a avancé deux raisons principales pour expliquer son départ : le mouvement est « islamophobe » et son système de financement est opaque.

Si vous consultez la page Facebook de la branche marocaine des Femen, il est fort à parier que le mouvement n’a pas d’avenir au Maroc et dans tout le monde arabe, en raison des messages de haine dont les posts du mouvement sont porteurs. Même les internautes qui sympathisaient avec les Femen se sont désolidarisés avec ces dernières. Car le groupe ne défend plus les droits des femmes. Il a poussé le bouchon un peu trop loin et s’amuse désormais à insulter les croyances religieuses des autres. Bref, elles combattent « la haine avec la haine », pour reprendre l’expression d’un facebooker commentant un post islamophobe des Femen Maroc.

Capture d'écran : page Facebook des Femen Maroc
Capture d’écran : page Facebook des Femen Maroc

Le 11 juin, un autre coup dur pour les Femen est venu cette fois-ci du collectif Aswat (voix) pour la défense des homosexuels marocains. Dans un communiqué, le collectif a exprimé son désaccord avec les méthodes provocatrices des Femen : « Nous, au sein de « Aswat » , ne pouvons guère adhérer ou participer à une activité similaire à celle de « Femen » au Maroc, allant à l’encontre de notre vision d’un engagement et d’une lutte pacifique, et usant de la provocation et du choc pour défendre notre cause , celle des droits humains. »

On pourrait même dire que l’action du groupe féministe a compliqué davantage la tâche des militants des droits de l’homme marocains et a rendu à un grand service au gouvernement Benkirane, qui se considère comme le gardien des valeurs du peuple marocain ses derniers temps.

Il convient de rappeler que la branche marocaine des Femen, contrairement à la branche tunisienne qui est descendue sur le terrain avant son extinction, n’existe jusqu’à présent que sur les réseaux sociaux. Et le recours des Femen à deux Françaises pour mener leur action à Rabat, suscite de nombreuses interrogations.

La stratégie internationale du mouvement des Femen

Les Femen font appel à la même stratégie pour faire entendre leur voix partout dans le monde, y compris lors de leur dernière action au Maroc.

La stratégie internationale des Femen
La stratégie des Femen (infographie réalisée avec canva.com)

Le Maroc doit rendre justice aux activistes Femen

En dépit de leur stratégie jugée agressive, les Femen ont pu relancer le débat au royaume sur la situation des LGBT. Et le dernier rapport du ministère marocain de la santé incitant le gouvernement à renoncer à la pénalisation  des relations gays, prouve que l’action des Femen a été efficace.

Pour terminer, nul ne peut réduire à néant les efforts déployés par les Femen pour défendre les droit de l’homme en général, et les droits des femmes en particulier. Cependant, il est impératif qu’elles remettent en question leurs méthodes provocatrices et inutiles parfois. Et j’aurais aimé que les Femen lisent les écrivains gays défendant leur cause par le biais des mots. Et Dieu sait combien les mots sont plus efficaces que des kalachnikov, ou que des seins nus. N’est-ce pas Abdellah Taïa, le premier écrivain marocain à assumer publiquement son homosexualité, qui disait que « la liberté (…) ce n’est pas faire n’importe quoi. Ce n’est pas la pagaille et ledésordre » ?

Ô Femen ! Il y a mille façons de défendre les droits des femmes.

 

 

 


« Much loved » ou le cinéma haram

Nombreux sont ceux qui ont critiqué à tort ou à raison Much loved, il y a même ceux qui ont menacé les acteurs de mort. Et pourtant, un bon nombre de Marocains soutient encore leur idole Nabil Ayouch, le réalisateur du film qui a fait le plus de polémiques dans l’histoire du cinéma marocain : zin li fik (le titre du film en arabe).

Aucun film n’a pas fait autant de débats au royaume comme Much Loved. Non pas parce que le film a gagné un prix à Cannes, mais à cause de l’audace et le courage du cinéaste Nabil Ayouch à mettre en avant le quotidien de quatre prostituées vivant à Marrakech. Et bien entendu, toucher à un sujet tabou, comme la prostitution, en utilisant un langage cru et très osé, dans une société majoritairement musulmane, c’est jouer avec le feu. La preuve, des menaces de mort sur les réseaux sociaux aux acteurs et la censure du film par les autorités marocaines, sous prétexte que ce dernier « comporte un outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine, et une atteinte flagrante à l’image du royaume », selon un communiqué du ministère de la Communication marocaine.

« Much loved » : victime de l’hypocrisie sociale ?

Ils critiquent violemment le film. Cependant, le nombre de vues des extraits sur Youtube prouve que le film a suscité l’intérêt d’une partie des Marocains. En effet, un extrait du film en question a dépassé 1 100 000 vues en l’espace de six jours. Ceci apporte de l’eau au moulin des Marocains solidaires avec Nabil Ayouch, qui croient que Zin li fik sera le film le plus regardé dans l’histoire du cinéma au royaume. Le nombre de téléchargements illégaux de films en témoigne.

Les opposants à Much loved pensent que Ayouch a tout le savoir-faire nécessaire pour traiter le phénomène de la prostitution sans offenser les Marocains dans leurs valeurs , c’est-à-dire sans recourir à un langage cru et à des scènes obscènes. Mais cette vision ne fait pas bon ménage avec l’esprit du septième art. Much loved, comme toute autre création artistique digne de ce nom, s’est donné comme mission d’ouvrir nos yeux sur le calvaire quotidien des prostituées au Maroc. Des filles qui n’ont pas opté pour la prostitution pour le plaisir, mais parce qu’elles entretiennent des familles entières. Certes, tout le monde a le droit de critiquer le film et même de ne pas le regarder. Mais attaquer un film sans l’avoir vu et menacer les acteurs pour la simple raison qu’ils ont osé violer des règles établies par une élite est tout à fait absurde, voire honteux dans un pays qui se dit en voie vers la démocratie.

« Il n’y a point de mal dont il ne naisse un bien. » (Voltaire)

La censure de Zin li fik a fait la notoriété de Nabil Ayouch dans le monde. Elle a en outre augmenté l’intérêt du public à voir le film. Sans oublier que cette interdiction va certainement peser lourd sur le classement mondial du royaume en matière de la liberté d’expression. Effectivement, les réactions des ONG n’ont pas tardé. La dernière en date est celle de Freedom Now. Elle a dénoncé l’interdiction de la projection du film et les appels aux meurtres lancés contre l’équipe du film.

Le concert de Lopez c’est halal, « Much loved » c’est haram ?

Au moment les partisans du gouvernement se félicitent de l’interdiction de Zin li fik, un film qui ne sera pas projeté que dans les salles, la 2e chaîne nationale marocaine diffuse en direct, le 29 mai, le concert de la star américaine Jennifer Lopez, qui a assuré un show en tenues dénudées dans le cadre de la 14e édition du festival Mawazine à Rabat. Ainsi, notre pauvre gouvernement fait montre d’impuissance à contrôler même une chaîne qui se nourrit de l’argent public.

 Jennifer Lopez
La performance de Jennifer Lopez au festival Mawazine à Rabat 2015 ©gettyimages/AFP

La censure du film : un acte anticonstitutionnel ?

Les autorités s’en foutent encore une fois de la Constitution dans la mesure où la nouvelle Constitution garantit la liberté d’expression sous « toutes ses formes ». Et si atteinte aux valeurs des Marocains il y a, personne n’a obligé un citoyen marocain d’aller voir le film en salles. C’est pourquoi Kamal Hachkar, le réalisateur de Tinghir-Jerusalem : les échos du Mellah, un documentaire qui suscité lui aussi une grande polémique lors de sa sortie en 2013, se dit « abasourdi par cette atteinte à la liberté d’expression ». De son côté, Abdellah Tourabi, le directeur de la rédaction de la revue Telquel, conteste la décision de l’interdiction, en sachant que le film n’a pas encore demandé de visa d’exploitation et en se basant sur le visionnage fait à l’étranger (à Cannes).

Article 25 de la Constitution marocaine de 2011

Personnellement, je pense que juger un film à partir des extraits, tout comme un livre à partir des citations, n’est pas le propre des vrais connaisseurs du cinéma. C’est la raison pour laquelle je salue chaleureusement les Marocains qui ont bravé la censure en téléchargeant massivement Much loved en ligne. Et je me demande si un film aussi médiocre, techniquement parlant, comme Much loved (zin li fik) susciterait un grand intérêt sans cette fameuse débile et hypocrite censure. En tout cas, ce qui est fait est fait. Que Dieu bénisse Internet !


La mendicité au Maroc, c’est plus qu’un métier !

La mendicité au Maroc est plus qu’un métier, c’est un loisir. Les mendiants sont partout, tout le temps, tous les jours, profitant du laxisme des autorités face à une pratique criminalisée par la loi marocaine et qui nuit à l’image du royaume : la mendicité.

La mendicité, un métier prometteur au Maroc ?

Au Maroc, c’est impossible de s’asseoir dans un café, de marcher dans la rue, ou bien encore prendre le car sans être dérangé par un ou plusieurs mendiants quémandant l’aumône. Et ne soyez pas surpris si on frappe à votre porte pour vous demander de l’argent. En contrepartie, vous aurez droit à quelques prières. Et bien entendu, le nombre de louanges dépend de la somme de votre aumône.

En 2007, la première étude nationale sur le phénomène de la mendicité avait recensé 196.000 mendiants au Maroc. Il convient de signaler que 62 % ont fait de la mendicité un métier à part entière. Aujourd’hui, le nombre va certainement augmenter.

Si le recours d’une partie des Marocains à la mendicité peut être justifié, en raison de la rareté des opportunités d’emploi, surtout dans les grandes villes, cette pratique nuit également au travail des milliers de personnes travaillant dans le tourisme. En effet, la plupart des mendiants qualifiés de « professionnels » jettent leur dévolu sur les grands hôtels, les restaurants, les banques et les portes des centres commerciaux.

Le pire, c’est que les personnes qui se sont habituées au gain facile par le biais de la mendicité trouvent beaucoup de difficultés à exercer les métiers ordinaires comme le commun des mortels. En d’autres termes, elles ne peuvent pas faire autre chose que tendre la main à tout passant. Car tous les moyens sont bons pour obtenir un dirham, le prix d’un pain au Maroc.

Certes, sont nombreux les gens qui ont fait fortune rien qu’avec la mendicité. Mais malheureusement, la plupart des mendiants, surtout les enfants, sont exploités par les mafias de la mendicité. En janvier 2014, une mendiante arrêtée en flagrant délit a avoué avoir loué des enfants à 10 dirhams la journée afin de les exploiter dans la mendicité. Et un mendiant accompagné d’un nourrisson gagne la sympathie des gens, et par conséquent son bénéfice augmente par rapport à un autre mendiant exerçant seul.

 

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Il ne faut pas rêver très haut, parce que le Maroc ce n’est pas le Danemark. La Norvège même, l’un des plus riches pays du monde, a renoncé à son plan d’interdire la mendicité. Pourtant, nous constatons que l’Etat marocain est conscient des effets négatifs de ce fléau. Cela se voit dans le durcissement des peines contre les mendiants professionnels dans l’avant-projet de réforme du code pénal. Rappelant que le nouveau code pénal a aggravé les peines contre les personnes utilisant les enfants de moins de 5 ans dans la mendicité.

Moi personnellement, je connais bien des gens qui ont assuré à leurs enfants une bonne éducation moyennant la mendicité. Il y a d’autres qui se sont fait opérer de maladie grave grâce à la générosité des Marocains. Ainsi, on peut comprendre l’initiative inédite d’un citoyen marocain en 2014 d’envoyer une lettre à la mairie de la ville de Casablanca, sollicitant une autorisation pour exercer le métier de mendiant. Dans cette lettre, le père racontait le calvaire de son fils souffrant d’un handicap total. Le but, ce n’était pas d’obtenir ladite autorisation, mais de sensibiliser les responsables quant aux souffrances des personnes à besoins spécifiques et de leurs familles, qui en l’absence de soutien du ministère chargé du développement social, des milliers des personnes vulnérables sont contraintes de faire la manche pour « survivre ».

La mendicité, une fatalité ou le fruit d’une injustice sociale ?

Je pense que la mendicité est due plutôt à la concentration des richesses entre les mains d’une élite et le manque d’une stratégie pour éduquer mes compatriotes aux valeurs de citoyenneté. À cela s’ajoute le non-contrôle d’un nombre important d’associations pour qui le détournement de fonds publics est devenu un jeu d’enfant. Sans oublier les dépenses inutiles du royaume. Prenons, à titre d’exemple, l’implication dans la guerre sans fondements au Yémen. Selon quelques activistes marocains, 1.350.000 dirhams serait le coût de chaque 10 h de vol des avions de chasse marocains engagés aux côtés des pays du Golfe au Yémen.

À mon avis , le durcissement des peines n’apportera aucun fruit sans penser à s’attaquer aux racines de ce phénomène social : la répartition inéquitable des richesses du pays, l’expansion de la corruption, entre autres maux. Eh oui ! On ne naît pas mendiant, on le devient.


Le bombardement du Yémen vu par mon ami (fin)

Est imbécile celui qui croit qu’il y a une guerre productive. Car toutes les guerres, y compris celle menée par l’Arabie saoudite contre le Yémen, ne débouchent que sur des massacres, des guerres civiles et des misères. Ainsi, la situation humanitaire dégradante au Yémen a imposé à Mohammed et ses amis de retrousser leurs manches afin de réduire les souffrances de leurs compatriotes.

« Ça fait un mois qu’on vit sans électricité »

Plusieurs Yéménites sombrent depuis un mois dans l’obscurité. Notre ami a signalé également la pénurie de gaz, le seul moyen utilisé actuellement pour générer de l’électricité. Et comme disait le proverbe, la nécessite est la mère de l’invention. Au Yémen, les motos fonctionnent avec le gaz de butane. Il convient de rappeler que les gens stockent des quantités importantes de cette matière, le gaz, qui a pris du jour au lendemain la place du pétrole.

Les Yéménites ne souffrent pas seulement de la coupure de l’électricité, mais aussi de la rareté des produits alimentaires de première nécessité dans les marchés. D’où la question que nous avons posée à notre interlocuteur : Est-ce que vous n’avez pas reçu de soutien de la part des Saoudiens ? Mohammed nous a répondu que les Houthis, les rebelles, avaient refusé les aides de l’Arabie saoudite et les Yéménites « peuvent s’entraider les uns les autres » dans ces moments difficiles. D’après Mohammed, la guerre a enseigné à son peuple qu’il ne faut jamais compter sur les autres (surtout les Saoudiens et leurs alliés) pour reconstruire leur pays.

Le gaz remplace le pétrole au Yémen Crédit photo : althawranews.net

 « Je crois qu’il y a une volonté internationale de frapper le Yémen »

Pour Mohammed, le vote du Conseil de sécurité de l’ONU pour l’opération contre le Yémen prouve la complicité de la communauté internationale. Et même la Russie, l’allié des Houthis, n’a pas utilisé son veto et elle s’est contentée de s’abstenir de voter. Selon notre correspondant, le jeu de la communauté internationale est clair : mettre sous tutelle le Yémen et impliquer l’Arabie saoudite et les pays du Golfe dans une guerre sans fin.

Concernant l’arrêt des raids aériens annoncé par les la coalition, notre ami nous a confirmé que le bombardement n’a pas encore pris fin. Il a ajouté que l’objectif de la coalition arabe est toujours le même : paralyser les mouvements des milices Houthis. Mohammed n’exclut pas aussi une opération terrestre. En effet, les signes d’une telle opération sont nombreux, selon le site Almashhad-alyemeni. Sachant que les bombardements ont échoué jusqu’à présent à affaiblir les Houthis.

 « Moi, j’ai choisi de servir les gens dans ces moments difficiles »

Sans surprise, Mohammed m’informe qu’il a abandonné (provisoirement) l’équipe de rédaction du site d’informations Ayn Al Yemen (Œil du Yémen). La raison : sauver les gens des griffes de la famine passe avant les informations et le casse-tête de la politique. La nouvelle tâche de Mohammed ne consiste plus à rassembler les photos, mais à collecter les aides alimentaires et par la suite les distribuer aux familles les plus touchées par la guerre. Ces jeunes volontaires veulent cultiver la valeur de la solidarité dans leur gouvernorat, Dhamar. Mohammed pense que s’il y a de la solidarité, il n’y aura pas de place aux crises et à la famine : « Rien qu’avec un kilo de blé, on peut soulager la souffrance des pauvres. »

« Qu’est-ce qu’on a gagné de cette guerre ? Rien, que du chagrin ! »

Il n’avait pas imaginé un jour de vivre entre le bruit des bombardements et le fantôme de l’obscurité. Hier même, où je discutais avec lui, il m’a informé qu’il vient d’être touché aux yeux à cause de la noirceur. Selon lui, les dégâts matériels et psychologiques de cette intervention militaire sont incalculables, voire indescriptibles.

Quel malheur d’être gouverné par des politiciens imbéciles ! Quel drôle de pays où les gens sont engagés dans une course contre la montre pour stocker le blé et le gaz, au lieu de penser à une solution à la guerre ! Les marchands profitent du conflit pour augmenter leur fortune sur le dos des « anéantis » par les bombardements intenses. L’armée constituée par le président sortant Ali Abdallah Saleh, qui avait combattu les Houthis durant 6 ans, combat aujourd’hui dans les rangs des anciens ennemis.

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La dégradation de la situation humanitaire au Yémen ©adenalghad

« Il est rare de trouver une maison où il n’y a pas d’armes au Yémen »

Mohammed critique violemment la naïveté de son peuple qui accorde une place importante aux armes. Ainsi, on ne peut pas imaginer un mariage sans des tirs à balles réelles dans l’air. Si l’utilisation des armes dans les fêtes pouvait paraître pour un touriste comme un acte incompréhensible, ceci n’est pas le cas pour les siens de notre ami. Pour eux, les armes sont une condition sine qua non pour savourer la vie et un symbole de masculinité.

Dans certaines régions du Yémen, les gens tirent au canon antiaérien lors des mariages. Ainsi, on peut comprendre pourquoi la coalition arabe a échoué à réduire les capacités des rebelles yéménites. Ce sont des personnes qui entretiennent un rapport d’amour avec les armes et pour qui « le bruit des explosions » est une source de plaisir.

 « J’ai envie d’apprendre de nouvelles compétences »

Il s’est demandé s’il peut avoir une bourse d’études au Maroc, parce que les études dans son pays sont loin de répondre à ses attentes. Mohammed croit qu’un pays comme le Maroc, qui a osé prendre parti dans un conflit aussi épineux comme celui du Yémen, muni de ses F-16, devrait forcement avoir des écoles, des instituts et des universités de qualité. C’est pourquoi il rêve de continuer ses études au Maroc. Or, l’enseignement public au Yémen n’a rien à envier à celui du royaume. La plupart de nos universités sont devenues des usines à chômeurs et leur situation est « catastrophique » (pour reprendre l’expression de Lahcen Daoudi, ministre de l’Enseignement supérieur marocain).

En attendant de rencontrer un jour mon ami ici même au Maroc ou chez lui au Yémen, le calvaire de Mohamed et ses compatriotes s’aggrave bombardement après bombardement. Et je viens de savoir aujourd’hui qu’il n’y a pas d’eau dans certaines régions du Yémen. Le monde est vraiment injuste, non ?


Le bombardement du Yémen vu par mon ami (2)

Mon ami Mohammed n’imaginait pas qu’un jour il verrait l’enfer dans le monde ici-bas. En effet, cette guerre menée par la soi-disant coalition arabe contre son pays, le Yémen, sous couvert de la défense de la légitimité du président en fuite, Abd Rabo Mansour Hadi, lui a prouvé que les Arabes ne sont pas engagés au Yémen pour les beaux yeux du peuple yéménite, mais pour soumettre les siens et semer la zizanie entre eux. « La preuve, ajoute-t-il, c’est la livraison d’armes par les Saoudiens aux Houthis, sous prétexte d’erreur ». Et bien entendu, un journaliste averti, comme mon ami, ne peut pas avaler facilement une telle allégation, en sachant que la coalition arabe, soutenue par les États-Unis, est dotée d’une technologie de pointe.

Explosion Yémen
Crédit photo : groupe des photographes Yéménites contre la guerre sur Facebook

 

Mohammed et ses amis, ces jeunes Yéménites qui s’étaient mobilisés en 2011 contre le dictateur Ali Abdallah Saleh, ont compris le jeu des Saoudiens : détruire le Yémen, faire durer le conflit entre leurs compatriotes et agenouiller leur patrie. Mohammed s’en prend violemment aux Arabes qui ont pris part à cette guerre contre le Yémen : ils déclarent que les miliciens Houthis utilisent les civils comme boucliers humains. Et pourtant, ils continuent de bombarder leur pays. En d’autres termes, notre ami semble dire aux Saoudiens : « Puisque vous savez déjà que la vie des civils est en danger, pourquoi vous n’arrêtez pas vos bombardements ? »

« Il n’y a rien de pire que de voir des enfants, des femmes et des vieillards crier de douleur »

Le 31 mars 2015, Mohammed était dans un hôpital à Dhamar, sa ville natale. Non parce qu’il était blessé comme nous avons cru, mais parce qu’il a répondu présent à son devoir du journaliste. Depuis ce jour-là, j’ai constaté que l’humeur de mon ami a beaucoup changé. Il est devenu de plus en plus violent, voire pessimiste. Il a même souhaité être touché par les bombardements et non pas de petits enfants innocents. « Il n’y a rien de pire que de voir des enfants, des femmes, des jeunes et des vieillards crier de douleur », s’indigne-t-il. Notre ami a ajouté qu’il a aussi vu des « morts-vivants» à l’hôpital.

Crédit photo : groupe des photographes Yéménites contre la guerre sur Facebook

Dans l’intention de partager sa douleur avec nous, Mohammed nous a envoyé des images montrant les atrocités d’une guerre aveugle contre les Yéménites. Hier, ils vivaient en paix. Aujourd’hui, ils sont condamnés à se déplacer pour sauver leur peau. Même si les camps de déplacés ne sont pas épargnés par la guerre. Il convient de rappeler que nous ne pouvons pas publier toutes ces images par respect à la volonté de notre ami et à l’âme de ces enfants, qui ont payé au prix fort la bêtise d’un conflit purement idéologique.

« Toute ma vie, j’ai craint la guerre, de parler de la guerre et de son injustice 

Il faut tirer un coup de chapeau à ces jeunes qui se sont portés volontaires pour transmettre au monde le développement des événements au Yémen. D’après Mohammed, c’est la réalité qui leur a imposé de devenir des journalistes. Et d’ailleurs, ils n’ont pas opté pour ce métier pour gagner leur vie, étant donné qu’ils payent même l’hébergement des sites web de leur propre argent. Et ces jeunes sont de divers horizons. Il y a parmi eux des ingénieurs, des pharmaciens, des médecins, entre autres. Le point commun entre tous ces journalistes, c’est l’amour de la patrie et l’aspiration à la paix : « Toute ma vie j’ai craint la guerre, de parler de la guerre et de son injustice », ajoute Mohammed.

Crédit photo : groupe des photographes Yéménites contre la guerre sur Facebook

Il n’est pas étonnant que la plupart des sites indépendants au Yémen soient censurés par les rebelles. Puisqu’ils mettent la lumière quotidiennement et sur les massacres des Houthis eux-mêmes, et sur les crimes commis par la coalition arabe. Certes, la plupart des journaux électroniques comme Ayn Al Yemen,  travaille mon ami, Almashhad Al yemeni, le premier site d’information au Yémen, entre autres revues numériques indépendantes, sont censurés depuis l’éclatement de la guerre. Cependant, il y a mille façons de contourner la censure. Ils envoient quotidiennement leurs articles et images via Facebook à des compatriotes résidant à l’étranger pour qu’ils mettent à jour leurs sites. Ils ont même créé une banque d’images libres de droits, où ils rassemblent toutes les photos prises soit par des photographes volontaires, soit par des habitants. Leur tâche : distribuer ces images aux médias locaux en temps réel. Sans oublier leur souci de ne pas fournir des images qui se ressemblent à plusieurs sites.

En espérant l’amélioration de la situation dans ce pays qui nous est cher, le Yémen, nous allons continuer de suivre de l’intérieur, grâce à notre ami, cette guerre à la fois désastreuse et étonnante. Et ce conflit sera en outre un prétexte pour découvrir cette nation yéménite pas comme les autres, où le port d’armes selon notre correspondant Mohammed, est un symbole de virilité et de masculinité. D’où vient ce rapport particulier qu’entretiennent les Yéménites avec les armes ? Est- ce que le royaume saoudien va-t-il s’aventurer en lançant une opération terrestre contre le Yémen, puisque les rebelles Houthis ont gagné du terrain en dépit des frappes aériennes arabes ?

À suivre…


Le bombardement du Yémen vu par mon ami (1)

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Mon ami Mohammed, l’un de ces 35 jeunes fondateurs du site Ayn Al Yemen (Oeil du Yémen), un journal électronique créé en 2011 dans l’intention de déchoir le régime de Ali Abdallah Saleh, est sidéré. Il ne comprend pas comment l’idée est venue au royaume d’Arabie saoudite avec l’appui de neuf autres pays arabes, de bombarder soudainement son pays, le Yémen.

Lors d’une discussion avec Mohammed, à la question s’il prévoit une offensive terrestre des forces de la coalition arabe contre les Houthis, il a répondu : « On ne peut plus prévoir ». Car il n’avait jamais pensé qu’un pays arabe allait mobiliser autant de forces contre son pays. Certes, mon ami est tout à fait contre l’idéologie des Houthis, les alliés de l’Iran et la bête noire des Saoudiens, mais il croit dur comme fer que les conséquences de la violence sont énormes. Il a ajouté que « l’intervention terrestre est fort probable », mais elle serait une aventure, étant donné que les forces arabes, chapeautées par l’Arabie saoudite, ne connaissent pas la géographie du Yémen.

Mon ami veut également avoir une idée sur la réaction des Marocains après la participation de mon pays à cette coalition arabe contre les Houthis. Et j’avoue que sa question m’a coupé un peu l’herbe sous le pied vu que je ne savais pas s’il est favorable ou non à la décision du royaume d’y rejoindre la coalition. En plus, rares sont ceux qui s’intéressent à la politique au Maroc. Et si un Marocain adhère à un parti politique, croyez-moi, c’est pour se faire un peu de fric ni plus ni moins.

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Avion de chasse marocaine

Durant la longue conversation avec lui, j’ai réalisé qu’il ne savait pas beaucoup de choses sur mon pays, le Maroc. Car le climat politique très tendu au Yémen ne laisse pas le temps à ces jeunes d’étendre leurs connaissances à d’autres pays, voire d’autres cultures. Pourtant, mon ami Mohammed ne cache pas son intérêt pour en savoir plus sur le royaume chérifien. Il m’a demandé de lui proposer des sites où il peut trouver des informations sur les événements culturels au Maroc. Le hic, c’est que la plupart des revues électroniques au Maroc ne s’intéressent qu’aux scandales politiques. Quant à la culture, elle est quasi absente des rubriques de la majorité des journaux et magazines marocains.

À dire vrai, moi aussi je ne sais pas grand-chose sur le Yémen. Même si « le contenu informatif sur le Yémen est abondant sur le Net » (pour reprendre les termes de mon interlocuteur). La faute à qui si on ne s’intéressait pas à d’autres cultures ? C’est la faute à nos médias. Nos chaînes fourmillent d’émissions de cuisine, pas de programmes qui nous font découvrir d’autres peuples et qui promeuvent l’image de notre pays. C’est honteux, non ?

«La lutte contre l’extrémisme en commettant des abus, c’est contre-productif»

Mais revenons à présent à nos moutons, au sujet du bombardement du Yémen qui continue, malgré la condamnation de plusieurs pays, dont l’Irak qui a goûté déjà toute l’amertume de la violence, de cette ingérence arabe au Yémen. De son côté, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a affirmé lors du sommet de la Ligue arabe en Egypte, le 28 mars 2015, que « la lutte contre l’extrémisme en commettant des abus n’est pas seulement une erreur, c’est contre-productif .» En effet, le même jour, Mohammed m’a assuré que la situation est plus que délétère dans son pays. Sur le terrain, les Houthis ont commis des massacres et des civils sont tombés à cause des erreurs de la part de la coalition arabe.

Peut-on parler d’une prochaine guerre civile au Yémen ? Notre ami répond oui, puisque tous les ingrédients d’une guerre civile sont réunis : on ne peut pas imaginer une maison sans armes dans ce pays. En effet, on parle de plus de 60 millions d’armes en circulation au Yémen, la moyenne de deux armes pour chaque individu. Et cette nouvelle guerre déclenchée par les Saoudiens est une aubaine pour les compatriotes de Mohammed pour récolter le maximum d’armes possible. Tout ceci dans le but de « faire face à une éventuelle intervention terrestre de la coalition arabe» dont le Maroc fait partie, ajoute notre ami. Selon Mohammed, des hôpitaux, ainsi que la seule station électrique à Sanaa ont été touchés par les bombardements samedi. Concernant les initiatives régionales et internationales pour régler le conflit, il paraît que notre ami est très favorable à une initiative proposée par le Liban.

Hier dimanche 29 mars, j’ai essayé de contacter mon ami pour savoir plus sur le bombardement qui a visé des cibles militaires des Houthis dans sa ville natale, mais en vain. Et j’avoue que cette absence de mon ami sur les réseaux sociaux m’intrigue. Est-ce que mon ami a été touché par une frappe de la coalition par hasard ? Ou est-ce tout simplement à cause d’une coupure d’électricité comme d’habitude ?

À suivre…