Mamadou

Sénégal : La politique, ça pollue

L'actuel Président Macky Sall, accompagné de son prédécesseur Abdoulaye Wade du temps où le "couple" filait le parfait amour.
L’actuel Président Macky Sall, accompagné de son prédécesseur Abdoulaye Wade du temps où le « couple » filait le parfait amour.

Mon dernier article sur ce blog remonte au mois de septembre dernier. Un long bail. Un très long même. Depuis cette date, je n’ai pas eu le temps, ni l’occasion de «pondre» un seul billet. Je marque mon retour par un papier portant sur le récent évènement politique qui secoue le Sénégal : La polémique sur le retour annoncé de l’ex-président Abdoulaye Wade dans son pays. Je rappelle que je ne suis pas fan de la Politique, surtout de la manière dont elle est faite de nos jours au Sénégal. La politique qui est « l’art de bien gérer la cité » est devenue l’art de bien la ruiner. On ne comprends plus rien du comportement de nos chers politiciens à l’endroit du peuple. Pour des intérêts purement personnels, le pouvoir et l’opposition prennent en otage les populations. Cela, avec l’aide des médias qui sont de plus en plus victimes de manipulation de tous bords. C’est bien vrai que les médias contribuent à la consolidation de la démocratie, mais parfois une certaine presse se comporte en fossoyeuse de cet acquis.

En effet, depuis l’annonce du retour au bercail de l’ancien Président Abdoulaye Wade, après près de deux ans « d’exil » chez Marianne, les langues se délient. On dit souvent que quand les langues se délient c’est pour le meilleur et parfois pour le pire. Depuis lors, les débats et les confrontations, sur le terrain ou dans les médias sont intenses et passionnants. On a replongé dans une campagne électorale qui ne dit pas son nom, même si, me dira-t-on, qu’elle est faite de façon permanente au Sénégal. Les considérations partisanes ont pris le dessus sur l’intérêt national. La parole sur les actes. Du coup les priorités du moment sont mises de côté. Des priorités pour lesquelles Macky Sall a été élu le 24 mars 2012. Et ce sont ces mêmes attentes (non satisfaites) qui ont valu à Abdoulaye Wade et Cie leur éviction du pouvoir. Les Sénégalais n’ont droit qu’aux sempiternels discours populistes et aux promesses farfelues. Rien de concret.

Pourtant, le retour au bercail de celui qui a dirigé le Sénégal de 2000 à 2012 n’aurait pas dû susciter autant de bruit si le régime en place n’avait pas interdit aux militants et sympathisants du Parti démocratique sénégalais d’aller accueillir, avec tout le tintamarre qu’il faut, leur leader. Il suffisait juste de déployer les forces de l’ordre pour veiller à ce qu’il n’y ait pas de débordement de part et d’autre. Tout le monde ou presque sait que le retour de Me Wade est plus ou moins dicté par l’emprisonnement de son fils Karim Wade poursuivi pour enrichissement illicite et dont le procès est prévu au mois de juin prochain. Il est venu à la rescousse de celui qu’il qualifiait du temps de son mandat comme le plus intelligent de tous les Sénégalais. Vieux briscard de la politique, Abdoulaye Wade sait aujourd’hui que sa carrière est finie. Mais, il fera tout pour sauver son fils, quitte à déstabiliser le pouvoir en place. Il a dit, dans un entretien accordé au journal français Le Monde, qu’il usera de tous les moyens légaux pour combattre le régime de Macky Sall. Mais, il faut comprendre qu’il cherche à faire peur . Et je crois qu’il a réussi son jeu. Sinon, rien ne justifie cette panique du côté du pouvoir, allant même jusqu’à restreindre la liberté d’expression qui est l’un de nos acquis démocratiques. Il faut le dire Macky Sall et Cie sont tombés dans le piège de celui qu’on surnomme « Gorgui ». Comme il sait bien le faire, il a fait monter la pression. Une pression qu’ont du mal à supporter Macky Sall et ses alliés.


Reportage chez la communauté africaine de Berlin

 

Berlin, la capitale allemande attire de plus en plus de jeunes africains.
Berlin, la capitale allemande attire de plus en plus de jeunes Africains.

«L’Allemagne est un beau pays, mais très compliqué», lance Pépé entre deux gorgées de bière. Ses deux compatriotes, avec qui il s’est attablé devant le bar Bantou village sur la rue du Cameroun (Kameruner Strasse) à Wedding, acquiescent de la tête. Pépé vit depuis trois ans à Wedding, ce quartier au nord de Berlin. Le jeune homme a un œil assez critique sur son pays d’accueil. D’ailleurs, il ne faut surtout pas l’interroger sur les élections législatives en Allemagne, prévues le 22 septembre prochain. Il ne veut même pas qu’on aborde le sujet. «Ça ne m’intéresse pas, car je sais que ma vie ne dépend pas de ces élections-là. Elles ne changeront rien dans ma vie quotidienne. Le système allemand n’est pas favorable à l’intégration des Africains», dit-il, avant de finir sa bouteille de bière. «Vous voyez, je viens dans ce bar camerounais pour prendre de la bière avec des amis et c’est une façon pour nous d’oublier un peu nos soucis», se justifie-t-il. A bientôt 34 ans, ce jeune Camerounais précise qu’il est dans une situation irrégulière en Allemagne. Il a choisi le pays de Merkel parce qu’il a, dit-il, eu l’opportunité d’effectuer ce voyage. Malgré ses critiques à l’égard du système allemand, Pépé «aime bien la ville de Berlin» qu’il trouve attirante et agréable. Eric, Camerounais lui aussi, vit en Allemagne depuis près de trois ans. La trentaine, il se définit comme «un activiste dans la musique». «J’évolue ici dans le milieu culturel. Je fais de la musique avec des paroles très engagées». Pour Eric aussi, les lois allemandes ne sont pas favorables aux étrangers. «Mieux vaut se désintégrer que de s’intégrer», ironise-t-il.

Trouvé à l’arrêt du métro Afrikanische Strasse, John Okoye joue avec son smartphone en attendant l’arrivée du train. Originaire du Nigeria, il est en Allemagne depuis seulement 16 mois. Il a choisi, dit-il, de venir à Berlin parce qu’il espérait y trouver du travail. Il est issu, ajoute-t-il, d’une famille assez modeste. Ce jeune Nigérian, à la coiffure afro, vivait à son arrivée dans le sud du pays. Par la suite, «j’ai décidé de venir à Berlin et heureusement j’y ai trouvé du travail». Quel travail ? Il ne souhaite pas en dire plus. John Okoye se plaît bien à Wedding qu’il considère comme une Afrique au cœur de la capitale allemande. Ce quartier populaire concentre la plus importante colonie africaine à Berlin. On y rencontre beaucoup de nationalités, à l’image de ces rues, près du parc Rehberge, qui portent des noms de certains pays d’Afrique comme le Sénégal, le Cameroun, le Congo Rd, la Guinée, l’Ouganda, entre autres. Beaucoup de ces rues abritent des commerces tenus par des Africains.

Près de 30 000 Africains vivent à Berlin

Il faut préciser que Berlin accueille un nombre assez important d’immigrés africains. Sur les 480 000 estimés en Allemagne, près de 30 000 vivent à Berlin. Ces immigrés viennent pour la plupart des pays comme le Ghana, le Nigeria, le Cameroun, le Togo, le Maroc, la Tunisie, le Sénégal. Pourtant la communauté africaine est loin d’être la plus importante dans la capitale allemande. Elle ne représente que 3,7 % de la population étrangère à Berlin.

Sileymane Sokome habite, lui, dans le sud-ouest de Berlin. Contrairement aux autres –Pépé, Eric et John Okoye- il vit depuis 11 ans en Allemagne. Le jeune Sénégalais était venu en Allemagne, précise-t-il, pour un but bien précis. «Après deux années passées au département allemand de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, j’ai décidé de faire des études en sciences politiques et juridiques en Europe. J’avais deux pays d’option : La France et l’Allemagne. La France d’abord à cause de la langue et l’Allemagne comme une alternative, vu que j’avais des connaissances de base en allemand. Malheureusement, je n’ai pas eu de préinscription pour la France et l’Allemagne m’avait accordé deux préinscriptions (l’université libre de Berlin et l’université de Goethe de Francfort sur le Main)», raconte-t-il. Sileymane Sokome a débarqué donc en Allemagne le 20 octobre 2002. Aujourd’hui, diplômé de sciences politiques, il a choisi de mener sa vie dans la capitale allemande. Seulement, souligne-t-il, il lui est toujours difficile de trouver un poste adéquat malgré des qualifications requises. «L’intégration pose beaucoup de problèmes malgré aussi une maîtrise parfaite de la langue allemande. L’évolution sur le plan social et professionnel est très difficile et lente. J’ai des amis allemands et je m’efforce à m’intégrer, mais ce n’est pas du tout facile en tant qu’Africain en Allemagne», précise-t-il.