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Révolution au Burkina, silence radio dans les deux Congo

Ils étaient une bonne poignée de chefs d’État africains, tentés de faire sauter les verrous de la limitation de mandat pour s’éterniser au pouvoir. Depuis fin octobre passé, on en compte un de moins, le peuple du Burkina Faso ayant vaillamment fait barrage à Blaise Compaoré qui finalement aura eu à son compteur 27 années de gestion mitigée. Si le monde entier a suivi en temps réel, avec intérêt la chute du « Médiateur », c’est n’est pas exactement le cas pour les populations des deux Congo où les dirigeants essaient de « contrôler » l’information.

Il est presqu’un secret de polichinelle d’affirmer que les présidents Sassou Nguesso et Joseph Kabila souhaitent rempiler pour de nouveaux mandats à la tête de leurs pays respectifs. Si leurs stratégies de confiscation du pouvoir restent pour le moment encore assez subtiles, l’un et l’autre ont déjà avancé les premiers pions comme pour tâter le terrain, bref pour sonder les réactions de l’opinion nationale et internationale.

En effet,  dans Jeune Afrique, on peut lire que les partisans du président de la République du Congo avancent déjà trois arguments :

  1. Lors de la précédente élection, en 2009, tous les candidats s’étaient – quoique pour des raisons très diverses – prononcés pour une modification de la Constitution en vigueur, qui, entre autres dispositions, interdit au président sortant de briguer un troisième mandat.
  2. Ladite Constitution étant verrouillée par un article spécifique, il faudra passer par un changement de régime (de présidentiel à semi-présidentiel), ce qui constitue un « progrès démocratique », puis par un référendum.
  3. Le nouveau texte fondamental ne comportera plus de clause limitative du nombre de mandats, et verra également assouplies certaines restrictions, comme la limite d’âge, qui empêchaient quelques personnalités de l’opposition de se présenter en 2016. Il va de soi aux yeux des pro-Sassou que le « bon » candidat sera celui qui offrira toutes les garanties de préservation des « acquis essentiels : paix, sécurité, développement».

Mais son opposition ne l’entend pas de cette oreille et affûte sa riposte à travers alerte à la vigilance et autres contestations.

Quant à son voisin de la République Démocratique du Congo, il « ruse » pour le moment avec son peuple, entre renouveler un troisième mandat présidentiel et prolonger l’actuel qui va à son terme en 2016. Ainsi on peut lire toujours dans Jeune Afrique, à propos du livre, « Entre la révision constitutionnelle et l’inanition de la nation » d’Évariste Boshab, secrétaire général du parti présidentiel, que la polémique sur la modification de la constitution est relancée; position que Sébastien Lusanga, lui-même porte-parole de la Majorité présidentielle (MP) croit nuancer : « C’est un procès d’intention. Pour l’heure, la question de la révision constitutionnelle n’a pas été discutée ni au PPRD (parti politique de Joseph Kabila, NDRL) ni à la MP. C’est simplement un citoyen congolais qui a décidé de dire tout haut ce qu’il pense » avant de souligner toutefois que « toutes les Constitutions du monde, même les plus vieilles, sont sujettes à des révisions pour les adapter aux circonstances du moment ». De toute façon, là également, l’opposition et les organisations de la société civile veillent au grain. « Toucher à la limitation du nombre et de la durée des mandats du président de la République risquerait de porter un coup dur à la cohésion nationale.» rétorque Félicien Mwanama.

Ces velléités de confiscation du pouvoir peuvent-elles encore prospérer sur le continent ?

Ce n’est plus évident, depuis la révolution du Burkina Faso qui a emporté celui qu’on dit « fin stratège », Blaise Compaoré. Commencées en 2013 par les prises de position fermes des partis de l’opposition, les manifestations de ceux qui au départ, sont appelés les « anti-référendaires » sont allées grandissantes jusqu’à la semaine décisive du 28 octobre 2014. Pour rappel, l’ultime épisode du film qui a obligé Compaoré à jeter l’éponge a démarré le 21 octobre par l’annonce du gouvernement burkinabè de présenter un projet de loi visant à modifier l’article 37 de la Constitution afin de permettre de nouveaux mandats au président sortant. La réponse du peuple a été immédiate et vive ; des manifestations spontanées ont embrasé la capitale Ouagadougou et d’autres villes comme Bobo Dioulasso où la statue de Blaise sera déboulonnée – il ne pouvait y avoir pire présage – le 28 octobre. Ce jour, à l’appel des partis politiques de l’opposition et de la société civile, une foule monstre a envahi la « Place de la Nation » pour dissuader une énième fois la majorité présidentielle – avez-vous vu vous de majorité présidentielle durant cette crise ? – de renoncer à la modification de la constitution. Que nenni, le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) et ses affidés maintiennent le vote à l’assemblée. Le 30 octobre, le rubicon a été franchi et la colère du peuple comme un tsunami, a déferlé sur les institutions de l’État. Seule la « Grande muette » quoique secouée aura tenu faisant venir à la lumière le Lieutenant-colonel Zida, jusqu’alors très peu connu du grand public. Compaoré dans une dernière tentative désespérée de se maintenir, prendra la fuite vers la Côte d’Ivoire en début d’après-midi de l’historique date du 31 octobre 2014 dans les annales du Burkina Faso.

Voila, le récit de la triste chute de l’un des dictateurs africains qui pendant 27 ans a fait et défait les régimes sur le continent noir. Ce récit, les citoyens des deux Congo à l’instar des autres peuples d’Afrique et même du monde ont le droit aussi de le savoir pour prendre en main leur destin. A l’ère de l’internet et des réseaux sociaux (dont notre plateforme Mondoblog), viles sont les tentatives des dirigeants de ces pays de l’Afrique Centrale de bâillonner l’information. La révolution est déjà en marche, ce n’est plus qu’une question de temps. Mieux encore, pour parler comme un « Gondownais » de Mamane, je dis : « Au suivant… ».


Tension au Burkina, le silence coupable des institutions africaines

Le Burkina Faso vit actuellement au rythme des manifestations de rue découlant de la crise politique qui oppose le pouvoir en place et les partis de l’opposition. Les chancelleries occidentales appellent les deux parties à la retenue tout en insistant sur le respect de la Constitution actuellement en vigueur. Par contre, c’est le silence de mort chez le syndicat des présidents africains et dans les diverses institutions d’intégration du continent telles l’UEMOA, la Cédéao et l’UA, au point que l’on peut légitimement se poser cette éternelle question : « S’achemine-t-on une fois encore vers le laxisme des institutions africaines qui précipite l’embrasement des foyers de tensions ? »

Attendent-ils peut-être les premières victimes pour se préoccuper de la situation tendue engendrée au pays des « Hommes intègres » par l’annonce du gouvernement burkinabè le 21 octobre 2014, de présenter un projet de loi visant à modifier l’article 37 de la Constitution afin de permettre à l’actuel président de briguer de nouveaux mandats. Les dirigeants africains, qu’ils soient chefs d’Etat, de gouvernement ou responsables d’institutions régionales et continentales ont, à ne plus en douter un problème, celui de la non-anticipation. C’est dire combien ils sont de piètres gouvernants si l’on se fonde sur le dit-on : « Gouverner, c’est prévoir ». Mais non, une fois encore comme un médecin après la mort, ils se préparent à courir au chevet du Burkina Faso seulement quand le feu l’aura embrasé, quand ses enfants dans un profond désarroi seront inconsolables, quand les dommages collatéraux de ce qui se trame actuellement dans ce pays auront fini d’achever la frêle stabilité politique et économique de la sous région ouest-africaine et reléguer davantage le continent noir dans le sous développement.

Côte d’Ivoire, Libye, Mali, Centrafrique, etc., la liste est longue, des pays actuellement en conflit ou post-conflit. Mais habitués des grand-messes au cours desquelles ils discutent de tout sauf des intérêts de leurs peuples, du progrès harmonieux de leurs nations respectives, les dirigeants africains ne voient jamais rien venir. Leur dernière messe en date est la fastueuse célébration des vingt ans de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) organisée le 20 octobre passé à Ouagadougou, dans la capitale du Burkina sous le thème : ‘‘UEMOA, 20 ans : les voies d’un développement solidaire’’. Quelle ironie ? car le jour d’après ce pays hôte bascule complètement dans la déflagration. Et oui, le pays du « Grand Médiateur », Blaise Compaoré est à la croisée des chemins et cela n’inquiète outre mesure personne, du moins pas ses pairs présidents, ni la Communauté économiques des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ou encore l’Union africaine (UA). Car, encore à leurs habitudes, ils laissent l’initiative aux autres, particulièrement à l’Occident sauveur, pour après crier à l’ingérence de ces puissances dans leurs affaires intérieures. Que de fanfaronnade leur pseudo-souveraineté qu’ils brandissent.

Au nom de ce pseudo-souveraineté M. Compaoré a fait ces jours-ci une sortie médiatique sur les chaînes BBC Afrique et Africa N°1 se permettant même de passer pour le donneur de leçons. (Lire LeFaso.net). Et pour cause, les Etats-Unis, la France et l’Union européenne percevant à juste mesure les drames qui se préparent dans certains pays de l’Afrique dont le Burkina Faso, ont pris depuis plusieurs mois déjà, le devant pour dissuader toute velléité de confiscation du pouvoir sur le continent ; ce qui lui déplaît. En effet, au dernier sommet Etats-Unis-Afrique, le président Obama a sans détour annoncé la position de son administration d’empêcher les chefs d’Etat africains qui souhaitent modifier leur Constitution en vue de s’éterniser au pouvoir. Depuis, cette position sera à maintes reprises, réaffirmée par le secrétariat d’Etat américain. La France également, au plus haut sommet soutient le respect scrupuleux de la Constitution par les chefs d’Etat en fin de leur dernier mandat. François Hollande dans une correspondance adressée à son homologue Compaoré, l’a réitéré et la délégation de l’Union européenne présente à Ouagadougou en a fait de même. Bref, la communauté internationale – au-delà des tropiques bien entendu – donne de la voix et maintient la pression sur le locataire du palais de Kosyam.

Alors, pourquoi ce silence coupable de l’Union africaine concernant la situation qui prévaut actuellement au Burkina ? Où sont passés les médiateurs et autres émissaires de la paix de la Cédéao ? Qu’est-ce qui justifie que l’UEMOA n’anticipe pas encore sur les voies du développement solidaire au Burkina ?

La responsabilité de l’Union africaine sera engagée si sa présidente ne prend pas maintenant à bras le corps la situation de tension grandissante au Burkina en faisant respecter la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la bonne gouvernance – Charte ratifiée par le Burkina Faso le 26 mai 2010 – ; elle, Nkosazana Dlamini-Zuma qui a hésité pendant longtemps avant d’impliquer tout récemment son organisation dans les tentatives de résolution de l’épidémie du virus Ebola.

La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest et l’Union économique et monétaire ouest-africaine seront également tenues pour responsables si une fois encore, elles laissent pourrir la situation au Burkina Faso comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire et au Mali, alors que ses membres se disent être tenus par un développement solidaire de la sous-région.

Si pendant qu’il est encore temps, Les chefs d’Etat des pays voisins du Faso, notamment ceux de la Côte d’Ivoire, du Mali – du fait que la réconciliation post-conflit y est encore balbutiante – et du Togo (à cause de l’échéance électorale à suspense en 2015), n’offrent pas efficacement leurs bons offices de paix, ces présidents auront eux aussi leur part de responsabilité des effets collatéraux qui découleront d’un nouveau conflit armé dans ce pays frère et ami.

Elle semble bien lointaine l’époque où le continent noir pouvait compter sur la solidarité légendaire de ses fils et filles. Pauvre Afrique.


Compaoré Président à vie, ça passe ou ça casse

Etre Chef d’Etat à vie en Afrique n’est pas un fait nouveau. De mémoire, on peut citer Ahmed Sékou Touré de la Guinée, Félix Houphouët-Boigny de la Côte-d’Ivoire, Gnassingbé Eyadéma du Togo, Omar Bongo du Gabon, décédés respectivement en 1984, 1993, 2005 et 2009. Mais autre époque, autre mentalité pourrait-on être tenté de dire, tant le maintien indéfiniment au pouvoir passe mal de nos jours et Denis Sassou-Nguesso de la République du Congo (Brazzaville), Paul Biya du Cameroun, Joseph Kabila de la République Démocratique du Congo et Blaise Compaoré du Burkina Faso en sont les témoins.

Burkina Faso, le 21 octobre 2014. En annonçant la décision de soumettre à l’assemblée nationale un projet de loi visant à modifier la Constitution, le gouvernement burkinabè a précisé un peu plus l’intention de Blaise Compaoré de briguer un nouveau mandat à la tête de ce pays de l’Afrique de l’Ouest. Les réactions dont celle de la population n’ont pas tardé. Des manifestations pour protester contre le projet de loi adopté ont eu lieu la nuit même sur certaines artères de la capitale Ouagadougou fait constater Le Faso.net. Depuis plusieurs mois déjà que la classe politique, pouvoir et opposition sont à couteau tiré, cette dernière protestant contre le référendum favorable au maintien de Compaoré au pouvoir.

En rappel, Blaise Compaoré, a pris le pouvoir le « Jeudi noir » 15 octobre 1987, lors d’un coup d’État sanglant au cours duquel Sankara, son prédécesseur à la tête de l’État, a été tué. Compaoré a décrit le meurtre de Sankara comme un « accident »; cependant, cette affirmation est largement contestée. Au moment de prendre la présidence, il a déclaré que Sankara avait « trahi l’esprit de la révolution ». Il engage alors une politique de « rectification de la Révolution », en réalité un retour à la normale des relations avec la Côte d’Ivoire et implicitement de la France, qui s’étaient précédemment envenimées. En septembre 2008, le sénateur et ex-seigneur de guerre libérien, Prince Johnson affirmera que ses hommes avaient participé à l’assassinat de Thomas Sankara et cela sous l’instigation de Blaise Compaoré. Juste après son accession au pouvoir, il a éliminé deux chefs révolutionnaires Henri Zongo et Jean-Baptiste Boukary Lingani, accusés de comploter à l’encontre du régime. La responsabilité de Blaise Compaoré dans l’assassinat de Sankara a fait l’objet d’une plainte contre le Burkina Faso déposée par Mariam Sankara, la veuve de Thomas Sankara. En avril 2006, le Comité des droits de l’homme des Nations Unies a condamné le Burkina Faso pour refus d’enquêter sur les circonstances de la mort de Thomas Sankara (et d’en poursuivre les responsables)3. peut-on lire dans Wikipédia.

Bref, 27 années déjà que Compaoré préside à la destiné du pays des « hommes intègres ». Élu président pour la première fois en 1991 pour un mandat de sept ans, il sera réélu en 1998, 2005 puis 2010 pour son dernier mandat présidentiel qui prend fin en 2015, la constitution ne lui permettant plus de briguer un autre mandat en tant que président. Qu’à cela ne tienne, depuis deux ans que lui et ses supporters tentent un passage en force afin de faire sauter dans la constitution, les verrous de la limitation de mandat. Face à eux, se trouve une opposition unie et déterminée qui jusqu’à présent a du répondant. Mais à qui profitera ce face-à-face tendu ? Compaoré passera ou ne passera pas ?

Quelques raisons qui militeraient pour son maintien et pour lesquelles il voudra coûte que coûte que ça passe :

  • sa prise du pouvoir et le long exercice qui s’ensuit ne se sont pas faits sans heurts. D’où sa crainte – et dans une moindre mesure, celle de son entourage – d’être rattrapé par certaines affaires de violation des droits humains ; ce qui n’est pas à négliger, si aucune garantie d’amnistie ne lui est accordée.
  • son armée, qu’il a lui-même recrée est d’un grand appui dans sa main mise sur le pays durant 27 ans. Naturellement, elle y compte toujours des ses « obligés » qui seront prêts à tout si le command en chef le leur demande. Il en est de même pour certains membres de son ethnie ou encore quelques milliers de militants dévoués pour son parti, car ils ne voudront perdre quelques prébendes que leur confère cette affinité.
  • le soutien de certains de ses pairs chefs d’Etat africains, notamment le président Alassane Ouattara redevable du soutien qu’il lui a apporté dans les successives crises ivoiriennes peut se révéler utile. Mais également, l’appui important que pourront lui apporter bien d’autres régimes sur le continent qui souhaitent s’éterniser au pouvoir.
  • il n’est pas certain non plus que la France-Afrique – n’en déplaise à l’actuel locataire de l’Elysée qui veut faire croire le contraire – ait assez de l’un de ses rares loyaux serviteurs sur le contient et souhaite s’en débarrasser. Dans ce cas, Compaoré peut continuer par faire la sourde oreille aux protestations de son peuple, parce qu’une France officieuse est de son côté.

Nonobstant le précédent argumentaire, il subsiste de fortes probabilités que ça casse :

  • le renforcement de l’union de l’opposition dont les rangs continuent par être grossis par la désertion d’anciens caciques du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) joue crânement à la faveur des « anti-référendum » pour la modification de la constitution. Il faut y ajouter la détermination d’un peuple à rompre avec le règne sans fin de Blaise.
  • la réticence affichée de la communauté internationale, à soutenir les régimes favorables à la modification de leur constitution en Afrique peut avoir également son pesant d’or. Barack Obama et tout récemment François Hollande l’ont rappelé aux « mauvais élèves » qui seraient tentés par le diable. (On attend tout de même de voir quelle sera leur marge de manœuvre pour les en empêcher)
  • s’il y a un fait qui est récurrent ces dernières années au Burkina Faso, ce sont les successives mutineries au sein de l’armée impliquant parfois les hommes de la garde présidentielle. Le semblant d’ordre qui est revenu depuis ne peut occulter pour autant un probable malaise dans la grande muette. Si à ce stade, on peut encore se réserver de parler d’une fragilisation de l’armée, il n’est pas impossible non plus que les mésententes ressurgissent une fois qu’elles auront trouvé un terreau favorable.
  • Les conflits dans la sous-région ont occasionné une prolifération des armes et la dispersion dans les différents pays de mercenaires et autres trafiquants véreux qui n’attendent qu’une mèche soit allumée pour s’engouffrer. Ils seront sans état d’âme si le Burkina Faso s’offre sur un plateau d’argent à eux ; le régime en place aura du mal à les gérer qu’ils soient de son côté ou contre lui.

Photo Le Faso.net

En définitive, s’il est encore difficile de donner un pronostic exact quant à l’issue de cette confrontation entre les deux parties, en se référant à d’autres situations similaires, on peut affirmer sans ambages que le Burkina Faso est en train d’aller vers des lendemains incertains. Quelques précédentes échauffourées dans le pays ont déjà occasionné des pertes en vies humaines et des destructions d’infrastructures publiques. Rien ne rassure que le compteur macabre ne vient d’être déclenché de plus belle par les positions tranchées des uns et des autres. Au décompte final, à qui toutes ces victimes et destructions de biens seront-elles amputées ? A tout le peuple burkinabè certainement, qui n’aura pas su tirer leçon des crises survenues ailleurs. Après les conflits au Libéria, en Sierra-Léone, en Côte-d’Ivoire et au Mali, la sous-région ouest-africaine n’a plus besoin d’un nouveau foyer de tension au Burkina Faso, à plus forte raison, une crise inutile que le « Sage Compaoré », lui qui a autant de fois offert ses bons offices aux autres n’aura pas épargné au sien. Il est encore temps, qu’il démente le dicton : « Nul n’est prophète en son pays ».


Aminata, l’autre Malala

Ce récit est celui d’Aminata, l’une des milliers de Malala anonymes que compte notre planète. Ah ! notre chère Malala, c’est ce qu’il convient d’appeler « avoir un grand destin ». Cela n’arrive pas tous les jours, moins encore à n’importe qui. Il faut être exceptionnel, être entre autres, Malala. Les talibans ont tenté de lui ravir la vie, sa jeune existence. A la place, c’est une adolescente engagée et déterminée qu’ils ont fabriquée. En effet, à peine dix-sept ans d’âge et déjà Prix Nobel de la Paix. C’est tout mérité, cette énième distinction car la situation des jeunes filles au Pakistan a bien besoin d’être relayée, d’être mise sous les feux des projecteurs. Je dirai même que la situation de la jeune fille tout court dans le Tiers Monde (utilise-t-on encore cette expression ?) en a besoin.

Si toutes ne vivent pas forcément l’avilissement des hommes enturbannés, les filles sous les tropiques connaissent également beaucoup d’affres : le viol massif dans les zones de conflits des Grands Lacs, la traite des enfants notamment des jeunes filles dans le Golfe de Guinée, etc… mais surtout le déni du droit à l’éducation qui maintient finalement la femme dans une situation de dépendance vis-à-vis de sa famille comme de la société. Il l’enferme dans un rôle économique et social défini sans elle et l’empêche de développer un esprit critique lui permettant de défendre ses droits.

Que l’on fasse mine de s’étonner de la grande inégalité entre homme et femme dans ces contrées, n’est que de l’hypocrisie. Sinon, quel épanouissement peut-on offrir aux femmes quand l’éducation qui est la base élémentaire et en même temps le fondement pour tout développement leur est refusée ? Jadis, plus systématique et cru,– cette citation bien connue : « Une fille à l’école, ça n’aboutira à rien » traduit parfaitement le phénomène – le maintien de la jeune fille et par ricochet de la femme sous la coupole de l’homme, qu’il soit son père, son frère, son mari, son camarade, bref l’hégémonie de l’homme a pris de nos jours des formes assez subtiles comme les surcharges de corvées ménagères, le retrait de l’école, l’envoi à l’apprentissage, le harcèlement, le maintien dans la prostitution, les mariages précoces et ou forcés, les brimades et autres violences conjugales, l’exposition volontaire aux maladies, la dépossession, les déshéritassions ou encore le placement comme domestique, bonne à tout faire dans des familles d’accueil. Ce dernier fait est très récurrent en Afrique et particulièrement sur la côte occidentale.

Alors que la scolarisation est obligatoire jusqu’à seize ans dans la plupart des Etats dont le Togo, il n’est pas rare de voir plusieurs fillettes être retirées des bancs de l’école et placées chez des tierces personnes qu’elles ne connaissent nulle part et qui se révèlent parfois d’une méchanceté inouïe à leurs égards, à la limite de la perversité. Mais quel est ce placement qui au lieu de générer des bénéfices, compromet quasi certainement l’avenir des jeunes filles, conduisant la majeur partie à la perdition totale ? Où les plus chanceuses deviennent maîtresses ou énième épouse d’un vieil homme polygame si elles ne s’en sortent avec des grossesses non désirées et souvent des enfants bâtards.

Mais cette vie misérable à laquelle elle était destinée, Aminata n’en veut pas et du haut de ses douze ans, elle l’a fait savoir. Elle n’a envie ni de la perdition de la première catégorie des domestiques ni des « fortunes diverses » des secondes. Elle a su avec beaucoup de finesse et détermination déjouer le « business indécent » auquel se sont livrés ses propres parents, le trafic vil auquel la tantine qui est venue la chercher dans son village natal à Kpédomé la poussait et l’exploitation abusive que tramait contre elle sa famille d’accueil à Lomé.

A chaque fois que cette tantine était arrivée à Kpédomé, un village de Notsé, elle-même située à peu près 100 kilomètres au nord de Lomé, la joie qu’engendraient les petits présents qu’elle ramenait de la capitale est de courte durée. Très vite, elle rentrait dans une discussion solennelle avec les parents et à la fin, un enfant, plutôt une fille repartait toujours avec elle. Etant encore la seule fille qui restait d’une famille qui compte dix-sept enfants dont huit filles, la dernière visite au village de la tantine a rendu très nerveuse Aminata au point de la faire piquer une de ces fortes fièvres. Cet excès de fièvre la sauva puisque la tantine est repartie sans elle. Mais en réalité ce n’était qu’un sursis, puisque dès qu’elle s’est sentie mieux, ses parents l’ont expédiée comme une lettre à la poste. Ils venaient de se débarrasser d’elle une seconde fois, elle qu’ils avaient il y a deux ans retiré des bancs de l’école au motif que pour une fille, elle avait assez fréquenté comme cela. A l’époque, elle passait au cours élémentaire deuxième année alors qu’elle venait à peine de souffler ses dix bougies. Deux bonnes années donc que Aminata était traumatisée à chaque fois qu’elle voyait aller à l’école ses anciennes camarades. Au lieu d’être au collège comme la plupart de ses amies, Aminata découvre pour la première fois Lomé.

Quarante-huit heures seulement qu’elle est débarquée et déjà elle est confiée à sa famille d’accueil qui recherchait d’urgence une bonne à tout faire. En prenant son poste, Aminata s’est rendue compte très vite qu’entre autres corvées, elle devrait s’occuper aussi de deux enfants qui venaient d’effectuer la nouvelle rentée scolaire dont l’aîné n’est son cadet à elle que de deux ans. Aminata a studieusement bouclé deux semaines de besogne à, d’une part déposer et aller chercher ses « protégés » à l’école et d’autre part une fois seule à la maison, – monsieur et madame vaquant eux aussi à leurs occupations – à faire bien d’autres tâches ménagères, qu’elle décida de poser ses nouvelles conditions. Elle exigea de ses employeurs qu’ils la mettent également à l’école. Ceux-ci surpris dans un premier temps, ont fini par céder sur l’intransigeance de la petite fille imposant à leur tour leur condition selon laquelle elle ne sera plus payée puisque son statut aurait désormais changé.

Mais au bout de trois jours, les deux parties ne sont pas parvenues à s’accorder, Aminata exigeant de continuer par être payé pour les autres travaux ménagers qu’elle fait. La tantine est appelée à la rescousse. Celle-ci ne trouvera pas meilleur argument que de menacer la fille de l’envoyer chez des « amis » à elle dans les plantations d’anacardes au nord du Bénin. Apparemment, la stratégie de la tantine a fonctionné puisque Aminata est revenue aussitôt à de meilleurs sentiments, acceptant les nouvelles conditions du couple et a repris ses études. Mais en réalité, c’était un repli tactique de la part de la jeune fille pour mieux préparer sa fugue car ses sorties pour aller au cours ont finalement servi également à ses démarches de reconnaissance des lieux. C’est ainsi, qu’elle a découvert à environ un kilomètre de sa maison d’accueil, un centre de prise en charge des « enfants abandonnés » chez les Sœurs de la Providence à Adétikopé où elle est parvenue à se faire accepter. Dorénavant, elle y est hébergée après que ses parents aient donné leur consentement et poursuit actuellement sa scolarité.

Pour la détermination et l’engagement d’Aminata, la comparaison avec Malala ne tient qu’à un fil. Mais elles sont plusieurs milliers de jeunes filles à travers le monde bien loin des feux des projecteurs à se battre au quotidien contre le destin que l’entourage tente de leur imposer. Toutes n’auront certainement pas la même reconnaissance que leur héroïne Malala, mais qu’elles reçoivent par le biais de ce billet mes vibrants hommages pour leur dévouement afin que leurs audaces inspirent leurs pairs.


Autocensure, suis-je en train de tuer ma liberté (d’expression) ?

« L’autocensure est la mise en œuvre préalable d’une censure que s’applique à elle-même une personne, une institution, une organisation, etc. L’autocensure devance ce qui est perçu comme une menace (réelle ou supposée) de censure par une autorité (politique, financière, religieuse, etc) ou plus largement par ce que l’on appelle l’opinion publique, le politiquement correct. L’autocensure est à mettre en relation avec la notion de conformisme (l’illusion de la libre parole). Par ailleurs, toutes les relations sociales sont marquées par une forme d’autocensure : c’est une ligne de fuite qui permet aux individus et aux sociétés d’éviter l’explosion et/ou l’implosion par la non-énonciation d’une vérité qui ne peut être entendue par l’autre ou par les autres. » Wikipédia

Certes, j’ai bien conscience de compter quelques fans – rassurez-vous, je n’ai pas encore piqué la grosse tête – qui apprécient bien mes articles et m’encouragent à les proposer aux organes de presse. Mais, je n’aurais jamais imaginé que j’avais un si fidèle lecteur des analyses et autres billets que je dépose de temps en temps sur les réseaux sociaux, facebook et twitter. C’est vous dire mon agréable surprise, quand à la suite de ma présélection au concours Mondoblog Saison 4, mon cher ami Jean Jacques m’a félicité et a dit en guise de conseil : « Donne désormais libre cours à ta pensée, ne limite plus ta plume car ce sera dommage que tu continues de nous priver de tes analyses de certains sujets qui te sont tabous ». Sujets tabous ! Le mot est lâché. Je ne vous cache pas qu’un court instant, je me suis senti coincé, comme un petit enfant pris la main dans le sac. Oui, en mon for intérieur, je sais que mon ami dit vrai et que je m’interdisais (à tort ou à raison) certains sujets. Même si en privé, il m’arrivait par moment de donner quelques avis, jamais encore je n’avais osé rédiger un article sur certains sujets et moins encore en publier. Je me suis néanmoins rapidement repris et lui ai rétorqué que je ne semblais pas bien comprendre de quels sujets tabous, il parlait. Mal m’en a pris car avec son franc-parler habituel et son petit rire moqueur, Jean Jacques cite en exemple l’extrémisme musulman et d’ajouter : « Je sais ce que tu en penses moi, mais tu n’abordes jamais le jihadisme dans tes billets, même pas dans tes commentaires. Tu sais donc trop bien de quoi je parle ». Je crois cette fois-ci qu’il a senti monter en moi la gêne et a tenté de changer de sujet. Mais à ce stade, la conversation ne pouvait plus s’arrêter. Mon ami venait de taper dans le mille et je me devais à mon tour de lui exposer mon appréhension.

Jihadisme, sujet à tirs croisés : J’ai fait la remarque que le jihadisme à l’instar de presque tous les autres extrémismes, n’a jamais été un sujet traité avec sérénité dans la presse. Je dirai même que c’est un sujet clivant qui a d’un côté quelques farouches adeptes affichés (et probablement plusieurs d’autres militants plus ou moins anonymes) et de l’autre des superstructures anti-jihadismes (constituées d’une armada d’États, de médias et de citoyens), tout aussi propagandistes les uns que les autres. Du coup, quand tu abordes ce sujet, tu perds (on te retire plutôt) toute neutralité parce que tu es scruté à travers le prisme de pro ou anti-jihadisme. Mais aucun sujet ne peut prendre de la hauteur, s’il n’est traité en dehors de toute passion et pression, si son seul nom traduit l’establishment. Et pourtant, c’est bien l’opinion que je me fais du traitement de ce sujet : soit on vous reproche de faire l’apologie du terrorisme ou soit vous faites les frais des jihadistes. En langage familier, cela se dit : « A prendre ou à laisser ».

Sur la forme, les méthodes utilisées par l’un et l’autre camp sont discutables. En effet, à moins d’être soi-même psychopathe, je ne vois personne rester insensible à l’enlèvement de centaines de lycéennes au Nigeria, à l’assassinat des journalistes Ghislaine Dupont et Claude Verlon de RFI au Mali ou encore aux récentes scènes de décapitation des otages français et britannique respectivement en Algérie et en Syrie. Ce sont des actes de barbaries à dénoncer et à combattre. Mais cette prise de position a un prix et peut vous rendre susceptible de représailles. Cette stratégie de terreur a pu émousser les ardeurs de plus d’un surtout quand on sait qu’on a à faire à un « adversaire invisible », tapis dans l’ombre et prêt à tout. En face, la réponse aux actes perpétrés par les jihadistes est souvent militaire, engendrant parfois des dommages collatéraux, source de nouvelles tensions. Si les frappes aériennes ont démontré leur efficacité sur la destruction des armes et matériels de guerre des jihadistes, elles ont montré des limites face aux attaques suicides et guérillas urbaines, de plus en plus pratiquées.

Sur le fond, c’est dire qu’on s’est enfermé dans une double impasse (aussi bien sur le plan militaire que celle d’un débat passionné sur le sujet) continuant de faire des cortèges de victimes innocentes. Il est évident que les jihadistes ne pourront jamais parvenir à disposer de territoires autonomes pour y faire prospérer leur « vision politique et religieuse » sans qu’ils ne soient continuellement bombardés. De même, le monde ne trouvera de quiétude tant que la menace jihadiste existe.

Notre planète parviendra à se débarrasser du jihadisme si au-délà des réactions belliqueuses intempestives, le « monde civilisé » se décide enfin à rechercher les réelles causes à l’origine de la montée de ces mouvements extrémistes et surtout ce qui de nos jours encore les alimente. Sinon ce serait encourager l’autocensure que de chercher à tout prix pour le politiquement correct, à imposer une pensée unique dans le traitement de ce sujet.


Ebola, l’Afrique doit tirer des leçons

Ce virus pour lequel il n’y a pas encore de vaccin (juste des vaccins au stade d’essai) vient de s’exporter en Amérique avec le cas de Dallas. Mais pour le moment, l’Occident semble mieux y faire face. C’est plutôt la fatalité sous laquelle ploie une fois encore le continent noir qui déconcerte. Guinée, Liberia, Sierra Leone, bref toute la sous-région ouest-africaine montre depuis mars 2014 une grande fébrilité vis-à-vis de la flambée de l’épidémie d’Ebola.

Qu’est-ce qui justifie que 38 années après la découverte de ce virus, l’Afrique qui a célébré récemment avec faste les cinquantenaires de son indépendance soit encore là à appeler à la rescousse l’Occident pour juguler cette épidémie ? Si à plus d’une cinquantaine, les Etats africains sont incapables de venir à bout du virus d’Ebola, à quoi leur sert la souveraineté qu’ils brandissent fièrement pour interdire toute « ingérence » dans leurs affaires de politique interne ?

Et oui ! L’Afrique se doit de tirer les leçons de ses incohérences, de ses errances, bref, de son manque de vision si elle ne veut pas continuer par faire le lit d’Ebola et de bien d’autres catastrophes. Mais en attendant, à plusieurs niveaux, elle a créé des conditions favorables pour que le virus puisse prospérer.

En effet, au niveau des Etats  (le cas du Sénégal à quelques exceptions près), la gestion hasardeuse de l’épidémie est le premier point à indexer. En Guinée par exemple, l’épidémie a continué à couver – sans être détectée – pendant plus de trois mois. A cela, il faut ajouter une politique de santé défaillante, car il a suffi de cette épidémie, pour mettre ces pays fragiles à genoux lorsque le système de santé a été négligé pendant des décennies. Un troisième point, le peu d’engouement pour la recherche en Afrique. L’absence de traitement efficace, de vaccin et de connaissances sur l’origine du virus montre que les recherches sur le sujet sont très limitées (par tout au monde dira-t-on).

Sur le plan communautaire, l’épidémie s’est nourrie de plusieurs fausses informations ; ainsi les rumeurs et la panique se sont répandues plus vite que la maladie, ce qui a pu occasionner d’autres tragédies comme le massacre de Womé. Le virus Ebola a déclenché une peur quasiment universelle. Celle-ci amplifie énormément les perturbations sociales et les pertes économiques, bien au-delà des zones d’épidémie.

Une guérisseuse

Par ailleurs, il y a certaines pratiques culturelles en Afrique à réviser, du moins en période d’épidémie et à plus forte raison de l’épidémie d’Ebola comme le confirme, ce récit des faits survenus en Sierra Leone pris du site de l’OMS https://www.who.int/csr/disease/ebola/ebola-6-months/sierra-leone/fr/ : « …Une guérisseuse traditionnelle renommée et respectée de tous habitait dans la région de Kailahun. Ses célèbres pouvoirs de guérison étaient également connus de l’autre côté de la frontière, en Guinée. Alors que la flambée continuait à prendre de l’ampleur en Guinée, des patients vinrent s’adresser à elle pour se faire soigner. La guérisseuse a probablement contracté le virus Ebola et est décédée. Les gens sont venus par centaines assister à ses obsèques, y compris des villes voisines, afin d’honorer sa mémoire. D’après une rapide enquête des autorités sanitaires locales, la participation à ces obsèques pourrait avoir entraîné jusqu’à 365 décès dus à la maladie à virus Ebola. En Guinée, 60 % des cas ont été liés aux pratiques traditionnelles d’inhumation ». La peur d’Ebola a de même exacerbé la discrimination envers les malades et leurs familles. En effet, « dans un village du Liberia, des malades d’Ebola se sont retrouvés emmurés vivants. La peur d’Ebola a transformé Ballajah, au Liberia, en village fantôme, au silence entrecoupé de gémissements, ceux de Fatu Sherrif, 12 ans, cloîtrée une semaine entière avec le corps de sa mère, «sans nourriture ni eau», avant de mourir à son tour. » peut-on lire sur https://www.20minutes.fr/monde/1427781-village-liberia-malades-ebola-retrouvent-emmures-vivants.

On pourrait relever autant de défaillances au niveau individuel comme l’adoption de comportements à risque tels la poursuite de la consommation des animaux réservoir du virus ou encore le déni de la maladie. En effet, dans certaines zones, les chaînes de transmission sont devenues invisibles, car les populations les cachent. Par ailleurs, étant donné le fort taux de létalité de la maladie, les familles des malades préfèrent les soigner à domicile. Ainsi ne risquent-ils pas de mourir isolés, loin d’eux. Or de nombreuses preuves montrent qu’une prise en charge précoce et intensive augmente nettement les chances de survie.

En somme, il urge que  les dirigeants africains prennent leurs responsabilités et répondent de manière idoine à cette nouvelle crise qui sape le développement du continent et déciment des familles entières. Certes, l’Afrique a droit à la solidarité internationale, mais il lui faut d’abord tirer les leçons de sa gestion de cette épidémie. Ebola après 38 ans d’existence ne doit plus être une fatalité.

NB : Pour obtenir de plus amples renseignements sur Ebola, visitez https://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs103/fr/


Un sot dans le puits

En mémoire de mon cher et regretté enseignant. Que son âme trouve enfin la quiétude.

Les faits remontent à vingt années déjà, mais ils sont toujours vivaces dans ma mémoire. Je dirai qu’ils m’ont traumatisé un bon moment surtout à chaque fois qu’une fracture familiale était portée à ma connaissance. Puis, les années se sont écoulées et j’ai cru n’avoir plus à faire avec ce mauvais souvenir, ce drame familial. J’y ai presque réussi ; je dis presque parce que malgré ma ferme volonté de ne pas m’immiscer dans les querelles d’une famille amie, mes souvenirs m’ont rattrapé. Je ne pouvais pas tolérer qu’une nouvelle tragédie se joue sous mes yeux sans que je ne puisse rien y faire. J’ai donc décidé d’aller à la rescousse de mes amis et par la même occasion m’offrir peut-être définitivement une cure de catharsis.

En 1994, j’étais dans ma dernière année de lycéen à Abomey au Bénin. Un ordinaire après-midi de vendredi, je m’apprêtais à me rendre à l’entraînement de basketball au Lycée Mafory Bangoura quand j’observai une effervescence inhabituelle à l’internat pour garçons où je résidais. Certains camarades qui pressaient les pas, d’autres qui courraient même pour aller s’attrouper devant la maison qui fait face à notre foyer. Une grande foule s’y est déjà constituée et vue de loin, ça n’avait rien de festif. Je ne sais plus pourquoi tout de suite, j’ai eu un mauvais pressentiment en pensant à l’un de mes enseignants qui habitait aussi cette maison, une cour commune que partagent trois ou quatre ménages. Je n’aurai pas eu longtemps pour réaliser que ce n’était pas juste un pressentiment car une fois sur place, c’est à une scène irréaliste que j’allais assister. Des cris stridents, des pleurs et autres lamentations fusaient parce qu’un drame familial est survenu. Les faits dépassent tout entendement.

Plus de deux heures d’horloge déjà que mon enseignant et son frère cadet sont descendus dans le vieux puits abandonné qui se trouve dans un coin de leur maison. Et depuis, ceux-ci ne manifestent aucun signe apparent de vie. La foule attend donc l’arrivée des sapeurs pompiers à qui on a fait appel pour venir les sortir du « Doto », appellation de puits en « Fon » une langue du Bénin. Pour vous qui connaissez très bien le Bénin, de ces « Dotos » (Do qui signifie trou et To cours d’eau), on en compte par milliers dans les villages et hameaux de ce pays d’Afrique. Ils ont servi par le passé à assurer les besoins en eau des populations. Il semble que ce sont des trous profonds de plusieurs dizaines de mètre. Avec la modernité, la plupart de ces puits sont abandonnés mais n’ont pas cessé pour autant de jouer un rôle funeste dans ces contrées. C’est vous dire dans le cas présent, que toute la foule s’attend au pire vu le temps que les « malheureux » y ont déjà passé.

Mais comment est-on arrivé à ce que les deux frères se soient retrouvés dans cet abîme ? Les seuls garçons d’une famille de huit enfants, mon enseignant a bien accepté que son jeune frère quitte leur village natal pour venir rester auprès de lui afin de poursuivre ses études. En réalité, pas seulement auprès de lui puisque mon professeur était marié. Deux ans déjà que le petit frère vit chez le couple et comme dans beaucoup d’autres ménages, les tensions entre lui et sa belle-sœur sont allées crescendo. Leur mésentente n’est plus un secret pour personne et alimente régulièrement les sujets de commérage des voisins. Ce jour fatidique, madame a demandé à son beau-frère d’aller jeter les ordures ménagères dans le vieux puits abandonné qui fait office de décharge parce qu’on voulait le remplir pour éviter que les enfants de la maison n’y tombent. Le jeune homme dans un moment d’inattention a jeté le contenant en même temps que le contenu. Bref, il est retourné confus et apeuré sans le seau à poubelle voir la femme de son grand-frère qui lui fit comprendre dans une rage à peine contenue qu’il ne reviendrait sous son toit si et seulement s’il retrouve le seau. Désemparé et ne sachant quoi faire, celui-ci a décidé de descendre au fond du puits pour aller récupérer le fameux seau. Le temps passe et il ne refait pas surface. C’est alors que paniquée elle-même, la femme envoie appeler son mari qui était déjà au lycée en train de dispenser les cours. Celui-ci accourut pour constater que son frère cadet n’est toujours pas sorti de la fosse. Alors désespéré et se demandant comment il allait pouvoir expliquer cet incident à ses vieux parents restés au village, il décida d’aller chercher lui-même son frère au fond du trou. Voilà comment les deux frères se sont retrouvés pris au piège du vieux puits.

Les sapeurs pompiers arriveront enfin, puis évalueront la situation avant d’en conclure que les deux frères auraient surement fait les frais de gaz carbonique que libèrent les tonnes de déchets déversés dans le puits. Deux agents en combinaison « oxygénée » y descendront et parviendront finalement à remonter les corps inanimés. Ce fut la désolation totale. Quelques jours plus tard ceux-ci sont inhumés dans leur village laissant inconsolable toute une famille. Inutile de vous dire que la femme n’était pas à l’enterrement, la belle famille ayant juré de lui retirer aussi la vie par tous les moyens.

Triste fin en tout cas que celle de mon professeur. Le drame et surtout l’attitude de celui-ci furent diversement appréciés. Je me rappelle même que certains camarades du foyer quelques mois après ce déplorable accident, pour dire à quelqu’un qu’il manque de bon sens, le traitent du « sot dans le puits ». Je ne suis pas pour ma part aussi sévère à l’endroit de mon défunt enseignant même si je pense souvent que dans son désespoir, il n’a pas su faire preuve de bon sens.

Mais vingt ans après, face à la grande sœur de mon ami qui visiblement était prête à tout dans le différend qui l’oppose à son petit frère, j’ai dû après lui avoir raconté la dramatique histoire user des mêmes termes : « Veux-tu toi aussi d’un sot dans le puits ? », lui ai-je demandé pour faire cesser cette querelle ; car elle est convaincue que tout est de la faute de sa belle-sœur et que celle-ci déteste sa fille qui vit chez eux. Je n’ai pas reçu de réponse à ma question (en réalité, je n’en espérais pas). Elle a juste baissé la tête et ne l’a relevée que pour répondre à mon au revoir.

Depuis ce jour, ni elle ni son frère ne m’a plus fait cas de leur malentendu. Et moi, je ne vous cache pas mon soulagement d’avoir su utiliser à bon escient cette tragédie. Je continue toutefois par me demander combien d’autres familles sont actuellement en train de se déchirer et combien de sots ont-elles déjà envoyés au fond de puits ? Si j’ai décidé de publier cet article, c’est avec l’espoir que cela puisse sauver quelques vies encore. Si vous y croyez aussi, prière faire une large diffusion autour de vous.


Chez moi, c’est du pareil au pire

Revue de la presse du 25.09.2014

Cher Fall,
Je trouve ton analyse politique concernant ton pays très pertinente. Vous avez de la chance de vivre une alternance sans heurt. Tu as souhaité dans ta lettre que je puisse aussi partager avec toi la situation de mon pays. J’en ai bien envie mais n’ose pas. Ici, c’est un crime de lèse-majesté. Par précaution, je garde pour moi mon analyse. Ne t’en offusque pas, un beau jour viendra. Pour satisfaire à ta requête, je t’envoie cette interview d’un leader politique de chez moi. Bonne lecture.

Journaliste: … Soyez la bienvenue Madame la Présidente du PTD dans l’émission « Face à la Nation ». Dites Madame, on désigne généralement en politique les partis comme de gauche ou de droite, le cas de la France. Aux Etats-Unis, on parle de démocrates et de républicains, etc. Subitement tout change sous les tropiques, « le pouvoir » et « l’opposition ». Curieuse perception des rapports politiques, n’est-ce pas?

Présidente: Oui, je vous le concède. Mais c’est la triste réalité que nous vivons. Il y a au sommet le « timonier national » qui incarne le pouvoir absolu et distribue les rôles aux autres ; tel est bon militant, tel autre opposant radical, etc. Du coup, les positions se figent. C’est comme au Gondwana de Mamane, à la différence qu’ici ce n’est pas une fiction. Bientôt 50 ans que cela dure, quel gâchis?

Journaliste: Je vous trouve fataliste, est-ce un aveu d’impuissance de l’opposition après plus de 20 ans de lutte improductive pour la conquête du pouvoir?

Présidente: Nous ne sommes nullement impuissants. D’ailleurs les tenants du pouvoir ne nous ont jamais battus loyalement dans les urnes. J’en veux pour preuves les observations suivantes : 1) Plus de 20 ans déjà à la faveur du  »Vent de l’Est » qu’ils sont obligés de se confronter à nous, après chaque élection, alors que tout le monde y compris la communauté internationale crie haro à la fraude, ils déclarent : « Cette fois-ci nous avons vraiment gagné ». Autrement, ils reconnaissent n’être pas les vainqueurs des précédentes joutes électorales. 2) Et puis, un parti qui gagne à la régulière depuis tout ce temps avec des scores à la soviétique n’a pas peur d’organiser les élections selon les normes et standards internationaux. Au lieu de cela, ils vicient tout le processus (code électoral inadapté, liste d’électeurs tronquée, institutions en charge de l’organisation des élections, de validation des résultats et/ou du contentieux électoral partiales) et engagent par la même occasion le pays dans des tensions inutiles…

Journaliste: Mais, les résultats ont toujours été avalisés par la même communauté internationale que vous citez. Que répondez-vous à ceux qui vous taxent plutôt de mauvais perdants?

Présidente: (rires) Qu’est-ce qui peut justifier qu’en 1990 le peuple tout entier, à travers diverses formes de protestations ait rejeté ce système obsolète qui le gouverne pour ensuite sans aucun changement substantiel de bonne gestion de l’État ou d’amélioration du respect des droits humains, se remettre à lui accorder massivement sa confiance dans les urnes? Qu’on arrête de se moquer des gens. Concernant les positions de cette communauté dans le cas de notre pays, je suis désolée de dire que nos partenaires ne semblent pas savoir exactement ce qu’ils veulent donnant ainsi à penser à nos concitoyens qu’une conspiration internationale est ourdie contre eux. Dans un pays ami, qu’il vous souvienne du massacre d’environ 150 manifestants dans un stade, ce qui pour nous est inacceptable. La communauté internationale a réagi vivement et cela a été suffisant pour coûter la tête du chef de la junte militaire d’alors. La CPI s’est saisie de ce dossier et l’enquête suit son cours. Presqu’une décennie que  »mon peuple » a payé le prix fort, au minimum 500 morts selon les rapports des différentes commissions d’enquête. Personne n’en parle, c’est à croire que la vie de mes concitoyens ne vaut pas celle des autres nationalités.

Journaliste: Quelle est alors Madame, la stratégie de l’opposition pour faire barrage en 2015 à un 3è mandat de l’actuel président?

Présidente: L’opposition renforce son unité pour l’élection à venir. Mais il faut absolument opérer les réformes constitutionnelles et institutionnelles auparavant. Sinon ce sera du pareil au pire avec cette fuite en avant de la minorité qui nous dirige. J’en appelle solennellement à leur conscience pour faire un sursaut historique. Je vous remercie.


Bonjour à la grande famille !

tmp25162

Ça fait du bien d’être ici, d’appartenir à la grande famille de blogueurs et blogueuses francophones. Je suis l’un de vos tous derniers cadets (pas en âge, bien entendu), de la Saison 4. Ah! trop ravi d’y être, j’oubliais déjà que le processus n’est pas allé encore à son terme. Mais je n’attends pas m’arrêter en si besoin chemin et compte déjà sur vous tous pour me coacher.  Je respecterai vos opinions même si je ne les partage pas toujours. De même je me battrai pour exprimer les miennes. Car, donner mon avis sur mon environnement immédiat, sur les enjeux planétaires est comme un devoir pour moi. En réalité, j’ai toujours voulu devenir journaliste, apprendre cet art et l’exercer avec professionnalisme. Je n’avais jamais auparavant eu la chance de réaliser ce rêve. Qu’à cela ne tienne, j’ai découvert à travers les réseaux sociaux, une alternative exaltante mais peu contraignante, le blog. Depuis, j’ai compris que l’avenir de la presse sous les tropiques est là. Les blogueurs ont déjà emporté des régimes trentenaires et le feront encore. Mais, il importe pour plus d’efficacité de nos actions que nous apprenons à mieux savoir utiliser cette nouvelle arme. Être des vôtres sur la plateforme Mondoblog m’assurera à coup sûr une solide formation de blogueur, une meilleure visibilité pour mes articles et un plus grand réseau d’amis sur qui je pourrai compter pour échapper à la censure. Toutes mes amitiés à vous.