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De Bruxelles à Paris, itinéraire d’une victoire

Récit subjectif et non exhaustif d’une soirée hors du temps. 

Crédit : Eugénie Senlis

Bruxelles, seuls contre tous

Une seconde de flottement, puis c’est l’explosion. Les Bleus viennent de remporter la Coupe du Monde face à la Croatie. Les supporters français réunis dans la cour de l’hôtel Steingenberger Wiltcher’s, à Bruxelles laissent éclater leur joie. La Marseillaise résonne, suivie de l’incontournable « On est les champions ! ». Des jets de bières sont projetés sur la foule déchaînée. De l’agitation générale ne ressort que trois couleurs : bleu, blanc, rouge. À l’écran, les joueurs s’embrassent. Le temps est beau, le ciel est bleu et la France vient de remporter sa deuxième Coupe du Monde, vingt ans après 1998.

« Pas emballants, cyniques, mais champions du monde »

Si la cour du Steingenberger Wiltcher’s a attiré beaucoup de supporters français, quelques dizaines de Belges sont également présents. Difficile de les différencier des supporters croates : tous soutiennent la même équipe. Ce sont eux qu’on a entendu crier de joie lors des deux buts inscrits par la Croatie. Les Belges ont du mal à digérer leur défaite contre leur voisin outre-quiévrain en demi-finale. À Bruxelles, ville cosmopolite et européenne, ils sont soutenus par beaucoup d’étrangers qui n’apprécient guère ces Bleus « pas emballants, cyniques, mais champions du monde » (La Libre Belgique, lundi 16 juillet).

Des supporters français se prennent en selfie après le match (Crédit : Eugénie Senlis)

Transfert

Bruxelles toujours, Gare du Midi, 20h. Mes yeux brillent encore de cette chaleur brûlante partagée à l’unisson dans cette cour d’hôtel. Un couple a eu moins de chance : partis voir le match dans un bar du centre-ville, ils étaient seuls français parmi des supporters belges et croates, dont certains les ont violemment pris à parti « Rentrez chez vous, on ne vous doit rien. »  Certes, le pénalty de Griezmann peut être discuté, certes l’un des quatre buts mis par la France a été marqué par un joueur croate. Certes la façon de jouer de l’équipe française peut être questionnée. Mais elle a aussi prouvé son efficacité.

« Les gens donnent plus facilement pendant la Coupe du Monde »

À l’extérieur de la gare, Pierre (prénom modifié) fume une cigarette. Il aborde un maillot noir, jaune, rouge (les couleurs de la Belgique). Pierre est à la rue depuis qu’il a perdu son travail. La Coupe du Monde, qu’il suit dans les bars alentours, lui permet d’oublier un peu sa situation « Les gens sont plus sympas depuis un mois, on parle de foot, ils donnent plus facilement ».

Le Thalys de 20h13 en provenance d’Amsterdam est plein à craquer. Mais l’ambiance est dans le wagon bar, où un groupe de jeunes supporters français exaltés hurlent à plein poumons des chants qui célèbrent leurs héros « We are the champions », la Marseillaise, « Didier Deschamps (x4) ». Derrière le bar, occupée à servir des bières qui ne cessent de se vider, Rose-Marie n’apprécie que moyennement l’agitation « je ne sais pas ce qui m’a pris de venir travailler ce soir ». Si les passagers assis ne prennent pas part à la chenille pourtant lancée avec entrain, aucun ne râle, plusieurs semblent trouver plutôt sympathiques ces manifestations de joie. Nathalie et ses amies, qui ont regardé le match dans le train, rigolent « Au début on était seules dans le wagon-bar, on est dans le Thalys avec les gens les moins drôles du monde.»  Heureusement plusieurs compatriotes et même deux Néerlandais se sont joints à la célébration.

Crédit : Eugénie Senlis

Paris aux airs de 1998

Il est 21h35 lorsque le Thalys entre dans la Gare du Nord. La « bande du wagon-bar » reste groupée, on apprend qu’aucun métro ne fonctionne, que les transports en commun sont bloqués. Peu importe, on marchera. Direction les Champs Elysées. Dans la rue l’ambiance est surréaliste : la musique résonne, les Klaxons sonnent à tout-va, les gens se mêlent, se félicitent, mangent ou boivent aux Bleus. En cours de route on apprend que des affrontements ont eu lieu aux Champs, qu’il devient dangereux de s’y rendre.

Certains fervents supporters ont demandé des jours de congé à leurs patrons

Changement de plan, on se dirige vers les Grands Boulevard. Là, un attroupement s’est formé au milieu de la route. des pétards explosent, un feu d’artifice est lancé. Certains ont grimpé au sommet des poteaux, sur les voitures, les cris saturent l’atmosphère. L’ambiance est euphorique (ou cataclysmique, selon les points de vue). Au Sunset Boulevard, les bières coulent à flot. Les barmans s’agitent dans tous les sens. Des groupes se forment, les voix s’élèvent ensemble, les joueurs sont encensés alors qu’ils défilent à l’écran. Les mélodies sont reprises en choeur « Benjamin Pavard / je crois pas qu’vous connaissez Il sort de nul part / Une frappe de bâtard / On a Benjamin Pavard ». Camille fête son 22ème anniversaire, une soirée dont elle se rappellera toute sa vie, même si elle n’a pas pu voir le match. Elle regrette quand même certaines attitudes « des gars en voiture m’ont interpellée dans la rue, puis ils m’ont volé mon drapeau ».

Il est maintenant 2 heures du matin, lundi 16 juillet. Les âmes raisonnables sont rentrées prendre un repos bien mérité, mais les plus heureux (ou plus alcoolisés ?) restent faire la fête dans les rues. Rarement Paris n’a connu telle effervescence. Certains ont même demandé une journée de congé à leurs patrons.

Crédit : Eugénie Senlis

Lendemain de fête

D’autres n’ont pas eu cette chance et, à 8h du matin, les métros parisiens sont silencieux, les têtes plus fatiguées que d’ordinaire. Paris est en gueule de bois, mais de celles qu’on aime et qu’on ne regrette pas. Dans les kiosques les Unes sont remplies des visages extatiques des Bleus, d’exclamations en capitales, d’images de supporters heureux. À Lille la Voix du Nord et la Voix du Sport, fait rare, abordent quasiment la même couverture. Dans l’Eurostar qui les ramène à Bruxelles, deux hommes discutent avec animation de leur nuit « je suis rentrée à 7h du matin ».

Arrivée en Belgique, changement d’ambiance. La presse titre entièrement sur le retour des Diables Rouges dans le pays, dont la venue a attiré plus de 40 000 supporters sur la Grand Place. La victoire des Bleus est minorée, remplacée par les photos des Belges heureux, fiers de leur équipe qui est allée loin dans la compétition. Sur les réseaux sociaux, les tensions se sont accrues entre les deux pays cette semaine, non aidées par les joueurs eux-mêmes, entre la vanne de Lucas Hernandez sur le perron de l’Elysée et les propos peu amènes du gardien belge Thibaut Courtois.

Mais ce froid (temporaire, espérons le) ne doit pas faire oublier l’atmosphère qui aura régné dans les deux pays pendant un mois  :  le partage d’une exaltation nationale, beaucoup de joie (et de bières) et le sentiment d’être réunis et de soutenir, ensemble, une équipe.

Et surtout pour les Français, ceux qui comme moi ne se souviennent pas de 1998, la jubilation de pouvoir dire dans quelques années « J’y étais ».

Je tiens à remercier à nouveau Eugénie Senlis pour ses belles photos !


De Bruxelles à Paris, itinéraire d’une victoire

Une seconde de flottement, puis c’est l’explosion. Les Bleus viennent de remporter la Coupe du Monde face à la Croatie. Les supporters français réunis dans la cour de l’hôtel Steingenberger Wiltcher’s, à Bruxelles laissent éclater leur joie. La Marseillaise résonne, suivie de l’incontournable « On est les champions ! ». C’est parti pour une nuit de célébration !

Ce billet a initialement été publié sur mariegrs.mondoblog.org

Récit subjectif et non exhaustif d’une soirée hors du temps. 

Bruxelles, seuls contre tous

Une seconde de flottement, puis c’est l’explosion. Les Bleus viennent de remporter la Coupe du Monde face à la Croatie. Les supporters français réunis dans la cour de l’hôtel Steingenberger Wiltcher’s, à Bruxelles laissent éclater leur joie. La Marseillaise résonne, suivie de l’incontournable « On est les champions ! ». Des jets de bières sont projetés sur la foule déchaînée. De l’agitation générale ne ressort que trois couleurs : bleu, blanc, rouge. À l’écran, les joueurs s’embrassent. Le temps est beau, le ciel est bleu et la France vient de rempoter sa deuxième Coupe du Monde, vingt ans après 1998.

« Pas emballants, cyniques, mais champions du monde »

Si la cour du Steingenberger Wiltcher’s a attiré beaucoup de supporters français, quelques dizaines de Belges sont également présents. Difficile de les différencier des supporters croates : tous soutiennent la même équipe. Ce sont eux qu’on a entendu crier de joie lors des deux buts inscrits par la Croatie. Les Belges ont du mal à digérer leur défaite contre leur voisin outre-quiévrain en demi-finale. À Bruxelles, ville cosmopolite et européenne, ils sont soutenus par beaucoup d’étrangers qui n’apprécient guère ces Bleus « pas emballants, cyniques, mais champions du monde » (La Libre Belgique, lundi 16 juillet).

Des supporters français se prennent en selfie après le match (Crédit : Eugénie Senlis)

Transfert

Bruxelles toujours, Gare du Midi, 20h. Mes yeux brillent encore de cette chaleur brûlante partagée à l’unisson dans cette cour d’hôtel. Un couple a eu moins de chance : partis voir le match dans un bar du centre-ville, ils étaient seuls français parmi des supporters belges et croates, dont certains les ont violemment pris à parti « Rentrez chez vous, on ne vous doit rien. »  Certes, le pénalty de Griezmann peut être discuté, certes l’un des quatre buts mis par la France a été marqué par un joueur croate. Certes la façon de jouer de l’équipe française peut être discutée. Mais elle a aussi montré son efficacité.

« Les gens donnent plus facilement pendant la Coupe du Monde »

À l’extérieur de la gare, Pierre (prénom modifié) fume une cigarette. Il aborde un maillot noir, jaune, rouge (les couleurs de la Belgique). Pierre est à la rue depuis qu’il a perdu son travail. La Coupe du Monde, qu’il suit dans les bars alentours, lui permet d’oublier un peu sa situation « Les gens sont plus sympas depuis un mois, on parle de foot, ils donnent plus facilement ».

Le Thalys de 20h13 en provenance d’Amsterdam est plein à craquer. Mais l’ambiance est dans le wagon bar, où un groupe de jeunes supporters français hurlent à plein poumons des chants qui célèbrent leurs héros « We are the champions », la Marseillaise, « Didier Deschamps (x4) ». Derrière le bar, occupée à servir des bières qui ne cessent de se vider, Rose-Marie n’apprécie que moyennement l’agitation « je ne sais pas ce qui m’a pris de venir travailler ce soir ». Si les passagers assis ne prennent pas part à la chenille pourtant lancée avec entrain, aucun ne râle, plusieurs semblent trouver plutôt amusante ces manifestations de joie. Nathalie et ses amies, qui ont regardé le match dans le train, rigolent « Au début on était seules dans le wagon-bar, on est dans le Thalys avec les gens les moins drôles du monde.»  Heureusement plusieurs compatriotes et même deux néerlandais les ont rejoint pour célébrer la victoire.

Crédit : Eugénie Senlis

Paris aux airs de 1998

Il est 21h35 lorsque le Thalys entre dans la Gare du Nord. La « bande du wagon-bar » reste groupée, on apprend qu’aucun métro ne fonctionne, que les transports en commun sont bloqués. Peu importe, on marchera. Direction les Champs Elysées. Dans la rue l’ambiance est surréaliste : la musique résonne, les Klaxons sonnent à tout-va, les gens se mêlent, se félicitent, mangent ou boivent aux Bleus. En cours de route on apprend que des affrontements ont eu lieu aux Champs, qu’il devient dangereux de s’y rendre.

Certains fervents supporters ont demandé des jours de congé à leurs patrons

Changement de plan, on se dirige vers les Grands Boulevard. Là, un attroupement s’est formé au milieu de la route. des pétards explosent, un feu d’artifice est lancé. Certains ont grimpé au sommet des poteaux, sur les voitures, tout le monde crie et danse. L’ambiance est euphorique (ou cataclysmique, selon les points de vue). Au Sunset Boulevard, les bières coulent à flot. Les barmans s’agitent dans tous les sens. Des groupes se forment, les voix s’élèvent ensemble, les joueurs sont célébrés alors qu’ils défilent à l’écran. Les mélodies sont reprises en choeur « Benjamin Pavard / je crois pas qu’vous connaissez / une frappe de batard / Il sort de nul part / Une frappe de bâtard / On a Benjamin Pavard ». Camille fête son 22ème anniversaire, une soirée dont elle se rappellera toute sa vie, même si elle n’a pas pu voir le match. Elle regrette quand même certaines attitudes « des gars en voiture m’ont interpellée dans la rue, puis ils m’ont volé mon drapeau ».

Il est maintenant 2 heures du matin, lundi 16 juillet. Les âmes raisonnables sont rentrées prendre un repos bien mérité, mais les plus heureux (ou alcoolisés ?) restent faire la fête dans les rues. Rarement Paris n’a connu telle effervescence. Certains ont même demandé une journée de congé à leurs patrons.

Des supporters français fêtent la victoire de leur équipe sur les Champs Elysées à Paris (crédit : Eugénie Senlis)

Lendemain de fête

D’autres n’ont pas eu cette chance et, à 8h du matin, les métros parisiens sont silencieux, les têtes plus fatiguées que d’ordinaire. Paris est en gueule de bois, mais de celles qu’on aime et qu’on ne regrette pas. Dans les kiosques les Unes sont remplies des visages extatiques des Bleus, d’exclamations en capitales, d’images de supporters heureux. À Lille la Voix du Nord et la Voix du Sport, fait rare, abordent quasiment la même couverture. Dans l’Eurostar qui les ramène à Bruxelles, deux hommes discutent avec animation de leur nuit « je suis rentrée à 7h du matin ».

Arrivée en Belgique, changement d’ambiance. La presse titre entièrement sur le retour des Diables Rouges dans le pays, dont la venue a attiré plus de 40 000 supporters sur la Grand Place. La victoire des Bleus est minorée, remplacée par les photos des Belges heureux, fiers de leur équipe qui est allée loin dans la compétition. Sur les réseaux sociaux, les tensions se sont accrues entre les deux pays cette semaine, non aidées par les joueurs eux-mêmes, entre la vanne de Lucas Hernandez sur le perron de l’Elysée et les propos peu amènes du gardien belge Thibaut Courtois.

Mais ce froid (temporaire, espérons le) ne doit pas faire oublier les émotions que cette Coupe du Monde aura fait ressentir dans les deux pays :  le sentiment d’une atmosphère de particulière pendant un mois, l’unité, l’impression de partager quelque chose.

Et surtout pour les Français, ceux qui comme moi ne se souviennent pas de 1998, la jubilation de pouvoir dire dans quelques années « J’y étais ».

Je tiens à remercier à nouveau Eugénie Senlis pour ses belles photos !


Les Belges unis derrière les Diables Rouges

Alors que d’importantes élections se tiendront dans quatre mois en Belgique, l’équipe nationale a défié les pronostics en se qualifiant pour les quarts de finale du Mondial en Russie. Une réussite qui unit les Belges derrière les Diables Rouges.

Ce billet a été publié par mariegrs.mondoblog.org.

Il est 19h30 ce lundi 3 juillet et le Big Game est déjà bondé. La Belgique joue à 20h en huitième de finale contre le Japon et le bar situé en plein centre de Bruxelles est un endroit bien connu des supporters des Diables Rouges. L’équipe nationale tente d’accéder aux quarts de finale du mondial pour la troisième fois de son histoire. À l’intérieur, des dizaines d’écrans retransmettent simultanément le match en anglais, afin que supporters néerlandophones et francophones comprennent.

À l’entrée des Diables sur le terrain l’ambiance s’échauffe. Les bières coulent à flot, les drapeaux noir, jaune, rouge s’agitent et la Brabançonne (l’hymne national) résonne. Rosana vient souvent voir les matches ici. Elle porte fièrement le maillot des Diables et, à l’oreille, un piercing aux couleurs de son pays. « L’ambiance est sympa ici, il y a plein de bars dans le coin donc les gens vont faire la fête après les matchs. » Rosana se définit comme Belge plutôt que Wallonne. Aujourd’hui, elle a invité son amie Dominique, qui a plutôt l’habitude d’aller regarder les matches dans sa commune, à Saint-Gilles. Les deux jeunes femmes affirment que la Coupe du Monde a uni les Belges.

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Les supporters des Diables Rouges regardent Belgique – Japon au « Big Game », à Bruxelles. Crédit photo : Marie Genries

« J’ai rarement vu autant de drapeaux belges aux fenêtres »

C’est aussi l’avis de Jean-Michel de Waele, professeur de science politique à l’Université libre de Bruxelles et sociologue du sport. Pour lui, la coupe du monde est l’occasion pour les Belges de retrouver un sentiment d’unité nationale. « Les Belges n’ont pas ce sentiment de chauvinisme que peuvent avoir les Français ou les Allemands, ils ne sont pas particulièrement fiers d’être belges. Mais le foot est un moyen de se rassembler, de retrouver ce sentiment. » Même lorsque les Diables Rouges ont affronté le Brésil en huitième de finale de la coupe du monde 2002 et le Pays de Galles en quart de finale de l’Euro 2016, il n’a jamais ressenti une telle effervescence nationale. « J’ai rarement vu autant de drapeaux belges aux fenêtres. Ma fille a appris la Brabançonne, alors que nos parents ne l’ont jamais connue. »

Le sport est également un moyen d’échapper un temps aux tensions qui traversent le pays, où se dérouleront en novembre les élections communales puis en 2019 les élections fédérales. Des scrutins marqués par la montée du parti indépendantiste flamand NVA (Alliance néo-flamande). « Le gouvernement ne contrôle plus rien et les gens ont l’impression que rien ne va », explique Jean-Michel de Waele, « mais on reste un peuple de fêtards et la coupe du monde le prouve. »

« Flamands et Wallons restent entre eux »

En effet, à l’intérieur du Big Game l’ambiance bat son plein à la mi-temps (0-0). Daniel, supporter néerlandophone des Diables, a amené ses tambours. Perché sur un tabouret il bat la mesure, déclenchant un cri commun « Belgium ! Belgium ! Belgium ! ». Pour lui « plus on ira, loin dans la compétition plus l’unité sera forte ».

Malgré cette entente apparente, les tensions entre les communautés subsistent. « Moi je me mélange pas trop avec les Flamands », affirme Rosana. D’ailleurs, elle ne parle pas néerlandais. Pour Jean-Michel de Waele, cette unité est temporaire : « en réalité, les supporters flamands et wallons restent entre eux ». C’est particulièrement vrai en dehors de Bruxelles, capitale hétéroclite. Le sport ne doit pas masquer la réalité politique : « en Flandres, vous pouvez très bien voir une affiche des Diables Rouges sur la devanture d’un magasin et à côté un tract du parti indépendantiste NVA. »

Tous l’affirment : même si la Belgique gagne la coupe du monde (certains pronostics le prédisent), le résultat n’aura que peu d’influence sur les élections à venir, qui devraient voir encore monter les indépendantismes flamands. « Quand l’équipe nationale joue, il n’y a pas de problème, explique Daniel, mais pendant les championnats de Belgique (où clubs flamands et wallons s’affrontent) les tensions entre communautés se font sentir. »

22h, le match se termine sur une victoire 3-2 des Diables et la fin d’un moment d’angoisse après deux buts marqués par les Japonais en moins de 10 minutes. Devant la Bourse de Bruxelles, la musique tonne, les gens dansent. La Brabançonne, chantée en français, est suivie de l’ultra-connu « Waar is da feestje? Hier is da feestje! » : « Où est la fête ? C’est ici la fête ». Comme les autres, Rosana fête la victoire de son équipe entre amies « Les gens sont unis pendant les matches mais ensuite, c’est chacun pour soi. »

Ce soir, les Diables Rouges rassembleront à nouveau leurs supporters le temps d’un quart de finale contre le Brésil. Ils tenteront d’accéder au dernier carré d’un Mondial pour la deuxième fois de leur histoire, et prolonger l’unité du ballon rond.


Taiwan au ban des organisations internationales

Alors que l’Universiade d’été se tenait à Taipei du 19 au 30 août derniers, le gouvernement taïwanais s’est vu refuser l’accès à certaines données d’Interpol. 

 

12 jours, 153 pays, 3000 officiels, 8000 athlètes, 700 000 billets vendus et des compétitions retransmises sur plus de 100 chaînes de télévision mondiales. Taipei accueillait cette année l’Universiade d’été 2017, la plus grande compétition multisports d’été après les Jeux Olympiques. Une façon pour le pays de se rappeler une nouvelle fois aux yeux de la communauté internationale.

 

Un événement attendu
Cet événement était impatiemment attendu à Taiwan, dont les rues se sont couvertes d’affiches plusieurs mois avant le jour J. Afin d’assurer le bon déroulement des jeux et leur sécurité, le gouvernement a mis en place un centre de commandement dans le but de faciliter les coordinations entre Etat central et collectivités locales. Plusieurs exercices antiterroristes ont été effectués au cours des mois précédents. La sécurité de la cérémonie de clôture a même été renforcée après des incidents provoqués par des manifestants mécontents du plan de réforme de retraite le jour même de l’ouverture de l’Universiade.

Le stade de Taipei qui a accueilli les compétitions sportives. ©taiwaninfo.nat.gov. tw
Le stade de Taipei qui a accueilli les compétitions sportives. ©taiwaninfo.nat.gov. tw

Tout semblait donc fait pour qu’aucun incident majeur ne vienne perturber les 10 jours de compétitions sportives. Sauf qu’un petit événement, en apparence mineur, a plombé un peu les préparations en amont. Le gouvernement taïwanais s’est en effet vu refuser l’accès au système mondial de communication policière d’Interpol, I-24/7, qui permet aux pays membres d’accéder à des bases de données criminelles contenant passeports et véhicules volés, personnes recherchées, empreintes digitales… Cet outil est indispensable pour les pays qui accueillent de grandes manifestations, puisqu’il permet notamment un contrôle plus efficace aux frontières. Mais Taiwan ne fait pas partie d’Interpol, et n’a donc pas été autorisé à récupérer ces informations. À Lyon (le siège d’Interpol), on a conseillé au gouvernement de s’adresser directement à Pékin… C’est-à-dire à la plus grande menace pour la sécurité de l’île et le responsable de son éviction de l’organisation.

 

Un rejet de longue date

 

En 2016, Interpol a rejeté la demande des autorités taïwanaises de participer à nouveaux aux assemblées en tant qu’observateur.

 

Ici, un petit rappel historique s’impose : membre d’Interpol dès 1961, la République de Chine (le nom officiel de Taïwan) ne fait plus partie de l’organisation internationale de police criminelle depuis 1984, date à laquelle a été remplacée par la République populaire de Chine, c’est-à-dire la Chine continentale, qui ne reconnaît pas Taiwan. D’après une source familière des réalités de l’île, la démocratisation de la République de Chine a entraîné un désir de plus en plus important des taïwanais d’être représentés sur la scène internationale. Entre 2008 et 2016, ils ont redoublé leurs efforts pour faire partie d’Interpol, profitant de l’amélioration des relations entre les deux rives du détroit. En vain. En 2016, l’organisation a même rejeté la demande des autorités taïwanaises de participer à nouveau aux assemblées en tant qu’observateur.

 

 

Pour l’Universiade, le métro de Taipei s’était mis au diapason de l’événement
©designboom.com

On ne peut que se réjouir que l’Universiade se soit déroulée sans accident majeur. Cependant, la présence de « filiales » de l’organisation Etat islamique et d’ Al-Qaïda dans le sud-ouest de l’Asie aurait pu être un danger pour les quelque 700 000 spectateurs rassemblés à Taipei.  À moins d’une semaine de l’assemblée générale 2017 d’Interpol à Pékin, il serait judicieux de se poser la question de ce rejet systématique. Le gouvernement taïwanais n’a pas non plus eu accès au projet « Stadia » de l’organisation, destiné à conseiller et à former les États hôtes d’une grande compétition sportive. Pourtant, l’île n’aurait-elle pas eu besoin d’un minimum d’information des polices internationales ?  De même, l’expertise des taïwanais en matière de sécurité ne pourrait-elle pas profiter aux pays membres d’Interpol ?

 

Une situation internationale compliquée

 

À noter que Taiwan est tout de même bien accueillie dans beaucoup d’organisations mondiales. L’île est membre, sous le nom de « Taipei chinois », de 37 organisations intergouvernementales comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la Coopération économique en Asie-Pacifique (APEC), la Banque de développement asiatique et la Banque centraméricaine pour l’intégration économique. Elle a plusieurs fois été invitée à participer aux assemblées des Nations Unies en tant qu’observateur, et possède ce statut dans 21 autres organisations intergouvernementales comme la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, ou encore l’Organisation pour la coopération et le développement économique.
Le rejet de la République de Chine d’Interpol pose donc surtout un problème de sécurité. Heureusement, l’Universiade de Taipei a fait l’objet d’une coopération étroite avec les États-Unis et ses services de renseignement. Le gouvernement taïwanais a de nouveau demandé une autorisation de participation à la prochaine assemblée générale d’Interpol, demande compliquée par le fait que le président actuel de l’organisation, Meng Hongwei, est chinois.

 

Plus généralement, Taiwan semble aujourd’hui toujours bloquée par Pékin dans son désir de participation aux grandes organisations mondiales. En mai 2017, elle n’a pas pu assister à l’Assemblée mondiale de la santé qui se tenait à Genève. À New York, les journalistes taïwanais ne sont pas autorisés à couvrir eux-mêmes les réunions de l’ONU. Le gouvernement taïwanais va probablement continuer à rechercher le soutien de la communauté internationale, mais on ne sait pas dans quelle direction celle-ci se dirigera.


Taiwan, île moderne et modèle

Alors que 21 pays seulement la reconnaissent officiellement (un nombre qui ne cesse de diminuer), la République de Chine se place pourtant comme l’acteur principal de la modernité et du progressisme en Asie du Sud-Est.

Philosophie magazine, édition de juillet – août 2017. Une interview de Audrey Tang , la ministre taïwanaise du Numérique, est mise à l’honneur. Une agréable surprise : les médias internationaux ont la fâcheuse tendance de trop négliger la certes petite mais peuplée île de Taiwan, qui compte tout de même 23 millions d’habitants, soit 2 fois plus que la Belgique, 3 fois plus que la Suisse.

Audrey Tang, Ministre du Numérique (Credit : Flickr)

Dans cette interview, on présente une ministre pas comme les autres : transgenre, elle a arrêté l’école à 13 ans pour « s’éduquer toute seule en ligne » (elle crée sa première start-up à 15 ans). Elle devient ensuite hackeuse professionnelle avant d’être nommée au ministère du Numérique sous le gouvernement de Tsai Ing-Wen, premier membre du parti Démocrate Progressiste à exercer le pouvoir mais surtout première femme Présidente à Taiwan et l’une des seules en Asie avec Auung San Suki (Birmanie), ou encore Park Geun-hye,  ex-présidente de la République de Corée du Sud (récemment destituée).

Audrey Tang a de quoi intriguer les plus curieux et choquer les plus conservateurs. Pourtant, le fait qu’une ministre soit à la fois ancienne hackeuse, transgenre et quasi-sans diplôme et que cela ne choque pas grand-monde n’est pas une extravagance accidentelle de Taiwan, pays pourtant profondément traditionnel et religieux. Et pour cause, la République de Chine dépasse ses homologues asiatiques sur le plan de la modernité et de l’ouverture d’esprit. On peut faire remonter l’origine de cette tendance à 1971, lorsque l’île a commencé à perdre sa place dans les grandes institutions internationales au profit de la République Populaire de Chine (la Chine continentale), Mais plutôt que de se replier sur lui-même et de devenir une dictature autoritaire, le gouvernement a alors opté pour une politique progressiste et tournée vers les Droits de l’Homme, afin peut-être de se rapprocher des valeurs occidentales et avec l’espoir, sinon d’une reconnaissance, du moins d’une sympathie de la part de ces derniers. Mais peut-être également, après avoir abandonné avec la mort de Chiang Kaï-Check ses velléités de reconquérir la Chine, le gouvernement a-t’il voulu se distinguer le plus possible de Pékin, sinon d’un point de vue économique au moins d’un point de vue éthique.

Gay Pride de Taipei 2017 (credit : Marie Genries )

L’arrivée de Tsai-Ing Wen au pouvoir n’a fait que renforcer cette tendance. En 2017, la Présidente indépendantiste remportait une victoire en faisant passer une mesure qui a fait beaucoup parler de l’île à l’international : la légalisation du mariage homosexuel. Taiwan accueillait déjà la plus grande Gay Pride d’Asie, protégeait les homosexuels sur leur lieu de travail et encourageait à l’école la tolérance. Mais le gouvernement de Taipei est allé encore plus loin en légalisant l’idée même d’union entre personnes de même sexe, à peine 5 ans après la France. Comme en France, une frange importante de la population taïwanaise, religieuse et conservatrice, a protesté contre ce projet de loi. Le gouvernement ne s’est cependant pas arrêté là, et, en mai 2017, a élevé les 16 langues austronésiennes parlées sur l’île au rang de langues officielles, au même titre que le mandarin. Quel autre pays peut aujourd’hui se vanter d’avoir 17 langues nationales ? (Singapour en compte 4). Cette mesure a d’ailleurs fait partie d’une loi plus générale sur la        protection des populations autochtones de l’île.

Taiwan est donc moderne, d’une modernité qui se mêle aux traditions et aux superstitions locales sans les dénaturer. Cela vient peut-être de l’incroyable gentillesse de sa population, ou de la nature même de l’île, dont la diversité impressionne. La première religion, le  bouddhisme, s’inspire de plusieurs philosophies. La culture est un mélange d’influences venues de la Chine continentale, du Japon et des anciennes colonies hollandaises et espagnoles. Même l’architecture – mélange de buildings et de maisons traditionnelles – et la géologie – montagnes et mer se côtoient – témoignent de cette diversité qui explique peut-être en partie l’ouverture de Taiwan. 


« Haïr pour de bon est un talent qui ne s’acquiert qu’avec l’âge ». 

Carlos Ruiz Zafón, L’Ombre du Vent


 

« La vie est faite de contrastes, de moments magiques et de moments incroyablement douloureux. Entre les deux, ça ne compte pas. C’est juste du temps qui passe. »

Marc Trévidic, Ahlam 

Marc Trévidic a travaillé jusque 2015 au pôle anti-terrorisme du tribunal de grande instance de Paris, avant de devenir vice-président au tribunal de grande instance de Lille. Ahlam est son premier roman.

 

 

 


Couchsurfing, une nouvelle manière de voyager

Warning (1) : cet article s’adresse aux voyageurs en herbe curieux de tester une nouvelle expérience mais également à leurs parents hyper stressés (coucou papa et maman) qui ont besoin que quelqu’un les rassure.

Warning (2) : je ne parle dans cet article que de mon expérience personnelle, en gardant à l’esprit que d’autres pourraient avoir un point de vue différent.

Couchsurfing, un site de plus en plus fréquenté par les jeunes voyageurs. Credit : couchsurfing.com

J’ai toujours aimé voyager, poussée par l’envie de différence, de découvrir d’autres cultures, d’autres paysages, d’autres visions du monde. En m’inscrivant sur Couchsurfing, j’ai poussé cette curiosité à un autre niveau.

C’est après avoir lu plusieurs articles sur le sujet que j’ai décidé de me lancer et de m’inscrire sur le site Couchsurfing, en septembre dernier. Adepte des Blablacars, Uber et autres produits de l’économie de partage, il me semblait inévitable de découvrir le concept. Non, Couchsurfing n’est pas un site de rencontre, du moins pas dans le sens où on l’entend d’habitude, mais un « un service d’hébergement temporaire et gratuit, de personne à personne » (source : wikipédia). Concept imaginé en 1999 par l’américain Casey Fenton, Couchsurfing est depuis quelques années de plus en plus prisé par les « backpackers » toujours à la recherche de nouveaux moyens originaux et moins chers de voyager

Compléter son profil, révéler sa personnalité

Le principe est simple : il suffit de s’inscrire (gratuitement) sur le site, et de compléter son profil. Cette partie prend un peu de temps, l’idée étant qu’en lisant votre profil on puisse se faire l’idée la plus précise possible de votre personnalité. Les premières questions sont assez formelles, semblables à celles d’une candidature pour un emploi : on vous demande votre nom, âge, sexe, nombre de langues parlées, niveau d’étude, occupation, etc. Bien que toutes les cases ne soient pas obligatoires, elles donnent tout de même l’impression de passer un entretien d’embauche, et j’avais presque peur de ne pas être prise.

Une fois ces formalités accomplies, la suite ressemble plus à ce qu’on pourrait trouver sur un site de rencontre classique : centres d’intérêts, livres, musiques et films préférés, pays visités… La partie se corse lorsqu’on arrive à « À propos de moi ». On se retrouve alors face à un carré blanc censé incarner notre Âme, et il est alors judicieux de prendre une pause pour réfléchir avant de se lancer dans une diatribe philosophique enflammée du style « qui suis-je, d’où viens-je où vais-je », qui pourrait effaroucher vos compagnons internautes. Une fois cette réflexion terminée et tous les obstacles passés, hourrah ! Le profil est terminé. Il suffit maintenant seulement de choisir parmi trois types de « disponibilités »  : accepte des invités /  accepte éventuellement des demandes d’hébergement / n’accepte pas d’invités / souhaite faire des rencontres. Après réflexion, et vivant dans un dortoir donc dans l’impossibilité d’accueillir, j’ai coché « souhaite faire des rencontres », ce qui signifie que j’ai reçu tout au long de l’année des messages de voyageurs en balade à Taipei et souhaitant découvrir ses recoins cachés, les « bons plans » pour manger ou sortir… Une bonne manière aussi de redécouvrir sa ville !

Des expériences riches et diverses

Credit : @soof

La première fois que j’ai testé le Couchsurfing en lui-même ce fut à Tamsui, l’un des deux principaux ports de Taiwan, situé dans le Nord de Taipei. J’avais envie, d’ailleurs, de quitter la vie citadine le temps d’un week-end. Pour cela, il m’a suffit de rechercher sur le site les dates et le lieux souhaités, de lire le profil des hébergeurs et d’envoyer un message à ceux dont les intérêts semblaient rejoindre les miens. Coup de chance, j’ai trouvé quelqu’un pour m’héberger dans la journée. Attention, ce n’est pas un processus automatique : il n’est pas toujours facile de trouver quelqu’un disponible aux bonnes dates, les gens ayant aussi une vie à côté.

Ma première expérience de Couchsurfing a vaincu mes appréhensions et comblé mes espérances. Je suis restée une nuit chez deux taïwanaises qui m’ont emmenée dans un marché de nuit (très populaires à Taiwan) fréquenté uniquement par des locaux, dans un bar tenu par un de leurs amis où j’ai pu goûter aux bières taïwanaises et le lendemain m’ont montré les recoins secrets de la ville. Elles m’ont également initiée à la conduite de scooter, savoir que j’ai eu l’occasion de mettre en pratique à de nombreuses reprises depuis.

 Chaque nouvelle demande « acceptée »  signifie de nouvelles rencontres, de nouvelles expériences voire de nouvelles amitiés

Forte de cette expérience, j’ai retenté le Couchsurfing  plusieurs fois dans les mois suivants, sans jamais avoir de mauvaises surprises. À Tainan, dans le Sud de Taiwan, j’ai rencontré un américain hyperactif qui nous a emmené voir, cachés dans la campagne, les plus beaux temples de l’île. À Séoul, nous avons testé le Soju, alcool de riz coréen au goût doux et sucré. À Singapour, j’ai logé chez des indiens qui m’ont fait découvrir la gastronomie de leur pays, que je ne connaissais que très peu (croyez-moi, les petit-déjeuners indiens ravissent autant les pupilles que les papilles). Chaque nouvelle demande « acceptée »  signifiait de nouvelles rencontres, de nouvelles expériences voire de nouvelles amitiés.

Car accepter d’héberger des inconnus signifie qu’on est prêts à découvrir des cultures différentes et à partager son quotidien, qu’on espère entrevoir, le temps de quelques nuits, un nouvel univers. Rien à voir avec les maisons d’hôtes : le «couchsurfer ne paie rien, il est là en tant qu’invité et porte une responsabilité, celle de partager son monde et de donner envie de le découvrir. Chaque expérience est différente : certains hôtes passent du temps avec leur locataire, d’autres les laissent libres de leur temps ou ont des impératifs à remplir (rendez-vous, travail…), d’autres encore s’improvisent guides et se font un devoir de présenter à leurs invités les lieux incontournables de leur ville, leurs amis, leurs soirées…

Chaque expérience est différente et c’est là que réside la beauté du Couchsurfing. Une fois le séjour terminé, le site envoie un (ou des milliers) d’e-mail à chacune des parties, logeur(s) et logé(s), pour les pousser à écrire un « avis » sur leur voyage : l’hôte était-il sympathique ? Sa maison propre, conforme à l’offre ? Le voyageur était-il respectueux ? Avez-vous passé un moment agréable ? Aussi étrange qu’il semble de devoir « noter » une personne que vous avez la plupart du temps à peine connu, cette formalité donnera aux autres couchsurfeurs plus d’informations pour choisir leur hôte ou accepter une demande. Et pas de ruse possible : impossible de voir l’avis qu’on a rédigé sur vous si vous n’en n’écrivez pas un vous-même. Ce système permet également de rassurer les parents (ou les amis) stressés, qui seront alors sûrs de ne pas vous laisser vous jeter dans les bras d’un psychopathe fétiche des pieds.

Alors, dormir chez des inconnus ? Dites OUI !


Trois jours chez les H’mong de Sapa

Étudier à Taïwan permet à la fois d’expérimenter la vie à l’étranger, mais également de multiplier les voyages aux quatre coins de l’Asie. L’un d’eux m’a emmenée jusqu’à Sapa, à 350 km au nord de Hanoï (Vietnam), où j’ai eu la chance de pouvoir passer quelques jours au sein d’une famille traditionnelle H’mong. Récit.

Sapa se trouve à 350km au Nord de Hanoi, la capitale du Vietnam Crédit : Google Map

Sapa, janvier 2017. Après quelques jours passés à Hanoï, Kelly (une amie taïwanaise) et moi avons décidé de nous rendre dans cette ancienne station climatique située au nord de la capitale. Nous avons roulé toute la nuit en « bus couchette », pour arriver à destination autour de 4h du matin. Cléments, les chauffeurs nous ont laissés dormir jusque 6h30. 

À notre réveil, nous découvrons un nouveau paysage : des montagnes à perte de vue, enveloppées dans un brouillard mystérieux (et humide). À la sortie du bus, nous sommes accueillies par une dizaine de « Mammas »  souriantes, qui invitent les passagers à passer quelques jours dans leurs maisons. Toutes resplendissent, dans leurs vêtements et leurs bandanas bariolés, malgré le fait qu’elles se soient probablement levées vers 3h du matin afin d’arriver à l’heure.

4 heures de marche à travers le brouillard pour parvenir au village, mais quelle vue ! (Crédit : Marie Genries)

Nous avons prévenu « Mamma Sheum » de notre arrivée le jour précédent, grâce à des amis qui nous avaient donné son numéro de téléphone. Nous la retrouvons vite : c’est une petite femme, haute comme trois pommes, au sourire généreux et à la soixantaine bien tassée. Après les présentations, nous nous mettons en route. C’est parti pour 4 heures de marche dans la montagne où il a plu la veille. Et pourtant, malgré la boue et la fatigue, le voyage passe à toute vitesse. D’abord, parce que notre hôtesse est impressionnante de vigueur : malgré son âge, elle parcourt à grand pas le chemin sans faillir, un panier sur le dos et le sourire collé aux lèvres. Ensuite, parce que les paysages sont splendides : au fur et à mesure de la montée, nous découvrons les vallées verdoyantes, recouvertes de rizières. Nous croisons également toute la faune locale, des chiens errants aux cochons domestiques en passant par des poules qui traversent la route, suivies par une horde de poussins caquetants à qui mieux mieux.

Malgré la longue route pour arriver au village, nos guides ne quittent pas leur sourire. (Crédit : Marie Genries)

Après une courte pause déjeuner, nous arrivons finalement dans le village de Mamma Sheum. Colonisée au début du XIXème siècle par les Français, Sapa est aujourd’hui habitée par plusieurs minorités ethniques qui y vivent de manière traditionnelle. Peu possèdent internet ou la télévision. Pour atteindre le village le plus proche, il faut marcher plusieurs heures, ou prendre le scooter. La plupart des habitants de Sapa font partie de l’ethnie H’mong, émigrée de Chine.

Tout de suite, nous nous sentons à l’aise dans notre nouvelle famille. La maison est sommaire, n’a qu’un sol en béton et une seule petite mezzanine où se trouvent nos lits, qui vont s’avérer être particulièrement confortables. Nous avons la chance de nous trouver dans la seule maison du village qui comporte une vraie « salle de douche », froide et située à l’extérieur certes, mais toujours mieux qu’un seau d’eau. Mamma Sheum vit ici avec son mari, sa fille et ses nombreux petits-enfants, tous adorables et très accueillants. Nous resterons en leur compagnie pendant trois jours, avec deux Néo-Zélandaises et un Canadien. Il y a aussi un Français, qui est là depuis maintenant plusieurs mois et complètement intégré à la vie du village. Ce qui nous étonne, c’est que les H’mong vivent au Vietnam mais la plupart ne parlent pas un mot de vietnamien : seuls ceux qui ont la chance d’être allés à l’école le pratiquent un peu. On a l’impression d’être dans un autre pays.

Le village de Mamma Sheum. (Crédit : Marie Genries)
Les enfants H’mong se promènent partout pieds nus. (Crédit : Marie Genries)

Nos journées sont rythmées par les leurs : réveil (très) tôt, coucher avant minuit. Chose surprenante, on nous sert un petit-déjeuner fait de café et de pancakes. Les repas du midi et du soir sont plus typiques : du riz, de la viande, des légumes et des nems. Toute la nourriture est cultivée dans les champs qui se trouvent en face de la maison. La journée, nous profitons de notre temps libre pour admirer l’incroyable vue qui s’offre à nous et nous promener entre les quelques maisons du village. Un jour, Mamma Sheum nous emmène en randonnée à travers les rivières et les montagnes de Sapa. Elle parle bien anglais, s’intéresse à nous et nous pose de nombreuses questions sur l’Europe et Taïwan.

Malgré le brouillard persistant, fréquent à cette altitude, les paysages restent magnifiques. (Crédit : Marie Genries)

Nous sommes fin janvier. C’est donc le moment de Têt, le nouvel an vietnamien, la fête la plus importante de l’année. Tous nos hôtes sont donc très occupés par les préparatifs : il faut cuisiner les repas, accrocher les décorations, organiser la fête du village… Le deuxième matin, nous sommes réveillées en sursaut par le doux bruit d’un cochon qui se fait égorger devant la maison. Pendant trois jours, il nous a fallu mettre de côté nos répulsions d’européennes habitués à un confort douillet. Ainsi le lendemain, ce sont un coq et un canard qui se font égorger et vider de leur sang devant nos yeux (évidemment, dans notre grand courage, nous nous sommes cachées derrière la porte de la maison et ne jetons que des coup d’oeil rapides dans la cuisine).

Les préparations de Têt sont prises très au sérieux. Cette photo est prise dans la cuisine de notre maison. (Crédit : Marie Genries)
Le riz servira à confectionner des gâteaux de riz gluant, mets traditionnel de Têt au Vietnam. (Crédit : Marie Genries)

Le soir, toute la famille prend tout de même le temps de se réunir dans la pièce principale pour le dîner, qui commence aux alentours de 18h30. C’est le moment le plus important de la journée, celui où on se détend un peu. En même temps que les plats, sont servis des shots d’ «Happy Water », nom donné à l’alcool de riz très répandu au Vietnam. Très répandu, mais aussi extrêmement fort. Et pas moyen de refuser. Cela serait considéré comme impoli. Il faut donc suivre le rythme des verres qui se remplissent au fur et à mesure qu’ils se vident. « Zhun Ka ! » (santé, en langage H’mong).

La fin du dîner se passe donc dans une ambiance plutôt joyeuse, Mamma Sheum enchaînant les blagues, entrecoupées de « drink Happy Water ! » à notre intention. On nous glisse à l’oreille que c’est l’une des seules femmes du village à boire (sa fille en effet, ne touche pas à l’alcool) et nous sommes de plus en plus impressionnées par sa vivacité et son énergie, malgré le fait qu’elle atteigne bientôt 70 ans.  L’ Happy Water serait-elle le secret de la jeunesse éternelle ?


La fin du repas ne signifie pas la fin des réjouissances : voilà que Mamma Sheum s’en va quérir une sorte de long tube de bambou, au bout duquel elle place et allume quelques herbes
. Les H’mong fument en effet du cannabis qu’ils cultivent eux-mêmes. Ils l’utilisent également à d’autres fins, comme la confection de vêtement. Ça a l’air plutôt fort, vu la tête de ceux qui se passent le bambou. À 22h30, tout le monde se met au lit, le cerveau embrouillé mais heureux.

Mamma Sheum est l’une des seules femmes du village à fumer. (Crédit : Marie Genries)

Du fait de l’approche de la fête du Têt, l’ambiance est tous les jours à la fête. Lorsqu’on nous propose à nouveau de la «Happy Water », le lendemain midi, difficile de refuser malgré le mal de tête cuisant. Heureusement, le thé fait passer le goût.

On se sent bien dans ce village, coupées du monde, au milieu des animaux et des champs. Nous croisons parfois d’autres Occidentaux, mais n’avons pas l’impression de nous trouver dans un « piège à touristes ». Les H’mong sont un peuple adorable, qui partagent sans hésiter leur culture en échange de très peu, à peine une dizaine d’euros pour quelques jours.

Pressées par le temps, nous n’avons malheureusement pas pu rester pour les festivités du Têt, qui se tiennent le soir du jour où nous partons. Un pincement au cœur, nous quittons notre famille et avons tout de même le droit à une descente de la montagne en scooter, pendant laquelle nous pouvons admirer une dernière fois le paysage et finir notre séjour en beauté. De retour à Hanoï, Kelly et moi n’oublierons pas cette expérience.

Cet enfant joue avec une véritable machette, pourtant personne ne paraît s’en inquiéter. (Crédit : Marie Genries)

 

Découverte des plantations de Sapa avec Mamma Sheum
Découverte des plantations avec Mamma Sheum. (Crédit : Marie Genries)

Quelques mots en  H’mong pour impressionner vos hôtes * :

* Cu Cha Chao : j’ai très faim

* Zhun Ka : santé

* Ochao : merci

* Gou Mochou : j’ai terminé (mon repas) dans le sens « je n’ai plus faim »

* Ka Dimochou : tu n’as pas terminé

 * Gu nia kao : je t’aime bien

 

* (écris comme on les entend, je ne suis pas certaine de l’orthographe)


 


Reporters Sans Frontières s’installe à Taiwan

Éloignement géographique, culturel, complexité linguistique et une situation médiatique trouble…Pour plusieurs raisons, l’Asie était le dernier continent à ne pas compter un bureau de Reporters Sans Frontières sur son territoire. Pour remédier à cette situation, l’organisation a décidé d’ouvrir un bureau, à Taipei (capitale de Taiwan). Entretien avec Cédric Alviani, qui prendra la tête de ce bureau le mois prochain.

L’Asie-Pacifique regroupe « les plus grandes prisons du monde pour les journalistes et les blogueurs (…)  les pays parmi les plus dangereux pour la profession » ainsi que « le plus grand nombre de prédateurs de la liberté de la presse à la tête des pires dictatures ». Voilà ce qu’on apprend en lisant la page du site de Reporters Sans Frontières dédiée à la région Asie-Pacifique. Pour dénoncer cette situation, et tenter d’y remédier, l’ONG qui défend les journalistes partout dans tout le monde a donc décidé d’y installer son trentième bureau, qui couvrira sept pays d’Asie du Nord : Taiwan, Hong Kong, la Corée du Sud, la Corée du Nord, le Japon, la Mongolie et la Chine continentale. Il sera dirigé par Cédric Alviani, ancien élève de l’école de journalisme de Strasbourg (CUEJ) et sera basé…à Taipei. Choix non anodin, si l’on prend en compte le peu de considération qu’ont d’habitude les médias internationaux pour la petite île de Taiwan.


Pour Cédric, qui habite à Taipei depuis maintenant 17 ans, ce choix n’est pas si surprenant « Taiwan est une démocratie, un Etat de droit, un pays dans lequel la liberté de la presse fonctionne très bien. » En effet, dans l’index des libertés de la presse que tient RSF, Taiwan occupe la 45ème place mondiale et est le 1er pays d’Asie. « C’est un peu un miracle », explique Cédric, car Taiwan a été une dictature droitière assez féroce pendant longtemps. Mais à partir des années 60, lorsque les pays occidentaux ont commencé à reconnaître la République populaire de Chine (la Chine continentale) au détriment de la République de Chine (Taiwan), les autorités taïwanaises ont choisi de se libéraliser et de s’ouvrir, plutôt que de se refermer sur elles-même, mouvement qu’a eu par exemple la Corée du Nord. « Cela a permis aux autorités taïwanaises de gagner une sympathie des pays étrangers sur la scène internationale qu’elle ne pouvait pas avoir diplomatiquement » explique Cédric, qui poursuit « Taiwan a perdu en reconnaissance diplomatique, mais a gagné en sympathie ». Aujourd’hui, il est tout à fait normal pour la population taïwanaise d’exprimer son opinion dans les journaux, à la télévision… Le choix d’installer le bureau de Reporters Sans Frontières dans cette région est donc également une manière d’envoyer un message fort au pays, et de  «reconnaitre les efforts qui ont été fait par les taïwanais au cours des dernières décennies pour améliorer la situation de la liberté de la presse ».

« Taiwan est une démocratie, un Etat de droit, un pays dans lequel la liberté de la presse fonctionne très bien. »

Cependant, il ne faut pas confondre Reporters Sans Frontières avec une agence de tourisme : son installation à Taiwan ne signifie absolument pas que les journalistes en feront la promotion, ou qu’ils ne seront pas critiques avec les autorités si celles-ci ont des actions qui entravent la liberté d’expression. D’ailleurs, Hong Kong était originellement pressentie pour accueillir l’organisation. En effet, si RSF couvrait déjà depuis Paris une trentaine de pays dans tout l’Asie, il est devenue rapidement urgent de se rapprocher des zones couvertes afin d’être capable de fournir une meilleure information. La Chine étant l’un des principaux problèmes de la région Hong Kong, de par sa proximité géographique semblait donc le choix le plus adéquat « il faut savoir que pour n’importe quel occidental, quand on parle d’ouvrir un bureau de représentation en Asie, la première idée qui vient c’est Hong Kong » affirme Cédric  « C’est la ligne de front pour le combat de l’information libre vis-à-vis de la Chine ». Cependant après deux ans de discussion l’idée de Hong Kong a été abandonnée, principalement pour des raisons de sécurité des journalistes « Quand on est dans une bataille de ce type là, mettre son bureau central sur la ligne de front n’est pas forcément une bonne idée ».

Source : Reporters Sans Frontières
Cédric Alviani prendra la direction du bureau de Reporters Sans Frontières à Taipei

Une situation médiatique qui se dégrade globalement

Hong Kong a en effet subi une dégradation de sa situation médiatique au cours des dernières années . À l’approche du vingtième anniversaire de la réunification de Hong Kong avec la Chine, « la Chine revient sur les promesses qu’elle avait faites ». L’influence de Pékin sur la région est de plus en plus grande, et les journalistes ont de plus en plus de mal à exercer leur métier librement.


Mais Hong Kong n’est pas le seul exemple de cette dégradation,  déplore Cédric « la situation médiatique se dégrade partout dans le monde et également en Asie (…) on pourrait penser que les démocraties sont épargnées mais quand on voit ce qu’il s’est passé par exemple en Turquie, en quelques années on est passé d’un pays qui s’engageait sur la voie démocratique à un pays qui fait un vrai retour à l’autoritarisme ». Un autre exemple ? Celui du Japon, dont les autorités ont repris en main les médias depuis l’accident nucléaire de Fukushima ( en 2011). Grâce au système des  « Kisha clubs », ou « Clubs de presse »  le gouvernement nationaliste de Shinzō Abe,  fait pression sur les journalistes afin que ceux ci ne mentionnent pas l’évènement ou y fassent référence uniquement en termes positifs (en parlant par exemple des habitants qui retournent y vivre, de la culture du riz, mais sans mentionner les risques de maladies). 

« la situation médiatique se dégrade partout dans le monde et également en Asie »

La Corée du Sud a également connu une altération de la liberté de la presse sous l’ancienne présidente Park Geun-hye, finalement destituée après un conflit grave avec les médias, qui sont tout de même parvenus à se faire entendre. Le nouveau président, Moon Jae-in, ancien prisonnier politique très sensible aux droits de l’Homme, donne cependant de l’espoir à Cédric ainsi qu’aux journalistes sur place.


Sa voisine, la Corée du Nord, ne présente quand à elle presque aucune chance d’amélioration de sa situation médiatique. Classée 180ème sur 180 dans l’index des libertés de la presse de RSF, le régime totalitaire qui la dirige continue de maintenir sa population dans une complète ignorance du monde extérieur. Les journalistes autorisés à rentrer dans le pays sont peu nombreux, et leur séjour hautement surveillé et contrôlé.

Cependant  , souligne Cédric,  il ne faut pas oublier que dans cet index la Chine est classée 176ème, soit seulement quatre places avant la Corée du Nord. La situation médiatique de la République de Chine est en effet presque aussi catastrophique que celle de son allié, XI Jinping étant présenté comme « le premier censeur de la planète et prédateur de la liberté de la presse » sur le site de Reporters Sans Frontières. Outre les pressions sur les entreprises de presse et les agressions physiques, le gouvernement de la République populaire de Chine a récemment fait passer une loi qui prendra effet en juin et obligera les blogueurs à se soumettre aux mêmes règles d’écriture que les journalistes, déjà très censurés. 

Les médias sont également obligés de se soumettre à leurs actionnaires, comme le China Morning Post (un des principaux journaux hongkongais) qui a été racheté en 2015 par le géant alibaba.com et dont le vice-président a accusé les médias occidentaux de prendre parti contre la Chine. « Au début ça ne change rien, en apparence, mais le jour où il y a un éditorial un peu sensible à écrire, on se rend soudain compte qu’il y a un actionnaire derrière qui n’accepte pas telle ou telle phrase, tel ou tel mot, tel ou tel concept…il faut faire très attention avec ça. ».

Pour Cédric, «la Chine est le plus gros problème en Asie » . En effet, son pouvoir économique et diplomatique en font la première puissance du continent et une influence importante sur les autres pays.  Ce qui préoccupe le futur directeur du bureau de RSF, c’est que le  gouvernement chinois essaie d’exporter sa propre vision de la liberté de la presse, « une liberté conditionnée aux limites que donne l’Etat ». Il présente ainsi les notions de Doits de l’Homme et de liberté d’expression comme relatives, n’ayant pas leur place dans une culture asiatique, à plus forte raison chinoise.

Cependant, un pays d’Asie du Nord échappe à cette situation de dégradation globale : la Mongolie. Même si on en a souvent une image très traditionnelle, l’ancien pays communiste devenu une démocratie en 1990 connait une amélioration constante de sa situation médiatique, et les journalistes y sont très libres de leurs mouvements « Si je classe les pays d’Asie en fonction de la liberté de la presse, les trois premiers sont Taiwan, la Corée du Sud et la Mongolie ».

Une grande responsabilité

« le peuple et le gouvernement ce n’est pas la même chose»

L’ouverture d’un bureau Est-Asie de Reporters Sans Frontière permettra donc, espère Cédric, de constituer un point de ralliement pour les journalistes dans la région.  L’organisation endosse le rôle de « watchdog » (chien de garde), c’est-à-dire qu’elle se doit de se battre pour améliorer la liberté d’expression partout où elle est muselée « Des gens diront parfois « vous êtes anti-chinois, anti-coréens du nord » mais ce n’est pas la question, RSF est l’ami du peuple chinois. Mais le peuple et le gouvernement ce n’est pas la même chose (…) il n’est pas impossible que dans 10 ans un nouveau gouvernement reconnaisse qu’on avait raison de se battre. »

Grâce à des actions comme des communiqués dans les langues des pays, des conférences de presse ou des aides financières et matérielles aux journalistes, Cédric espère donc réussir à améliorer les choses « Je ne sais pas comment la situation médiatique va évoluer en Asie, mais étant donné le contenu de notre travail il faut être positif » et de finir « Taiwan est vraiment un exemple à suivre pour les autres pays asiatiques, qui feraient mieux de regarder Taiwan plutôt que de regarder ce que fait la Chine ».