Peterson Antenor

Le Prim’s Parolier en concert pour la première fois en Haïti

 

Pendant qu’à Abidjan se déroulait le festival Afropolitain, ici en Haïti nous avons reçu en concert le rappeur bantou après avoir attendu quinze ans pour rencontrer  son public haïtien. Youssoupha a été invité sur la terre de Dessalines dans le cadre de la commémoration du cinquième anniversaire de AyiboPost.

L’euphorie était à son comble pendant toute une semaine. Cela me rappel les nouvelles paires de chaussures à chaque rentrée scolaire. Elles étaient si présente dans ma tête au point où il m’arrivai même d’en rêver.

Ce vendredi 5 juillet 2019, j’ai vécu le concert de ma vie comme je l’ai posté sur mon statut Whatsapp. Je ne souffre absolument pas d’une maladie chronique en phase terminale ni n’est pas en prise d’un sentiment pessimiste face à l’avenir. C’est beaucoup plus que ça. Je n’avais jamais été autant lié intimement avec un artiste. Jamais. Je n’avais jamais autant souhaité vivre un concert . D’habitude, je n’aime pas le fanatisme. Trop de zèle abruti parfois. Pourtant, je n’ai jamais été aussi enthousiaste de rencontrer physiquement un artiste. Celui qui, désormais, est mon artiste préféré. Moi qui résiste souvent face à l’effet cathartique de la foule, j’ai vécu au bout d’un instant qu’a travers et par la foule. Cette foule n’était absolument pas composée des fortunés du pays , ce discours est tordu et méchant. Je ne compte pas  en dire plus.

Ça fait un instant depuis que mon blog est en hibernation, je ne me rappel même pas mon dernier billet. Depuis un certain temps, je suis plongé dans une réflexion académique sur l’exposition de soi sur internet. Les blogs sont des plateformes sur lesquels ce phénomène est énormément présent alors j’ai  pris du recule avec le mien pour essayer de mieux aborder la question. Mais, l’évènement que je viens de vivre avec Youss me pousse à partager l’émotion ressenti avec des mots et des images.

Les cinq ans de AyiboPost

Si le public de Youssapha a brisé cette longue attente d’une quinzaine d’année c’est en effet grâce à une équipe dynamique, compétente qui espère changer la donne dans le paysage médiatique haïtien.  AyiboPost est un jeune média en ligne qui a déjà conquis les coeurs de plusieurs milliers d’internautes. Non pas parce qu’il  cherche le buzz avec des sujets people mais parce qu’à travers ses contenues il cherche bien évidemment à informer mais aussi éduquer  et conscientiser. Ce n’est en ce sens pas un média qui semble alimenter l’infobésité comme on le constate ces derniers temps.  Ce concert organisé à l’occasion de leur cinquième anniversaire est, selon moi un pari gagné.

L’accueil

Youssoupha est arrivé le mardi 2 juillet à l’aéroport Toussaint Louverture où il a été reçu au salon diplomatique  par l’équipe de AyiboPost.

https://youtu.be/NGxeAsoSOnU

Sephora, membre de l’équipe organisatrice accompagne Youss.

A l’aéroport il a tenu une déclaration dont je vous propose un petit extrait.

Pendant le séjour

En prélude du concert le meilleur rappeur au monde n’a pas voulu rester cloîtrer entre les quatre murs dit-il. Il avait besoin de parcourir un peu les rues, rencontrer des gens… bref connaitre l’Haïti qui n’est pas présente dans  les médias étrangers. Celle qui veut se mettre debout et  prend des initiatives. Alors, il a entrepris une visite dans quelques quartiers populaires de Port-au-Prince pour rencontrer les jeunes de Bel Air et de cité soleil.

 

L’équipe de AyiboPost a organisé un barbecue avec quelques artistes haïtiens dans la résidence de l’artiste.  J’ai eu l’immense privilège de discuter un peu avec lui et son staff et en à profiter pour immortaliser ce moment avec des selfies.

 

Dj MYST, moi et Sephora

 

moi, Youss, Sephora et Phalonne.

Le concert

En plein milieu de foule j’ai essayé de capter quelque mini vidéo histoire de partager un peu l’ambiance qui y régnait.

 

 

 

 

je termine ce voyage de mots, de sons et de pixels par cette vidéo au lendemain du concert.

 


Saut-d’Eau, la ville-bonheur

Perchée à l’est du département du Centre de la république d’Haïti, Saut-d’Eau est une petite commune d’environ 35.000 habitants. Connue comme lieu de culte et touristique, elle accueille chaque année des milliers de pèlerins et de visiteurs venus du pays et de la diaspora. Saut-d’Eau est l’une des expressions les plus vivantes du syncrétisme religieux, où vodouisants et catholiques se confondent dans l’exaltation spirituelle.  A l’occasion de la fête patronale de la Vierge du Mont Carmel, la « Vierge des Miracles »,  je suis allé visiter ce lieu que l’on surnomme « la ville-bonheur ».

Le soleil battait son plein lorsque nous nous sommes embarqués dans un Suzuki 87, le petit chouchou de Françoise, l’amie qui nous a invités ma copine et moi. Nous avons mis le cap vers cette ville dont les histoires mystérieuses font penser aux îles au trésor. Françoise y va depuis plus de 25 ans. La circulation était fluide – Port-au-Prince s’est plutôt calmé depuis les dernières émeutes du 6 et 7 juillet. La ville reprend son allure compacte, mais on voyait toujours les restes des barricades enflammées, les vites des magasins brisées, pillées et incendiées. Il y avait aussi la peur qui transperçait certains visages. La population, on dirait, a trouvé une manière pour se faire entendre par le gouvernement.

Le trajet a duré environs 3 heures. On a fait un arrêt pour goûter aux  fritures des marchandes qui ornent le bord de la route. Aussitôt arrivés à la maison qui nous était réservée, un « Badji » (lieu sacré ou oratoire du houngan), nous avons déposé nos valises et sommes sortis explorer à pied la ville en pleine ébullition.

Direction, rivière La Terme

La circulation était d’une monstruosité festive, les rues bondées de gens et de bandes à pieds. Des foules dansaient au rythme des tambours et du tchatcha, des bambous et des trompettes, tous ces instruments qui donnent à notre musique une telle transcendance. La terre tremblait sous leurs pas de danse, laissant échapper de la poussière qui s’évaporait comme la fumée des usines.  Le soleil nous traquait toujours, il faisait une telle chaleur que seules les eaux de la rivière La Terme pouvait rafraîchir. L’eau fraiche de La Terme est aimée pour ses vertus thérapeutiques. Le long de ses berges dort l’argile vert connu pour ses nombreux bienfaits.

Flottant dans les eaux de la Terme. CP: Sephora Monteau

 

Moi et Sephora faisant un masque d’argile. C’est bon pour la peau.
CP: Françoise Ponticq

Vivez dans cette mini vidéo l’ambiance que donne une bande à pied ou Rara pour certains à la rivière

 

Des jeunes jouant au ballon dans la rivière. CP: Sephora Monteau

Après notre baignade, la journée n’était pas encore finie. On est sortis, cette fois à la rencontre de la vie nocturne d’un Saut-d’Eau surchauffé. Les piétons, les motards et les voitures se disputaient le passage à cause de l’étroitesse des rues. Au-dessus de nous, des gouttes de pluie commençaient à caresser nos visages enthousiasmés. Françoise nous a dit qu’il fallait absolument visiter le calvaire, l’église et « Nan Palm ». Le calvaire est un terrain rocailleux à ciel ouvert où sont représentées les quatorze stations de la passion du Christ, un chemin de croix. Sur chacune des croix ainsi que sur les roches, on voyait les pèlerins déposer leurs bougies en faisant leur prière. Au fond, quelques bancs placés sur les restes de ce qui a été une chapelle et une grande croix (calvaire), où est cloué seulement le buste de Jésus, la seule partie qui ait été épargnée par la catastrophe du 12 janvier.

L’église catholique se trouve à quelques cents mètres du calvaire . Une foule était massée à l’entrée rendant le passage difficile. Avec grand peine, nous avons réussi à atteindre l’église. Il n’y avait même pas de la place pour piquer une aiguille, les fidèles dansaient et chantaient des morceaux qui les mettaient dans une autre dimension psychologique, proche de la transe. Ici, ils oublient ne serait-ce que pour quelques instants les soucis de leur vie. C’est quelque part un refuge. Nous nous sommes ensuite dirigés vers « Nan Palm », là où, selon la croyance, la Vierge est apparue. C’est là aussi que les pèlerins dorment s’ils n’ont pas d’autres endroits pour se reposer. Nous avons rencontré des « houngan », ou « divinò » (devin) qui faisait leurs « leson » (prédire l’avenir) à qui le voulait.

En route vers le Saut, 45 minutes de marche

Le lendemain, juste après avoir bu notre café, nous nous sommes dirigés vers le saut, à 45 minutes de marche. C’était le jour où se tenait la finale de la Coupe du monde opposant l’équipe française et la Croatie. Je voulais suivre le match, supporter l’équipe Croate, mais ce n’était pas si évident que ça. Le long de la route, on a croisé des dizaines de pèlerins et de sociétés vaudoux qui venaient du Saut. Ils y vont principalement pour prendre des bains de chance et faire leurs incantations.

Des Pèlerins venant du Saut. CP: Peterson Antenor

 

Elles marchent tout en cantonnant des chansons. CP: Peterson Antenor

Le culte de l’eau 

L’ambiance dans ce sanctuaire naturel est à la fois frémissante et mythique. On sent le tressaillement de l’âme du croyant, on entend les complaintes et lamentations de ses femmes, hommes et enfants pour qui ce voyage est une quête de délivrance. Délivrance face à la misère devenue insupportable, délivrance face aux sécheresses : la terre ne veut plus donner à manger, délivrance face à la misère, l’angoisse et la peur. On voit des visages cherchant une lueur d’espoir dans les flammes de leurs bougies. L’eau ici est sacrée. Le bain est purificateur, il permet de se débarrasser des malchances et des malédictions. En jetant les habits portés lors du bain, un pèlerin nous a dit: on se débarrasse des « giyon » (malchances).

Autour du Saut, on remarque plein de personnes massées en petits groupes. On y voit les pèlerins, de nombreux Haïtiens vivants à l’étranger, des marchands ambulants et des gens qui sont venus en visite et prendre un bain. J’ai croisé deux étudiants en ethnologie de l’Université Laval qui faisaient une recherche sur le Saut. Ils m’ont pris comme sujet, je leur ai donné une petite entrevue. Certains en profitent pour faire de la magie, comme ce «houngan » qui faisait une cérémonie de noce. La femme concernée aurait reçu un sort d’une des maîtresses de son homme et un « houngan » devait procéder à ce mariage pour qu’elle guérisse.

Les gens prennent leur bain.
CP: Sephora Monteau
Des prêtresses vaudou aident les fidèles à faire leurs demandes avec des bougies.
CP: Sephora Monteau
Des pèlerins parlant à la Vierge des Miracles.
CP: Peterson Antenor

 

Moi et Françoise avant de prendre notre bain.
CP: Sephora Monteau

A bientôt!


Lors de certains Match de football, le centre-ville de Port-au-Prince est désert

Depuis trois semaines, un peu partout dans le monde, c’est l’effervescence à cause de la coupe du monde organisé par la Russie. Selon les estimations, 1 millions de supporteurs est attendu sur place et 1 milliard de téléspectateurs regarderont la finale.  A Port-au-Prince, comme un peu partout en Haïti, un grand public de fan est aussi au rendez-vous : la mobilisation est si grande que lors de certains matchs, certaines rues de la capitale sont pratiquement désertes.

 

Quoique la sélection haïtienne de football ne dispute pas cette phase finale de coupe du monde – cela fait exactement 44 ans depuis notre première et seule participation à un mondial -, beaucoup d’haïtiens restent des fans invétérés du football. Et ceci toute l’année. Mais la période de la Coupe du monde est l’occasion d’une mobilisation particulièrement importante : les médias sont très actifs et les publicités, nombreuses, plutôt rentables. C’est aussi l’occasion pour les hommes politiques de faire de la propagande en faisant toute sorte de dons (des écrans par exemples dans les quartiers populaires). Pour le gouvernement c’est un moment de répit, une grande diversion : tout le monde reste rivé devant sa télé et tourne le dos à la chose publique. Et c’est le moment idéal pour les manigances et malversations. On prévoit une hausse des prix de l’essence pour les jours à venir.En effet, à cause de l’annonce de la suspension des subventions par la MFI, le gouvernement prévoit très prochainement d’augmenter le prix du carburant.

 

Les haïtiens sont très branchés foot

Brésiliens, Argentins, Allemands, Français et autres sont autant de ces nationalités dont les haïtiens (ceux et celles qui sont fans biens sur) se réclament pour montrer quelle équipe ils soutiennent. Le Brésil et l’Argentine sont les deux équipes les plus aimées en Haïti. Les décors des rues et des maisons, l’engouement pour regarder les matchs qui opposent ces deux équipes à d’autres, les discussions après les matchs, les cris de joie qui font écho lors d’une victoire illustrent bien cet état de fait. Ici, on dit que nous avons le « football dans le sang » pourtant  on ne fait pas grande figure dans les grandes compétitions. Même au niveau de notre championnat national ce n’est pas la grande forme. Etre temps, les footeux s’amusent au mondial.

 

Un groupe d’Haïtiens scandent l’hymne nationale en hissant le drapeau Brésilien 

Le football ici est très branché, le fanatisme très présent aussi. Il suffit de faire défiler les notifications de Facebook pour voir comment la toile s’enflamme et ne parle quasiment plus que des matchs.  Dans certaines rues du capital lors de certains matchs les rues du centre-ville de Port-au-Prince sont pratiquement désertes. Vous vous demandez où sont les gens ? Alors avec notre camera nous sommes allés les trouver devant les écrans suivant la coupe du monde.

 


Les réseaux socionumériques sont-ils révélateurs de déficiences affectives et psychologiques ?

L’on ne se lasse pas après des heures à surfer sur les réseaux socionumériques, temps fugace qui s’évapore sous nos yeux telle une étoile filante dans un ciel sombre. Et le temps, on n’en a jamais assez ces temps-ci. On se plaint de la vitesse à laquelle il défile devant nous. Insaisissable. Peut-être ce n’est qu’une illusion obstinément persistante, dans ce cas Einstein a raison. A chaque instant on vérifie les notifications de nos Smartphones, on ne veut absolument rien manqué. Notre génération s’est fait appeler « digital native » ; c’est une génération hyper connectée.

Les derniers progrès technologiques ont mis à notre disposition le monde défilant sur l’écran que l’on tient dans sa main. La terre n’est donc plus supportée par les bras géant d’Hercule. Scotcher derrière mon Smartphone, je découvre le monde qui est désormais à ma portée, sans visa de séjour ni billet, je rentre par la porte du virtuel. Le virtuel est à la fois fascinant et dangereux. En observant la conduite de mes amis du web, j’arrive à me demande si ce que nous postons sur nos murs et nos commentaires ne révèlent pas d’autres facettes de notre état affectif et psychologique ?

Loin de moi l’idée de « pathologiser » certains comportements de mes amis, l’idée c’est de considérer le virtuel comme lieu de croisement et de construction des « nouveaux rapports de sociabilité». A partir des tweets, des publications de photos, vidéos et autres il est possible de déceler les dessous d’une communication beaucoup plus complexe.

L’engouffrement dans l’espace virtuel

L’essence de l’homme est d’être virtuel, parce qu’il ne peut se satisfaire de sa réalité passa- gère Philippe Quéau

Le virtuel titille nos fantasmes, nos imaginations et illusions de toutes sortes. C’est un lieu de prédilection pour l’assouvissement des désirs les plus farfelus, un réel latent en attente d’actualisation. Aussi, il est un espace de liberté où les contraintes réelles sont moins présentes. Bastion de la transgression. Peut-être c’est ce qui explique cette facilité que nous avons à entrer en relation virtuellement avec une personne en arrivant même à franchir de manière prompte certaines sphères jadis intime. La vie privée se retrouve violenter et l’espace publique envahit. La société hypermoderne voit dans le virtuel le lieu de tous les possibles, tout le monde s’y engouffre.

Les publications, les tweets, les statuts peuvent être révélateurs

L’usager des réseaux sociaux laissent derrière lui des traces parfois indélébiles. Une vieille photo qu’on a partagée, une prise de position sur un sujet enflammant, un commentaire posté avec colère peut être avéré préjudiciable. Autre part, on parle déjà du droit à l’oubli c’est-à-dire la possibilité d’effacer les contenus publiés devenus indésirables. Une mesure qui permet de protéger l’identité numérique de certains ados, un droit à l’erreur. Les réseaux sociaux sont le miroir d’un monde où les frontières deviennent de plus en plus floues, « l’individu connecté » est à la fois acteur et spectateur derrière son écran où défilent la joie et l’amour, la tristesse et la peur, les turpitudes et l’angoisse du monde.

En fait, un tweet, une photo, un article partagé n’est jamais insignifiant pour la personne. Certains comportements sur les réseaux sociaux peuvent susciter l’admiration, d’autres la répugnance mais aussi il en existe qui peuvent avérer alarmant. Combien de nos amis à travers leurs publications de photos, les messages de leurs statuts whatsapp nous renvoient des signaux de leur état émotionnel. On n’a pas besoin d’être psychologue pour sentir ce genre de chose et aller vers l’autre.

Le suicide de l’agronome le mois d’avril dernier témoigne le côté alarmant de quelques publications sur les réseaux socio-numériques, ils disaient dans un post sur Facebook qu’il ne pourra pas tenir beaucoup face à la souffrance que lui infligeait son cancer de prostate. Est-ce qu’il a été compris et pris en charge par son entourage ? Je ne sais pas, je ne leur mets pas en cause aussi, ce sont juste des questions. Qu’il repose en paix. Mais entre-temps, peut-être que nous pouvons accorder beaucoup plus d’importance à certains signes qui nous arrivent de l’espace virtuel.


J’aime ma fille, pourtant parfois j’ai envie de la tuer

Dans cette chronique de Psy-ambulante il est raconté l’histoire de Nadia, une jeune fille de 21 ans qui souffre de phobie d’impulsion après avoir mis au monde sa fille. Nadia est en proie à des idées intrusives provoquant des comportements compulsifs. Elle se retrouve parfois piégée entre le sentiment d’amour, le désir de protection pour sa fille et l’envie lui faire du mal allant jusqu’à ôter sa vie.

Seules les ailes de l’amour m’exultaient, elles m’emportaient au-delà de cette souffrance. Auprès de Rony, le temps s’arrête. J’oubliais tout. Les difficultés financières de ma mère, le fait de ne pas pouvoir fréquenter une université, mes besoins quotidiens, mon avenir… Il était pour moi cette figure paternelle, ce refuge face aux aléas de l’existence. Nos habitudes, les sourires, les regards complaisants, les mots doux et l’érotisme provoquèrent la passion. J’en étais devenue insatiable. Le sexe transcendait mon être, cette balade des sens me laissait à moitié abasourdie. Captivé par ce désir excessif on n’oubliait parfois de nous protéger. Et, je suis tombée enceinte.

Les mois éternels de ma vie 

Ma grossesse était comme une malédiction à laquelle personne ne s’attendait. Ma mère et mes oncles ont consenti d’énormes sacrifices pour moi. J’ai eu une éducation de qualité en fréquentant les meilleures écoles de ma ville. Certains de mes camarades étaient des jeunes dépourvus d’aucun souci d’argent, les sentiers de leur avenir étaient ornés d’opportunités. Alors que moi, je manquais de tout. Cette nouvelle a éclaté ma famille. Ma mère était vue comme seule responsable aux yeux de mes oncles; ils disaient qu’elle me laissait faire ce que je voulais.

Le petit prenait de plus en plus d’espace à l’intérieur de moi. Il en voulait pour progresser dans son développement. Pourtant, je ne me sentais pas prête à l’accueillir ; j’avais comme objectif d’entrer à l’université pour me frayer un avenir meilleur. Mon entourage s’en est vite rendu compte, entre temps la nouvelle commençait à se propager, les ragots de toutes pièces étaient déclenchés, puis il y a eu le rejet. Pour mes oncles, je venais de gaspiller ma vie. Cloîtrée aux quatre murs, les larmes essayaient de me laver de cette boue. Il ne se passa un jour sans que j’aie pleuré en maudissant le petit. Je ne voulais avoir aucun contact avec l’extérieur alors je me suis repliée sur moi-même.

Rony était toujours là pour moi. Mais sa présence n’y pouvait plus rien. Nous étions face à une destinée incertaine, le futur nous faisait peur. Et le petit être ne faisait que grandir. Toutes les questions me venaient à l’esprit concernant sa venue au monde. Je savais aussitôt qu’elle naissait qu’elle aura la vie. Mais de quelle vie on parle ? C’est vrai, son père va se débrouiller pour qu’il puisse avoir le minimum. Mais on n’accueille pas un enfant avec seulement le minimum.

Prise entre l’amour et le désir de la tuer 

Le moment où j’ai pris Nesha dans mes bras pour la première fois, un sentiment d’émerveillement et d’émoi m’emparait. Je me disais que je suis prête à confronter la vie avec elle. Après quelques semaines survint  mes tourments, je commençais à avoir peur de la prendre dans mes bras. Il m’était impossible de rester avec elle seule à la maison. Parfois j’avais envie de la prendre dans mes bras, la cajoler, caresser son doux visage, jouer avec elle, sentir son petit cœur battre contre ma poitrine. Par contre , je n’arrivais pas à la toucher. J’avais envie de la pendre, de l’étouffer. L’anxiété me saisissait lorsque je me tenais près d’un couteau. Il m’était impossible d’aller à la toilette de peur de la jeter dans la latrine. Toutes ces idées me faisaient penser que j’étais une meurtrière. Je me sentais coupable. Mon plus grand mal était de ne pas pouvoir en parler à quelqu’un, de peur qu’on ne me juge, de ne pas être comprise. Je pleurais chaque fois que j’étais prise de panique, je voulais retrouver ma vie normale, chasser ses idées de ma tête.

C’était alors un trouble psychologique

Ma mère a cru que c’était dû à un sort que quelqu’un m’avait jeté, elle me dit de recommencer d’aller à l’église. Je n’y croyais pas. J’ai donc consulté des moteurs de recherches sur internet en inscrivant les signes et symptômes. Je me suis retrouvée a travers les histoires lues sur les forums. Ses femmes avaient pratiquement les mêmes difficultés que moi. Elles parlaient de dépression post-partum, de phobie d’impulsion, d’anxiété et d’angoisse. J’ai approfondi les recherches, ainsi j’ai pu mettre un nom sur ma souffrance.

J’avais pris un peu de temps pour consulter un médecin généraliste dans ma ville, j’ai su par la suite que je devais voir un psychologue. Mais ici, il n’y a pas de clinique de psychologie. Même l’hôpital de la ville ne détient pas un service psychologique. Le médecin m’avait prescrit des anxiolytiques qui ont diminué les angoisses, mais les idées n’avaient pas totalement disparues. Les angoisses diminuaient une période de temps pour réapparaitre comme au point de départ lorsque je vivais une situation contrariante. Ce n’est pas une maladie due à la superstition comme maman pensait, mais c’était un trouble psychologique causé par les situations que j’ai vécues pendant ma grossesse. En ce moment, je suis en train de faire une thérapie, et je me sens mieux. Elle m’aide à m’exposer graduellement aux situations angoissantes avec ma fille. Je commence à ne plus penser à ses idées sordides, je ne suis pas une meurtrière, j’aime ma fille et je veux son bonheur.


Ma francophonie me permet de rester connecté avec l’Afrique

À travers les propos grivois que l’on s’échangeait lors de nos désaccords entre copains s’inscrivent mes premiers liens tissés avec le mot « afriken » au cours de mon enfance en Haïti. On n’y faisait pas référence aux habitants du berceau de l’humanité. L’Afrique, cette partie du monde où une grande beauté humaine et des richesses naturelles et culturelles sont enchevêtrées avec une misère épouvantable. On appelait « afriken » celui dont la peau était la plus foncée et les cheveux les plus crépus, une « tèt grenn » comme on dit ici. L’Africain dans ce sens est vu comme ce qui a de plus abject, l’expression caricaturale de la laideur, tel ce monstre à plusieurs têtes qui hantait nos cauchemars. Nos idées d’enfants nous portaient à croire en cette notion futile de « race » chez les humains. Cette pure invention de l’homme pour assouvir sa domination, installer une soi-disant hiérarchie ; la marque éternelle de la division entre les humains. Cela ne rendait pas le sourire aux lèvres à celui qui était traité d’« afriken », souvent l’affaire déborde et finit en bagarre. Ah, ces histoires d’enfants qui nous renvoient à cette époque où on croquait la vie à pleines dents !

Je suis entré en Afrique par la porte de la poésie

Bercé par le doux charme de la poésie, la sublimation fut le mécanisme de défense qui me permettait de canaliser les tensions de mon adolescence. L’énergie pulsionnelle était dirigée vers les études. Ainsi, je prenais un plaisir fou dans les livres. Un jour, un pote m’a prêté une anthologie de poésie, en voyageant entre ses pages, je suis tombé sur des textes d’auteurs Africains, parmi lesquels Bernard Dadié qui remercie son Dieu de l’avoir créé noir. Cette lecture réajusta le regard que je portais sur la question de couleur, celui que j’avais sur ma peau. Ces vers sont d’une telle éloquence et d’une magnanimité révoltante face au racisme séculier que subissent les noirs. Dès lors, j’ai cessé de demander à Dieu pourquoi donc suis-je nègre ? Si la prière du nègre avais moins de charme ? Donc, je me suis mis à le remercier aussi. J’ai cessé de nous voir comme étant les damnés de la terre.

La solidarité Africaine

On parle très peu des rapports solidaires existants entre nous et l’Afrique. Bien que l’Afrique soit assaillie par à peu près les mêmes problèmes que nous, il y a toujours eu un élan de générosité entre la Mère Patrie et nous. Après le tremblement de terre dévastateur du 12 janvier 2010, une grande partie de l’Afrique s’est mobilisée à nos côtés, ce fut un acte historique et symbolique. La Côte d’Ivoire a envoyé des secouristes et du matériel, la Sierra Leone, le Liberia, le Rwanda, le Tchad, le Bénin ont mobilisé des fonds pour nous venir en aide. Le Sénégal avait même proposé une région aux haïtiens qui voulaient s’installer là-bas.

Elle n’a pas été seulement collective, cette solidarité, un ami congolais m’a transféré personnellement de l’argent. Changer le franc CFA en dollars US pour traverser les océans a été pour moi un geste très touchant qui témoigne d’un fort humanisme. Cet acte fraternel m’a rapproché beaucoup plus de la terre de mes ancêtres. On ne s’est jamais rencontré physiquement, lui et moi ; nous nous sommes rencontrés sur un site internet où je publiais mes poèmes lorsque j’étais adolescent – entre la poésie et moi il y avait une profonde intimité – je ne me rappelle pas trop de quoi parlaient nos poésies, mais nos vers nous ont séduit mutuellement, puis on a gardé contact. Avec lui, j’ai su à quel point le virtuel pouvait créer des liens amicaux soudés. Un jour, peut-être, je lui donnerai une bonne poignée de main fraternelle.

Et il y a eu Mondoblog

Les statistiques me font un peu défaut, mais il est certain que la plateforme Mondoblog est composée majoritairement de blogueurs africains. Leurs articles de blog m’apprennent énormément sur ce qui passe sur le continent. Tiasy me rapporte par exemple qu’à Madagascar, la musique passe à l’auto piratage, ce qui est « devenu une solution pour de nombreux artistes qui n’ont pas les moyens de se payer – ou ne veulent pas se payer – le matraquage dans les médias ». En me faisant visiter son Congo à elle, Maryse Grari me fait penser un peu au Congo déchiré de mon ami Mokuba. La prochaine fois que j’irai sur son blog, je visiterai celui de sa mère. Le billet de Laackater vient d’affermir les soupçons que nous avions sur le rôle de la France dans l’assassinat de Thomas Sankara. Je suis particulièrement de près le web activiste Ousmane, pour lui, être blogueur est une question de partage et de passion plutôt qu’une affaire d’argent. Bref, tous les blogueurs africains contribuent à me donner cette présence, ne serait-ce que virtuelle, en Afrique.

L’Afrique est le point de départ, j’y fais référence non pas pour dire qu’ici n’est pas notre chez nous, mais pour camper l’Afrique comme repère temporel. Tout a commencé là-bas. Nous avons une grande proximité culturelle avec cette terre et le français comme outil linguistique participe énormément à cette connexion. Si le français, jadis, a été imposé par le colonisateur, il devient actuellement un instrument important pour véhiculer la culture française. Nous autres devons être des acteurs conscients de nos rapports communicationnels. Cette langue doit cesser d’être un outil d’aliénation et de clivage social. Elle peut être source de créativité, véhicule de savoir et de savoir-faire. C’est ainsi que je pense qu’une coopération afro-caribéenne serait enrichissante en mutualisant nos ressources et connaissances.


« Black November » ou les enjeux de l’exploitation des mines dans un pays convoité

Les larmes ne pouvaient s’estomper sous l’impulsion de ces images, ces lamentions et ces sanglots qui sont la toile de fond de ce film. Cette zone sensible que j’arrive souvent à ne pas mettre au jour a été âprement envahie. Un sentiment révoltant m’emparait sur le coup, je fus choqué. Pris dans le piège du scenario, les souvenirs de 12 years of a slave de Steven McQueen me venait à l’esprit, un des films qui provoque en moi un effet similaire. Tant de douleurs ressenties, de haines exprimées, de sangs coulés, bref tant de méchanceté, nous mettent face à des réalités consternantes. Ben je sais effectivement que c’est du CINEMA, mais cet art a cette façon typique d’organiser son langage pour nous captiver. Il nous met face à nous même tel un miroir social. L’histoire de Black November a pour moi une portée apocalyptique et de mise en garde pour la société haïtienne.

Que raconte ce film

Black November est une fiction basée sur un évènement réel, en novembre 1995 Ken Saro- Wiwa a été exécuté par pendaison pour son implication dans le MOSOP (Mouvement pour la survie du peuple Ogonie) un groupe qui luttait contre les abus commis par certaines compagnies sur les terres du peuple Ogoni. Dans cette histoire, la compagnie Shell a fait l’objet d’une plainte pour complicité qui s’est conclue avec le versement d’une somme de 15.5 millions de dollars. Le film est titré « Black November » en mémoire de cet évènement survenu en ce triste mois de nombre 1995.

Réalisé et produit par Jeta Amata, ce film met en vedette Mbong Amata dans le rôle de Ebiere Perema la militante qui défendait sa communauté ravagée par un gouvernement corrompu pour sauver les terres d’une destruction par des forages et des déversements de pétroles excessifs dans le Niger. Elle a été arrêtée puis condamnée à être pendue. En quête de justice, une organisation rebelle rentre aux Etats-Unis et kidnappe un baron du pétrole et exige que sa compagnie cesse l’exécution. En manipulant les medias, le Département d’Etat américain feint la libération Ebiere Perema alors qu’elle a été exécutée comme prévue. Dans ce long métrage de l’industrie du cinéma Nollywoodienne d’un grand pactole on aperçoit la présence des stars tels que : Akon, Wyclef Jean et les acteurs vedette Sarah Wayne, Kim Basinger, Mickey Rourke etc.

 

Une fuite dans les tuyaux qui provoquent l’envahissement du pétrole sur les terres cultivables

 

Ingérence et manœuvres corruptibles des compagnies

L’Etat Haïtien n’a pas la capacité technique, humaine et économique pour procéder à l’extraction de nos ressources minières, nous serons obligés de dealer avec les magnats de l’industrie minière , il y en a qui ont déjà injecté une grande quantité d’argent dans des forages. Même si l’on parvient à cacher les principaux rapports des études de prospection géophysique faites depuis la moitié du XXe siècle, il est un fait avéré qu’une bonne partie de la population soit au courant du fait que le fait que nos sous-sol regorgent de ressources naturelles. Il existe toute une machinerie mise en place pour détourner l’attention sur cette question, malgré le grand heurt crée par un groupe de sénateur de la 49eme législature pour faire obstacle aux désirs fervents du gouvernement Lamothe et de certaines entreprises pour modifier la législation sur les mines. Malheureusement on n’a pas constaté une agitation de cette question auprès de la population, elle est restée dans cet état léthargique dans lequel elle se plait si bien on dirait.

La plupart de ces puissantes compagnies sont prêtes à tout pour maximiser leurs profits, n’oublions pas qu’on parle d’un secteur qui génère des sommes d’argent importante, ils n’auront aucun gène à profiter de la faiblesse de nos institutions et de la cupidité de nos représentants comme nous le démontrent les scènes de ce film. Les mouvements civils seront étouffés par l’injection de beaucoup d’argents, les forces armées et policières commettront les pires des exactions sur la population. N’en parlons pas des conséquences écologiques, l’exploitation des mines n’est pas sans effet sur l’environnement et la santé des populations aux environs des sites, elle vient avec son caravane de malheur : pollutions des eaux, drainage d’acide, perte de la biodiversité, malformation génitale, infection cutanée etc.

Haïti est-il prêt pour l’exploitation ?

Ainsi formulée, cette question peut générer énormément de désaccord, certains vous diront quand est ce que Haïti va être prêt ? Ou d’autres argueront que si l’on se préoccupe à attendre d’être prêt, absolument rien ne se fera dans cet espace chaotique. Là-dessus, c’est tout un débat. Haïti n’a pas une très bonne expérience avec l’exploitation dans le passé, nous n’avons pas encore de grands chantiers d’exploitation mais des informations révèlent que dans certaines zones, des extractions se pratiquent d’une manière qui frôle le clandestin. Les ressources du pays ne doivent plus contribuer à enrichir illicitement des entreprises et des rapaces pendant que la majorité de la population sont en agonie. Sans des institutions fortes, des hommes responsables, l’exploitation sera un gâchis total. Elle ne fera qu’alimenter les conflits et renforcer les inégalités sociales. L’exploitation doit être dirigée par une éthique environnementale centrée sur la nature prenant compte les limites des ressources disponibles, les générations futures et l’impact sur la biodiversité.

Une prise sur l’exploitation de l’or en Haiti.
newsjunkiepost.com


Rency Inson appelle les congressistes de la 3e Chaire Anténor Firmin à une noble quête : la justice cognitive

A l’occasion de la troisième édition du Congrès universitaire baptisé « Chaire Anténor Firmin » organisée par la Faculté de Droit, des Sciences Economiques et de Gestion du Cap-Haitien autour du thème : « Université et Développement durable » les 18, 19 et 20 mai derniers, l’intervention du jeune Rency Inson Michel a attiré mon attention. J’ai jugé intéressant de vous faire part de quelques grands axes.

Cela m’arrive souvent de prendre un peu de recul pour me cloitrer dans un bulbe de spectateur de la longue marche de nos jeunes. Ces instants d’évasion me permettent de m’identifier à certains qui s’investissent pour une quelconque cause, et aussi parfois de m’en distancier des influences d’autres. Voir un jeune embrassé une vision et faire preuve d’une aussi grande ténacité me donne le sentiment de m’accrocher un peu plus, d’attacher mes ceintures car nous passons dans une zone de grande turbulence. Personne ne sait quand est ce que l’on va pouvoir s’en sortir, devrions nous croire en cette génération? Je suis plutôt du genre perplexe, mais cela ne veut pas dire que je ne devrais pas nourrir cette lueur d’espoir que l’on voit dans certains d’entre nous.

Porteur étendard du Réseau des Jeunes Bénévoles du Classique des Sciences sociales, (REJEBECSS), une association qui travaille en étroite collaboration avec les Classiques des Sciences Sociales pour rendre accessible sur internet des ouvrages de chercheurs haitiens aux profits des étudiants et chercheurs du monde, Rency a articulé ses réflexions autour de ce sujet : la justice cognitive, un concept essentiel pour théoriser le développement local d’Haïti. D’entrée de jeu, il a formulé une hypothèse de départ comme quoi « les chercheurs, étudiants, professeurs haïtiens confrontent à des difficultés qui les empêchent de déployer le plein potentiel de leurs talents intellectuels, de leurs savoirs, de leurs capacités de recherche scientifique pour les mettre au service du développement local de leur pays ». La SOHA[1] interprètent ces difficultés comme des injustices cognitives. Par injustice cognitive, l’intervenant se réfère par cette fracture qu’il y a entre les détenteurs des savoirs, entre les savoirs, entre les universités…

L’étudiant finissant en sociologie a dénombré cinq de ces injustices :

  1. Absence d’infrastructures et de politiques de recherche en Haïti (Il a fait le plaidoyer pour une politique Nationale de Recherche scientifique en Haïti)

 

  1. Faible littératie numérique (la littératie numérique désigne la capacité d’exploiter de manière optimale les possibilités d’un ordinateur et du web. Rency reprend l’idée de Guy Rocher selon laquelle, une université qui reste myope devant les brassages qui s’opèrent devant elle vit dans une Toure d’ivoire qui risque de s’écrouler sous ses pieds. Aussi, considérant que nous vivons l’ère de la révolution numérique, il invite à former nos universitaires à l’aune du numérique).

 

 

  1. Mépris des savoirs locaux ou de tout autre savoir qui se produit en dehors du cadre normatif de la science conventionnelle. (il plaide pour leur valorisation, leur diffusion et leur application)

 

  1. L’aliénation épistémique est profonde (il plaide pour l’instauration d’une épistémologie adaptée au contexte local)

 

 

  1. La Pédagogie de l’humiliation (la souffrance née des pratiques de la pédagogie de l’humiliation est grande et contibuer à bloquer le potentiel des jeunes étudiants du pays)

En gros, son exposé est un appel à une noble quête : la justice cognitive[2]. Un concept proposé en 2009 par Shiv Visvanathan et qui désigne la reconnaissance active de la pluralité des savoirs en science. Il se fonde sur :

  • la valorisation des savoirs locaux (la décolonisation épistémologique)
  • le libre accès numérique aux savoirs scientifiques et non-scientifiques
  • la prise en compte des savoirs des femmes, des jeunes et des groupes marginalisés
  • l’empowerment des chercheurs et chercheuses du Sud et de leurs savoirs
  • la prise en compte des préoccupations locales dans la recherche universitaire
  • la critique du positivisme hégémonique et de l’économie du savoir

 

[1] La SOHA (Science ouverte Haïti Afrique) est un projet de recherche qui a duré deux ans dont est issu Rency et d’autres jeunes Haïtiens et Africains, il s’est transformé maintenant en APSOHA (Association pour la Promotion de la Science Ouverte en Haïti et en Afrique Francophone.)

 

 

 

La salle de l’auditorium

La table des panélistes

 

Rency lors de son intervention


Ma bequille, ma vie…

C’est en parfaite complicité avec l’art qu’Eder Roméus a décidé de mener une plaidoirie en cette période hautement festive pour la ville de Jacmel. Il en a aussi profité pour remercier sa béquille pour toutes ses années de service. Depuis l’âge de trois ans suite à la fièvre polio il a perdu usage de ses membres inférieurs, sa béquille l’a accompagné depuis ses premiers pas. Pour la mettre dans une autre dimension, il a offert au public Jacmélien un vernissage organisé à l’Alliance Française du 28 au 1er mai sous le thème : ma béquille ma vie. Il nous parle un peu de sa vie et de l’exposition.

Lorsque, les yeux vers le ciel je n’arrive plus à voir scintiller mon étoile, l’art a toujours été ce refuge qui me sert de catalyseur. De très près la musique et la peinture m’ont côtoyé, nous sommes intimement liés. Le retentissement du tambour est là pour donner le tempo à mes jours, son bruit résonnant comme venu du lointain facilite la connexion avec mes origines. La peinture me permet de donner les couleurs qui manquent à ma vie. Avec mon pinceau ; je suis seul créateur, j’invente mon univers pour répandre mon énergie aux autres. Je leur donne la possibilité d’imaginer tout ce bouillonnement intérieur.

Lorsque l’on est paralysé des membres inférieurs depuis plus de trente ans dans une société qui ne laisse jamais passer l’occasion de se faire sentir marginalisé, l’intérieur est gangrené par le chagrin, la honte, la peur et d’espoirs perdus. Tout cela fait beaucoup de conflits internes, le fait de ne pas les exprimer peut être malencontreux. Malgré beaucoup d’effort de nombreuses instances en Haïti pour faciliter l’intégration des personnes en situation d’handicap, il existe toujours cette perception qui nous conçoit comme une vulgaire charge économique, sociale et émotionnelle.

J’ai passé toute ma vie à subir des humiliations partout où je me rends, souvent j’ai été obligé de supporter l’appellation de « kokobe » des gens qui, peut-être pas ne voulaient pas m’offenser. Parfois, il arrive qu’on dépose dans ma main quelques pièces pensant que je suis un mendiant. Vraiment, j’ai eu à subir et je subis toujours dans ce pays où l’intégration des personnes en situation d’handicap est encore un leurre. Ce qui est le plus blessant pour moi, c’est cette tendance à voir ma béquille comme un instrument de malédiction, de pitié et de marginalisation. Certains en font l’interdiction formelle, à des enfants majoritairement, de le toucher, de jouer avec, car c’est un outil porte-malheur. Pourtant, ce qu’il ignore c’est que cet outil est nécessaire à mon autonomie, avec son support je me déplace facilement pour vaquer à mes occupations. C’est ma béquille, ma vie. Nous tous, avons une béquille dans la vie, quelqu’un qui nous supporte dans l’adversité.

Présentation de quelques tableaux de l’exposition

 

Acrilic sur toile

 

 

 

 

 

Ces toiles sont un peu de la récupération, mais il n’a pas cherché les béquilles ailleurs. Elles sont quelques-unes qu’il a utilisées à un moment donner de sa vie. Il s’est inspiré des scènes musicales traditionnelles, quelques masques et sculptures africaines pour donner vie à ses béquilles.

 

Regards croisés

C’est une toile qui nous parle de la frustration sentimentale de l’artiste, elle concerne la façon dont il abordait les filles dans son plus jeune âge et son très peu de succès auprès d’elles. Beaucoup de personne ont du mal à accepter le fait qu’une personne en situation d’handicap jouit d’une relation sentimental saine, qui marche normalement comme toute autre personne. Certes, les personnes à mobilité réduite ont des difficultés pour entamer, construire et même pérenniser une relation sentimentale. Etant, une fanatique des culottes et des vagins à grande lèvres, il a associé toutes ses composantes à son œuvre. Ainsi, il espère faire croisé sur ce côté essentiel de son être.

 

 

 

C’est une représentation d’une femme enceinte, rappelant la mère d’Eder qui l’a beaucoup soutenu dans son existence. La défunte a été toujours près de lui lors de ses lamentations, elle est morte depuis des années mais il l’accompagne toujours dans ses réalisations.

Blocus du cerveau

Il montre dans ce tableau que les personnes qui vivent avec un handicap ne sont pas dépourvu totalement des capacités de leur cerveau. Plus d’un pense que leur problème vient du cerveau alors que c’est intact. Ce blocus, c’est eux même avec leur façon de se voir qui le produit avec surtout la façon dont leur environnement leur conçoit. Dans cette toile, on voit le cerveau lumineux avec ses nombreuses synapses qui montre l’activité cérébrale.

 

Eder Roméus travaille maintenant pour augmenter le nombre de tableau, il envisage de conquérir bien d’autre public avec cette exposition. Il envisage des institutions telle que la FOKAL, l’Institut Français de Port-au-Prince .

 

 


Mon bras fantôme

source: TPE seisme-E-mon site

 

Le mardi 12 janvier 2010 Haïti a connu la pire catastrophe de son histoire, trois départements sont sévèrement touchés, on a recensé plus de 300.000 pertes en vie humaines, les dégâts ont été très lourd. Fedya était dans son école quand elle a senti le bâtiment craquer sous ses pieds, elle a survécu mais un de ces bras a été enfermé sous une poutre de béton. Depuis, elle ressent son bras fantôme.

Hmm… ce mardi…

Les années, on dirait, n’ont pas réussi à me défaire des souvenirs qui me calcinent. Ce jour a totalement déboité ma vie. Le sourire hilare qui animait mes humeurs a laissé place à ce faciès terne. Que de peine j’ai enduré. La présence de ma mère me réconfortait, elle savait bien comment accorder les notes de ma vie pour y mettre l’harmonie. Peu à peu, j’ai essayé de récoler les morceaux, m’ouvrir vers d’autres horizons. D’autres projets étaient en vue, il fallait reconstituer une vie écartelée, un corps, un esprit morcelé. Chaque jour, je me heurte à l’évidence de reconstituer l’image que j’avais de moi. Un de mes bras s’est broyé sous les effets saccageant des décombres de mon école. Je ne suis plus la même physiquement pourtant, je ressens toujours mon bras bouger. Je le vois, je le ressens toujours.

 

Ce drame ne mérite pas que je m’attarde dessus, même si au fond, je pense qu’il sera utile d’en parler à chaque fois que l’on ressent ce poids crispé l’estomac. Peut-être ainsi, l’on pourrait donner voix aux souffrances enfouies en nous. Je préfère faire ce survole, pas parce que je ne sens pas le courage, mais pour épargner à d’autres ces souvenirs qu’ils ont réussi à écarter, à reléguer au rang de l’oubli. Nous n’avons pas tous, la même force de résistance face à l’adversité. Certains d’entre nous étaient déjà très fragile affectivement et émotionnellement, d’autres se sont laissés emparer par l’effroi de cette misère funeste. Ils sont des milliers, parmi ceux qui ont survécu, qui ont été totalement anéantis. Je pense à Mireille, la nièce de mon père, qui a sombré dans la folie errant dans les rues de la ville. Heureusement, je suis de ceux qui luttent contre cet anéantissement, j’ai perdu mon bras mais je veux garder mes espoirs.

 

Je vois et ressens mon bras

Prendre le risque de vivre, c’est accepter de ne pas prendre la poudre d’escampette face aux expériences malencontreuses. Depuis après avoir subi cette intervention des médecins étrangers, dont je doute encore de leur expertise et de leur bonne foi, je vois et ressens toujours mon bras. Sa présence se manifeste par des douleurs terribles, parfois il m’arrive d’essayer de le lever en l’air pour qu’il accompagne l’autre dans son mouvement. J’ai même l’habitude de me relever la nuit et essaie d’attraper quelque chose avec mon bras amputé, ce n’est qu’après je me rends compte que c’était son fantôme. Les nuits qui ont suivi cette catastrophe ont été interminables, je n’arrivais pas à fermer mes yeux. Seule à ma mère, j’en parlais. Je ne prenais pas le risque d’en parler à une autre personne de peur qu’elle mette en question mon équilibre psychique.

 

Avec le temps, j’ai fini par sortir petit à petit de mon mutisme, j’ai décidé d’en parler à quelques personnes que je rencontrais, il y a parmi eux qui ne m’ont jamais compris, d’autres me disent que c’est normal et que j’allais toujours ressentir cette douleur. Alors, j’ai appris à vivre avec en pensant que je n’y pouvais rien.

 

Ma mère a entendu parler d’une institution qui facilitait l’acquisition de prothèse pour mettre à la place de mon bras. Ce bras de poupée géant, comme je l’appelle, ne m’a jamais fait bonne impression, à mon bras fantôme aussi ; parce que je ne me suis jamais senti à mon aise en le portant. Je m’en suis servi que quelque rare fois. C’était comme s’il y avait un conflit de titan entre mon bras fantôme et la prothèse, donc j’ai mis celui-ci dans un coin pour ne plus contrarier mes jours.

 

Une affaire d’image corporelle

Je doutais bien du pouvoir de cette boite noire qui devient de plus en plus lumineux avec les recherches scientifiques actuelles. Je ne sais pas d’où est sorti ce jeune homme pour venir s’entretenir avec moi au sujet de mon bras fantôme. C’était un samedi après-midi d’un week-end surchauffé par une ambiance de carnaval, je me trouvais à l’institution où se tient notre rencontre habituelle. Je fais partie d’une association de femme vivant avec un handicap. Lui, j’ignore ce qu’il était venu faire, je pense qu’il est un habitué de la maison. Sans aucun gène, ce qui m’a un peu surprise, il m’a questionné à propos de mon bras. Peu d’inconnu n’ont eu le courage de faire ça, souvent il me parle avec ce regard plein de pitié, c’est comme s’ils ne pouvaient pas trouver les mots justes. Il y a des rencontres qui jouent le rôle d’un effet de contre-séisme. C’est ainsi que je conçois cette rencontre avec Luc. Il est la première personne, après ma mère qui n’a pas un handicap moteur mais qui comprend avec ferveur ce que je sens. Il a mis un mot à ma souffrance : «  les douleurs fantômes », moi qui parlais de bras fantômes.

En effet, il a pris le soin de m’expliquer que c’est normal les douleurs que je ressens, mais il a soutenu que c’est possible qu’elles disparaissent définitivement. D’après, lui c’est mon cerveau qui est à la base de tout ça, celui-ci cartographie l’image corporel dans des zones spécifiques. Comme ça, il propulse à travers les systèmes nerveux les messages à nos sens. Ce qui arrive avec mon cerveau me, laissait-t-il comprendre, c’est qu’il n’est pas encore arrivé à reconstruire une nouvelle image de mon corps. D’où l’explication de la présence des douleurs fantômes. La psychomotricité s’est intéressée à ce problème ; ce qui a donné lieux à des interventions aux effets prodigieux. Luc, m’a donné le contact d’un centre spécialisé pour les amputations où on paie seulement un prix symbolique vue le résultat de leur intervention. Au bout de trois mois de thérapie, je commence à ne plus apercevoir, ni même sentir mon bras fantômes et les douleurs ne sont plus présent.

Je m’étais tellement habitué que des fois mon bras fantôme me manque, je me croyais tellement diffèrent. J’ai réussi à me servir de la prothèse, j’ai comme l’impression de retrouver mon bras. Avec Luc, cela se passe à merveille, on a tellement de projet ensemble.

source: Haiti Press Network

 

 

Source: Handicap International


Haïti encore plongé dans l’aide l’humanitaire

L’humanitaire, un concept en temps de crise qui procure de l’espoir, celui de pouvoir s’abriter, avoir un plat chaud, de l’eau à boire, la possibilité d’avoir un peu de temps pour respirer, laisser passer le temps. D’habitude, le temps sait bien comment s’y prendre. Mais l’humanitaire  fait peur aussi. Rien qu’à l’entendre, cela provoque des frissonnements sans pareil. Souvent, derrière cet élan d’humanisme manifesté par des actes ponctuels, se cache une grande tendance à la corruption, une envie de faire fortune au détriment des victimes.

 

Nous en faisons l’expérience depuis des décennies et l’échec constaté est cuisant. Il a fallu le tremblement de terre du 12 janvier 2010 pour donner la preuve flagrante que l’aide extérieure ne pourra nullement nous sortir de ce triste chaos. Des promesses fallacieuses ont été faites, des millions ont été mal dépensés, une bonne partie aussi détourné, les soi-disant experts internationaux n’ont pas su quelle méthode appropriée appliquer à notre situation, certaines ONG en ont profité pour faire leurs débuts. Et tout ça s’est soldé par une catastrophe. Haïti est devenu un «  cimetière de projet » selon l’expression de Ricardo Seitenfus Plus de 6 ans après, les changements espérés ne se montrent pas, et ne se montreront peut être jamais. Nous avons cessé de nous bercer d’illusions.

Avec le passage de l’ouragan Matthew, l’humanitaire en Haïti refait surface. L’ouragan a laissé derrière lui un bilan très lourd. J’ai été pris au dépourvu en m’informant sur les divers impacts qu’il y a eu, comme après le tremblement de terre cloîtré dans mon réel, j’ai minimisé ce cri de la nature. Selon moi, ce n’était pas grave. Demain le cours normal des choses reprendrait. Mais, encore une fois ma perception des choses a été fausse. Matthew, selon les autorités, a fait plus de 388 morts, déplacé plus de 25 000 personnes et endommagé des centaines de maisons. Il a aussi causé une résurgence des cas de choléra. Ne parlons pas des plantations et des bétails des habitants de trois départements les plus touchés, à savoir les Nippes, le sud et la Grande Anse.

Récupération politique de la catastrophe

En pleine campagne électorale, certains candidats en profitent pour faire de l’aide un instrument politique. C’est ainsi que dans les centres d’hébergements, certains sont venus distribuer de l’eau, des kits alimentaires, des plats chaud. D’autres en font de la propagande avec du matériel disponible, mais surtout avec un certain mépris pour la dignité de ces personnes. On voit tous les photos à travers les réseaux sociaux : comme s’il fallait être candidat à la présidence, au Sénat; ou au je ne sais quoi encore, pour apporter son appui à des concitoyens qui sont en grande nécessité.

A l’extérieur aussi, la diaspora haïtienne et d’autres citoyens étrangers conscients des besoins pressant de ses communautés commencent à se mobiliser pour voir comment aider. Mais, cette fois-ci l’aide apportée doit réellement trouver les personnes touchées par les intempéries. Elle ne doit pas participer à enrichir quelques acteurs étrangers ainsi que nos hommes politiques. Le malheur des victimes ne doit pas faire le bonheur de quelques-uns. Cette assistance ne doit pas nous être mortelle.

Quelques photos témoignant de cette situation:

 

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www.lemonde.fr

 

Une foule qui attend une distribution
www.scoopnest.com

 

Un bateau qui apporte de l'aide
www.voixdunord.com


Haïti : sortir du discours spécialisant

Haïti : sortir du discours spécialisant

Une lecture qui donne une lecture contraire à  l’article de l’économiste Etzer S. Emile.

 

Nombre d’entre nous, pour caractériser la situation que nous vivons, peut-être par pure ignorance ou déficit d’argument, ou plutôt pris dans le flot du discours facile, qualifient Haïti de « pays spécial ». Je fais face à cette catégorisation maussade partout où je me trouve, dans mon quartier en échangeant avec les amis, à l’université, dans les rues, sur les médias sociaux, partout. J’ai même lu un article de l’économiste Etzer Emile, publié le 14 Septembre dans les annales du quotidien le National, qui fait de ce « discours spécialisant » notre trait distinctif. J’en fait une toute autre lecture.

Ce qui se trame en Haïti a l’air d’abasourdir tout le monde. Le désarroi s’amplifie dans les cœurs au point de voir ses tentacules sur nos visages, dans la manifestation de nos comportements et dans nos discours également. La société entière est en pleine hypnose, la conscience collective semble altérée depuis je ne sais quand déjà. Et on est là, on vit, on rit, on danse et… on périt.

Absolument tout dans ce pays va mal. Nous sommes en pleine crise post-électorale où le gouvernement en place a mis en branle la machine électorale pour espérer reprendre les rails de la légalité le 9 octobre prochain. Une autre élection va prendre place dans notre annal historique. Aura-t-elle les mêmes caractéristiques que les élections que nous organisons depuis des décennies ? Je me dois d’être patient, mais l’avenir, me paraît-il, ne présage rien de bon, tenant compte des vagues de violences déjà orchestrées dans cette période de campagne et le désintérêt de la population à y prendre part.

La hausse continuelle des prix et la dépréciation de notre monnaie donnent quelques indices de la situation qui touche plus de quatre millions de compatriotes qui vivent dans l’extrême pauvreté. Et, comme si tout ce que nous vivons n’était pas assez, nous devons nous préparer à accueillir, dans les prochaines semaines, les centaines d’Haïtiens que le gouvernement de Barack Obama va déporter (New Haitian migration route takes treacherous 7,000 route to U.S. …). Malgré cette situation d’une grande précarité, notre finance bancale supporte des parlementaires qui ne travaillent pas, pour bénéficier des privilèges pompeux que leur offrent les différentes taxes de la population. La majorité d’entre eux ne respectent pas les devoirs de leurs fonctions et ont tendance à faire des actes que nous pourrions qualifier d’abjects pour bénéficier d’un peu plus d’avantages.

Arguer que Haïti est un « pays spécial », c’est participer à renforcer l’isolement que nous subissons depuis notre indépendance. Après la raclée du XIX siècle donnée à l’armée esclavagiste, nous avons été exclus, car nous étions, pour eux, une menace, un défi. Endosser ce discours, c’est aussi appuyer les mesures dites « spéciales » que la communauté internationale applique à nos élections. Rappelons-nous, en 2006, de l’épisode des fameux votes blancs qui ont été comptabilisés. Ce « discours spécialisant » peut bien être à la base de la défaite cuisante de cette « communauté ». Ne sachant pas toujours comment s’y prendre avec nous, elle discute, propose et ratifie avec notre nation comme un pays à part. Ce discours ne tend pas seulement à influencer nos rapports avec l’international, mais aussi ceux que nous entretenons entre Haïtiens. Si nous nous montrons en accord avec le fait que nous sommes spéciaux, cela induit une acceptation de notre situation, c’est exactement ce qui se passe actuellement.

Il y a de ces formes d’expressions, de ces manières de se représenter les faits, des tendances, des mouvances ou des expériences que nous vivons auxquels il nous faut prêter une attention particulière avant de les endosser ou de vulgariser. Les mots ont cet effet si puissant qu’après les avoir prononcé, ils ne nous appartiennent plus.

Nous vivons au temps de la dictature de la parole, partout la parole s’impose comme source de vérité absolue. Les médias de masse, les réseaux sociaux, nos rapports quotidiens sont dominés par l’imposition de la parole. Paroles superflues allant jusqu’à la supercherie, paroles à effet catalyseurs révélatrices de bonheur, paroles insolentes aux effets destructrices. Paroles, paroles, paroles.

Ce discours ne nous aidera en rien à sortir du bourbier où nous sommes. Au contraire, cela renforce le statu quo. Notre psychologie collective est déjà parsemée de ce genre de discours très peu incitatif (depi nan ginen nèg pa konn vle wè nèg), qui nous condamnent dans cette forme de résignation maladive (Pito m lèd m la), qui ébranle notre identité et nous présente comme inférieurs (lèd tankou afriken).

Notre asthénie collective est due à cela. Personne n’ose lever le petit doigt, comme nous sommes soi-disant spéciaux nous restons avec notre « spécificité » à attendre la venue d’experts étrangers pour nous aider.

Nous devons faire une rupture avec ce genre de discours, cela nous permettra d’aller plus au fond de notre raisonnement. Haïti n’a rien d’un pays spécial, je ne crois pas qu’il en existe un d’ailleurs. Comme je l’ai déjà mentionné dans un de mes précédents billets, nous sommes juste une jeune nation en quête de perspective qui a essayé et essaye encore, malgré vents et marées, de se frayer un chemin pour assurer sa place dans l’histoire de l’humanité.


La mer et moi : un vif paradoxe

De loin, l’horizon se dessine dans cette confluence bleutée. Mer et ciel se confondent. En s’approchant, on constate le tour perceptif que nous joue la vision avec la complaisance de cette magie naturelle. Au creux de ses abysses, la vie se conserve. Et se perd aussi.

Cette immense étendue d’eau salée qui nous entoure de partout m’a toujours intrigué depuis l’enfance. Je n’ai jamais compris comment elle pouvait être si vaste et salée à la fois. J’ai beau croire à des histoires venues çà et là, différentes les unes des autres, les unes contredisant les autres. Mais tous nourrissant mon imagination.

Je suis né dans une ville côtière, cohabitant avec la mer. Les souvenirs me viennent encore de l’époque où la mer vrombissait au petit matin et aussi chaque après-midi sous l’effet de la cadence naturelle. Depuis quelques années, ce chant naturel s’est estompé sans qu’on sache trop pourquoi. Comme beaucoup de choses d’ailleurs qui ont changé dans cette ville. Jacmel n’est plus la même.

Enfant, se baigner à la mer était notre grand interdit. La plupart des parents haïtiens adoptaient ce point de vue. C’était pour notre protection bien sûr, d’ailleurs eux-mêmes ne savaient pas nager. Je me demande toujours d’où vient cette peur bleue de la mer ? Peut-être, comme disent certains, que c’est à cause de la longue traversée venue de l’île de Gorée ? Qui sait. D’un autre point de vue, c’est peut-être lié à la présence de « mèt agwe », divinité qui règne sur la mer dans la croyance vaudou ?

La mer et moi, nous avons une histoire mitigée : entre bonheur et tristesse, désir et folie, émerveillement et désespoir. Comment oublier ces promenades du bord de mer les après-midis, les mensonges que nous fomentions pour nous réfugier dans les profondeurs des eaux du Wharf touristique de Jacmel, l’accueil ardent des plages lors de nos journées entre amies, les poissons boucanés, la bière, le sexe, etc., les voyages d’été en famille sur les petites embarcations à Belle-Anse pour nos vacances ?

Et un jour, que dis-je, dans le silence de cette nuit du 3 mars 2001, il y a eu ce naufrage. Ma mère et ma sœur s’y trouvaient à bord. Leurs corps entrelacés ont été aperçus flottants, voguant comme une frégate abasourdie. Sans vie. Emportés vers l’horizon. On ne les a plus revus. Et depuis, face à la mer, j’ai cette sensation ambivalente. Parfois, j’ai envie de la maudire avec toutes ses vies donneuses de mort. Pourtant, près d’elle, accompagné du silence et de la caresse d’une brise, je sens leur présence. A chaque fois que les vagues viennent se perdre sur le rivage, c’est comme si je recevais un message de leur part que je devais interpréter. Voilà mon paradoxe.


Les réseaux sociaux favorisent-ils la domination de l’automatisme sur la pensée reflexive?

C’est extraordinaire de voir à quel point le monde a évolué en matière de communication. Finit le temps des télégrammes, des messages de bouche à l’oreille, des « kout lanbi » pour faire passer un message à distance. Tout cela, grâce au développement des Technologies de l’Information et de la Communication (TICS). Il est question maintenant d’échanger des messages/photos/mails sur Facebook, Twitter, Whatsapp, etc.

Ces outils ont complètement modifié notre comportement vis-à-vis de l’autre, on a tendance à se sentir plus connecté en vivant ensemble nos quotidiens. C’est de nos jours courant de voir une personne nourrir une relation amoureuse ou amicale avec quelqu’un se trouvant à l’autre bout de monde. En un laps de temps, on peut partager des moments immortalisés par un selfie avec la personne de son choix via le téléphone portable. Les informations aussi circulent à une très grande vitesse, nous n’avons pas besoin d’être accrochés à notre poste de radio ou même attendre la venue du facteur pour nous apporter les journaux ; tout se fait par Internet.

Ces réseaux sociaux influencent nos comportements observables, le téléphone n’est plus cet outil nous permettant de dire Allô au bout du fil, avec les nouveaux gadgets l’accès nous est donné à de nombreux services. D’où, l’une des causes de leur prolifération. Je me permets de poser la question de savoir si leur utilisation ne modifie pas aussi notre processus cognitifs qui tend à traiter les informations que nous assimilons ?

Ralentissement de l’inhibition

L’observation et l’auto-observation des effets dus, au fait que nous conversons constamment sur les réseaux sociaux  m’amène à procéder à des remarques qui sont sujettes à des approfondissements. WhatsApp ou encore Facebook, Snap Chat ; en bref toute la famille favorise le ralentissement voire le blocage de l’inhibition. Ce dernier est un mécanisme cognitif qui, selon Olivier Houdé, sert de relais entre les systèmes heuristique et algorithmique. Ses recherches visent à proposer l’apprentissage de l’inhibition pour éviter les erreurs et les automatismes. Le constat flagrant que j’arrive à faire, c’est la domination de l’automatisme sur la pensée réflexive dans nos échanges sur les réseaux sociaux.

La rapidité et la facilité avec laquelle les messages sont expédiés, la sensation d’être plus proche, la tendance libertaire de mettre à jour des désirs et impulsions enfouis, l’impatiente attente des réponses venant des personnes avec lesquelles nous conversons, le fait d’être confortable derrière son clavier crée l’envie de tout se permettre. Ces éléments font que parfois nous sommes dominés par l’automatisme. Ce qui tend à déranger nos conversations et les rend tachées d’un désintérêt apparent.

L’enjeu

Cet automatisme favorisé par les réseaux sociaux peut avoir des incidences notables dans les rapports et les valeurs qui nous lient, principalement les limites que nous nous établissons. Cependant, celle qui est la plus alarmante c’est le risque de permettre à l’idiotie et l’irrévérence de prendre le dessus dans nos échanges.

L’importance de l’inhibition derrière le clavier

L’inhibition nous permet de passer d’un mode de traitement cognitif marqué par la spontanéité, les impulsions automatiques qui dirigent notre pensée à un mode logique et rationnel. Celle-ci nous élève à la dimension de l’intelligence humaine qui selon le psychologue Houdé, consiste à apprendre à résister, c’est-à-dire à inhiber le système des automatismes pour activer celui de la logique.L’inhibition derrière notre clavier de téléphone nous permettra de converser (chat) tout en conservant la dominance de la logique sur notre discours pour ne pas laisser aux automatismes de prendre le dessus. Aussi, elle facilitera d’être attentif, de communiquer réellement afin d’éviter d’être totalement absent tout en écrivant.

Peterson Anténor

 


Haïti : Les malades mentaux pris en dérision

L’homme est un être complexe et à la fois unique. Esprit et corps. C’est sous ce dualisme que consiste l’appréhension de l’être. Cette dialectique est à la base de notre comportement et donc détermine notre vie dans le milieu social. Lorsque le fonctionnement de l’un ou l’autre prend le dessus, est-il possible de perdre notre état d’homme ? Que peut-on faire pour préserver, récupérer, réhabiliter l’homme en situation de le perdre ?

Il est accablant, vraiment c’est le mot, de constater la manière dont beaucoup d’entre nous méprise des familles, amis ou encore des gens que l’on a connu, qui à un moment de leur vécu n’ont pas su par quel processus sortir d’un traumatisme ; n‘ont pas eu le support nécessaire pour passer outre d’une période marquée par de grande tension psychologique. Notre vie en est jonchée, donc nous sommes tous à risque ! Nous risquons tous un jour vivre une crise d’angoisse, une situation anxieuse persistante, une bouffée délirante, un état de stress post-traumatique et un tas d’autres états pathologiques que le rapport avec soi et à l’autre produit dans la société.

Notre Haïti d’aujourd’hui stigmatise, discrimine ceux que l’on appelle couramment et ignoblement les «  fous », ils ne sont pas pris en charge considérablement ; ce qui explique le fait qu’ils ne se récupèrent presque jamais. Il existe seulement deux centres psychiatriques publics très mal équipés pour tout le pays et environ huit cliniques privés. La majorité d’entre eux se trouvent dans le département de l’ouest. Les personnes dont les causes de leur pathologie sont attribuées à des maléfices d’un « sorcier », et que par maintes tentatives de traitement chez le  houngan n’ont pas pu se récupérer ; ceux, par faute de moyens économiques d’informations ou encore de structures d’accueil ne peuvent pas pratiquer un internement sont retrouvées gambadant à travers les rues dans un piteux état. Habillés souvent d’haillons, les cheveux décoiffés, le regard complètement vidé, certaines fois à moitié nus. En bref, en situation de sous-homme.

Voilà comment on rencontre souvent ces gens qui sont doublement victimes d’une société qui, à fois produit les mécanismes de troubles par sa structure même et d’un autre coté ne fait rien comme acte thérapeutique de sorte que ces gens-là puisse fonctionner normalement. L’ethnopsychiatre Georges Devereux l’a si bien illustré en avançant que le pathologique est culturel.

Sur ce point, et sur bien d’autres encore, notre société est tellement deshumanisante – suicidaire même – qu’elle provoque l’aggravement de leur pathologie mentale. On a l’habitude d’entendre dire qu’à Jacmel par exemple, si vous avez quelqu’un qui est en plein crise psychologique, vous devriez l’enchaîner pour qu’il ne sorte pas dans la rue ; sinon vous allez le perdre. Cette allégation trouve tout son sens, dans le comportement moqueur et antipathique de certains dans la ville à l’égard des malades mentaux. Quelques minutes passées en compagnie d’eux sont prises comme une parodie, une ambiance de moquerie collective, un moment pour rire à gorge déployé des contenus de leurs hallucinations et de crises délirantes, de l’incohérence qui émane de leur discours, ou encore de leur fuite de la réalité, de leur mégalomanie. Certains ont tendance parfois à leur donner de l’argent pour stimuler leur engouement ou pour s’offrir leur petit service.

Pourtant ces personnes-là sont des humains qui méritent le soutien de tous, allant des parents aux autorités concernées. C’est sinistre de voir à quel point l’humanité est périssable avant même la mort. La psychologie peut bien aider à cet effet. Une psychologie qui tient compte des croyances culturelles de la population, c’est l’enjeu déterminant d’une cure chez nous, la culture. Pour les aider à se réhabiliter, Il nous faut la mobilisation de tout un arsenal de professionnels impliquant psychologues, psychiatres, travailleurs sociaux etc. Ce qui produira un changement de comportement de toute la société vis-à-vis des malades mentaux.

Peterson Anténor


Haïti : nos enfants, notre avenir

Etre enfant en Haïti, c’est comme se trouver au fond d’un précipice et crier en vain à l’aide au moindre bruit. Le bon samaritain prend du temps pour apporter secours. Telle est ma façon caricaturale de présenter la situation des millions d’enfants Haïtiens. Ils ne sont pas épargnés de la pauvreté absolue dans laquelle patauge 78% de la population haïtienne. Estimé à environ 4.211.000 (selon un rapport de l’UNICEF) soit 44% de la population, les enfants font face à des problèmes tels que : la prostitution, la précarité, le phénomène d’enfant de rue, le trafic d’enfant vers les pays étrangers (notamment la république voisine), bref le non-respect strict de leurs droits fondamentaux. Il est urgent de trouver des solutions.

Malgré l’effort consenti, les divers organismes concernés (étatiques et non-gouvernementaux) n’arrivent pas toujours à mettre en œuvre les stratégies nécessaires pour améliorer la condition de vie de ces enfants qui vivent dans la pauvreté absolue (4 enfants sur 10). Pallier aux problèmes d’accès aux soins de santé, de logement, d’accès à l’eau potable etc. Selon le dernier rapport de l’UNICEF environ 380.000 enfants âgés de 6-11 ans ne fréquentent pas l’école, et 38% des enfants âgés de 7 à 18 ans n’ont jamais été à l’école. Ces données illustrent l’état d’urgence dans lequel est l’Etat haïtien, et pour éviter que cela n’empire il faut que l’Etat et ses différents partenaires décrètent l’état d’urgence.

Quant est ce que l’on est enfant et quelle est la conception haïtienne de l’enfance ? La convention relative aux droits de l’enfant stipule dans son article premier « un enfant s’entend de tout être humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf si la majorité est atteinte plutôt en vertu de la législation qui lui est applicable ». Dans cet ordre d’idée, l’enfant est vu comme un être vulnérable qui a besoin d’une protection particulière et donc, de droits particuliers propre à lui. Mais la conception haïtienne de l’enfant est contraire aux principes élaborés dans cette convention dont Haïti est pourtant l’un des Etats parties. Nous ne sommes pas encore imprégnés du « sentiment de l’enfance ». A travers nos pratiques et nos représentations, l’enfant est vu comme le fruit d’un investissement à long terme, une sorte de béquille quand les parents ne peuvent plus se prendre en charge « timoun se byen malerèz ». Ou plutôt comme étant un animal « timoun se ti bèt », c’est-à-dire qu’ils ne détiennent pas la capacité de raisonner par eux mêmes pour prendre conscience de leurs actes et pour participer aux décisions qui les concerne. Le titre ‘’Nos enfants, notre avenir’’ est un clin d’oeil à l’assertion de Freud « l’enfant est le père de l’homme ». Autrement dit, les enfants d’aujourd’hui sont les hommes de demain, donc il faut réellement prendre en compte leur développement psychosocial pour qu’ils développent leur pleine potentialité.
Je vais faire en sorte tout au long de ce texte de proposer des idées qui pourraient déboucher sur des pistes de solution à la situation des enfants en Haïti.

Vers le renforcement de la capacité des institutions et services de protection de l’enfant

L’organisme responsable des politiques publiques de l’Etat en matière de protection de l’enfant, l’Institution du Bien Etre Social et de Recherche (IBESR), n’a pas les moyens nécessaires pour prendre en charge cette catégorie sociale. A en croire les responsables, moins de 10% du budget de la république est alloué à l’enfance, ce qui s’avère être très peu compte tenu du nombre d’interventions que leur situation requiert. L‘IBESR doit absolument élargir son domaine d’intervention afin de jouer pleinement son rôle de garant des droits de l’enfant.

Ainsi, il pourrait par exemple agir pour réguler les orphelinats qui pullulent dans le pays et veiller à ce que les adoptions soient effectuées en respectant le processus adéquat en matière juridique. La promotion des droits de l’enfant doit s’étendre sur tout le territoire, et pour ce faire l’institut doit avoir les moyens nécessaires. Etant donné que « la justice sans la force est impuissante », cette démarche s’inscrirait d’un commun accord avec la Brigade pour la Protection des Mineurs (BPM). Mais pour se faire, ce corps spécialisé de la police nationale doit se renforcer (en effectif et aussi en matériel).

Changer la condition de vie des familles

La famille c’est l’espace idéal qui favorise le bien-être et le développement de l’enfant, c’est son lieu d’épanouissement naturel, c’est pourquoi la convention relative aux droits de l’enfant exige qu’aucun enfant ne soit séparé de ses parents (sauf en cas de décision des autorités judiciaires). Comment parler de bien être si les familles souffrent de chômage longue durée ? Comment penser au développement intégral de l’enfant si 53% des ménages sont déchirés et dirigés par des femmes seules dans l’ensemble du pays ? La pauvreté, l’absence d’initiative des autorités sont les facteurs déterminant du déchirement du lien familial. Livrés à elles mêmes, certaines familles, notamment les nombreuses familles monoparentales, se trouvent dans l’incapacité de subvenir aux besoins de leurs enfants. Une des conséquences évidentes : elles perdent l’autorité qu’elles devraient exercer sur eux. Le chômage de longue durée détruit les liens humains et familiaux, il faut donc que l’Etat haïtien crée plus d’emplois à travers des investissements publics, privés et étrangers, cela doit être sa priorité absolue. Ensuite l’Etat devrait mettre en œuvre la construction de logements sociaux adéquats. Aussi, des campagnes pour la promotion de la famille et la préservation des valeurs familiales s’avèrent nécessaires pour le plein épanouissement des enfants.

L’éducation gratuite et obligatoire, une réalité

L’enfant, pour mieux s’imprégner des valeurs de la société, a besoin d’être éduqué, un processus qui commence dès son premier cercle de socialisation qui est la famille. Après, en devenant plus apte à l’apprentissage et à la reflexion, c’est le chemin de l’école qu’il empruntera. La Constitution haïtienne, dans les articles 32-1 32-3, déclare que l’éducation primaire est gratuite et obligatoire. Il est en temps d’en faire une réalité. Tout d’abord, il est nécessaire de construire plus d’infrastructures scolaires à travers le pays, ensuite il faut participer à la formation des maîtres. Une politique efficace en matière d’éducation ne doit pas se résumer à construire des locaux éparses sans réelle structure organisée ni cadres formés et donc compétents. La construction des écoles doit être pensée en fonction des différentes zones géographiques du pays afin de réduire les inégalités, il est nécessaire de réduire le fossé entre le nombre d’enfants non scolarisés dans les communautés rurales et les enfants scolarisés dans les villes grâce à la proximité et donc à l’accès aux écoles.

Lutter contre le trafic d’enfant, la domesticité et la prostitution de l’enfant

L’enfant haïtien ne se heurte pas seulement à une vie précaire, aux incessants problèmes familiaux et à la défaillance de notre système éducatif. Les enfants sont aussi confrontés au trafic d’enfant, à la domesticité et à la prostitution. Face à cet état d’alerte, il nous faut mettre la force publique en mouvement. L’assemblée nationale a un rôle déterminant à jouer pour la ratification des différents traités et conventions en faveur des enfants. Il en reste quelques-uns dans les tiroirs…  La justice et les forces de l’ordre doivent s’occuper du contrôle de nos frontières pour empêcher le trafic d’enfant. Des brigades ou patrouilles policières doivent surveiller les boîtes de nuit et les coins de rues réputés pour la prolifération de la prostitution enfantine.

En somme, procéder à l’amélioration des conditions de vie des enfants en Haïti demande de formuler des stratégies conjointes entre L’Etat et divers autres secteurs. Les enfants méritent d’être au centre du débat autour de la construction de cette nouvelle société. Les connaissances sur leur développement doivent être vulgarisées et diffusées avec des campagnes de sensibilisation qui prendraient en compte plusieurs axes, particulièrement celui du planning familial. En effet, pour qu’un enfant soit accueilli dans les meilleures conditions pour son futur développement, les couples doivent instaurer un nouveau comportement : avoir un enfant devrait être un acte réfléchi et planifié.

Peterson Anténor


Explique-moi les élections

Cher correspondant, bonjour,

D’habitude c’est avec beaucoup d’empressements que je me jette sur mon stylo et du papier pour te répondre. Mais, cette fois-ci, il m’a fallu du temps. Je devais en prendre avant d’aborder ce sujet. Loin du fait que je sois parmi ceux qui donnent leur langue au chat quand il s’agit de se prononcer sur les questions portant sur la corruption, des crimes politiques ou bien des élections dans ce cas précis.

Juste avant d’aborder quelques éléments en termes d’explication de l’interrogation avec laquelle tu as conclu ta dernière lettre. Laisse-moi t’avouer que je n’ai jamais saisi la logique des élections ici en Haïti ; à chaque fois c’est la même histoire qui se répète. Il est vrai que je suis très jeune, mais j’ai suivi de près trois d’entre elles. Normalement dans un régime démocratique des élections libres et honnêtes sont nécessaires pour renouveler le personnel politique, cela renforce les institutions démocratiques. Ici, j’ai rien vu de renforcement moi. Au contraire, après chaque élection, de nouvelles crises viennent s’ajouter à notre lot de malheur pour compliquer encore plus notre situation de vie.

Tu sais, la souveraineté de notre peuple est toujours bafouée à travers ses élections, les trois quart du budget dépend de l’aide international qui passe par certaines ONG. Pour les dernières élections, c’est le PNUD qui eut à gérer le magot. Pour un petit pays comme le nôtre, l’organisation des élections est trop coûteuse par rapport à d’autres pays plus avancé économiquement. Je fais référence notamment aux élections du Brésil en 2010 dont le coût du vote valide était de 2,20 dollars US tandis que en Haïti, le coût de chaque vote valide était 20 fois plus supérieur au brésilien ; de l’ordre de 44,00 dollars US. Nous subissons le poids de cette dépendance économique dans le rôle que nous jouons dans la planification et même tout le long du déroulement du processus électoral. Lors de ces fameuses élections de 2010, nous avons eu des responsabilités qu’au niveau logistique. Généralement, celui qui finance tend toujours à commander, mais il ne faut jamais sous-estimer le people; c’est la force vive d’une nation. C’est en effet ce qui s’est passé lors de la tenue du deuxième tour des élections du 25 octobre 2015 fortement contestée. Malgré le comportement du CEP et du gouvernement en place une foule en liesse à fouler le macadam pour les forcer à faire retrait jusqu’à amener à la transition.

Ne sois pas surpris, je t’avais déjà parlé du caractère complexe des élections ici. Beaucoup de pays pauvres confrontent cette situation. Le tien a une belle longueur d’avance, c’est fabuleux pour vous. Mais vos gouvernements doivent nous laisser gravir certains étapes, notre démocratie a besoin d’être intégrée par nous tous. A cause de tout ce que vit Haïti, pour beaucoup, c’est un pays spécial. Je ne partage pas cet avis qui tend à nous isoler encore plus. Nous n’avons rien de spécial, j’admets que nous sommes en retard sur bien des points, nous sommes juste une jeune nation en quête de perspective qui a essayé et essaie malgré vents et marrée de se frayer un chemin pour assurer sa place dans l’histoire de l’humanité. L’éducation civique est un enjeu fondamental, à chaque élection c’est seulement une infirme partie de la population qui décide d’aller voter. Ce qui fait que le taux de participation varie par rapport au contexte, en 2006 il a été de 62%, 23 % en 2010 et en 2015 cela a baissé jusqu’à 18 %. Parfois, je me demande si normalement on peut parler de démocratie, de suffrage universel alors que la majorité de la population se trouve dans l’indifférence excessive en ce qui a trait à l’organisation politique de la société. Nos difficultés sont globales, nos moyens sont très peu mais il y a beaucoup de potentiel.

Après la journée du vote, ce n’est pas encore la fin de cette représentation scénique souvent dramatique. Les tirs d’armes à feu, l’incendie de bureau de vote, le bourrage d’urne sont quelques composantes de ce spectacle. Vient s’ajouter la publication des élections. Elles sont toujours contestées, la date prévue n’est jamais respectées. Les résultats font toujours l’objet de fraudes et de sérieuses irrégularités orchestrés par le gouvernement en place avec l’aide de la communauté internationale.

Je ne prétends pas épuiser ta question dans cette missive, j’ai juste abordé les aspects pertinents qui caractérisent la tenue des élections ici.

A bientôt !

Peterson Antenor


Un jeune haïtien distingué lors de la 13e Simulation de l’OMC à HEC Montréal

 Credit Photo : Ophélie Chambily Lors de la remise officielle du prix coup de coeur
Credit Photo : Ophélie Chambily
Lors de la remise officielle » du prix coup de Coeur »

Après Kenley TALMER ( 2015), c’est au tour de Steven LOUIS de recevoir le « prix coup de cœur » pour sa qualité oratoire et pour son respect au Décorum . Cet événement international s’est tenu à Montréal du 17 au mars 2016 .
Le jeune haïtien, Steeven LOUIS, 24 ans à peine, a séjourné à Montréal (Québec, Canada) où il a représenté valablement son pays, dans la 13e Simulation annuelle de l’Organisation Mondiale du Commerce tenue du 17 au 20 mars 2016.

Cet événement de l’OMC est une compétition universitaire internationale, organisée par la Société des Relations d’Affaires HEC Montréal. Cette année, la 13ème édition de la simulation s’est déroulée au Club Saint-James à Montréal. La simulation réunit près de 100 participants chaque année venant d’universités québécoises (ESG UQAM, HEC Montréal, Université de Montréal, etc.) et étrangères (Sciences Po Paris, Université de Lausanne, Université Saint-Joseph de Beyrouth, etc.). Il s’agit de la plus importante simulation francophone de l’OMC à ce jour.

C’est Cuba que le diplômé en Sciences Politiques de l’Institut Haïtien de Formation Politique a choisi de défendre à la simulation en raison du fait qu’Haïti a été déjà choisi par deux étudiants français. Lors de la simulation, les participants étaient amenés à débattre sur différents sujets de l’actualité économique, en défendant les intérêts commerciaux du pays, de l’organisation non gouvernementale ou du lobby qu’ils avaient choisi de représenter. Pendant cette édition, les délégations des pays membres de l’OMC ont débattu durant trois jours sur les barrières tarifaires et les accords du Tripps afin de limiter le poids de la crise sanitaire sur les populations.

Au terme de cette rencontre internationale, les meilleurs participants étaient récompensés; la meilleure délégation et le meilleur participant, qui se sont démarqués par leurs arguments et par leur talent d’orateur, s’est vus remettre des prix. En effet, l’étudiant en Psychologie à l’Université d’État d’Haïti, Steeven LOUIS, fait partie des meilleurs orateurs de la 13e édition de la Simulation de l’OMC et a reçu le « Prix Coup de Coeur » de la part du jury de la simulation.

Organisée par la Société de Relations d’Affaires d’HEC Montréal, la Simulation de l’OMC n’est pas seulement une compétition oratoire universitaire, mais c’est aussi l’occasion idéale, pour chaque étudiant participant, de relever un défi, d’élargir son savoir et son réseau professionnel. L’ancien Jeune-Député et Jeune-Ministre de la Culture et de la Communication au Parlement et au Gouvernement Jeunesse d’Haïti, a bien profité pour développer son réseautage.

En marge de cet événement, il a mené aussi une mission de consultation jeunesse à Montréal et à New-York pour l’Organisme Non Gouvernemental des Cercles Nationaux de Réflexion sur la Jeunesse (ONG CNRJ) dont il est membre volontaire et Chargé de Communication de la branche haïtienne. Son passage à Montréal lui a aussi permis d’accompagner la candidate pour la Mairie de Montréal-Nord pour l’équipe de Denis Coderre Christine Black, actuellement élue, pour une journée de porte-à-porte ; il a profité pour connaître la l’organisation et la gestion de campagne électorale à Montréal.

 

Texte : Peterson ANTENOR

Mondoblogueur RFI