Mawulolo

Haïti, 10 ans du douloureux souvenir

Le 12 janvier 2010, lorsque la terre a tremblé en Haïti faisant des milliers de morts, j’avais pensé particulièrement à deux amis : une femme et un homme. J’ai rapidement pris de leurs nouvelles et je fus heureux de les savoir hors du pays sinistré puisqu’ils avaient l’habitude d’y résider ou d’y séjourner. Dix ans après l’évènement j’ai recueilli leur témoignage et sentiments pour écrire ce billet.


Lomé, la petite fille métisse de la côte

Dans les expressions courantes utilisées à Lomé, plusieurs mots d’origine anglaise figurent. Ils sont tellement usités que le commun des mortels à Lomé et plus largement au Togo ne s’en rend même pas compte.


L’éducation financière, mes parents et moi

L’éducation financière est au centre des stratégies d’inclusion financière et fait l’objet de beaucoup d’ateliers et de stratégies. Dans tout cela, n’oublions pas que nos parents nous en avaient donné des bases sur lesquelles l’on peut se reposer pour mieux avancer sur le sujet.


Au Togo, bien manger est une tradition

Au retour de sa première visite à Lomé, une amie sénégalaise m’a dit ceci « Hé walahi* Mawulolo, je comprends maintenant pourquoi vous ne pouvez pas être aussi minces que nous. Il y a trop à manger dans ton pays. ». En plus de cette confession sénégalaise, je reçois beaucoup de commentaires sur mes publications relatives à la nourriture togolaise sur les réseaux sociaux. Pour tout cela, je me suis dis qu’il serait bon que je traite de ce sujet dans un de mes billets.
Je vous décris donc ce que peut être une journée togolaise en termes de nourriture. Je vous assure que les plats que je cite dans mon présent billet ne font pas le dixième de ce que comporte la richesse alimentaire et culinaire de mon cher pays le Togo. Et ce n’est pas du chauvinisme.

Pâte de maïs (akoumê) avec sauce gombe - Photo : Roger Mawulolo
Pâte de maïs (akoumê) avec sauce gombe – Photo : Roger Mawulolo

Dire qu’on mange bien au Togo est une lapalissade pour ceux qui connaissent ce pays. Chez nous un enfant qui mange bien est un enfant qui mange beaucoup et qui a de l’embonpoint. Lorsqu’un homme ou une femme se marie, ses premières années de couple sont observées. Lorsqu’ils prennent du poids, c’est que tout va bien. Interdiction donc de maigrir sinon l’on y verrait une source de mauvaise alimentation.

Je vous sers ici ce qui peut constituer la ration alimentaire normale d’un Togolais. Il faut reconnaître que comparativement à beaucoup de pays, la nourriture est à un prix abordable au Togo et on n’en trouve quasiment partout. Quantitativement voire même qualitativement le Togolais est bien loti.

Notre ration normale est constituée de 4 repas. Nous mangeons beaucoup de piment au Togo. Vous en aurez donc le rouge, le vert, le jaune et le « fionfion » (préparé au feu jusqu’à son noircissement) ou encore le « tchoutchou » (piment séché et pilé).
Un dernier conseil : pour mieux savourer les plats togolais, mangez les avec la main et non avec une fourchette ou une cuillère.

Le petit déjeuner à la togolaise
Aklouizogbon (Bouillie à base de farine de maïs) - Photo : Pinterest
Aklouizogbon (Bouillie à base de farine de maïs) – Photo : Pinterest

Le vrai petit déjeuner togolais n’a rien à voir avec les produits industriels comme Nescafé, Nescao ou autres Nesquick ou Ovaltine.

Au Togo, le vrai petit déjeuner est d’abord à base de bouillie. Cette bouillie peut être faite avec du maïs, du mil ou du riz entre autres. Ainsi avec le maïs, vous avez du « akluizogbon » ou du « akassan », avec le mil c’est du « épozogbon ou coco » et avec le riz, on dit « môlou zogbon ». La bouillie est souvent accompagnée d’arachides grillées ainsi que des beignets appelés « botokoin ». Selon vos goûts vous pouvez rajouter du lait à la bouillie surtout quand c’est de la bouillie de tapioca. De petits gâteaux que nous retrouverons à la partie de ce billet dédiée au goûter peuvent accompagner les bouillies.

Au-delà de la bouillie, vous pouvez même manger un plat de riz ou de « kon’m » (pâte de maïs préparée à la vapeur et enrobée dans des cosses de maïs) en guise de petit déjeuner. Pour ceux qui exercent des métiers requérant une certaine force physique, le plat de haricot rouge ou blanc (vêyi) accompagné de gari (farine de manioc) et d’huile (d’arachide ou rouge) est recommandé. Le surnom de ce plat est « azote ».

Le mixage entre le riz et le haricot donne ce qui est appelé « ayimôlou ». Un sacré plat dont les revendeuses sont des célébrités à Lomé. Il est souvent une spécialité des femmes kotokoli (une ethnie de la région centrale du Togo). En langue kotokoli, le mot « bêrê » sert à désigner un-e aîné-e mais à Lomé l’expression « mayi bêrê gbô (allez chez bêrê) »  a pris un autre sens : « aller manger du ayimôlou ».

Ayimôlou (riz au haricot) - Photo : Roger Mawulolo
Ayimôlou (riz au haricot) – Photo : Roger Mawulolo
Le déjeuner

Un bon et vrai déjeuner togolais est fait avec les mêmes céréales que pour le petit déjeuner. Mais de la bouillie, on passe aux pâtes généralement appelées « akoumê » ; Ce qui n’a rien à voir avec les pâtes italiennes que nous appelons « macaroni ou maca ». La pâte constitue ainsi le plat principal d’une grande partie du Togo. Elle est préparée à base de maïs, surtout dans les régions du sud du pays. Là on a donc « éwôkoumê » (à bas de farine de maïs) ou « amakoumê » (avec d’une farine composée de maïs et de manioc). Vers le Centre ou le Nord, la pâte est préparée avec du mil, on a alors « épokoumê ». Vers l’extrême nord chez les Mobas de Dapaong, c’est le riz qui est utilisé. On dira alors « moloukoumê » La pâte peut être accompagnée avec diverses sauces (arachides, tomate, graines de palme) sans oublier  les gluantes que sont la sauce gombo, l’adémè ou le gboma; Ces deux dernières peuvent être appelées « sauce feuilles ».

Dans la région des Plateaux où les cultures agricoles principales restent les tubercules (ignames, manioc, taro…), le plat principal est le « foufou ». Il est obtenu par un savant mixage de morceaux de tubercules bouillies et d’eau réalisé à coups de pilon dans un mortier. D’où le terme « igname pilé ». Tous ces plats sont accompagnés de diverses sauces. Toutes les sauces peuvent accompagner le foufou mais beaucoup trouvent peu commode de consommer le foufou avec des sauces gluantes.

Certains accompagnements prisés des Togolais sont « akpan » et « ablo ». Ils sont également obtenus à base de maïs.

Retenez que le maïs est aux Togolais, ce que le riz est pour les Sénégalais.

Le goûter
Ignames frites (koliko) et ses assortiments - Photo : Roger Mawulolo
Ignames frites (koliko) et ses assortiments – Photo : Roger Mawulolo

Généralement le goûter d’un vrai bon togolais se passe en bordure de route. Les bonnes dames, même si des hommes ont aussi investi maintenant le secteur, ont leurs étals sur les trottoirs. Les composants du petit déjeuner peuvent aussi redevenir ceux du goûter.

Du « koliko » (ignames frites) accompagné de « maca » (entendez macaroni) ou d’« amadan » (plantain frit)  sans oublier le « ngbagba»  (sauce) où nagent du « adôkougbi » (croupion de dinde) ont fait notre bonheur aux heures de goûter situées entre 16 et 17 heures. En passant, je signale que les adôkougbi peuvent être remplacés par les « koklobô » (ailerons ou cuisses de poulet) sans oublier le « gnilan » (viande de bœuf) ou du « kalanmi » (poisson frit).

Des galettes ou de petits gâteaux aussi servent à faire le goûter. Les mêmes qui accompagnent les petits déjeuners. Le « pâté » est un gâteau à l’intérieur duquel nous avons du macaroni et de la viande émiettée. il y aussi les « kanklo » qui sont des beignets de purée de banane. A Djidjolé, un quartier de Lomé, j’ai vu des enfants déguster des gâteaux qu’ils nommaient «Whatsapp ». Je n’ai pu avoir le sens de ce nom mais tout le monde l’a adopté. Les bouillies « coco », « akluizogbon » ou « tapioca » peuvent accompagner ces galettes et faire office de goûter.

Un des goûters originaux du Togo est ce que nous appelons le pizza togolais. Son nom est « kpédzigaou »  (une galette à base de haricot préparée sur des plaques chauffantes). Il peut servir de goûter.

Le dîner

Le dîner togolais est très proche du déjeuner car reprenant ses composants. Il peut ne pas aussi être très loin de certains petits déjeuners comme le « kon’m ». On peut aussi savourer un bon poisson braisé ou des brochettes à plusieurs endroits de Lomé. Je ne mentirai pas si je vous disais aussi qu’il y a de la pintade et du poulet braisés.

Pour ceux qui veulent manger léger, ils prennent du riz avec de la sauce. Ne pensez pas que les Togolais ne mangent pas des crudités. Généralement, la salade à la togolaise c’est aussi du lourd. La salade verte en quantité avec une bonne cuillerée de mayonnaise sans oublier les morceaux de viandes, notre macaroni national (pâtes alimentaires italiennes), des œufs bouillis. Le tout bien mélangés dans un grand saladier avant d’être reversé dans votre assiette. Ensuite un bon morceau de pain est rajouté pour tenir le tout.

Du Djinkoumé (pâte de maïs rouge) et du foufou (igname pilé) - Photo : Roger Mawulolo
Du Djinkoumé (pâte de maïs rouge) et du foufou (igname pilé) – Photo : Roger Mawulolo

Quels que soient les capacités financières du Togolais, il lui est, généralement, très aisé de bien manger. Les prix des repas étant souvent abordables. La notion de « bien manger » peut varier selon les lieux. Pour nous au Togo, il s’agit vraiment d’un repas copieux et en quantité raisonnable.

Je ne saurai finir sans rappeler que ce que nous appelons « pâte » au Togo n’est pas ce qui est appelé « pâte » en Italie mais est ce que les Camerounais appellent « couscous ». A ce jour, aucun de mes amis du Cameroun n’est arrivé à me donner la raison de cette appellation. Ils se contentent de me répondre « c’est juste comme ça que nous l’appelons ».

*walahi : terme arabe pour dire « Je te jure » mais servant aussi pour marquer une forme d’admiration


Coups de foudre : chacun son paratonnerre

Les coups de foudre ne sont pas que des histoires d’amour. Ils peuvent être létaux. La période d’hivernage de l’année 2019 a été meurtrière au Sénégal. Pas moins de 9 personnes ont été terrassées par la foudre.
La foudre, le tonnerre et les éclairs ont toujours été des éléments naturels qui bouleversent les habitudes.

Foudre - Crédit Photo : Felix Mittermeier sur Pixabay - Libre
Foudre – Crédit Photo : Felix Mittermeier sur Pixabay – Libre

Selon le dictionnaire Larousse, la foudre est définie comme une décharge électrique aérienne, accompagnée d’une vive lumière (éclair) et d’une violente détonation (tonnerre), se produisant entre deux nuages ou entre un nuage et le sol. Mais dans chaque culture, pays et continent chacun a sa croyance sur ces 3 phénomènes étroitement liés. Leur point commun est que foudre, éclairs et tonnerre ont toujours été considérés comme une démonstration de force suprême, que ce soit en bien ou en mal.

Chacun aussi avait sa méthode pour s’en protéger. Et je ne parle pas des paratonnerres. Ou plutôt disons que chacun a son paratonnerre.

La foudre, les éclairs et le tonnerre, des signes divins ?

La foudre, l’éclair et le tonnerre ont toujours été considérés comme des moyens utilisés par Dieu pour réaliser ses desseins. Que ce soit dans la Bible ou dans le Coran, ils sont cités comme des démonstrations de puissance de la part de l’être suprême. Et plusieurs versets de ces deux livres le démontrent. La voix de Dieu est décrite comme un tonnerre ou encore il envoie la foudre sur les ennemis de son peuple pour les vaincre. Dans les religions traditionnelles africaines, c’est la même conception.

Au sud Togo, le dieu qui est censé posséder cette force est appelé « Hêbiesso ». Et sa spécialité est souvent de s’occuper des voleurs. Généralement, il est considéré qu’une victime d’un vol peut avoir recours à lui pour frapper son voleur. Et la victime n’a pas besoin de connaître le malfaiteur. Il suffit de consulter et de payer ce qu’il faut et « Hêbiesso » s’occupera du reste.

De nos jours, les chrétiens évangéliques, qui croient en la régénération spirituelle et qui sont moralement opposées aux pratiques invoquant « Hêbiesso », préfèrent réagir par des « feux sur toi » lorsqu’ils se sentent attaqués.

La foudre, les éclairs et le tonnerre servent donc à tout le monde, qu’on en appelle à l’Esprit saint ou à un autre esprit. Ils sont censés inspirer crainte et peur.

Nos paratonnerres

Pour se protéger de la foudre ou du tonnerre il faut bien des paratonnerres. Vous pensez sans aucun doute à un outil purement technique, mais nous avons tous nos paratonnerres métaphoriques.

Quand nous étions enfants, le premier réflexe est de se mettre bien sous une grosse couverture dans le tonnerre gronde. On se pensait protégés par ce réflexe naturel. Nous devions aussi nous boucher les oreilles.

Ma mère, quant à elle, passait son temps à dire à chaque coup de tonnerre « Blewou, d’evio la gni gban dzi » (Doucement, les enfants sont sur la terre). Une sorte de rappel au ciel pour lui dire d’avoir pitié des êtres humains. Nous en rions mais elle nous répondait que nous ne comprenions rien car nous étions trop jeunes. Sa grande recommandation aussi était de retourner tous les miroirs de la maison.

Il y avait également une sorte de mille-pattes qui aimait bien sortir dans les jardins ou les cours des maisons en période de pluie. Il était communément appelé « Dzidégbé » (le tonnerre). On racontait que ses morsures causaient des douleurs qui ne s’arrêtaient qu’au coup de tonnerre suivant. Je n’ai jamais expérimenté, ni vu une de ses victimes, mais je préférais éviter ce petit animal.

En somme, nous pouvons dire que la plupart des phénomènes naturels sont associés à des actions ou réactions divines. Beaucoup pensent que les morts dues à la foudre sont une réaction de Dieu contre le pays.

Que ce soit la religion chrétienne, musulmane, animiste ou les autres, chacun y va de son explication. Là où le bât blesse, c’est qu’avec ses interprétations diverses, beaucoup oublient les moyens techniques de protection qui existent et qui peuvent sauver des vies. On ne le dira jamais assez, il faut des paratonnerres pour protéger nos villes.



Ouverture de la Mara’CAN 2019, la Coupe d’Afrique des nations de maracana

Non, il ne s’agit pas d’une CAN (Coupe d’Afrique des Nations) qui se jouerait au mythique stade de Rio de Janeiro, au Brésil. Le maracana n’est pas que le nom d’un stade, c’est aussi un sport particulier, une déclinaison du sport roi, le football. Et la coupe d’Afrique 2019 de cette discipline se joue en Guinée, du 24 au 28 septembre.



Jimi Hope, le rocker togolais n’est plus

(Ce billet-hommage est co-écrit avec Inda Etou)

Evacué sur Paris en France suite à une maladie, Jimi Hope, le rocker, bluesman, sculpteur et peintre togolais ne reverra plus son cher pays le Togo. Il a passé ses instruments à gauche dans la nuit du dimanche 4 au lundi 5 août. L’émotion est grande.

Jimmy Hope - © Pierre René-Worms/RFI
Jimmy Hope – Crédit : rfi.fr © Pierre René-Worms/RFI

Né le 12 octobre 1956 à Lomé, son vrai nom est Hope Claude Koffi Senaya. Avec sa voix puissante, il a écumé les scènes et les cabarets du monde entier. Sa voix rauque et sa maestria à la guitare ont fait effet partout où il est passé. Sans oublier ses textes riches de sens et de sagesse. Il chantait en anglais, en français mais aussi dans les langues locales du Togo et du Ghana : l’Ewé et le Mina. Son histoire a un profond lien historique avec celui de son pays, le Togo. Oui, la famille Senaya vient d’Anyako (Ghana, en Volta region). Cette bourgade faisait partie de l’ancienne délimitation du Togo d’avant sa répartition entre l’Angleterre et la France, à l’époque coloniale.

L’homme ne savait pas manipuler que la guitare ou les instruments de musique, mais aussi la lame de rasoir qui lui servait à dessiner ses toiles sur lesquelles il avait au préalable fait passer des couches de peinture. Il était aussi sculpteur. Un artiste complet. Ses fresques sont visibles à son domicile, sur les murs de l’aéroport international de Lomé mais aussi au rond-point « Colombe de la paix » à Lomé et dans l’enceinte de la présidence togolaise. Même la Cour constitutionnelle du Gabon porte la marque de Jimi.

En matière de musique, il a à son actif près de 15 albums et des chansons produites à l’inspiration et sans formalisme. La vie de tous les jours avec ses joies et ses vicissitudes étaient sa source d’inspiration préférée. En témoignent les titres de ses chansons qui pouvaient avoir des connotations particulières selon celui ou celle qui l’écoute.

Nous partageons avec vous nos ressentis sur quelques chansons cultes de Jimi.

Agbébavi [Inda]

Le titre est évocateur : « Le souci de vivre ». Cette chanson est d’ailleurs la préférée de Roger et moi. Je me suis juste prononcée la première lors du choix ! Une petite traduction puis je vous explique pourquoi je la trouve si particulière. Elle dit : « Il y a un temps pour les souffrances et un temps pour le bonheur. » Elle dit : « Aussi loin qu’un pays soit, il ne pourra être visité que par un être humain. Même s’il fait chaud dans une chambre, ce n’est qu’un être humain qui peut y vivre. L’on ne peut se jeter dans le feu à cause du froid. » C’est beau n’est-ce pas ? Voire poétique !

Je pense que cette chanson, dont les paroles traversent le temps, fait partie des meilleures de Jimi Hope. Elle ne peut être résumée en un seul mot mais si j’étais dans l’obligation de le faire, je dirais qu’elle parle d’espoir. La réussite se construit, c’est un processus et baisser les bras lorsque les difficultés pointent le bout de leur nez n’est pas envisageable. C’est cette vérité qui est si bien agencée dans « Agbébavi » au travers de belles tournures de phrases, d’expressions sages, avec en fond un mélodieux mariage de guitare et d’harmonica joués par l’artiste. La simplicité de la chanson, la voix rauque de Jimi, tout cela fait un cocktail qu’on ne peut se lasser d’écouter.

Souvent lorsque des amis et moi organisons de petites retrouvailles ici et que nous avons une guitare sous la main, cette chanson fait partie de celles que nous fredonnons. Le fait qu’elle soit chantée dans une langue traditionnelle togolaise, l’Ewé, que la musique soit si douce et que les paroles soient sages et si belles nous plonge un instant dans une bulle, nous rend nostalgiques et nous rappelle notre pays. Ce n’est pas tout. « Agbebavi » nous renseigne également sur la sagesse des personnes âgées, leur importance et la place particulière qu’occupe l’oralité dans nos sociétés africaines. Ce sont deux générations qui communiquent dans cette chanson !

It’s too late [Roger]

Dans ce morceau, Jimi Hope illustre bien l’adage disant que celui qui n’a pas encore traversé la rivière ne peut se moquer de celui qui se noie. Il l’explique avec l’image de la taille du groin du porc et de la mâchoire du caïman. Leurs petits demandent à leurs parents pourquoi ces membres sont aussi longs. C’est qu’ils ne comprendront que plus tard, lorsqu’ils auront le même âge, que cela est inné à leur race.

Le titre de cette chanson était devenu une véritable réplique à beaucoup de questions à l’époque. Dès que vous posiez une question à un interlocuteur et que vous étiez un peu en déphasage ou en retard, l’on vous répondait « It’s too late ». Même lorsque vous pensiez courtiser une fille et que son cœur était déjà pris, l’on vous renseigne par « It’s too late ».

Cette chanson nous enseigne qu’il ne faut jamais se moquer de la condition de ses propres parents ou de sa propre famille lorsque l’on croit qu’ils n’ont pas fait assez, que ce soit sur le plan matériel, moral ou social. A terme, nous pourrions tous être confrontés au même problème. Et cette expression « It’s too late » comme mot de fin.

La moralité de la chanson est de prendre le soin de bien analyser la situation des autres et la nôtre avant d’émettre des jugements. Ce qui nous permettra d’anticiper notre propre condition pour l’avenir. Mieux, l’on saura ce qui est immuable ou non.

 Agbébada [Inda]

Agbébada ou « la mauvaise vie ». Voilà une autre chanson de l’artiste que je ne me lasserai jamais d’écouter. Ce qui fait des titres de l’artiste des œuvres intemporelles sont ses vérités et ses paroles pleines de sens et le titre Agbébada ne déroge pas à cette règle. Cet hymne à la paix nous appelle à penser nos actes avant de les poser car la vie est courte. Eh oui ! La vie est très courte et il en a été touché en nous quittant à l’âge de 63 ans.

Voici les paroles principales de ce morceau : « Que la mauvaise vie disparaisse et que la lumière éternelle nous vienne ! Qu’elle nous vienne ! Méchants, pensez à demain, la mort existe. Croyant, où es-tu, où est ta foi ? C’est pitoyable. La mort existe, faites attention. »

Cette chanson retentit plus que jamais comme un avertissement et un conseil dont nous devrons nous rappeler lorsque nous posons nos actes. Ce que Jimi véhicule dans cette chanson peut se résumer en cette phrase : « Vanité des vanités, tout est vanité ». Il ne sert donc à rien d’être méchant et de se croire tout puissant lorsque nous savons que nous finirons sous terre peu importe notre statut social ou notre puissance. La chanson clame la paix et l’amour entre tous. Même si l’instrumental est souvent privilégié dans ses chansons, Jimi Hope a écrit des textes profonds.

I can’t take it [Roger]

A l’époque, nous n’avions même pas besoin de comprendre le sens de cette chanson car elle était totalement en anglais. Pourtant nous l’avons tous aimé et chanté à tue-tête. Elle était la chanson de la célèbre émission « Télé Loisirs » qui passait sur la chaîne nationale, la Télévision Togolaise (TVT). En ces temps, il n’y avait pas foison de chaînes de télévision et Internet.

Dès que ce générique était lancé, beaucoup de personnes se rassemblaient dans la cour de notre maison. Et notre poste téléviseur était placé alors dans la cour pour que tout le monde puisse suivre. Tout le monde chantait et à une des parties instrumentales, on nous entendait tous crier « D’évia ntô so ka tchi kô, gaké ésé vévé » (l’enfant s’est pendu mais il a eu mal). Je ne sais plus si c’est Jimi Hope lui-même qui avait attribué ces paroles à cette partie instrumentale.

Nous étions enfants, et nous avions créé un orchestre fictif dans notre maison. Les guitares et les micros étaient juste des tiges en bois. Les batteries étaient des vieux bidons. Il fallait nous voir lancer nos « concerts » (avec nous-mêmes comme public) avec « I can’t take it » de Jimi Hope. Nous tentions d’imiter la voix, la posture et les gestes du rocker.

Nous ne manquions pas de courir derrière lui lorsqu’il passait dans notre quartier à Nyékonakpoè. Il y avait des amis et de la famille et y était fréquemment.

Une empreinte indélébile

Jimi Hope aura marqué plusieurs générations dont celle de nos parents et la nôtre. Nous pensons qu’elle marquera aussi les générations à venir car sa musique fait partie de notre patrimoine culturel, de notre patrimoine musical. Ce grand artiste qui aura passé sa vie à peindre, sculpter et chanter restera l’un des plus talentueux du Togo. Il a aussi aidé beaucoup de jeunes en les initiant à la musique, à la peinture ou à la sculpture.

Comme tu l’as chanté toi-même « Ewoé, ékou lé lo… » (Mince, la mort existe), tu n’as pas raté ton rendez-vous avec elle.

Au revoir Jimi et que la terre te soit légère…

Inda Etou et Roger Lasmothey

Vous retrouverez ce billet sur le blog de Inda.


Tous les jeunes Africains ne se ruent pas vers l’Europe

Le titre de l’essai « La ruée vers l’Europe » écrit en 2018 par Stephen Smith me fait toujours rire. Il me rappelle des interpellations (rassurez-vous, ce n’est pas par la police) qui m’ont été faites lors de mes trois séjours en Italie. Une fois, avant même que je ne réponde à celle qui s’adressait à moi, une autre lui avait déjà rétorqué à haute voix : « Mais lui, il est venu légalement et il va repartir chez lui ». Elle voulait savoir pourquoi les Africains viennent autant en Italie par bateau via la Méditerranée.
Pour ceux et celles qui ne le savent pas, je vous le dis 
: « En Afrique tous les jeunes ne se ruent pas vers l’Europe et ni vers ailleurs ». D’autres restent pour entreprendre et se battre avec leurs moyens. Et ça leur réussit plutôt bien. J’en ai trouvé deux au Togo. Et il y en a beaucoup d’autres.

Un box "So ahoé" ouvert et des paquets de thés à infuser "Ginger & Spices" - Photos : Roger Mawulolo
Un box « So ahoé » et des paquets de thés à infuser « Ginger & Spices » – Photos : Roger Mawulolo

Il n’y a plus un seul jour où les médias ne nous montrent des images de nos frères et sœurs africains voulant accéder à l’Europe par la Méditerranée. Certains y vont même avec leurs enfants en bas âge. Disons que c’est leur très grand amour pour ces derniers qui les poussent à faire cela. Si je dis autre chose, je pourrai être taxé « d’égoïste ayant déjà trouvé pour lui » et refusant donc de comprendre la souffrance qui peut obliger quelqu’un à prendre cette grave décision que de traverser le désert et ensuite la Méditerranée avec un enfant en bas âge. Pour tout ça, l’on nous parle de « la ruée vers l’Europe ». Les Toofan n’ont pas pensé si bien dire, dans leur chanson « La vie là-bas » avec Louane, que je vous présente en fin d’article.

En fait dans le présent billet, je vais vous parler d’un jeune entrepreneur et d’une jeune entrepreneuse togolais. Leurs concepts simples mais forts originaux m’ont vraiment émerveillé. Après des discussions avec eux et des achats effectués, je me suis dit « Tiens…tiens…et pourtant, eux aussi auraient pu choisir la voie de l’immigration par les pirogues ». Mais ils se sont battus avec le peu de moyens dont ils disposaient. Et je vous assure que ces moyens sont bien inférieurs à ceux que certains mobilisent pour prendre les pirogues vers la Méditerranée. Eux, « la ruée vers l’Europe » ne semble pas les tenter.

Akouvi Hyppolite-Cléante Assogba avec le concept « So Ahoé »
Miss Akouvi - Photo : missakouvi.com
Miss Akouvi – Photo : missakouvi.com

Le concept « So Ahoé » d’Akouvi Hyppolite m’a conquis. Il est basé sur des produits locaux africains présentés dans un box en bois de sapin marqué « So Ahoé » qui veut dire « vient du pays ». Du raphia sert à sceller la boîte et à en décorer l’intérieur. Le contenu de la boîte varie des produits cosmétiques à l’alimentaire en passant par des boissons ou des épices. Le client peut composer sa box en faisant le choix des produits disponibles et dont Akouvi vous fournira la liste.

« So Ahoé » est destiné à tous les Africains d’ici et d’ailleurs et à tous les amoureux du naturel. Il veut vous rapprocher de tous ces créateurs qui mettent toutes leurs énergies, toutes leurs émotions dans chaque production. Il souhaite également raconter l’histoire de l’Afrique et faire vivre à travers les box et les astuces beauté la culture africaine dans toute sa globalité. Le concept veille à ne sélectionner que des produits à base d’ingrédients naturels.

Je suis tombé sous le charme de ces boîtes et de l’idée. Les diverses institutions privées ou publiques du Togo devraient pouvoir se servir de cette jeune entrepreneuse pour leurs idées de cadeaux institutionnels à leur clientèle. Les fournisseurs de produits locaux aussi peuvent nouer des partenariats avec elle.

Elle a eu des opportunités pour immigrer mais a choisi de rester. Titulaire d’un diplôme universitaire en gestion commerciale, elle est aussi blogueuse. Ses proches et ami-e-s l’appellent Miss Akouvi.

Aphtal Cissé, le créateur de « Ginger & Spices »
Aphtal Cissé - Photo : Aphtal Cissé
Aphtal Cissé – Photo : Aphtal Cissé

#LémBléwou (Attrape moi doucement), #Amébéviyé (Elle a aussi des parents), #Amélakou (Il y aura un mort), #EnerGinger sont des hashtags désormais connus de beaucoup de jeunes Togolais. Basé sur les vertus du gingembre, le jeune Togolais Aphtal Cissé a créé le « Ginger & Spices Bar » à Lomé dans le quartier Cacavéli. Et ces hashtags sont en fait des cocktails à base de gingembre, de clou de girofle ou de cannelle qu’il propose à ses clients. Il concocte aussi des soupes à base des mêmes produits. Du thé, du jus et des infusions complètent ce menu alléchant et original.

Sa dernière trouvaille est la sacoche de sachets de thé à infuser. Vous en avez en gingembre pur, en gingembre et cannelle ou encore en gingembre et clou de girofle. Le conditionnement des sachets est une œuvre d’artiste. La sacoche est faite en sac de jute, ce qui lui confère une touche traditionnelle africaine.

Ayant fait des études universitaires en sciences juridiques à l’Université de Lomé, la passion d’Aphtal pour la communication l’a rattrapé et il a suivi des cours dans une des universités privées de la capitale togolaise. Il est blogueur et écrivain. Par ailleurs, c’est lui qui m’a convaincu, en 2014, de devenir mondoblogueur. Il y était déjà.

Il aurait pu chercher la voie de l’immigration mais a préféré se lancer dans l’entrepreneuriat privé. Et aujourd’hui, son surnom est « Mister Ginger » ou encore « From Cacaveli with ginger ».

 Pour finir l’histoire de « La ruée vers l’Europe »

Il est vrai que certaines raisons poussent certains Africains à vouloir immigrer coûte que coûte vers l’Occident et surtout l’Europe. Mais leur nombre rapporté à celui des jeunes vivant sur le continent est encore faible pour parler de ruée.

En Europe, il y a également beaucoup de personnes ignorantes qui pensent que ce phénomène concerne tous les jeunes Africains. A ces personnes, je dis : « Non, en Afrique tous les jeunes ne se ruent pas en pirogue vers l’Europe. » Et ils n’en ont même pas tous envie. Il y en a beaucoup qui restent sur le continent et se battent pour entreprendre. A eux, s’ajoutent ceux de la diaspora qui reviennent volontairement en Afrique pour y  investir ou y travailler. Un terme, très à la mode actuellement, a même été trouvé pour les désigner : les repatriés.


Fadiouth, l’île des classes d’âge

Sur l’île de Fadiouth, au Sénégal, il n’y a pas que des coquillages mais aussi la tradition séculaire des « classes d’âge ». Et la période de célébration de la fête du 15 août est réservée à leurs retrouvailles.

Pont de Fadiouth - Crédit photo : Morceau2vie (avec l'aimable autorisation de Samantha Tracy)
Le pont de Fadiouth – Crédit photo : Morceau2vie (avec l’aimable autorisation de Samantha Tracy)

Fadiouth est située à moins d’un kilomètre de Joal, la ville natale du célèbre poète Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal. Ces deux villes avec la localité de Ngazobil forment la commune de Joal-Fadiouth, distante d’environ 120 kilomètres de Dakar. Les deux contrées sont reliées par un joli pont en bois long de 600 mètres environ.

L’île de Fadiouth, encore appelée l’île aux coquillages, est essentiellement habitée par l’ethnie Sérère. A l’origine animiste, cette ethnie s’est par la suite répartie entre le christianisme et l’Islam avec une forte domination du premier. Un cas assez rare au pays de Senghor. Au Sénégal, environ 11,5 % de la population est sérère.

Les noms que l’on retrouve souvent à Fadiouth sont : Ndiaye, Sarr, Ndong, Diokh, Diouf, Faye. On y retrouve quelques Touré, Mendy, Traoré ou autres noms qui sont souvent issus de mères originaires de Fadiouth. Au Sénégal, on peut facilement se déclarer originaire du village de sa mère. Certaines familles « étrangères » s’y sont aussi installées.

Fadiouth, le village du vivre-ensemble

La célébration des classes d’âge dans la période du 15 août n’a aucune connotation religieuse. Pour cette célébration, il n’y a ni chrétiens, ni musulmans mais juste des habitants de Fadiouth. Même si cela pourrait s’apparenter à la fête de l’Assomption. Un vrai exemple de vivre-ensemble.

L’île dispose d’un seul et même cimetière pour les chrétiens et les musulmans.

Les musulmans de l’île ont contribué financièrement à la construction de la paroisse catholique qui y a été inaugurée en 1981. Pour la mosquée, les chrétiens fadiouthiens ont eux aussi cotisé.

A Fadiouth, on se partage tout et on fait tout ensemble.

Les classes d’âge

A Fadiouth, les hommes et femmes né(e)s la même année sont de la même classe d’âge et cela est très bien organisé. Il s’agit d’une véritable association avec une vie sociale bien animée. Et cela même quand ils ne vivent pas à Fadiouth. La fête catholique de l’Assomption, célébrée le 15 août, est l’occasion du grand rassemblement des classes d’âge.

Les personnes nées la même année se constituent en classe d’âge à partir de l’âge de 20 ans. Les célébrations se font tous les 5 ans pour une classe donnée. Ce qui évite que trop de classes d’âge ne fêtent la même année. Vous avez ainsi la classe des 20, 25, 30, 35, 40, 45, 50 jusqu’aux plus âgées.

Les classes d’âge initient plusieurs activités lorsque leur année de célébration arrive. Au-delà du traditionnel nguël *, des activités caritatives ou à portée sociale sont aussi organisées. Toutes ces activités sont portées par les cotisations des membres. Des khawarés** ou des yendus*** aussi sont organisés. Les membres sont souvent habillés en uniforme et les manifestations sont rythmées par la musique typique sérère (voir la vidéo en fin de billet).

A l’âge de 40 ans, les membres mariés voient leur conjoint intégré à leur classe d’âge. Cette double appartenance n’a pas d’incidence sur les cotisations statutaires. Le montant restant invariable que l’on soit seul ou en couple dans la corporation.

Souvent les classes d’âge ont leur uniforme.

Les retombées sociales

Les classes d’âge permettent d’entretenir les relations sociales entre les fils et filles de Fadiouth. Leur solidarité s’en trouve renforcée.

Les relations islamo-chrétiennes se renforcent avec la célébration des classes d’âge. Tous les fils et filles de Fadiouth de la même génération célèbrent leur fête sans distinction de religion.

Les célébrations permettent aux « Fadiouthiens » vivant hors de leur village voire même du Sénégal d’y retourner régulièrement et ainsi rendre visite à la famille restée sur place.

Lorsque vous discutez avec les originaires de cette île, ils ne se lassent pas de vous conter et de compter le grand nombre de mariages qui a pu être célébré grâce aux classes d’âge. Oui, les ngël, yendous et autres khawarés ont favorisé des rencontres qui ont abouti à des couples.

Comme quoi, des classes d’âge aux classes nuptiales, il peut n’y avoir qu’un pas ou alors pas de pas du tout.

Diokondial*** !!!

* nguel : festival de danses parfois avec des démonstrations de lutte traditionnelle

** khawaré : fête avec vente de repas et boissons commençant généralement vers midi et qui finit avant minuit

*** yendou : fête ou célébration tenant juste en diurne

**** diokondial : merci en langue Sérère


Sénégal-Bénin, le match qui a fait balancer des cœurs à Dakar

Ça y est ! La CAN s’est finie avec une victoire des Fennecs de l’Algérie sur les Lions du Sénégal. Sur la route de cette victoire, les Lions ont dû battre en quarts de finale les Écureuils. Ce Sénégal-Bénin n’a pas été un match facile à suivre pour tout le monde.

Au Sénégal il n’y a pas que les Sall, Wade, Ndiaye, Mbengue, Ndong, Bassène ou Mané, il y aussi les Nanga, Féliho, Atchadé, Ahouanménou, Koïssi, Zounglas, Hodonou pour ne citer que ces noms-là. Ces derniers sont des Sénégalais d’origine béninoise. Des fois, ils ont la double nationalité en bonne et due forme.

Lorsque le match Sénégal-Bénin s’est confirmé pour les quarts de finale, ils disaient leur dilemme sur les réseaux sociaux, dans les quartiers et maisons.

Deux posts Facebook traduisant le sentiment deux Sénégalo-béninoises pendant le match – Montage : Roger Mawulolo

Leurs quartiers de prédilection à Dakar sont les Sicap : Liberté, Karack, Amitié, Sacré Cœur voire Siprès et Ouakam. De plus en plus on les trouve aussi dans les nouveaux quartiers comme Keur Massar, Tivaouane Peuhl, Diamniadio, Zac Mbao et autres.

L’histoire…

Du temps de l’Afrique occidentale française (AOF), Saint-Louis puis Dakar en ont été les capitales. A ce titre, le pays accueillait des fonctionnaires venus de tous les pays de l’AOF dont le Bénin, l’administration étant centralisée au Sénégal. Des enseignants, des douaniers bref des agents de l’administration publique venaient de divers pays. Qu’ils soient mariés à des Sénégalaises ou pas, beaucoup ont fait souche au Sénégal.

L’observation a montré que la prédilection des Béninois allait souvent aux femmes de la Casamance (sud du Sénégal). A part elles, ils appréciaient bien aussi les femmes de l’ethnie sérère.

L’histoire se poursuit toujours de nos jours avec la jeune génération de Béninois vivant au Sénégal. Même certains étudiants béninois laissent des traces au Sénégal (si vous voyez ce que je veux dire).

Dans cette communauté sénégalaise d’origine béninoise, nous avons des célébrités. Nous pouvons citer le rappeur Didier Awadi, créateur du groupe Positive Black Soul. Un autre est Joseph Koto, qui a dirigé des équipes de football et aussi les sélections nationales du Sénégal à divers niveaux. On peut compléter la liste avec Fabienne Féliho, Miss Sénégal en 1987 et Jean-Jacques Armand Nanga, un des directeurs généraux les plus célèbres des Douanes sénégalaises.

Le match Sénégal-Bénin

Revenons à la CAN 2019. Bien avant le quart de finale Sénégal-Bénin, beaucoup ont indiqué leur mal-être ou leur dilemme face à la confrontation prévue. Qui supporter ? Un post Facebook d’un membre de cette communauté indiquait : « Là, je suis mal barrée. Quart de finale Sénégal-Bénin .» Un autre disait « Bon lâchez nous un peu on va réfléchir… Notre sang est quand même béninois. Weu… d’ici lundi on décide. » Lundi, c’était deux jours avant le match. Cet internaute n’a pas finalement pu se décider car avant le match, il a de nouveau publié : « Une chose est sûre… au soir du mercredi [le jour du match] nous Sénégalais venus du Bénin ou Béninois nés au Sénégal, nous serons heureux et en demi-finale. » Le dilemme était grand et lourd.

Capture du post Facebook de Valéry Samuel Hodonou, sur le match Sénégal-Bénin (avec son aimable autorisation)

Au début du match j’ai pu lire sur Facebook ce post d’une internaute née au Sénégal d’un père Béninois et d’une mère Sénégalaise, qui a vécu au Sénégal et en a la nationalité : « J’ai chanté les deux hymnes nationaux avec les joueurs. Que le meilleur gagne. »

L’excitation était grande lorsque le ballon s’approchait d’un des buts. Beaucoup ne savaient pas, s’il fallait crier « Allez… marque… marque ! » ou bien « Allez… rate… rate !»

A la fin

Score final : 1-0 pour le Sénégal. La fin du match a été un soulagement pour tous, car on pouvait lire « Félicitations au Sénégal et au Bénin. » Le match a été empreint d’un fair-play avec des vannes bien senties entre les supporters des Lions et des Écureuils.

(l’article continue après la vidéo)

La quasi-totalité des membres de la communauté a, par la suite, supporté le Sénégal en demi-finale contre la Tunisie et en finale contre l’Algérie.

Pour finir, je vous livre le sentiment d’un membre de cette communauté avec qui j’ai pu discuter. Son nom : Valery Samuel Hodonou (un Sénégalais avec un vrai nom béninois).

« Je suis Valéry Samuel Hodonou, né au Sénégal d’un père béninois et d’une mère sénégalaise. Donc on va dire Sénégalais d’origine béninoise. D’abord très content d’avoir vu le Bénin à ce stade de la compétition où personne ne l’attendait… Ayant vécu au Sénégal depuis ma tendre enfance, mon cœur a évidemment balancé du côté des Lions de la Téranga avec une belle pensée pour cette brave équipe béninoise. J’étais très inquiet pendant le match, j’avais compris que « ce Bénin » que l’on croyait très petit était capable de donner des sueurs froides à n’importe quelle équipe. Mais finalement heureux qu’à la fin du match, deux grandes nations se soient face avec un total fair-play de part et d’autre. Vive le foot. »



Egypte 2019, la CAN des premières fois – Partie 2

La CAN 2019 se poursuit avec de nouvelles « premières fois ». Après mon premier billet sur les faits qui constituent une première dans l’histoire de la CAN, de nouvelles « premières fois » sont apparus. Décidément, cette 32e édition veut marquer l’histoire.

L’Egypte a été sortie de la compétition en huitièmes de finale. Au moins, ce n’est pas la première fois qu’elle est éliminée avant la finale d’une CAN chez elle. En 1974, elle avait déjà terminé troisième à une CAN à la maison. Par contre, elle avait remporté les éditions de 1959, 1986 et 2006 qu’elle avait accueillies.

Des règles du jeu à l’historique des rencontres ou victoires entre équipes participantes, des premières fois se révèlent encore.

La règle du 4e changement en cas de prolongation

A la Coupe du Monde 2018 en Russie, la FIFA a mis en application la règle autorisant les équipes à opérer un 4e changement si le match passe à la phase des prolongations. L’UEFA a suivi en appliquant la même règle lors de la saison 2018-2019.

La CAF a, pour sa part, adopté cette règle pour cette CAN 2019. Il s’agit donc de sa première application dans la compétition.

Qualification en quarts pour le Bénin et Madagascar

Les Écureuils du Bénin et les Baréas de Madagascar ont créé la sensation dans cette CAN 2019. Après leur première qualification pour un deuxième tour de la compétition, les deux équipes n’ont pas fait de cadeau aux Lions de l’Atlas marocains et aux Léopards de la République Démocratique du Congo. Des herbivores (Écureuils et Zébus) qui ont dévoré des carnivores, dirait-on. Ils se sont qualifiés pour la première fois de leur histoire en quarts de finale de la CAN.

Dans ce lot de surprises, celle de Madagascar est historique. Une équipe faisant son baptême de feu en phase finale de CAN se qualifiant pour le tour suivant : seul le Cap-Vert, en 2013, en avait fait autant.

Les premières ne se poursuivront malheureusement pas pour le Bénin et Madagascar. Les deux ont été éliminés en quarts de finale.

Les Baréas ont aligné 4 matches sans défaite

De 1982 à 2019, il y a 37 ans et 20 Coupes d’Afrique des Nations. Après 1982, Madagascar est le premier pays à ne pas avoir perdu ses 4 premiers matchs à la CAN. En 1982, la Libye avait réussi l’exploit d’aligner 5 matchs sans défaite.

Ils auraient égalé ce vieux record libyen s’ils avaient pu battre la Tunisie lors des quarts de finale.

Premières victoires en confrontation directe à la CAN

Le Sénégal, en huitièmes de finale et en demi-finale, a rencontré pour la première fois l’Ouganda puis le Bénin en phase finale de CAN. Sadio Mané et sa bande ont obtenu les premières victoires du Sénégal sur ces deux pays.

Les Sud-Africains quant à eux ont réussi l’exploit de défaire Mohamed Salah et ses coéquipiers sur leurs terres. Pourtant, les deux précédentes rencontres entre l’Egypte et les Bafana Bafana pendant une CAN s’étaient soldées par des victoires des Pharaons. Le 24 janvier 1996 à Johannesburg, sur ses terres, l’Afrique du Sud était battue par 1 but à 0, et le 28 février 1998 à Ouagadougou, elle avait perdu 2 à 0. Le 6 juillet a donc vu la première victoire du pays de Mandela sur celui des Pharaons lors d’une Coupe d’Afrique des nations.

La qualification du Bénin pour les quarts de finale a deux aspects de « première fois ». Hormis la qualification elle-même, c’est la première fois que le Bénin bat le Maroc en phase finale. Leur seule et précédente rencontre à ce niveau s’était tenue à Sfax au Maroc le 31 janvier 2004. Les Lions de l’Atlas avaient pris le dessus 4 buts à 0.

Le limon du Nil semble être d’une fertilité sans borne pour la culture des « premières fois » dans la Coupe d’Afrique des Nations.



Égypte 2019 : la CAN des premières fois

Cette 32e édition de la Coupe d’Afrique des nations est particulière. Beaucoup de faits s’y produisent pour la première fois. Du format aux équipes en passant par l’instance organisatrice, en Égypte, la CAN est pleine d’inédits et de rebondissements. Inventaire. 

Ce billet a été originellement publié sur mawulolo.mondoblog.org.

L’Égypte n’est pas un terrain nouveau pour la Coupe d’Afrique des nations. Mais le pays n’en est pas moins le terrain de quelques premières expérimentations, voire de quelques exploits qui ont d’ors et déjà marqué l’histoire de cette compétition continentale.

Cette édition de la CAN est pleine de premières fois. Ne ratons pas l’occasion de les signaler.

Format, période et arbitrage vidéo

Cette CAN est avant tout la première édition à 24 équipes. Ce qui a permis au quatre meilleurs troisièmes de chaque groupe de se qualifier. On doit ce changement de format au nouveau président de la Confédération africaine de football. Après la longue ère Hayatou, la CAF a amorcé un nouveau virage avec le Malgache Ahmad Ahmad, qui en est donc à sa première CAN en tant que président de l’instance footballistique africaine.

A part le format, il y a aussi la période de déroulement qui change cette année. La CAN se déroulait habituellement durant le mois de janvier. Ce qui créait souvent des tensions entre les joueurs professionnels africains évoluant en Europe et leur club. La CAN 2019 se déroule du 21 juin au 19 juillet. Cette période estivale arrange finalement tout le monde. Même si certains évoquent la chaleur ou encore la saison pluvieuse dans certains pays comme un handicap.

L’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR) aussi fera son apparition dans la compétition à partir de la phase des quarts de finale. Au vu de l’expérience malheureuse de la finale de la Ligue des Champions africaine, cela fait émerger beaucoup de scepticisme. Mais il fallait bien y aller. Ne dit-on pas en Afrique que c’est en forgeant que l’on devient forgeron ?

Les premières participations

Avec une Coupe d’Afrique des nations à 24 équipes, de nouvelles équipes ont réussi à passer la phase de qualification. Trois pays en sont à leur première participation à la phase finale de la CAN cette année. Le Burundi, Madagascar et la Mauritanie ont fait leur entrée dans la cour des grands du continent. Menés par leurs coaches respectifs Olivier Niyungeko, Nicolas Dupuis et Corentin Martins, les Intamba mu Rugamba ou Hirondelles, les Baréa et les Mourabitounes ont démontré des valeurs certaines qui leur ont permis de se qualifier haut la main pour cette compétition en Égypte.

Les premières qualifications au second tour

Certaines équipes, elles, s’étaient déjà qualifié mais n’avaient jamais passé le premier tour de la compétition. S’il a fallu que les Écureuils attendent leur 4e participation pour accéder pour la première fois cette année au second tour de la compétition, il en a fallu 7 aux Cranes de l’Ouganda.

Mais le plus spectaculaire est l’exploit des Barea, les zébus, de la grande île. Pour leur première participation à cette compétition majeure, Madagascar a réussi à se hisser au second tour. Ils ont même fini premiers de leur poule, devant le Nigeria qu’ils ont battu sans trembler.

Ces trois pays disputent donc leur premier match d’un second tour de la CAN. Et parmi les trois, il n’y a que le Bénin qui s’est qualifié en étant l’un des meilleurs troisièmes.

Une autre première fois, on l’espère, est à attendre du côté du Sénégal. Assurément, une bonne prestation des Lions du Sénégal leur permettra de gagner leur première Coupe d’Afrique. Sans oublier que cela pourrait bien propulser Sadio Mané au rang de Ballon d’or africain, pour une première fois. Ce qui ferait une belle brochette de premières fois pour cette CAN 2019 !

A croire que les pyramides sont un environnement propice aux premières fois.

Photo : l’équipe malgache – crédit : fédération malagasy de football


Égypte 2019 : la CAN des premières fois

Cette 32e édition de la Coupe d’Afrique des nations est particulière. Beaucoup de faits s’y produisent pour la première fois. Du format aux équipes en passant par l’instance organisatrice, en Égypte la CAN est pleine d’inédits et de rebondissements. Inventaire. 

Équipe malgache – crédit : fédération malagasy de football

L’Égypte n’est pas un terrain nouveau pour la Coupe d’Afrique des nations. Mais le pays n’en est pas moins le terrain de quelques premières expérimentations, voire de quelques exploits qui ont d’ors et déjà marqué l’histoire de cette compétition continentale.

Cette édition de la CAN est pleine de premières fois. Ne ratons pas l’occasion de les signaler.

Format, période et arbitrage vidéo

Cette CAN est avant tout la première édition à 24 équipes. Ce qui a permis aux quatre meilleurs troisièmes de chaque groupe de se qualifier. On doit ce changement de format au nouveau président de la Confédération africaine de football. Après la longue ère Hayatou, la CAF a amorcé un nouveau virage avec le Malgache Ahmad Ahmad, qui en est donc à sa première CAN en tant que président de l’instance footballistique africaine.

A part le format, il y a aussi la période de déroulement qui change cette année. La CAN se déroulait habituellement durant le mois de janvier. Ce qui créait souvent des tensions entre les joueurs professionnels africains évoluant en Europe et leur club. La CAN 2019 se déroule du 21 juin au 19 juillet. Cette période estivale arrange finalement tout le monde. Même si certains évoquent la chaleur ou encore la saison pluvieuse dans certains pays comme un handicap.

L’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR) aussi fera son apparition dans la compétition à partir de la phase des quarts de finale. Au vu de l’expérience malheureuse de la finale de la Ligue des Champions africaine, cela fait émerger beaucoup de scepticisme. Mais il fallait bien y aller. Ne dit-on pas en Afrique que c’est en forgeant que l’on devient forgeron ?

Les premières participations

Avec une Coupe d’Afrique des nations à 24 équipes, de nouvelles équipes ont réussi à passer la phase de qualification. Trois pays en sont à leur première participation à la phase finale de la CAN cette année. Le Burundi, Madagascar et la Mauritanie ont fait leur entrée dans la cour des grands du continent. Menés par leurs coaches respectifs Olivier Niyungeko, Nicolas Dupuis et Corentin Martins, les Intamba mu Rugamba ou Hirondelles, les Baréa et les Mourabitounes ont démontré des valeurs certaines qui leur ont permis de se qualifier haut la main pour cette compétition « Egypte 2019 ».

Les premières qualifications au second tour

Certaines équipes, elles, s’étaient déjà qualifiées mais n’avaient jamais passé le premier tour de la compétition. S’il a fallu que les Écureuils attendent leur 4e participation pour accéder pour la première fois cette année au second tour de la compétition, il en a fallu 7 aux Cranes de l’Ouganda.

Mais le plus spectaculaire est l’exploit des Barea, les zébus, de la grande île. Pour leur première participation à cette compétition majeure, Madagascar a réussi à se hisser au second tour. Ils ont même fini premiers de leur poule, devant le Nigeria qu’ils ont battu sans trembler.

Ces trois pays disputent donc leur premier match d’un second tour de la CAN. Et parmi les trois, il n’y a que le Bénin qui s’est qualifié en étant l’un des meilleurs troisièmes.

Une autre première fois, on l’espère, est à attendre du côté du Sénégal. Assurément, une bonne prestation des Lions du Sénégal leur permettra de gagner leur première Coupe d’Afrique. Sans oublier que cela pourrait bien propulser Sadio Mané au rang de Ballon d’or africain, pour une première fois. Ce qui ferait une belle brochette de premières fois pour cette CAN 2019 !

A croire que les pyramides sont un environnement propice aux premières fois.

Par Roger Mawulolo (facebook) (twitter)