Warda

La CAN 2019 vue de Tours, en France

Il faut bien avouer que je ne suis pas une passionnée de foot, et que je ne regarde jamais les matchs à la télévision. Et pourtant, j’ai suivi la finale de la CAN à Tours…

De toutes façons, je suis suffisamment snob pour n’avoir pas même de télévision chez moi. Je dois confesser qu’une fois, il y a bien longtemps, je me suis laissée aller à assister à un match de la Berri’, la Berrichonne de Châteauroux, dans l’Indre, à une époque où je travaillais à Preuilly-sur-Claise en Indre-et-Loire, et où mon cœur était à Tournon-Saint-Martin (Indre). J’avais peu regardé la pelouse, et j’avais surtout observé et écouté les supporters, avec une fascination certaine : ils roulaient les ‘r’ comme le mari de ma nourrice, qui venait de « Château’l’oux »

Plus tard, au cours d’une expédition à la Bibliothèque municipale de Tours, j’étais tombée sur l’excellente bande dessinée Un Maillot pour l’Algérie, et je me suis dit qu’il ne fallait rien méconnaître ni mépriser pour tenter de comprendre un peu le monde.

Je suivais de loin la CAN à travers les posts des Mondoblogueurs. Must read : MondoCAN 2019.

J’apprends l’existence d’une guinguette informelle qui diffuse la finale

Je réalise en ce moment une série d’interviews sur un quartier de la ville de Tours appelé le Sanitas, que certains pourraient qualifier de « populaire ». En discutant, j’apprends l’existence d’une guinguette informelle (à Tours, la guinguette « officielle », c’est un bar à ciel ouvert, au bord de la Loire, en centre-ville, qui brasse énormément de monde, touristes, étudiants, etc.) en plein cœur du quartier, où le match final de la CAN sera diffusé en plein air pour les habitants. Curieuse, je me dis que je dois absolument y faire un tour vendredi 19.

Jeudi 18, je trouve dans ma boîte mail un « communiqué de presse sur le dispositif de stationnement et de circulation mis en place par la Ville de Tours en raison de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations. »

La ville se montre prévoyante. En effet, des cas de rodéo et de supporters indélicats ont été rapportés ces jours derniers. On a même entendu parler de Tours dans le flash infos de la matinale de France Culture pour « l’affaire du drapeau ».

« L’affaire du drapeau » – Capture d’écran CNews

J’en parle aux personnes croisées au Sanitas au fil des interviews. Ils se gaussent. « Les rodéos, ici, c’est tout le temps ! Toute l’année, foot ou pas ! Mais personne en parle jamais, et personne ne fait rien ! » Bon…

Vendredi arrive. Dilemme. Il y a aussi l’excellent Orchestre des Jeunes du Centre qui se produit à l’Hôtel de Ville de Tours, et j’avais prévu d’y aller bien avant d’avoir vent de la guinguette spontanée du Sanitas. J’irais donc au concert, et à la faveur de l’entracte qui devrait tomber au moment de la mi-temps, je m’éclipserai discrètement.

Entracte : je file vers le match

Hôtel de ville de Tours. Salle comble. Discours introductif du chef d’orchestre : il s’excuse auprès du public, car pour des raisons de sécurité et de finale de la CAN, le concert devra être écourté. Clameur scandalisée, huées. « C’est une honte ! », s’exclame ma voisine, accompagnant sa colère d’un mouvement d’éventail. Je me sens gênée un instant, comme si l’intention d’aller assister à la deuxième mi-temps, du côté des fauteurs de trouble potentiels, qui lèsent sans vergogne les amoureux de la musique, à cause de leurs basses lubies, faisait de moi une traîtresse, et qu’il fallait à tout prix taire cette vile intention. Je retiens mon souffle. Je jette un œil à ma voisine. « Ah, non, mais vraiment, hein ! », me dit-elle, en s’éventant à petits mouvements rapides et agacés. Ouf, « ça » ne se voit donc pas sur ma figure.

En pleine extase musicale, ma montre darde sa grande aiguille vers le 45 fatal, une notification RFI allume mon portable à travers mon totebag en coton bio équitable. La mi-temps. Je m’éclipse donc avec la discrétion permise par un trousseau de clefs qui choit d’une poche sur le parquet. Direction le Sanitas. Je passe le rideau policier à vélo. Rien. J’arrive dans le quartier. Rien. Je finis par trouver la guinguette bis. Au centre des immeubles, sur la place, une camionnette avec un écran géant, autour duquel des habitants, hommes et femmes, jeunes et vieux, regardent le match assis sur des chaises de jardin. De part et d’autre de l’écran, deux drapeaux : un drapeau algérien, un drapeau sénégalais, et sur un carton : « Que le meilleur gagne ».

Je discute avec des habitants. Cette guinguette bis existe-là tout l’été, pas seulement pour le match, et je peux revenir quand je veux. Oui, depuis des années. Les habitants ? Oh, mais ils viennent, tous ! Il y a des gens pour l’Algérie, des gens de tous les pays d’Afrique, ici, des blancs aussi. Tout le monde peut venir. Les policiers ? Oui, ils passent toujours voir si tout va bien, s’il n’y a pas de « bêtise ». Miracle, certains connaissent Mondoblog. Je ferai bientôt un montage avec les paroles enregistrées. Voici venir l’Oncle, celui qui organise cette guinguette. On me propose une chaise, un coca. Je me dis que, quand même, il doit bien y avoir des voisins qui ne goûtent guère ces retrouvailles estivales de plein air.

On m’apprend aussi que l’ancien maire de Tours, Jean Germain – « paix à son âme » – serait déjà passé ici assister à un match.

La guinguette du Sanitas. CP : Warda

Fin du match. Une clameur de joie semble tourbillonner sur les façades, de balcon en balcon, au dessus de la place. Les Fennecs ont gagné. Aux fenêtres, les supporters de l’équipe d’Algérie laissent éclater leur joie, ils brandissent fièrement le drapeau algérien. Quelques feux d’artifice sont tirés d’un balcon. A la guinguette, on plie bagage. L’Oncle rassemble les fauteuils en plastique ; certains s’attardent quand même, et se demandent quel genre de vendus sont les arbitres.

Je vais vers mon vélo, qui m’a attendu sagement appuyé sur une poubelle. Je fais un tour dans le quartier. Des voitures qui klaxonnent, des scooters, des drapeaux partout. « On a gagné ! » Un jeune homme, en joie, me dit « On est fiers ! Il faut être fiers ! Oublie pas ça : il faut être fiers ! » Je lui rends son sourire.

Certains scandent « 1, 2, 3 ! Viva l’Algérie ! ».

Les choses sont bien plus simples que ce qu’elles paraissent

Je roule vers la place Jean Jaurès. Sur le chemin, des familles, des petits enfants, des femmes, des drapeaux algériens. Sur la place, des jeunes femmes avec une cape en drapeau algérien font des selfies. Les mamans voilées donnent la main aux petits qui regardent les plus grands danser, chanter en musique. Je reste un peu.

Soudain, je vois plein d’ados courir vers le centre de la place. La musique s’éteint. Tout le monde retient son souffle. Un jeune sur un quad traverse la place à bonne allure, puis disparaît. La musique reprend, les drapeaux s’agitent à nouveau. Je me dis qu’il est temps de rentrer.

Le lendemain matin, le quotidien local La Nouvelle République ne fait état d’aucun trouble majeur.

Je ne suis suis pas devenue passionnée de football en un soir ; cependant je crois que cette expérience m’a permis de croiser, en un espace-temps très réduit, des personnes aux histoires, aux aspirations, aux centres d’intérêts très différents, qui se méconnaissent, qui se craignent peut-être. J’ai eu autant de plaisir à partager le délicieux concert de l’Orchestre des Jeunes du Centre avec mes voisins de chaise que le match avec des habitants du quartier Sanitas, que la joie des supporters de l’équipe d’Algérie. Pourtant, je ne viens pas du Sanitas, je ne suis pas Algérienne, ni d’origine algérienne, ni musicienne classique ou amatrice éclairée. Je n’ai rien fait d’extraordinaire. J’ai juste pris mon vélo pour aller d’un point à l’autre, sans me poser de question.

Pourquoi tout semble parfois si complexe ?


La CAN, vue de Tours

Il faut bien avouer que je ne suis pas une passionnée de foot, et que je ne regarde jamais les matchs à la télévision. Et pourtant, j’ai suivi la finale de la CAN…

De toutes façons, je suis suffisamment snob pour n’avoir pas même de télévision chez moi. Je dois confesser qu’une fois, il y a bien longtemps, je me suis laissée aller à assister en vivant à un match de la Berri’ , la Berrichonne de Chateauroux (36), à une époque où je travaillais à Preuilly-sur-Claise (37), et où mon cœur était à Tournon-Saint-Martin (36). J’avais peu regardé la pelouse, et j’avais surtout observé et écouté les supporters, avec une fascination certaine : ils roulaient les ‘r’ comme le mari de ma nourrice, qui venait de « Chateau’l’oux »

Plus tard, au cours d’une expédition à la Bibliothèque Municipale de Tours, j’étais tombée sur l’excellente bande dessinée Un Maillot pour l’Algérie, et je me suis dit qu’il ne fallait rien méconnaître ni mépriser pour tenter de comprendre un peu le monde.

Je suivais de loin la CAN à travers les posts des Mondoblogueurs. Must read : MondoCAN 2019.

Je réalise en ce moment une série d’interviews sur un quartier de la ville de Tours appelé le Sanitas. En discutant, j’apprends l’existence d’une guinguette informelle (à Tours, la guinguette « officielle », c’est un bar à ciel ouvert, au bord de la Loire, en centre-ville, qui brasse énormément de monde, touristes, étudiants, etc.) en plein cœur du quartier, où le match final de la CAN sera diffusé en plein air pour les habitants. Curieuse, je me dis que je dois absolument y faire un tour vendredi 19.

 

Jeudi 18, je trouve dans ma boîte mail un « communiqué de presse sur le dispositif de stationnement et de circulation mis en place par la Ville de Tours en raison de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations. »

Ville de Tours – Coupe d’Afrique des Nations de football

La ville se montre prévoyante. En effet, des cas de rodéo et de supporters indélicats ont été rapportés ces jours derniers. On a même entendu parler de Tours dans le flash infos de la matinale de France Culture pour « l’affaire du drapeau »

 

J’en parle aux personnes croisées au Sanitas au fil des interviews. Ils se gaussent. « Les rodéos, ici, c’est tout le temps ! Toute l’année, foot ou pas ! Mais personne en parle jamais, et personne ne fait rien ! » Bon…

Vendredi arrive. Dilemme. Il y a aussi l’excellent Orchestre des Jeunes du Centre qui se produit à l’Hôtel de Ville de Tours, et j’avais prévu d’y aller bien avant d’avoir vent de la guinguette spontanée du Sanitas. J’irais donc au concert, et à la faveur de l’entracte qui devrait tomber au moment de la mi-temps, je m’éclipserai discrètement.

Hôtel de ville de Tours. Salle comble. Discours introductif du chef d’orchestre : il s’excuse auprès du public, car pour des raisons de sécurité et de finale de la CAN, le concert devra être écourté. Clameur scandalisée, huées. « C’est une honte ! », s’exclame ma voisine, accompagnant sa colère d’un mouvement d’éventail. Je me sens gênée un instant, comme si l’intention d’aller assister à la deuxième mi-temps, du côté des fauteurs de trouble potentiels, qui lèsent sans vergogne les amoureux de la musique, à cause de leurs basses lubies, faisait de moi une traîtresse, et qu’il fallait à tout prix taire cette vile intention. Je retiens mon souffle. Je jette un œil à ma voisine. « Ah, non, mais vraiment, hein ! », me dit-elle, en s’éventant à petits mouvements rapides et agacés. Ouf, « ça » ne se voit donc pas sur ma figure.

En pleine extase musicale, ma montre darde sa grande aiguille vers le 45 fatal, une notification Rfi allume mon portable à travers mon totebag en coton bio équitable. La mi-temps. Je m’éclipse donc avec la discrétion permise par un trousseau de clefs qui choit d’une poche sur le parquet. Direction le Sanitas. Je passe le rideau policier à vélo. Rien. J’arrive dans le quartier. Rien. Je finis par trouver la guinguette bis. Au centre des immeubles, sur la place, une camionnette avec un écran géant, autour duquel des habitants, hommes et femmes, jeunes et vieux, regardent le match assis sur des chaises de jardin. De part et d’autre de l’écran, deux drapeaux : un drapeau algérien, un drapeau sénégalais, et sur un carton : « Que le meilleur gagne ».

 

Je discute avec des habitants. Cette guinguette bis existe-là tout l’été, pas seulement pour le match, et je peux revenir quand je veux. Oui, depuis des années. Les habitants ? Oh, mais ils viennent, tous ! Il y a des gens pour l’Algérie, des gens de tous les pays d’Afrique, ici, des blancs aussi. Tout le monde peut venir. Les policiers ? Oui, ils passent toujours voir si tout va bien, s’il n’y a pas de « bêtise ». Miracle, certains connaissent Mondoblog Rfi. Je ferai bientôt un montage avec les paroles enregistrées. Voici venir l’Oncle, celui qui organise cette guinguette. On me propose une chaise, un coca. Je me dis que, quand même, il doit bien y avoir des voisins qui ne goûtent guère ces retrouvailles estivales de plein air.

On m’apprend aussi que l’ancien maire de Tours, Jean Germain – « paix à son âme » – serait déjà passé ici assister à un match.

Fin du match. Une clameur de joie semble tourbillonner sur les façades, de balcon en balcon, au dessus de la place. Les Fennecs ont gagné. Aux fenêtres, les supporters de l’équipe d’Algérie laissent éclater leur joie, ils brandissent fièrement le drapeau algérien. Quelques feux d’artifice sont tirés d’un balcon. A la guinguette, on plie bagage. L’Oncle rassemble les fauteuils en plastique ; certains s’attardent quand même, et se demandent quel genre de vendus sont les arbitres.

Je vais vers mon vélo, qui m’a attendu sagement appuyé sur une poubelle. Je fais un tour dans le quartier. Des voitures qui klaxonnent, des scooters, des drapeaux partout. « On a gagné ! » Un jeune homme, en joie, me dit « On est fiers ! Il faut être fiers ! Oublie pas ça : il faut être fiers ! » Je lui rends son sourire.

Certains scandent « 1, 2, 3 ! Viva l’Algérie ! »

Je roule vers la place Jean Jaurès. Sur le chemin, des familles, des petits enfants, des femmes, des drapeaux algériens. Sur la place, des jeunes femmes avec une cape en drapeau algérien font des selfies. Les mamans voilées donnent la main aux petits qui regardent les plus grands danser, chanter en musique. Je reste un peu.

Soudain, je vois plein d’ados courir vers le centre de la place. La musique s’éteint. Tout le monde retient son souffle. Un jeune sur un quad traverse la place à bonne allure, puis disparaît. La musique reprend, les drapeaux s’agitent à nouveau. Je me dis qu’il est temps de rentrer.

Le lendemain matin, le quotidien local La Nouvelle République ne fait état d’aucun trouble majeur.

Je ne suis suis pas devenue passionnée de football en un soir ; cependant je crois que cette expérience m’a permis de croiser, en un espace-temps très réduit, des personnes aux histoires, aux aspirations, aux centres d’intérêts très différents, qui se méconnaissent, qui se craignent peut-être. J’ai eu autant de plaisir à partager le délicieux concert de l’Orchestre des Jeunes du Centre avec mes voisins de chaise, que le match avec des habitants du quartier Sanitas, que la joie des supporters de l’équipe d’Algérie. Pourtant, je ne viens pas du Sanitas, je ne suis pas Algérienne, ni d’origine algérienne, ni musicienne classique ou amatrice éclairée. Je n’ai rien fait d’extraordinaire. J’ai juste pris mon vélo pour aller d’un point à l’autre, sans me poser de question.

Pourquoi tout semble parfois si complexe ?


T’as quel âge ?

À moins d’être médecin ou dans l’administration, à quoi sert vraiment de poser cette question ?

Cette question, ça fait des années qu’on me la pose régulièrement, à tout propos, et que ça m’agace.

Longtemps je me suis couchée de bonne heure, en pensant, vexée, à l’attitude des adultes qui m’avaient traitée comme si j’étais idiote, m’avaient parlé comme à une attardée, au seul motif que j’avais un âge qui, de leur point de vue, autorisait ce comportement. Je me suis retrouvée au club enfant à faire des collages de plumes, alors que je voulais faire l’atelier slam avec les ados. Mais je n’avais pas « l’âge ». Je louchais sur les copains de mon grand-frère, qui se demandaient ce que voulait cette gamine à l’œil torve. Je me suis retrouvée abonnée à un club rose bonbon pour fillettes, alors que je voulais plutôt être abonnée à Sciences&vie junior ou Infos Junior.

Un certain nombre de mes amis a entre dix et quarante ans de plus que moi. Pour certains, je « traîne avec des vieux », qui d’ailleurs seraient étonnés ou vexés d’être qualifiés de la sorte. À mesure que je suis devenue moi-même adulte, ou vieille, selon le point de vue, l’allusion perfide à l’âge de mes amis, qui ont « l’âge d’être mes (grands) parents » se mue en allusion à mon horloge biologique. A ne traîner qu’avec des « vieux » – et d’ailleurs, c’est faux, j’ai aussi des amis plus jeunes – je ne risque pas de faire des « rencontres », et que si je ne veux pas finir vieille-fille, il faudrait quand même que j’y mette un peu du mien… Malheureusement, les trucs de « jeunes » genre Tinder me mettent très mal à l’aise, j’y suis aussi – voire encore plus – gauche qu’en vivant, incapable de faire de moi un produit attractif qui se trouverait en tête de gondole des clics. Tant pis pour ma descendance, je suis née trop tard dans un monde trop vieux. Ou jeune. Je ne sais plus.


Ajout : je vous sais friands de ce genre d’anecdotes, plus que de mes analyses d’œuvres ou autres – « Tu réfléchis trop… » – Je partage donc mon expérience sur cette application. J’ai eu un compte pendant 48 heures, avec un faux nom, une fausse photo, la honte et la peur au ventre, j’ai parlé à trois photos. Bilan : le nouveau confrère de mon ex, une connaissance de mon ex, et le troisième, je veux bien manger du tofu nature, photo à l’appui, à tous les repas pendant une semaine s’il met à exécution sa menace de m’inviter à boire un café. (Il ne l’a pas fait)


Ajout 2 : Un ami m’a dit que je réagissais comme une vieille bourgeoise coincée. Ça m’a fait très peur. Du coup, je me suis refait un profil sur cette application, avec ma vraie photo. Ça ne mord pas très fort. Même encore moins. J’ai cité Dante, on m’a répondu que si c’était une plaisanterie, elle était de mauvais goût. Allez comprendre…


Ajout 3 : un ami a reformulé ma phrase d’accroche. On a fait du thé, le temps que ça morde. Puis on l’a bu, un excellent thé noir au bleuet. Il a dit que c’était peut-être la photo. Avec son compte, il m’a montré les photos que mettaient les filles. Oui, c’était peut-être la photo.


Ajout 4 : un ami m’a dit que je devrais peut-être m’habiller plus « décontract’ « , sportswear chic. Parce que je ferais moins impressionnante. Il m’a fait essayer sa veste Le Coq Sportif beige collector des années 70, avec un keffieh. Je crois que le beige ne me va pas au teint. Il dit aussi que quand ce n’est pas du tout cuit, les mecs se sauvent en courant. Je me demande bien ce qui est sensé être tout cuit. J’ai pensé faire une blague oiseuse, mais c’était du genre facile.


Ajout 5 : une amie pense que je suis suffisamment belle et intelligente pour me passer de cette appli. C’est flatteur. Et secrètement, je l‘espère le pense aussi.


Ajout 6 : pour résumer, moins d’intellect, moins de tissu, plus de maquillage, des slims, des pulls moulants, des décolletés. Pas de doute possible, c’est le conseil d’un ami très hétéro.


Ajout 7 : un ami me dit que le problème c’est mon âge. Les jeunes mecs adorent les « vieilles », et que le problème, c’est que je suis beaucoup trop jeune. Je devrais me rajouter des ans. J’en ai ajouté 4. Je pense que je n’en ai pas rajouté assez. Je suis contactée seulement par des types qui ont vingt ans de plus. 


Ajout 8 : cette affaire devient un vrai travail d’équipe, un challenge marketing, comme dans une école de commerce.


Ajout 9 : C’est fou, quand je vois les types inscrits là-dessus, j’ai l’impression d’être rue Colbert. Je me demande comment ça se passe, si ils sont tous au même pub au même moment, à la limite dans le bar en face du pub, et qu’il y a une jolie blonde qui se connecte, mais une seule… Ben, comme dans la vraie vie, ils vont tous loucher dessus. C’est vraiment c.. cette application.


Ajout 10 : le doute. Et si en fait c’était une plateforme où les artistes locaux mettaient leur book ?


Ajout 11 : mais pourquoi autant de photos de motos, de chat, de footing ? Y en a pas un seul qui lit des bouquins ou qui fait la cuisine ?


Ajout 12 : une amie me fait observer que si, j’ai plusieurs « likes » mais il faut donner des sous pour voir qui c’est. Donner des sous ? Non mais lol !


Bilan : après 3 semaines d’utilisation, je n’ai fait aucune rencontre en vivant, j’ai donné 3 fois mon numéro à des hommes qui semblaient intéressants, et intéressés, n’ai reçu aucun appel. Un type a cessé de m’écrire quand il a su que c’était moi. Les autres cherchaient quelque chose « sans prise de tête » pour garnir leur lit un soir de solitude. Bilan médiocre, s’il en est. Deux solutions s’offrent à moi : devenir riche ou faire de la politique.


Bilan 2 : « Je ne suis pas sûr d’être assez intelligent pour toi. » Vous ne pouvez pas le voir, mais je hurle intérieurement. Et je trouve cette phrase adorable.


Bilan 3 : je supprime définitivement le compte. Malgré tous leurs efforts, mes amis ne m’auront pas convaincue de l’utilité de cette application. Je suis vieux jeu, romantique, prête à chanter sous le balcon de mon beau, et ça me plait bien.


Et puis cette obsession de l’âge, comme le rappellent si élégamment les Yann Moix, c’est aussi synonyme de date de péremption. J’aurais longtemps été « trop jeune » pour prendre la parole, pour réfléchir, pour comprendre, pour avoir des responsabilités ; je serai déjà bientôt « trop vieille » pour être séduisante… N’ayant plus 20 ans, pourtant encore loin des quarante, je devrais déjà me résoudre à ne plus attirer l’attention des hommes, ou à me contenter de ceux qui, faute d’une plus jeune, et donc plus jolie, se rabattraient sur le fruit un peu blet que je suis sensée être. Moi, je me trouve très bien comme je suis. Mais c’est vrai qu’on ne me demandait pas mon avis.

Cependant, je suis encore « beaucoup trop jeune » pour être une cougar. Zut, alors, vraiment. Mais patience, patience. Plus que 15-20 ans à attendre, et je serai mûre à point pour cette nouvelle étiquette.

Je me désole que plus personne n’écrive de lettres manuscrites, j’écris des mails beaucoup trop longs, avec des tournures de phrase de « vieux », et au téléphone, j’ai une voix de gamine. Souvent, les gens qui m’ont d’abord lue me pensaient plus vieille que je ne le suis. Et posent la question fatidique.

Et toi ? Tu pèses combien ? Tu mesures combien ? Tu chausses du combien ? Tu gagnes combien ? Tu as eu combien en philo au bac ? Quelle est ta taille de gant ? Ton numéro de sécu ? Ton numéro de sociétaire ? Ton numéro allocataire ? De plaque d’immatriculation ? D’écrou ? Tu as combien d’amygdales ? De dents ? Tu as fait combien d’années d’études ? Tu as combien de diplômes ? Combien de frères et sœurs ? Quel est ton tour de tête ? De hanche ? Tu as combien sur ton livret A ? Tu payes combien de loyer ? D’impôts sur le revenu ? Combien de jours depuis tes dernières règles ? Il te reste combien de CA à poser ?

Et ta sœur ?

J’ai l’âge de mes rêves, c’est la réponse qui me semble la plus juste.


On connait la chanson !

Ah, les chansons chantées virilement par les scouts ou les militaires, où il est bien souvent question de drôlesses à tripoter, d’être vaillant, et d’étriper l’ennemi pour soutenir l’honneur du drapeau…

Cependant, si l’on se penche sur certaines de ces chansons, on peut en faire une toute autre lecture, et plus à l’avantage des femmes. Évidemment, cette lecture n’engage que moi, et ne saurait se substituer à une étude historique approfondie.
Le premier extrait que je vous propose met à mal l’idéal de virilité que l’on propose à notre imaginaire, lorsqu’il s’agit d’une compagnie masculine. L’homosexualité est latente, et n’est pas sans rappeler le Billy Budd, Sailor, oeuvre posthume de Herman Melville, dans laquelle il est question d’un jeune et beau gabier de misaine, aimé de tous, Billy Budd, qui a pour seul défaut de bégayer. Il sera donc incapable de se défendre face aux accusations de mutineries du capitaine d’armes du navire, jaloux de sa popularité et troublé par son charme, devant le capitaine du navire, lui-même très sensible à son charme.

Écoutons une chanson de marins, “Chantons pour passer le temps”.

Ici, il est question d’une femme, ou plutôt d’une adolescente de 15 ans, qui se travestit en homme, pour échapper au mariage, et d’un homme qui s’éprend d’un jeune homme à la grâce féminine, au motif qu’il ressemblerait à sa promise. Heureusement, tout finit bien pour la décence, le beau jeune homme s’avère être la promise, qui épouse avec joie le capitaine.

J’aimerais à présent dire un mot de la chanson « Joli Tambour », devenue souvent dans le répertoire enfantin « Trois jeunes Tambours ».

Chanson militaire du XVIIIe siècle, originaire de Bretagne, de Normandie ou du Poitou. Dans cette chanson, il est question – encore – d’un fort beau et gracieux jeune homme, qui tient dans sa bouche une rose. Et d’une princesse pour le moins hardie, puisqu’elle la lui réclame. Or, un esprit un peu mal vissé aura noté que, dans les vieilles chansons françaises, ce sont rarement les jeunes hommes qui “donnent leur rose”, mais plutôt les jeunes filles… Ainsi, dans la chanson étudiante « Boire un petit coup » : “Non, non Firmin tu n’auras pas ma rose, non, non Firmin, tu n’auras rien, monsieur le curé a défendu la chose…” Donc, soit la princesse a quelques lacunes en anatomie masculine, soit elle a repéré que le jeune homme est en fait… une jeune femme habillée en tambour. Allez savoir, nous n’y étions pas, après tout…

 

Cette chanson comporte un nombre certain de couplets, et s’il est question du roi d’Angleterre, il y est aussi fait mention de la reine de Hongrie, c’est-à-dire Marie-Thérèse de Habsbourg, Impératrice du Saint-Empire romain germanique, Reine de Bohême, et mère de Marie-Antoinette. Marie-Thérèse de Hasbourg était d’ailleurs appelée roi de Hongrie…

Voilà, tout ça pour ça. Au XXIe siècle, la question de savoir si une femme peut être un matelot, un tambour ou un roi au même titre qu’un homme n’est toujours pas tranchée. Si on parle maintenant de pédégères, d’auteures et compagnie, il est toujours bien difficile de ne pas être regardée comme “masculine”, “hors norme” voire “anormale” pour les rares femmes qui arrivent à des postes de pouvoir ou qui entrent dans l’armée. Et, si elles n’ont ni père ni mari pour les empêcher d’avancer, on attribuera souvent leur mérite à l’un de ces derniers, ou à une quelconque histoire de cul.


Terre d’asile ?

Migrant, il y a encore quelques années, ça ne voulait rien dire. Aujourd’hui, en France, cela désigne à peu près les « personnes à la rue non françaises ».

Il y a ceux qui s’en foutent, et qui pensent qu’ils n’avaient qu’à rester chez eux, plutôt que de se plaindre après d’avoir faim et froid en France.

Il y a ceux qui ont honte, en considérant que la France est l’une des plus grande puissances économiques du monde, de laisser des gens dehors, « migrants » ou non.

Il y a ceux qui trouvent honteux qu’il y ait des gens à la rue, mais qu’on devrait commencer par aider les Français dans ce cas, et voir pour les autres après.

Il y a ceux qui veulent bien qu’ « on » leur vienne en aide, pourvu que ça ne leur coûte pas un sou.

Il y a ceux qui voudraient aider, mais ne savent pas comment.

Et puis il y a les enjeux électoraux.

 

Tours le 17 novembre 2018, lors de la manifestation des « gilets jaunes » – crédit : Eric Rambeau

 

Dans ce reportage, vous entendrez des voix de Tours, de personnes qui ont choisi de s’investir bénévolement auprès des personnes à la rue. Vos entendrez également Dany Cohen, avocat à Marseille, et qui défend les Roms expulsés.

 

Le Dahu – SQUAT


L’homme est-il bon et généreux ?

Vaste question. J’ai voulu lutter contre mon penchant naturel, qui me pousse à croire que non.

Je me suis donc inscrite dans un groupe Facebook appelé // Parallèle TOURS //


// Parallèle Tours // est un groupe LOCAL dont le but est de valoriser le REEMPLOI et la MUTUALISATION de biens entre PARTICULIERS plutôt que l’achat de produits neufs. C’est un réseau de gens qui ne se connaissent pas forcément mais qui peuvent être intéressés par : _ DONNER _ PRETER _ SE RENDRE DES SERVICES Et ceci, GRATUITEMENT. Un marché parallèle, donc, qui nous permet de lancer simplement une annonce parce qu’on a un frigo qui déborde de nourriture 2 jours avant de partir en vacances, un fauteuil dont on ne veut plus mais qui pourrait servir à quelqu’un d’autre ou encore parce qu’on a besoin d’une perceuse pour 10min ou d’un fond de peinture sans avoir l’utilité d’un pot entier que l’on irait acheter dans un magasin. CHAQUE NOUVEAU MEMBRE SE DOIT DE LIRE LE REGLEMENT AVANT DE POSTER SUR LE GROUPE. Le réglement (aussi appelé Charte) est le message un peu plus bas.. Le concept // Parallèle // est un concept OPEN SOURCE : chacun est libre de créer un groupe // Parallèle // pour une localité, sans même devoir préciser que le 1er groupe a vu le jour à Nantes. Longue vie aux groupes // Parallèle //, à l’entraide et au réemploi


Gratuité, entraide, décroissance, voilà qui s’annonçait bien pour reprogrammer mon cerveau cynique. Un doute, cependant. Il est question de « frigo qui déborde de nourriture avant de partir en vacances ». Mon frigo ne déborde jamais de nourriture, et je n’ai pas les moyens de partir en vacances. Par ailleurs, il me semble qu’il faut être bien mal organisé pour avoir un frigo qui déborde de nourriture alors qu’on doit partir en vacances, mais soit. « Un fauteuil dont on ne veut plus » : je n’ai encore jamais eu le plaisir de posséder un fauteuil; est-ce une condition pour entrer dans le groupe ? Y a-t-il un taux d’ameublement minimum requis ? Je n’ai pas non plus de perceuse… Et puis – Aaaargh ! – le mot « concept »… Il me semble déjà que ce groupe, dans sa philosophie généreuse, ne s’adresse pas aux gens les plus pauvres, mais à ceux qui ont des biens matériels, au moins un peu. C’est donc du troc entre personnes d’un même groupe social.

Le groupe existe depuis deux ans, compte plus de 2000 membres : prometteur !
Je m’inscris donc dans le groupe.

Surprise, dès que quelqu’un publie quelque chose en DON, la publication est prise d’assaut, une vraie course contre la montre pour récupérer des objets gratuits. Comme si certains guettaient avidement les posts. Pour une étagère IKEA, quelqu’un qui arrive après la bataille commente « Il faut être rapide pour ces objets-là ! 🙂  » Tout va bien, c’est comme pour les soldes, la braderie, les offres spéciales de Nutella : « Premier arrivé, premier servi ».

Il y en a d’autres qui oublient allègrement qu’on ne vend pas sur ce groupe, et proposent à vendre des objets à ceux qui en CHERCHEnt. Et ceux qui « CHERCHE en don ou à petit prix » et ont bien du mal eux-mêmes à se défaire de l’argent.

Il y a celle qui trouve pas cool que les 6 tonnelles aient été raflées discrètement par la même personne, alors qu’ils étaient 5 intéressés, et qu’ils auraient pu partager.

Il y a ceux qui proposent vraiment des « escoubilles », qui mériteraient la poubelle. Et – ouf ! – ceux qui proposent des objets en bon état, la lavande de leur jardin.

Il y a aussi les peut-être un peu radins qui publient une liste au Père Noël, avec tout ce qu’ils préféreraient ne pas acheter.

Il y a ceux qui – le réel peut être tellement adhésif – rappellent sans cesse que le campement de mineurs non accompagnés à besoin de vivres, de vêtements, de matelas, de couvertures.

Et puis une série de photos, objets multiples, vêtements, aliments, petits meubles sur le trottoir, et le commentaire « les affaires d’une ancienne locataire, c’est à tel endroit, premier arrivé, premier servi ». Puis chacun y va de son petit commentaire, smileys compris, c’est à qui se sauvera des fauteuils de bar, des fringues, des épices, une étagère, des bouquins. Je me sens mal face à cette nuée de rapaces, et je pose – avant de quitter le groupe – la question qui me taraude : « mais il lui est arrivé quoi, à la meuf ? » Est-elle morte ? Hospitalisée ? Partie au bout du monde ? En prison ? Ses affaires ont-elles été mises sur le trottoir par le propriétaire pour cause de loyer impayé ? Ne vient-elle pas les chercher ? Où est-elle ? Vit-elle ? A-t-elle besoin d’aide ? Personne ne répond à ma question, mais on dirait que la foire d’empoigne cesse.

Je quitte le groupe, en me disant que même quand il essaie d’être bon et généreux, l’homme reste avide et égoïste. Le pire étant que cela me concerne surement aussi. Et j’espère secrètement pouvoir être prochainement détrompée.


L’élève Mouldawa

Je me suis déjà étendue sur le collège et le lycée; il semblait tout naturel, ayant retrouvé des cahiers d’époque, de faire un billet sur l’expérience de l’école primaire.

Quand on sait le nombre d’enfants qui rêvent d’aller à l’école, qui se battent – surtout les filles – pour y aller, j’ai presque honte d’admettre… que je me suis souvent ennuyée. Je crois aussi qu’il faut être ambitieux pour les enfants, et leur proposer des exercices qui ont du sens, et des textes d’auteurs, plutôt qu’un galimatias de phrases idiotes où maman fait la vaisselle…


CE2 – Du fond de la classe


Come on baby, and rescue me!

Résistance passive aux consignes imbéciles.

« Travail de cochon » ^^

Poésie surréaliste

Je ne vous le fais pas dire…

Nul, probablement.


Alors, hein, c’est bien la peine de me casser les pieds!

Pause musicale



CM1 – Epiphanie


Parfois, un enseignant qui apporte de vraies nourritures intellectuelles…

Et qui voit dans certains élèves, un journaliste…

… un auteur, pourquoi pas…

 

Molière : une respiration…

La poésie rend les enfants vivants.

Pause musicale



CM2 – Pressentiment


Précision insolente.

Absence de goût manifeste pour la campagne.

Tendance à privilégier le fond sur la forme.

En l’absence de lumière, une plante dépérit…


Josian et le Front de Libération de l’Art Modeste

Rencontre avec un artiste modeste de la Pointe Courte de Sète, Josian Izoird. Suite aux réclamations de certains riverains, son installation d’objets de récupération en tous genres a été déblayée par les services municipaux. C’est là qu’intervient le Front de Libération de l’Art Modeste…


Vous avez dit « art modeste » ?


Faites un rêve avec Chomo

En 2016, le Château de Tours, Indre-et-Loire, proposait l’exposition « Faites un rêve avec Chomo », consacrée à l’oeuvre de Roger Chomeaux, disparu en 1999. Il avait vécu près de 40 ans en ermite dans la forêt de Fontainebleau, sur une parcelle acquise par sa femme.

A partir de matériaux glanés aux alentours, il avait construit de ses mains un village appelé « Village d’Art Préludien ». Dans le Royaume de Chomo, il y a trois bâtiments de belle  taille : le Sanctuaire des Bois Brûlés, l’Eglise des Pauvres, et le Refuge, faits de bois, de verre, de plastique et de tôle.

CHOMO, expo à TOURS de décembre 2015 à février 2016 from Marc ROHNER – Artprems on Vimeo.

Étonnant, hors normes, art brut, art singulier : autant de mots qui se lisent pour qualifier le travail de Chomo en forêt de Fontainebleau. C’est l’Association des amis de Chomo qui veille désormais sur son oeuvre.

 

En toute modestie

En fait d’art singulier, il est difficile de ne pas citer le MIAM, le Musée International des Arts Modestes de Sète, fondé en 2000 par deux artistes, Hervé di Rosa et Bernard Belluc.


 Le terme d’art modeste a été créé pour nommer ce qui est oublié, marginal (commercial ou sauvage), occulté, périphérique de la création. Ces objets et ces pratiques forment un territoire sans centre, aux frontières élastiques. On peut étendre le terme d’art modeste au théâtre (marionnette, burlesque), au cinéma (amateur, underground, pornographiques), à la littérature (romans de gare, de science-fiction), à chacun d’inventer son art modeste.

Il n’y a pas d’artistes de l’art modeste, il n’y a que des collectionneurs. L’art modeste rassemble les sensibilités de gens très différents (artistes contemporains, artistes amateurs, artisans…).

Hervé di Rosa, cité sur le site du MIAM


Art pointu


Or, il se trouve qu’à Sète,  quartier de la Pointe Courte, il y a le cabanon de Josian Izoird. Si Chomo était diplômé d’une école d’art, Josian, lui, est un ancien pêcheur. Et depuis de nombreuses années, pour le plaisir ou le déplaisir, selon, des riverains, il collectionne les objets mis au rebut, pour en faire des installations, dans son cabanon mais aussi un peu à côté…

Josian Izoird dans son cabanon – photo : Warda

En janvier, suite à une plainte de riverains, l’installation a été évacuée par les services municipaux. Ce sont opposés ceux qui trouvaient normal d’évacuer un tas d’immondices, et ceux qui s’insurgaient de voir une oeuvre d’art démolie.

Voici deux articles du Midi Libre, et leurs savoureux commentaires, qui montrent combien la notion d’ « art » est fluctuante, et que certains ignorent encore qu’il y a des bidonvilles en France.

Le Midi Libre – 12/01/2018 – Sète : à la Pointe Courte, un « nettoyage » qui passe mal

C’est à ce moment-là que s’est crée le Front de Libération de l’Art Modeste, en soutien à ce petit musée d’art brut, et à Josian Izoird. Exposition photos, concert, fête le 1er mai, tous les moyens sont bons pour apporter son soutien.

Le Midi Libre – 02/05/2018 – Sète : chichois autour du cabanon de Josian à Pointe Courte

 

Sète à dire ? 

Pascal Larderet, Compagnie Cacahuète, instigateur du Front de Libération de l’Art Modeste explique et raconte.

Josian Izoird, Pointu, artiste modeste, parle de son oeuvre aux visiteurs curieux.


A la découverte de la Pointe Courte

Connaissez-vous la ville de Sète, dans l’Hérault, à flanc de Méditerranée et d’Étang de Thau ? Et plus précisément, connaissez-vous le quartier de La Pointe Courte, qui d’après ses anciens pêcheurs, fut longtemps l’un des plus beaux et le plus vivant des quartiers de la ville ?

A la Pointe Courte, on pêche – on n’ose encore écrire « pêchait » – dans l’Étang de Thau. C’est de toute importance, par rapport aux « étrangers de l’intérieur », aux Sétois, qui eux pêchent en mer.

Photo de couverture : Warda

Cinéma, cinéma !
En 1955, Agnès Varda y tourne un film, La Pointe Courte. Si les dialogues du couple sont assez ennuyeux, on peut parler de chef-d’oeuvre visuel, et ce film donne à voir la vie des habitants de la Pointe Courte, hommes, femmes, enfants et chats.

La Pointe Courte – Agnès Varda: Of cats and lovers from Charls Chap on Vimeo.


La Pointe Courte – photo : Warda

C’est où ?
Veuillez considérer la petite excroissance indiquée par une flèche rouge, derrière la gare de Sète.


Archives en images


1962 – Sur l’étang de Thau, on pêche l’anguille. Deux reportages tournés à Mèze, sur l’autre rive de l’étang, face à Sète.

1967 – Sur l’Etang de Thau, on vit au rythme de la nature. Et il y a la saison de la daurade.

1968 – L’étang de Thau, c’est aussi le pays des conchyliculteurs : huîtres et moules.

1986 – Sur l’Etang de Thau, on pêche les palourdes en barque, à la boîte et à l’arseillère, un filet-râteau au très long manche, avec lequel on racle les fonds.

1990 – Georges Brel, fier Pointu, émet quelques doutes sur la pérennité des activités de pêche sur l’étang de Thau


La fin d’une culture ?


Me promenant à la Pointe Courte, j’ai croisé le chemin de Georges Brel, que l’on voit dans la dernière vidéo proposée ci-dessus. Il occupe ses journées à faire des petits filets de pêche décoratifs pour les restaurants et les touristes.
J’ai croisé également Josian Izoird, ancien pêcheur à l’arseillère, qui va de sa petite démonstration pour les touristes curieux qui passent le saluer dans son cabanon.
Ils racontent tous les deux avec plaisir la Pointe Courte, la vie dure et les fêtes.

Josian Izoird avec son arsillère – photo : Warda

J’ai croisé enfin Pascal Larderet, sétois depuis 18 ans, à la tête de la Compagnie Cacahuète. Lui, ce qui l’inquiète, c’est la montée de l’extrême droite à Sète. Il en veut pour preuve la déferlante de commentaires racistes qu’a entraîné l’annonce de Jean-Claude Gayssot, président du port Sud de France, d’un possible accueil du navire humanitaire L’Aquarius au port de Sète.

Voici donc, pour le plaisir de vos oreilles, un reportage à la Pointe Courte :


L’Astragale, lieu collectif et militant à Sète

Les vacances d’été ont souvent raison des mobilisations citoyennes qui, si elles reprennent « à la rentrée » avec mollesse, ne retrouvent leur vigueur que le Printemps venu. L’élan de phusis gouverne la Nature comme la contestation, semble-t-il. Certains irréductibles cependant croient que la misère et l’injustice se combattent sur le terrain et au quotidien. Ainsi, à Sète, plusieurs collectifs de militants ont ouvert un local : l’Astragale.

Où suis-je ? Où vais-je ?

L’Astragale – ouvert en janvier 2018  – n’a rien d’un squat, au sens très négatif que l’on donne parfois à ce mot, et qui regroupe pourtant des réalités très différentes. Le lieu est propre et accueillant, on y trouve une bibliothèque bien fournie, avec des ouvrages en Sciences Humaines, des magazines, des ouvrages militants de plusieurs obédiences. Il y a un bar avec des consommations à prix réduits, et une cuisine équipée, dont les adhérents viennent de terminer les travaux. Et même, il y a un règlement intérieur, qui précise entre autres que la consommation d’alcool doit être mesurée, pour que le lieu soit agréable pour tous, y compris les enfants; et que cigarettes et produits illicites doivent être consommés hors du local pour en assurer sa pérennité. Voilà déjà qui peut aller à l’encontre de certains clichés qui pourraient exister sur un lieu qui s’affirme anti-capitaliste. On lit « cadre légal » et « partage » : l’Astragale ne serait donc pas un repaire de pirates sans foi ni lois, ni d’individus obtus fermés à toute discussion…

Photos de l’article : Warda


Principes et fonctionnement de l’Astragale

Politique

Pourquoi ce nom ? Cet os du pied serait resté connu des seuls spécialistes, sans le roman d’Albertine Sarrasin racontant son évasion de prison, au cours de laquelle elle se fracture cet os en sautant de ses hauts murs. Ce nom ‘ASTRAGALE’ devient alors synonyme de révolte, de cavale, de planque, d’éphémère liberté.

Principes du lieu : Ce lieu est un outil pour l’auto-organisation des luttes des résistances et des solidarités contre l’exploitation et toutes formes de dominations : capitalisme, racisme, sexisme, homophobie…

Un lieu de convivialité, pour se rencontrer, s’informer, s’autoformer, se donner la force d’abattre ce monde et de construire collectivement notre émancipation.

Pratique

Un collectif d’organisation : les membres sont les personnes ayant fondé le lieu et des personnes cooptées. Elles gèrent le lieu et sont garantes des principes énoncés.

La buvette : loin de vouloir se financer sur nos ivresses, la buvette reste une source de financement non négligeable. Nous souhaitons cependant que la consommation d’alcool reste adaptée aux lieux et aux différents moments (accueil d’enfants par exemple) et dans le respect de tous et toutes. Pour toute consommation, un adhésion individuelle annuelle de 2€ est nécessaire (cadre légal). Personne ne sera servie sans quelle soit en sa possession.

Etre informer, participer, proposer : pour être informé, une liste mail existe (s’inscrire au bar). Toutes personne peut participer à nos événements dans le respect de nos principes, des personnes et du lieu. Pour proposer des actions, veuillez nous joindre par mail (local2lutte@netcourrier.net) ou venir lors de nos permanences le jeudi soir de 17h à 22h.

Un lieu gratuit et indépendant, autofinancer par les adhésions, les souscriptions solidaires et la buvette. Pour nous soutenir, des caisses sont à votre disposition selon vos moyens.

Usage de produits illicites et de cigarettes doivent impérativement être consommés hors du lieu pour garantir sa pérennité.

Les comportements allant à l’encontre de nos principes, par leur récurrence et/ou leur violence, pour justifier d’une restriction d’accès au lieu.

Tous et toutes Bienvenues !

La solidarité est notre arme !


L’Astragale est également un lieu culturel, avec une programmation mensuelle relayée dans l’agenda culturel de Midi Libre. Musique, cinéma, activités pour les enfants, conférences, cours de Français Langue Étrangère, discussions, cantine dominicale, vente de livres, fanzine…

Programmation du mois d’août

L’ASTRAGALE
PROGRAMME DU MOIS D’AOUT

L’Astragale poursuit l’aventure !

Grâce à vos dons, nous pouvons faire les travaux dans la cuisine et revoir l’électricité

Grand merci

A celles et ceux qui nous ont soutenus financièrement par le biais d’HelloAsso et de dons personnels.

A toi Farida qui nous a donné 10 exemplaires de ton livre : « Merde in France », à vendre à prix libre, pour financer les travaux.
A vous qui êtes venus participer aux travaux.
Nous ré-ouvrons les portes du local lors de la permanence du jeudi 9 aout avec une visite guidée de la nouvelle cuisine et … des prises électriques !

Nous espérons faire connaissance ou vous retrouver tout au long du mois d’Aout pour continuer à partager concerts, cantines, films et discussions qui s’inscrivent tous dans la lutte anti-capitaliste et le développement de solidarités sociales.

Bel été à chacune et chacun.


Programmation du mois d’août

LES RENDEZ-VOUS REGULIERS DE L’ASTRAGALE
PERMANENCE CHAQUE JEUDI A PARTIR DE 17H

Pensez à votre carte d’adhérent

Envie de feuilleter un bouquin, jeter un oeil aux revues, fanzines ou journaux révolutionnaires ? Prendre un thé, un café ou une petite bière à la buvette ? Jouer aux cartes, aux dominos, vous affaler dans un canapé après votre journée de taf ? Nous parler d’un événement ou d’un atelier que vous souhaitez organiser ? C’est l’occasion ! La permanence est faite pour cela !


L’Astragale est aussi un lieu solidaire et militant, ouvert aux personnes en difficultés et isolées, qui peuvent venir discuter, faire un jeu de société, lire, chercher des conseils et des informations, un soutien. C’est un lieu où peuvent se réunir les membres de collectifs qui sont à jour de leur cotisation (2€).

Affiches anti CRA sur les murs de l’Astragale

Article Midi Libre – 12/06/2018 – Sète : mobilisation pour les retenus du centre de rétention administrative

Affiches anti CRA sur les murs de l’Astragale

Dites-moi tout !

Véronique nous parle de l’Astragale.


« Abendstille » en Normandie

Face à la mer, surplombant l’une des cinq plages du Débarquement du 6 juin 1944, en Normandie, un groupe d’amateurs de poésie – allemands, français et belges – se réunit.

Sur le thème du silence, chacun a apporté des textes, dans sa langue maternelle ou dans ses langues d’adoption. Chacun lit à son tour, ils construisent ensemble le sens, corrigent un mot, une prononciation… On découvre des auteurs, des subtilités de lexique. On voyage d’une langue à l’autre, d’une culture à l’autre.

Un événement qui pourrait sembler anecdotique, et pourtant, il était impensable il y a 70 ans.

Voici l’enregistrement de cette réunion, diffusé sur Radio Campus Tours.

 

Helge, qui accueille chez elle ces soirées poésie, explique que l’idée lui est venue en écoutant à la radio un reportage sur un cercle d’hommes, au Maghreb, qui se réunissait pour lire de la poésie. Je suis convaincue que la culture et imaginer une culture commune est la meilleure façon de maintenir la paix, plus que n’importe quel accord commercial fondé sur un rapport de concurrence. J’espère réunir bientôt chez moi des amis pour lire des textes en français et autres langues.


Festival Terres du son – Behind the scenes

Voici l’un des plus gros festival de musiques actuelles en Indre-et-Loire, région Centre, France. On y trouve des artistes à la renommée internationale – Amadou et Mariam, Calypso Rose… – nationale – Juliette Armanet – et des groupes émergents locaux – Le Carré, hip-hop. Le Capsul Collectif, jazz. On y trouve aussi des centaines de personnes, professionnels ou bénévoles, indispensables et invisibles. C’est à eux que je me suis intéressée, avec Sonia Samuelson, photographe.

Les interviews réalisées à cette occasion sont à l’écoute sur le site du festival Terres du son. Cela permet de découvrir en filigrane des aspects méconnus du festival, et d’entendre la voix de ceux que vous n’entendrez pas sur scène.  Ces interviews ont également été diffusées pendant les émissions en direct du festival, et après le festival sur Radio Campus Tours, dans la quotidienne.

Pour écouter les interviews sur le site du festival, c’est ici :


Et si vous voulez rencontrer les artistes programmés, rendez-vous sur le site de la radio, Radio Campus Tours, pour écouter les interviews réalisées par l’équipe Radio Campus Tours et Radio Campus Orléans.


Quand soudain…

L’aventure quotidienne de Warda Mouldawa… Autofiction théâtroïde publiée initialement par épisodes sur facebook.
à Oumar Cisse, qui a milité pour le retour de Warda.
à Dany Laferrière, parce que raconter sa vie, ça peut être beau !
à Joann Sfar, parce que j’aimerais beaucoup rencontrer quelqu’un d’aussi drôle, mais pas marié et en plus jeune.


« Si je pouvais vous faire rire quelques instants à mes dépends, je me sentirais mieux : prêter à rire, il n’y a rien de plus généreux. » Romain Gary


Le retour de Warda
J’étais tranquillement planquée dans mon paradis fiscal, et puis, j’ai reçu un message : « Ton pays a besoin de toi. » J’ai eu la trouille.  J’ai cru que c’était le fisc, ou alors qu’il y avait eu une vraie révolution populaire en France. Mais non. Ouf. C’était Oumar Cisse qui me parlait de la patrie Mondoblog

 Bon, je suis d’humeur massacrante. Merci Oumar Cissé de m’avoir decryogénisée… J’attendais penarde le Grand Soir, et je me trouve dans une ville bondée de touristes qui envahissent MA terrasse de café préférée. Bande de noix.  Comme si vous pouviez pas aller chez Mac Dobeurk ou à la piscine ! … Ah, enfin, y en a un qui me laisse une table… Chut, là !  On s’entend pas réfléchir. … Oui, bon… bonjour monsieur.  Si… Si la chaise est libre ? Oh, mais… Oui. Oui. Je vous en prie. Ah vous asseoir avec moi?  Voui… Une thèse de lettres modernes  !  Il fait beau, n’est-ce pas? …  Et c’est une thèse sur quoi?… Oooh…  Ah, oui, oui, héhé, j’aime beaucoup les BD…  Mais, je lis aussi des vrais livres, hein! … Comment? … Si… Si superman est juif?  Hem… A dire vrai, je ne me suis jamais posé cette question…  Heu… Mais on peut regarder sur internet pour être sûr… Voilà, voilà… Ah, vous attendez votre maman…  Elle a de la chance…  Heu… Non, non, rien… Oui, bonne journée! Merci! Oui, vous aussi! … 


Accueillir Warda en résidence de création – fiche technique

Composition de l’équipe
Warda Suzanne Mouldawa
le tapis en laine artisanal
le totebag Tabernak je lis Jack Kerouak
la bougie en cire d’abeille
l’huile essentielle de lavande
la théière
la couette
les livres

Besoins techniques
Mangues – citrons -thé – pain aux noix – café – bananes – lait de coco – coriandre – patates – riz – oignons – cumin – raisins secs
électricité
eau chaude
endroit pas excentré ni trop bruyant, garni de plantes
piles
accès illimité dans au moins un café au choix de l’équipe
Un vélo avec sacoches

Médiation en lien
ateliers radio tous publics

Lieux de prédilection
ville de bord de mer, port, île

Lieux déjà appréciés de l’équipe
Madagascar, Maroc, Marseille, Martinique, Sète, Sicile

Lieux possibles
Partout


Quand soudain… Warda en vacances
Warda – air perplexe, a rêvé d’une Shérazade chantant « retiens la nuit » dans un cabaret berlinois. Se dit qu’elle devrait consulter les avis de son équipe psychanalytique tourangelle. Au totebag – Dis, tu peux te connecter telepathiquement aux autres ?
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – quasi vexé – Pfou, oui, quelle question ! – se concentre – Allô… Allô… Jacques Kapok pour madame Sarfati… Je répète… Kapok pour Sarfati…. À vous…
@@@ tiiii tititi… Iiiiuuuuu…. Rrrrrr cccrtt crrrt…@@@
Le tapis en laine artisanal – Allô, Sarfati pour Kapok… À vous, Kapok…
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Sarfati, quelles nouvelles de la base ?
Le tapis en laine artisanal – le type qui ressemble à Jürgen Klopp est venu arroser les plantes et leur faire la lecture, mais nous, bernique.
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Je transmets Sarfati. Sarfati, pouvez vous réunir l’équipe psychanalytique maison, c’est pour une comédie musicale ?
L’huile essentielle de lavande – en fond – Té, tête de noeud, tu crois qu’on joue aux boules sur la terrasse ?
Le tapis en laine artisanal – à l’huile essentielle de lavande – Süskind, si vous souhaitez participer à la conversation, annoncez-vous…

Quand soudain…
Une terrasse, à une table, trois membres du Club des Frites, particulièrement désœuvrés. Un distributeur automatique de sous.
Une femme brune à poitrine plantureuse passe.
Beauf 1 – Oh, 10 direct
Beauf 2 – se rince l’oeil – 10 ! 
Beauf 3 – claque du bec – 10,5 !
Warda – se dirige vers le distributeur
Une femme blonde en salopette passe.
Beau 1 – 5
Beauf 2 – Oh, tu es dur 6 !
Beauf 3 – 5.75 !
Rires gras.
Warda passe devant la terrasse.
Beauf 1 – 7 !
Beauf 2 – regarde la face B de Warda – 9 de ce côté là !
Beauf 3 – 7,45 !
Warda – s’arrête devant la table, lève ses lunettes de soleil, au serveur – Boh… 4 pour le tout, et gardez la monnaie…

Quand soudain…
9h. Sète, terrasse devant les Halles. Une table avec 3 messieurs grisonnants. Une table avec un monsieur qui ressemble à Karl Marx et qui lit Midi Libre. Une table avec Warda qui petit-dejeune un chausson aux moules. Un sémillant serveur qui fait des 8 entre les tables, le plateau arrimé sur la pulpe de ses doigts.
Monsieur grisonnant – Ro-yal ! Même impérial !
Autre monsieur grisonnant – Alors, c’est meilleur qu’au four, comme ça ?
Troisième monsieur grisonnant – Et ta femme, alors, elle en pense quoi ?
L’autre monsieur grisonnant et le troisième monsieur grisonnant – pouffent
Monsieur grisonnant – Oh celle-là, hein, qu’elle reste dans sa cuisine, et qu’elle me laisse sur ma terrasse ! – au serveur – Oh, gamin !
Le sémillant serveur – dépose un double café à Warda, hausse un sourcil en voyant le chausson aux moules
Warda – ‘Merchi’ !
Le sémillant serveur – poursuit sa course vers les messieurs grisonnants
Autre monsieur grisonnant – Ramène trois nouveaux cafés, tu seras gentil.
Le sémillant serveur – au monsieur grisonnant – Alors, comme ça, tu as rencontré miss France ?
Le monsieur qui ressemble à Dany Laferriere – traverse l’espace scénique de cour à jardin, à la manière d’un mérou somnambule.
Le monsieur grisonnant – fier – Et comment, que je l’ai rencontrée !
Autre monsieur grisonnant – Et alors, tu lui as montré ton beau jardin ?
Troisième monsieur grisonnant – Elle a passé la cuisine ?
Tous – pouffent
Arrivee d’un dernier monsieur grisonnant
L’autre monsieur grisonnant – Aah ! Voilà le jeune et beau !

Quand soudain…
France Culture –  » … Structuralisme-han… Bonjour-han…Warda – Aaaah !!!  – air prostré
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – soupir…
@@@ tititi tiiii liuuuu… Crrrt crrrt…@@@
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Kapok pour Sarfati, je répète, Kapok pour Sarfati ?
Le tapis en laine artisanal – Ici Sarfati, je vous écoute Kapok !
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Retour difficile, nostalgie du bain de mer et linguistique prévisible, billet de train retrouvé
Le tapis en laine artisanal – air grave – Mmmh… Risque de Sehnsucht avec objets… Ramenez des tielles ! »

Quand soudain…
Un troupeau de touristes paissant tranquillement place du Pouffre
Le Vieux qui peste derrière son journal – Ah ! Non mais, ‘gadez moi ça ! ‘gadez-moi ça ! C’est une tenue, ça, pour se promener en ville ! Est ce qu’ils se déguisent pareillement pour aller travailler ?
Warda – dans son T-shirt à pois noirs et blancs, slurpe avec une joie sournoise une citronnade – Probablement…


Quand soudain…
Warda et le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – airs tous fiers
Le livre Des Poches sous les yeux – plein d’espoir – Vous avez reperdu le billet de train ?
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Non, mais… On s’est fait traiter de bobos !


Quand soudain… Couleur café
Warda – écoute avec la discrétion la plus extrême la conversation de la table d’à côté.
Le jeune homme à barbe – parle un anglais hésitant entre celui de Warda et de Giscard
Warda – émerveillée – ça alors ! Je comprends tout !
La jeune femme qui prend du Fervex – parle un anglais avec accent américain
Warda – tend l’oreille
Le jeune homme au porte-clef ISTANBUL – s’assoit de l’autre côté de Warda – Un café sans le sucre, s’il vous plaît. Avec ce n’est pas bon ! 😊
Warda – émerveillée – Un connaisseur…
Le jeune homme au porte-clef ISTANBUL – slurpe son café
Warda – slurpe le sien
Ils se sourient
***Voix off : « Comment ça, « merde alors » ? But toi are French ?!  » ***


Quand soudain… Dans le train
Voix SNCF – « Notre train est arrêté en pleine voie, des blocs de béton ont été posés sur la voie. Pour votre sécurité, merci de ne pas tenter d’ouvrir les portes.
Les voyageurs – grognent, ronchonnent, gros-motent
Le livre Des Poches sous les yeux – tout fier – Y sont vachement fort à Radio Béton.
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Ben, c’est juste dommage d’avoir visé la rase campagne bordelaise… Gare de Sète, c’était plus commode.
Warda – Chuuut … Pas trop fort, on va encore dire que c’est de notre faute !
Tous – regardent avec effroi le type au T-shirt stade français, qui mâche un sandwich jambon de pays en disant plein de gros mots, même à ses enfants

Quand soudain… Un air d’Italie…
Voix SNCF – « Mesdames, messieurs, il s’agit d’un morceau de parapet, qui s’est détaché du pont routier… – sans aucune conviction – des jeux et coloriages sont à disposition en voiture 3…
La dame a l’air pincé qui sert son sac à main – vient pour la Xième fois fermer la porte automatique cassée en faisant « Rhoooo ». La coince.
Un type dodu – lutte pour ouvrir la porte en faisant « pfffffff » L’ouvre à moitié.
Des tas de mères avec des sales gosses braillards se faufilent de profil jusqu’au WC.
Des thermos de café apparaissent. Le Radeau de la méduse est dans tous les esprits. Il va falloir rationner les bananes…

Quand soudain…
Warda – s’engouffre dans le premier train complet pour Tours, après avoir entendu un contrôleur dire qu’il arrivait voie 3. Tire sa valise obèse à l’étage du wagon, la range soigneusement, puis se calfeutre sur la petite banquette inter-wagons.
Soudain, une arrivée torrentielle de touristes en sandales et à valises obèses. Flot ininterrompu de l’escalier à la voiture 16, sombres histoires de places usurpees. Sur le quai un enfant qui braille. La mère tire la valise d’une main, l’enfant de l’autre. Il entrent voiture 16.
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Horreur !
Ils montent à l’étage.
Le livre Des Poches sous les yeux – Horreur !
L’enfant – hurle sans discontinuer et sur la même note, en AAAAH. Il fait parfois des variations en HIIIIINNN.
La mère – largue l’enfant sur la banquette à côté de Warda – Je vais ranger la valise. Attends moi là.
L’enfant – HIIIIINNN !!!
Warda – Horreur !
L’enfant – regarde sa mère s’éloigner en hurlant. Puis s’arrête. Il tâte Warda de ses mains potelées. Puis commence à s’endormir dessus.
Warda – soupire, prenant son rôle de coussin au sérieux, tend les bras vers la droite pour continuer sa lecture.
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – sur les genoux de Warda, jaloux – Tssss… Non mais quel sale gamin !
La mère – réapparaît, s’assoit sans ménagement à côté de l’enfant
Warda – poussée contre la cloison, dont sa joue épouse la moquette grise – Outch ! – tend le livre Des Poches sous les yeux à bout de bras
Le livre Des Poches sous les yeux – au totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Je vole, Sac ! 


Quand soudain… En Biocoop
Warda – le bec enfariné, accroché un sac en papier sous le distributeur de lentilles vertes
Un jeune homme en espadrilles – accroche un sachet en papier au distributeur de boulgour
Warda – regarde le jeune homme en espadrilles
Le jeune homme en espadrilles – regarde Warda, lui sourit
Le boulgour – deborde du sachet – chhhiiiiiiiiiiiiiii…
Warda – Perdu !


Quand soudain…
La Voisine – à son poste, voit poindre Warda à l’horizon sur le vélo Carmen Cru sans freins
Warda – freine avec ses pieds, passe à une allure modérée devant la Voisine – frrrrrrrrrrrrrooooooottttte…….
La Voisine – suit des yeux la trajectoire de Warda
Warda – a mal évalué sa distance de freinage, collision avec les poubelles – BONK ! – recule, frotte son pantalon et son pull pour se donner une contenance
La Voisine – Comment qu’ça s’fait qu’t’as r’sorti c’t’épave !? Et l’aut’, que t’as ramené, y a deux jours de ça, qu’est-ce t’en nas fait donc ?
Warda – toujours à cheval sur le vélo Carmen Cru, le front bas – C’est que les pneus de l’autre sont tous dégonflés…
La Voisine – Et le tricycle ? – comprendre : le vélocity
Warda – frissonne d’horreur – Oh, celui-là ! Je l’ai ramené d’où il venait !
La Voisine – T’as bien raison ! Faut pas s’laisser emm…der !


Quand soudain…
Le tapis en laine artisanal – Je suis celui qui a les plus beaux cheveux !
Les autres – admiratifs – Oooh…
L’huile essentielle de lavande – Je suis celle qui a le parfum le plus envoûtant !
Les autres – Oooh…
La bougie en cire d’abeille – Je suis la plus lumineuse !
Les autres – Oooh…
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Je suis celui qui attire tous les compliments !
Les autres – Oooh…
La couette – Mi, chu la plus chaleureuse !
Les autres – Oooh…
Les livres – Nous sommes les plus instruits !
Les autres – Oooh…
La statuette en bois de rose – Je suis la plus précieuse !
Les autres – Oooh…
Warda – heu… – l’assemblée attend – Je… Heu… La Voisine m’appelle Priscilla.
Les autres – Oooh…


Quand soudain…

Warda – regarde avec plaisir ses nouveaux coussins
L’huile essentielle de lavande – air jaloux – Ah, tout nouveau, tout beau !
La couette – air jaloux – In n’est pu chez soi !
Warda – tapote les coussins d’un air satisfait
Le tapis en laine artisanal – Oy ! N’ai je donc tant vécu que pour cette infamie !
La bougie en cire d’abeille – air jaloux – Puisque c’est comme ça, allons-nous en, puisqu’on est de trop !
Tous – se traînent et se roulent au fond du couloir.
Un temps
La bougie en cire d’abeille – Voilà, voilà… On est partis, on a tout laissé…
Un temps
L’huile essentielle de lavande – Mais… C’est qui fait tout noir ici…
Le tapis en laine artisanal – froussard – Je vous interdis d’en parler !
Ils se serrent les uns contre les autres
Warda – On peut savoir ce que vous fabriquez là bas
Airs honteux
Le tapis en laine artisanal – On… On jouait à la ségrégation socio spatiale !
Warda – …bof…
L’huile essentielle de lavande – Mais on allait justement revenir !


Quand soudain… Psychanalyse
France Culture – « … Freud a donc vécu ses derniers jours sur un divan…  »
L’huile essentielle de lavande – au tapis – Oh, monte le son, tu veux ?
Le tapis en laine artisanal – s’exécute
France Culture – « … Il avait recouvert LE divan d’un kilim… »
Le tapis en laine artisanal – tout fier – Quelle passionnante émission !
France Culture – « … Il règne une odeur très particulière dans cette pièce, peut être est-ce les livres…  »
Les livres – Ah !
France Culture – « Ou le tapis… »
Le tapis en laine artisanal – Ah !
France Culture – « Ou les cigares… »
La bougie en cire d’abeille – Ah !
France Culture – « Je suis fasciné par cet endroit… »
Tous – airs fiers et importants

Quand soudain…
Le tapis en laine artisanal – Bon moi, je fais le divan.
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Moi, je fais l’hystérique !
Le tapis en laine artisanal – aparté – On s’en serait douté…
La bougie en cire d’abeille – Mais qui fait Sigmund, alors ?
Le tapis en laine artisanal – coule un regard vers l’huile essentielle de lavande – Oh, il faut quelqu’un qui n’a pas peur des questions indiscrètes…
L’huile essentielle de lavande – Oh, mais c’est tout moi, ça !
La bougie en cire d’abeille – … Bon… On va pas faire dans la dentelle… Moi je fais le cigare.
La couette – Et mi, ch’peux faire la Bonaparte, astheur ?

Quand soudain…
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – se contorsionne sur le tapis en gémissant – Ah ! … Ah !
Le tapis en laine artisanal – aparté – Le Cri de Munch doublé de notre dame des sept douleurs, ça promet.
L’huile essentielle de lavande – air docte et appliqué – Bien… Bien, bien, bien… Parlez-moi de votre mère…
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Ah ! Quelle femme ! Je l’admire ! Je lui dois tout ! 
La bougie en cire d’abeille – … Mais t’es un sac !
L’huile essentielle de lavande – agacée – Oh, merde, le cigare, là ! Tu viens de casser mon transfert !
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – voix de starlette – Ah oui, hein ! Ça va pas aller comme ça, hein ! Je vous préviens, si on m’interrompt toutes les cinq minutes…
Le tapis en laine artisanal – moqueur – Son rôle l’habite.
La bougie en cire d’abeille – sent que ça tourne vinaigre – Bon, je ne dis plus rien, allons-y.
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – vindicatif – De toute façon, les cigares, ça parle pas. Et toc.
L’huile essentielle de lavande – Bien… Vous parliez donc de votre mère… Pouvez vous la décrire ?
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Une grande belle femme brune, en coton bio tissé-teint, sérigraphiée, une pièce rare… D’une grande valeur…
L’huile essentielle de lavande – Bien… Quels étaient vos rapports ?
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – C’est difficile à décrire…
L’huile essentielle de lavande – Bien… Alors si ça peut vous aider, prenez cette peluche et adressez vous à elle comme à votre mère…
Le tapis en laine artisanal – Mais ça c’est gestalt thérapie… Tu melanges !
L’huile essentielle de lavande – vexée – Ah, je mélange ? Je mélange ! Eh bien, ça fera 50€ et c’est tout pour aujourd’hui !


Quand soudain…
Le type aux cheveux gras – air salace – « Et vous alors, vous faites quoi, pour déconcentrer l’adversaire ?
Warda – impavide – Je parle.
Le type aux cheveux gras – condescendant – Ah, vraiment ? Et s’il est sourd ?
Warda – gracieusement – À Dieu ne plaise !
Le type aux cheveux gras – visage peint d’incompréhension – … ?
Warda – amusée – N’est-ce pas ? – lève son verre en direction du type, slurpe une gorgée, œil rieur
Le type aux cheveux gras – …


Quand soudain…
La Voisine – C’est qu’tu dois êt’ bien tranquille, toi, là-haut ! Avec l’aut’, là, qu’est parti en vacances !
Warda – considère le petit voisin du dessous qui hurle à la mort de préférence entre 4h57 et 6h23 et de 23h01 à 00h26 – C’est relatif…
La Voisine – Il est parti au bled pour se marier !
Warda – curieuse – Ah bon ? Où ça ?
La Voisine – En Algérie, mais où donc, je sais pas, hein, j’ai pas l’adresse exacte… Sa mère voulait m’emmener avec eux ! J’ai dit non, à mon âge, j’vais pas m’embarquer dans une expédition pareille !
Warda – sautille – Oh ben moi, je veux bien y aller à votre place ! Moi, je veux bien y aller, au mariage !
La Voisine – sourcils froncés, poings sur les hanches – Ah ! Et tu crois que j’vais t’laisser aller là-bas toute seule !


Quand soudain…
La fille au T-shirt à rayures – Pour ton anniversaire, je vais t’offrir un livre de cuisine !
Warda – slurpe son thé, d’un air maussade
Le tapis en laine artisanal – air compatissant
L’huile essentielle de lavande – Oh pas de blague, hein ! Qu’elle apporte plutôt des supions prêts à manger !
La couette – Une tarte au Maroilles, ou une tarte au chuc’ !
Le totebag Festival International Jean Rouch – Des maaaangues ! 
Le livre Des Poches sous les yeux – Une bouteille de Syrah ou de Chasse-Spleen !
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Des fleurs van Uffelen !
La bougie en cire d’abeille – l’album 6 du Chat du Rabbin, qu’on est passés du 5 au 7 !
Warda – Mais… On lui dit qu’on a mangé tout le clafoutis ? Et que c’était bon ?
Le tapis en laine artisanal – Oy ! Non, surtout pas ! Il est des vérités trop difficiles à croire !


Quand soudain…
La Voisine – Air de Marthe Villalonga – Ah ! Voilà ma petite préférée !
Warda – air méfiant
La Voisine – Sur ton trajet, y aurait bien la poste, non ? – air inquisiteur
Warda – plisse les yeux – Ah, mais ! C’est que mon vélo fait partie de votre flotte GPS ? 
La Voisine – Qu’est-c’est qu’ça, encore, une flottegépéhesse ?
Warda – C’est un ustensile indispensable pour les zoeils de Moscou !
La Voisine – amusée – Oeil de Moscou, rien du tout ! Par contre, j’ai là deux lettres… – les lettres apparaissent magiquement sur l’appui de fenêtre. Air de pauvre petite vieille dame – Alors, puisque tu passes par la poste…
Warda – qui ne passe pas du tout par la poste – Bon… Heu… Je peux faire en sorte de…


Quand soudain…
Le tapis en laine artisanal – lit avidement le journal
La bougie en cire d’abeille – Dis, y a des jeux à la fin ?
Le tapis en laine artisanal – tourne les pages à bout de franges – Oui, des mots croisés, des devinettes…
La couette – Dis, lis-nous le cuize !
Le tapis en laine artisanal – gêné – Le… Le quoi ?
La couette – Ben, le cuize ?
Le tapis en laine artisanal – … Heu…
L’huile essentielle de lavande – Oh dis, t’as les portugaises ensablées ? Le couizeuh qu’on te dit !
Le tapis en laine artisanal – decille – Ah… Le quizz !


Quand soudain…
Le type aux cheveux gras – air salace – « Et vous alors, vous faites quoi, pour déconcentrer l’adversaire ?
Warda – impavide – Je parle.
Le type aux cheveux gras – condescendant – Ah, vraiment ? Et s’il est sourd ?
Warda – gracieusement – À Dieu ne plaise !
Le type aux cheveux gras – visage peint d’incompréhension – … ?
Warda – amusée – N’est-ce pas ? – lève son verre en direction du type, slurpe une gorgée, œil rieur
Le type aux cheveux gras – …


Quand soudain…
Warda – apporte fièrement sa dernière tentative culinaire, qui s’avérera être son dernier échec culinaire – Voilà, j’avais honte de toujours apporter du chèvre et du fromage. Alors je me suis lancée.
La fille au T-shirt à rayures – air circonspect
Le type qui ressemble à Jürgen Klopp – se gratte la barbe.
Tous – goûtent la préparation
Warda – mâche – Bon c’est insipide…
Le type qui ressemble à Jürgen Klopp – C’est… C’est quoi le truc rose ?
La fille au T-shirt à rayures – … Sinon, chèvre et vin, c’est très bien, hein…
Warda – Merci. Vous êtes vraiment de bons amis. Voilà, je ne complexe plus. J’arrête la cuisine.


Quand soudain…
Warda – à plat dos sur le tapis en laine artisanal, un oreiller sous la tête. Les bras en croix, les jambes appuyées sur la chaise en formica, un torchon humide sur la figure.
La bougie en cire d’abeille – Pour moi, c’est la foire au basilic, ce matin. Elle a pas supporté… Tous ces touristes qui prenaient en photo le totebag « Tabarnak je lis Jack Kerouac »…
L’huile essentielle de lavande – Eh ben…
Le totebag « Tabarnak je lis Jack Kerouac » – Je suis trop beau, trop mignon… C’est pas de ma faute. Y a les sacs à provisions, et y a.. MOI !!!
Le totebag Festival International Jean Rouch – Petit mer…x va… Personne ne chante « Cocorico monsieur Poulet  » sur ton passage…
L’oreiller – Chuuut ! Elle se concentre !
Tous – Ah ?!
Le tapis en laine artisanal – Oui ! Elle cherche des mots en -gogue.
Tous – airs consternés
Warda – démagogue… Sialagogue… Pédagogue..
Le tapis en laine artisanal – concentré – Synagogue !
Le totebag Festival International Jean Rouch – amusé – Emménagogue !
L’huile essentielle de lavande – hésitante – Apologue ?
Warda – voix souffreteuse – N… Naaan…
La bougie en cire d’abeille – Grog ?
Warda – … Naaan…
La chaise en formica – Pogs ?
Warda – amusée – Nan !
Le totebag Festival International Jean Rouch – Églogue ?
Warda – voix d’outre-torchon – Nan…
Le totebag « Tabarnak je lis Jack Kerouac » – Heu… Moi ! Moi ! – l’Assemblée retient son souffle – Gogues !
Tous – … Crrr crrr crrr


Quand soudain… Question indiscrète…
L’huile essentielle de lavande – au tapis en laine artisanal – Oh ! Je peux te poser une question ?
Le tapis en laine artisanale – acquiesce
L’huile essentielle de lavande – air gourmand – … indiscrète ?
Le tapis en laine artisanal – regrette déjà, mais acquiesce sans conviction
L’huile essentielle de lavande – ton de confidence sur l’oreiller, air réjoui – Bon, alors… Quand elle te marche dessus, ça te fait quoi ?
Le tapis en laine artisanal – affreusement gêné, tousse et rougit – M… Mais ! Mais enfin ! Mais rien du tout ! Absolument rien ! Rien de rien de rien ! Avec tous ceux qui m’ont marché dessus, hein !
L’huile essentielle de lavande – air déçu – Même quand elle se met sur la pointe des pieds pour atteindre le dernier rayonnage de la bibliothèque ?
Le tapis en laine artisanal – tout rouge – Mais non, mais rien, mais non ! Mais n’importe quoi ! Ah ! Vous ne pensez vraiment qu’à ça, dans le Sud !
L’huile essentielle de lavande – moqueuse – Hem… Pardon, hein… Tu devrais faire un duo avec le plaid polaire, alors !


Quand soudain… Toute ressemblance serait fortuite

La fille au T-shirt à rayures – air circonspect -Et comment ça se passe, si une personne se reconnaît dans tes statuts Facebook alors qu’elle n’a pas envie qu’on etale sa vie privée ?
Le type à lunettes – aspire pensivement une cigarette, conscient d’être lui même une interface entre la liberté d’expression et créatrice de l’artiste et les suppôts du capitalisme
Warda – pour elle-meme, flattée – Oh mais alors, la dimension documentaire de mon œuvre est supposable ! – à voix haute – Mais comment une personne pourrait sérieusement se reconnaître dans un personnage qui n’est pas nommé, ni vraiment décrit, dont l’existence réelle n’est même pas revendiquée par – rougit – l’ « auteur » ?
La fille au T-shirt à rayures – Mais si quelqu’un se reconnaît quand même ?
Le type à lunettes – masse un coin de moustache d’un air pensif, se demandant s’il ne s’agit pas de co-construction littéraire à l’aveugle, sans pour autant témoigner d’un handicap sensoriel manifeste.
Warda – mangeant salement un pomelos – Si quelqu’un se reconnaît, il est soit parano, soit très imbu de sa personne…
Le Totebag tabernak je lis Jack Kerouac – Ben voyons…

Quand soudain…
Le tapis en laine artisanal – se redresse sur le bout de ses franges et s’observe sous tous les angles dans le bas de la psyché, se contorsionne, prend des poses.
L’huile essentielle de lavande – Oh, fada ! Tu te prends pour Grace Kelly ?
Le tapis en laine artisanal – Oy ! Je suis moi, c’est déjà lourd à porter…
L’huile essentielle de lavande – à la bougie en cire d’abeille- Vé, misère ! À deux poils du selfie !
La bougie en cire d’abeille – Rhoooo…
Le tapis en laine artisanal – Ah ! Déjà on m’accuse ! Je vérifie juste quelque chose.
L’huile essentielle de lavande – Et quoi !?
Le tapis en laine artisanal – minaude un peu – Mais quel genre de personne de qualité pourrait s’identifier à moi en lisant les statuts Facebook !


Quand soudain… Fruits ?
Warda – dépose trois gros agrumes, jaunes et dodus, sur le tapis de la caisse.
La caissière – les saisit, les observe un moment – Excusez-moi, mais c’est quoi ?
Warda – prise d’un doute affreux – Des… Des pamplemousses ?
La caissière – attrape la liste plastifiée qui recense tous les fruits et légumes, et leur prix au kilo – Pastèque… Poivrons… Prunes… Vous êtes sûre ? Je ne trouve pas…
Warda – hésite – heu… En tout cas c’est ce que j’avais envie de manger.
La caissière – rit, appelle sa collègue qui vient – Tu sais ce que sais, toi ?
La collègue – hausse les épaules, moqueuse – Bah ! Oui, des pomelos !
Warda et la caissière- airs honteux – Aaaah… D’accord…
Elles regardent les fruits avec un air connaisseur
Le monsieur agacé derrière – Bon alors ! Faut que j’aille voir le prix moi même ou quoi !?
Les trois – le regardent avec dédain
Warda – Et c’est quoi la différence, alors ?
La collègue – C’est un croisement, je crois ?
La caissière – Entre une orange et un pamplemousse alors ?
La collègue – Une orange sanguine, alors !
Warda – Ah oui, tiens, peut être !


Quand soudain… Rien
Warda – arrive en sifflotant sur le vélo Carmen Cru
La Voisine – Ah ben y a d’l’ambiance, ce soir ! V’là qu’elle siffle sur son bigadin !
Warda – Bonsoir !
La Voisine – C’est t’y qu’t as eu une augmentation ? Warda – fait non de la tête
La Voisine – qu’t’as gagné au Loto ?
Warda – Non de la tête
La Voisine – Que ta chaudière est réparée ?
Warda – soupire – Non plus…
La Voisine – Que t’es en vacances ?
Warda – sourit – Non !
La Voisine – air encore plus indiscret – Que t’as trouvé un amoureux ?
Warda – rit devant tant de sans gêne
La Voisine- Non plus ? … Ben alors… Pourquoi donc que t’es si contente ?
Warda – Pour rien ! Justement, pour RIEN !


Quand soudain… Tout conte fait…
La chaise en formica – Eh ben, quel appétit, ce soir !
Le totebag « tabernak je lis jack Kerouac » – air de celui qui en sait long – Quelle journée, aussi…
L’huile essentielle de lavande – Alors, raconte, endormi, que tu nous fais attendre le car en plein soleil, là !
La couette – Ui, m’fieu !
Les oreillers – pouh, toujours à faire l’intéressant, celui-la !
Le totebag – N’empêche que le seul qui sait, c’est le seul qui sort de la caverne…
Tous – pfffffff – font mine de faire autre chose.
Le totebag – eh ! Oh ! Elle est allée lire au café !
Tous – et alors !?
Le totebag – une dame qui marche avec une cane est arrivée, avec un monsieur.
Tous – et alors ! ?
Le totebag – elle a vu le livre qu’elle lisait.
Tous – et alors !?
Le totebag – Alors ils se sont assis à côté. Et la dame a parlé de Laferriere.
Tous – et alors !?
Le totebag – Alors elle a dit, en sachant qu’elle écoutait , « j’ai un livre dédicacé de Laferriere ! »
Tous – Et alors !?
Le totebag – alors elle a dit : « Quelle chance ! » et elle ont parlé de Laferriere avec la dame.
Tous – et alors ? !
Le totebag – Alors, elle était heureuse, et elle remerciait le ciel tout bleu d’avoir donné la poésie aux hommes pour qu’ils aient un prétexte pour se parler.
Le livre de mythologie grecque – pensif – les dieux sont avec elle…
Le tapis en laine artisanal – secouant ses franges – raconter si mal une si bonne histoire !
Tous – se tournent vers le tapis, pour connaître sa version.
Le tapis en laine artisanal – Alors, si elle remerciait les yeux vers le ciel, c’est une histoire de poésie franco-allemande de Normandie.
Le totebag – Pffff… Encore ?
Les autres – chhhhht ! Et alors ?!
Le tapis en laine artisanal – un clin d’œil au totebag – Alors rien, puisqu’on vous dit que c’est toujours la même Histoire !


Quand soudain… Coupe du monde
La Voisine – Z’avez entendu tout c’ramdam qu’y font !? Ah !
Warda – Ben alors ? Vous ne soutenez pas l’équipe de France ?
La Voisine – Ah, mais j’ai r’gardé l’match, moi ! Jusqu’au bout ! Sont drôlement cher payés pour s’qu’y font, m’enfin, ça fait passer l’temps… Chuis plutôt rugby moi.
Warda – Ah ?
La Voisine – Ben oui, chuis une fille du Sud-Ouest, moi ! Enfin Z’avez vu s’t’équipe de France, quand même ? J’voudrais pas dire,hein, mais…
### ding, ding, ding !!! Une menace a été détectée : discours raciste. Mise en quarantaine. ###


Le Dahu – roulé en boule contrariée dans son manguier. Sourcils en accents circonflexes. Queue sur la truffe.
Un long moment passe.
Un enfant – arrive au pied du manguier. Il cherche le Dahu des yeux. Ne le voit pas. S’asseoit par terre.
Deux autres enfants arrivent et font de même. Puis un autre. Puis un autre.
Le Manguier – Mais enfin ! Tu vas bouder encore longtemps ?
Le Dahu – Oui ! Je veux être un truc effrayant, et très méchant ! Avec des grandes ailes griffues, qui crache du feu, qui démolit tout. Qui fait plein de bruit ! Qui fait peeeeeuuuur !!!
Le Manguier – Et pourquoi ?
Le Dahu – Parce que !
Le Manguier – Tu es sûr ? – écarte subrepticement une branche
Le Dahu – passe sa truffe entre deux mangues, voit tous les enfants assis au pied de l’arbre. Air circonspect. Avance un peu plus hors de sa cachette.
Un enfant – voit le Dahu, est tout heureux – Regardez il est là !
Toutes les têtes d’enfants se tournent vers la branche indiquée par le doigt. Oooh  ! Il est beau ! Comme il est mignon !
Un enfant – tend les bras – Viens, Dahu !
Le Dahu – flatté – Rrrrrr miark !  – descend prudemment vers les enfants
Le Manguier – Alors, tu les veux quelle taille, tes ailes ? Avec ou sans écailles ?
Le Dahu – de mauvaise foi – Pfffft ! Pfffft !


Quand soudain… Telle fille
La Vieille Dame au gilet rouge – Regarde Warda fixement
Warda – regarde derrière elle, puis la Vielle Dame, puis hausse un sourcil
La Vieille Dame au gilet rouge – regarde toujours Warda avec insistance
Warda – gênée, se regarde par reflet dans une fenêtre, voir si sa coiffure ou sa tenue on quelque chose d’inconvenant.
La Vieille dame au gilet rouge – attire l’attention du Vieux Monsieur qui lit un journal sur Warda, oubliant d’être discrète.
Warda – se cache comme elle peut derrière son livre de poche
Le Vieux Monsieur qui lit le journal – rit voyant Warda gênée, il donne un léger coup de coude à la Vieille Dame au gilet rouge
Warda – aspire son eau pétillante l’oreille et l’œil hyper vigilants.
La Vieille Dame – jette de temps à autres des regards furtifs et souriants à Warda
Le Vieux Monsieur qui lit le journal – fait « rrrhooo… » quand la Vieille Dame au gilet rouge regarde Warda, en la regardant aussi
Plus tard
La Vieille Dame et le Vieux Monsieur se lèvent. En partant, la Vieille Dame s’arrête à hauteur de Warda
La Vieille Dame au gilet rouge – émue, avec un sourire, scrutant Warda – Je vous prie de m’excuser… C’est que… Vous ressemblez tellement, tellement à notre fille…
Warda – pour elle même – Magari…


Quand soudain… Aria
La Voisine – penchée à sa fenêtre, regarde le bitume d’un air grave.
Warda – apparaît, sautillante et joyeuse
La Voisine – Ah ! Te V’là, toi ! C’est l’Bon Dieu qui t’mets sur mon ch’min ! Ramasse-moi donc ce journal, là, qu’est tombé d’ma f’netre !
Warda – ramassant le journal, amusée – C’est que vous lisez à la fenêtre ?
La Voisine – De c’chaleur là ! Non, non, c’est pour caler le volet. Si je le ferme complèt’ment, j’vois pu rien, et là, ça fait du courant d’air.
Warda – air candide – Et c’est bien, ça, de voir les courants d’air ?
La Voisine – Hah ! Ca, c’est pas c’qui manque, dans le bâtiment ! L’aut’ jour, le gars du deuxième…


Quand soudain… Mode
Le lourdaud poli – Mademoiselle,vous êtes tellement élégante, vous travaillez dans la mode ? Vous êtes styliste ?
Warda – aparté, à son grand père – Hein, Grand-pere, on fait dans la confection ? ? – Oh quel flatteur ! Mais non, dans la radio, ce qui est moins chic !
On entend le rire du grand père, qui fut aussi technicien radio, il y a fort fort loin.


Quand soudain… De bric et de broc
Le type qui a vu l’annonce sur leboncoin – Ah, vous collectionnez les vieux bouquins ? Moi aussi, j’adore les vieilleries !
Les livres – crrrrrr!! ?
Warda – ?
Le type qui a vu l’annonce sur leboncoin – ça vient du Maroc, ça, non ? Moi aussi, j’ai fait le Maroc avec ma femme, Marrakech, Casa… Remarquez, on trouve ça chez Terres Natives aussi…
Le collier de M’Hamid et la melfa – crrrrrr !!! ?
Warda – ? chuuut
Le type qui a vu l’annonce sur leboncoin – recule, marche avec ses chaussures sur le tapis en laine artisanal
Le tapis en laine artisanal – Oy ! Être piétiné par une belle femme, passe encore, mais par un cuistre ?
Warda – chhhhht !
La couette – Astheur, ché loqué milorde, mais ch’n’a point d’aut’ élégance !
Warda – Chhhhht !
Le type qui a vu l’annonce sur leboncoin – Et vous payez dans les combien de loyer, ici ?
L’huile essentielle de lavande – Té! Vié d’az ! T’es d’la police ?
Le type qui a vu l’annonce sur leboncoin – sort la somme requise, embarque son achat, et disparaît dans le couloir.
Un temps.
Tous les objets – Ne me vends pas ! Ne me vends pas ! 
Warda – Ne craignez rien, aucun de vous n’a été trouvé à la déchetterie


Quand soudain… Labeur laborieux
Warda – assise à son bureau, derrière des piles de livres et de papiers, air déterminé – Grâce à mon travail, je vais devenir riche. Très riche !
L’huile essentielle de lavande – Té ! Autant tuer un âne à coup de figues molles !
Le tapis de laine artisanal – piqué – Et pourquoi non, je vous prie ?
Le magazine d’art contemporain – air inspiré – Ce qu’il lui faut, c’est un concept…
Les deux autres – Tssss….


Quand soudain… Rien
Warda – air exténué, soupir profond
La Voisine – Ben, qu’est-ce qu’elle a, la p’tite, à tirer une gueule de six pieds d’long, c’soir? Qu’est-ce qui s’passe ?
Warda – Rien ! C’est bien ça le problème ! Ah! – fait Martha Graham avec son chèche.
Le chèche – Elle est en RTT et le crapaud est resté un crapaud…


Quand soudain… Etre ou ne pas être…
Warda – le regard sur la ligne bleue des immeubles de Saint-Pierre-des-Corps
L’huile essentielle de lavande – Vé, le ravi de la crèche!
La bougie en cire d’abeille – Oh non! Elle a encore essayé de lire Schopenhauer!
La chaise en formica – Non, elle se demande si elle est une « artiste »
Un temps
Tous – hilares – Ahahah!!!
Le tapis en laine artisanal – Le pire est toujours certain!


Quand soudain… Effet de surprise…
La Voisine – à sa fenêtre, façon garde-barrière
Warda – arrive pleine de nonchaloir sur le vélo Carmen Cru, freine autant que faire se peut un coup sec devant la Voisine, et vivement, presque crié – Aujourd’hui, rien!
La Voisine – médusée
Warda – pouffe en rentrant son vélo


Quand soudain… Le retour du vélo prodigue !
Haha… Hoho… Hahaha… Hoho….(bis) – voix sirupeuse – J’ai retrouvé mon vélo-oh, et ma graisse à traire… J’ai retrouvé mon vélo, et son garde-boue arrière… J’ai retrouvé mon vélo, et on sort faire un tour… ? J’ai retrouvé mon vélo, on va faire fondre Tours! ?
Haha… Hoho… Hahaha… Hoho….(bis) – voix encore plus sirupeuse que tout à l’heure – Moi qui avais perdu espoir, je roulais vitre ouverte, sans dynamo dans l’noir, une selle trouée sous mes fesses,? plus saindoux que Léa, ou que Balibar Jeanne, je suis Clémentine-Suzanne, mais appelle-moi Warda !
Haha… Hoho… Hahaha… Hoho….(bis) – voix toujours sirupeuse – J’ai retrouvé mon vélo, et l’assurance dans la voix… J’ai retrouvé mon vélo, mais n’aie pas peur de moi… On ne perdra pas les pédales, sauf si tu en as envie… On ne te fera pas plus mal que velocity…


Quand soudain…
Deux jeunes hommes à la chevelure insolente – à Warda aux modestes poils-tête – Yeah, c’est pas encore pour aujourd’hui, le salon de coiffure !  Va falloir faire pousser un peu pour faire les nattes!
Warda – enfourche son vélo avec dignité  – Ah, toi, t’as la langue bien longue, reste à voir ce que tu sais faire d’autre avec ! 
Un des jeunes hommes – Scuuuuuud!!!   
L’autre – 
Warda – se sauve à vélo. Un peu plus loin s’arrête devant une vitrine,  observe sa chevelure avec inquiétude, tente d’aplatir une mèche.


Quand soudain… Cherche sommeil…
Le matelas en fibres de bambou – air appliqué, fait le dos bien droit pour Warda allongée sur lui
La bougie en cire d’abeille – Elle dort?
Les oreillers – relèvent leurs coins pour regarder Warda – mmmmh… Presque!
Le livre Des Poches Sous Les Yeux – soutient affectueusement la main de Warda, soupire en voyant qu’il n’est ouvert que page 30
Les lunettes de Warda – s’aplatissent progressivement sur l’oreiller – Ouf…
Le thé à la menthe – air fier – Ci grâce à moi!
L’huile essentielle de lavande – vexée – Té! Vé celui-là, qui se prend pour le marchand de sable!
Les oreillers – Chuuuuuut!!!
La couette – air désapprobateur, nappe Warda avec une délicatesse maternelle – Té m’fra du chagrin, si teu’n’dors pas ch’qu’à d’main!
Tous – observent Warda
Montant par la fenêtre ouverte sur la nuit, le « mrrrarrrk » caractéristique du chat de la Voisine
Tous – à la fenêtre – Chuuuuut!!!
La fenêtre – Vas-y, là! C’est pas moi! – s’adressant au chat de la Vosine – Chuuuuut!!!
Le chat de la Voisine – confus – Mrrrarrrk…
Un temps.
Warda roule sur le côté. Tous retiennent leur souffle.
Le livre Des Poches sous les yeux – glisse lentement vers le sol – Attttt…tention… – arrive délicatement sur le tapis en laine artisanal
Le tapis en laine artisanal – Oy! La chute de la Culture!
Le livre et le tapis – pouffent
Les autres – Chuuuuut!!!!
Un temps
Warda – ronfle légèrement
Tous – Aaah! 
Soudain, le barrissement caractéristique du petit voisin du 3e.
Warda – se retourne, geint
Tous – Pfffffff…


Quand soudain… T9 est un boeuf !
L’étude non rétribuée en ligne – « Citez un mot difficile à dire en langue française. »
Warda – réfléchit longuement. Cherche un mot rassemblant les sons [ɔ̃], [ɑ̃] et [ɛ̃], n’en trouve pas. Pense à « Quincampoix ». Cherche l’étymologie de Quincampoix, tout en se disant que ça n’irait pas de toute façon, l’étude demandant surement un nom commun, et puis il n’y a pas [ɔ̃] dans Quincampoix.
Le site de toponymie – « A qui qu’il en pèse. » Ou « qui qu’en écrase »
Warda – pensive – La vie serait plus simple, si on disait « Quincamponx », « Inlençon » et « Contentin »
L’étude non rétribuée en ligne – Souhaitez-vous enregistrer et répondre plus tard?
Warda – clique sur « continuer » – Ahlala… degré zéro de la patience…
L’étude en ligne non rétribuée – …
Le site de toponymie – Le Cotentin est une péninsule française correspondant globalement aux limites de l’ancien pays normand du même nom autrefois appelé Pagus Constantiensis (pays de Coutances), ce qui explique l’ancienne graphie Costentin
Warda – Ah bon? – rêveuse – Un cap, une péninsule!
L’étude non rétribuée en ligne – Hem…
Warda – Oui, voilà, voilà… – pense soudain à « parité », tape « parité »
Le correcteur T9 – Karité.
L’étude non rétribuée en ligne – compte le nombre de lettres, air consterné – Confirmez-vous le mot « karité »?
Warda – Non, ça va, hein, je suis pas responsable!
Le correcteur T9 – Hihihi


Quand soudain… Vélorution…
Le loueur de cycles – Vous avez déjà eu un velocity?
Warda – regarde à gauche et à droite, pour être sûre que personne n’entende – Voui…
Le loueur de cycles – Et vous en reprenez un?!!
Warda – les yeux rougis, renifle, voix honteuse du récidiviste – C’est qu’on m’a encore volé mon vrai vélo!
Le loueur de cycles – air compatissant – Bon, je vous montre comment on le plie. Alors, c’est très simple : là, la petite manette, voilà, comme ça. Là, hop, ça vient tout seul. Ensuite, là, une autre petite manette, voilà. Là. Et puis, les pédales, qui se plient aussi, voilà. Comme ça, c’est très facile. Et pour finir, la petite sangle velcro. Et voilà.
Warda – se sent comme face à une tente deux secondes Décathlon. – Heu… Ben sinon, je le plierai pas, hein…
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Plus tard
La Voisine – à sa fenêtre – Bah, qu’est-c’est s’t’affaire? Un vélo pour gamin? Va falloir rel’ver la selle, que à, z’avez les g’noux qui vous touchent le menton!
Warda – Ben, j’ai du mal serrer la vis, la selle s’est affaissée en chemin… Enfin, s’il n’y avait que ça… – air tout déçu.
Un temps
La Voisine – L’a une drôle de gueule, quand même, c’te vélo…
Warda – Oh, ben, ça encore… Il est fort laid, mais ce n’est rien… La roue avant n’a pas de jeu, je dois tenir le guidon droit, je n’ai pas l’habitude… En plus, les freins freinent trop, je manque d’être propulsée à chaque fois.
La Voisine – Et y a pas d’sacoches!
Warda – Non, y a pas de sacoches…
Un temps
La Voisine – Valait mieux vot’ épave! Enfin, attachez le tout d’même, les cons, c’est pas s’qui manque, y en n’aura toujours ben un pour vous l’voler!
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Plus tard
Warda – rentre le velocity dans le garage à vélo
Le Chat de la Voisine – regarde le velocity d’un air circonspect – Mrrrarrrk?
Warda – Bon, merde à la fin! Retrouvez mon vélo, au lieu de tous me casser les pieds!


Quand soudain… Que d’eau !
Warda – se drape dans la dignité permise par des étoffes trempées.
La Voisine – Ah! Ben v’là aut’chose! V’là qu’elle s’est crue amphibie!
Warda – Fluctuat nec mergitur!


Quand soudain… Générale !
Warda – parait par la porte, à gauche de la fenêtre de la Voisine. Air accablé, dos voûté. Pousse un profond soupir, et traîne la savate jusqu’au container poubelle.
La Voisine – derrière son rideau, n’en perd pas une miette
Warda – pousse un profond soupir, soulève à bout de bras un sac poubelle, avec des efforts exagérés, et le jette dans le container. Réprime un sanglot, puis traîne la savate vers la porte.
La Voisine – ouvre sa fenêtre, et sort sa tête – C’est quand même pas vot’ vélo, qui vous met dans c’t’état là!!?
Warda – voix geignarde – Non… C’est mon anniversaire… – fait une pause – Et personne ne me l’a souhaité… – air accablé. 
La Voisine – Oh! Oh ben, v’nez donc là que j’vous fasse une bise! 
Warda – hésite –  Heu…
La Voisine – V’nez donc là! 
Warda –  Mais c’est pas vraiment mon anniversaire, je répète!
La Voisine –  Comment qu’ça donc, vous répétez votre anniversaire?
Warda –  Ben oui, comme ça, si personne n’y pense en août, je serai préparée!
La Voisine – Pfffout! Où a-t-on d’jà vu ça! Allez, zou!  Foutez-moi l’camp pour ce soir, que j’vous vois plus!
Warda – rit, sautille vers la porte –  Hihihi!


Quand soudain… Une bonne affaire !
La Voisine – à sa fenêtre – « V’là t’y pas qu’elle rentre à pinces, maintenant!
Warda – chargée comme un mulet – Ah! Figurez-vous qu’on m’a volé mon vélo!
La Voisine – Quoi donc! On vous za volé s’t’épave-là! – Warda acquiesce – Ah! Ben, en v’là un qu’a d’l’ambition! Ben ça, il est pas prêt d’entrer au gouvern’ment çui-là!
Elles rient
Warda – un peu honteuse – J’avoue que j’attends avec gourmandise la prochaine averse, vu qu’il n’a plus de freins, et que les sacoches prennent l’eau…
La Voisine – Ah, ben ça, le beau gadin assuré!
Warda – Et puis, le câble de frein qui rebique entre deux autocollants… Si on ne le sait pas, c’est un peu coupe-jarret…
La Voisine – En plus qu’ya même pas d’lumière, sur vot’ biclou, qu’vous m’faisiez peur, avec vot’ lampe frontale, c’t’hiver!
Warda – Sans parler du garde-boue arrière qui tient par miracle et fait un bruit de mobylette sur les pavés…
La Voisine – Le con! Ah!
Warda et La Voisine – rires de sorcières – Hin hin hin!


Quand soudain… Tribute to madame Sarfati…
Warda – un accroche-cœur de cheveux trempés sur le front, se vide péniblement du vélo Carmen Cru
La Voisine – à sa fenêtre – Ah! Ah bah! L’a r’çu l’déluge, la p’tite! Ahaha!!
Warda – plisse les yeux – C’est ça, rigolez, rigolez! Vous verrez quand vous aurez mon âge, et que vous aurez eu douze enfants! DOUUUUUZE!!!
La Voisine – Ben ça, mon vieux, y a d’quoi être rincée!


Warda – pour elle-même – Parfois, je me fatigue…
Le squelette de Warda – Ah! Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre!
Le cerveau de Warda – Non mais, pour qui elle se prend, celle-là!
Le coeur de Warda – Vous êtes pas sympas, les gars… Allez, on lui fait un câlin!


Quand soudain…
Rrrrikk – volet du rez-de-chaussée qui s’ouvre.
La voisine du rez de chaussée – Ah, laissez moi d’viner! La radio ! Eh ben, ma p’tite, c’est pas comme ça qu’vous vous trouverez un Jules !
Warda – Ah? Vous croyez qu’il m’en faut un!
La voisine – Té! Z’allez qu’meme pas rester vieille fille !
Warda – Mais un seul?
La voisine – Ah! Ah! Ça a d’ja pas l’air d’être d’la tarte d’en trouver un, qu’z’en voulez d’plus ?
Warda- Ben, c’est plus pratique, non? C’est comme un pull, si je le mets à laver, et que j’en ai un autre… J’ai pas froid !
La voisine – réfléchit
Warda – Non?
La voisine – Z’avez d’ces idées… Et vous les rangerez dans l’placard, bien pliés ?
Warda – Oh non, il n’y aurait pas la place, ils tomberaient quand j’ouvre la porte.
La voisine – Eh bah voilà ! Voilà ! C’est une armoire qu’y faut vous acheter !
Warda – Voilà !


Quand soudain… Éthylotest…
La Voisine – Et alors, oussqu’elle est, cette bouteille d’pinard qu’vous aviez dans vot’ sacoche de vélo l’aut’ jour?
Warda – Oh mais, ce n’était pas pour mon usage personnel!
La Voisine – Allons donc!
Warda – C’était une offrande pour une réunion de la radio [ Des Poches Sous Les Yeux]
La Voisine – Ah! Ah! Et zont tout bu, ces soiffards là!
Warda – Il faut bien convoquer les Muses!


Quand soudain… Hapax…
Warda – freine dans la cour au sol humide son vélo Carmen Cru *Rrrrriiinnnkkk…kk..k*
La Voisine – Ah! Faut y mett’d’l’huile d’olive, à s’t’affaire-là! ça raingouste sec!


Quand soudain… petite voix de Warda deviendra grande.
Voix – « Bonjour, e…ou…ais a…é au …rrespondant …ouvelle…République
Warda – Je pense que c’est moi, mais je ne vous entends absolument pas monsieur.
Voix -… é… place…é… ieux?
Warda – Si vous pouviez me rappeler d’un fixe, je pense que ça serait plus simple.
Voix – é…fais ça, ma petite!
Warda – Merci, mon grand! »
Quelques minutes plus tard…
Voix – Allô? C’est mieux? Excusez-moi pour…
Warda – J’entends, j’entends. Que puis-je pour vous? »


Quand soudain… Educ’ Spé’ …
Le monsieur qui fait la manche – Vvv… Vous zète un truc comme… éducatrice de rue?
Warda – Ah, non! Mais ça pourrait!
Le monsieur qui fait la manche – Et… Éducatrice de jeunes?
Warda – Non plus!
Le monsieur qui fait la manche – Éducatrice pour les enfants!
Warda – Toujours pas, par contre, je leur fais tous faire de la radio!
Le monsieur qui fait la manche – Ah? Ah bon? Fabriquer de la radio? Mais… Sur les ondes? Genre, si j’allume le poste, j’entends?
Warda – Ah, ben, j’espère que oui! Sinon, c’est qu’il y a de la friture sur la ligne!
Le monsieur qui fait la manche – Les carottes sont cuites! Les carottes sont cuites!
Warda – Radio Paris ment… Radio Paris ment…


Quand soudain… Comic Strip’ …
Warda – empêtrée dans le pull qu »elle essaie d’enlever, tout en tenant son vélo du genou pour ne pas qu’il choisse mal à propos sur le bitume sale.
La Voisine – Ah! Ah ben! Vl’à t’y pas qu’on assiste à un strip’tize!
Warda – émerge du pull, comme tout artiste en devenir – Ah, non! On a vu assez d’horreurs pendant la guerre!


Quand soudain…. Rrrrirk…
La Voisine – Et comment qu’vous faites, pour rentrer là-d’dans? – coup de menton vers le pantalon de Warda – a-t-on idée d’fabriquer des pantalons si étroits!
Warda – s’approche lentement de la fenêtre, air de conspirateur florentin – Avec un chausse-pied!


Quand soudain… Entendu depuis la cuisine en préparant le thé…
Le grand frère – Ah c’est vraiment bien,ici…
La vieille nourrice – au téléphone, curieuse – Ah bon ??
Le grand frère – Oui, il y a des fenêtres, de la lumière, un grand frigo, un four…
La vieille nourrice – Ah oui? C’est bien ça ! Quoi d’autre ?
Le grand frère – Une machine à laver, une salle de bains, un dressing… C’est un vrai appartement, cette fois ci !
La vieille nourrice- Et alors, elle est contente ?
Le grand frère – Oh oui, ça a l’air.
La vieille nourrice – Et toi, tu es heureux ?
Le grand frère – Ça peut aller !
La vieille nourrice – C’est bien mes enfants ! Il faut venir me voir ! Bon, je raccroche ! Je me fais engueuler que je suis encore au téléphone !


Quand soudain… Bluette…
Un couple de vieux touristes anglais – dégustent une glace sur un banc, chacun la sienne.
Warda – arrive avec grâce et délicatesse, tout en cliquetis, sur son vélo Carmen Cru, en descend, et entreprend de l’attacher à un poteau près des touristes.
Le couple de vieux touristes anglais – regardent Warda avec intérêt en continuant de manger leur glace.
Le vieux monsieur – chante, avec un accent terrible, à l’adresse de Warda – « Ma Tonkiki, ma Tonkiki, ma Tonkinoîîîîsééé… »
La vieille dame – pouffe précautionneusement derrière son pot de glace
Warda – chante – « D’autres lui font les doux yeux, mais c’est moi qu’il aime le mieux! »


Quand soudain… Rrrrrirk…
La Voisine – parait solennellement à sa fenêtre.
Warda – enfourche son vélo Carmen Cru – Et hop! Au boulot!
La Voisine – Ah ça oui, ma p’tite! Si on veut du blé, faut aller l’chercher!


W – Comment vas-tu, à Sète? 
F – Je veille à m’attarder un peu avec l’espèce de pitch que m’a pondu mon désir… Je ne m’y retrouve absolument pas, et c’est l’essentiel. Et toi, quelles nouvelles?
W – Je suis radiopathe, je surinvestis la pensée, je donne ce que je n’ai pas à quelqu’un qui n’en veut vraiment pas, et même à Tours, je peux faire prendre le soleil à mes névroses.
F – Ravi de savoir que nous allons si bien.
#infirmierspsy


Quand soudain… Rrrrirk…
La Voisine – Ouuuh! C’est-y qu’elle va à un rassemblement d’jeannettes, avec sa grande jup’ et son pull bleu marine?
Warda – regarde sa vêture, et constate qu’elle a même osé le petit foulard – … Heu… N… Non…
La Voisine – Enfin, ça fait un peu orpheline aussi, c’te couleur-là!
Warda – regarde sa monture – Ou alors police municipale à vélo?
La Voisine – Pfffout! Avec un engin pareil – regard dévalorisant vers le vélo Carmen Cru style de Warda – les voleurs, y zont l’temps d’foutre le camp!


Version chti
Le moutard – Papaaaa ravise le garchon là ! Il a un vélo eud’ bachelette !
Le Papaaaa – Astheur, m’fieu, ch’est nin n’garchon ! Ch’est eun mammoselle !
Le moutard – Euh ? Il a eun coiffure d’garchon !
Warda – In dit garchon-bachelette, tiote biloute !

Quand soudain…
Le moutard – « Papaaaa, le garçon il a un vélo d’fiiiiiille!  
Le Papaaaa –  Mais ce n’est pas un garçon…  
Le moutard – Mais « il » a des ch’veux de garçon! 
Warda – garçonne, on dit garçonne 
Le moutard – 
Le Papaaaa –  »


Quand soudain… Rrrrriiiirk
La voisine –  » Alors, ça y est ? On sort la jup’ à fleurs ? zavez raison. Sinon, finirez comme moi! Avec un chat !
Warda – Ah bon ? Parce que vous n’avez pas fait exprès ?
La voisine – Passsque vous l’faites exprès, vous, peut être !? »


Quand soudain, dans un magasin de bricolage…

Warda – Bonjour je voudrais des aimants.
Le vendeur – Ah mais, si vous voulez des magnets pour décorer le frigo, il faut aller rue Nationale, mademoiselle. *Ton paternaliste*
Warda – Non, non. Je veux des aimants. Et des bons. *Air chafouin* C’est pour dérégler un pacemaker…
Le vendeur – .. 


Quand soudain…
Voix dans l’interphone – Oui, bonjour, c’est les livreurs !
Warda – en tenue de yoga – je vous ouvre!
[Trrrrrrrrrrrt]
Voix dans l’interphone – Merci !
Plus tard
Entrent deux appetissants colosses avec des bonnets de père Noël lumineux, et un lourd paquet contenant une bibliothèque.
Warda –  C’est Noël !


Quand soudain… Un lapin blanc avec une montre et un haut de forme…
La dame de l’accueil en blouse rose – Bonjour mademoiselle, alors, vous avez bien pris votre carte vitale ?
Warda – regarde derrière elle, personne – Heu… Oui… S’il vous plaît… – donne la carte vitale
La dame de l’accueil en blouse rose – C’est très bien, vous pouvez aller dans la salle d’attente, le dentiste va arriver.
Plus tard
Le dentiste – consulte le dossier – Oh ben dites donc, mademoiselle, ça fait longtemps que vous n’êtes pas venue!
Warda – se sent rapetisser sur le fauteuil , cille sous le monstre lumineux, sent presque de nouveau les bagues de l’appareil dentaire sur ses dents 
Plus tard
Le dentiste – Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, c’est bien, vous prenez bien soin de vos dents.
Warda – médusée, se dirige vers la dame en rose, une ordonnance d’eludril à la main.
La dame en rose – tend la carte, tout sourire – je vais vous donner un petit cadeau ! – tend un petit tube de dentifrice vert pomme – voilà un nouveau dentifrice fantastique !
Warda – se sent rapetisser à hauteur du comptoir – Et… Ça existe à la fraise ?


Quand soudain… Point de vue…
La vendeuse – Bonjour-han, vous souhaitez ?
Warda – œil gourmand – un… Un couki.
La vendeuse – Normal-han ou pépites de chocolat ?
Warda – perplexe devant les cookies pépites de chocolat, chocolat pépites, pépites 3 chocolats – heuuu… – voudrait un pépites de chocolat, considère le fait d’être au chocolat comme une option supplémentaire. Ou au trois chocolats aussi – Un… Un normal, s’il vous plaît.
La vendeuse – saisit un cookie chocolat pépites de chocolat – c’est celui là, hein, le normal. Hein, le noir !
Warda – Ah ben, si le Noir est normal, alors oui, je prends celui là !


Quand soudain…
Le viel ours réparateur de chaudière – enlève le capot de la malade. Tire un tuyau, met plein d’eau par terre. Fronce les sourcils.
Warda congelee – Coule une truffe curieuse de l’autre côté de la chaudière – aparté – Tiens, c’est étonnant, tous ces tuyaux en cuivre. Ah, ça chauffe là, en haut ? – Tout haut, amusée – Alors, c’est grave ?
Le viel ours réparateur de chaudière – marmonne un truc malaimable.
Warda – Prrrt… – s’éloigne avec son café, drapée dans un plaid.
Un temps
Le viel ours réparateur de chaudière – hele Warda depuis la cuisine
Warda- apparaît dans le plaid, un XLR emmêlé à la main, un zoom au bout – Voui?
Le viel ours réparateur de chaudière – regarde le câble, puis Warda, devient tout crème


Warda – Allô, j’attends votre technicien depuis 8h ce matin. Je voulais savoir s’il s’était perdu en chemin ?
Choffochouf – Mais c’est que le rendez-vous est noté pour demain.
Warda – … Bon. Écoutez, je vais raccrocher. Sinon, je vais être malpolie.


Quand soudain… Dialogue de sourds 
Commande en ligne. Prix annoncé : 90€ port compris. Paiement PayPal qui ajoute obligatoirement 6.20€ de frais de port non annoncés. Paiement de 96.20€. Mail au commerçant. « Bonjour, je m’étonne de ces 6.20€ supplémentaires alors que les frais étaient annoncés inclus. Est-ce bien normal ? » Réponse : « Ça reste quand même pas très cher pour tel produit. Ou pas assez cher. Je vais augmenter le prix pour 2018. Souhaitez-vous être remboursée de votre achat ? » Réponse : « Non, je souhaite être remboursée des frais supplémentaires. » Réponse : « J’ai quelqu’un qui gère les sites. Je vais lui dire d’augmenter les prix. Merci. » Réponse : « Comme il vous plaira. Mais ça ne résoudra pas l’ajout de 6.20€ par PayPal non annoncés à l’achat. »


Quand soudain… Poils-tête…
Rrrrikk…
La voisine – Ben mon vieux… C’est pas de mieux en mieux, vot’ coiffure !
Warda – Oh mais c’est une coupe évolutive ! Un processus de création artistique ! Dès qu’une mèche dépasse, couic, je la coupe pour lui apprendre à se rebiquer !
La voisine – … C’est pourtant pas compliqué d’aller chez le coiffeur.


Quand soudain… Chouchou…
Moyenne surface de centre-ville. Warda arrive en caisse, y dépose ses achats. Le caissier passe les objets, d’un oeil éteint. Soudain, surprise. Il regarde, considère, soupèse.
Le caissier – air honteux – Excusez-moi… Mais… C’est quoi? 
Warda – hésite, pas sûre de comprendre la demande – ça? … Un… Un chou… Rouge. Un chou rouge.
Le caissier – considère à nouveau le chou, donc, et le passe
Warda – paie, remercie, salue, s’éloigne – aparté – Dans ce pays où l’on méconnait désormais le chou, Jacques, Louis, Jean, vous venez de mourir une seconde fois…


Quand soudain… Une certaine idée de la France…
Le voisin de palier – Vous voyez, la p’tite grand mère, au rez-de-chaussée ?
Warda – … Heu… Oui?
Le voisin de palier – Eh ben, elle dit qu’elle est raciste, hein, mais elle est toujours fourrée avec ceux du premier ! [Le monsieur est imam] Raciste, tu parles ! En plus, leur gamine braille tout le temps ! Ah!
Warda – …  se rapproche de sa porte, clefs à la main. Aparté – Sortez moi de là, sortez moi de là…
Le voisin de palier – de toute façon, je m’en vais bientôt.
Warda –  Ah bon ? – tousse
Le voisin de palier – Oui, ça peut plus durer. J’ai eu un logement OPAC aux Fontaines. [quartier populaire]
Warda – Où… Où ça ?   
Le voisin de palier – Aux Fontaines. Vous connaissez ?
Warda –  Oh que oui, ça va vous plaire, comme quartier. Bonne soirée.


Quand soudain… C’est pas moi !
Le spectacle commence. Insidieuse, mais bien là, une musique. Difficile de savoir d’où elle provient. Les batteurs la recouvrent. Silence sur scène, la musique d’outre-poche ou sac se déroule. Tiens, le type devant – Xavier Selva – a remarqué aussi. Son fils aussi. Batteurs qui battent. Accalmie. Musiquette. Ahah, y a vraiment des boulets… Quelqu’un qui n’a pas éteint son Spotify, ou quoi. Bon, ça devient agaçant, ce fond sonore… Ah l’autre type devant a remarqué et s’impatiente. Bon, pas celui à côté de moi, il dort. Batteurs à l’œuvre. Accalmie. Voix de femme plutôt jazz. D’autres personnes incommodées devant moi… Ahlala… Impossible de se concentrer, c’est insupportable. Moi au moins, j’ai bien eteint mon téléphone. … Enfin, je crois. … Non, non, c’est sur. … Et… Et si ça avait pas marché ? Après tout, je suis à moitié sourdingue… Je localise la musique devant moi, à droite, à environ 1 mètre, je l’entends mieux quand je me penche en avant. Mais si ça se trouve, je me plante … Et… Et c’est moi!!! -Se plie en deux, tête entre ses genoux, tâte dans son sac, sort craintivement son téléphone – Éteint, ouf! Voilà, c’est bien ce que je me disais. De toutes façons, sur mon téléphone il n’y a que Hadouk Trio et Pauline Carton, pas une bonne femme qui chante sur des cuivres. Ah, j’vous jure. y a vraiment des gens qui ont du toupet.


Quand soudain… Gaufre musicale…
Warda – se trémousse dans le couloir, rejoint à pas chassés les boîtes aux lettres – J’ai envie de touuuua-ah… Est-ce que tu le voiiiiiii ah? Laalalala
La Voisine – Ah, ben, ça chante! Ça chante! C’est qu’les affaires reprennent ? *Air égrillard*
Warda – Ah, non, c’est que j’ai vu Catherine Ringer en concert !
La Voisine – … C’est qui encore, celle là ?
Warda – Ben là moitié des Rita Mitsouko. Ouhou ! Ouhou !
La Voisine – Ah, bon… Vous écoutez ça, vous, alors ?
Warda – Oui, même si quand j’étais petite je croyais que c’était une marque de gaufres.


*tous ensemble, tous ensemble, ouais ! Ouais ! Tous ensemble, tous ensemble ! *
Une jeune femme – Nan mais y sont graves, à tout le temps gueuler comme ça ! En plus, que ça sert à rien-han!
L’autre- Grave! Trop relous !
Le mendiant – mondmoiselles, vous zauriez pas la pièce ? Silvouplé…
La jeune femme – Ah mais, lui aussi, grave relou! Et y en a d’plus en plus !
L’autre – Nan mais j’te jure!
Warda – … Sick sad World.


Un feu rouge, 8h30
Warda –  sur son vélo, tout fort, l’air inspiré  –  » Sur votre tombe, monsieur Henriot, si toutefois vous en avez une, on lira ceci : Philippe Henriot, mort pour Hitler, fusillé par les Français. Bonne nuit, monsieur Henriot, si vous pouvez dormir… »
Le type à la chemise à carreaux avec un casque 🚴‍ arrivé sans prévenir sur son vélo électrique –     
Warda – seconde de solitude  – Oui, uiui… J’aime bien me prendre pour Pierre Dac, le matin…  


Quand soudain…
La dame –  » Je lui ai dit de venir vous voir, je lui ai dit « là, la JEUNE FILLE en rouge. »
Warda – . .. – se regarde dans le reflet de la vitre – air tout flatté


Quand soudain… Éternelle leçon de la séduction…
Un jeune homme dépité de n’avoir pas de sous pour payer le restaurant, la sortie, le truc pour impressionner sa belle.
Warda- intérieurement – Ben mon vieux… Si tu comptes sur l’argent pour être aimé, t’as pas fini d’attirer les michetonneuses… Si tu n’as rien d’autre à offrir à une femme, tu feras fuire les plus intéressantes et les moins intéressées…
Warda – tout haut – Sick sad world


A – Je voudrais un sport qui pousse à dépasser sans cesse ses limites, tout en travaillant sur la maîtrise de soi, où il y a une recherche de perfection…
W- mmmmh mmmmh. ..
A – Ou on doit s appuyer sur le collectif, tout en ne comptant que sur soi -même. ..
W – Essaie d être une femme! XD


Quand soudain…
Riiiirk… Le volet du rez-de-chaussée
La voisine du rez-de-chaussée – Bonjour Warda, dis donc, c’est qu’vous êt’ réchauffée, à vous trimballer en minijupette à vélo tôt matin!
Warda – Ah, bonjour! Mais vous savez mon nom!
La voisine – Ah! Ahaha! Té! Rien m’échappe, à moi! Z’allez pas avoir froid comme ça?
Warda – Oh mais non, j’ai un gros collant, et un short sous ma jupe! Je suis parée pour les bourrasques!
La voisine – Un collant? C’est chaud assez, ça? Où qu’vous en achetez des pareils?
Warda – 4€ chez Monoprix
La voisne – 4€! Ben mon vieux! C’est pas donné!
Warda – Mais c’est un collant épais, ça ne file pas comme ça au premier accroc venu!
La voisine – J’ai vous dire, moi j’vais acheter un pantalon d’laine, ça m’tiendra toujours plus chaud au cul qu’vot’ collant! Y avait un bon d’réduction dans la Nouvelle République, comme vous la recevez aussi, gardez-moi donc c’numéro là! »


Quand soudain…
– … Monsieur ? Excusez moi, ça vous ennuie d’ouvrir ma bière ? Je n’ose pas le faire avec mes dents….
– Oh excusez-moi! *Pschitt* Fallait le dire avant !


Chez le marchand d’outils
Warda – tâte des paquets de vis pour trouver la même que celle qu’elle a dans la main.
Le vendeur – Tout se passe bien, mademoiselle ? N’hésitez pas, hein, si besoin !
Warda – … Je devrais m’en sortir, je crois… Merci. 
Rayon forets de perceuse
Warda – un foret tordu à la main, cherche son homologue.
Le vendeur – Si vous ne trouvez pas, je peux vous aider, n’hésitez pas !
Warda – trouve ce qu’elle cherche, le met dans le panier – Oui, oui, merci ! 
Rayon clous et marteaux
Le vendeur – Tout se passe bien ? Vous vous en sortez ?
Warda –  …  Eh bien non, figurez-vous que je ne trouve pas les faucilles !
Le vendeur – Alors plutôt au rayon jardinage !


Quand soudain… Formation sur un mode ludique
–  » Mon premier est très consommé en Asie, mon second est connu pour ses retards, mon tout est un dispositif d’aide aux jeunes entrepreneurs… Alors ? Qui a une idée ?
*Secondes de silence*
Une voix hésitante – N… Nouille poste?
– Nooon! Presque! Une autre idée ?
*Secondes de silence*
Une autre voix – peu de conviction -Riz train?
– Eh bien non, c’est Riposte !


Quand soudain… #SeuNeuCeuFeu
– « Vous savez lire?
– …?
– Y a écrit quoi sur votre billet ? Deux minutes ! Deux minutes avant le départ !
– … Mais les portes du train sont encore ouvertes…
– … Deux minutes A-VANT le départ !
Triiiit !!! Sschhhh…. Kbonk…. Rrrrrrtttt rrrrrrtttt….
Warda demeurée seule sur le quai avec le contrôleur regarde ostensiblement l’heure sur son téléphone. Puis le contrôleur, qui sait le poids de ces deux minutes de retard avec lesquelles part le train. Sourire mesquin du type. Warda regarde son crâne qui se dégarnit, puis lui adresse un regard empathique. Le type ne sourit plus.


Quand soudain… #cocoville 
– Tu viens à la conférence sur l’éducation populaire au CCC?
– Heu… C’est payant ? 
-… Le Centre Culturel Communal, à Saint Pierre des corps…
– Ah ben c’est gratuit alors ! 


Pas encore 7h. Quartier Velpeau.
Warda, dans une vapeur de café équitable  enfourche son vélo 
4 pékins font du jogging. Nos experts se penchent sur ce phénomène. 


Quand soudain…
Voix – Nous contactons les anciens étudiants… quelques minutes à consacrer… questionnaire… ?
Warda – Pfff… – s’apprête à raccrocher, se rappelle qu’elle a fait les mêmes appels il y a pas si longtemps que ça, avec d’autres étudiants fauchés, se ravise – Bon, oui, hein, mais pas plus d’un quart d’heure!
Voix – reconnaissante – Merci! (…) Votre salaire mensuel actuel est-il en rapport avec votre niveau d’études?
Warda – … Heu… Attendez, il faut que je calcule… Alors, 658… divisé, par 9… donc, 73 euros par année d’étude… Je crois que je peux dire que non?
Voix – tousse – … Non, donc… Quel type de contrat…
Warda – Un CAE CDD à temps partiel!
Voix – soupire – Un contrat aidé, donc…
Warda – C’est un peu indiscret, hein, mais vous, vous êtes en quelle filière?
Voix – amusée – En Master Arts du spectacle.
Warda – Ahahah!!!
Voix – …
Warda – Ahahaha!!! Excusez-moi, hein, mais c’est que…
Voix – Oui, oui, j’ai vu dans votre dossier…


Non aux « prédateurs » !

Le 23 mai 2018 paraissait dans le journal satyrique Le Canard Enchainé un article dénonçant les « prédateurs » qui rachètent pour une bouchée de pain des appartements dans des résidences-services pour personnes âgées et cherchent ensuite à faire supprimer ces services pour faire augmenter la valeur de leurs logements. A Tours, la résistance s’organise!
Voici l’article du Canard Enchaîné :

A Tours, quartier Velpeau, la résidence Le Bocage est particulièrement touchée par ces procédés, et le 30 juin 2018, l’association des résidants devrait être en liquidation judiciaire, ce qui veut dire suppression des services, et licenciement du personnel. Le 19 juin, les résidents faisaient une manifestation devant l’établissement pour sauver les services qui leur sont indispensables au quotidien. Ecoutez-les !


A mes amis

A mes amis et à ceux qui furent des enfants tristes

Pauvres de vous, émotifs, dévastés par la moindre déception, trop gentils.
Rayonnants dès que vous êtes entourés.
Vous pouvez soulever des montagnes, quand ça a du sens, quand vous vous sentez compris, appréciés; quand ça améliore les autres, et vous avec.
Navrés par la méchanceté, l’injustice, c’est à dire souvent.
Malheureux quand on vous malmène,  quand on vous ment, quand vous pensez blesser quelqu’un…
Si seulement vous aviez pour vous-même l’indulgence que vous avez pour les autres…
Si seulement vous ne vous cachiez pas tant derrière des masques, par peur de déplaire, de faire peur avec votre sensiblerie…
Si seulement la gentillesse était une valeur refuge, vous ne sembleriez pas si gauches, être amoureux ne vous donnerait pas cet air crétin, vous n’auriez pas peur d’être sincères.
Il faut le dire, dans cette triste époque, vous êtes plutôt à côté de la plaque. La bienveillance, mais c’est tellement mièvre!
Plus mal compris qu’un mode d’emploi ikea…
Mais pourquoi s’obstiner à fréquenter des gens qui vous ressemblent si peu? Qui ne vous regardent pas, pas plus qu’ils ne vous écoutent?
Partez. Fuyez. Ils ne le verront même pas. Cherchez ceux qui vous ressemblent. Faites une colonie de « gentils », de mièvres, de lourdingues, de bizarres, de poires, de timides, de boulets, de gauches, d’artistes.
Vous parlerez poésie, lumière dans les feuillages et nuances de verts, synesthésie, odeur de la pluie et du café, souvenirs sonores, guitare sèche, cinéma d’auteur…
Soyez un coup de hache dans la mer gelée.
Improductifs, non rentables, amoureux en CDI, village-gaulois. Heureux.


Mais comme l’air, pourtant, je m’élève…

Un jour, sur un forum, quelqu’un posa la question : « Mariage entre Noir et Blanc, pour ou contre? » Cette question me semblait aberrante. Y avait-il encore aujourd’hui des gens qui se diraient contre?  En vertu de quel principe obscur? Pensant qu’il s’agissait d’un post type Front National, pureté de la race et compagnie, je cliquais. Mal m’en prit.

La majorité des répondants étaient contre. Et la majorité des répondants avait la peau noire. Les commentaires étaient haineux, et certains appelaient à massacrer les Blancs jusqu’au dernier pour se venger de siècles de souffrance. Cela ressemblait, à s’y méprendre, aux discours tenus par l’extrême droite, et si j’avais eu l’humeur joyeuse, j’aurais pu imprimer des messages produits par les uns et les autres pour montrer que la concurrence était rude.
Je posais la question des métisses, et demandais, estomaquée, s’il était bien nécessaire de massacrer tous les Blancs. Je me suis fait insulter, menacer, on m’a mis dans le même sac que « les leucodermes » qui ont pillé l’Afrique, réduit en esclavage, qui tirent sur des jeunes avec un portable à la main… Tout argument était vécu comme une agression et un manque de respect, une tentative d’écraser de la part d’une « blanche », toute tentative de comprendre et d’échanger balayée par la croyance que la couleur supposée de ma peau m’empêchait de comprendre.

J’aurais voulu dire que chez les Blancs, il y a toujours eu des petits blancs de rien du tout, et que ces petits blancs de rien du tout ont toujours été exploités par les Blancs, qui ont toujours tout fait pour qu’ils ne fraternisent pas avec les Noirs, parce qu’ensemble, ils auraient pu se révolter en nombre. A votre avis, pourquoi encore aujourd’hui il est si précieux et utile d’entretenir des croyances racistes chez les Européens les plus démunis? Peut-être vaut-il mieux qu’ils rendent responsables de leur misère leurs frères de condition que les vrais coupables… Pourquoi est-il utile de leur faire croire qu’avoir la peau claire est plus avantageux qu’autre chose, quand l’usine ferme et se délocalise?

J’aurais voulu dire que les Noirs et les petits blancs de rien du tout, surtout les petites femmes blanches de rien du tout, seraient plus forts tous ensemble, face à ceux qui les ont traité comme des bêtes de somme. Mais je me faisais trop insulter. Et puis peut-être etait-il vrai aussi que j’avais une vision trop bête et naïve des choses. Je me suis souvenu cette arrivée à l’aéroport de Paris où le passeport d’une amie haïtienne a été inspecté sous toutes les coutures pendant un long moment, alors que le mien a à peine été ouvert, et que ça m’avait profondément énervée.

Interférences – Puchol&Galandon, éditions Dargaud

Cet épisode m’a laissée perplexe. Sur la porte de mon frigo, j’ai relu le magnifique Still I’ll rise de Maya Angelou en faisant chauffer de l’eau pour me faire du thé. Enfant, je voulais avoir la peau noire, je trouvais ça merveilleusement beau. A y bien penser, je crois aussi que, sans évidemment comprendre pourquoi, je me sentais noire.


You may write me down in history
With your bitter, twisted lies,
You may tread me in the very dirt
But still, like dust, I’ll rise.


J’ai eu envie  d’écrire un article sur mon blog, à partir d’une pièce de théâtre et d’un livre, pour développer une pensée que je n’avais pu exprimer. Le voici.


La Bonne Nouvelle


Au Théâtre Olympia de Tours, du 10 au 14 avril, se jouait La Bonne Nouvelle de Vincent Lambert et François Begaudeau.


« Ils ont cessé de croire. Encouragés par un animateur aux allures d’évangélisateur télé, trois femmes et deux hommes passent aux aveux. Oui, ils ont pris leur part. Oui, ils ont éprouvé du plaisir. Entre récits autobio­graphiques et vulgarisation économique, ces repentis du capitalisme se livrent. »


Genèse du spectacle – François Begaudeau


Evidemment, on rit, et surtout quand on a eu soi-même à subir les open spaces, la cohésion de groupe forcée, la bise forcée, les événements « corporate », les exercices avec post-it, la fausse bonne humeur permanente convoyée par un sabir franglais, mais avec pas trop d’accent, dont le seul sens est de montrer que l’on appartient bien à la caste des décideurs.



Pourtant, parmi ces hauts responsables surdiplômés (écoles de commerce, administration), issus des classes supérieures ou bonne classes moyennes, figures du déterminisme social, il y a un vilain petit canard. Le personnage qui intervient à contre-temps, fait des blagues lourdes, ne comprend rien. Et qui porte des chaussures de cuir marron avec un costume bleu. Celui qui n’a pas les codes sociaux des gagnants. C’est à mon avis le personnage le plus intéressant de la pièce. En effet, il s’agit d’un autodidacte, qui n’a pas fait d’études, issu d’un milieu très modeste, et qui a réussi à monter dans l’échelle sociale en se montrant un vendeur… de canapés hors pair chez Canap78. Evidemment, on est bien loin des institutions prestigieuses. On est loin de la magie de la « titrisation », loin des concepts, loin des flux financiers virtuels. D’ailleurs, si je ne m’abuse, ce personnage, avant de faire dans la vente de canapé, a vendu de la porcelaine sanitaire… Amusant lien avec On purge bébé, de Feydeau, où madame ne veut surtout pas être désignée comme la femme de celui qui vend des pots de chambre. Car si les affaires de son mari lui permettent une existence bourgeoise, elle mourrait de honte si la bonne société connaissait la nature des activités de son mari.


Julie, adossée à la table, les bras croisés – Oh! C’est tout réfléchi! Tu es bien aimable, mais je n’ai pas envie de marcher dans la vie auréolée d’un vase de nuit! je n’ai pas envie d’entendre dire, à chaque fois que j’entrerai dans un salon : « Qui est donc cette dame? – C’est madame Follavoine, la femme du marchand de pots de chambre! » Ah! Non! Non!


De quoi ça cause? – itw de l’un des comédien


L’histoire de ce personnage marchand de canapés montre l’impossible assimilation des manants par la classe dominante. Il est un peu méprisé par ses pairs sur le plateau, il n’a jamais pu accéder à un poste supérieur dans son entreprise faute de diplôme adéquat, et peu importe ses compétences réelles. Sa compagne, diplômée de Sciences Po, avait honte de son pedigree et le cachait à ses amis de promo, jusqu’à ce dîner fatal où il lui a fait honte en parlant de son travail, de ses loisirs à des gens qu’ils pensait sympathiques, mais qui étaient seulement polis. La Bonne Nouvelle, c’est aussi une histoire de castes hermétiques comme des Tupperware. Le capitalisme n’aurait donc pas de sens, et surtout pas pour les classes modestes de la société. Comme le montre l’histoire de notre vendeur de canapé, il est toujours rattrapé par ses origines sociales, et il est vain de croire qu’il pourra pleinement intégrer une élite qui base sa réussite sur ce qui l’a fait naître pauvre. Par ailleurs, cette élite se perçoit comme supérieure à lui, et induit chez lui des envies de revanche sociale, d’assimilation, ou de soumission. Et ce n’est que la prise de conscience de son échec inévitable qui le pousse à rejeter le capitalisme.


Panique dans le 16e!



Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon sont sociologues, et spécialistes de la grande richesse. Dans cet ouvrage, une analyse sociologique dessinée, ils se penchent sur l’émeute qu’a créé l’annonce de l’installation provisoire d’un centre d’hébergement d’urgence pour les plus démunis dans le très huppé XVIe arrondissement de Paris. Les faits remontent à mars 2016.

Le Parisien – Insultes en pagaille à la réunion sur le centre pour SDF du Bois de Boulogne – 16 mars 2016

Le Monde – Paris : le centre d’hébergement du 16e arrondissement à nouveau attaqué – 6 novembre 2016

La Dépêche – Centre pour SDF du 16e à Paris: un an après, des riverains « résignés » – 12 novembre 2017

 


On pourrait, avant leur renaissance, assimiler les personnages de La Bonne Nouvelle – vendeur de canapé excepté – aux habitants du XVIe arrondissement, parce qu’ils semblent vivre hors de la réalité commune à la grande majorité d’une population  française qu’ils ne rencontreront jamais vraiment, et qu’ils emploient pourtant dans leurs entreprises, et dont ils scellent l’avenir à coup de coupes budgétaires et de clics de souris.

La violence symbolique
Les auteurs de l’ouvrage proposent la notion de « violence symbolique » (Bourdieu) pour tenter d’expliquer le comportement des riches habitants du XVIe arrondissement.
La violence symbolique est une croyance collective « qui permet de maintenir les hiérarchies. Elle a pour effet la soumission des dominés sans que les dominants aient besoin d’avoir recours à la force. La violence symbolique consacre l’ordre établi comme légitime. Elle dissimule de ce fait, les rapports de force qui sous-tendent la hiérarchie sociale. Elle sert à pacifier les relations au sein de la structure sociale. »* La violence symbolique permet donc d’échapper aux conflits violents entre dominants et dominés, ou à la dictature. « Les dominants ont le pouvoir d’imposer leur propre vision comme objective et collective. Si bien que les dominés ne disposent pas d’autres modes de pensée que celui des dominants ; ils ne peuvent donc pas échapper à la violence symbolique. Tout se fait de façon implicite et non consciente. Cela rend toute contestation ou toute révolte extrêmement difficile. » * Les dominés, alors qu’ils sont plus nombreux que les dominants, qu’ils sont leur source de richesse, pensent l’ordre des choses comme normal et naturel.

article de Bénédicte Kibler – La violence symbolique qu’est-ce que c’est?



Une lettre mystérieuse…

Un très grand hasard a fait arriver dans ma boîte mail ce courrier qui ne m’était pas destiné. Afin d’en retrouver l’auteur et les destinataires, et puisque je m’en voudrais trop de ne pas concourir de mon mieux à faire connaitre cet exemple de modestie et de piété familiale, je le partage ici.

Mes bien chères tantes,

Il semblerait que vous êtes soucieuses de mon avenir matrimonial. Il faut bien dire, que, lorsque l’on atteint un âge canonique comme le mien, il est grand temps de s’en préoccuper. Voilà que j’entame ma trentième année sur Terre, âge auquel certaines d’entre vous étaient déjà grands-mères.
Je suis – pourquoi s’en défendre – déjà un fruit un peu blet. Et votre tache s’annonce ardue. A l’époque de mes quinze ans, tout le monde s’accordait pour me trouver une grande beauté et, si je n’avais pas de dot, le respect qu’inspirait le nom de mon grand-père suffisait à faire oublier que mon père, son gendre, avait disparu avec la quasi totalité de l’argent dont avait hérité ma mère, peu après ma quatrième année, et qu’elle était morte, ivre, au volant d’une voiture d’importation, après avoir dilapidé le peu qu’il restait en futilités. Et donc, beauté et nom du grand-père avaient suffit à décider une famille de riches paysans qui était venue à bout du stock de cousines nubiles. Évidemment, pour que le marché soit conclu, il fallait que j’arrête immédiatement mes études : une digne épouse ne pouvait pas avoir la tête dans les livres, plutôt qu’au dessus d’une marmite. Mais, comme la plupart des enfants abandonnés aux soins des sœurs blanches, si je savais lire plusieurs langues, je n’avais pas la moindre notion efficace et utile pour tenir un ménage. Le jeune homme s’en aperçut vite, il était plein d’amour et de compassion, et n’en dit rien. Il savait suffisamment lui-même les choses de la maison. Évidemment, lorsqu’il fut temps de prendre à l’essai cette future épouse, la mère du garçon découvrit avec colère que je continuais mes lectures, et que je ne savais pas même vider un poisson ou cuire un gâteau. Rendez-vous compte. J’aurais fait mourir de faim son fils. En plus, je restais assez discrète sur mon souhait d’être mère dès que possible. Il apparut vite que mon pedigree n’était peut-être plus si avantageux. La suite, vous la connaissez. La mère vous a menacée de ne pas vous donner la somme promise pour une épouse convenable, alors, vous avez trouvé une autre jeune fille. Moins belle, mais plus fortunée, et qui avait été élevée pour être une bonne épouse. On ne m’en a rien dit. J’ai juste vu quelques fois encore devant l’école des sœurs le jeune homme. Je le guettais des heures à la fenêtre. La dernière fois, il m’a serrée fort dans ses bras en pleurant, puis je ne l’ai jamais revu. Et je suis restée chez les bonnes-soeurs. J’avais trop honte de toute façon, et trop de peine, pour en sortir. Puis je suis partie très loin pour continuer à étudier. J’ai réussi. Et comme en atteste vos demandes d’argent pour venir en aide au village, cela ne vous a pas échappé. Je suis vieille, mais je suis riche aussi, et je vis dans ce pays lointain, et voilà que brille à nouveau le nom de mon grand-père. Alors, me voilà devenue un bon parti. Mais vous savez, ici, j’ai pris de très mauvaises habitudes… Je me suis acclimatée à un confort excessif, je me nourris de fruits et de pain, avec du thé, je lis très tard, me lève très tôt, et fais plusieurs petites siestes dans la journée, pour être en forme pour sortir en ville le soir au cinéma ou au spectacle. Je donne de l’argent à une femme pour qu’elle fasse mon ménage et ma lessive. La vaisselle, ce n’est pas la peine, je n’en salis pas. Je voyage dès que je le peux. Je donne de l’argent aux pauvres. Je fume parfois. Je ne fréquente pas les hommes, c’est bien là ma seule vertu. Voyez, si grand que soit votre pouvoir de persuasion, je vous resterais immanquablement sur les bras. Alors, surtout, je vous en prie, épargnez-vous une peine inutile, une vexation certaine, une perte de prestige inévitable.

Quant aux frais déjà engagés en temps, en pourparlers dont vous me parlez ; j’ai ici les carnets de compte de mon grand-père. Comme vous le savez, c’était un homme juste, généreux, mais c’était aussi un homme rigoureux et précis. Je vois donc que le boulanger lui doit deux fois plus que ne lui doit le professeur, ce qui représente à peu près le quart de ce que lui doit le rebouteux. Je vous propose donc d’aller réclamer votre dû à ces messieurs. Par ailleurs, celle d’entre vous qui est proche de mon père et s’est vu offrir ce très beau collier – voir pièce jointe – peut s’estimer dédommagée par mon grand-père. Oui, la vraie sorcellerie, c’est Instagram. Quand on se prend en photo devant une vitrine de bijoutier, il faut s’assurer qu’il n’y a pas de reflet.

Mes tantes bien-aimées, je vous remercie infiniment de vos bons soins qui m’ont accompagnée toutes ces années. Et, si vous réclamez également au garagiste et au tailleur les sommes dues à mon grand-père, vous pourrez vivre paisiblement encore de longues années, sans plus avoir à vous soucier de l’avenir des autres. Ainsi, vous n’aurez pas fait tout cela pour pas un rond.

Je n’ose vous dire que je vous embrasse, car vous savez comme moi qu’il est toujours coûteux de se montrer trop tendre avec une vieille carne.


PRETEXTE – Un parcours autour du dessin

La ville de Tours, au centre de la France, ne manque pas de galeries et de lieux d’exposition. Du 21 au 25 mars, 11 de ces lieux ont proposé un événement commun – Parcours Prétexte – autour du dessin d’artiste. Je vous propose une promenade sonore sur 6 de ces lieux, dans les expositions en cours d’installation…

A l’invitation de Zazü et de Christophe Lalanne, j’ai pu me faufiler lors du montage de certaines expositions, échanger avec les artistes et les galeristes, et capter un peu de ces instants magiques qui font l’envers du décor; et tout ce travail que le public ne verra pas.
La voix de Zazü parcourt les enregistrements, elle lit Henri Matisse, Propos sur l’art…


Première station : Galerie OMAA AKIIN – Zazü – Franck Bouroullec

Zazü : « Concrètement, ma recherche plastique se construit régulièrement autour de 4 axes utilisés conjointement ou séparément.

– Observation de la nature et des phénomènes (y compris humains)

– Repérage, cheminement et occupation de l’espace

– Introduction d’une donnée appartenant à la culture amérindienne.

– Ouverture de l’œuvre à l’autre par la notion d’implication collective et de dimension exponentielle, ou en travaillant l’interaction avec d’autre forme d’expression : danse/mouvement, musique/son, écriture … etc … »



Franck Bouroullec


Deuxième station : Atelier9 Nicolas Gaillardon

Nicolas Gaillardon


Troisième station : Galerie EXUOVanina LangéJonathan Bablon


« Vanina Lange se définit comme plasticienne, elle travaille le volume et le dessin. Elle aime prendre et reprendre, faire et refaire. Pour elle, le travail artistique est un jeu. La matière par ses particularités portent en elle des possibilités et une question simple : que peut-on en faire ? »
Texte de Guislain LAUVERJAT. – Parution dans la Revue LAURA en Octobre 2015


Quatrième station : Mode d’emploi – Ma Zhong Yi – Massinissa Selmani Claire Trotignon

Ma Zhong Yi

Massinissa Selmani


« Les dessins de Massinissa Selmani pourraient passer inaperçus. Leur facture faussement simple a l’économie des scènes qu’ils remontent. Économie light, cela se comprend, pour des scènes qui tiennent en quelques silhouettes entre murs interposés, panneaux, rambardes et poutres. Ces dessins frêles et réservés, sans artifices, on dirait qu’ils se fondaient dans les murs. Massinissa Selmani interpelle son spectateur à la troisième personne. Ce sont tantôt des saynètes insolites, tantôt des montages où le regard se cogne à un événement tragique. Ce sont aussi des compositions qui font parfois proliférer le dessin hors-cadre. Jamais austères, délicatement improbables, ces œuvres sont tout à leur jeu combinatoire. »
Par Adnen Jdey. Mars 2017.


Claire Trotignon


« A y regarder de plus près pourtant – Des fragments de gravures anciennes, assemblées, modifiées, réinterprétées par Claire Trotignon, évoquent des paysages et des espaces architecturés, dans des compositions précises, où ce qui est figuré joue avec l’invisible, formes potentiellement disparues, hantant les amples vides du papier. Ses dessins invoquent ainsi une esthétique de la ruine, mais d’une ruine contemporaine, projetée, déplacée dans un temps incertain, qui ne serait ni vraiment passé ni vraiment le nôtre. L’invisible, dans le travail de Claire, serait ainsi anachronique : une temporalité paradoxale où se télescopent, s’imbriquent des périodes différentes, apparemment irréconciliables. »  Julie Faitot, septembre 2016


Cinquième station : Eternal GalleryBabi Badalov



Babi Badalov


« As a visual artist, poet he expresses his ideas through visual poetry, art objects, installations and live performances. He also experiments with words and writes obscure poetry, mixing languages and images of different cultures. Babi Badalov’s work often is dedicated to linguistic explorations researching the limits of language and the borders it imposes upon its users and based on his personal experience of linguistic inconveniences while travelling. » site de Babi Badalov


Sixième station : Galerie Lyeux CommunsBertrand Robert

Bertrand Robert


« Le point de départ de son travail est souvent une photographie trouvée sur internet, sur laquelle l’artiste imagine une histoire, décline un contexte. Il s’intéresse tout particulièrement à ce principe d’intimité dévoilée et à ces rouages. A l’image que l’on met de soi sur internet, qui est bien souvent une mise en scène, et qui devient un masque, dans un comportement de communication de groupe. (…) Il invente des personnages fictifs qu’il montre sous différents aspects, il en dévoile l’intimité psychologique afin de montrer les dessous des masques sociaux. » Madeleine Filippi