nathyk

Sans visa

« La Terre n’est qu’un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens », je n’ai pas eu du mal à acquiescer à cette maxime de Bahá’u’lláh ; vivant déjà cette unité à travers ma petite communauté bilingue du Cameroun et les amis d’autres pays qui faisaient partie de la vie de la petite fille que j’étais.

Mes fêtes d’anniversaire et plus généralement mes rencontres amicales prenaient aisément l’allure d’une réunion des Nations unies – pour citer Pascaline et Kpénahi – et je me voyais volontiers gambader de pays en pays et exposée à d’autres langues que celle de Molière. C’est dans cette même lancée que j’ai été attirée par la communauté Mondoblog.

Mais le mois dernier, j’ai failli non seulement perdre ma foi en cet idéal – idéal qui même s’il prendrait des centaines d’années à se réaliser ne m’empêcherait pas pour autant d’y croire et d’y contribuer – mais aussi j’étais à la limite de décompenser tellement la vie s’était montrée amère.

En moins de deux mois, j’ai parcouru près de 20 mille kilomètres en avion et en voiture. Partie de Dakar avec ma famille et de retour au point zéro, en passant par Johannesburg, Pretoria, Gaborone et en transitant par Nairobi et Abidjan. Ce ne fut ni un parcours volontaire, ni une partie de plaisir.

Deux résidents permanents en Afrique du Sud dont les enfants ne reçoivent qu’un seul mois de visa en entrée unique pour visiter le territoire ! Visa délivré en retard, après les 5 jours conventionnels, à la va-vite, dehors, aux alentours de 18 heures comme si on était des demandeurs d’asile. Bref, notre vol est à 5 heures du matin, donc impossible de faire appel. Mon congé s’étend à 45 jours. Comment vais-je faire pour ressortir avant un mois ? Même si je le veux bien, mes finances ne suivront pas. Les jours s’égrènent, l’angoisse et la tension montent.

La loi sur l’immigration, qui a été renouvelée en juin 2014, interdit désormais à tout étranger de sortir des frontières avec un récépissé (de dépôt de demande de renouvellement de visa). Mon fils qui a fait sa demande depuis 3 ans, traversait auparavant l’aéroport international OR Tambo sans problème, dès présentation du récépissé, et ce n’est qu’au mois d’août lors de notre séjour que l’on a apposé le visa de résident temporaire sur son passeport. Pour ma fille qui est née à Dakar, c’était un mois de séjour puis rentrez chez vous !

Si vous renouvelez votre visa surplace, vous remplissez – sans réelle assistance – le formulaire en ligne, puis la compagnie privée VFS vous accorde un rendez-vous après deux à trois semaines pour collecter les dossiers, les frais de dossier (destinés à l’Etat) en plus des frais de collecte (pour leur propre compte). Remarque qu’il n’y a plus aucun contact direct avec le Home Affairs.

Puis vous attendez que le visa vous soit octroyé, ça peut prendre plusieurs semaines, mois ou même des années et entre-temps, ne sortez pas du pays sinon vous serez bannis. Vous serez traité d’illégal et on comptabilisera le nombre de jours passés dans le pays depuis l’expiration du visa : moins de 30 jours, vous écopez d’un bannissement d’un an ; plus de 30 jours, c’est carrément cinq ans. Si vous voulez voyager à l’étranger dans l’entre-temps comme moi qui devait continuer mon programme, c’est foutu ! En tant que résidente, je passerai sans soucis mais ma fille – visiteur – serait bannie du pays.

Maintenant, vous attendez le visa surplace, si la réponse est négative : on vous donne au mieux 10 jours pour faire appel, en fournissant un complément de dossier qui est parfois impossible d’obtenir en 10 jours. Si vous y parvenez, on reconsidère votre cas après paiement de frais (comme une nouvelle procédure) et vous attendez surplace.

Au cas où vous ne parvenez pas à faire appel, quittez le pays avant les 10 jours. Cependant, vous serez surpris à l’aéroport d’être banni pour 5 ans comme cadeau d’au revoir. Arrivé au pays, vous allez vous battre avec l’ambassade pour qu’on vous rembourse vos 400 mille et poussière de F CFA (caution de rapatriement) comme prévu par la loi. Tenez bon même si au début, ils font mine de ne pas vouloir vous remettre votre dû. Ce n’est pas de la fiction mes amis, c’est une situation dont j’ai été moi-même témoin.

Si le renouvellement du tampon est positif, dîtes Alléluia et programmez vos déplacements sans stress.

Si vous ne renouvelez pas votre visa de séjour et vous décidez de partir après la date limite marquée sur votre passeport, vous serez banni pour un an (moins de 30 jours d’illégalité) ou cinq ans, dans les meilleurs des cas, sinon vous encourez en même temps le risque d’être poursuivi.

Voilà, les options dont aucune ne me sied. En bonne Camerounaise (puisque impossible n’est pas camerounais), je décide de faire quatre heures de route avec ma fille de trois mois en direction du Botswana, le dernier jour de son séjour, dans l’espoir de refaire une demande de visa à l’ambassade d’Afrique du Sud à Gaborone.

SADC Botswana
Le siège de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) à Gaborone, Botswana.
Crédit photo : Lulu Ascanius

Je me suis bien foutue le doigt dans l’œil ! D’abord je vais à l’ambassade pendant 4 jours successifs, j’attends en général 3 heures avant d’être reçue. Les gens veulent m’aider en me voyant trimballer mon bébé endormi partout même sous le soleil. Suffering shall never end !

Aujourd’hui, on me dit : primo, ce n’est pas le bulletin de salaire OU le relevé bancaire des trois derniers mois mais c’est les deux en même temps ; deuzio, ce n’est pas une seule lettre signée par les deux parents – comme mentionné sur le formulaire – c’est plutôt deux lettres séparément rédigées par chaque parent pour soutenir la demande de visa de leur enfant.

Le lendemain, ça passe presque lorsque soudain la dame, d’une voix impassible, me demande le document de résidence au Botswana de mon enfant. Éberluée, j’ouvre les yeux tout grands ; quand étant encore à Johannesburg, j’appelais cette ambassade pour m’enquérir de la constitution du dossier, pourquoi ils n’ont pas mentionné tout ça ? Et même la veille, lorsqu’elle procédait à la vérification des pièces, pourquoi elle n’a rien dit concernant l’obligation de ce document ?

Je lui explique que les deux parents sont résidents permanents en Afrique du Sud (documents à l’appui) et je suis venue rendre visite à des amis au Botswana, je veux juste payer un visa de un à trois mois pour que ma fille puisse entrer en Afrique du Sud. Ma fille n’a que trois mois et elle n’a pas encore une résidence en Afrique du Sud, encore moins au Botswana. Elle me dit que je dois lui donner une bonne raison qui justifie que ma fille doive aller en Afrique du Sud, sinon, elle n’a qu’à rentrer dans son pays d’origine (pour faire sa demande de visa là-bas) ou compléter le dossier avec sa résidence du Botswana, fin de la discussion.

Je veux essayer de mieux comprendre, voire trouver une solution. Je lui dis que le seul fait que ses parents vivent en Afrique du Sud est une raison largement suffisante pour qu’elle bénéficie d’un visa de visite. Puis de toute façon, comment un enfant de résidents peut-il être traité de la même façon qu’un visiteur majeur sans attaches à qui on dit : « Va demander le visa dans ton pays ? » La loi n’a-t-elle pas prévu cette possibilité ? À quelle logique obéit-elle ?

Je reste plantée là sans réponses pendant qu’elle fait autre chose, je ne peux pas croire que je suis venue « caler » ici. Finalement, elle me dit de parler à sa collègue, si je veux, parce qu’elle en a terminé avec moi. Je suis choquée, bouleversée, mes joues sont mouillées, mon regard brille. Je sors pour me ressaisir et passer trois coups de fil à la recherche de solutions parce que à l’instant t, c’est l’impasse. Je suis bloquée au Botswana sans visa pour ma fille.

Je patiente encore une heure, je m’adresse à la dame qui s’occupe des nationaux sud-africains. Elle m’explique dans le calme qu’effectivement c’est comme ça, selon la loi. Cette ambassade ne reçoit que les nationaux ou les résidents du Botswana pour la section Visa.

Dans mon cas, je dois me rendre soit au Cameroun, soit dans un autre pays où mon enfant est résidente (comme le Sénégal) ou encore je peux m’établir ici, ainsi elle deviendrait résidente du Botswana. À cette dernière option, je pense : « C’est une mauvaise blague ! » Je lui demande pourquoi à l’ambassade de l’Afrique du Sud au Sénégal, je n’ai pas eu toutes ces complications, elle me dit qu’elle ne peut pas répondre à leur place et me somme d’arrêter de parler au risque d’empirer les choses. Elle me propose d’en toucher mot à sa patronne car c’est cette dernière qui détient le pouvoir.

Le jour du rendez-vous, la dame présente mon dossier au boss mais l’issue est défavorable. Je lui demande s’ils peuvent donner au moins un visa de transit puisque presque toutes les compagnies aériennes s’arrêtent à Johannesburg pour faire le plein. Elle est sceptique toujours pour la même raison qu’on n’est pas résidentes du Botswana, puis finalement la patronne promet un visa de 6 heures de transit par voie aérienne sur présentation du billet (le site web dit pourtant que le visa de transit aérien s’étend jusqu’à 24 heures). Je n’aurais même pas la possibilité d’aller faire mes valises et de revenir à temps pour le vol. Pffff, ça ne sert à rien !

Puis elle me fixe d’un regard dépassé, perplexe et dit : « Pourquoi vous vous compliquez la vie comme ça ? Vous n’aviez qu’à rester en Afrique du Sud. » Je lui réponds que : « C’est la loi qui est plutôt compliquée, j’étudie au Sénégal, je ne peux pas rester en Afrique du Sud très longtemps. » Ça y est, elle ne comprend plus rien ! J’aurais dû lui dire que si l’Afrique du Sud m’avait permis de poursuivre mes études surplace, je serais volontiers restée mais encore à cause de leurs lois formidables, je me retrouve à six mille kilomètres de mon foyer.

En quittant le lieu, je lis sur une note affichée en haut, sur le mur, tout en majuscules (je traduis) : « Les paroles douces sont plus efficaces que les crescendos de consternation. » Sauf, que de tout le temps passé là-bas, la clientèle se soumettait presque toujours aux voix très audibles du personnel. Qui intimide qui finalement ?

Ça m’aurait intéressé de faire un an de stages de psychiatrie au Botswana, d’explorer les particularités culturelles de la sous-région et leur implication dans la santé mentale mais avec ces restrictions liées au visa, j’y aurai été comme assignée à résidence. En plus me réinstaller là, gérer l’immigration locale, entreprendre les démarches auprès de l’Office National des Médecins et du Ministère de la Santé, c’est du boulot, un gros boulot !

Au bout du compte, deux semaines après mon arrivée à Gaborone, mon époux et mon fils sont venus me rejoindre après un voyage in extremis, transportant mes quatre valises avec tout le stress que cela comporte. J’ai pris le vol de Kenya Airways qui allait directement de Gaborone à Nairobi. D’ailleurs, c’était le plus abordable.

À Nairobi, c’était une autre page difficile qui s’ouvrait mais il fallait tenir bon jusqu’au lendemain. L’employé de l’aéroport, un homme au-delà de la cinquantaine qui nous conduisait vers l’aire de transit, en voulant entamer la conversation, m’a demandé : « Where are you from ? » et là je suis rendue compte que ma vie est vraiment compliquée. Était-il intéressé par mon origine, par mon lieu de résidence ou par mon trajet aérien ? Confuse, je lui ai répondu comme ça : « Je suis camerounaise, je vis en Afrique du Sud, je suis venue par le vol du Botswana et actuellement je suis en transit au Kenya pour me rendre au Sénégal où j’étudie. »

Vol Kenya Airways
Vol Kenya Airways, de Gaborone à Nairobi. © NathyK

Faire des voyages internationaux avec des enfants, c’est quelque chose, mais vivre dans plusieurs pays à la fois et se soumettre à plusieurs lois d’immigration demande une forte dose de courage et d’endurance.

En tout cas, les épreuves sont faites pour nous permettre de grandir et nous élever. En rétrospective, je comprendrais peut-être, un jour, pourquoi j’ai vécu tout ce tracas. Pour l’instant, pour cette troisième année, je sais que Dakar is the place to be, je l’accepte, je fais de mon mieux et j’avance.

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NathyK


Méditation et régénération

Lotus Temple
Le Temple du Lotus à New-Delhi, Inde. Maison d’Adoration Baha’ie, ouverte aux adeptes de toutes les religions, pour la prière, la méditation et l’adoration de Dieu. Crédit Photo : Jeremy Vandel

Que ce livre de la loi ne s’éloigne point de ta bouche ; médite-le jour et nuit, pour agir fidèlement selon tout ce qui y est écrit ; car c’est alors que tu auras du succès dans tes entreprises, c’est alors que tu réussiras. -Josué 1:8, Bible Louis Segond

Le mois dernier, j’ai eu la joie d’assister à Gaborone, au Botswana, à une réunion dévotionnelle interreligieuse ; une sorte de cercle de prière et d’étude où chaque participant réfléchit, médite et exprime son entendement sur un thème présélectionné. Au cours de cette rencontre avec individus issus de divers backgrounds racial, linguistique et religieux – iranien, motswana, chinois, américain, camerounais, francophone, anglophone, arabophone… – nous avons récité à tour de rôle des prières, puis s’est ensuivi une étude au sujet même de la « méditation » !

L’évènement était si profond que j’ai consigné ce compte-rendu, qui est un partage des différentes idées émises par les participants à la lumière des écrits sacrés étudiés ; écrits chrétiens, musulmans, bouddhiques, hindouistes, bahá’is.

Ma tante Malaknaz (l’une de mes multiples mamans d’un autre continent), notre hôte, a fait montre d’une générosité et d’une hospitalité irréprochables. J’ai rarement rencontré quelqu’un qui véhicule autant de bonté et d’amour pour le prochain au point de s’oublier soi-même.

Réfléchis profondément afin que le secret des choses invisibles te soit révélé, que tu puisses respirer les douceurs d’un impérissable parfum spirituel et affirmer cette vérité que le Tout-Puissant, depuis les temps immémoriaux et pour l’éternité, a toujours voulu et voudra toujours éprouver ses serviteurs, afin de distinguer la lumière de l’obscurité, le vrai du faux, le bien du mal, le bon conseil du mauvais, le bonheur de la misère, la rose des épines. – Bahá’u’lláh, Le Livre de la Certitude

Méditer sur le mot « méditation » :

Nous avons fait usage de paires d’allégories et d’analogies pour clarifier la compréhension de ce concept assez compact, mystique et volontiers mystifié par les profanes. C’était beaucoup plus simple pour nous. Il ne s’agissait pas ici d’ouvrir nos chakras mais de mieux saisir la Parole créatrice, bien que le but recherché soit l’éveil spirituel et une meilleure application des principes de vie.

Tout d’abord, nous avons dit que méditer allait au-delà de lire ou de prononcer des prières – la prière qui consiste déjà en une conversation avec Dieu. L’activité méditative nécessitait d’apprendre, de comprendre, d’appliquer, et de saisir les implications de la Parole divine sur la vie.

Méditer équivaudrait à réfléchir sur la vraie signification des mots, « s’immerger dans un océan de paroles pour saisir les perles de sagesse que recèlent ses profondeurs » ou encore découvrir le « secret des choses invisibles » comme le souligne Bahá’u’lláh.

Se couper du monde extérieur pour concentrer son esprit uniquement sur la Source divine. Se détacher de tout y compris de soi-même, fermer l’œil matériel et ouvrir l’œil spirituel pour saisir avec discernement et certitude la quintessence des vérités spirituelles.

Un ami a partagé l’image suivante : en fonction de la profondeur et de l’intensité, prier serait conduire une voiture à la vitesse 1, méditer serait de passer à la vitesse 2 et agir positivement égalerait la vitesse 3. Ce dernier serait en fait le résultat de toute méditation bien menée.

La prière d’après Abdu’l-Baha doit être un état d’esprit à maintenir tout le long de la journée : une attitude de prière. Mais ça ne signifie pas que l’on ne fait que s’asseoir et prier littéralement. Ça rejoint plutôt le terme de « mindfulness » – se traduisant en français par le mot « attention » – la capacité d’être dans le temps présent, évoqué par Gautama Buddha (l’Éveillé).

La méditation apporte la sagesse ; l’absence de méditation laisse dans l’ignorance. Sachez bien ce qui vous permet de progresser et ce qui vous retient en arrière, et choisissez le chemin qui vous mène vers la sagesse. Pas une seule chose ne doit être faite dans un état d’endormissement. Vous ne devez pas vous mouvoir comme des somnambules, vous devez vous mouvoir avez une conscience vive. – Bouddhisme

Pour moi, je le vis lorsque je pose des actes positifs, éclairés, conscients et que je ressens de la joie, un sens d’accomplissement. Ces actes dans leur forme ont plus de précisions, de beauté, et me font dépenser le moins de temps possible parce que je suis à une concentration maximale. L’énergie négative flottante entretenue par des pensées impures et distractives de regret, de remords (passé), ou d’inquiétude (futur) est retenue par un filtre et n’a pas l’occasion de m’affecter ou de déterminer mes actes. En gros, je l’utilise aussi comme thérapie cognitive pour lutter contre le stress causé par les aléas de la vie. Un bénéfice de plus pour ma santé mentale.

Répéter continuellement les paroles sacrées tout au long de la journée si bien que lorsqu’on est face aux challenges qui requièrent l’utilisation des leçons apprises, on les applique en toute confiance, c’est aussi ça « rester alerte ».

Sans oublier que ce qui émane de nous et qui nous identifie n’est que le résultat de ce que nous avons ingéré et intégré. Si l’on nourrit constamment notre esprit par la positivité, on ne peut que refléter une attitude positive.

Et finalement, la plus belle image de la matinée :

Une dame après avoir lu que Dieu est un raffineur d’argent n’avait aucune idée de ce que cela pouvait signifier. Alors, elle décida d’aller voir un forgeron et lui demanda : « Comment raffine-t-on de l’argent ? » Ce dernier l’invita à assister au procédé. D’abord, il alluma un grand feu et il attendit que le feu soit très chaud pour y introduire le morceau de métal brut qu’il continua de maintenir à l’aide d’un bâton.

Elle lui posa la première question : « Pourquoi fixez-vous sans cesse le morceau de métal ? »
Il lui répondit : « Parce que si je détache mon regard ne serait-ce qu’un instant de ce métal, le feu pourrait devenir si chaud que l’argent lui-même en sortirait brûlé. »
Puis, elle poursuivit avec la deuxième question : « Comment saurez-vous que ce morceau argent est raffiné bien à point ? »
Il lui dit : « Lorsque je verrais mon image s’y refléter parfaitement. »

Morale : les tests et les épreuves (comme le feu) sont faits de sorte qu’ils purifient le miroir de nos cœurs (métal) afin que s’y reflètent parfaitement les attributs et qualités du soleil divin. Sachant que Dieu ne nous soumet jamais à des épreuves qui sont au-dessus de nos capacités.

Méditer, c’est se ressourcer, assimiler les vérités, refléter au quotidien les qualités qui nous permettent de surmonter l’adversité et d’avancer dans notre cheminement spirituel et finalement ressentir de la joie comme cette fine fleur qui s’épanouit au soleil du printemps après le temps froid et triste de l’hiver.

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NathyK


Où sont les psychiatres africains ?

Le 12 août 2014, le monde célébrait la Journée internationale de la jeunesse. La santé mentale était à l’honneur, abordée sous l’angle de la discrimination et la stigmatisation, pour une fois ! La revue médicale suisse du 18 septembre 2013 classait la santé mentale comme « un objectif de santé publique hautement prioritaire » et avec raison, lorsqu’on sait que plus de 450 millions de personnes dans le monde souffrent de troubles mentaux. Ce serait intéressant de savoir le pourcentage qu’occupent les jeunes dans ce chiffre élevé d’autant plus qu’en Afrique plus de la moitié de la population est jeune. Mais d’abord, c’est quoi un trouble mental, mieux une « maladie mentale » ou – plus intéressant – un « malade mental » ?

Je pose peut-être ces questions sur un ton sarcastique, elles sont pourtant loin d’être anodines et méritent notre pleine attention. Je suis éberluée quand dans l’inconscient universel on considère qu’un malade mental n’est qu’un « fou, quelqu’un qui aurait perdu la raison » mais qu’un dépressif par contre n’en est pas un. Par quel raccourci quelqu’un souffrant de dépression, d’autisme ou de troubles anxieux ne serait-il pas classé dans la catégorie de malade mental ? Est-ce une plaie de dire que quelqu’un est atteint d’une malade physique ? Sinon, pourquoi en faire un tollé quand il s’agit de troubles affectant le système de la pensée ?

Personne n’aime la maladie mentale ! Ça résonne comme un couperet de condamnation. Oui, c’est le clairon de la mort. C’est comme des gens qui se baladent morts-vivants quoi ! « Les fous sont-ils récupérables ? » me demande-t-on souvent d’un air douteux et même si je réponds par l’affirmatif, on me croit à peine. Les hommes d’Etat veulent se dissocier de cette « tare », quitte à abandonner leur progéniture dans le silence angoissant des murs d’hôpitaux. Leurs fils abandonnés à leurs cris qui leur font écho ; ça vaut mieux que d’avoir une réputation entachée. Que répondra-t-on aux amis quand ils demanderont : « De quoi souffre-t-il ? » ou comme on dit chez nous : « Qu’est-ce qu’il a ? ». Comment dire qu’on a engendré un fou ? Si par mégarde, la nouvelle parvient à circuler, dans la diplomatie sociale, on dira qu’il est « fatigué », « surmené » ou « un peu déprimé » – ce dernier passe d’ailleurs mieux. Mais jamais au grand jamais, personne ne devra dire de lui qu’il est un malade mental. Et pourquoi traiter quelqu’un de « malade mental » serait la plus pire insulte qu’il soit ?

Même les étudiants en médecine s’ils le pouvaient se dispenseraient de ce cours de « malchance ». Inutile de préciser que bien des médecins ne veulent rien à voir et rien à faire avec cette spécialité qu’on regarde de loin et qu’on conjure, lui imposant de ne pas dépasser les limites de l’acceptable, sous peine d’être doublement « maudite ». Bref, si ce n’est pas la « magie noire », c’est une honte. L’un ou l’autre, c’est pareil ! Ne dit-on pas que les psychiatres sont fous comme leurs patients ? La maladie mentale serait donc hautement contagieuse selon l’opinion populaire.

Et la fameuse question qui énerve tout le temps : « Tu penses que tu vas trouver du boulot en Afrique ? » Mais, rassurez-vous, il fut un temps où moi aussi j’étais contaminée par les idées du genre : « Les psys, c’est les choses des Blancs. Ce sont eux – les Blancs – qui se suicident tout le temps. Ils font des caprices. Nous, nous sommes forts mentalement. On n’a pas besoin de psychologues… » Et le pédopsychiatre, quelle est son utilité ? Pourquoi les enfants auraient-ils besoin de psychiatre ? Donc les enfants peuvent devenir fous ? D’ailleurs, tu es sûre que tu pourras gagner de l’argent avec ça ? « En tout cas, on va voir nos Gangans* ! Ça doit être un message des ancêtres, même si le pasteur dit qu’il s’agit d’une possession démoniaque… » Bref, c’est tout sauf la maladie mentale !

Les troubles mentaux représentent près de 12 % de la charge de morbidité mondiale et, d’ici à 2020, ils seront responsables de près de 15 % de la perte d’années de vie corrigée de l’incapacité. C’est chez les jeunes adultes, tranche d’âge la plus productive de la population, que cette charge est maximale. Dans les pays en développement, les troubles mentaux risquent d’augmenter de façon disproportionnée dans les décennies à venir. Les personnes atteintes de troubles mentaux sont l’objet de stigmatisation et de discrimination dans toutes les parties du monde. OMS

Finalement, je me demande comment les Africains pensent résoudre les problèmes des femmes violées de l’est de la RDC, des enfants soldats du Liberia, des familles de réfugiés sud-soudanais, des femmes sexuellement mutilées du Tchad, des jeunes toxicomanes d’Afrique du Sud et même des filles traumatisées de Chibok ? Avec un psychiatre pour 1 million 200 mille habitants pour tout un pays comme le Swaziland et un seul psychiatre au Liberia, alors que la moitié de la population souffre d’état de stress post-traumatique !

D’après les prévisions de l’OMS, la dépression sera en 2020 la deuxième cause d’incapacité dans le monde. Quel sera le pourcentage des jeunes Africains atteints ? Quels impacts sur la rentabilité, l’économie et le développement du continent ? Avec l’ampleur croissante des conflits et du stress, peut-être que la psychose post-traumatique, aussi décrite chez l’Africain, sera définitivement adoptée par les nosologies psychiatriques. À ce moment, où seront les psychiatres d’Afrique pour sauver les jeunes Africains de « l’enfer » de la maladie mentale ?

* Guérisseurs traditionnels
Une pensée pieuse pour le regretté Robin Williams (1951-2014).

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NathyK


La marée noire

C’est comme cette histoire qui débute par une embarcation de nuit dans une pirogue surchargée d’hommes, de femmes, d’enfants – et même de bébé d’un mois à peine – et bien sûr de bagages en n’en plus finir. Des ballons qu’on ne retrouve plus, des « sans confiance »* perdus quelque part en dessous des casiers de bouteilles vides – de bières et d’autres boissons sans saveur mémorable – qui se pressent contre votre dos et qui met à rude épreuve votre équilibre ; la moitié des gilets de sauvetage étant bloqués sous vos pieds fatigués.

Votre enfant pressé contre vos genoux, le corps invisible, la tête presque enfouie dans la marée humaine. L’instinct de survie supplante le désir du confort qui n’apparaît plus que comme le plus insignifiant des détails. Vous n’êtes sûre de rien, lui non plus. Et pourtant, vous devez traverser cette mer.

Lampedusa
Migrants arrivant à Lampedusa. Photo : Mauro Seminara/AFP/Getty Images

La mer houleuse et glaciale. La mer dévoreuse d’âmes. Celle qui ensevelit presque mystérieusement les navires et rejette les hommes après les avoir privés de tout ce qui leur est précieux. La peur dans les tripes, vous vous en remettez à Dieu. L’enchaînement saccadé des « Ya Bahá’u’l-Abhá »** devient le refrain protecteur qui habite votre mémoire et qui ne vous lâche plus jusqu’à la fin.

Cette fin énigmatique, inconnue de tous. Les matelots de circonstance sont debout, en équilibre sur les bords de la pirogue à moteur. Ils vous ordonnent d’avancer, mais il n’y a plus moyen de se mouvoir, quitte à chavirer avant même le départ. Des gars à l’arrière, sur la terre ferme, essayent tant bien que mal de la retenir tandis qu’elle glisse sous l’eau. Elle a hâte de s’en aller. On dirait que les gens sortent des buissons pour sauter dans la pirogue déjà pleine. Les caisses continuent d’être empilées malgré l’obscurité croissante.

Finalement, le responsable de la traversée déclare l’état d’urgence : si personne ne se porte volontaire pour libérer le bateau et attendre la prochaine embarcation, il ne se portera pas garant pour ce voyage. Sept, huit, neuf sauts allègent le canot. La mer s’agite, la pirogue tangue. Les turbulences vous arrachent des haut-le-coeur. Votre cœur valse au même rythme que les vagues folles et rebelles. La pirogue progresse rapidement dans la noirceur de la nuit.

Le destin de mon enfant entre ses bras

Une inconnue assise une rangée devant la mienne, tient mon bébé dans ses bras. Je ne connais pas son nom. Je ne reconnaitrais même pas son visage si je la croisais dans la rue. Et pourtant, elle tient le destin de mon enfant entre ses bras. La vie de ma fille dépend d’une totale inconnue ! C’est un sentiment indicible de ne pas pouvoir enlacer mon enfant au moment où elle a le plus besoin de moi. Quelle horrible impuissance !

Mon mari a disparu dans la mêlée. Il a été obligé d’avancer, ne sachant plus dans quelle direction regarder. Il n’a pas eu le temps d’enfiler son gilet de sécurité. Pourvu que le pire n’advienne jamais, il ne pourra pas secourir sa famille ! Il en est pétrifié. Non, il est carrément mort de peur ! Enfin, l’arrière de la pirogue bute sur le banc de sable. Nous procédons au paiement.

C’est comme ces histoires effroyables que vivent chaque jour des milliers d’Africains qui accostent illégalement sur les bords de la Sicile, dans les îles Canaries ou sur les rives de Mayotte à leur risque et péril. Sauf que là, il s’agit de ma famille. Nous quittions l’île de Ngor pour Dakar, en toute légalité.

Si une traversée de moins de dix minutes a pu susciter cette cascade d’émotions en nous, je n’imagine même pas ce que peut ressentir un migrant clandestin lors d’un voyage de quelques jours ou parfois de plusieurs mois.

C’est comme ces histoires de réfugiés congolais qui avaient été repêchés près des côtes malgaches. Blottis dans des tonneaux vides, ils avaient pu flotter quelques jours, privés de tout vivre.

Qu’est-ce qui pousse le migrant à s’exposer à un tel danger ?
Pourquoi des Africains doivent-ils s’exiler ?

* Babouches en argot camerounais.
** Terme bahá’i signifiant « Ô toi la Gloire des Gloires » ou « Dieu est le plus Glorieux ».

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NathyK


La mort : une messagère de joie

Colombe
Colombe

Août 2010, Johannesburg 

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Au milieu de personnes de tout âge, de diverses origines et cultures, debout, je récitais, d’une voix haute et claire, une prière en Banen – ma langue maternelle. J’enchainais ensuite avec une courte prière en Swahili, apprise quand j’étais encore une enfant. Le concept était de diversifier autant que possible les prières.

J’avais aimablement accepté de me plier à cet exercice spirituel. Une façon de rendre hommage au défunt oncle de mon amie Mary. À cette profonde atmosphère de dévotion se mêlait la joie contagieuse d’une célébration. En effet, Mary avait ouvert la cérémonie par ces mots : « Welcome everybody to the celebration of the life of my uncle*. »

Des minutes après mon intervention et autres témoignages, la sœur du regretté oncle – la mère de Mary – partageait avec l’assistance, un poème en persan, spécialement rédigé pour la circonstance. C’était bien la première fois que j’assistais à une veillée cérémonie de deuil si sereine et si animée.

Quelques années plus tôt… Février 2007, Yaoundé

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Je quittais Antananarivo pour aller enterrer ma mère. Dans mes bagages, un CD de louange que des amis camerounais m’avaient affectueusement offert, en signe de sollicitude. Le visage souriant, le cœur courageux, la force qui me tenait dépassait ma compréhension. J’aurai bien voulu contaminer cet esprit à mon entourage. Mais que nenni ! Chaque fois que je troquais la musique nasillarde et moche à pleurer par les mélodies douces et apaisantes du gospel, ça ne tenait pas plus de 15 minutes. Les gens s’obstinaient à rester dans la tristesse la plus sinistre ! Je finis par le comprendre.

Novembre 2012, Dakar

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La clinique Moussa Diop qui abrite le service de psychiatrie n’est pas très chic, pour ne pas dire sombre. Travailler en plus en face de la morgue, c’est carrément funeste, me dis-je. Quelquefois, le chemin de la morgue est obstrué par les attroupements. Je me faufile entre les Sénégalais venus pleurer leurs morts récupérer leur corps pour un enterrement express comme il est de coutume dans l’Islam. Ça ressemble plus à une cour de récréation qu’à autre chose. Le noir n’est pas toujours de rigueur. Les pleurs sont plus discrets que les conversations. Il n’y a ni crises d’hystérie, ni syncopes. Le cercueil « de transport » est le seul signe évident qu’il y a eu mort d’homme.

Juin 2014

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La semaine dernière j’ai perdu une tante très chère à Johannesburg [en Afrique, toute personne âgée devient, par le principe du respect, ta tante ou ta mère, ton oncle ou ton père]. C’était la belle-sœur de Mary. Cette nouvelle m’a littéralement choqué. J’ai plusieurs fois pensé aux mots de condoléances que j’adresserai à ses enfants. Chaque fois que j’y songeais, mon regard s’embrumait… jusqu’à ce que je parcoure l’album Facebook de l’enterrement. Surprise ! que de visages souriants, mari, enfants, famille, amis, connaissance, tous ou presque. Mary a encore organisé une veillée de prières. Une amie a mis en ligne un poème dédié à la défunte. J’aurai bien voulu être là pour célébrer, avec toute la communauté [noire, blanche et métisse], la vie de ma tante Shohreh.

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Les Africains en général et les Camerounais en particulier sont très souvent abattus après un décès. Plus tu pleures, plus tu étais attaché au défunt, et tu l’aimais profondément. Dans certaines familles, les « pleureurs » professionnels, pour quelques billets, viennent s’exhiber devant la foule. Ils déclenchent les lamentations à distance du lieu de la veillée, au fur à mesure qu’ils approchent, la cadence se fait plus rapide. Ils crient, ils pleurent, ils chantent, ils pleurent en chantant, ils chantent en pleurant. Atééé, la douleur là est trop forte ! Mais entre deux couplets, ils réclament leur dose d’alcool – question de réconfort. Si au moins, ils connaissaient le défunt.

Dans d’autres cultures comme la mienne, les femmes doivent se couper les cheveux à ras, après le décès de leur époux. Si elles s’y refusent, elles deviendront folles [dixit la tradition ou plutôt les hommes et les femmes qui veulent assujettir leur prochain, sous la menace immuable de la tradition]. Dans plusieurs régions, le veuvage est appliqué. La femme est tenue de porter des vêtements d’une seule couleur, souvent du bleu marine, de la tête aux pieds, pendant des années. Et ça c’est la partie la moins contraignante de l’histoire.

Parce que entre les accusations de meurtre du défunt époux, les confiscations du bien – commun – du couple et le mariage forcé avec le beau-frère qui t’a « hérité », le chemin est encore long pour libérer la femme de toutes ces entraves au nom de la culture et du respect des ancêtres. Les veufs ne sont pas en reste même s’ils sont moins éprouvés. Pour moi, ce type de pratique cloisonne gratuitement les individus déjà éplorés, dans les prisons impitoyables de l’ABUS et de l’IGNORANCE.

Et si on ne pleurait pas nos morts, du moins de façon ostentatoire, cela signifierait qu’ils ne nous sont pas chers ?

Et si les femmes Banen, Bamiléké et autres ne coupaient pas leurs cheveux, deviendraient-elles vraiment folles ?

Et si les veuves refusaient d’obéir à leur belle-famille, cela confirmerait-il les soupçons d’assassinat ?

Une culture qui ne laisse pas de place à la raison et la justice, n’est-elle pas une culture qui tue sa progéniture ? Ce serait comme cette laisse trop serrée, qui au lieu de protéger le chien des dangers de la route et de le maintenir près de son maître bien-aimé, finit par étrangler le cou du pauvre canidé, le privant de sa liberté et de sa vie.

Mon ami et collègue psy Bihabwa me rappelle souvent que : « Face à la mort, l’homme ne pleure pas le défunt, encore moins son départ. Il pleure d’abord sa propre mort. C’est son angoisse face à sa propre mort qui le rattrape. » L’éminent sociologue Lamine Ndiaye, dans son article « Mort et altérité : approche socio-anthropologique d’un phénomène indicible » abonde dans ce sens et explore les différents rites et perceptions de la mort dans les sociétés africaines. C’est notre représentation de la mort qui nous fait pleurer. Si nous pensons que c’est la pire des choses qui existent [ce que je pensais quand j’avais 6 ans et que je voulais être la dernière personne à mourir sur la Terre], alors nous pleurerons jusqu’à la déshydratation.

Il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps animal, il y a aussi un corps spirituel. C’est pourquoi il est écrit : Le premier homme, Adam, devint une âme vivante. Le dernier Adam est devenu un esprit vivifiant. Mais ce qui est spirituel n’est pas le premier, c’est ce qui est animal ; ce qui est spirituel vient ensuite…

1 Corinthiens 15, 45-47

 

N’est-ce pas Jésus le Christ qui disait qu’on laisse les morts [d’esprit] enterrer les morts [physiques]** ? Je crois à la survie de l’esprit après la mort. Je ne crois surtout pas que le « disparu » a disparu à tout jamais sous la poussière de nos pieds, encore moins qu’il « dort » ne serait-ce que pour un temps (sinon pourquoi se tuer à la tâche à observer toutes les leçons de morale sur cette Terre ? pourquoi même avoir été créé ?). Je garde l’espoir des retrouvailles dans l’au-delà. En attendant je prie. Je prie pour la clémence et pour le progrès de l’âme du défunt dans le royaume divin.

De la mort, j’ai fait pour toi une messagère de joie. Pourquoi t’affliges-tu ?

Par cette nouvelle joyeuse et lumineuse, je te salue. Réjouis-toi !

L’esprit Saint t’apporte les bonnes nouvelles de la réunion. Pourquoi es-tu triste ?

Ne t’attriste que si tu es loin de Nous. Ne te réjouis que si tu t’approches et reviens vers Nous.

Tu es mon bien et mon bien ne périt pas. Pourquoi crains-tu de mourir ? Tu es ma lumière et ma lumière ne s’éteint jamais.

Ton paradis, c’est mon amour ; ta demeure céleste c’est d’être uni à Moi.

Extraits des Paroles Cachées.

* Bienvenue à tous, à la célébration de la vie de mon oncle.
** Matthieu 8,21

 

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NathyK


Afrique du Sud : le syndrome de l’abusé-abuseur

« Les Africains veulent qu’on reconnaisse la place qui est la leur en Afrique du Sud. Nous voulons l’égalité des droits civiques pour tous : un homme, une voix. Je me suis consacré à cette lutte au côté de mon peuple. J’ai lutté sans relâche contre la domination blanche et j’ai lutté sans relâche contre la domination noire. J’ai caressé l’utopie d’une société libre et démocratique, dans laquelle tous les citoyens de ce pays vivraient ensemble, en harmonie, avec des chances égales. C’est un idéal auquel je fais le vœu de consacrer ma vie. Mais si on m’y oblige, c’est un idéal pour lequel je me sens prêt à mourir. »

Paroles extraites du film Mandela, un long chemin vers la liberté.

Nelson Mandela
Nelson Mandela s’adresse au Comité Spécial Anti-Apartheid.
Crédit Photo : UN Photo/P Sudhakaran

Il y a de cela plusieurs décennies, Nelson Rolihlahla Mandela caressait déjà le rêve d’une Nation Arc-en-ciel. Un idéal brandi comme un étendard d’unité dans la diversité, pour le restant de sa vie. Cette cause qui devint le symbole de lutte contre le racisme et autres inégalités sociales dans le monde.

Le magazine Jeune Afrique décrivait récemment, dans un article, la situation actuelle aux pays de Steve Biko et de Walter Sisulu : « (…) après l’apartheid, le pays est resté profondément inégalitaire. Les Blancs y gagnent en moyenne six fois plus que les Noirs, ils sont moins sujets au chômage (moins de 7% contre plus de 28%), et ils ont toujours un meilleur accès à l’éducation, qui reste de mauvaise qualité pour la majorité ». Face à ce rapport, on est en droit de se demander si 20 ans après l’abolition de l’apartheid, on ne pouvait pas obtenir un meilleur résultat. À savoir, une Afrique du Sud offrant une réelle égalité de chances de réussite à tous ses citoyens et une distribution efficiente du patrimoine national.

Township Cape Town
Township de Khayelitsha à la sortie de Cape Town.
Crédit photo : Lisa.davis/Flickr

C’est la question que se posent certains leaders sud-africains, en l’occurrence l’archevêque Desmond Tutu, combattant invétéré pour les libertés individuelles. Son rôle de mobilisation pour la libération de Tata Madiba est l’exemple le plus patent de son activisme.

UNE TAXE POUR LES BLANCS

« Doit-on appliquer une taxe sur la richesse pour combler le creux des disparités raciales et sociales en Afrique du Sud ? »

Cette situation a été publiquement débattue il y a trois ans déjà sur l’émission 3rd Degree de Debora Patta. Une émission hebdomadaire qui se consacre au journalisme d’investigation ; le but étant de mettre les intervenants à la barre et d’exposer les actes qui vont à l’encontre du développement du pays.

La note suivante a été postée sur le site web de 3rd Degree, en 2011 :

« When Archbishop Desmond Tutu made a call to tax white people for the benefit of the poor as reparations for apartheid, it unleashed a vigorous public debate.

Proponents for and against quickly locked horns with detractors arguing that a tax along racial lines could harm our already racially splintered democracy. 3rd Degree continues the debate. A young man in the township of Kliptown is poorly educated, unemployed, has little hope and even less future prospects.

A classic example of a person left abandoned by years of systematic oppression under apartheid. Today he continues to live in abject poverty – one of a large majority of the urban poor while a tiny minority enjoys the fruits of excessive opulence. Is a wealth tax along racial lines social justice or a step back in our efforts towards full reconciliation ?”

Traduction de courtoisie :

« Quand l’archevêque Desmond Tutu a fait la demande de soumettre une taxe aux personnes de race blanche, au bénéfice des pauvres, en guise de réparation pour l’apartheid, cela a généré un débat public retentissant.

Les protagonistes se sont rapidement jetés à la gueule des détracteurs, argumentant qu’une taxe établie sur la base de la couleur de la peau pourrait apporter plus de dommages à une société déjà racialement scindée. 3rd Degree continue le débat. Un jeune homme du Township de Kliptown est peu éduqué, sans emploi, a peu d’espoir, et n’a aucune perspective d’avenir.

C’est un exemple classique d’une personne abandonnée par des années d’oppression systématique sous le régime de l’apartheid. Aujourd’hui, il continue de vivre dans une pauvreté abjecte – un [exemple] dans une vaste majorité de citadins pauvres, tandis qu’une petite minorité jouit des fruits d’une opulence excessive. Est-ce que la taxe sur la richesse basée sur les considérations raciales contribue à la justice sociale ou est-ce un pas en arrière qui va retarder les efforts de réconciliation totale ? »

Je me demande, à juste titre, si cette proposition de taxe sur la richesse, apparemment alléchante pour la pauvre majorité noire, s’appliquera aux biens de l’élite noire qui s’est accaparée des minerais du pays. Le massacre de Marikana, en 2012, illustre parfaitement la théorie de l’abusé devenu abuseur. Le problème n’est pas donc pas nécessairement « blanc ».


Massacre de Marikana: « la police sud-africaine… par euronews-fr

Voici les différentes tendances autour desquelles tournait le débat :

FAVORISER LES NOIRS SUD-AFRICAINS

La population noire est très en colère contre le système parce que depuis 1994, il n’y a pas eu de changement significatif dans leur vie. Il y a une masse considérable de pauvres, de personnes constamment dans le besoin, qui n’a pas accès à une éducation adéquate et qui manquent d’eau et d’électricité, pour ne citer que cela. Ces conditions de vie difficiles expliquent sans doute le haut degré de chômage et de criminalité.

Cependant, il serait ingrat de ne pas reconnaître l’avantage du Black Economic Empowerment dont bénéficie toute personne éduquée de race noire, métissée, indienne ou chinoise. En effet, les jeunes diplômés de l’université ont par le biais de ce système de redistribution de postes, pu avoir accès aux emplois et aux positions de décisions même à un niveau d’éducation et d’expérience nettement inférieur à celui de leurs compatriotes blancs. Les maisons RDP [deux petites chambres, une cuisine-salon, une salle de bain, un panneau solaire] construites et offertes par l’État et les bourses spéciales accordées chaque année aux étudiants noirs sont d’autres exemples d’actions en faveur des Noirs.

Cosmos city, Johannesburg
Cosmos city : township avec des maisons RDP, dans la banlieue de Johannesburg.
© NathyK

Une minorité noire a pu se hisser au sommet de l’État et un bon nombre d’entre eux sont actionnaires dans des compagnies importantes. La vie luxueuse qu’ils mènent est parfois entretenue par les deniers publics.

Alors où se situe la racine du problème ? Est-ce que les autorités gouvernementales font le maximum pour servir et développer le peuple sud-africain ? Pourquoi l’écart du train de vie entre Noirs et Blancs est encore énorme ? Doit-on implémenter la taxe sur la richesse ou doit-on carrément arracher les mines et les fermes aux propriétaires blancs comme le suggère l’ancien leader de la Ligue des Jeunes de l’ANC Julius Malema?

La malgouvernance, l’égoïsme et la corruption constituent sans aucun doute des éléments de réponse.

EDUCATION ET MEILLEURE GESTION DU PAYS

D’autres réactions identifient l’éducation, en plus d’une meilleure gestion des biens, comme étant la clé potentielle qui pourra à long terme aplanir ces inégalités. Et c’est cette solution que je prône aussi. Ceux qui défendent cette opinion disent qu’il y a déjà assez d’argent dans les caisses du gouvernement mais il n’est pas nécessairement utilisé à bon escient. Les priorités devraient être l’amélioration de la qualité de l’éducation, de la santé, la création des emplois… une meilleure rémunération pour ceux qui se tuent à la tâche, chaque jour dans les mines, ne serait pas de trop.

En effet, l’éducation primaire et secondaire est encore divisée par la ligne invisible des classes. Les Afrikaners envoient leurs gosses à l’école privée. Ils payent cher les pensions mensuelles, les cours de répétition et autres activités artistiques et sportives extrascolaires. Ces efforts d’investissement aboutissent aux résultats académiques satisfaisants et c’est tout naturellement qu’ils sont admis dans des universités de premier choix. Sans compter que les parents nantis sont en mesure de payer les frais très coûteux de ces institutions prestigieuses. Une fois diplômés, à eux les grands postes. La richesse tourne en boucle.

L’école publique (aux niveaux élémentaire et secondaire) a quant à elle beaucoup d’efforts à faire pour se mettre au pied d’égalité avec le système éducatif des autres pays africains anglophones [Kenya, Nigeria, Ghana]. L’éducation n’est pas que matérielle, elle doit pouvoir changer les mentalités et les vies. Tant que les Noirs sud-africains ne comprennent pas son importance, son implication et ne s’orientent pas dans tous les secteurs d’activité, surtout dans les filières scientifiques, les ressources pour assurer ces secteurs de développement viendront toujours d’ailleurs [blancs, indiens, étrangers]. Ces efforts d’éducation devront être soutenus pendant plusieurs générations pour engendrer le changement tant attendu. Les vagues xénophobes et les méthodes ségrégatives ne feront qu’envenimer la situation.

Black and White
Black and White : unité, égalité, diversité.
© NathyK

La situation économique n’est qu’un aspect des choses. Trois ans de vie au pays de Zuma m’ont permis de conclure qu’au stade de socialisation où ils en sont, les Sud-africains vivent dans une sorte de mélange non-miscible d’eau et d’huile. Ils partagent la même terre mais se fréquentent peu. Le brassage culturel idéalisé dans les séries télévisées, telles que Scandal et Isidingo, ne fait pas encore l’unanimité. Les Noirs restent à Soweto ou à Alexandra, achètent leur pap* à Yoville et n’imaginent pas se marier avec des Indiens, des Blancs, encore moins avec des Kwèrè-kwèrè** et vice-versa.

Dans cette société encore très racialisée, je reste pourtant optimiste. Le retard accusé dans la croissance et l’émancipation de la population noire s’explique largement par les longues années dominatrices, persécutrices et répressives de l’apartheid. Les dommages sont avant tout psychologiques. Quoi qu’il en soit, la maturation est un processus lent et ardu, qui requiert de la patience et des efforts continus. En 20 ans, une classe moyenne noire a émergé. Madiba est parti. Son spectre plane malgré tout. Les Sud-africains ont fait le vœu de perpétuer son héritage. La barrière des préjugés s’est déjà fragilisée et elle finira bien par s’écrouler.

« Il n’existe qu’une seule voie pour aller de l’avant. Et cette voie, c’est la PAIX. » Nelson Mandela

* semoule de maïs.
** terme sud-africain pour désigner les étrangers. 
NB : « Matric » ou matriculation est l’équivalent sud-africain du Baccalauréat.

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NathyK


Non, vous n’êtes pas schizophrènes !

Hystérie et hypnose
Démonstration de l’hypnose chez une hystérique.
Crédit Photo : André Brouillet

De coutume, on n’entend pas les gens se vanter revendiquer d’être atteint d’une affection organique grave. C’est à la limite une malédiction que le plus pieux de nos congénères souhaite éradiquer par la voie sacrée de la prière, à défaut de se rendre dans les hôpitaux publics qui ont de plus en plus mauvaise réputation de nos jours. Vous imaginez quelqu’un dire fièrement : « je suis tuberculeux » ?

Mais comme c’est marrant, troublant et même étonnant d’entendre la personne lambda dire avec insistance et conviction qu’il est schizophrène, maniaque ou sortir le très raffiné : « j’ai un TOC* ». C’est encore plus déconcertant quand ces expressions fashions sont empruntées par des personnes super instruites ou des vaillants mondoblogueurs – si, si, j’en ai répertorié dans pas moins de quatre blogs – mais je ne blâme personne. La culture populaire a tout simplement accordé des faux sens à ces pathologies psychiatriques très lourdes à porter.

Mais et encore un mais, continuer à laisser mes tympans grésiller à l’entente de ces pseudo-diagnostics ne serait pas rendre justice à la science, encore moins à ma communauté face à laquelle j’ai un devoir inéluctable d’information et de sensibilisation. Idéalement, j’aurais fait un top 10, mais je ne souhaite pas vous achever par overdose d’antipsychotiques.

1/ Commençons donc par le fameux « je suis schizophrène »

Le sens courant veut que la schizophrénie se traduise par une soi-disant « double personnalité ». Quand les gens veulent s’attribuer à tort ou à raison une identité sociale multiple voire métissée ou une personnalité double avec des états d’esprit souvent changeants, ils disent tout bonnement « je suis schizophrène ».

Nein** ! La schizophrénie de Bleuler n’a rien voir avec à une labilité de l’humeur. Et elle n’est pas non plus assimilable à un dédoublement dont résultent des personnalités entières, indépendantes qui s’interchangent chez un même sujet. Sa psychopathologie nous renvoie plutôt à la fragmentation d’une seule et même personnalité. Ce morcellement très angoissant se traduit cliniquement par un syndrome dissociatif. Ce qui revient à dire en des termes simples que : « Est schizophrène, celui qui vous raconte une histoire pathétique en riant aux éclats, sans qu’il ne puisse se rendre compte du contraste créé entre sa pensée, son émotion et son action ». Ne lui demandez pas pourquoi, il ne saura pas vous en donnez la raison.

2/ Continuons par le très perspicace « je suis maniaque »

Quand quelqu’un te lance qu’il est maniaque, ça fend l’air comme un couperet. Traduction : « Je suis obsédée par la propreté, le rangement, l’ordre et je ne tolérerai pas qu’un grain de poussière vienne salir mon précieux tapis persan. S’il te plaît, ôte tes savates, lave-toi les pieds à l’eau javellisée, essuie-toi méticuleusement chaque espace interdigital, attend qu’ils sèchent à l’air libre avant que je ne te laisse traverser l’encadrure de la porte de mon immaculée demeure ! »

Entre nous, celui qui est aussi exigeant envers lui-même souffre au pire d’un Trouble Obsessionnel Compulsif, à défaut de n’avoir qu’une personnalité obsessionnelle et s’il est si rigoureux envers les autres, il fait montre d’une psychorigidité. En tout cas, c’est à des années-lumière de la manie (trouble bipolaire) telle que décrite en psychiatrie. En effet, le maniaque vit tellement tout de façon accélérée que ni pensées, ni actes ne sont coordonnés. Résultat : une hyperactivité non-productive qui donne un piètre aspect bordélique à son espace de vie. Vous saisissez la différence ?

3/ Passons maintenant au « psychopathe » de service

Il suffit que des groupes armés à la Boko Haram vilipendent, violent et tuent des innocents pour que l’on s’écrie : « C’est une bande de psychopathes ! ». Holà, il en faut plus pour mériter un verdict si handicapant.

Un psychopathe est un malade mental, comprenez « quelqu’un qui souffre », même s’il ne s’empêche nullement de faire souffrir les autres, sans remords, ni scrupules. Mais encore, faut-il que ces troubles de conduites sociales remontent bien avant l’âge de 15 ans. La psychopathie ne peut donc pas se conclure qu’à un fait. C’est un trouble de la personnalité, c’est-à-dire qu’il est permanent et quasi-irrémédiable car impacté dans le caractère du patient.

Sans critères diagnostiques valables, ces hors-la-loi qui sèment la terreur dans nos villages ne sont que des meurtriers motivés par nulle autre chose que le mal. D’ailleurs #BringBackOurGirls !

4/ Il y a toujours quelqu’un dans notre entourage qu’on traite de « parano »

La première fois que j’ai entendu ce mot, c’était à la télé. Dans les films ou les séries, il y avait toujours un conjoint qui disait à l’autre : « tu deviens parano ou quoi ? ».

Si le sens courant de ce mot se rapproche de sa signification réelle, il n’en demeure pas moins qu’il s’agisse d’une extrapolation. Un planteur du fin fond de Makak (localité camerounaise), souffrant de paranoïa, affirmera coûte que coûte que le FBI, à ses trousses, a implanté des micros dans les toilettes de sa chaumière. Allez donc savoir ce que le FBI peut bien vouloir à quelqu’un de potentiellement inoffensif, vivant en Afrique rurale et n’ayant pour seule possession qu’un champ de manioc !

C’est pour dire la démesure du discours de notre patient, qui a une personnalité paranoïaque à la base. En gros, c’est quelqu’un d’habituellement orgueilleux, méprisant, méfiant, susceptible, interprétant toute situation de travers, qui va développer par la suite un délire chronique, très résistant.

5/ On ne peut clore ce chapitre sans le très prisé « c’est une hystérique ! »

Eh oui, quand une femme qui a passé une nuit pourrie, s’est levée du pied gauche le matin, arrive en retard au boulot et explose à la moindre allusion, on conclut : « Elle est hystérique celle-là ». Oh mais, ça c’est ce qu’on dit juste après avoir qualifié sa vie sexuelle de quasi-inexistante. Ne riez pas, c’est ce que vous faites en sourdine.

C’est vrai que l’hystérique a tendance à la dramatisation, ne « se donne en spectacle » qu’en présence d’une foule et a une vie relationnelle perturbée. Mais, le conflit névrotique sous-jacent ne se joue nullement dans le champ de la conscience. En d’autres termes, le sujet de personnalité hystérique n’a pas pour vocation de tromper les autres, il se trompe lui-même sans le savoir, même si ça prend des fois l’allure d’une simulation bien orchestrée. Piège ! La finalité étant tout de même la recherche de bénéfices primaires et secondaires.

Bon, trop complexe, tout ça. La classe est terminée. L’essentiel était de savoir qu’hystérique n’est pas synonyme de femme énervée, mal b***ée ou de simulatrice et que s’étiqueter de schizophrène, revient à se taxer, en langage commun, de « fou ». De grâce, dorénavant, laissez ces diagnostics aux vrais patients qui ont besoin de traitement et de soutien.

* Trouble Obsessionnel Compulsif.

** Non en allemand.

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NathyK


Ceux qui changent le Monde

« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre d’années » dit l’adage, mais j’affectionne encore plus celui qui dit que « vouloir, c’est pouvoir », tout simplement. En fait, je suis de ceux qui pensent que les accomplissements « hors du commun » ne sont pas qu’à la portée d’une certaine catégorie de personnes élitistes, avec des backgrounds propulseurs, des diplômes impressionnants ou des comptes en banque cossus même si ces atouts peuvent aider toute personne bien intentionnée à s’investir dans une cause noble de son choix.

Revenons donc sur l’intention, la volonté, le désir, le point de départ de toute création. De la volonté part la vision. On imagine déjà notre projet sur pied. On visualise toutes les pièces que l’on va assembler pour former notre chef-d’œuvre. On rêve et dans nos rêves, il n’y a pas de limites, il n’y a qu’une infinité de possibilités que nous avons hâte d’explorer. On se voit triomphant et glorieux. Puis, un jour, on décide d’entreprendre, de faire un pas en avant et de dresser un plan.

Si les piliers de ce plan sont la connaissance et le travail, l’énergie qui le fait avancer se trouve dans la foi et la passion. On se relève après chaque chute et on retient la leçon. C’est ainsi qu’on persévère, qu’on cherche toutes les voies accessibles et qu’on met tous les moyens en jeu pour matérialiser nos idées. Et un jour, ce qui avait été pensé devient tangible.

Ceci n’est pas l’histoire d’une minorité, ce n’est pas l’histoire d’un surdoué, c’est l’histoire de celui-là qui VEUT améliorer le Monde et qui est prêt à s’engager malgré le lot de difficultés. « La vie est un risque », n’est-ce pas ? Donc arrêtons de faire nos poules mouillées et de voir tous les obstacles sur le chemin, sortons de notre zone de confort et laissons les excuses de côté parce que « qui ne tente rien, n’a… r-i-e-n ». Okay, si vous êtes toujours branchés, allons-y !

Au cours de mon dernier périple sud-africain, j’ai fait la rencontre d’une jeune femme qui appartient à la race de ceux qui ne disent plus « wèèèh, on va faire comment ? » mais qui ont la folie de croire que leur volonté de bien faire peut contribuer à alléger les souffrances du monde. En d’autres termes, ils n’indexent plus et n’attendent plus que x, y, z fassent correctement leur boulot. Ce sont des « solutionneurs » ; ils voient en chaque problème, des opportunités.

What you do for yourself dies with you but what you do for others is timeless.

Ruth Fongwa, jeune enseignante camerounaise et fondatrice de l’organisation pour orphelins Redemption Education Initiative (REI), a accepté de partager avec nous ses impressions du sommet One Young World 2013 à Johannesburg :

« One Young World 2013 était une expérience explosive. C’est un sommet qui, chaque année, réunit les jeunes leaders. Cette fois-ci, il y avait 1250 participants venant de 190 pays. Principalement des jeunes qui apportent un changement positif dans leur communauté, à plusieurs niveaux : éducation, agriculture et nutrition, santé/lutte contre le VIH, politique et gouvernance, genre, mode, etc. Nous avions pour leitmotiv : ce que tu fais pour toi-même est éphémère, mais ce que tu fais pour les autres demeure à jamais.

Le gouvernement à lui seul, quel que soit son degré d’investissement, ne peut jamais résoudre tous les problèmes d’un pays. Alors, au lieu de se plaindre constamment, les jeunes peuvent former des partenariats avec leur gouvernement ou des institutions privées afin d’œuvrer pour le changement. En commençant par créer une forte base éducationnelle, accessible à tous les citoyens, parce que l’éducation est l’outil de changement le plus durable et il reste un prérequis pour la vraie prospérité.

Il y avait nombre de conseillers au sommet dont Kofi Annan, Winnie Mandela, Mohammad Yunnez, le vice-président de l’Irlande (prochain pays hôte), plusieurs chefs d’entreprise à l’instar du PDG de Barclays et même des Prix Nobel. Les ateliers et les séances plénières étaient l’occasion pour moi d’apprendre le meilleur des autres et j’espère retourner en 2014, en tant qu’ambassadrice, au sommet de Dublin, pour partager l’évolution de mon projet d’éducation des orphelins. »

Servir l’Humanité est la plus grande œuvre de la vie.

REI children
Ruth et les enfants orphelins. Crédit Photo : REI

Quelle œuvre a donc accompli Ruth Fongwa pour se retrouver parmi 1250 jeunes personnes qui servent d’une manière ou d’une autre leur communauté ?

Poser le problème :

Lors de la Journée Internationale de l’alphabétisation, le 08 septembre, le Secrétaire Général des Nations Unies a déclaré dans son discours que c’est en Afrique qu’on retrouvait les plus grands taux d’analphabétisme. Mr Banks a suite révélé que 776 millions d’adultes, en majorité des femmes, ne savent ni lire, ni compter tandis que 75 millions d’enfants ne vont pas à l’école.

Ce qui est une situation très grave compte tenu du rôle déterminant de l’alphabétisation dans l’avancement de la société puisqu’elle donne aux gens l’opportunité :

  • d’améliorer leurs conditions de vie ;
  • d’avoir accès à l’information, la connaissance ;
  • de participer à la prise de décision ;
  • de mieux prendre soi d’eux-mêmes, notamment dans le domaine de la santé ;
  • et plus que tout, d’exercer leurs droits et devoirs en tant qu’êtres humains et citoyens.

« Les pauvres et les riches ne peuvent pas communiquer parce qu’ils n’ont pas les mêmes mots. Quand on parle de millions de personnes qui sont culturellement réduits, on ne parle pas juste de ceux qui n’ont pas accès aux bibliothèques, aux librairies, aux musées et aux centres d’art, mais de ceux qui sont dépourvus de mots sur lesquels tout ce construit, les mots qui ouvrent les portes. 

Ces enfants sans mots sont anéantis avant même de démarrer leur vie. Les jeunes de ghettos ne connaissent pas la signification de centaines de mots qu’utilisent quotidiennement les enfants de riches parce que la majorité n’a jamais vu leurs parents lire un livre ou faire un travail intellectuel. Cette situation crée le cercle vicieux de l’ignorance, de la pauvreté et du crime. Résoudre le problème de l’analphabétisme reviendrait à réduire l’incidence des autres fléaux. »

Participer à la solution :

La REI a été mise sur pied le 18 septembre 2011, dans le but d’aider à éradiquer l’analphabétisme chez les orphelins d’Afrique, en commençant par ceux du Cameroun. Cette action s’inscrit dans la même lancée que celle des Nations Unies qui comptent maîtriser ce fléau en 2050.

La REI s’est intéressée particulièrement aux orphelins du fait qu’elle a constaté que des 70% de garçons et des 64% de filles qui avaient accès à l’école primaire, moins de 40% parvenaient à leur dernière année d’études élémentaires parce qu’ils avaient perdu parents et tuteurs.

La majeure partie de la population orpheline, estimée à près de 6000 enfants dans la région du Nord-Ouest du Cameroun, s’adonnait au petit commerce et aux travaux champêtres dans le meilleur des cas. Paradoxalement, l’argent durement gagné servait à payer l’éducation des enfants de leurs tuteurs-bienfaiteurs ! Pourtant ces enfants délaissés sont pour la plupart talentueux, ils rêvent tous d’avoir une chance de développer leurs capacités, d’avoir accès à l’internet et de se faire une place dans le monde.

La REI a donc décidé de travailler avec les enfants, les familles, les communautés, les organisations et le gouvernement afin de changer la destinée d’au moins 400 orphelins camerounais par année.

« La promesse de l’éducation ne se limite pas à savoir lire, écrire ou compter. Lorsqu’elle est pleinement réalisée, cette promesse permet d’apprendre à s’intégrer dans la société, faire face aux difficultés et donner le meilleur de soi-même. Une éducation décente accorde à chaque enfant la fondation dont il a besoin pour atteindre son plein potentiel. C’est un droit fondamental dont aucun enfant ne devrait être dépourvu. »

Réalisations et évaluation :

Concrètement, Ruth Fongwa et son équipe, inscrivent les enfants à l’école, leur fournit du matériel scolaire et s’assurent de leur évolution sur les plans académique, social et moral tout au long de l’année. Ces derniers vivent déjà dans les orphelinats ou des familles d’accueil. Ils sont aidés par des partenaires, des donneurs mais aussi grâce à leur initiative d’auto-subsistance comme la culture et la vente des légumes locaux.

Au fil des ans, des améliorations faites ont porté sur l’aide sanitaire, l’attribution du matériel sportif et des livres en vue d’ouvrir une bibliothèque. Plusieurs élèves sont premiers de leur classe. La vie d’enfants aveugles, abandonnés, issus de viols ou de mères mentalement atteintes, a radicalement changé. Ceux qui se voyaient devenir vendeurs de sable, conducteurs de moto-taxis ou planteurs rêvent désormais d’être dans la peau des médecins, des ingénieurs ou encore des enseignants.

Alors, comme le souligne le Nigérian Ofili, dans sa petite histoire The danger of being a writer, ne soyons pas justes des narrateurs des échecs du monde, profitons de l’instant présent pour participer activement à la construction de ce monde dont on rêve tant.

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NathyK


Libérer son potentiel de Leader #2

Après nous avoir initié aux rudiments du « service leadership », le futur Docteur Estella Bih-Neh, en plus de nous édifier sur son parcours remarquable, nous livre à travers les termes récurrents de « réseau », « opportunités », « proactif », des conseils sur « comment libérer son potentiel de leader ? », une compétence dont la talentueuse jeunesse Africaine et plus encore Camerounaise a profondément besoin pour assurer son épanouissement social et professionnel. Suivons Estella qui n’est plus à présenter sur ce blog.

Estella Bih-Neh
Estella Bih-Neh en action. © Estella Bih-Neh

Estella, qu’as-tu fait après avoir été diplômée de l’African Leadership Academy (ALA) ?

Je suis maintenant étudiante à la Faculté de médecine de Buéa, au Cameroun. À part ça, en tant qu’alumnus de ALA, j’aide les jeunes de mon pays à avoir une expérience qui se rapproche un peu de ce que j’ai eu en Afrique du Sud. Comme je l’ai dit plus tôt, l’une des activités qui m’ont marqué pendant mon cursus, c’était d’avoir accès aux guest speakers, des personnes très influentes qui ont une carrière épanouie.

Depuis deux ans avec mon équipe, nous créons des ateliers dans différents établissements camerounais afin d’offrir des conseils d’orientation académique et professionnelle, donner aux élèves des perspectives qui les projettent en quelque sorte dans leur futur. Je suis parmi les intervenants, mais j’invite aussi des personnes de mon réseau de contacts comme la meilleure élève du Cameroun à l’examen du A-level*, des professeurs, des proviseurs de lycée afin qu’ils puissent par leurs récits inspirer la jeune génération.

Étant une alumnus de l’ALA, de quelle façon as-tu bénéficié de l’African Career Network (ACN)** ?

Après ma première année de médecine, j’ai eu l’opportunité, à travers l’ACN, d’avoir un stage rémunéré au KwaZulu Natal Research Institute for Tuberculosis and HIV (K-RITH), qui est situé à Durban, en Afrique du Sud. Ce qui est très intéressant pour ma filière d’étude car là, nous participons à la recherche sur le vaccin contre le VIH et sur les antirétroviraux. C’était très pratique. À la fin du stage, l’Institut m’a proposé un second stage pour l’année suivante.

L’ACN aide beaucoup dans le sens où il nous donne l’occasion d’appliquer de façon pratique ce que nous avons étudié pendant l’année à l’université. Ce serait difficile, d’avoir une offre de ce calibre au Cameroun. En plus des opportunités qu’il crée, il nous attribue des mentors pour nous guider dans nos carrières respectives. Chaque région d’Afrique a un mentor à sa disposition.

À quoi consistait la conférence d’Indaba*** au Nigeria en 2013 ?

La première raison qui m’a poussée à assister à cet événement était de me reconnecter avec mes anciens camarades et amis, mais cela m’a permis de rencontrer aussi les ALAians des autres promotions. Nous constituons en quelque sorte un réseau de futurs professionnels.

Les compagnies ouest-africaines nous ont donné des topos sur le développement professionnel, par exemple, sur « comment faire une bonne interview ? » : ce que les intervieweurs recherchent, comment doit-on se préparer et valoriser ce moment ? Un autre topo portait sur « comment créer des relations professionnelles ? » : comment intégrer un réseau de contacts professionnels et tirer profit des compétences des autres ?

Nous avons donc pu discuter avec des personnes de divers horizons sur nos projets, nos aspirations, nos rêves et durant ces ateliers de nouvelles opportunités sont nées. C’est ainsi qu’un Professeur de l’Université de Lagos m’a invitée pour un stage. De plus, ces rencontres nous ont exposé aux possibilités de carrière en Afrique dans les différentes branches. Enfin, ça nous a vraiment familiarisés avec l’environnement professionnel africain, le contexte dans lequel nous évoluons.

De par ton expérience à ALA, que tu penses que ça a apporté de particulier à ton cursus ? Qu’est-ce qui a fait la différence comparée aux écoles traditionnelles ?

Je pense que c’est surtout dans le suivi pour aider l’étudiant à réussir dans son plan de carrière, et à ressortir le meilleur de ce qu’il a. Dans mon pays, les lycées vous aident à avoir des très bons résultats au A-level et après vous êtes laissés à vous-mêmes. Mais ici il s’agit d’un réseau à vie dans lequel vous êtes immergés. Vous êtes toujours accompagnés.

Avant j’étudiais beaucoup, mais je ne voyais pas plus loin que ça. À Indaba, au milieu de toutes ces personnes, j’ai compris que je pouvais être tout ce que je souhaite devenir. J’ai juste à jouer mon rôle. Cela m’a fait réaliser que le talent ne peut pas progresser s’il n’a aucune opportunité.

Beaucoup d’entre nous, moi en l’occurrence, ne sommes pas issus de familles nantis et n’ont pas de tantes ou d’oncles très éduqués ou haut placés qui peuvent leur donner des conseils d’orientation professionnelle et c’est une bonne chose pour moi que d’avoir des personnes qui peuvent maintenant me guider dans ma carrière.

Et le meilleur, c’est qu’on peut poursuivre la chaîne en aidant à notre tour les personnes de notre entourage immédiat. C’est ce que j’ai fait pour ma petite sœur, en la conseillant quand elle devait entrer à l’université. J’étais en meilleure position que mes parents pour lui dire quelles écoles intégrer, quelles portes pouvaient s’ouvrir avec telle filière, comment elle pouvait avoir la meilleure éducation avec les ressources dont nous disposions.

Leadership et responsabilité sociale
Leadership et responsabilité sociale. Crédit Photo : Peter Durand

Quels conseils donnerais-tu aux jeunes Africains comme toi, du moins aux jeunes Camerounais ? Quelles solutions proposes-tu ? Aller en Europe ou attendre le changement de régime politique ?

Rires… Non, pour que le gouvernement change de régime, ça prendra du temps. Je crois beaucoup au pouvoir de la parole… beaucoup de Camerounais – moi aussi avant mon expérience sud-africaine – ont une opinion étriquée du succès… avant, ma définition du succès s’arrêtait à faire des études et à embrasser une profession conventionnelle comme être médecin, juriste ou enseignant.

Mon passage en Afrique du Sud, m’a permis de diversifier mon pôle d’intérêt. Le Cameroun a ces plateformes où les gens peuvent prendre part aux ateliers mais la plupart des Camerounais ne sont pas familiers avec ce type d’environnement de travail. Les jeunes pensent que ce sont des activités réservées aux aînés. Alors que ces ateliers, séminaires, conférences et autres, sont des lieux où on peut s’ouvrir aux autres et tisser un réseau de relations professionnelles, guetter et saisir des opportunités, même si elles se font un peu rares. Le pire serait de ne pas quitter de sa zone de confort et de croire que les opportunités viendront toutes seules à nous.

Lorsque je vais dans mes ateliers d’orientation professionnelle, je reste alerte, parce que je ne sais pas encore ce que je pourrais apprendre de quelqu’un d’autre. Je pourrai m’adresser à une personne qui connaît une autre personne qui maîtrise mon secteur d’activité et qui est prête à me donner une chance et c’est comme ça que mes portes s’ouvrent.

Le gouvernement est ce qu’il est, mais comment tirons-nous du meilleur avec ce dont nous disposons ? Mon conseil est de rechercher et d’utiliser toutes les voies disponibles, il faut être proactif. Si mon proviseur n’était pas proactive, toujours branchée à la moindre offre qui se présente sur internet, je n’aurai pas connu ALA.

Il y a beaucoup de propositions que j’ai eues en dehors du réseau d’ALA, à partir de mes propres initiatives et recherches parce que je suis proactive, je sais exactement ce que je veux, je suis passionnée par ce que je fais et dans mon discours, mon interlocuteur le ressent, apprécie mon état d’esprit et me connecte avec des personnes qui peuvent m’aider dans mon domaine d’activité.

Je dirai à mes compatriotes de ne pas être fermés, timides, désespérés, de ne pas suivre qu’une seule voie en pensant qu’un beau jour le gouvernement fera appel à vous. Il faut que vous-mêmes alliez à la conquête des opportunités.

Pour finir, quel est ton vœu pour l’Afrique et comment comptes-tu y contribuer pour qu’il se réalise ?

L’Afrique, c’est grand… rires. Je sais mieux ce que je souhaite pour mon pays. Je rêve d’une Afrique qui donne des opportunités à sa jeunesse. L’Afrique regorge de talents, beaucoup de jeunes sont curieux, avides de savoir, mais plusieurs pays africains n’ont pas un système d’études supérieures efficient qui permette aux jeunes de développer leurs talents et de leur ouvrir des portes. Le système actuel encourage la fuite des cerveaux où les jeunes préfèrent mettre leur capacité au service des nations plus développées.

À mon niveau, j’y contribue déjà en créant une plateforme qui peut aider les jeunes à trouver des opportunités. Dans mon domaine professionnel, je compte bâtir des hôpitaux surtout dans ma ville natale et former le personnel médical. Ce qui se fait actuellement dans ma région est très rudimentaire et mon but ultime est d’améliorer cela à travers l’éducation dans le secteur médical.

Nous ne manquons pas de remercier Estella qui, après ce long dialogue, réclame sa bouteille de soda (rires), et c’est avec un cœur heureux que nous lui souhaitons un bon retour au Cameroun et surtout une année académique fructueuse.

* Équivalent du Baccalauréat dans le système anglophone.

** Réseau professionnel africain permettant aux jeunes diplômés de l’African Leadership Academy d’obtenir des stages et des emplois au décours de leurs études supérieures.

*** Rencontres annuelles et régionales entre alumni d’ALA.

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Entretien traduit de l’Anglais et rédigé par NathyK.


Le « service leadership » avec Estella Bih-Neh #1

À l’heure où ses anciens camarades entamaient leur dernière année de Bachelor* dans les universités des métropoles américaines, canadiennes ou orientales, Estella Bih-Neh Nsoh, jeune étudiante camerounaise en 3e année de médecine et première présidente [femme] de la Faculté de Médecine de l’Université de Buéa, m’accordait une interview révélant son caractère exquis et sa maturité précoce.

Sur le chemin de l’aéroport pour son retour au Cameroun, stagiaire pour la deuxième fois à l’Institut sud-africain de recherches sur la tuberculose et le VIH [KwaZulu-Natal Research Institute for Tuberculosis and HIV], Estella me confiait que ça faisait quelques mois qu’elle avait quitté sa chambre d’université pour jongler entre conférences, avions et expériences au laboratoire.

Malgré cet emploi du temps chargé, elle continuait à assumer son rôle de rédactrice à theafricanyouthjournals.com, une plateforme montée par des jeunes Africains déterminés à prendre en main l’avenir de l’Afrique, en proposant des solutions innovantes dans tous les secteurs possibles, mais surtout en exposant leur Afrique positive et dynamique. C’est d’ailleurs sur ce site qu’elle a narré comment elle a ébloui le jury lors du fameux oral lui permettant d’accéder à la prestigieuse École de médecine de Buéa.

C’est finalement en tant qu’alumnus* de l’African Leadership Academy [école panafricaine d’entrepreneurship et de leadership] que je décidai de l’interroger sur son parcours, découvrir ce qu’un cursus de deux ans de leadership avait pu lui apporter. Parce que ce qu’il faut savoir sur elle et sur les centaines d’autres ALAians que j’ai eu à rencontrer, c’est que ces jeunes n’osent pas seulement rêver, ils y croient tellement qu’ils vivent littéralement leur rêve. La preuve, certains sont déjà chefs d’entreprise reconnus ou millionnaires ! Focus sur Estella.

Estella au K-RITH
Estella au laboratoire du K-RITH. Crédit Photo : Estella Bih-Neh

Comment as-tu entendu parler d’ALA (African Leadership Academy) ?

J’ai entendu parler d’ALA à travers le proviseur de mon lycée au [Nord Ouest], Cameroun. Elle nous a appelés dans son bureau pour nous donner des fiches à remplir pour une certaine école en Afrique du Sud. Elle nous a également fourni l’adresse du site web à travers lequel j’ai eu des informations supplémentaires sur cet établissement.

Étais-tu inquiète à propos du financement ?

Non, je n’ai même pas eu la présence d’esprit de m’enquérir du coût de la pension. Lorsque l’on remplit les formulaires, il est possible de postuler pour une bourse, si on en a besoin. Alors j’ai fait ma demande, ce n’était pas très compliqué.

Quelles étaient tes réalisations avant d’intégrer l’ALA, sur le plan académique et sur celui de l’impact communautaire ?

Sur le plan académique, j’étais la meilleure élève au O Level [BEPC dans le système francophone] dans tout le Cameroun et j’étais la meilleure élève en sciences de mon lycée, juste au moment où j’ai eu vent de l’opportunité qu’offrait ALA.

Sur le plan communautaire, je dirigeais un programme de cours de répétition en mathématiques, physique et chimie pour les élèves fréquentant les établissements publics. J’étais dans un lycée privé et la plupart de mes amis qui étudiaient dans le public, se plaignaient du fait que leurs professeurs ne venaient pas y dispenser les cours prévus. J’ai commencé avec l’idée d’aider mes amis mais à la fin, plusieurs personnes nous ont rejoints. C’était vraiment bien. J’ai toujours aimé enseigner et c’était une occasion de faire une chose dans laquelle je me retrouve.

Le résultat était satisfaisant. Ce qui m’a motivé à poursuivre, c’est le retour positif que je recevais de leurs parents. Apprendre les sciences nécessite beaucoup de patience et si les professeurs ne viennent pas, les élèves se retrouvent avec des lacunes. Ces cours leur ont permis d’améliorer leur compréhension.

Quelle était ton expérience à ALA pendant tes deux ans de formation ?

Euh… Mon expérience était particulière… rires… Premièrement, je pensais qu’ALA était une université. À ce moment, les explications sur le statut de l’académie et de ce qu’ils offraient n’étaient pas très claires. Du coup, je pensais que j’allais intégrer une institution d’études supérieures. C’était durant l’année où je passais mon A Level [Baccalauréat] au Cameroun et je l’ai eu. Tout de même, c’était un choc pour moi quand je suis arrivée à ALA ! Les premiers mois étaient difficiles, car j’hésitais entre rentrer au Cameroun ou poursuivre le programme.

Mais, quelques événements m’ont donné l’envie de rester. Par exemple, le programme axé sur les guest speakers*. Mon ancienne école était bien outillée mais nous n’avions pas une telle plateforme où des invités de marque venaient nous partager leurs expériences. Ces séances m’ont ouvert l’esprit… sur le type de carrière que je devrais embrasser. Avant j’avais ces petits rêves de devenir médecin dans la ville où j’ai grandi, mais quand vous écoutez ces gens qui viennent dans ces réunions, partager les grandes choses qu’ils font, alors vous commencez à croire que vous pouvez faire mieux. Donc à la fin de ma première année, j’ai su que je voulais continuer l’aventure.

Que t’a apporté ALA en termes de développement de tes compétences entrepreneuriales, de leadership ou d’un autre ordre ?

Je dirais le fait de s’exprimer en public. J’étais calme d’habitude, réservée et concentrée uniquement sur les sciences mais ALA m’a vraiment stressée. Maintenant, j’ai développé un esprit de leadership ou comment diriger un groupe de personnes et le pouvoir d’exprimer mes idées de façon précise et concise.

À ALA, j’étais la présidente du gouvernement des étudiants. C’était une expérience intéressante. J’étais déjà préfet dans mon ancienne école, mais ici je coiffais des personnes venant de plusieurs pays. Cela a joué un rôle dans le type de stratégies que je devais adopter : avoir une ouverture d’esprit face à la diversité. J’ai en plus été impliquée dans une entreprise d’élevage de volailles avec d’autres camarades.

Faire aussi des cours de danse sur le campus m’a beaucoup aidé à m’ouvrir aux autres, à vaincre ma timidité et à asseoir la confiance en moi. Je n’ai jamais su que je pouvais danser jusqu’à mon arrivée ici… rires.

Te considères-tu comme un leader ? Si oui, pourquoi ?

Je m’identifie sans doute à un leader, car je sais maintenant les différentes formes de leadership. Être leader ne nécessite pas forcément d’être sur la scène politique comme le président Obama. J’ai découvert mon propre style de leadership qui est le service leadership [leadership de service], où on prêche par l’exemple.

J’ai toujours voulu être un médecin, et je suis sur le chemin en tant qu’étudiante en médecine. Mais j’ai servi, aidé plusieurs personnes de différentes manières, pas nécessairement en me mettant en avant… rassembler les gens, être un mentor, être une source d’inspiration à un niveau basique, c’est déjà ça. Dans la communauté, les gens vous admirent, ils apprécient votre façon de vivre, ils veulent suivre vos pas… là sont les qualités que revêt un leader : être capable d’inspirer vos pairs.

Je me vois aussi comme un leader parce que j’ai toujours eu ma définition personnelle du succès qui est en fait de pouvoir gravir une marche, d’aller d’un point à un autre plus élevé. Je n’ai pas besoin d’aller aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en Australie pour savoir que j’ai réussi dans la vie. Mais pouvoir progresser d’un état à un autre plus élaboré est une chose que j’ai apprise.

Quelles valeurs humaines t’ont le plus aidée ?

Plusieurs qualités… mais l’humilité m’a vraiment touchée ici à ALA. D’où je viens, j’étais considérée comme l’élève star, la plus intelligente. Arrivée à ALA, vous rencontrez des élèves tout aussi brillants que vous, qui ont été admis parce qu’ils avaient quelque chose de spécial, et qu’ils étaient en quelque sorte excellents. Vous comprenez que vous n’êtes pas le nombril du monde et que pour mieux apprendre des autres, pour vous enrichir davantage, vous devez absolument rester humble.

Quand on est travailleur, ALA nous donne aussi la possibilité d’assister à des événements internationaux, et ça peut facilement donner la grosse tête. J’essaye de lutter contre ça, de rester consciente du milieu d’où je viens et d’être reconnaissante envers la communauté qui m’a toujours soutenu. J’essaye de garder les pieds sur terre.

La diversité m’a aussi interpellée. Quand vous grandissez dans un environnement typiquement camerounais, il y a beaucoup de choses auxquelles vous n’êtes pas exposés. Puis vous arrivez en Afrique du Sud et c’est légal d’être homosexuel… Beaucoup de choses sont si différentes de votre culture et vous devez apprendre à ne pas juger les gens, prendre en compte le type d’environnement dans lequel ils ont évolué. Briser les stéréotypes… on attend toujours parler de guerres au Soudan du Sud et voilà que vous avez une amie originaire du Sud-Soudan qui est si calme, si douce… vous avez des amis du Nigeria qui sont très assidus, ce qui ne colle pas avec l’image qu’on s’était faite d’eux au départ. Ces rencontres, ces amitiés changent votre façon de percevoir les autres et d’interagir avec eux.

Ces valeurs m’ont particulièrement aidée pour la suite. Chaque année, j’ai l’occasion de voyager et de découvrir d’autres cultures et c’est toujours comme si j’avais déjà un prérequis par rapport à la culture en question, à cause de mon expérience passée à ALA. Et quand les gens voient que vous êtes intéressés à leur culture, ils s’ouvrent facilement à la vôtre et ça facilite votre travail.

Dans la suite de notre interview, en plus de nous relater son expérience post-ALA, et de nous livrer ses ambitions, Estella nous communiquera le sésame qui selon elle peut faire passer tout jeune Africain d’un état de désespéré à celui de battant.

Restez scotchés sur notre fréquence Leadership !

Bachelor* : année de licence.

Alumnus* : ancienne diplômé(e) de l’école.

Guest speakers* : invités appelés à prendre publiquement la parole.

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Entretien traduit de l’anglais et rédigé par NathyK.


Bloguer, tout un Art !

Blogging en tag
Blogging défini en tags. Crédit Photo : Luc Legay

Ziad Maalouf (notre encadreur en chef), debout, tout juste derrière moi, le ton ferme, lors d’une émission réalisée en avril 2013, à Dakar, dans les locaux de la West Africa Democracy Radio, disait que bloguer n’était pas fait pour tout le monde et que nombreux sont ceux qui avaient abandonné après un laps de temps. À cela, j’ai ri dans mon for intérieur, en me disant que toutes façons, ça ne m’arrivera pas ! 

Tellement, j’étais passionnée, engagée, « enjaillée »* que le docteur-blogueur ou le médecin-journaliste, comme mes collègues aiment m’appeler, songeait déjà écrire tout un billet pour conter ‘oh combien son amour’ pour le blogging. Et là, je revois Cynthe, sur le chemin entre le siège de l’OIF et la cantine de l’UCAD II me dire qu’elle a du mal à m’imaginer dans une autre peau que celle de blogueuse. Une semaine de permission pour se consacrer à la formation de Mondoblog Dakar et tout semblait si simple. Hélas, pas pour longtemps.

Rewind zzzzzzz2009, mon premier blog sur Blogger. Statut : étudiante en médecine, en fin de formation. Temps libre les aprèms et les soirées. Au moins 4 à 5 heures à traînasser au cyber, m’émerveillant devant les avancées de la technologie : raconter ses aventures en ligne, personnaliser son espace, poster des photos et vidéos qui plaisent, livrer ses textes et poèmes aux regards inconnus, écrire sur des sujets qui nous tiennent à cœur… Le premier mois, mars 2009, verdict : 63 articles ! 

Plage de Mahajanga
Plage de Mahajanga, Madagascar. © NathyK

J’adore le blogging, j’y vais à donf. Je n’écris pas seulement. Je lis aussi beaucoup. Chaque soir, dans la salle faiblement éclairée du cybercafé, à l’abri du froid extérieur, je m’immerge dans un monde en couleur, je parcoure les blogs, je suis des gens qui racontent leur vie depuis Israël, l’Australie ou les États-Unis. Je cherche des blogs tenus par des francophiles, des Africains, en Afrique, au Cameroun. J’ai beau chercher, mais j’en trouve peu ou presque pas, en tout cas très peu sont ceux auxquels je m’identifie.

Je suis séduite par l’univers de la photo. Je n’ai pas d’appareil, mais ma cousine en a un. Premiers essais sur Flickr, je ne m’accroche pas trop. Pleins d’inconnus, anglophones de surcroît. Je ne saisis pas bien le principe, je m’inscris et m’en arrête là. Idem pour Twitter. J’apprends que ça peut augmenter le lectorat du blogueur. Je fais l’effort de poster deux ou trois tweets, puis c’est dans les oubliettes. Je suis la seule parmi mes ami(e)s à faire ce genre de choses. Tous ceux que je connais sont sur ce Facebook et c’est tout. Je persévère quand même dans mes billets bilingues, juste pour le plaisir de créer quelque chose de beau, dont on est fier. J’ai 3 ou 4 lecteurs fidèles et ça me suffit.

J’ouvre un deuxième blog pour la beauté de son thème et surtout pour la nécessité d’offrir un espace spécial pour le tourisme virtuel, le phototourisme… Un photoblog qui expose mes clichés des ruelles bondées d’Analakely et de Soarano, des maisons savamment empilées sur les pans des collines qui bordent Ambohijatovo et qui remontent jusqu’au Rova, des jacarandas qui dansent autour du Lac Anosy, du « bord » paisible de Mahajanga avec son imposant baobab, et des enfants malagasy qui s’amusent avec des jouets de fortune sans se soucier du reste du monde. C’est ma dernière année à Tana, j’immortalise ces souvenirs et aujourd’hui que j’ai perdu toutes les traces de ces bouts de vie sur hard drive, mes publications en ligne restent le seul pont me reliant à cet heureux passé.

Fleur qui éclot
Printemps : fleur qui éclot. © NathyK

Fin 2009 – début 2010, je crée un troisième espace virtuel, cette fois sur WordPress. Je vis en Afrique du Sud. Année sabbatique, après neuf ans à courir derrière un diplôme. Je redécouvre Flickr et je retravaille mes illustrations. J’ai l’impression d’atteindre l’apothéose. Mon web-catalogue s’agrandit et le rendu est meilleur. Ce n’est pas fini, Tumblr y passe aussi, mais je laisse tomber après quelques mois. Je n’adhère pas trop à cette communauté trop fashion. Plus de 400 articles publiés depuis le début de mon aventure.

Et tous ces gens que je suivais, toutes ces femmes surtout, qui commencent à écrire rarement, jusqu’à ce que le compteur passe à zéro. Mariées, les joies de la maternité et hop le blog ne compte plus ? C’est pas cool ça, pour nous les followers. Arrêter de bloguer du jour au lendemain. Je me dis, ah non, ça ne m’arrivera pas ! Et dire que je suis à leur place maintenant et je commence à comprendre que bloguer est loin d’être aisé.

2011, je consulte régulièrement RFI à partir de mon terminal et je tombe sur Mondoblog et ses articles tout aussi captivants les uns que les autres. Je lis avec assiduité ceux qui parlent de Labé, de leur Guinée Plurielle… celles qui décrivent la vie à l’étranger, du Pérou à Berlin. L’humour légendaire de Kpelly et de Nguimbis me ravit, Ariniaina me ramène volontiers à Mada et je découvre d’autres pépites à travers le Panda. C’est génial, mais je dois attendre l’année qui suit pour y déposer ma candidature.

2012, me voilà Mondoblogueuse. La motivation est au top ! C’est aussi cette année qu’avec mon fils de 1 an, je débarque au pays de la Téranga… Un lourd programme de 4 ans m’attend. Néanmoins avec l’engouement de mes nouveaux camarades de la plateforme et la rapidité de ma connexion Wi-Fi, je suis encouragée. Je blogue, je tweete, je facebooke. L’Homme peut mettre le numérique au service de grandes causes. Super !

Avril 2013, le grand rendez-vous avec des rencontres extra. Ma motivation double. Je m’accroche, j’écris la nuit, je ne rate pas une occasion de faire des rencontres pour fournir matière à mes billets, je prends des tonnes de notes que je garde dans mes placards, jusqu’à ce que je sois à la limite du burnout. L’appel du corps me pousse à ralentir le rythme effréné de mes activités. Septembre arrive, je compte en profiter mais la parenthèse de Johannesburg est brève.

Le 18 octobre, le jour même de mon retour sur Dakar, portant la petite graine que je devrais couver pendant 9 mois, je commence les gardes et les permanences à l’hôpital. Je déménage, j’emménage… Téléphone en panne, plus de Wi-Fi. J’enchaîne sur les séminaires, les examens, les réunions, les programmes… Les mois défilent.

Nous sommes en 2014 : moi, épouse, maman, médecin, avec d’autres responsabilités en sus. Euh, bloguer devient un luxe. Ça devient un souvenir vieux, lointain, vague comme le monde… c’est désormais dans les archives, c’est un terme méconnaissable, un mot dans une langue étrangère… jusqu’à ce qu’arrive mon congé de maternité. C’est à ce moment que je confirme que « bloguer est un vrai job ». Si on veut s’inscrire dans la durée, bloguer doit devenir plus qu’un simple passe-temps facultatif, et non, la passion ne suffit pas !

Finalement, je tire les leçons et je fais le point :

  1. Bloguer, c’est se rendre disponible. Le temps est précieux mais en 24 heures, on peut faire beaucoup de choses si on définit bien ses priorités et qu’on cale ses plages horaires. Avec une disponibilité de 30 minutes par jour, il est possible de publier un article de très bonne qualité chaque semaine et d’en assurer la promotion.
  2. Bloguer, c’est savoir s’organiser. Tout artiste a sa manière d’apprêter son matériel, de nettoyer ses pinceaux, d’installer sa toile, de travailler sa position. Ainsi, le blogueur doit trouver un sujet intéressant, qu’il doit aborder de façon pertinente, regrouper ces ressources, chercher des images adéquates, penser et repenser son texte.
  3. Bloguer, c’est aussi se critiquer. L’un des conseils les plus importants reçus au séminaire de rédaction médicale, c’est d’être son premier critique : ne surtout pas imaginer que le monde est rose, qu’on nous aime et qu’on aura que des compliments. Il faut faire preuve de sérieux, de rigueur pour être crédible et respecté. Travailler le fond et la structure est tout aussi important qu’accorder de l’attention à la forme, au style, à l’orthographe… Il est essentiel de prendre le temps de se relire, de vérifier ses sources, de se corriger ou même de se faire corriger. « Il faut pouvoir anticiper sur le pire des commentaires » dixit Pr Gallo Diop.
  4. Bloguer, c’est entretenir sa communauté. Les réseaux sociaux aident beaucoup mais encore faut-il être présent, dynamique et réactif. Maîtriser sa ligne éditoriale, interagir avec son lectorat, se montrer courtois, être ouvert, lire et commenter les articles d’autres blogueurs, faire preuve d’originalité sont autant d’éléments indispensables.
  5. Bloguer, c’est être d’actualité. Ça vaut aussi bien pour les sujets que l’on choisit que pour les outils que l’on utilise. Participer aux formations comme celle qu’offre annuellement Mondoblog, c’est : prendre des notions de base en datajournalisme, en référencement ; connaitre les avantages et les limites du blogueur ; savoir faire la vérification des sources d’information ; assurer sa sécurité en ligne,…, et s’exercer au freejumping** !

Bloguer, c’est tout un art. Alors un coup d’essai ou un coup de maître, à vous de choisir.

PS : suivez #Mondoblogabidjan sur Twitter et sur Facebook.

 

Enjaillée* : argot ivoirien signifiant prendre du plaisir, s’amuser, être content.

Freejumping ** : mouvement lancé par Cyriac Gbogou qui consiste à immortaliser sur photos des grands sauts dans les airs. Il me semble que ce mouvement s’inscrit dans le cadre d’une manifestation de joie et de liberté.

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NathyK


La nouvelle génération des leaders africains

African Leadership Academy
Siège de l’African Leadership Academy à Johannesburg.
© NathyK

« Dans cinquante ans, vous aurez laissé votre marque sur ce continent en tant que génération et en tant qu’individus. L’Afrique sera transformée grâce à votre dur labeur. »

Ce sont les mots extraits du discours de Graça Machel Mandela, à l’ouverture officielle de l’African Leadership Academy, le 08 février 2009 ; l’école panafricaine des leaders, la première de son genre, sise à Honeydew, un quartier industriel au Nord-Ouest de Johannesburg, en Afrique du Sud.

Le Ghanéen Fred Swaniker et l’Américain Chris Bradford, les cofondateurs ont à peine la trentaine quand ils décident de se lancer dans cette folle aventure, il y a cinq ans de cela. Leur vision est de transformer le continent à travers l’esprit de leadership et l’action entrepreneuriale. Le modèle de leadership implémenté est simple mais s’avère efficace au fil des années et des expériences.

   1. Le potentiel :

La première tâche est de dénicher des jeunes pleins de talents mais surtout preneurs d’initiatives, comme Joel Mwale, un Kényan âgé de 17 ans, qui après avoir subi les affres de la dysenterie dans son village natal, a fondé SkyDrop Entreprises ; une société qui a produit, à partir de l’eau de pluie, plus de 100 000 bouteilles d’eau potable en 2011. Un cas qui n’est pas isolé.

   2. La formation :

Un programme de deux ans est offert aux lauréats, qui ont pour la plupart entre 16 et 19 ans. Ils devront grandir intellectuellement et développer leur potentiel de base. Les cours obligatoires sont les classes de Leadership, d’Entrepreneurship et d’African Studies ; il faut bien connaître l’histoire de l’Afrique, sa situation par rapport au reste du monde, pour agir comme un levain et propulser le continent sur la scène internationale. Les matières plus conventionnelles telles que l’économie, le business, les langues et les sciences y sont aussi enseignées, suivant un mode très participatif.

Ces deux années seront l’occasion de mettre sur pied des entreprises pour certains et de créer un impact plus fort dans les communautés pour d’autres. Oui, vous avez bien lu. Les « ALAians », comme ils aiment s’appeler, ont compris qu’avoir des A en mathématiques et attendre tout bonnement que les régimes africains se succèdent, ne peuvent pas apporter un changement rapide et concret à la croissance communautaire. Alors, ils passent eux-mêmes à l’action.

   3. L’opportunité :

Que vaut le talent sans le travail constant et l’opportunité ?

C’est pour cette raison qu’un réseau influent de donneurs travaille en partenariat avec l’Académie. C’est grâce à leur générosité que les élèves peuvent poursuivre leurs études supérieures dans les universités les plus prestigieuses d’Amérique, assister à des sommets à l’échelle internationale, effectuer des stages dans les multinationales les plus florissantes, et ce quels que soient leurs backgrounds.

C’est à travers ces opportunités que Fatoumata Fall du Sénégal a intégré l’Université d’Harvard en 2010 et que William Kamkwamba, l’enfant prodige du Malawi, a présenté son projet de développer le secteur des Énergies de son pays, lors des conférences globales de TED, WEF et CES.

ALA cérémonie
Cérémonie d’ouverture : 6e Promotion ALA.
© NathyK

La procédure pour postuler à ALA est plus complexe. Seuls ceux qui auront démontré le plus de courage, de persévérance, de passion et de valeurs arriveront à y décrocher une admission. En effet, on dénombre trois étapes qui vont permettre de sélectionner 100 élus parmi 3000 postulants africains. Actuellement, plus d’une quarantaine de nationalités sont représentées sur le campus. Le ratio homme/femme est de 1.

Pour la petite histoire : j’ai eu le privilège d’être comptée parmi les membres du jury pour la dernière étape de la sélection de 2012 et l’une des questions posées était du style : « si on vous donne 1000 francs et vous devez ramener la somme de 10 000 francs, quel est votre plan ? ». Si vous répondez : « je vais garder cet argent à la banque et attendre que les intérêts s’y ajoutent ». Eh bien ! Vous venez d’échouer royalement au test d’entrepreneurship.

Il ne suffit pas d’avoir l’esprit créatif. Il faut également savoir énoncer et agencer ses idées de façon claire, logique et concise et ça, c’est une caractéristique de leader… Dire des choses pertinentes et constructives, en gardant une bonne dose d’humilité ; le juste milieu qui fait la réussite d’une belle présentation.

Pour clore le chapitre des opportunités, l’une des chances les plus incroyables que ces jeunes leaders ont : c’est de rencontrer des modèles d’inspiration comme le couple Obama, la chanteuse emblématique Yvonne Chaka Chaka, le gouverneur de la Banque Centrale du Nigéria Sanusi Lamido, l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki, pour ne citer que ceux-ci.

Chaque semaine, des guest speakers issus de divers domaines, des activistes des droits de l’Homme aux scientifiques, des entrepreneurs aux dirigeants, sont invités à partager leur vision et leur expertise aux apprenants avides de savoir ; la meilleure manière de démystifier ces positions stratégiques et de se rapprocher de son rêve de futur leader.

Devenir un vrai leader ne nécessite pas seulement le savoir-faire ; il faut avant tout savoir être. Ce sont les valeurs humaines qui font le plus défaut aux patrons de ce monde. Diriger sans incarner aux préalables ces vertus équivaudrait à conduire le Titanic droit vers l’iceberg. Les six qualités les plus encouragées dans cette institution au modèle unique sont : l’intégrité, la curiosité, l’humilité, la compassion, la diversité et l’excellence.

Ces jeunes de 20 ans peuvent être très coriaces. Ils placent toujours la barre plus haute. Oui, à ALA, la valeur n’attend point le nombre d’années. C’est fou comme un article du VuvuzAla « how complex are the roots ?* », par Kwasi Adu-Berchie un étudiant ghanéen, peut dépeindre la situation africaine et y fournir des voies de sortie.

Mais c’est plus effarant, quand Estella Bih Neh Nsoh, une jeune étudiante camerounaise en 3e année de médecine à L’Université de Buéa, Alumni 2010 d’ALA, me confie que depuis 3 mois, elle est hors du pays, dû à son agenda chargé de conférence et de stages à Lagos au Nigeria et à Durban en Afrique du Sud. Si vous êtes intéressés par son histoire, suivez-nous dans notre prochain post.

« Ne doutez jamais qu’un petit groupe de citoyens conscients et engagés peuvent changer le monde ; en réalité, c’est de cette manière que le changement s’est toujours fait. » Margaret Mead

ALA sur Facebook, Twitter, Youtube, site web officiel, blog.

ALA sur CNN et Al Jazeera.

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Par Nathalie Kangami.

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* How complex are the roots ? : À quel point les racines sont-elles enchevêtrées ?


La conférence grands témoins

« Les études postcoloniales et la longue durée de l’histoire africaine » fut l’intitulé de la conférence grands témoins qui s’est tenue le 31 mai 2013 au Théâtre de verdure de l’Institut français de Dakar. Ce dialogue institué entre Achille Mbembe, professeur d’histoire et de science politique à l’université de Witwatersrand à Johannesburg, et Ibrahima Thioub, historien et directeur du Centre africain des recherches sur les traites et les esclavages, fut modéré par Oumar Ndao qui assure également la Direction culture et tourisme pour la ville de Dakar.

Conférence grands témoins
La conférence grands témoins à l’IF de Dakar.                                © NathyK

Si les évènements antérieurs du Tandem Dakar-Paris attiraient une population relativement jeune et branchée, cette prestation a ameuté une frange plus mature qui n’a pas perdu de son dynamisme, à l’instar de cette Camerounaise à la mèche grisonnante assise une rangée devant la mienne. Les places toutes prises, la causerie a débuté sur un ton léger avec des anecdotes sur les malentendus de l’Afrique, comme pour briser la solennité de cette rencontre historique.

Le professeur Thioub a ouvert le bal en affirmant avec assertion que le moment colonial est toujours présent et qu’il est imprégné dans nos sociétés. Il a mentionné que les études postcoloniales ont été traitées plus tôt dans les universités anglophones et qu’elles sont arrivées tardivement sur la scène francophone. Il a ensuite suggéré d’aller au-delà du postcolonial en tentant de décrire ces approches.

« On a eu les indépendances sans décolonisation. »

D’après lui, accéder à la communauté internationale ne résout pas la question par rapport à la colonie. D’une part il y a une verticalité des rapports et d’autre part, nous (Africains) cherchons ce nous-mêmes perdu qui nous met en situation de multiplicité. D’où a émergé le terme de « schizophrénie » (malgré l’analogie communément admise, le terme médical renvoie plus à une dissociation de l’unité de la personne qu’à une multiplicité de personnalités). Il a continué en disant que même vaincre la colonie ne nous sort pas de cette situation.

« Les postcoloniaux considèrent la colonisation comme un moment compact qui n’évolue plus dans le temps. Il y a eu un avant la colonisation… et nous n’étions pas destinés à être colonisés, en premier lieu. »

Il a expliqué que le classement des individus se fait encore en fonction de la couleur de la peau ou des classes sociales : indigène, citoyen, colonisateur, colonisé. Puis, il a évoqué le complexe des Africains face à ce moment de l’histoire : « Faisons-nous Africains ce que nous faisons parce que nous sommes noirs ou parce que nous sommes homo sapiens sapiens ? ». Pour lui, le rapport unilatéral de domination – parfaitement illustré par le « discours du 19e siècle » de Nicolas Sarkozy à Dakar – doit disparaître et laisser place à une bilatéralité franche.

Le professeur Thioub a achevé son allocution avec la vision imagée de l’impuissance du système postcolonial que le multiprimé écrivain sénégalais Ousmane Sembene a décrite dans son roman Xala avec les trois femmes : la première femme qui est de Gorée représente la traite négrière ; la deuxième femme, originaire de Saint-Louis (ex-capitale coloniale), symbolise la période coloniale ; la troisième femme : la Dakaroise rappelle une indépendance qui est restée infertile malgré tout.

Puis ce fut le tour du professeur Mbembe de nous livrer le plat de résistance. La substance fut difficile à digérer tant il fallait avoir un dictionnaire incorporé pour retranscrire ses termes en français facile. L’auteur de « La colonie : son petit secret et sa part maudite », « Critique de la raison nègre » et « Sortir de la grande nuit » a entamé sa partition en récusant le discours victimaire des Africains qui détient une fonction double, à tort : d’un, réclamer une espèce de dette à l’égard de l’Occident (à supposer que dans ce cas, il ne faudrait pas se méprendre sur la nature de cette dette) ; de deux, échapper à l’exigence d’autoresponsabilité dans la mesure où nous (Africains) ne pouvons pas demander des comptes à l’autre sans l’avoir demandé à soi-même, selon le principe de responsabilité qui incorpore aussi la justice.

« Le courant postcolonial n’est pas une théorie, mais une constellation ; un ensemble de pratiques intellectuelles, politiques, esthétiques, tout aussi foisonnantes que divergentes et fondamentalement fragmentées au point où au fond, on peut se demander ce qui en constitue l’unité. »

Ce que professeur Mbembe a trouvé productif dans cette constellation, c’est son objet : la concaténation des mondes, l’entremêlement des histoires, sous la férule du capitalisme c’est-à-dire qu’il n’y a pas une histoire de l’Afrique qui ne soit pas en même temps une histoire de l’Europe, de l’océan Indien, etc. Il a poursuivi en soulignant que l’Atlantique constitue le lieu de naissance du capitalisme et l’Afrique en est le berceau, grâce à sa marchandise (les esclaves : aspect d’humanité, mais aussi objet).

« La race est une dimension génétique du capitalisme et la figure du nègre en est la métaphore vivante. »

Afrique précoloniale
Carte de l’Afrique en période précoloniale.
Crédit photo : Jeff Israel/Monsieur Fou

La colonisation a été décryptée en trois aspects distincts :

  • C’est un fait qui a bel et bien eu lieu à un moment donné de l’histoire.
  • C’est un évènement dans la mesure où il a été investi de signification multiple, à la fois par ceux qui l’ont initié que par ceux qui l’ont subi. C’est un évènement psychique s’inscrivant dans la carte mentale comme une énigme dont l’absence de signification nous exposerait manifestement à un risque de démence. Elle nous convoque en tant qu’Africains à la résoudre. Qu’est-ce que cet évènement a à nous dire ? Il faut laisser ouverte, sujette à débat, la question coloniale.
  • C’est une situation ; il y a une actualité intellectuelle de la colonisation. La colonie nous appartient à tous. Elle est une coproduction des colons et des colonisés. La colonisation, qui est la forme primitive de la domination des races, est objectivement le fondement d’un rapport inégalitaire.

Dans ce chapitre des migrations, le Pr Mbembe s’est inspiré de son vécu en Afrique du Sud pour exposer le cas de l’apartheid – exemple patent de l’histoire de trois mondes – qui s’est progressivement constitué autour de longs siècles et dont la société a enfin eu la possibilité du recommencement radical que l’on connaît. Il a attiré l’attention sur le fait que ce moment d’ouverture très fragile succède à des tentatives de refermeture, et que s’il n’est pas surveillé nous reconduira inévitablement au point de départ. D’où l’importance d’un dialogue continu, en une phrase : « Nous héritons du monde dans son ensemble ».

« L’Afrique dans le monde actuel doit être pensée comme le lieu où se joue l’avenir de la planète. C’est le renversement des hypothèses historiques qu’il nous faut réaliser. »

Comment y procéder ?

Selon l’orateur, nous sommes obligés de sortir des cadres de réflexion déjà proposés, des processus mortifères et réhumaniser les rencontres. À titre d’illustration de ces procédés qui mettent l’Afrique en péril :

« Les élites africaines ont fait un contrat avec le partenaire atlantique pour prendre des captifs-objets et écraser la masse rurale pour aller travailler dans les champs de coton du Mississippi. De nos jours, les jeunes font de la livraison à domicile en allant dans les pirogues sur les côtes de l’Espagne… La Guinée qui vend de l’uranium à la France et les Guinéens qui continuent à s’éclairer à la bouse de vache. »

Il y a eu la proposition américaine qui tourne autour du militarisme, la proposition mercantiliste de la Chine, mais nous (Africains) devons mettre notre propre proposition sur la table, qui devrait s’orienter dans le sens de refaire la force propre du continent parce qu’il n’est pas seulement de l’intérêt des Africains que l’Afrique se mette debout d’elle-même. Cette réflexion a abouti à une offre de créolisation :

« Déconstruire le Blanc dans l’imaginaire du Noir et du Noir dans l’imaginaire du Blanc, pour que le plat colonial devienne le plat de tout le monde, pas seulement du monde. »

Voilà, le débat a été laissé ouvert pour que cette situation héritée par nous tous, soit réfléchie par chaque être humain, Africains en premier, car au centre de sa propre histoire. Après avoir décanté la double dimension analytique et pragmatique des interventions historienne du Pr Thioub et visionnaire du Pr Mbembe, je suis passée de l’état de la passante parachutée à cette rencontre galvanisante, à celle de citoyenne qui détient un pouvoir : son futur, celui de l’Afrique et du monde, dans le creux de sa main. Faire une fixation sur un temps de l’histoire et rester prisonnier des actes posés par les anciens entravent notre progression dans tous les sens du terme.

En tant qu’adepte de discussion intellectuelle, enfant de l’Afrique (concernée par son histoire), et aspirante psychiatre (ouverte aux différents modes de penser, de sentir et d’agir), m’intéresser à cette vision de responsabilité partagée, de dialogue bilatéral et de reconstruction interactive fut indéniablement l’un des plus enrichissants moments que j’ai eus à vivre à Dakar. Puisque la psychanalyse se poursuit, je vous laisse sur cette citation :

« La dette morale ne se rembourse pas, parce qu’elle échappe à toute économie. Elle est si colossale qu’elle est sans prix et qu’on ne peut jamais la rembourser. »

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Propos recueillis et rédigés par Nathalie Kangami.


Retour sur les dernières traces du Tandem à Dakar

Le pan dakarois du Tandem Dakar-Paris s’est officiellement achevé le 28 Juin dernier. De juillet à décembre, ce sera au tour de Dakar de se transporter et de se produire en terre parisienne. Parmi les divers échanges que ce rendez-vous entre deux capitales suscitera, la Black Fashion Week avec les stylistes Sidy Coumba Diambou et Maguette Gueye et le débat d’idées « échanger pour changer » – la politique culturelle de la France en Afrique – seront les activités-phares du mois d’octobre. Pour ceux qui sont à Paris, n’hésitez pas à suivre l’actualité en ligne sur le site du Tandem.

Tandem
Tandem familial.                                     Crédit photo : Bundesarchiv

Quant à moi, je reviens sur les derniers évènements auxquels j’ai pris part. Ma persévérance à fréquenter le Cinéma Christa fut dûment récompensée. En effet, la dernière projection que j’ai visionnée fût de loin la meilleure comparée aux précédentes et il figure dans mon Top 3 des meilleurs films africains de ces 10 dernières années. Je cherche toujours les deux autres… L’absence, un drame afro-français de 71 minutes, produit en 2010 par Mama Keita, brillamment joué par feu Mouss Diouf et l’acteur Mame Indoumbe Diop, fut palpitant de la première à la dernière seconde. Vous pouvez retrouver le résumé ici.

Sur la scène Slam et Hip-Hop ; Grand Corps Malade, Didier Awadi, Matador et DJ Nelson ont enflammé le plancher de la Biscuiterie Médina le soir du 14 Juin. Amateur de poésie et de slam, je ne savais pourtant rien du Vendredi Slam, une soirée de prestation qui se tient depuis plus de trois ans dans la capitale de la Teranga. Je n’en savais pas plus sur Grand Corps Malade, ni sur Didier Awadi malgré leur notoriété (pardonnez mon ignorance). Ce fût l’occasion pour moi de découvrir le timbre suave et le style entrainant de l’un, la surpuissance du verbe et l’engagement de l’autre. Si comme moi, vous êtes fascinés par cet art oratoire, adhérez aux communautés Vendredi Slam de Dakar et Madagaslam de Tana à travers leurs pages Facebook. En attendant, je vous laisse sur scène avec cette vidéo du slam sud-africain : Bothlale, la gagnante de South Africa’s got talent 2012.

Retrouvez-nous dans le prochain billet pour le compte-rendu de la conférence grands témoins.

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NathyK


Galerie : une virée à Gorée en 10 escales

L’Île de Gorée est l’un des repères historiques les plus importants de l’histoire de la traite négrière qui a eu lieu pendant trois siècles. Un carrefour si important qu’il a reçu la visite de millions de personnes de diverses nationalités, y compris de nombreuses personnalités telles que Nelson Mandela, le pape Jean-Paul II, tout récemment le président Obama, mais aussi ne l’oublions pas de quelque cinquante mondoblogueurs venus en « pèlerinage » sur le lieu qui fut jadis le point de non-retour des ancêtres des Afro-Américains.

Oui, tels des pèlerins, les mondoblogueurs étaient rassemblés cette matinée du 07 avril, écoutant d’un air grave le récit de celui qui nous conta avec passion et émotion, l’histoire tragique des esclaves africains et de l’Afrique dans son ensemble.

  1. Gorée et le Coumba Castel

Chaloupe
La chaloupe « Coumba Castel ». NathyK ©

Aujourd’hui, je vous propose de naviguer à travers des cartes postales, à la découverte de Gorée. Une autre Gorée, plus gaie et plus lumineuse. Pour raconter l’histoire de cette île, il faut plus qu’un livre, plus qu’un film. Nous allons commencer par dire que Gorée vient de la contraction des mots « Goede Rede », nom donné par les Néerlandais. L’île fut précédemment appelée « Beer » par les autochtones. Les esprits ou « Djinns » faisant partie intégrante de la tradition sénégalaise, le génie qui protègerait l’Île de Gorée se nomme « Coumba Castel », du même nom que notre chaloupe.

Notre seconde visite à Gorée, en août dernier, commença par le départ du port autonome de Dakar. Je décidai d’aller me percher près de la cabine de pilotage, conduite par les officiers de la marine sénégalaise. Je pus admirer la vue magnifique sur la mer, les cargos chargés de marchandises et bien sûr profiter de la douce brise qui nous faisait oublier le temps d’un moment la chaleur lancinante de Dakar. Nous ne prîmes pas plus de quinze minutes pour apercevoir les bâtisses colorées de Gorée.

  2. Gorée et ses guides

Le bord
Gorée, au bord de la mer. NathyK ©

Sur la chaloupe, je fis connaissance avec un Baye-Fall – membre d’un groupe religieux du Sénégal, reconnaissable, au look particulier dont les dreadlocks – qui me proposa son aide puisque j’avais du mal à me prendre en photo. À la descente, nous fîmes chemin ensemble et c’est ainsi qu’il devint notre guide. Ibrahima nous expliqua qu’il n’était pas un guide touristique officiellement reconnu. Mais sans blague, qu’il était chevronné ! Non, seulement il était gentil et disponible mais en plus il racontait l’histoire de l’île avec une précision exceptionnelle. Je fus définitivement marquée par la capacité de sa mémoire et sa facilité à s’exprimer.

Presque tous les guides étaient des Baye-Fall. Ils vivaient aussi de la vente de leurs œuvres d’art (tableaux, vêtements traditionnels, bijoux…). Habitués au contact avec l’étranger, plusieurs d’entre eux étaient polyglottes. Adeptes du mouridisme, on retrouvait ici et là des représentations de Serigne Touba Mbacké, comme dans la plupart des ruelles de Dakar. Contrairement à la venue de l’ex-président Bush où ils étaient enfermés dans des pièces hermétiques, lors de la visite de Barack Obama, ils avaient relativement eu le droit de circuler, à en croire les dires d’Ibrahima.

 3. Gorée et son art

Art plastique
Tableaux suspendus entre les baobabs. NathyK ©

Nous marchâmes droit vers le Fort Castel. Ce fut difficile de résister à l’appel des marchands près du marché Castel, surtout qu’il y avait une dame qui nous avait repérés durant la traversée, mais les poches vides nous ne pouvions que contempler de loin les bijoux. Les Sénégalais, tout comme les Malgaches, sont des artistes dans l’âme. L’art plastique sénégalais est d’habitude très coloré. Les couleurs vives représentent souvent la terre, la nature, le ciel, l’Afrique ou encore les femmes et leurs enfants. Je le trouve vivant, riche et très expressif comme l’Afrique.

 4. Gorée et le Fort Castel

Fort Castel
Le Fort Castel. NathyK ©

Gorée fut un emplacement stratégique, très discuté entre les colonies. Plusieurs colonies prirent successivement les rênes de cet endroit, des Portugais aux Français. C’est ainsi que le « Fort Castel » (castle en anglais) fut aussi baptisé du nom de « Saint-Michel » par les Français. En effet, cette île est le point de l’Afrique le plus proche des Amériques. Il était donc plus facile et plus rapide d’y acheminer de la main-d’oeuvre de l’intérieur du continent vers Gorée et de Gorée vers les Amériques. Mais ce n’était pas le seul « marché d’esclaves », puisque au Cameroun à Bimbia, le même scénario dramatique avait eu lieu.

 5. Gorée et son canon

Canon
Sur le canon. NathyK ©

Nous escaladâmes le canon proéminent, vieux et rouillé. Depuis le départ des derniers colons, des dispositions avaient été prises pour qu’il soit hors d’état de nuire. Il avait été partiellement détruit, notamment au niveau de ses extrémités. Si toutefois, une balle était introduite à travers le canon, elle s’arrêterait bien avant d’être expulsée et exploserait surplace.

De ce lieu, les occupants pouvaient aisément avoir le contrôle de Dakar et se protéger de toute invasion. Ce canon n’aura servi qu’une seule fois, à faire couler un navire dont l’épave engloutie non loin de l’embarcadère est contournée par les bateaux qui accostent à Gorée. Aujourd’hui, le gros canon est détourné de Dakar et les souterrains communicants du Fort Castel servent désormais de lieux d’habitations aux Baye-Fall et aux Goréens.

 6. Gorée et sa flore

Plante
Plante médicinale. NathyK ©

J’appris également que l’île est riche de par sa flore, à l’instar de cette plante ci-dessus, qui est très utilisée chez les femmes parturientes. Elle aurait des vertus qui faciliteraient l’accouchement, sans douleur. Elle est également utile pour protéger le nouveau-né contre les mauvais djinns.

En plus des constructions qui rappellent la vieille France et de l’omniprésence de l’art, la troisième similitude que je trouve entre Gorée et l’Île rouge (Madagascar), c’est la présence des baobabs. Les jeunes pousses sont vendues aux visiteurs et les fruits que ces arbres majestueux produisent sont nourrissants et rafraîchissants. Demandez à goûter au jus de bouye à votre prochaine visite au Sénégal.

 7. Gorée et sa beauté exotique

Panorama
Vue panoramique. NathyK ©

Gorée est avant tout une île, pas très grande certes, mais qui réclame son côté exotique. C’est une destination reposante, charmeuse, qui laisse le visiteur rêveur aller et venir dans ses pensées. L’eau froide de l’Atlantique rafraîchit aussi bien la peau que l’esprit. Les restaurants qui bordent la côte offrent des délicieux plats de riz aux fruits de mer, une joie explosive pour le palais.

On peut apercevoir de ses bords, la presqu’île de Dakar avec son centre-ville « le Plateau », le palais présidentiel et les autres édifices. Chaque année se tient un concours de natation dont les participants nagent de Gorée vers Dakar.

 8. Gorée et ses monuments

Mémorial Castel
Mémorial de Gorée du Castel. NathyK ©

Au fur et à mesure que nous avancions, notre guide s’attelait à nous raconter l’histoire de chaque coin de terre. L’une d’elles était celle du Mémorial de Gorée du Castel qui a été inauguré le 31 décembre 1999 par l’ancien président du Sénégal, S.E. Abdou Diouf. Ce monument a été dédié à l’Afrique et à sa diaspora.

Près de ce bâtiment, nous avons eu le plaisir de visiter un artiste qui, avec les différents types de sol (terres rouges, volcaniques, sableuses…) et de la sève de baobab, fait de très beaux tableaux à la commande, si jamais vous passez par là.

 9. Gorée et ses sites historiques

Centre médico-social
Centre médico-social de l’Ile de Gorée. NathyK ©

L’Île de Gorée n’est pas une place historique seulement à cause de la traite négrière. Sur la rue de l’Église se trouve ce qui fut l’École de médecine de l’AOF (Afrique occidentale française) – reconvertie en centre médico-social dépendant de l’Ordre de Malte -, la place du Cardinal Hyacinthe Thiandoum et l’Église St Charles Borromé.

Les autres sites sont : l’École Normale William Ponty où ont étudié plusieurs chefs d’État africains, l’une des plus anciennes mosquées du Sénégal, ainsi qu’une redoutable prison.

 10. Gorée et le souvenir de la traite des Noirs

Statue libération esclavage
La Statue de la Libération de l’Esclavage. NathyK ©

La Maison des Esclaves fut le dernier endroit auquel nous rendîmes hommage. Près de celle-ci se trouve un monument baptisé « la statue de la libération de l’esclavage », offert le 31 juillet 2002 par les frères guadeloupéens à leurs frères d’Afrique. À l’intérieur de la maison, nous visitâmes les salles de pesée, les cellules des hommes, des femmes, des enfants et des récalcitrants.

En effet, les individus étaient classés par catégories et la différence entre les hommes était déterminée par leur poids. Les moins de 60 kilogrammes étaient considérés comme invalides et devaient être nourris à base d’une farine enrichie au niébé (sorte de haricot très nutritif). Si à la date du départ, ils n’avaient pas atteint le poids requis, ils étaient vendus aux colons de l’île pour y servir en tant que domestiques.

Se nicher dans la petite cellule des récalcitrants, marcher vers la porte du non-retour ou voir les armes et autres objets de contention utilisés par les esclavagistes ne laisse aucun visiteur totalement indifférent. Sentir le vent impitoyable siffler, se faufiler entre les rocs des cellules lugubres et s’imaginer que les maîtres de l’époque vivaient confortablement au-dessus de ces lieux de torture donnent froid au dos. Malheureusement, plusieurs siècles après ce sinistre spectacle, on ne peut toujours pas affirmer que l’ère de la barbarie humaine est complètement révolue.

Nous n’eûmes pas le temps de visiter la Maison d’Éducation Mariama Ba, célèbre pour la qualité de son éducation, ni les différents musées, gardiens des vestiges du passé. Cela nous donnera plus d’une raison de retourner à Gorée, l’île aux mille cachettes.

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NathyK


C’est la rentrée

C’est la rentrée !

Sawubona, Dumela, Heita, Sanibonani, Goeie môre (1) !

Oui, nous sommes presqu’en mi-Septembre et c’est la rentrée dans mon blog. A tous mes fidèles lecteurs, on n’abandonne pas une passion du jour au lendemain. Je suis de celles qui prennent des vacances, dans une vie « intégrée » où tout s’imbrique harmonieusement dans le sens de la complémentarité.

North Johannesburg Panorama
Vue panoramique de Johannesburg Nord.
Crédit photo : Mister-E

Ceci dit, laissez moi vous dire que beaucoup trop de choses se sont passées à Dakar entre-temps, des choses qui ne peuvent pas être contées en un billet. Je suis de retour à Johannesburg pour mon congé annuel et je vous parlerai pour l’instant de façon rétrospective :

  • du début de mes vacances dans la galerie « une virée à Gorée en 10 escales », vous découvrirez ce que les mondoblogueurs n’ont pas eu le temps de voir au mois d’Avril de cette année (clin d’œil au top 10) ;
  • des derniers événements du « Tandem Dakar-Paris » auxquels j’ai pris part. Je vous parlais tantôt d’un débat de titans avec en guest talk le professeur camerounais Achille Mbembe. Ce fut une soirée mémorable. Vous aurez les détails bientôt ;
  • de mes cours d’ethnolinguistique avec notre très cher Professeur Lamine Ndiaye. Si vous avez la chance de le rencontrer… c’est une institution ce Monsieur et il est le premier à le savoir ! Ceux qui le connaissent savent de quoi je parle ;
  • du « sens de la folie en Afrique et du statut du fou dans les sociétés africaines traditionnelles et modernes ». Il s’agit du sujet de notre examen d’ethnolinguistique. Dans ce billet, j’aurais l’occasion de poster publiquement mon devoir ;
  • de mon entrevue avec le Dr. Omavi Bailey qui m’a entretenue pendant plus d’une heure sur le lien entre la psychiatrie, la médecine « intégrative » et la contribution que le continent africain peut apporter au monde, pour le développement de ces filières ;
  • des 10 points à maîtriser pour affiner votre taille, tout en gardant un derrière charmeur. Ça promet les gars (un autre top 10) ;
  • de mes cours d’anthropologie, spécifiquement de la représentation culturelle de la maladie et de la revue périodique : « Psychopathologie Africaine ».

Nous ne quitterons pas Johannesburg sans donner nos impressions sur l’expérience sud-africaine, surtout durant cette période post-critique que représente la post-Apartheid, d’autant plus qu’on sait que le fantôme de ce moment monstrueux et pénible flotte encore dans les airs de la nation arc-en-ciel. Si vous passez par ici un de ces jours, je vous invite à visiter « The Apartheid Museum ».

Et puisque, je loge actuellement dans l’enceinte de l’African Leadership Academy, ce serait une omission impardonnable de ne pas présenter cette remarquable académie qui rassemble depuis cinq ans déjà les meilleurs élèves africains, futurs leaders du continent. Ce sera également l’occasion d’en savoir plus sur le rendez vous annuel d’Anzisha Prize, le concours qui récompense les jeunes talentueux entrepreneurs d’Afrique.

De retour sur Dakar, plusieurs autres titres seront traités dont :

  • les TIC avec notamment le Mozilla Firefox Day 2013, les journées/expositions organisées par le JETIC ;
  • les multiples séminaires que nous avons eus cette année particulièrement celui intitulé : « les théories de l’attachement » -attention chers parents, ce billet vous est dédié- ;
  • dans le chapitre Causes, la campagne « 5 years too many » et les 114 conférences des jeunes à travers le monde…
  • sans oublier la suite de notre randonnée socio-culturelle en terre du « Sénégal, Terre de la Téranga ».

Voilà, c’est la rentrée, l’emploi du temps est annoncé. Il est temps de vous munir de vos bloc-notes et stylos et n’hésitez pas à apporter vos contributions comme d’habitude.

C’est parti pour un peu d’Ayobaness (2) !

NathyK
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(1) : salutations en différentes langues sud-africaines.
(2) : expression de joie et d’excitation.