Yves Montenay

Faut-il taxer les enfants pour éviter la surpopulation planétaire ?

Pour des raisons environnementales et économiques, presque tout le monde souhaite que la population mondiale plafonne. Certains vont même jusqu’à suggérer de taxer les naissances à titre dissuasif.

Le problème est que la planète est divisée entre pays de comportements démographiques très différents, et que raisonner sur des moyennes n’a pas de sens.

– d’une part c’est en Afrique subsaharienne et quelques autres pays que la fécondité baisse trop doucement pour que l’on voie apparaître un plafonnement avant plus d’un siècle. En schématisant, l’Afrique est passée d’un modèle de huit enfants par femme dont six  mouraient, donc une population plus ou moins stable, à un modèle de 5,5 enfants par femme (et 7 dans certains pays), dont 0,5 ne survivent pas, soit une multiplication par 2,5 par génération. Il faudrait tomber à environ deux enfants, ce qui  viendra peut-être, mais quand ? Je ne vois pas très bien comment une taxe  pourrait changer le comportement d’un agriculteur au fond de sa brousse où les enfants sont une ressource plus qu’une charge. Si la fécondité baisse néanmoins, c’est du fait de l’urbanisation, car l’enfant a alors un coût. De toute façon, je vois mal un gouvernement africain arriver concrètement à prélever une taxe sur chaque naissance dans des familles en majorité extrêmement pauvres. Sans parler du fait que les gouvernements et les églises, notamment chrétiennes, sont hostiles à une limitation des naissances et qu’un Africain est bien plus religieux qu’un Européen.

source Wikipedia
source Wikipedia

– d’autre part un nombre croissant de pays ont nettement moins de deux enfants par femme, et leur population diminue ou va diminuer : Chine, Russie, une grande partie de l’Asie orientale et de l’Europe …  et l’Iran, que je cite pour démentir l’idée d’une fécondité musulmane forcément élevée.  Cette diminution se fait PAR LE BAS DE LA PYRAMIDE DES AGES. Mathématiquement il faut donc soit PLUS d’enfants, soit tuer les vieux, soit transformer les vieux en jeunes en reculant massivement l’âge de la retraite, soit demander à tous les couples de moins de 40 ans d’adopter un enfant africain … je ne vois pas bien le rôle d’une taxe dans chacune de ces hypothèses …. sauf peut-être taxer massivement les retraités de moins de 70 ans pour les inciter à travailler,

–  une minorité de pays sont en situation intermédiaire hors immigration : la France, les États-Unis, le Maghreb… La population n’y augmente que du fait des vieux, et ils auront donc, en moins fort et plus tard, les mêmes problèmes que les précédents.

Bref, une taxe n’est possible que dans des pays pas trop pauvres, c’est-à-dire ceux où l’on manque d’enfants, et ne l’est pas là où il y en a « trop ».

… Rien n’est plus menteur qu’une moyenne !

Yves Montenay

 


Croisière aux Antilles : Nord – Sud et tourisme de masse

Je ne vais pas taper sur le tourisme de masse bien que ce soit généralement bien vu, notamment pour ceux qui bénéficient du haut de gamme ou qui veulent briller dans les salons. Ce tourisme est important pour les gens au budget moyen qui s’évadent ainsi de leur bureau ou de leur usine ; c’est plus important encore pour ceux qui en vivent, notamment dans les Caraïbes, où les salaires sont faibles, mais indispensables. C’est la rencontre de ces revenus moyens du Nord et de ces petits salaires du Sud qui permet ce genre de tourisme.

Une ville flottante

Voici donc nos touristes embarquant dans des paquebots géants, de vraies villes (1200 passagers, 650 membres d’équipage), avec toutes les files d’attente que cela implique pour embarquer ou débarquer, ou pour bénéficier des prestations internes au navire. Ce dernier essaie de jouer au village de vacances avec bars, piscines et animation, rajoute un casino, des boutiques et tout ce qu’il faut pour pousser à la dépense de manière à compléter un prix de transport relativement modique. Il faut donc que les passagers restent assez longtemps dans le bateau pour l’ennui le pousse à consommer, pardon à se distraire. On passe donc des heures, voire des jours en haute mer au lieu d’admirer les côtes des innombrables îles ou d’y faire escale. C’est un peu frustrant pour qui sait ce qu’on manque.

Un personnel tout sauf français

Maintenant voyons cela du point de vue de l’employé du Sud. Dans le bateau d’équipage comprend plus de 20 nationalités, celles à salaires « moyennement bas » (Europe de l’Est) pour les officiers, et celle à « salaires très bas », notamment des Antilles indépendantes : « Est-il vrai qu’un chômeur de chez vous touche 10 fois mon salaire ? » « Oui, et c’est d’ailleurs pour cela qu’il est au chômage et pas vous ». Même si le bateau est français par son nom et la majorité des touristes, il est fiscalement et socialement d’ailleurs, car les Français de la métropole ou des Antilles ne sont pas compétitifs. Le bateau à statut international (c’est-à-dire de nulle part) pour ce qui concerne les salaires, les charges sociales et les impôts, est plus compétitif que l’hôtel en zone française qui donnerait pourtant davantage d’emplois à nos compatriotes antillais. C’est le même phénomène qui a fait disparaître la flotte commerciale française il y a quelques dizaines d’années, qui envoie aujourd’hui nos cadres supérieurs et notre jeunesse à Londres et menace la survie d’Air France tant que ses pilotes n’accepteront pas un alignement partiel sur ce que se passe à l’étranger.

Des escales standardisées

Revenons à notre bateau. Il faut bien qu’il y ait quand même quelques escales dans des îles de rêve, sinon il n’y aurait pas de passagers. Mais là aussi le traitement de masse empêche toute fantaisie. Il faut que des opérateurs locaux soient sur le quai avec leur véhicule et un programme standard à respecter : une plage, un parc botanique ou une forêt à végétaux curieux, un ou deux belvédères, quelques boutiques pour avoir le plaisir d’acheter au quadruple du prix indigène, pour le plus grand plaisir du commerçant bien sûr mais aussi de l’opérateur local pour lequel une retombée est prévue.

Un guide à l’humour au ras du bitume vous expliquera à Saint-Domingue la culture de la canne à sucre et vous enverra déguster quelques rhums dans une boutique bien garnie. Un autre fera de même à la Guadeloupe, où quelques collines vous changeront de la plaine dominicaine, un troisième vous le proposera encore à la Martinique, et, devant vos protestations, vous expliquera la culture de la banane dans un décor encore plus charmant. Malheureusement il semblera être rémunéré au kilomètre parcouru et au nombre de tournants de montagne pris sauvagement au détriment de la dégustation du décor. Vous aurez aussi entrevu la richesse d’un paradis fiscal (St Marteens) et son annexe française (St Martin), nettement plus pauvre malgré ou à cause de son statut métropolitain. Vous aurez aussi profité d’un « musée » vénézuélien et de son « restaurant typique » (crêpe au fromage) justifiant deux journées de haute mer de plus.

Où sont passés les habitants ?

Vous avez remarqué que les contacts avec l’extérieur se résument à un guide et à quelques vendeurs de « souvenirs ». Cela malgré le souhait tout à fait sincère des touristes de multiplier les contacts humains. Mais ce serait trop compliqué. Et puis, pour apprécier, il faut avoir une idée du contexte économique et politique. Or même pour un pays en situation aussi « extrême » que le Venezuela, peu de gens ont remarqué que les bâtiments officiels étaient délicatement ornés de slogans à la gloire du « chavisme » (du nom de feu le semi dictateur cubanophile) et du « socialisme éternel », ni vu les traces de la violence et de l’anarchie du régime ni l’absence des petits bateaux de plaisance, bon indicateur de la présence de pirates qui tuent le propriétaire et repartent avec son yacht. Le bateau-usine était donc le bienvenu (« Il y en a plus qu’un par semaine ! » se désolent les guides) et le groupe qui en sortit bénéficia d’une haute protection policière, remarqua à peine les militaires omniprésents et pas du tout la médaille « Bolivar, Chavez, Maduro » (respectivement le père de l’indépendance contre l’Espagne, le père du socialisme national et son successeur, le président actuel) imitant trait pour trait celle de « Marx, Engels, Lénine et Staline » qui sera bientôt une antiquité.

Je ne suis pas du tout ironique : la majorité des touristes était ravie, l’équipage était mieux rémunéré que chez lui et prêt à un horaire (chargé) pour que ça dure, et quelques bribes ont fini dans les poches locales. Bref tout le monde est heureux. Voici une coopération Nord-Sud satisfaisante pour les deux parties…

Yves Montenay


Billet de voyage : de retour de Géorgie

De retour de Géorgie…

Photo Novo Monde

Je passe devant les terrasses des cafés d’un quartier central de la capitale, Tbilissi. Bon standing, décor contemporain ou original sans être luxueux. Tiens, que des femmes, presque toutes apparemment de 20 à 30 ans et assez élégantes ! Je jette un coup d’œil dans les salles : c’est pareil. Je finis par me renseigner : « Les hommes vont boire la bière de leur côté dans des établissements plus traditionnels, et les femmes s’offrent une sortie entre copines dans des endroits plus raffinés ».

Bon, la capitale de la Géorgie ne se résume pas à cela. Il y a aussi des mendiants, des personnes un peu âgées et déjà bien fatiguées, des costauds aux mines patibulaires et à barbe noire naissante et des maigrelets qui la laissent pousser pour se donner une contenance, une demi-douzaine d’ouvriers, et leur chef très occupés à ne rien faire autour d’un seul qui active sa pelle. Bref des indices de sous-développement, recoupés par le très bas prix des biens et services courants (1,5 € le menu type Macdo).

Le progrès semble néanmoins en route avec un réseau routier partiellement modernisé, la multiplication des bâtiments récents, du plus banal au très réussi et des aménagements urbains astucieux. On peut aussi admirer avec perplexité la rénovation des bâtiments « typiques » mélangeant tous les styles possibles de l’Orient et de l’Occident, et souvent rouges, dorés ou bruns. Par contre la période soviétique de l’avant-guerre a laissé des bâtiments convenables, la Géorgie ayant échappé de justesse aux destructions de la Deuxième Guerre mondiale. Enfin et surtout, les modestes basiliques sont omniprésentes, mais souvent usées par le temps.

Car un des piliers du pays est son christianisme très ancien. Un juif du pays aurait même été convoqué au procès de Jésus, et en aurait ramené la chemise du supplicié. On ne peut faire mieux comme ancienneté ! Les historiens rajoutent que c’est l’adoption du christianisme par l’Empire romain (dont la Géorgie fut la pointe nord-est) qui le généralisa, comme simultanément en Gaule et ailleurs.

Mais tout cela, c’était hier, car le pays est fier de son histoire des 2 à 4 000 années précédentes : « Nous sommes les premiers Européens ; la frontière entre l’Europe et d’Asie ne passe pas par où vous pensez ».

Le deuxième pilier du pays est sa langue unique (peut-être apparentée au basque) et son alphabet spécifique que personne ne connaît à l’extérieur. La quasi-totalité des enseignes et indications sont en alphabet géorgien, hors de quelques rues touristiques ou « mondialisées », donc totalement illisibles pour tout étranger. Mais ce n’est pas un obstacle, la gentillesse générale y palliant largement.

Par contre, je ne vous ai pas parlé d’un point crucial : l’ombre menaçante de la Russie. Si cela vous intéresse, poursuivez la lecture en cliquant ici.

Yves Montenay
https://yvesmontenay.fr
@ymontenay


Quand la Chine s’effondrera

 

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J’ai écrit ceci il y a plus d’un an et demi, et personne ne m’a cru :

https://yvesmontenay.fr/2014/01/06/quand-la-chine-seffondrera/

J’avais les mêmes statistiques que tout le monde, mais elles ne me paraissaient pas pas pertinentes. Si on les regardait de près on s’apercevait que la Chine consommait certes beaucoup de matières premières (du fer pour en faire de l’acier, de l’acier pour faire du béton, du béton pour faire des immeubles et des autoroutes), mais pourquoi faire ?

Ce n’est pas cela le développement. Le développement c’est ce qui reste comme nourriture et comme services au citoyen de base, pas de construire des immeubles vides, de rendre l’air irrespirable et de produire de la nourriture avariée, obligeant les riches à s’approvisionner à l’étranger. Ce n’est pas non plus d’autoriser la police à tirer sur les protestataires ou de mettre en prison des blogueurs et leurs avocats.

Il n’y avait pas besoin de statistiques pour constater ça, et l’exemple du rattrapage de l’Occident par d’autres pays comme le Japon permettait de comprendre une partie de la croissance rapide de la Chine (l’autre partie étant bidon comme expliqué dans mes autres articles) et d’alerter sur son côté transitoire. Bref je n’ai fait qu’écrire ce qui était sous les yeux de tous.

Pourquoi donc tout le monde s’affole-t-il aujourd’hui, alors que ce n’est que la concrétisation de ce qui s’annonçait ?

Certes il y aura des hauts et des bas, la baisse du prix du pétrole va aider la Chine comme elle aide la France, mais les mécanismes en place ne changent pas, et en particulier la main de fer du nouveau président va entraver tout changement de système.


Les mystères de l’immigration chinoise en Algérie et en Afrique

Pour la compréhension de cette image du quotidien El Watan d’Alger, rappelons que la vente du tableau de Picasso (la toile la plus chère jamais vendue aux enchères, adjugée à 179,36 millions de dollars le 11 mai 2015 , chez Christie’s.) a fait grand bruit en Algérie, avec une certaine fierté, comme si c’était la vraie valeur des femmes d’Algérie. Et pour cause !

Lors d’un voyage officiel en Chine, le patron du Forum des chefs d’entreprise (FCE, le Medef local) a affirmé les Chinois étaient les bienvenus et que les femmes algériennes étaient disponibles pour ceux d’entre eux qui envisageaient d’y créer des familles !

Je rajoute un commentaire personnel : l’immigration définitive avec obtention de la nationalité algérienne est très difficile en Algérie, même s’agissant de conjoints musulmans d’Algériennes. Mais pourtant de plus en plus de Chinois semblent s’installer définitivement nous disent les Algériens. Dans toute l’Afrique, l’arrivée massive d’entreprises et de citoyens chinois n’est pas toujours bien vue par le peuple, mais semble âtre favorisée au sommet, ce qui laisse imaginer « des arguments efficaces ».


Veut-on vraiment faire la guerre à l’État islamique ?

Officiellement, l’État islamique a tout le monde contre lui : pour commencer, les chiites (donc l’Iran, l’Irak et la Syrie -je veux dire l’armée régulière et les milices de ces deux derniers pays) ainsi que l’Arabie, la Jordanie, la Turquie, la France, les États-Unis et, indirectement, la Russie. Mais dans l’ensemble, malgré ses atrocités et la menace de ses combattants clandestins dans le monde entier, on a l’impression qu’on le laisse assez tranquille.

Une guerre bien molle

Certes les frappes aériennes (surtout américaines et un peu françaises) ont contribué à le faire reculer, par exemple pour aider les Kurdes de Kobané, mais ça reste une exception.

Quand on pense à l’habitude américaine, et aujourd’hui saoudienne, d’écraser l’adversaire sous les bombes, quitte à tuer de nombreux civils (en France pendant la Deuxième Guerre mondiale, au Vietnam, en Irak et, pour l’Arabie, au Yémen), on est surpris de savoir que sont épargnés les quartiers habités par les dirigeants et les combattants de l’EI ainsi que les convois de carburant et de munitions qui sont nombreux à traverser la frontière turque. Les trafiquants de ce pays ont probablement des relations haut placées…

De même, le régime de Bachar El Assad semble avoir épargné l’EI, pourtant, en principe son pire ennemi, pour concentrer ses forces sur les autres rebelles. De même la Turquie laisse passer le flot des volontaires djihadistes et interdit aux avions américains et français sa base beaucoup plus proche des combats. Car Ankara ne veut pas participer à tout ce qui pourrait favoriser indirectement les Kurdes …

Une coalition hétéroclite et désunie

Pensez que l’on trouve dans cette coalition

– des pays sunnites (Turquie, Arabie et dans une moindre mesure la Jordanie), qui partagent l’hostilité de l’EI envers les chiites,

– le chef de file des chiites, l’Iran, par ailleurs ennemi des États-Unis, qui est en principe le chef de la coalition, et cela même en cas d’accord sur le nucléaire a déclaré « le guide suprême »,

– et l’Arabie, qui est violemment opposée à l’Iran.

Bref, la coalition anti EI est loin d’être unie, et son chef, Barak Obama, craint comme la peste de devoir se lancer vraiment dans une nouvelle guerre, car le Vietnam, l’Irak et l’Afghanistan sont de mauvais souvenirs

Notre gouvernement a déclaré « nous sommes en guerre ». Il serait temps que les autres se réveillent !

Yves Montenay
Les Echos du Monde Musulman


Polygamie gouvernementale

Non, ce qui suit n’est pas un extrait des articles « people » sur les dirigeants français, mais  une information sur des mariages très sérieux. Avec un «S».

Nous sommes au Maroc, des islamistes sont au pouvoir. Un pouvoir très partiel, puisqu’ils font partie d’un gouvernement de coalition, et que le gros du pouvoir reste aux mains du roi.

Pouvoir partiel, mais levain de séduction comme ailleurs (que l’homme politique qui n’en n’a pas usé leur jette la première pierre !). Bref deux ministres islamistes marocains sont maintenant bigames.

« Officiellement », pour illustrer leurs convictions religieuses, alors que les cochons d’incroyants, Occidentaux ou non, restent  plus ou moins clandestinement « dans le pêché ». Bien sûr ça fait jaser, et les mouvements féministes aiguisent leurs crayons.

Le code de la famille marocain est à mi-chemin entre un code quasi européen façon Tunisie et le code traditionaliste. Il a gardé la possibilité coranique de se marier à quatre femmes (pourvu qu’elles soient traitées également, d’où l’abondante jurisprudence sur la répartition des nuits avec le mari). Mais il a encadré très strictement cette possibilité, notamment en demandant l’accord explicite des premières femmes.

Finalement il y a très peu de mariages polygames (800 en stock sur plus de 30 millions d’habitants au Maroc) … sauf au gouvernement. Comme le roi donne pas l’exemple (contrairement à son père, néanmoins très discret) il faut bien que les ministres s’y mettent. En toute légalité, donc accompagnés de leur première épouse.

Yves Montenay
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Billet de voyage : de retour de Moldavie

Voici un pays pauvre, qui a l’air riche. Une bonne terre (le fameux tchernoziom ukrainien, russe, etc.), des plantations de fruits, des vignes (et des bons vins)… Un centre-ville agréable, des cadres, des étudiants, des voitures bien tenues… mais si on regarde les salaires et prix, ou si on se promène dans les faubourgs, la pauvreté saute aux yeux.

Je suis venu ici parler de francophonie. Comme en Roumanie, dont elle est un morceau arraché par les Soviétiques, le français était largement répandu face au russe, étant une fenêtre sur le monde non soviétique. Mais, comme en Roumanie, l’ouverture sur le grand large a amené l’anglais et le snobisme des enseignes en cette langue.

L’ouverture sur le grand large, d’ailleurs, c’est beaucoup dire. Le Parti communiste n’a quitté le pouvoir qu’en 2009, et demeure très présent, notamment du fait de la division des autres partis. L’armée rouge est encore dans le pays, à 30 km de la capitale, en Transnistrie, région restée de fait sous contrôle russe. Une forte minorité russe a remplacé les intellos et les bourgeois francophones envoyés au Goulag lors de la soviétisation du pays à partir de 1944. Le russe est resté langue dominante dans l’enseignement et la société jusqu’il y a quelques années lorsque le moldave (terme soviétique pour le roumain) est redevenu langue officielle. Bref entre le russe, l’anglais et dans une certaine mesure l’allemand, la vie est rude pour les francophones, qui, dans les jeunes générations, sont surtout des filles : le français a gardé sa réputation culturelle, mais n’a pas encore gagné sa réputation économique.

Les édifices publics du centre de la capitale sont disproportionnés pour un pays de 3 millions d’habitants, que sa population quitte à toute vitesse, d’autant que la Roumanie « sœur » est membre de l’Union européenne et accorde facilement sa nationalité aux Moldaves. Et leur pays voudrait bien se rapprocher de l’Europe, mais, comme en Ukraine, la réaction russe est immédiate à l’évocation du moindre projet en ce sens : blocage des exportations de vins et de fruits  et roulements de tambour des troupes russes de Transnistrie.

Je rassure les géographes : je sais que la Moldavie est voisine de l’Ukraine et non de la Russie, mais je maintiens : armée russe, langue russe et je rajoute que cela crée aussi une menace militaire « dans le dos » sud-ouest de l’Ukraine et sur la ville d’Odessa, convoitée en cas d’une éventuelle partition de l’Ukraine, et que les Ukrainiens de Moldavie ne sont qu’une petite minorité parmi d’autres, à côté des Gagaouzes (Turcs chrétiens) et des « Bulgares » (musulmans), à ne pas confondre avec la « bonne » minorité russe.

Bref, j’ai été accueilli à bras ouverts pour deux raisons très complémentaires : soutien moral à une francophonie moldave menacée, et occasion de discussions politiques animées. Les oreilles de Poutine ont dû siffler !

Yves Montenay
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Billet de voyage : de retour de Bucarest

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Unirea « Shopping Center » à Bucarest (crédit photo : bucharestdailyphoto.com)

 

De passage à Bucarest fin mars 2015 pour une conférence, je vous livre mes impressions sur la situation de la francophonie roumaine.

Depuis l’ouverture du pays en 1990, ce que l’on peut appeler l’interface visuelle s’est considérablement anglicisée. Les menus, certaines enseignes ou plaques professionnelles, dont celles des bâtiments publics (donc une décision politique), et une partie de la publicité sont bilingues roumain-anglais, voire en anglais seulement pour les publicités techniques ou « mode ». Les conversations avec les employés de base se font spontanément en anglais, mais il faut immédiatement préciser que les intéressés ne parlent pas cette langue et n’en connaissent que les quelques mots nécessaires à leur activité, et encore… Bien entendu, c’est plus sensible chez les jeunes, les « anciens » parlant plus souvent français.

Ayant connu le pays à l’époque communiste où le français était un refuge contre l’enseignement du russe et où l’anglais n’était pas diffusé, puis immédiatement après la révolution de 1989, où l’équilibre des langues n’avait pas eu le temps de changer, je constate un recul considérable du français.

Notre langue serait étudiée en première langue par 20 % des élèves du secondaire, et en deuxième langue (deux heures par semaine) par 68 autres pour cent (donc un total de 88 %) ; il doit y avoir ensuite une déperdition considérable car on estime que seuls 2 millions de Roumains (13 % de la population de plus de 20 ans) sont capables de parler français, dont une bonne part sont des gens  de plus de 40 ans.

La coopération linguistique semble active entre l’administration française, certaines entreprises, françaises également qui offrent des stages et des débouchés aux francophones, et les départements de français des universités roumaines, ainsi que quelques enseignements spécialisés comme une partie des filières médicales. C’est important, mais cela ne touche qu’une minorité.

C’est donc une situation à l’égyptienne ou à la libanaise, où le français est socialement bien considéré, reste présent dans un certain nombre de filières d’enseignement et d’activité, mais n’est plus la première langue de contact tant qu’on ne le recherche pas. Par contre, si on s’en donne le mal, on peut échanger en français avec des gens très variés.

Une explication très partielle vient de ce que la Roumanie, comme la France, a laissé les communications avec Bruxelles se faire en anglais alors qu’il n’y avait aucune raison à cela. Or l’aide de l’Union Européenne est économiquement et politiquement très importante pour le pays, et cela contribue donc largement à répandre l’impression que tout ce qui est extérieur doive se faire en anglais.

Il faut toutefois préciser  qu’il s’agit d’impressions du centre de Bucarest, donc de la partie la plus mondialisée du pays, avec quelques zones ultra touristiques.

Mes amitiés à tous

Yves Montenay
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Il faut aller en Tunisie !

TunisieIl y a un grand élan de solidarité Franco Tunisienne, qui se matérialise par des messages dans les réseaux sociaux.  Le gouvernement français est aussi de la partie et la coopération sécuritaire va s’amplifier.

Que faire de concret ? La réponse est simple : les terroristes ont voulu stopper le tourisme qui est une des grandes ressources du pays, et plus généralement le couper du monde extérieur. C’est une raison de plus pour aller en Tunisie, alors que je crains de voir les organisateurs de voyages retarder ou annuler les départs.

Vous êtes fou, me dira-t-on, nous n’avons pas envie de nous faire tuer. Est-ce vraiment un risque ? Les Tunisiens veilleront sur vous et vous indiquerons les très rares endroits à éviter, qui ne seront d’ailleurs pas si dangereux que ça étant particulièrement surveillés maintenant.

Finalement c’est probablement moins dangereux que de faire du vélo à Paris !

Yves Montenay
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Vanuatu, le francophone inconnu

VanuatuIl faut être dévasté par un ouragan pour avoir des honneurs de la presse. Des journalistes se sont précipités dans ce malheureux pays, mais n’ont pas pu sortir de la capitale Port-Vila faute d’infrastructures épargnées.

Pas un seul n’a fait allusion au fait que le Vanuatu est un pays dit « francophone ». En fait ses 230 000 habitants ont une langue nationale le bichelamar, et deux langues officielles, le français et l’anglais. Le bichelamar, déformation de « bêche de mer », est le créole local, le français et l’anglais les langues des anciens colonisateurs qui l’administraient conjointement sous le nom de « condominium des Nouvelles-Hébrides ». Ces trois langues sont presque uniquement véhiculaires, à côté des 108 langues maternelles locales, souvent non inter incompréhensibles.

Par ailleurs l’anglais est la langue dominante de la région, mais le Vanuatu est voisin de la Nouvelle-Calédonie qui est pour lui un grand voisin francophone.

Cette bivalence est illustrée notamment par le fait que ce pays a été à la fois la première colonie française à se rallier De Gaulle et une importante base américaine contre les Japonais. Même bivalence aujourd’hui avec la coopération internationale, qui se fait à la fois avec les voisins anglophones riches (Australie et Nouvelle-Zélande) et avec la France.

Les journalistes auraient pu se demander pourquoi une partie de l’aide vient notre pays, et remarquer que certains bâtiments ont des enseignes françaises, bien que la capitale ne soit pas l’endroit le plus francophone de l’archipel.

L’économie est en grande partie traditionnelle, l’environnement splendide amène des touristes, mais sa partie moderne fait « tousser » s’agissant des prestations d’un paradis fiscal et d’un pavillon de complaisance.

Bref entre la francophonie, la guéguerre franco-anglaise qui en a résulté à une époque, le traditionalisme et cette pittoresque activité moderne, il y avait de quoi faire des articles bien plus intéressants que ceux qui sont passés sous mes yeux, même sans quitter Port-Vila, puisque je n’ai moi-même pas quitté Paris ! J’ai eu par contre en son temps les confidences de Philippe Rossillon, qui, là comme ailleurs, a donné un coup de pouce à la francophonie locale.

Yves Montenay
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Accueillons les réfugiés syriens !

Des péripéties professionnelles m’ont éloigné quelque temps de Mondoblog, mais le drame des réfugiés syriens me fait sauter sur ma plume. D’autant qu’il s’agit d’un pays que je connais et que je suis dans le cadre de ma lettre « Echos du monde musulman »

Je suis profondément choqué que la France n’accueille pas davantage de réfugiés syriens. Selon les statistiques officielles 3500 réfugiés accueillis en 3 ans contre 10 000 pour l’Allemagne, ce qui n’est déjà pas énorme considérant le besoin de plus de trois millions recensé par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés.

La France a été beaucoup plus généreuse dans le passé, notamment pour les réfugiés d’Indochine et du Chili, dont l’intégration s’est bien faite. Soyons lucides : le fait qu’ils soient musulmans est probablement pour beaucoup dans cette réticence. C’est en pensant à cela que j’écris ce qui suit.

Certes les grands principes passent avant tout : cette guerre est atroce et cela devrait suffire. Je vais toutefois me limiter à donner des arguments dans ma spécialité : la démographie politique, branche de la géographie humaine, et l’économie.

D’abord il s’agit de réfugiés, et non de migrants économiques ou de bénéficiaires du regroupement familial, dont une partie est soupçonnée de venir pour bénéficier de « l’État providence » français au sens large (y compris le système scolaire par exemple). Et ces réfugiés s’échappent d’une guerre où les deux camps rivalisent d’atrocités : bombardements aveugles, emprisonnements et tortures, exécutions sommaires, et côté djihadistes, les brimades que vous savez (il n’y a pas que l’État Islamique, il y a aussi son rival Al Qaïda et d’autres groupes), sans parler de la faim et de la catastrophe sanitaire que tout cela engendre. Ce n’est pas notre État-providence qui les attire, et l’expérience montre que ces réfugiés sont reconnaissants au pays d’accueil et pressés de travailler.

Par ailleurs, il s’agit de gens qualifiés de la classe moyenne-supérieure (ils ont payé le billet d’avion du Liban à la Turquie et des milliers de dollars pour le bateau, pour parler des cas récents). Ils sont donc capables de s’adapter et nous en avons besoin, notamment de ceux qui sont médecins.

Maintenant, je reviens à leur religion : ceux qui ont quitté le centre et l’est de la Syrie ont vu de près les islamistes et ont fui. Ceux qui viennent de l’ouest ne se sont pas réfugiés à l’est, donc ne les apprécient pas non plus. Bref ce ne sont pas « de la graine d’extrémiste » et ils sont sûrement « vaccinés » contre certains prêches. Il est même possible qu’ils fassent partie de ces musulmans qui ne le sont plus vraiment comme il y en a beaucoup en France (mais ce ne sont pas ceux-là qu’on remarque !).

Enfin un argument de politique étrangère : si nous accueillions les Syriens réfugiés au Liban (plus d’1 Million de syriens réfugiés au Liban selon le HCNUR), nous rendrions service à un pays très ami que nous n’avons pas souvent l’occasion d’aider. Et dans la région, nous serions pris plus au sérieux quand nous parlons de la liberté et des vertus de la démocratie !

Je sais, j’ai parlé de questions concrètes et non « des grands principes » (un peu quand même), mais c’est pour m’adresser aux Français tels qu’ils sont, c’est à dire choqués par la frange hostile et violente des musulmans et oubliant donc que le plus grand nombre est semblable à leur collègue de bureau avec qui ils s’entendent parfaitement.

Yves Montenay
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A lire également, cet article du 14 Mars 2015 : Près de quatre millions de réfugiés syriens désespérés

 

 


Bonjour tout le monde !

Yves-Montenay

Bienvenue sur le site d’Yves Montenay sur le Réseau Mondoblog.

Je suis né il y a très longtemps, et ai donc étudié, vu et pratiqué beaucoup de choses dans beaucoup de pays, auxquelles s’ajoutent des témoignages de mes parents, grands-parents, oncles … qui eux-mêmes ont vécu dans de nombreux pays du Sud. Quand j’étais jeune, les plus vieux évoquaient encore la guerre de 1870, alors toujours présente dans les programmes scolaires ou celle de 14 -18. Tout le monde évoquait celle toute fraîche 1939-45, vécue elle aussi en partie au Sud (voir Le Cycle colonial à travers une famille). J’ai ensuite eu droit en direct à la guerre froide, si chaude au sud (Corée, Indochine, Algérie…) et à la décolonisation.

Ça fait beaucoup de sujets dont nous pourrons parler ici, que vous me posiez des questions, ou que je vous provoque gentiment, en posant une question politiquement incorrecte.

Par exemple : « Que préférez-vous : le néocolonialisme français de jadis en Afrique, ou la politique chinoise actuelle dans le même continent. Faut-il l’appeler coloniale elle aussi ? »

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