Vincent AGUE

Bénin : Lionel Zinsou ne bouderait pas le fauteuil présidentiel

Lionel Zinsou cache mal son ambition de briguer la magistrature suprême du Bénin
Lionel Zinsou cache mal son ambition de briguer la magistrature suprême du Bénin

A la grande surprise de tous, il devenait le numéro 2 du gouvernement à la faveur du remaniement ministériel du 18 juin 2015. Lionel Zinsou nommé Premier ministre de Boni Yayi, c’était pour l’opinion la présentation du  « dauphin », celui qui succéderait en avril 2016 à l’actuel président.

Ce banquier d’affaires plus français que béninois – n’en déplaise à lui-même qui se plaît à démontrer sa maîtrise de « son » pays – une fois dans ses fonctions s’efforce de « s’acclimater » pour « se faire accepter » par les Béninois qui lui reprochent d’avoir été parachuté sur une terre qu’il ne connaît pas. Dans l’expression, le « notre pays » est fréquent dans ses prises de parole, sur le plan vestimentaire, le Premier ministre affectionne les tenues locales tel le « agbada » avec son couvre-chef… C’était les premiers pas pour poser les jalons de son projet politique, est-on tenté de dire maintenant qu’il a fait un bond géant…

Lors de son entretien télévisé du 2 novembre 2015, durant  52 minutes, le Premier ministre qui n’a pas manqué de souligner son appartenance à la mouvance présidentielle a laissé entendre qu’il est intéressé par la bataille de la succession à la tête de l’Etat… Et encore plus, qu’i se sentirait bien dans la position de candidat de Boni Yayi.

Bien sûr, le Premier ministre assume le bilan de Boni Yayi.Tant sur le plan positif qu’il vante, que sur le plan négatif qu’il ne reconnaît pas ou qu’il justifie dans certains cas. Et pourtant les points négatifs sont bien présents. Concernant le fameux concours de recrutement à polémique, Lionel Zinou n’a pas trouvé mieux à dire qu’il « ne menace pas la paix ». Et de remonter plus en arrière et affirmer que depuis son enfance, les concours ont toujours posé problème dans notre pays ». Que comprendre ? Yayi et le gouvernement ne détiennent pas l’apanage des concours frauduleux ? Mieux, alors qu’il s’élevait contre le régionalisme, il tentait de justifier le choix du gouvernement, dénoncé par les magistrats, de faire organiser le concours de la magistrature selon un quota régionaliste.

« Je ne serai pas candidat dans la dissension »

Parce que le « consensus est une des valeurs fondamentales » de « notre pays », le Premier ministre refuse d’être candidat à la présidentielle de 2016 dans la « dissension ». C’est la confirmation de la  méfiance que certains journaux ont rapportée ce lundi matin et attribuée à certains leaders FCBE qui n’accepteraient pas la candidature de Lionel Zinsou comme l’aurait proposé Boni Yayi à sa famille politique. Mais alors, Monsieur le Premier ministre ferait quoi en cas de consensus ? Eh bien, c’est clair, à cette condition il sera candidat ! Ceux qui doutaient de cela et refusaient de se faire cette idée sont maintenant avertis. Si Boni Yayi ne l’a pas encore désigné pour lui succéder, j’en doute fort, le discours de Lionel Zinsou est comme un appel pour…

Le Premier ministre veut même ressembler à son président. Lionel Zinsou appelle à admirer comment le consensus a permis l’élection de Boni Yayi en 2006 alors que ce dernier était un parfait inconnu de la scène politique béninoise. Lionel Zinsou fera-t-il pareil en 2016 ? On dirait que le Premier ministre de Boni Yayi veut croire en son destin. Il recommande la lecture du « Coup du 3e larron » signé Comlan Cyr Davodoun après que Boni Yayi a ravi le pouvoir aux vieux dinosaures en 2006.

Il n’y avait pas que cela dans le discours du Premier ministre pour ressembler à un bon « yayiste ». Lionel Zinsou a aussi parlé de l’argent. Du « pouvoir de l’argent » comme le dit si bien souvent Boni Yayi. Dénonçant l’achat de conscience, Lionel Zinsou soutient que « l’argent ne fait pas le chef dans notre tradition ». Si un camp est foncièrement contre la candidature des hommes d’affaires et singulièrement de Patrice Talon à l’élection de 2016, c’est bien les FCBE. Celui qui parlait de l’argent comme un « cynique » instrument en politique fait sans doute un pied de nez aux opérateurs économiques qui lorgnent le fauteuil présidentiel, des opérateurs économiques présentés comme des favoris de l’élection de 2016.

Chantre de l’unité nationale

Quand on n’est qu’économiste, il faut avoir arboré le manteau de politique pour parler de paix, unité nationale, cohésion nationale… Le thème de l’entretien en disait long déjà sur l’ambition désormais peu dissimulée de Lionel Zinsou. Quand un spécialiste de macroéconomie et des chiffres parle de ce qui n’est pas sa tasse de thé, c’est qu’il a changé. Lionel Zinsou est bien devenu un politique. Et un politique à quelques mois de la présidentielle, ça n’a pas d’autre ambition que de se jeter dans la compétition électorale.

Pour montrer qu’il connaît bien le Bénin, Lionel Zinsou fait un retour en arrière pour rappeler que son oncle, l’ancien président Emile Derlin Zinsou, était plutôt populaire dans le nord du Bénin alors que dans les années 1960, le Dahomey vivait fortement le clivage Nord-Sud. Plus encore, selon le premier ministre, son grand-père, le père d’Emile Derlin Zinsou était instituteur et avait « construit des écoles » dans le nord en milieu bariba. Il n’y a pas meilleur exemple pour dissuader les réticents, encore attachés au vote régionaliste.

Ce 2 novembre 2015, Lionel Zinsou est définitivement devenu un homme politique béninois. En 2016, il faudra compter avec lui.


Top 10 au Bénin : les célèbres formules des candidats à la présidentielle

JE SUIS CANDIDAT

En février 2016, les Béninois iront aux urnes pour choisir un nouveau président de la République qui succédera à Thomas Boni Yayi qui aura bouclé 10 ans de pouvoir exercé en deux mandats de 5 ans chacun. A moins de six mois de la tenue du scrutin, c’est la valse des déclarations de candidature, des déclarations presque similaires dans leurs formes et fonds.

On dirait que tous ont assisté à une répétition, ces candidats déclarés à la présidentielle 2016. De la cinquantaine annoncée, certains ont déjà brisé le silence en attendant l’ouverture du dépôt des candidatures par la Commission électorale. Ils ont dévoilé leurs intentions devant micros et caméras de la presse. Dans l’ensemble, une certaine constance remarquée : des expressions “copiées collées” empruntées à … On ne saurait remonter à une époque pour trouver leurs auteurs. Mais ce n’est pas cela qui nous intéresse. Que disent nos chers présidentiables pour déclarer leur candidature ? Comment le font-ils ? Morceaux choisis de quelques expressions.

  • “Je connais le Bénin”

Ils prétendent tous mieux connaître le Bénin que tout autre Béninois. La formule a son intérêt depuis qu’on a reproché à Boni Yayi, président depuis 2006 de ne pas assez connaître son pays avant d’en prendre les rênes. Alors, les prétendants à la Marina (du nom du palais de la présidence au Bénin), mettent en avant “leur” bonne connaissance supposée ou réelle comme un atout pour bien diriger.

Si on peut mettre au crédit des Béninois résidant au pays une certaine connaissance du terroir, que dire par contre de ces candidats ne font que s’informer des nouvelles du pays, parce que vivant à l’étranger ? En tous cas, le code électoral n’a pas fait de la résidence sur le territoire une condition sine qua non pour postuler à la présidence du Bénin. Il suffit juste selon la loi électorale de résider au Bénin au moment des élections (art. 336 du code électoral).

On n’est pas donc surpris d’entendre des déclarations de candidature hors du pays par des Béninois de la diaspora. Eux peuvent en plus s’enorgueillir d’autre chose : la prétendue maîtrise du système international.

  • “Le peuple m’appelle”

Les candidats à la présidentielle qui se déclarent doivent avoir une ligne verte pour se faire joindre par les citoyens. C’est terrible, tous disent que le peuple les réclame pour prendre la tête du Bénin. Comment se font ces appels ? Nous reconnaissons l’impossibilité de démontrer qu’il existe d’autres canaux pour les appeler à se porter candidats. Contentons nous de relever les mouvements, associations, groupements, fans club… aussi nombreux qu’il y a d’ambitions, qui se constituent pour soutenir, susciter, parfois exiger que tel ou tel soit candidat. Le Bénin en compte à foison aux heures actuelles.

Ces mouvements constitués on ne sait quand et comment sont déjà sur le terrain pour faire la politique à travers la presse et les réseaux sociaux. Selon certains observateurs, en réalité ce sont les candidats eux-mêmes qui sont bien souvent initiateurs et financiers surtout des appels à leur candidature. Alors, leur peuple les appelle-t-il ou plutôt ils se font appeler par ce peuple ?

  • “J’ai une carte de visite impressionnante”

Même les candidats déclarés qui ont toujours résidé au Bénin prétendent avoir une certaine notoriété au plan international. En effet, l’on pense que maîtriser les institutions internationales, ou des pays occidentaux est un facteur de mobilisation de ressources pour développer son pays. Soit.

Mais aussi, ceux qui le disent le font juste pour donner l’impression qu’ils sont soutenus par des “bailleurs”. Comme s’il était question de postuler à un poste à l’international ! Dans ce jeu, les candidats domiciliés au Bénin et ceux qui viennent d’autres cieux rivalisent. Les seconds ayant a priori plus davantage. Même si “a beau mentir qui vient de loin !”

  • “Je serai différent des autres”

Il faut en effet montrer à tout prix qu’on fera mieux les autres, qu’on est le meilleur, qu’on a autre chose à vendre. Voilà pourquoi des slogans traduisant la différence sont légion : rupture, gouverner autrement, nouvelle conscience, innovation, nouveauté, Bénin nouveau, réformation, nouvelle éthique…

Le peuple ayant effectivement besoin d’une meilleure gouvernance, les candidats ne manquent pas de flair pour mettre au point ces genres de slogans. En 2006, “le changement” d’un certain Boni Yayi avait fait mouche. Le changement a-t-il eu lieu ? Là est un autre débat. Chers candidats, à vos dictionnaires, prêts ? Fouillez ! Pour trouver des synonymes du terme changement.

  • “Je m’occuperai du panier de la ménagère”

“Le panier de la ménagère est vide”, “les Béninois ne mangent pas à leur faim” sont quelques expressions qui signifient que la vie est chère surtout pour les personnes à revenus moyens. Ces personnes étant plus nombreuses que les nantis qui se ravitaillent au supermarché, les candidats à la présidentielle peuvent s’engager à remplir leurs paniers. Le dire devrait convaincre la masse moins nantie mais nombreuse, donc une grande réserve de suffrages.

  • “La jeunesse sera ma priorité”

Qui est ami des jeunes a le plus grand électorat. Les candidats à la présidentielle le savent. Et ils veulent en profiter. Naturellement et instinctivement ils déclarent leur amour pour la “jeunesse fer de lance du développement”. Les candidats à l’élection de 2016 promettent déjà des emplois, des fonds ou des banques spéciales pour l’entrepreneuriat, des formations professionnelles dans de meilleures conditions… Rappel important : en 2011, un candidat avait promis un ordinateur à chaque étudiant s’il était élu chef de l’Etat. Il n’a pas gagné l’élection. Les centaines de milliers de jeunes étudiants n’ont-ils pas été séduits ?

  • “Je vais lutter contre la corruption”

Il est encore attendu, l’oiseau rare qui mettra un terme à la corruption et la mal gouvernance au Bénin. Les détournements et prévarications de deniers publics communs à tous les régimes qui se sont succédé à la tête du Bénin ne semblent pas finir. Or les Béninois veulent une meilleure gestion de l’argent public. Bienvenue alors à qui donnera sa bonne foi pour lutter contre la corruption. Tous les candidats s’engagent à assainir les finances. L’un deux, vivant à Lyon en France a par exemple promis sur une radio panafricaine de faire édicter une loi qui criminalise la corruption… A chacun sa trouvaille donc !

  • “Je mettrai les Béninois au travail”

Ils pensent et disent que leurs concitoyens ne travaillent pas assez. Alors, les prétendants aux fonctions de président de la République se proposent de (re)mettre les Béninois au travail.

  • “Je renforcerai l’unité nationale”

Un Etat cousu de toutes pièces par le colon, un état sans passé commun a besoin de construire un savoir-vivre et vouloir-vivre ensemble. Le Bénin veut être une nation. Où du nord au sud, de l’est à l’ouest, les citoyens se sentent à part entière du Bénin malgré les différences. Les politiques jouent sur cette quête et promettent d’œuvrer à la cohésion nationale.

Même les plus chauvins, régionalistes, intolérants en font un programme politique. Alors même qu’on peut bien imaginer les discours haineux à l’égard d’autres groupes ethniques qu’ils professent une fois dans leurs milieux d’origines. Il me plaît de mentionner ici ce candidat qui a réservé la primeur de sa candidature à ses frères (comprenez les gens de son groupe ethnique). Face à eux, l’homme déclare tout fièrement qu’il est tant qu’un musulman soit élu président du Bénin. Comme si l’élection avait lieu à la Mecque.

  • “Notre démocratie chèrement acquise”

La démocratie béninoise est un bien précieux au Bénin, elle appartient à tous les citoyens. Tous les Béninois peuvent alors s’attribuer les luttes qui ont conduit à l’instauration de la démocratie à la faveur de la Conférence nationale de février 1990. Vieux, jeunes, moins jeunes, chantent au pays : “notre démocratie chèrement acquise de hautes luttes”.

Je me surprends parfois à écrire l’expression et m’inclure dans le “nous” comme si j’avais été de la bataille d’avant 1990 contre la dictature militaro-marxiste du général Kérékou. Si le jeune d’un quart de siècle d’âge que je suis peut parler de “notre démocratie”, à plus forte raison les candidats à la présidentielle 2016. Eux sont censés avoir au moins 40 ans et avoir vécu les événements de 1990. A juste titre (parfois par abus ou suivisme), ils diront qu’ils vont défendre “notre démocratie chèrement acquise”.

  • (Ultime formule naturelle) : “Pour toutes ses raisons, je suis candidat”

Le Bénin doit faire exception en la matière. Chez moi, il est rare de voir des personnes se faire investir pour défendre les couleurs d’un parti ou alliance de partis politiques à l’élection présidentielle. On est plutôt habitué à voir des anonymes sortis d’on se sait où pour se révéler devant les médias, seuls sans staff, et déclarer qu’ils sont candidats à la présidence de la République. Comme un homme qui se présente devant une femme et à peine s’est-il présenté qu’il propose déjà le mariage pour une échéance très proche.

Malheureusement, il n’existe pas une manière d’évaluer le degré de vérité contenu dans les paroles des candidats à la présidentielle de 2016 au Bénin. Le dernier mot revient à l’électeur seul devant sa conscience, dans l’isoloir le jour du vote, pour faire son choix. Un choix qui remettra au nouveau président majoritairement désigné la vraie clé, non pas passe-partout celle-là, pour accéder au palais de la Marina.

 

 


[Ironie] Burkina Faso : Le Général Gilbert Diendéré, « Prix Nobel de la paix » ?

Le Général Gilbert Diendéré doit répondre devant la justice
Le Général Gilbert Diendéré doit répondre devant la justice

C’est la saison des prix Nobel. Ce vendredi 9 octobre est attribué celui prestigieux de la paix. Très loin d’Oslo où il est remis, mon troisième œil a vu le Général Gilbert Diendéré, “ancien président du Burkina Faso” (dans sa tête) se faire remettre le Prix Nobel de la paix bien avant la remise officielle que le commun des mortels a vue.

Le Général Gilbert Diendéré aura eu un mérite au Burkina Faso : celui d’ouvrir les yeux aux dirigeants de la Transition afin qu’ils se rendent compte que certains hommes et femmes constituent des gènes de troubles à la paix dans ce pays. En effet, le coup d’Etat du 17 septembre 2015 que l’ancien patron du Régiment de sécurité présidentielle a dirigé a permis, même si c’est dans la douleur, d’identifier les vestiges du régime Compaoré qui voulaient encore torpiller le processus de renaissance du Burkina Faso après la chute de l’ancien président Blaise Compaoré. Ce que la transition traînait les pas à faire depuis un an, le Général Gilbert Diendéré l’a précipité en quelques jours.

Il fallu le putsch du RSP (Régiment de sécurité présidentielle), pour que celui-ci devienne successivement RIP (Régiment d’INSECURITE présidentielle) parce qu’il a quand même mis en danger la vie du président de Transition Michel Kafando, puis RIP (Rest in peace, ‘Repose en paix’). Et oui, le coup d’Etat du 17 septembre 2015 était le coup de trop de la garde prétorienne de Compaoré qui a finalement décidé les autorités de la Transition à le dissoudre. Ainsi, une grande menace à la sécurité au Faso a été anéantie. Les autorités n’ont-elles pas parlé de l’ex-RSP comme un groupe terroriste ?

Il a aussi fallu que le Général Gilbert Diendéré fusille en quelques secondes les institutions de la Transition pour que les Burkinabé se résolvent à enfin faire le procès du régime Compaoré. Après avoir chassé du pouvoir en octobre 2014 l’ancien président Blaise Compaoré, le peuple burkinabé n’avait pas versé dans la chasse aux sorcières en traquant ses anciens collaborateurs, soutiens et suppôts. Mais le coup d’Etat de l’éphémère Conseil national pour la démocratie, a convaincu les autorités du Burkina Faso et la justice en particulier qu’il fallait maintenant faire les comptes. C’est ainsi que Djibril Bassolé, ancien ministre des Affaires étrangères sous Compaoré et naturellement mon Général Diendéré seront inculpés d’ «attentat à la sûreté de l’Etat». Certes pour s’expliquer à propos du putsch de septembre 2015, mais au fond ils pourraient être amenés à se prononcer sur les pages sombres des 27 ans du régime Compaoré.

En fait, un procès Diendéré ou Bassolé ne sera ni plus ni moins que celui du système Compaoré. Les deux personnalités ont vu appris le gel de leurs avoirs, et celui de treize autres personnes présumées complices du coup d’Etat du 17 septembre. Parmi elles, Eddie Komboigo et Léonce Koné, président et vice-président du parti de Blaise Compaoré, le Congrès pour la démocratie et le progrès. En tout ce sont quatre partis politiques proches de l’ancien président qui ont vu geler leurs avoirs par la justice. Ils doivent avoir une dent contre le Général putschiste. C’est lui qui fait qu’on leur coupe le blé. Quant au peuple burkinabé, il doit remercier le Général Gilbert Diendéré d’avoir, par son coup d’Etat avorté, révélé au grand jour les ennemis de la paix.

Oui, le Général putschiste a par son coup sorti le matériel nécessaire à la chirurgie du système Compaoré. Grâce à lui, le nouveau Burkina Faso naîtra, débarrassé des anomalies qui l’ont rongé un quart de siècle auparavant. C’est pourquoi, le Général mérite bien qu’on lui donne le Prix Nobel de la Paix.

 

 

 


Burkina Faso : pourquoi le général «justicier» Gilbert Diendéré peine à justifier son putsch

Le Général Gilbert Diendéré
Le général Gilbert Diendéré

Le général auteur du coup d’Etat militaire du 17 septembre 2015 au Burkina Faso, un homme sorti tout droit des décombres du régime Compaoré, qui met du temps à s’estomper, prétend avoir agi en faveur de la restauration de la démocratie inclusive. Dans ses prises de parole sur les médias, en conférences de presse, communiqués et interviews, Gilbert Diendéré clame sa bonne foi, son amour pour son pays en freinant net une transition qui à ses yeux n’était pas assez transparente. Soit. Mais la répétition dans ses propos des mêmes arguments convertis en des expressions similaires d’un entretien à un autre ne suffit toujours pas à convaincre de la justesse de son action antidémocratique. En effet le coup d’Etat de l’ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré est intervenu dans des circonstances qui interpellent. A l’analyse, ces circonstances laissent penser que le putschiste était motivé par d’autres raisons qu’heureusement la raison n’ignore pas.

Les archives écrites à l’encre rouge sang de la période Compaoré renseignent que le général était un maître à penser du système de répression des opposants qui a duré 27 ans de 1987 à 2014. Entre autres dossiers emblématiques, l’assassinat de Thomas Sankara et celui du journaliste Norbert Zongo. Coïncidence, le 17 septembre jour du coup d’Etat, la justice remise en route sur le dossier Sankara, devait prendre connaissance des rapports d’expertise balistique et d’autopsie sur les restes exhumés et présentés comme étant ceux de l’ancien tribun révolutionnaire, dont l’esprit hante encore le Faso. Et hante encore plus certainement le justicier sans maillet qui jeta son dévolu sur son fusil. Le général est était déjà bien au cœur du coup d’Etat contre Thomas Sankara.

Autre chose, le général Diendéré devait être le mari d’une député et l’ami d’un président de la République si les candidatures à la députation de sa femme et à la présidentielle de son compagnon Eddie Komboigo n’avaient pas été rejetées par le Conseil constitutionnel pour “complicité de chirurgie artisanale dangereuse de la Constitution” aux côtés de l’accusé principal Blaise Compaoré. Le général justicier qui veut des élections inclusives aurait bien aimé que madame et camarade soient de la compétition électorale. Coïncidence d’intérêts ?

N’oublions pas non plus la quête de survie du général laissé dans la gueule des anti-Compaoré après la chute de ce dernier fin octobre 2014. Il ne le dit pas, mais le général putschiste, sans attendre les conclusions du sommet de la Cédéao, affirme qu’il accepte tous les points du projet d’accord de sortie de crise proposé par la médiation. Dedans, l’amnistie au profit des putschistes figure au nombre des points qui divisent le Burkina Faso. L’amnistie pour le général Diendéré et sa troupe est-elle aussi profitable au peuple burkinabè et aux parents, proches et amis des jeunes tués par les tireurs du régiment de sécurité présidentielle ?

Non, mon général je ne vous crois pas. Comme vous le concédez vous-même au Monde Afrique en ces termes : « (…) j’agis pour le bien de la nation. Peut-être que je me trompe (…) ».

 


Non, le Nigeria n’est (donc) pas un pays d’anarchie !

 

Je n’y ai encore jamais mis pied. Tout ce que j’en sais, je le tiens des médias internationaux. Il paraît que le Nigeria voisin de mon Bénin (mon Bénin tel un pilon contre un mur à côté du Nigéria) est un pays de tous les désordres : crime, banditisme, insécurité… Bref une anarchie. Ces préjugés demeurent encore forts si bien qu’on a facilement tendance à ignorer ce qui se fait de mieux dans ce pays. Je me garde ici de m’attarder sur le statut du géant dans l’économie africaine dont il est l’un des moteurs… (Interroger la Banque mondiale pour ça).

Inutile non plus de rappeler ce qui fait l’actualité depuis ce soir du mardi 31 mars 2015 et qui force admiration. On sait déjà que le président sortant, Goodluck Jonathan candidat à l’élection présidentielle a été battu et a reconnu la victoire de son adversaire Muhammadu Buhari. Cependant quelque chose d’autre m’intéresse bien dans cette élection. C’est bien la rapidité avec laquelle les résultats ont été livrés. Cela n’est certainement pas une prouesse au 21e siècle mais nous sommes bien dans le contexte africain. Au passage les Nigérians nous ont gratifiés d’une innovation, l’identification électronique des électeurs…

Plus tôt en 2014 le plus peuplé des pays africains a réussi un exploit. Celui de contenir l’épidémie d’Ebola. Alors qu’on pouvait craindre une propagation rapide du virus transporté par un ressortissant libérien, le Nigeria a agréablement surpris le monde par une circonscription rapide du mal. Ce n’était pas évident dans un pays de plus de 170 millions d’habitants. Le Béninois que je suis a poussé un ouf de soulagement à l’annonce la fin de l’épidémie d’Ebola chez le voisin de l’est.

Je ne saurais terminer sans toutefois mettre le doigt sur la contrebande de l’essence du pays ami. L’essence de la pompe au Nigeria qui est trafiqué hors des frontières au Bénin. Anarchie de nos voisins ? En tous cas, zut ! Ne le dites pas haut, on en profite largement au Bénin. D’où, I love Nigeria


Oui je parle français, mais je suis d’abord africain

 

Mais quel pied de nez réussi à la veille de la Journée de la Francophonie ! Les parlementaires béninois n’ont sans doute pas pensé à cette portée symbolique de leur dernière modification portée à la loi électorale. En faisant inscrire dans la loi que les candidats aux élections locales n’avaient pas à savoir lire et écrire le français, les députés béninois ont rendu justice à ces milliers de Béninois et Béninoises, acteurs mobilisateurs pour le développement de leurs communautés mais qui ont eu la malchance de n’être jamais allés à l’école du Blanc.

Ils pourront désormais valablement prétendre siéger au sein des conseils de village ou quartier de ville. Ils le méritent, ils y ont leur place. En fait, ils auront à discuter des problèmes locaux de développement et pour ça la maîtrise du français, certes un atout, n’est pas indispensable. Ce qu’on demande à l’acteur à ce niveau de direction, c’est d’avoir une vision de l’amélioration de son quotidien, lui et ses concitoyens. Par exemple, n’exigeons pas d’un villageois, élu local de savoir lire et écrire le français avant d’initier des séances de travail communautaire en faveur de l’environnement, de l’école du quartier, du marché du village, du pont en matériaux précaires sur le chemin des champs, etc. Bravo aux députés de mon pays ! Merci d’avoir reconnu l’erreur précédente et l’avoir corrigée.

Vous ne l’avez sans doute pas remarqué, mais votre acte est intervenu au cours de la semaine qui voit la célébration de l’édition 2015 de la Journée internationale de la Francophonie. Et c’est cette coïncidence qui m’intéresse. Pour moi cela ressemble bien à un signal fort lancé à qui veut l’entendre que nous parlons et écrions le français comme langue officielle, mais nous sommes d’abord des Africains du Bénin.

Je ne rejette pas la langue du colon, même si… Mais je suis fortement engagé pour la valorisation de nos langues africaines. Il est vrai qu’au Bénin nous n’avons pas encore eu le courage des Sénégalais qui ont formellement reconnu certaines langues locales comme langues véhiculaires. Mais nous gagnerons certainement à oeuvrer pour la survie de nos patois (j’accepte le mot péjoratif, chers amis français !). J’ai honte, en que Béninois de ne pouvoir écrire ma langue maternelle (grâce à l’alphabet français je la lis au moins). Ce n’est certainement pas ma faute, en tous cas pas en amont ! Cela remonte à mes premiers pas à l’école quand l’instituteur du cours d’initiation (qui du reste faisait son devoir commandé) m’embrouillait le cerveau avec une langue française qui n’a rien à voir avec mon shabè que je n’avais pas fini de maîtriser en famille. On pourra aussi remonter plus en arrière pour incriminer le colon gaulois qui à coups de cravache a imposé sa civilisation à mes aïeux du Dahomey par sa politique de l’assimilation alors que Mister le britannique laissait les autochtones nigérians vivre selon leurs cultures.

Mais je n’ai pas vécu cette histoire, alors je pardonne et demande pardon à mes ancêtres qui m’en voudront de leur tombe (une minute de silence SVP) de pardonner au toubab. Je ferme donc la page pour penser à mon adaptation aux enjeux du 21e siècle, celui de la mondialisation. Celle-ci qui suppose que nous sommes tous membres d’une même communauté mondiale ne doit pas nous faire oublier nos valeurs, nos cultures…

Oui je fais désormais mienne la langue française (Bonne fête à tous les francophones hein !) mais je rappelle que je suis d’abord né pour parler naturellement mon dialecte africain. Car je sais que je suis en train de ressembler à … mais je ne le deviendrai jamais. Le tronc d’arbre a beau demeurer un siècle dans la rivière, il ne changera pas d’espèce pour intégrer la famille des crocodiles, m’enseigne une sagesse de chez moi. Alors tout est dit, et j’arrête d’en dire plus…

VinsanG

 


Lettre au nouveau Président de l’UA : Papi Mugabe, t’es pas fait pour ce boulot

Photo de Robert Mugabe
Robert Mugabe, 90 ans désigné Président de l’UA 30 janvier à Addis Abeba

Très cher nouveau Président  de l’Union Africaine, bonjour !

Ce n’est pas la peine que je te demande si tu vas bien. Je le sais, tu es vigoureux, encore à 90 ans. Je te souhaite de souffler la 91ème bougie dans quelques jours. Cher Papi Président, tu sais, je t’aime beaucoup. Je t’ai toujours admiré, ton passé que j’ai appris m’oblige à te rendre hommage.

Papi, c’est avec bonheur que j’ai appris vendredi 30 janvier 2015 que tu es devenu président de l’Union Africaine. Félicitations Papi ! J’ai d’abord applaudi ta désignation, Papi. Puis après, comme je t’aime beaucoup, j’ai compris le complot contre toi. En fait Papi, tes pairs t’ont tendu un piège en te confiant la représentation de l’organisation syndicale. Moi je vais te révéler ça.

Papi, en tant que président de l’Union Africaine, tu auras à aller dîner avec les “boss” de l’autre côté là. Tu devras donner des discours pour leur demander de l’argent pour le compte de l’UA. D’ailleurs, Papi, il t’est confiée déjà la mission de faire la pression nécessaire auprès des partenaires occidentaux, les “invités” comme tu les appelle, afin qu’ils émettent le chèque pour aller taper Boko Haram. Plus encore Papi, tu auras à réagir pour dénoncer les gaz lacrymogène de tes collègues sur leurs populations en période électorale. Tu auras à dire non à la violation des droits de l’homme. Tu auras à signifier à tes pairs qu’ils doivent respecter leurs opposants, même pressés de les renverser. Bref, Papi, un sale boulot qui te met dans de très beaux draps.

Pour ce que je sais de toi Papi Mugabe, tu auras du mal à t’asseoir à la même table avec Angela, François, Barack, David et autres. Pour ton bien je ne te souhaite pas d’avoir à les rencontrer. Je sais que tu préférerais à leur place, Vladimir, Raoul, ou encore l’autre grand ami de notre continent, Monsieur Jinping . Papi, je sais que dans le cadre de tes fonctions, on voudra certainement que tu mettes de l’eau dans ton vin, que tu troques ton discours anticolonialiste contre un discours modéré et conciliateur.

Papi tribun, je sais qu’il te sera difficile de changer le temps d’une présidence de 12 mois. Je ne voudrais même pas que tu changes, ce serait un reniement de ton idéal. Alors tu parleras comme tu l’as toujours fait. Et là, ne sois pas surpris que tes collègues tiennent des discours qui rament à contre courant de la voie que tu traces. Ce ne sera pas bien pour toi.

Tu vois Papi pourquoi je disais que tes amis ne t’aiment pas en t’envoyant au charbon. Maintenant que c’est fait, je ne peux que te souhaiter bonne chance ; vivement que tu n’y perdes des cheveux.

Je t’embrasse Papi,

Ton petit-fils Vinsang


Chute de Blaise Compaoré : il y a longtemps que son pouvoir vacillait

Blaise Compaoré, ancien président u Burkina Faso depuis ce 31 octobre 2014
Blaise Compaoré, ancien président du Burkina Faso depuis ce 31 octobre 2014

Ce jeudi 31 octobre 2014, le Burkina Faso a connu un événement inédit. Le Président Blaise Compaoré au pouvoir depuis 27 ans et deux semaines précisément a renoncé sous la pression de la rue. Les dernières manifestations qui ont poussé le président au dehors se sont déroulées en moins d’une semaine. Des centaines de milliers de Burkinabé hostiles au projet de révision constitutionnelle porté par leur président sont descendus d’abord dans les rues de la capitale Ouagadougou pour exiger le retrait de la réforme.

Alors que le gouvernement a cédé sous la pression ce mercredi 30 octobre, la foule en colère, insatiable sous la conduite de l’opposition a brandi la revendication ultime : la démission du Président dont le mandat en cours devrait prendre fin en novembre 2015. Elle a eu gain de cause. C’est l’aboutissement d’une fronde qui couvait mais qui a éclaté à la faveur de la dernière ambition démesurée de Blaise Compaoré. Morceaux choisis de quelques moments de la constitution du soulèvement populaire qui a emporté le “Beau Blaise”.

21 octobre 2014 : Blaise Compaoré adopte en conseil des ministres le décret d’un  projet de loi portant révision de la Constitution qui sera soumis à l’Assemblée nationale en vue de la convocation du référendum« . La révision doit porter sur l’article 37 de la constitution du 11 avril 2000 limitant à deux le nombre maximum de mandats que peut effectuer le Président du Burkina Faso. C’est la conséquence logique de l’échec des négociations entamées plus tôt.

6 octobre 2014 : les négociations entre pouvoir et opposition au sujet du projet de  référendum constitutionnel sont closes sans accord entre les différentes parties campées sur leurs positions. Le parti au pouvoir se montrant légaliste veut que les urnes jouent l’arbitre. L’opposition craignant d’être flouée au référendum est méfiante. Pour elle pas question de réviser la constitution.

18 janvier 2014 : des partis de l’opposition et des démissionnaires du partis de Blaise Compaoré mobilisent des centaines de milliers de personnes dans les rues de Ouagadougou et d’autres villes du Burkina Faso. Objectif, dire non à une possible révision de la constitution. Jusque-là la révision était un sujet non officiel. La manifestation est on peut le dire le point de départ du regain de confiance de l’opposition.

5 janvier 2014 : Des barrons membres du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti au pouvoir tournent au dos au parti. Ils se constituent en opposition pour contrer la révision de la constitution pour maintenier Compaoré au pouvoir. Visiblement, ils risquent d’attendre indéfiniment leur tour de gerer le pouvoir d’Etat et refuse de toujours porter Blaise Compaoré.

1er septembre 2013 : un ex-soldat de la garde présidentielle tente du tuer Blaise Compaoré. Le rebelle est abattu.

30 août 2013 : Le comité spécial créé par Blaise Compaoré pour étudier les conditions de mise en place d’un Sénat dépose son rapport. Depuis quelques mois, le débat autour de la mise en place d’un Sénat est vif dans le pays. L’opposition rejette la réforme parce qu’elle pourrait servir à faire maintenir Blaise Compaoré au pouvoir au delà de 2015.

14 avril 2011 : Une mutinerie éclate au sein de la garde présidentielle de Blaise Compaoré. La fronde militaire commencée la nuit est poursuivie jusqu’au lendemain. Le Chef de l’Etat pris de panique quitte son palais et fuit dans son village natal de Ziniaré. La situation va se calmer et Blaise Compaoré va dissoudre le gouvernement. Il remplace le Chef d’Etat-major de l’armée. Alors qu’il venait dêtre rélu en novembre 2010 dans la contestation pour un nouveau mandat de 5 ans, le pouvoir de Blaise Compaoré vacille. Mais il réussira à raccommoder… Visiblement, il n’avait fait que repousser l’échéance… Et elle arriva en 2014, accélérée par l’entêtement du Président avide
Vinsang


Burkina Faso : Blaise a lui-même allumé sa braise

Scène de pillage à Ouagadougou 30 octobre 2014 Image: facebook Virgile Ahissou
Scène de violence à Ouagadougou 30 octobre 2014 Image: facebook Virgile Ahissou

Sur la base des images qui tournent sur Internet depuis mardi 28 octobre 2014, Ouagadougou est remontée contre le projet de révision de la Constitution de Blaise Compaoré. Les derniers événements avant la rédaction de ce billet font état de scènes de vandalisme orchestrées par les manifestants déchaînés et décidés à en découdre avec l’autorité de l’Etat. Le Burkina-Faso jusque-là vu, en tout cas par moi, comme un pays stable et ayant un modèle de développement appréciable vient de basculer dans la violence inutile, sombrant ainsi son avenir.

Mais en quelques mois seulement la contestation a germé et a donné les fruits inévitables prévisibles que tout le monde connaît. On a tous vu le déroulement des événements ce jeudi 30 octobre. Le président burkinabè a lui-même suscité l’arme qui demande aujourd’hui sa démission pure et simple. Se croyant fort, il disait sur Radio France Internationale que le principe d’institutions fortes prôné par Barack Obama n’est valable que si ces institutions sont dirigées par des hommes forts. Monsieur Blaise Compaoré en se présentant comme le garant de la stabilité de son pays a fait croire qu’il est indispensable. Erreur. Aucun homme n’est irremplaçable. Après 27 ans de pouvoir, considérer, comme le prétendent certains, qu’il n’y a pas de leader capable de diriger le Burkina Faso est à la limite une insulte à l’intelligence des autres acteurs politiques.

Malgré les avertissements donnés par l’opposition et les mouvements de jeunes, les partisans de la révision ont refusé d’entendre raison. Ils ont foncé tout droit jusqu’à être arrêtés par ce qui se passe aujourd’hui. Le Parlement sens dessus dessous, la télé nationale réduite au silence, les domiciles des membres du clan au pouvoir saccagés… Même le rétropédalage du gouvernement n’aura pas permis de calmer la foule en colère. Elle est décidée maintenant. La simple contestation d’un projet de révision constitutionnelle est en passe de devenir une véritable contestation du pouvoir jusqu’à demander son départ. Une extrémité regrettable, mais qu’aura bien cherchée l’autorité. Quand la foule est poussée à bout, elle devient incontrôlable et insatiable. Elle dévore tout sur son passage. Il vaut mieux ne pas la provoquer. Blaise n’aurait pas dû. Trop tard…
Vinsang AGUE

 


Bénin : quand la grève tue l’hôpital public

"hôpitaux morts"

L’intersyndicale des ressources humaines en santé du Bénin a le plaisir de vous annoncer la « mort » de l’hôpital public. Si cette manière de commencer mon billet est alarmiste, je change volontiers ma façon de raconter les choses. De toutes les manières, ce qui est décrit ci-après n’est pas bien loin de traduire l’amorce de ce billet. 

Un pays sans service de santé public, ou presque. Mon pays le Bénin en fait la dure expérience depuis ce mardi 14 octobre 2014. Une catégorie d’agents de santé appelés praticiens hospitaliers observent un mouvement honteux de grève de trois jours sur sept sans service minimal. Je n’y croyais pas quand l’annonce de cette grève a commencé par apparaître dans la presse. Ils ne vont quand même pas faire ça, me suis-je toujours dit.

Mais au Bénin, tout est possible. Des fonctionnaires arrêtent volontairement et fièrement de travailler pour réclamer de l’argent. Non pas leurs salaires, mais des indemnités de logement. Pas que ces indemnités n’existent pas. Mais qu’elles existent et doivent êtres augmentées. Pas que le gouvernement a refusé de les augmenter. Mais qu’il faille que la décision d’augmentation intervenue en février 2014 soit appliquée de façon rétro-active à compter de 2008. Pas que le gouvernement refuse de négocier à propos. Mais que le gouvernement s’engage sur papier à travers un « protocole d’accord ». Et Pas que et toujours pas que…

Parce que donc cet engagement n’est pas obtenu, on décide de refuser de faire son travail. Pas n’importe quel travail. Le travail sensible de soigner les malades. Et pas n’importe quel refus. Un refus catégorique.  Et si vous voulez, je peux encore continuer. Une grève qui fait fi du contexte d’alerte sanitaire. Ebola fait frémir partout. L’épidémie n’est pas au Bénin. Mais au nord du pays, à Péhunco, les populations sont prises en otage par le choléra (plus de cent cas déjà enregistrés dont un décès officiel).

La grève est un droit garanti par la loi au Bénin. Elle est l’arme suprême que le travailleur emploie quand il est poussé à bout. Mais chez moi la grève est même plus, c’est un devoir. Un devoir de laisser mourir de pauvres personnes en l’espèce. Impunément. Fièrement on a eu le culot d’annoncer qu’on organisait, pardon orchestrait l’opération « Hôpitaux morts ». Les grévistes savent bien les conséquences inévitables de leur acte. Sans cœur, ils optent pour la radicalisation. Cette énième grève a le don d’ôter à la grève son utilité. Aller en grève est désormais chose banale et ordinaire…

Vincent Agué


Bénin : Une déclaration du chef de l’Etat aiguise la plume des journalistes

 Coupures de presse

Alors que les élections des conseillers communaux tardent à avoir lieu depuis 2013, que pointent à l’horizon 2015 celles des députés et un peu plus tard le scrutin présidentiel de 2016, l’environnement politique béninois est sous tension. Si les politiques restent un peu timides, la presse elle se montre au contraire très engagée en faveur de la sauvegarde de la démocratie, une forme de gouvernement dont la tenue régulière des élections  constitue un important critère de vitalité.

La presse, désignée comme quatrième pouvoir renvoie aussi souvent l’image d’un chien de garde qui surveille les agissements des acteurs de la scène publique, notamment les politiques. La presse du moins, certains médias béninois sont aujourd’hui plus que des chiens de garde, mais de véritables politiques.

21 septembre 2014. Le Président du Bénin, lors d’un déplacement à l’intérieur du pays déclare que les consultations électorales en général au Bénin coûtent trop cher.  Boni Yayi a ajouté que la trésorerie de l’Etat en souffrance n’était pas en mesure de supporter le budget présenté par la Commission électorale pour organiser les élections locales et communales. On pouvait s’attendre à une levée de boucliers dans le rang des acteurs politiques face à ce qui est interprété comme un aveu du gouvernement à ne pas vouloir des élections. Elle a eu lieu d’une manière où d’une autre. La presse « enragée » était à l’occasion le chef d’orchestre.

Les réactions dans les médias n’ont pas tardé pour désapprouver les propos du Chef de l’Etat. Le soir de ce mardi 23 septembre au lendemain de la diffusion de la déclaration du Président, sur les chaînes de télévision les mêmes hommes politiques et syndicalistes à quelque nuance près ont poussé leur coup de gueule.  Il est aisé de comprendre dans ces conditions que la presse béninoise est en train de jouer le rôle dévolu aux politiques. En attendant que les acteurs politiques eux-mêmes agissent et montrent leurs muscles, les journalistes politiques eux, prennent le devant des choses à travers leur plume pas du tout tendre ni avec le pouvoir, ni avec l’opposition.

Dimanche 28 septembre, sur les radios et télévisions de Cotonou, les émissions politiques ont toutes porté sur la question des élections. Au moment où la Radio nationale organisait un débat, les radios et télévisions privées ouvraient également leurs antennes aux politiques pour opiner sur le sujet devenu le choux gras de la presse béninoise. Non sans raison. Une télévision a même osé intitulé son programme de circonstance « la République en danger » pour traduire la gravité que constituent la non tenue des élections locales et communales et l’incertitude qui entoure celles à venir. Sur une autre télévision qui recevait un conseiller du Chef de l’Etat, les journalistes se sont ouvertement comportés comme des contradicteurs de l’invité, tel dans un débat. Bref, l’activisme de la presse béninoise depuis la déclaration à polémique du Chef de l’Etat a évolué comme flèche. Peut-être atteindra-t-elle, cette flèche, sa cible : l’organisation des élections tant attendues.

Vincent Agué

 


Mondoblogueurs et mondoblogueuses bonjour !

Vincent Agué

Merci de me frayer une place dans cette grande famille que vous formez et que j’ai l’honneur d’intégrer. C’est avec une grande joie que j’ai lu le mail me notifiant ma sélection à l’issue du processus de recrutement de la 4ème promotion de Mondoblog. Journaliste de radio, je dois reconnaître que je m’intéressais très peu au blogging.  Mais là depuis peu j’ai pris goût à la chose. Je rejoins donc la grande famille pour prendre part à l’aventure. J’espère que vous m’adopterez bien vite. Je n’en doute point.

Si vous êtes un peu intrigués par ce nouveau venu qui parle déjà, je m’excuse. Les « petits » n’ont pas droit à la parole. Je dois avouer que j’ai hésité longtemps avant d’écrire ces quelques lignes. Et comme il fallait que je m’annonce je me suis jeté, j’ai osé je vais dire. Qui est donc ce nouveau blogueur (pardon si je n’en suis pas un encore) qui a pris la parole sans qu’on la lui donne ? Je suis Vincent Agué, journaliste béninois dont les yeux seront témoins des faits à raconter ici.

 


Moi en quelques lignes

Vincent Agué

Bonjour et bienvenue sur mon blog ! Je suis Vincent Agué, j’ai 23 ans. Africain, né au Bénin. Je suis journaliste de formation. Ma passion pour la radio m’a amené à étudier le journalisme après mon baccalauréat littéraire. J’ai eu ma licence en journalisme à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature du Bénin en 2012. Je suis sorti major de ma promotion. Comme vous vous en doutez, j’ai fait la spécialité Radio pendant ma formation. J’ai l’habitude de justifier ce choix par deux rasions : d’abord ma passion personnelle pour ce média qui a accompagné mon adolescence dans le milieu familial. Ensuite le fait que ma mère, ne sait ni lire ni écrire. Et le moyen pour moi de lui prouver que son fils est journaliste est qu’elle m’entende parler à la radio. N’est-ce pas banal ? Ça, c’est déjà fait à la faveur de mes stages dans des radios béninoises… Mais un journaliste de radio est avant tout journaliste en mesure de servir de tous les autres médias. Ceux qui ont fait une école de journalisme savent que les étudiants subissent en tronc commun (radio, télévision et presse écrite) la formation les deux premières années avant d’opter pour une spécialité en troisième année.  La recherche de plusieurs cordes à mon arc m’a déjà conduit dans des télévisions et des journaux où j’ai acquis de solides expériences. L’autre corde qui est désormais à mon arc est celle de web journaliste, consécration de mon intérêt depuis peu pour l’internet. Depuis juillet 2014, je suis engagé à l’Office de Radiodiffusion et Télévision du Bénin, le groupe de l’audiovisuel public de mon pays pour servir à la rédaction web.

Le journaliste que je suis s’intéresse à tout (j’ai un esprit ouvert) et particulièrement aux questions environnementales. Aujourd’hui en effet le monde est préoccupé par la question de la sauvegarde de l’environnement afin de garantir aux générations futures, une planète où il fasse bon vivre. Je pense que je dois prendre part à cette lutte. Ensuite les questions politiques et les relations internationales sont un autre centre d’intérêt. Ma formation de juriste en est certainement pour beaucoup. Je suis titulaire d’une Maîtrise en Sciences politiques et Relations internationales et d’un Master 2 recherche en Droit public fondamental.

J’estime que je ne pas encore un blogueur attitré, mais espère que dans quelque temps, je pourrai fièrement l’ajouter à mon parcours qui ne je sais où il me conduira encore tant j’aime les aventures. Comme celle de Mondoblog dans laquelle je suis embarqué…