Steaves

Comment dire ça avec de mots un peu plus simple ? Comment dire à 2017 de nous fouttre la paix ? A peine arriver, en moins d’une semaine
Ta soeur aînée (2016) a-t-elle oublié de te dire qu’on elle ne t’as rien soufflé? N’as-t-elle pas dit qu’on déteste la pluie à Luanda ?


Luanda (Angola) meurt à petit feu

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En apparence, dans les rues de Luanda, pas grand chose a changé. Toujours les mêmes embouteillages aux heures de pointes, la marginale (les Champs-Elysées à l’angolaise) n’a pas perdu sa beauté d’antan et la mairie a apparemment trouvé les moyens qui lui faisait défaut pour dégager les montagnes des déchets solides qui pourrissaient la ville. Pourtant, depuis l’effondrement des cours de pétrole en été 2014, Luanda meurt à petit feu. Les prix des carburants à la pompe ont triplé, les salaires ne sont plus ponctuels, la monnaie nationale (Kwanza) a été dévaluée à plus de 60%, difficile d’avoir des devises étrangères à la banque, si ce n’est dans la rue où le taux de change est 4 fois plus supérieur au taux officiel.

Face à ces problèmes, il y a lieu de se demander, comment les Angolais parviennent à s’en sortir ? Comment ce peuple n’entre-t-il pas dans une colère dévastatrice ? Comment Luanda ne plonge-t-il pas dans le chaos alors que les structures étatiques semblent encore bien fragiles pour pouvoir l’en empêcher ? Sans structures formelles et efficaces, cette ville devrait au minimum se désintégrer.

La flambée des prix des denrées alimentaires observées ces derniers jours devait être la goutte, la dernière, celle qui ferait déborder le vase. Mais curieusement non ! Ou pas encore. Luanda continue à vivre, à porter son fardeau et sa croix… Sa souffrance est un peu plus intense aujourd’hui qu’hier, mais l’équilibre tient toujours. Et pourtant, cette stabilité est peut-être moins fragile qu’il n’y paraît.

Il existe un adage qui dit: « l’indignation est pour les causes nobles ». Malheureusement, dans ces pays, les causes ne semblent jamais assez nobles pour révolter un peuple. Il faut tout accepter parce que toute autre attitude contraire serait vaine. Nombreux sont ceux qui ont perdu espoir et la souffrance est supportée aujourd’hui avec une certaine fatalité.

Et c’est probablement cette apathie face à l’adversité, cette tolérance face à la souffrance qui permet à Luanda de survivre sans sombrer dans le chaos. La débrouille individuelle plutôt que la révolte collective. Voilà le secret de la stabilité de Luanda.

Mais cette débrouille généralisée a un prix. A tous les niveaux de la société, l’opportunisme est devenu un atout. Chacun tente de profiter au maximum de son influence, de ses privilèges. Autrement dit, désespéré de recevoir quelque chose d’en haut, tout le monde se paie vers le bas. Alors on marche sur ceux qu’on peut écraser. Plutôt que de revendiquer sans espoir, on use de son pouvoir, aussi petit soit-il, pour encaisser les chocs et s’adapter à l’adversité.

C’est ainsi que la hausse des prix est digérée par la société. Chacun exigeant un peu plus de ceux-la sur qui il exerce une forme d’autorité ou une autre forme d’influence. Le policier demandera un peu plus à l’automobiliste, l’enseignant à l’élèves… et ainsi de suite.

Reste qu’une frange importante de la population se trouve forcément en bas de cette pyramide sociale. Ceux là n’ont personne sur qui se payer pour compenser la hausse des prix. Mais ceux là sont à ce point marginalisés, à ce point fragilisés qu’ils n’ont aucun moyen de contester le système. Ils encaissent les chocs, impuissants, développant un peu plus leur tolérance à la souffrance… jusqu’au jour du point de non retour. Le jour où, la goutte d’eau plonge toute une ville dans le chaos et redistribue les cartes du jeu… l’espace d’un instant.


Ne me parle pas d’amour (deuxième partie)

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J’aime bien parler d’amour, mais il arrive des jours où je tente sans pour autant y arriver. L’inspiration vient seulement quand j’y pense et s’en va quand je m’approche de mon ordinateur. Et la vie s’en charge de me donner d’autres sujets, d’autres exemples et d’autres motivations pour pouvoir parler de cette maladie qui court dans le coeur des enfants de sept à soixante et dix sept ans… L’amour.

Pour être franc, pour moi, l’amour n’existe pas. L’amour est une utopie, une histoire à faire dormir les gens, tout en les rendant incertains et dependants. Il encourage des novices à se lancer sur un chemin perieux et aux innocents de risquer pour leur vie.

L’amour en réalité ne devrait pas être considérer comme un bon sentiment quelque chose de merveilleux et d’allégresse. Il devrait plutot être craint et pas attirer des milliers d’innocents. Dire «je t’aime» devrait être un sacrilège, un blasphème avec risque d’emprisonnement. Parce que l’amour n’est pas pour les faible disait Robert Shiniashiki.

Il se fait que l’amour est une grande folie, qui manque de définition concrète. Et comme j’ai l’habitude de le répéter à mes proches, l’amour est un feu ardent invisible, une plaie qui fait mal sans s’en rendre compte, une douleur qui vous devaste sans faire mal, une joie de mécontentement, un non vouloir plutôt qu’un bien vouloir. C’est une marche solitaire entre deux individus et une sécurité qui se gagne en se perdant. C’est devenir prisonnier par sa propre volonté, servir son oppresseur et donner loyauté à son bourreau.

Aujourd’hui, je partage le même avis que Luis Camões qui dans une de ses œuvres disait : «l’amour n’existe pas à part des utopies». Kkkkkkkk… ce type devrait être un illuminé pour dire chose pareil. Comment expliquer une joie de mécontentement, une plaie qui fait mal, sans qu’on s’en rend compte? L’amour, c’est vrai  n’a aucune raison d’être.

Si Dieu est amour, alors je comprend facilement que Dieu est un mystère, une espérance, une volonté qui veut nous rendre éternel. Ainsi va l’amour. Un mystère, une espérance, une volonté qui veut éterniser nos sentiments. L’amour est imperceptible, intangible et insurmontable. Difficile d’imiter et de dominer. L’amour ne devrait pas existait, et même s’il existerait, il serait inutile car sans explication, il deviendrait abstrait.

Dans le premier livre de Corinthiens chapitre 13 l’apôtre Paul parle ainsi donc de l’amour: «Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas l’amour, je suis un airain qui resonne, ou une cymbales qui retentit.

Et quand j’aurais le don de prophetie, la science de tout les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien.

Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brulé, si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert à rien.

L’amour est patient, plein de bonté, il n’est point envieux, il ne se vante point, il ne s’enfle point d’orgueil.

Il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche point son intérêt, il ne s’irrite point, il ne soupconne point le mal

L’amour excuse tout, il crois tout, il espère tout, il supporte tout ».
Alors, on comprends bien maintenant pourquoi l’amour n’a pas été fait ni pour moi, ni pour qui que ce soit. Personne n’aime réellement, parce que l’amour n’a pas été fait pour nous. Dire «je t’aime» à quelqu’un devrait être dans une moindre mesure de l’hérésie, de la profanation, de l’insulte, de l’injure, du mensonge et la preuve que la personne qui le dit est aussi frivole que menteuse.

Une amie m’a demandé : «et ce quoi qui attire deux amants, si ce n’est pas l’amour». Les amants sont attirés par une grande passion, un désir ardent et imminent, rien n’a rien à voir avec l’amour, rien de pureté, juste des intérêts pour une partie, alors que l’autre est entrain d’être asservit. Des hommes menteurs et des femmes idiotes, ils se font otages l’un de l’autre. J’en ai déjà vu une femme se plaindre parce que son amant tardait à se prononcer. «un je t’aime, c’est si difficile a dire?» Disait-elle. Mais comment dire autant l’absurdité? Je t’apprecie, je t’adore, je ne peux pas vivre sans toi ( encore un mensonge, parce que du haut de mes 36 ans, je n’ai jamais vu un homme ou une femme accompagné sont amant dans la tombe) ne suffit il pas? Pour exagérer et mentir que «je t’aime»?

Il y a-t-il quelqu’un parmi nous qui ne s’irrite point? Quelqu’un qui ne soupçonne point? Quelqu’un qui croit tout? En toute conscience, l’amour n’a pas été fait pour nous. Je sais, c’est triste de savoir que l’amour existe et qu’il est imperceptible, loin de nôtre portée. Bien sur, peut être dans l’au delà, qui sait? Mais ce qui est sur, c’est que dans cette vie nous ne serons jamais prêt à utiliser plus de 70% de nôtre capacité mentale.

Je peux courrir, si bien que je peux sauter, mais je suis toujours limité. Le summum de mon plaisir absolu est dans mon orgasme sexuel, ma soif s’étanche avec de l’eau, je ne parviens pas être éveillé pendant plus de 24 heures, et quand cela arrive, mon corps perd 70% de ses fonctionnalités et coordination moteur. Voilà pourquoi je crois, que chaque fois que je declarerais l’amour absolu a quelqu’un je serais entrain de mentir à moi même et à autrui.

Car l’amour ce n’est pas du combustible. Moins encore un aliment. Disons que j’ignore ce que c’est. Je n’arrive même pas à comprendre comment Christ est mort par amour à l’humanité. S’il m’est impossible de comprendre cet amour, comment pourrais je déclarer l’amour à quelqu’un? Ni à une copine, une amante ou une épouse. Ni a un fils ou une fille ou ma propre mère.

L’amour que j’aperçois tous les jours est plein de limite, il arrive un moment qu’on s’irrite, qu’on ne supporte plus rien et personne ne meurt pour personne!

Faire l’amour. Voila une autre injure. L’amour est déjà fait et en réalité tu ne serais qu’entrain de niquer, de faire le sexe pour le sexe à la recherche d’un plaisir qui ne dure même pas une minute.

Les limitations humaines ne permettent donc pas de savourer le plein amour. C’est impossible et tout le monde le sait. Il n’y a rien que l’homme puisse faire pour sentir l’amour pour l’amour.

Aujourd’hui j’ai tout compris. Je respecte l’amour, pas parce qu’il est bon et merveilleux, d’ailleurs je l’ignore complètement, mais je le respecte parce que je l’ignore et tous ce que j’ignore, je respecte. Je respecte l’électricité et je ne m’amuse pas avec les fils électriques. Oui, parce qu’il suffit d’une petite erreur pour finir roti et calciné. J’ignore la profondeur des oceans et les créatures qui y habitent, voilà pourquoi je n’oserais m’aventurer faire un saut là bas, si un jour j’y passais avec un chalutier. Personne ne connaît le soleil, ni les etoiles. Pourquoi l’homme va-t-il souvent sur la lune, mais ne fait jamais un saut dans les etoiles?

Je respecte l’amour comme je respecte la mort. Eux là bas et moi ici. Un jour, je sais que la mort viendra me chercher et qui sait peut-être l’amour me sauvera?


Luanda : la bataille de la Toussaint

Il y a 14 ans, les armes se sont tues, le calme est revenu et la vie a repris son cour. Aujourd’hui, Il n’y a plus des raisons de s’inquiéter d’une reprise d’hostilité et je peux vous assurez : « storm is over ». Mais tout n’est pas pour autant rose. Je ne sais si 27 ans de guerre civile, nous ont marqué au fer rouge. Une chose est sûre, je ne suis plus tout à fait le même garçon que celui qui a assisté à la bataille de la Toussaint 1992 à Luanda. Bien sûr, les larmes ne viennent plus comme avant et les mots ont du mal à s’enchaîner pour mieux décrire cette horrible descente aux enfers du 1er au 2 novembre 1992.

Premièrement, il y a d’abord une extrême anxiété face à la situation. Les militaires armés jusqu’aux dents, les balles qui fusent de partout, le coup de mortier par ci par là, les pilleurs ou les fuyards paniqués… On ne comprend plus ce qu’il se passe et ce qu’il faut craindre. Jamais je n’avais connu cette peur au ventre qui use et affaiblit.
Deuxièmement, il y a ce sentiment d’être tout seul et désemparé. On a beau être toute une famille, toute une communauté, mais en réalité personne ne pouvait rien faire pour l’autre et au cas où… ce sera chacun pour soi et Dieu pour tous.
Troisièmement, il y a ce sursaut de colère à l’égard de ces irresponsables politiques et militaires qui s’amusent avec la vie humaine rien que pour satisfaire leurs caprices. Mais aussi à l’égard de la communauté internationale qui comme dans tout les conflits ne peut strictement rien pour le petit peuple.

Quand ça crépite de gauche à droite, c’est « cache-toi ou crève ». Le plus évident c’est l’affliction face à tant de violence et de cruauté excessive, mais aussi l’ignorance et l’incompréhension de la situation. La puissance des tirs est en fait le seul indicateur de la tournure des évènements. Combien de temps cela va durer ? Qui est en train de prendre le dessus ? Est-ce des barbares qui appuient sur la gâchette ? Est-ce l’UNITA ou le MPLA qui gagne le terrain ? Dans notre trou, nous étions aveugles et  sourds. Les quelques informations qui nous parvenaient étaient la plupart du temps en décalage avec la réalité du “front”.

Enfin, il y a la vulnérabilité. La vulnérabilité d’un adolescent face à ses cauchemars. La prise de conscience brutale que tout pourrait s’arrêter là. Que la vie est éphémère. Nous sommes éphémères, et cela devient une obsession…  Lorsque tout se termine, lorsque le silence se fait plus long, c’est l’euphorie qui nous envahit. Le soulagement d’en être sorti. Mais au moment de réaliser ce qui s’est passé, quand on compte les blessés et les autres, c’est un frisson qui nous parcourt le corps.

Heureusement, notre baptême du feu a été de courte durée. Malgré le nombre de victimes (1 200 morts selon l’ONU), je ne me permettrai certainement pas de penser que nous avons connu « la guerre à Luanda ». Ce serait manquer de respect à l’égard des vraies victimes du conflit fratricide qui a ravagé l’Angola pendant près de trois décennies. Comparés aux victimes des conflits interminables, nous n’avons eu droit qu’à un échantillon de bêtise humaine.

Nous avons vécu deux jours de combats dont l’issue était certaine et dont nous n’étions ni la cible, ni l’enjeu. C’est bien peu de choses au regard de ce qu’ont enduré les provinces du Sud et de l’Est de l’Angola, ce que vit au quotidien le peuple syrien, sud-soudanais et congolais de l’Est (RDC). Aujourd’hui, j’ai le sentiment de comprendre un peu mieux qu’hier cette planète qui souffre. Ces 48 heures de descente aux enfers ont levé un coin de mon voile d’indifférence. Parce que paradoxalement, la guerre, ça rapproche aussi. De la même manière que je ne voyais plus de la même façon nos voisins, je me sens un peu plus proche des réfugiés syriens, somaliens, érythréens et de tous ceux qui, un jour, ont eu peur d’un fusil.


Luanda, la ville puante

L’image que les visiteurs de passage dans le cadre d’un road trip ou parents d’expatriés en vacances aperçoivent de Luanda est souvent celle de la nova marginale. Une baie ensoleillée, des avenues ponctuées de palmiers et des immeubles flambants neufs. Si le centre-ville est plus présentable et salubre, ailleurs, en longeant vers le sud, le nord, le centre et l’est de la ville, dans des quartiers défavorisés appelé musseques (bidonvilles), Luanda ressemble à une décharge publique, où les collines de déchets rivalisent avec les gîtes des moustiques et les des nappes d’eaux stagnantes.

En effet, dans toutes les municipalités, on ne peut que constater, malheureusement, des tas d’ordures qui jonchent ça et là les coins et recoins de la capitale. Ces montagnes d’ordures qui n’inquiètent plus personne sont entrain de s’imposer dans le décor de notre espace public et si l’on y prend pas garde, elles finiront par couper certaines artères aux usagers de la route.

 

De Viana à Cacuaco en passant par Cazenga, aucune municipalité n’est épargné par l’épineux problème des ordures. Artères, espaces publics, marchés, rigoles, caniveaux, etc. Bref tout les lieux publics sont envahis par des montagnes d’immondices qui dégagent des odeurs insupportables. Curieusement, tout autour de ces endroits insalubres, s’improvisent d’intenses activités commerciales. Des femmes y étalent leurs marchandises et autres produits à même le sol à la merci de mouches et autres insectes.

A la tombée de la nuit, c’est un autre scénario. Les rues prennent une odeur de plastique brûlé et de moteurs mal réglés. Une multitude de petits feux éclairent les trottoirs défoncés et tentent d’éliminer les détritus produits pendant la journée. Au même moment, les véhicules bondés engorgent les principaux axes de la ville. S’il n’y a pas de vent, c’est un brouillard nauséabond qui envahit le quartier.

Quand les pluies diluviennes s’invitent dans un tel foisonnement d’insalubrité, la ville devient difficile à comprendre. Les détritus se décomposent rapidement (ce qui est synonyme de propagation de maladies), des quartiers se transforment en mer de boue, les routes en pistes cahoteuses et les voix d’accès pour certains quartiers deviennent du coup impraticables. Automobilistes et piétons, chacun tente de tirer son épingle du jeu. Les uns en pataugeant sur les immondices, d’autres en empruntant un chemin de traverse.

L’action du gouvernement provincial, à travers l’entreprise de nettoyage et d’assainissement de Luanda (Elisal) se révèle inefficace depuis belle lurette. Chaque année, de nouveaux schèmes de régulation et d’organisation de collecte de déchets solides se font et se défont, mais rien ne change. Tout est en perpétuel constance, contraste et contradiction. Fonction et dysfonctionnement, ordre et désordre se conjuguent au point de se confondre. 

Dans ce chaos ambiant, si on se donnait la peine de décrire Luanda, voici ce que je dirais : Luanda est une ville d’environ 7 millions d’habitants, qui ne compte pas une seule décharge officielle, pas le moindre incinérateur, pas l’ombre d’une poubelle publique à certains endroits. Éboueur reste ici un métier à inventer. Les plastiques (bouteilles, sachets, etc) bouchent les collecteurs et les métaux lourds se retrouvent dans tout ce que nous consommons… L’insalubrité est généralisée et la ville pourrait être la plus puante du continent africain.



Luanda des riches… Et Luanda des autres

 

La métropole angolaise est connue comme la ville la plus chère du monde. L’immobilier bat tous les records. Des loyers dépassent ceux de Londres ou de New York. Capitale politique, administrative et économique de l’Angola, Luanda règne en maître sur un pays encore très rural. Dans des bidonvilles et à la campagne, plus de la moitié de la population vit avec moins de 2 dollars par jour. Il y a 13 ans, les armes se sont tues, mais la guerre n’est toujours pas finie. La raison est que Luanda est l’épicentre de toutes les inégalités. 

La capitale angolaise est en effet la ville de tous les contrastes et toutes les contradictions. La ville où cohabitent deux extrêmes. Là où le luxe le plus indécent côtoie souvent la misère la plus dure et dont le rideau de fer d’hier a laissé place à un drôle de miroir. Ce miroir permet aujourd’hui à une certaine classe de prédateurs de consommer en toute sérénité. On dirait que 27 ans de guerre civile et 13 ans de déglingue ont fait perdre au pays ses repères, ses valeurs…

Car à Luanda c’est chacun à sa place et une place pour chacun. D’un côté, Il y a une véritable classe de prédateurs proche du régime, au mode de vie occidentalisé, vivant dans des quartiers paisibles de Miramar, Vila Alice ou Talatona et dont les avoirs se comptent souvent en centaines de millions, voire de milliards de dollars. De l’autre côté, il y a une population qui s’entasse dans des bidonvilles appelés Mussequé. Des quartiers aux rues très étroites, sans asphalte, sans nom, sans panneau de signalisation, sans eau, sans électricité et qui à la moindre pluie se transforment en mer de boue.

C’est également la ville où se croisent au quotidien la Zungueira, mère de famille, vendeuse de cacahuètes officiant à même le sol, sous un soleil infernal et l’expatrié homme d’affaires brésilien, européen ou américain, retranché dans son 4×4 climatisé.

Luanda est donc une ville divisée en deux. Celle qui vous rappelle qu’il existe deux Luanda. Luanda des riches… et celui des autres… C’est comme un miroir qui vous place face à vous même, face à vos valeurs. On a la conscience qui tire lorsqu’on refuse l’aumône à un pauvre dans la rue. Mais face à un miroir qui ne vous renvoie que votre propre image, on a beaucoup moins de scrupules à accumuler. Peu importe si de l’autre côté du miroir, plus de la moitié des habitants vivent avec moins de deux dollars par jour. Peu importe s’ils assistent au spectacle avec avidité.


La Hongrie couvre l’Europe de honte

Voyons donc. Même si ces derniers temps je suis bien occupé à autres choses, je ne pouvais pas rester indifférent face aux images macabres qui au fil des jours passe sans cesse sur nos petits écrans. De la photo du jeune Aylan Kurdi gisant au bord d’une plage à la vidéo de policiers hongrois jetant du pain  aux migrants affamés comme des chiens, l’Europe n’aurait-elle pas franchi une ligne rouge ?

J’ai vu des scènes très impressionnantes depuis l’afflux de migrants aux portes de l’Europe. Des milliers de personnes qui entrent chaque jour clandestinement en Europe à partir de la frontière sud, des groupes des réfugiés marchent le long des autoroutes et d’autres sur la voie ferrée, perturbant parfois le transports, des confrontations brutales et violantes entre réfugiés et la police des émeutes hongroises, des campements de fortunes et des longs parcours à pied des migrants. Des scènes de désespoir pour ceux qui n’atteindront pas l’Allemagne et celles d’espérance pour ceux arrivés à Munich.

J’ai aussi constaté la conclusion de la clôture barbelée entre la Hongrie et la Serbie, le retour des frontières sur l’espace Schengen, la peur de certains pays face à l’afflux de migrants, la division de l’Europe quant à la question d’accueil de réfugiés, l’hypocrisie de certains leaders européens, la diabolisation de Viktor Orban, le Premier ministre hongrois et la béatification de la chancelière allemande Angela Merkel. 

Dans un reportage sur une radio portugaise, j’ai entendu un membre de l’opposition hongroise affirmer que la Hongrie n’était plus un pays démocratique pour n’avoir pas respecter les droits de l’homme. À Budapest, sur la station de Keleti, une volontaire portugaise affirmait que certains réfugiés préféreraient retourner en Syrie que vivre le calvaire hongrois. Dans le camps de Röszke, une bénévole a filmé une kurde qui affirmait que même les animaux étaient mieux traités qu’eux. Röszke: c’est comme Guantánamo. 

Les images sont désagréables et la Hongrie est entrain de couvrir l’Europe tout entière de honte. J’espère que ce climat d’hostilité que crée la Hongrie aujourd’hui face aux réfugies aura certainement des conséquences vis-à-vis de ses pairs européens.


Ne me parle plus d’amour (première partie)

Cette réflexion est passée dans ma tête récemment, après une dispute verbale très violente avec ma dernière partenaire. Elle peut paraître anodine, pourtant cette phrase résume à merveille le ressentiment que j’éprouve aujourd’hui, écartelé entre émerveillement et indignation sur l’amour, après de longues années de découvertes,

J’ai rêvé l’amour presque toute mon enfance. Pendant mon adolescence, je me suis refusé d’aimer qui que ce soit. Oui, enfin non, enfin presque, parce que je croyais que l’amour était un sentiment merveilleux avec lequel on ne pouvait pas s’amuser. Dans ma jeunesse j’ai beaucoup aimé les amours platoniques, sans pour autant me perdre sur des futilités. J’ai tant aimé l’amour, qu’à 18 ans j’ai vu sa face dans un rêve. 10 ans plus tard, je l’ai rencontré, je l’ai fait la cour, suis allé à sa rencontre à plus de 1 500 km de distance et elle m’a trahi seulement quelques mois plus tard. Mdrrrrrr comme c’est drôle d’entendre les gens dire :  » C‘est merveilleux, l’amour « .

Dans ma jeunesse, j’ai tant aimé l’amour que j’ai fini par en être obsédé. J’étais un novice qui pouvait offrir son cœur sans rien attendre en retour. L’amour ne me supportait pas et c’est seulement maintenant que je m’en suis rendu compte. Fureteur, bâtard et scélérat, l’amour est très orgueilleux et ça, je ne peux l’admettre. Je me contente désormais de passions instantanées.

J’ai aimé toutes les femmes avec lesquelles je suis sorti (elles n’étaient pas nombreuses) et la vérité c’est que beaucoup d’entre-elles, m’ont blessé, très peu seulement ont réussi à adoucir un tout petit peu mes sentiments. Après autant de sacrifices pour l’amour, je me dis, tomber amoureux de quelqu’un, c’est la plus pire des idioties qu’un homme peut commettre.

Au fait, je me suis toujours inspiré du film entretien avec un vampire où Lestât de Lioncourt (Tom Cruise) disait, qu’à l’époque où la peste dévastait l’Europe, les humains étaient obligés de changer le sang humain avec celui des crapauds. C’est ainsi que je me considère souvent ou disons, c’est ainsi que je vois plusieurs personnes agir. Pas que le crapaud soit pris dans un sens péjoratif, mais qu’il soit considéré comme un animal disponible seulement pour certaines occasions et après on s’en débarrasse.

Je n’ai jamais été timide, moins encore je n’ai jamais voulu jouer avec les sentiments de qui que ce soit. Ici j’exprime un sentiment vrai et honnête qui va justement dans le sens opposé de certaines préconceptions. Car, je suis arrivé à la conclusion que l’homme n’a jamais été préparé pour être honnête. Nous nous couvrons souvent de voiles et masques, parce que personne ne veut voir la vérité en face. Personne ne veut admettre la réalité et nous finissons par vêtir de beauté, les choses laides et nocives.

Comme l’a si bien dit Julio Iglesias dans sa « chanson ne me parle plus d’amour », je voudrais épouser l’indifférence moi aussi pour quelques jours.

A ceux qui liront le texte jusqu’ici, certainement plusieurs me traiteront d’insensible, voire d’immature. Il n’y a aucun problème, mais ce billet est une œuvre d’art baroque et agressive. Oui, c’est en fait comme les peintures surréalistes de René Magritte ou celle de André Masson, ou encore les majestueuses sculptures de Joan Miró. C’est un cri d’alarme, un appel au secours… comme le font les marins en détresse sur la mer haute.


Des clubs européens et leurs supporters à Luanda

La Liga est de retour et l’enthousiasme des adeptes du Réal de Madrid et Barcelone est déjà à son comble. Je comprends bien que les espagnoles vibrent devant leur clubs de Réal ou de Barcelone, que les portugais tombent dans une crise d’apoplexie après avoir perdu par 6 but devant Bayern. Mais ce que je trouve surprenant ce que des angolais s’approprient des clubs étrangers au détriment des clubs locaux.

Le plus étrange dans toute cette histoire, c’est de voir les rues de Luanda ( qui sait, peut être du pays entier) remplies comme la saison dernière de supporters de Barcelone, Réal de Madrid, Sporting, Benfica ou Porto. Premièrement j’avais cru que c’étaient des espagnoles et portugais qui nous avaient envahi. Mais non. La folie du football européen a envahi nos restaurants, nos bars, nos rues, nos salons et n’importe quel coin où on peut y avoir un poste téléviseur. Chaque dribble suscite des cris et des acclamations, chaque but est célébré par des applaudissements et des embrassades, chaque victoire est une occasion de chanter et boire et chaque défaite est ressenti comme si le monde allé s’effondrer.

Curieusement, aucun joueur angolais ne joue dans ces clubs et le nombre des joueurs africains y prestant ne tient pas à une demi-main. Dans l’histoire, le football a été considéré comme une affirmation politique et culturel d’un peuple ou d’une communauté. L’adversité entre le Réal de Madrid et le Fc Barcelone est né de rivalités entre les monarchistes et les républicains. Tout comme la rivalité des clubs Argentins, qui ont (ou avaient) des connotations politiques entre les partisans de la dictature et ceux de la démocratie.

Plus pire encore, c’est s’exhiber dans les rues comme blaugrana ou meringue sans pour autant avoir été dans l’une de ces deux villes. Les dirigeants de ces clubs, savent-ils qu’ils ont des adeptes en Afrique? Et même si ils le savaient, quelle importance donneront-ils à ça? Ce qui est plus sur, ce qu’ils ignorent d’ailleurs où se trouve l’Angola sur une carte d’Afrique.


Quand un cadavre congolais passe pour un angolais

En Angola, il est de notoriété publique que les soins laissent à désirer. La médecine angolaise est la dernière dans la sous-région australe. C’est pour cette raison que bon nombre de compatriotes (ceux qui peuvent et en ont les moyens ) vont se faire soigner la plupart de temps à l’extérieur et principalement en RDC. Malheureusement, tous ceux qui y vont ne reviennent pas en bonne santé et certains reviennent dans des cercueils. (suite…)


Les murs de la honte

Enfin une nouvelle page de l’histoire va être scellé aujourd’hui entre Washington et Havane. Après la normalisations des relations politiques, place à la réouvertures des ambassades dans les deux pays. La hache de la guerre entre les deux frères ennemis va enfin être enterré. Le dernier cycle de la guerre froide va être fermé. Une seul chose reste à savoir: le câlin américain ne sera-t-il pas plus fatale pour l’avenir de l’île? Ça, je ne peux pas répondre avec affirmatif. Le plus important pour le moment c’est ce réchauffement de relations qui ferme la porte à une guerre vieille d’un demi-siècle.

Car il était enfin venu le temps d’oublier la guerre froide de l’époque soviétique. L’époque où le monde était divisé en deux et ne tenait qu’à un fil, près à une guerre nucléaire. C’était au temps de l’URSS versus USA. Les communistes contre les capitalistes. Comme partout ailleurs, en Angola, les plaies de cette guerre n’ont pas encore complètement cicatrisées. Entre le 12 et 20 janvier 1988, les armées sud-africaines (SADF) soutenues par la CIA et cubaines soutenues par l’URSS se livrèrent à une bataille sans précédent à Cuito Cuanavales au sud du pays qui se solda avec un bilan de 8000 morts en seulement une semaine.

Si on peut s’en féliciter aujourd’hui d’avoir en fini avec la guerre froide et le conflit occident-orient, il est cependant malheureux de constater que les mentalités n’ont pas toujours évoluées dans les têtes de certains de nos dirigeants. Comme on peut le voir, avant, la lutte était pour la suprématie géographique, aujourd’hui le combat est de séparer le peuple, les croyances religieuses, mais surtout diviser les riches et les pauvres.

À titre d’exemple, en Afrique, la Tunisie vient d’annoncer la construction d’un mur de sable à sa frontière avec la Libye pour contrer des éventuelles entrées des djihadistes dans son territoire, mais aussi pour empêcher le passage des clandestins. Les États-Unis ont déjà fait de même avec du fil barbelé électrifié dont l’intention est de mettre un terme à l’immigration des Mexicains et autres Latino-Américain. Récemment, la Hongrie a commencé la construction d’une clôture le long de sa frontière avec la Serbie afin d’endiguer le flux des réfugiés tentant de rejoindre l’Europe occidentale. Israël n’est pas resté en marge, en Cisjordanie ils ont construit une barrière longue de 400 à 500 km afin de prévenir des infiltrations des Kamikazes et autres terroristes.

C’est bien dommage qu’on ferme une page triste pour en ouvrir une autre bien malheureuse. L’histoire se répète et l’humanité n’arrive toujours pas à apprendre. Les cubains sont donc prévenu. A chaque fois qu’ils tenteront d’entrer aux États-unis, ils trouveront un mur pour les en empêcher.


En Angola, il est interdit de réfléchir

« Quand la liberté d’expression n’existe plus, c’est la liberté de pensée que l’on jette en prison. » Il y a longtemps, j’avais lu cette citation de Pascal Mourot. Aujourd’hui, j’en ai enfin compris toute sa quintessence.

Entre le 20 et 21 juin, 15 jeunes militants ont été arrêté à Luanda. Tous connus pour leur appartenance à un groupe associatif dénommé Movimento Revolucionario de Jovens (Mouvement des jeunes révolutionnaires en français). Bien avant et sans beaucoup d’impact médiatique, le 14 mars un défenseur des droits humains de la société civile cabindaise, Jose Marco Mavungo avait été arrêté et accusé de rébellion, pour avoir appelé à manifester pacifiquement contre la corruption. Deux mois plus tard, soit le 27 mai, Mario Faustino un autre activiste des droits de l’homme avait été arrêté également pour tentative à manifester contre le gouvernement.

Durant environ 5 ans, les services des sécurités et voire quelques tribunaux ont été mobilisés pour faire taire plusieurs groupes des jeunes qui ont osé exiger publiquement la démission de José Eduardo dos Santos. Ces militants de la société civile angolaise affrontent chaque jour la répression, la persécution, des menaces, des enlèvements et voire des procès bidons comme celui du célèbre journaliste Rafael Marques auteur du livre « les diamants du sang » (en portugais) ou encore celui qui attend les 15 jeunes militants mentionnés ci-haut, accusés de vouloir renverser le régime de papy en organisant un séminaire sous le thème : « la philosophie des révolutions non violente »

Ces derniers mois, le pays connaît un fort régime de répression contre la société civile. La preuve, c’est cette nouvelle loi tyrannique contre les ONG qui à partir de septembre prochain permettra à l’exécutif de contrôler toutes les organisations de la corporation civile. Jusqu’où faut-il remonter dans l’histoire de ce pays pour retrouver un tel moment. On dirait qu’on recule dans le temps, que le pays régresse vers les années 70 lorsque les autorités coloniales portugaises en perte de vitesse face aux mouvements indépendantistes essayaient désespérément de vendre l’idée que l’indépendance ce n’était pas bon pour le pays. Leur argument, l’indépendance allait détruire toutes les bonnes actions coloniales.

Aujourd’hui, mon sentiment à l’égard du régime de José Eduardo dos Santos a quelque chose des années 70. Certes comme au temps de colonisation Eduardo a beaucoup contribué au développement de ce pays. Certes, son parti ( le MPLA ) est l’unique parti politique bien structuré et capable de gérer ce pays. En revanche, c’est avec raison que des activistes et certains autres partis soulèvent la question de l’alternance. On ne peut pas diriger seul indéfiniment un pays. D’autre part, l’Angola, pays gangrené par la corruption, présente aujourd’hui bon nombre de caractéristiques d’une société féodale. Comme à la cour des rois de France, la moindre « autorité », la moindre « appartenance à une famille du régime » vous donne le droit de vous servir dans les caisses de l’Etat sans peur d’être poursuivi.

Je voudrais laisser une place honorable sur le podium de la honte à monsieur João Maria de Sousa procureur général de la République qui persiste et parler de coup d’Etat parce que la police à réussi à arrêter les militants en possession d’un livre intitulé : Da Ditadura à democracia : uma abordagem conceptual de libertação, (en français : De la dictature à la démocratie, un abordage conceptuel de libération.


États-unis : violence sociale, trop c’est trop !

Tuerie de Charleston, violences policières contre des personnes de couleur : il ne fait pas bon vivre aux Etats-Unis en ce moment…

C’est triste mais fréquent ces derniers temps d’avoir des nouvelles de violences sociales aux États-Unis. Il y a une cinquantaine année, en Caroline on lynchait des noirs tout simplement parce qu’ils portaient la peau noire. Aujourd’hui on les tue dans des églises, quand ce ne sont pas des policiers blancs au nom de la légitime défense ! La société américaine devient de plus en plus paranoïaque et désaxée et les puissants lobbies des armes, la NRA et les excités du Tea Party font tout pour permettre ce genre d’actes.

Je me souviens d’avoir été choqué, il y a un bout de temps, par une chaîne américaine (je ne sais plus laquelle) qui présentait des parents, lors de réunions dites patriotiques, en train d’apprendre le maniement d’armes à leurs enfants qui n’avaient même pas 6 ou 7 ans. Et voilà les résultats. A cela, il faut y ajouter également le comportement de la police dans certains endroits qui n’aide pas à empêcher cette résurgence des idées racistes et haineux qui en réalité n’ont jamais complètement disparu !

Ce qui vient de se passer en Caroline du Sud est un acte criminel et raciste, odieux et haineux qui a été rendu possible tout simplement parce que les lobbys blancs de la NRA refusent que soit instauré un contrôle d’armes au nom du droit à l’auto-défense. Et dans le cas précis, je me demande où se situe le droit à l’auto-défense ?

Je suis très indigné, mais aussi choqué de voir que les USA ne se rendent pas comptes que « armer tout le monde est devenu très dangereux pour tout le monde« . Les vendeurs d’armes, quant à eux, n’ont-ils pas des remords de la conscience ? Comme les marchands d’amiante, La NRA a participé à nettement plus de morts aux USA que Al Qaïda et Etat islamique réunis.


La Chine brade nos terres pour maintenir Papy au pouvoir

En apparence rien n’a changé. Les embouteillages sont toujours monstres sur les grandes artères ensoleillés de Luanda, malgré la flambée du prix du carburant à la pompe. A l’aéroport 4 de Fevereiro, aucune perturbation à l’atterrissage ou au décollage n’a été enregistré par les compagnies aériennes. Dans les rues, les trottoirs et les avenues, les vendeurs à la sauvette continuent à exercer leur métier. Pourtant, si l’on y regarde de plus près, le pays est déjà dans la merde.

Depuis la chute du prix de l’or noir sur le marché international, le coup d’arrêt qu’affiche notre pays est tout à fait spectaculaire. Le Kwanza, la monnaie nationale, s’est effondré par rapport aux dollars américains, l’économie nationale s’est étranglée et la croissance à deux chiffres tant chantée s’est étiolée. Il n’est plus possible de retirer des devises étrangères auprès des banques. Les agences de transfert d’argent (Moneygram et Western Union) ont dû fermer les portes et les cartes Visa et MasterCard ont été suspendues.

Vivre est devenu survivre. Depuis le début de l’année, le prix des denrées alimentaires dans les supermarchés a été revu à la hausse, certaines entreprises ont dû licencier des salariés. Celles qui employaient des expatriés n’ont pas renouvelé tous les contrats. Les administrations locales ont prévenu qu’elles n’allaient pas recruter cette année, comme elles le faisaient d’habitude.

Face au mur, Papy, celui-la même qui limite au maximum ses déplacements à l’étranger, a compris que son régime ne tiendrait pas une nuit de plus si l’atmosphère sociale demeurait ainsi. Il est donc allé voir le vieux Xi, pour signer plusieurs accords bilatéraux et solliciter une ligne de crédit pour sauver nos banques. Le deal du pétrole étant révolu, depuis la dégringolade du prix du baril du Brent, l’été dernier, le Number One a toujours dans ses valises quelques recettes à vendre à son homologue chinois Xi Jinping. Ici, tout le monde s’accorde pour affirmer que le président de la République est allé bradé, cette fois, nos terres arables. Après le pétrole, c’est le tour de l’agriculture.

Depuis, je m’interroge: jusqu’à quand vont-ils continuer à brader nos richesses? Ce pays riche de tout mais incapable d’exploiter ses atouts par manque d’imagination, est en train de mourir à petit feu.  L’exécutif, ainsi que tous les pataquès des révolutionnaires du MPLA (le parti au pouvoir), font de leur mieux pour garder le peuple dans l’ignorance. Aujourd’hui, les visionnaires ont cédé leurs places aux figurants, la magie du pétrole est morte et le rideau de scène est retombé sur une médiocratie prévisible.


Les Zungueiras, ces héroïnes angolaises

ZungueirasDéjà difficile, le quotidien des vendeuses ambulantes se voient menacées par la volonté des autorités de mettre un terme à leurs activités.

Dans les rues ensoleillées de Luanda, on peut voir des femmes combattantes, courageuses et déterminées, chargées de marchandises sur la tête, tout en portant de jeunes enfants attachés dans leur dos avec des tissus noués en travers de leurs poitrines, parcourir la ville d’un bout à l’autre à la quête de revenus. On les appelle ici Zungueiras.

Ces femmes vendent toutes sortes de marchandises : fruits, sandwichs, poissons, chaussures, manuels scolaires… Humbles et dignes, punies par la guerre civile, les femmes Zungueiras se voient aujourd’hui obliger de mener une vie ambulante, suite à la pauvreté et aux conditions difficiles d’accès à l’emploi et à la scolarisation. Elles prennent souvent le risque de vendre leurs produits en plein air. Victimes de violence policière et conjugale, nos mamans Zungueiras sont un exemple de dignité et persévérance.

Combattantes, elles se réveillent tôt le matin, bien avant que l’aurore ne dissipe la nuit et vont vendre, défiant malgré tout, la multitude d’obstacles qu’elles peuvent rencontrer sur les routes et trottoirs. Randonneuses et vagabondes, elles traversent la ville entière à longueur de la journée sous un soleil de plomb, passant de porte en porte, transformant leur complainte en cri. Elles rentrent souvent le soir à la maison, fatiguées, parfois en pleurs après avoir subi un traitement humiliant de la part des hommes en uniforme, qui leur confisquent marchandises et argent… mais gardent toujours le sourire dans l’espoir d’être un jour complètement libres de cette condition.

Récemment, les autorités ont annoncé vouloir mettre fin à cette pratique de vente ambulante et l’intention de construire des marchés adaptés à l’accueil des zungueiras. Si cet objectif est atteint, la capitale angolaise ne sera pas la même. La ville perdra de ses couleurs ainsi que le plaisir de pouvoir observer le flot de ces combattantes stoïques et héroïques chargées de leurs bagages bigarrés dans lesquels elles portent leur kit de survie quotidien.


Partir ou ne pas partir: l’impasse d’un sans emploi

J’ai pas envie de compter des années ou raconter les épisodes malheureux que j’ai du connaître en tant que chômeur. Ça fait bien longtemps que je suis sans emploi… Que je cours derrière un job, sans succès… Je suis sans emploi, tout simplement parce que je le veux… Oui, je le veux parce que ce dont on m’a proposé jusqu’à présent, n’était pas conforme à mes attentes. On ne m’a proposé que du pire et du mauvais. On m’a proposé de payer pour travailler. J’ai des principes et je ne compte les échanger avec rien au monde. Alors je me suis conformé à vivre ainsi. Sans emploi.

Il y a 7 ans, je quittais la fac. Je voulais travailler. Travailler pour commencer enfin ma vie. Je postulais trois fois par jour, surfais sur tous les sites d’offres d »emploi, téléchargeait la moindre application pour m’aider à postuler et distribuait des CV à tous ceux qui pouvaient m’aider. J’ai même fait un stage de recherche active d’emploi, une formation en langue, du bénévolat, de l’internship, mais sans succès. Ma liste de CV envoyés et lettres de motivation ne cessait de s’allonger. Par contre, le nombre d’entretiens décrochés tenait sur une demi-main.

Sur LinkedIn, j’ai vu tous mes amis modifier leur profil. Tout le monde arrangé une activité, jusqu’à ce qu’il me soit venu à l’idée de postuler hors de nos frontières. J’ai envoyé mon CV et une lettre de motivation. J’ai reçu une semaine après un appel avec indicatif +258. Là, j’ai eu une longue interview (environ 15 minutes) avec la dame qui me parlait à l’autre bout du fil. Il y a quelques jours, elle m’a appelé pour me dire que le processus de recrutement était clos et que j’étais retenu. Le poste était désormais le mien.

Un beau poste dans une bonne entreprise. Cadre de travail agréable. Salaire, logement, bureau… Tout est impeccable. On dirait que je suis en train de réaliser mon rêve. Tout le monde me félicite. Mais quand on me demande si je suis heureux, je réponds : « pas vraiment »! Tout le monde me dit:  » (…) à ta place je ne penserais pas deux fois, c’est une opportunité unique, ne la laisse pas passer ».

J’en conviens avec vous, c’est une bonne opportunité pour moi, mais en réalité, je n’ai jamais pensé émigrer, parce que je pense que mon pays n’appartient pas seulement aux vieux, aux plus jeunes, ni à qui que ce soit. Émigrer à propos de l’emploi me coûte très cher aujourd’hui. J’aime bien mon pays et j’ai du mal à faire les valises. C’est ici que vit ma famille, toute mon histoire est gravée ici, les amis, et tout le reste est ici. Ici, je me sens chez moi et nulle part ailleurs.

J’écris ce billet parce que je suis dans l’impasse. J’ai peur de faire le mauvais choix. Mes valises sont encore intactes et j’ai peur de mettre mes années de mémoire dans un carton. Il y a 10 ans, j’ai quitté ma terre natale, j’ai promis à mes parents que j’y reviendrais. 10 ans plus tard, je n’y suis toujours pas retourné. Je continue encore ici à Luanda. J’ai peur de partir et de ne plus revenir.


Ton fauteuil Man, n’est pas un trône

Écoute-moi Man. Ici, c’est pas question de légitimité (car la légitimité on se la taille sur mesure), de crédibilité, ni de majorité. Il est question du bon sens et de survie de la nation. Ton pays Man, a besoin de respirer, de rajeunir quoi, en commençant par le sommet. Trente-six ans de règne Man, c’est trop. C’est trop pour lâcher le morceau. Trop pour abdiquer. Trop pour renoncer. Car ce fauteuil n’est pas un trône. (suite…)