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Ce que disent les gens… sagesse des contes de Nasreddine

Il y a quelques jours,  une amie m’a raconté une histoire : celle du vieillard et de l’âne. Je me suis rendu compte que son héros, Nasreddine-Hodja, était un personnage emblématique de l’Asie Mineure à l’Extrême-Orient, célèbre pour ses «subtiles âneries». Ses histoires vieilles de plusieurs siècles sont porteuses d’enseignements encore très actuels. Elles m’ont amenée à quelques réflexions philosophiques sur ma vie quotidienne.

En voyageant, j’apprends énormément. J’acquiers de l’expérience et un peu plus de sagesse et de recul quant à la manière dont fonctionne le monde. Je découvre que ce qui est une vérité à un endroit ne l’est pas forcément à un autre…

La position d’étranger m’incite à la réflexion. Comme je vis dans une culture qui n’est pas la mienne avec des codes différents des miens, j’ai toujours l’impression de ne pas faire les choses comme il faut, où comme on les attendrait de moi.
J’ai eu à faire face à des réactions inattendues qui m’ont parfois remise en question.
Au travail d’abord, j’ai réalisé que le téléphone arabe ne fonctionne pas qu’au Moyen-Orient, mais qu’il est aussi courant ici. J’ai compris que mes collègues étaient friands des histoires personnelles des uns et des autres, en particulier celle de jeunes femmes célibataires et qu’ils recouraient à toutes les techniques pour arriver à avoir le moindre détail croustillant ! Ici, c’est comme sur Facebook, on expose en public et sans réserve le statut matrimonial ou relationnel, les liens d’amitié, les activités favorites et même ce que chacun a mangé le midi ! La notion de vie privée n’existe pas vraiment et cela parait étrange lorsque je me réserve le droit de garder pour moi mes histoires.
En amitié, j’ai vu des personnes me tourner le dos sans vraiment comprendre la source du conflit. J’ai appris que la fierté avait une place essentielle dans les interactions sociales et que si quelqu’un avait des griefs contre moi, c’était sans doute que sa fierté avait été écornée !
En amour, j’ai rencontré des hommes qui m’ont fait beaucoup de promesses sans lendemains. Je me suis étonnée de voir que de parfaits inconnus pouvaient me déclarer leur flamme avec des « je t’aime » enflammés. Puis j’ai compris qu’on dit « je t’aime » comme je dirais « tu me plais ». Car dans l’idée de l’Amour avec un grand A, on doit dire cela pour séduire une fille et lui promettre le mariage pour avoir une relation avec elle. Les apparences ont un grand rôle et la transparence et la sincérité dans la relation n’interviennent souvent que lorsque les deux protagonistes sont mariés. Le mariage tient une grande place pour la reconnaissance sociale, mais aussi dans le sens où il est la seule véritable relation reconnue et prise au sérieux.
En échangeant avec mes amis sur mes questionnements et mes difficultés, j’ai réalisé que la foi est beaucoup plus présente ici qu’en Europe et qu’elle donne aux gens une force mentale que l’on n’a pas forcément chez nous et un recul sur la vie. Ce sont eux qui m’ont donné l’énergie nécessaire pour faire face à toutes ces situations.

Ainsi, une amie m’a raconté une histoire en fait très connue sous le nom des « contes de Nasreddine ». Elle m’a touchée, car elle est porteuse d’une belle morale et elle m’a été d’une grande aide.

J’ai donc décidé de partager ici le lien vers le conte original «Nasreddine, son fils et l’âne », que vous pourrez lire en entier en suivant le lien ci-dessous. L’histoire a également été chantée par Youssou Ndour dans sa chanson « Gorgui ».

Source : Contes et histoires de Nasr Eddin Hodja par Miguel Fernandez www.icamge.ch
Source : Contes et histoires de Nasr Eddin Hodja par Miguel Fernandez
www.icamge.ch

Djeha-Hoja dit un jour à son fils, alors qu’il atteignait sa douzième année :

– Demain, tu viendras avec moi au marché.
Tôt le matin, ils quittèrent la maison. Djeha-Hoja s’installa sur le dos de l’âne, son fils marchant à côté de lui. A l’entrée de la place du marché, Djeha-Hoja et de son fils furent l’objet de railleries acerbes :

– Regardez-moi cet homme, il n’a aucune pitié ! Il est confortablement assis sur le dos de son âne et il laisse son jeune fils marcher à pied. Djeha-Hoja dit à son fils :

– As-tu bien entendu ? Demain tu viendras encore avec moi au marché ! […]

Source : « Nasreddin, son fils et l’âne »https://nasreddinhodja.blogspot.sn/search/label/La%20valeur%20des%20gens

 

J’ai alors compris, comme le fils de Nasreddine, que « quoi que je fasse dans ma vie, les gens trouveront toujours à redire et à critiquer. »
Quels que soient les époques et les lieux, il est certaines réactions qui sont mues par les mêmes logiques et les contes sont là pour nous le rappeler.
Cette histoire et mon amie m’ont enseigné quelques principes que je m’efforcerais désormais de suivre :
Ne plus écouter les gens qui parlent à tors et à travers
– Ne pas laisser les autres me changer à cause de cela
– Faire mon maximum dans tout ce que j’entreprends pour être en accord avec ma conscience
– Ne me laisser impressionner que par les gens exemplaires et essayer de l’être au maximum pour pouvoir impressionner à mon tour.

Vous pouvez en savoir plus sur Nasreddine-Hodja et écouter ses histoires humoristiques et leur rôle dans l’enseignement spirituel dans l’émission suivante.


Le ramadan à l’heure du ndogou au Sénégal

Tandis que la télévision psalmodiait les versets du Coran en attendant l’heure du ndogou (la rupture du jeûne) et que le ciel voilé annonçait la pluie, une douce nostalgie m’envahissait. Comme si je prenais enfin un peu de recul sur les quelques mois passés ici à Ziguinchor. Il est difficile de décrire les habitudes, particularités, ou coutumes d’un pays lorsqu’elles deviennent votre quotidien. Ce n’est que lorsqu’elles changent un tout petit peu, qu’on en prend conscience. C’était le mois de ramadan et une ambiance particulière avait envahi la ville, presque solennelle et joyeuse à la fois …

Pendant le ramadan, chaque soirée on n’attend le moment où toute la maison se retrouve dans le salon en guettant les appels du muezzin pour pouvoir rompre le jeûne avec une date, puis un peu d’eau. A Dakar, c’est la télé qui annonce l’heure exacte, mais à Ziguinchor, la rupture se fait avec quelques minutes de moins et la TV, toujours calquée sur la vie dakaroise, n’a pas prévu ça.

Ndogou sénégalais. Crédit photo : senegaldaily.wordpress.com
Ndogou sénégalais. Crédit photo : senegaldaily.wordpress.com

Ensuite, vient la prière pour ceux qui s’y adonnent : ils se retrouvent dans la cour, les hommes devant, les femmes derrière, pour prier ensemble. En temps normal au Sénégal, tous les musulmans ne pratiquent pas les cinq prières par jour, faisant partie des cinq piliers de l’islam (les autres étant la profession de foi, le jeûne, le pèlerinage à la Mecque, l’aumône aux pauvres).

Pourtant, en période de ramadan, beaucoup prient.

Puis tout le monde se retrouve autour de la table du salon afin de prendre une boisson chaude et un morceau de pain, agrémenté selon les jours d’œufs, de poulet, de lentilles, fromage ou beurre.

Si le rythme de la maison change en période de ramadan, c’est aussi celui de tout le pays. Ainsi, il y a une deuxième livraison de pain à la boutique, aux alentours de 19 h spécialement cuite à cette occasion et nous attendons cette heure-là pour nous y rendre. Les horaires de travail sont aménagés dans beaucoup de structure, où les employés font la journée continue pour descendre un peu plus tôt le soir. Cela permet notamment aux femmes de rentrer cuisiner.

A la télé, les programmes spécial ramadan diffusent des sketchs en abondance, où je ne comprends aucune blague, puisqu’ils sont en wolof ! L’un d’entre eux, « ramadan à Paris » raconte les aventures et mésaventures des Sénégalais de notre capitale. Comme si une émission pouvait permettre aux parents des immigrés restés au pays d’imaginer un tout petit peu leur vie en France, alors qu’ils n’ont souvent pas le droit de s’y rendre faute de visa.

L'heure de la prière. Crédit photo : leral.net
L’heure de la prière. Crédit photo : leral.net

Les émissions religieuses sont aussi très présentes sur le petit écran pour rythmer nos soirées, ainsi que les émissions spéciales Korité (Aïd el fitr) pour préparer la fête. Ceux pour qui le budget le permet ont l’habitude de coudre un habit chaque année, et les couturiers en profitent pour faire leur publicité.

Aux alentours de 23 h vient le moment de prendre le repas, un bon plat de riz comme on le sert d’habitude à midi. Car il ne faut pas beaucoup de temps à tout visiteur pour comprendre qu’un Sénégalais ne peut pas passer une journée sans manger de riz. Vous y verrez là une généralité, mais je suis prête à prendre le risque sans trop de problèmes d’autant plus que je vis en pays joola, une ethnie réputée dans tout le pays pour son amour du riz ! Mes amis blogueurs seront là pour me soutenir puisqu’ils ont même dédié une chanson au riz lors de notre formation Mondoblog Dakar!

On se retrouve aussi parfois dehors, dans la cour, pour prendre le bon air frais de la nuit et discuter autour du barada (théière) ou allongés sur nos nattes. Les uns et les autres délaissent un peu leurs écrans (ordinateurs, smartphones et autres tablettes) pour discuter ensemble de choses et d’autres (religion, école, travail, famille, potins…)

Le ramadan est donc un mois de piété et de bonnes actions pour les musulmans du Sénégal, mais c’est aussi des moments privilégiés pour tous qui sont partagés ensemble. Le jeûne permet aux croyants de purifier leur corps et leur esprit, et de penser aux plus nécessiteux par le don et par la privation de nourriture.

Vendredi pour certains, samedi pour d’autres, les Sénégalais ont célébré la Korité (Aïd el fitr), pour clôturer ce mois béni en famille autour de mets délicieux, notamment du traditionnel poulet.

Puis, petit à petit, les habitudes reprennent leur cours avec dans le cœur de chacun les souvenirs de ces bons moments.

Comme le veut la tradition, chacun demande à son prochain de lui pardonner et lui accorde son pardon e à son tour pour lui souhaiter la fête : Balma akh, balnala akh, Dewenati!

 

Bonne fête de Korité à tous les musulmans! Eid Mubarak!


Comment j’ai fini par m’intéresser à la lutte sénégalaise

Je suis venue plusieurs fois au Sénégal, et je sais depuis longtemps que la lutte est le sport national. Pourtant, je n’avais jamais daigné m’y intéresser avant la semaine dernière. Mais j’ai finalement cédé à la pression médiatique et populaire qui a consacré ce sport dans toutes les maisons, lors du combat entre Balla Gueye 2 et Eumeu Sène le 5 avril dernier.

 

Une couverture médiatique importante

Toutes les télés annonçaient le choc entre Balla Gay 2 et Eumeu Sène. Ces noms ne vous disent peut-être rien, mais ici au Sénégal, ces lutteurs sont aussi connus qu’un Messi ou un Zlatan, pour les amateurs de football.

Crédit photo : Wikimedia commons
Crédit photo : Wikimedia commons

Un clip avait même été tourné pour l’occasion, et plusieurs face-à-face télévisuels avaient été organisés. Dimanche, alors que je séjournais dans la capitale sénégalaise, mes amis m’avaient même conseillé de ne pas sortir le soir à cause du combat, parce que, disaient-ils, certains voyous profitent de l’occasion pour sortir dans les rues, alors que toute la ville est paralysée.


Alors après tout ce vacarme, consignée à la maison, je n’avais finalement pas beaucoup d’options que de suivre le fameux choc. Et puis j’étais quand même curieuse de son issu. L’ambiance dans la maison était à la hauteur de l’effet d’annonce médiatique, d’autant plus que je me trouvais chez les diolas, la principale ethnie de la Casamance, et que les deux lutteurs stars de la soirée revendiquaient leur appartenance à cette région.

Je me suis donc endormie avec les débats sur la victoire inattendue d’Eumeu Sène sur l’ancien roi de l’arène, et réveillée avec les accusations qu’il avait portées contre son adversaire. A la fin du combat, en larme, le lutteur avait annoncé que cette victoire avait un goût amer, car il avait appris qu’on avait profané la tombe de sa mère pour pratiquer des rituels mystiques en faveur de son adversaire.

La polémique enflait, mais je ne comprenais pas tout à fait ce que tout cela signifiait. Un long voyage en bateau vers ma nouvelle région et un compagnon de route bien informé m’ont alors permis de m’intéresser à la lutte d’un peu plus près et surtout à toute la symbolique qui l’entoure.

 

Le renouveau de la lutte avec Tyson

Crédit photo : Wikimedia commons
Crédit photo : Wikimedia commons

La lutte sénégalaise était d’abord un sport traditionnel auquel les jeunes ne s’intéressaient pas beaucoup. Il aura fallu l’apparition, dans les années 1990 d’un lutteur au nom du célèbre boxeur américain, Tyson, pour moderniser et changer la face de ce sport.

La spécificité de Tyson lorsqu’il est arrivé dans l’arène, était de mettre en scène de véritables shows à l’américaine et d’exiger une augmentation de ses cachets au fur et à mesure de ses victoires. Lors de ses premiers combats, ses sorties remarquées à bord d’imposants 4×4 n’étaient sans doute qu’une façon de paraître, puisqu’il travaillait le reste du temps comme chauffeur de bus. Mais depuis, la lutte et l’engouement suscité par ses shows ont généré de plus en plus d’argent, notamment grâce au sponsoring et aux publicités.

 

Les années 90 ou l’identité casamançaise affirmée par le sport

A la même époque, alors que le conflit en Casamance était au plus fort, les revendications identitaires se sont fait sentir en dehors du maquis, notamment dans le sport. C’était la grande époque du Casa sport, l’équipe de football de Ziguinchor, la capitale régionale, et la lutte a vu arriver dans l’arène des champions qui revendiquent leur appartenance à la région. La portée symbolique de ces sportifs casamançais était importante, puisque leur victoire n’était pas uniquement perçue d’un point de vue sportif, c’était comme une revanche de la Casamance sur la suprématie culturelle du « Nord », notamment de Dakar.

Dans ce contexte, le champion qui était à l’honneur dimanche dernier, Balla Gaye 2 a poursuivi, dans l’ombre, son rêve de devenir roi de l’arène en intégrant l’école d’un ancien lutteur du même nom, à Guédiawaye, dans la banlieue de Dakar. Son père, Doube Less, qui fut champion des Casamançais dans les années 1970-80 est devenu son manager.

C’est au début des années 2000 que Balla Gaye 2 est sorti de l’anonymat par ses victoires successives jusqu’à celle de Yekini, en 2012, qui consacrera son rêve. Il perdra finalement son titre de roi de l’arène en 2013, suite à sa défaite face à Bombardier.

Comme son idole Tyson, le champion Balla Gaye 2 s’était forgé une réputation par ses effets d’annonce avant les combats, lorsqu’il indique avec prétention à ses adversaires comment il va les terrasser. Il s’est aussi distingué des nombreux lutteurs de la banlieue dakaroise par son appartenance revendiquée à la Casamance, et son image d’enfant de la région qu’il s’est construite par ses nombreux voyages et sa rencontre avec les marabouts.

Une affaire de maraboutage

J’ai appris que la lutte est aussi l’affaire des chefs religieux et la lutte sénégalaiserégion est réputée dans tout le pays pour ses rituels mystiques, alors qu’ils se pratiquent en fait partout dans le pays. On dit que les marabouts d’ici sont très puissants, et certains Dakarois ont même peur de venir pour cette raison. Balla Gaye 2 est donc « soutenu mystiquement » par les plus connus, à l’instar du président gambien Yaya Jammeh (marabout à ses heures perdues). Il le revendique haut et fort en exhibant fièrement ses nombreux gris-gris sur son torse de colosse auxquels s’est accroché sont adversaire lors du combat de dimanche dernier. Ces gris-gris et tous les rituels qui précèdent les combats de lutte sont aussi ceux qui alimentent le plus les débats : alors que les plus terre-à-terre disent que Balla Gaye a trop grossi et qu’il ne contrôle plus son corps, d’autres soutiennent qu’il a été paralysé par le poids de ses amulettes. Nous laisserons à chacun le soin de tirer ses propres conclusions pour alimenter les discussions nocturnes autour du thé, qui n’ont pas fini d’être passionnées.

Je comprends maintenant mieux pourquoi dimanche, après la défaite du champion, c’était tout une région qui était en émoi. Au Sénégal, la lutte déchaîne les passions des petits comme des grands, des hommes comme des femmes, et je sais à présent que ce n’est pas uniquement une affaire de sport.


Sénégal : comment j’ai désacralisé Dakar ?

Dakar est-elle au Sénégal ce que Paris est à la France ? Une capitale belle et renommée autant qu’elle est prétentieuse et égocentrique… Je me pose la question, alors que je viens pour la première fois de séjourner « en région » plus de temps que je n’en ai passé dans la capitale sénégalaise, depuis ma récente arrivée.

Quand on parle du Sénégal, quand vous dites aux gens que vous êtes au Sénégal, ils pensent automatiquement que vous êtes à Dakar ! Ils ne se posent pas la question et ils ne vous la posent pas non plus. C’est évident, où seriez-vous autrement ? Le Sénégal n’est-il pas Dakar ?

Crédit photo : Pascaline
Crédit photo : Pascaline

Je parle ici des gens extérieurs au pays, qui ne sont jamais venus ici, au pays de la Teranga (hospitalité). Les stéréotypes ont la vie dure ! Mais confondre Dakar et le Sénégal, c’est déjà pouvoir situer Dakar au Sénégal. Certains penseront quant à eux que Dakar est en « Afrique de l‘Ouest », ce « pays » où il y a Ebola. Cela peut prêter à sourire, pourtant, cette « confusion » à coûté au pays une baisse importante de fréquentation touristique cette année, qui aura sans nul doute des répercussions économiques importantes.

Mais quand vous dites aux Dakarois que vous allez « en région », ou pire, « en Casamance », ils lèvent tout simplement les yeux au ciel et la première question qui leur vient à l’esprit est la suivante :

« Mais qu’est ce que tu vas faire là-bas ? »

Suivi tout de suite d’une affirmation :

« Il faut rester ici, à Dakar ! »

Je dois vous avouer qu’au moment où cette question m’était posée, je n’étais pas trop sûre de ma réponse !

A Dakar, les apparences sont très importantes, primordiales même. Vous n’avez qu’à vous hasarder dans l’une des nombreuses soirées de la ville pour vous en rendre compte. Il faut être au top ! Rien n’est laissé au hasard et c’est aussi ce sens du détail, poussé à l’extrême dans les tenues chatoyantes des Sénégalaises, qui font le charme et la folie de cette ville et bien sûr de ses soirées.

Je fais ce constat sans pour autant dénigrer cette cité qui me captive, m’enivre et me fait me sentir vraiment vivante ! Mais je voudrais faire ressortir ici l’intérêt d’aller voir un peu plus loin, pour enfin découvrir qu’il y a un monde au-delà de Dakar…

Crédit photo : Pascaline
Crédit photo : Pascaline

A Ziguinchor (Casamance), j’ai l’impression que les gens sont tout simplement eux, sans fard. Car ici, « tout le monde se connaît », donc ce n’est pas la peine de faire semblant. Les gens se saluent dans la rue, même lorsqu’ils ne se connaissent pas.

Cela parait normal ici, mais un tel comportement dans une ville comme Marseille vous ferait penser que la personne qui vous salue a tout simplement perdu la tête ! Aussi, on m’a expliqué qu’il n’y avait pas de problèmes pour rentrer à pied la nuit et que c’était sécurisé, car si quelqu’un se hasardait à vouloir vous causer des ennuis, il y aura toujours des personnes qui le connaitront de près ou de loin, et qui sauront en informer son entourage.

Crédit photo : Pascaline
Crédit photo : Pascaline

Ici, on prend le temps de vivre, sans le stress des embouteillages, sans les temps de transport interminables pour arriver à l’heure au travail. Ici, il n’y a pas de Brioche dorée, pas de Gondole, pas d’Ali Baba (fameux restaurants dakarois), mais lorsque je regarde par la fenêtre, je vois un beau et énorme bananier. Et quand je descends dans la rue, je peux acheter oranges, bananes et mandarines de la région et bientôt mangues, mades (fruit sénégalais au goût acide) et noix de cajou.

Quand je me suis posée ce soir, devant la maison, au soleil couchant, en regardant le paysage qui s’offrait à moi, je me suis vraiment sentie privilégiée de pouvoir admirer un tel spectacle chaque jour. Un panorama simple, naturel qui n’a aucune prétention et qui en est encore plus beau. Je crois que la dernière fois que j’ai ressenti une telle sérénité est lorsque je me trouvais au beau milieu du désert égyptien, dans cette petite oasis que l’on appelle Siwa.

La Casamance peut aussi faire penser à une oasis, pleine de verdure et avec une culture propre qui implique des luttes importantes pour pouvoir la conserver. Je viens peut-être de toucher du doigt l’un des enjeux identitaires de cette région et sur lequel j’ai beaucoup à apprendre.

Il y a peut-être aussi moins ici ce que certains appellent « le monopole de la culture wolof », du nom de l’ethnie majoritaire dans le pays, et principalement dans sa capitale. Mais ça, c’est encore une autre histoire…

En attendant, vous l’aurez compris, la Casamance a su m’adopter !


Femmes sénégalaises, femmes d’affaires

A l’occasion de la journée de la femme, je rends hommage aux femmes sénégalaises qui m’ont accueillie dans ce pays où je vis désormais et d’où je partagerai mes découvertes et mes coups de cœur.

J’aurais pu vous parler de toutes les choses qui se sont passées dans ma vie ces derniers jours. J’aurais pu vous parler de voyage, de dépaysement, de nostalgie, d’au revoir, de larmes, de retrouvailles, de sourires, de chaleur…

Crédit photo : Pascaline
Crédit photo : Pascaline

Mais pour inaugurer le renouveau de ces « chroniques sénégalaises », j’ai décidé de vous parler plutôt des femmes qui m’ont accueillie ici, et qui ont su m’apaiser et faire en sorte que je me sente chez moi dès l’instant où j’ai mis un pied dans leur maison. Dimanche 8 mars est la journée mondiale des femmes. L’occasion était trop belle. Certains polémiquent sur les bienfaits d’une telle journée, je n’en ferai rien.

Les femmes sénégalaises que j’ai rencontrées ont pour beaucoup suscité mon admiration. Jonglant sans relâche entre leur vie de famille et leur vie professionnelle, entre le repas, les enfants, la prière, les voisins, les parents (au sens large)…

On voit de plus en plus des femmes leaders, devenir chefs d’entreprise, créatrices, femmes politiques… Un discours accrocheur pour de nouvelles réalités qui s’invitent peu à peu dans le paysage d’une société qui a su conserver ses traditions. Mais au-delà de cette idée en vogue d’empowerment de la femme, il y a des réalités et des choix beaucoup plus concrets qui se posent tous les jours à elles.

Aux femmes sénégalaises…

Vous êtes avant-gardistes lorsque vous déployez un élan de créativité et que vous mettez votre goût pour l’esthétisme pour créer des bijoux, des vêtements, des magazines, des musiques…

Crédit photo : Pascaline
Crédit photo : Pascaline

Vous êtes mûres lorsque vous étudiez dur à l’université pour vous frayer un meilleur avenir, malgré les grèves et les cours annulés si souvent.

Vous êtes organisées lorsque vous supportez la chaleur et les retards des cars rapides pour arriver à l’heure au travail.

Vous êtes battantes lorsque vous négociez sans relâche le prix du taxi, du poisson ou encore des tissus.

Crédit photo : Pascaline
Crédit photo : Pascaline

Vous êtes belles lorsque vous mettez en valeur votre beauté dans des waxs et autres bazins réinventés à la mode actuelle.

Vous êtes fortes lorsque vous restez assises des heures durant pour vous faire tresser et que vous supportez la migraine lorsque c’est terminé.

Crédit photo : Pascaline
Crédit photo : Pascaline

Vous êtes classe lorsque vous assumez votre teint mat qui vous donne des allures de poupées.

Vous êtes sages lorsque vous prodiguez vos conseils et que vous partagez votre expérience de la vie pour apaiser nos peines et calmer nos angoisses.

Vous êtes humbles lorsque vous faites passer vos enfants avant vos envies, que vous vous inquiétez pour eux lorsqu’ils sortent le soir où lorsqu’ils sont malades, mais qu’au lieu d’écouter vos plaintes, vous gérez la situation d’une main de maitre.

Crédit image : Pascaline
Crédit image : Pascaline

Vous êtes pieuses lorsque vous vous levez avec le soleil pour prier et que, 5 fois par jour, vous laissez vos occupations à cette occasion.

Vous êtes courageuses lorsque vous vous réveillez tous les matins pour aller au marché, et ensuite préparer un repas frais et différent chaque jour pour toute la famille.

Pour tout cela, vous êtes des femmes d’affaires.

Alors, le 8 mars ne sera jamais une journée inutile, s’il nous permet de célébrer toutes ces femmes-là, et surtout nos mères.

 


Rwanda, 20 ans après je me souviens

Quelle est la première fois où vous avez entendu parler du génocide rwandais ? Je vous pose la question, tout comme le rappeur Gaël Faye, ce samedi 22 novembre en introduction de la soirée de commémoration des 20 ans du génocide rwandais  au Dar Lamifa à Marseille.

Pour ma part, je crois que j’étais petite, j’avais une copine rwandaise avec qui je faisais de la gym. Pourquoi elle était arrivée en France avec sa famille, je l’ai compris bien plus tard.

Plus tard, il y a eu Corneille, le chanteur rescapé du génocide qui a médiatisé la question.

Plus tard, j’ai vu le film « Hôtel Rwanda », qui présente une version de l’histoire à travers la biographie (controversée) de Paul Rusesabagina.

Plus tard, j’ai compris que le génocide rwandais avait coûté la vie à près d’un million de personnes… parce qu’ils étaient Tutsis. J’ai compris qu’il s’agissait de « l’élimination planifiée de tout une partie de la population, dans un contexte de gestion racialisée de la société rwandaise depuis la colonisation » (Sources : RFI).

J’ai alors compris que les gouvernements français et belge de l’époque avaient été mis en cause pour avoir « contribué à l’émergence d’une idéologie génocidaire », ainsi que toute la communauté internationale « pour n’avoir pas reconnu qu’un génocide était en cours, puis pour n’y avoir pas mis fin ». Enfin, les Nations unies avaient été rendues coupables par leur inaction et leur abandon du peuple rwandais.

« L’ONU avait retiré l’essentiel de ses deux mille cinq cents soldats déployés au Rwanda à la mi-avril 1994, au plus fort des massacres commencés le 7 avril » (Sources : Le Monde).

Mais ça, c’était bien plus tard, bien trop tard. Et pour vous dire la vérité, je suis encore loin de connaitre toute l’histoire…

Car en 1994, je vivais en France, j’avais 7 ans, et l’information m’est parvenue par la télévision, « entre le fromage et le dessert » comme le dit Gaël Faye en même temps qu’une myriade d’autres évènements dont nous étions les spectateurs passifs. En 1994, Nelson Mandela a été élu président de l’Afrique du Sud, il y a eu les JO de Lillehammer, le suicide de Kurt Cobain, le premier accord israélo-palestinien

Et de toutes ces infos qui nous parviennent à longueur de journée, notre cerveau fait le tri, entre celles qui nous touchent de près et les autres. Et tant que nous ne connaissons pas quelqu’un concerné par la catastrophe, elles restent des faits divers froids et sans grande conséquence dans notre petite vie. Parce que nous vivons dans un pays en paix.

Samedi, avec cette soirée de commémoration, Gaël Faye et ses invités sont venus nous faire une piqûre de rappel sur les évènements survenus au Rwanda 20 ans plus tôt : pour que l’on n’oublie jamais, et pour que notre conscience reste alerte face à ces crimes, et que l’on ne laisse pas le monde perpétrer à nouveau de telles atrocités. Il en est de la responsabilité de notre humanité. Car quand un homme est touché, c’est toute notre humanité qui l’est aussi. Tel était le sens de la soirée d’hier et le message que les artistes nous ont fait passer.

Gaël Faye, Edgar Sekloka et Samuel Kamanzi, des « bordels  chromosomiques », comme ils se dépeignent, qui ont chanté leur Rwanda, leur(s) Afrique(s) et leurs dilemmes identitaires avec sincérité et sans artifices :

« Je suis franco-rwandais, et une partie de moi-même à tué l’autre sans me le demander. Le Rwanda et la France m’ont tout donné, je veux être en paix avec moi-même» Gaël Faye feat Jali – Hope Anthem

Des « hommes debout » venus donner de leur temps et de leur énergie positive pour éveiller nos consciences, pour que la petite fille que j’étais mette des mots sur les images qu’elle voyait à la télé à l’époque et devienne aussi une fanm doubout. Des mots pour que nous restions vivants…

Alors en rentrant hier soir, avec les rythmiques de Milk Coffee & Sugar dans la tête, j’ai pensé à la Centrafrique, à la Palestine, à la Syrie… et je suis restée éveillée. Puissions-nous le rester toujours.


Musique : la douceur des Suds à la fiesta 2014

Du 15 au 18 octobre à Marseille avait lieu la 23e édition d’un festival de musiques du monde devenu une véritable institution à Marseille et dans la région. La « Fiesta des Suds » représente un peu le métissage des cultures des Suds que l’on croise dans notre ville. Mais au-delà d’une image idéaliste d’une « cospomolitanie » fantasmée, elle représente surtout des cultures qui se croisent, des histoires, des musiques impossibles à classifier, à étiqueter, à cloisonner.

Crédit photo : Pascaline
Crédit photo : Anaïs Chiaruzzi

Trois  soirées de concerts, trois groupes d’amis différents, un rendez-vous annuel des musiques du monde dans notre ville-monde. Beaucoup de Marseillais ne le ratent pas, car il y en a peu finalement, d’évènements musicaux de cette envergure et de cette qualité, dans notre deuxième ville de France, car « tout se passe à la capitale » bien souvent.

Les allées des Docks des Suds étaient bondées, les trois soirs de suite, si bien que l’on avait du mal à déambuler d’une scène à l’autre, comme à une époque pas si lointaine où l’ambiance était peut-être plus familiale dans un festival qui n’avait pas encore prie l’ampleur d’aujourd’hui.

30ans de oaï à Massilia

Je commence à parler comme une « grande » en disant que c’était mieux avant, à mon époque ! L’époque où j’arrivais à Marseille, et où je découvrais quelques incontournables de la ville dont font partie la Fiesta des Suds et le groupe Massilia Sound System. Cette année, les deux étaient réunies, puisque Massilia se produisait le premier soir des festivités.

Les « vieux raggamuffins » à l’accent chantant fêtaient cette année leur 30 ans de oaï pour faire chanter les Marseillais. Mais leur musique n’a pas pris une ride, et leurs paroles décalées et décapantes sont aujourd’hui plus que jamais d’actualité pour refléter l’esprit de notre ville à la porte de l’Afrique. Cette ville qui m’a transformée et modelée, un peu à son image, depuis que je l’habite, hétéroclite et chaotique, avec tous les conflits internes que cela provoque. Au-delà des clichés un peu fantasmés de « cosmopolitanie », Marseille c’est un peu la tour de Babel : où toutes les communautés se rencontrent mais ne se comprennent pas toujours. Massilia ne cesse de le répéter, il nous faut à tous, plus de moments pour être ensemble et faire la fête, comme ce jeudi soir à la Fiesta.

« Les Marseillais de toutes les communautés ont besoin d’espace pour se rencontrer.» Au marché du soleil.

De l’électro mais pas de métro

Marseille est à l’image de ce festival, construite sur des cultures plurielles, qui, lorsqu’elles se mélangent, nous offrent un esthétisme incroyable.

Ainsi, jeudi soir, lorsque l’électro-tango des Argentins de Gotan project à rencontré la gouaille et le charme de Catherine Ringer (des Rita Mitzouko), le moment était magique. On se serait cru transporté dans un film d’Almodovar, avec une héroïne sensuelle et insoumise en proie aux difficultés de la vie, qui ne cesse de se relever pour s’adapter et s’affirmer un peu plus chaque jour.

Crédit photo : Pascaline
Crédit photo : Anaïs Chiaruzzi

Ce sera mon coup de cœur de cette année, pour m’avoir fait découvert des artistes et un style musical que je méconnaissais, mettant en valeur toute la magie de la culture latine et du tango argentin, sublimée par une touche d’électro et un soupçon de « french touch » distillé ça et là.

Le lendemain, le charme et la voix de Selah Sue nous ont fait patienter avant de découvrir les artistes du label indépendant Chinese man records. Il y a eu d’abord Deluxe, le petit groupe aixois devenu grand, qui nous à offert un show à l’américaine, me faisant regretter d’avoir manqué leurs premiers concerts intimistes dans les petites salles de la région pour pouvoir comparer. Loin de moi l’idée de jouer la spécialiste, mais j’avais tellement entendue parler de ce petit groupe en vogue, que j’ai forcement été un peu déçue. Peut-être parce que la chanson la plus connue « Pony » est assez différente des autres titres, et un peu plus sobre. Surtout parce que leur musique mérite plus qu’un concert pour que l’on puisse se faire un avis dessus. Je vais donc me donner le temps de les découvrir, et vous inciter à en faire autant…

Puis, il y a eu le tourbillon dans lequel nous ont emportés les DJ marseillais de Chinese man, même après une longue semaine de travail et une marche dans les rues de Marseille faute de métros, bus ou tramway. Événement typiquement marseillais qui a fait plonger la ville dans une ambiance inédite. Malgré cet incident, les allées des Docks des Suds étaient aussi bondées que la veille et la soirée était à la hauteur de la galère pour y parvenir.

 

La folie du rétro

Enfin, le dernier jour du festival aura été l’occasion pour moi de redécouvrir la chanteuse Irma, qui à gagné en popularité depuis que j’assistais à son premier concert dans une petite salle au beau milieu de la citée des 4000 à la Courneuve, avec des fans de la première heure. A l’époque, elle nous avait bluffés tant par sa simplicité et la profondeur de ses textes que par sa présence sur scène. Depuis, la jeune auteur-compositeur à fait ses preuves et elle à sorti un nouvel album, « Faces », avec des influences folk, électro et funk. Depuis, elle a remplacé son vieux bonnet par une tenue aux allures de Mickael Jackson. Mais le talent d’Irma est incontestablement la scène, et ce n’est qu’en live que ses nouveaux titres prennent une autre dimension, et que l’on redécouvre l’artiste des débuts, moins formatée, plus sincère et toujours incroyablement positive et touchante.

La fatigue aura eu raison de moi, et après quelques notes du groupe de ma jeunesse De la soul, et une grosse déception, je suis finalement rentrée chez moi. A l’heure où le « rétro » est la tendance, il est bon de se retourner vers le passé avec nostalgie, mais il est parfois encore meilleur de découvrir les influences des 80s -90s dans la musique actuelle.

 

Merci à Anaïs Chiaruzzi pour les belles photos.


MedNet : un réseau pour l’inclusion des jeunes en Méditerranée

Du 22 au 24 septembre 2014 la ville italienne de  Pise a abrité une rencontre euro-méditerranéenne sur le thème de l’insertion des jeunes en Méditerranée. Des jeunes de la plupart des pays de la région étaient présents : Maroc, Tunisie, France, Liban, Palestine, Italie, Egypte… Ils ont travaillé ensemble pendant deux jours sur cette problématique pour échanger leurs expériences et proposer des recommandations aux élus locaux et organisations à l’initiative du projet (Oxfam Italia, Giovani si, la région de Toscane). J’ai eu la chance d’être parmi eux, plongée au cœur d’un tourbillon interculturel où débats, curiosité, engagements et échanges étaient les maîtres mots.

Partir de Marseille, faire escale à Barcelone, puis à Rome pour se rendre à Pise (Italie) puis rentrer par Londres; il y avait sans doute un chemin plus rapide pour assister à la rencontre MedNet. Mais Air France en avait décidé autrement, et ce fut un véritable tour des mégapoles européennes qui nous attendait pour arriver coûte que coûte à Pise malgré la grève des pilotes. Heureusement pour nous, de nouveaux compagnons de route nous attendaient à Rome et c’est une coalition franco-germano-marocaine qui prit l’interminable route qui reliait la capitale italienne à la ville de la tour penchée.

Parler de coopération méditerranéenne soulève de vraies questions, au-delà d’un idéal romantique où cette mare nostrum serait notre mère à tous. Comment une mère peut-elle être aussi injuste avec certains de ses enfants ? Comment peut-elle les considérer différemment ?

Si l’on veut parler de relations euro-méditerranéennes qui soient justes et égalitaires, je crois que l’on doit parler d’abord des inégalités qui prévalent encore aujourd’hui, entre tous ces enfants de la Méditerranée. Ainsi, en introduction de la rencontre MedNet, Maher Bouzzi, maire de Kasserine (Tunisie), l’un des bastions de la révolution tunisienne, nous exhorte à combattre ces problèmes, affectant les relations en Méditerranée. C’est aussi lui, qui, à la fin de la rencontre, à brandi son passeport tunisien vers un élu italien, en expliquant que tous deux n’avaient pas le même, et que ce passeport faisait toute la différence. Je crois que l’on aurait dû commencer la conférence par là, car les choses méritent d’être dites si l’on veut avancer.

Parler de la question des visas, très difficiles à obtenir pour les habitants de la rive sud, s’ils veulent se rendre en Europe, alors que nous, Européens, pouvons partir dans leurs régions sans difficultés.

Parler aussi des milliers de morts en Méditerranée chaque année, pour avoir tenté d’atteindre cet eldorado européen en se brûlant les ailes.

Parler du colonialisme et des relations passées entre les deux rives, basées sur les inégalités et l’exploitation, qui affectent, encore aujourd’hui les visions des uns et des autres. Ces relations sont toutefois en train de changer, notamment avec le départ de certaines classes dirigeantes au Sud qui étaient parties prenantes, lors de la « révolution de jasmin ».

Parler de la question israélo-palestinienne, avec une violente offensive de l’armée israélienne sur Gaza encore très présente dans les esprits.

Cette question a cristallisé les débats et nous a amenés à une prise de conscience, car les différents participant à cette rencontre  ne vivent pas les mêmes réalités. Certains vivent dans des pays en paix, alors que les jeunes Palestiniens sont confrontés à l’occupation. Ils la vivent tous les jours, lorsqu’ils vont à l’école, au marché, dans la rue…

« Comment vous faire comprendre avec des mots ce que l’on vit ? Vous ne pouvez pas comprendre. » dira une jeune palestinienne à un élu italien qui tentait d’aborder la question de l’intégration de participants israéliens dans le réseau MedNet qui s’est dessinée lors des rencontres.

Penser la Méditerranée au-delà du prisme Nord-Sud, et au-delà de relations inégalitaires et injustes, qui ont perduré et, qui perdurent encore, n’est donc pas chose aisée. La coopération euro-méditerranéenne n’est pas de tout repos, elle ne peut pas être toute rose non plus, teinté d’une vision orientaliste à l’encontre des pays arabes comme l’a expliqué Gianluca Solera de l’ONG COSPE. Il nous a incités à apprendre les uns des autres sur la citoyenneté, pour arriver à une citoyenneté méditerranéenne, à s’approprier l’espace public et les médias, en créant des alternatives aux « institutions » en place comme la chaîne controversée Al Jazira, à créer nos propres emplois, à développer notre propre idée de ce qu’est le développement.
Cette rencontre fut porteuse d’espoir et d’énergie pour ses participants qui étaient là avec la volonté de changer les choses, tous déjà engagés dans cette dynamique de changement dans leurs pays respectifs de par leurs activités. Dans différents groupes de travail, nous avons comparé les problématiques de nos pays respectifs et expliqué les solutions expérimentées dans ces pays, et comment elles fonctionnaient ou non. Cela a créé beaucoup d’émulation, une incroyable énergie et des espoirs communs.

Quelques participants du meeting venus d'Egypte, du Maroc, de Palestine... Crédit photo : Pascaline
Quelques participants du meeting venus d’Egypte, du Maroc, de Palestine et de France.. Crédit photo : Pascaline

Nous avons aussi beaucoup échangé, en OFF, sur nos cultures respectives, notre vision du monde, nos religions, nos modes de vie… De nombreuses questions furent posées aux uns et aux autres, beaucoup de curiosité, face aux différences, des incompréhensions, des malentendus, mais aussi une surprise d’apercevoir des points communs entre toutes ces identités méditerranéennes qui se croisent et s’influencent depuis des milliers d’années.
Ainsi, pour clôturer la rencontre, Vera Baboun, maire de Bethléem, une ville hautement symbolique en matière de coexistence interreligieuse, aura un discours qui résume joliment ces deux jours que nous avons passés tous ensemble :

« Pour la première fois, j’ai vraiment sentie le pouvoir de la Fraternité en Méditerranée. Cette fraternité doit être prolongée, pour créer des destins de vie plutôt que des destins de mort. Vous êtes assez créatifs pour créer un changement, pour être le changement que vous voulez voir ».

Vera Baboun, maire de Bethléem, Palestine. Crédit photo : Pascaline
Vera Baboun, maire de Bethléem, Palestine. Crédit photo : Pascaline

 


Dakar : Omar Pene plus fort que Ebola

Samedi 30 août 2014, à Dakar, c’était le retour sur scène d’Omar Pene et de son groupe, le Super Diamono, légendes de la musique sénégalaise (mbalax), après plus d’un an d’absence. Tous les grands artistes étaient venus célébrer avec lui ce concert annoncé sur toutes les télés, et par miracle, j’ai pu assister à l’évènement, au Grand Théâtre de Dakar. Ma conscience  était tiraillée entre la menace d’Ebola et l’amour de la musique qui l’a finalement emporté.

« Malgré Ebola, j’irais au Grand Théâtre » pouvait-on lire sur les réseaux sociaux, pour exorciser le sort et éloigner le spectre du virus assassin qui venait d’apparaître au Sénégal. Mais il n’allait pas nous gâcher la fête, et pendant le temps d’une soirée, nous avons tout bonnement décidé de l’ignorer pour aller applaudir Omar Pene.

La soirée avait commencé tôt, car la musique n’attend pas et surtout, car il fallait dégoter des billets afin de pouvoir entrer, puisque le Grand Théâtre affichait déjà complet depuis une semaine. La ligne téléphonique dédiée aux réservations était même sur messagerie ! Devant la salle que je n’avais encore jamais visitée, les négociations commencèrent avec les vendeurs à la sauvette qui étaient nos derniers espoirs. Il fallait trouver les meilleurs prix, et faire vite, la file d’attente était déjà immense, et les dames plus élégantes les unes que les autres se pressaient à l’entrée. Les messieurs n’étaient pas en reste, vestimentairement parlant, mais plus discrets peut-être, ou bien moins nombreux, c’est sur. Je patientais donc avec plaisir en observant les robes, maquillages, coiffures et talons vertigineux de ces dames, comme si je regardais un défilé de mode en direct.

Crédit photo : Pascaline
Crédit photo : Pascaline

Une fois à l’intérieur, l’animateur préféré des Sénégalais, Boubacar Diallo, est venu chauffer la salle et nous présenter celui que l’on ne présente plus. « Omar Pene est revenu chanter grâce à son public », car les rumeurs qui annonçaient son décès se sont propagées plus vite qu’Ebola dans la presse people. Son retour, après un an d’absence, à cause d’une santé fragile, méritait donc tous les honneurs, pour un grand homme plein d’humilité. Toutes générations confondues, son public était là, plus nombreux que jamais prêt à danser jusqu’au bout de la nuit. Mon voisin, un jeune fan survolté, esquissait ses plus beaux pas de danse en animant toute l’assemblée. Il a même répondu aux colporteurs de rumeurs en criant à Omar Pene :

« Tu vivras 100 ans et sans ordonnance, si Dieu le veux ! »

Comme lui, d’autres dans la salle n’ont pas hésité à déclarer ouvertement leur amour au chanteur, tout au long du concert. Certains sont même venus, comme le veut la tradition, lui glisser des billets dans la paume de la main, pendant qu’il chantait, en signe de respect. Mais au-delà de tous ces éloges, il nous faut rappeler qu’Omar Pene fait de la musique avant tout pour la partager, depuis ses débuts. Il a fait de nombreux concerts gratuits, jusque dans la banlieue, notamment lors de ses 40 ans de carrière, une grande fête l’an dernier dans tout Dakar. Il est aussi connu comme étant l’ami des étudiants, qui, il l’a rappelé ce samedi encore, constituent l’avenir du Sénégal, et « les négliger, c’est négliger l’avenir du pays ». Ses chansons racontent son pays et ses réalités, au-delà des clichés et sans fard : les étudiants, l’amour, la famille, les mamans, le mariage, le chômage, les agresseurs, les talibés, le football, la Casamance, les embouteillages, les immigrés, l’argent, l’Afrique et ses leaders, les traditions, les confréries …

Ainsi, de nombreux Sénégalais se reconnaissent dans ses chansons, c’est l’une des raisons pour laquelle il est si populaire et peut-être un peu moins à l’extérieur, à l’instar de son ami Youssou N’dour. Son album international Ndam, sorti en 2009, a pourtant contribué à le faire connaître dans le monde entier.

Pour célébrer cette nuit de musique mbalax, toutes les stars sénégalaises ont défilé sous nos yeux pour reprendre des chansons d’Omar Pene, chanter avec lui et lui rendre hommage. L’ancienne génération était représentée par Thione Seck, Baaba Maal, Ismael Lo, Kiné Lam, Soda Mama Fall et tous les anciens du Super Diamono (Salam Diallo, Alioun Mbaye Nder, Tio Mbaye…) et la star Youssou Ndour avec Mbaye Dieye Faye (son percussionniste) à qui il a même offert une chanson, Silmakha, pour prouver son amitié au chanteur, alors qu’on les disait « concurrents ».

La nouvelle génération a aussi brillé avec Viviane, Mame goor, Yoro Ndiaye, Baba Hamdi ainsi que son ami rappeur Fata El Presidente. Tous nous ont prouvé que la musique d’Omar Pene dépasse les générations, et les styles musicaux.

Alors, après plus de cinq heures de musique et en réécoutant Omar Pene dans le taxi qui nous ramenait à la maison, notre seul regret ce soir aura été de ne pas l’entendre chanter plus longtemps. Mais ça ne sera, nous l’espérons que partie remise, pour un nouveau rendez-vous musical à Dakar… où Monsieur Ebola ne sera pas invité !

 


Le romantisme à la marseillaise

Dimanche, j’étais d’humeur romantique… J’avais envie d’écouter des chansons arabes à l’eau de rose en mangeant des loukoums et en lisant les contes des Mille et une nuits. Vous l’aurez remarqué, mon séjour en Egypte aura laissé des traces sur mon sentimentalisme. Seulement voilà, dans ma citée phocéenne bordant la Méditerranée,  je vis chaque jour des moments de poésie d’un autre genre… Instants choisis.

Dimanche, je suis sortie, avec mon vieux legging et mon t-shirt à l’effigie de Côte d’Ivoire tourisme taille XXL arboré fièrement, pour rejoindre le parc du 13e (arrondissement) où je vais habituellement courir.  A peine avais-je passé le boulevard National, qu’un bougre m’interpellait devant son groupe d’amis, pour qualifier les guenilles qui m’habillaient de « tenue sexy ». Je me suis promis de relater ici l’évènement, pour prouver à l’Office du tourisme de Côte d’Ivoire que je relevais brillamment le défi d’ambassadrice dont ils m’avaient affublé, au même titre que les autres mondoblogueurs présents à Abidjan.

Crédit photo : Carmen Rodriguez, FlikR, 2013
Crédit photo : Carmen Rodriguez, FlikR, 2013

Je continuais donc mon chemin en ayant l’impression de frôler les podiums d’un grand défilé Chanel. Je vous l’ai déjà dit, Marseille est magique, elle transforme les vieilles Nikes de Cendrillon en escarpins Louboutin en un tour de main. Mais comme mon carrosse était en retard, j’ai pris le bus 34 pour rejoindre le parc du Merlan.

A l’arrêt de bus, deux jeunes hommes du quartier à l’éloquence sans pareil discutaient entre « hommes » de leurs préoccupations du moment, en oubliant ma présence.

 

 

–          « Tu as vu la gadji* dans la smart ?!!!!

–          « Ouaiiii, putain, il faut que je baise… »

*vocabulaire d’usage à Marseille pour désigner une jeune fille

Quelques instants plus tard, dans le métro, deux jeunes gens « Bon Chic, Bon Genre » s’assirent à mes côtés. Mais leur ramage ne se rapportait en rien à leur plumage, et les trois phrases qu’ils échangèrent les firent passer du statut de Phénix à celui de corbeau.

–          « Tu l’as vue, la fille ? »█

–          « Ouais, elle avait tout ce qu’il faut là où il faut ! (Rires) »

–         « C’était pas dans son cerveau, c’est sûr ! »

Puis, arrivée enfin chez moi, j’entrais dans l’ascenseur de mon immeuble. J’allais enfin pouvoir me laisser aller à la rêverie, en oubliant (un peu) la brutalité du monde extérieur. Seulement voilà, une dernière épreuve m’attendait avant de pouvoir atteindre mon havre de paix.

Un jeune homme visiblement en mal d’amour me questionna dès la première seconde ou je franchissais la porte :

– « étudiante ?

– « Non. »

– «Tu travailles où ?»

– « A Marseille »

– « Ça fait longtemps ? »

– « Non… »

J’arrivais enfin à mon étage… Je croyais pouvoir m’extirper de cette conversation peu constructive. Malheureusement pour moi, mon interlocuteur aussi habitait au sixième étage ! Je n’avais alors pas mis un pied en dehors de la cage d’ascenseur, qu’il se présentait à moi, me serrait la main, et arrivait à sa porte…

Je venais enfin de mettre un visage sur le voisin dont la musique faisait saigner mes oreilles et dont les basses faisaient trembler mes cloisons, depuis maintenant des mois.

-Ah ! (lui dis-je étonnée) C’est toi, le voisin qui fait du bruit ?!

(il me répond, encore plus interloqué) – Euh… C’est toi, le mot dans ma boîte aux lettres !

Les présentations étaient faites !

Puis, sans transition :

–          « Tu fais quoi ce soir ? »

–          « Je sors…  Et, euh…ensuite… je cherche une excuse pour me  sortir de cette situation embarrassante »

–          « Viens dîner, on fera connaissance… »

–          … ?!!!????

Je me suis alors demandé si, ne serait-ce qu’une seule fois dans la vie du pauvre maladroit, sa technique avait pu fonctionner. Je préfère ne pas connaître la réponse et croire encore qu’il reste un peu de poésie dans ce monde.

Hier, j’étais d’humeur romantique… Je suis donc retournée écouter mes chansons arabes à l’eau de rose et lire mes contes des Mille et une nuits.


Manifestation à Marseille : «Nous sommes tous des Palestiniens !»

J’aurais aimé appeler mon article « paix israélo-palestinienne »… « salaam » ( سلام ), « shalom » (שָׁלוֹם), ou encore « paix », trois mots simples pour un défi immense pour les 1500 000 habitants de la bande de Gaza (Territoire palestinien),  alors que pour nous elle est une réalité que l’on oublie parfois, tellement elle est évidente. Pour m’en souvenir, samedi 21 juin, je suis allée à la manifestation de soutien à Gaza pour dénoncer l’intervention militaire israélienne dans cette enclave palestinienne et la position critiquable du gouvernement français. Quelques instants de solidarité aux côtés de milliers d’autres Marseillais que j’aimerais vous raconter ici.

 

Crédit photo : Pascaline
Crédit photo : Pascaline

Parce que j’arrive encore à m’émouvoir lorsque j’entends que des enfants meurent sous les bombardements et sont pris dans un conflit qui dépasse leurs réalités d’enfants. Les trois jeunes Israéliens enlevés en faisant du stop puis assassinés  aussi, étaient pris dans cette histoire complexe sans le demander. Parce qu’on ne choisit pas de naître à Gaza, à Tel-Aviv ou à New York. Parce que l’amour, l’entraide, et la bienveillance n’ont pas de religion. Parce que je ne suis pas encore totalement anesthésiée par les images télévisées qui nous montrent guerre, sang, et barbarie à longueur d’année sur les ondes. Parce que je m’indigne encore de voir tant de gens mourir… pourquoi ? Stéphane Hessel  n’est plus là pour nous exhorter à nous indigner. Lui qui fut si fervent défenseur de la cause palestinienne. Lui qui fut aussi rescapé des camps de concentration.

Le conflit israélo-palestinien me dépasse. Les explications qu’on me donne ici et là aussi. Car elles sont toutes empreintes de subjectivité. Mais ce n’est pas pour cela que je renonce à essayer de comprendre ce que les gens vivent à Gaza, comment ils vivent dans ce que Henri Gaino (conseiller du président Sarkozy en 2012), qualifiait de « prison à ciel ouvert ».

Sous l’ombrière du Vieux Port, à Marseille où le rendez-vous était donné, ce samedi, il y avait beaucoup de monde, beaucoup de diversité aussi. Des syndicats comme la CGT étaient présents, des groupes politiques comme Europe Ecologie, des mouvements militants comme les antifascistes de Marseille , et surtout beaucoup de citoyens venus par eux-mêmes. Tous avaient répondu à l’appel du Réseau Palestine 13, collectif informel réunissant des associations de défense des droits de l’homme et de soutien à la Palestine de la région marseillaise. Il était bon de faire une manifestation avec plus de jeunes gens que d’ordinaire, et beaucoup de monde mobilisé. Avant de partir, quelques interventions pour rappeler le mot d’ordre de la manif’ :

solidarité avec la Palestine, pour lutter contre l’intervention israélienne à Gaza mais aussi contre la position du gouvernement français qui, sans condamner l’attaque de l’opération « bordure protectrice » , se rend complice de cette guerre à armes inégales.

Crédit photo : Pascaline
Crédit photo : Pascaline

A ce rappel, un frisson me parcours l’échine, et je me souviens qu’en 1996, le président Chirac avait visité la Cisjordanie, « appelant à la fin de la colonisation juive des Territoires occupés, à l’arrêt des destructions de maisons palestiniennes et de la construction de routes réservées aux colons ».

Je me demande alors si aujourd’hui, les couleurs et les partis politiques signifient réellement quelque chose quand un chef d’Etat socialiste va moins loin qu’un président de droite.

Nous avons ensuite remonté doucement la Canebière sous le soleil, en scandant « nous sommes tous des Palestiniens ». Dans le quartier de Noailles, la scène était presque irréelle : on a pu voir le drapeau palestinien et des keffiehs presque sur toutes les têtes, défiler devant le commissariat de police, tout cela dans une normalité étonnante ! L’entraide s’est fait sentir lorsque les uns et les autres se faisaient passer les brumisateurs d’eau pour se rafraîchir, en cette période de ramadan. Un propriétaire de snack avait même sorti un stock de bouteilles d’eau pour les distribuer aux enfants, en guise de soutien.

Quelques agitations sont venues nous inquiéter, sur le boulevard de la libération, où des jets de pierres survenus d’une fenêtre ont provoqué la colère dans le cortège. Je me demandais, en passant, si beaucoup de Marseillais avaient un stock de pierres dans leur salon, pour les jeter sur les passants en cas de besoin ! Mais la chaleur et l’émulation n’auront pas eu raison de la manifestation et le calme est vite revenu. Ce n’était rien, presque rien contrairement à ce qui était espéré, prévu, annoncé, en écho aux incidents de Paris qui avaient motivé l’interdiction de la manifestation de ce samedi. Et aux fenêtres, on pouvait aussi apercevoir des signes de soutien et des sourires amicaux.

Nous avons poursuivi notre route jusqu’à la préfecture, en évitant soigneusement le consulat d’Israël, comme l’avaient souhaité les organisateurs, et les forces de l’ordre qui étaient placées juste derrière les chaînes humaines. Tous nous empêchaient de prendre cette direction. J’ai été agréablement surprise par les moyens mis en œuvre par les militants et la volonté affichée d’éviter tout débordement. Parce qu’une manifestation pacifiste montre que l’on peut dépasser l’idée de camps rivaux et parler d’humanité. Parce que ce n’est pas en nous battant nous mêmes que l’on aidera les enfants de Gaza.

 

 

Nous pouvons par contre essayer sans relâche de comprendre, ce qui se joue sur le petit morceau de terre de 360 km2 depuis plus de soixante ans, et d’une manière plus générale entre Israël et la Palestine, pour se faire notre propre opinion sur le conflit. Pour ne pas laisser les uns et les autres nous dicter ce que l’on doit penser, et pour ne pas laisser l’histoire être réécrite comme l’explique Shlomo Sand, dans sa déconstruction de l’histoire du peuple juif. 

Aussi, pour Jean-Pierre Filiu,

« La bande de Gaza existe non pas par la volonté des Palestiniens, mais par celle d’Israël et de ses pères fondateurs. Dans les derniers jours de 1948, le premier ministre Ben Gourion a coupé les jarrets de son général Yigal Allon, qui voulait encercler les troupes égyptiennes à Gaza et les y contraindre à la capitulation ».

Jean-Pierre Filiu, Professeur d’histoire à Sciences-Po, «  le piège de Gaza si vous avez raté le (vrai) début », rue 89, 17 juillet 2014.

Nous documenter et nous engager à notre échelle, c’est ce que l’on peut faire pour agir en faveur de la paix à Gaza.

Samedi, les organisateurs de la manifestation ont lancé un appel au boycott des produits en provenance des Territoires occupés pour exercer une pression économique sur le conflit.Telle a été la conclusion de la manifestation sur le Vieux Port, avec l’annonce d’un nouvel appel au rassemblement, prévu ce mercredi à 25 juin à21 heures au même endroit pour une veillée solidaire.

Crédit photo : Pascaline
Crédit photo : Pascaline


« Africa fête » : 10 ans de musiques africaines à Marseille

Depuis maintenant 10 ans, chaque année à Marseille, les musiques et cultures africaines investissent la ville pour un festival qui leur est dédié, et qui contribue à les faire connaître. Cette année, j’ai pu assister à cette « Africa fête » et j’ai voulu vous faire partager mes impressions, et mes coups de cœur.

Crédit photo : Bill Akwa Bétotè
Crédit photo : Bill Akwa Bétotè

Un soir en rentrant chez moi, dans l’ascenseur, j’ai croisé un jeune couple qui habite à mon étage. Elle, visiblement très intriguée par mes sacs bariolés aux couleurs africaines, me demanda gentiment : « Vous êtes allée en Afrique ? J’ai reconnu les sacs ! », j’ai eu tout juste le temps de répondre « oui ! » que nous étions arrivés à notre étage, et je les ai saluée poliment. Je me suis alors dit qu’un simple « oui » peut contenir beaucoup d’histoires fabuleuses… A mon arrivée à l’espace Julien (Marseille),  ce vendredi 27 juin 2014 pour cette « Africa fête » 2014, lorsqu’un jeune homme du staff est venu me demander si je connaissais le festival, j’ai eu un peu le même sentiment.  Et j’ai encore plein d’histoires fabuleuses à vous raconter…

Je suis arrivée à Marseille il y a 4 ans et je connais cet évènement depuis à peu près la même époque. Chaque année, soit j’assistais à l’évènement, soit je me le faisais conter par mon réseau d’amis bien informés. On est curieuseblogueuse ou on ne l’est pas!

Mais ce que je ne savais pas, c’est que des grands noms de la musique africaine étaient passés par l’Africa fête. Tout a commencé avec Mamadou Konté, son fondateur, qui avait à cœur de promouvoir (et produire) la musique africaine sur le vieux continent et même au-delà. Il a créé dans les années 80, un festival parisien « dans un esprit de militantisme pour dénoncer les conditions des travailleurs immigrés en France ». Il a ainsi contribué, à faire connaitre des artistes que l’on ne présente plus aujourd’hui, comme Manu Dibango, Salif Keïta, Youssou N’dour, Ismaël Lô, Baaba Maal, Angélique Kidjo ou encore Kassav. Une édition sénégalaise de l’Africa fête a démarré en 2001. Des artistes de la scène locale ont alors vu leur publics s’élargir, comme Didier Awadi qui évoluait dans le groupe de hip-hop Positive Black Soul, Viviane, la chanteuse de m’balax devenue internationale ou encore Takeifa, le groupe pop en vogue qui était l’an dernier sur la scène marseillaise. Il y a 10 ans, naissait l’édition marseillaise du festival.

 

Crédit photo : Bill Akwa Bétotè
Crédit photo : Bill Akwa Bétotè

Mamadou Konté est décédé en 2007, mais son projet continue de faire son chemin dans notre capitale de la Provence qui ne demande qu’à voir se développer de si belles initiatives. Car on parle souvent de Marseille comme La ville africaine sur le territoire français, mais malgré une diaspora importante, les initiatives valorisant les cultures africaines ne sont pas si nombreuses ici ; elles méritent d’autant plus d’être saluées.

La première soirée de cette édition marseillaise avait lieu au café de l’espace Julien, avec la diffusion du très bon film au nom de notre spécialité culinaire locale, « Afrik’Aïoli ». Du même réalisateur que « Les quatre saisons d’Espigoule », ce film reprend le cours de la vie des deux personnages principaux, Jean-Marc et Momo, provinciaux fraîchement retraités qui nous entraînent dans leurs aventures sénégalaises et dans leur choc culturel plus vrai que nature. Il reprend la recette d’un humour complètement décalé et d’un style « documentaire » pour nous montrer les difficultés de confrontation et d’acceptation des différences, entre ces deux cultures du « Sud ».

La projection fut suivie d’un concert 100 % féminin avec le trio polyphonique de femmes béninoises Teriba, invitées pour l’occasion dans l’émission Couleurs tropicales de RFI. Elles présentaient leur travail et le festival aux côtés de Cécile Rata, la directrice de production d’Africa fête.

Vous pouvez réécouter l’émission en cliquant sur le lien ci-dessous. couleurs tropicales trio teriba

 

Crédit photo : Bill Akwa Bétotè
Crédit photo : Bill Akwa Bétotè

Le lendemain, le duo de charme de Debademba est venu nous couper le souffle dans une prestation scénique très théâtrale, mais tout aussi sincère. La complicité des deux musiciens transparaissait sur scène et nous a laissé un sourire sur les lèvres dont on n’a pu se défaire. Mohamed Diaby, le chanteur à la voix d’or et Abdoulaye Traoré, son « grand frère » prodige de la guitare ont fait danser le Tout-Marseille. Connus notamment grâce au bal de l’Afrique enchantée, dans lequel ils se font mercenaires de l’ambiance aux côtés de Soro et Vlad, ils viennent de sortir leur second album, Souleymane.

Le dernier jour, nous sommes venu applaudir le griot guinéen proche des Marseillais de Ba Cissoko, Moh Kouyaté, qui a joué de sa guitare pour venir conquérir le public avec ses sonorités jazz aux accents mandingues. Juste après, nous avons eu le plaisir de découvrir le groove festif et communicatif de Mamar Kassey, comme un plongeon dans une culture nigérienne trop peu connue, avec des notes empruntées aux différentes ethnies de cette région  (peul, tamaschek, haoussa, songhai).

Crédit photo : Bill Akwa Bétotè
Crédit photo : Bill Akwa Bétotè

Si ces groupes de musique se font peu à peu une place dans le genre un peu fourre-tout des musiques du monde, ils méritent encore d’être connus d’un plus large public, et ce n’est que par des initiatives comme l’Africa fête qu’ils pourront peu à peu investir les scènes du monde entier.

J’ai une bonne nouvelle pour mes amis des différents pays africains, qui voient souvent leurs artistes partir à l’étranger pour essayer de vivre de leur art sur des marchés plus prospères.

Cette année, le festival Africa fête devient itinérant, et en plus de son édition sénégalaise prévue en décembre 2014 (production Tringa Musiques et Développement), il sera implanté au Bénin en septembre (co-production AAP) et pour la première fois au Cameroun en novembre (dans le cadre du Festi Bikutsi, co-production Irondel). C’est donc une nouvelle incursion sur le continent pour faire connaitre les cultures africaines auprès des publics africains, car ne l’oublions pas, l’Afrique n’est pas un pays !

 

Merci à Bill Akwa Bétotè pour ses jolis clichés de l’évènement.


Les « Mille et une nuits », un pont entre l’Orient et l’Occident

En ce début de ramadan, il est l’occasion pour nous de dépasser notre ethnocentrisme, et de nous pencher sur l’une des œuvres les plus célèbres de la civilisation musulmane. Les « Mille et une nuits » nous éclairent sur la mythologie et les croyances propres à l’Orient qui fut leur berceau. Traduites, remodelées et accaparées par l’Europe, elles sont devenues un pont incroyable entre l’Orient et l’occident dont la lecture est riche d’enseignements sur les problématiques contemporaines.

De tous temps et en tous lieux, il y eu des mensonges, des jalousies, des tromperies, des querelles, des vengeances… Telle est mon premier sentiment à la lecture des contes des « Mille et une nuits », dont la rédaction et la transformation s’étale sur plus de 9 siècles, dans des contrées aussi lointaines que furent l’Egypte pharaonique, l’antiquité Grecque, l’Arabie, la Mésopotamie, le monde turco-mongol ou encore l’Inde. Le « monde » musulman constitue donc le ciment de cette œuvre, mais elle s’est aussi construite sur l’héritage de civilisations beaucoup plus anciennes.

Ces contes sont tous imbriqués les uns dans les autres, chaque histoire étant prétexte à en raconter une nouvelle. Si bien qu’à leur lecture, on se surprend parfois à revenir quelques pages en arrière pour retrouver le cours de notre raisonnement. L’histoire initiale, s’il y en a une, est celle de la célèbre Shéhérazade, fille du vizir du roi.

Ce dernier, « trompé par son épouse, décide de se venger d’elle et de toutes les représentantes de son sexe, en mettant dans son lit, chaque soir, une femme qu’il fait tuer le matin venu. » Shéhérazade « se propose de raconter au roi des histoires, en suspendant chaque fois la suite au lendemain. Au bout de mille et une nuits, le roi, d’abord intéressé, puis conquis, l’épouse et fait grâce à ses pareilles. »

André Miquel, Préface, Les Mille et Une nuits I, folio classique, 2012.

Si je lisais une histoire par jour, je n’en aurais pas encore finit lorsque nous fêterons l’entrée dans l’année 2017. Digression totalement inutile que j’avais toutefois envie de souligner pour vous introduire « ce livre « sans fin » ou « avec toutes les fins qui a une histoire aussi curieuse, riche et prodigieuse que les péripéties des contes qu’il recèle et dont les sources sont, elles aussi, multiples ( source :Institut du monde arabe, exposition).

Les contes des Mille et unes nuits ne sont pas qu’une série de poèmes à l’eau de rose , et  croyez moi, j’en connais un rayon dans ce domaine! Et c’est finalement mieux ainsi, car cet essaie n’en est que plus passionnant. On y parle de sexe, de mensonge, de trahison  mais aussi ce que l’on qualifierait aujourd’hui de barbarie, de crimes ou d’esclavagisme  alors qu’à une époque, cela semblait s’apparenter à  de la justice ou de la morale. Peut-être parce que la Cour Pénale Internationale n’avait pas encore été créée.

D’une période à l’autre, d’une contrée à l’autre, les normes changent. Et ce qui était perçu comme normal sous l’Egypte pharaonique, ne l’est pas forcement dans l’Inde contemporaine. Lorsque j’ai commencé ce livre, j’avais un sentiment étrange, mais difficile à identifier. Une gêne par rapport aux textes que je lisais, qui me dérangeaient, mais que la curiosité, teintée d’un brin d’orgueil, me poussait à poursuivre. La description des esclaves noirs, le plus souvent amants fougueux et insensibles des femmes mariées, la violence à l’encontre des femmes crédules et faibles face aux plaisirs de la chair, la théâtralité et la dramatisation dans les propos des personnages… tous ces clichés venaient troubler ma lecture.

J’ai alors décidé de revenir à la préface que j’avais intentionnellement loupée. A la toute fin du texte, j’ai pu lire :

« Le conte reste-t’il en l’air par rapport à la société qui le produit ? […] La réponse est évidement non. […] Le conte peut-être, d’un côté, le reflet pur et simple de sa société : il la révèle, la trahit, parce que, pris à elle, il ne peut faire autrement».

Image représentative des Mille et une Nuits. Source : MarcFlon, Wikimedia commons.
Image représentative des Mille et une Nuits. Source : MarcFlon, Wikimedia commons.

Les histoires que je lisais étaient incroyablement marquées par leurs temps. Et le décalage avec mes réalités était aujourd’hui flagrant à la lecture. L’essence même des textes que j’avais sous les yeux trouvait ses origines dans le brassage de différentes cultures, en différentes époques. Les nuits véhiculent moultes clichés et mythes sur l’Orient, façonnés par l’Occident. Elles se font aussi le témoin des différentes époques auxquelles elles sont empruntes, des différents auteurs qui les ont retranscrites, traduites et enrichies, et c’est à ce titre que leur lecture est passionnante. Elles nous content la rencontre avec  l’« autre », en des termes que l’on trouve aujourd’hui  parfois provocateurs  voir même vulgaire, mais qui lui donnent corps à nos yeux.

Il y a quelques jours, j’ai voulu expliquer à des jeunes gens les bienfaits de la mobilité internationale et des rencontres interculturelles pour l’ouverture d’esprit, l’estime de soi, la maturité (et accessoirement le CV)… J’aurais dû leur raconter l’histoire du marchand et du démon ou encore celle des deux vizirs et d’Anîs Al Jalîs. Si elles ne vous disent rien, allez donc vous y pencher. Avec un peu de chance, elles vous éviteront peut-être quelques déconvenues.

Parfois, à trop vouloir contempler la modernité, on finit par en oublier les leçons des civilisations passées dans lesquelles on trouverait sans doute bien des clés pour lire les réalités contemporaines.

Comprenne qui pourra.


Abidjan: le top 10 des techniques de négociation

Alors que je reviens d’Abidjan pour la formation annuelle de Mondoblog, ce top 10 fut une bonne manière pour moi de réviser mes classiques avant de partir et de les mettre en pratique sur le marché de Grand Bassam avec mes compères #MondoNégociateurs. Les discussions furent longues et fastidieuses, les marchands intraitables, mais j’en suis ressortie avec les plus belles robes, alors ça valait largement la peine! Et le moment passé, entre deux étals, à discuter de la qualité de la marchandise ou encore du coût de la vie au Cameroun fut si mémorable que j’en oubliais presque l’objectif premier de ma visite…

Lorsque l’on part en voyage, dans un nouveau pays, il est important, si l’on fait ses achats ou que l’on prend le taxi (rappelez-vous l’épisode malheureux des taxis à Dakar, chers Mondoblogueurs !) d’apprendre à né-go-ciez ! Que vous soyez Africains, Européens,  Latino-Américains ou encore asiatiques, vous ne serez pas épargnés, à partir du moment où votre pays hôte n’est pas le vôtre. Et si vous pensez vous confondre dans le paysage de la population locale, ne vous y détrompez pas, tout dans vos manières, vos comportements, vos vêtements, vos mots… vous trahit ! Pensez que même les natifs du pays qui ont immigré se font repérer et parfois même arnaquer. Pensez aussi que par définition un commerçant fait du commerce, il vit donc de la différence entre son prix d’achat et son prix de vente. Plus cette marge sera grande, plus il aura fait une bonne affaire, et vous inversement. Alors, voici quelques techniques, déduites par expérience, qui vous aideront à mener à bien une bonne négociation et à ne pas rentrer… complètement plumés.

Mondoblogueurs négociant sur le marché de Grand Bassam (Côte d'Ivoire). Crédit : Mariette Yao
Mondoblogueurs négociant sur le marché de Grand Bassam (Côte d’Ivoire). Crédit : Mariette Yao

1. Ne pas être pressé. C’est la règle d’or. Les négociations, par principe, prennent du temps, parfois beaucoup de temps. Il faut jouer le jeu (car ça en est un !) Sinon, passez votre chemin.

2. s’informer sur les tous prix : la course de taxi d’un point A à un point B, la bouteille d’eau, le pain, les pourboires, l’entrée des musées, des toilettes… Informez-vous sur les usages locaux, ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, et mimez-les simplement.

3. Toujours refuser de payer plus cher, par principe. Vous n’êtes pas ici pour faire des cadeaux aux gens. Si vous voulez leur en faire, donnez-leur de l’argent sans aucune contrepartie ou encore invitez-les à dîner, ils en seront bien plus honorés et vous partagerez un bon moment. Si vous surévaluez le tarif de leur service/ produit, ce sont les habitants locaux qui en seront pénalisés. En effet, les commerçants comprendront qu’ils ont meilleur intérêt à traiter avec les touristes et augmenteront leurs prix en conséquence.

4. Demander le prix annoncé et toujours le faire baisser, par principe.

5. Toujours avoir l’air énervé et en désaccord avec la première réponse que l’on vous fait (jouez la comédie). Vous pouvez être certain que le prix indiqué sera nettement plus cher que le prix normal, et que votre interlocuteur propose en premier lieu son prix maximum.

marché de Grand Bassam (Côte d'Ivoire). Crédit : Mariette Yao
Marché de Grand Bassam (Côte d’Ivoire). Crédit : Mariette Yao

6.  Ne pas sourire (même à la fin de la négociation) car on n’est jamais à l’abri d’un revirement de situation. Faites comme si c’était normal que l’on vous l’accorde. Certains taximen par exemple, lorsqu’ils vous sentent trop confiant et comprennent que vous ne savez pas ou vous allez, n’hésiteront pas à vous arrêter au milieu du trajet, pour renégocier le trajet à la hausse. Si c’est le cas, ne vous démontez pas, et si votre sens de l’orientation vous le permet, descendez et prenez un autre taxi. Sinon payez, la mort dans l’âme, et ne vous y méprenez plus la fois suivante.

7. Payer une fois que l’on vous a rendu le service, ou donné le produit. Ceci est valable, lorsque vous ne connaissez pas le pays, et la langue. Si vous installez un climat de confiance avec votre interlocuteur, parce qu’il comprend que vous êtes habitué (même si vous faites semblant) ou qu’il vous prend en sympathie, ne soyez pas sur vos gardes.

8. Quand vous donnez l’argent, proposez la monnaie, au creux de votre main, en donnant moins que convenu, et si votre interlocuteur se met en colère, ne capitulez pas tout de suite… Faites mine de vous en aller… si le vendeur vous retient, alors vous avez gagné, sinon, réfléchissez si vous voulez vraiment son produit et rebroussez chemin.

9. Vérifier auprès de ses amis si le tarif que l’on a payé était le bon et s’ajuster pour la fois suivante.

10. Enfin, le plus important, soyez fiers de vous !

Une fois que vous êtes à l’aise avec ces quelques règles d’or, vous pouvez toujours essayer de les appliquer même en rentrant de voyage, dans votre vie de tous les jours : pour obtenir une promotion, décrocher un rendez-vous important, une concession à votre moitié… !

Que la force soit avec vous !


Mondoblog Abidjan : Aventure, mon amour

Un livre, une aventure #MondoblogAbidjan, un songe. Trois fois rien, écrit sur un bout de papier sur le coin d’une tablette d’avion, que j’ai voulu partager avec vous. Juste pour le plaisir de vous faire goûter à cette douce nostalgie qui m’envahit. Demain, je sors de ma bulle, promis…

« Tout ce que tu crois profitable, fuis-le. Bois le poison, renverse l’eau de la vie ! Abandonne la sécurité, reste dans des lieux effrayants ! Défais-toi de ta réputation. Sois disgracié et sans vergogne » Elif Shakaf, Soufi, mon amour, 2013.

J’ai souvent l’impression que le livre que je suis en train de lire influence mes humeurs. Je parle des livres qui me touchent, les autres, je ne les termine pas.

J’avais commencé mon livre quelques jours avant de partir pour Abidjan (Côte d’Ivoire), retrouver quelque 67 blogueurs francophones que je lis et avec qui je corresponds parfois, depuis plus d’un an. Je le termine dans l’avion qui me ramène à la réalité de mon quotidien marseillais, comme si cette parenthèse n’avait été qu’un songe.

Un avion, des adieux, le décollage, puis les larmes qui me viennent au moment où l’appareil quitte la terre ferme. Comme si je réalisais enfin l’absence de ceux que je viens de quitter. Tout cela m’est familier, trop peut-être. Petits morceaux de vie éparpillés dans le monde, comme une traînée de poudre. Ma parenthèse ivoirienne en sera un de plus.

Je n’ai pas écritpendant toute une semaine, alors que les millions de choses que j’ai découvertes auraient dû m’inspirer. Cette réflexion m’envahit au moment ou je lis l’histoire du poète Rumi qui a commencé à écrire lorsque son chemin s’est écarté de Shams, son ami derviche, son frère.

La nostalgie est-elle propice au verbe ? Je me le demande. Mais douloureuse, elle l’est, j’en suis certaine. Mon livre parle d’amour, pour Dieu, pour la vie, et pour les Hommes. Il parle aussi de codes sociaux, de cloisonnements, de conditionnements. Il raconte comment Rumi a transgressé tous ceux-ci pour se hisser doucement vers la plénitude.

Il raconte aussi comment son héroïne, Ella, en a fait de même pour s’initier aux splendeurs de l’Amour. Son histoire et celle du poète s’entrecroisent. La mienne se dessine en filigrane. Du moins, j’ai envie de le croire ainsi, à cet instant t.

J’ai refermé mon livre, je suis descendue de l’avion, et j’ai repris le cours de ma vie là où je l’avais laissé. [Presque] comme si rien n’avait changé. Pourtant, j’ai cette étrange satisfaction intérieure d’en être ressortie grandie, un peu plus. Et dans mon cœur, je souris.

« Les opposés nous permettent d’avancer. Ce ne sont pas les similitudes ou les régularités qui nous font progresser dans la vie mais les contraires. Tous les contraires de l’univers sont présents en chacun de nous. » Elif Shakaf, Soufi, mon amour, 2013.

 

Derneirs instants sur la plage de Grand Bassam. Crédit photo : Pascaline
Derniers instants sur la plage de Grand Bassam, Côte d’Ivoire. Crédit photo : Pascaline

 

 


La musique, Imany, ma mère et moi

La question me taraudait l’esprit : Comment faire le portrait d’une personne qui m’inspire ET un billet musical comme je les aime? Pour les besoins de la formation Mondoblog à Abidjan, je devais me prêter à l’exercice du portrait. J’avais trouvé la solution : j’allais tout simplement vous présenter une chanteuse qui m’inspire, par sa musique, sa philosophie et son énergie. Je voulais depuis longtemps vous parler d’Imany, mais je pensais que tout avait été écrit sur elle, puisqu’elle est la chanteuse franco-comorienne qui monte. Pourtant, je vous promets ici de vous raconter ce qui n’a pas été écrit sur elle et ce qui me touche dans sa musique.

J’ai découvert Imany lors d’un concert dans ma ville natale, Saint-Etienne, accompagnée de ma mère. Cela vous paraîtra peut-être banal, mais pour vous prouver que ça ne l’était pas, je dois vous signaler deux petits détails : je fais rarement des concerts avec ma mère, et encore moins à Saint-Etienne, puis qu’éternelle expatriée. J’avais pourtant réussi à l’entraîner avec moi, en cette soirée pluvieuse, pour venir assister au concert. Elle avait pris son fauteuil pliant, pour éviter de rester debout tout le concert, réflexe organisé des grandes personnes. J’avais quant à moi, seulement pris mon plus beau parapluie, coquetterie des jeunes personnes.

Et nous nous étions installées, sur la pelouse du parc de l’Europe, en attendant les premières mélodies de l’artiste, dont j’avais déjà entendu parler. « Tu verras, c’est super ! » avais-je dis à ma mère, qui n’en doutait pas une seconde, mais qui était surtout là pour me faire plaisir. Un quinquagénaire avait même tenté une approche pour papoter avec nous (ou avec elle) et je m’étais dit que c’était quand même drôle de sortir avec sa mère lorsqu’elle se fait draguer sous vos yeux ! Nous avons toutes deux ignoré superbement le monsieur trop loquace et terriblement ennuyeux pour nous concentrer sur la scène.

Crédit photo : Richard Kaby, Imany.
Crédit photo : Richard Kaby, Imany.

« Les filles, au lieu d’attendre que votre mec change, changez plutôt de mec ! » disait Imany pour nous introduire sa chanson « Please and change », comme si elle avait suivi la scène depuis les coulisses. Le ton de la soirée était donné. Les messieurs n’étaient pour une fois pas les rois de cette soirée, et c’était tant mieux ! Ce n’est pas comme s’ils n’occupaient pas déjà la plupart de nos pensées ! Imany ne cessera de clamer que si l’on veut quelque chose en amour comme dans la vie, on ne doit pas attendre, mais plutôt compter sur nous même et ne cesser de créer, inventer et surtout rêver pour faire briller cette petite étincelle qui pourra nous emmener très loin.  C’est comme ça que j’ai compris son message, et c’est ainsi que je me l’approprie.

A mes amis, à mes amours, Imany sait faire écho sans prétention, sans fard, et avec sincérité. A croire que certains messages sont universels. ..

Elle me fait penser à Delphine, lorsqu’elle me parle des petits jeux amoureux dans « please and change » pour nous inviter à rester nous même et à écouter notre cœur.

Elle me fait penser à Moina quand elle chante en comorien, dans la chanson  « Take care » pour nous exhorter à prendre soin des gens qu’on aime.

Elle me fait penser à Mathilde lorsqu’elle parle de ce chemin qu’elle cherche, de cette personne si spéciale qu’elle demande quand elle se sent seule dans « I lost my keys ».

Elle me fait penser à Aldinette dans la chanson « Slow down » pour nous dire que tout ira bien si on prend les choses du bon côté.

Elle me fait penser à Hélène lorsqu’elle interprète son tube « You will never know » qui évoque la fierté digne de toute femme et la difficulté de se dévoiler.

Elle me fait penser à Marlène lorsqu’elle évoque les  « kisses in the dark » dont on se souvient parfois avec nostalgie…

Elle me fait penser à Allison lorsqu’elle reprend la chanson d’India Arie, « ready for love », qui est prête à l’amour, et à offrir sa voix, ses yeux,  son âme et son esprit pour le prouver.

Elle me fait penser à Julie lorsqu’elle demande « Un gospel pour Madame » à Tété pour trouver une seule raison de croire en ses rêves.

Elle me fait penser à Sinath, Dany et Marine lorsqu’elle incarne «le mystère féminin » de Kery James qui reconnait que derrière chaque homme se trouve une femme…

Elle me fait penser à Faty lorsqu’elle nous parle de l’Afrique qui ressemble à la forme d’un cœur brisé et qui saigne.

Elle me fait aussi penser à Zouina et Céline dans sa dernière chanson, « the good, the bad and the crazy », où elle nous explique que l’on est libre de faire ce qui nous appartient.

…Elle me fait aussi penser à ma mère en me remémorant son concert humide dans la ville qui m’a vue naître.

COEUR

Alors quand j’ai dû trouver une personne qui m’inspirait pour en faire le portrait, j’ai automatiquement pensé à elle car il n’y a pas une personne qui m’inspire, mais ce sont toutes ces femmes. Ces femmes qui m’aident à être moi-même chaque jour un peu plus, parce qu’elles n’ont pas peur d’être vraies. Et je les retrouve en écoutant sa musique.


Un dimanche ordinaire à Marseille

J’ai commencé à vous parler de Marseille et de mon quartier. Je vous ai présenté quelques personnages. Mais pour rendre le tableau plus complet, je me dois d’aller plus loin dans ma description de cette ville qui se vit avec passion…

« Marseille n’est pas une ville pour touristes. Il n’y a rien à voir. Sa beauté ne se photographie pas. Elle se partage. Ici, faut prendre parti. Se passionner. Être pour, être contre. Être violemment. Alors seulement ce qui est à voir se donne à voir. Et là trop tard, on est en plein drame. Un drame antique où le héros c’est la mort. À Marseille, même pour perdre il faut savoir se battre ». Jean-Claude IZZO, Total Khéops,Gallimard, 1995.

 

Crédit photo : Pascaline
Passants sur la Canebière. Crédit photo : Pascaline

Cette semaine, je vous emmène dans un univers à la Tim Burton, avec des personnages à l’allure parfois effrayante, mais qui se révèlent le plus souvent inoffensifs. Croisés ça et là, dans les rues de ma ville, les couloirs du métro ou dans le hall de la gare, ils méritent que l’on s’attarde à les esquisser, car ils font la ville. Ville que l’on aime autant qu’elle nous exaspère, ville qui nous rend euphorique et colérique, qui nous transforme, qui nous façonne à son image, à la fois rude et fragile.

Crédit photo : Pascaline
Homme au chien, cours Julien. Crédit photo : Pascaline

Mon dimanche avait commencé avec un personnage cher à mes papilles et indispensable à mon quotidien : le vendeur de pâtisseries orientales. Son magasin est un peu comme on imaginerait les contes des mille et une nuits, rempli des mets les plus délicieux, des makrouts fondants vendus au kilo aux cornes de gazelles aromatisées à l’eau de rose, qui vous font de l’œil derrière la vitrine. Nous étions donc parties dans ce palais des délices une amie et moi, pour effectuer une commande. Le jeune homme, ayant vu nos yeux briller devant tant de sucre, nous a offert à chacune un petit assortiment de ses plus fines pâtisseries. Il était alors passé dans notre cœur, du statut de simple mortel à celui de roi des makrouts ! On entrait dans un univers fantastique ! Mais la journée me réservait d’autres surprises…

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Mets délicieux, la Rose de Tunis. Crédit photo : Pascaline

Au parc, où j’effectue mon jogging hebdomadaire, j’ai rencontré aussi moult personnages fantastiques : une dizaine de jeunes sportifs en herbe, qui passent leur temps à fixer obstinément les barres de musculation,  plutôt qu’à les toucher, en espérant peut-être que cet exercice leur permettra de gagner en masse musculaire. Un peu plus loin, un homme qui marche, les deux bras à l’horizontale, probablement en signe de remerciements à la terre mère… Un couple d’amoureux, dont le répit aura été de courte durée devant les allers incessants  des passants, quelques familles avec leurs minots qui squattent le parc à jeu, un autre jogger au look très 70’s, d’autres « djeuns » à l’American style plus actuel…

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Touristes égarés. Crédit photo : Pascaline

Le parc est un univers fabuleux, il est le seul endroit où des buissons solitaires émanent quelques vapeurs de cannabis. Où dans ces mêmes buissons, à quelques mètres de là, on peut retrouver un homme faire ses besoins le derrière à l’air. Et dire qu’on avait l’usage d’y cacher nos ravitaillements d’eau…. Son nom, le parc de « font obscure », véhicule diverses légendes, que mon amie me raconte, pour occuper mon esprit pendant que je cours, et laisse présager des pires scenarii. Pourtant,  jusqu’à présent ce qu’on a vu de plus effrayant c’est ce jeune exhibitionniste plutôt bien foutu, qui se pavanait sur notre chemin, sa corde a sauté de boxeur à la main. Et aussi peut-être, ces affiches de l’élu FN (Front national) qui désormais occupe le fauteuil de la mairie de secteur (13-14). Comme dans les films, les méchants ne sont pas toujours ceux que l’on croit…

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Escaliers de la gare. Crédit photo : Pascaline

Pour finir, j’ai croisé, le soir dans le métro, un homme que l’on appellera « Moïse », une étoile accrochée à un bâton, qui m’a demandé si j’avais du feu. Moment surréaliste. Dommage, j’ai peut-être raté l’occasion de contribuer au message prophétique… Arrivée à la gare, ou un piano a été installé dans le grand hall, j’ai aussi vu un couple venu d’une autre époque d’après le catogan de monsieur et la jupe à volants de madame, et visiblement un peu éméché, dansant la valse au son du piano. Ma journée s’est terminée sur cette scène, hors du temps. Clôture de rideau.

A bientôt, pour de nouvelles histoires fabuleuses…

 

Crédit photo : Pascaline
Badauds sur le Vieux-Port. Crédit photo : Pascaline


Alexandrie : trois regards sur l’Université Senghor

Trois mondoblogueurs sont passés par cette ville, en des temps différents, entre 2012 et aujourd’hui. Ils ont côtoyé de près ou de loin cet antre mystérieux que constitue l’Université Senghor au sein du paysage égyptien, et se proposent de vous la conter.

Pascaline : 

Crédit photo : Pascaline
Crédit photo : Pascaline

Un réveil matinal sur Marseille la méditerranéenne, une brise maritime, quelques coups de klaxons, me font penser à Alexandrie sa (fausse) jumelle. J’ai la lourde tâche, confiée par Djossè, mondoblogueur alexandrino-béninois, de vous parler de son Université que j’ai aussi connue : l’Université Senghor d’Alexandrie. Je rassemble mes souvenirs pour tenter de vous en faire un portrait le plus complet possible.

A cette heure-là, il y a un an, je pressais mes pas le long des rues encombrées de Mancheya, esquivant les bouts de trottoirs enfoncés, les marchands ambulants et les passants, pour me frayer un chemin vers mon lieu de travail. Les coups de klaxons successifs, les cris des marchands qui appelaient les clients, les discussions vivent de la rue étaient chargés de me sortir de ma torpeur matinale pour engager ma journée. Avant d’atteindre la corniche où j’allais trouver le chic bâtiment du Swedish institute, je devais passer devant la grande tour de l’Université Senghor. Une énigme alexandrine.

J’en avais entendu parler bien avant d’arriver en Egypte, par une amie qui était passée par Alexandrie quelques années auparavant et qui avait pu rencontrer certains de ses étudiants. Elle m’avait même confié la mission d’aller à la rencontre de ces « senghoriens », une fois arrivée en Egypte. Car, me disait-elle, ils sont très isolés, ils vivent dans une bulle, et ce serait super de monter un projet avec eux, de leur permettre de découvrir la ville, de rencontrer des égyptiens. J’avais un peu oublié sa mission une fois embarquée dans le flow alexandrin, et de Senghor je ne voyais que cette grande tour, découpant le ciel de la ville.

Je la côtoyais donc chaque matin ou presque, sans trop la voir, comme les foules d’alexandrins qui passaient par ici. Car mis à part sa hauteur majestueuse, que l’on voyait surtout au loin mais que l’on oubliait presque une fois à ses pieds, son insigne à l’entrée, et les bus garés en bas de la tour, on ne voyait pas grand-chose de Senghor. On ne savait pas grand-chose non plus. La francophonie avait son université ici, c’était un fait connu, mais de cette institution, on ne savait guère plus.

J’ai pu percer le mystère de Senghor grâce à un commentaire d’Atassé (Gratiano) sur mon blog, fraîchement ouvert à mon arrivée en Egypte :

« Embarqué dans la même aventure de Mondoblog, et surtout dans la même ville que toi!!!! que de plaisir de te lire. Contacte-moi si possible »

Disait-il, et je découvrais avec étonnement que Senghor était parmi la famille Mondoblog. Pour être honnête, à l’époque, je n’avais pas beaucoup plus d’idée de Mondoblog… Je suis donc allée à la rencontre d’un étudiant d’une université mystérieuse, et d’une communauté qui l’était tout autant à mes yeux.

Je pouvais donc rencontrer pour la première fois un mondoblogueur. Je pouvais dans le même temps, enfin fouler le sol de la grande tour et me pencher à ses fenêtres pour admirer la vue sur la corniche, la Bibliothèque un peu plus loin, et aussi le fort Qaitbay de l’autre côté. Je ne sais plus trop si l’angle de vue était aussi large, mais j’ai envie de le penser ainsi, pour vous donner une idée plus précise de la ville d’Alexandrie, embrassant la Méditerranée.

J’avais dû débarquer un vendredi ou un samedi, jour de repos pour les étudiants, et l’université que j’ai connue n’avait pas la vie animée que l’on peut imaginer. Quelques étudiants travaillant dans des salles presque vides, des professeurs et des employés ça et là, voilà tout. Toutefois, j’étais très heureuse à ce moment-là d’entrer à nouveau dans ce « monde » francophone qui m’était familier, alors que le reste de mes journées était une bataille avec mes rudiments d’anglais et mes balbutiements d’arabe égyptien fraîchement appris.

J’étais aussi très heureuse de rencontre ses étudiants, de découvrir leurs programmes et d’échanger avec eux sur la découverte d’Alexandrie qui nous était commune, mais tellement différente à la fois. Lorsque nous parlions de la ville, c’était comme si nous parlions de deux lieux distincts. Je l’avais découvert par le biais de mon volontariat à la Bibliothèque, puis à la fondation Anna Lindh, et par les réseaux et la vie culturelle qui entourent ces deux organisations.

Les étudiants de Senghor découvraient quant à eux l’Alexandrie de la francophonie, la cousine de Ouagadougou, ville également hôtesse du campus Senghor. Lorsque l’on est embarqué dans l’énergie du quotidien alexandrin, les négociations avec les taxis, les négociations avec les marchands, les sorties, la Bibliothèque, les Nescafé bin leben, les shisha tofeha, la corniche, Anna Lindh, les cours d’arabe, on oublie tout cela. On oublie même que la ville est sur le continent africain. Car pour beaucoup d’égyptiens que j’ai rencontrés, l’Egypte est au Moyen-Orient, avant d’être éventuellement en Afrique.

Il n’y avait que très peu de similitudes entre nos quotidiens finalement. Immergée dans la vie culturelle alexandrine, j’avais les informations et le temps nécessaire à la conter sur mon blog. Immergés dans les études et les plans de mémoire, les étudiants de Senghor avaient des priorités toutes autres, et ne devaient pas oublier pourquoi ils étaient là : étudier. Les exigences étaient sévères et la sélection d’entrée tout autant me semblait-il. Pas droit à l’erreur donc.

C’est peut-être pour cela que la tour est si haute : tournée vers le ciel tel un grand baobab, elle ne laisse pas le loisir à ses habitants de se pencher sur ses racines et la vie qui grouille en dessous. Mystérieuse et protectrice, elle veille sur ses rejetons pour les protéger du racisme, et des « chocs » culturels et pour leur permettre de mobiliser leur énergie ailleurs.

Pourtant, cette tour, je l’ai tout de suite reconnue dans l’article de Djossè, alors que j’avais quitté le pays, et qu’une nouvelle année commençait. Tout juste un an après moi, il débarquait à Alexandrie des rêves et des idées pleins la tête. Je découvrais avec plaisir son aventure, et me plongeait dans cette re-découverte au goût si particulier.

Pourtant, la ville que j’avais connue et celle qu’il décrivait là n’était plus tout à fait la même, seuls ses habitants restaient égaux à eux même. Une révolution et un changement de régime passé, comme la suite inéluctable des tensions que j’avais perçues tout au long de mon séjour égyptien. La seule question qui se posait vraiment alors que j’étais en Egypte était la suivante : quand sera la prochaine révolution ? Le temps nous aura donné une réponse après cette période d’incertitude des lendemains. Le couvre-feu, l’armée dans les rues, les portraits de Al-Sissi… je n’ai pas connu.

Alors à bien des égards, j’ai l’impression que Djossè et moi avons connu deux villes différentes. Deux mondes aussi. Pourtant, je prends plaisir à bavarder avec lui de ses découvertes, ses étonnements, ses questionnements, qui me sont tout de même un peu familiers. Ils me permettent de comprendre la ville qu’il a connu, la ville que j’ai manquée, et peut-être la ville que je redécouvrirais un jour. Le temps est fait d’incertitudes, pour Alexandrie comme pour moi. Alors je ne saurais vous le dire avec certitude.

Djossè :

Crédit photo : Djossè Tessy
Crédit photo : Djossè Tessy

Alexandrie, la ville qui m’adopte depuis maintenant plusieurs mois, on peut la raconter aussi différemment que les étonnements qu’elle inspire. Lorsque j’ai eu mon admission à l’Université Senghor en Egypte, le pays ne s’était pas encore remis de la révolution. Comment savoir la situation sur place ? Les médias nous montrent le peuple égyptien dans la rue avec l’armée désormais aux affaires. Les séries d’attaques à la voiture piégée ne pouvaient que donner une vision sanglante du pays. D’ailleurs, certains journalistes vont jusqu’à montrer la profonde dégringolade dans les statistiques de visiteurs de ce pays depuis que le vent du printemps arabe y a soufflé. La destination est déconseillée sur le site du Ministère français des affaires étrangères.

Moi, je tenais encore à me donner des arguments pour y aller. En faisant une petite collecte d’informations sur internet, je suis tombé sur le blog de Pascaline. Elle présentait une actualité égyptienne décalée, avec des illustrations qui donnaient le pays à voir en couleur, malgré l’ambiance délétère.

Je découvre Alexandrie quelques mois plus tard. Une belle ville qui borde la Méditerranée. Le bleu de l’eau et l’azur du ciel lui donnent une certaine convivialité. Seules les fissures des vieux immeubles qui pullulent dans la ville, les ordures dans les ruelles semblent écorcher cette beauté. Foudroyé par cette atmosphère bercée par l’air marin, j’ai oublié quelques instants mes peurs. Je ne me croyais pas dans un pays en crise politique. Et je me suis laissé aller à cette nouvelle romance qui, je l’avoue m’a aveuglé.

Mais au fil des jours, en s’infiltrant dans les marchés, dans le minibus pour se rendre à l’université, en écoutant les mésaventures de certains collègues, je découvre davantage cette ville, sa fièvre culturelle, son dynamisme et aussi les peines qu’elle peut procurer. Je découvre aussi la vie des alexandrins qui parfois me parait étonnante tant les contradictions sont profondes.

Les conseils reçus des anciens étudiants de cette université s’estompent très rapidement dans ma tête. Je me suis rendu compte que le temps dans lequel ils ont vécu même récent, connaît des évolutions surprenantes. Eux, ils ont vécu la révolution qui a fait partir Moubarak. Ils ont vécu l’air Morsi avec toute l’inquiétude de l’islamisation du pays. Moi je suis en train de vivre l’air Al-Sissi. Et c’est comme si les règles changeaient selon les périodes. Les modes de vie aussi. Pour moi, le plus important est de me concentrer sur le but de ma présence ici : étudier.

A voir la belle Bibliotheca Alexandrina qui se dresse sur la corniche, l’envie d’épouser la connaissance se renforce. Ce n’est pas le géant bâtiment de l’Université Senghor, opérateur direct de la Francophonie, qui enlève cette motivation. De la corniche, cet édifice ne passe pas inaperçu. Étudier à l’Université Senghor est le rêve de beaucoup de jeunes francophones. Il s’agit d’une expérience unique de côtoyer plus de dix-neuf nationalités différentes, toutes francophones venues pendant deux années universitaires. La diversité culturelle en marche. De nouvelles amitiés et le partage de cultures qui en résulte accompagnent cette riche formation.

Les auditeurs en Master développement à l’Université Senghor ont des niveaux d’étude aussi diversifiés (allant de la licence au doctorat) que les formations dont ils sont issus : du droit à la microbiologie en passant par la sociologie, la médecine, la documentation, l’économie. Au terme de la formation, c’est plus de deux cent cadres âgés de moins de trente six ans qui vont contribuer au développement du continent africain. Les professeurs viennent de différents coins du monde francophone. Je sais lire leur plaisir d’être invité pour un enseignement, dans leur abnégation. Des moments jouissifs, ils en connaissent au moment de la prise de contact et lors de la photo de famille, à la fin du cours.

L’université Senghor, un vrai symbole de la Francophonie dans un pays arabophone. D’ailleurs, c’est l’une des questions qui a meublé nos discussions entre collègues de l’université, les premiers jours de la rentrée alors qu’on commençait à peine à faire connaissance. Alors, pourquoi l’Université Senghor en Egypte ? Il fallait se rendre à l’évidence que le lobbying politique de Boutros Boutros Ghali, ancien secrétaire général de la l’Organisation Internationale de la Francophonie pour que l’Egypte abrite cette université, a été pour beaucoup. La portée culturelle de la ville Alexandrie aussi.

L’anglais, mieux que le français est un luxe pour les égyptiens, surtout dans la rue. Les difficultés à s’exprimer avec les égyptiens sont devenues frustrantes. Il faut se débrouiller avec quelques bribes d’anglais parce qu’on ne parlait aucun mot d’arabe si ce n’est pour dire merci (shoukran). Tant pis si vous ne savez pas qu’il faut avoir un papier mouchoir sur vous à montrer au vendeur pour l’acheter. Mieux, écarquiller les yeux sur son présentoir pour trouver le produit recherché. Et quand vient le moment de solder sa facture, le réflexe, c’est de prendre une calculatrice pour faciliter la communication.Cette barrière linguistique n’a pas favorisé l’intégration des « senghoriens » avec la culture égyptienne. Ils sont donc obligés de rester dans leur cercle de compatriotes dans lequel ils sont à l’aise, avec quelques liens qui se créent avec d’autres communautés. De ce fait, malgré la forte attraction qu’est capable d’offrir cette ville, il n’est pas chose aisée de se trouver souvent des centres d’intérêt.

On se retrouve alors comme dans une bulle où les seuls lieux qu’on sait fréquenter sont l’université et la maison. Beaucoup plus l’université que la maison. Le premier étant le lieu du déjeuner et du petit déjeuner. C’est le lieu des cours et de la bibliothèque. C’est le lieu des activités culturelles qu’organisent les étudiants. C’est aussi le lieu où se créent les affinités et Dieu sait qu’il y en a beaucoup. Finalement c’est comme un pays dans un autre parce que les étudiants arrivent à créer leur vie dans cette portion de terre qui leur est réservée.

Avec Pascaline, l’entame d’une discussion se fait en arabe dialectal. Nous partageons cette passion alexandrine, que les étonnements, les questionnements, aussi bien les miens que ceux que ses souvenirs ravivent, rendent vive. Il arrive qu’elle décrive des réalités que je n’ai pas connues. Elle décrit d’autres que je connais, que je vis. Mais les égyptiens eux-mêmes n’ont pas changé. Même s’il m’arrive de me lasser de la vie monotone d’ici, à compter les jours au gré du soleil qui se lève, Alexandrie peut me manquer. Elle m’a déjà manqué une fois alors que je suis juste parti juste pour une semaine. Et maintenant, je ne sais comment ce sera la prochaine fois, tant l’envie de repartir pour beaucoup plus longtemps me prend déjà.

Atassé :

Crédit photo : Djossè Tessy
Crédit photo : Djossè Tessy

Le rêve d’un voyage dans une ville si grande par son histoire, « Alexandrie », ne peut se terminer que quand l’on foule avec le pied le sable fin de la méditerranée. En réalité je me demande même si ce rêve est réellement terminé ? Si grand et si haut et là je ne parle pas que de la grande muraille de l’Université Senghor mais aussi de la ville d’Alexandrie.

Mon rêve a pris forme un Dimanche du mois de Septembre il y a deux ans. Ce rêve, je l’ai vécu réellement en deux phases. La première partie de mon rêve je l’ai passé à scruter chaque mètre de la ville d’Alexandrie qui s’offrait à Moi. Où suis-je ? Qu’est-ce que je cherche ici ? Que racontent ces milliers de passants que je croise ? Ces questions ont sans doute rythmé mon rêve qui m’a amené à découvrir le Nil, la Méditerranée, les Pyramides, la langue arabe…. Ce fut à la fois un mélange nostalgique de mon Afrique Noire et un mélange de curiosité et de découverte de l’autre…Cette première partie de mon rêve a très vite pris fin avant que le cauchemar ne s’empare du reste de mon existence. J’ai dit cauchemar ? Bon je dois l’avouer, entre le rêve et la réalité l’écart est sans doute trop grand.

 La deuxième partie de mon rêve court de deux heures du matin à sept heures. En réalité c’est seulement à deux heures du matin que la ville d’Alexandrie semble trouver un semblant de calme accordant un léger répit à ceux qui doivent se réveiller très tôt le matin pour vaquer à leurs différentes occupations. Cette deuxième partie de mon rêve a commencé par le coup de fil d’une amie, d’une mondoblogeuse, sans doute aussi curieuse que moi, mais plus ouverte et plus intégrée. Avec elle, l’aventure fut autrement. La passerelle est désormais créée entre elle qui représente pour moi l’Egypte vu autrement et l’Université Senghor, cette muraille de fer imbattable et imprenable qui reste incompris de tous les Alexandrins, surtout ceux de la basse classe.

 Pour elle et pour moi, le regard est désormais différent. Sans quitter ma muraille de fer, j‘ai pu me promener dans le désert, découvrir les grandes villes du Sud de l’Egypte et surtout revisiter ces multiples salles de classes de l’Université Senghor qui semblent tenir un autre langage. Cette deuxième partie de mon rêve, j’aurais aimé qu’elle dure plus longtemps. Mais malheureusement elle fut la plus courte.

 J’ai redécouvert mon Université. Le ballet incessant de défilement de ces professeurs venus de partout dans le monde et qui faisait de moi un citoyen universel. Le débat toujours engagé avec tous les étudiants provenant de tout l’espace francophone se terminait toujours par cette satanée phrase « chez moi ! » comme si finalement chacun revendiquait sa spécificité dans un monde qui se veut de plus en plus universel.

 Il y en a sans doute dans cette centaine d’étudiants de l’Université Senghor que je ne rencontrerai plus. Il y’ en a aussi de ces visages arabes, que je ne verrai plus… Mais on a vite fait de me dire que dans la vie on ne dit jamais….jamais.

 En attendant que ce « jamais » ne disparaisse de la langue de Molière pour me laisser le droit de rêver à nouveau, je me sens aujourd’hui comme neuf, lavé par le Nil, nettoyé par la Méditerranée et bronzé de mon noir africain par le soleil de la grande bourgade d’Alexandrie.

 Je suis fier de mon Afrique si diversifié, si multiculturelle, si belle et si accueillante.

 Cet article est également disponible sur le blog de Djossè et de Atassé.