Thélyson Orélien

Haïti : Terre de rêveurs !

Haïti a plus de 200 mille banques de borlette, appellation populaire des établissements où l’on peut jouer à la loterie populaire. Beaucoup d’Haitiens rêvent d’y gagner des millions pour échapper à la pauvreté.

Guichet de borlette, le loto local, près de Jacmel. © Gaël Turine / GEO

Il y a une banque de borlette*  sur la Grande rue de Port-au-Prince où les Haïtiens parieraient sur des chiffres jusqu’à leurs dernières gourdes dans l’espoir de gagner une fortune. Cela s’appelle, de manière appropriée, « c‘est mon rêve »,  parce que les chiffres les plus chanceux sur lesquels parient les gens viennent de leurs songes ( des rêves qu’ils ont eus la nuit ). En Haïti, pays appauvri, gagner à la loterie est l’un de ces désirs communs partagés par le peuple qui joue. Les petites banques de borlette sont animées toute la journée. La nuit, des silhouettes sombres s’assoient devant les portes grandes ouvertes de ces banques, se découpant sur les lumières brillantes. Àl’intérieur, les Haïtiens sont invités à tenter leur chance. Si la borlette ne vous attire pas, d’autres jeux de hasard sur les trottoirs situés à l’extérieur le seront.

Une petite foule se rassemble pour regarder un homme qui a eu une série de victoires dans un jeu de cartes, le rouge gagne et le noir perd : « applaudissez le monsieur qui vient de gagner 10 000 gourdes » soit 107.15 $US ou 97.10 Euros. Il fait sombre sur le trottoir, mais la lumière provenant de petites lampes fixées aux roues de fortune illumine le visage de la foule, figé avec intensité. Le jeu est une affaire sérieuse ici. Les gens ont misé leur dernier centime sur ce qu’ils pensaient être un pari sûr, maintes fois. Mais la grande victoire est rare en Haïti et très souvent beaucoup de gens perdent.

De même que la manne des rêves arrive rarement aux Haïtiens qui jouent, de même la liberté insaisissable leur échappe. Dans un petit pays où règnent la violence et la terreur, le sujet de conversation et de rêve préféré, à l’instar des chiffres, sont la liberté et la démocratie. Pour cela, les Haïtiens ont misé les plus gros enjeux. C’est la tragédie de ce pays pour qui tant de vies ont été perdues au cours de tant de périodes violentes. Des vies perdues comme des jetons sur une table à roulettes.

Partout en Haïti, des étrangers se heurtent aux rêves. On peint le mot – rêve – dans plusieurs noms d’entreprises, dans des phrases écrites sur des bus qui relient les voyageurs d’une ville à une autre, sur des murs de taudis griffonnés comme des monolithes poétiques. Les peintres haïtiens utilisent le rêve du paradis comme thème de l’art du trottoir bon marché qu’ils souhaitent vendre aux rares touristes qui s’aventurent bravement en Haïti ces jours-ci.

Le paradis est peint comme un rêve de jungles et de forêts peuplées de tous les animaux de l’arche de Noé, des animaux que les peintres Haïtiens n’ont jamais vus, sauf dans des films ou en images. Mais ils les peignent avec confiance, en acceptant un fait qu’ils ne peuvent jamais espérer voir de leurs propres yeux. Un Haïtien n’a peut-être pas visité le paradis, mais il sait qu’il existe parce qu’il en a rêvé. De même, il n’a peut-être jamais connu la vraie démocratie, mais il sait quelque part qu’elle existe car il en a rêvée.

Le rêve de la liberté est né du désespoir des esclaves africains, devenus Haïtiens. La vie misérable de ces derniers sous le système esclavagiste et raciste des plantations coloniales françaises a accouché révolte plutôt que douleur et supplication. Ces esclaves ont rêvé de liberté. En se révoltant contre Napoléon, ils ont combattu l’Armée Française et ont gagné la Guerre de l’Indépendance. Dès lors, Haïti est devenue la première République noire au monde en 1804 et la deuxième Nation indépendante de l’hémisphère occidental après les États-Unis. Cet acte de révolte courageux a changé le cours de l’Histoire pour beaucoup de noirs  et a servi d’exemple pour d’autres peuples asservis par un système esclavagiste, colonialiste et raciste. Quand le fouet était dans leur dos, les Haïtiens ont gardé le rêve de liberté à l’esprit et l’ont fait passer d’une plantation à l’autre au moyen des tambours vaudous.

Cette grande soif de liberté a fait d’Haïti un pays de rêveurs sérieux, mais traditionnellement, les rêves se sont transformés en cauchemars. Comme une peste, des cauchemars ont envahi Haïti sous le règne de plus de 38 dictateurs, empereurs et présidents. C’est le rêve devenu cauchemar qui a amené un dictateur comme François Duvalier à la présidence à vie et qui a maintenu sa famille au pouvoir pendant trente ans. Chaque fois que les Haïtiens ont osé rêver de liberté et y ont misé, le cauchemar s’est introduit.

Le premier dirigeant d’une Haïti libre – le père de la Nation et Héros de l’Indépendance, Jean-Jacques Dessalines – était un homme ancré dans le monde moderne. Il ne partageait pas les rêves de l’esclave africain libéré d’un paradis africain perdu. Pour créer un état noir moderne, il devait être exigeant et souvent cruel. Dans le but de mettre Haïti sur la carte des temps modernes, de nombreux anciens esclaves sont morts pendant cette transition.

Des années plus tard, lorsque François Duvalier, un humble docteur noir issu des masses s’est présenté à la présidence, il a été élu sur une plate-forme noiriste***. Dans un pays dirigé par des mulâtres (personne née de l’union d’un homme blanc avec une femme noire ou d’un homme noir avec une femme blanche), un homme du peuple, majoritairement noir, était immensément populaire. Ce qui a commencé comme un rêve quand il a été élu est devenu de plus en plus un cauchemar lorsque François Duvalier alias « Papa Doc » s’est révélé être un chef maniaque qui utilisait le meurtre et le vaudou pour maintenir une règle tyrannique jusqu’à sa mort.

Il a gardé le peuple dans la pauvreté et l’ignorance. Lorsque son fils, le dictateur Jean-Claude Duvalier alias « Baby Doc », a fui Haïti pour la France en février 1986, les Haïtiens ont de nouveau rêvé de démocratie et se sont laissé guider par une junte militaire. Mais la junte  a tourné le dos aux Haitiens lorsque ses criminels ont assassiné des électeurs lors du scrutin post-Duvalier tant attendu. Les citoyens qui cherchaient désespérément à changer l’Histoire en ont saisi l’occasion, ils ont joué leurs numeros en allant voter. Mais ils ont été massacrées à coups de machettes et de mitraillettes.

Le rêve des Haïtiens étaient centrés sur le départ de Duvalier. Les gens pensaient que lorsqu’il partirait pour l’exil, cela ouvrirait la voie à leur rêve. Helas! Aujourd’hui encore un secteur, dite démocratique, veut la démission du président actuel Jovenel Moise. les choses se répètent. Nous rêvons à chaque fois, mais nous ne nous souvenons jamais de l’Histoire.

Pourtant, dans ce pays d’une beauté extraordinaire, au peuple courageux et resilient, il existe des refuges pour les rêves. C’est l’une des raisons pour lesquelles la religion vaudou a maintenu son influence dominante sur la culture haïtienne.

Le vaudou est une religion de rêveurs. En fait, l’un des esprits les plus en vue du panthéon vaudou est Erzulie, déesse de l’amour, considérée comme la divinité du rêve. Chez Erzulie, le rêve se reprend là où la réalité se termine. Elle est la réalisation de la perfection, la réalisation du rêve même. Elle est le mythe de la mère de l’homme, tout comme Marie dans la religion Catholique. À travers elle, certains Haïtiens sont obsédés par la vision d’une vie qui transcende toutes les difficultés qu’il doit affronter chaque jour, un rêve de luxe.

Au pays des rêves, que veulent les Haïtiens? Pourquoi, après tant de sacrifices et de violences, n’ont-ils pas été capables, en tant que personnes ou en tant qu’individus, de réaliser bon nombre de leurs rêves? Le rêve le plus important à l’heure actuelle est d’avoir le minimum vital – travail, foyer, bonne santé, sécurité, liberté d’expression , une éducation qui conserverait la valeur de la culture mais préparerait également les gens à un métier ou une profession. Mais comment réalisons-nous ces rêves? Pour ce faire, nous avons besoin d’un système de gouvernement, disposé à garantir les droits de l’homme qui profiteront à tous.

Pour les classes d’élite, le rêve est de quitter le pays pour les États-Unis, le Canada ou l’Europe. Ces classes sont suffisamment riches pour échapper à la réalité du comportement déviant des autres classes. Pour ce qui est de la jeunesse haïtienne, ils sont à la recherche. Ils ont des idées mais ils n’ont ni les moyens ni la liberté de les concrétiser.

Dans un bidonville boueux de Port-au-Prince, après une pluie matinale, les gens dévalent l’une des rues principales. Ici et là, des femmes vendent de petites piles de charbon de bois, d’oranges ou de riz, étalées sur des feuilles en plastique pour les protéger de la pluie et des boues qui en résultent. Les chiens jappent et courent des rochers jetés par les enfants. Toute la scène est une frénésie totale, avec une routine névrotique à suivre, comme d’habitude, alors que les gens se précipitent pour gagner quelques sous.

Une femme jette un coup d’œil par la porte recouverte de tissu. Elle n’a pas conscience de son environnement, complètement perdue dans ses pensées. Lorsqu’un étranger lui parle, il faut quelques secondes pour la ramener à la réalité. A quoi pense-t-elle? Elle pense à une robe qu’elle avait lorsqu’elle était petite fille. C’était une couleur brillante avec des volants. Chose qu’elle n’a jamais eu, dit-elle, parce que sa famille était trop pauvre.

De l’autre côté de la ville, dans un quartier bourgeois de Port-au-Prince, trois jeunes femmes haïtiennes dorment sur un lit double dans la chambre à l’étage d’une maison majestueuse de deux étages. Ce sont toutes des amies proches et à l’aise comme des soeurs.

Au-dessus du lit, une immense fenêtre s’ouvre, permettant ainsi au trio de se réchauffer sous le soleil de l’après-midi alors qu’ils décrivaient leurs rêves et leurs espoirs pour l’avenir d’Haïti.

« La réalisation des rêves du pays est également la mienne », a déclaré l’aînée. « Nous avons besoin de tout changer pour créer une belle Haïti et, petit à petit, nous l’aurons. »

Elle décrit cette pensée comme si elle flottait juste devant elle.

« Comme la prétendue révolution contre Duvalier, il faut que la majorité change les choses. C’est nous, la classe favorisée, qui devons effectuer les changements parce que nous sommes en mesure de le faire. Mais nous devons avoir des changements dans la structure des classes et rendre les choses plus équitables pour tout le monde dans le pays.

« Oui, j’intègre aussi mes rêves dans la libération réelle d’Haïti. Nous devons faire une révolution à l’haïtienne. Nous n’avons pas besoin de copier la révolution de quelqu’un d’autre: ni des États-Unis ni de Cuba, ni du Nicaragua. Les gens ont peur du mot. Ils l’associent à des choses négatives. Ils pensent que cela signifie enlever des libertés ou prendre les armes. Mais quiconque est venu ici pour constater par lui-même conviendrait que beaucoup de choses doivent changer. »

« Les gens sont déjà tellement opprimés par la façon dont ils sont forcés de vivre – entassés par milliers dans des bidonvilles. Les paysans affamés. Les  gens qui esquivent des balles dans leurs maisons la nuit – Nous devons prendre notre destin dans nos propres mains, pas d’interférence extérieure. »

Sur ce, elle saute du lit et va chercher des rafraîchissements. Maintenant, la troisième femme vêtue de noir, vêtements de deuil, à cause de la mort de sa grand-mère, hoche la tête avec enthousiasme et applaudit pour affirmer ce que son amie a dit.

« Notre révolution sera vraiment belle mais personne d’autre ne devrait être impliqué. Les Etats-Unis veulent rêver pour nous. Les Haïtiens qui vont aux Etats-Unis pour étudier puis rentrent en Haïti reviennent avec un rêve américain. Mais ce n’est pas notre rêve. »

Elle s’est assise.

« Nous voulons un système à nous pour notre pays, quelque chose faite sur mesure, pas quelque chose conçu par l’aide étrangère. Trop d’attachements. L’aide est un moyen de contrôler nos vies. L’homme blanc vient et offre ce qu’il a. Il peut être un travailleur humanitaire, un ministre, un homme d’affaires.
« L’agent humanitaire vient tuer nos cochons créoles, la banque des paysans, à cause de la peste porcine. Nous devons donc acheter des porcs américains qui coûtent plus cher à nourrir que la famille du paysan. «

La troisième femme était passionnée pour raconter ses convictions. Ici étaient des porteuses des rêves de générations d’Haïtiens, passés et futures .

En Haïti, un proverbe affirme qu’au-delà des montagnes, il y a plus de montagnes. C’est le rêve du paysan d’une terre sans fin qui rapportera des richesses à son propriétaire. Posséder tout ce qu’il voit a toujours été le rêve du paysan haïtien. L’esclave africain l’a emporté et les Haïtiens se battent depuis pour l’obtenir. Mais maintenant la terre est en train de mourir. Les parcelles agricoles sont petites et généralement louées et non possédées. La terre est surchargée et les systèmes de marché dans lesquels les produits sont achetés et vendus sont mal organisés.

Lorsque des paysans tentent effectivement d’organiser des coopératives communautaires, les grands propriétaires les attaquent, les font arrêter ou taxer. La vérité est qu’une fois que le paysan, qui représente quatre-vingts pour cent de la population, réalise sa force, ces choses seront terminés.

Les paysans de Petite Riviere de l’Artibonite espéraient s’organiser pour empêcher les gros propriétaires terriens de prendre leurs maigres parcelles. Ils se sont regroupés et ont décidé de se rendre en ville pour s’adresser aux propriétaires fonciers. Plus de trois cents d’entre eux se sont rassemblés à la campagne. Ils ont fait des signes et chanté des chansons sur la terre. Ils ont laissé leurs machettes derrière eux pour ne pas poser de menace. Mais les propriétaires terriens, au courant de leur organisation, ont formé leurs propres travailleurs en une force qui a attaqué les paysans alors qu’ils descendaient les collines menant à la ville.

Plusieurs paysans ont été brutalement massacrés avec des machettes, des gourdins et des fusils. Leurs corps sont tombés dans des ravins et leur sang a lavé la terre longtemps négligée par la pluie. Leur espoir de dialogue a été tué avec leurs rêves. Les familles se sont retrouvées sans pères et maris. Une veuve qui a décrit l’événement et la répression qui a suivi a secoué la tête, consternée, alors qu’elle se souvenait de la tragédie. « La campagne pour les Haïtiens, » at-elle dit, « est le berceau et le cercueil de tous nos rêves. » (voir Conflits terriens et réforme agraire dans la plaine de l’Artibonite (Haïti)

Un non-Haïtien ne peut jamais espérer comprendre en quoi consistent les rêves d’Haïti. Les Haïtiens ont été façonnés par des circonstances extraordinaires. Mais dans leurs rêves, ils voient la réalité de la façon dont les choses auraient dû être pour eux.

Notre histoire ne nous a pas permis de faire autrement. Comprenez si vous le pouvez, qu’Haïti a été façonnée par la violence, la trahison, la survie du plus fort. Elle a été maintenue dans l’ignorance et la pauvreté, de sorte que quelques-uns puissent conserver le pouvoir. Acheter des gens pour quelques dollars et leur faire faire n’importe quoi les uns aux autres.

Nous sommes notre pire ennemi, l’ennemi vit ici, parmi nous. Nous sommes l’ennemi !


Voici comment changer votre photo de profil Facebook aux couleurs d’Haïti

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Des utilisateurs de Facebook montrent leur soutien aux victimes de l’ouragan Matthew qui a fait des victimes en Haïti (Jérémi, Cayes et ses environs), en changeant leurs photos de profil aux couleurs d’Haïti. Vous pouvez, vous aussi, montrez votre soutien pour le peuple Haïtien en mettant à jour temporairement votre photo de profil.

VOICI LA MARCHE À SUIVRE :

1. Cliquez sur ce lien.

2. Une fois rendu sur la page, cliquez sur le bouton bleu sous le drapeau haïtien pour vous connecter à Facebook.

3. Ensuite, ajustez l’opacité du filtre avec le curseur sous votre photo de profil et appuyez sur suivant.

L’ouragan Matthew est le quatorzième système tropical de la saison cyclonique 2016 dans l’hémisphère nord et le second ouragan majeur (catégorie 3 ou plus). Issu d’une onde tropicale sortant de la côte africaine*. Matthew est devenu rapidement un ouragan placé en catégorie 5 en moins de 2 jours dans la mer des Caraïbes, le premier ouragan à atteindre ce niveau dans le bassin atlantique depuis Felix en 2007. Matthew est passée entre Cuba et l’Île d’Haïti (Haïti et République dominicaine) le 4 octobre à la catégorie 4, faisant environ 900 morts en Haïti. Plus de 29 000 maisons ont été détruites dans le département du Sud et le département de la Grand’Anse.

Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, plus de 21 000 personnes ont été évacuées et 350 000 ont besoin d’assistance. Soyons solidaires !
_________________________
*Avila, « Hurricane Matthew Discussion Number 12 » [archive], National Hurricane Center,‎ 30 septembre 2016 (consulté le 30 septembre 2016).


Haïti-Insécurité: Willems Edouard a été assassiné ce matin, une victime de trop !

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Je viens d’apprendre une nouvelle triste et tragique ce matin. Deux hommes à moto auraient attaqué mon ami Willems Edouard, à l’angle de la rue Gabart et Rébecca avant de lui tirer dessus. Celui qui représente la voix de la défense des droits d’auteur en Haïti, est mort sur le coup.

Gisant dans son sang après plusieurs minutes, le corps de Willems a été conduit à la morgue après verbalisation de juge de paix accompagné des agents de la police.

couverture_wedouard_final1Méticuleux et très responsable, Willems Edouard animait conjointement la rubrique Angle droit dans la Plateforme Web-participative Haïtienne ouverte au monde Parole En Archipel que j’ai créé depuis 2008, et le journal Le National depuis plusieurs mois. Poète et ex-directeur général des Presses Nationales d’Haïti, Willems Edouard est l’auteur du recueil de textes «Plaies intérimaires», paru en 2004 chez Mémoire d’Encrier. 

C’est avec respect que je m’incline devant la dépouille de cet homme de grande culture qui a participé à la formation de plusieurs générations de jeunes Haïtiens.

Les bandits et les criminels qui font la pluie et le beau temps depuis quelques mois dans le pays font déjà bon nombre de victimes. Au su et au vu des autorités policières sensées d’assurer la sécurité des vies et des biens.

De jeunes intellectuels haïtiens ont été assassiné, parmi ceux que je 1connais, je peux citer : Robert Anglade, Jean Marie Fritz Henry (dit Tatache), Joseph René Misère, David Dumé, Lyonel Prévilon, François Gérald, Jean Louis Placide, Denel Toussaint, Ernst Louis, Stéphane Bruno, Aspil Pierre Louis Roc… la liste de ces citoyens tombés sous les balles assassines durant les quatre derniers mois (de mars à juin) est très longue. Le dernier assassinat, jusqu’à date, est celui de Willems Edouard lâchement abattu ce vendredi 8 juillet 2016 à la rue Gabart à Pétion-Ville. Haïti a donc perdu une compétence incontestée et incontestable.

Ce fut le seul spécialiste haïtien en matière de politique de Droits d’Auteur. Licencié à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques (FDSE) et détenteur d’un Diplômes d’études supérieures spécialisées (DESS) en management culturel (Paris-III Sorbonne Nouvelle/FIC), Willems Edouard, après sept années passées aux Presses Nationales, fut avocat et consultant auprès du Bureau haïtien du Droit d’Auteur.

La question que je me pose: Les Haïtiens vivent-ils une situation d’insécurité généralisée ou de criminalité organisée ces derniers mois ?

Lire quelques lignes de Plaies intérimaires de Willems Edouard

Une cascade tamtame des hommages
Boucan célèbre un corps diamanté d’infinies gouttelettes joaillières

Tout le printemps du monde contredanse
sous la joliesse des feuillages
et les parois des falaises fastes d’aise
les berges en enfance dérivent sur
ces eaux abordant tes merveilles d’un autre monde
voici qu’un kata de clapotis psalmodie
mes joies moites
mon sang froissé
mes gestes pubères
et mon silence vociférant

En cet après-midi de soleil nègre
mon cœur arrête de zapper
il y a échouage
deux cœurs s’archipellent dans un paradis d’occasion

© Plaies intérimaires — éditions Mémoire d’encrier (Montréal, 2004), pages 13 et 14.


Port-au-Prince cristal fragmenté

La mort,
tel un faucon plane.
Elle guette ses proies,
de tout son poids.

Port-au-Prince
cristal fragmenté
Se réveille chaque jour
pleurant un fils
un inconnu abattu par la nuit.

Par un pistolet.
Par une,
par deux,
par trois cartouches froids
comme les yeux de leurs porteurs.

Ont pénétré dans la maison
semant le deuil.
Sont repartis calmes.
Sont repartis avec sécurité.
Laissant un concert de mouches.
Vacarme de micros.


Le temps qui reste

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Dans un pays qui ne finit pas d’en baver au rythme des séismes, des cyclones et des dictateurs, dans un pays où l’idyllique beauté semble tromper si sûrement les hommes, la vie ne pourra malgré tout être complètement éradiquée. Dans un pays blessé, écorché, aux chairs encore béantes, il reste place pour l’humanité, et pour l’amour.

Fiche technique

ISBN         9781329696808
Édition       Éditions des Marges
Éditeur       Éditeur Francophone Canadien
Publié         17 novembre 2015
Langue        Français
Pages          108
Reliure        Couverture souple, reliure dos carré-collé
Encre intérieure Noir & Blanc
Poids 0,21 kg
Dimensions (centimètres) 15,24 (largeur) x 22,86 (hauteur)

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Ces animaux primitifs et belliqueux qui terrorisent notre monde

L’humanité pensait vaincre l’obscurantisme. Terrible erreur…

La barbarie est désormais plus forte que jamais. Les nouveaux attentats de Paris révèlent le visage le plus hideux du fanatisme. L’idée était certainement de montrer que personne ne soit en sécurité. Plusieurs points ont été attaqués simultanément.

Les attaques ont eu lieu au Stade de France, au Bataclan et dans les quartiers parisiens où résident diverses communautés. La vidéo enregistrée par le journaliste Daniel Psenny, disponible sur le site du journal Le Monde, est dévastateur. Il a secouru un blessé avant de se prendre une balle dans le bras.

Ces animaux primitifs et belliqueux continuent dans leurs terreurs les plus abjects, ils hantent notre monde. Viendra le temps d’établir un nouveau particularisme universelle contre ces monstres.

Le Bataclan, théâtre où se jouait le concert d’un groupe de Heavy Metal américain . Mais surtout il est située sur le boulevard Voltaire. C’est une attaque contre le nom des Lumières, contre les feux, la raison. Une fusillade contre le nom de cet homme qui a crié «Écrasez l’Infâme».

L’Infâme, désigne le fanatisme, un fanatisme que Voltaire n’a cessé de dénoncer depuis son séjour en Angleterre en 1726. De ce combat qui passionne l’Europe éclairée, et qui ne sera relayé dans l’inconscient collectif que par l’affaire Dreyfus, naît Le Traité sur la tolérance qui commence alors à circuler et dont Voltaire écrit : «Il y a des viandes que l’estomac du peuple ne peut pas digérer.»

Il invite à la tolérance entre les religions et prend pour cible le fanatisme religieux.

«Craignons toujours les excès où conduit le fanatisme. Qu’on laisse ce monstre en liberté, qu’on cesse de couper ses griffes et de briser ses dents, que la raison si souvent persécutée se taise, on verra les mêmes horreurs qu’aux siècles passés ; le germe subsiste : si vous ne l’étouffez pas, il couvrira la terre.»

Avec l’âge on s’aperçoit que les circonstances se répètent encore et encore et que l’humanité apprend très lentement, voire… pas du tout! Or la différence entre l’optimiste, le cynique ou le pessimiste se trouve entre le lentement et le pas du tout. Le monde devra davantage s’engager dans une lutte totale contre le terrorisme, afin d’éliminer toute la folie meurtrière de ces groupes extrémistes de la surface de la terre. En espérant quand même que l’amour vaincra…


L’erreur stratégique de Tsipras

Après un détour référendaire, les représentants de la Grèce et les prêteurs européens ont annoncé un accord qui fait de la place pour un autre programme d’aide au pays. Confronté à de dures réalités, le premier ministre grec et chef de la coalition de la gauche radicale, Alexis Tsipras, a cédé aux exigences des prêteurs en acceptant de nouvelles propositions imaginées par l’Eurogroupe: pratiquement les mêmes qu’il avait rejetées lors du référendum de juillet.

Les prêteurs ont montré une volonté d’offrir un troisième paquet de sauvetage à la Grèce pour couvrir les besoins du pays : elle pourrait obtenir plus de 80 milliards d’euros. Les deux premiers plans de sauvetage de 2010 et 2012 avaient pris fin alors que le pays ne pouvait pas rembourser ses créanciers – la Banque centrale européenne (BCE), le Fonds monétaire international (FMI) et la Commission européenne- voire même sa propre administration.

Au total, l’Union européenne et le Fonds monétaire international, par l’entremise du Mécanisme européen de stabilité (MES), ont prêté 254 milliards d’euros à la Grèce. Qu’en sera-t-il maintenant pour cette troisième phase d’aide ? Les banques grecques, sur le bord de l’abîme, recevront également un soutien allant jusqu’à 25 milliards d’euros pour une recapitalisation, dont 10 milliards seront alloués immédiatement. La moitié des créances des banques ont été effacées en 2011 et 2012.

Rien n’est gratuit dans toute négociation. Pour être admissible à l’argent, le gouvernement grec fera face à des coupures budgétaires, augmentera les impôts et mènera à bien ses privatisations en cours. La Grèce devra se soumettre à l’austérité sévère, qui comprend l’augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée et la mise en œuvre des réformes dans son système de retraite, l’un des plus hauts points de résistance du gouvernement grec. L’Eurogroupe exige d’Athènes des abandons de souveraineté aux dates des périodes de soldes, la surveillance des institutions internationales, l’imposition d’un droit de regard sur les institutions et les projets normatifs grecs.

Il sera également question d’appliquer un mécanisme quasi automatique pour les réductions de dépenses si Athènes écarte des objectifs d’excédent primaire dans le processus d’assainissement de ses banques. Il est prévu que les titulaires de comptes grecs aient des pertes sur les montants déposés au-dessus d’un certain niveau, comme ce fut le cas lors de la crise financière chypriote de 2012-2013. Ces mesures doivent être mises en œuvre pour que l’accord soit complètement validé. Les économies totales estimées pour la Grèce sont de 12 milliards d’euros sur deux ans.

Erreur stratégique

Le résultat des négociations tendues qui sont passées de la nuit du dimanche 12 juillet à lundi 13 juillet 2015 montre que la réalisation du référendum grec était une erreur stratégique de Tsipras. Appelés à renforcer leur position dans les négociations avec les prêteurs juste après le résultat du « non », les Grecs, qui ont fait un référendum contre l’austérité, reçoivent finalement des mesures encore plus austères après deux nuits incroyablement mouvementées. Alexis Tsipras a reconnu lui-même avoir signé un texte auquel « il ne croit pas », mais qu’il quand même signé.

« J’assume mes responsabilités pour toute erreur que j’ai pu commettre, j’assume la responsabilité pour un texte auquel je ne crois pas mais je le signe pour éviter tout désastre au pays. »

D’une part, Tsipras a frustré l’attente des Grecs qui ont voté « non » et les membres de son parti Syriza, premier parti au Parlement grec, qui rassemble des groupes plus radicaux de gauche et d’extrême gauche. D’autre part, il a été désavoué par son ministre des Finances Yanis Varoufakis, qui a démissionné de son poste au lendemain du référendum, ce qui a éveillé les soupçons sur l’engagement de Tsipras à la mise en œuvre des mesures convenues.

Si les Grecs qui ont voté « non » voient le règlement comme une trahison, des pays comme le Portugal et l’Espagne, qui ont été contraints d’adopter des mesures d’ajustement budgétaire strictes par une aide beaucoup plus faible, ne sont pas très joyeux devant le volume des ressources allouées à la Grèce au détriment des contribuables européens. Ces membres de la zone euro sont insatisfaits que les Grecs, en dépit de ce qu’ils disent, n’aient pas encore fait les réformes nécessaires pour assainir leur économie.

Les coûts des pensions et retraites, par exemple, restent à des niveaux non durables (18 % du PIB, un taux élevé au profil démographique du pays). Mais l’accord est une étape importante pour maintenir la Grèce au sein de la zone euro, comme le veut le premier ministre Tsipras, afin d’éviter davantage de risques économiques et géopolitiques à Athènes.


Propositions de l’Eurogroupe du 11 juillet 2015:

Propositions de l’Eurogroupe du 11 juillet 2015 by LeMondefr


Haïti-France : l’épineuse question de la dette

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Des voix plus sensibles soulignent la procession des despotes qui ont pillé Haïti au fil des ans, le privant d’une infrastructure efficace et le rendant particulièrement vulnérable face aux catastrophes. Mais pour de nombreux Haïtiens, la faute incombe plutôt à l’expérience coloniale, aux négriers et extorqueurs de l’empire qui l’ont paralysé avec une dette indigne le gardant de façon permanente en retard dans sa croissance économique. La ligne de faille va directement à la France.

Au 18è siècle, Haïti, le bijou des grandes Antilles, était le plus grand exportateur de sucre au monde, la perle des Caraïbes (à l’époque la canne à sucre avait la même importance dans l’économie que le pétrole a aujourd’hui dans notre économie). Mais selon les normes coloniales, les traitements imposés aux esclaves, moteur de cette prospérité, travaillant dans les plantations furent atroces, ignobles et déshonorants. Ils sont morts si vite que la France importe 50 000 nouveaux par an afin de maintenir ses chiffres et ses profits.

Indignés, les esclaves d’Haïti se révoltent sous la direction de leurs chefs autodidactes Jean-Jacques Dessalines et Alexandre Pétion. Après de longues guerres de libération, les forces de Napoléon ont été défaites. Les Haïtiens ont déclaré leur indépendance le 1er janvier 1804 et furent les premiers à qualifier l’esclavage de crime contre l’humanité.

Haïti a été fondée sur l’exigence des droits et l’autonomie de personnes dont la liberté avait été volée: le pays lui-même est un hommage à la liberté et la résilience humaine.

Ces esclaves révoltés juraient de «vivre libres ou mourir». Mais cette «impertinence», la France ne leur a jamais pardonnée, y compris la perte des revenus de son système esclavagiste: 800 plantations de sucre détruites, 3000 plantations de café perdues. Un blocus commercial brutal a été imposé à la jeune République durant un siècle et demi. Coupable de sa liberté, Haïti fut obligée de payer une indemnisation gigantesque.

En 1825, vingt-et-un ans après l’indépendance d’Haïti, la France a imposé à son ancienne colonie une indemnité de 150 millions de francs-or, sous la menace d’une invasion militaire et d’une restauration de l’esclavage. L’ordonnance royale de Charles X a été soutenue le 17 avril 1825 par une flotte de 14 navires de guerre français à la remorque dans la rade de Port-au-Prince, prête à intervenir.

Les conditions étaient non négociables pour Haïti, déjà épuisée par de longs combats et son dur devoir d’exister en tant que jeune nation. Le pays fut obligé d’accepter l’inacceptable, celui de payer sa liberté du joug de l’esclavage par le nez. Il ne s’agissait pas d’un accord entre Haiti et la France. Il faut souligner que c’était par l’utilisation de la violence, et non pas par traité ou délibérations d’un tribunal international, que cette indemnité a été fixée, puis demandée. La somme colossale, ramenée à 90 millions de francs-or en 1838, a fait ployer des générations d’Haïtiens, une «dette illégitime» que la nation haïtienne n’a fini de payer qu’en 1947.

La comptabilité historique est une entreprise inexacte, mais l’ampleur de l’usure française était étonnante. Même lorsque l’indemnité totale a été réduite à 90 millions de francs-or, Haïti est restée paralysée pour toujours par la dette, l’isolement économique et la mise en quarantaine diplomatique*. Le pays a pris des emprunts auprès des États-Unis, de l’Allemagne, et même chez des banques françaises, à des taux exorbitants.

Pour mettre en perspective le coût et la valeur de cette dette indigne: en 1803 la France a accepté de vendre le territoire de la Louisiane aux États-Unis, une zone 74 fois la taille d’Haïti, pour 60 millions de francs-or, beaucoup moins que le montant de la dette réclamé par la France.

Accablée par ce lourd fardeau financier, la première République noire est née en quasi-faillite. En 1900, quelque 80% du budget national était encore englouti par les remboursements de cette dette. De l’argent qui aurait pu être consacré à la construction d’une économie stable est allé à des banquiers étrangers et à la France. D’ici là, l’économie haïtienne est irrémédiablement défoncée, le pays embourbé dans la pauvreté, politiquement et économiquement instable, en proie aussi aux déprédations des autocrates.

En 2010, il y eut une réclamation faite par des universitaires et intellectuels français (Étienne Balibar, Stéphane Douailler, Edgar Morin, Antonia Birnbaum, Éric Alliez, Patrick Savidan, Chantal Jaquet, Jérôme Vidal, Lucien Sève.) Le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) a estimé le remboursement de la dette à 17 milliards d’euros (22 milliards US $, intérêts compris).

Mais bien avant, en 2003, le président haïtien Jean-Bertrand Aristide, premier président démocratiquement élu après la dictature des Duvalier, a essayé de présenter une demande de restitution de la somme versée. En représailles, le gouvernement français a participé à son renversement par une rébellion armée. Le président haïtien a essayé de résister aux menaces, mais a été succombé à la pression de l’ambassade des États-Unis et de la France. Il a quitté le pays sur un avion américain qui l’emmena en exil vers l’Afrique du Sud. Une force d’occupation a été ensuite installée dans le pays en 2004. Depuis qu’il a regagné Haïti début 2011, l’ancien président se fait de plus en plus discret.

En 2004, Jacques Chirac a mis en place une commission de réflexion dirigée par le philosophe de gauche Régis Debray. Cette commission avait pour objectif d’examiner les relations historiques de la France avec Haïti: elle concluait benoîtement que la demande de restitution était «non pertinente en termes juridiques et historiques.»

Haïti n’a pas besoin de mots, de conférences ou de commissions de réflexion. L’héritage du colonialisme dans le monde entier est amer, donc irréparable, mais dans certains pays il existe un lien beaucoup plus direct entre les offenses du passé et les horreurs du présent.

La restitution à Haïti sans doute «un moyen de remettre en cause les déséquilibres économiques d’aujourd’hui entre les anciennes colonies et les anciennes puissances coloniales car, à l’évidence, la richesse des uns s’est constituée en bonne partie grâce à l’exploitation des autres.*» Et dans le sillage de la fragilité économique actuelle d’Haïti, c’est plus qu’un devoir pour la France, «pays des droits de l’Homme».

Comme a dit un jour l’éditorialiste français Alain Genestar sur les ondes de Radio France Internationale (RFI): «compte-tenu de tout ce que nous savons, de tout ce que nous avons fait, de tout le mal dont nous avions été autrefois les auteurs puis plus tard les complices, ce n’est pas d’aides charitables, mais d’indemnités, de dédommagements.»

À entendre le président François Hollande, en visite en Haïti le 12 mai 2015, des voix s’interrogent sur le courage de la France d’honorer sa dette à son ancienne colonie. Après avoir déclaré la veille «quand je viendrai en Haïti, j’acquitterai à mon tour la dette que nous avons», son entourage a vite précisé qu’il s’agissait d’une «dette morale». Mais pour Louis-Georges Tin, du Conseil représentatif des associations noires de France (le CRAN), «dire à Haïti: ‘Voilà des réparations morales, et ça suffit’ est parfaitement immoral.»



Notes

* L’armée indigène. La défaite de Napoléon en Haïti, Jean-Pierre Le Glaunec, Lux Éditeur 2014

** Esclavage et réparations. Comment faire face aux crimes de l’histoire, Louis-Georges Tin, Stock, 2013.

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Vox Populi, vox Dei… vox Satani !

Malheur au plus populaire 
Malheur au plus progressiste
Malheur à sa maison
Malheur à son entreprise
Malheur à son entourage
Malheur à ses amis les plus loyaux

Car il n’a pas été chez l’oncle Sam
Chez la tante France
Chez la cousine Germanie

Vox Populi, vox Dei…

Nous calculons nos malheurs
De présidence en présidence
Et le cinéma politique
Et la comédie démocratique

Les comédiens tiennent bien leurs rôles
Partout à tous les niveaux
Ils nous font rire.
Une campagne électorale qui fait rage
Plus de 50 candidats à la présidence !

Vox Populi, vox Dei…

Nous, petit peuple, nous aimons élever la voix
Pour creuser une voie
Sous le chaud soleil
Sous la pluie
Dans les files longues et interminables
Pour affronter nos plus amères déceptions

La voix du peuple est la voix de Dieu
Et si seulement c’était vrai ?
Et si seulement la volonté populaire
Pouvait s’accorder avec celle de Dieu ?

La voix du peuple est aujourd’hui
Le cancer des tympans
De nos chefs d’orchestre occidentaux
Tout ce qui est patriotique
progressiste ou populaire dérange

Vox Populi, vox Dei… vox Satani
Le peuple Haïtien cherche difficilement sa voie


Identités et styles de vie

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A l’époque victorienne, le terme « gentleman » évoquait tout un style de vie et non pas seulement les hasards de la naissance. Naître dans une certaine famille était peut-être une condition préalable, mais pour être vraiment un gentleman, il fallait aussi vivre selon un certain style de vie, recevoir une meilleure éducation, avoir de meilleures manières, porter de meilleurs habits que les gens du commun, avoir certaines distractions (et pas d’autres), habiter une grande demeure bien meublée, garder une certaine hauteur vis-à-vis de ses subordonnés ; en résumé, ne jamais perdre de vue la « supériorité » de sa classe soi-disant parfaitement élevée.

La classe des marchands avait aussi son propre mode de vie ainsi que celle des paysans. Ces styles de vie, à l’instar de celui du gentleman, se composaient d’un grand nombre d’éléments différents allant de l’habitation, de la profession et de l’habillement au langage, aux manières et à la religion.

Aujourd’hui encore, nous nous créons notre propre style de vie à partir d’une mosaïque d’éléments. Mais tout cela a beaucoup changé. Le mode de vie n’est plus la simple manifestation de la position sociale. Les classes elles-mêmes se subdivisent en unités plus petites. Les facteurs économiques perdent de leur importance. Si bien que de nos jours, ce n’est pas tant l’appartenance à telle ou telle classe sociale que les liens noués avec tel ou tel petit groupe qui déterminent le style de vie d’un individu. Au Québec par exemple, l’individu issu de la classe ouvrière et celui qui sort de la bourgeoisie partagent les mêmes campus universitaires : Université de Montréal, UQÀM, McGill, Concodia, HEC, etc. Et pourtant ils n’appartiennent pas à la même classe sociale.

Comme le style de vie a toujours été le moyen qui permet à l’individu d’exprimer son identification avec tel ou tel groupe, la multiplication incroyable des sectes au sein de la société s’accompagne de la multiplication tout aussi incroyable des styles de vie. Et l’étranger qui se trouve catapulté dans une société comme la société canadienne ou américaine, doit choisir non pas entre trois ou quatre styles de vie selon sa classe sociale, mais entre diverses possibilités. Le choix du mode de vie et ses implications pour chacun seront donc apparemment les problèmes essentiels. Problème de la psychologie ? Car ce choix, qu’il soit conscient ou non, détermine l’avenir de l’individu. En effet, le style de vie lui impose un ordre, une série de principes ou de critères qui seront à la base de ses choix quotidiens.

Cela paraît évident, si nous examinons comment ces choix se font dans la réalité. Prenons pour exemple, celui qui veut meubler son appartement qui voit des centaines de meubles différents, dans des dizaines de tailles, avant de se décider. Ce n’est qu’après avoir examiné un « monde » de possibilités qu’il fixe un choix définitif. Et cet enchaînement d’investigation et de choix se répète pour chaque objet d’ameublement. Et cette manière de faire ne lui sert pas uniquement pour aménager son appartement, mais aussi pour élaborer ses opinions, choisir ses amis, et même pour se forger un vocabulaire et se dresser une échelle de valeurs.

Alors que la société entraîne l’individu dans un vrai tourbillon de possibilités, apparemment dépourvues de coordination, les choix ne sont pas laissés au hasard. Le consommateur (d’objets comme d’idées) a déjà fixé de longue date ses goûts et ses préférences. De plus, aucun choix n’est tout à fait indépendant. Chacun est conditionné par ceux qui l’ont précédés. Le choix fait d’une table longue est conditionné par le choix précédent de la lampe ou des chaises. En résumé, il y a une certaine continuité, la recherche d’un style personnel, dans toutes nos actions, que nous en soyons conscients ou non.

Le «gentleman moderne» de notre ère, qui porte un col boutonné et des mi-bas porte aussi, sans doute, des chaussures à bout carré et utilise un attaché-case. Si nous l’examinons plus attentivement, nous constaterons sans doute que, par l’expression de son visage et son allure dynamique, il essaie de se rapprocher de l’image type du cadre. Il y a beaucoup plus de chances pour qu’il ne se laisse pas pousser les cheveux comme le grand Bob. Il sait, comme nous, que certains vêtements, certaines attitudes, certaines manières de parler, certaines opinions et certains gestes vont de pair alors que d’autres ne conviennent pas. Il le sait peut-être parce qu’il le « sent » ou qu’il en a l’intuition d’après ce qu’il a pu observer chez les autres membres de la société, mais cette connaissance conditionne toujours tout ce qu’il fait.

Le rastafari aux vêtements décontractés rayés de couleurs noir, rouge, vert et jaune qui arbore ses dreadlocks, complète son accoutrement par des chaussures ouvertes, s’apparente à un mode de vie, à l’opposé d’un quotidien stressé et stressant, qui se joue de l’apparence et de la bonne attitude. Il marchera sans doute d’un pas calme dans un autre univers. Dans un style, sans doute moins prétentieux. Car lui aussi met un point d’honneur à rester cohérent avec lui-même. Il sait que toute trace de distinction détruirait l’intégrité de son personnage.


Écrire, c’est presque toujours un exploit

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Le monde va très mal… le monde est malheureux, parce qu’il ne sait pas où il va ou parce qu’il devine que, s’il le savait, ce serait pour découvrir qu’il va à la catastrophe. Mais que pouvons-nous comprendre du malheur ? Bonheur, malheur, je crains que ce ne soit pas par le raisonnement qu’on puisse découvrir de quelle façon ils sont liés… Le bonheur essentiel est dans la lecture. La lecture, tout comme l’écriture apparaît toujours comme une sorte d’éruption, d’évasion, de pratique qui nous aident non seulement à apprendre, à raconter, mais aussi à exorciser des démons intérieurs. Quand vous vous asseyez pour écrire- vous vous sentez soulagé. L’auteur qui commence à regarder l’encre qui coule sur la page blanche a envie de partager avec le monde qui l’entoure. Ce qui était juste un instinct d’écriture devient une urgence donc une nécessité.

Mais écrire c’est peut-être plus qu’un métier, que ça soit par un blog, un magazine ou un livre. C’est avant tout une passion. Et la question se pose toujours pour ceux qui veulent en faire une profession. Et c’est là que se trouve l’une des plus grandes contradictions : transformer l’acte d’écrire en une profession.- à quelques exceptions près, écrire ne signifie pas que vous allez pouvoir vivre des votre plume. La plupart de ceux qui écrivent ont à chercher d’autres sources de revenus, comme donner des cours, des conférences, à travailler dans le journalisme. Et si vous voulez prendre le risque, l’écriture dans ce cas, doit être consolidée entre le temps d’écrire, de construire une image et de publier. Mais les comptes n’attendent pas, si vous avez besoin de travailler dans un secteur qui ne peut être lié à l’écriture, il se peut que vous ayez peu de temps pour ce qui est essentiel à vos yeux.

Vivez-vous de votre plume ? C’est la question que chaque auteur entend le plus souvent. Mais en jonglant avec les factures mensuelles, on se demande toujours comment les écrivains sont-ils en mesure de vivre de leur plume, surtout dans des pays où les gens lisent peu. Comme une norme internationale dans le circuit littéraire, pour chaque livre vendu l’auteur reçoit en moyenne de 10 % sur le prix du livre. Tout le reste est divisé entre l’éditeur (qui porte tous les coûts liés à l’édition, la publication et la promotion), le distributeur et le libraire. Le problème est lié au faible nombre de lecteurs, mais aussi l’impossibilité de la profession est quelque chose qui a toujours imprégné la littérature et, dans certains cas, a un certain charme propre à elle. Si je dois citer le pauvre Jack Kerouac et ses amis Sur la route ou du bohème et misérable Henry Miller dans Tropique du Cancer. L’urgence des grandes villes, dans cette vie qui nous oblige à avoir une maison, une voiture, etc., est la dureté de la vie quotidienne qui se pose pour tout le monde, comme pour l’écrivain. Presque comme si ce n’est un signal constant qui le dit que l’écriture n’en vaut pas la peine. Le monde n’a pas besoin d’écrire, et ni vous aidera à le faire. Virginia Woolf l’a dit :

« Ecrire une œuvre géniale est presque toujours un exploit d’une prodigieuse difficulté. Tout semble s’opposer à ce que l’œuvre sorte entière et achevée du cerveau de l’écrivain. Les circonstances matérielles lui sont, en général, hostiles. Des chiens aboient, des gens viennent interrompre le travail ; il faut gagner de l’argent ; la santé s’altère. De plus, l’indifférence bien connue du monde aggrave ces difficultés et les rend plus pénibles. Le monde ne demande pas aux gens d’écrire des poèmes, des romans ou des histoires ; il n’a aucun besoin de ces choses. Peu lui importe que Flaubert trouve le mot juste ou que Carlyle vérifie scrupuleusement tel ou tel événement. Et, bien entendu, il ne paie point ce dont il n’a cure. C’est pourquoi l’écrivain, qu’il soit Keats, Flaubert ou Carlyle, est atteint de toutes les formes de déséquilibre et de découragement, et cela surtout pendant les années fécondes de la jeunesse. Une malédiction, un cri de douleur s’élève de leurs livres d’analyses et de confession. « Grands poètes dans la misère », tel est le refrain de leur chant. Si, en dépit de toutes ces difficultés, quelque chose naît, c’est miracle ; et sans doute aucun livre ne vient-il au jour aussi pur et aussi achevé qu’il fut conçu. » (Une chambre à soi, Ed. Denoël 1977).

Malarky, le premier roman d’une Canadienne, Anakana Schofield, a été publié au Canada pour la première fois. Quand le livre de l’auteure, était sur le point d’arriver au Royaume-Uni. Elle avait reçu une avance de 6 500 £ de son éditeur pour la publication de l’ouvrage. Cela peut sembler beaucoup, mais selon elle, il lui a fallu 12 années de dureté extrême pour écrire ce livre, de l’ordre de tout ce qu’elle faisait. Cet argent, est-il réellement en mesure de payer ce travail qui a duré plus d’une décennie sans solde? « Vous avez de la chance d’être publié » est la réponse de son éditeur – l’essentiel c’est qu’elle a eu la chance qu’un éditeur a pris un pari sur elle.

Donc, l’écriture ne peut être qu’une affaire de passion. Sinon quelle est cette folie qui anime, émeut et qui fait travailler gratuitement, qui nous interpelle à l’usure, à porter jusqu’à la dernière goutte possible toute son énergie ? Il est indéniable, d’une part, avec la culture des réseaux sociaux, ce besoin constant d’afficher nos opinions, nos avis sur tout. Nous vivons un boom de l’écriture. Les ateliers, les groupes et les cours littéraires sont devenus monnaie courante, beaucoup de gens veulent avoir un blog ou publier un livre pour raconter des histoires. Il y en a même qui arrivent à gagner des milliers de dollars dans cette blogosphère mondiale. Mais, en revanche, face à tout cela et au-delà de toutes les difficultés persistent ceux qui gardent encore aux mots leur valeur dans l’urgence presque surnaturelle.

Ce que vous choisissez de faire doit vous passionner, sinon vous n’aurez pas la motivation nécessaire pour le mener à terme. L’entrepreneur Steve Jobs, figure majeure de l’électronique grand public, souvent qualifié de visionnaire, croyait que la passion était un élément déterminant du succès. Il parlait constamment du rôle de la passion. Il n’était dès lors pas étonnant de voir sa citation dans le film Jobs.  Le discours d’ouverture qu’il a donné à l’université de Stanford en 2005, et qui a été visionné des millions de fois, c’est aussi le discours qui reflète le mieux sa vision de la passion. Ce jour-là, Jobs déclarait :

« Vous devez trouver ce que vous aimez. Et ce qui est vrai pour votre travail, l’est aussi pour vos amours. Votre travail va remplir une large partie de votre vie, et l’unique façon d’être vraiment satisfait est de faire ce que vous croyez être du bon travail. Et l’unique façon de faire du bon travail est d’aimer ce que vous faites. Si vous n’avez pas encore trouvé, continuez à chercher. Ne laissez pas tomber. Comme toutes les questions de cœur, vous saurez quand vous aurez trouvé. »

C’est sans doute le meilleur conseil de carrière que l’on puisse donner à des jeunes gens. Mais à l’exception, Steve Jobs qui n’a jamais suivi ses propres conseils. Il a trébuché sur la fondation de démarrage d’Apple parce qu’il voulait créer autre chose utile au monde. Il n’était pas passionné par les ordinateurs, mais par le mysticisme oriental. Tout en étant à la tête de Apple il n’avait pourtant pas délaissé ses passions puisqu’il s’était rendu plusieurs fois en pèlerinage en Inde. Si le jeune Steve Jobs avait pris son propre conseil et avait décidé de poursuivre le seul travail qu’il aimait, il aurait été probablement l’un des enseignants, parmi les plus populaires de Zen Center.

La lecture et l’écriture sont amusantes, c’est cathartique et moins cher qu’un thérapeute. Elles peuvent apporter intégrité, un sens à la vie et au monde qui va mal. Si vous souhaitez écrire seulement pour vous en sortir, décrocher un prix, une distinction ou parce que vous avez rêvé de devenir un jour écrivain quand vous étiez enfant, votre raison n’est pas suffisante. Cela étant dit,  je ne saurais vous décourager. Si vous voulez écrire que ça soit par un blog, un magazine ou un livre, faites-le…


Lettre de protestation de la diaspora haïtienne à l’OEA

Arrêt TC/0168/13 : Lettre de protestation de la diaspora haïtienne à l’OEA

À: Son excellence José Miguel INSULZA
Secrétaire Général
Organisation des États Américains
200 17th St NW, Washington,
DC 20006, United States

Monsieur le Secrétaire Général,

Nous, représentants de la Diaspora haïtienne, estimons urgent d’attirer votre attention sur la situation de plus en plus préoccupante des Haïtiens et des Dominicains d’origine haïtienne vivant en République Dominicaine.

Nous nous empressons d’attirer votre attention sur la Convention Américaine des Droits de l’Homme qui reprend et réaffirme un ensemble de droits de la personne humaine contenu dans la Charte des Nations Unies et d’autres instruments juridiques internationaux et nationaux, pour l’établissement desquels, les Fondateurs de la République d’Haïti et d’autres révolutionnaires haïtiens s’étaient sacrifiés aux 18e et 19e siècles.

La République Dominicaine, comme la République d’Haïti, est membre fondateur l’Organisation des Nations Unies et partie à la Convention Américaine des Droits de l’Homme.

L’article 1 de ladite Convention dispose :

« Les États parties s’engagent à respecter les droits et les libertés reconnus dans la présente Convention et à en garantir le libre et plein exercice à toute personne relevant de leur compétence, sans aucune distinction fondée sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, les opinions politiques ou autres, l’origine nationale ou sociale, la situation économique, la naissance ou toute autre condition sociale ».

L’article 5 de cette même Convention porte sur le droit à l’intégrité de la personne et précise clairement que :

« 1. Toute personne a droit au respect de son intégrité physique, psychique et morale.

2. Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Toute personne privée de sa liberté sera traitée avec le respect dû à la dignité inhérente à la personne humaine. »

Malheureusement, à la lumière des faits établis au cours de ces dernières années, il se trouve que la République Dominicaine ne respecte pas ses engagements au regard de la Convention Américaine des Droits de l’Homme à laquelle elle avait souscrit le 9 septembre 1977 et qu’elle avait ratifiée le 21 janvier 1978. Les bastonnades au quotidien, les actes barbares et les assassinats à répétition diffusés dans les médias et sur les réseaux sociaux sont devenus monnaie courante en République Dominicaine.

Entre les faits et le respect de la Convention, il y a tout un monde

La liste des violations choquantes et flagrantes des droits des citoyens haïtiens enregistrées sur le territoire dominicain, est trop longue à énumérer. Et, contrairement à l’article 15 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948, la Cour Constitutionnelle de la République Dominicaine a adopté l’arrêt 168-13 du 23 septembre 2013 qui menace d’apatridie majoritairement les citoyens dominicains d’origine haïtienne. Cet arrêt n’a fait qu’exacerber et légitimer les multiples violations des droits des citoyens haïtiens. L’État dominicain semble tolérer qu’une partie de sa population, influencée par un discours ultra-nationaliste, raciste et anti-haïtien, se livre à des actes barbares incluant des lynchages, des assassinats et des traitements inhumains envers ce groupe ethnique du fait de la couleur de sa peau, de sa vulnérabilité économique et de son pays d’origine.

Nous nous contenterons de vous citer quelques cas criminels récents.

Le mercredi 11 février 2015, des résidents de Santiago, dans le parc Ercilia Pepín, découvrirent pendu à un arbre, pieds et poings liés, un homme d’origine haïtienne du nom de Henry-Claude Jean, âgé d’environ 30 ans et connu sous le nom de « Tulile ». Une opération de pendaison digne du Klu Klux Klan. Ensuite, le 19 février 2015, à Belladère, dans la zone frontalière d’Elias Pinas, Ti Louis, un Haïtien ainsi connu, a été retrouvé décapité (AlterPresse, 20/02/15).

Quelles furent les réponses de l’État dominicain à ces actes de barbarie ? Aucune.

Dans un article paru dans le quotidien haïtien Le Nouvelliste le 23 juillet 2014, il est révélé que dix Haïtiens ont été tués en République Dominicaine. Parmi eux, on peut citer Densy Casséus, Daniel Fleuristil et Miguel Pie, victimes de lynchage à la section rurale de Mata Grande de San Jose de Las Matas, une province de Santiago.

Selon une dépêche de l’agence haïtienne de presse en ligne AlterPresse, le 25 novembre 2013 entre 4 et 8 Haïtiens ont été tués à Neyba, au sud de la République Dominicaine. Parmi les victimes, 4 sont originaires de Grand Bois, localité haïtienne située non loin de la frontière haïtiano-dominicaine, et ont été identifiées, rapporte le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR). Ces victimes sont connues sous les noms de Coyit, Michelet, Nonnonm et Cepay.

Le 25 janvier 2011, la presse dominicaine a mentionné l’incendie de 6 chambres occupées par des familles haïtiennes (Espacinsular, 25/01/11). Le même jour, le quotidien Listin Diariorapportait le décès d’un enfant haïtien de 3 ans retrouvé calciné dans la résidence de ses parents, incendiée par un groupe d’individus en guise de représailles contre son père accusé d’avoir agressé un agent de sécurité dominicain.

Le 30 janvier 2011, la presse dominicaine a annoncé l’incendie de 20 chambres occupées par plus de 80 Haïtiens/Haïtiennes dans la communauté de Mao.

Malgré les cris d’alarme répétés lancés par des organisations humanitaires telles le GARR et laFondation Zile pour stopper les atrocités de toutes sortes (arrestations illégales, détentions, rapatriements forcés, incendies de résidences) dont sont victimes de nombreux Haïtiens en territoire voisin, rien ne semble pouvoir arrêter cette descente aux enfers.

Force est de constater plutôt qu’au cours de ces dernières années, et malgré les différentes injonctions adressées par la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme à la République Dominicaine au sujet des traitements infligés à sa population noire, notamment d’origine haïtienne, cet État continue de violer en toute impunité les principes élémentaires des droits humains de par l’arrêt 168-13 scandaleux et injuste de sa Cour Constitutionnelle et son silence vis-à-vis des exactions répétées et graves commises par des secteurs de sa population, des membres de ses forces militaires cantonnées à la frontière et de sa police sur un groupe d’hommes et de femmes du fait, encore une fois, de la couleur de leur peau, de leur pays d’origine et de leur vulnérabilité économique.

Aussi, nous, organisations représentatives de la Diaspora haïtienne, n’acceptons pas de rester sans réagir devant ces actes provocateurs, barbares et oppressifs qui ne cessent de déshumaniser la population susvisée en République Dominicaine. Aujourd’hui, vu la montée au feu de ce courant viscéralement anti-haïtien, nous sommes en droit de nous demander si les recommandations de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme faites à la République Dominicaine ont été aussi efficaces qu’elles auraient dû être et, en fait, pourquoi elles ne le sont pas. L’État dominicain se sent-il vraiment lié par ses engagements internationaux ?

La République Dominicaine et ses engagements internationaux

Paradoxalement, l’article 26 de la constitution du pays voisin stipule « La République Dominicaine est un État membre de la communauté internationale, et en ce sens elle est ouverte à la coopération et attachée aux normes du droit international. »

En conséquence : « Elle reconnaît et applique les normes du droit international, général et américain ; les relations internationales de la République Dominicaine sont fondées et régies par l’affirmation et la promotion de ses valeurs et ses intérêts nationaux, le respect des droits de la personne humaine et du droit international ».

Ce qui implique une primauté juridique indiscutable du droit international sur les lois nationales de la République Dominicaine.

Il faut prévenir un nouveau génocide

Le traitement réservé aux Haïtiens et aux Dominicains d’origine haïtienne vivant en République Dominicaine dément totalement de telles dispositions du système juridique dominicain. Au contraire, nous assistons à la recrudescence d’une discrimination institutionnalisée et systématique des autorités dominicaines contre le groupe ethnique haïtien, qui risque de provoquer et de nourrir une haine irrémédiable dans certaines parties de la population dominicaine. Cette haine peut bien culminer en une haïtianophobie dont l’issue vers un nouveau génocide pourrait s’avérer imminente si l’OEA ne se montre pas très vigilante, active et résolue. Cette haine grandissante menace d’embraser cet espace où les deux peuples sont appelés à évoluer dans une coexistence pacifique, comme le veut le peuple haïtien et comme le veut, entre autres, le Traité Américain de Règlement Pacifique (American Treaty on Pacific Settlement), aussi connu sous le nom de Pacte de Bogota, signé par les nations des Amériques lors de la Conférence panaméricaine tenue le 30 avril 1948, à Bogota, en Colombie.

Le génocide qui eut lieu du 7 avril 1994 à juillet 1994 au Rwanda (Afrique de l’Est), et qui avait fait environ 800 000 victimes rwandaises, en majorité des Tutsis, est un cas d’espèce qui devrait inciter chacun à être vigilant au lieu de se laisser emporter par ces élans de folie d’un côté et de laxisme de l’autre, comme ce fut le cas entre Hutus et Tutsis.

Et le massacre des Haïtiens perpétré par la République Dominicaine en 1937, lequel avait fait plus de 30 000 morts (hommes, femmes et enfants), une tragédie connue sous le nom de « Massacre du Persil », fut ordonné par l’ancien dictateur dominicain, Rafael Leónidas Trujillo Molina.

Comment éviter alors qu’un nouveau massacre ne se répète sur la terre d’Amérique en ce XXIe siècle ? Il est urgent de commencer par lutter contre le laxisme d’aujourd’hui qui s’apparente à un principe non codifié, une conspiration à peine voilée.

Absence d’actions adéquates de l’OEA

Il est à noter que beaucoup d’organisations haïtiennes de défense des droits humains se plaignent du manque de retombées positives des actions entreprises par l’OEA à date, malgré des appels au secours retentissants lancés durant ces cinq dernières années. Jusqu’à présent, le peuple haïtien attend le suivi du Secrétaire Général et du Conseil Permanent de l’OEA sur le dernier rapport de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme.

Étant donné que votre mission, Monsieur le Secrétaire Général, est de soumettre à la considération de l’Assemblée Générale ou du Conseil Permanent toute question qui menace la paix et la sécurité du continent américain, nous vous présentons cette doléance afin de trouver une issue rapide aux exactions qui frappent les personnes susvisées en République Dominicaine.

À cet effet, nous souhaitons dans le plus bref délai:

1-. Que la campagne haineuse anti-haïtienne et les exactions vis-à-vis des Haïtiens et des Dominicains d’origine haïtienne en République Dominicaine cessent immédiatement.

2-. La poursuite vigoureuse et célère par l’État dominicain des criminels xénophobes responsables des actes de violence commis contre les Haïtiens en République Dominicaine afin d’éviter la perpétration de nouveaux cas.

3-. La protection par l’État dominicain des Haïtiens et des Dominicains d’origine haïtienne dont il a la charge sur son territoire.

Comptant sur la bonne foi et l’efficacité de l’Organisation des États Américains, et aussi sur les vôtres, Monsieur le Secrétaire Général, nous anticipons déjà les suites rapides que vous ne manquerez pas de donner à cette urgente requête.


Les organisations protestataires et signataires :

Nom de l’organisation: Alliance Saint-Martialoise
Nom du signataire: Kerlens TILUS
Ville (Pays): Central Islip, (USA)

Nom de l’organisation: Asosiyasyon Fanm Ayisyen nan Boston (AFAB)/ Association of Haitian Women, Inc. (Afab-Kafanm)
Nom du signataire: Carline DESIRE
Ville (Pays): Boston (USA)

Nom de l’organisation: Association of Haitian Professionals (AHP)
Nom du signataire: Giles C CHARLESTON, co-founder and board member
Ville (Pays): Washington, DC (USA)

Nom de l’organisation: Association pour la Défense des Droits de L’homme et de la Démocratie en Haïti et dans le Monde
Nom  du signataire: Gérald BLONCOURT, président
Ville (Pays): Paris (France)

Nom de l’organisation: Centre Oecuménique des Droits Humains (CEDH)
Nom du signataire: Sylvie W. BAJEUX,  directrice exécutive
Ville (Pays): Port-au-Prince (Haïti)

Nom de l’organisation:  Collectif 4 décembre 2013
Nom du signataire: Jean-Robert ARGANT, coordonnateur général
Ville (Pays): Port-au-Prince (Haïti)

Nom de l’organisation: Comité d’action contre la CT-168.13 de la République Dominicaine
Nom du signataire: Frantz ANDRÉ, membre et co-porte parole
Ville (Pays): Montréal, Québec (Canada)

Nom de l’organisation: Comité Mémoire 1937
Nom du signataire: Rachelle CHARLIER DOUCET, coordonnatrice
Ville (Pays): Port-au-Prince (Haïti)

Nom de l’organisation: Congrès des Ingénieurs, Architectes, Scientifiques et
Technologues Haïtiens (CIASTH)
Nom du signataire: Luckner BAYAS, PE
Ville (Pays): Washington, DC. (USA)

Nom de l’organisation: FANM Ayisyen Nan Myami
Nom du signataire: Marleine BASTIEN
Ville (Pays): Miami, Florida (USA)

Nom de l’organisation: Fédération Haïtienne de la Diaspora de l’Europe (FHDE)
Nom du signataire: Samuel COLLIN, président
Ville (Pays): Paris (France)

Nom de l’organisation: Foundation Zile
Nom du signataire: Edwin PARAISON
Ville (Pays): Santo Domingo (République Dominicaine)

Nom de l’organisation: Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR)
Nom du signataire: Saint-Pierre BEAUBRUN, coordonnateur
Ville (Pays): Port-au-Prince (Haïti)

Nom de l’organisation: Groupe de Réflexion et d’Action pour une Haïti Nouvelle (Grahn-Monde)
Nom du signataire: Samuel PIERRE, président
Ville (Pays): Montréal (Canada)

Nom de l’organisation: Haiti 2015
Nom du signataire: Ilio DURANDIS, fondateur
Ville (Pays): Boston, Massachusetts (États-Unis)

Nom de l’organisation: Haiti Democracy Project
Nom du signataire: James MORRELL
Ville (Pays): Washington, DC (USA)

Nom de l’organisation: Haiti – Jamaica Society
Nom du signataire: Myrtha DESULME
Ville (Pays): Kingston (Jamaica)

Nom de l’organisation: Haitian American Grassroots Coalition (HAGC)
Nom du signataire: Jean Robert LAFORTUNE
Ville (Pays): Miami (Floride)

Nom de l’organisation: Haitian American United (HAU)
Nom du signataire: Nesly METAYER
Ville (Pays): Boston, MA (USA)

Nom de l’organisation: Haitian Artists Assembly of Massachusetts (HAAM)
Nom du signataire: Charlot LUCIEN
Ville (Pays): Boston, MA (USA)

Nom de l’organisation: Haitian Congress to Fortify Haiti
Nom du signataire: Lionel JEAN BAPTISTE
Ville (Pays): Chicago, Il (USA)

Nom de l’organisation: Haitian Diaspora Advocacy Group
Nom du signataire: Jaques BINGUE
Ville (Pays): Wisconsin (USA)

Nom de l’organisation: Haitian Diaspora Federation (HDF)
Nom du signataire: Katleen FELIX
Ville (Pays): New Jersey (USA)

Nom de l’organisation: Mouvement d’Union de la Diaspora Haïtienne pour Haïti (MUDHAH)
Nom du signataire: Edwin D’HAÏTI, président
Ville (Pays): Paris (France) et Port-au-Prince (Haïti)

Nom de l’organisation: N’ap Sove Ayiti (NAPSA)
Nom du signataire: Pierre JEAN-CLAUDE, coordonnateur de NAPSA-Venezuela
Ville (Pays): Caracas (Venezuela)

Nom de l’organisation: National Association of Haitian Professionals (NAHP)
Nom du signataire: Serge RENAUD
Ville (Pays): Indiana (USA)

Nom de l’organisation: National Organization for the Advancement of Haitians (NOAH)
Nom du signataire: Joseph E. BAPTISTE
Ville (Pays): Washington, DC. (USA)

Nom de l’organisation: SANTLA
Nom du signataire: Gepsie METELLUS, executive director
Ville (Pays): Miami, Florida (USA)

Annexe : Liste des membres de la Diaspora haïtienne qui soutiennent cette démarche (personne physique)

Nom: Vivian BARBOT
Villes (Pays): Montréal, Québec (Canada)

Nom: Junia BARREAU
Villes (Pays): Montréal, Québec (Canada)

Nom: Robert BERROUËT-ORIOL
Villes (Pays): Montréal, Québec (Canada)

Nom: Jean-Claude ICART
Villes (Pays): Montréal, Québec (Canada)

Nom: Thélyson ORÉLIEN
Villes (Pays):  Montréal, Québec (Canada)

Nom: Nicolas-Alexandre TREMBLAY
Villes (Pays): Verdun, Québec (Canada)
Titre: Présidente Intérimaire de la Fédération Haïtienne De la Diaspora


Vous aimeriez ajouter votre nom ou celle de votre organisation à la liste des signataires ? Completer ce lien ► https://go.shr.lc/1c0lZ4i


La démocratie politique haïtienne, du bipartisme au multipartisme

La démocratie haïtienne est née le 27 décembre 1806, avec la nouvelle constitution d’Alexandre Pétion et de Jean-Pierre Boyer, la troisième à l’Assemblée constitutionnelle.¹ Elle fut la première à lancer les bases d’une société dans laquelle le peuple devait exercer sa souveraineté.² Cette démocratie s’est enrichie en 1876 du bipartisme,³ suite à une polarisation régionaliste Nord et Sud. Du bipartisme politique haïtien, on relevait les partis Libéral et National. La structuration de ces deux partis politiques et leur intégration dans la réalité sociopolitique étaient de faciliter le développement social et économique du pays.

Le parti Libéral et républicain était composé d’industriels. Ce parti était favorable à une limitation du pouvoir dans le temps et dans l’espace. Il avait pour devise le pouvoir au plus capable et croyait que le développement d’Haïti devait passer avant tout par l’industrialisation. Pour ce parti, on n’ira nulle part si le peuple ne peut produire par exemple, ses propres souliers et ses propres chemises. Son esprit républicain rejetait les mandats à vie qui ont fortement marqué le pays depuis 1804. Il entendait détenir le monopole du commerce extérieur et souhaitait que les directives économiques et financières fussent endogènes et non exogènes, tout en promouvant le développement industriel.

De son côté, le parti National aussi républicain, mais légaliste et agricole avait pour devise le plus grand bien, au plus grand nombre. Ce parti croyait que seule l’agriculture pouvait conduire, Haïti «essentiellement agricole», au chemin du développement. Il réclamait une limitation spatio-temporelle du pouvoir et n’était pas favorable à l’ingérence étrangère dans les affaires économiques et financières du pays. Le parti National revendiquait le règne de la loi, le respect sacro-saint des prescrits juridiques de la constitution et le développement de l’agriculture pour répondre aux multiples besoins des Haïtiens. L’historien Dantès Bellegarde, dans L’histoire du peuple haïtien[4], écrit :

Un programme politique ne vaut en Haïti que par l’homme qui le propose. Le plus souvent, on n’en demande pas au chef de parti ses idées : son nom suffit ou la couleur de sa peau, ou le lieu de sa naissance.

Mais si l’on souhaite adapter leurs stratégies à la réalité d’aujourd’hui. Par une étude comparative des partis Libéral et National, on pourrait estimer l’option libérale plus rationnelle, plus efficace et même efficiente ; étant donné que les transformations sociales, techniques et économiques du présent sont des variables dépendantes de l’industrialisation.

Le multipartisme

Suite au départ de Jean-Claude Duvalier pour la France le 7 février 1986, on a assisté à une prolifération de partis politiques en Haïti. Le pays est passé du bipartisme qui a précédé les périodes de grandes instabilités politiques, (la grande lutte de Boyer pour la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti, la difficulté de construction de l’unité nationale, l’occupation américaine et la dictature des Duvalier) au multipartisme. Profitant du climat de «bamboche démocratique» décrété par le Conseil National de gouvernement, le CNG d’Henri Namphy, plusieurs Haïtiens présents à la capitale ou venant de la diaspora s’improvisent carrément en leaders politiques. Le refrain à l’honneur était: changement, démocratie et Haïti libérée. Profitant d’une ère d’attentisme politique, de populisme et d’opportunisme, plusieurs leaders et «pseudo-leaders», connus et inconnus, se veulent marchands d’illusions et multiplient leurs promesses fallacieuses à un «peuple bon enfant».

Parmi les multiples partis politiques de l’après Duvalier, on peut citer les plus importants, comme : le PAIN de Louis Déjoie II, le PSCH Parti Social Chrétien haïtien du professeur Grégoire Eugène, le Konakom du Professeur Victor Benoit, le PUCH Parti unifié des communistes haïtiens de René Théodore assisté de Marx Bourjolly, le RDNP Rassemblement des démocrates nationalistes et progressistes du professeur Leslie Manigat, la MDN Mobilisation pour le Développement national du professeur Hubert De Ronceray, le PDCH Parti démocrate chrétien d’Haïti du pasteur Sylvio Claude, le MIDH Mouvement pour l’Instauration de la Démocratie en Haïti de Louis Marc Bazin et le FNCD Front national pour le changement et la démocratie du prêtre Jean Bertrand Aristide.[5]

Aujourd’hui les partis politiques en Haïti pullulent, ils sont plus de 180 Partis, (plus fictifs que réels) groupements et regroupements inscrits officiellement au Conseil électoral provisoire (CEP) pour participer à la joute électorale de cette année. Les politiciens haïtiens, ont-ils la volonté de faire rivaliser Haïti à la République démocratique du Congo, qui elle bat le record dans le monde, avec 477 partis politiques officiellement agréés ?[6]

Parlant d’élections, qu’en est-il réellement ? Elles devaient avoir lieu au cours de l’année 2013 pour renouveler le tiers du Sénat de façon à maintenir fonctionnel le Parlement en 2014. La non-tenue des élections législatives depuis l’arrivée au pouvoir du musicien Michel Martelly fait état de la grande faiblesse de l’État, de l’incompétence démocratique de son équipe et une plus grave violation de la Constitution. Elle traduit également une absence de programme politique de son parti Repons Peyizan (Parti Réponse Paysanne) aujourd’hui Parti Ayisyen Tèt Kale (Parti Haïtien Crâne Rasée, le PHTK) que beaucoup de secteurs avaient dénoncée au départ.

À l’analyse, la majorité des partis politiques haïtiens n’a pas de programme politique. Si le programme politique appelé encore projet de société où une plate-forme électorale est la boussole, la carte de voyage, le fil conducteur, on comprend qu’il s’avère d’une impérieuse nécessité. À moins qu’on veuille promouvoir la logique de l’improvisation propre aux démagogues invétérés. Au lieu de former un front uni ou un rassemblement, plusieurs Haïtiens, porteurs du virus de la candidature, s’autoproclament en leaders politiques et s’estiment détenir le pouvoir nécessaire pour sauver Haïti de son tunnel. Yes we can !

Dans ce dédale de labyrinthes indescriptibles, certains de ces «pseudo-leaders» aidés par des cercles douteux, professent un activisme de mauvais aloi et néfaste pour la bonne marche du pays et de son économie. Ils forment des groupuscules et des mouvements de protestations qui réclament toujours et toujours le départ immédiat de n’importe quel président élu et de gouvernement démocratique. Refusant toutes négociations pouvant mener à des résolutions à l’amiable aux multiples crises politiques qui empêchent au pays d’avancer sur le chemin du progrès. Ce sont des adversaires radicaux qui créent toujours le chaos et le désarroi marqué par des manifestations qui sont tout sauf pacifiques, dans les quatre coins du pays. Le commerce, l’industrie et le tourisme se trouvent atrophiés. Les investisseurs dégoûtés se dirigent donc vers la République dominicaine.

À l’acquis démocratique de la liberté de réunion et d’association à des fins politiques de l’article 31, alinéas 1, 2 et 3 de la Constitution haïtienne, il y a ce multipartisme qui regroupeprès de 200 partis politiques inscrits au dernier décompte[7]. Cependant l’alternance politique c’est-à-dire la succession de partis idéologiquement opposés avec un projet de société et de développement durable relève du rêve, du fantasme et de l’utopie.

Notes

[1] La fondation de la république d’Haïti par Alexandre Pétion, (F. Dalentour, p. 56-87)

[2] Le sens d’une large démocratie (B. Ardouin t.6, p. 430-433)

[3] Corvington,Georgese «Port-au-Prince au cours des ans»

[4] L’histoire du peuple haïtien, écrit aux (D. Bellegarde, p. 188-189)

[5] Partis et Coalitions Politiques en Haïti – Haïti-Reference

[6] RDC Actu : 477 partis et une trentaine de regroupements politiques agréés

[7] Le Nouvelliste Haiti – Plus de 180 partis et regroupements politiques se sont inscrits


La République dominicaine ou le mépris du bon sens et du droit international

La Communauté des États de la Caraïbe (Caricom) vient de décider de suspendre pour une seconde fois le traitement de la demande d’adhésion de la République dominicaine à l’organisation. Cette décision intervient à la suite de celle de la Cour constitutionnelle dominicaine de révoquer la citoyenneté et d’expatrier plus de 250 000 Dominicains notamment ceux nés de parents haïtiens à partir de 1929. Cette décision de la Caricom, prise non sans retard, sanctionne une victoire diplomatique pour Haïti dans une escalade qui n’est, semble-t-il, pas prête à prendre fin.

En effet, malgré les déclarations dénonçant ce choix antidémocratique venant des organisations de droits humains, comme le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) ou des personnalités importantes comme le prix Nobel Mario Vargas Llosa (y compris l’écrivaine Edwidge Danticat, la journaliste Michèle Montas et le philosophe américain Noam Chomsky), les dirigeants dominicains persistent et signent dans une loi qui va à l’encontre du très républicain principe du droit du sol et du jugement de 2005 prononcé par la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) lui demandant d’adapter ses pratiques d’immigration aux dispositions de la Convention interaméricaine relative aux droits de l’homme.

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Deisy Toussaint est née sur le territoire dominicain où elle a fait ses études de journaliste. Ne parlant ni le français ni le créole, l’ex-fonctionnaire du gouvernement dominicain n’est pas épargnée par l’arrêt 168-13 de la cour de cassation de la République dominicaine.

 

Ainsi, méprisant le bon sens et le droit international, les soldats dominicains ont commencé leur rafle après l’adoption par la Cour constitutionnelle dominicaine de l’arrêt TC/0168/13, le 23 septembre 2013. Ce qui n’est pas sans rappeler (il y a 78 ans de cela) le lent début du massacre de 35 000 Haïtiens inspiré par le dictateur dominicain Rafael Leonidas Trujillo, 3 ans après l’occupation « manu militari » américaine d’Haïti.

Si on prétend que certains Dominicains d’ascendance haïtienne ont volontairement pris le chemin du retour, il n’en est pas moins évident qu’ils ont été arbitrairement refoulés par l’armée dominicaine. Comment parler de retour quand la majorité n’a jamais été en Haïti, ne parlant ni français, ni créole-haïtien ? Pourquoi ne pas parler plutôt d’injustice ou de barbarie ?

Une fois encore, les autorités dominicaines prouvent qu’elles ont beaucoup fait. Elles ont si et tant fait pour attiser la haine entre deux peuples et détériorer les relations bilatérales avec un pays qui, raison historique oblige, a accepté de lui partager l’île Quisqueya. Malgré tout, beaucoup d’Haïtiens et Dominicains refusent d’être unis dans l’horreur imposée, car la haine pour plusieurs est le produit de petits esprits obscurcis. Comme en témoigne cette photo de médecins dominicains et haïtiens exerçant ensemble leur métier en République dominicaine et qui disent NON à toutes  formes de barbarie, où qu’elles se trouvent. Pour un espoir de paix et de vivre ensemble sur l’île Boyo.

Des médecins dominicains et haïtiens exerçant leur métier en République dominicaine, disent NON à toutes formes de barbarie, où qu'elles se trouvent. Pour un espoir de paix et de vivre ensemble sur l’île d’Haïti. Car la haine est le produit de petits esprits obscurcis.

Les personnes au pouvoir en République dominicaine persistent et signent, elles refusent effrontément de laisser à des hommes, des femmes et des enfants de vivre dans leur propre pays, à l’endroit même ils prononcèrent pour la première fois : « Nous sommes chez nous ». Ce qui nourrit dans l’immédiat la barbarie ultranationaliste dominicaine en la renforçant graduellement, c’est l’arrêt TC/0168/13 de la Cour de constitutionnelle.

Le 11 février 2015, un mois, après la Marche républicaine à Paris en réaction à l’attentat de Charlie Hebdo, le cadavre de Harry Claude Jean a été retrouvé. Ce jeune Haïtien d’une vingtaine d’années est pourtant reconnu par les gens de la localité d’Ercilia Pepin comme étant quelqu’un de paisible qui cirait des chaussures. Il a été roué de coups et poignardé avant d’être pendu, pieds et poings liés sur une place publique à Santiago, deuxième ville de la République dominicaine. Le même mois, un autre Haïtien a été décapité.

Ces meurtres qui ne sont pas les seuls qui accompagnent les manifestations anti-haïtiennes en République dominicaine, où l’on peut apercevoir des individus brûler le drapeau haïtien, sont aussi des résultats de la décision de la Cour constitutionnelle dominicaine, qui a statué que les personnes nées en République dominicaine entre 1929 et 2010 de parents étrangers (précisément les Haïtiens) ayant émigré dans le pays n’auraient jamais dû recevoir la nationalité dominicaine et que celle-ci devait leur être retirée. Au point où des journalistes et défenseurs de droits civiques dominicains qui dénoncent fermement la discrimination envers leurs compatriotes Dominicains d’ascendance haïtienne (traités de traîtres à la patrie) ont signalé plusieurs menaces de mort à Amnistie Internationale.

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Cliché non daté de Barack Obama et son père. © Reuters

Imaginez une seule seconde, des Afro-descendants, souvent victimes de racisme aux États-Unis se voient enlever d’une manière rétroactive leur nationalité américaine, pour devenir ipso facto « des apatrides » déportés vers l’Afrique, ailleurs dans des pays où ils n’ont jamais vécu. Décision qui pourrait changer le cours de l’histoire pour les enfants d’immigrants, et du fils de l’étudiant kényan devenu le premier président noir des Etats-Unis.

Vous devez savoir aussi que dans cette affaire, il y a la question de la couleur de la peau et le racisme. En témoigne, l’affaire Wilson Sentimo, ce Dominicain expulsé par l’armée de son propre pays vers Haïti, avant de retrouver sa terre natale. C’est par la couleur de sa peau que Sentimo a été identifié par l’armée dominicaine. Comme quoi le Noir n’aurait jamais dû recevoir la nationalité dominicaine ? Parmi tant d’autres cas, il y a le cas de madame Deisy Toussaint, journaliste et ancienne fonctionnaire du gouvernement, née sur le territoire dominicain et y a fait ses études, elle non plus, n’est pas épargnée par l’arrêt totalitaire TC/0168/13. Voici une situation profondément bouleversante, qui malheureusement ne fait pas la manchette de nos médias.

Finalement, cette décision de la Caricom de suspendre le traitement de la demande d’intégration de la République dominicaine à l’organisation est de bon augure pour l’espoir de tous celles et ceux qui défendent le respect des droits humains. Espoir, qui peut être aussi trompeur que vain, ne viendra pourtant pas résoudre le problème lié à la résurgence du sentiment anti-haïtien en République dominicaine. N’empêchera pas non plus aux ultranationalistes xénophobes de se couvrir de honte.

© crédit photo : reconoci.do


Traduire Wikipédia en créole? Il y a d’autres défis pour un ministre de l’Éducation en Haïti

Monsieur Nesmy Manigat,

Le 21 février 2015, était à la fois une journée de deuil national pour chaque Haïtien et la journée internationale de la langue maternelle sous le thème « L’éducation inclusive grâce aux langues – les langues comptent ». En ce jour, j’attendais de la classe dirigeante haïtienne quelque chose qui dégagerait une politique éducative et linguistique consistante, élaborée entre le dire et le faire. Mais en lisant votre annonce dans HPN-Haïti, je me suis posé la question, à savoir: quand est-ce que le politicien haïtien cessera-t-il de faire violence à l’intelligence de sa population ?

Je vous cite :

« Le ministère de l’Éducation nationale va formellement mandater l’Académie du créole haïtien (ACH) et la Faculté linguistique appliquée (FLA), afin de procéder à la traduction de Wikipédia, cette encyclopédie internationale en créole. Un financement sera disponible pour ce projet ».

Monsieur le ministre, Wikipédia c’est déjà plus de 4 675 000 articles en anglais, 1 573 000 articles en français, 1 145 000 articles en espagnol sans compter les autres langues, en activité depuis 14 ans. Je ne sais pas combien cette initiative va coûter à l’État haïtien, et je ne dis pas non plus qu’elle est mauvaise, mais avez-vous réellement l’intention d’investir l’argent des pauvres contribuables haïtiens dans un projet qui est loin d’être leur nécessité en ce moment ?

Je ne vois pas la priorité, à l’heure des contraintes budgétaires de votre gouvernement qui se traduisent par des irrégularités démocratiques : une législation inadéquate, des normes et des pratiques sociales défavorables, des capacités organisationnelles faibles, un investissement public et une gestion très limitées de votre ministère. Sans parler des crises récurrentes telles que les désastres naturels dont vous êtes incapables de faire une bonne gestion, notamment le séisme du 12 janvier 2010 (5 ans après, des gens sont encore sous des tentes).

Dans un pays déjà très appauvri, j’ai comme l’impression que vous voulez faire trop et finalement rien, en annonçant au hasard et sans discernement des projets accessoires. En ce moment précis, vous devez mettre la pédale douce. Je ne dis pas de réduire les dépenses (pas d’austérité, s’il vous plaît), mais d’en ralentir dans la moindre des choses, afin de lancer la croissance de ce pays une bonne fois pour toutes, par une saine gestion.

Pire encore, il semblerait que vous n’avez personne dans votre entourage pour vous informer que la version de « Wikipédia en créole haïtien » existe déjà. Allons faire un petit tour ici. Pourquoi ne vous occupez-vous pas davantage des vrais enjeux et des énormes défis de votre ministère? Tels que : l’illettrisme qui touche près de la moitié de la population, l’offre et l’accès à l’éducation publique (seuls 20% de l’offre éducative vient de l’État), la qualification des maîtres et le décrochage scolaire qui constituent des handicaps majeurs pour le système éducatif haïtien. Les gens en ont marre de vos projets simplistes.

Cette volonté de traduire tout et n’importe quoi me paraît inintelligente, quand on sait que Wikipédia, cette encyclopédie universelle et multilingue (287 langues) est de nature bénévole, ce qui sous-entend que le travail se fait depuis toujours sans obligation et gratuitement à partir de la participation de tout le monde. Qui plus est, l’édition de Wikipédia en créole haïtien (Wikipedya Ayisyen) a été fondée depuis août 2004, il y a 11 ans de cela. Elle compte aujourd’hui quelque 52 925 articles et 13 061 utilisateurs enregistrés. C’est l’une des rares versions de Wikipédia à être rédigée en langue haïtienne. Pourquoi projeter quelque chose qui existe déjà cher ministre ?

En plein 21e siècle les principaux défis à relever dans l’immédiat pour un ministre de l’Éducation en Haïti, avec le maigre budget dont il dispose (autour de 10% du budget annuel en moyenne), à mon avis, devraient être de préférence : de garantir l’accès équitable à une éducation de qualité aux enfants les plus vulnérables, l’amélioration du niveau des services éducatifs, l’égalité des chances entre filles et garçons, le renforcement du secteur de la petite enfance, le renforcement des structures de gouvernance et de régulation du système éducatif. Parce que, voyez-vous cher ministre, si nous continuons à perpétuer les mêmes comédies, nous ne pouvons pas espérer des résultats différents.

Thélyson Orélien


Antihaïtianisme en Rép. Dom: Une lettre ouverte à Leonel Fernandez

Le mercredi 11 février 2015, le cadavre d’un jeune Haïtien, Henry Claude Jean, a été retrouvé, pendu à un arbre sur la place publique Ercilia Pepin de Santiago, dans ce que beaucoup croient être un incident raciste.

Ce meurtre a été commis quelques heures après une manifestation anti-haïtienne dans le quartier de Los Ciruelitos, au nord de Santiago. Le visage masqué, les manifestants ont brûlé un drapeau haïtien.

Ce 19 février, plus de 150 signataires (y compris l’écrivaine Edwidge Danticat, la journaliste Michèle Montas et le philosophe américain Noam Chomsky) ont fait parvenir à l’ancien chef d’État dominicain Leonel Fernández une correspondance lui demandant de faire son intervention face à la montée de l’antihaïtianisme en République dominicaine.

Le destinataire Leonel Fernández, a été choisi en sa qualité de président du Parti de la libération dominicaine (PLD), principale organisation politique en République Dominicaine ayant profité des avantages de la campagne antihaïtienne.

Thélyson Orélien


Lettre à Leonel Fernández :

Port au Prince, Haïti, le 19 février 2015
Honorable Dr. Leonel Fernandez
Président du parti de la Libération Dominicaine (PLD)

Monsieur le président,

Permettez-nous de reprendre ici le fait indéniable que lors des élections présidentielles de 1996 en République Dominicaine, vous avez bénéficié de la campagne anti-haïtienne la plus haineuse depuis la dictature de Trujillo.

Malgré ce renforcement momentané de l’inhospitalité face aux ressortissants d’un pays limitrophe et ami, votre arrivée au pouvoir avait été favorablement accueillie des deux côtés de l’île parce qu’elle semblait représenter un renouveau dans la vie politique dominicaine, susceptible de permettre aux rapports binationaux de prendre une nouvelle direction.

Certainement vos trois mandats (1996-2000, 2004-2008, 2008-2012) ont été marqués par quelques initiatives louables dont le don de l’Université Henri-Christophe à Limonade, dans le cadre de la reconstruction qui a suivi le séisme en Haïti. Cependant, ils ont été à la fois lourdement entachés par des évènements atroces tels le massacre de Guayubin en juin 2000; les violences xénophobes de Hatillo Palma en 2005 et le crime odieux de Carlos Nerilus en 2009, pour ne citer que ceux-ci.

Témoignant d’une barbarie à nulle autre pareille, le 11 février 2015 à Santiago, le corps pendu de Henry Claude Jean, couvert de marques de violence, a provoqué les pleurs même des Dominicains qui le connaissaient, le mécontentement de la société et la douleur de la communauté haïtienne toute entière.

Nous dénonçons donc et qualifions d’indécente et de révoltante toute tentative de chercher un bouc émissaire parmi les compatriotes de la victime.

Avec indignation, nous portons à votre attention que cette action déshumanisante est une conséquence de trop de la croisade anti-haïtienne lancée pour vous appuyer et qui n’a cessé depuis de prendre de l’ampleur.

Les partisans de cette croisade, les plus radicaux, ont occupé avec vous et occupent jusqu’à présent d’importants postes gouvernementaux sur la base d’alliances avec le PLD. Nous vous économisons le temps de vous décrire ici les coïncidences de leurs positions avec les vôtres sur le dossier migratoire et particulièrement le droit à la nationalité des dominicains d’origine haïtienne avant la réforme constitutionnelle de 2010.

Par ailleurs, des menaces de mort proférées à l’endroit de journalistes dominicains pour leur traitement objectif de la question haïtienne et la présence de « groupes masqués » qui en plus d’incendier le drapeau haïtien sur la voie publique, disent déclarer la guerre à l’immigration illégale, nous portent à de profondes préoccupations.

Face à la gravité de la situation nous vous demandons de condamner énergiquement ces actes intolérables. Aussi, nous vous exhortons, en votre qualité de président du parti de Juan Bosch, à une collaboration étroite avec les autorités compétentes, afin de prendre en main une situation qui dégénère, au risque de voir l’histoire retenir votre lourde responsabilité dans des dérapages qui pourraient se révéler dangereux pour la paix entre les deux pays de l’île.

Nous vous remercions, Monsieur le Président, de l’attention que vous porterez à la présente et vous prions d’agréer nos salutations distinguées.

cc: Lic. Danilo Medina, Président de la République Dominicaine

Les signataires :

Claudette Werleigh,
ambassadrice de paix de Pax Christi International Ex Premier ministre d’Haiti

Mgr Zachée Duracin,
évêque, Église Épiscopale d’Haiti

Mgr Ogé Beauvoir,
évêque suffragant, Église Épiscopale d’Haïti

Mgr Willy Romulus,
évêque émérite de Jérémie

RP. Patrick Aris,
pastorale curie archidiocésaine

Simon Desras,
sénateur

Jean Baptiste Bien Aime,
sénateur

François Anick Joseph,
sénateur

Edmonde Beauzile,
sénateur, PFSDH

RP Yves Voltaire,
recteur Université UPNIP

Dr. Lucien Bernard,
Université Épiscopale d’Haïti

Rev. Dr. Frantz Casseus,
chanoine de l’Église Épiscopale d’ Haïti

Odette Roy Fombrun,
retraitée, éducatrice, présidente de la FORF

Venel Remarais,
directeur Radio Solidarité et AHP

Hérold Jean François,
journaliste, écrivain, DG Radio Ibo, PAP Haïti

Patrick Moussignac,
Radio Télé Caraïbes

Patrick De Landsheeer
Radio Cacique d’Haïti

RP. Jean Fils Chery,
BA, Dip.Min, MA, DG Radio Rédemption, Gonaïves

Michèle Montas-Dominique,
journaliste, ancienne porte-parole du Secrétaire des Nations-Unies NY

Philomé Robert,
journaliste à France 24, Paris

Valerio Saint Louis,
journaliste, DG Télé Images, NY

Ricot Dupuy,
PDG Radio Soleil NY

Alex St Curyn,
Radio Mega, Miami

Alex Anselm,
Chef de presse, Haïti New Network

Yves Cajuste,
enseignant-journaliste, Etats Unis

Kesner Pharel, économiste/Group Croissance

Paul Louis Henry Siclait,
vice-président de la Chambre de Commerce, d’Industrie et des Professions-Haïti, Afrique, Asie.

Michelle Mevs,
secteur privé

Youri Mevs, secteur privé

Jacques A. Nicholas,
économiste retraité/PAP

Me Saint Pierre Beaubrun,
coordonnateur GAAR

Phillippe Jean Thomas,
OHJ

Noam Chomsky,
Philosophe américain, professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology

Pierre Esperance,
RNDDH

Sanon Reyneld,
Anten ouvriye Ayiti

Manise Elie,
RFJS

Marc Arthur Fils Aime,
Pati Rasin Kan Pep

Dupermé Brejnev,
Chandel

Jocelyne Colas,
CE-JILAP

Me Patrice Florvilus,
Defenseurs des Opprimes (DOP)

Louis Juste Cecile,
IFGA

Fritznel Pierre,
CPD

Jean Balaguel Bertho,
OSCOGRAB

Raymond Rival,
OPGM

Ezael Charles,
DESAFROD

Elvire Eugene,
AFASDA

Pierre Garrot Nere,
SOHDDH

Jules Romulus,
VHDH

Joasil Fritznel,
ACPRODDH

Tina Nadine Anilus,
REFKAD

Monie Pierre,
BRICDHEPAIX

Stanley Jean,
RORSS

Etienne Louis Kendy,
CCE

Mercilus Joseph,
Primature

Quetly Romain,
MOUFHED

RP. Antoine Lissaint,
SJM-Haiti

Rachelle Doucet,
anthropologue, Comite Mémoire 37

Evelyn Magron,
professeur, CM37

Colette Lespinasse,
militante de droits humains, CM37

Richard Mathelier,
CM37

Sabine Manigat,
CM37

Michel Hector,
CM37

Dominique Mathon,
CM37

Richard Mathelier,
CM37

Sylvie Bajeux,
Centre OEcuménique des droits humains (CEDH)

RP. Edwin Paraison,
Fondation Zile, Haïti

Serge Gilbert,
Fondation Zile, Canada

Dr. Ludovic Comeau Jr,
Président de GRAHN-USA, VP développement des chapitres de GRAHN-Monde

Myrtha Desulme,
présidente Société Haiti-Jamaique, représentante pour l’Amérique Latine et la caraïbe de la Fédération de la diaspora haïtienne

Edwige Danticat,
écrivain, Etats Unis

Dr Rudolph Lalanne

RP. Émile Beldord,
Sant Pont, Haïti

RP Wismith Lazard,
sociologue, compagnie de Jésus

RP Edwige Carré,
paroisse Holy Name Nashville, Tennessee

Rev. Dr. J. Fritz Bazin,
archidiacre, diocèse du sud de la Floride

Sauveur Pierre Etienne,
politologue, coordonnateur général OPL

Edwin d’ Haïti,
coordonnateur du MUDHA

Tony CANTAVE,
prof. À l’UEH, coordonnateur du GRIEAL

Dr. Georges Michel,
médecin, journaliste, historien

Muscadin Jean-Yves Jason, m
aire élu de Port-au-Prince 2007-2012 / Directeur Exécutif Association Citoyens Sans Frontières

Me Mireille Zamor,
juriste

Me Marie Jose Beauplan,
juriste

Patrick Cherubin,
Directeur MOSTCHA/Haïti

Patrick Numa,
secrétaire général de l’OGITH et Secrétaire Exécutif du Front National des Syndicats Haïtiens (FNSH)

Jean Robert Benoit Beauzile,
avocat, responsable justice PFSDH

Joseph Pierre Lamothe,
sociologue

Watson Denis,
professeur à l’UEH

Lisane André,
militante de droits humains, présidente Club Taino-Haïti

Fednel Zidor,
président de Gade Haiti

Raymond Borges,
Ingenieur-pedagogue

Jean Batard Midson,
étudiant

Rolande Dorancy Dathis,
avocat

Jean Camille Bissereth,
coordonnateur général de la FONDTAH

Docteur Jean-Marie BERNARD
Chirurgien Président Association GAMAH (Groupe d’Appui Médical A Haïti)

Serge Renaud,
Exc. VP, National Ass. Of Haitian Professionals (NAHP), NJ, USA

Jean-Claude Icart,
sociologue, chercheur autonome, Mt (Quebec) Canada

Meena Jagannath,
avocate de droits humains, Miami FL

Frantz Bourguet,
comptable/USA

Hugues Girard,
enseignant/USA

Senecal Richard,
cinéaste, RD

Claude Sainnecharles,
étudiant. UTESA/RD

Ing. Malio Gontrand,
diplômé de l’O&M/RD, Haïti

RP. Daniel Samuel,
prêtre épiscopalien, Puerto Plata,

RD Augustin Leprince,
Ex directeur général de l’ONA et du MHAVE

Ezili Danto, Exécutive Director, Haitian Lawyers Leadership Network We Are All Dominican ( # NoMasRacismoRD)

Dominique Errazi,
professeur d’école, Martinique

Prof. Luckner Jérôme,
Suffolk County Community College

Gluck Hunter,
musicien, compositeur, NY

Prof. Joseph Alfred (USA)

Brian Concannon Jr,
Executive Dir, Institute for Justice& Democray in Haiti/Miami FL

David Deegs,
Beyondboders

Cynthia Long Obenhaus,
RN,Global Birthing Home Foundation Founding Board member, sponsor of Maison de Naissance in Haiti/USA

Eleanor Dunfey-Freiburger,
Professor Emerita,Southern New Hampshire University Chair, Global Citizens Circle

Nicole Philips, Esq.
Avocat, Institute for Justice & Democracy in Haiti et Professeure à l’Université de la Fondation Dr. Aristide (UNIFA) Faculté des Sciences Juridiques et Politiques

Nadel, Joshua,
Assistant Professor of History,North Carolina Central University United States

Emile St Lot,
retraite FL

Dr Marie Jose St Lot,
FL

Jean Robert Argant,
Collectif 4 décembre

Maud J, Napoléon,
Collectif 4 décembre

Kenel Senatus,
étudiant, Espagne

Anne Lescot,
cinéaste, directrice Collectif 2004 Images,

France Richard Mirabal,
Cuba

Gérard Monfleury.
Communauté haïtienne en Argentine

Jean Gary Apollon,
président de haiticalaprofindo.com/Chilie

RP Jean Ricot Gay,
prêtre épiscopalien, Miami FL

RP. Smith Milien,
St Paul et les martyrs d’Haïti, Miami. FL

Dr Rudolph Lalanne,
Centre Anacaona Droits Humains Haïti, Paris

Tom Galvin,
New York

Charlot Lucien,
Administrateur de programmes de santé publique’ Etat de Massachusetts, USA

Vince Warren, Esq.,
Executive Director,Center for Constitutional Rights New York, USA

Michelle Karshan,
Executive Director, Li, Li, Li! Read,United States & Haiti

Marleine Bastien,
MSW, LCSW, Executive Director, Fanm Ayisyen Nan Miyami, Inc. Haitian Women of Miami

Augustin Smith,
secretaire NAPSA, Canada

Edwige Jean Luxama,
etudiant, NAPSA, Canada

Ralph Vital Antoine,
coordonnateur NASPA, Etats Unis

Angelo Barthold,
Etudiant, Université du Québec, NAPSA, Canada

Gulin Bonhomme,
responsable de projet, NAPSA, Haïti

Chevelie Cineas,
Prof a l’UEH, NAPSA, Haïti

Renaud Esperance,
médecin, NAPSA Antilles, Sainte Lucie

Jean Claude Pierre
Coeur-Saint, Ingénieur en informatique, NAPSA, Haïti

Predelus Jhon,
Ingénieur en génie industriel, NAPSA, Haïti

Taina Thelusma,
NAPSA, Haïti

Davidson Joseph,
Etudiant de master en résolution de conflit, NAPSA, Espagne

Dantil Louis,
étudiant, NAPSA, Espagne

Edson Louidor Wooldy,
prof de sociologie UPJ, NAPSA, Colombie

Olivier Bertoni,
Coordonnateur NAPSA-RD Renan Hedouville, SG CARLI Me Reynold

— Suivent les noms d’autres signataires.


Haïti : marche en hommage aux morts durant le carnaval

Le carnaval s’est achevé le 17 février par une marche symbolique dans les rues de Port-au-Prince, à laquelle ont participé le président de la République, Michel Martelly et le premier ministre Evans Paul. A partir de 17 h (heure locale), les habitants de la capitale haïtienne ont défilé «en blanc et en silence» pour rendre hommage aux victimes de l’accident du Champ de Mars.

Le carnaval, véritable institution dans le pays, est une des plus grandes fêtes publiques qui rassemble tous les Haïtiens. L’édition 2015 avait commencé dimanche sous le mot d’ordre «Nou Tout Se Ayiti» (Nous sommes tous Haïti, en créole).

Les participants ont déposé des fleurs et allumé des bougies à l’endroit où l’accident s’est produit mardi 17 février 2015, à 2 h 48 du matin au Champ de Mars, près du palais national. La fanfare présidentielle a joué de la musique de circonstancielle, rendant encore l’émotion plus forte en ce moment de recueillement.

Le drame est survenu durant le défilé carnavalesque. Le char allégorique du groupe de «hip-hop créole» Barikad Crew est entré en contact avec un câble électrique aérien.

Sept personnes qui se trouvaient sur le char ont été tuées. D’autres ont trouvé la mort dans le mouvement de panique qui a suivi. Selon une responsable du département de la protection civile le bilan s’élève à 20 morts et 46 blessés.

« Nous avons décrété le deuil national pour trois jours, afin qu’il prenne fin justement le jour des funérailles nationales et collectives. Nous disons au peuple haïtien qu’il faut que nous soyons solidaires : nous sommes tous Haïti » a déclaré le premier ministre Evans Paul.

Sources combinées : Associated Press/AFP

LES PHOTOS DE CIRCONSTANCE 

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© Photo Carel Pedre (facebook page)

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Le président Michel Martelly (pointant l’index), le premier ministre Evans Paul (levant sa main droite)

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Les artistes (chanteurs et musiciens) rendent hommage aux victimes
Les artistes (chanteurs et musiciens) rendent hommage aux victimes


12 janvier 2010: hommage à Haïti, mon île rêvée

Mon île, comme tu es belle et douce !

Ton ciel est un ciel vivant qui garde encore une chaleur d’ange, la face cachée d’une étoile. Ta mer, le dernier refuge des vieux requins et des sirènes fugitives. Tes montagnes ont des vertèbres de cuivre et des crépuscules magiques s’embrassent sous le fanal de ton air. Il y a en toi la tendresse des petites choses et la majesté des grandes. Tu restes, terre belle des yeux humains. Fiancée de Colomb, la cadette bien-aimée, le paradis ici retrouvé.

Ta vraie beauté est dans le dénuement – non pas dans l’apparat – Il y a une richesse dans ton dénuement, à la fois simple et altier; ardente et chaste, délicieuse comme les fruits de tes arbres. Tu fleures l’ilang-ilang et le jasmin; tu sens la terre propre, la mer, le ciel. Quand on te peint sur une carte, à contre-jour sur ce bleu vif des lithographies, tu ressembles à deux belles pointes sveltes qui dorment à fleur d’eau.

Tu ressembles aussi à l’arc tendu que l’invisible Sagittaire brandit dans l’ombre. Île gracile qu’habillent aurore et pluie, dont le vent de terre est l’éventail. Les solstices d’été te font danser. Libre et déesse, tu ne veux d’autre diadème que la lune ; d’autres blasons que le soleil levant avec un palmier royal pour armoiries.

Sur tes domaines la bête nuisible n’a prospéré et jamais un seul de tes oiseaux n’est mort de froid. Des abeilles idylliques couvrent de miel, la trame de tes frondaisons où le colibri tombé de l’arc-en-ciel et l’oiseau moqueur distillent sa musique ardente. Sous un givre de sel et d’étoiles, tu t’endors, île bonne-enfant, dans la nuit des tropiques. Tu te berces doucement dans le hamac des vagues. Tu portes la rose des vents agrafée à la taille, en mai je te remplis de pyrophores.

Pour l’homme, il y a en toi, île lumineuse, la fierté d’être homme, un péché de dignité intime de l’être, une raison par excellence, la très cordiale. Tu t’offres à l’aromatique et l’agréable, mais tu ne te vends à personne. Tu saignes souvent comme le pélican ; mais tu n’as jamais bu, comme ces sourdes créatures de ténèbres venues de loin, le sang d’autres créatures.

Île svelte, je t’aimerais aussi bien même si ma terre avait été une autre terre, parce que tu es aussi aimée par ceux qui sont descendus des brumes du septentrion ou des vergers lointains. Mon île, parfumée, fleur des îles : renais pour nous, effeuille nos fugues une à une. Et réserve-nous la dernière, sous un peu de sable ensoleillé. Sur la rive du golfe où les cyclones, tous les ans, bâtissent leur mystérieux nid !

Thélyson Orélien, ©

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