Raphael

Quand l’Argentine chambre le Brésil : « Brasil decime que se siente! »

Toute l’Argentine entonne la même chanson depuis le début du mondial. On l’entend volontiers sifflotée dans la rue, reprise dans les stades, fredonnée en toute occasion : « Brasil decime que se siente… » A la fin du match contre les Pays-Bas, la sélection s’est elle-même présentée devant ses supporters en la reprenant en cœur.

Brasil, decime qué se siente / Brésil comment tu te sens;
tener en casa a tu papá… / avoir ton papa à la maison -rapport de domination paternelle de l’Argentine sur le Brésil;
Te juro que aunque pasen los años nunca nos vamos a olvidar… / Je te promets, bien que passent les années, que jamais nous n’oublierons;
Que el Diego te gambeteó / que Diego t’a driblé;
que Cani te vacunó / et que Caniggia t’a piqué (référence au but de Caniggia contre le Brésil lors du mondial 90);
que estás llorando desde Italia hasta hoy / et que tu pleures depuis l’Italie jusqu’à maintenant;

A Messi lo vas a ver / Messi tu vas le voir;
la Copa nos va a traer / Il nous ramènera la coupe;
Maradona es más grande que Pelé… / Maradona est plus grand que Pelé!

 

Les hinchas argentins (supporters) ont l’habitude d’appliquer leurs chants sur des mélodies pop. En l’espèce, l’air est emprunté à la chanson Bad Moon Rising du groupe Creedance.

La mélodie avait d’abord été popularisée par la Campora, organisation jeune des partisans du couple Kirschner au gouvernement: « vengo bancando este proyecto… » / Je viens soutenant ce projet.

La Campora entonnant: « Vengo bancando este proyecto… »

La chanson a muté pour devenir ce chant de soutien à la sélection si populaire et qui retentit sans cesse depuis le début du mondial:

Populaire au point d’avoir été reprise par la fanfare des grenadiers de l’armée argentine lors des célébrations du 9 juillet (fête nationale)

 

Grenadiers reprenant « Brasil decime que se siente »

 

 Raphaël, Observateur de France 24, Buenos Aires, Argentine


ARGENTINE : A Buenos Aires, le Mondial en doudoune!

PENSÉE DU JOUR | Le Mondial au Brésil est synonyme de soleil, de chaleur et d’été pour beaucoup. Notre Observateur à Buenos Aires nous rappelle que ce n’est pas le cas pour tout le monde ! / Plaza San Martín à Buenos Aires, tout le monde est très concentré! Photo Raphael

On oublie souvent que les saisons sont inversées dans l’hémisphère sud et le mois de juin signifie le début de l’hiver. A Buenos Aires, les argentins enfilent leurs moufles et bravent le froid pour voir les matchs dehors sur écran géant.

Mardi, pour le match de l’Argentine en huitièmes de finale contre la Suisse, il ne devrait pas faire plus de 10 degrés à Buenos Aires.

Plaza San Martin à Buenos Aires, les argentins profitent de la pause déjeuner pour voir leur sélection affronter le Nigéira
Plaza San Martin à Buenos Aires, les argentins profitent de la pause déjeuner pour voir leur sélection affronter le Nigéria

 

Raphael, Observateur de France 24 à Buenos Aires, Argentine


ARGENTINE : Un « Mondial pour tous » aussi dans les pubs

« Le foot pour tous » est un credo en Argentine. Mais la mesure fait polémique. Explications de notre Observateur à Buenos Aires. / Une publicité pour le plan d’accès à la propriété privée diffusée pendant les matchs du mondial, capture d’écran vidéo

Selon une formule déjà en vigueur pour le championnat local, la télé publique argentine a acheté l’intégralité des droits de retransmission du Mondial 2014.

La formule du « futbol para todos » est bien connue en Argentine. Chaque année, le gouvernement inscrit dans la loi de finance l’achat des droits télé du football, soit environ 100 millions d’euros par an, pour que les matchs du championnat soient diffusés, en intégralité et en clair, sur le réseau des chaînes publiques.

La mesure est controversée. C’est beaucoup d’argent pour un pays qui vit juste et où les besoins réels sont sans doute ailleurs. Elle est décriée par l’opposition. En plus d’être chère, elle sert de support de communication à la présidence, qui détaille à la mi-temps, ses accomplissements en matière d’infrastructures et de services publics.

 

A la télévision, une publicité pour le plan d’accès à la propriété par le gouvernement argentin.

 

L’idée fait cependant l’objet d’un certain consensus au sein de la population. Le football est si présent dans la vie des argentins que suivre sont équipe à la télé ne peut être le luxe de quelques uns. On se souvient sans regret de l’époque où l’on devait se rendre dans un bar pour voir les matchs. Jorge Capitanich, actuel directeur de cabinet de la présidence (équivalent argentin du premier ministre français), a rationalisé un peu l’investissement, en y mettant plus de publicité commerciale (pour que l’Etat rentre dans ses frais) et moins de communications d’ordre politique.

Le Mondial du Brésil reproduit la formule. L’ensemble des matchs sont proposés en clair à la télé publique. La mesure de l’investissement n’a pas été communiquée mais est sans doute conséquente. L’orientation politique des programmes liés au Mondial est assumée. Capitanich l’avoue franchement, il s’agit de garantir l’accès à la diffusion du mondial à tous les argentins, mais aussi de « donner de la publicité aux actions du gouvernement, chose fondamentale dans une république. »

Publicité « l’Argentine nous inclut », message du gouvernement en faveur de l’intégration, qui montre une Argentine unie  dans la diversité. La société argentine est volontiers minée par le racisme et les inégalités.

L’offre médiatique privée est très concentrée en Argentine et la majorité présidentielle y trouve essentiellement un écho hostile. Elle se sert de la télé publique comme canal de communication avec son électorat populaire. Le football est central dans le cadre de cette politique. Le talk show phare de la compétition est co-animé par Victor Hugo Morales, journaliste d’origine uruguayenne aux allures de tribun, et la légende éternelle du foot argentin, Diego Maradona. Il est co-diffusé sur la chaîne d’information vénézuelienne Tele Sur.

A la mi-temps du match entre l’Argentine et la Bosnie, on a pu voir une série de séquences promouvant les politiques publiques du gouvernement. Elle rompent avec le catastrophisme des media privés en donnant une image positive et optimiste du pays. On y voit par exemple un clip qui montre l’Argentine unie dans sa diversité, puis une  publicité pour le programme de prêts subventionnés en vue d’un premier accès à la propriété, une séquence sur la nouvelle mesure pour restreindre les pratiques usuraires des banques, ou encore Lionel Messi qui rend hommage à l’organisation des grands-mères de la Plaza de Mayo.

 

Exemples de clip diffusé à la mi-temps d’Argentine-Bosnie:

Une publicité où Messi pose avec les grands-mères de la place de mai; organisation de défense des droits de l’homme fondée par des mères de jeunes femmes emprisonnées pendant la dictature militaires qui ont accouché en captivité. Elles recherchent la trace de ces enfants. Les mères et grands -mères de la place de mai sont au coeur du travail de mémoire sur les crimes de la dictature militaire. Elles sont une voix forte de l’affirmation démocratique de l’Argentine.

Autre séquence de « L’Argentine nous inclut ». Une lycéenne décrit les accomplissements de l’Argentine en matière de service public et de prestations sociales au cours des dix dernières années (couverture santé, allocations familiales, transports, éducation )

 

Raphaël, à Buenos Aires, Argentine


Argentine : A Buenos Aires, on se passionne… pour le championnat local !

En Argentine, à quelques jours du début du mondial, les amateurs de football ont encore les yeux tournés vers leurs clubs favoris. Et pour cause : alors que l’Albicelestre s’apprête à se lancer dans la conquête d’une troisième étoile, le championnat local n’est pas encore tout a fait terminé…

Avant le coup d’envoi du Mondial, c’est encore le championnat local qui déchaîne les passions en Argentine.  Mercredi, toute l’attention se portera ainsi sur le match de barrage pour la montée en première division (Nacional A) entre deux clubs qui s’accommodent mal de la B : Hurracán et Independiente.

Fuir le traumatisme de la Nacional B

 

Le premier est le rival historique de San Lorenzo – le club favori du Pape François – avec qui il partage le quartier de Boedo à Buenos Aires. Le club de Hurracán est plus connu pour jouer les premiers plans en première division.

Le second est le légendaire Independiente (Avellaneda, banlieue sud) qui cumule 16 titres de champion national, 7 coupes Libertadores et 2 coupes intercontinentales. Sa décente en Nacional B l’an dernier fut un traumatisme et tout le monde espère qu’il retrouvera son rang.

Match sur terrain neutre

Independiente aurait pu se qualifier dès le week end dernier à domicile mais n’a pu faire que match nul contre le modeste club de Patronato (0-0), totalement impuissant en attaque. Il a fini la Nacional B troisième, à égalité avec Hurracán et jouera donc sa montée lors d’un match éliminatoire (avec prolongation et tirs aux buts si nécessaires).

Le match aura lieu sur terrain neutre, au stade de La Plata – 60 km de Buenos Aires – ce qui permettra aux « hinchas » des deux clubs de se rendre au match.  En effet, afin d’enrayer le hooliganisme, les supporters des équipes qui jouent à l’extérieur n’ont plus le droit de se rendre au stade de celle qui reçoit . On redoute cependant des heurts pour ce barrage, car les les supporters des deux clubs emprunteront la même route pour se rendre à La Plata depuis Buenos Aires.

En attendant, le fantôme de la B hante Avellaneda et effraie volontiers les braves gens : le fantôme de la B rôde!


La pensée du jour …. venue d’Argentine

« L’Argentine a le trac à une semaine du mondial. Elle a gagné facilement ses deux derniers matchs de préparation mais cherche des motifs de préoccupation. Les bobos des joueurs sont-ils sérieux? Plus de peur que de mal pour Biglia sorti contre la Slovénie, les vomissements de Messi sont « nerveux ». Le sélectionneur est évasif quant à ses plans. Il a testé une défense à cinq; ajustement, changement tactique? On spécule. Tout le monde devrait être prêt à temps.

Il y a beaucoup d’attente et la vie s’organise autour de l’évènement. La présidente pourrait venir saluer les joueurs à l’aéroport avant leur départ. Le vice-président, lui, a avancé sa convocation devant le juge.  L’opposition redoute que son cas soit occultée par le Mondial et moi je serai soulagé qu’on parle enfin d’autre chose.

Au bureau, le système de pari entre collègues, a été mis en place. On ne connaît pas toutes les équipes. A-t-on sous-estimé la Bosnie qui vient de battre le Mexique en amica l? Qui sont les équipes africaines ? On compte bien battre le Brésil ! 100 pesos de mises pour la composition du premier tour.  On ne peut pas parier contre l’Argentine, ça fait trop mal au cœur. Une salle de réunion avec une télé (qui sert normalement pour la visio-conférence) a été mobilisée pour le match de sélection. On a bien l’intention d’y regarder aussi le match d’ouverture et le match de l’Espagne! »

raphaeldelasaRaphael est notre contributeur à Buenos Aires, en Argentine, le pays de Lionel Messi. Analyste financier, il suivra les matchs du travail où les horaires ont été aménagés spécifiquement pour pouvoir suivre les matchs !

Et vous, faites nous vivre votre Coupe du monde en envoyant vos images ou vos pensées à footobs@france24.com !