rimamoubayed

Le français : un atout

La langue française a toujours été pour moi un atout, un «plus» dont je pouvais me vanter et qui me permettait de vivre ma singularité.

 

Quand d’autres se sentaient fières de leurs cheveux alors que les miens étaient toujours coupés court, façon ‘‘garçon’’, moi je roucoulais une suite de phrases dans ‘‘la langue de l’école’’ qui me valaient des regards admiratifs et maints encouragements. Quand d’autres montraient leurs jolies poupées aux robes bariolées, j’empilais mes livres, mes bandes dessinées que j’avais lus et relus jusqu’à les user. Quand, après de longues vacances, d’autres affichaient les photos de leurs voyages, de leurs sorties, moi je montrais les textes que j’avais écrits : poèmes courts ou longs récits… Bref, mon français faisait ma fierté, et celle de mes parents, il faut le dire. Ce n’est que plus tard, beaucoup plus tard que je me suis rendu compte de tout ce dont ils s’étaient privés afin que je sois scolarisée dans cette école où on apprenait, à merveille, le français.

Le français a toujours eu pour moi un statut très particulier

Il n’a jamais été une langue étrangère, ni tout simplement une langue de scolarisation. C’est une langue que j’ai découverte certes à l’école mais que j’ai aussi largement utilisée à la maison pour échanger avec ma mère. Cette dernière me demandait de lui raconter, en français, tout ce que j’avais vécu, appris… au cours de la journée. Plus tard, je le faisais à l’écrit dans un petit cahier. Je ne sais trop si j’ai vécu ces moments comme un calvaire ou comme une quelconque punition. J’en garde un très fort souvenir, mais auquel ne s’associe aucun état d’âme. Toutefois, je suis convaincue, aujourd’hui, que ce sont ces activités quotidiennes imposées par ma mère qui ont contribué à ce que je maîtrise, à perfection oserais-je dire, une langue qui n’est pas celle de mon pays.

Le français, langue apprise et enseignée

Depuis le temps de mes études scolaires, je griffonnais notes et commentaires, dans la langue de Molière, sur les cahiers de mes copines de classe. J’inventais des histoires que je recopiais une dizaine de fois, en essayant d’imiter les caractères d’imprimerie, et je les vendais à qui voulait les lire. Mes profs me félicitaient pour mon style fluide, pour mon français correct. Après le bac, je n’ai donc pas réfléchi deux fois avant de m’inscrire à la faculté des lettres de l’université libanaise où j’ai fait mes études en langue et littérature françaises. Avant même d’obtenir ma licence, j’ai sauté sur la première occasion qui s’est présentée pour commencer à pratiquer un métier qui me passionne : enseigner le français. Cela fait quinze ans que j’enseigne dans cette langue que j’apprécie. J’aime bien mon métier. Je le fais avec beaucoup de plaisir. Or, mes rapports avec le français ne se sont pas limités au seul usage professionnel et scolaire.

Le français : moyen d’expression littéraire

Depuis le journal intime de la petite enfance, je n’ai pas arrêté de tracer, noir sur blanc, en grandes lettres cursives, mes joies et mes peines, mes rêves et mes craintes. Avec les années, j’ai vu ma plume glisser vers la fiction, d’abord pour déguiser ce que je ne voulais avouer sur moi, sur ma réalité, mon entourage, ensuite pour goûter au plaisir de créer un monde, des personnages qui ont chacun son histoire, mais qui reste bien souvent un peu la mienne J’écris surtout des nouvelles. Je raconte mon enfance, mon pays. Mes lignes sentent les fleurs d’oranger. Mes mots ont le goût des sirops préparés par ma grand-mère. Mes pages renvoient l’écho des bombes qui ont secoué les murs de ma ville et les éclats de rire des enfants qui fréquentent ses ruelles. Ce que je vis en arabe, je le transcris en français.

Curieux, peut-être. Mais, c’est ma réalité.

C’est en français que je raisonne et que je formule le mieux mes idées. C’est dans le répertoire de ma langue de scolarisation que je trouve, sans effort, les mots pour exprimer ce que je ressens et les moyens d’agencer mes récits.

 

La francophonie : un enrichissement culturel

Il n’y a pas très longtemps, j’ai découvert un nouvel apport que pouvait me prodiguer la langue française. Ayant participé à un concours, j’ai en effet été sélectionnée afin d’adhérer au projet « Mondoblog », plateforme qui « contribue au dialogue des cultures et au développement de contenus francophones de qualité sur internet. […] Il s’inscrit dans le cadre des missions de l’Organisation internationale de la francophonie qui œuvrent pour la promotion et la diffusion de la langue française dans le monde et valorisent la diversité culturelle. »

Depuis, la langue française a pris un nouveau sens pour moi, je dirais plutôt que l’usage que j’en fais n’est plus le même. Depuis la création de mon blog j’ai commencé à communiquer avec des personnes du monde entier, des personnes, pour la plupart comme moi, dont la langue vernaculaire n’est pas le français. Or, grâce à cette langue, nous reflétons chacun sa culture, rapportons les événements qui se passent autour de nous, décrivons nos préoccupations… Cet échange n’aurait pas été possible sans cette langue que nous avons en commun et qui nous offre la chance d’un enrichissement culturel mutuel.


Résurrection

Un grincement, puis, comme un roulement de tambours qui se termine dans un fracas. Je le connais par cœur, ce bruit. Mais, chaque matin, c’est pareil. L’ouverture de la vieille porte rouillée me glace le sang. Est-ce qu’il est voulu ce bruit, en guise de réveille-matin ? Ils n’ont donc pas compris qu’il était impossible de trouver le sommeil dans ce trou… et que nous sommes déjà réveillés, bien avant leur arrivée !

Tout doit se jouer aujourd’hui… ou demain

Comme d’habitude, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Tout doit se jouer aujourd’hui… ou demain.

Dès que les rayons du soleil pénètrent dans la pièce, je promène un regard angoissé sur tout ce qui m’entoure. Si je ne suis pas bientôt choisie, je finirai dans ce coin-là, comme les autres… J’ai des frissons dès que j’y pense. Le cauchemar ! Depuis quelque temps, il hante même mes journées. Je me vois, étouffant parmi les déchus, froissée, dépouillée de ma dignité; tantôt flottant à la surface, guettant une planche de salut, tantôt envoyée au fond, asphyxiée par la puanteur de ceux qui m’écrasent, aveuglée par l’obscurité qui m’entoure.

Je garderai longtemps le souvenir de mon arrivée dans ce lieu : l’embarquement brutal, le grand container ballotée par les vagues, le coup brutal qui m’a envoyée par terre, serrée à mes compatriotes. Ce n’est qu’au bout de deux jours que l’idée est venue à notre nouveau propriétaire de nous sortir. Tout est nouveau et bizarre autour de nous. Or, mon regard est tombé d’emblée sur le bac du coin. Ce cimetière que je redoute depuis le premier jour.

Toutefois, après tout ce que j’ai vécu ici, je ne vois plus très bien à quoi ressemblait ma vie, AVANT. Des fois, les souvenirs reviennent par bribes, surtout la nuit. Je suis sûre que, dans le passé, j’avais des « papiers », une identité… Je revois parfois le sourire de la personne qui m’a portée pour la première fois. J’étais, sans aucun doute, une « favorite », car je me souviens d’avoir été témoin de grandes occasions. A quel moment les choses ont-elles commencé à tourner mal ? Pourquoi a-t-on décidé de m’abandonner ? Je semble avoir laissé cette période de ma vie dans un gouffre profond, car il ne m’en reste presque rien… Un trou noir, aussi noir que le fond du bac du coin…
Comme chaque matin, la grosse voix rauque commence son concert. On entend, entre deux quintes de toux, rythmées par une boule de salive crachée à nos pieds :
« Entrez madame… l mahal mahallek !
« Venez voir mademoiselle, ekher mouda !
« Nos prix sont imbattables ! Enna l faïr malek !

Nous sommes observés, examinés… collés à des corps malodorants

Et le magasin se remplit. Des foules curieuses arrivent. Nous sommes observés, examinés… arrachés aux cintres, collés à des corps malodorants. On nous regarde encore et puis, on décide soit, dégoûté, de nous laisser dans un coin, soit de nous enfoncer, après un long marchandage, au fond d’un sac « noir » lui aussi. Tous ceux et celles qui ont quitté n’ont jeté aucun regard en arrière. Ils sont partis avec l’espoir d’une meilleure vie. Et ceux qui restent n’ont qu’à espérer de partir à leur tour avant qu’un nouveau paquet n’arrive. Les nouveaux arrivants sortiront au grand jour, étireront leurs membres et prendront place sur les cintres. Alors que tous ceux qui n’auront pas eu la chance d’être élus sont lancés, avec des gestes de rage et maintes malédictions, dans le fameux bac du coin. Là, on est cassé, comme les prix proposés à la foule pour la convaincre de nous emporter.

Un bruit familier me tire à ma rêverie. Un petit cognement, comme quand on frappe discrètement à la porte de son amant ; suivi d’un bruissement léger. Ma place privilégiée à la porte du magasin me permet de la voir arriver de loin. Et je me demande à chaque fois, avec un brin de malveillance qui me fait encore rougir, qui tente de rattraper l’autre, son pied droit ou le bout de sa béquille ?

Ce n’est pas une dame comme les autres

Ce n’est pas une dame comme les autres. Elle ne ressemble en rien aux autres clientes. Il me semble avoir rarement entendu le timbre de sa voix. Mais je me souviens de son regard perçant qui balaie les lieux. Et je la revois s’approcher de nous, nous examiner tous, sans que nous ayons à quitter nos places. Elle nous écarte, l’un après l’autre, d’un geste discret, on dirait une caresse. Je guette les coins de sa bouche, ses sourcils qu’elle fronce légèrement quand elle aperçoit un bouton cassé, une poche décousue ou un ourlet qui pend… Une experte ! Elle fait son choix, sans hésiter ; paie, sans marchander et disparaît.

Je m’y connais. Je les observe toutes et je m’amuse à deviner leur histoire personnelle. Celle-ci a deux enfants, deux garçons bien turbulents, je parie. Les pantalons, ils n’en ont jamais assez. Cette autre a une fille, ou rêve d’en avoir une, je ne saurais le dire. Elle regarde avec envie les jolies robes à volants, les petites jupes fleuries… Mais, elle n’en achète jamais. Telle autre accouchera dans quelque temps… La liste est interminable. Imaginer leur vie, leur inventer des noms, des qualités et des défauts m’empêche parfois de broyer du noir et me fournit, chaque jour, une nouvelle dose d’espoir. Mais, au fond de moi, c’est elle que je souhaite accompagner. La dame à la béquille.

Indéchiffrable, elle m’inspire mille questions auxquelles je trouve rarement des réponses. Elle achète tout, les jupes comme les shorts, les petites tailles comme les grandes, à croire qu’elle les collectionne. Cette idée, qui suscite des éclats de rire autour de moi, me traverse l’esprit comme une brise matinale, si rafraîchissante. Ce qui est sûr, c’est que cette dame sent le respect, le goût… et je ne sais quoi de bien plus profond encore.

Voilà, enfin, elle est là. Je suis dans ses mains. Elle me tient, me lisse, me plie soigneusement et me range dans son cabas…

Comme tous les autres, je n’ai pas regardé en arrière, mais je sais qu’ils donneraient tout pour être à ma place !

Libre. Enfin.

Délicieux est le goût de la liberté. Délicieux est le parfum de ce savon doux qui traverse mes mailles. Délicieuse est sa voix qui me parle.

Je l’écoute. Ses projets, ses calculs… je n’y comprends pas grand-chose. Mais, le fait qu’elle les partage avec moi me suffit, me comble.

« La fin ne justifie pas les moyens, baaref . »
Elle soupire.
« La vie est dure. Le médecin, le boucher, le directeur de l’école, kellon ma byerhamo . »
Sa voix s’étrangle.
« Est-ce ma faute si tu es parti trop tôt ? »

Le cadre cloué au mur demeure muet, comme moi qui ai pourtant envie de lui raconter ma vie, lui crier que, moi non plus, je n’ai pas choisi mon destin.

Mais, les confidences s’arrêtent là. Elle se lève et nous quittons la pièce ensemble. Bercée par le rythme de ses pas. Heureuse, je plonge dans un sommeil profond.

A mon réveil, le décor a changé. J’ai à peine le temps de promener mon regard autour de moi et de m’apercevoir que tous les autres sont là, eux aussi. Lavés, parfumés, emballés, rangés…

Je suis déjà bien loin quand, dans le coin de sa boutique, elle note dans son cahier : chemise à fleurs, 50 000 livres.


Voilà à quoi ressemble Alzheimer

Ce n’est pas la première fois que je tombe sur cette vidéo postée sur Facebook et qui montre une vieille dame en chemise de nuit, plantée devant l’écran de sa télé, adressant cris et injures aux acteurs d’un feuilleton égyptien. La vieille s’acharne à alerter l’héroïne du feuilleton que son mari la trompe et qu’il est sur le point de s’emparer de sa fortune. La personne qui filme la scène, sans doute avec son téléphone portable, se fait un plaisir d’entrer dans le jeu, exhortant l’aïeule à interpeller la femme dupée et à lui dénoncer le complot. La pauvre dame double d’efforts (et de gros mots!), gesticule, saute sur place, s’approche de l’écran puis s’en éloigne…

 

La vidéo est accompagnée d’un rang d’émoticônes : des visages qui sourient, qui s’esclaffent ainsi que du titre, supposé sans doute alléchant:

Voilà à quoi ressemble Alzheimer!

Je ne comprends pas qu’on puisse trouver du plaisir à se moquer de la sorte d’une vieille personne!

 

A mon avis :

 

– Est atteinte d’Alzheimer toute personne dont le tissu cérébral est devenu imperméable aux sentiments humains;

-Est atteinte d’Alzheimer toute personne qui a oublié les règles de base du respect de la dignité des autres;

– Est atteinte d’Alzheimer toute personne dont les neurones ont dégénéré au point de légitimer l’irrespect des malades âgés ;

– Est atteinte d’Alzheimer toute personne dont les fonctions mentales se limitent à l’ironie et au mépris de son prochain.

Si vous êtes d’accord,

partagez!


TRANSIT

Vous est-il déjà arrivé de croiser une personne, une parfaite étrangère qui décide de vous faire des confidences sur sa vie, son passé, ses projets d’avenir ? Une rencontre furtive, mais inoubliable. Témoignage vrai d’un drame toujours actif…

Nathalie…

En lui tendant le plat chaud que j’avais insisté pour lui offrir, je me rendis compte que je ne connaissais même pas son prénom. Alors, je le lui demandai tout naturellement. Ma question déclencha un fou rire qu’elle interrompit pour me répondre : « Je m’appelle Nathalie. »

Nous avions échangé quelques phrases la veille, et ce matin encore, manifesté la même impatience devant le bureau de l’employé qui était supposé nous tenir au courant de toute nouveauté. Nos dossiers étaient complets, tous les papiers demandés avaient été joints à la demande de visa, mais nous en étions toujours à la case départ. Le serveur censé transmettre nos empreintes digitales au siège du ministère des Affaires étrangères était tombé en panne. Toutes les démarches s’arrêtaient là.

 Le 1er étage de la *** dont les bureaux étaient consacrés aux demandes de visa se retrouva désert ce jour-là. Les rendez-vous de la journée avaient été annulés. Les personnes qui avaient longuement attendu la veille et qui étaient revenues à la charge le lendemain reçurent mille excuses. On pouvait soit retirer son dossier et prendre un nouveau rendez-vous, soit… attendre. Les deux solutions ne pouvaient me convenir. Je devais être en Italie dans moins de deux semaines pour une cérémonie de remise de prix. Chaque jour de retard diminuait mes chances d’y être à temps pour l’événement.

Je ne voulus rien entendre aux remontrances de l’agent de sécurité qui gardait l’entrée ni aux explications du directeur responsable auprès duquel je manifestai toutefois un brin de patience. Il était compréhensif. Cette qualité me touchait toujours. Il me confirma que mon cas était « urgent » et qu’il était sur le point d’entrer en contact avec l’ambassade pour en discuter…

Je soupirai de soulagement et regagnai mon siège. Au moins, une lueur d’espoir. Devant moi, me tournant le dos, la jeune blonde ─ fausse blonde, devrais-je dire ─ tenait sa tête entre les mains. Ses jambes étaient prises d’un tremblement nerveux. Je l’observai pendant quelques minutes.

« C’est parce que je suis syrienne… »

« Ça va ? » lui demandai-je, tout simplement.

Son grand sourire démentait son bouillonnement intérieur. Son visage me sembla serein. Seule la trahissait sa main qui passait et repassait dans ses cheveux et finissait par triturer le bout de sa fine tresse. Elle se leva et me fit face. Elle s’approcha de moi et prit place à mes côtés. Nous avions toutes les deux besoin de bavarder, question de peupler ce silence que le bourdonnement du climatiseur rendait plus lourd.

« Quelle sera votre destination, en Italie ? » Je ne trouvai rien d’autre à lui demander. « Nulle part » me répondit-elle. Je crus qu’elle se moquait de moi et décidai de mettre un terme à cette conversation, lorsqu’elle poursuivit : « Je vais rester deux heures à l’aéroport de Rome. Ensuite, je pars au Venezuela ».

 Je ne comprenais rien du tout.

« Cela s’appelle une escale, non ?

─ C’est parce que je suis syrienne… »

Je lus dans ses yeux que sa phrase devait m’éclairer sur sa situation. Mais elle dut comprendre mon ignorance, car elle ajouta :

« Depuis les événements, les pays européens se montrent très vigilants. Bon nombre de mes compatriotes arrivent dans leurs aéroports, se débarrassent de leur passeport et… » Là, j’avais tout compris ou presque. Elle parla comme les gens de son pays

Je n’aurais pas cru, sans qu’elle ne me le confiât elle-même, qu’elle n’était point libanaise, comme moi. Elle parlait le libanais très correctement, pratiquement sans accent. Mais, dès qu’elle m’eût dévoilé sa nationalité, elle laissa libre cours à son dialecte. Elle parla comme les gens de son pays, comme ces soldats qui avaient si longtemps envahi le mien. Mais ça, je ne pouvais pas lui en vouloir.

 « Allons manger un morceau, me lança-t-elle. Je connais une boulangerie dans le coin… » Décidément, elle ne finissait pas de me surprendre. Comment pouvait-elle connaître si bien les lieux ?

 Je l’accompagnai volontiers. L’endroit n’était pas très loin. Une modeste boulangerie comme il y en avait partout dans nos villes. Des murs recouverts de carrelage blanc, ornés de photos en couleur censées stimuler l’appétit des clients et les guider dans leur choix. Nathalie en montra une du doigt : un morceau de pâte rond, recouvert d’une dizaine d’ingrédients dont je ne retrouvai plus tard que la moitié dans son assiette. Pour ma part, je me contentai d’un manouch[1] au thym.

Le propriétaire des lieux faisait presque tout. Il prenait les commandes à la caisse installée dans un coin, puis il passait au four. Toutes les spécialités, préparées à l’avance, attendaient d’être cuites.

 La jeune femme se dirigea vers l’une des trois tables installées sur le trottoir et y prit place. Je l’y rejoignis.  Elle commanda deux tasses de thé qu’un petit garçon de huit ou neuf ans apporta sur un plateau rond. Je les entendis échanger quelques paroles, des plus banales : « Deux tasses de thé, e’mol maarouf[2]  », « Tekrami settna[3]. »  Ils parlaient la même langue, avec le même accent. Ils étaient arrivés dans mon pays sans doute pour les mêmes raisons, car je vis briller au fond de leurs yeux une même lueur où je décelai, tour à tour, fureur, tristesse et  nostalgie.

 Dès que l’enfant eût le dos tourné, j’exprimai la pitié qui me serrait le cœur. Je regrettai aussitôt mes paroles en voyant son regard devenir aussi dur que le ton sur lequel elle me lança : « Ce n’est pas un mendiant. »

Alors qu’elle s’attaquait à son petit déjeuner avec un appétit d’ogre et que lui, se dirigeait vers une autre table, je les observai tour à tour. Ils se ressemblaient et pourtant, tout les séparait. Tous deux avaient passé les frontières, fuyant un pays déchiré par la guerre. Tous deux étaient déracinés et ne pouvaient espérer regagner, avant longtemps, leur terre natale. Or…

Lui, je ne saurais me tromper là-dessus, était fils d’une famille nombreuse, l’une de ces milliers de familles de réfugiés arrivées au cours des deux dernières années. Il faisait, comme ses frères, ses cousins, ses voisins… tous ces petits travaux qu’on leur offrait volontiers en échange d’un salaire dérisoire.

Je me retins d’exprimer à haute voix ma compassion, mes interrogations concernant l’avenir incertain de ce garçon et de beaucoup d’autres que je croisais tous les jours, un bouquet de roses ou un paquet de mouchoirs à la main…

Aussitôt qu’il eût disparu, je me tournai vers elle, dont le passé, le présent et l’avenir demeuraient un mystère pour moi dont la curiosité ne cessait d’augmenter.

Une blessure qui n’avait pas fini de cicatriser

Elle semblait lire dans mes pensées. J’eus en effet droit à une tirade qui raconta si bien, et en quelques mots, une enfance heureuse à Alep ; le divorce de deux parents qu’elle chérissait ; des études scolaires achevées tant bien que mal ; un poste d’hôtesse dans un grand hôtel de sa ville…

J’eus l’impression que son récit allait se terminer là, car elle marqua un long temps de silence avant de poursuivre : « C’était un vendredi, j’étais sur le point de prendre l’ascenseur quand tout est parti en poussière… » Je n’entendis rien à la suite de sa phrase. Tout en parlant, elle avait dévoilé une épaule dévorée par une blessure qui n’avait pas fini de cicatriser.

Puis ce fut son arrivée à Beyrouth ; sa mère laissée au pays auprès d’une grand-mère qui était décidée à ne pas quitter sa maison, même si c’était au prix d’y mourir carbonisée, écrasée, déchiquetée… Elle prononçait ces derniers mots avec le sang-froid de quelqu’un qui avait côtoyé la mort, ce qui n’ôtait toutefois rien à l’émotion qui voilait son regard.

« Je ne veux pas mourir, pas maintenant, pas de cette manière. Je vais rejoindre mon père au Venezuela. Il a tout fait pour que je quitte le pays. Avec lui, je ne risque rien. »

Elle jeta un regard vers son poignet et ce fut comme si les aiguilles de sa montre lui avaient transmis un ordre tacite, une injonction dont je ne compris pas les raisons. Son récit s’arrêta là.

Tourner la page

Je m’interdis de parler. Je le sentais, j’en étais même sûre à ce moment, que c’était plutôt pour elle que pour moi qu’elle venait de tout raconter. Elle avait sans doute senti le besoin de relire une dernière fois ces épisodes de sa vie avant de … tourner la page.

Elle se leva et je l’imitai sans réfléchir. D’un geste de la main, elle me pria de me rasseoir, me tourna le dos en s’éloignant.

Je ne cherchai point à la retenir, ni à la suivre. Je partis à mon tour et fis seule le chemin de retour en direction des bureaux ***.  Je ne la revis plus et ne sut jamais si elle avait réussi à se poser dans l’aéroport de Rome comme elle l’avait fait dans ma vie.

[1] Snack libanais constitué d’un morceau de pâte recouvert de thym ou de fromage.

[2] S’il-vous-plaît.

[3] Formule de politesse prononcée pour signifier à une dame qu’elle sera servie telle qu’elle le souhaite.


Cent vingt minutes

En passant la porte d’entrée, elle fredonnait encore le refrain qui passait à la radio au moment où elle avait garé sa voiture. Elle lança ses clés dans le vide-poche. Le trousseau heurta le bord de la table basse et retomba sans bruit sur le tapis. Elle se baissa pour le ramasser. La table ronde, en merisier massif, et le vieux tapis écarlate, précieux héritages d’une arrière-grand-mère faisaient sa fierté. Elle effleura au passage le bois égratigné, caressant un reste de peinture sous lequel transparaissait un labyrinthe de cernes. Combien de fois, enfant, s’était-elle amusée à les compter, relevant le défi de deviner l’âge de ce morceau de bois. Se doutait-elle à l’époque qu’elle s’y accrocherait un jour comme à une planche de salut ; qu’elle refuserait , malgré les remarques désobligeantes de ses amies et les regards ironiques de ses visiteurs… de changer le décor de ce coin de sa maison dont le reste de l’ameublement criait la modernité !

Elle tourna le dos et rejoignit en quelques enjambées la cuisine dont il lui suffisait de passer le seuil pour qu’un système sophistiqué d’éclairage et de climatisation se déclenchât automatiquement. Un coup d’œil rapide à sa montre lui confirma qu’elle était en retard.

17 h 55

Ses invités allaient bientôt arriver. Le menu qu’elle s’était promis de préparer à leur intention ornait la porte de son frigo. Elle devait se mettre au travail. En même temps qu’elle s’affairait devant un comptoir en forme d’îlot, flottant au centre de la grande cuisine, elle se concentra sur les battements de son cœur qui s’affolait chaque fois qu’elle ne se sentait pas maîtriser une situation. Elle s’efforça de donner à sa respiration un rythme raisonnable.

Avec un peu de chance, ils seraient retardés par un bouchon à l’entrée du centre-ville. Ils s’arrêteraient chez un fleuriste, hésiteraient sur le choix d’un bouquet de roses ou de tulipes… Josiane, telle qu’elle la connaissait, traînerait chez son libraire. Elle causerait longtemps avec lui et ils décideraient ensemble s’il fallait lui offrir, cette fois, un livre de recettes, un recueil de poésies ou, qui sait, la biographie d’un chef de guerre…

Cette pensée lui arracha un sourire. Ses étagères croulaient sous les  bouquins ainsi choisis, au gré de l’humeur de ces deux vieux camarades dont les relations ne finiraient pas de l’intriguer.

18 h 40

Son téléphone portable vibra légèrement dans la poche de son tablier. Nouveau message : « Empêchement de dernière minute. Désolée pour le retard. A tout à l’heure. Et l’incontournable bizzzzzzzz qui servait de signature à Charlotte dont les messages ressemblaient invariablement à ceci : Retenue d’urgence au bureau. Bizzzzzzzz. Ou, ne m’attendez pas. Bizzzzzzzz. »

Elle soupira en admirant les plats qui s’alignaient sur le comptoir. Avec la table et le tapis, le taboulé faisait partie de cet « album de famille » qui avait survécu à sa jeunesse au pays. Elle s’enorgueillissait de réussir cette délicieuse salade, riche en couleurs et en saveurs, qui l’entraînait, le temps d’une bouchée, au-delà de la Méditerranée.

« Deux brins de persil, quelques dés de tomates et Bériz est à toi ! » avait lancé sa mère, il y a près de quinze ans.

19 h

Elle calculait tout, organisait tout, préférait ne rien laisser au hasard. Elle se faisait un point d’honneur à mettre de l’ordre dans sa vie, mais jamais dans sa garde-robe. Son regard se perdit dans les entrailles d’une armoire en bataille. Elle en tira une robe légère, fendue dans le dos, fleurie à volonté et l’y enfouit à nouveau. Elle finit par piocher un jean délavé et un long t-shirt gris avec, pour seul motif, une tour Eiffel en contre-plongée.

« N’oublie pas de me ramener la tour Eiffel ! Pas la vraie… évidemment », avait ajouté ce jour-là sa mère qui s’était esclaffée en regardant, d’un air embarrassé, les oncles, tantes, cousins, voisins venus souhaiter un bon voyage à sa fille et qui risquaient de la prendre pour une ignorante.

Ce fut la première chose qu’elle acheta, le lendemain de son arrivée à Paris. Cette tour Eiffel, haute de vingt centimètres trônait, depuis, aux côtés d’un vide-poche en faux limoges, au-dessus d’un vieux tapis où éclatait la fantaisie orientale dans toute sa splendeur.

Quinze années. Chaque instant, en s’écoulant, en avait effacé un autre. Les premières années, elle avait écrit de longues lettres, envoyé des dizaines de cartes postales. Puis, elle avait demandé qu’on lui envoyât  le tapis. Elle y passa de longues nuits, assise, allongée, recroquevillée… Puis arriva la table. Fétiches qu’elle emportait à chaque déménagement.

19 h 20

On sonna à la porte. Elle ouvrit, salua, sourit… Elle s’assura que tout le monde s’était installé confortablement, offrit à boire à chacun. Son esprit était en mode veille. Des bouts de conversation lui parvenaient, mais elle n’y comprenait rien, comme si elles avaient été prononcées dans une langue qu’elle ne connaissait pas. Ce n’était, certes, pas sa langue maternelle; mais cela faisait une bonne quinzaine d’années qu’elle respirait, mangeait, s’endormait, se réveillait… dans cette langue.

Elle quitta le salon et revint vers la porte d’entrée. Elle saisit le morceau de papier froissé qu’elle avait laissé sur la table, avec son trousseau de clés. Un rectangle blanc  : 7 x 15 centimètres. Une liste en petits caractères noirs au recto. Des messages publicitaires au verso. Un ticket de caisse de rien du tout, comme on pouvait en avoir des dizaines au fond de son sac à main, de ses tiroirs ou de la boîte à gants de sa voiture.

La date imprimée dessus l’avait fait sourire le matin même. Elle en avait plaisanté avec la caissière qui s’était crue en devoir de lui présenter des excuses.

« Les machines, c’est comme ça madame. Ça vous lâche à n’importe quel moment. On a beau s’en croire les maîtres, du moment où on les fabrique et où on les programme. Mais, pour moi, elles sont tout à fait imprévisibles. » Et elle lui proposa de patienter, le temps que le problème soit réglé et qu’un nouveau ticket avec la date exacte du jour où l’on était soit imprimé.

C’était parfaitement inutile. Elle sourit, remercia et se dirigea, les bras chargés, vers sa voiture. Derrière le volant, elle reprit le papier et l’observa longuement. 26 mars 2029. Elle avait acheté ses biscuits, son fromage, ses savons… dans quinze ans ! Jour pour jour.

19 h 40

Ses invités criaient famine. Elle se ressaisit, enfonça le ticket dans la poche de son jean et courut vers la cuisine. Elle transporta un à un les plats savamment décorés et les posa devant une bande affamée qui roucoulait d’admiration. Les canapés de crème de saumon à l’avocat, les bricks au fromage de chèvre et à la ciboulette, les champignons farcis au camembert… et pour couronner le tout, un délice de taboulé qui, comme l’avait prédit sa mère, avait su séduire les plus gourmets.

Il avait suffi d’un bout de papier, d’une erreur banale pour que tout remonte à la surface. Le visage de sa mère, ses paroles… le passé, le pays. Aussi n’attendit-elle pas le départ de ses amis.

19 h 55

Elle entra dans sa chambre, posa sur son lit une valise en cuir qu’elle ouvrit avec des gestes tendres, on aurait dit autant de caresses. Elle y déposa, avant de la refermer avec autant d’égards, comme on range un bijou dans son écrin, une tour Eiffel achetée il y a quinze ans aux alentours du Pont-Neuf.


Péché estival

Ma mère montait sur son grand lit et je devais y grimper aussi.

« Dors », murmurait-elle doucement à mon oreille, en me caressant les cheveux. Puis elle s’allongeait à mes côtés, la tête sur son oreiller. Sa voix devait agir sur moi comme une formule magique et m’entraîner, malgré moi, au seuil du royaume des ombres.

Or, le soleil était haut dans le ciel. Ses rayons qui s’infiltraient à travers les rideaux de la fenêtre réchauffaient mon cœur et mon corps, murmuraient à mon âme une litanie bien plus puissante que le doux murmure de ma mère. Il faisait jour. Il faisait beau. Je ne voulais pas faire la sieste.

« Ferme les yeux ». Sa voix devenait plus ferme. Elle baillait, fermait les yeux elle-même. Je me tortillais longuement. Le grand matelas lui transmettait sans doute les mouvements de mon petit corps, le froissement des draps parvenait à ses oreilles. Elle s’impatientait. Et, sans lever la tête, sans ouvrir les yeux, elle tapotait sur mon oreiller et marmonnait un nouvel ordre que je devinais comme une nouvelle invitation à dormir.

Je tournais le dos. A ma mère et à la fenêtre qui vomissait dans la chambre, non seulement toute la lumière et la chaleur de ces après-midis, mais aussi tous les bruits de la rue qui grouillait de vie. Je demeurais donc attentive à tout ce qui pouvait me rattacher à l’état de conscience pour lequel je luttais de toutes mes petites forces. Il y avait le cri des marchands ambulants ; ceux qui avaient quelque chose à vendre _ des pommes de terre, des pastèques ou des kaak, ces petites galettes que ma mère nous interdisait de leur acheter parce qu’on ne pouvait jamais être sûrs s’ils s’étaient lavés les mains avant de nous tendre la nourriture_ et ceux qui réclamaient des choses à acheter. Battaryett[1], hadid atik lal beeh[2]. Dans ces moments où je frôlais la somnolence, c’étaient ces derniers qui me distrayaient le plus. Je me faisais un plaisir à imaginer ce qui, dans notre maison, pouvait être laissé sans remords à ces acheteurs de vieilleries. Le lustre rouillé qui pendait du plafond du couloir menant aux chambres. Le fauteuil à bascule dont le siège troué ne pouvait plus accueillir depuis longtemps mes petites fesses paresseuses. Ces deux tasses de thé orphelines au fond de la grande vitrine. Et bien d’autres objets que je verrais disparaître sans regrets. Je n’avais pas besoin de demander  à ma mère pour savoir qu’elle n’était pas du même avis. Elle tenait à chaque détail de ‘‘son’’ décor.

C’est ainsi qu’elle appelait notre maison. Non qu’elle soit égoïste, au contraire. Elle disait ‘‘ma’’ table et y accueillait volontiers des dizaines d’invités, amis, cousins, voisins pour qui elle préparait volontiers dans ‘‘sa’’ cuisine, ‘‘ses’’ petits-plats dont elle gardait le secret.

Lorsque le marchand-acheteur de vieille ferraille traversait donc la rue, je n’interpellais point ma mère. Je retenais plutôt ma respiration, espérant que mon silence couvrirait la voix de l’homme qui criait à tue-tête sous notre fenêtre. Il ne fallait surtout pas qu’il la tire de son sommeil, encore précaire. Silencieuse, le coin de l’oreiller entre mes dents, je guettais ses mouvements. Je suivais attentivement le bruit de sa respiration, imaginais facilement sa poitrine qui montait à chaque inspiration, ses lèvres qui tremblaient à chaque expiration. Quand tout ce manège prenait un rythme régulier que je connaissais déjà assez bien, je savais qu’elle s’était endormie, plongée dans un sommeil profond. Pourtant, je ne bougeais pas d’un doigt.

J’attendais encore et mon attente n’était jamais longue. C’était comme si cette musique douce savait le moment précis où elle pouvait parvenir au coin de la rue, s’élever dans les airs, jusqu’à notre fenêtre, pénétrer sans crier gare dans la chambre de ma mère qu’elle caressait sans jamais la réveiller. C’est à ce moment que je me levais sur un coude, me retournais pour jeter un regard à cette tendre personne qui me souriait dans son sommeil. Les battements de mon cœur s’accéléraient. Je murmurais une prière, toujours la même : « Pourvu que la voiture ne parte pas, pourvu que la musique ne s’éloigne pas. » Et je répétais cette phrase. En quittant la chambre de ma mère. En grimpant sur la chaise de la cuisine. En saisissant deux pièces de monnaie sur la dernière étagère. Il y en avait toujours là, dans une petite assiette en porcelaine. Ma mère les y déposait à chaque fois qu’elle rentrait du marché. Et elle ne les comptait jamais.

Mon cœur continuait de battre à un rythme fou lorsque j’ouvrais, au ralenti, la porte de la maison que je prenais soin de ne jamais refermer. Pour cela, je calais une paire de chaussures dans l’ouverture. Car si ma mère laissait traîner son argent, il n’en était jamais pareil de ses clés qu’elle gardait précieusement au fond de son armoire.

Parvenue sur le palier, je soupirais de soulagement. Les notes qui me parvenaient gagnaient en volume à mesure que je m’éloignais de la maison et que je m’avançais en direction de la voiture qui s’arrêtait toujours au même endroit. Je marchais vite. Je ne regardais ni à gauche ni à droite. D’ailleurs, j’étais incapable de voir autre chose que ce véhicule à la carrosserie couverte de peinture de toutes les couleurs. A mesure que je m’en approchais, la musique devenait assourdissante et mon cœur sautait de joie dans ma poitrine. J’étais incapable de prononcer un mot. Debout sur la pointe des pieds, je tendais les pièces au vieil homme qui trônait au milieu de cette boîte de musique ambulante. Il les prenait, les approchait de ses yeux, sans doute pour les examiner puis, les glissait dans sa poche. Je suivais ses gestes du regard. Je les connaissais par cœur. Il saisissait, à sa gauche, un cône en biscuit, le plaçait devant sa machine dont je ne connaissais pas le nom. De l’autre main, il baissait une manette et, au même moment, un flot de crème glacée à la vanille coulait, ondulait et se terminait par un sommet pointu qui me faisait penser à une montagne. 

Je saisissais ma précieuse acquisition dont la fragilité me rendait très vigilante. Je ne la quittais pas des yeux en traversant la rue, ni en faisant le chemin inverse en direction du grand lit de ma mère. C’est là que je m’installais doucement. Assise en tailleur, bercée par ses doux ronflements, je léchais le mince filet qui avait coulé durant le trajet sur le cône et sur mes doigts. Ce n’est que lorsque j’étais sûre d’avoir rattrapé toutes ces petites gouttes ayant eu l’idée d’échapper à ma gourmandise, que je m’attaquais à ma montagne sucrée. J’y goûtais les yeux fermés, comme pour graver son goût dans ma mémoire. Et quand mes petites dents s’en prenaient au biscuit croustillant, je tournais le dos afin de commettre, le plus discrètement possible, la dernière étape de mon péché quotidien.

 

Je ne peux jurer de l’effet que fit ma longue tirade à ma fillette de six ans qui, pendue à mes lèvres, attendait une réponse à sa question.

« Qu’est-ce que c’est que ce drôle de camion qui joue de la musique au milieu de la nuit ? » m’avait-elle lancé en apercevant la voiture du glacier qui roulait au ralenti le long de la corniche. Les notes qui parvenaient à nos oreilles avaient couvert le bruit des vagues dans notre dos, les cris des promeneurs autour de nous et, sans aucun doute, ma voix qui contait…

Quand je me tus, ma petite ne bougea pas. La tête levée vers moi, elle me regardait tendrement. Je compris que sa curiosité n’était point satisfaite.

Je la pris par la main et l’entraînai vers la voiture bariolée. Je tendis un billet au vendeur puis, à ma fille, une montagne de glace volée au paysage lointain de mon enfance.

[1] Piles.

[2] Vieilles ferrailles à vendre.


« On ne voit bien qu’avec le coeur »

Il avait à peine huit ans. Il était assis sur la dernière marche d’un perron, la tête basse, le visage entre les mains. Il avait ôté ses grosses lunettes à monture noire et les avait laissées tomber à ses pieds. De ce fait, les objets qui l’entouraient avaient perdu leur contour. Les maisons voisines qu’il caressait du regard n’étaient plus que des masses sombres lointaines. Il ne fit même pas l’effort d’identifier les silhouettes vagues qui allaient et venaient dans la rue. Il le savait bien. Sans ses lunettes, il était incapable de distinguer son propre reflet dans un miroir.

« Myope comme une taupe », avaient lancé ses copains en le montrant du doigt, devant la porte de l’école. Il essuya du revers de sa main les larmes de rage qui coulaient depuis un moment sur ses joues, et qui rendaient sa vision encore plus trouble. Il fixa le bout de ses chaussures dont les lacets étaient défaits. Puis il poussa, du pied gauche, les lunettes qui glissèrent vers le bord de la marche puis dégringolèrent jusqu’au bas du petit escalier de pierres grises. Des bruits de pas le firent sursauter. Il se leva d’un bond et tourna le dos à la silhouette de son père qui montait les marches sans se hâter. Quand il fut arrivé à sa hauteur, ce dernier posa une main sur son épaule, lui signifiant qu’il n’était pas aveugle à son chagrin. Comme d’habitude, il ne lui demanda rien. Il l’entraîna en le poussant légèrement devant lui. Il sortit sa clé qu’il gardait toujours au bout d’une chaîne attachée à la ceinture de son pantalon. Le jeune garçon, lui jeta un coup d’œil rapide en coin. Il remarqua que son père avait ramassé les lunettes qui étaient en piètre état. Il serra les poings et baissa la tête.
Ils franchirent ensemble la porte d’entrée. Le père accrocha son chapeau et sa cane puis entra dans son bureau. Le fils lui enjoignit le pas. Dès qu’il pénétra dans la grande pièce, il se sentit en terrain sûr. Tout à coup, il n’avait plus envie de pleurer. Cet endroit était magique. Deux murs perpendiculaires étaient tapissés de livres du sol jusqu’au plafond. Des encyclopédies, des romans, des essais… écrits dans plusieurs langues, rangés par thème. Son père pouvait parler, pendant des heures, de ces livres comme s’il parlait de ses propres enfants. Il connaissait de mémoire la date à laquelle il avait acquis chacun et accompagnait souvent chaque date d’une anecdote ou du récit d’un événement majeur. Il avait glissé à l’intérieur de chacun une coupure de journal ou un simple mouchoir en papier pour marquer une page qui lui plaisait particulièrement. Il pouvait se lever au milieu d’une discussion, laisser ses interlocuteurs dans le salon et venir prendre dans sa bibliothèque un livre dont il insistait à lire un passage, à voix haute, pour appuyer ou justifier ses propos. Toufik, lui, n’avait jamais été un grand lecteur. « Je ne serai jamais capable de lire tout ça et puis, papa, vous me racontez si bien ce qu’il y a dedans que je n’en sens pas le besoin ». En l’écoutant répéter ces paroles, son père fronçait légèrement les sourcils, sans plus. Il ne l’avait jamais forcé à faire quoi que ce soit.
Le père de Toufik était aussi un grand collectionneur. Il possédait une large collection de monnaies rares. Il avait orné un mur de son bureau d’une série de vieilles armes : sabres, poignards, pistolets… Mais, ce dont il était le plus fier, c’était sa collection de pièces pour les jeux d’échecs. Devant la grande fenêtre qui occupait le quatrième mur de son bureau, il avait fait installer une table ronde sur laquelle il avait posé un plateau de jeu. Il changeait les pions au gré de son humeur, ou selon le caractère de son compagnon de jeu. Il les essuyait lui-même, avec le plus grand soin, les enveloppait dans des housses de velours écarlate, puis les rangeait dans un coffre-fort. Cet endroit exerçait sur Toufik un charme incomparable qui, il en était sûr après toutes ces années, était dû à la seule présence de son père. Ce dernier possédait cet art d’y introduire les gens et de les entraîner dans un autre monde grâce aux objets qui avaient chacun son histoire, son passé. Ce jour-là, Toufik n’avait pas eu besoin de raconter ce qu’il avait sur le cœur. Son père, comme d’habitude, avait tout compris. L’enfant se laissa tomber dans un grand fauteuil, devant la « table aux échecs ». Ses pieds, qui ne touchaient pas le sol, se balançaient dans le vide. Son regard suivait les gestes de son père. Ce dernier ouvrit un tiroir, y rangea les lunettes, ou ce qui en restait, et y prit un grand livre que Toufik identifia, dès qu’il fut posé sur ses genoux, comme étant un vieil album de photos en cuir noir avec des dorures à chaque coin. Il n’y toucha pas et attendit que son père prenne la parole

C’était la première fois qu’il lui parlait de sa mère

« Regarde. Regarde bien cette femme dans les photos, c’est ta mère. Le jour où je l’ai rencontrée, au cours d’une fête organisée par des étudiants de l’université que nous fréquentions tous les deux, elle était assise à l’écart, un verre à la main, le regard perdu dans le vide. »
Toufik se souvenait de chacun des mots que son père lui avait murmurés ce jour-là. C’était la première fois qu’il lui parlait de sa mère. On avait accroché une photo d’elle dans sa chambre d’enfant. Mais, sur les pages qu’il avait sous les yeux, elle était beaucoup plus jeune. Les cheveux blonds, longs, bouclés. Le sourire éclatant. Sur le mur, en face de son lit, elle était plutôt sérieuse, on dirait même triste. Un autre détail attira son attention. Sur toutes les photos, sa mère portait de grandes lunettes. Inutile de fouiller dans sa mémoire, il ne gardait d’elle aucun souvenir, rien que cette image qui ornait le mur de sa chambre et sur laquelle aucun verre ne cachait ses yeux.
« Je ne suis plus capable de dire ce qui m’a attiré vers elle. Je l’ai invitée à danser. Elle a baissé les yeux et m’a avoué qu’elle craignait de me marcher sur les pieds, car elle avait laissé chez elle ses lunettes qui, selon elle, la rendait trop moche. Sa franchise m’a touché. Sans réfléchir, je l’ai prise par la main et je lui ai demandé de me montrer où elle habitait. Elle m’a regardé, l’air surpris, mais elle a obéi sans discuter. Décidément, elle s’ennuyait trop dans cet endroit obscur où elle ne voyait pas grand-chose en dehors du verre qu’elle serrait entre ses mains. »
Il avait été sa planche de salut. Elle s’était accrochée à son bras. Ils avaient marché pendant deux longues heures dans les quartiers de la ville. Les veilleurs attablés sur les trottoirs des cafés les avaient pris pour des amoureux qui se baladaient à la lumière des réverbères. Un couple avait même bu à leur santé !
« Quand elle s’est arrêtée devant un immeuble de trois étages à la façade peinte d’un jaune très clair, j’ai compris que nous étions arrivés à destination. Je ne lui ai pas donné le temps d’ouvrir la bouche. Je lui ai demandé, ordonné presque, de monter chercher ses lunettes. Elle a hésité mais elle a dû comprendre que j’étais quelqu’un de très têtu. Elle a disparu. A peine cinq minutes. Puis, elle est redescendue. J’ai pris l’objet qu’elle cachait dans son dos, je le lui ai posé sur le nez. J’en ai ajusté la monture derrière ses petites oreilles et je l’ai embrassée, au beau milieu de la rue. »
A huit ans, Toufik avait enregistré les paroles de son père sans chercher à trop les comprendre. Il était ravi qu’on lui parlât de la personne qui l’avait mis au monde. En grandissant, il s’était répété des dizaines, voire des centaines de fois, cette scène unique et y avait greffé, à chaque fois, des sens et des interprétations qui s’enrichissaient grâce à cette compréhension du monde qui s’acquiert avec l’âge. De cette scène, il lui restait, telle une épave flottant à la surface, l’image d’un amour de jeunesse, un amour fou qui ne se souciait point des apparences.


J’ai 36 ans, la guerre en a 40

La guerre civile au Liban a bientôt quarante ans. Elle est de  quatre ans mon aînée et elle a duré assez longtemps pour que j’en garde des souvenirs. Des souvenirs qui me reviennent par bribes, sans suite logique ni chronologique.

Je n’étais qu’une enfant qui ne comprenait pas trop ce qui se passait. Je me souviens d’avoir vu mes parents arriver en pleine journée à l’école. C’était la récré. D’autres parents arrivaient aussi. Il y avait de l’agitation dans les couloirs. Ce n’est qu’une fois arrivée dans la voiture que je me suis rendu compte que je ne suis pas remontée en classe pour reprendre mon cartable. Papa n’a rien dit. Maman s’est tournée vers moi et elle m’a promis que je pouvais le récupérer le lendemain. Ce n’était pas vrai, car je ne suis pas revenue le lendemain, ni les jours qui ont suivi. Cela m’a-t-il fait de la peine? Je n’en sais rien.

Je ne suis pas revenue chez moi non plus, pas avant un long moment que je ne saurais mesurer ni en jours, ni en semaines, ni en mois… Mais je me souviens du retour. Le souvenir de cette scène est presqu’intact. Ma mère qui s’habillait nerveusement dans la maison de ma grand-mère. Moi qui pleurais pour qu’on m’emmène. Ma mère qui refusait. Mon père qui disait que je pouvais venir… Puis, la montée des escaliers vers le septième étage. Mon père me tenait par la main. A plusieurs reprises, il m’a portée pour me faire survoler quelques marches. Ma mère est restée silencieuse. Son silence n’était d’ailleurs brisé que par les débris de verre qu’écrasaient nos souliers. Arrivée au seuil de notre appartement, ma mère a étouffé un cri, en posant sa main sur ses lèvres tremblantes. J’ai eu peur. J’ai lâché la main de mon père pour aller prendre la sienne qui m’a serrée tellement fort, trop fort même; mais je ne l’ai pas lâchée. Elle est restée plantée là pendant de longues minutes, puis elle a fait quelques pas et en même temps qu’elle s’avançait, les larmes arrivaient. De grosses larmes qui coulaient en silence sur son visage que je ne reconnaissais plus. Ma peur augmentait en même temps que sa peine… Nous avons tourné à droite. Le même concert de verre brisé a ponctué notre marche.  Puis, nous avons aperçu le grand trou qui défigurait le mur de notre salle à manger, gueule géante qui avait avalé la vitrine et la moitié des chaises et qui menaçait de nous engloutir. Ma mère ne s’est plus retenue. Ses sanglots sont devenus plus bruyants et ils ont fait venir les miens. Ma mère pleurait son foyer, moi je pleurais la petite assiette en porcelaine blanche sur laquelle j’avais peint deux fleurs, deux petites violettes, pour la fête des Mères…

Je me souviens de courses effrénées

Du reste, je ne garde que des images vagues, toutes sombres. Je me souviens de courses effrénées, en pleine journée ou tard dans la nuit vers les abris. C’étaient des sous-sols plongés dans l’obscurité. Nous avons passé quelques heures dans celui qui se trouvait en bas de l’immeuble où habitait ma grand-mère. Il y avait aussi plein de voitures. Puis nous sommes allés dans celui de l’immeuble d’en face. Là, par contre, il y avait plein d’autres familles, des adultes, des enfants… Des bruits de tirs, d’explosions secouaient les murs de notre refuge. Le verre d’une lucarne s’est brisé et il a blessé à la tête un homme que je ne connaissais pas. La vue du sang m’a fait peur. Ma mère a détourné mon visage qu’elle a enfoui dans son cou. Le blessé est sorti avec d’autres hommes. Des femmes ont pleuré. Puis le calme est revenu.

Il y en a eu pas mal, de moments calmes. Les images qui m’en restent sont celles de bricolages fabriqués avec les boîtes, rondes, rouges du fromage dont on se gavait matin, midi et soir. Nous avons eu souvent faim, dans ces abris.

Un matin, les hommes ont annoncé que la journée s’annonçait plutôt paisible. Nous avons traversé la rue afin de gagner l’appartement de ma grand-mère. Ma mère m’a débarbouillé le visage, les mains et les pieds. Elle a changé mes vêtements. Ma tante chantonnait en faisant bouillir de l’eau. Tout le monde attendait impatiemment le bon thé chaud auquel on n’avait pas goûté depuis des semaines. Le thé a été servi dans de petits gobelets transparents. Le sucre a fondu dans le liquide fumant. Puis il y a eu un bruit affreux, une explosion très proche. Notre course a repris et le thé a refroidi…

thé


Paix, qui es-tu ?

Dans le coin d’une cour de récré, à l’ombre d’un platane, au milieu des huées, deux enfants se lèvent, époussettent leurs vêtements, se font face, s’observent. Des cheveux ébouriffés, un bleu à l’œil gauche, un autre au menton, un pantalon déchiré, un pan de chemise arraché… ces détails ne semblent nullement les perturber. Un océan de billes n’a pas fini de rouler à leurs pieds. Et puis, tout d’un coup, sans s’être donné le mot, les deux se baissent et, à genoux, poursuivent une nuée de boules de toutes les couleurs ; s’en remplissent les poches et les mains. La cloche sonne et, deux heures plus tard, se retrouvant au même lieu, les deux mélangent leur butin, oublient leur haine et se lancent, en se serrant les poings : « Faisons la paix ! »

pixabay.com
pixabay.com

 

A l’autre bout du monde, dans des costumes immaculés, des hommes aux cravates bien nouées,  souliers cirés,  papiers plein la serviette, s’installent face à face. Ils ont laissé à la porte leurs portables peut-être, pour ne pas être dérangés, mais surtout les images, déjà lointaines, de meurtres commis, de vols, d’incendies. Ils ont posé les armes, se regardent, se sourient. Ils oublient l’histoire, discutent de la géographie. Ils font des calculs, dans la tête et sur les doigts. Ils commentent, dissertent et finissent par signer, à l’encre de la mort, un accord ; sans oublier de lancer, entre deux tapes dans le dos : « Faisons la paix ! »

 

pixabay.com
pixabay.com

Déesse d’un jour, Dame Paix s’installe avant de céder, à la première bille volée, au premier coup de feu lancé… Une paix fragile et feinte, maquillée aux couleurs de la cupidité.
Or, l’ère n’est plus au manichéisme. Une autre loi existe qui n’est point celle du plus fort. Plus forts, en effet, sont ces liens tissés, entre les quatre coins de la planète, par une toile virtuelle certes, mais qui n’en est pas moins solide. De jour comme de nuit, à chaque seconde, naît une nouvelle amitié. A chaque minute, une nouvelle expérience est partagée où chacun se reconnaît. A chaque heure, quelqu’un témoigne sa solidarité à d’autres qu’il ne connaît point, mais dont il soutient la cause. Chaque jour, de nouvelles pages sont créées et prennent place dans le vaste cyberespace.

Il ne s’agit point d’une mode, ni d’une quelconque nouveauté. De nombreuses années plus tôt naissaient, sous des plumes sensibles, des lignes ambitieuses chargées d’éclairer les esprits, rapprocher les partis, gommer les différences et valoriser les nuances.
Précaire, virtuelle, Paix tu es d’autant plus fuyante. Ambition collective, rêve de l’humanité, idéal à poursuivre… comment te définir ? Et pour t’atteindre, quelles armes porter, sinon des mots écrits, illustrés, murmurés, ou même hurlés au nez de la postérité.


Madame est bien désolée d’être une femme

Je suis une femme

On m’a consacré une journée.

Le 8 mars, on me rend hommage.

Ce jour-là, je suis la reine. On loue ma féminité. On m’offre des fleurs, on m’écrit des poèmes. On crie sur tous les toits que le monde a besoin de moi. On salue la mère, la soeur, l’épouse, l’amie qui vivent en moi. On m’applaudit pour avoir fait des études. On me félicite, car j’ai réussi à me choisir un métier, à mener une carrière…

Je souris, je remercie. Je feins d’être reconnaissante.

Ingrate? Pas du tout. Je trouve seulement qu’ils ont tort de penser qu’il me faut attendre leur journée pour me souvenir que je suis Femme alors que tous les jours, on ne cesse de me le répéter.

« Un compte en banque pour votre enfant ? Madame, on est bien désolé. » Madame n’a qu’à faire, le lendemain, une entrée prestigieuse au bras d’un mari au torse bombé qui vient poser son indispensable signature sur tous les papiers.

« Quitter le pays ? Madame, on est bien désolé. Votre conjoint n’est pas d´accord. » Et cette dernière, sur-le-champ, d’aller mendier auprès de Sa Majesté, le droit de passer les frontières.

« Transmettre votre nationalité à votre mari, un étranger ? Vous n’y pensez quand même pas, Madame! » « Et mes enfants, alors? C’est bien mon sang qui coule dans leurs veines! ». « On est bien désolé, Madame, seul un homme chez nous porte son identité dans ses gènes. »

Cette année, je suis bien désolée, Messieurs qui tenez le pouvoir de ne pouvoir continuer à prendre part à cette mascarade d’un jour qui ne me fera pas oublier ce que vous me faites endurer, tout le long de l’année.

 

femme triste
femme triste

 

 

 

 

 

 

 

 


Journal intime d’un vélo (1)

Si mon vélo songeait un jour à tenir un journal, voilà à peu près ce qu’il y noterait.

 vélo. image libre de droits

Je reconnais le bruit de ses pas sur le trottoir vide. Il est à peine cinq heures du matin. Je l’attends depuis un moment. Je le vois, mal réveillé, traîner les pieds sur la chaussée poussiéreuse. Arrivé à ma hauteur, il commence à siffler entre ses dents un air gai, toujours le même. Je sens le bout de son soulier usé frôler ma roue. En un tour de main, il détache la chaîne qui me tient attaché au poteau. Il s’aggripe au guidon, enfourche la selle. Et voilà, soudain, nous ne faisons plus qu’un, Karim et moi. Un même être de chair et de fer.

Il est six heures pile. Karim me pose délicatement contre le mur de la boulangerie. La chaleur du four me parvient. Les odeurs appétissantes m’enivrent. Mon compagnon ne tarde pas à revenir. Sur son épaule, il s’est fait poser une longue planche de bois sur laquelle s’aligne une vingtaine de galettes rondes, bien chaudes, dorées et croustillantes. Bientôt, nous roulons dans les rues qui commencent à s’animer. Destination, l’école officielle des filles. Pendant le trajet, nous oscillons d’avant en arrière. En matière d’équilibre, je lui fais confiance. Les galettes glissent d’un bout à l’autre de la planche, sans jamais tomber.

Nous nous installons au même endroit. Juste en face du grand portail, sur un bout de trottoir. A présent, c’est moi qui tiens la planche en équilibre sur mon dos. Les écolières se bousculent, s’arrachent les galettes. Karim les regarde à peine. Il leur tend machinalement la nourriture, empoche les billets. Son regard vogue au loin.  Soudain, il sursaute. Tous les jours, c’est pareil; comme s’il la voyait pour la première fois. Une jeune fille aux longs cheveux tressés s’arrête à quelques pas, nous tourne le dos tout en jetant des regards furtifs dans notre direction. Le jeune vendeur, un morceau de pâte croustillant couvert de graines de sésame dorées à la main, vole vers elle, s’arrête à peine à sa hauteur. Après lui avoir glissé dans la main son petit déjeuner quotidien, il s’adosse, un peu plus loin, à un mur de pierres. Ils sont tous les deux dans mon champ de vision. Lui, le nez en l’air, la casquette enfoncée jusqu’aux sourcils. Elle, les mains tremblantes,  retirant d’un geste furtif le papier soigneusement plié et glissé à l’intérieur de la galette qu’elle porte à ses lèvres. Une bouchée. Un avant-goût des mots doux tracés maladroitement par son bien-aimé. Et un sourire sur les lèvres. La sonnerie de la cloche retentit jusque dans la rue. Les cris redoublent. « Elle » se noie dans la foule. « Lui » revient vers moi. Notre petite mission matinale est terminée.

 

En route pour le travail. Le vrai.

 


TRIPOLI: pile ou face?

Visiteur d’un jour ou citoyen affirmé, on ne peut s’empêcher d’hésiter quant au regard à jeter à ma ville. Dois-je me sentir coupable envers ce lieu_ qui m’a vue naître et grandir _ de ne savoir dans quel cadre poser son image? Ai-je le droit de lui jeter, de temps en temps, ce regard d’étranger, de lui reprocher ses défauts ou l’accuser de ses crimes? C’est à ma ville adorée que j’adresse toutes ces interrogations. C’est son âme que je sonde en même temps que la mienne. Je vais laisser mon esprit voguer dans ses recoins les plus éclairées comme les plus sombres, curieuse de savoir où me mènerait ce voyage.

tripoli mina

Tripoli.

Tes couleurs, tes odeurs et tes saveurs n’ont de secret que pour ceux qui auront choisi de tourner le dos à ta beauté. On ne saurait se lasser de tes coins où l’Histoire a laissé ses empreintes gravées à jamais sur les murs de pierre, sous les voûtes et dans les lieux de prière. Quiconque t’a connue, pour t’avoir visitée ou pour avoir vu le jour entre tes bras, n’ignore aucun des secrets qui font ton éternité. Tes portes qui ne sont plus mais qui ont laissé leur nom à la postérité. Tes églises dont les cloches font écho à la voix des muezzins, du haut des minarets. Tes ruelles qui sentent la sueur de tes artisans mêlée au parfum du savon qu’ils façonnent. Tes quartiers où se côtoient les échopes, dédale de grottes aux mille trésors. Tes boulangeries qui sentent bon, dès l’aube, ton pain chaud et doré, et tes man’ouchs bien garnis. Tes pâtisseries où les douceurs s’alignent comme des bijoux parfumés à l’eau de rose et inscrustés de pistaches, fourrés de crème de lait à la fleur d’oranger et arrosés de sirop…

Tu as toujours appartenu à tous, ma ville. Aux pauvres, comme aux riches. Aux chrétiens, comme aux musulmans. Aux instruits, comme aux analphabètes. A l’engagé, à l’indifférent, au poète, au flâneur, à l’ouvrier, au pêcheur… Aux mères, aux pères, aux enfants. Et chacun trouvait en ton sein, ma ville, le moyen de se forger une identité à l’image de la tienne.

Pour quelle raison, ma ville, dois-je glisser au passé pour raconter, ce qui, par-dessus tout, fait ta richesse, garantit ta pérennité?

Tripoli.

Qui a montré à la Haine le chemin qui mène au coeur de tes enfants? Qui a criblé tes murs, noirci tes fenêtres? Qui a armé tes hommes, drogué tes adolescents? Qui a tatoué tes flancs de symboles, de slogans écrits dans une langue qui n’est pas la tienne, ma ville? Qui a défiguré tes façades? Qui a miné ton corps, a fait taire tes mélodies? Qui a osé, ma ville, t’inventer des surnoms barbares? Qui a osé penser que tu étais à vendre, ou à louer?

Réveille-toi ma ville. Ils ont assez profité de ton sommeil.

Révolte-toi ma ville. Ils ont mal interprété ton silence.

Reviens, ma ville. Fais-toi belle pour tous ceux qui t’aiment.

Chante, ma ville, et ne crains pas de danser.

Prie, ma ville, comme bon te semblerait.

Tripoli fleur

 


Liban: prise d’otages. Un enfantillage?

A la mode, la prise d’otages à des fins diverses déshumanise nos sociétés . L’homme  n’y est plus qu’un simple pion pris dans un jeu qui le dépasse…

Tu me prends mon jouet, je te pique le tien. Tu casses la roue de mon camion, j’arrache la tête de ta poupée. Je ne saurais dire depuis combien de temps les gens de mon pays, et, par extension, ceux de toute la région aux alentours, ont décidé de transposer à leur vie d’adulte les vengeances de leur plus jeune âge.

Enlèvements au quotidien. On ne saurait être à court d’exemples! Les motifs sont très divers, là n’est pas mon propos. Les stratégies sont, elles aussi, nombreuses et varient de nature, de degré de professionalisme selon le public concerné. La prise de contact s’enrichit régulièrement de nouveaux moyens qui vont du classique coup de fil anonyme aux fameux messages postés sur la Toile. Mais, de mon point de vue, le crime est le même.

L’être humain traité comme un objet. Transporté. Maltraité. Enfoui loin des regards ou affiché sur les écrans du monde entier. Sommé de vomir des propos qu’on lui dicte. Rendu contre une somme ou en échange d’autres hommes. Fusillé, décapité pour servir d’exemple. Bouc émissaire des Grands. Les vrais, ceux qui tiennent les fils du pouvoir en ce monde devenu invivable car on n’y trouve plus sa place, ou plutôt, car on n’y trouve malheureusement plus de place pour les Autres.

Les prières des mères, la plainte des pères, le cri des épouses et les sanglots des enfants? Suis-je la seule à les entendre? Ou fait-on exprès de les nourrir, de les prolonger?

Ma conclusion rejoint mon point de départ. Tout ceci n’est qu’un jeu. Un sale jeu sans règles où tout le monde est perdant.


A quoi ressemble ta colère?

« Moi, quand je suis en colère, m’a lancé un jour l’une de mes élèves à la fin d’une leçon de sciences sur les catastrophes naturellesje ressemble à un volcan, un Piton prêt à entrer en éruption. Mes yeux deviennent tout rouges et je sens que je vais exploser. » J’ai alors demandé aux élèves de décrire chacun, en quelques lignes, sa plus grosse colère. Et pendant qu’ils se concentraient sur leur tâche, tête penchée, sourcils froncés, le bout d’un stylo ou une mèche de cheveux entre les dents, j’ai pris la peine de faire le même exercice. J’ai cherché dans ma mémoire ces souvenirs qui, tout comme les vieilles paires de chaussettes qu’on a beau pousser au fond du tiroir remontent à la surface dès qu’on y glisse la main.

Et j’ai revu, sans trop d’effort, des scènes de mon enfance, les crises de mon adolescence, mes premiers défis d’adultes, mes premières déceptions. Les larmes versées et essuyées du revers de la main, les cris poussés, les objets lancés, les portes claquées… et puis, le silence. Ce moment où le corps épuisé communique sa lassitude à un esprit qui n’a pas fini de bouillonner. Ce moment où tout s’arrête, où la Terre semble ne plus vouloir tourner.

« Et la vie continue », disait ma mère. Eh oui, elle continue. Et les aiguilles de la montre poursuivent leur course. « Un feu de paille« , murmurait-elle à mon oreille, en caressant mes cheveux qui couvraient ses genoux. C’est qu’elle ne pouvait voir, ma mère, la flamme qui brillait au fond de mon coeur. La passion naissante que ma rage nourrissait. Un feu de paille, ça dégage une épaisse fumée étouffante, ça laisse un tas de cendres froides. Or, mes colères à moi m’ont toujours menée vers de nouvelles voies. Mes coups de têtes m’ont projetée dans d’autres mondes, m’ont fait découvrir d’autres « Moi » qui sommeillaient en moi.

J’ai pris une feuille et j’ai rédigé ce billet en guise de remerciement.

A  toute personne qui, un jour, a réveillé « mon » volcan.

A ceux dont les mots blessants m’ont donné des forces.

A ceux qui m’ont claqué une porte au nez pour qu’une autre s’ouvre dans mon dos.

Je dédie… mes colères.

 


Matera… un an depuis notre première rencontre.

 En cochant la case “voyage culturel” sur la demande de visa que je devais remplir pour partir à Matera, en Italie, je ne   pouvais deviner à quel point ce voyage allait être … culturel.

Les sassis
Matera. Italie

 Rencontrer des poètes, des écrivains dont je n’avais jamais entendu parler. Les écouter présenter leurs œuvres écrites dans une langue que je comprends à peine mais dont la musique m’enivre, me va droit au cœur. Apprécier ces moments… n’est-ce pas la preuve de l’universalité de l’Art ? 

 M’écouter présenter, dans une langue qui n’est pas la mienne non plus, ni celle de ceux qui m’écoutaient d’ailleurs, le pays dont je viens, sa richesse, ses souffrances, sa ténacité… quoi de plus enrichissant que ce dialogue des cultures ?  

 

 Je n’oublie pas non plus, cette expérience d’un autre genre : dormir dans une grotte qui faisait office de chambre d’hôte, prendre le petit-déjeuner sur une terrasse d’où je pouvais embrasser du regard la vieille ville avec ses petites maisons de pierre ; prendre plaisir à voir se réveiller ses habitants dont les fenêtres s’ouvraient pour laisser voir des rideaux de fine dentelle blanche. Après le long sommeil de la nuit, la ville reprenait vie, mais nul n’osait briser ce silence divin auquel je goûtais tandis que la brise légère du matin caressait mon visage. Même les touristes matinaux qui gravissaient les petits escaliers de pierre semblaient se déplacer sur la pointe des pieds. Leurs chuchotements montaient vers moi comme des prières. En face de moi, une page de l’Histoire s’étalait sur le flanc d’une montagne aussi vieille que le monde, ou presque…     

 Je l’ai compris dès ce premier matin. J’ai réalisé que je n’étais pas arrivée en simple visiteur avide d’évasion ou de nouveauté… Je n’étais pas un touriste venu prendre quelques photos, acheter quelques souvenirs… Je n’étais pas non plus un pèlerin en quête d’une paix intérieure…

 En réalité, j’étais tout ça… et plus encore.  

 J’étais venue marcher sur les vieux chemins, gravir les marches de pierre, faire le tour de la ville, longer ses murs centenaires, jeter des regards émerveillés sur ses « sassis » creusés à même la roche, qui en disaient long sur l’endurance des peuples qui s’y sont succédé. Bercée par la voix de mon guide, j’ai cru voir leurs empreintes gravées sur les pierres qui abritaient des fossiles. Je les ai imaginés sur les sentiers, dans les grottes… Fantômes que s’amusait à ressusciter mon imagination.  

 J’étais venue graver dans la mémoire d’un appareil sophistiqué des dizaines de clichés : des vues d’ensemble, des gros plans, des plongées, des contre-plongées… autant de preuves qu’il ne s’agissait pas d’un rêve. Ces prises suffiraient-elles pour graver à jamais dans ma mémoire le sourire de ces artisans qui me tendaient fièrement leurs chefs-d’œuvre en argile ? De quelle photo émergerait-il un jour le même chant mélodieux qui sortait de ces petits sifflets bariolés qu’ils portaient à leurs lèvres ?   

 En quelques jours, je suis tombée sous le charme de Matera. Joyau étincelant de mille feux la nuit. Monument, trésor de tous les temps le jour.   

 Matera… magique !   

 Matera… mystique !   

 Matera… unique !     

 20130912_190156[1]

 


Quelle rentrée pour les enfants de Gaza?

La rentrée. Cette journée n’a jamais été vécue de la même manière par tous  les enfants du monde.

Et cette année encore… Non loin de chez moi…

Les écoliers de Gaza auront-ils besoin de cahiers, à la rentrée?
Plus besoin de livres, ni de cahiers…

Bientôt, c’est la rentrée. Un peu partout aux quatre coins de la planète, les seaux de plage enlaceront les filets à crevettes au fond des placards. Les maisons de campagne, tous volets clos, plongeront dans un sommeil profond. Depuis quelque temps, dans toutes les vitrines, les cartables à roulettes bousculent les sacs à dos. Les jolies princesses côtoient les super héros.

Non loin de chez moi, dans un coin de ce grand monde, des enfants ont déjà pris le chemin de l’école. Petits Poucets, ils ont tracé de leur sang le chemin que d’autres ont suivi, pour se mettre à l’abri. Non loin de chez moi, à Gaza, des écoliers de tout âge envahissent les classes.
Pas besoin de livres, ni de cahiers. L’Histoire s’écrit à l’encre de la mort, sur la poitrine des enfants. La géographie s’efface, expire sous les décombres. Les calculs sont inutiles. Plus la peine de compter, ni les jours qui passent ni les victimes qui sont tombées. A Gaza, cette année, point de rentrée. Plus de cri de joie dans les cours de récré.


« chez moi »… un lieu?

« Chez moi, c’est… »  Tel a été le thème du concours Mondoblog 2014.J’ai tout de suite pensé à un lieu. J’ai essayé de peindre mon pays, ma ville, ma maison ou même ma chambre. J’ai été tentée de décrire ma famille, mes amis. J’ai voulu montrer mon passé, mon présent et plus encore… Mon chez moi est fuyant. Je l’ai saisi au vol. Je l’ai décrit  comme il est venu à mon esprit. Un tourbillon de voix, d’images et plus encore…

 Chez moi, c’est un livre d’Histoire où s’écrivent toutes les histoires. L’histoire des nôtres et celle des autres.

Chez moi, c’est un livre de prière, où chacun a gravé ses croyances, ses convictions.

Chez moi, c’est un album où se sont greffées mille photos. Des portraits, des paysages.

Chez moi, c’est un recueil auquel des poètes d’un jour ont confié leurs joies, leurs peines, leurs gloires et leur désespoir.

Chez moi, c’est un roman où la réalité se mêle à la fiction.

Chez moi, c’est un pays qui se vit, qui se lit.

Chez moi, c’est le Liban, c’est l’Orient, l’hospitalité, la convivialité et le sourire à tout venant.

 

C’est chez moi que je suis née, que j’ai grandi, que j’ai appris à vivre et à aimer la vie.

Chez moi, s’enfoncent mes racines. C’est là que je puise ma sève.

C’est aussi chez moi qu’ont poussé mes ailes.

C’est là que j’ai compris que le monde est vaste et qu’il n’y a que les géographes qui croient encore aux frontières.  

Chez moi, c’est ici et ailleurs. Cest partout!

Chez moi, il y a de quoi être heureux. Un toit, un lit chaud, une table bien garnie.

Des mets délicieux. Des couleurs, des saveurs.

Des jouets dans tous les coins. Des photos dans des cadres.

Des secrets chuchotés et des murs qui ont des oreilles.

Des bêtises avouées. Des larmes versées. Et des éclats de rire, à n’en plus finir!

Un passé, des souvenirs. De l’espoir, un avenir. Et beaucoup plus encore…

Mon chez moi, tel que je le vois.
Un non-lieu. Un livre. Un album. Un recueil. Un roman…

 


écrire en français…

Qui suis-je? Pourquoi, pour qui j’écris?

Je m’appelle Rima Moubayed, née Abdel-Fattah. Je suis libanaise. Je vis et travaille dans une ville située au Nord du Liban: Tripoli.

Depuis le temps de mes études scolaires, je griffonnais notes et commentaires, dans la langue de Molière, sur les cahiers de mes copines de classe. J’inventais des histoires que je recopiais une dizaine de fois, en essayant d’imiter les caractères d’imprimerie, et je les vendais à qui voulait les lire. Mes profs me félicitaient pour mon style fluide, pour mon français correct. Mes amies enrageaient de ne pouvoir dénicher dans mes écrits aucune des nombreuses erreurs d’orthographe qui sillonnaient leurs copies. Après le bac, je n’ai donc pas réfléchi deux fois avant de m’inscrire à la Faculté des Lettres de l’Université Libanaise où j’ai fait mes études en Langue et littérature françaises.

 

 

Cela fait quinze ans que j’enseigne dans cette langue que j’aime. J’aime bien mon métier. Je le fais avec beaucoup de plaisir.

 

Depuis le journal intime de la petite enfance, je n’ai pas arrêté d’écrire, de tracer noir sur blanc, en grandes lettres cursives,  mes joies et mes peines, mes rêves et mes craintes. Avec les années, j’ai vu ma plume glisser vers la fiction, d’abord pour déguiser ce que je ne voulais avouer sur moi, sur ma réalité, mon entourage, ensuite pour goûter au plaisir de créer un monde, des personnages qui ont chacun leur histoire, mais qui reste bien souvent un peu la mienne.

 

J’écris surtout des nouvelles. Je raconte mon enfance, mon pays. Mes lignes sentent les fleurs d’oranger. Mes mots ont le goût des sirops préparés par ma grand-mère. Mes pages renvoient l’écho des bombes qui ont secoué les murs de ma ville et les éclats de rire des enfants qui fréquentent ses ruelles.

Mes textes ont été primés à plusieurs reprises. En septembre 2013, j’ai gagné le 1er prix Premio Energheia Liban. J’ai été invitée à Matera, en Italie où se tenait la cérémonie de remise des prix. Je suis tombée sous le charme de cette ville mythique qui m’a porté bonheur. Ce premier succès a été suivi d’autres: 1er prix Plumes des Monts d’Or. Adultes de l’étranger. 2014; 2ème prix Premio Energheia Liban 2013 et, dernièrement, le concours Mondoblog 2014… Bien nourrie, mon ambition n’a pas de limites. Je ne cesserai pas d’écrire.

Premio Energheia 2013