somwang

Bref, j’ai été au temple…

Elle, paniquée: « Je sens des odeurs d’encens à mon bureau. »
Moi: « Et ? »
Elle: « Personne ne brûle d’encens… »
Moi: « Et ? »
Elle: « C’est certainement un esprit, il faut qu’on aille au temple. »
Je réalise alors que très étrangement, il n’y a aucun temple autour de chez nous, juste une église un peu glauque dont j’entends les chants de ma fenêtre, et dans laquelle il est paraît-il tendance de se montrer quand on est du quartier.
Nous voilà donc partis pour l’autre bout de la ville, à China Town. En entrant dans la cour, je me sens pris d’une chaleur intense, celle des dizaines de pick-ups tapissant la magnifique place du temple et laissés allumés pour être prêts à repartir. J’entre donc, suivant les pas de ma bien-aimée d’un entrain tout relatif.
Le gardien du temple, m’arrête, planqué sous un parasol, levant lentement la tête: « Étranger! Étranger! Payer! Payer! Ticket, là bas! »
La vendeuse de tickets pour voir Bouddha, les yeux rivés sur son téléphone.
Moi: « Bonjour… Bonjour… Bonjouuuuuuuur! »
Je n’aurai jamais mon bonjour en retour, juste un bout de papier m’autorisant à parler à Bouddha. Déjà une victoire.
Mon ticket en poche, je m’approche de l’entrée du lieu saint quand soudain, une pluie torrentielle nous barre la route. A croire que le destin ne voulait pas que je rencontre le tout puissant. Nous nous réfugions sous une bâche publicitaire pour une chaîne de pizzerias.
À peine quelques secondes plus tard, le déluge s’arrête net. Nous avançons d’un pas décidé. Je tends mon ticket au gardien du temple. Aucune réponse. Il s’est endormi.
Je range mon précieux sésame dans ma poche (sait-on jamais) et tente d’entrer dans la maison de Bouddha.
Tout le monde se bouscule pour entrer le premier. Un jeune adolescent devant la porte me donne un coup de coude en voulant s’abaisser devant la statut tout d’or vêtue.
Nous entrons enfin, c’est la cohue. Une grosse dame à la mine apathique place les fidèles au fur et à mesure. Le rythme est effréné. C’est à notre tour. Elle place ma bien-aimée sur le tapis rouge, au premières loges devant le saint des saints venu d’Inde prêcher la bonne parole. Je la suis, nous nous agenouillons. Elle prie pour que les fantômes quittent son bureau, je prie pour m’en aller d’ici au plus vite.
La grosse dame, braillant toujours plus fort: « Étranger! Étranger! Le tapis rouge c’est pour les Thaïlandais! »
Moi, me levant, marmonnant dans dans ma tête: « Va bien *** ta ***! Je m’en *** de ton *** de tapis rouge! »
Nous sortons alors de ce brouhaha et je tente de retrouver nos chaussures. Trouvées. En fait un gosse jouait avec sous la pluie qui battait son plein. Les moines qui prenaient des selfies devant l’entrée courent se réfugier.
Moi: « Et si on allait boire une bière tant que ma religion ne me l’interdit pas… »
Elle: « Non, c’est mauvais pour ton régime. »
Bref, j’ai été au temple…


La machine à laver, ennemi de la flexibilité

S’il y a un objet encombrant, cher et anti-flexible au possible que beaucoup d’entre nous possèdent, c’est bien la machine à laver. Mis à part le cas spécifique des familles nombreuses qui doivent parfois faire jusqu’à plusieurs machines par jour, la machine à laver est un luxe dont beaucoup pourraient se passer. Oui mais comment ? Il faut bien les laver tous ces vêtements… En allant à la laverie, mais pas seulement.

Ne soyez plus esclave de la machine

Devenir flexible, c’est l’occasion d’apprendre à faire les choses soi-même, à ne plus dépendre de rien ni de personne. Un torchon à laver ? Une serviette de bain qui sent les pieds ? Plus de chaussettes à vous mettre demain ? Alors frottez. Lavez-les à la main. Ça paraît fastidieux, mais ça ne l’est pas plus que de faire la vaisselle.

Aller à la laverie automatique coûte cher…

Mais avoir une machine aussi. A l’achat, en eau, en électricité. Si vous êtes une personne relativement mobile, pensez à toutes les tracasseries et parfois les frais (de location de véhicule par exemple) qu’engendre votre machine à laver à chaque déménagement.

Sans parler de l’espace perdu, certes minime en valeur absolue, mais non négligeable si vous louez un appartement dans une ville chère. A Paris, le mètre carré coûte en moyenne 30 euros par mois à la location. C’est à peu près l’espace qu’occupe une machine à laver. Et dans certains studios, chaque mètre carré compte !

Squattez la machine de vos potes

Pour laver vos fringues en dehors de chez vous sans que cela ne soit une corvée, faites en un moment de partage. Pensez à vos amis sédentaires qui eux ont fait le choix d’avoir une machine à laver. L’objectif n’est pas de vivre à leur crochet. L’opération doit être donnant-donnant. Apportez quelque chose à partager. Des croissants si vous êtes matinal(e), un pack de bière ou un bon DVD à mater pour passer le dimanche après-midi.

Et si vous n’avez pas de potes ?

Alors incrustez-vous chez vos voisins. Pas en sonnant à toutes les portes de votre immeuble (quoique) mais en trouvant une machine sur Internet. Le site www.lamachineduvoisin.fr par exemple, répertorie les personnes près de chez vous disposées à vous prêter leur machines et à partager un café. Pensez également aux SEL (Services d’Entraide Locale) qui permettent aux habitants d’un quartier de se rendre des services sans échange d’argent.


Pour voyager flexible, voyagez léger

Faire son sac pour partir en voyage relève souvent du calvaire. Que vous partiez en week-end ou faire le tour du monde, vous en avez toujours trop. Dans le premier cas vous n’arrivez pas à vous soumettre à la dictature du petit bagage en soute imposé par les compagnies low-cost. Dans le deuxième, il vous faut porter sur votre dos toute votre vie sans vous scier les épaules.

En voyage plus que dans n’importe quel contexte, débarrassez-vous du superflu.

Voyager léger, c’est être libre

Fini les détours de douze kilomètres pour récupérer un sac laissé dans une gare routière. Fini l’attente interminable des bagages à l’aéroport (quand votre valise n’a pas été transférée dans le mauvais avion). Fini les automobilistes qui refusent de vous prendre en stop dans leur Smart sous prétexte que vous êtes trop chargé. Finies les randos écourtées pour cause de douleurs lombaires ou sudation dorsale excessive. Un petit sac à dos suffit. 30 litres maximum pour un voyage de quelques jours, pas plus de 50 litres pour un voyage au long cours. Voyager, c’est être mobile, être prêt à saisir toutes les opportunités. Alors ne vous encombrez pas de poids inutiles.

Les péruviens aussi utilisent du shampoing

Lorsque l’on prépare son sac, surtout pour un long voyage, on a tendance à se préparer à aller dans le désert, là où aucun homme n’a réussi à survivre auparavant. Pensez que tous les problèmes que vous pouvez rencontrer, les locaux les rencontrent également. Et ils y apportent des solutions. Inutile donc d’acheter avant de partir votre nécessaire de toilette pour les six prochains mois, un hamac, trois bombes anti-moustique, une lampe torche de secours, ou des piles. Pareil pour les vêtements. Pas plus de deux tenues (plus les sous-vêtements). Partout sur la planète vous pourrez laver vos vêtements, voir en acheter de nouveaux à des prix raisonnables.

Ne jamais transporter sa cuisine

Chaque année à l’arrivée de l’été, la célèbre enseigne de sport à bas prix ressort le traditionnel kit de cuisine pour campeur. Et tout le monde se l’arrache. Mangez froid, mangez street-food ou choisissez un hébergement qui offre des facilités pour cuisiner. Mais par pitié ne transportez pas une cuisine dans votre sac à dos ! En plus de vous encombrer inutilement, cela vous empêchera de vous immerger dans le pays dans lequel vous voyagez. Goûtez aux plats typiques, partagez votre repas avec les locaux, et lorsque vous partez randonner plusieurs jours dans les montagnes, emportez un sandwich, pas un paquet de pâtes.

Savoir se décharger en tour du monde

Lorsque l’on change régulièrement de pays, on a tendance à anticiper ses besoins et à transporter des objets inutiles. Chaque passage de frontière doit être l’occasion de se décharger un peu des choses inutiles accumulées. Si vous faites un tour du monde, ne ramenez pas en Thaïlande la doudoune que vous utilisiez pour faire du ski au Canada. Vendez-la ou donnez-la. Veillez à n’avoir dans votre sac que les affaires nécessaires pour un pays. Pas plus.

Pas plus d’un guide à la fois

N’ayez jamais plus d’un guide papier à la fois. Partout dans le monde, il est très facile de se procurer des guides pour les pays alentours, notamment dans les grandes villes et les villes frontières. Avant de passer une frontière, jetez un œil dans les auberges de jeunesses ou les bars des environs. De nombreux voyageurs y délaissent les guides des pays qu’ils ont traversés. Faites de même, pour vous décharger, et par solidarité. Si vos guides ont une valeur sentimentale trop forte pour que vous ne vous en sépariez, envoyez-les vous par la poste. Mais il faudra bien les stocker quelque part à votre retour. Et stocker, c’est perdre en flexibilité.


En Asie, le plastique c’est fantastique !

On le sait, le plastique, ça pollue, ça consomme du pétrole, ça enlaidit les paysages et ça étouffe les tortues. Alors on tente de changer nos habitudes, en gardant dans le coffre de son 4×4 diesel un cabas en chanvre pour ne pas avoir à demander de sac plastique à la caisse, en recyclant nos bouteilles de Coca-Cola ou en se trimballant sur la plage avec son sac poubelle. Ce que l’on sait moins, c’est que malgré tous nos efforts, de plus en plus de plastique se repand dans la nature et dans nos océans. Selon la fondation Ellen MacArthur, d’ici à 2050, le poids du plastique présent dans les océans devrait être au moins équivalent au poids du poisson. Et une très (très très) grande partie de cette pollution vient d’Asie. Mais alors qu’attendent nos voisins orientaux pour changer leurs habitudes de consommation ? En fait, des initiatives sont mises en place mais elles peinent à émerger…

Auteur: Somwang
A l’arrière d’un restaurant – Myanmar

 

Cinq pays asiatiques rejettent 60% du plastique mondial

Certes, une immense partie du plastique asiatique rejeté dans la nature et les océans provient de Chine, le pays le plus peuplé du monde à la croissance vertigineuse, mais pas uniquement. Selon le Conservatoire des Océans, cinq pays seraient responsables à eux seuls de 60% de la production de déchets plastique. Sur ce podium peu glorieux, la Chine est suivie de l’Indonésie, des Philippines, de la Thaïlande et du Vietnam.

Ces cinq pays, proches géographiquement, sont pourtant très différents, culturellement, politiquement ou encore historiquement.

 

Le plastique coûte très peu cher

En fait, l’un des atouts (et du coup des défauts) du plastique, c’est son coût moindre.

Dans beaucoup de sociétés asiatiques habituées à la street food et au tout jetable, les gourdes ont très vite été remplacées par les bouteilles en plastique. Les feuilles de bananiers ont laissé place aux boites en polystyrène et autres couverts en plastique. Dans les supermarchés comme dans les supérettes, les sacs en plastiques sont distribués sans modération pour transporter des biens de consommation toujours plus emballés. La preuve sans doute qu’ils ont été bien protégés.

Auteur: Somwang
Fruits sur-emballés dans un supermarché thaïlandais

 

La solution : manger ses couverts…

Alors comment lutter contre cette surconsommation de matières plastiques ? Le problème est que tout comme la moto a très rapidement remplacé de vélo, le plastique a très vite pris la place de matériaux plus naturels, contrairement à la plupart des pays occidentaux dans lesquels les matières plastiques sont apparues plus progressivement. Les villes comme les campagnes ont vite été inondées de plastique, sans que les pouvoirs publics ou les populations n’aient eu le temps de gérer ces déchets. Éduquer une population à adopter des comportements écoresponsables prend énormément de temps. Alors plutôt que d’attendre plusieurs générations pour tenter de faire évoluer des cultures bien ancrées, certaines personnes en Asie ont pris le problème à la racine en tentant de créer des matières propres pour se substituer au plastique. Par exemple, Samorn Hiranpraditsakul, une chercheuse thaïlandaise qui a mis au point une technique pour fabriquer des assiettes jetables à base de feuilles d’arbres. L’Indien Narayana Peesapaty s’est quant à lui attaqué au problème des couverts jetables, en imaginant des couverts faits à base de céréales, entièrement mangeables (et biodégradables). Paradoxalement, ce besoin urgent de trouver des solutions pourrait faire de l’Asie un moteur dans la création d’industries durables…


Un blogueur sachant bloguer doit savoir bloguer sans candeur

Tonton Somwang tient à s’excuser devant sa dizaine, que dis-je, sa quinzaine de lecteurs, de ne pas lui avoir donné de nouvelles depuis tant de temps. Étais-je trop occupé ? N’avais-je pas le cœur à vous écrire ? Que nenni.

 

J’aimerais tant vous dire que je suis de retour pour vous conter de nouvelles aventures. Mais non. Si je vous écris ce soir, c’est pour vous annoncer que je n’ai rien à vous dire ! J’ai perdu ma candeur, j’ai perdu mes humeurs, j’ai perdu mon âme de blogueur.
La réalité, c’est qu’à trois pâtés de maisons ou à 10.000 kilomètres de chez papa-maman, que l’on soit sédentaire ou nomade, une vie sans doute, sans suspens, sans risque et sans danger en devient chiante, autant à vivre qu’à raconter. Pardonnez-moi donc de ne pas vous décrire mon quotidien avec tant de détails.

Lorsque l’exotique devient banal, il n’a plus la même saveur. Il ne provoque plus la même excitation, la même curiosité. Quand vient la routine disparaissent la naïveté, la candeur et le besoin de partager qui les accompagnent.

 

Je remarque souvent ce phénomène chez les blogueurs expatriés, condamnés, parfois parce qu’ils en ont fait leur gagne-pain, à se forcer à avoir une vie passionnante et à en rendre compte à leurs lecteurs. Je suis terrifié à l’idée de tomber dans les travers blasés du blogueur de voyage professionnel. J’ai peur de me sentir obligé pour remplir les 42 blogs que j’ai créés sur un coup de tête pour vous présenter les 7 plus beaux temples d’Angkor, la liste non-exhaustive des plages les plus calmes de Phuket ou encore un top 10 des bordels les moins chers de Bangkok. J’ai peur de tomber dans cette facilité qui consisterait à me transformer en « guide local », en donneur de conseils et de leçons, en connaisseur. J’exècre les connaisseurs. Ils n’ont aucune candeur !
J’ai peur aussi de me forcer à raconter un quotidien qui n’est pas le mien, à travestir la réalité pour vous vendre du rêve, à vous faire voir non sans arrogance ma vie d’expat nanti et bronzé à travers un filtre Instagram.

Car au fond, là est la véritable question. Qu’est-ce qu’un blogueur ? A quoi sert un blog ? A donner son opinion ? A quoi bon ? A informer, voire à « réinformer » comme diraient les conspi ? A raconter sa vie à qui voudra bien l’écouter, à flatter son ego ou au contraire à s’imaginer tel que l’on pourrait être ?

 

Pourtant, j’en ai vécu des aventures ces derniers mois. J’ai erré de villes en pays et d’hôtels en condominiums à la recherche d’une terre d’accueil pour notre couple aux passeports si incompatibles.

J’ai aussi fait des rencontres. De très belles rencontres. A Bangkok, je me suis reconstitué un petit clan, très hétéroclite, très international. Il y a Vincent, mon collègue français avec qui je déjeune rituellement une fois par semaine pour parler politique, Mauricio le photographe suisse, suivant sa femme, diplomate, aux quatre coins du monde, Claire la quadra mondaine de Séoul, une ancienne gérante de clinique de chirurgie esthétique vivant je ne sais pour quelle raison à l’année dans un luxueux hôtel de la capitale thaïlandaise, Mademoiselle Park l’ado nord-coréenne surdouée qui semble autant méfiante que fascinée par nos échanges, Redge le touchant militaire à la retraite depuis peu, ou encore Michael, un jeune iranien travaillant comme modèle pour des agences de mannequinat en attendant son visa pour rejoindre son père installé en Australie avec sa mère, une discrète archéologue de Téhéran. Toutes ces personnes et bien d’autres enrichissent mon quotidien, mes réflexions, ma vision du monde.

 

Professionnellement aussi, ma vie a basculé il y a un an maintenant, lorsque j’ai rejoint l’équipe d’Anne Genetet, députée des Français de l’étranger, très branchée « mobilité ». L’aventure est exceptionnelle. Il est difficile de mettre des mots dessus. Et quel rapport avec ce blog ? Peut-être est-il temps de bloquer le nom de domaine papiersdelassembleenationale.mondoblog.fr ? Peut-être est-ce un peu long. Peut-être le format blog est-il trop restrictif. Pourquoi se cantonner à parler d’un sujet ? Pourquoi se sentir obligé de rédiger un long billet alors qu’un tweet ou quelques mots écrits au crayon de bois sur une serviette en papier dans un Starbucks suffiraient à exprimer n’importe quelle émotion, qu’importe si personne ne les lit ?

 

En réalité, j’écris souvent, énormément. Mais j’appuie tout autant sur la touche « supprimer » que sur toutes les autres aspérités de mon clavier. J’aime écrire. J’aime les mots, les sons, les touches de mon clavier azerty, vestige de ma Francophonie. J’aime même parfois, non sans un certain narcissisme dont je me sens coupable, relire mes propres mots, ceux que je me suis écrits, sans savoir si quiconque les lira.

Mais voilà aujourd’hui, je n’ai rien à vous dire !


Lili

(Sur l’air de la chanson de Pierre Perret du même nom)

 

Elle arrivait de Somalie Lili

Elle rêvait juste de liberté Lili

Mais son évasion en Asie, prit fin ce sombre après-midi, dans une prison de Lumphini,

 

Elle avait fait la Malaisie Lili

Mais là encore elle a dû fuir Lili

Elle a appris à ses dépens que la confiance c’est important mais qu’il faut se méfier des gens

 

Y’en a qui voulaient l’acheter Lili

Et qui voulaient en faire leur jouet Lili

Elle a pris ses jambes à son cou, elle a quitté ce monde de fous, et puis elle est venue chez nous.

 

Une fois à la Cité des Anges Lili

Arrêtée parce qu’elle dérange Lili

Car en Asie comme autre part, il ne faut pas se le cacher, les anges n’ont pas la peau noire

 

Elle voulait être réfugiée Lili

Mais ce gros mot n’existe pas ici

Au lieu de voir la liberté, Lili s’est fait emprisonner, pour une histoire de papier

 

Deux ans déjà qu’elle croupit là Lili

A 10.000 bornes de la Somalie

Nourrie à l’eau chaude et au riz, dormant par terre sur un tapis, à trente dans une cage à souris.

 

Et quand je viens la visiter Lili

Qu’à travers les barreaux elle me sourit

Je me sens heureux et honteux, d’être si libre mais c’est vrai, sans même l’avoir fait exprès.

 

Elle avait fui à ses quinze ans Lili

Elle a perdu ses belles années ici

Je rêve qu’elle sorte de sa cage et que l’on voit son doux visage sans ces deux rangées de grillage.


La demoiselle de Pyongyang

Par facilité ou par devoir matrimonial, me voilà de retour en Thaïlande après presque une année d’absence à la conquête peu fructueuse, mais non moins intéressante, d’un certain reste de l’Asie. Et comme toujours en arrivant en Thaïlande se pose la question du visa. Se marier et risquer de crouler sous la paperasse consulaire ? Attendre la retraite et se rendre compte qu’en fait on rêverait de vivre ailleurs ? Devenir prof d’anglais dans une école de campagne et se faire exploiter pour quelques sous et un tampon sur son passeport ? Une fois de plus, j’ai opté pour la facilité et ai demandé un visa étudiant pour les douze prochains mois. Mais las d’apprendre le thaï depuis des années sans que cela ne m’ouvre la moindre opportunité professionnelle, j’ai préféré cette fois parfaire mon anglais.

 

Dans ma classe, les étudiants viennent de toute l’Asie, et même ailleurs. Une étudiante russe venue suivre des cours de psychologie pour quelques mois, une Japonaise en année sabbatique, une femme iranienne et son fils qui aimeraient bien rejoindre une partie de leur famille en Australie, un photographe suisse, un Thaïlandais qui se prépare à partir vivre à Singapour…

Et au milieu de ce groupe bigarré, sourire aux lèvres, nez à la forme biscornue et tenue impeccablement repassée, se tient la demoiselle de Pyongyang, une très jeune Nord-Coréenne arrivée il y a quelques mois seulement en Thaïlande pour y faire ses études.

 

Notre premier contact fut bref :

  • « Bonjour ! » me dit-elle. « Est-ce vrai que tu viens de Français ? »
  • Moi : « Oui, je viens de France, c’est le nom de mon pays »
  • Elle, ouvrant ses yeux au maximum de ce que sa morphologie lui permet et m’offrant un sourire d’une sincérité inégalée : « je suis vraiment heureuse, c’est la première fois de ma vie que je vois un Français »
  • Moi : « Je suis ravi d’être ton premier Français. Tu sais je ne rencontre pas souvent de nord-coréens non plus ».

 

J’avais déjà par le passé rencontré trois personnes venant de Corée du Nord, lorsque je travaillais en Europe avec des réfugiés. Mais nos échanges étaient souvent brefs, technocratiques, et se faisaient par Google translate interposé car aucun d’eux ne parlait anglais.

 

Étonnamment, loin de tous les clichés que je me faisais du peuple nord-coréen, la demoiselle de Pyongyang est très loquace. Toujours prête à intervenir en classe, elle répond à toutes les questions adressées à l’assistance par le professeur. Une attitude qui a l’habitude de m’agacer, mais qui ici me plaît. Nous la laissons parler, donner son avis, raconter des histoires, nous en dire plus sur sa vie.

En écoutant ses réponses aux exercices, j’appris notamment qu’elle avait un compte Facebook, ou encore qu’elle aurait aimé être médecin, mais que ses amis lui ont dit que c’était une mauvaise idée. Des banalités sous nos latitudes.

Elle semble sûre d’elle à chaque réponse lorsqu’il s’agit de donner son opinion. Elle ne laisse transparaître aucun doute.

 

Très bien intégrée à notre groupe, la demoiselle de Pyongyang entraine des réactions différentes de la part de nos camarades de classe lorsque ces derniers apprennent qu’elle arrive tout droit de la capitale nord-coréenne.

Madame Park, originaire de Corée du Sud, est par exemple partie en hyperventilation, certainement un mélange de joie, d’étonnement, d’appréhension, ou peut-être rien de tout cela. Allez savoir ce qui se passe dans la tête d’une Nord-Coréenne et d’une Sud-Coréenne qui se rencontre pour la première fois ? Il faut dire aussi qu’il ne s’agissait pas de leur première rencontre. La demoiselle de Pyongyang et Madame Park s’étaient déjà parlé quelques jours auparavant. Mais indiquant toutes les deux qu’elles étaient « coréennes » aucune d’entre elles ne jugea utile de préciser de quel côté de la frontière elles venaient.

 

Ivana, notre psychologue en herbe bipolaire, a quant à elle demandé « c’est vrai que c’est la guerre civile dans ton pays ? ». L’approximation sémantique et le manque de tact de notre amie russe n’auront pas eu raison de l’aplomb de la demoiselle de Pyongyang qui lui répondit tout simplement « je ne comprends pas quand vous parlez ». Une réponse qui a le mérite d’être efficace…
La demoiselle de Pyongyang m’intrigue. Qu’est-ce qu’une Nord-Coréenne peut-elle bien partir étudier en Thaïlande ? A priori pas la médecine… Pourquoi elle ? Est-elle issue d’une famille de diplomate ou de l’une de ces riches familles de Pyongyang, commerçant avec la Chine et dont la jeunesse dorée menace de trop vouloir s’émanciper ? S’est-elle enfuie ? Est-elle heureuse à Bangkok, dans l’un des temples du capitalisme asiatique.

Une chose est sûre, je suis ravi de partager sa classe, de l’entendre donner son point de vue ou son avis. J’espère grâce à elle en apprendre plus sur ce peuple qui m’intrigue depuis des années et pouvoir partager tout cela avec vous.

 

A bientôt


Législatives: une campagne numérique dans la circonscription du bout du monde

À l’étranger aussi, les Français ont voté pour élire leurs députés. J’ai eu la chance de me retrouver au cœur de cette aventure électorale en m’occupant des réseaux sociaux pour Anne Genetet, candidate La République En Marche! pour la 11ème circonscription des Français de l’étranger.

Je vois déjà poindre les critiques : « le type utilise son blog pour faire la promo de sa candidate mine de rien ». Pas du tout !

En réalité, le parti que je soutenais n’a pas vraiment d’importance, ce que je voudrais avant tout, ce n’est pas vous convaincre, mais vous entrouvrir les coulisses d’une campagne vraiment pas comme les autres.

 

Une circonscription de 49 pays !

La 11ème circonscription n’est pas n’importe quelle circonscription. C’est la plus grande au monde ! Elle s’étale de l’Ukraine à la Nouvelle Zélande, sur trois continents différents, et compte 49 pays séparés d’Est en Ouest par 9 heures de décalage horaire. Et ces pays sont tous différents. De l’Afghanistan à l’Australie en passant par le Japon, la Corée du Nord ou encore la Papouasie Nouvelle-Guinée, difficile de convaincre à la fois les retraités de Pattaya, les familles franco-nipponnes de Kyoto et les entrepreneurs de Singapour.

Impossible donc de faire campagne de la même manière que dans une circonscription française. Imaginez un peu, en quelques semaines à peine, aller tracter dans un marché de Pékin ou sur une plage de Phuket en espérant croiser un compatriote indécis !

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La 11eme circonscription des Français de l’Étranger

 

Une équipe de télécampagne aux quatre coins du monde

Notre équipe de campagne elle aussi était éclatée sur toute la circonscription. Avec un directeur de campagne en Papouasie Nouvelle-Guinée, une candidate basée à Singapour qui changeait de pays presque tous les jours, des responsables à Paris, à Taïwan, au Japon, en Australie, en Inde, en Chine, en Russie, et moi même au Cambodge, nous avons dû nous adapter, réinventer la manière dont fonctionne une équipe de campagne, flexibiliser nos horaires pour braver les décalages horaires et introduire une forte dose de télétravail dans l’univers traditionnellement un tantinet réac de la politique.

 

Une campagne très connectée

Certes les candidats ont multiplié les déplacements, tenu des réunions publiques dans les ambassades ou autres Alliances Françaises, mais il est impossible de couvrir en un mois les centaines de villes dans lesquelles résident ces Français du bout du Monde.

Pour s’adresser aux électeurs, tous les candidats ont dû faire preuve d’un brin de modernité et mener une cyber-campagne, sur Facebook, sur Twitter, en organisant des télémeetings en visioconférence dans plusieurs pays à la fois. Les likes et les shares ont remplacé les tracts, le site du Petit Journal, bien connu des expatriés du Monde entier, a remplacé France Télévision et les faux profils sur les réseaux sociaux ont remplacé les colleurs d’affiches parfois sans foi ni loi.

Les horaires de publication, pourtant stratégiques, tenaient parfois du véritable casse-tête. Imaginez un peu vous adresser à une population dont une moitié se lève à l’heure où l’autre se couche !

Autre souci pour se faire entendre dans un territoire aussi diversifié : la question de l’accessibilité. En Chine, où Facebook est interdit, au Myanmar où il est difficile de trouver une connexion de qualité, à Pondichéry en Inde, où beaucoup de nos concitoyens sont des binationaux dont certains ne savent ni parler ni lire le français, il a fallu s’adapter, trouver des relais auprès des comités locaux.

 

Respecter la Loi française à l’Étranger

Lorsque l’on mène une campagne française dans des pays étrangers, certaines règles du code électoral deviennent parfois compliquées à saisir.

Ce fut le cas par exemple de la trêve électorale, censée commencer à minuit le vendredi soir précédant chaque scrutin, sans préciser clairement le fuseau horaire que l’ensemble de l’équipe est censé respecter.

Ce fut également parfois le cas sur la question de la presse en langues étrangères. Ici, pas de matinale chez Jean-Jacques Bourdin, mais plutôt des interviews pour le Times of India ou la radio australienne ABC.

Difficile de relayer les bonnes critiques faites à votre candidat lorsque celles-ci sont faites par des médias non-francophones et que l’équipe de campagne n’a pas l’autorisation de s’adresser à ses électeurs dans une autre langue que celle de Molière, ni même d’utiliser des drapeaux dans ses communications.

 

Les Français de l’étranger réinventent la politique

Faire de la politique lorsque l’on est élu par les français de l’étranger, surtout dans la 11ème circonscription, ce n’est pas comme représenter les habitants d’une région, ni même d’un pays. Il s’agit de faire remonter les problématiques de Français qui sont minoritaires là où ils vivent. Comprendre les tracas des sept électeurs français vivant en Corée du Nord (eh oui, même eux ont le droit de voter, via la Chine), ce n’est pas comme tenter de faire cohabiter au mieux les Français d’une circonscription bretonne ou parisienne.

Tout comme les nomades digitaux réinventent le travail, tout comme les expatriés réinventent leur rapport à leurs proches et à leur famille, les Français du bout du monde sont un laboratoire pour réinventer la démocratie et le rapport au politique, en s’affranchissant des frontières, en faisant travailler ensemble des personnalités totalement différentes sur la défense d’idées plutôt que de territoires ou de fiefs.



Human Rights Watch inquiet en Asie du Sud Est

Comme chaque année, Human Rights Watch, une référence dans le domaine de la recherche et de la collecte de données concernant les droits humains a publié son rapport pour 2017. Premier constat, l’ONG se dit très inquiète de la montée des populismes en occident, notamment après l’élection de Trump, et dit craindre que le repli sur soi américain et de nombreux pays européens ne mette en danger les Droits de l’Homme.

En Asie du Sud Est, une région elle aussi en pleine évolution, voire même à certains égards en pleine révolution, Human Rights Watch dresse également un tableau plutôt sombre. Petit tour d’horizon :

 

Thaïlande : la démocratie confisquée

En Thaïlande, un pays qui est endeuillé après la mort de son Roi, la junte au pouvoir après le coup d’État de 2014 est accusée de ne pas tenir ses promesses faites auprès des Nations-Unies de mener le pays vers un régime démocratique.

Les élections prévues cette année ont été repoussées à une date indéterminée et l’opposition à la junte est réduite au silence. Selon l’ONG, la junte abuserait de la loi très sévère sur le crime de lèse-majesté et la détournerait à des fins politiques. Elle n’hésiterait pas non plus à faire juger des civils par des tribunaux militaires.

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Une campagne de l’ONG Reporters Sans Frontières

 

Myanmar : une réunification qui se fait attendre

Au Myanmar (Birmanie), l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kii, lauréate du prix Nobel de la paix en 1991 (prix remis seulement en 2012) avait suscité une vague d’espoir après de longues années de dictature militaire. Néanmoins les changements escomptés par le « communauté internationale » tardent à se faire sentir.

Human Rights Watch dénonce notamment l’intensification des combats entre groupes armés malgré un cessé le feu signé en 2015. Les méthodes de l’armée, qui a maintenu son autonomie et une partie de son pouvoir sont vivement critiquées.

L’ONG est également très critique sur la difficulté qu’ont les organisations humanitaires d’accéder aux personnes déplacées. Autre sujet sensible : la question des Rohingyas dont Human Rights Watch assure qu’ils ont été cette année victimes de « graves violations » de leurs droits de la part des forces de sécurité (violences, viols, arrestations arbitraires…).

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L’élection d’Aung San Suu Kii, lauréate du prix Nobel de la paix avait pourtant suscité beaucoup d’espoir.

 

Cambodge : l’opposition muselée

Au Cambodge, à l’approche de deux années électorales (2017 et 2018), le Premier ministre Hue Sen est accusé de mener une chasse aux sorcières visant tous les opposants (ou supposés comme tels) à son gouvernement. Selon le rapport de Human Rights Watch, de fausses accusations auraient été portées dans le but de leur nuire à des défenseurs des droits humains, des travailleurs sociaux, des intellectuels, et des personnalités politiques, notamment Rong Chhun, membre du comité électoral national.

Singapour : les blogueurs menacés

A Singapour, c’est une nouvelle fois les entraves à la liberté d’expression (et de réunion) qui sont critiquées par Human Rights Watch. Selon l’ONG, la presse écrite est très contrôlée et les médias en ligne sont soumis à une grande surveillance, notamment lorsqu’ils évoquent des sujets politiques.

Toujours selon ce rapport, les bases juridiques permettant à la cité-État d’attaquer les blogueurs et autres diffuseurs de contenus en ligne sur la base d’atteintes à « l’ordre public, la moralité, la sécurité et l’harmonie raciale et religieuse » seraient trop floues et sujettes à interprétation.

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L’arrestation d’Amos Yee, un jeune blogueur de 17 ans accusé d’injures envers la religion, est devenu un symbole des défenseurs de la liberté d’expression à Singapour.

 

Vietnam : la liberté d’expression mise à mal

Au Vietnam, dans un contexte politique tendu, Human Rights Watch accuse le Parti communiste de « punir les personnes qui mettent à l’épreuve son monopole du pouvoir ». La liberté d’expression est très encadrée et parfois réprimée. Sur les 9 premiers mois de 2016, le rapport souligne qu’au moins 19 blogueurs et activistes ont été poursuivis. Plusieurs cas de violences physiques ont également été recensés à l’égard d’activistes.

Human Rights Watch note aussi que la liberté religieuse est mise à rude épreuve, notamment par la surveillance et le harcèlement de plusieurs groupes bouddhistes ou chrétiens non reconnus par le Parti.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/5/5f/Vietnamese_Black_April_(Th%C3%A1ng_T%C6%B0_%C4%90en)_Democracy,_Human_Rights_Rally_63.jpg
Des manifestants demandent la libération de Nguyen Quoc Quan, un défenseur des droits de l’Homme détenu depuis 2012 et accusé de terrorisme.

 

Indonésie : les minorités persécutées

En Indonésie, Human Rights Watch dénonce les persécutions subies par les groupes minoritaires, qu’il s’agisse de la communauté LGBT ou de minorités religieuses. La montée d’un Islam radical met également à rude épreuve le droit des femmes. Dans certaines régions ou localités où la Charia est appliquée, le port du voile ou de la burqa est par exemple devenu obligatoire.

Un autre point a été souligné par le rapport : le travail des enfants, notamment dans les plantations de tabac.

https://www.google.com.tw/url?sa=i&rct=j&q=&esrc=s&source=images&cd=&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwjayLSn-fDRAhVDG5QKHQ5EBZkQjRwIBw&url=https%3A%2F%2Fwww.flickr.com%2Fphotos%2Filoasiapacific%2F16083699662&psig=AFQjCNFY9EDu6Oy6H3fttKGYChHkm7d8cQ&ust=1486108899212952
Le travail des enfants est un véritable problème en Indonésie. Ici dans l’industrie de l’huile de palme.

 

Malaisie : le trafic d’êtres humains menace les réfugiés

En Malaisie, Human Rights Watch estime que la situation des droits humains a continué à se détériorer en 2016. Dans leur viseur, la liberté d’expression, mais aussi les discriminations envers les femmes et les personnes homosexuelles (l’homosexualité y est prohibée et peut être punie de 20 ans de prison).

L’organisation dénonce également le sort des réfugiés en Malaysie. Le pays n’est pas signataire de la Convention de Genève de 1955 posant les bases d’une protection juridique et matérielle des demandeurs d’asile et des réfugiés. Faute de cadre légal, les nombreux réfugiés, souvent en provenance du Myanmar, n’ont pas la possibilité de travailler légalement et courent un risque élevé d’être victimes de réseaux de trafic d’êtres humains.

 

Philippines : la police incitée à assassiner les drogués

Aux Philippines enfin, c’est bien évidemment la guerre lancée contre la drogue par Rodrigo Duterte, le « Trump asiatique », qui est mise en cause par le rapport de Human Rights Watch. En appelant à tuer sans aucune forme de jugement les trafiquants et consommateurs de drogues, Duterte a plongé son pays dans un bain de sang.

Dans les six mois qui ont succédé à sa prise de pouvoir, environ 5.000 personnes auraient été assassinées dans ce combat contre la drogue. Mais on le savait, populisme et droits de l’Homme ne font pas souvent bon ménage…

https://www.google.com.tw/url?sa=i&rct=j&q=&esrc=s&source=images&cd=&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwjey4rK_PDRAhWIi5QKHe2FAEoQjRwIBw&url=https%3A%2F%2Fwww.flickr.com%2Fphotos%2Fvocal-ny%2F30229475726&psig=AFQjCNGUzk2u2CddHLLOpXZtVla46Cw7ig&ust=1486109751242418
Aux Philippines, la guerre contre la drogue de Duterte a fait des milliers de victimes l’an dernier


Du défi quotidien de vivre avec une Thaïlandaise #MondoChallenge #Relationshommesfemmes

Vivre avec une Thaïlandaise

C’est en quelque sorte redevenir un enfant. Au restaurant, au magasin, dans le taxi ou dans une administration, plus personne ne s’adresse à vous. Vos paroles n’ont plus aucune valeur.

Que vous parliez ou non le thaï, la pâleur de votre épiderme et la longueur de vos naseaux font de vous un inapte. Même après avoir exprimé votre requête, on redemandera à votre compagne votre destination, ce que vous désirez manger, si vous supportez les piments.

Au magasin de moto, alors que je venais simplement changer ma plaque d’immatriculation, la vendeuse s’est carrément adressée à ma moitié pour lui demander si elle voulait changer les papiers pour les mettre à son nom sans même me demander mon avis !

Si certains s’en accommodent, cette vie par procuration m’insupporte, si bien que je finis par toujours me rendre seul dans tous ces lieux qui obligent des êtres humains à entrer en contact avec moi.

Vivre avec une Thaïlandaise, c’est aussi se heurter aux préjugés, ceux des occidentaux venus se bronzer les fesses une semaine et qui n’ont d’autre image de la Thaïlande que les reportages voyeuristes de M6 sur les bordels de Bangkok ou les retraités libidineux de Pattaya, mais aussi ceux de beaucoup de Thaïlandais, dont l’esprit nationaliste et la phobie de la rencontre interculturelle sont heurtés par ce mélange des genres qu’ils considèrent parfois presque comme de la haute trahison.

« Mia Farang » (femme de blanc) beugle une grosse dinde à notre approche, avachie vulgairement sur son tabouret, pensant certainement qu’un visage pâle ne saurait déchiffrer son jargon.

« Tu penses que c’est une prostituée ? » murmure un peu trop fort ce couple de touristes à la table d’à côté nous épiant du regard depuis le début du repas.

« Comment as-tu fait pour te trouver un blanc ? » s’étonne cette vendeuse de fruits à qui nous demandons notre chemin.

« Ton copain, il est riche ? » interroge un policier alors que nous venons juste chercher un papier administratif.

Pas facile d’être une femme de blanc dans un pays où beaucoup de mariages sont motivés par des raisons économiques et où l’on voit les expatriés comme des touristes sexuels.

Mais vivre avec une Thaïlandaise, comme pour tout couple mixte, c’est surtout devoir s’inventer une culture en commun. Car n’en déplaise à Marine ou à l’oncle Donald et à leur vision simpliste de l’être humain dans la mondialisation, on n’adopte pas une culture lorsque l’on migre ou que l’on se mélange. On en crée de nouvelles.

Je ne crois absolument ni à la sincérité ni au bonheur de ceux qui voudraient s’assimiler, adopter la culture d’un autre, se convertir par amour à une religion sans conviction profonde, faire mécaniquement siennes les valeurs, l’histoire et les coutumes de quelqu’un d’autre, apprendre à devenir un autochtone comme les autres.

J’ai du mal à imaginer que l’on puisse s’épanouir dans un couple en agissant de manière contre-intuitive sur des questions aussi essentielles que le mariage, la gestion financière ou encore l’éducation des enfants. Beaucoup le font. Ils se rassurent en se disant que « c’est comme cela dans sa culture », qu’en somme il faudrait lui permettre de mener la vie qu’elle aurait eue si elle n’avait pas rencontré un étranger, s’excusant presque de ne pas être thaïlandais et d’avoir appris sur le tard à se comporter comme tel.

A quoi bon former un couple mixte si c’est pour nier une culture au profit de l’autre ? Osons la différence et toute la créativité qui s’en dégage !

Vivre dans deux cultures à la fois

C’est risquer de s’enfermer dans deux carcans en même temps, mais c’est aussi la possibilité de se libérer totalement et de s’inventer une nouvelle identité, pleine de liberté. C’est d’ailleurs tout l’enjeu des enfants nés de deux cultures.

La force d’un couple mixte, c’est justement de n’avoir ni la culture de l’un, ni celle de l’autre. C’est cette liberté de ne plus avoir aucune contrainte, de vivre dans un référentiel qui nous est propre, qui n’a que les normes et les valeurs que nous lui avons données, par à-coups et par ajustements au fil des ans.

Vivre en couple mixte, c’est avoir des manières uniques de cohabiter, de s’aimer et de s’engueuler, taillées sur mesure et que personne ne peut comprendre. Parce qu’au fond, l’amour, ce n’est pas apprendre à changer pour s’adapter, mais plutôt s’accepter avec nos différences, qu’elles soit physiologiques, culturelles ou même sociales.


Monsieur Mélenchon: lettre ouverte d’un expatrié un peu fauché

Monsieur Mélenchon,

 

Lors de l’une de vos nombreuses interventions télévisées, vous avez évoqué l’idée d’un « impôt universel » pour taxer les expatriés français les plus riches, où qu’ils vivent dans ce vaste monde. Pourquoi pas. Considérer l’exercice du pouvoir public non plus comme uniquement la gestion d’un territoire, mais comme un lien entre un pays et son peuple, cela existe ailleurs. Les États-Unis appliquent d’ailleurs déjà la mesure que vous proposez.

 

Mais pour qu’une telle mesure ne paraisse pas opportuniste, démagogique, comme une proposition populiste lancée en l’air, une de plus dans cette campagne à droite comme à gauche, encore faudrait-il que vous alliez jusqu’au bout de votre modèle universaliste.

 

Monsieur Mélenchon, vous voulez un impôt universel, imaginez-vous mettre en place en parallèle le « service public universel » qui pallierait aux services publics défaillants de certains pays où sont implantés de nombreux expatriés français ? De la même manière que vous souhaitez une égalité fiscale pour tous les Français, vous pourriez plaider pour une égalité de traitement face aux services publics, même pour les Français vivant à l’étranger. À quand la gratuité des lycées français, l’accès à la santé, aux allocations familiales et de logements ou au RSA pour les plus précaires, quel que soit leur pays de résidence ? Car c’est bien à cela que servent les impôts non ?

 

Si certains pays ont des taux d’imposition très bas, ils offrent aussi un service public nul ou presque, et beaucoup d’expatriés ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour préparer leur retraite, se soigner, faire face à la perte de leur emploi ou même scolariser leurs enfants. Beaucoup de Français précaires vivant à l’étranger par choix ou par contrainte ne peuvent pas se soigner ou vivre décemment alors même que certains d’entre eux paient des impôts en France.

 

Monsieur Mélenchon , les Français de l’étranger ne sont pas tous des évadés fiscaux. Certains partent pour trouver du travail, pour rejoindre leur famille ou même pour survivre avec des revenus qui ne leur permettent pas de vivre dignement en France. Saviez-vous que certains Français font la manche en Asie ? Saviez-vous qu’inscrire ses enfants au lycée français de Bangkok coûte au minimum 5.000 euros par tête et par an pour des enfants français, c’est-à-dire environ un an du salaire moyen en Thaïlande ? À ceux-là, quel message avez-vous à leur envoyer ? Ils sont français, tout autant que Bernard Arnaud ou que Florent Pagny. Ils sont juste moins rentables et personne ne s’intéresse à eux. Si vous vous intéressez vraiment aux Français expatriés, ne serait-il pas juste de vous intéresser à tous et pas seulement aux plus riches ?

 

En attendant, Monsieur Mélenchon, puissiez-vous utiliser cette brèche que vous avez ouverte à bon escient et faire entrer la cause des Français de l’étranger dans le débat public, pas seulement pour montrer que vous êtes prêt à partir chasser du milliardaire à l’autre bout de la planète, mais pour redonner une cohérence au peuple français dans toute sa diversité et sa complexité et cela, où qu’il soit dans ce monde devenu village.

 

Car au fond, nous sommes un peu pareils vous et moi. Je suis blogueur, vous Youtubeur, et nous prétendons tous deux (pas toujours avec les mêmes idées) vouloir œuvrer pour un monde plus juste et plus égalitaire.

 

Démocratiquement vôtre,

 

Adrien Coron (Alias Somwang)


Le Bouddhisme est-il une religion ?

Le Bouddhisme est il une philosophie ou une religion ? C’est la question que beaucoup se posent, à commencer par moi. Je ne me considère absolument pas comme un spécialiste de la question. Je ne suis ni théologien, ni historien, ni même bouddhiste. La seule ouverture que j’ai eu au Bouddhisme me vient des quelques cours donnés par une sœur catholique à la fac de théologie d’Angers, à des vidéos YouTube de Mathieu Ricard que je regarde au petit déjeuner pour me mettre de bonne humeur et aux réflexions et attitudes des gens qui m’entourent en Asie. Je ne prétends donc pas ici faire une analyse avancée du Bouddhisme contemporain en Asie. Je tente simplement  de mettre des mots sur mes réflexions personnelles.

 

Comme toute religion, le Bouddhisme crée du lien entre les hommes

Étymologiquement, le mot « religion » vient du latin « religare » qui signifie « relier ». L’objectif d’une religion est de relier des hommes entre eux et d’organiser leurs rapports sociaux. Personne n’a sa propre religion. On la partage avec d’autres. C’est ce qui la distingue de la simple croyance, de la philosophie ou encore d’un ami imaginaire.

Une religion est avant tout un groupe auquel on appartient ou non, soit par tradition, soit par choix personnel, soit même parfois par obligation. Elle est une caractéristique identitaire. Lorsque l’on demande à quelqu’un s’il est de telle ou telle religion, il peut généralement répondre par oui ou par non. Fait est de constater que la plupart des personnes que je rencontre en Asie se disent bouddhistes et ne me considèrent pas comme tel. Elles ont d’ailleurs bien raison. Je ne me considère pas non plus comme étant bouddhiste.

Mais le seul fait que l’on se voit et que l’on voit l’autre comme faisant partie ou non du « groupe des bouddhistes » montre que l’on n’est plus dans une simple considération philosophique. On parle d’identité, de ce que l’on est et pas simplement de ce que l’on pense. Nous ne sommes donc pas là dans une dimension uniquement philosophique. « Être bouddhiste » en Asie n’est pas uniquement une manière de penser comme « être cartésien, existentialiste ou humaniste ». Il s’agit d’une identité, de l’appartenance à un groupe, avec ses codes, ses hiérarchies, ses lieux de recueillement et même son économie.

Photo @somwang
Dans certains pays (ici au Myanmar), devenir moine est le meilleur moyen pour les enfants les plus pauvres de recevoir une éducation

En réalité, je pense que chaque courant « religieux » présente deux dimensions :

Une première dimension de réflexion autour d’écrits et d’enseignements, de développement personnel, de recherche de sens. Il s’agit d’un travail psychique intense, important. C’est certainement ce que beaucoup appellent « philosophie ». La « philosophie » du Bouddhisme invite au dénuement, à la perception de l’impermanence des choses, à la conscience, à la méditation et à la concentration. En réalité, un chrétien, un hindouiste ou un athée pourraient très bien réfléchir sur ces questions sans se rendre dans un temple bouddhiste.

Une deuxième dimension de chaque religion est sociale, sociétale, politique même. Appartenir à un groupe religieux (celui des bouddhistes ou n’importe quel autre), c’est s’identifier culturellement, respecter des rites, vénérer une cosmologie et suivre des règles communes. C’est identifier qui fait partie du groupe ou qui n’en fait as partie. Les personnes membres d’une même religion ont souvent les mêmes repères, la même notion de ce qui est bien ou mal ou de la manière d’appréhender son corps et celui des autres, de savoir ce qui est pur ou impur, ce que l’on doit montrer ou au contraire cacher. Tout cela n’a rien de philosophique. Il s’agit d’un ensemble de règles communément admises qui favorisent le vivre ensemble. Cette réalité existe dans les bouddhismes. Elle s’exprime de manière différente et à des degrés divers selon les pays, mais on ne peut pas le nier.

Cette organisation des sociétés autour du fait religieux peut produire le pire comme le meilleur. Si l’appartenance religieuse a été utilisée de tous temps pour justifier des conflits armés sur fond de tensions ethniques, territoriales ou économiques, comme c’est encore le cas au Moyen Orient ou au Myanmar, l’organisation des sociétés autour de la religion est souvent synonyme de solidarité envers les plus précaires, les plus pauvres, les personnes menacées. Historiquement, les temples, églises et mosquées ont souvent été un refuge pour les plus vulnérables.

Source: https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/4b/Barack_Obama_with_the_14th_Dalai_Lama_in_the_Map_Room_2011.jpg
Le Dalaï Lama est une personnalité hautement politique – ici avec Barack Obama en 2011

 

Le Bouddhisme, une philosophie devenue une religion comme les autres

Comme beaucoup, j’ai été très surpris en arrivant en Thaïlande que certains considèrent comme le pays « le plus bouddhiste au monde », de voir à quel point la société était hiérarchisée, consumériste, clanique, bien loin de l’idée de dénuement volontaire que je m’en faisais. J’ai été très surpris de la marchandisation du bon karma et des liens étroits entre nationalisme et cultes bouddhiques.

Avec le recul, je pense que d’une philosophie, certains peuples d’Asie ont créé une religion, ou plutôt des religions. Je pense qu’il existe deux formes de bouddhismes très distincts : un bouddhisme philosophique qui peine à subsister dans un monde de plus en plus mercantile, qu’il est difficile d’observer tant il agit dans la plus grande intimité, à des degrés divers, et un bouddhisme religieux, avec ses statuts, ses parades, ses donations, ses bonnes œuvres, son folklore, ses représentants, ses doctrines et ses divisions. Ce dernier n’est pas à blâmer. Il n’est pas à nier non plus. Comme toute religion, il est une création humaine avec ses réussites et ses travers. En fait, je pense que le Bouddhisme est devenu avec le temps une religion comme une autre !


Taipei: la manifestation en faveur du « mariage pour tous » en images

A Taïwan, un projet de loi qui autoriserait le mariage des couples du même sexe divise le pays. Au sein de la fachosphère française, certains font le parallèle avec le débat qui a agité l’hexagone en 2012 et 2013 et tentent de récupérer cette actualité pour servir leur idéologie à coup d’intox.

En réalité, la dernière manifestation, à laquelle je me suis rendu le week-end dernier, a rassemblé beaucoup de monde, entre 200.000 et 250.000 personnes selon les estimations. Difficile de dire en ces temps où plus personne ne croit aux sondages de quel côté penche réellement la population à Taipei et en province.

En attendant, voici quelques clichés de la manifestation pour mes amis twittos-fachos. Entre drapeaux arc-en-ciel, câlins gratuits et perroquets multicolores, l’ambiance était à la fête ce 10 décembre à Taipei.

 


Asiactuel #1

Que s’est-il passé en Asie durant ces dernières semaines ? Les Papiers d’Asie fait le point sur ce qu’il n’était pas forcément fondamental de retenir.

 

À Taïwan, notre nouvelle maison jusqu’à ce qu’un problème de visa ne nous contraigne une nouvelle fois à l’exil donne l’occasion de voyager, c’est Donald qui fait l’actu. Le nouveau guide suprême du monde libre a mis de côté sa misogynie maladive l’espace d’un coup de fil et s’est entretenu avec la présidente Tsai Ing-Wen, juste pour agacer Pékin. L’occasion pour moi d’écrire prochainement un article sur les tensions entre les deux « pays » (quand j’aurais tout compris).

 

En Chine toujours, un parc d’attractions a entrepris la construction d’une réplique grandeur nature du Titanic (avant naufrage). Le navire sera prisonnier d’un lac et ne verra jamais aucun glaçon. On attend avec impatience les répliques à Shanghai de l’usine AZF de Toulouse et du World Trade Center de New York.

 

En Indonésie, un séisme de magnitude 6,5 a fait environ 100 morts. Fort heureusement, Bali n’a pas été touchée et aucun touriste occidental n’a été blessé.

 

En Thaïlande, un nouveau roi est monté sur le trône, mais je ne me risquerais pas à faire le moindre commentaire à ce sujet. Longue vie au Roi !

 

À bientôt pour un nouveau bulletin tout aussi peu informatif !


La petite histoire du pêcheur thaïlandais

Traduction d’une histoire qui me fût contée par un écrivain irlandais dans un bar de Taipei. Au bord de l’eau, un Américain rencontre un pêcheur thaïlandais pêchant juste à l’aide d’une ligne. Il lui tint à peu près ce langage:

 

  • L’Américain : « Si vous pêchiez avec une canne, vous pourriez pêcher plus loin et attraper deux fois plus de poissons. »

 

  • Le Thaïlandais : « Mais je n’ai besoin que d’un poisson pour nourrir ma famille. Si j’en pêchais deux, que ferais-je du deuxième ? »

 

  • L’Américain : « S’il vous restait un poisson, vous pourriez aller au marché, le vendre et gagner de l’argent. »

 

  • Le Thaïlandais : « Et que ferais-je de cet argent ? »

 

  • L’Américain : « Avec cet argent, vous pourriez acheter un filet, attraper plus de poissons et gagner plus d’argent. »

 

  • Le Thaïlandais : « Et que ferais-je de cet argent ? »

 

  • L’Américain : « Avec cet argent, vous pourriez acheter un bateau, aller pêcher plus loin et gagner plus d’argent. »

 

  • Le Thaïlandais : « Et que ferais-je de cet argent ? »

 

  • L’Américain : « Avec cet argent, vous pourriez acheter un plus grand bateau et engager du personnel qui pêcherait pour vous. Vous n’auriez plus besoin de travailler et vous auriez plus de temps libre pour vous. »

 

  • Le Thaïlandais : « Et que ferais-je de ce temps libre ? »

 

  • L’Américain : « Vous pourriez faire n’importe quoi, je ne sais pas, par exemple vous pourriez aller à la pêche… »


En Asie, la francophonie est en danger

Cette semaine, je me suis rendu à Madagascar avec une cinquantaine d’autres blogueurs francophones venus du monde entier et soutenus par Mondoblog et RFI. Pourquoi Madagascar ? Parce que c’est là que se tenait le XVIème Sommet de la Francophonie qui réunit les chefs d’État et de gouvernement francophones et francophiles. L’occasion donc pour cette communauté venue des quatre coins de la planète de réfléchir sur la condition et l’évolution de notre langue au XXIème siècle. Premier constat : nous n’étions que deux blogueurs à représenter l’Asie, Myryem, une entrepreneuse et écrivaine marocaine fraîchement débarquée à Bali, et moi, français quittant la Thaïlande pour Taïwan. Pas un laotien, pas un vietnamien, pas un cambodgien pour représenter son pays, son quotidien, sa vision du monde dans cet espace unique de la blogosphère francophone. Et je n’étais pas au bout de mes surprises…

François Hollande et les blogueurs de Mondoblog
François Hollande et les blogueurs de Mondoblog

 

Au Vietnam, la francophonie se questionne en anglais

En Asie du sud-est, quatre pays sont membres de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) : le Vietnam, le Cambodge, le Laos et la Thaïlande qui a un statut de pays observateur. Pourtant, au village de la francophonie, un lieu artificiel, tout juste sorti de terre, entouré de fils barbelés et de militaires et au sein duquel chaque pays était représenté par un pavillon, il fallait vraiment traquer la présence asiatique pour la trouver. Seul le Vietnam avait investi un petit local, gardé par quelques femmes malgaches en chapeau pointu et dans lequel avait lieu une expo photo.

Mais n’allez pas croire pour autant que le Vietnam faisait figure d’exemple durant ce sommet. Il suffit de voir la conférence de presse donnée par le président vietnamien … en langue vietnamienne pour comprendre. Selon le blogueur malgache Rijaniaina Randrianomanana, membre de Mondoblog et présent lors de la conférence de presse, il était à cette occasion demandé aux journalistes de poser leurs questions en anglais.

Demander à des journalistes francophones au sommet de la Francophonie de poser leurs questions en anglais au chef d’État d’un pays francophone, c’est donner une bien piètre image de l’engagement asiatique sur la question.

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Au pavillon vietnamien du village de la Francophonie

Abandonner la francophonie pour mieux assumer son indépendance ?

A l’occasion de ce sommet de la francophonie, j’ai également eu l’occasion avec le groupe de blogueurs de Mondoblog de rencontrer François Hollande et de lui demander son point de vue sur la question de la disparition du français en Asie et de l’impact que cela pourrait avoir sur le rayonnement de la France. Il m’a très justement répondu que la francophonie n’appartenait pas à la France et que les anciennes colonies avaient fait un choix qu’il fallait respecter, celui de l’indépendance. La décolonisation s’est parfois établie dans la douleur. Je ne peux qu’être d’accord avec cela et adhérer au fait que la France n’a aucune légitimité à imposer ses idées, sa culture et sa langue à un pays souverain.

François Hollande répond aux questions des blogueurs de Mondoblog - Antananarivo, le 26 novembre 2016
François Hollande répond aux questions des blogueurs de Mondoblog

Mais mon inquiétude vient du fait que si l’Asie du sud-est abandonne peu à peu la langue de Molière, ce n’est pas au profit du laotien, du vietnamien ou du khmer, mais bien de l’anglais, la langue de la globalisation par excellence. Penser la disparition du français dans la région comme une manière de vouloir préserver sa culture et sa langue est à mon sens erroné. En 2009, la langue anglaise a d’ailleurs été désignée comme étant la langue officielle de l’ASEAN, un acronyme anglais pour désigner l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est. Autant dire que l’enjeu n’est pas que culturel. Il est profondément politique et économique. Choisir l’anglais comme langue officielle n’est pas seulement le moyen d’uniformiser les relations entre les pays d’Asie du sud-est. C’est aussi une manière pour certains pays anglophones, à commencer par le voisin australien et les États-Unis d’assoir leur présence dans la région face au géant chinois.

Le français a des valeurs à porter en Asie

Si les jeunes asiatiques se tournent vers l’anglais, c’est qu’il est devenu la principale langue du commerce, des relations internationales et de la communication au niveau mondial. Le français est pourtant le porte-étendard de valeurs fortes comme les Droits de l’Homme ou la laïcité, d’une manière très engagée de faire de l’humanitaire initiée par les fameux « French doctors » et d’une vision bien plus inclusive (parfois peu pragmatique il est vrai) des relations entre les peuple. Voir notre langue reculer en Orient, c’est aussi voir la fin d’une ère dans laquelle nos valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité faisaient rêver et étaient érigées en modèle.

Derrière les barbelés du village de la francophonie, les blogueurs écrivent leur monde
Derrière les barbelés du village de la francophonie, les blogueurs écrivent leur monde

Pourtant, lors de ce sommet, j’ai pu me rendre compte à quel point la francophonie était une force très vive, surtout sur le continent africain, qui avec sa jeunesse, ses startups et son esprit d’innovation sera certainement un pôle majeur de l’économie mondiale de demain. Mais alors pourquoi donc a-t-on abandonné l’Asie à ce point ?


Jeunes diplômés : pourquoi la Thaïlande n’est pas un pays pour vous ?

Ça y est, mon sac est prêt, je quitte la Thaïlande. Ma prochaine destination Taïwan, au moins pour quelques mois, peut-être plus longtemps. Même si j’ai passé de très bons moments ici, rencontré d’incroyables personnes et même trouvé l’amour, je ne saurais que trop recommander aux jeunes diplômés d’éviter la Thaïlande comme destination d’expatriation et de lui préférer d’autres pays asiatiques comme le Cambodge, le Myanmar, la Chine ou encore la Corée (du Sud hein…). Voici pourquoi…

 

Les jeunes diplômés n’ont que peu de perspectives de carrière en Thaïlande

Beaucoup de jeunes diplômés s’expatrient non pas pour trouver un job alimentaire de quelques mois, mais pour rechercher de réelles opportunités de carrière.

Si faire une carrière professionnelle en Thaïlande n’est pas impossible, cela s’avère difficile. Même en occupant un emploi très qualifié, les lois protectionnistes feront la plupart du temps de l’emploi d’un étranger un choix par défaut. En dehors des professeurs de langues, il est donc très difficile de changer de job souvent et les opportunités d’évolution sont minces. Je ne veux pas dire par là que c’est impossible. Il existe des opportunités, principalement à Bangkok. Mais n’allez pas imaginer trouver depuis votre cabane en bambous en bord de mer la même émulation professionnelle qu’à Shanghai ou Hong Kong.

La langue thaïe n’est parlée qu’en Thaïlande

À moins de monter son entreprise, pas la peine de s’échiner à apprendre la langue en pensant que cela vous ouvrira des perspectives de carrière. Apprendre une langue est toujours intéressant et très utile lorsque l’on vit à l’étranger, mais contrairement au reste du monde, parler thaï n’est pas nécessairement la première étape pour trouver du travail (à l’inverse de la Chine par exemple). Lorsqu’une entreprise thaïlandaise engage un étranger, c’est souvent justement parce qu’il est étranger qu’on l’engage, et la majeure partie du temps c’est sa langue maternelle qui est un critère pour sa sélection. Pour une fonction qui s’exerce en langue thaïe, l’entreprise préfèrera presque toujours engager un Thaïlandais qu’un étranger, même si ce dernier est plus qualifié et totalement bilingue en thaï. C’est la loi qui l’y incite.

J’ai vu beaucoup de personnes parlant et écrivant parfaitement thaï, souvent surdiplômées (parfois d’universités thaïlandaises), quelques-unes enseignant dans des universités thaïlandaises ou même donnant des conférences en langue thaïe quitter le pays par manque d’opportunités professionnelles.

Loin de moi l’idée de dire qu’apprendre le thaï ne sert à rien. Je pense que toute langue est intéressante et nous ouvre l’esprit. Mais si vous hésitez entre apprendre le mandarin ou le thaï, sachez que l’une des langues vous ouvrira bien plus d’opportunités à l’international que l’autre.

 

Les jeunes diplômés ne trouveront pas de stabilité en Thaïlande

La Thaïlande est un pays relativement instable. Les entreprises ouvrent et ferment à une vitesse impressionnante et le turn-over y est très rapide. Les lois en matière d’immigration et les politiques de visas changent également très fréquemment, plusieurs fois par an. Il est donc difficile de se poser à moyen ou long terme et de faire des plans sur l’avenir. Contrairement à des pays comme Taïwan ou Singapour, les travailleurs étrangers ne peuvent prétendre à une résidence permanente après un certain nombre d’années de travail sur place. Si vous perdez votre emploi en Thaïlande, ce qui peut arriver très vite, vous aurez une journée pour quitter le territoire. Il est bien sûr possible par la suite de revenir avec un visa touristique pour quelques mois afin de rassembler vos affaires, mais il est très hasardeux dans ces conditions d’acheter une voiture, un appartement, ou même de prévoir d’avoir des enfants et de les scolariser en Thaïlande. Beaucoup de personnes travaillant en Thaïlande préfèrent d’ailleurs investir dans d’autres pays que dans leur propre logement.

Il est difficile de monter une entreprise en Thaïlande

Le rêve de beaucoup de jeunes issus de la génération Y n’est plus d’être employés, mais de monter leur propre business, de faire les choses à leur manière.

En Thaïlande, monter son entreprise ou travailler en freelance s’avère plutôt compliqué pour un étranger, et surtout très coûteux. Mieux vaut donc avoir déjà des fonds et un business qui est sûr de marcher pour se lancer en Thaïlande. Monter sa boite en Thaïlande est une alternative intéressante pour les personnes ayant déjà accumulé de l’expérience, un réseau et du capital, pas pour un jeune diplômé fauché, même prêt à prendre des risques.

Pour cela, préférez les pays voisins comme le Cambodge, le Laos ou le Myanmar. Ils sont de plus en plus ouverts aux entrepreneurs étrangers (alors que dans le même temps la Thaïlande se ferme) et surtout leur croissance est bien plus forte et les opportunités pour faire des affaires bien plus intéressantes.

La Thaïlande est dans un entre-deux par rapport aux autres pays asiatiques. Elle n’est pas dans la même situation que les pays en développement d’Asie du Sud Est, dans lesquels tout reste à construire et qui attirent les capitaux du monde entier. Les marchés en Thaïlande sont saturés et la croissance est en berne.

Elle n’est pas non plus dans la situation des pays les plus développés comme Singapour, Hong Kong, Taïwan ou le Japon, qui sont en perte de vitesse, mais sont de grandes puissances commerciales et peuvent offrir aux travailleurs nationaux ou étrangers une grande stabilité, une bonne protection sociale, de bonnes infrastructures, et sont très ouverts aux investissements venant d’autres pays.

La Thaïlande n’a pas non plus l’envergure de la Chine, qui avec ses 1,4 milliard (ou plus) de consommateurs est le premier marché mondial, dans lequel tout le monde voudrait trouver sa place, malgré les politiques plutôt protectionnistes.

La Thaïlande est une invitation à l’inactivité

Un bon étranger en Thaïlande est un étranger inactif. Si touristes et retraités sont les bienvenus, les personnes actives sont toujours sondées, épiées, suspectées. Que vous montiez votre entreprise, que vous soyez salarié, volontaire pour une ONG ou même que vous montiez un groupe de rock pour jouer le samedi soir contre quelques pintes gratuites ou que vous décidiez d’entrainer les gamins du village au foot après l’école, vous attirerez toujours la suspicion de quelques jaloux, qu’ils soient thaïlandais ou étrangers. Que vous soyez en règle ou non, attendez-vous à ce que l’on vous blâme ou que l’on vous dénonce pour avoir eu le culot de travailler et à toujours devoir justifier votre présence et la moindre prise d’initiative de votre part.

La Thaïlande a su développer admirablement une culture de l’inaction, de l’attente, de l’oisiveté. C’est d’ailleurs ce qui la rend très agréable aux touristes ou aux retraités, beaucoup moins aux jeunes diplômés. À mon sens, la Thaïlande se distingue clairement du reste de l’Asie sur ce point (simple avis personnel). Contrairement à de nombreux autres pays asiatiques ou occidentaux, il y est très bien vu d’être rentier, bien plus que d’être entrepreneur. Dans l’esprit de beaucoup de Thaïlandais, réussir sa vie ne signifie pas être un artiste accompli, lutter contre la faim dans le monde, monter une entreprise ou avoir de bons amis, mais plutôt siroter un coca dans son hamac et se prendre en photo avec un gros pick-up en arrière-plan. Même si certains partagent cette idée du bonheur à travers la planète, je doute que beaucoup de jeunes sortent de cinq années d’études et traversent la moitié du globe pour un projet de vie aussi plat (là encore, simple avis personnel).

Allez tout de même faire un tour en Thaïlande !

Je vois d’ici les ronchons s’offusquer, me blâmant d’avoir osé parler de leur « terre d’accueil » de manière quelque peu critique. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

Je ne déconseille pas pour autant aux jeunes diplômés d’aller en Thaïlande, juste de ne pas baser leurs activités ou projeter leur plan de carrière dans ce pays.

La Thaïlande est un très beau pays. On y fait de très belles rencontres, le climat y est agréable et la nature tant qu’elle n’est pas encore trop polluée est très jolie. Les étrangers trouvant un travail pour quelques mois ou années en Thaïlande sont généralement ravis. Ils ont un pouvoir d’achat très attractif et vivent une aventure formidable. Chercher à s’y installer et y construire une carrière est plus difficile (mais pas impossible).

Les expatriés des pays environnants plébiscitent la Thaïlande pour leurs vacances ou même leurs week-ends. De nombreux nomades digitaux y posent également leurs valises quelques mois par an pour télétravailler. Ils profitent de bonnes infrastructures à moindre coût, de la bonne nourriture thaïlandaise, des massages… Néanmoins, très peu d’entre eux y basent leur entreprise ou quelconque activité.

Si la Thaïlande est un point de chute intéressant pour s’expatrier en Asie, il n’en reste pas moins qu’elle n’est pas le paradis des jeunes diplômés.