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Le tourisme solidaire

Nous vivons à l’ère de la mondialisation et l’humanité expérimente une nouvelle forme de nomadisme. En résulte que depuis la fin de l’Union soviétique les humains parcourent la planète comme jamais. Et certains sont en quête d’un sens à donner à leur vie. C’est ainsi que depuis les années 1980 environ le phénomène du tourisme solidaire s’est développé, selon un schéma généralement nord-sud.

Le tourisme solidaire est plus connu dans le monde anglo-saxon sous la dénomination de voluntourism, contraction de volunteer tourism (en français, certains utilisent une traduction littérale de cette expression mais c’est selon moi une méprise. En effet, volunteer en anglais désigne le bénévolat, tandis qu’en France le concept de volontariat renvoie à un statut spécifique, donnant droit à une gratification financière). L’utilisation des termes de tourisme solidaire ou bénévolat-payant parait donc plus juste.

Ce phénomène concerne de nombreux pays en développement et attire des centaines de milliers de jeunes occidentaux chaque année. Ceux-ci ont une louable envie d’aider et sont près pour cela à s’engager dans des structures « humanitaires » des pays du sud. Bon nombre de ces associations propose des offres de bénévolat, pour lesquelles les candidats doivent payer pour travailler (ce qui, avouons le, est assez antinomique).  Mon expérience au Népal dans une structure de ce type m’a amené à me plonger dans l’étude de ce phénomène. Son importance financière n’est pas négligeable, comme le démontrent les rares études détaillées disponibles à ce sujet (telles que le tourisme volontaire ça ne se passe pas qu’en Afrique  ou encore cette étude, qui évoque un chiffre d’affaire annuel de plus d’un milliard d’euros). Cet argent, supposé servir la cause du développement, profite trop souvent à des gestionnaires peu scrupuleux, qui s’enrichissent en exploitant la misère des uns et l’envie d’aider des autres. Ceux qui en profitent peuvent être autant originaires des pays d’accueil que des voyagistes, majoritairement anglo-saxons, qui bâtissent leur argumentaire commercial sur le social.

Les dérives du tourisme solidaire, si elles restent méconnues, ont suscité des réactions (ainsi de cet article et de ce reportage sur le business des orphelinats au Cambodge, de ce reportage sur le business du bénévolat-payant au Népal ) .Il importe d’être particulièrement circonspect avant de s’engager pour une telle mission de bénévolat.