Tilou

Chikungunya ? Ça peut être dengue !

Cette semaine, il y a du nouveau au sujet de la fièvre qui ravage Ayiti. Nos connaissances de sa nature, sa provenance et les moyens de la combattre ont évolué. Nous sommes passés, semble-t-il, à chikungunya 2.0

Si on ne parle que de chikungunya, il ne faut pas s’y fier. Avec les mêmes symptômes, cela peut-être autre chose : une autre maladie transmise par ce même moustique appelé Aedes aegypti.

C’est précisément ce qu’a vécu mon fils. Alors qu’il y a deux semaines il se remettait du chikungunya, croyait-on, une rechute sembla poindre à la fin du week-end dernier. Un peu intrigués, puisqu’à l’avis de plusieurs professionnels de la santé, cette fièvre ne s’attrape pas plusieurs fois, ma femme et moi l’emmenâmes chez son médecin. C’est alors qu’on apprit qu’il souffrait effectivement de chikungunya. (Attendez, ce n’est pas fini 🙂 ) par contre, la première fois, ce n’en était pas. Il avait plutôt contracté la dengue, maladie transmise par ce même moustique. (Dingue, non !?)

Vous imaginez ma stupeur !? La dengue est, semble-t-il, bien plus dangereuse. Et on a vécu ça, sans même le savoir, mettant tout sur le dos du Chikun. (Ben oui, maintenant on utilise son «petit nom». À force de vivre ensemble, on finit par être copain).

Et ça ne semble pas devoir s’arrêter là. Il paraît que Super Maringoin (c’est que ce super héros est en passe de venger à lui tout seul tous les insectes que nous savons martyriser!) peut également refiler une troisième maladie : Le zika!

Bon, la source de LA maladie qui en fait n’en est pas une seule ne fait pas encore l’unanimité. Si la thèse d’un virus répandu dans l’air gagne du terrain, il n’est plus seulement question d’une manoeuvre «made in america». Un esprit mauvais, possiblement celui d’un petit vieux (ou petite vieille) décédé, aurait récemment élu domicile à Ayiti chérie. Ce serait la cause vraie de ces épidémies. Et attention! l’information n’est pas à prendre à la légère. Elle a été révélée à une chrétienne pratiquante. Bon, avec cette affaire qu’on n’a pas le droit d’obliger une informatrice à révéler ses sources, on n’a pas pu encore identifier l’esprit. Comme l’a si bien dit un camarade, ça reste encore un Evni (Esprit violent non identifié).

Heureusement, ça a évolué aussi du côté des responsables de la santé. Un programme de prévention est mis sur pied et la fumigation des quartiers a déjà commencé. Même que le ministère de la Santé nous a fait tout un cours sur le Chikun et le moustique en question. Il paraît que c’est la femelle maringoin cherchant du sang en vue de sa prochaine ponte, qui transmet le ou les virus. La ministre elle-même a beaucoup insisté pour que nous comprenions vraiment que c’était bien la femelle qu’il fallait éviter.

Bon, j’avoue que je n’ai pas encore le réflexe de vérifier les organes génitaux du moustique avant de déguerpir ou de le laisser me piquer. Mais je m’y entraîne. Avec la pratique, ça ne devrait pas tarder.

Enfin, j’espère surtout que ces épidémies disparaîtront au plus tôt; parce que le chikungunya et ses acolytes… ça peut rendre dingue!

Tilou


Chikungunya : Sa sa ye sa?

Depuis quelques semaines notre vocabulaire s’est enrichi : CHIKUNGUNYA. On ne possède pas encore tout à fait le mot, donc chacun prononce comme il peut. Et ça donne parfois des expressions assez drôles.

Cette maladie aux symptômes divers est aujourd’hui la principale préoccupation de la population. Même que la mode est de raconter, après guérison, son expérience du «Kase lezo »*.

Le chikungunya fait peur parce qu’il n’y a pas que la prononciation que les Ayitiens ne maîtrisent pas.

Le ministère de la Santé publique a certes publié plusieurs communiqués d’informations et conseillé certaines mesures pour limiter la propagation de la maladie.

Mais rien n’y fait. Les explications officielles ne semblent pas tenir. Et notre peuple affectionnant tellement les mystères et autres théories du complot, en sont déjà à développer toutes sortes de thèses.

D’abord la transmission par un moustique est mise en doute. Pour plusieurs le virus est dans l’air et la piqûre d’un moustique est étrangère à sa transmission.

Même que pour d’autres, c’est une manœuvre des États-Unis d’Amérique. Ils se rappellent d’ailleurs (à tort) que la maladie a commencé à se développer après une simulation d’évacuation en cas de séisme de l’ambassade à Port-au-Prince. (Oui, moi aussi, je cherche le rapport).

Ensuite, les symptômes ne sont pas pour décourager l’affaire, n’étant pas les mêmes chez tous les souffrants.

Certains ont une forte fièvre quand d’autres ne présentent qu’une légère augmentation de la température du corps. D’autres encore ne sont que faiblement incommodés alors que des moins chanceux sont quasi paralysés de douleurs. Il y a aussi l’apparition de boutons ou de ganglions qui ne sont pas présents chez toutes les victimes.

Ainsi, on n’est jamais vraiment certain de ne pas l’avoir. Donc, un léger vertige, une forte toux, de la nausée,… au moindre bobo on sonne l’alerte au chikungunya.

Et enfin, puisque on fait preuve de créativité pour la source de l’épidémie et pour les manifestations de la maladie, les traitements ne sont pas épargnés non plus.

Si le paracétamol, conseillé par le ministère n’est pas en soi refusé, il est accompagné de bien d’autres choses : un grand bain de feuilles, friction d’huile de Palma Christi et, évidemment, une bonne rasade de clairin (Asowosi de préférence).

En réalité, cette maladie a de quoi faire peur parce que même les médecins ne s’accordent pas sur ce que c’est vraiment. Alors qu’au début le bruit courait qu’elle ne s’attrapait pas plusieurs fois, certains professionnels de la santé avancent maintenant le contraire et quelques personnes prétendent même avoir fait l’expérience.

Si c’est effectivement le cas, vues les mesures que ne prennent pas les autorités (assainissements des quartiers, évacuations des eaux stagnantes, etc.), l’épidémie risque de durer encore un peu.

Bon, ça c’est dans l’hypothèse où le moustique serait effectivement coupable. Dans les autres cas, faudrait peut-être miser sur une intervention des extra-terrestres 😉

Tilou

* La maladie appelé Kase Lezo pour faire référence aux fortes douleurs qu'elle cause.


Le(s) bicolore(s) ayitiens

Aujourd’hui nous avons fêté le drapeau. En Ayiti mais également à Miami, Paris, Ottawa et partout où se retrouve une communauté ayitienne, on a marqué, d’une façon ou d’une autre, ce jour ramenant les 211 ans de notre bicolore.

Bicolore?

Certainement puisque notre bannière est composée actuellement de 2 couleurs : Le bleu et le rouge.

drapeau_haitiCertes, la version officielle et complète comporte en son milieu un gros carré blanc mettant en valeur les « armes de la république » et notre devise « l’Union fait la force ».

Mais ces décorations ne sont pas indispensables. Pour identifier notre drapeau il suffit des deux bandes principales, disposées horizontalement, l’une bleu au-dessus de l’autre rouge.

Cependant, cette composition, n’est point vieille de 111 ans.

120px-Flag_of_Haiti_1803.svgDéjà l’histoire officielle de la création du drapeau donne un premier indice : Dessalines, chef de l’armée indigène, aurait déchiré le tricolore français en l’amputant de sa partie blanche et en rapprochant les deux bandes restantes. Ce qui au final aboutira à un drapeau vertical et sans emblème.

120px-Flag_of_Haiti_1806.svgEntre ce premier drapeau et celui que nous connaissons actuellement, s’incruste plusieurs autres compositions.

D’abord un drapeau avec les couleurs disposées horizontalement circule dès le 1er janvier 1804, jour de proclamation de l’indépendance.

Flag_of_Haiti_(civil).svgEnsuite, un changement de couleur avec le premier Empire. Jacques Ier, qui n’est autre que Dessalines, remplace la couleur bleue par la noire. Le bicolore reste vertical, la bande rouge, toujours éloignée du mât. Certains avancent que les couleurs noire et rouge étaient déjà utilisées durant la révolte et la guerre de la révolution.

120px-Civil_Flag_of_Haiti_1964Quelques années après, le « bleu et rouge » refait surface. Alexandre Pétion, après avoir assassiné l’Empereur, et à la base d’une division du territoire, devient président de la partie Sud. Il établit un drapeau horizontal avec le carré blanc et « les armes de la république ». Parallèlement, Christophe qui dirige la partie Nord, et qui se fait proclamer Roi, garde les couleurs de l’empire en ajoutant à la bannière un écusson royal.

Depuis, les deux drapeaux ne cessent de s’alterner. Chacun se trouvant toujours des citoyens s’y attachant pour divers motifs.

120px-Kingdom_of_Haiti_flag_(1811)120px-Flag_of_Haiti_(Faustin's_Empire)120px-Flag_of_Haiti_(1964-1986).svgJ’ai pu remarquer que le bleu est plutôt présent lors des républiques; le noir, aux temps de monarchies. (Exception faite pour l’Empire de Faustin 1er). Même la période des Duvalier corrobore cette thèse : Un état où le Président est à Vie et choisi lui-même son successeur, n’est-il pas plus proche de la Monarchie que de la Démocratie?

Après le retour du Bleu et rouge en 1986, on aurait pu croire que la couleur noire serait à jamais bannie du bicolore. Et bien non. Ces derniers temps la bannière « noire et rouge » semble vouloir renaître. Il est défendu par certains historiens qui voient son concurrent comme un caprice du Président mulâtre Pétion. Mais leurs démarches restent néanmoins timides à cause des pro-Duvalier qui le réclament, eux, pour satisfaire leur nostalgie d’une période pourtant révolue.

Quelles devraient être les couleurs du drapeau ayitien? bleu-et-rouge, ou noir-et-rouge? Une combinaison des deux? Pour arrêter cette valse de changements de couleurs sur notre drapeau, un temps se fera où le débat sera incontournable.

Tilou


Élections ayitiennes pour les nuls

Le principal sujet du reste de l’année 2014 sera les élections de 2011,…à venir. (Retour vers le futur?).

L’Exécutif donne déjà le ton, la Presse reprends déjà la rumeur nouvelle, le Parlement pose déjà ses conditions, l’Opposition en fait déjà l’historique (des élections à venir. Pas mal, non?), L’International annonce déjà y tenir. Vraisemblablement, on n’y échappera pas.

Enfin…on n’échappera pas au tollé prévu autour des élections. Des déclarations quotidiennes, des articles de presses, des prises de positions, des ultimatums, des manifestions,…On aura droit à la totale.

Pour ce qui est du scrutin, c’est un peu moins sûr. D’abord parce que l’année vieillît déjà de 5 mois et que la préparation d’un quelconque scrutin ne pointe toujours pas à l’horizon. (Certes un CEP (un énième) a vu le jour. Mais ne jouissant de la confiance que du gouvernement, on évitera de parier sur sa longévité.)

Toutefois, puisque des élections il sera question, nous avons recensé et essayé de définir quelques termes qui enrichiront l’actualité. Cela aidera peut-être à se retrouver dans ce scénario dont on a que trop vu la mise en scène.

Accord : Source de désaccord et d’instabilité.

Ambasad la : L’ambassade de l’Oncle SAM. Pour les autres, on précise.

Bases populaires : groupes de tapageurs monnayant leurs services de blocage des rues.

Candidat : Sauveur de la patrie, unique représentant et confident du peuple et qui commence ses phrases par « lè a rive*… »

Candidat malheureux : Sauveur de la Patrie à qui on aura volé les voix que TOUT le peuple lui aura attribué.

Centre de tabulation: Espace où s’additionnent et se soustraient les voies décisives.

CEP : Conseil Electoral P* (Faute d’accord de toutes les parties impliqués, on évitera ici de définir le « P ». Je pense toutefois que « Politique » est tout à fait approprié.) Son travail consisterait à organiser les élections et de proclamer les résultats, mais il peut être suppléé par l’International.

Classe moyenne : Ceux qui ne votent pas. Elle prétend ne pas se mêler de politique. En fait, elle n’en parle que sur Facebook.

Elections : Compétition entre plusieurs Sauveurs de la patrie, qui se tient lors journée carnavalesque au cours de laquelle le sauveur le plus éloigné du monde politique est élu par… on ne sait pas trop qui.

Elections 2014 : Élections 2011

Gouvernement : Voir parlement!

International : Yes Sir!

Le peuple : tout le monde, mais personne non plus.

Masses vulnérables : Voir Le peuple.

Parlement : Ça parle et Ça ment. Ses membres roulent en grosse 4×4 de luxe, devraient aussi veiller à la bonne marche du pays, prétendent le faire, mais… Ça parle et Ça ment.

Évidemment, cette liste n’est pas exhaustive. Loin de là. Je parie même que vous en trouverez beaucoup d’autres. Sentez-vous libre de les partager avec nous.

Tilou


Le, La, Les, L’, ?

Ils sont bêtes hein, les animaux : aucune invention, aucune imagination, rien ! Voilà des millions d’années que certains sont là, à faire l’amour de la même façon. Sans aucune variation. Ils sont là, depuis toute cette éternité, seulement femelles et mâles, se contentant de vivre leur monotone vie d’animaux sans rien apporter de créatif à la nature. Si cela dépendait d’eux, la vie serait tellement fade.

Oui, certainement ! Certains animaux sortent du lot. Le poisson-faucon qui change de sexe et le cannibalisme sexuel chez la Latrodectus hasselti (Veuve noire) mettent un peu de piment dans leur séjour. L’huître plate qui change de sexe en vieillissant se débrouille aussi.

Mais ce n’est pas à notre dimension qui arrivons à déplacer des montagnes (ou presque).

Heureusement, hein, que la terre nous a, les humains. La monotonie, nous, nous ne connaissons pas. Oh que non ! Que de chemin parcouru depuis les seulement quelques milliers d’années que nous sommes là. Que d’inventions, que de transformations de la nature.

Et je ne pense même pas aux contorsions que nous pouvons nous infliger pour tuer la routine.

Normalement, l’accouplement, c’est un mâle et une femelle d’une même espèce.  Et bien, nous avons changé ça.  Maintenant, c’est plus compliqué. (C’est que la simplicité, ce n’est pas notre genre.)

D’abord, il a fallu plaire aux mâles qui, intérieurement, se sentaient femelles ainsi qu’aux femelles qui se sentaient mâles. Ça a commencé avec l’homosexualité (Super !).

Mais comme certains ne pouvaient se contenter de si peu et avaient même en horreur de vivre avec les attributs dont la nature les avait pourvus, tout ça a débouché sur la transsexualité (Génial !).

Entre les deux, il y a aussi eu ceux qui se sentent mâles ou femelles par intermittence. Aucun problème, Vive la bisexualité !  (Recto Verso, à voile et à moteur, …On ne finit pas de leur trouver des surnoms.)

Enfin, il y en a aussi qui sont mâles et femelles dans un même instant. On a organisé des orgies.

Maintenant pour s’accoupler, il suffit d’être deux. Et quand on y ajoute ceux-là qui affectionnent les cabris, poules et autres, peu importe deux qui ou deux quoi !

Alors, on aurait pu penser que ce serait tout. Comment trouver autre chose, pardi ?! Eh bien les Australiens ont relevé le défi. La semaine dernière la cour suprême a reconnu le droit de n’être d’aucun genre, Le genre neutre qu’on appelle ça. Une sorte de L apostrophe, mais en mieux (le «  l’ » serait plutôt la bisexualité).

Le hic, c’est que ça va réformer, non seulement les formulaires. Mais aussi compliqué  pas mal de taches. Il faudra maintenant d’abord demander une pièce d’identité avant d’apostropher«  Monsieur », « Madame » ou « Vous, là… » .

Le genre neutre est le dernier en date, mais je ne me fais pas d’illusion. Nous n’en resterons pas là. Nous ne sommes pas des ces espèces qui attendent sagement leur extinction.  Nous, nous la provoquons 😉

Tilou


Ayiti: Cette transition qui n’a pas encore commencé

Depuis 1986, la République d’Ayiti semble embourbée dans une transition vers la démocratie. Pierre Raymond Dumas parlait d’une «transition qui n’en finit pas». Gouvernement après gouvernement, président après président, régime après régime, la stabilité semble de moins en moins accessible.

Voilà 2 jours que le gouvernement a été remanié. Le nouveau cabinet ministériel dévoilé, on devrait assister, la semaine prochaine à l’installation des nouvelles têtes dans leurs postes respectifs.

Ce nouveau gouvernement qui se veut «d’ouverture», est pour tenter d’apaiser les protestations contre le pouvoir en place et la grogne montante de la population.

Beaucoup de citoyens n’y croient plus. Pour eux, c’est une fatalité: personne ne se soucie du bien du pays ou du peuple! Depuis le départ du dernier président à vie et la volonté d’établir une démocratie, ne semblent défiler aux postes clés que des irresponsables soucieux uniquement de jouir des privilèges du pouvoir et d’amasser illégalement une fortune. Donc ceux-là ou d’autres, ça leur est égal.

Les partis de l’opposition, quant à eux, ne vont pas par quatre chemins: c’est ce régime-là qui pose problème. Un gouvernement, élargi ou non, ne peut améliorer en quoi que ce soit le sort du peuple avec un tel chef. Certains réclament même le départ du président.

Très peu de gens, donc, nourrissent vraiment l’espoir de voir s’améliorer les choses. Je suis de leur avis, mais pas pour les mêmes raisons.

D’abord, je ne crois pas que tous ceux-là ayant occupé une fonction importante dans l’administration publique aient été de mauvaise foi. Si certains ont effectivement volé et pillé quelques caisses, je ne doute pas un instant que la majorité ait vraiment essayé de faire de leur mieux.

Ensuite, au sein même de ce gouvernement, je vois mal certaines personnalités se risquer à salir leur réputation en étant de mauvaise foi.

Le seul inconvénient, c’est que le mal dont souffre notre état n’est pas pris par le bon bout.

Depuis la Constitution de 1987, chaque régime, clamant haut et fort sa légitimité populaire (encore que…), ne jure que par « relance économique », « production nationale » et « développement durable ». Il agit comme un gouvernement héritant d’un pays déjà structuré et cherche à donner le cap sur des grands projets. À mon humble avis, c’est là notre erreur.

On ne peut bâtir un édifice sans bien structurer la base. Une république ne peut se construire sans que ces institutions soient fortes.

La justice par exemple n’est que l’ombre de ce qu’elle devrait être. Le système judiciaire ne représente aucune autorité. L’Exécutif et le législatif la tournent en bourrique chaque fois que l’occasion se présente.

Le Législatif n’a de force que sa capacité de nuisance. L’Exécutif ne semble en tenir compte ces jours-ci que pour préserver un semblant de stabilité et pour ne pas irriter l’International.

L’Exécutif est le seul pouvoir à donner l’impression d’une certaine autorité. Mais quand le prestige ne se rapporte qu’au titre plutôt qu’aux réalisations de la fonction, ce n’est que du théâtre.

Pour preuve? Les services dépendant de ce pouvoir sont encore le casse-tête de nos citoyens. Lorsqu’il s’agit de se rendre dans un bureau de l’administration publique pour réclamer un service, il faut souvent prévoir une journée (quand ce n’est pas plusieurs) et surtout, se préparer à surmonter les douze travaux Astérix.

Évidement, les lois existent. Pour toute négligence, incompétence, dérapage ou faute, il est dit comment y remédier. Et tenant compte de cela, on est enclin à accuser les hommes et femmes en poste.

Mais quand tout un peuple ne s’identifie pas à un système, comment et où trouver des citoyens pour le faire fonctionner ?

Beaucoup d’entre nous nous sentons étrangers à la vie citoyenne. Les prétextes sont le dépit dû à nos mauvaises expériences, et le désintéressement nourri par notre petit confort. Mais la vraie raison est que nous n’avons jamais été éduqués comme citoyens. Nous n’ avons jamais travaillé notre rapport avec la Loi.

Et je crois, toujours avec mon humble regard de citoyen, que la lumière ne peut venir que d’ici: Le renforcement de l’État et l’éducation citoyenne du peuple. Autrement, démocratie et état de droit ne resteront que chimères. On aura beau faire venir des touristes, panser les routes, ériger des lampadaires, etc. Cela ne sera que «lave men siye atè»* tant qu’un gouvernement ne se résoudra pas à faire la transition : privilégier le renforcement et la dignité de chacune de nos institutions, suivant ce que prévoit la loi et éduquer le peuple à la véritable citoyenneté.

Ce n’est qu’une fois cette transition bien lancée que les autres développements pourront être durables et qu’on pourra voir au-delà de cette dite transition.

Tilou

—————- *expression créole-ayitien traduisant « Peine perdue »


Déséquilibrante parité

Le 8 mars dernier, on a encore parlé de la femme, du combat pour son droit à l’égalité. En France, on a encore eu droit au débat sur la parité. Ici en Haïti, on a plutôt insisté sur la violence faite aux femmes par des hommes : violence physique, verbale, psychologique…On a aussi mis l’accent sur le potentiel des femmes,  pris en exemple celles qui avaient réussi ou qui réussissaient encore dans leurs entreprises…

On n’a pas trop parlé de parité. Le premier amendement de la Constitution ne réclame qu’un quota de 30 % de femmes dans le personnel de la fonction publique. On s’en contente.

Bon, personne ne semble vraiment y prêter attention. Je n’ai pas l’impression que cette insertion dans notre loi mère a changé quoi que ce soit dans notre société (C’est qu’entre ce qu’il y a sur le papier et ce que nous appliquons, trouver la correspondance n’est pas gagné d’avance). On n’en entend parler que par le gouvernement se targuant d’appliquer la Constitution parce que dépassant ce quota dans sa composition. Mais on s’en contente. C’est une victoire, disaient certaines féministes à l’époque de l’amendement constitutionnel. On ne parle pas vraiment de parité.

Mais pour moi, c’est une erreur grave. Parce que la parité, vous savez, ce serait un sacré remède.

Si en France, c’est surtout les places politiques qui nourrissent ce débat. Moi, je me dis que restreindre cette trouvaille au gouvernement, la fonction publique ou le Parlement serait du gaspillage. Allons-y donc partout : les assemblées religieuses, les manifestations, les maternités (Euh…non, sa a ap difisil), places d’autobus, les troupes de danse, les équipes sportives, les cours d’universités,… Impérativement compter autant de femmes que d’hommes dans tous les secteurs de la vie.

parite2Tenez, ça pourrait résoudre aussi le problème du manque d’établissements scolaires. On réclamerait qu’il y ait le même nombre de filles que de garçons dans chaque école ; ou on exigerait autant d’écoles de filles que d’écoles de garçons. Euh…c’est vrai qu’il y a plus d’établissements pour filles. Bon, ça n’intéresserait pas les féministes, mais on l’appliquerait quand même. (Dura Lex sed lex !). Il serait donc fait obligation aux congrégations religieuses de fonder autant d’autres écoles de garçons nécessaires à rétablir l’équilibre (« nécessaires » s’accordent avec « écoles ». Encore qu’avec « garçons », ça marcherait aussi.)

La parité pourrait aussi résoudre un grave problème de déséquilibre démographique. Il semblerait qu’actuellement sur la terre, le nombre de femmes est supérieur à celui des d’hommes. On exigerait donc à toute famille, tout couple, de compter autant d’enfants mâles que de femelles. Pas question d’une quelconque exception. Vous avez 2 garçons ? vous devez aussi compter 2 filles ! Vous avez 1 fille ? Vous devez donner naissance aussi à 1 garçon. Si en essayant de l’avoir vous mettez au monde encore une fille, tant pis pour vous ! Priez que vos deux prochaines couches soient des filles, sinon faut continuer. Une fois votre premier enfant mis au monde, pas question de s’arrêter avant d’avoir un nombre pair d’enfants, comptant autant de filles que de garçons. Avec ça, impossible aux hommes de prétexter le nombre supérieur de femmes pour justifier leur penchant polygamique. D’une pierre, deux coups ! Pas mal, non ?

Bon, l’homosexualité, la transsexualité et le transgenre (trois mouvements soutenus aussi par beaucoup de féministes) deviendraient un tout petit peu plus compliqué. Dans une société parfaitement paire si un homme se met en couple avec un autre ou si une femme change de sexe, ça met en péril l’équilibre. Donc, soit ce serait interdit, soit une permission ne sera  délivrée que si on retrouve un couple (pour l’homosexualité) ou une autre personne (pour les 2 autres) de sexe opposé ayant les mêmes désirs. Et hop ! Le tour est joué. Ces permissions-là feraient donc également le jeu de la parité.

Bon, d’accord. Je rêve tout éveillé, là ! On est encore loin de tout ça. Mais ne vous leurrez pas. Qu’un parti nous présente tout ça, un matin, comme contenu de son programme politique ne m’étonnerait pas. Équilibrés comme nous le sommes, c’est à notre portée.

Tilou


Carnaval pour les nuls

Vous connaissez sans doute la collection «Pour les nuls». Destinée, au début, aux utilisateurs peu expérimentés dans les domaines touchant à l’informatique, elle a conquis par sa méthode bien d’autre champs.

Maintenant, il y a presque tout « pour les nuls ». Le solfège, la culture générale, la bourse, la couture et même « le sexe » ou encore « devenir Grands-Parents » et « devenir Papa ». (Bon, ce dernier livre devait intégrer le programme de l’éducation nationale. Ca ferait un bien fou à notre société).

Un « Carnaval pour les nuls » ne serait pas superflu non plus.

Une recherche sur internet affiche plusieurs occurrences pour ce titre. Elles renseignent sur le déroulement du défilé. Ces liens s’adressent donc aux « nuls » qui voudraient participer à un défilé.

Ce que je recherche, moi, devrait plutôt profiter aux autres « nuls » : les organisateurs.

plnJe le dis tout de suite. Ce que nous avons eu comme défilé aux Gonaïves n’est pas le pire de notre histoire. Après 1985, nous avons eu des défilés qui n’en étaient pas. Même que plusieurs années se sont succédées sans que l’on ne voie passer aucun déguisement. Des essais ont été tentés certaines fois, mais l’organisation d’un vrai défilé n’a repris que depuis 2006.

Je comprends donc que les plus jeunes, ceux qui n’ont connu que l’après 1986 et qui n’ont jamais regardé ce qui se fait ailleurs puissent s’émerveiller de si peu.

Et même ceux qui ont connu les meilleurs moments se sont réjouis de voir notre carnaval prendre un nouveau départ en 2006, après la longue traversée du désert.

Mais, après 8 ans, peut-on encore se réjouir de si peu?

Doit-on encore se contenter, sur le parcours, d’accoler Camions musicaux, bandes à pieds et déguisements? Les images que nous offrons, telles que nous les offrons, ne permettent même pas d’apprécier le travail des artisans et couturiers. Aucune indication, aucune explication sur les techniques et matières premières utilisées ou les difficultés rencontrées à les mettre en œuvre. Aucune raison avancée pour justifier leur présence.

Les médias n’aident pas non plus. Les présentateurs/reporteurs génèrent plus de bruits que les interférences techniques lorsqu’ils ne nous gratifient pas carrément d’informations erronées comme Sanite Belair ayant ramassé les restes de Dessalines.

Quant aux groupes musicaux…bon, il n’ y a rien à dire. Passons.

Pour un nouveau souffle, il serait peut-être judicieux de faire un défilé. Un vrai. Avec mise en scène, programme, présentation significative et expliquée. Des retransmissions à la hauteur des attentes (Pa kite m gade l jan li ye a selman. Mèsi). Des danseurs, des comédiens informés de ce qu’ils doivent exprimer, etc.

Je ne suis pas non plus certain que 20 chars musicaux soient nécessaires. Une dizaine devraient faire l’affaire. Et s’il faut vraiment contenter un maximum de groupes, on pourrait en faire une rotation avec 30 groupes pour les 10 camions sur les 3 jours.

Évidemment, ce n’est que des suggestions. Je ne suis ni metteur en scène ni décorateur ni musicien. À part être un spectateur intéressé, je n’y connais rien du tout. Mais si j’ai pu quand même remarquer que quelque chose n’allait pas dans notre Carnaval, c’est qu’un « Carnaval pour les nuls » serait bien utile.

Tilou


Quatre ans seulement…déjà!

Quatre ans déjà…

L’émotion est encore là. Dans nos regards et nos sourires, les traces de ce choc sont encore décelables.

Évidemment, il faut faire bonne figure. Alors nous évitons d’exposer notre angoisse. Nous ne la cachons pas consciemment. Nous la dissimulons instinctivement plutôt. Nous évitons d’en parler.

Mais il suffit de peu pour mettre à nu notre traumatisme : une porte qui claque sans prévenir et nous voilà prêts à bondir.

Quatre ans déjà…

Les plaies de nos quartiers n’ont pas tout à fait cicatrisé. Dans une rue ou celle d’après, des ruines d’une maison ou un terrain déblayé non encore reconstruit, une vieille tente…Au nord de la ville, les sinistrés déplacés sont encore livrés à eux-mêmes.

Quatre ans déjà…

Le rêve d’un changement semblait prêt à se réaliser. Toutes les conditions semblaient réunies. On rêve encore du changement.

Quatre ans déjà…

L’aide est vraisemblablement encore en route.

Quatre ans seulement…

La vie semble avoir totalement repris. La reconstruction est presque achevée.

Évidemment, celle du service étatique traîne encore. Les bâtiments du service public et autres ministères peinent à sortir de terre. Mais ça n’a rien de bien différent d’avant. On s’étonnerait que ce fût différent.

Les particuliers et le privé, eux, sont bien avancés. Ceux qui pouvaient ont reconstruit entièrement. Les autres ont masqué les fissures et les faiblesses de leurs édifices.

Quatre ans seulement…

Les normes de construction ont repris leur place dans les tiroirs. Chaque particulier se fie à ses propres méthodes ou à celles de son « bòs ».

Quatre ans seulement…

Les politiques ont repris leur indécente danse : ne travailler qu’à mettre à mal le camp adverse. Le plus souvent au détriment du pays et du peuple.

Quatre ans seulement…

La solidarité a disparu. Nous sommes revenus à nos vieilles habitudes. Toutes les leçons sont oubliées.

Quatre ans déjà depuis que sur le chemin de l’irresponsabilité nous avançons

Quatre ans seulement et nous semblons déjà résolus à continuer tout droit.

Tilou


Bonne année 2014

Les premiers jours de l’année sont le moment des souhaits, le temps de souhaiter à nos proches de passer une bonne année. Ça parait bien.
Mais cela a-t-il vraiment un sens?

Jean-Claude Martineau (diseur Ayitien) explique, dans un spot publicitaire, que le «bonjour» prononcé par quelqu’un que nous saluons n’est pas vraiment un souhait. Il a raison.

Je ne dirais pas comme lui, que c’est une preuve de bonne éducation. C’est un mot comme un autre pour initier une conversation. Exactement comme le Allô! des conversations téléphoniques. C’est pour dire «Attention, je suis là» ou «Écoutez, je vais parler»

Même le juge qui va prononcer une condamnation à mort dit «bonjour» au condamné.

Et nos «Bonne Année», c’est pareil. Sauf que c’est en début d’année. Ce n’est qu’un «Allô» spécial.

Pour que cela soit différent, il faudrait que celui qui prononce les vœux s’y implique. Par exemple «bonjour» devrait signifier «je vais t’aider à passer une bonne journée». Et «Heureuse Année», «je veux contribuer à ton bonheur, cette année». Ça serait pas mal non ?

Ainsi, nous travaillerions chacun au bonheur de ceux que nous rencontrons et la vie deviendrait tellement plus facile.

Peut-être, aussi, que les gens se garderaient carrément de dire bonjour, de peur de s’engager. Parce que ce n’est pas forcément facile de contribuer au bonheur des autres. Surtout que des fois, on n’est même pas certain de ce qui pourrait leur être agréable.

Toutefois, on peut commencer par éviter de leur pourrir la vie. Ca serait pour moi un excellent cadeau de la part de quelques voisins bruyants.

Alors, en ces temps de vœux, tachons de penser à ces souhaits que nous faisons et n’ayons pas peur de nous engager. Je vous souhaite, à tous, BONNE ANNÉE.

Tilou

bonne-annee-garance-dore


Noël Caraïbes

La fin de l’année est peut-être l’époque où les habitants de la Caraïbes sont le plu heureux d’habiter ce coin de la terre. Passer la Noël sous le soleil. quel trésor! Avec les nouvelles de la météo en Amérique du nord ou en Europe, J’en cornais qui doivent en être bien jaloux ;-).
Ceci dit, si le temps se fait clément sur toutes les Antilles, la Noël antillaise n’a pas forcément un seul visage; et surtout, n’est pas perçu de la même façon par tous. Quelques blogueurs caraïbes se sont prêtés au jeu d’un article collectif. Voici ce que leur a inspiré le thème « Noël Caraïbe»:

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Axelle Kaulanjan
https://axelle971.mondoblog.org/
Début décembre, à mon arrivée en Haïti avec Bébé, sur la route de Bourdon, vers Pétion-Ville, seul signe que Noël approche, ces petits arbres secs, dépourvus de feuilles, peints en blanc, les pieds coulés dans un petit pot de « Ti Malice »* rempli de béton. L’année dernière déjà, j’avais remarqué cet arbre de Noël, symbolique, à mon sens, de la résilience typiquement haïtienne. Cette année donc, pas de sapin, mais cet « arbre-de-Noël-choléra », comme l’a surnommé un des amis de Monsieur, en voyant la photo de notre arbre décoré. Avec ce côté frêle, presque chétif, mais en même temps si bien décoré et apprêté avec tous les atours habituels d’un sapin européen, cet arbre à lui seul symbolise, à mes yeux, cette situation de bigidi**, toujours entre deux des pays caribéens. Seuls changent les fards.
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*Ti Malice est une marque de beurre haïtien reconnaissable à ses gros pots jaunes. ** Le bigidi est un concept mis en valeur par la chorégraphe guadeloupéenne Léna Blou qui, ayant observé les positions récurrentes des danseurs de gwo-ka, a observé que « (…)c’est comme si le corps était vrillé, fixé sur son ancrage personnel, repère infaillible de son identité intrinsèque et que d’emblée avec une apparente facilité, il pouvait exceller dans l’art du déséquilibre, grâce à ce verrou de sécurité qui le maintenait debout même si il était disparate. » https://fr.lenablou.fr/fr/Lenablou/le-bigidi.html

Berliniquais
https://berliniquais.mondoblog.org/
Décembre à Paris, c’est le moment où la Ville-Lumière mérite plus que jamais son resplendissant surnom. Les illuminations de Noël, ce n’est certes pas ça qui manque ici. Mais alors où est la musique ? Où sont les cantiques ? En Martinique, à peine les bougies de la Toussaint se sont-elles consumées dans les cimetières que toute l’île entonne des cantiques pratiquement sans interruption jusqu’à la veillée de Noël, huit semaines plus tard. Mais pas ici.

Perdu dans mes pensées, je monte dans une rame de métro bruyante et brinquebalante à la station Bonne Nouvelle. Bonne Nouvelle, dites-vous ? Tiens donc… Le vacarme des freins, des portes et des voyageurs surmenés s’évanouit. J’entends le cri-cri lointain des grillons. La température monte. Les néons blafards laissent la place à une belle nuit étoilée. Battement de tambours, de chachas et de ti-bwa. Une fervente cacophonie de voix avinées se fait entendre, dans un unisson approximatif :
« Oh ! la BONNE NOUVELLE (bis) /Qu’on vient nous annoncer ! /Une mère est vierge (bis) /Un sauveur nous est né.» Le 20 Minutes que j’avais en mains à l’instant se métamorphose sous mes yeux en recueil de cantiques, l’indispensable Annou chanté Noël, compilé par Loulou Boislaville et ses acolytes il y a un bon demi-siècle. Lignes 5 et 6. Des ritournelles plus ou moins paillardes, en créole, s’intercalent sournoisement entre les cantiques sacrés au français châtié des contemporains de Molière. Ligne 7.
Je descends à Pont-Marie, et la faille spatio-temporelle se referme avec les portes de la rame derrière moi. Quand on le souhaite vraiment, même le métro parisien peut chanter Noël à la manière des Martiniquais.

Billy
https://billy.mondoblog.org/
Quand la Noël arrive en Haïti, on le sent. Notamment à Port-au-Prince. Oui ! A cette époque, on entreprend toutes sortes de décorations partout dans les villes et même dans des zones rurales. On sent venir l’odeur festive de fin d’année. Les médias et autres associations organisent des concours pour récompenser de nouveaux talents. De la musique, bref il y a de la festivité dans l’air. Les 24 et 25 décembre tout le monde est à la rue pour fêter notamment les jeunes et les ados. On va à l’église en famille pour célébrer la messe de minuit et on mange ensemble. C’est l’occasion aussi d’offrir de petits cadeaux aux enfants. Parfois on s’endette pour bien fêter et après le poids des dettes affole. En dépit de tout c’est la fête de la joie, de l’amour, du partage, d’un peu de liberté pour les jeunes et les enfants. Cela reste la fête de toutes les catégories et chacun la célèbre selon ses moyens. Un chaleureux joyeux Noël à tous !

La NaveDeambula
https://lanavedeambula.mondoblog.org/
J’avoue que le thème m’a au début un peu déconcerté pour le mot « Caraïbes ». Je vis à Bogotá et je ne connais pas la côte. La capitale Colombienne a un climat « froid », cela influence beaucoup la culture et on pourrait dire que cela engendre comme plusieurs Colombies aux ambiances totalement différentes et où les influences socioculturelles diffèrent aussi.

Je pensais à ça au moment où je suis sortie dans la rue, aujourd’hui (7 décembre) et où c’était le jour de las « velitas » (des bougies), les rues s’éclairent avec des bougies qui se fraient un chemin entre les passants, elles se dessinent au milieu de la foule. Noël ici en Colombie(s) est une attraction. N’importe quelle décoration lumineuse attire les familles qui sont de sorties pour admirer des parcs qui débordent de décorations lumineuses jusqu’à nous en éblouir. Alors qu’en France, Noël est un moment casanier, toutes les familles s’enferment ensemble dans les maisons, ici noël c’est en famille sur le pas de la porte, chaque maison possède des enceintes pour animer les jambes et une marmite (dans laquelle je pourrais rentrer) pour nourrir tout le monde. Alors Noël est en famille mais avec la porte ouverte à l’inconnu, au voisin qui passe par là.

Mylène
https://caraibe.mondoblog.org/
Quand mes amis de la France hexagonale ou d’ailleurs me questionnent sur Noël en Guadeloupe, je m’amuse toujours à en rajouter un peu, voire beaucoup plus pour leur faire plaisir, car après tout, durant les fêtes, c’est le moment ou jamais d’être charitable.

Je leur raconte que nous participons TOUS aux fameux « chanté nwèl » ; que le jour du réveillon, nous mangeons TOUS des mets traditionnels succulents – boudins, accras, riz, pois et viande de porc…; que nous buvons TOUS énormément de «ti punch» et encore plus de champagne ; que nous dansons TOUS sur du Kassav et des musiques «spécial fêtes» ; que nous sommes TOUS heureux, suivant l’esprit de Noël. Leurs yeux brillent, BRILLENT !

Et ensuite, je leur dis la vérité : le Noël Caraïbe, bah, c’est (un peu) comme partout ailleurs, le soleil en plus.

Nelson Deshommes
https://nelsond.mondoblog.org/
Comme dans de nombreux pays, les haïtiens commencent à préparer Noël dès le début du mois de décembre. Les chants de Noël occupent la première place à longueur de journée à la radio. Les artisans de fanal s’activent pour illuminer les rues de la capitale avec leurs maisonnettes en papier qui font le bonheur de plus d’un.
Si la tradition de la fête de Noël demeure encore vivante dans l’église, sur un plan purement social on ne prête plus d’attention à cette grande fête familiale.

Autrefois il était question qu’on envoie des cartes de vœux à ses amis et à sa famille. Aujourd’hui cela ne se fait plus. Rarement on trouve des gens qui vous envoient juste un texto ou un message en utilisant les réseaux sociaux. On apprend plus aux enfants à écrire des lettres au Tonton Noël et de garder espoir de se réveiller avec plein de cadeaux.

Osman
https://lautrehaiti.mondoblog.org/
Fin novembre-début décembre, le décor est planté pour recevoir le personnage, même s’il y vient rarement. Les airs de noël envahissent les ondes des radios. Les magasins sont décorés à l’effigie du « tonton » aux barbes blanches. Les sapins prennent possession des maisons et des rues.

24 décembre en soirée, ne demandez pas à personne de rester à la maison. Les rues bondent des jeunes. Le Père de Noël est quelque part, donc il faut le rencontrer.
Aux alentours de minuit, toujours dans la nuit du 24 au 25, après la messe, place au « réveillon ». Le riz au pois et le bouillon traditionnel font sortir de grosses gouttes de sueurs. Des haut-parleurs vomissent des décibels. Une gorgée de tafia par-ci, un morceau de « griyo » par-là. Et ensemble on chante : « Joyeux Noël et bonne année » !

Tilou
https://autreregard.mondoblog.org/
En Ayiti, la Noël a changé depuis quelques temps. Les sapins se font plus rares, les rues se vident des marchandes de guirlandes. Nos quartiers ont perdu leurs couleurs et nos villes, leurs chaleurs.

Plus triste encore, c’est l’esprit de la fête qui s’effrite. Certains avouent ne plus célébrer la Noël parce qu’ils n’ont rien dans la poche, d’autres ne reconnaissent le père Noël qu’en celui qui peut les nourrir. Les souhaits ne s’entendent plus, les vœux ont disparus.

Beaucoup d’entre nous, nostalgiques, prions que les situations économiques et sociales du pays s’améliorent pour que revivent les couleurs de notre enfance. Mais peut-être que nous nous y prenons mal : Au lieu de chercher notre père Noël en autrui, pourquoi ne pas être le père Noël dont a besoin l’autre ? C’est mon vœu pour les fêtes qui s’amènent. Bon Noël à la Caraïbes et à la terre entière !

Zacharie Victor
https://zacharie.mondoblog.org/
L’arrivée de Noël en Haïti apporte de nouvelles conceptions et change le quotidien des gens. Surtout en milieu urbain, c’est un moment favorable pour tirer profit économiquement. Les magasins, les boutiques, les entreprises et quelques maisons sont décorés. A la tombée de la nuit, la ville se transforme en une vraie ville de lumière et d’esthéticité. Il y a rabais sur presque tous les produits. Des concours sont organisés, les publicités sont fréquentes sur tous les medias également dans les rues. Les offres sont abondantes, si vous achetez tels produits, vous aurez tels primes. Par ailleurs, on assiste à la multiplication des marchandes dans les rues, sur les places publiques avec des produits très convoités. A cet effet, ça crée une véritable tension ou concurrence au sein des vendeurs ou des consommateurs. Dans différents quartiers, des fêtes sont organisées, soit en famille, entre amis ou pour toute la communauté.


Macaque ? ! On dit Monsieur Macaque !

Ou Ou Ou Ou Ha Ha Ha Ou Ou Ha Ou…

Euh…pardon, j’oubliais que vous ne comprenez pas forcément ce langage. Surtout que je ne suis qu’en phase d’apprentissage. Vous devinez quand même un peu de quelle langue il s’agit. Non ? Ben, je dois être loin du compte, finalement. En tout cas, c’est du singe. Plus précisément le chimpanzé.

J’avoue que le parler est bien plus facile que le comprendre. Cela fait une semaine que je m’entraîne. Je prononce maintenant correctement, mais rien à faire, je ne progresse que très lentement dans la compréhension.

Mais non. Je ne suis pas fou. Au contraire, vous devriez vous y mettre vous aussi. Peut-être que dans un avenir proche, ça sera très utile.

C’est qu’une requête a été déposée aux États-Unis d’Amérique pour que les primates, principalement les chimpanzés soient reconnus, non plus comme animaux, mais comme personnes.

Au début quand j’ai appris la nouvelle, je croyais à la blague la plus ridicule jamais entendue. Mais en fouinant un peu sur le net, les doutes sont partis. Au fait, ça part d’une bonne idée : limiter la maltraitance que l’homme fait subir à certaines bêtes (je me suis souvent demandé si cela avait un sens de garder dans une cage un animal que l’on prétend aimer, mais fait pour les grands espaces). Les hommes souvent sont de véritables sauvages envers les animaux.

Et puis cette simple démarche donne naissance à la plus géniale des trouvailles : promouvoir des primates à la qualité de personnes. Et avec à la clé, tous les droits devant leur être reconnus.

Déjà, faudra bien les respecter. Pas question de discrimination. Un restaurant, un hôtel ne pourra sans doute pas leur refuser le service. Il faudra une loi anti raci… « antiespeciste », pardon !

Ils auront donc droit à leur logement. Un jour peut-être à l’éducation. Faudra apprendre à corriger nos enfants « non chéris, ce n’est pas poli de dire ‘gade figi makak la’. Faut saluer gentiment : « Bonjour Monsieur Makak ».

Et sait-on jamais si on ne finira pas par les avoir comme colocataires ou même comme patrons.

Certains d’entre nous en tireront des avantages. Les salons de coiffure se feront de véritables fortunes. La permanente sur tout le corps, ça ne sera pas donné.

On pourra aussi adopter ses singes et les élever comme nos propres enfants. On leur apprendra nos musiques, nos styles. Il y aura des macaques rasta (sa a ap move !).

Et ce ne sera que le début d’une véritable révolution. Au fur et à mesure on finira par rentrer tous les animaux dans le paquet. Les chiens et chats vivront en meilleure harmonie avec nous. Les cabris pourront déposer plainte pour agression sexuelle contre certains ;-).

Mais, il faudra aussi réparer quelques torts. Les poules devront être dédommagées. J’en ai tellement mangé que je ne peux soutenir leur regard. (Lòt jou mwen rankontre yon poul, mwen oblije vire tèt mwen tèlman mwen wont).

Ensemble donc nous vivrons tous «ensemble». Ce sera beau hein !?

Euh…oui. L’idée reste un peu bizarre tout de même. C’est les risques quand on a trop de gens à s’ennuyer sur terre. Ils inventent des passe-temps à chambouler le naturel. Et puis, à bien réfléchir, si les hommes ont le droit d’être bêtes, de temps en temps, pourquoi donc les animaux n’auraient pas le droit de jouer à être des personnes ?

Tilou


The real Matrix

Vous vous rappelez The Matrix? Allez…Le film avec l’élu qui devait libérer la terre d’un monde virtuel contrôlé par des logiciels. Ah… ça vous revient ! Pas mal hein !? Moi j’ai beaucoup aimé. (Bon, dans les 2 derniers actes, l’histoire est vite partie en biberine, mais le premier était parfait.)

Le film parle d’une époque où les hommes sont emprisonnés inconsciemment dans un monde virtuel ressemblant étrangement à la réalité.

Je vous vois sourire…Ben oui: À regarder notre mode de vie, ces temps-ci, ce film n’était pas si « science-fiction» que cela. Nous sommes actuellement de plein dans la matrice.

Nos amis sont plus nombreux à travers l’écran de l’ordinateur que dans notre ville. Et même à certains que nous côtoyons physiquement, et qui habitent nos quartiers, nous échangeons plus par courrier électronique que de vive voix.

Mais si ce n’était que ça, 😉

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C’est vraiment toute une autre vie qui s’est développée sur internet et, particulièrement sur les réseaux sociaux.

De même que Néo, le héros de THE MATRIX, était un simple employé dans son monde virtuel alors que dans le monde réel il ne faisait que rêver, plus d’un aujourd’hui endosse le rôle d’un tout autre personnage que le leur.

Certaines jouent les mannequins, posant chaque 3 minutes avec une nouvelle tenue et attendant anxieusement les «gorgeous» et «très belle ma chérie» de commentaires. J’admire surtout leurs modestie 😉 quand à celui qui ose un « Je vois que tu rayonnes » (m wè w klere, en français), elles répondent toujours « kote sa ? N’ap fè efò. » Réponse que l’on comprend mieux le jour où dans la vie réelle on finit par les rencontrer dans leur tenue négligée du quotidien.

Certains sont de fins analystes qui éclairent le pauvre peuple (le virtuel, bien entendu) dans la science qu’ils auront choisi de faire leurs. La politique, la médecine, la philosophie, le sport… On les retrouve dans tous les domaines…à part celui où ils sont pratiquants 😉

Il y a aussi les blagueurs. Mais là franchement, c’est le meilleur exemple. J’ai connu un homme qui avait toujours le bon mot, l’astucieuse réplique et la bonne blague pour attirer les « lmao »et les « lol ». Euh… plutôt les «Loooooooooo….l ». Quand je l’ai rencontré, pff. Un petit être très colérique et qui s’emportait contre tout et tout le monde.

N’oublions pas certains hommes politiques et autre personnages publiques qui s’érigent en modèles et saints, mais dont les frasques et bassesses sont connus de tous.

Et puis, il y a celui qui semble passer tout son temps sur internet. Toujours disponible pour répondre à un « bonjour, ça va ? », donnant l’impression de n’avoir aucune autre activité, mais à qui des journées de 72 heures feraient un grand bien.

Tout ce beau monde affiche des profils différents de qui ils sont vraiment. Et si pour certains c’est une démarche réfléchie et calculée, pour d’autres, cela se fait naturellement. Ils ne se rendent même pas compte de leur double vie. Ils ne réalisent pas qu’ils jouent un tout autre rôle que ce qu’ils offrent dans la réalité.

La réalité ? Bon, il faudrait peut-être penser à trouver un autre terme pour décrire l’espace hors des ordinateurs maintenant. Si The Matrix n’était qu’un roman de cinéma, notre monde numérique, lui, est bien réel.


Journée internationale de la journée mondiale

C’est pratique les journées internationales. C’est à la fois une récréation, une opportunité et un passe-temps.

Une récréation pour la plupart d’entre nous.

Certains, toujours là pour troubler la paix publique en prenant tout au sérieux, veulent en faire des moments de réflexions sur des thèmes particuliers. Gâcheurs d’ambiance, va !

N’est-il pas mieux de s’en amuser? Tenez, l’autre jour, c’était la journée du Créole. On s’est bien amusé à poster, sur les réseaux sociaux, de jolis mots et proverbes bien de chez nous. C’était à qui trouverait l’expression la plus rare et la plus originale.

Bon, dès le lendemain, on avait repris nos bonnes vieilles habitudes: à fond sur les «love it», «it is true», «real talk» et autres. Mais ne vous y fiez pas, ce n’est pas du tout parce que l’English fait plus classe (bon, un peu quand même !). C’est surtout pour respecter les dates et ne pas trop abuser. Quand on aime, il faut ménager 😉

Le 1er décembre, on fera pareil. On postera des images et des phrases touchantes à l’endroit des personnes atteintes du VIH. On ira peut-être même à des colloques et autres réunions. Mais, soyons sérieux, si on doit en parler toute l’année, ça n’enlèvera-t-il pas au prestige du 1er décembre suivant ?

Et ce ne serait pas du tout une bonne chose. Il en va aussi de l’intérêt de certains organisateurs d’activités. Les pauvres (ce n’est pas à prendre littéralement, SVP) qui passent l’année à planifier le coup, euh…pardon : l’événement. Pour certains c’est toute une opportunité. La meilleure occasion pour eux de justifier le budget garnit par les bailleurs. Affiches géantes, flyers, spots radio, maillots, etc. On ne va quand même pas travailler à leur ôter tout ça ?!!

Et les gentils bailleurs, dévoués à toutes les causes ? Ça leur est aussi utile, hein, les journées internationales ou mondiales. Ça prouve leur dévouement aux grandes causes. Par exemple, quand on leur reproche de ne pas travailler assez contre les guerres, alors, ils prennent rendez-vous pour la journée mondiale de la Paix. Même que pour la Paix, il y en a 2. La journée mondiale selon l’Eglise catholique et celle internationale de l’ONU. Vous voyez comme ils prennent ça à cœur?

Le seul hic dans l’histoire, c’est que l’année risque de devenir trop courte. Si à chaque problématique il faut attribuer une journée nationale, internationale ou mondiale, on risque d’être à court de jours. Déjà qu’il n’en reste presque plus de libre…

C’est que c’est devenu tellement capital dans notre quotidien. Je propose, moi que l’on attribue une date à cette cause-là. Ce serait la journée mondiale de la journée internationale. Euh… ou bien la journée internationale de la journée mondiale ?

Je ne sais pas trop. L’un ou l’autre, peu importe, pourvu qu’on ait un moment pour réfléchir à ce vaste problème 😉

Tilou


Blog-trotters Caraïbes

La Caraïbes est un lieu fascinant. Tant par sa position géographique, les peuples qui y vivent et leur(s) histoire(s). Carrefour entre l’Ancien monde et le nouveau, ses habitants aussi semblent représenter un trait-d’union entre les peuples d’Afrique, d’Europe et d’Amérique. Je me dis souvent que l’exemple du «vivre ensemble» peut venir de la Caraïbe. Si nous arrivons à y implanter l’humanité qui maque tant aux hommes en misant sur ce qui nous rapproche plutôt que de guerroyer pour la moindre divergence, le reste du monde sera enfin convaincu qu’il n’est pas nécessaire d’être des copies-conformes pour se regarder et sourire.

(Sourire…je vous vois déjà sourire. Et oui ! C’est un peu utopique.)

En attendant que mon vœu se réalise avec tous les pays de toute la Caraïbe, l’œuvre est déjà en marche sur la plateforme Mondoblog.

C’est toute une fraternité qui s’est développée entre mes camarades de la francophonie caribéenne sur Mondoblog. Ils ne perdent jamais l’occasion de « taguer » un des leurs sur un lien qu’ils savent l’intéresser, lui envoyant les places de concours en l’encourageant à y inscrire son blog. Après chaque saison, la plateforme est entièrement parcourue par ces BLOG-TROTTERS à la recherche de nouveaux camarades à féliciter et accueillir chaleureusement.

Pour autant, le communautarisme n’est pas de mise. On les retrouve à commenter, discuter et échanger avec tous les autres mondoblogueurs de tous horizons.

Voilà donc la communauté MONDOBLOG-TROTTERS caraïbes que je veux présenter au reste de Mondoblog :

Axelle Kaulanjan-Diamant
https://axelle971.mondoblog.org/ (Guadeloupe)
Mylène Colmar
https://caraibe.mondoblog.org/ (Guadeloupe)
Deux modèles de bloggueuses, par la rigueur dans l’écriture et le niveau de sujets traités.

Wilney Taris
https://lavimiyo.mondoblog.org/ (Haïti)
Lui, c’est du sérieux. Par les sujets, par l’angle de les présenter et par l’image qu’il renvoie. On me le présenterait comme un haut dignitaire que je n’aurais aucun doute 😉

Jérôme Osman
https://lautrehaiti.mondoblog.org/ (Haïti)
Osman est le véritable liant de notre communauté. S’il y en a un qui mérite vraiment le qualificatif de « blog trotteur, c’est lui. » Je vous assure que si vous avez un blog, il l’a déjà parcouru 😉

Nelson Deshommes
https://nelsond.mondoblog.org/ (Haïti)
Lui, c’est monsieur « Top ». Ces fameux « top 10 » ont fait fureur. C’est aussi un camarade très agréable.

Tilou Jean Paul
https://autreregard.mondoblog.org/ (Haïti)
Euh…lui c’est moi. Vous êtes déjà sur son blog 😉

Et depuis, d’autres ont rejoint la communauté. Il s’agit de

Le Berliniquais https://berliniquais.mondoblog.org/(Martinique/Berlin)

Wébert Charles https://lelivre.mondoblog.org/ (Haïti)

Billy James Raymond https://wid.mondoblog.org/ (Haïti)

Thélyson Orélien https://portdattache.mondoblog.org/ (Haïti)

Wilson https://letransparent.mondoblog.org/ (Haïti)

Jean-François Labadie https://pournepasoublier.mondoblog.org/ (Haïti)

Je vais prendre plaisir à lire leurs blogs. Je vous invite à les découvrir, vous aussi, en faisant autant.

Vive la Caraïbe, la Francophonie, la Blogosphère et Vive la fraternité sur toute la terre.

Tilou

PS:Si certains ne sont listés ici parce qu'ils n'auraient pas encore mis leur blog en ligne, pas de souci, faites-nous signe. Nous vous accueillerons à bras ouverts.


Institution Mixte les Manfouben

Quelle est l’utilité de l’école ? Quel est le rôle du Ministère de l’éducation nationale ? Quelle est la fonction de nos établissements scolaires ?

Oui…évidemment ! Comme vous j’ai aussi en tête les réponses qui vous brûlent les lèvres: Former de bons citoyens, s’assurer que l’instruction et les formations offertes sont adéquates, éduquer les élèves et leur apporter les outils nécessaires à leur intégration dans la société, etc.

Le hic, c’est que certaines pratiques, que tout le monde semble trouver normales, vont totalement à l’encontre de ces vœux.

Le renvoi de l’établissement, par exemple.

Comment est-il acceptable qu’un écolier soit renvoyé de son établissement parce qu’il n’a pas la moyenne ? Ne pas obtenir la note de passage est une indication de non assimilation des notions vues en cours. Et pour moi, ça ne fait aucun doute que si les notions enseignées ne sont pas captées, c’est que, tout simplement, elles sont mal enseignées. Et dans ce cas, la faute revient à l’école. Pas à l’élève ni aux parents.

Et puis, ce n’est pas le seul motif de renvoi que je trouve absurde.

Même l’indiscipline est un prétexte ridicule. Les établissements, pour encourager les inscriptions, aiment vanter la qualité d’éducation qu’elles offrent. Alors pourquoi devraient-elles s’attendre à des élèves déjà parfaitement éduqués ?

Évidemment, je conçois que l’éducation ne peut être seulement de la responsabilité de l’école. Il faut aussi que les responsables de l’enfant soient de bonne foi et jouent aussi leur rôle. On ne va pas demander à une école de garder un ANJANDRE dont la mère, lorsqu’elle est convoquée s’assure d’être vêtue de façon à montrer son jupon à la première occasion. (Maintenant qu’elle ne porte plus de jupon…;-)

Mais, une fois assurée que les torts ne sont pas imputables aux parents, un renvoi catégorique de l’établissement peut-il avoir un sens ?

Comprenez bien, l’admission à une école est une promesse de l’école d’éduquer l’admis, d’aider les parents à en faire un meilleur élément sur le plan intellectuel aussi bien que comportemental. Et un enfant ne devrait quitter prématurément une école qu’après accord entre les parents, l’institution et le Ministère de l’Education nationale sur quel autre établissement conviendrait mieux à son profil.

Lorsque l’école, à la fin de l’année, remet l’élève à ses parents, c’est un signe d’échec et d’impuissance. Encore plus pour l’école que pour l’élève. C’est comme avouer «Désolé, mais nous pensions pouvoir éduquer votre enfant, mais nous nous sommes trompés: Nous ne pouvons pas. Veuillez essayer les services d’un autre établissement.» C’est comme un ingénieur en charge d’une construction qui viendrait annoncer qu’il avait surestimé sa capacité à remplir le contrat.

Alors, pour rester cohérent et juste, l’école devrait rendre, au moins, le montant perçu sur l’année. (Je dis au moins, parce qu’il faudrait peut-être aussi considérer un dédommagement 😉

Au final, les enseignants se verraient un peu plus responsabilisés. Et les établissements abandonneraient leur pratique de ne garder que les meilleurs pour ensuite s’enorgueillir d’un taux de réussite fictif aux examens d’état. Je dis bien fictif parce que le vrai taux de réussite n’est pas le rapport entre nombre de succès et le nombre de candidats, mais bien celui entre le nombre de finissants et le nombre d’admis en début de cycle.

Tilou


Bestial !

Certains historiens expliquent l’indépendance d’Ayiti par les conditions des esclaves dans la colonie. Les souffrances et humiliations dont ils faisaient l’objet conduisirent logiquement à leur révolte.

Si c’est effectivement ce qui les a motivés, on ne devrait pas tarder à voir se révolter les animaux du pays.

Non…mais sérieusement! Les animaux n’ont vraiment pas la vie facile ici!

Bon, pour les cafards, maringoins, rats (Animal yo wi frè m’! Mwen pa nan politik!), mouches et autres bêtes nuisibles, je ne trouve pas cela trop choquant de leur donner la réplique dans les guerres qu’elles nous déclarent à longueur de journée.

Quant aux morpions, chiques, poux et autres agents infiltrés qui viennent espionner nos intimités, c’est même légitime d’être impitoyable envers eux.

Mais les autres….les pauvres autres….

Nos animaux de compagnie (en fait, il n’en ait que le chien) sont pour beaucoup de simples cibles pour se détendre un moment.

Un chien couché paisiblement à l’ombre d’un arbre ou dans un coin de mur sera presque surement brutalement réveillé par une pierre ou par un coup de pied, gratuitement assenés par un individu qui, subitement aura eu envie de s’essayer au lancé de poids ou au tir au penalty.

Le chat lui devient plus apprécié dans l’assiette du voisin que dans le salon ou la cour de son propriétaire.

Les animaux que nous apprécions pour leur chair sont encore plus maltraités. Nous ne nous contentons pas d’avoir à leur ôter la vie, nous persistons à les faire souffrir.

Regardez comment nous transportons les cabri, poule, pintade et autres bêtes « a ti figi« ! Je me garde d’en faire une description de peur d’attiser leur rébellion.

Le bœuf, lui, aurait pu être tranquille, mais il faut, de temps en temps, qu’un illuminé croit apercevoir, dans sa gueule, une dent en or qui l’identifierait à un monsieur prétendument lougarou et que la populace veuille, pour en avoir le cœur net, lui couper la tête.

Quant à l’oiseau, sa seule issue est de ne pas voler trop bas. Se pa vini l ki pou sove l.

Bon, on aurait pu prétendre, pour étouffer toute tentative de rébellion, que tout ceci ne vient que de quelques délinquants incontrôlables et qu’officiellement ordre a été donné de bien traiter nos frères animaux.

Mais, une fois en 2011, notre Ministre de la culture et de l’information d’alors ne s’est pas gardée d’officialiser ces pratiques en se montrant à la Télévision lors d’un cérémonie où l’on offrait en spectacle des hommes et femmes déchirant, littéralement, une poule. (Connue pour ses penchants féministes, elle a dû croire qu; il s’agissait d’un coq).

Ah…je vous le dis! Avec ce que nous leurs faisons, si les animaux ne se révoltent pas, c’est bien parce qu’ils ne sont pas des Hommes!

Tilou


Cinquième colonne ayitienne

Un adage ayitien dit «se kolonn ki bat». Ça traduit l’idée de l’union qui fait la force. Quand on se met ensemble, on a plus de chance de réussir de grandes choses.

Nous arrivons difficilement à construire quelque chose de grand en Ayiti, peut-être justement, parce que nous unir ne fait pas partie de notre culture. Nous parlons beaucoup. Nous prenons plaisir à exposer des grandes idées… Mais pour trouver nos réalisations, il faut beaucoup d’efforts.

Certes, certains moments de notre histoire semblent démentir tout cela. Des évènements paraissent avoir vu une parfaite communion et la construction d’œuvres grandioses.

Mais à bien regarder, on se rend compte que même ces accomplissements sont des preuves que nous ne savons pas nous unir réellement.

Tenez! Prenons l’indépendance. (Je sais que c’est le premier qui vous vient à l’esprit). On aurait pu y voir le résultat de cette union que je dis être étrangère à nos aptitudes. Les Mulâtres qui rejoignent les Noirs pour ne plus faire qu’ un seul peuple, chasser le colon esclavagiste et donner naissance à ce rêve d’une terre ou tous seront libres, égaux et frères.

Mais une fois l’ennemi commun maitrisé, le stratagème ne tarda pas à se révéler: Le plan de certains était de chasser le colon mais seulement pour prendre sa place. Deux années à peine après, on assassinait le père de la patrie.

Et cet assassinat, lui-même, n’échappe pas à l’ensemble des œuvres qui témoignent que nous ententes ne sont que manigances pour nos intérêts particuliers. Pour que le coup réussisse, les plus puissants généraux devaient être de la partie. Et bien l’entente vit le jour parce que le plus susceptible de s’opposer à ce complot se vit promettre l’héritage du trône après le méfait.

Ainsi donc, quand celui qui nous empêche d’atteindre nos mesquins objectifs est trop fort, nous cherchons quelques autres victimes naïfs ou d’autres adeptes des mêmes fourberies que nous, pour faire le poids et évincer l’adversaire. Puis, quand c’est fait, nous gâchons le travail d’unité (Unité wi! se pa inite!) et montrons notre vrai visage.

Ce fut également le cas en 2004. Comme un remake de l’Indépendance, les grands du pays se sont mis ensemble pour obtenir le départ du président de l’époque, coupable de dérives inacceptables. Ils ont même parcouru l’île pour présenter leur noble vision du pays: leur fameux contrat social. Puis, une fois le pestiféré parti, et que le carrefour des élections fut à portée de vue, on a eu autant de candidats que de membres de partis politiques.

Et le refrain continue encore en ce moment. Une nouvelle coalition des partis politiques a vu le jour pour, comme d’habitude, « contrecarrer les dérives du pouvoir ». En fait, il n’y a de « nouveau que le sigle ». Ni les membres ni les déclarations ni les objectifs n’ont changés. (Au lieu de changer de nom, c’aurait été plus pratique de les nommer à la mode T.I.C.: Alliance 1.0, Alliance 2.0, etc.). Et je peux même vous prédire comment et quand prendra fin cette entente… (Oui. Vous savez, vous aussi!)

Mais il n’y a pas que les hommes et femmes politiques à donner de la voix. C’est presque dans toutes nos sphères d’activités.

Dans les longues files à la banque ou partout ailleurs, nous aidons les autres à se plaindre pour autant que nous sommes dans la même situation qu’eux. Une fois notre tour arrivé, nous oublions les autres et nous ressortons même avec un sourire de soulagement.

Les musiciens aussi, parfois, me font bien rire. Chaque période carnavalesque voit son lot de groupes musicaux arpentant les medias pour dénoncer la mauvaise gestion faite de la sélection des «band» pour le défilé. Chaque intervention commence toujours par «Se pa paske m pa la ki fè map plenyen, men bagay yo dwe byen fèt...». Mais il suffit que l’un de ses groupes soit repêché pour que l’on ne l’entende plus condamner la sélection. Non! Il fera plutôt son possible pour être « an penpan » sur son char, oubliant ses partenaires de la frustration et ajoutant une preuve de plus que ses réclamations visaient plutôt SA part du gâteau qu’un partage équitable.

Voilà pourquoi je me méfie de ceux qui m’aident à me plaindre et à dénoncer ce qui me semble incorrecte. Je sais bien que les chances pour que je ne sois accompagné que d’une nouvelle version de la cinquième colonne sont encore très grandes dans mon petit pays.

Tilou