Ulrich Tadajeu

Que signifie mourir au Cameroun ?

Cérémonie de levée de corps des soldats tombés à l'Extrême-Nord: Quartier général de Yaoundé le 28 août 2014.  ©Eric B. Lamere
Cérémonie de levée de corps des soldats tombés à l’Extrême-Nord: Quartier général de Yaoundé le 28 août 2014.
©Eric B. Lamere

La fête de la jeunesse au Cameroun a été célébrée le 11 Février. Comme d’habitude, les « jeunes » se sont mobilisés un peu partout sur le territoire national  pour manifester leur soutien au chef de l’Etat surtout en cette période trouble où Boko-Haram frappe à nos portes et sème la terreur. Comme d’habitude, le président de la République, Paul Biya, a prononcé un discours sec, fade et sans vie le 10 Février.

Discours adressé aux jeunes sous forme de monologue impotent dans lequel il invitait ces jeunes à ne pas suivre les « oiseaux de mauvaise augure » qui cherchent à déstabiliser le Cameroun via les réseaux sociaux. C’est ce que ce régime aura produit en 32 ans de règne : aucun dialogue. Juste des monologues.

Mais c’est davantage la mort qui attire mon attention en cette fête de la jeunesse. Dans un contexte marqué par les attaques de Boko Haram à l’extrême nord avec la terreur qu’on connait, plusieurs personnes meurent. Les civils comme les militaires n’échappent pas à cette barbarie humaine de notre temps. Certains meurent parce qu’ils défendent la souveraineté du Cameroun et donc contribuent à nous faire vivre en paix. D’autres paient le prix de cette barbarie juste parce qu’ils sont des hommes et qu’ils se sont retrouvés sur le chemin de ces ennemis de l’humanité d’un autre genre. La dernière tuerie en date a eu lieu à Fotokol (localité située à l’extrême-nord et frontalière entre le Cameroun et le Nigéria) mercredi 04 février dernier. Alors que les sources officielles annoncent un bilan de près de 81  civils tués pour 13 militaires tchadiens et 06 militaires camerounais, les informations récoltées auprès des habitants parlent plutôt de 400 civils tués. Ce n’est pas autant surprenant dans la mesure où, en contexte de guerre, la bataille des chiffres est un élément important. Cependant, des individus sont morts, au moins une centaine de personnes ont été tuées par ces barbares.

Et comme d’habitude, silence total des autorités. Lorsque je parle d’autorité ici, je parle en premier lieu du président de la République, Paul Biya. Il est le premier soldat, il est le « chef de guerre ». D’ailleurs, c’est lui qui, en mai 2014, déclare la guerre à Boko-Haram. Il est aussi, on ne le souligne jamais assez, un « père ». Il peut humaniser la politique et profiter de ces occasions pour délivrer un « message de vie » et non plus attendre les veilles du 11 février pour faire un monologue  dénué de  « vie » et qui se rapproche plus d’un bois sec que d’un message. Je parle aussi des autres autorités qui refusent de prendre publiquement la parole en de pareilles circonstances pour saluer et célébrer ces morts. Au final, ils sont morts pour que nous vivions. Comme les 26 soldats qui ont été tués en Août 2014 par ces mêmes barbares de Boko Haram.

Je commence à penser que mourir ne signifie plus rien chez nous. Surtout les morts-offrande comme celles qu’on observe en ce moment à l’extrême-nord. Le discours sur ces morts aurait pu être de sérieux messages au ralliement national. Au-delà du devoir de gratitude envers ces « morts-pour-nous », parler d’eux serait une opportunité politique mais aussi patriotique. En ce sens que leur acte de bravoure serait présenté sur la scène publique comme signe d’attachement total à la patrie. Mais que voit-on ? Des jeunes qui passent le temps à soutenir une « chef de l’Etat » absent complètement et silencieux. Non, cher président, au XXIème siècle on ne peut prétendre vaincre un ennemi sans communiquer, sans mobiliser les populations. Cette mobilisation nécessite un supplément d’âme même s’il est hypocrite. Parler des morts, soutenir les familles des morts pour la patrie, montrer que la nation dont vous êtes le premier représentant (qu’on le veuille ou pas) compatit à cette douleur parce qu’ils ont combattu pour maintenir la souveraineté du pays permettraient d’apporter plus de vie à votre façon de gouverner.

On voit que mourir ne signifie rien au Cameroun si ce n’est disparaître comme un vulgaire chien. Je parle des morts-offrande, des morts-martyrs. Mourir même lorsque vous défendez le pays ne fait sens que pour votre famille et ceux qui vous ont connu. Au niveau officiel, votre mémoire n’est pas célébrée autant qu’elle le mérite. Or, l’avènement du patriotisme dans notre société dépend en partie de la façon dont on gère la mémoire et la figure de ces morts. Car leur vie, leurs actes comme ceux des nationalistes des années 1960 est un témoignage de l’attachement à la patrie. Mourir devrait signifier autre chose que ce qu’on voit actuellement dans ce pays.

Je dédie ce billet aux personnes tombés à Fotokol le 04 février 2015 et à toutes ces personnes qui se battent pour que nous vivions! #StopBokoHaram


Pourquoi des blogueurs en temps de barbarie ?

Depuis hier, 19 janvier 2015, la blogosphère camerounaise est en campagne de sensibilisation via les médias sociaux contre le terrorisme qui fait des ravages au pays  en particulier et dans le monde en général.

Représenté dans la partie septentrionale du Cameroun par la nébuleuse Boko Haram, il ne cesse de faire des ravages à travers des exactions, des destructions, de tueries et des otages. Ils nous replongent dans ce que l’homme a de plus bestial : donner la mort à son semblable. Dans ce contexte, la mobilisation des blogueurs et autres web activistes camerounais n’est que la bienvenue dans un contexte où seuls ceux qui communiquent sur leurs émotions peuvent rassembler un maximum de personnes autour de la cause qu’ils défendent.

J’épouse totalement cette initiative parce qu’au-delà et avant tout, il y a l’humain. Cette condition qui fait de nous des semblables bien qu’étant loin les uns des autres. Et en toutes choses, c’est l’humain qui doit être au centre des préoccupations. Il faut dire stop à Boko Haram pour que vive l’humain, pour que ce que nous avons de bien, de grand et de créatif puisse vivre et s’épanouir partout où nous nous trouvons.

 J’ai commencé à bloguer il y a quelques années pour « crier et forcer le monde à venir au monde » pour reprendre les mots de Sony Labou Tansi. Mais avec de tels désastres de notre espèce sur notre propre espèce, avec une pareille terreur qui décime des vies, terrorise des familles, on peut bien se demander avec Hölderlin « pourquoi des poètes en temps de détresse ? » Autrement dit, « pourquoi des blogueurs en temps de barbarie ? »  Des blogueurs en temps de barbarie pour annoncer un message d’amour et de paix, un message de fraternité et d’humanité. C’est ce message que je passe aujourd’hui à travers mon blog. Que l’humain vive, que la paix et la fraternité soient nos valeurs pour que cesse Boko Haram et vive l’humain.

Car si Boko Haram vit, ce sont nos activités qui vont disparaître, c’est notre liberté qui ne sera plus qu’un vain mot. Plus de bière, plus de boîte de nuit pour les amateurs de ces plaisirs. Plus de bibliothèque, plus d’archives, plus de lectures, plus de conférences, de séminaires et de colloques pour les amateurs de sciences. Les lieux de conservation du patrimoine seront fermés lorsqu’ils n’auront pas été simplement détruits. Bref, nous retournerons à des années en arrière sacrifiant au passage certains acquis incontestables. Je dis non à Boko Haram parce qu’avec Boko Haram, l’humain disparaît. Il laisse la place à l’animal. Et la liberté chérie fout le camp.

Alors, unissons-nous aux blogueurs et à tous les Camerounais pour dire non à cette nébuleuse. Unissons-nous à ces Camerounais pour chanter l’hymne de l’humanité. Unissons-nous pour que la terreur cesse et que le monde redevienne un espace humain. Rassemblons-nous pour que le monde revienne au monde et que la barbarie retourne à son domicile : hors de ce monde.

Comment le faire ?

En utilisant le hashtag #stopbokoharam sur twitter, facebook, instagram, google+… pour participer à la sensibilisation, mais aussi pour suivre le déroulement des activités concernant cette campagne.

En utilisant le logo qui se trouve dans ce billet comme photo de profil sur vos différents réseaux sociaux.

En chantant l’hymne de la paix, la fraternité, la liberté et la tolérance dans les espaces qu’on fréquente au quotidien.

#stopBokoHaram


Camerounais, Cessons de nous mentir en 2015

Yaoundé, la capitale politique du Cameroun. Crédit photo: wikipédia.
Yaoundé, la capitale politique du Cameroun. Crédit photo: wikipédia.

L’ Hebdomadaire panafricain Jeune Afrique  a titré en une de son numéro 2814 (14-20 Décembre 2014)  « Cameroun, Le péril Jeune. » Le sous titre est le suivant : « Les moins de 30 ans, qui n’ont connu que Paul Biya, peinent à se faire une place dans une société confisquée par leurs aînés. Jusqu’à quand le supporteront-ils ? » Et comme d’habitude à la suite de ce genre de sorties, certains journalistes camerounais trouvent le prétexte pour manifester leur pseudo-panafricanisme. Dans une série de phrases sans arguments concrets, ils nous font des révélations scandaleuses sur la gestion  des fonds publics sans jamais démonter les propos de jeune Afrique ou d’autres personnes.

Juste après la publication de ce numéro, c’est le journal La Météo qui a pris les devant de la scène. Le journaliste qui a signé ce papier nous fait savoir qu’en fait Jeune Afrique n’est pas à sa première forfaiture et que les dirigeants de ce journal sont mécontents parce que la République du Cameroun ne leur paie plus les 600 et poussière de millions qu’elle leur offrait jadis mensuellement. Donc, on leur offrait des millions chaque mois alors que les étudiants au Cameroun ne sont pas capables d’acheter un livre à cause de l’absence des bourses ? C’est piteux quoi ! Mais bon, notre journaliste panafricaniste d’un jour poursuit en faisant savoir que Jeune Afrique veut ainsi manipuler les consciences pour ques les Camerounais imitent les exemples Burkinabès et autres. Un peuple a-t-il besoin qu’on le manipule pour revendiquer ce qui lui revient de droit? Un peuple a-t-il besoin d’être manipulé pour  vouloir le changement? Pour Abdoulaye Bathily (représentant du Secrétaire Général de l’ONU pour l’Afrique Centrale),

Même là où la question de la Constitution ne se pose pas, parce que les pouvoirs ont depuis longtemps réglé la question, l’aspiration à l’alternance est une donnée qui ne doit pas être négligée. Quel que soit le niveau de réalisations d’un pouvoir, quels que soient ses succès économiques, il y aura toujours un désir de changement.

Je ne suis pas sûr que C’est « Jeune Afrique » qui dictera aux Camerounais le temps de ce changement.

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Après avoir lu cet article, j’ai décidé de découvrir le contenu de l’article de Jeune Afrique. J’ai constaté que jeune Afrique ne nous apprend rien  sur ce qui existe déjà. Je ne sais pas si le problème se pose dès lors que c’est jeune Afrique qui en parle ou alors autre chose. Faut-il être un ennemi extérieur pour se rendre compte que ceux qui détiennent les pouvoirs au Cameroun sont des vieillards ? Pouvoir exécutif (Paul Biya est aux hautes fonctions depuis la décennie 1960, Premier ministre de 1975 à 1982 et président depuis 1982, il va souffler sur sa 82ème bougies en février prochain) avec pour premier Ministre Philémon Yang qui a été dans le gouvernement de Ahmadou Ahidjo du 30 Juin 1975. Le Pouvoir législatif a comme présidents : chambre haute c’est-à-dire le Sénat avec Marcel Niat Njifenji (80 ans) comme président et la chambre basse (parlement) avec Cavaye Yéguié Djibril (74 ans) en poste depuis le retour au multipartisme (1992) comme président. Non, il ne faut pas être jeune Afrique pour le voir ainsi. Il faut juste cesser d’être myope comme ce journaliste et plusieurs autres qui refusent de voir les choses telles qu’elles sont. Ils préfèrent se couvrir du parapluie d’un pseudo nationalisme pour chercher les poux là où il n’y en pas. Que jeune Afrique ait dit quelque chose de pareil, ce n’est pas nouveau dans la mesure où c’est ce qui existe. Le jeune n’est pas pris en compte au Cameroun. Si oui, lorsqu’on a besoin de sa force électorale. A ce moment, on lui balance quelques billets rouges (2000 fcfa) ou verts (5000 fcfa) et puis le tour est joué. Mais à des postes de responsabilité, on voit des vieux comme s’il n’y a pas des jeunes âgés de 30, 35 ans capables d’assumer  ces responsabilités. Ne pouvant pas s’opposer ouvertement parce que le Cameroun est une démocratie sur les papiers, sur les chiffres et non dans les faits et dans la forme, ces jeunes sont obligés de se donner à des pratiques tels que l’alcoolisme et se désolidarisent de la vie politique (cf. cette étude de la Friedrich Ebert Stiftung (Cameroun) sur « Les jeunes et la politique au Cameroun quelles perceptions pour quelle participation ? »).

Lorsqu’on parcourt l’article du journaliste de La Météo, on comprend qu’il n’a aucun argument à avancer contre le texte de Jeune Afrique. Il se cache alors derrière des affirmations qu’ils croient préjudiciables pour Jeune Afrique alors que c’est le contraire. Comment dans un pays comme le nôtre dont on relève chaque jour les insuffisances, des individus sont capables de donner chaque mois une pareille somme à des individus ?

Quelques semaines après cet article, une tribune a été publiée dans le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune le 30 Décembre 2014. Une correspondance particulière qui porte l’estampille d’un « journaliste principal hors échelle émérite ». Joseph Janvier MVOTO OBOUNOU puisqu’il s’agit de lui relève les différents mensonges du reportage de Jeune Afrique et estime que « même » dans les autres pays ou les autres sociétés, les dirigeants sont des vieillards. D’ailleurs, Bechir Ben Yahmed a 86 ans et pourquoi ne laisse-t-il pas la chronique « ce que je crois » à un jeune journaliste de 35 ans?  Il évoque aussi les différents combats de Paul Biya, ses réalisations et surtout le dernier en date, le plan d’urgence. Pour lui comme pour le journaliste de la Météo, cet article est un « appel à l’insurrection ».

Ils nous rappellent bien la polémique qui a fait les choux gras de la presse camerounaise après la publication du livre de Fanny Pigeaud « Au Cameroun de Paul Biya ».  Les journalistes avaient  crié au complot estimant que la journaliste française Fanny Pigeaud est un pion de l’impérialisme occidental visant à déstabiliser le Cameroun à travers son livre. Florian Ngimbis, blogueur camerounais, avait rédigé un billet pour dire que le Cameroun dont parle la journaliste française c’est le Cameroun de tous les jours, ce qui se passe sous nos yeux chaque jour. J’ai bien envie de dire la même chose au sujet de ces réactions inutiles de certains journalistes camerounais à jeune Afrique.  En fait, Jeune Afrique ne dit que ce que les Camerounais dans divers espaces pensent et disent chaque jour : les gérontocrates gouvernent une population majoritairement jeune. Au lieu d’adresser de pareilles réalités qui, sur le long terme, peuvent représenter de réels défis pour l’alternance au Cameroun, des individus préfèrent voir le complot là où il n’y en pas.

Tout ceci traduit une paresse perceptible au Cameroun et qui consiste à toujours chercher un ennemi extérieur dans l’explication de notre situation.  On est plus apte à parler de  ce qui arrive aux autres (Côte d’Ivoire, Burkina-Faso…) et à crier à l’impérialisme occidental partout alors même qu’on peut commencer par nous interroger notre propre responsabilité sur ce qui nous arrive. Elle traduit un mal plus vaste qui est notre faculté à nous mentir nous-même. 5 ans après le cinquantenaire de notre « indépendance », nous devons cesser de nous mentir nous-mêmes.  Car comme  dit le philosophe camerounais Fabien Eboussi Boulaga « une société qui se ment est condamné à vivre dans le chaos permanent. »

Au sujet d’une société qui se ment, je vous recommande ces mots de Fabien Eboussi Boulaga.

Bonne et heureuse année 2015 à tous les humains!


Burkina-Faso: les leçons que je retiens

La place de la Nation remplie de Burkinabés. Photo: @Joepenney
La place de la Nation remplie de Burkinabés. Photo: @Joepenney

Blaise Compaoré a voulu modifié l’article 37 de la constitution. Cette modification devait lui permettre de se présenter à nouveau au poste de président. La session de l’Assemblée Nationale qui avait la charge de le faire devait se tenir le 30 Octobre 2014. Mais, cette session n’a jamais eu lieu parce que le peuple a pris les commandes. Fâchés, déterminés, les Burkinabés ont pris d’assaut la place de la nation devenue Place de la Révolution à Ouagadougou pour protester contre ce vote et obtenir non seulement son annulation mais aussi la démission de Blaise Compaoré. Ceci s’est passé en 72 heures, 29, 30, 31 octobre. C’est vrai que depuis ce 31 Octobre, la situation est floue car plusieurs personnes se sont proclamés Présidents de la transition. Mais, c’est finalement le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida qui assurera le processus le temps de me Mais, voici ce qui m’a marqué ou en tout cas les leçons que je retiens.

La fin des dictateurs commencent par la destruction des symboles. Un dictateur est un individu imbu de lui qui a, à travers un ensemble de stratégies et pratiques, institué dans l’imaginaire collectif qu’il est un « Dieu ». Celui-là qui doit les sauver du mal et de la barbarie. Pour mieux inscrire cette croyance dans l’imaginaire collectif, il use des symboles, des images, des effigies et des discours. Il est présent partout à travers des statues, des noms de baptême pour des lieux.etc. Le jour où le peuple se rend compte qu’il n’est pas « Dieu », il commence par détruire ses effigies. C’est l’action que les Burkinabès ont posée. Détruire les effigies de Blaise Compaoré. On a même vu des chèvres manger ces photos présentes à Ouagadougou.  C’était un signe fort dans la mesure où le peuple affirme par cet acte symbolique que « Compaoré n’est pas Dieu, il est un homme, parmi tant d’autres. Tout simplement. »

Destruction d'une statue à de Blaise Compaoré. Photo: Burkina24
Destruction d’une statue à de Blaise Compaoré. Photo: Burkina24

Quand la femme s’y mêle avec des outils aussi banales que les spatules mais empreins de lourdes significations, ça va jaser. En effet, j’ai été marqué lors de ce soulèvement populaire par le rôle joué par la femme. Depuis le début des manifestations, elles ont été là comme jadis les femmes dans les maquis en pays Bamiléké et Bassa ont soutenu leurs époux ou encore ces femmes ivoiriennes qui ont marché sur l’actuel pont de la victoire pour exiger la libération de leurs époux. Leurs armes étaient les spatules. Rien que les spatules ? En fait, dans la symbolique, ces femmes ont voulu dire que « la peur est finie » et qu’elles sont prêtes à « tenir tête à l’autorité » comme m’a confié un Burkinabè. Un geste fort dans la tradition de ce pays. C’est une action qui complète la première. Compaoré n’est plus le dieu, on n’a plus peur de lui. Le reste n’est qu’une application de ce qui précède. Mais, ce sont, à mon sens les fondations de ce soulèvement.

Les femmes dans les rues de Ouagadougou. Source: Burkina24
Les femmes dans les rues de Ouagadougou. Source: Burkina24

Les jeunes sont prêts à rompre avec les anciens équilibres et donner la direction qu’ils veulent aux choses. Toutes les statistiques sont unanimes : les jeunes représentent aujourd’hui la majorité de la population africaine. Or, ceux qui les dirigent sont parfois arrivés au pouvoir lorsqu’ils n’étaient pas nés. Certains ont pensé que la jeunesse africaine est amorphe, inconsciente. Mais les soulèvements du Burkina-Faso nous prouvent le contraire. En effet, les jeunes étaient les plus représentés dans les rues lorsqu’il s’agissait d’aller à l’Assemblée Nationale ou encore à la Radiotélévision Burkinabè (RTB). Comme le montre cette image, « la Patrie ou ma mort ».

Photo prise sur le mur facebook de Rommy Romuald.
Photo prise sur le mur facebook de Rommy Romuald.

Un acte de courage mais surtout un appel de la jeunesse africaine à partir du Burkina-Faso à tous les dictateurs africains qui ont fait des modifications constitutionnelles un subterfuge pour se maintenir au pouvoir. Comme lancent ces jeunes Burkinabè : « C’est la révolution de la jeunesse. Et nous, on lance un appel à tous les autres chefs d’État, à toute l’Afrique, de ne plus jamais se hasarder à vouloir changer les constitutions. Et on dit à la jeunesse de toute l’Afrique que le changement est possible. »

Oui, les actes du Burkina-Faso s’adressent aux dirigeants africains, à Paul Biya, président du Cameroun qui a célébré le 06 Novembre prochain son 32ème anniversaire à la tête du Cameroun après avoir passé 7 ans (1975-1982) en tant que Premier Ministre de ce pays.

Les présidents africains qui ont fait de leurs pays un royaume n’ont qu’à bien se tenir. Car le cas Burkinabè est très proche de certaines situations, le Cameroun par exemple. Alors, chers Présidents qui voulez modifier les constitutions, vous éterniser au pouvoir, en 72 heures chrono, la rue burkinabè a poussé Compaoré à la démission. Lui qui se croyait tout puissant, lui qui a remporté les élections présidentielles en 2010 avec 80,15%. Pour ceux qui pensent que ce qui s’est passé au Burkina Faso ne peut pas arriver au Cameroun, ils se trompent. En effet, Paul Biya a remporté la présidentielle de 2011 avec 77, 98% pour un mandat de 7 ans après avoir modifié la constitution en 2008 et passé 29 ans au pouvoir. Des situations qui sont similaires. Tous les Camerounais veulent une transition pacifique, dans les urnes. Mais dans un Etat où le verdict des unes n’est pas toujours celui du peuple, La rue qui est un acteur prend ses responsabilités pour restaurer l’équilibre. Ce qui risque d’arriver dans d’autres pays africains où le pouvoir est devenu la propriété de quelques individus.


L’enfer c’est toujours l’autre (2)

crédit image: pixabay.com
crédit image: pixabay.com

J’ai récemment été témoin d’une affaire banale mais assez significative du mal dans lequel nous entraine cette propension à expliquer notre mal par l’autre.

J’ai emprunté un taxi  à Yaoundé il y’a quelques jours. Alors que le chauffeur du taxi s’apprêtait à déposer une dame, nous écoutions le journal de 17h à la radio . Le journaliste a introduit un papier sur le changement climatique en présentant les méfaits de  ce changement climatique. Par la suite, il a indiqué qu’un sommet de haut niveau allait se tenir a cet effet sur le changement climatique entre les leaders politiques du monde. Sur le champ, la dame qui s’apprête à descendre s’exclame : « c’est même à cause des mauvaises choses qu’ils [les dirigeants] font que ces problèmes [changement climatique] existent. » Avant de finir sa phrase, elle retire l’emballage du bonbon qu’elle suçait et le lance sur le goudron. C’est une illustration parmi tant d’autres.

Ils sont nombreux dans les rues et les lieux publics qui ont fait de ces espaces de véritables poubelles. Ils peuvent y verser tout, parfois même uriner ou déféquer. C’est vrai, certains diront qu’il n’y a pas de bacs à ordures, qu’il n’existe pas de toilettes. C’est à tort dans la mesure où, à plusieurs reprises, j’ai observé des gens lancer ces papiers sur la voie publique alors que le bac à ordures se trouvait à quelques mètres. Et même s’il n’y a pas ces bacs, n’est-il pas mieux de les conserver dans un plastique et mettre dans son sac pour le jeter une fois qu’on a trouvé un bac à ordures ? Ce n’est pas le fait de ne pas jeter dans un bac à ordures qui m’inquiète c’est plutôt le rejet de la responsabilité du changement climatique, du sous-développement sur les autres. Dans le cas de figure qui est cité plus haut, on observe bien que la dame estime que ce sont les autres (les dirigeants) qui en sont responsables. Sur le champ, en jetant l’ordure dans la rue, elle minimise sa responsabilité personnelle. Elle ne se pose pas la question de savoir : si 10, 20, 30, 40 …. Camerounais font comme elle, quel impact ça pourrait avoir sur la qualité de l’environnement ? Elle est plus apte à voir la responsabilité des autres et à minimiser voire ignorer la sienne. C’est bien triste cette réalité qui s’observe à tous les niveaux de la société. Nous posons des actions de sous-développement, des actions qui retardent notre pays mais nous ne voulons jamais commencer par questionner ces actions que nous posons. Il est plus facile pour nous de voir d’abord la responsabilité des autres, de scruter d’abord les facteurs exogènes d’une situation avant de nous interroger sur la nôtre.

Je commence à penser que cette situation cache une paresse générale liée au fait que plusieurs ont la difficulté de se remettre en cause. Pourtant le changement commencera d’abord par le sujet en lui-même. Lorsqu’il voudra changer, son changement individuel contribuera à faire évoluer la communauté. Or si dans une société, personne n’estime qu’il est responsable de quelques échecs que ce soient et que tout le monde pense que c’est l’ennemi extérieur qui agit par voie de manipulation, le progrès sera toujours renvoyé aux calendes grecques.

Se questionner de l’intérieur permet de savoir ce qui n’a pas marché par rapport à ce qu’on attendait. Car, avant une comparaison extérieure, le progrès est d’abord un changement sur soi, une évolution par rapport à une situation personnelle préexistante. Il est normal dans un Etat qu’à un moment, les citoyens se questionnent et questionnent ceux qui les dirigent par rapport aux mandats qui leur  ont été confiés. A la différence du cas évoqué plus haut, apprenons à voir notre responsabilité dans ce qui ne marche pas pour rectifier le tir. C’est là, à mon avis, le principal challenge de l’Afrique aujourd’hui. Penser par elle-même et à partir d’elle. Se questionner d’abord sur sa responsabilité dans ce qu’elle est avant de voir la main de l’ennemi extérieur.

Je terminerai ce billet avec cette belle phrase de Mamadou Diouf à écouter ci-dessous qui dénonce ce déplacement de responsabilité de la part des Africains :

« Pourquoi ne sommes-nous pas capables de prendre en charge nos problèmes? Déplacer la question sur la France coloniale ou néocoloniale est un masque. Et ce masque est devenu malheureusement l’explication la plus facile de ce qui nous arrive. C’est-à-dire, on déplace les responsabilités vers d’autres acteurs qui sont en train de poursuivre leurs intérêts alors que nous, nous ne sommes pas capables de le faire. »


La Démocratie c’est plus que les chiffres, ce sont des valeurs

Crédit photo: pixabay.com
Crédit photo: pixabay.com

Tout le monde à peu près sait ce que c’est que la démocratie. Mais, en réalité, très peu savent les valeurs de fonds qui sous-tendent ce projet. On est plus préoccupé par la quantité, la forme au lieu de la qualité ou le fond.

Depuis que j’écoute les débats dans les chaines de télé au sujet de la démocratie, c’est toujours en termes de nombres de médias créées, les associations qui ont vu le jour, les partis politiques qui sont crées. Mais jamais, on ne fait allusion aux valeurs démocratiques dont la plus importante est l’acceptation de l’autre en tant que singularité différente de moi mais avec qui je dois partager la vie. Cette perspective n’a jamais été évoquée et n’est jamais envisagée. Chacun (y compris moi) est un petit tyran à son niveau qui fait de sa volonté et de ses idées, la volonté de Dieu. Des monologues s’en suivent dans lesquels on n’écoute personne. C’est chacun qui parle et qui estime avoir raison.

Les opinions différentes dérangent, énervent et choquent même parfois. C’est chacun qui veut imposer la sienne et faire régner l’unanimisme. Au niveau national, le différent n’a jamais été envisagé comme un alter ego mais comme un ennemi. C’est la raison pour laquelle depuis les premières heures de la postcolonie, le différent, l’opposant a toujours été appréhendé comme un ennemi. Le vocable utilisé dans les années 1960 était « terroriste » ou encore « maquisard ». L’opposant était un ennemi de la construction nationale par exemple. C’est la raison pour laquelle Ahidjo a uniformisé la vie politique en mettant sur pieds en 1966 le parti unique qu’il appelait « Grand parti national » dans lequel allait se réaliser l’unité nationale. Pour lui, s’il y’avait plusieurs partis, on allait être des ennemis et la nation serait difficilement construite. Après lui, Paul Biya a peut-être ouvert officiellement la vie politique mais ce fut une ouverture quantitative et non qualitative. Il s’est plus intéressé au nombre qu’aux valeurs. Dans le fond, l’esprit est le même. L’opposant ou celui qui pense différemment par rapport aux voies devant conduire à la prospérité est toujours appelé comme un ennemi. En 1992, Paul biya demandait aux Camerounais de choisir entre le « Renouveau » qu’il représentait et le chaos que les autres partis représentaient. Plus proche de nous, les concepts de « Apprentis socrciers », « ennemis de la nation » ou encore « monuments du chaos » sont utilisés par Paul Biya ou ses créatures pour parler de ceux qui ne pensent pas comme eux. L’acceptation de l’autre dans sa singularité, tout simplement parce qu’il est « autre » comme le disait Tzvetan Todorov n’est pas une réalité ou ne préoccupe pas les gens. Ce qui les préoccupe ce sont les chiffres, les nombres, les formes et non les valeurs. Pas que les nombres ne soient pas importants mais ils doivent s’appuyer sur des valeurs

La démocratie a toujours été pensée et expliquée en termes quantitatifs au Cameroun et dans certains pays africains. Plusieurs partis, plusieurs médias, plusieurs associations. Elle n’a jamais été envisagée en termes qualitatifs, en termes de valeurs partagées, de différences acceptées. On s’est plus contenté à travailler pour les chiffres qui ne sont que des éléments de formes et non pour  les valeurs qui sont des éléments de fond. C’est l’une des raisons (importante) pour laquelle la Démocratie ne prend pas corps dans certaines sociétés africaines. Mais comme le montrent de plus en plus les événements, les sociétés africaines sont prêtes à prendre leur destin en main.


Pour ces supporters, Sierra-Leone et Ebola ne font qu’un

 

L'execution de l'hymne national avant le match Cameroun-Sierra-Leone.  Crédit image: Ulrich Tadajeu.
L’execution de l’hymne national avant le match Cameroun-Sierra-Leone. Crédit image: Ulrich Tadajeu.

J’étais au stade omnisports Ahmadou Ahidjo hier, 15 octobre 2014 pour regarder le match de la 4ème journée des qualifications pour la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2015 entre le Cameroun et la Sierra-Leone.

Le match s’est bien déroulé puisque le Cameroun a gagné sur le score de 2 – 0. Mais ce qui m’a irrité c’est l’attitude des supporters qui ont passé le temps à dire « Ebola » lorsqu’un joueur Sierra-Leonais touchait le ballon ou tombait. Certains ont parlé de « blague » ou encore « d’inconscience ». Même si c’était le cas, doit-on ainsi blaguer avec ce genre de maladies au point d’identifier une équipe à elle? Si c’était dans un stade européen, on aurait crié au racisme sur tous les médias? En tout cas, cette vidéo sera plus expressive que les mots. Chacun peut se faire sa propre idée.

Allant dans le même sens, voici ce qu’un utilisateur camerounais du réseau social facebook a écrit sur son mur:

Ebola

C’est peut-être une blague mais comme on dit souvent, c’est une blague de mauvaise odeur.


Nous sommes tous inégaux!

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Aujourd’hui, c’est le Blog Action Day. Le thème de cette année c’est l’inégalité. A ce propos  la société camerounaise est une société inégalitaire. Je ne sais pas pourquoi. Mais des indices le confirment. Je suis  allé à une conférence récemment quelque part dans la ville de Yaoundé.

Lorsqu’un individu entrait, on lui demandait   » qui êtes-vous monsieur ?  » Ou alors « vous êtes là en tant que qui ?  » Si vous faites partie de la haute société, si vous êtes une autorité connue ou si vous venez en tant que le frère, le cousin, l’ami de tel ou tel autre, on vous souhaite la bienvenue en vous accordant une place d’honneur. Cette attitude collective normalisée et acceptée par tous m’a permis de me poser la question : sommes-nous égaux ?  Les institutions sociales n’inscrivent-elles pas l’inégalité dans notre esprit au point que nous les légitimions et acceptions cela comme norme?

 Dans tous les milieux sociaux (stades, écoles, bars, salles de conférence…) et de plus en plus dans les églises, il y a la place, l’espace des riches et celui des pauvres. Dans les écoles, il y a l’école des riches et celle des pauvres. Même si riches et pauvres dans des cas exceptionnels peuvent se rencontrer aux répétitions. En général, le fils du riche a son répétiteur à domicile. Il y a certes des spécificités, mais ce sont des exceptions qui confirment la règle. Dans les stades, c’est la même chose. Il y a les places des hautes autorités, celles des basses autorités et enfin celles de ceux qui ne sont rien puisqu’ils ne sont ni issus du sang royal ni proches de celui-là. C’est la même réalité dans les salles de soutenance, dans les salles de conférences. A ce niveau, le décor est toujours hiérarchisé. Ceux qui sont des personnes ou parlent en tant que représentants de personnes ont les premières places. Les autres n’étant ni issus, ni proches de la royauté restent derrière. Au bar, c’est un peu différent. En fait, chacun s’assoit là où ses moyens le conduisent. Mais comme d’habitude, les poissons s’asseyent entre eux, les éléphants entre eux. Dans les rues, les riches roulent dans leur propre voiture, les pauvres vont dans les transports en commun. Les uns ont leurs quartiers, les autres ont également les leurs. En fait, d’une inégalité plus hard comme on a connu par le passé, on est passé à une inégalité  soft. Celle-ci est admise par tous comme étant la norme.

Toutes les luttes sociales sont issues du fait que certains (les pauvres) veulent renverser l’ordre établi et d’autres (riches) veulent maintenir cet ordre en le reproduisant sur leurs descendants. La conséquence est que les riches et les pauvres n’échangent jamais ensemble. Et donc, chacun a son cadre de vie, il peut difficilement se lier d’amitié avec quelqu’un d’un rang social différent puisque tout les différencie et les éloigne. C’est la triste réalité. Je ne m’attends pas à ce que ça change vu que le corps social se retrouve dans ce cadre-à. Je constate juste que malgré les discours et autres vœux pieux, nous sommes condamnés à être inégaux.


Sur les traces de Ruben Um Nyobè

La tombe de Ruben Um Nyobe. Image: Ulrich Tadajeu
La tombe de Ruben Um Nyobe. Image: Ulrich Tadajeu

Une semaine après l’excursion à Akometan, je suis allé sur les traces de Ruben Um Nyobe, pionnier de l’indépendance et de la Réunification du Cameroun. C’était hier, le 12 Octobre 2014. Avec les blogueurs camerounais et autres web activists dans le cadre d’une excursion organisée par Florian Ngimbis, nous avons visité le cimétière où se trouve la tombe du « Mpodol » comme on l’appelait. C’est-à-dire celui qui parle pour les autres. Car, le 17 décembre 1952, Um Nyobe est allé à la tribune des nations unies pour parler pour les autres, pour parler des souffrances des Camerounais. Je suis donc allé sur ce lieu rempli d’émotions et de souvenir. Souvenir d’une souffrance, souvenir des souffrances de Camerounais qui ont eu une vision pour ce pays, ces Camerounais qui étaient prêts à tout donner pour la libération des autres.

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Nous y sommes allés pour retourner aux sources non pas lointaines mais récentes de ce que nous sommes. Parce que, quoiqu’en disent les dirigeants postcoloniaux, ce sont eux qui ont posé les fondations de la nation camerounaise. Partir sur les traces de Ruben était un acte de reconnaissance personnelle mais aussi d’engagement personnel pour ne pas éteindre la flamme qu’il a allumée. Peut-être que les moyens ne seront pas les mêmes parce que les contextes ont changé. Mais la liberté pour laquelle il se battait n’est pas toujours une réalité. Lorsque je parle de liberté, certains verront directement les relations France-Afrique. Non, même le frère restreint désormais la liberté pour son frère. C’est de ça qu’il s’agit. Des jeunes de l’Association pour la Défense des Droits des Etudiants (ADDEC) sont actuellement brutalisés dans leurs universités et dans une commissariat du Cameroun parce qu’ils ont défendu leurs droits ainsi que ceux des autres étudiants. Ils ont parlé pour les autres dans un état où l’auto-censure empêche les gens de s’exprimer librement. Est-ce pour cette liberté à géométrie variable que s’est battue Um Nyobe? Non, ça ne l’est pas. En refusant de parler de lui, en restreignant les libertés, le régime camerounais continue d’assassiner ce parent mort pour la liberté du Cameroun.

La brousse dans laquelle se trouve la tombe de Um Nyobe. Image: Ulrich Tadajeu.
La brousse dans laquelle se trouve la tombe de Um Nyobe. Image: Ulrich Tadajeu.

A Eseka, nous avons vu où est enterré Ruben Um Nyobe. Nous avons vu la brousse dans laquelle se trouve sa tombe qui, ailleurs, serait un monument ou un musée. Mais non, c’est une brousse, une tombe qui passe inaperçue. Mais, l’action des blogueurs et web activistes camerounais est pleine d’espoir . Elle montre que les jeunes sont prêts à connaitre leurs sources, leurs origines sans l’autorisation de qui que soit. Elle montre qu’on peut utiliser les réseaux sociaux pour poser des actions de changement. Elle montre que Ruben Um Nyobe est là. Il est présent. Il n’a pas besoin que naissent d’autres Um Nyobe mais plutôt d’autres Camerounais animés par un désir: contribuer au progrès de la communauté chacun à partir de son domaine de spécialisation. Que ce soit l’étudiant, l’ouvrier, le balayeur de rue, l’ingénieur, l’enseignant…, ton action doit avoir cette finalité. Je dois tout de même reconnaître que les jeunes de notre temps ont une chance: les réseaux sociaux. Faisons bon usage et profitons-en!

NB: #RememberUmNyobe sur twitter pour toutes les infos et images à propos de cette excursion.

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Avec maman Marthe, la femme de Um Nyobe.
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Derrière la tombe de Um Nyobe.


Cameroun: Où est la liberté d’expression?

Crédit photo: https://ideesliquidesetsolides.blogspot.com/
Crédit photo: https://ideesliquidesetsolides.blogspot.com/

La différence entre le régime Biya et le régime Ahidjo (l’ancien président camerounais) est que sous le régime Ahidjo, il était officiellement connu qu’il n’y a pas d’idées différentes. Il y’a « un seul parti, un seul chef, une seule nation », il n’y a pas de multipartisme. Lorsque tu penses différemment, soit tu te tais, soit tu vas dans une de ces prisons de répressions (Tcholirré, Yoko…) C’était une censure hard et officielle. Depuis le retour au « multipartisme » avec Paul Biya, on assiste à une existence officielle de l’expression de la différence. Mais dans les faits, c’est tout autre chose. La pensée unique est restée dans les mémoires, dans les esprits et dans les actions.

Au début des années 1990, Paul Biya en personne dans un de ses discours appelait déjà les Camerounais à choisir entre le « Renouveau et le chaos. » Récemment, lors des échéances électorales ou des événements importants, on a observé un régime qui peine à admettre les idées différentes. Pour eux, l’opposant est un « ennemi », un « marchand d’illusions » ou un « apprenti sorcier ». Bref, celui qui exprime son idée, parce qu’elle est différente, est marginalisée et parfois brutalisée. Et du coup, lorsque quelqu’un veut émettre des idées différentes, soit il s’auto-censure lui-même, soit c’est son entourage qui lui fait toute sorte de sermon. Mais où est donc la liberté d’expression tant chantée? On peut s’exprimer de diverses manières. Ce peut être en parlant, en manifestant…

Au sujet des manifestations par exemple, au Cameroun il y’a des manifestations qu’on autorise et celles qu’on n’autorise pas. Si vous voulez mobiliser des jeunes élèves et étudiants pour faire des louanges au président de la République toute la journée nonobstant le fait qu’ils soient en train de faire cours, vous êtes très vite encouragés. Une autorisation est délivrée. Si vous voulez marcher sur un campus universitaire (qu’on dit apolitique) avec des vêtements du parti au pouvoir sur vous et des banderoles de louange à Paul Biya, on ne dit pas que l’Université est apolitique. Sur le champ, on vous encourage parfois. Si vous voulez faire une marche de remerciement, rédiger une motion de soutien au président de la république, sur le champ, vous avez l’autorisation. Mais lorsque vous voulez exprimer votre mécontentement face à un problème crucial dans le respect strict des lois républicaines, l’autorisation vous est refusé. Lorsque vous voulez revendiquer vos droits comme c’est le cas avec les étudiants de l’Association pour la Défense des Droits des Etudiants Camerounais (ADDEC), vous êtes tout de suite réduits au silence par tous les moyens. Ce sont vos proches qui vous demandent de vous méfier ou alors de faire attention. Et quand il s’agit par exemple de s’exprimer sur des questions relatives au manque d’eau, d’électricité, la qualité des soins dans les hôpitaux, certains se taisent au lieu d’exprimer ce qu’ils pensent de peur d’être brutalisés par le régime au pouvoir au Cameroun.

Les étudiants de l’ADDEC qui ont fait de la défense des droits des étudiants leur cheval de bataille depuis 10 ans maintenant font régulièrement face à cette situation. Récemment, deux d’entre eux Thierry Batoum (Ecole Normale Supérieure de Yaoundé) et Barthélemy Tchaleu (Ecole Nationale Supérieure Polytechnique) ont été exclus pour deux ans de leurs écoles respectives. Officiellement, il est reproché à Thierry Batoum d’avoir « [fraudé] à l’examen de fin de premier semestre de l’année académique 2013/2014, [incité] à la désobéissance, actes contraires à l’éthique universitaire. » Comment un étudiant peut-il avoir fraudé à un examen quelques temps après qu’il ait été déclaré admis au niveau supérieur? Thierry Batoum a présenté lors d’une conférence à la Librairie des Peuples Noirs à Yaoundé tous les documents qui montrent qu’il est admis au niveau supérieur. Il s’agit, selon lui, d’un assourdissement du mouvement estudiantin qui a manifesté sa désapprobation après l’augmentation de la pension à l’Université de Yaoundé 1 pour l’obtention de la carte d’étudiant et pour l’assurance. Le 10 Octobre dernier, après la publication de la déclaration de l’ADDEC face à cette situation, Barthélemy Tchaleu et Nana Clovis ont été arrêtés par la police et conduits au commissariat du 5ème arrondissement à Ngoa-Ekelle où ils ont passé la nuit. Selon certaines sources, on leur reproche de « distribuer des tracts et de s’entretenir avec les étudiants au sujet de l’exclusion des leaders de l’ADDEC. »

Il s’agit là des jeunes qui ont décidé de dire ce qu’ils pensent sans complaisance ni haine, sans brutalité, sans que ce ne soit de la manipulation. Mais juste parce que c’est injuste que dans un pays où les étudiants n’ont pas de bourses, on continue d’augmenter la pension sous prétexte qu’il faut la carte d’étudiant, la carte de restaurant. Lorsqu’ils le font, ils sont toute suite réduits au silence. Quelqu’un demandait lors d’une conférence récemment: « Et si Njoya revenait? » Je réponds: il ne serait pas fier de cette société dans laquelle la liberté d’expression a foutu le camp, une société dans laquelle on n’envisage pas le différent comme un alter ego mais plus comme un ennemi. Et vous parlez de liberté d’expression. Un autre mensonge!

NB: ce billet est dédié aux étudiants de l’ADDEC (Thierry, Barthélémy et Clovis) qui passent de très mauvais moments en ce début d’année pour s’être exprimés en faveur des droits des étudiants.


Ces choses que paul Biya ne fait plus

 

Avril 1984, Paul Biya décore les soldats à titre posthume. Crédit image: Ulrich Tadajeu prise dans Cameroon Tribune.
Avril 1984, Paul Biya décore les soldats à titre posthume. Crédit image: Ulrich Tadajeu prise dans Cameroon Tribune.

Académiquement, je suis étudiant en Histoire. Ma formation m’amène à visiter les archives. Vous savez ces lieux où est conservée la mémoire écrite d’un peuple. Alors, de ce côté, j’ai trouvé pas mal de choses intéressantes  sur l’histoire récente du Cameroun. Pas qu’il n’y a rien sur l’histoire ancienne. Sauf que je n’en avais pas besoin. En consultant ces archives, j’ai constaté qu’il y’a beaucoup de choses que Paul Biya faisait et qu’il ne fait plus. Je ne sais pas pourquoi.

Tenez par exemple,  les hommages aux soldats tombés sur le champ de guerre. Au lendemain du coup d’état manqué du 06 Avril 1984, le chef de l’Etat Paul Biya s’est rendu à la cérémonie d’hommages à ces soldats. Pendant ce temps, son épouse de l’époque, Jeanne Irène Biya se rendait à l’hôpital pour réconforter les camerounais qui se sont blessés lors de cette épreuve. Aujourd’hui, chose impossible. L’actualité récente nous le prouve. Le 27 Août, le chef de l’Etat n’a pas assisté à la cérémonie d’hommages rendus aux militaires morts au front dans les combats contre Boko Haram à l’extrême-Nord du Cameroun. Il s’agissait de 26 soldats tombés alors qu’ils défendaient le territoire Camerounais. Mais, à la différence du passé, Popaul comme je l’appelle souvent n’est pas parti.

Avant Paul Biya accordait des entretiens aux journalistes camerounais de la presse camerounaise. Même s’il s’agissait des journalistes de la télévision publique nationale (CRTV), il s’agit d’un entretien. Ce que le président camerounais n’a plus fait depuis bien longtemps. Il s’agit désormais de brèves interviews soit à l’aéroport lorsqu’il va en Europe ou alors à la sortie du bureau de vote. Le reste, ce sont des monologues. Il parle à lui même. Le jeudi, 11 Avril 1991, Paul Biya a accordé un entretien à Eric Chinje alors journaliste à la Cameroon Radio Television (CRTV) . Paul Biya s’est entretenu avec le journaliste pendant plus d’une heure selon le Cameroon tribune du 12 Avril 1991. Au cours de ces plus d’une heure, le journaliste et le chef de l’Etat ont abordé toutes les questions chaudes de l’heure. Il faut rappeler que le contexte était marqué par les manifestations à l’Université, la crise économique. Quelques mois plus tard, c’est un autre journaliste de la CRTV télé qui aura un entretien avec Paul Biya. Il s’agit de Charles Ndongo. En effet, le vendredi 07 Février 1992, le chef de l’Etat a accordé un entretien à Charles Ndongo dans le cadre des préparatifs des élections législatives de Mars 1992. Avec Charles Ndongo également, la discussion était longue. Depuis plus de 10, Paul Biya ne l’a plus jamais fait.

Paul Biya et Eric Chinje, le 11 Avril 1991. Crédit image: capture faite sur le Cameroon tribune n°4866 du 12 Avril 1991, P 11.
Paul Biya et Eric Chinje, le 11 Avril 1991. Crédit image: capture faite sur le Cameroon tribune n°4866 du 12 Avril 1991, P 11.

Toutes ces choses, notre papi national bien aimé le faisait. Il le faisait en 1984, en 1991. Ceci concerne ce que nous connaissons. C’est sûr qu’il y’a eu davantage. il ne le fait plus. Ne peut-il plus ? Ne veut-il pas (plus) ? La vie des Camerounais n’a-t-elle pas (plus) de signification pour lui et son régime ? Pourquoi ses habitudes ont-ils tant changé ?  Je n’en sais rien.


Remember Mongo Beti: la liberté d’expression au coeur du débat.

Crédit photo: https://ideesliquidesetsolides.blogspot.com/
Crédit photo: https://ideesliquidesetsolides.blogspot.com/

Les journées RememberMongoBeti se sont achevées le 07 Octobre dernier par une conférence sur la liberté d’expression à la Librairie des peuples noirs créée par Mongo Beti. Organisée par la Société des Amis de Mongo Beti (SAMBE), cette conférence posait sur la table un problème très cher à Mongo Beti qui en a été victime à savoir la liberté d’expression. Qu’est-ce que c’est ? Quel est son état au Cameroun ? Peut-elle perdurer avec l’émergence des nouveaux médias ?

Le panel diversifié composé de journalistes, d’hommes politiques et d’enseignants d’université a eu la tâche de donner son avis sur cette question. Ce débat est certes en relation avec la mort de Mongo Beti mais il faut rappeller qu’il se tient dans un contexte marqué dans notre pays par des atteintes à des libertés publiques. C’est le cas des étudiants de l’ADDEC (Association pour la Défense des Droits des Etudiants Camerounais) qui viennent d’être exclus des universités d’Etat du Cameroun pour avoir exprimé leur liberté. Mongo Beti qui a été censuré dans les ouvrages, les conférences, les articles de presse savait que la liberté d’expression est la matière première de l’intellectuel. Car, selon le Dr Adama Samaké (auteur d’un ouvrage sur Mongo Beti, l’intellectuel est producteur de sens et c’est par cette production de sens qu’il arrive à distinguer le bien du mal. Par son franc parler, l’auteur du « pauvre christ de Bomba » a appris aux jeunes de l’époque à parler et à s’exprimer. La liberté est ainsi une quête intérieure, c’est une quête personnelle d’un homme. Jean François Chanon a partagé avec nous cette interpellation du Réverend père Engelbert Mveng envers les jeunes de l’époque : « Soyez des hommes libres et ne vous laissez jamais attacher par un lien. » Mais cette liberté est réduite par les conditions qui sont créees et qui favorisent l’auto-censure. C’est chaque individu qui se censure et estime qu’il n’a pas le droit de parler de tel ou tel autre sujet. Cette auto-censure est complétée par une politique du ventre sévère qui veut que chacun se concentre sur ce qu’il mange et se tait lorsqu’il est rassasié. Personne ne s’occupe des problèmes des autres.  Ainsi, lorsqu’il y’a une dérive aux libertés publiques, ce n’est le problème de personne. Or pour faire cesser cet état des choses, il faut qu’une mobilisation sociale de réaction constitue un front pour s’opposer à ces dérives.

Les panélistes pendant la conférence. Crédit photo: ulrich Tadajeu
Les panélistes pendant la conférence. Crédit photo: ulrich Tadajeu

Les libertés d’expression sont la condition sine qua non pour que règne la démocratie et l’état de droit. Or jusqu’ici, ces termes sont des concepts sans consistance pratique. La démocratie est tout le temps biaisée et l’état de droit violée. Mais, selon les participants, internet est en train de changer la donne. La portée, l’étendue et la dématérialisation du web font qu’il soit insoluble et incontrôlable. Ainsi, on ne pourra plus arrêter la liberté d’expression dans notre pays parce qu’au-delà des médias traditionnels, il y’a internet qu’on  ne peut plus arrêter.

Thierry Batoum, président de l'ADDEC, s'est aussi exprimé sur sa situation ainsi que celle de son camarade avec qui ils ont été exclus des Universités camerounaises.
Thierry Batoum, président de l’ADDEC, s’est aussi exprimé sur sa situation ainsi que celle de son camarade avec qui ils ont été exclus des Universités camerounaises.

Internet peut-il être une panacée à la liberté d’expression dans la mesure où de plus en plus, en convoquant la théorie de la spirale du silence, des rapports estiment que les réseaux sociaux ne favorisent pas la liberté d’expression comme on le pense ? Internet peut-il favoriser la liberté d’expression alors que le niveau d’accès n’est pas le même partout?


A Akometam, nous avons rendu hommage à Mongo Beti et Abel Eyinga

Photo de famille à Akometam. Crédit image: Ulrich Tadajeu.
Photo de famille à Akometam. Crédit image: Ulrich Tadajeu.

Après une longue et riche carrière d’enseignant et d’écrivain en France, Mongo Beti de son vrai nom Alexandre Biyidi Awala retourne au Cameroun en 1991. 10 ans après son retour au bercail, il décède à l’hôpital général de Douala. C’était le 07 Octobre 2001. La Société des Amis de Mongo Beti (SAMBE) créée dans la foulée par sa femme Odile Tobner met sur pieds des commémorations annuelles à la période de sa mort au cours desquelles des amis, connaissances et simples héritiers scientifiques ou intellectuels de Mongo Beti se rendent à Akometam, son village, située à quelques kilomètres de Mbalmayo (Département du Nyong et So’o, région du Centre Cameroun) pour célébrer l’homme en lui rendant un vibrant hommage. Depuis 12 ans que cette commémoration existe, Abel Eyinga (ami et compagnon de Mongo Beti depuis la France) n’a manqué le déplacement qu’une fois à cause de la maladie qui le rongeait et une seconde fois (celle-ci) parce qu’il est décédé le 16 Janvier 2014. C’était donc une co-commémoration à laquelle j’ai assisté ce dimanche 05 Octobre à Akometam. La mort de Mongo Beti d’un côté et celle de Abel Eyinga de l’autre.

A ce sujet, des discours ont été prononcés pour rendre hommage à Mongo Beti dans un  premier temps et à Abel Eyinga par la suite. On retiendra que Mongo Beti était d’une vivacité intellectuelle et énergique à nul autre pareil. Ce qui lui vaut un immense respecte de la part de ses amis et fait de lui un homme immortel. C’est la raison pour laquelle  il faut que « les livres de Mongo Beti soient disponibles sinon sa deuxième mort pourrait venir de là».

En ce qui concerne Abel Eyinga, plusieurs personnes ont témoigné en essayant assez souvent de faire un parallèle entre les deux hommes. Parmi les illustres témoins, il y’a les professeurs Eboussi Boulaga et Ambroise Nkom qui ont cotoyé Abel Eyinga. Pour Eboussi Boulaga, Abel Eyinga était un homme constant et cohérent dans son discours. Il avait une grande maitrise de soi. Ce qui a permis qu’il évite de « faire des autres les responsables de son malheur. » Une attitude qu’a salué l’éminent philosophe africain dans la mesure où cela permettait à Abel Eyinga de ne pas vivre avec l’aigreur et la haine des autres. Pour le professeur Ambroise Kom, Abel Eyinga et Mongo Beti inspirent des questionnements dont le plus important est de savoir : « Quel est le rôle de l’individu instruit dans une société postcoloniale ? » En réinterrogeant l’héritage que ces maitres nous ont laissé, en nous demandant comment faire pour transformer notre milieu, notre pays en gardant nos principes, nous aurons de l’avis de Ambroise Kom, une réponse à cette question. Quoiqu’il en soit, les vies de Mongo Beti et Abel Eyinga nous apprennent que la résistance a un prix qu’il faut être prêt à payer. Pour le faire, il faut batailler pour les idées qu’on a et être fidèles à celles-ci. D’autres intervenants ont pris la parole pour saluer le courage de Abel Eyinga qui, il faut le rappeler, a été l’unique individu qui a présenté sa candidature à la présidence de la République sous le régime dictatorial de parti unique de Ahmadou Ahidjo.  C’était en 1970. Ce qui lui a valu une condamnation par contumace étant donné qu’il vivait à Paris. C’est cet épisode qui a inspiré la rédaction de son livre « Mandat d’Arrêt pour cause d’élection… ».

Au cours de cette visite, nous avons également découvert Mongo Beti l’agriculteur. En effet, l’écrivain avait un vaste champ où il cultivait énormément. A côté de sa plantation, il avait une porcherie dans laquelle il élevait les porcs. Au moment de sa mort, nous a confié son neveu, il avait 226 têtes de porcs.

La SAMBE a tout de même déploré le fait que la seconde mort d’Abel Eyinga soit proche dans la mesure où depuis qu’il a rendu l’âme, rien n’est fait pour le célébrer. Pire, les documents d’archives qu’il a laissés avant son décès sont inaccessibles.  Toute chose qui contribuerait à effacer complètement l’intellectuel et homme politique de la scène publique.

La commémoration se poursuit Lundi 06 Octobre et Mardi 07 octobre. Demain Lundi, se tiendra la projection cinématographique d’un documentaire « Contre-censure » sur l’interdiction de « Main basse sur le Cameroun » à partir de 15h30 minutes. Mardi, 07 octobre 2014, une conférence publique se tiendra à la Librairie des peuples noirs à Tsinga à partir de 15h sur le thème « la liberté d’expression ». Elle sera animée en présentiel par Haman Mana, Jean François Chanon, Florian Ngimbis et Hilaire Kamga. Odile Tobner (France), Edith Kah Walla (Zimbabwe) et Samake (Abidjan) interviendront également en visio-conférence.


L’enfer vient toujours de l’autre (1): le cas de l’étudiant

Des étudiants devant le barbillard à l'Université de Dschang (Cameroun). Crédit image: Ulrich Tadajeu.
Des étudiants devant le barbillard à l’Université de Dschang (Cameroun). Crédit image: Ulrich Tadajeu.

Ce billet est le début d’une série sur le rapport que l’individu dans nos sociétés avec l’autre dans  l’interprétation et la gestion de ses problèmes. Je veux par-là démontrer que l’une des raisons qui pourraient expliquer le retard d’un pays comme le Cameroun se trouve au niveau de cette relation très mal interprétée et gérée jusqu’ici. Qui est l’autre ? Est-il responsable de nos problèmes ? Quelle importance lui accorde-t-on dans l’explication des raisons de ces problèmes-là ? Je partirai d’un cas plus proche, l’explication que les étudiants donnent à leurs notes (bonnes ou mauvaises) pour aboutir à la société globale.

20 Aout 2013, je suis sur le campus principal de l’Université de Dschang. Un enseignant vient afficher les résultats des examens académiques de fin de second semestre. Les étudiants y sont présents. Certains jubilent après avoir pris connaissance de leurs résultats. Dans leur joie, ils lâchent des mots « j’ai eu 14, J’ai eu 16 », d’autres par contre pleurent, car ils n’ont pas « validé » les matières comme on dit dans le jargon. Dans leur tristesse, ils disent « l’enseignant là m’a donné 07… Piffffff !!! Il m’a encore donné 05. »

Quelques mois plus tard, je vais en court séjour privé dans une autre ville universitaire du Cameroun. Comme d’habitude, je vais à la rencontre de mes amis sur le campus. Une discussion est engagée par le camarade de mon pote. Je constate qu’un autre avec qui nous sommes, puisqu’en plus de moi et mon ami, il y’a deux autres étudiants, demande aux uns et aux autres « comment étaient les examens ? » Un dit : « j’ai eu 13,5 ». Mon ami, tout triste avec un ton calme, lâche «shiiittt !!! L’enseignant m’a donné 08. » Quand le barbillard affiche un bon résultat devant le nom, c’est « j’ai eu ». Par contre, lorsque c’est une mauvaise moyenne, c’est « l’enseignant m’a donné ». L’étudiant décline ainsi sa responsabilité dans ce « malheur » qui lui arrive pour l’attribuer à l’enseignant qui a corrigé sa copie. Parfois, il accompagne ces propos de paroles diffamatoires à l’égard de l’enseignant pour justifier « l’attribution de cette mauvaise moyenne ».

Triste réalité cette situation. Elle traduit bien un état des choses. Tout ce qui est mauvais vient de l’autre, de l’ennemi extérieur qui, ici, est l’enseignant. Autrui n’est qu’un enfer. Cette situation est plus que récurrente. Voir l’origine du mal chez l’autre sans question sa responsabilité propre en tant que déclencheur d’une action. Cette situation procède du fait que les autres composantes de la société sont embarquées dans une logique de deresponsabilisation générale. Chacun décline sa responsabilité lorsqu’il s’agit d’un échec et assume lorsque c’est une réussite. Lorsqu’il s’agit de l’échec, il l’explique toujours par un facteur exogène.

Elle a au moins une conséquence : empêcher à l’étudiant de faire une auto critique sur lui pour avancer. Généralement, au lieu de se poser la question de savoir : qu’est-ce que j’ai fait pour obtenir cette mauvaise note, ils sont nombreux qui se demandent : qu’est-ce que j’ai fait pour que l’enseignant me donne cette note ? Une question qui ne lui permet pas de revoir ses manières d’étudier ou sa posture par rapport à son école mais de jeter l’anathème de son échec sur l’autre.

 Le rapport à l’extérieur est  mal interprété et donc mal négocié. L’interprétation de  l’échec par l’individu  ne va pas de lui pour aboutir à l’extérieur mais va de l’extérieur pour aboutir à lui. Il cesse d’être son centre propre pour devenir la propriété décentrée d’une extériorité imaginée et potentiellement destructrice. Or, de notre posture sur cette question, dépend ce que nous pouvons faire. Il est presqu’évident que la répétition de certains échecs scolaires et académiques est due à cette conception biaisée du rapport à l’extérieur. En tant que capitaine du bateau, le sujet humain (ici c’est l’étudiant) doit assumer les responsabilités de son échec. Ensuite, il fera une critique personnelle pour expliquer ce qui lui est arrivé avant de prendre des résolutions pour ne plus répéter cela. Un travail noyé dans des questionnements sur l’ennemi extérieur qui, parfois, n’existent que dans les fantasmes du sujet en colère.

Tant que les étudiants expliqueront leurs échecs par des raisons externes, tant qu’ils verront dans l’autre la cause première et ultime de leur échec sans jamais se remettre en question eux-mêmes, sans chercher les facteurs endogènes, les lignes ne bougeront même pas d’un centime. Il est temps d’assumer nos échecs comme nous le faisons pour nos réussites.

 

 


Développer un rapport à l’humain pour s’imposer sur la blogosphère

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Ce billet est un souhait de bienvenue aux nouveaux mondoblogueurs et plus largement à ceux qui se lancent dans le blogging ou le web activisme. Je me sers d’une discussion que nous avons eue dans le cadre de la formation Social Media For Change Cameroon (sm4c) avec trois influenceurs Camerounais sur les réseaux sociaux pour passer le message.

J’ai assisté vendredi 19 Septembre à la journée de formation offerte par le Social Media 4 Change Cameroon (un concept qui se propose d’impulser le changement au Cameroun à travers les médias sociaux). C’était impressionnant. Avant que de parler de la formation en elle-même dans un  billet à venir, je reviens dans ce billet sur mes impressions. Bien que là encore, il s’agit non pas des impressions globales mais celles relatives au troisième axe de la formation intitulé : we share.

De gauche à droite: Murielle Wonja, Florian Ngimbis et Chouchou Mpacko. ¨Photo: Ulrich Tadajeu.
De gauche à droite: Murielle Wonja, Florian Ngimbis et Chouchou Mpacko. ¨Photo: Ulrich Tadajeu.

Au cours de cet axe, trois influenceurs Camerounais sur les réseaux sociaux ont partagé avec nous leurs expériences respectives. Florian Ngimbis, le kongosseur, Chouchou Mpacko, la reine de la #Team237 sur twitter et Murielle Wonja, la fille qui aime dire ce qu’elle pense. C’est vrai qu’eux-mêmes ont dit qu’ils ne sont pas des « messagers » ou des « modèles » si on le veut mais en posant les actions comme ils le font à travers le web, la société fait d’eux des leaders d’opinions. Trois choses m’ont impressionné dans ce qu’ils ont dit : premièrement, développer un rapport à l’humain. Il s’agit précisément de faire en sorte que tout le monde se reconnaisse dans ce que vous écrivez. Du côté de Chouchou Mpacko, ce rapport à l’humain s’exprime par la prise au sérieux de ce qu’elle fait ainsi que la vérification des informations qu’elle met en ligne. Ces tweets doivent refléter la réalité. Aussi répond-elle à toutes les mentions qui lui sont faites. Le blogueur, peu importe son style, sa qualité ou sa spécialité doit pouvoir de l’avis de ces influenceurs développer ce rapport à l’humain.

Deuxièmement, avoir une identité propre. Il s’agit pour le blogueur ou le tweeteur de pouvoir se trouver un style d’écriture, rechercher des arguments et des astuces pour améliorer ce style. Egalement, le blogueur doit pouvoir dire les choses telles qu’il les pense pourvu qu’il ait les arguments qui lui permettent de défendre ses idées. D’ailleurs, Murielle nous a fait savoir qu’elle « écrit comme elle pense car c’est ça qui intéresse les gens. »

Enfin, le rapport à l’argent. Nombreux sont ceux qui se lancent dans cette activité en attendant dans les deux mois qui suivent des retombées financières. Mais les échanges avec ces trois jeunes Camerounais nous ont permis de comprendre que ce n’est pas la priorité. Ils ne bloguent pas prioritairement pour l’argent ou de quelconques prébendes. Mais pour partager leur vision des choses en développant des arguments pertinents même si on peut ne pas les partager. Ils n’ont pas dit qu’on ne peut pas gagner de l’argent avec le blogging. Ils ont été clairs sur le fait qu’en ce qui les concerne, gagner l’argent n’est pas la priorité.

Il ne s’agit aucunement de formules toutes faites comme on le voit un peu partout à plaquer directement mais plutôt d’astuces acquises et développées au fils du temps. Elles sont, de l’avis de nos influenceurs, la fondation même de l’activité de blogueur ou de web activist. C’est vrai après il y’a le contenu, les techniques d’écriture, le référencement, la visibilité mais tout ceci ne servirait à rien si les valeurs présentées plus haut ne sont pas partagées et mises en pratique.

Alors, mes chers nouveaux mondoblogueurs, soyez les bienvenues! Développez un rapport à l’humain, ayez une identité et ne faites pas de l’argent votre priorité dans cette activité.

Pour avoir les différentes présentations faites lors de cet atelier, cliquez ici


Où est passé Um Nyobe ?

Ruben Um Nyobe. Crédit image: peuplesawa.com
Ruben Um Nyobe. Crédit image: peuplesawa.com

Ils sont assez nombreux à savoir que le réel père de la nation Camerounaise, Ruben Um Nyobe, a été assassiné le 13 Septembre 1958 dans la forêt en pays Bassa. En cette commémoration, je me demande dans ce billet: où est passé Um Nyobé, ce parent qui a combattu avec ses camarades pour que le Cameroun soit libre? Peut-être qu’il faut le ressusciter pour résoudre le problème du patriotismes?

Aujourd’hui, une importante littérature est présente au sujet de la vie de ce monsieur ainsi que sa pensée. Même lorsqu’il s’agit de parler de son effacement total par les forces postcoloniales, rien à ajouter sur le boulot extraordinaire de Achille Mbembe. Mais je dois rappeler que depuis le début de cette année, occasion a été donné une fois de plus à Paul Biya et ses créatures de célébrer merveilleusement nos nationalistes pour leurs actions et à une période où le Cameroun a énormément besoin de modèles républicains. Il est triste de constater qu’ils l’ont une fois de plus renvoyé aux oubliettes. Son nom n’est sorti de nulle part. Juste des évocations globales. Juste des « dignes fils » et «dignes filles» pour parler d’eux. . Le mérite-t-il après le sacrifice qu’il a consenti ? Après tous ces voyages aux tribunes des nations unies, ses travaux et écrits, son leadership pour conscientiser le peuple.

En 2014, on a continué d’oublier et d’effacer le « Mpodol» (celui qui porte la parole des siens). Lors de la célébration du cinquantenaire de la Réunification trois années après la date effective, on attendait de Paul Biya qu’enfin il prononce le nom de ces nationalistes pour faire savoir de façon officielle aux Camerounais qu’ils sont des modèles de patriotisme pour notre république. Rien ! Même pas un mot, encore moins une pensée venant de lui. N’en parlons pas d’un monument symbolique érigé en sa mémoire. Rien de tout ça. Au contraire, au début du mois d’Août dernier, le président de la République en route pour Washington a répondu aux questions d’un journaliste au sujet des attaques de Boko-Haram à l’Aéroport de Yaoundé-Nsimalen. Il y a assimilé Boko-Haram qui est un groupe terroriste au maquis. Allait-il dans la même lancée que son prédécesseur pour qui Um Nyobe était un terroriste? Sinon, pourquoi a-t-il fait un tel rapprochement? Au lieu de donner à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, le régime camerounais a inversé les rôles.

Comme dans le régime de son prédécesseur, Ahmadou Ahidjo, certains individus ont attribué à Paul Biya des résultats dans lesquels on ne le reconnait pas. « Paul Biya, père de la vraie réunification du Cameroun ». De quelle réunification parle-t-on? Qui a défendu cela dans les années 1950? Les tractations avec les leaders politiques du Cameroun occidental de l’époque, qui les a effectuées? N’est-ce pas Um Nyobe et son équipe? Mais, grande est notre surprise auaujourd’hui qu’on en parle jamais dans les discours et les actions publiques. Aucune rue, aucun amphi, aucun discours. Bref, il est inexistant. Ce sont les Camerounais qui posent des actions au quotidien pour célébrer ces héros. A l’effacement colonial, il y’a cet assassinat postcolonial.

Mais où est passé celui-là qui est mort pour nous ? Les difficultés qu’on à construire une nation, les mésententes entre différents groupes ethniques, les problèmes anglophone par ci, Bamiléké par là… ne sont-ils pas des preuves de ce que l’oubli de ce parent mort pour nous sauver a été une erreur fatale ? Pourquoi Paul Biya veut prendre une place qui ne lui revient pas ? Où est donc passé Um Nyobe dans un pays qui cherche loin des héros qui sont pourtant là ? Ce monsieur qui était non seulement un être de pensée mais aussi d’action ne peut-il pas inspirer plus d’un Camerounais?

Le patriotisme se construit sur des valeurs. Ses valeurs sont abstraites mais ont très souvent été mises en pratiques par des individus qui nous ont précédés, par des morts. Or comme le disait Achille Mbembe « un pays qui s’en fout de ses morts ne peut pas constituer une nation. » L’intérêt de ressusciter les images de ces morts réside dans le fait qu’à travers eux, il existera des modèles de bravoure, des modèles sur lesquels on peut s’appuyer pour parler du patriotisme. Il est donc important, si le Cameroun veut continuer à parler de patriotisme et de nation avec crédibilité, de ressusciter ces figures, de les prendre au sérieux dans la politique de nation tant proclamée. Il faudra répondre à la question de savoir : où est passé Um Nyobe ?

NB: je vous recommande en supplément cette interview d’Achille Mbembe ainsi que l’article « Pouvoir des morts et langage des vivants: les errances de la mémoire nationaliste au Cameroun. »


Au Cameroun, Paul Biya est Dieu

Une banderole de soutien à Paul Biya dans un stade de football. Crédit image: Ulrich Tadajeu
Une banderole de soutien à Paul Biya dans un stade de football. Crédit image: Ulrich Tadajeu

J’ai écouté récemment sur la  CRTV la lecture  d’une énième motion de soutien qualifiée de « serment d’engagement et de déférence » signée des élites du Sud et adressée au président Paul Biya. Ce journal a duré près de 40 minutes, la motion a été lue en près de 16 minutes. Une litanie de sanctifications, de glorifications à l’endroit du prince d’Etoudi qui, du haut de sa vieillesse, a été transformé en « Dieu ».

Je ne reviens pas sur les tonnes de motions qui sont signées et envoyées au chef de l’Etat au moindre acte, ni sur leur objet qui est connu. Il suffit que ce dernier tousse, qu’il prononce une phrase à l’aéroport, qu’il crée une commission d’enquête sur la situation calamiteuse du football camerounais, qu’il fasse le travail pour lequel il a été « élu » et déjà on signe un serment pour le soutenir. Lorsque quelqu’un est nommé, si le chef de l’Etat prononce un discours, s’il sort du pays, même quand il dort, ses « créatures » signent des motions de soutien à son endroit.

Image du président Paul Biya à l'amphi 700. Crédit image: Ulrich Tadajeu.
Image du président Paul Biya à l’amphi 700 de l’Université de Yaoundé 1. Crédit image: Ulrich Tadajeu.

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Le discours de ces motions n’est pas différent du discours qu’on écoute au sujet de Dieu. Il consiste à faire savoir aux Camerounais qu’ils sont des « nuls », des « pauvres pêcheurs » et que « Dieu Paul Biya » est le seul bon grain dans le sac, mais dans notre têtutesse, nous refusons de suivre ses pas. D’ailleurs lorsque quelque chose de bien se passe au Cameroun, c’est lui le premier responsable mais dès qu’il y a un problème, on crie au complot contre Paul Biya. On parle d’un président qui en situation de guerre dans son pays, va rester pendant deux semaines en Suisse. Il s’agit d’un chef de l’Etat qui, à 81 ans, continue de s’accrocher au pouvoir.  Dans les esprits des uns et des autres, dans les discours des motions de soutien et de déférence qu’il s’agisse de celles qui sont lues ou de celles qui sont affichées, Paul Biya est considéré comme « Dieu » pas comme un « dieu » parmi tant d’autres.

Pendant ce temps, les images de Paul Biya sont présentes partout. Dans les ministères, les bureaux, les routes, les salles de classe, les maisons, les chambres, les radios, les banques, sur les stades le chef est présent à travers ses effigies. Ces effigies sont accompagnées de banderoles ou de messages parfois insensés. Lors de la célébration des cinquantenaires, on a vu des banderoles qui remerciaient le « président Paul Biya, père de la vraie réunification du Cameroun« . On a même écouté des discours au cours desquels celui qui prononçait a remercié Paul Biya avant de le faire pour Dieu. Lorsqu’un individu est « élu par le peuple » il remercie d’abord Paul Biya, ce qui fait croire que son pouvoir ne vient pas du peuple, mais de Paul Biya. Lorsqu’un autre est nommé proviseur, ministre, recteur…une motion de soutien est signée sur le champ pour louer le maître. Un vrai culte!

Une grosse hypocrisie

Où est passé le mérite ? Doit-on autant louer un « vieillard » comme Popaul qui s’attache indéfiniment au pouvoir? Où sont passés le mérite et la liberté d’expression? Au lieu de faire cette litanie de sanctifications qui ne reflètent pas la vie du Camerounais lambda, l’entourage de Paul Biya devrait lui faire part des réalités du peuple et éviter de détourner les fonds publics. C’est ainsi qu’ils remercieront effectivement leur « créateur ». Paul Biya, lui-même, doit se rapprocher de son peuple et vérifier si ce « merci », ce « soutien » et cette « déférence » sont sincères. Car à la vérité, il s’agit d’une grosse hypocrisie qui pourrait avoir des conséquences inestimables.

Ce culte fait à Paul Biya qui est « Dieu » pour certains et donc leur créateur comme a affirmé un ministre caractérise la dictature dans laquelle nous vivons. Certains me diront, il y a les partis politiques, les élections. Je leur dirai que l’esprit du parti unique est encore présent. Ce culte de la personnalité a pour objectif d’hypnotiser des milliers de Camerounais pour leurs faire croire que le « seul » choix c’est Paul Biya, qu’après lui, c’est le chaos comme j’entends de plus en plus. Or Paul Biya est un homme. Même si pour eux, il est Dieu et qu’ils lui rendent un culte, pour moi #PaulBiyaNestPasDieu. Non #PaulBiyaIsNotGod


#BringBackOur50000: au sujet de la bourse des étudiants Camerounais

www.senecoplus.com
Des étudiants dans un amphithéâtre. Crédit photo: www.senecoplus.com

Au lendemain des émeutes dites de la fin en 2008 au Cameroun, le gouvernement camerounais a pris plusieurs décisions pour encadrer les jeunes et les empêcher par la suite de copier ce qu’ils ont appelé l’exemple des jeunes du Maghreb.

Parmi les mesures qui ont été prises, il y’a entre autres la bourse dite de l’excellence de 3 milliards de Fcfa octroyée aux étudiants les « plus méritants » des universités d’Etat. Chaque étudiant reçoit 50 000 fcfa. Faites la division pour savoir le nombre d’excellents dans ce pays. Je me demande : eh pourquoi on stagne toujours ? Depuis cette époque, les listes sont très attendues dès le début du mois d’Août car elles sont censées sortir au milieu dudit mois. Mais depuis le milieu du mois d’Août de cette année, les étudiants de mon université s’impatientent. Ils pensent arriver au campus et voir la fameuse liste. Pourtant rien ne sort. Face aux interrogations de ceux-ci qui se demandent où sont passés les 50000, aucune communication administrative. Bien au contraire, certains responsables que nous rencontrons disent ne rien connaitre, n’avoir aucune information à ce sujet.

Alors, seule la rumeur devient l’info. Et cette rumeur circule aussi bien au niveau des étudiants que dans d’autres milieux. Selon elle, à cause de la lutte contre Boko Haram dans laquelle l’Etat Camerounais aurait investi assez d’argent, elle n’aurait plus assez de moyens pour payer les 50 000 aux étudiants. La première fois qu’un étudiant nous en a fait part, nous avons minimisé. Mais au fur et à mesure que le temps passe, nous avons l’impression que cette rumeur finira par devenir vérité. Par ailleurs, au niveau de certaines autorités impliquées, elles disent que les listes sont en plein traitement et qu’il faille être patient. Pourtant les étudiants veulent savoir s’ils peuvent attendre cet argent ou pas. S’ils doivent attendre, c’est jusqu’à quand ? Sinon, pourquoi sacrifier ces jeunes alors qu’on sait que ceux qui nous gouvernent ont, à leur époque, reçu les bourses du gouvernement une fois qu’ils étaient à l’Université.

Pendant ce temps, les étudiants ont besoin de cet argent au moins pour préparer leur prochaine rentrée. D’autres en ont besoin pour progresser dans leurs recherches. Même s’il s’agit d’une somme réduite pour un chercheur junior qui a besoin au minimum d’un million de Francs Cfa pour mener à bien sa recherche, c’est mieux que rien.

Alors, chers dirigeants  #BringBackOur50000