Will Cleas

110 jours pour un accord qui peine à sauver le Congo


La population congolaise dans la rue pendant les manifestations contre l'adoption d'une loi visant à modifier la constitution en janvier 2015.
La population congolaise dans la rue pendant les manifestations contre l’adoption d’une loi visant à modifier la constitution en janvier 2015 Photo depuis congovox.blogspot.com

Conclu pour sortir la République démocratique du Congo de l’instabilité politique, l’accord issu du dialogue arbitré par l’église catholique semble se trouver dans une impasse. Plusieurs jours après sa signature, aucune avancée quant à la situation politique du pays. Chronique sur cet accord qui ne parvient pas à sauver le Congo.

Pour une grande partie de la société congolaise, la signature d’un nouvel accord était impérative afin d’épargner le pays du chaos. Le dialogue modéré par Edem Kodjo était mis en cause. Cette discussion avait été jugée non-inclusive. L’ancien Premier ministre togolais, dans son rôle d’arbitre lors du premier dialogue, avait engendré le premier compromis politique. A cette occasion, Edem Kodjo se serait montré très complaisant envers le pouvoir.

Ainsi, cinquante et un jours après la clôture du premier dialogue, les composantes politiques en dissension ont été contraintes et forcées de s’asseoir autour de la table pour de nouvelles négociations. Car la tension montait graduellement, au fur et à mesure que le pays s’approchait du 19 décembre 2016, date limite du dernier mandat constitutionnel du président Kabila.

Cette fois, pour s’assurer de la neutralité des discussions, la médiation a été confiée à l’église catholique. A travers un collectif d’évêques, l’église catholique devait réussir à harmoniser les points de vue des protagonistes du conflit. Naît alors le nouvel accord dénommé « accord de la Saint-Sylvestre ». Péniblement signé dans la nuit du 31 décembre dernier, et ce, après de fortes tensions qui ont jalonné la fin du mandat constitutionnel de Joseph Kabila.

Un Accord « palliatif »

Salué par la majorité des Congolais, mais aussi par la Communauté internationale, l’accord du 31 décembre serait vu par beaucoup comme une solution à l’horrible crise que traverse le plus grand pays de l’Afrique centrale. Mais voilà près de trois mois… oui, près de trois mois après sa signature, l’accord de la Saint-Sylvestre n’aura réussi qu’à atténuer la tension entre les forces de sécurité (machine à répression du régime en place) et les manifestants hostiles au maintien illégitime de Joseph Kabila à la tête du pays. Alors que le virus qui mine la stabilité de l’État est toujours actif, faisant ainsi de grand Congo une poudrière qui menace d’éclater à n’importe quel moment.

L’unique moyen donc de remédier à la gravité de cette situation est incontestablement la mise en œuvre rapide de cet accord. Ce dernier prévoit le partage du pouvoir entre le régime en place et son opposition pour une transition d’un an.

Ceci donc aurait permis la préparation de la ténue des élections à l’issue desquelles Joseph Kabila et ses « faucons » seront légalement délogés en vue de mettre en place de nouvelles institutions conformes aux règles constitutionnelles.

Les discussions entre acteurs politiques pour convenir en ce qui concerne le partage du pouvoir ont débouché sur un échec après avoir plané pendant plusieurs jours dans l’impasse totale. Sans oublier le décès d’Étienne Tshisekedi, figure emblématique de l’opposition et garant de cet accord, qui est intervenu à un moment crucial quant à ce processus de paix amorcé dans le pays.

De nouvelles émeutes en vue

Face à ce blocage, les deux camps se renvoient la balle. Et l’église catholique, lassée par la mésentente entre les politiques, a fini par jeter l’éponge. Alors que les jours avancent et la tenue des élections en décembre prochain devient hypothétique. Une situation susceptible d’engendrer de nouveaux troubles, de la même manière que la non-organisation des scrutins l’année dernière avait occasionné des soulèvements populaires violemment réprimés dans plusieurs villes du pays. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, dit-on.

L’opposition politique signataire de cet accord, quant à elle, menace déjà de remobiliser la rue afin de chasser Joseph Kabila par la force. Ce qui est sûr, c’est que le président congolais ne se laisse pas impressionner par cela. Il s’appuie sur ses hommes en arme qui ont réussi à étouffer la série des émeutes, les deux dernières années. Ces émeutes protestaient contre son maintient au pouvoir au-delà du délai constitutionnel.

Joseph Kabila pourrait être tenté de brouiller l’accord de la Saint-Sylvestre pour recourir une nouvelle fois à la force afin de rester au pouvoir aussi longtemps qu’il le pourra. D’autant qu’il n’a personnellement jamais signé ou approuvé publiquement cet accord.

A l’heure actuelle donc, cet accord politique signé le 31 décembre 2016 est resté au point mort. La tension refait progressivement surface dans la ville de Kinshasa. Le bras de fer entre les deux parties signataires, pour la mise en œuvre de ce compromis, continue. Et la République démocratique du Congo demeure un pays au bord de l’implosion.


Si Barack Obama était un président congolais

Après avoir passé huit ans dans la Maison-Blanche, Barack Obama a pacifiquement passé le bâton de commandement à son successeur Donald Trump. Une cérémonie qui s’est déroulée dans l’amour et respect de l’un envers l’autre, malgré leurs divergences d’opinion.

Pour un Américain, cela n’a sûrement rien de surprenant, car il s’agit d’une énième alternance pacifique pour son pays. Pour un Congolais qui n’a jamais vécu un tel événement à la tête de son pays, il y a bien de questions qui se posent à ce sujet. Car dans un pays comme la RDC, où l’entrée en fonction ou la sortie d’un chef d’État est tout le temps jalonnée de fortes turbulences, la fin d’un président sortant ne se passerait jamais dans la sérénité, comme cela a été le cas chez les Américains.

Donc, il serait aussi bien drôle et marquant d’imaginer ce qui pourrait se produire aux États-Unis si Barack Obama agissait comme un président congolais.

 

Si Barack Obama était un président congolais ?

Eh bien, tout commencerait un an avant la fin du second et dernier mandat, avec Barack Obama, en tant que président des États-Unis. Après huit ans à la tête de la Maison Blanche, le président américain se trouverait soudain froissé à l’idée de quitter le pouvoir au terme son dernier mandat.

Ce jour-là, Barack Obama, dressant le bilan politique lamentable de ses deux quinquennats aux commandes du pays, réunirait les deux chambres du Congrès américain. Il n’évoquerait pas les modalités pour organiser de futures élections, auxquelles il n’a, de toute façon, plus droit de se présenter. Non ! A l’inverse, il insisterait sur la convocation d’un dialogue politique (et inclusif !) entre toutes les forces politiques américaines.

Ce dialogue viserait à aplanir les tensions engendrées par son refus de se conformer aux règles constitutionnelles, qui le contraignent à céder le fauteuil présidentiel à un successeur, dans le cadre d’une alternance pacifique.

L’opposition entre en guerre ouverte avec le président en fonction

Entre temps Donald Trump, l’un des ténors de l’opposition hostile à Barack Obama entre en scène. Mais aussi Hillary Clinton qui monte au créneau en se désolidarisant de Barack obama pour déclarer sa candidature à la présidentielle américaine.

Tous les deux vont multiplier les actions, notamment de mobilisations dans différentes villes des États-Unis pour demander à Obama de quitter le pouvoir au terme de son dernier mandat, sous peine d’être renversé par la force.

Quatre mesures phares pour se maintenir au pouvoir

Pour parer toutes ces tentatives de soulèvement contre son régime afin de se maintenir au pouvoir au-delà du délai qui lui est accordé, Barack Obama de son côté aurait recours à quatre méthodes clés : la répression sanguinaire, l’arrestation arbitraire, les incarcérations forcées, ainsi que la censure des médias d’information.

Barack Obama aurait également un total contrôle sur les institutions de son pays. Il se servirait entre autres de la justice américaine pour monter de toutes pièces des charges contre son ancienne alliée Hillary Clinton afin de la contraindre à un exil politique forcé. Ces procès permettraient de la dissuader de son ambition, celle de se lancer dans la course pour la Maison-Blanche.

Couper l’herbe sous les pieds des opposants 

Barack Obama aurait une méthode subtile pour contrer les démarches des partis politiques qui vont militer pour son départ. Le président sortant américain mobiliserait des gangsters. Ces deniers auraient pour mission de perturber les rassemblements populaires de ses opposants. Ce qui permettrait donc à Obama de pouvoir incarcérer, dans des échauffourées provoquées par les gangsters qu’il aura lui-même embauchés, certaines figures de son opposition pour « troubles à l’ordre public ».

Les forces de l’ordre mobilisées autour de la Trump tower

Et pour fragiliser Donald Trump, Obama déployerait des forces de l’ordre autour de la Trump Tower, dans le but de contrôler les mouvements de son rival. Il infiltrerait les plateformes politiques de l’opposition pour en détourner certains piliers. Ceux-ci ensuite se rallieraient au camp Obama, espérant obtenir des postes ministériels qu’il leur offrirait.

Obama emploierait les services de renseignement fédéraux, le FBI, pour procéder à des enlèvements en série des opposants, un peu trop obstinés.

Il ordonnerait aussi des arrestations d’activistes pro-démocratie, afin d’intimider les mouvements citoyens américains qui oseraient mener des campagnes contre son maintien au pouvoir.

Une vaste campagne de désinformation pour brouiller les pistes

Barack Obama ne s’arrêterait pas là. Grâce à son porte-parole Josh Earnest, Obama bernerait l’opinion tant nationale, qu’internationale, à travers une vaste campagne de désinformation. Pour protéger le président, John Earnest muselerait quelques médias d’information, qui racontent pourtant véridiquement la situation politique américaine.

Il couperait régulièrement, et de manière unilatérale, l’accès des Américains à l’internet. Pendant ce temps, John Kerry s’occuperait de l’expulsion de certains diplomates qui soutiennent l’alternance politique, respectant tout de fois le délai constitutionnel aux États-Unis.

Une alternance, uniquement sur le papier

Face à de tels obstacles qui éloigneraient l’espoir de conduire les États-Unis vers une nouvelle administration issue d’élections crédibles organisées dans le délai constitutionnel, l’opposition politique américaine, très affaiblie, n’aurait pas d’autre choix que d’arracher l’alternance sur le papier.

C’est-à-dire : accepter de participer au dialogue convoqué par le président sortant pour trouver un accord qui repousserait la présidentielle américaine à une date ultérieure. Cette alternance de façade permettrait ainsi à Barack Obama de rester en fonction le plus longtemps possible.


19 décembre : les délires d’un gouvernement aux abois

La population congolaise dans la rue pendant les manifestations contre l’adoption d’une loi visant à modifier la constitution en janvier 2015
Photo depuis congovox.blogspot.com

Nous sommes à quelques heures du 19 décembre, la date fatidique pour la République démocratique du Congo. Marquant la fin constitutionnelle du règne du président Kabila, cette date fait froid dans le dos car le président sortant et son équipe se montrent visiblement prêts à affronter ceux qui se préparent à les chasser par la force au nom de l’article 64 de la loi fondamentale qui stipule :  «Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution »

Et tout comme un individu, en se noyant, peut s’accrocher même au serpent par instinct de survie, les gouvernants congolais également, n’étant pas prêts à céder le pouvoir  conformément aux règles établies par la Constitution, se livrent à divers moyens (voire les plus anormaux) pour survivre à cette date du 19 décembre qui s’annonce comme une tempête déterminée à l’emporter brutalement.

A lire aussi : Kinshasa et ses dates maudites du 19

Voici donc les mesures insolites prises par le gouvernement congolais pour contrer les manifestations prévues le lundi 19 décembre 2016 dans l’objectif de balayer le régime du président Joseph Kabila :

  • Coupure d’internet

Les fournisseurs de service d’accès à internet ont reçu l’ordre de la part des autorités congolaises de couper l’accès à internet à partir du dimanche 17 décembre 2016, moins de 48 heures avant la fin du mandat du président Joseph Kabila. Une mesure qui vise sûrement à empêcher la communication entre manifestants qui se mobilisent généralement à travers les réseaux sociaux tels que Twitter, Facebook, etc.

  • Coupure des médias étrangers

Bien que le signal FM de la Radio-Télévision belge de la communauté française (RTBF) ait été rétabli, celui de Radio France Internationale (RFI) demeure coupée sur toute l’étendue de la RDC depuis plus de trois semaines déjà. Etant l’une des stations de radio la plus suivie notamment à Kinshasa en raison de ses informations sur des sujets brulants de la situation politique du pays dont beaucoup des radios nationales évitent d’aborder par peur de censure, ce media français a été mis « hors d’état de nuire » 🙂 par les autorités congolaises qui l’accusent de vouloir interférer dans une violation de l’ordre public en RDC.

  • Interdiction de crier « Yebela !»

« Yebela » est un argot en lingala, la langue nationale la plus parlée en RDC. C’est l’équivalent de « beat it » en anglais (souvenez-vous de la célèbre chanson de Michael Jackson) qui peut se traduire en français par « casse-toi » ou « tire-toi ». « Yebela » sert en fait à inciter quelqu’un en situation de danger à s’éloigner, à s’en aller pour éviter le pire. Le mot est devenu le slogan de l’Opposition hostile au pouvoir en place qui s’en sert pour inviter le président Kabila à s’en aller, à quitter le pouvoir  au terme de son dernier mandat qui touche à sa fin ce 19 décembre 2016. Du coup tout individu qui fait usage de ce terme est systématiquement placé dans le rang des « anti-kabila » et peut en subir des répercussions néfastes. Notamment à la télévision nationale, plusieurs fois le signal avait été brouillé pendant d’importantes rencontres de football retransmises en direct juste parce que certains supporters criaient à l’unisson « Yebela !». Le régime actuel y est allergique, comprenez ! 🙂

  • Interdiction des émissions politiques

La décision a été prise par le gouverneur du Kasaï oriental, l’une des provinces de la République démocratique du Congo. Si l’autorité urbaine justifie cette mesure par le souci de prévenir des messages d’incitation à la violence et aux troubles à l’ordre public en rapport avec la journée du 19 décembre 2016, les journalistes dénoncent une atteinte à la liberté d’informer et appellent le gouverneur à revoir sa décision.

  • Des militaires déployés dans toute la ville

On se croirait dans une période post-attentat quand on se promène ces derniers temps dans la ville de Kinshasa. Dans chaque point chaud de la Capitale, des militaires lourdement armées y ont été déployés  pour disperser n’importe quel attroupement. Des camions anti-émeute circulent dans de grandes artères de la ville prêts à réprimer n’importe quelle tentative de soulèvement. Une situation qui provoque des agitations dans plusieurs quartiers de la ville de Kinshasa.


Les aventures d’un voisin d’à côté dans l’île de Madagascar (1)

La ville d'Antananarivo prise à partir de ma chambre d'hôtel
La ville d’Antananarivo prise à partir de ma chambre d’hôtel

Ça y est ! Le voisin d’à côté est arrivé à Madagascar. Sélectionné parmi les talentueux Mondoblogueurs de la saison 5, j’ai foulé pour la première fois le sol malgache le soir du 19 novembre 2016.

Il est encore 17 heures 30 quand le Boeing 737-800 de la compagnie aérienne Kenya Airways franchit le tarmac de l’Aéroport International d’Ivato. Sous un ciel sombrement nuageux  avec une pluie fine mais tenace, l’appareil, en provenance de Nairobi, atterrit avec  à son bord plusieurs passagers. Parmi ces derniers, les blogueurs de la saison 5 Mondoblog qui sont venus répondre à l’invitation de RFI et de l’OIF pour une intense formation sur place, mais aussi pour prendre part au XVIème sommet de la Francophonie.

Longtemps entendu parler de Madagascar, ce pays me fascinait déjà beaucoup, depuis mon enfance d’ailleurs. Non seulement de par sa situation géographique où on le voit détaché du continent africain auquel il appartient pourtant, mais aussi parce que c’est l’une des destinations touristiques qui attire pas mal de visiteurs étrangers. Tel que Wikipédia le souligne, le tourisme est l’une des activités économiques les plus importantes pour ce pays qui accueille au moins 500 000 touristes par année depuis 2012. Il était donc évident que moi, votre voisin d’à côté, puisse saisir cette occasion d’y aller pour essayer un peu de voir à quoi le ciel ressemble dans cette île à la fois mythique et attrayante.

Arrivé à Antananarivo entant que blogueur francophone invité par l’Atelier des Médias de RFI et l’OIF, une fois descendu de l’avion, je me suis directement dirigé vers les services de sécurité pour réclamer mon visa. Ah ouais, ne vous étonnez donc pas si je vous dis que je suis arrivé à Madagascar sans visa, simplement avec mon passeport, mes deux lettres d’invitation et mon billet d’avion. Attendez, ce n’est pas de la fraude, il y a une explication pour ça : pendant que je faisais des démarches pour préparer ce long voyage, je m’étais rendu compte que dans mon pays la RDC, il n’y avait pas d’ambassade malgache. Du coup, il était donc logique que je m’envole sans ce cachet précieux sur mon passeport, pour ensuite aller le récupérer sur place dans le territoire malgache. Et oui, ça existe ! C’est ce qu’on appelle « un visa de courtoisie ». Ouais, « voyager ouvre l’esprit », dit-on. Donc cette expérience m’a permis de vivre moins bête le reste de ma vie sur cette terre.

A la sortie de l’Aéroport International d’Ivato où j’étais descendu, j’ai vu des figures, des cultures et des couleurs différentes m’accueillir avec sourire et une bonne dose  d’affection. Nous sommes ensuite montés dans le bus ensemble avec les autres blogueurs pour aller à l’hôtel. En cours de route, j’ai profité du moment, en dépit de la fatigue, pour admirer les  banlieues qui ornent la ville de Tana et je me suis dit intérieurement «les aventures d’un voisin d’à côté dans l’île de Madagascar ont bel et bien commencé » !


Joseph Kabila, un président hors la loi ?

Kabilie

Dans son article 12, la Constitution de la République démocratique du Congo stipule que tous les Congolais sont égaux devant la loi et ont droit à une égale protection des lois. Mais le président Joseph Kabila, chargé du respect de cette loi fondamentale, semble s’en écarter.

Lors d’une interview qu’il avait accordée à Jeune Afrique en 2007, le président de la RDC avait donné sa « parole d’officier » de respecter la Constitution congolaise qu’il avait, lui-même, promulguée dix ans plutôt. Voilà après plusieurs jours de suspens depuis que ses intentions d’aller à l’encontre de ce texte sacré se profilaient, aujourd’hui plus rien ne sème le doute : le président congolais ne respectera donc pas l’article 73 et l’article 220 de la Constitution qui le contraignent à quitter le pouvoir ce 19 décembre 2016, date butoir de son dernier mandat. Car, après avoir obtenu l’approbation de la Cour constitutionnelle qui lui permet de rester à la tête du pays au-delà de la limite accordée par la Constitution, Joseph Kabila bénéficie également du feu-vert d’une frange de l’Opposition qui l’autorise à conduire la transition jusqu’à l’organisation de l’élection présidentielle repoussée au mois d’Avril 2018. Cette dernière résolution résulte de l’Accord signé par les parties prenantes lors d’un controversé Dialogue convoqué par le président de la République pour tenter de négocier avec les différents ténors de l’Opposition qui réclament son départ au terme de son dernier mandat et cela en conformité avec la Constitution de la République.

Mais contrairement à ce que beaucoup avaient espéré, ce Dialogue, censé réconcilier les acteurs politiques en dissension pour tenter de sortir le pays de la profonde crise qui l’engouffre, a plutôt été une nouvelle goutte d’huile dans le feu. A peine l’Accord, issu de ces assises, mis sur la table, son application pose problème. Exactement comme il l’a fait avec la Constitution, le président Kabila semble aussi fouler aux pieds certains points de cet Accord dont il avait, lui-même, promis de respecter.

Dans le point C de son article 17, l’Accord veut que le nouveau gouvernement, qui sera en fonction pendant la période transitoire jusqu’à l’organisation des scrutins, soit établi dans les 21 jours après sa signature. Une tâche confiée au président de la République qui doit nommer un nouveau premier ministre dans cette échéance afin d’amorcer l’application de cet Accord.

Pendant que les signataires de l’Accord ont les doigts croisés espérant voir ce nouveau gouvernement être établi dans le délai prévu, le président Kabila décide de nager à contre-courant. Pour ce dernier, les 21 jours sont à compter à partir du moment où les conclusions de ce Dialogue lui ont été présentées, soit une semaine après la signature de l’Accord. Cela viole indubitablement le fameux article 17 de cet Accord qui avait pourtant lancé le compte à rebours de l’échéance depuis le 18 octobre, date de sa signature. La faute à qui ? Aux signataires de l’Accord qui ont présenté l’Accord une semaine après sa signature? Ou au président de La République qui n’a pas l’air de se soumettre aux règles établies pour la bonne marche du pays? Telle est la question qui a lancé le débat.

 

 

 

 

 


Peine de mort : la RDC toujours dans l’impasse

Illustration d'une corde de pendaison barrée. Symbole de la lutte contre la peine de de mort. Image : Pixabay
Illustration d’une corde de pendaison barrée. Symbole de la lutte contre la peine de de mort.
Image : Pixabay

Aujourd’hui c’est le 10 octobre 2016, date à laquelle le monde célèbre la journée internationale contre la peine de mort. Nous en sommes à la quatorzième célébration déjà. Mais la bataille est loin d’être remportée. Jusque-là, plusieurs pays peinent encore à abroger la peine de mort. Tel est le cas, notamment, de la RDC qui semble se trouver dans un labyrinthe inextricable quant à l’abolition de la peine de mort sur son territoire. Plusieurs tentatives déjà amorcées, mais aucun résultat satisfaisant. Le grand Congo vacille toujours dans le tourbillon des condamnations à mort. Une situation préoccupante pour plusieurs organisations de Droits humains qui ne cessent de militer dans ce sens.

Il est 17 heures dans la ville de Mbandaka, chef-lieu de la province orientale en République démocratique du Congo. Ce soir-là, 22 février 2016, cinq prévenus se tiennent à la barre dans le tribunal de grande instance de Boende, une localité à l’Est de cette ville. Accusés du meurtre d’un journaliste, les prévenus attendent fermement que leur sort soit scellé alors que les juges s’apprêtent à se prononcer. Quelques minutes plus tard, le verdict tombe : quatre des prévenus sont acquittés mais un est reconnu coupable d’homicide volontaire et il est condamné à la peine de mort par le tribunal. La sentence sonne comme un coup de tonnerre dans les oreilles de différentes organisations de droits de l’homme. Ces dernières militent inlassablement depuis plusieurs années déjà pour l’abolition de la peine de mort en République démocratique du Congo sans y parvenir. Et cette énième condamnation à la peine capitale ne fait que remettre le débat sur la table.

Le sujet est à la fois sensible et marginalisé par la plupart des congolais. Même si on en parle dans plusieurs médias nationaux, la question sur l’abolition ou non de la peine de mort n’intrigue pas vraiment une grande partie de la population congolaise. « Ce serait peut-être à cause du moratoire, qui a suspendu l’exécution des condamnés à mort, que beaucoup ne s’y intéressent pas, estime un activiste de droit de l’homme. Car ils ne savent probablement pas qu’en dépit de ce moratoire, la peine de mort est toujours applicable », ajoute-t-il.

Un moratoire fragile

En effet, il y a plus de dix ans que la République démocratique du Congo n’exécute plus de condamnés à mort en raison d’un moratoire. Ce texte a été décrété en 2003 juste après la mise à mort de quinze personnes condamnées à la peine capitale pour haute trahison. Cela avait été un nouveau souffle pour de nombreuses organisations abolitionnistes qui avaient saisi la balle au bond pour intensifier leurs démarches visant à obtenir l’abolition pure et simple de la peine de mort sur toute l’étendue du territoire congolais. Un combat qu’elles mènent ardemment jusqu’à aujourd’hui car ce moratoire est fragile. Donc il ne met personne à l’abri. « Les autorités congolaises peuvent y mettre fin à tout moment pour reprendre l’exécution des condamnés à mort comme cela a déjà été le cas en 2003 pendant le procès relatif à l’assassinat du Président Laurent Désiré Kabila », s’alarment les membres de la Coalition d’Afrique contre la peine de mort. Cela, d’ailleurs, vient d’être évité encore en septembre dernier quand le gouverneur de la province du Nord-Kivu, Julien Paluku a proposé au parlement et au gouvernement congolais de suspendre ce moratoire pour « lutter contre la recrudescence de l’insécurité dans la partie Est du pays ». Une tentative qui a mis les abolitionnistes sur le fil du rasoir car la suspension de ce moratoire serait un bâton dans la roue de la lutte visant à supprimer la peine capitale de l’arsenal juridique congolais. D’autant que les efforts déjà consentis jusque-là semblent porter leurs fruits dans la mesure où les juges prononcent de moins en moins la peine de mort depuis l’entrée en vigueur de ce moratoire. Sa suspension serait donc un recul de trop qui risque même de ramener le compteur à zéro en défaveur de la lutte pour l’abolition.

Législation à double tranchant

Dans la classe politique congolaise, le sujet fait également l’objet des débats houleux entre « pro » et « anti ». Plusieurs groupes abolitionnistes ont déjà vainement tenté d’inciter le parlement congolais à légiférer contre la sentence capitale. Une peine qu’ils qualifient d’ « atteinte à la vie humaine » pendant que ceux qui la défendent, trouvent en elle un « effet dissuasif efficace » contre la criminalité.

Face à l’opposition à laquelle ils se confrontent, les deux camps se tournent vers la loi pour essayer de justifier leurs arguments  afin de débloquer la situation mais… sans succès ! La législation congolaise reste, elle aussi, confuse au sujet de la peine de mort. Pendant que les abolitionnistes se réfèrent à l’article 16 de la loi fondamentale qui stipule que « toute personne a droit à la vie et que nul ne peut être soumis à un traitement cruel, inhumain et dégradant », les partisans de la peine de mort contre-attaquent en arborant l’article 5 du Code pénal qui préconise la mort à la première ligne des peines applicables aux infractions. Les avis continuent de s’entrechoquer, chacun campe sur sa position et la question de la peine de mort en RDC reste, par conséquent, dans son statu quo.

Bien que la lutte s’avère de plus en plus délicate, les abolitionnistes congolais sont loin de baisser les bras. « La question doit demeurer d’une façon permanente sur la table », déclare Jean Claude Katende. Ce dernier est le Président de l’Association Africaine de Défense de Droits de l’Homme (ASADHO). Son organisation est connue par bon nombre de congolais pour son implication dans les questions liées à la protection et à la défense des Droits humains. Vu les campagnes de grandes envergures qu’il organise pour sensibiliser l’opinion publique sur l’importance de l’abolition de la peine de mort en RDC, rien ne sème le doute sur le fait que les abolitionnistes restent déterminés en dépit des entraves auxquelles ils se confrontent. Et la communication reste, à l’heure actuelle, leur arme la plus efficace pour faire bouger les choses.


Kinshasa et ses dates maudites du 19

Illustration d'un calendrier en date du 19 décembre
Illustration d’un calendrier en date du 19 décembre

Dans le calendrier de la sombre histoire politique de la République démocratique du Congo, s’y ajoute encore un autre 19. Un 19 d’agitation, d’incompréhension et de barbarie. Sanglant comme d’habitude, ce 19 n’a pas pu s’empêcher d’emporter avec lui des victimes. 50 morts et 77 blessés selon le Haut-commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme. Tel est le bilan des affrontements de ce 19 septembre qui ont ébranlé Kinshasa pendant plus de 48 heures. Ils ont tous été tués en marge de la marche prévue, au départ, devant les bureaux de la Commission électorale nationale indépendante pour avertir le président Joseph Kabila de quitter le pouvoir au terme de son dernier mandat, mais qui n’avait pas tardé à se métamorphoser en une guerre entre les forces de l’ordre et les manifestants. Une guerre durant laquelle il y avait eu échange de pierres contre les tirs des kalachnikovs dans différents points chauds de la ville de Kinshasa.

Mais il semble que Kinshasa se laisse embarquer dans la tourmente des « 19 meurtriers ». D’autant qu’avant les insurrections du 19 dernier, la capitale congolaise avait déjà été le théâtre des affrontements sanglants entre les manifestants et les forces de l’ordre, un certain 19. C’était en janvier 2015. Alors que la population amorçait, dans un air festif, le dernier virage du premier mois de l’année 2015, le 19 de ce mois était venu balayer la paix qui régnait encore jusque là dans la ville exactement comme un ouragan qui emporte tout sur son passage. Kinshasa avait brusquement basculé dans un bain de sang durant 3 jours. Avec une quarantaine de morts qu’elles avaient provoqués, ces violences du 19 janvier 2015 s’inscrivent dans le même combat que celles du 19 dernier qui consiste à revendiquer la tenue des élections dans les délais constitutionnels afin d’établir un nouveau gouvernement avec de nouvelles institutions.

Même si le calme semble revenir depuis les dernières tueries, l’histoire est loin d’être finie. Kinshasa demeure toujours dans le cycle de la violence de ses « 19 maudits ». Oui ! Il y a encore un autre « 19 meurtrier » qui pointe à l’horizon. Il sera probablement le plus violent des autres « 19 sanglants » qui sont passés. C’est le 19 décembre 2016. Date à laquelle le président Joseph Kabila est contraint de quitter le pouvoir, conformément à la Constitution, après qu’il aura achevé son tout dernier mandat. Pourtant à l’heure actuelle où les choses bouillonnent, rien ne garantie encore une issue pacifique de cette date redoutable. Les signaux sont toujours au rouge. L’espoir de vivre la toute première alternance en RDC s’envole petit-à-petit. Car le président sortant ne manifeste aucune volonté de céder son fauteuil présidentiel. Cela chiffonne ses opposants qui ne cachent pas leurs intentions de le chasser par la force. Le dialogue en cours, censé apaiser les esprits de ces acteurs politiques pour éviter le chaos, se déroule, lui-même, sous un fond de violences à répétition. La population congolaise craint, donc, le pire. De ce fait, elle tourne les yeux vers les cieux et s’en remet au miracle divin pour passer les festivités de fin d’année en bonté et tranquillité.


Kinshasa qui meurt… Kinshasa qui ressuscite

Monument de l'échangeur, symbole emblématique de la ville de Kinshasa. Photo depuis cccrdc.org
Monument de l’échangeur, symbole emblématique de la ville de Kinshasa.
Photo depuis cccrdc.org

Dans l’impitoyable empoignade qui engage, ces derniers temps, des acteurs politiques en RDC, Kinshasa est l’une des villes congolaises qui subit directement des dommages collatéraux. Notamment lors de la journée « ville morte » décrétée, la semaine dernière, par l’Opposition politique, « Kin la belle », comme l’appellent affectueusement ses habitants, s’était vue paralysée presque dans toutes les activités qui la maintiennent en vie.

Rues désertées, aucun transport en commun, des maisons commerciales fermées, des familles enfermées chez elles, l’atmosphère à Kinshasa était semblable à celle d’une ville fantôme durant la journée du 23 août 2016. Date à laquelle l’Opposition politique congolaise avait appelé à une journée « ville morte » pour, entre autres, réitérer sa demande visant à conduire le pays vers les élections apaisées dans les délais constitutionnels.

Cette « ville morte » était intervenue six mois après la première, initiée par la même Opposition politique. Et comme ça a toujours été le cas dans chacune d’elles, tous les médias du pays étaient, durant cette journée, dominés par un bras de fer entre les acteurs politiques du pays. Pendant que l’Opposition se vantait d’avoir réussi à annihiler l’ambiance festive qui fait vivre la ville de Kinshasa pour se faire entendre, le Pouvoir, lui, tentait de prouver que la ville avait eu son cours normal en publiant les images de quelques lieux où Kinshasa avait tourné, bien qu’au ralenti.

Mais derrière cette guerre médiatique dans laquelle la classe politique congolaise s’était livrée au courant de cette journée « ville morte », il y avait la détresse… une détresse qui se lisait sur le visage de plusieurs Kinois. Que cette « ville morte » eût été un score de plus en faveur de l’Opposition contre le gouvernement ou vice-versa, les Kinois, eux, étaient les premières victimes à souffrir de cette joute politique impitoyable. Car engourdir toute une ville comme Kinshasa, c’est asphyxier la survie des 12.071.000 d’habitants qui la peuplent. Comment ? Je vous explique :

« Vivre au taux du jour »

Les Kinois sont, en effet, habitués à vivre de la débrouillardise à cause du chômage qui ronge la capitale congolaise. Vous verrez donc, dans chaque rue de la ville de Kinshasa, des marchés improvisés où plusieurs Kinois vendent à même le sol juste pour gagner le « pain quotidien ». Et même ceux qui occupent des postes dans des administrations publiques, ils entreprennent également de petites activités commerciales ailleurs comme moyen de vivre. Vu que leurs emplois n’assurent pas la survie suite aux arriérés salariaux dont ils ont toujours été victimes. De ce fait, chaque jour qui se lève demeure un défi pour beaucoup de Kinois. Ces derniers se lèvent tous les jours avec comme mission prioritaire de sortir pour aller chercher de quoi se nourrir ou nourrir leurs familles. Tel est le phénomène qu’ils qualifient eux-mêmes de « vivre au taux du jour ». C’est-à-dire, la nourriture quotidienne dépend de l’activité que l’on entreprend chaque jour. Un moyen de survie tellement ancré dans la vie des Kinois au point que ces derniers ont même eu à formuler l’adage : « qui ne sort pas, ne mange pas ».

A ce rythme, la journée « ville morte » n’avait été rien d’autre qu’une nouvelle épine dans le cœur de la survie de ces Kinois qui, en dépit de la crise économique fouettant la ville, essaient quand-même de garder la tête haute. Ajouter à cela la destruction, en marge de cette « ville morte », de plusieurs bus qui assurent le déplacement des gens dans une agglomération déjà à l’agonie au sujet de transport en commun. Voila donc les incidents qui trucident la ville de Kinshasa à petit feu. Malheureusement, cela ne constitue que la pointe de l’iceberg. Car le pire semble être à venir si jamais la situation politique demeure tendue telle qu’elle est actuellement.

Vu le tumulte qui secoue le pays ce dernier temps, l’avenir de la ville de Kinshasa s’annonce très sombre, en effet. Tous les Kinois redoutent le pire. Ils ont peur que la ville se transforme une nouvelle fois en un champ de bataille. Exactement comme cela avait été le cas, notamment, en 2006 et en 2011 lors des crises poste-électorales. Des crises durant lesquelles Kinshasa était animée par le crépitement des balles à la place du bruit des véhicules et de la musique dans des terrasses qui ornent son air festif. Des crises durant lesquelles les casernes étaient ouvertes alors que les écoles et les églises étaient fermées. Des crises durant lesquelles des corps jonchaient le sol au lieu des traces des piétons et des sacs plastiques abandonnés par de paisibles citoyens. Certes Kinshasa était morte pendant ces affrontements armés. Mais elle avait ressuscité juste après. Elle a ressuscité après plusieurs crises qui se sont succédées les unes après les autres. Les belligérants passent. Mais Kinshasa reste. Et rien ne sème le doute qu’elle ressuscitera aussi après la présente crise qui s’annonce déjà chaotique à travers des signes tels que ces fameuses « villes mortes ». Mais entre temps Kinshasa endure déjà avec bravoure ce qui découle de cette empoignade politique à laquelle elle assiste. Elle encaisse des coups, bien sûr, mais tente tant bien que mal de rester dans la marche de l’évolution en effaçant des stigmates. Comme le dit un proverbe « Quand les éléphants se battent, l’herbe en souffre mais pourtant elle ne perd jamais sa beauté ».


Les Congolais à la recherche d’un « Mohamed Bouazizi » ?

La population congolaise dans la rue pendant les manifestations contre l'adoption d'une loi visant à modifier la constitution en janvier 2015 Photo depuis congovox.blogspot.com
La population congolaise dans la rue pendant les manifestations contre l’adoption d’une loi visant à modifier la constitution en janvier 2015
Photo depuis congovox.blogspot.com

Telle est la question qui tourne en boucle dans mes pensées depuis un bout de temps. On se souvient, sûrement tous, de Mohamad Bouazizi. Ce vendeur tunisien dont son suicide avait déclenché l’émeute ayant entraîné la chute du président  Ben Ali. Dans la tension politique tendue qui règne en RDC, il me semble de plus en plus plausible que certains Congolais sont, eux aussi, à la recherche d’une telle étincelle. Celle pouvant provoquer l’incendie qui asphyxiera le gouvernement congolais jusqu’à occasionner le départ imminent du président Joseph Kabila.

Avant tout, Il faut souligner que depuis qu’ils avaient réussi à barrer la route à une adoption de loi visant à modifier la constitution en janvier 2015, beaucoup de congolais, majoritairement des jeunes , se sont nourris de gout de la révolution et ont été persuadés qu’ils sont suffisamment forts pour empêcher n’importe quel acte allant à l’encontre de leurs attentes. Dès lors, ils se sont investis dans la mission de ‘chiens de gardes’ chargés de veiller sur  le respect de leurs droits et des lois qui dirigent le pays. Notamment en contraignant le président Kabila à quitter le pouvoir au terme de son dernier mandat qu’il achève dans quelques mois.

Mais suite à l’impasse du processus électoral censé conduire la République démocratique du Congo vers la toute première alternance pacifique de son histoire politique, ces jeunes congolais, soupçonnant le président sortant Joseph Kabila de manœuvrer en vue de prolonger son règne au de-là du délai constitutionnel, se montrent de plus en plus prêts à « faire échouer » le régime actuel, conformément à  l’article 64 de la présente constitution vu que l’espoir de la tenue des élections dans la date prévue se rétrécit jour après jour. Et Bien que nombreux parmi eux se fassent incarcérer, ces jeunes ne se laissent pas intimider, ils restent aux aguets ! Ils se frottent les mains et tentent de profiter de chaque évènement pour amorcer une mobilisation « à la tunisienne » susceptible de dissoudre l’actuel gouvernement congolais. Autrement, je pourrais dire qu’ils multiplient des « provocations » pour enclencher la révolution en vu de faire tomber le présent régime… oui ! Ils sont à la recherche d’un élément déclencheur, ça se voit… à la recherche d’un « Mohamed Bouazizi », si vous me permettez de le caricaturer ainsi !

Par conséquent, il ne se tient presque plus de rassemblements en RDC sans que cela  se transforme en une manifestation anti-gouvernement. Le plus récent d’ailleurs c’est lors de la mort, la semaine dernière, d’un « wewa » (chauffeur de taxi-moto) tué par un militaire dans la ville de Kinshasa après  une altercation. A en croire le communiqué officiel de la police, « l’incident n’avait aucun lien avec la situation politique du pays. Mais les jeunes hostiles au président Kabila en auraient profité pour maquiller la scène du crime. En y ajoutant par exemple des tracts des campagnes politiques de l’opposition congolaise afin de simuler un énième cas d’usage de force disproportionné par le pouvoir en place contre ‘les partisans du changement' ». Et l’incident avait bel et bien pris une tournure violente en dégénérant en un affrontement entre la police et les jeunes hostiles au président Kabila avant que le calme ne revienne quelques heures plus tard. Loin d’être un cas isolé, au moi de janvier 2016 lors des funérailles d’une star de gospel congolaise, qui avaient rassemblé des milliers de jeunes congolais, ces derniers n’avaient pas hésité à transformer la cérémonie en une mobilisation anti-Kabila. Ils scandaient des cris hostiles au Président de la République et la tentative s’était soldée par des échauffourées entre eux et les forces de l’ordre. Même scène lors de l’arrivée de l’équipe nationale de football à Kinshasa après son sacre au championnat d’Afrique des nations qui s’était joué en février dernier au Rwanda. La foule, généralement composée des jeunes, qui était allée accueillir en héros les footballeurs à l’aéroport international de la capitale congolaise, avait saisi la balle au bond pour entonner des chansons mettant en garde le président Kabila en l’hexortant à quitter le pouvoir au terme de son dernier mandat. Cela avait d’ailleurs poussé la police à escorter l’équipe nationale de football à vive allure vers un hôtel de la capitale pour éviter que la parade visant à célébrer le trophée se métamorphose en une manifestation contre le gouvernement.

Tels sont quelques évènements qui ont, jusque là, échappé de justesse à la tentative d’être transformés à une révolution visant à conduire le gouvernement congolais vers la porte de la sortie de façon imminente. Mais la tension politique demeure toujours tendue. Pendant que les gouvernants ne manifestent aucune volonté de conduire le pays vers l’alternance pacifique issue des élections démocratiques, ces jeunes congolais continuent à grincer des dents. Ils contrôlent tous les mouvements et ne dissimilent pas leur volonté de se révolter pour faire basculer le gouvernement au cas où celui-ci se sera maintenu par la force.


Top 4 des Présidents africains sauvagement assassinés

Voir des millions de dollars que Barack Obama débourse pour assurer sa sécurité, nul ne peut douter qu’être président de la république est l’une des fonctions à haut risque dans ce monde. Comme le prouvent les images de l’assassinat brutal de John Fitzgerald Kennedy… ces images douloureuses où on voit la tête de cet ancien président américain éclatée par un tir d’élite devant sa femme qui grimpe ensuite sur le coffre arrière pour tenter de récupérer un morceau de crâne de son mari, les présidents sont, en effet, des cibles d’une menace permanente. Et nombreux sont ceux, parmi eux, qui ont connu une mort atroce. D’où la compilation, dans ce billet, des 4 présidents africains ayant quitté ce monde de façon tragique.

Mais… pourquoi parler seulement des présidents africains? Parce que c’est généralement en Afrique où, dans la plupart des pays, la politique est un bras de fer qui se joue avec un canon braqué sur la tempe. Donc comprenez ! Alors sans plus tarder, je vous invite à déballer avec moi ce top qui saigne, pleure et rigole en même temps. Les âmes sensibles, abstenez-vous, s’il vous plait ! 🙂

1. William Richard Tolbert (Liberia):

Le président William Richard Tolbert. Photo depuis phibetasigma.net
Le président William Richard Tolbert.
Photo depuis phibetasigma.net

Il est l’ancien président du Liberia. Il a dirigé son pays pendant 9 ans avant qu’il ne soit trahi par… son sommeil ! C’était en pleine période d’insurrection qui avait ensanglanté Monrovia, la capitale libérienne. Et le président Tolbert avait eu, ce matin-là du 12 avril 1980, la mauvaise idée de dormir profondément dans sa chambre sans garde à ses côtés ni aux alentours de son palais. Ce qui avait permis aux insurgés de pénétrer facilement dans sa résidence jusque dans la pièce où il roupillait tranquillement. Ensuite le président avait été soigneusement éventré en plein sommeil dans son lit puis défenestré. Un assassinat cruel perpétré par un groupe de rebelles avec, à sa tête, le sergent-chef Samuel-Kanyon Doé. Celui-ci deviendra automatiquement le successeur de Tolbert juste après ce coup sanglant. Même si Dalida l’avait bien souligné qu’il existe ceux-là qui auraient préféré mourir dans un lit en plein sommeil, nul n’aimerait que cela se passe dans des telles conditions : en se faisant étriper au milieu d’un beau rêve pendant que l’on fait un somme. Épouvantable !

2. Samuel-Kanyon  Doe (Liberia):

Le présiden Samuel-Kanyon Doe Photo depuis nofi.fr
Le président Samuel-Kanyon Doe
Photo depuis nofi.fr

Comme on le devine, c’est lui qui s’était emparé du pouvoir au Liberia après avoir exécuté William Richard Tolbert. Mais une fois dans le fauteuil présidentiel, Samuel-Kanyon Doe ne s’attendait sûrement pas à pouvoir subir une mort aussi bien cruelle que celle qu’il a infligée à son prédécesseur et dont il prenait soin de faire subir également à ses opposants. Alors que ses commandos résistent à un groupe de rebelles depuis neuf mois d’intenses combats, un midi du 9 septembre 1990, le président Doe décide de sortir de son bunker pour une balade malgré les risques qui existent. A travers cette décision surprenante, Doe voulait peut-être prouver au monde entier qu’il est encore au contrôle de son territoire. Mais cela a malheureusement tourné au vinaigre. Comme imprévu… ou peut-être, le convoi présidentiel croise sur son chemin celui des insurgés. Très vite, la tension monte jusqu’à son paroxysme et une violente fusillade éclate sur place entre les deux groupes. Un échange de tirs nourris à l’issue duquel le président Doe est capturé vif. Ses agresseurs l’humilient, lui brisent les jambes avec des tirs de kalachnikov, lui balafrent le visage, lui coupent les deux oreilles à l’aide de la machette. Samuel-Kanyon  Doe a été sauvagement torturé. Ses doigts ont été brisés, son sexe broyé, ses yeux coulaient du sang à la place des larmes, bref il est juste mort inhumainement. Et en bonus, son corps a été exposé nu en pleine ville dans une brouette avant qu’il ne disparaisse quelques jours après. « Quiconque se sert de l’épée périra par l’épée », dit un adage.

3. Laurent Désiré Kabila (RDC) :

Le président Laurent Désiré Kabila Photo depuis congo-afrique.com
Le président Laurent Désiré Kabila
Photo depuis congo-afrique.com

Le destin semble avoir été beaucoup trop méchant pour le feu président congolais, Laurent Désiré Kabila. Pour des raisons sécuritaires, le président Kabila avait fui le palais présidentiel situé à proximité de la frontière entre la RDC et le Congo-Brazza. Il avait également évité la cité de l’OUA de peur qu’il n’y soit victime d’un attentat vu que lors de ses déplacements, il était obligé de traverser un camp militaire. C’est au palais de Marbre, une ancienne résidence d’hôtes de marque située dans une banlieue kinoise, que le président avait finalement choisi de s’installer. Là où il pensait être à l’abri d’éventuelles menaces. Mais hélas ! C’est plutôt dans ce palais de Marbre que celui qu’on appelait M’zee était tombé sous les griffes de son prédateur juste quatre ans après son accession au pouvoir. C’était un après-midi du mardi 16 janvier 2001. Ce jour-là, le président Laurent Désiré Kabila travaillait tranquillement dans son bureau quand tout-à-coup un de ses gardes nommé Rachidi s’avance vers lui pour lui parler apparemment. Pensant pouvoir accueillir une nouvelle, le président s’arrange pour écouter ce que son garde veut lui dire mais c’est plutôt des balles qu’il reçoit dans le corps. Son garde du corps lui tire dessus, à bout portant, avec un revolver. Le président est touché d’une première balle au cou, il tombe en arrière et le tueur le crible encore de deux autres balles dont l’une lui perce l’estomac. Dans la panique, le meurtrier tente de s’échapper vers la porte mais il est vite neutralisé par d’autres gardes qui avaient fait irruption dans le bureau présidentiel après avoir entendu des bruits. Comme quoi, il n’existe pas de protection maximale. Même les globules blancs, censés nous protéger contre les agents pathogènes, se transforment parfois en nos agresseurs.

4. Joao Bernardo Vieira (Guinée Bissau):

Le président Joao Bernardo Vieira Photo depuis g1.globo.com
Le président Joao Bernardo Vieira
Photo depuis g1.globo.com

L’assassinat brutal du président Joao Bernardo Vieira est l’un des évènements ayant énormément choqué le monde. D’autant que le pauvre était exécuté dans sa résidence, devant le regard impuissant de sa femme. Les condamnations n’avaient pas tardé de fuser de partout pour fustiger ce meurtre «barbare» revendiqué par des hommes en armes. C’était la nuit du 1er au 2 mars 2009 quand un groupe de militaires débarque dans le quartier où le président Vieira habite. Très furieux à cause de la mort d’un chef d’état-major, tué dans une explosion moins de vingt-quatre heures plutôt, les assaillants armés jusqu’aux dents arrivent en grand nombre pour tuer en représailles le président de la république qu’ils soupçonnent d’avoir commandité l’assassinat de leur chef. Très vite, ils parviennent à neutraliser les gardes chargés de veiller à la protection du chef de l’État. Pendant qu’un groupe reste au contrôle du périmètre à l’extérieure, un autre pénètre dans le palais présidentiel jusque dans la chambre où le président s’est enfermé avec sa femme. Les insurgés obligent le président Vieira de se rendre seul sous peine d’exploser la pièce avec une roquette. Dans le souci d’épargner la vie de sa femme, le président Vieira obtempère et sort de la chambre mais avec une ultime solution : tenter de négocier avec ces soldats qui ont déjà les doigts sur la détente, prêts à faire feu sur lui. Pendant quelques minutes de discussions, le président tente de dissuader ses agresseurs en leur prouvant pour la énième fois son innocence. Mais les soldats ne se laissent pas convaincre. Déterminés à en finir avec lui, ils ouvrent le feu et vident les chargeurs de leurs Kalachnikovs dans le corps du président Vieira. Comme l’ont prouvé les images de sa dépouille à la morgue, largement relayées sur les réseaux sociaux, le président Vieira avait été abattu de manière horrible à tel point que son corps était devenu presque méconnaissable. Si seulement ces assassins savaient que nul ne restera éternellement sur terre, ils auraient tourné sept fois leurs doigts avant d’appuyer sur la détente.

Alors dites moi, chers voisins, avez-vous toujours l’ambition de devenir un jour des présidents des républiques ? 🙂 Non, sans vouloir vous décourager, je vous donne quelques astuces qui vous aideront à réduire les risques des attaques fatales pouvant vous glisser dans mon prochain top des présidents assassinés. Allez, prenez un stylo et une feuille pour noter.  Premièrement vous devez vous faire élire de manière crédible et transparente. Deuxièmement vous devez diriger le pays avec une franche collaboration et sympathie. Et enfin vous devez respecter les valeurs démocratiques par exemple en quittant le fauteuil présidentiel au terme du dernier mandat. Il est vrai que cela ne vous mettra pas à l’abri des toutes les menaces car nul ne peut satisfaire tout le monde. Mais du moins, en agissant ainsi, vous gagnerez l’estime qui vous permettra de vivre longtemps comme Nelson Mandela et Léopold Sédar Senghor. Ai-je exagéré ?

 


L’Inde ne tue pas des Congolais !

La ville de New Delhi Photo: flickr
La ville de New Delhi
Photo: flickr

En cette période de tension où la plupart des Congolais multiplient des attaques xénophobes envers la population indienne vivant en RDC, pondre un article pour prendre la défense de cette minorité serait vu comme une trahison par une flopée de mes compatriotes. Mais si je décide de le faire, c’est parce que je me trouve obligé de mettre en garde nos patriotards qui pensent pouvoir soulager leur colère en répondant par une « violence aveugle » aux meurtres qualifiés de « racistes » dont ont été victimes quelques Congolais en Inde.

Il est vrai que cette série de meurtres des Congolais en République de l’Inde écœure tout le monde. Le plus atroce c’est l’assassinat, la semaine dernière, de Cynthia Kadima, une Congolaise de 30 ans. Elle a été tuée avant d’être démembrée et brûlée par son époux de nationalité indienne.

Même si les témoignages prouvent que le mobile de cet acte sordide est passionnel, pour une grande partie de Congolais il s’agirait plutôt d’un énième meurtre motivé par la haine raciale du peuple indien envers les Congolais vivant dans son terroir. Et pour y ‘remédier’, certains se sont mobilisés via les réseaux sociaux puis sont allés agresser, en signe de représailles, quelques Indiens qui résident en République démocratique du Congo. Un acte cruel dénué de bon sens et taché d’une extrême absurdité ! Oui, il me semble dès lors important et opportun de démontrer que cette décision d’assaillir les Indiens vivant en RDC pour tirer vengeance de la mort de Cynthia Kadima est un geste extrêmement  ABSURDE !

https://twitter.com/jpmass72/status/735993223168987137

Absurde parce que l’infraction est individuelle. Ce n’est pas parce qu’un Indien a tué un Congolais que tous les Indiens sont congolicides* et doivent, par conséquent, en payer le prix. Tout comme il existe des Congolais qui commettent également des crimes odieux dont sont victimes les gens d’autres nationalités. Le plus récent d’ailleurs c’est le meurtre d’une jeune canadienne tuée de plusieurs coups de couteau par Randy Tshilumba, un Congolais vivant au Québec. Dans le tollé que ce délit a provoqué au Canada, quelques Africains qui y résidant ont eu de bonnes raisons de s’offusquer des déclarations de certains Canadiens de souche qui ont tenu pour responsables de ce crime tous les Noirs résidant sur leur territoire. Alors pourquoi devons-nous imputer à toute la République de l’Inde les crimes que certains Indiens dépourvus d’humanisme commettent ? C’est très absurde.

Absurde parce que le racisme n’a pas de couleur. De la même manière qu’il y a quelques Indiens qui détestent les Congolais, il existe aussi des Congolais qui entretiennent une farouche hostilité à l’égard des Indiens juste parce qu’ils sont… Indiens ! Donc répondre à un acte raciste par un acte raciste ne résout rien, concrètement. Cela continue, en revanche, à stimuler la haine qui peut inciter certains à commettre l’irréparable. Exactement comme ça s’est passé dans la ville de Dallas, aux États-Unis, où un sniper noir a abattu cinq agents de l’ordre pour venger la mort de plusieurs noirs tués par certains policiers blancs. Regrettable est le fait d’apprendre que la police qui a été prise pour cible par le tireur isolé représentait plutôt un modèle de réforme réussie qui visait à réduire les violences policières en faveur des noirs en particulier.

Absurde parce que la RDC est réputée pour son accueil chaleureux des expatriés. Elle est connue pour son climat convivial dans lequel elle héberge aussi bien des étrangers que des autochtones. Ainsi, on trouvera en RDC toute une panoplie de nationalités : Chinois, Libanais, Indiens, Sénégalais, etc. Ils vivent tous en harmonie et se côtoient sans incident majeur dans le milieu du travail avec des Congolais. Donc s’en prendre à certains allogènes, quelle qu’en soit la raison, reviendrait à ternir cette belle image que la RDC renvoie à l’extérieur comme étant l’un des pays hospitaliers d’Afrique.

Voilà donc certains points auxquels il faut penser avant de passer à l’acte. Mais pour ceux qui se posent peut-être la question de savoir pourquoi il m’a fallu écrire ce billet, eh bien c’est parce que jusque là Internet se laisse infester par des articles encourageant les Congolais à rosser des Indiens qui vivent en RDC afin de s’indemniser du dommage qu’un de leurs a causé à l’égard de notre compatriote. Donc rester silencieux face à cette incitation à la haine serait aussi… très très absurde !

*Congolicide : Meurtrier de congolais


Quand les bacheliers congolais font leurs « SpringBreak »

Trois bacheliers congolais en train de fêter leur réussite/2013 Photo : Will Cleas Nlemvo
Trois bacheliers congolais en train de fêter leur réussite/2013
Photo : Will Cleas Nlemvo

Le bac est l’une des étapes importantes de notre parcours entant qu’humain sur terre. Pour preuve, ils ont été nombreux cette année à y prendre part partout dans le monde. Vu la tension et le stress que l’on accumule durant ces examens, c’est toujours évident d’arroser quand on en sort ‘victorieux’. Mais si dans plusieurs pays, fêter la réussite au bac ne se limite qu’à une rencontre en famille et entre amis autour d’un verre de bière, chez votre voisin d’à côté en République démocratique du Congo la réussite à ces épreuves se célèbre d’une façon plutôt singulière, à nulle autre pareille dans le monde. Vous en doutez-vous ? Que les paragraphes suivants vous persuadent. Amen ! 🙂

Tout commence le jeudi de la dernière semaine du mois de juin. Cette date est, selon le calendrier scolaire national, la période pendant laquelle se déroulent les examens terminant les études secondaires.

Déjà après le passage de la dernière épreuve, les finalistes (candidats au bac) s’offrent le droit de célébrer la fin des examens. Tellement que la pression atteint son paroxysme durant les examens et qu’elle descend à l’issue de la dernière épreuve, les candidats se lâchent tous pour décompresser. Ils chantent, boivent et surtout… déchirent leur tenue « bleu-blanc » (uniforme scolaire nationale) pour marquer la fin de leur souffrance endurée pendant 12 années de parcours scolaire.

Ensuite c’est place au suspens. Pendant que les copies sont discrètement corrigées par les jurys sans divulguer la moindre information, les candidats, eux, retiennent leur souffle. Avec un rythme cardiaque accéléré, le cœur cognant de plein fouet dans la poitrine, ils espèrent tous réussir et attendent fermement la publication des résultats qui intervient, désormais, dans trois semaines après la fin des épreuves nationales. Alors qu’il y a encore quelques années plutôt, les « finalistes » attendaient leurs résultats pendant plusieurs mois. Mais grâce aux efforts du gouvernement, tout va vite en besogne maintenant.

Après la correction, calcul des points et délibération, le ministère congolais de l’enseignement procède à la publication des résultats via son site web officiel. C’est donc à ce stade que le Délire (avec un grand D bien sûr) commence. Un festival de bruits et de jet de poudres accompagné d’une extrême ambiance en couleur s’impose sur l’étendue du pays. Les villes bougent au rythme des coups de sifflet énergiques, des battements de portail et de casserole. Oui c’est avec un tel vacarme d’enfer que les bacheliers congolais annoncent et célèbrent leur réussite. (Donc si vous venez de débarquer fraichement en RDC, ne tremblez pas dans votre chambre d’hôtel pensant à un coup d’Etat quand vous aurez à vivre ce spectacle. Dites vous simplement que ce sont les bacheliers qui fêtent leur réussite. Je vous ai prévenu !)

Vêtus, presque tous, de t-shirts blancs bien décorés à la guise de chacun, avec des sifflets attachés aux cous et des flacons de poudre en poche, les « nouveaux diplômés » célèbrent leur réussite avec un enthousiasme complet. Ils parcourent les rues de la ville. Les uns assis sur les portières des voitures, les autres sur des motos, ils roulent tous avec des coups de klaxon insistants et partent à la rencontre de leurs proches pour leur saupoudrer la tête. Oui, saupoudrer la tête est un geste ancré dans la culture congolaise. Ça dénote une vive admiration après la victoire bien méritée dans une compétition rude et sévère. Donc chers voisins, si jamais il vous arrive de voir un nombre de congolais se promener dans la rue avec les cheveux couverts de poudres, ne paniquez pas. Ce ne sont pas les survivants d’Ebola. Relaxez et rassurez-vous qu’ils viennent juste de célébrer le bac ou un autre évènement heureux. C’est comme ça que les congolais fêtent une réussite : en se saupoudrant la tête bien sûr. Je vous préviens parce que je vous aime. J’en profite d’ailleurs pour vous faire des bisous tout doux. Bon, c’était juste une parenthèse, maintenant revenons à notre sujet. Je parlais de quoi déjà ? Ha ouais, de l’ambiance (pour ne pas dire tapage) que les bacheliers en RDC provoquent au moment où ils fêtent leur réussite…

Le jour suivant, l’ambiance continue mais d’une manière affaiblie. Les bacheliers, bien qu’épuisés à cause des longs trajets qu’ils ont parcourus la veille après la publication des résultats, tentent quand-même de prolonger la fête en gardant le même rythme. Mais la fatigue gagne du terrain et les bruits se font de moins en moins. Quant au jet de poudres, ben… ça persiste ! 🙂

Pour mieux clôturer la fête, certains bacheliers se rassemblent et remplissent les chaises de différentes terrasses ou boites de nuit de la ville. Accompagnés, bien sûr, de leurs membres de famille qui les considèrent par conséquent comme des héros.

D’autres par contre optent pour le chemin de l’église. Ils s’engouffrent dans des chapelles pour remercier le bon Dieu en signe de reconnaissance. Oui, la RDC est un pays très croyant. De ce fait, plusieurs congolais ont l’habitude de considérer toutes réussites comme une bénédiction divine. Et même si cela est obtenu de manière frauduleuse, chez moi ça vaut toujours la peine de dire « Alhamdulillah !». Donc à Dieu, lui seul, de voir si on se fout de sa gueule ou on est sincère. 🙂

Je sais que je vous ai donné envie de venir dans mon pays pour vivre en « live » ce « Show » que les bacheliers congolais déclenchent pendant qu’ils célèbrent l’obtention du sésame d’entrée dans le monde universitaire. Mais en attendant que vous arriviez, racontez-moi, vous aussi, comment le bac se fête chez vous, chers voisins.


Le gouvernement congolais en guerre contre… Internet !

Un ordinateur personnel
Un ordinateur personnel connecté à internet
Photo: pixabay.com

Comme le fait n’importe quel régime aux allures dictatoriales, celui de la République démocratique du Congo se montre lui aussi prêt à en finir avec tous ceux qui menacent sa survie. Et parmi les ennemis répertoriés dans sa liste noire, il y a… Internet ! Ça fait rire ? Oui, ce récit commence avec un air un peu satirique, bien sûr. Mais passons vite aux détails pour comprendre qu’au-delà de son apparence caricaturale, cet article raconte une triste réalité que connait la RDC. Un pays où l’internet est devenu « l’ennemi numéro un » pour le pouvoir en place.

Déjà dans un pays comme la RDC où la plupart des médias (voire la chaîne nationale) sont proches du pouvoir, sans oublier ceux qui se déclarent « neutres » mais qui s’abstiennent de diffuser certaines informations dites « sensibles » de peur qu’ils ne se fassent censurer, la population congolaise ne croit plus ce que racontent la radio et la télé. Le seul moyen pour elle de trouver des informations crédibles sur l’évolution du pays reste l’internet.

Rappelons que la République démocratique du Congo traverse une période de crise. Le blocage du processus électoral (censé déboucher sur l’alternance pacifique entre le président sortant Joseph Kabila et son éventuel successeur) attise la tension dans la classe politique. Certains accusent le régime en place de manœuvrer pour se maintenir à la tête du pays en violation de la constitution qui contraint Joseph Kabila de quitter le pouvoir au terme de son dernier mandat qu’il achève dans quelques mois.

Et dans un tel climat politique de plus en plus maussade, aucune chaîne de télévision ou de radio n’ose raconter les faits avec clarté. Ce qui pousse une grande partie des Congolais à chercher la « vraie information » sur Internet. Vu que c’est le seul lieu où fuitent ces « informations sensibles » et dont le pouvoir en place ne veut surtout pas laisser à la portée de tous.

Mais depuis un certain temps, les Congolais ont constaté une brusque flambée des prix de l’internet. Les opérateurs de télécommunications ont tous, à l’unanimité, haussé de façon vertigineuse les tarifs de l’abonnement Internet sans prévenir les consommateurs. Cela handicape la population congolaise dont une grande partie payait déjà péniblement l’abonnement Internet avant même que les prix ne flambent.

Le gouvernement à l’assaut de l’internet

Bien que le gouvernement se dise également surpris par cette envolée des prix de l’internet, cela ne convainc pas du tout la population. Cette dernière soupçonne le pouvoir d’être derrière cette inflation afin de restreindre l’accès des congolais à l’information dans cette période politique tendue. D’autant qu’au mois de janvier 2015 déjà, en marge des émeutes hostiles au président Kabila, le gouvernement n’avait pas hésité à prendre d’assaut l’internet, privant ainsi la population de 3G pendant plusieurs semaines. Alors cette brusque hausse des prix de l’internet n’aurait-elle pas pour but d’entraver encore l’accès des congolais à l’internet, le seul lieu où ils reçoivent des informations fiables ? En tout cas, c’est ce que semblent confirmer les incidents du samedi dernier.

Suite à cette explosion des prix de l’internet, les Congolais se sont rassemblés le soir du samedi 11 juin pour un sit-in appelé « Nuits debout » devant l’hôtel du gouvernement afin de revendiquer pacifiquement la baisse des prix de l’internet.

Mais étrange est le fait d’avoir vu le gouvernement congolais envoyer les éléments de la police pour disperser les manifestants. Avec des arrestations arbitraires qui y ont été effectuées (dont sont victimes certains journalistes qui couvraient la manifestation sur place), la théorie dénonçant cette tarification abusive de l’internet sur ordre des autorités congolaises pour réduire l’espace de la « libre information » se confirme pied à pied.

Il s’avère, en effet, de plus en plus vrai, que le gouvernement congolais s’est lancé dans une offensive contre l’internet qui semble menacer ses intérêts. Mais ce qui est sûr c’est qu’aucun gouvernement jusque là n’est sorti glorieux de la guerre contre le grand réseau. Ben Ali, Hosni Moubarak et tant d’autres qui ont tenté de prendre le contrôle de la toile à des fins politiques se sont vu balayer en un coup de pelle grâce aux réseaux sociaux. Alors quid du gouvernement congolais ? Réussira-t-il dans sa lutte qui vise à museler l’internet dans le but de protéger ses intérêts afin d’atteindre ses objectifs politiques? Que l’avenir nous en dise plus !


Il avait « piqué comme une abeille » en plein Kinshasa

George Foreman et Mohamed Ali
George Foreman reçoit un violent coup de Mohamed Ali lors de leur combat à Kinshasa.
© MaxPPP – 2014
Photo depuis franceinter.fr

Aujourd’hui le monde entier pleure l’ancien champion du monde de boxe, Mohamed Ali. Il est mort d’une insuffisance respiratoire vendredi dernier en Arizona. Dans le cadre des hommages et témoignages qui fusent de partout pour honorer la mémoire de cette icône de la boxe moderne disparue, votre voisin d’à côté laisse lui aussi couler l’encre de sa plume pour parler de ce « papillon » qui a survolé la ville de Kinshasa et a piqué comme une abeille devant les yeux du monde entier sous la lumière du stade du 20 mai.

« Je vole comme un papillon, je pique comme une abeille […] », martelait Mohamed Ali pendant qu’il se préparait à affronter George Foreman le 30 octobre 1974 dans la ville de Kinshasa.

Cette citation avait l’air d’un coup de bluff à priori. Mais croyez-moi si je vous dis que ce n’était pas un mythe !

Étant natif de la ville de Kinshasa, le lieu où ce « combat du siècle » s’était déroulé, je suis sans doute le mieux placé pour vous assurer que cette devise de Mohamed Ali était plus qu’un slogan. C’était réel ! Et Kinshasa est l’une des villes ayant eu la chance de la voir en action.

C’est vrai qu’à cette époque je n’étais pas encore né. La preuve en est que mon père n’avait encore que 15 ans quand Mohamed Ali avait « piqué comme une abeille » son adversaire George Foreman lors de cette rencontre historique.

C’est donc 29 ans après ce combat que j’avais alors, pour la première fois, entendu parler du nom de cette figure de la boxe mais sous sa forme erronée : « Ali Foreman », comme l’appellent nombreux congolais qui ne connaissent pas l’histoire de cet ancien boxeur à la langue d’un poète.

Oui ! Je me rappelle ce jour là. J’accompagnais ma mère au marché quand tout à coup nous nous sommes croisés avec un marionnettiste. Ce dernier faisait battre deux pantins en forme de boxeurs. Je n’avais alors que cinq ans mais le spectacle avait réussi à m’emballer.

D’un côté j’étais impressionné par la façon dont les deux marionnettes se donnaient des coups, de l’autre côté j’admirais l’enthousiasme du public qui criait à tout bout de champ « Ali Foreman ! ».

Obsédé par ces cris, après le marché, j’étais allé me jeter dans le juron de mon père en lui posant la question suivante : « Qui est Ali Foreman ?». Et voilà, donc c’est mon père qui était la première personne à me raconter l’histoire de ce « Rumble in the jungle » et ses protagonistes dont le fameux Mohamed Ali appelé à tort « Ali Foreman » par certains compatriotes jusqu’à aujourd’hui.

Mais me décrire ce combat avec de simples paroles ne suffisait pas. Donc il fallait que j’atteigne 15 ans pour finalement consulter les archives (images, écrits, etc.) afin de percevoir certains faits qui ont jalonné ce combat jusqu’à propulser Mohamed Ali dans la catégorie de légendaires personnages de l’histoire de la boxe moderne.

Et ce qui me fascinera pour toujours c’est son optimisme, sa détermination mais surtout… sa grande gueule qu’il n’arrêtait pas d’ouvrir pour rabâcher sa citation : « je vole comme un papillon, je pique comme une abeille ». Une expression qu’il a finie par mettre en action sous la lumière du stade du 20 mai dans la ville de Kinshasa.

Oui ! Il ne plaisantait pas. Il était sûr de lui et de ce qu’il disait. Tout comme il le martelait haut et fort, ce combat était une occasion pour lui de prouver à Kinshasa et au monde entier qu’il savait réellement voler comme un papillon et piquer comme une abeille.

Il l’avait fait. Il avait réussi à piquer son concurrent George Foreman comme une abeille. C’était la nuit du 30 octobre 1974 en plein cœur de Kinshasa, ma ville natale. Sous les projecteurs du stade du 20 mai avec les cris hostiles de la foule en délire qui scandait à l’unisson « Ali, Boma ye ! » (qui veut dire en français : « Ali, tue-le ! »).

Dopé par le soutien du public « zaïrois », Mohamed Ali avait alors transformé ses violents coups de poing en un énorme dard d’abeille pour percer et assommer son rival, le géant Foreman. C’était juste un beau spectacle. Quand j’en parle, j’en ai la chaire de poule. Et cette scène ne tarde pas à me traverser l’esprit…

Ca y est ! Ces images me reviennent comme si c’était hier. J’y vois encore George Foreman déjà épuisé et complètement au bout de ses derniers efforts. Il se laisse ensuite à la merci de Mohamed Ali qui lui enchaîne une rafale de coups en virevoltant comme un papillon. Puis… bingo ! George Foreman s’est écroulé dans le ring. C’est fini ! Le public est en liesse. Le tonnerre gronde dans le ciel et la pluie s’abat sur le stade du 20 mai, comme pour accueillir Ali le nouveau champion. Ho, que c’est beau à voir !

Mohamed a réussi à piquer son adversaire comme une abeille. Et il a offert au public un beau spectacle en pivotant dans le ring comme un papillon. Ainsi, une page d’histoire des plus grands combats de boxe s’est écrite.

Comme on dit « une légende ne meurt jamais », Mohamed Ali vivra toujours à travers ces images spectaculaires. Des images dans lesquelles il a montré comment il savait piquer comme une abeille. Et cela s’était passé à Kinshasa, l’une des rares villes africaines ayant réussi à promouvoir le continent noir en accueillant ce combat.


Que font les présidents africains de leur dernière année de mandat ?

caricature montée par Will Cleas Nlemvo
caricature montée par Will Cleas Nlemvo

Cette question m’est venue à l’esprit après la lecture d’un article sur le site de RFI. Dans cet article, que j’ai lu attentivement, le journaliste se posait la question de savoir ce que les présidents américains faisaient de leur dernière année de mandat. J’ai été émerveillé par le parcours des présidents américains quand ils approchent de la fin de leur dernier mandat, parcours que je qualifie de « parcours du combattant ». Je me suis vite senti dans l’obligation de tourner mon regard vers nos très chers chefs d’Etat africains en me posant la question suivante : pendant leur dernière année de quinquennat, les présidents africains sont-ils animés par le même état d’esprit que leurs homologues américains?

Vous serez surement nombreux à me répondre « Non » ! Et ce ne sera pas vraiment un tort vu les émeutes et les violences qui éclatent à presque chaque fin de mandat présidentiel en Afrique – ce qui n’est pas le cas aux Etats-Unis d’Amérique.

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à récapituler le contenu de cet article de rfi.fr dans lequel le journaliste a précisé que chaque fin de mandat, pour les chefs d’Etat américains, est particulière.

Bien qu’ils deviennent politiquement impuissants pendant qu’ils abordent la dernière année de leur mandat, les présidents américains essaient tant bien que mal de rester sous les projecteurs avec un ultime objectif : quitter la Maison Blanche avec une majorité d’opinions favorables dans la poche. Ce qui explique les nombreux déplacements que Barack Obama effectue ces derniers temps partout dans le monde.

De l’Amérique latine à Asie sans oublier l’Europe, le premier président noir des États-Unis – dont le mandat s’achève dans huit mois- se lance en effet dans un marathon politique en visitant des lieux hautement symboliques, par exemple la ville d’Hiroshima au Japon où il s’est rendu le vendredi dernier. « Question de soigner ses symboles et de créer de fortes images qui vont l’ancrer encore un peu plus dans l’Histoire, au-delà de son bilan politique », commente un spécialiste cité dans l’article.

Quid des présidents africains ?

Pour un africain, comme moi, qui a vécu des crises pré-ou-post-électorales dans son pays, cette question ne mérite pas d’être posée. Nous savons tous que, contrairement à leurs homologues américains, les dirigeants africains travaillent intensément pendant la fin de leur présidence non pas à d’astiquer leur image afin de marquer l’Histoire mais plutôt à… rester éternellement au pouvoir.

Oui, s’accrocher au fauteuil présidentiel le plus longtemps possible est sans doute le rêve de nombreux chefs d’Etat en Afrique.

Comme en témoigne une enquête, les trois présidents en exercice dans le monde depuis plus d’une trentaine d’années sont tous africains. Ce qui me pousse à dire que, pendant qu’aux Etats-Unis un président sortant est obnubilé par l’envie de booster sa cote de popularité (à travers des actions significatives au moment où il s’apprête à  passer le flambeau à son successeur), en Afrique un président dans la dernière ligne droite de son mandat passe des nuits blanches à réfléchir sur les moyens auxquels il va recourir afin de se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible, au-delà de la limite accordée par la constitution.

Et pour cela, peu importe si le pays va s’embraser. L’essentiel est qu’il prolonge son règne pour battre le record de Mobutu Sese Seko et de Robert Mugabe. Coup de chapeau à ces derniers, d’ailleurs !

Même si l’ex-président béninois, Thomas Boni Yayi, a joué le bon élève en étant l’un des rares présidents africains à avoir volontairement quitté le pouvoir au terme de son dernier mandat, ce bel exemple de démocratie qu’il a légué à ses pairs semble demeurer une page d’Histoire tournée. Le débat sur la clause limitative du nombre de mandats présidentiels continue en effet à faire la Une de l’actualité africaine. Mouais, comme d’habitude !

En République démocratique du Congo, pour ne citer qu’un exemple, la scène politique est en ébullition après l’arrêt de la cour constitutionnelle qui autorise Joseph Kabila (au pouvoir depuis 2001) à rester aux commandes de son pays au-delà de son second et dernier mandat qui s’achèvera en décembre 2016.

L’opposition politique, offusquée par cette décision, dénonce l’instrumentalisation des institutions par le pouvoir en place. Elle monte au créneau en bravant de sanglantes répressions pour barrer la route au prolongement du règne de Joseph Kabila au nom de l’article 70 de la Constitution en vigueur qui stipule que : « le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois ».

La liste est si longue… s’il fallait parler de tous les chefs d’Etat africains qui optent [ou opteront probablement] pour la modification de la Constitution en vue de briguer de nouveaux mandats, on en finirait pas !

Oui, se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible reste le seul objectif que poursuivent de nombreux présidents africains pendant leur dernière année de mandat. Pour y arriver, ils manipulent la Constitution.

Et la révolution semble être le seul moyen efficace de se débarrasser d’eux !


Ces mouvements religieux qui fascinent en RDC

Dans un pays comme la RDC, où la liberté de culte est garantie par la constitution, il n’est pas étonnant d’y voir la diversité des religions. Mais ce qui reste du moins stupéfiant, c’est de constater la montée en puissance de certaines tendances religieuses qui menacent la survie, entre autres, du catholicisme, décrit comme la première religion en RDC. En dehors de nombreux fidèles qu’elles ont déjà piqués à l’église catholique, ces tendances religieuses exercent également une énorme influence sur la société congolaise. D’où la motivation d’enquêter sur les particularités qui font de chacun de ces mouvements religieux unique en son genre. Oui, la curiosité est un vilain défaut, évidemment. Mais quand un fait devient saillant, ça vaut la peine de chercher à y voir plus clair.

  • Église de Réveil
Les fidèles dans une église de réveil à Kinshasa
Les fidèles dans une église de réveil à Kinshasa

Au grand Congo, les ‘églises de réveil’, issues du mouvement pentecôtiste, se multiplient jour après jour.

Beaucoup plus dans des coins où l’extrême pauvreté bat son plein, les ‘églises de réveil’ poussent leur avancée et gagnent du terrain face aux concurrents grâce à leurs enseignements basés sur la bénédiction divine qui se traduirait par l’abondance des biens matériels.

Ces ‘églises de réveil’, avec à leur tête des leaders religieux appelés simplement ‘pasteurs’, élargissent leur champ d’action par le biais de nombreuses activités religieuses telles que les campagnes des prières et les séminaires évangéliques qu’elles organisent.

Elles s’approprient également les chaines de télévision, à travers lesquelles elles diffusent des enseignements bibliques et des ‘accomplissements des miracles’, dans le but d’attirer de plus en plus d’adeptes.

La plupart des pasteurs des ‘églises de réveil’ s’autoproclament ‘apôtres ou prophètes’ de Jésus Christ. Certains déclarent être « des envoyés spéciaux de Dieu » avec comme mission de débarrasser les ouailles de tous les maux, notamment de la misère, qu’ils considèrent comme l’un des symptômes de possession ou d’infestation démoniaque.

Séduits par les « miracles » et les enseignements qui promettent la fortune (de la part de Dieu) en contrepartie d’offrandes que les pasteurs leur exigent, nombreux sont ceux qui désertent leurs religions d’enfance [catholicisme, islam, etc] et s’entassent dans ces ‘églises de réveil’ en espérant vaincre la spirale de la crise. D’où le fait que ces ‘églises de réveil’ ne cessent de proliférer en RDC.

  • Kimbanguisme
Les adeptes de l'église kimbanguiste lors d'un pèlerinage à Nkamba
Les adeptes de l’église kimbanguiste lors d’un pèlerinage à Nkamba

Bien qu’ils aient certains points communs du fait qu’ils prêchent tous la Bible et reconnaissent la divinité de Jésus Christ, le Kimbanguisme a tout de même des particularités qui brouillent la similitude avec les ‘églises de réveil’.

Le Kimbanguisme est une religion syncrétique qui fusionne les enseignements du christianisme avec certaines croyances traditionnelles.

Contrairement aux ‘églises de réveil’, qui croient de façon directe à la souveraineté de Jésus Christ, le Kimbanguisme se présente comme étant la religion de Jésus Christ sur terre par son envoyé spécial Simon Kimbangu (qui en serait le fondateur, selon leur histoire officielle).

Même si le Kimbanguisme enseigne également l’évangile du Christ, il s’attache néanmoins beaucoup plus à la sainteté de Simon Kimbangu et le proclame comme le seul prophète envoyé par Jésus Christ sur terre.

Il prêche l’amour du prochain, l’amour du travail, l’obéissance aux lois divines et, tout comme les pasteurs des ‘églises de réveil’, les chefs religieux kimbanguistes aussi déclarent avoir le monopole des guérisons miraculeuses. Pour y arriver, en sus des prières, ils utilisent l’eau et l’argile venues de Nkamba, une localité à l’ouest de la RDC décrite comme la « ville sainte » vu que c’est le lieu où Simon Kimbangu est né.

  • VU.VA.MU
Tata Nkusu, un chef religieux de VUVAMU
Tata Nkusu Kiambu, un chef religieux de VUVAMU

Si le Kimbanguisme se réfère à la Bible et croit en Jésus Christ par l’intermédiaire de Simon Kimbangu, eh bien dans VU.VA.MU ou « église des noirs » comme certains l’appellent, on reconnait la divinité de Simon Kimbangu, certes, mais la Bible et Jésus Christ y sont les sujets de moquerie.

Comme son nom l’indique, VU.VA.MU, acronyme de « Vutuka Vana Mpambu Uvidila » une phrase en Kikongo qui peut se traduire en français par : « retournons là où nous nous sommes perdus », est une religion négro-africaine qui prône le retour à l’authenticité de la race noire. Car selon elle, les Noirs se seraient perdus à cause de l’adoption des cultures colonialistes.

Le VU.VA.MU enseigne que chacune des races possède son propre dieu, ses premiers ancêtres, sa terre, sa langue et sa culture auxquels elle doit s’attacher fortement. Mais que la race noire aurait perdu les siens à cause de la colonisation qui a apporté ses religions, entre autres, le christianisme. « Raison pour laquelle la race noire est aujourd’hui au bas de l’échiquier mondial », commente Kimpo, un fervent croyant dans VU.VA.MU

Le VU.VA.MU considère Jésus Christ comme un « dieu des Blancs ». Il manifeste un mépris absolu envers la Bible.

Il vénère « M’fumu Kimbangu» (seigneur Kimbangu) qu’il considère comme sauveur et libérateur de la race noire.

Bien que les deux religions croient en Simon Kimbangu, VU.VA.MU fustige le Kimbanguisme en le soupçonnant d’être la nouvelle forme du christianisme.

Voilà juste une poignée de religions qui fascinent en RDC et qui prouvent bien que la plupart des congolais attachent une énorme importance à l’existence d’un être suprême.

Mais malgré cette pluralité des religions, la cohabitation entre Congolais demeure pacifique. Car la tolérance occupe une grande place au détriment de l’intolérance dans la société congolaise.


SIDA ou « Salaire Infime Difficilement Acquis »

des fonctionnaires
Rassemblement des fonctionnaires à la place Golgota à Kinshasa- Gombe.
Photo: John Bompengo/Radio Okapi

Contrairement à ce que vous aurez pensé, il ne s’agit pas du VIH/SIDA, dont les fonctionnaires congolais sont victimes. Il est plutôt question d’un phénomène qui bat son plein dans les familles de nombreux agents de l’administration publique. Baptisé « SIDA » : acronyme qui signifie littéralement « Salaire Infime Difficilement Acquis », ce phénomène est un fléau qui ravage. Et Il a déjà fait plusieurs victimes.

Les foyers se brisent, les suicides s’enchaînent les uns après les autres, etc. Telles sont les conséquences qu’engendre ce phénomène baptisé « SIDA » qui secoue nombreuses familles des fonctionnaires congolais.

La cause : c’est la difficile acquisition du salaire mérité qui incite nombreux agents congolais parfois à se suicider pour abréger leurs souffrances.

En effet, la vie d’un fonctionnaire en République démocratique du Congo est très difficile.

Avec un salaire infime (ou insuffisant, comme l’estiment d’autres) difficilement acquis, d’où l’acronyme « SIDA », un fonctionnaire congolais n’arrive pas à subvenir aux besoins matériels de sa famille. Alors qu’un bon père doit procurer à sa femme et à ses enfants toutes les nécessités de la vie.

Mais suite aux arriérés salariaux qu’ils connaissent, répondre à tous les besoins de sa famille, pour un fonctionnaire congolais, devient une tâche épineuse.

« De ce fait, nombreuses personnes concernées souffrent de sérieux soucis financiers et n’ont qu’une seule issue à ce calvaire : se donner la mort », m’explique Patient Okenge. Ce dernier aussi est un agent de l’Etat. Père de famille, il travaille à la société commerciale des transports et des ports. Il est lui-même témoin de nombreux cas de suicide de ses collègues désespérés. Et il m’explique pourquoi lui, jusque là, il tient le coup :

« J’ai plutôt une technique qui me permet de ne pas sombrer dans l’alcool ou dans le suicide comme c’est le cas pour la plupart de mes pairs », se confit-il à moi avec un ton serein. « Et en plus, je suis de confession chrétienne, la bible condamne le suicide, c’est un péché » ajoute-t-il en souriant.

« Nous arrivons même jusqu’à six mois sans être payés, poursuit-il, et pendant cette période, j’emprunte l’argent aux gens de bonnes volontés, pour subvenir aux besoins de ma famille, en envisageant la restitution une fois que j’aurai mon salaire. Mais avec cet argent emprunté, je priorise en premier lieu, la scolarisation de mes enfants, le loyer et un budget pour  nourrir ma famille. Mais malgré tout, cet argent a toujours été insuffisant pour répondre positivement à tous les besoins nécessaires de ma famille », conclut-il avec un air quasi triste.

Mais à qui la faute alors ? « La faute revient sans doutes aux autorités politiques qui gèrent incorrectement le pays, déclare mon interlocuteur avant de poursuivre : elles gouvernent au détriment de la population congolaise, car si elles étaient de bonne foi, elles auraient déjà fait diligence pour régler cette affaire »

A travers ses déclarations, Patient ne s’était pas retenu de manifester son hostilité envers les gouvernants qui, selon lui, seraient à la base de sa dure vie.

Mais même s’ils souffrent ensemble d’un même problème, les fonctionnaires ne voient pas tous la cause de leur galère sous un même angle. Il fallait avoir l’avis d’Albert Massamba pour en déduire qu’entre eux [les fonctionnaires] les avis ne sont pas homogènes. Ce dernier est aussi agent de l’administration publique. Il travaille à la société nationale d’électricité. A l’instar de ses homologues, il est également victime de ce fameux phénomène « SIDA ». Mais, en opposition à Patient Okenge qui condamnait le gouvernement, Albert Massamba pointe plutôt du doigt ceux qui sont aux commandes des entreprises publiques.

« Les entreprises possèdent suffisamment de liquidités pour mieux payer les travailleurs mais les supérieurs les bloquent. Ils empochent et deviennent de plus en plus riches en clochardisant les subalternes », commente-t-il.

Jusque là les avis divergent quant à ce qui est à la base de mauvaises conditions de vie des agents de l’Etat.

Mais bien qu’aucune solution ne pointe encore à l’horizon, certains fonctionnaires restent quand-même optimistes. Ils endurent et continuent à espérer qu’un jour tout va changer.


Tremblez ! Mobutu Sese Seko réapparait

Mobutu Sese Seko

Il ne s’agit pas du président Joseph Kabila qui est souvent assimilé au feu Mobutu Sese Seko par certaines personnes suite aux abus et dérives qui jalonnent son pouvoir. Il est plutôt question du vrai Mobutu, l’ancien dictateur de l’ex-Zaïre, que je viens de rencontrer récemment sur Twitter. Avec des crises de nerf et un brin de drôlerie dans ses gazouillis, Mobutu nous résume en 140 caractères ses avis sur l’actuel Congo qu’il avait lui-même dirigé d’une main de fer pendant 32 ans.

Comme l’ère du numérique oblige, Mobutu Sese Seko a également rejoint le réseau Twitter à l’instar de nombreuses personnalités de la présente époque. Mais à la seule différence des autres : le feu « roi du Zaïre » nous tweete depuis sa tombe à Rabat, comme il l’a fièrement mentionné dans le profil de son compte Twitter. LapinouAInutile de fouiner dans les archives pour avoir la réponse. Mobutu a pris soin d’arranger son profil  Twitter en fournissant toutes les informations nécessaires pour que personne ne se pose mille et une questions dès qu’il y atterrit.   Ainsi, il suffit de lire son tweet épinglé pour comprendre ce qui l’a poussé à rejoindre Twitter.

En effet, le maréchal n’a pas tort. Depuis sa honteuse fuite en mai 1997 lors de l’avancée de l’AFDL, un groupe d’insurgés conduit par Laurent Désiré Kabila qui sera plus tard son successeur, Mobutu n’a plus jamais prononcé un mot sur son grand Congo qu’on lui avait violement arraché.

Et il faut bien le souligner qu’à l’époque, Twitter et Facebook n’existaient pas encore. Sinon rien ne l’aurait empêché de faire comme Nicolas Sarkozy et autres qui, malgré déchus, continuent à influer sur l’opinion publique à travers les réseaux sociaux.

C’est donc dans ce contexte que Mobutu Sese Seko, bien qu’il mange déjà des pissenlits par la racine, profite de ces outils de communication pour, enfin, parler de son pays à partir de l’au-delà.

LapinouBEn lisant la biographie sur son profil, vous allez directement comprendre de quoi Mobutu parle dans ses « tweets posthumes ».

L’entendre dire que « se faire chasser du pouvoir devient cool quand le successeur enfonce encore le pays dans la merde », rien ne sème le doute que Mobutu a rejoint Twitter avec fureur pour décrier ses successeurs qui, prétendant l’avoir chassé pour rendre le Congo plus beau qu’avant, ont par contre immergé encore le pays dans une profonde misère.

Et je vous rassure qu’il y a des twittos qui lui donnent raison en soutenant son avis selon lequel le pays était mieux sous son règne que maintenant. Ce qui le pousse à tweeter encore et encore pour tenter de regagner la confiance de son peuple même si son retour au pouvoir demeure une utopie.

Par ailleurs, il m’avait fallu parcourir son journal (avec 85 tweets à son compteur) pour découvrir d’autres secrets que Mobutu à déballés au grand public grâce aux internautes qui n’arrêtent pas de lui poser des questions sous peine de ses coups de gueule, évidemment.

Profil du compte Twitter fictif de Mobutu Sese Seko
Profil du compte Twitter fictif de Mobutu Sese Seko

Le plus choquant pour moi c’est sa réaction à propos de la mort de Patrice Lumumba.

Longtemps accusé de l’avoir trahi en le livrant aux assassins, Mobutu brise le silence en déclarant ouvertement à travers un tweet : « Lumumba’s death is in the hands of belgian, not in my ass » ce qui peut se traduire en français : « la mort de Lumumba est entre les mains des belges, pas dans mon cul ».

He oui, Mobutu dans un accès de frénésie ? Evidemment, c’était dans ses habitudes. Mais le voir parler avec une telle dose de vulgarité, ça me parait complètement nouveau. Du coup, j’en étais resté tout ébahi pendant une dizaine de secondes avant de me dilater la rate.

Comme quoi, les gens qui créent et animent les comptes twitter des personnalités disparues pour divertir, ils savent mettre toutes les idées en pratique pour déclencher les fou-rires.

Oui ! Je n’avais pas pu arrêter mon envie de rire quand je lisais les tweets de l’ancien dictateur du zaïre.

Et rassurez-vous que ce compte fictif de Mobutu Sese Seko connait un succès dans la twittosphère congolaise. Il compte déjà une centaine d’abonnés en quelques mois de sa création.

Alors qu’en dites-vous, chers voisins ? Aimeriez-vous passer un moment de divertissement sain entre l’histoire et les éclats de rire ? Abonnez-vous vite à ce compte désopilant !