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Les chants de l’éclipse ne résonnent plus sur l’Afrique

Carnet-afrique
La science apporte la connaissance mais l’éclipse la poésie des traditions. 

Une procession d’enfants, 14 ans pour le plus âgé, munie de boîtes de conserves vides ou de tessons de calebasses confectionnés en castagnettes, les uns pieds nus, les autres chaussés de « maraka gninty »1 sillonnent les ruelles géométriques de Bamako, pour implorer le sort. Ils chantent et entonnent ensemble :

« Diakouma yé kalo minè, ah kè Alla yé i ka bila ! »
« Le chat a attrapé la lune, pour l’amour de Dieu lâche-la ! »

Portés par le côté ludique, ils bravent la chaleur caniculaire et vont de concession en concession pour des micros sit-in  le temps de collecter une offrande que les familles mettent généreusement à leur disposition.

Eclipse copieLeur mélopée litanique dure le temps du phénomène naturel qui absorbe l’attention de tout le monde. Ils s’évertuent et s’activent avec ardeur dans ce parcours improvisé entre les venelles du quartier, convaincus que leur prière portera. Ils ignorent en ce moment que les deux astres sont juste dans un même alignement que la terre et que, sous peu de temps, ils reprendront leur parcours sur leur orbite respectif. Dommage qu’il ait manqué d’adultes disponibles pour leur faire un petit exposé sur le mouvement des planètes autour du soleil. Les programmes scolaires à ce niveau non plus n’avaient pas commencé à accorder un intérêt spécial à l’explication de ce phénomène naturel dans les classes de primaire.

La bande de marmots s’amuse et prend le temps d’observer le soleil à l’œil nu, sans filtres, ni lunettes spécialement conçues pour quantifier à temps réel l’effet de leur candide prière de gosse qui rendrait service à tout le monde. Car l’éclipse, comme la tradition l’a colporté depuis l’aube des temps, aurait une portée mystique et très généralement de très mauvais augure. Exorciser le mauvais sort comme objectif a de quoi motiver plus d’un enfant, de surcroît, agrémenter de prime sous la forme de quelques victuailles en « takoula » (galette de farine de mil), de bonbons, ou pour certains cas un peu d’argent de poche.

Ce voyage dans le temps se situe évidemment dans le début des années 80 où la vulgarisation d’information n’était pas à l’échelle de celle des années 2010.

Novembre 2013. Mais déjà des années avant, la date du 3 novembre 2013 était connue comme celle de l’éclipse de soleil que l’Afrique assisterait en première loge. Et pour aller plus loin dans la précision, la tranche d’heure exacte du phénomène et le tracé précis des zones concernées étaient connus d’avance. La vulgarisation d e l’information aidant au fil des années, les processions de ces « enfants de l’éclipse » dans les rues se font rares et se retrouvent sur la Toile.

Ainsi s’éclipsent les soleils et les traditions

@SoloNiare

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Maraka gninty 1 : Décrit comme des chaussures fermées à la mode chez les Soninké venant des zones rurales, elles sont en plastique avec plusieurs trous comme une passoire. C’est un terme à plaisanterie entre les sanakou (alliance inter ethnique sur la base de vannes)


Soundiata Keïta : L’apologie du pire esclavagiste de l’Afrique au Sud du Sahara

soumangourouLe principe de la « version des vainqueurs » omet intentionnellement de dire que Soundiata Keïta s’était aliéné avec les Almoravides pour combattre Soumangourou Kanté. Des siècles d’impostures soutenues par une version formatée de l’histoire et acheminées, contre leur gré, par une partie des griots, la mémoire d’une culture en perdition.

C’est une institution qui est certes attaquée à travers ce texte, mais un besoin d’éclaircissement s’impose tant le mensonge qui la caractérise est gros et répugnant.

L’opposition farouche du royaume Sosso aux dogmes venant des pays du sable et son refus catégorique de voir prospérer le trafic d’esclave du pouvoir de Niani (capitale de l’Empire du Mali de Soundiata Keïta) avec ces mêmes Almoravides a valu à Soumangourou d’être relégué au rang du Roi sanguinaire et tyrannique que l’histoire nous a injustement transmis.

Le déclin de l’empire Sosso a non seulement ouvert les vannes du plus grand négoce d’esclaves noirs entre le Sud et les Almoravides du Nord, mais surtout, il a permis 9 siècles d’égarements culturels que l’Afrique Sud Saharienne subit. À titre d’exemple, du nom de Dieu aux jours de la semaine dans les différents dialectes passant par les prénoms les plus usuels, pour ne citer que ceux-ci, tous ont fait objet d’une outrancière arabisation sinon d’une substitution pure et simple.

Certains détails avancés plus haut sont encore présents dans les témoignages reçus des griots, les seules mémoires restantes de ces époques grossièrement transmises.

Ecoutez les griots avec attention, leur parole, pleine de sagesse, est truffée d’indices qui vous mettront la puce à l’oreille si jamais ce micro billet n’atteint pas cet objectif.

Solo Niaré
@SoloNiare


Je l’ai mon contrôle au faciès, hourra* !

Controle au Fa23h10, le RER me dépose à ma station, une des moins fréquentées de ma ligne. Nous sommes quatre à descendre de la même voiture qui donne sur l’unique sortie du quai. Indice suffisant pour comprendre que nous sommes des habitués de la ligne car repérer la voiture qui donne immédiatement sur la sortie d’une station s’acquière dans sa fréquentation. Après 500 m de trotte, le petit groupe que nous formions, chacun à son rythme, se sépare. Je suis maintenant seul dans la rue car mon domicile est un peu plus loin de la gare. Ce bout de chemin restant, je le connais par cœur au commerce, au pavé, au lampadaire et à la  signalétique près. Le calme des 3 rues qui forment mon parcours ne donne place qu’à une observation détachée du décor et du mobilier urbain tout autour. Finalement, je me laisse sereinement avaler les distances comme à l’accoutumé jusqu’au digicode de mon entrée.

Soudain, je vois des ombres furtives dans la pénombre d’un distributeur automatique. Chose qui me sort de la torpeur habituelle de cet instant que je vis tous les soirs à mon retour du travail. Je prends inconsciemment 5 secondes d’arrêt, par curiosité désintéressée, pour voir ce qui vient empiéter sur le calme habituel de mon parcours. Je distingue les silhouettes de 5 personnes dont une plaquée au mur. Cette dernière subit une espèce de violence que je ne peux discerner à l’instant précis. Immédiatement, je vois débouler vers moi un type, 1m68, nerveux, vif qui tout en me précipitant vers le mur me demande ce que je fous là à les regarder. Le bout de rose fluo de son brassard et celui des 3 autres m’indiquent alors que j’ai certainement à faire à des agents de police.

Je me laisse faire.

Les tweets ci après postés à chaud 10mn après décrivent au mieux les minutes qui vont suivre.

 

Que la police soit échaudée après plusieurs faits divers autour de contrôles violents ou répétés sur une catégorie de citoyen donnée est une réalité, l’exaspération des personnes qui les subissent et qui le font savoir par des moyens qui n’entrent pas dans le cadre de la loi n’est pas à négliger.

Mais, quelqu’un qui n’a rien à se reprocher ne devrait logiquement rien craindre de l’institution policière. A part générer des stress permanents, ce genre de comportement venant d’un policier ne sert absolument à rien. Un problème d’autorité ? Cet incident était tout sauf un contrôle aléatoire. Je ne m’aventurerai pas à dire combien de trafics ont été démantelé en agissant ainsi. Et je ne soutiendrai pas non plus que ma physionomie et ma tenue vestimentaire me dispensaient cette nuit de subir un contrôle de ce type, si jamais c’était le cas. Je serai alors passible de discrimination au look car le délinquant n’a pas un profil type, il ressemble à tout le monde.

Je suis rentré chez moi avec ce sentiment effroyable que dehors on peut aussi bien se faire agresser par un voyou, contre lequel une riposte d’auto défense est permise, que par un dépositaire de l’autorité publique appartenant à l’institution censée nous protéger, et ce sans réel moyen de recours car il s’agit de sa parole contre la votre (récente jurisprudence).

Solo

 

Hourra* : le sujet est d’actualité, j’ai des éléments pour en parler.


« Vous vous suivez mutuellement », la truculente mise à jour de Twitter

Twitter, en voulant discrètement procéder à une nouvelle mise à jour, comme dans ses habitudes, s’est pris les pieds cette fois-ci dans une buzz qui suscite d’énormes fous rires sur la toile. Celui-ci risque de s’inscrire dans les annales du réseau de microbloging comme sa part de loupé du genre. En effet, lorsqu’on inscrit le pseudonyme d’un twittos1 dans la barre de recherche, l’interface affiche en dessous un burlesque « Vous vous suivez mutuellement » pour quelqu’un qui vous suit et que vous suivez en retour.

Les twittos ne se sont pas fait prier pour saisir aussitôt au bond cette opportunité pour rivaliser dans un concours de vannes des plus tordantes. Il faut dire que le libellé de cette mise à jour, « Vous vous suivez mutuellement », prête sérieusement à confusion avec les multiples allusions qui peuvent s’en dégager.

Les avis sont partagés, mais restent tous unanimes sur le ridicule de la situation. Pendant que certains utilisateurs voient ironiquement dans les sous-entendus une tacite niaiserie des abonnés dont Twitter douterait de la faculté de saisir l’un des principes de base du réseau, notamment le follow2 et le followback3, d’autres y trouvent un accent bestial comme celle d’une meute de chiens qui se reniflent à la queue leu leu pendant une période de rut.

 

Pour l’instant, les tweets en réaction à cette nouveauté défilent de jour en jour sur les timelines4, mettant en avant la surprise des internautes devant cette amusante découverte mais surtout leur inspiration très féconde en matière de quolibets.

 

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1- Un twittos est un utilisateur plus ou moins actif de twitter.
C’est la personne que l’on peut suivre, celle à laquelle on peut s’abonner.

2- Follow un compte sur Twitter consiste à s’y abonner

3- Le followback consiste pour un titulaire de compte sur Twitter de s’abonner en retour au compte de ses nouveaux followers.

4- La Timeline ou TL est la page sur laquelle est publiée et classée les tweets du plus récent au plus ancien.

 


Braconnage : le rhino, « bête de sexe »

Les chiffres sont effrayants. Malgré l’interdiction, le cap des 500 rhinocéros braconnés a été dépassé depuis le début de l’année 2013. A ce rythme, tout laisse à croire que des sommets de la bêtise humaine seront atteints au détriment de la protection d’une des espèces animales la plus en danger d’extinction immédiate. Les seuls chiffres faisant état du massacre, pour leur corne, de 668 rhino en 2012, 448 en 2011, 333 en 2010, 122 en 2009, 83 en 2008 et seulement 13 en 2007 auraient pu inciter à prendre des mesures beaucoup plus efficaces que celle mise en place depuis des lustres et qui peine à mettre fin à ce fléau.

Rhino braconnageMalgré le cantonnement du cheptel restant dans les parcs nationaux et privés, la mobilisation d’unités spéciales des différentes armées des pays concernés en Afrique et, finalement, l’empoisonnement des cornes pour les rendre impropres à la consommation, le rhinocéros continue d’être traqué jusque dans ces derniers retranchements et fusillé à la kalachnikov là où sa sécurité devrait être indiscutable.

Une seule cause à cet horrifiant massacre : un lucratif trafic découlant de la vente des cornes de rhino à prix d’or. A la manœuvre, de puissantes organisations mafieuses supervisant cette contrebande n’hésitent plus à organiser le braconnage comme de véritables opérations de guerre.

Considérée comme un puissant aphrodisiaque dans plusieurs pays d’Asie, la corne de rhinocéros y est négociée à des tarifs dépassant le prix de l’or et de la cocaïne. Une croyance asiatique attribue à sa poudre un pouvoir qui rendrait plus viril et augmenterait les performances sexuelles au même titre que la stimulante pilule bleue, viagra® de son nom.

Pourtant, toutes les études scientifiques sont unanimes pour démontrer que ces affirmations sont loin d’être fondées. La constitution des cornes de rhinocéros se résume principalement à une très forte concentration en kératine, la même matière qui entre dans la composition de nos ongles, de nos cheveux et des sabots des équidés, des cervidés et de certaines autres espèces animales.

Et si la sensibilisation au braconnage passait par le sexe

L’intérêt grandissant des puissantes organisations mafieuses pour ce trafic est fonction de la demande. Prendre à bras le corps toutes les initiatives qui ralentiraient cette demande pour peser sur l’offre serait une alternative sérieuse à tous les combats menés jusqu’ici. De ce point de vue, on devrait commencer à prendre à partie cette croyance fallacieuse, qui fait de la poudre de corne de rhino, cet objet si convoité par les gens en manque d’érection. Si les braconniers ne lésinent plus sur les moyens jusqu’à étendre une corruption à tous les niveaux de la chaine de protection de ces animaux, en face, le combat devrait s’organiser sous un angle plus ingénieux pour une victoire certaine.

Avis à ces messieurs

Le brevet du Viagra étant tombé dans le domaine public après 15 ans de monopole, pas moins de 15 génériques à des prix défiant toute concurrence pullulent aujourd’hui sur le marché. Pourquoi ne pas lancer sa vulgarisation dans une campagne virale auprès de ces fous de sexe qui favorisent ce trafic. Ce qui est certain, ils banderont plus en se rongeant les doigts ou en dégustant une salade de cheveux qu’en snifant des défenses de rhino.

Solo


Fronde anti-religions : le prêche d’un suicidaire convaincu

Quand catholicisme, Islam, us et coutumes d’Afrique en prennent pour leur grade par un infatigable incroyant.

Facebook s’illustre depuis quelques jours avec une hallucinante publication qui est partie pour faire longtemps parler d’elle. Une vidéo dont le contenu est à la base d’un incroyable buzz sur Face 24, une page communautaire parodique et humoristique de France 24, la chaîne de télévision d’information internationale française en continu.

Elle met en scène dans une rue piétonne d’Abidjan, la capitale ivoirienne, un jeune à l’allure d’étudiant, prêchant face à un public résolument acquis à sa cause, des propos outrageusement christianophobe, islamophobe, anti tradition, pro polygame, bref, des thèmes polémiques qui siègent à la une de l’actualité anxiogène des deux dernières décennies. Ce qui est autant plus ahurissant, c’est la pointe d’inconscience avec laquelle il mène sa fronde d’agnostique là où d’autres restent timorés. Le tchatcheur d’Abidjan se lâche et proclame une insoumission d’une rare vigueur au politiquement correct tellement il y va franco dans sa diatribe.

Dans un français ivoirien, empruntant au besoin des formulations verbales à quelques dialectes locaux, les prises de position, la mise en scène, l’interaction avec l’auditoire et la rhétorique de l’orateur nous ramène sans coup férir au très volubiles et amusants « Sorbonniens » des années Henry Konan Bédié, Robert Gueye et Laurent Gbagbo.

Pour mémoire, il y a quelques années, à Abidjan, se développaient des espaces spontanés dont le plus illustre est la « Sorbonne » du Plateau, en référence à la grande université parisienne dont elle tire son « sobriquet ».

Ces espaces, dédiés au verbe libre se vantent d’être les baromètres de la démocratie ivoirienne. Ces forums sont des lieux de regroupement pour des jeunes ivoiriens en soif d’expression sans tabou sur tous les thèmes possibles. Qualifiés de « regroupements de personnes désœuvrées » par la presse locale avec laquelle ils ont toujours eu maille à partir, ces tribuns des rues sont des sortes d’éclairés dans plusieurs domaines, de réels « imbattable» sur les sujets qui les passionnent.

Ces intellectuels des rues d’Abidjan se sont fait remarquer, à chacune de leur prestation, comme de puissants débatteurs, infatigables et pétris de connaissances sur tous les sujets abordés dans un étonnant franc-parler de nos jours. Et comme ils le disent, eux-mêmes, dans un slogan qui les définit à merveille : « Notre langue ne porte pas de caleçon quand bien même la bouche a une discipline.»

Pour revenir à cette vidéo, la pugnacité de l’orateur et sa verve très acerbe contre les dogmes révélés et non révélés en font un cas intéressant. Avec autant d’audace, elle ne pouvait susciter que ces centaines de partages et de commentaires sur le net. Les débats autour des religions et autour de la perte de vitesse actuelle des valeurs traditionnelles africaines ont, du coup, fait peau neuve.

Solo Niaré


Le tourisme sexuel pris à son jeu… de dupe

Le choix, l’étape cruciale

Entre deux récoltes de mangues vertes sur les arbres centenaires bordant l’avenue centrale qui traverse la ville, accompagné de ses amis, Lamptey, surnom d’une ex star ghanéenne du foot donné à Yassine, la vingtaine, se replie avec son groupe sur la plage pour rincer le fruit de leur cueillette du jour. Ils portent tous un pseudo de vedettes du ballon rond qu’ils prennent le soin de floquer sur les maillots de contrefaçons achetés ou échangés contre des noix de coco sur les étales du grand marché de Madina en Guinée.

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Plage du gouverneur (Le Sogué) Guinée

Les mangues seront plus tard conditionnées pour accélérer leur maturité avant d’être proposées à la vente à la sauvette dans les embouteillages. Les clients sont triés sur le volet. Ce sont en général des hauts cadres de l’administration ou, beaucoup plus souvent, des propriétaires de voitures de coopérants internationaux reconnaissables par leurs plaques d’immatriculation : VA pour Voiture Administrative, EP pour Entreprise Privée et CD pour Corps Diplomatique. Le filon est juteux et les jeunes gens, tout à l’atteinte de leur but, ne connaissent aucune autre routine que le risque considérable qu’ils prennent pour se hisser au sommet de ces vieux arbres aux branches souvent fragiles. De très graves à mortelles, les différentes chutes enregistrées jusque là n’ont pu entaché la motivation du groupe dans la réalisation de leur très curieux projet.

Il faut dire aussi qu’elle ne laisse personne de marbre l’image de ces opulentes vacances de leurs précurseurs qui eux ont réussi la traversée vers les horizons scandinaves, l’Europe occidentale, l’Amérique du Nord, l’Australie ou le Japon. De grosses berlines envoyées par fret maritime et quelques nécessaires pour rendre agréable le petit séjour n’excédant pas un mois, précèdent le retour clinquant de ces amis, au bras de leurs épouses blanches.

Djego, un ancien footballeur qui a eu une carrière honorable entre l’Espagne, la France, la Hollande et le Qatar avant sa retraite, fût le premier à leur proposer ce chemin migratoire dans sa toute première version. Moyennant une reconnaissance de dette signée par des notabilités du quartier et souvent accompagnée par la mise en gage de biens immobiliers, il assurait le transport et le séjour en Gambie de tous les candidats pour l’Eldorado (leur appellation et conception de l’occident). Il ne suffisait plus qu’à attendre les charters de sexagénaires auxquelles des tours opérators officiant sur la destination Gambie vendait un tourisme sexuel assuré.

Le conditionnement

Nanti de son expérience d’ancien sportif de haut niveau, Djego prenait à bras le corps les préalables nécessaires au voyage. Six mois d’entraînements intensifs pour acquérir un capital musculaire enviable étaient imposés à tous les postulants. Les séances de percussions et de danses traditionnelles, qui constituent un élément essentiel dans le processus de séduction, étaient également travaillées au détail prêt. Et, pour cela, l’ancienne gloire d’une troupe de danse africaine mondialement connue, recrutée pour l’occasion, s’attelait de très bonne foi à cette tâche. En véritable chef d’entreprise, Djego ne badinait avec aucun détail pour la réussite de du projet. La touche finale qui est la sienne, et dont il est l’un des premiers à soutenir son attrait sur les femmes blanches, est ce look de Rastaman qu’ils arboraient tous. Les dreadlocks ont été travaillés minutieusement une année durant par les jeunes, leur donnant, pendant ces séances de façonnage collégiales sous les cocotiers, l’image sympathique d’une troupe de bonobos en train de s’épouiller. Attitude décriée par leurs différents pourfendeurs qui ne voyaient en cela que la preuve de l’inqualifiable oisiveté d’une jeunesse désœuvrée.

La marchandise enfin prête pour la consommation pouvait être acheminée dans un minibus HIACE, de la firme Toyota, via Koundara vers les frontières sénégalaises puis gambiennes avant les kilomètres de sables fins de la côte atlantique.

Coach et entremetteur

Un ancien professionnel du football de haut niveau est en substance un polyglotte né. Un atout considérable sur lequel Djego s’appuie régulièrement pour placer sa horde auprès des sémillantes retraitées, pour certaines ayant l’âge de leur grand-mère. Les consignes étaient sacrées et devraient être respectées à la lettre en particulier quant au fait de laisser longtemps la sauce mijoter. Créer l’envie, et pour l’entretenir, le coach disait, ne pas céder tout de suite, gage de réussite pour chaque rencontre. De footballeur à fin euro-psycho-sociologue, la frontière n’existait presque plus. Chaque instruction venant de sa part était loin d’être gratuite, mais avait le mérite de toujours provoquer l’effet escompté. Chaque jeune  accoquiné à une fringante dulcinée aux cheveux blancs a plus tard été légalement invité par cette dernière en Europe, à la suite d’un mariage scellé officiellement. Djego s’enorgueillit aujourd’hui d’un taux de réussite flirtant avec les 95%, de quoi susciter l’étrange vénération de toute son écurie.

Les nouveaux réseaux.

En perte de vitesse depuis que ce trafic est couramment dénoncé par les ONG et les associations, les jeunes footeux ont entrepris de piocher dans la besace nationale. Même procédé, mais cible considérablement différente en terme d’âge. Ce sont généralement des jeunes dames en stage pour des ONG internationales ou pour des structures gouvernementales de coopération qui sont « à l’insu de leur plein gré » l’objet de ces assauts Don Juannesques. Lamptey et ses amis, cités plus haut, entrent dans cette catégorie de candidat pour la traversée vers l’occident, non pas par Lampedusa, ni par les cotes italiennes ou grecque, que nenni de tout ça, mais par la voie régulière des aéroports internationaux.

Ayant aperçu et sélectionné leur perle à la musculature de folie, sur une scène lors d’un café concert, pour certaines, ou pour d’autres, au cours d’une traversée vers les plages de Sogbané ou du Sogué à quelques escarmouches en pirogue de Conakry, ces jeunes dames ne jurent plus que par l’exotique black au dreadlocks.

« Ça mord à tous les coups, disent-ils, dès qu’une blanche se présente, attirée par le rythme virevoltant du «doundoumba» (la danse des hommes forts), généralement, trente jours suffisent pour passer de célibataire à marié et de nous retrouver époux et épouse devant un consulat européen pour une demande de visa de long séjour.»

Un flux migratoire légal que l’Occident dénigre de plus en plus en le taxant de mariage gris. L’Occident a ses raisons qui se réfèrent à sa réalité et rarement à celle des autres.

On se perdra à chercher un gagnant ou un perdant à ce nouveau fait de société, comme le titre l’annonce, les règles d’un jeu de dupe on été posées, les premières victimes s’en sont servies pour les retourner contre leur bourreau, dans un jeu de manipulations perfectionnées établies par un des leurs… nanti des clés de l’occident.


Poulailler de l’UMP : les coqs maudits de Sarkozy croisent les ergots.

Un petit voyage dans le temps, c’est ce que cet article propose, précisément en janvier 2012 tout près, dans le brouhaha de l’échéance électorale prévue pour 5 mois plus tard en France. Initialement titré « Avril 2012 : Dans le doute, Sarkozy se dérobe », la crise actuelle au sein de l’UMP donne à cette analyse la hardiesse qui avait fait défaut pour la voir publier à l’époque de sa rédaction.

Sur Twitter, en proposant #ÇaVaCramerEn2012, j’avais, certes, la prétention de me prévaloir d’être à l’origine, plus tard, d’un nouvel hastag qui ferait le buz sur le net. Derrière cette mégalomanie, se révèle, en réalité, l’intention de faire une analyse sur ce que pourrait être un des scénarios du rendez-vous électoral à venir. Une politique fiction ? Oui ! Ça pourrait aussi être le cas.

Une prévision qui se dessine avec tous les contours d’un gros choc qui se prépare, à l’échelle de l’annonce du retrait spontané de la politique de Lionel Jospin. En 2002, ce n’est pas seulement la percée de l’extrême droite, en elle-même, qui a été le vrai événement marquant de cette échéance électorale, mais l’état d’affaiblissement dans lequel le PS s’était retrouvé sans leader légitime pour prendre le relais aussitôt. Les années qui ont suivi seront marquées par une guerre interne entre « dinosaures » du PS, ce qui transforma la gauche politique française en spectateur impuissant et presque résigné devant le règne sans partage de l’UMP.

Nicolas Sarkozy qui avait fait de l’Élysée un réel plan de vie, profite de cette période pour mettre en œuvre son schéma de conquête qui fera de lui, l’actuel président, d’ailleurs, toujours non déclaré candidat à sa propre succession. On y reviendra tout de suite.

Etre président sous-entend une préparation de longue date, de très longue haleine et surtout une succession d’intrigues les plus rocambolesques. Sarkozy ne se privera pas de parricides depuis la mairie de Neuilly jusqu’à la porte de l’Élysée pour arriver à ces fins, les plus illustres de ceux qui trinqueront dans ce jeu : Balladur et Jacques Chirac pour lequel il a failli devenir le gendre idéal.

 » Quand on pense qu’il nous a vu en chemises de nuit !… » s’était outrée, à l’époque, Bernadette Chirac lorsque Sarkozy avait préféré Edouard Balladur à son époux.

Néanmoins, il revient en puissance dans le gouvernement du corrézien, ex maire de la Ville de Paris, deux fois comme locataire du Ministère de l’intérieur et une fois à Bercy.

Cet épisode va lui permettre de prendre une longueur d’avance considérable sur tous ses amis politiques en se tissant un des réseaux d’influence les plus aboutis et des plus puissants dans le milieu.

Un autre atout non moins négligeable en sa faveur : le fait d’avoir été précédemment désigné comme suppléant logique d’Alain Juppé à la tête de l’UMP suite à la condamnation de ce dernier dans l’affaire des emplois fictifs à la mairie de Paris. Un boulevard s’ouvre ainsi devant Sarkozy avec cet instrument unique face à une gauche qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les malheurs de Sarkozy prennent leur départ à cette date. Sa montée en flèche ne fait pas que des ravis dans son propre camp. Sa croisade contre toutes ses toiles d’araignées qui figeaient la Droite est publiquement saluée, mais frustre ses outsiders directs qui passent du coup pour des chétifs politiques sans initiatives. Tous les mérites semblent revenir à un seul homme, lui et, par conséquent suscitera un sentiment humain autour de lui :  la jalousie.

De plus, pour l’ex maire de Neuilly, passer de parricide qui lui avait été utile dans sa fulgurante progression au sommet de l’état à fratricide pour réduire ses amis politiques en simples exécutant de sa stratégie de « réformateur » a été chose très aisée.

Il écarte Jean François Copé, sans états d’âme, en l’envoyant s’occuper des échancrures du parti état. Fillon qui semble le plus mou et le plus flexible est gardé dans son giron pour l’avoir à l’œil. Sarkozy, à partir de cet instant, semble avoir pris toutes les dispositions pour s’assurer deux mandats successifs. Les rancœurs sont trop fortes et très prononcées. « Faisons semblant de l’épauler presque à la limite de l’adulation, mais en servant plutôt sa perte » Voici l’impression qui se dégage de la ferveur que toutes ses reformes impopulaires rencontrent dans sa famille politique tant l’apport d’expertise et de contre expertise lui fera défaut. C’est à se demander si l’UMP était réellement parti pour faire deux mandats.

Avec 60% d’opinion défavorable en moyenne durant cinq ans, on a bien le droit de ne pas prendre en compte les sondages, mais celui de se poser des questions semble être une évidence pour un homme politique. On le pousse sur l’échafaud, des peaux de banane parsèment sa route. Aveuglé par le pouvoir et par ce besoin d’être différent de ces prédécesseurs, Sarkozy gobe tout ce qui apporte un aspect novateur à sa gouvernance. On l’envoie à sa perte, « à l’insu de son propre gré ». On le laisse se brûler seul les doigts dans des initiatives absurdes et sans aucun intérêt : Au Sénégal, il soulèvera un tôlé général avec « l’homme noir n’est pas suffisamment entré dans l’histoire ». Un dérapage qui aurait pu être évité si son discours avait bénéficié d’une attention juste de ces conseillers. On le pousse à éjecter de son gouvernement les nouvelles figures issues de l’immigration. Rachida Dati, Rama Yade, Fadela Amara et Azouz seront ainsi sacrifiés sur l’hôtel du chantage que lui font certains anciens du RPR.

Les sondages périodiques défavorables vont le pousser vers la pêche aux voix sur le terrain de l’extrême droite. Il tourne aussitôt le dos aux immigrés non communautaires auxquels il avait promis la participation aux élections locales et ne leur reconnaît pas ainsi l’effort des 12 milliards d’euros qu’ils apportent annuellement à la France. Ses discours deviennent des clones de ceux de Le Pen père. La gauche, elle, est prise à défaut par les escarmouches des snipers qui amènent le débat à l’échelle des caniveaux.

Ce quinquennat se résume ainsi jusqu’à la période des primaires socialistes où l’on sent un semblant de résurrection de l’opposition suite à la vedette qu’elle arrive enfin à voler à l’hyper Président. Effet électrochoc, dirait on, car Sarkozy constate cette prise du poil de la bête en face. Il s’assagit soudainement et prend du recul pour évaluer le dégât. Les coups de poignard dans le dos s’intensifient et se font désormais à visage découvert dans son propre camp. De certains membres de son gouvernement jusqu’au simple député lambda de la droite, on ne tarit plus en critique au sujet du Président. Sarkozy se sent lâché et trahit. Il sort de son silence, à Lille, lors de sa présentation des vœux aux fonctionnaires où, il indiquera, en réponse à une invective de Martine Aubry, premier secrétaire du PS, sa désolation devant les propos de Bernard Accoyer, pourtant, président de l’assemblée nationale sous bannière UMP, qui sous entendaient une possible défaite en avril prochain.

La moue de ce jour de Sarkozy est la même qu’il affiche à la télé en disant : « J’ai un rendez-vous avec les Français, je ne m’y déroberai pas« . Beaucoup de personnes se hâte en trouvant dans cette déclaration qu’il serait candidat à un nouveau mandat présidentiel. Pourtant, à sa présentation des vœux à la presse, ce mardi 31 janvier, il en rajoute une autre encore plus énigmatique : « J’essayerai de continuer à vous surprendre et peut-être avec une certaine malice, à déjouer certains de vos commentaires et parfois de vos pronostiques. » La seule façon d’y arriver serait de ne pas prendre le départ avec les autres. Les dés son pipés, il le sait, sauf miracle, rien ne lui évitera de gouter à l’amère breuvage d’un échec à une élection présidentielle. Ce n’est pas ce Nicolas Sarkozy qui fera ce plaisir à Copé et à Fillon. Il ne se présentera pas tout simplement aux élections à venir, en prenant le soin de ne pas laisser les autres se préparer. Il se retirera du paysage politique avec l’ambition d’un retour en 2017. Un retour en fanfare, puisqu’il croit plus que jamais à la nature amnésique du peuple qui viendrait le chercher pour sauver la droite restée dans la même configuration désuète que le PS après le départ inopiné de Jospin. Jusqu’au bout, il veut une présidence différente à celle de ses prédécesseurs. La droite a mieux à se chercher un candidat fissa fissa.

Le Wonk.