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Contre la barbarie des Dominicains sur des Haïtiens ? Protestation, et après ?

Credit photo: Netty Duclaire
Credit photo: Netty Duclaire

Ce mercredi 25 février 2015, une marche s’est tenue à Port-au-Prince par divers secteurs de la société civile et de la classe politique pour protester contre le racisme en République dominicaine et l’anti-haïtianisme développés par des dominicains depuis de nombreuses années. Beaucoup d’Haïtiens sont victimes d’actes barbares dans la République voisine. Le dernier cas en date, c’est l’assassinat suivi de la pendaison du jeune haïtien Claude Jean Harry. Cet acte odieux semble soulever la colère de beaucoup d’haïtiens qui demandent, comme toujours, que justice soit faite.  Parti du champ de Mars jusqu’au-devant de l’ambassade de la République Dominicaine, le message a été clair : « Justice pour Claude Jean Harry » et « Non au racisme et l’anti-haïtianisme des dominicains ».

Mis au point

C’est un secret de polichinelle : Haïti et la République Dominique vivent depuis très longtemps de forts moments mouvementés et de tensions. Leurs rapports se définissent sur des conflits à répétition. Bien qu’elles partagent la même Île, la relation que les deux Républiques développent est teintée de préjugés, de discriminations, des perceptions (bonnes ou mauvaises). De génération en génération, nous sommes grandis avec tout un ensemble d’attitudes et de comportements mutuellement haïssables.

À notre connaissance, depuis le massacre des milliers d’haïtiens en 1937, jusqu’à date, Haïti continue d’enregistrer des cas de malfaisance perpétrés contre des haïtiens en République Dominicaine. En réaction, nous protestons. Nous nous sommes tous sentis indignés. À nous voir, nous dirions qu’enfin, nous allons en profiter pour tirer de bonnes leçons, ou mettre notre devoir au propre! Mais ce n’est que de la fugacité !

Désormais, cela se voit dans notre manière d’agir. D’autres événements malheureux l’ont déjà montré : dans les catastrophes naturelles (cyclone, séisme du 12 janvier) ou autre chose de malheur. Une fois que nous finissons de traverser le choc émotionnel, nous retournons à notre manière de vie au préalable, en attente du prochain événement.

Crédit photo: Yvens Rumbold
Crédit photo: Yvens Rumbold

Aujourd’hui, nous craignons que marcher contre la barbarie avérée des dominicains ne reste pas, tout simplement, une réaction purement dégagée parce que cela touche à nos nerfs. Il ne suffit donc pas de nous plaindre, mais de faire en sorte que les haïtiens reconnaissent qu’ils appartiennent à Haïti, et qu’il revient, à eux-mêmes, de le rendre vivable.

En fait, nous le savons, le nombre d’haïtiens qui vivent en République Dominicaine représentent un poids considérable sur son territoire. Toutefois, pour ceux-là qui se demandent pourquoi les haïtiens ne restent pas dans leur pays, la réponse s’ensuit:

Comment demander aux haïtiens de rester dans leur pays quand leurs conditions de vie sont encore pitoyables ; quand il n’existe pas d’espaces universitaires qui répondent au besoin d’étude des milliers de jeunes qui bouclent leurs études classiques chaque année ; quand les élites économiques ne peuvent pas se mettre ensemble pour investir à bon escient dans l’éducation, la construction d’hôpitaux ou de centres de santé qui faciliteraient l’accès au soin de santé des haïtiens; quand il n’existe pas vraiment d’espaces de loisirs? C’est de cela qu’il s’agit également.

Oui, nous protestons contre toutes formes d’actes de férocité et de sauvagerie des dominicains sur des haïtiens, mais et après ? Nous reviendrons à la case de départ, comme toujours !

Un pays qu’Haïti a aidé à conquérir son indépendance en Février 1844 pouvait offrir mieux comme redevance. Les autorités responsables des deux pays doivent s’engager pour améliorer les rapports entre les deux Républiques. Il est de leur devoir de dégager une volonté politique pour la bonne gestion de l’Île. D’ailleurs, si aujourd’hui, les citoyens dominicains et haïtiens ne se tolèrent pas mutuellement, c’est parce qu’à la base il existe un problème lié au mode de socialisation dont ils bénéficient, à l’école principalement.

En somme, si nous voulons que les haïtiens développent le sentiment réel d’appartenance à Haïti, il faut que tout le monde s’engage à agir en conséquence. Il faut que l’État et le reste du corps social se mobilisent dans la formation des haïtiens, dans l’investissement. C’est encore et toujours, purement et simplement, la même logique : « quand il n’y a pas mieux dans leur pays, les haïtiens iront tous chercher ailleurs ». Nous devons donc, nous-mêmes, rendre vivable notre pays ! Aimons Haïti!

Worlgenson NOEL

 


Haïti/Carnaval 2015 : du plaisir, du rire aux pleurs

Plezi kanaval
Plezi kanaval

Pour la deuxième journée du carnaval national de Port-au-Prince, une électrocution, suivie d’une bousculade a fait des victimes sur le char Barikad Crew, un groupe de hip-hop très populaire au sein des jeunes haïtiens. Ce drame est arrivé entre 2h et 3h du matin. Beaucoup de victimes : des blessés et des morts. Une catastrophe de plus pour Haïti. Une de trop, dirait-on !

Tôt dans la matinée du 17 février, l’atmosphère du plaisir carnavalesque est passée au déplaisir mortifère. Port-au-Prince a dû attendre pendant trois ans son carnaval national sous l’ère Martelly. Elle l’a eu. Mais elle pleure. Personne ne l’avait prévue. Le peuple Haïtien n’en avait pas besoin en ce moment. Surtout pas quelques instants après s’être sorti d’une période de grève nationale contre la réticence du gouvernement en place de faire baisser les prix des produits pétroliers sur le marché. L’on se le rappelle encore, la capitale Haïtienne avait frémi sous la panique face au climat tendu qui avait été de mise dans les rues.

Aujourd’hui, il ne s’agit pas d’une alerte à la terreur, Haïti va faire, pour de bon, le deuil de ses propres fils qui étaient venus chercher du plaisir dans les festivités carnavalesques. Ces pauvres gens étaient venus s’amuser. Juste cela ! Ils ont recueilli quelque chose d’autre qu’ils n’ont certainement pas cherché. La tragédie est venue à eux. Très drôle !

Dans un instant, l’atmosphère de grande réjouissance est transformée en une véritable catastrophe nationale. C’est la vraie pagaille. Des dizaines de blessés sont transportés d’urgence dans les hôpitaux. Plus d’une dizaine de morts sont répertoriés par les responsables. A cet effet, le gouvernement a décidé de décréter (3) trois journées de deuil national. Les autorités promettent d’accompagner les victimes et de porter assistance à leurs familles.

Avec sa meringue carnavalesque « Toutouni », ce groupe à tendance rap a toujours drainé la grande foule derrière lui. A présent, une très grande partie de la population est affectée par cet événement malheureux qui vient s’ajouter à la liste des mésaventures de la bande de la rue Nicolas. En juin 2008, Barikad Crew a déjà été victime d’un accident de voiture coûtant la vie à quatre de ses membres.

Cette épouvantable situation vient s’ajouter aux différents malheurs qui surgissent sur Haïti de temps en temps. Des catastrophes naturelles et humanitaires (cyclones, séisme du 12 janvier 2010) jusqu’aux désastres politiques qui continuent d’affecter tout l’ensemble de cette pauvre population, c’en est trop ! Haïti, ce pauvre Pays, doit s’armer de courage pour ne pas seulement pleurer ses morts, mais pour tirer les leçons, ce afin d’éviter que d’autres tragédies ne se reproduisent plus à l’avenir !

Worlgenson NOEL

 


Une éducation pour quelle société en Haïti ?

Crédit photo: www.ei-ie.org
Crédit photo: www.ei-ie.org

L’éducation reste toujours la seule substance qui permet aux sociétés de progresser. Elle est l’épine dorsale qui alimente et guide la conduite des individus, selon les modes d’évolution de leurs milieux. Cela dit, pour comprendre le fonctionnement d’une société quelconque, notamment Haïti, il est impérieux de porter son regard sur son système éducatif. Toutefois, eu égard au fonctionnement de la société haïtienne, l’on peut se demander si l’éducation a été vraiment au centre des préoccupations des hommes d’Etat, comme l’a fait remarqué Jean Price Mars dans La Vocation de l’élite.

A un moment où l’administration en place se vante d’avoir  le mérite de faire de l’éducation son principal cheval de bataille, je me vois dans la nécessité de porter certains facteurs-freins à l’attention des acteurs les plus concernés. Loin de là l’idée de noyauter de plein fouet dans la problématique du système éducatif en Haïti en général. Mais il m’est un droit d’exprimer ma pensée librement sur des « aspects-malaises » y relatifs. A cela, il importe de s’interroger sur la vision de l’Etat sur la question de l’éducation. D’ailleurs, la constitution de 1987 impute à celui-ci la charge de l’éducation sur tout le territoire national. En revanche, il ne suffit donc pas de construire des établissements d’enseignement, mais de repenser à ce qui constitue l’essence du programme pédagogique, pour s’assurer que les connaissances véhiculées peuvent contribuer au progrès de la société.

En effet, je me sursois sur des institutions fondamentales de socialisation, comme la famille et l’école, qui confrontent à de véritables problèmes nécessitant de nouvelles réflexions. Si dans des pays occidentalisés, la famille et l’école ont une « complémentarité fonctionnelle », en Haïti, elles constituent des « ennemis jurés », pour paraphraser Jean Casimir dans La culture opprimée.

A l’heure actuelle, les conditions de précarité socio-économique des parents en Haïti affectent l’influence qu’ils pouvaient réellement exercer sur leurs enfants, notamment en leur transmettant de notions indissociables au développement de la société. Selon qu’elles soient appartenues à une position sociale, les familles haïtiennes ne pratiquent pas le même type d’éducation. Si d’un côté, celles qui possèdent un certain pouvoir d’achat plus élevé choisissent de placer leurs enfants dans des écoles dites « prestigieuses » coûtant les yeux de la tête, d’un autre côté, celles-là qui arrivent à peine à gérer à leur quotidien n’ont pas d’autre choix que d’envoyer leurs enfants à une école où les enseignants sont censés être dépourvus de qualité et de compétence en la matière.

Dans le même sens, cette dichotomie qui s’énonce autour des différents types d’écoles : « Bòlèt», Collèges, Lycées et Congréganistes, fragmentant et fragilisant davantage la société, constitue un élément important sur lequel doit agir l’Etat Haïtien pour redynamiser le système éducatif. Ce dernier est teinté d’un ensemble de préjugés alimentés dans les milieux scolaires et universitaires, lesquels auront de graves répercussions sur le tissu social haïtien.

www.hpnhaiti.com
www.hpnhaiti.com

Parallèlement, il faut considérer la logique de la langue d’enseignement dans les écoles en Haïti. En effet, l’une des difficultés s’attachant à la problématique de l’enseignement réside également dans le facteur linguistique : français et créole. Le niveau d’adaptation reste compliqué. Les enfants qui s’expriment et comprennent mal le français sont contraints d’étudier dans cette langue. Ce qui fait qu’au terme de leurs études classiques, la plupart d’entre eux n’arrivent pas toujours à produire ou expliciter normalement un point de vue dans cette langue héritée de la colonisation française.

Aussi sommes-nous amenés à nous demander si l’Etat Haïtien veut que les gens étudient. La justification se retrouve dans le mauvais traitement accordé aux institutions publiques d’enseignement, notamment les écoles Nationales, les Lycées et l’Université d’Etat. Il ne se passe pas une année pour qu’il n’y ait pas de grèves, de manifestations dans les Lycées ou à l’Université, pour des causes liées à leurs mauvaises gestions (salaire, absence de professeurs, etc.). Tous les acteurs-dirigeants connaissent la réalité, mais ils ne s’investissent pas assez pour la changer. (Réf. :https://worlgenson.mondoblog.org/2015/02/02/pour-une-jeunesse-responsable-citoyenne-et-engagee-dans-le-processus-de-developpement-du-pays/ )

Entre autres, jusqu’à date, la méthode d’enseignement en Haïti se base sur la récitation. En ce sens, dans la Vocation de l’élite, l’écrivain haïtien, Jean Price Mars, avait critiqué le principe de cet enseignement administré suivant un modèle de savoir : inculquer par gavage du plus grand nombre de connaissance à un enfant ou un adolescent sans se préoccuper si ce savoir est assimilable et assimilé par ces cerveaux auxquels on les destine, ou si ces connaissances répondent aux conditions d’évolution historique et autre de la société à laquelle ils appartiennent. 

Dans le même ordre d’idées,  je peux compter sur le bout de mes doigts le nombre d’écoles en Haïti avec des conseillers pédagogiques, des psychopédagogues qui favoriseraient une meilleure adaptation du système d’apprentissage.

Aujourd’hui, si Haïti se veut d’une société démocratique responsable, à l’instar de tout autre élément qu’on peut apprendre aux enfants, il faut une éducation à la citoyenneté. Tant dans les familles que dans les institutions d’enseignement, l’Etat doit s’assurer qu’un travail de base soit fait à ce sujet. On parle, dans un certain sens, de l’instruction civique. Par cela est garantie la construction d’une société où les citoyens jouissent normalement de leurs droits et accomplissent leurs devoirs. Cela étant, dès son plus jeune âge, l’individu apprend à connaitre les systèmes et les institutions politiques en vigueur dans les sociétés, dont la sienne. Il s’ensuit que les acteurs qui cohabitent cette société libre et autonome, sauront assumer les responsabilités qui leur reviennent pour son évolution.

Donc, l’avenir de la société haïtienne dépend de la qualité de la formation reçue dans les institutions de base dont la famille et l’école. Celles-ci se doivent de développer le sentiment d’appartenance aux citoyens par rapport au pays. En ce sens, pour avoir à l’avenir une élite avec son regard tourné sur Haïti, et qui répond à sa vocation  de leadership, il faut mettre le poids sur la qualité de formation, susceptible de répondre, principalement, aux défis dont fait face la société haïtienne.

 A côté des autres ambigüités qui caractérisent le système éducatif haïtien, des efforts peuvent être consentis vers un processus d’adaptation aux réalités qui se présentent dans l’évolution de la société. En ce sens, les familles et les écoles doivent apprendre aux gens, dès leur jeune âge, à penser à « l’individu-haïtien », ou à Haïti avant tout, comme milieu leur appartenant. Une éducation de qualité axée en adéquation au tempérament du peuple haïtien, ses modes de fonctionnement, favoriserait donc une meilleure compréhension de ses réalités. Ce qui facilitera une canalisation des actions visant à résoudre les différents maux qui n’ont guère cessé d’entortiller les pas du pays sur la voie du développement.

Worlgenson NOEL


Haïti/grève: la capitale est assommée par la panique


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Cette semaine, la ville de Port-au-Prince est en effervescence. La poursuite de la grève entamée pour la révision, en Haïti, à la baisse des prix de produits pétroliers continue de faire la vague. Les opposants au régime en place n’ont pas manqué de profiter de la situation pour mieux assoir leurs revendications.

La ville de Port-au-Prince s’est réveillée sous la grande  panique, ce lundi 09 février. Tôt dans la matinée, plusieurs accès de la Capitale étaient barricadés par des pneus enflammés, par de grosses pierres. Des rues sont désertes. Port-au-Prince est en convulsion.

Depuis le week-end, des syndicalistes et des membres de l’opposition « démocratique » avaient déjà annoncé deux journées de grève, allant du lundi 9 au mardi 10 février 2015. Par la même occasionné, des rumeurs, qui circulaient au sein de la population, faisaient état de potentiels actes de violence dont seraient victimes quiconque choisirait d’avoir un comportement d’aller à l’encontre de la grève. Ces rumeurs qui font peur s’orientaient même à l’endroit des parents qui se payeraient le luxe d’envoyer leurs enfants à l’école, au péril de leur vie. Drôle !

Cela va s’en dire ! Ce climat de grève traumatise toutes les échelles de la société. Le transport en commun était paralysé. Les commerçants, pour la plupart, étaient contraints  de fermer leurs marchandises. Les professionnels, pour le moins qu’on puisse dire, étaient restés chez eux. La capitale était assombrie par la panique. Dès lors, dans un sens ou dans un autre, on participe à la grève, sans prendre les rues. A la juste exception, bien sûr, des policiers qui étaient sur pied de guerre, comme l’avait prévu l’administration en place. D’ailleurs, cette dernière  n’a pas manqué d’envahir l’espace médiatique par des discours préenregistrés pour lancer des appels à la sérénité, mais surtout elle a mis en garde les éventuels cas de violence des grévistes et manifestants.

Depuis la veille, le directeur de la Police Nationale d’Haïti (PNH) avait frappé le poing sur la table. Les forces de l’ordre avaient pour mission de « mettre de l’ordre », et d’arrêter les « fauteurs de troubles ». Le Premier Ministre Evans Paul, pour sa part, avait tenté vainement de rassurer la population, en l’ordonnant de « vaquer » pleinement et normalement à ses occupations. Un mauvais signal : la méfiance de la population !

C’est quand même dommage, si la société est arrivée à un état pareil. Les paroles de nos hommes d’Etat n’ont pas fait autorité. La panique annoncée par des acteurs civils a eu gain de cause.  Elle était bien de mise. Les autorités ne pouvaient  faire pas grand-chose !

Dans la foulée, il faut souligner qu’en moins de deux semaines, le pays a connu des situations de turbulence dues au refus du gouvernement de baisser le prix des produits pétroliers sur le marché. Des syndicalistes, en passant par une frange de l’opposition, jusqu`au mouvement des groupes d’étudiants, pas mal de dégâts ont été enregistrés, dont l’incendie d’une voiture de l’État.

Certes, d’une manière ou d’une autre, la baisse de prix des produits pétroliers sera profitable à tous. Mais il est du devoir du gouvernement d’expliquer à la population le mécanisme d’évolution de ces questions économiques sur le marché mondial, les retombées qu’entrainent toutes les prises de décisions, dans un sens ou un autre. Cela éviterait, en conséquence, toutes formes de manipulation et de confusion susceptibles d’être orchestrées par des acteurs sur la scène politiques.

De deux choses, l’une, dit-on ! Face au mur, le gouvernement doit prendre une décision : tenir la tête aux protestations et recommandations faites par les grévistes et manifestants ou céder, contre lui-même, à leurs revendications, au-delà des éventuels impacts qui s’annonceraient sur l’économie national.

Worlgenson NOEL

gensonoel@gmail.com


Haiti: Vingt-huit (28) après la chute de la dictature, le bilan est plutôt maigre

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Image: kokoye.over-blog.com

Depuis 1986, 07 février est restée une date fatidique dans l’histoire d’Haïti. Elle marque la rupture d’une période de dictature qui avait longtemps duré, depuis l’avènement de Papa Doc au pouvoir, jusqu’à la chute de son fils, Baby Doc. La fin du règne des Duvalier était aussi et surtout celle d’une série de tortures mentales et physiques dont étaient victimes des éléments de l’ensemble de la population. C’était le  jour de la victoire de tout un peuple qui soupirait dans l’attente d’une Haïti nouvelle. L’ère d’un véritable changement de vie avait sonné. Mais hormis les véritables acquis démocratiques dont nous jouissons, à tort ou à raison, dont la liberté individuelle, la liberté d’expression, la réalité reste pitoyable.

En fait, les jeunes de ma génération n’ont pas connu réellement la monstruosité qui caractérisait le régime des Duvalier. Ils ne l’ont pas vécu dans leur chair. Ils n’ont donc pas intégré dans leur conscience l’Etat Duvalérien, dans sa substance. En revanche, après 1986, ils sont les témoins et les victimes de la déstructuration d’un Etat emparé par des acteurs politiques décrédités, qui se chamaillent au jour le jour, et qui sont en perte de plumes, de plus en plus, sur la scène politique. Ils sont également victimes d’une société assainie par toutes formes disparités, d’inégalités, de préjugés et de discriminations qui sont des véritables freins au développement du pays.

Vingt-huit (28) ans après, comme je l’ai dit dans l’un de mes précédents billets, les citoyens sont de plus en plus  préoccupés par l’assurance de leur quotidien. Les conditions de misère de la population n’a pas vraiment changé, à cause des mauvais comportements affichés comme dirigeants.

Vingt-huit (28) ans après, nous continuons à nous battre contre nous-mêmes, comme des loups dans la forêt. Alors que  le reste de la population vivote de plus en plus dans la crasse. C’est un pays qui génère de la frustration, la colère, le dégoût, le découragement chez ses propres enfants. Si bien que, depuis très longtemps, les haïtiens fuient le pays, en quête d’une vie meilleure. Beaucoup d’autres encore rêvent à le faire. La réussite n’est pas assurée ! Ceux qui y sont restés, bien qu’ils subissent la situation, le font parce qu’ils n’ont pas d’autres choix ou pour d’autres motivations.

Des catastrophes naturelles à celles engendrées par les acteurs politiques, le pays subsiste  encore. L’espoir est toujours dans l’esprit des haïtiens. Certains sont persuadés que la situation va changer. D’autres n’y croient pas du tout ! Mais l’essentiel, ce ni le croire ni l’espérer ! Il faut  que toutes les couches sociales prennent leurs responsabilités et s’engagent pour le progrès du pays.

Aujourd’hui, il est temps de nous regarder dans le miroir. Il faut nous questionner sur le bilan de l’après 1986. La réalité est sous nos yeux ! Point n’est besoin de chercher midi à quatorze heures. L’échec est partant. Le bilan est maigre. Cela dit, vingt-huit (28) ans après, beaucoup d’efforts restent à faire. Haïti a besoin de nouveaux leaders qui pensent et qui œuvrent pour les Haïtiens. Et l’émergence de ce nouveau leadership passe nécessairement à travers une prise de conscience collective. En ce sens, il est impérieux de se mettre ensemble autour des intérêts nationaux, pour pouvoir réellement aboutir à une Haïti vivable !

Worlgenson NOEL

gensonoel@gmail.com


Pour une jeunesse responsable, citoyenne et engagée dans le processus de développement du pays !

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Parler de la problématique de la jeunesse revient à faire un exercice difficile et complexe, surtout quand nous tenons compte de la réalité socio-économique et politique du pays. Nous risquons donc de nous perdre dans des éternelles redites, jusqu’à nous éterniser et nous apitoyer sur notre sort, pour finalement nous dire : ouf ! Nous en avons assez ! Ce pays ne nous offre rien. Nous devons le quitter, un jour où l’autre.

Depuis très longtemps, beaucoup d’haïtiens rêvent de quitter le pays. Certains y sont déjà parvenus, d’autres le feront encore. Que ce soient dans les petits pays de la Caraïbes, dans l’Amérique du Sud ou autre, par voie maritime ou aérienne, ils laissent le pays. De nos jours, les jeunes de notre génération partent pour le Brésil, l’équateur, le Mexique, le Chili, la République Dominicaine. Ce n’est pas nécessairement pour des raisons d’étude, mais surtout pour améliorer leurs conditions de vie qui sont pitoyables dans notre pays. Ils cherchent donc tous un mieux-être ailleurs, parce qu’il n’y a pas mieux ici.

De la politique, c’est la catastrophe

Dès leur plus jeune âge, on apprend aux jeunes à avoir peur de la politique. Oser parler de politique à la famille, ou dans d’autres milieux, c’est dégainer toutes les forces du mal contre soi. C’est le résultat du comportement des acteurs sur la scène politique qui priment leurs intérêts sur ceux de l’ensemble de la population, depuis les périodes d’antan. Les luttes pour le pouvoir, la corruption, les coups bas, etc. sont entre autres éléments qui teintent cette sphère et laissent des mauvais goûts dans l’encrage de l’ensemble de la société. Il faut donc avoir beaucoup d’audace pour s’y intégrer, pour le meilleur et pour le pire. Cela constitue un blocage qui suscite des réticences certaines de la part des jeunes qui évoluent déjà en toute vulnérabilité et fragilité, du fait d’être l’objet de toutes formes de manipulation de différents acteurs dans la sphère politique.

Jeunesse, chiffres, l’âge et représentations 

Pour les Nations Unies, les jeu­nes concernent la tranche d’âge de 15 à 24 ans. C’est la période qui couvre une partie de l’enfance et de l’ado­lescence qui, elle-même, s’étend jusqu’à l’âge de 18 ans et 19 ans.  Selon un rapport du fonds des Nations Unies pour la Population en Haïti (UNFPA- Haïti) titré « Haïti en chiffre », les jeunes de 15 à 24 ans représentent plus de 20% de la population totale du pays. « La population des Jeunes âgés de 15 à 24 ans révolus a cru à un rythme plus rapide que la population totale (3% contre 2,5% l’an), au cours de la période comprise entre les recense­ments de 1982 et de 2003». Pour ce rapport, « la croissance démographique chez les jeu­nes a été particulièrement accélérée en milieu urbain où elle a avoisiné le niveau de 6% l’an, au cours de la période intercensitaire. A ce rythme, la population urbaine des Jeunes, 1.795.267 in­dividus en 2003, devrait doubler d’ici à 2015. ».

Dans son article «La jeunesse comme phase transitoire et comme classe sociale», le  sociologue Jean-Marie Bergeret utilise le concept de classe sociale que constitue la jeunesse, avec ses habitudes, notamment ses habitudes de consommation. Mais une classe toujours en mouvement puisque c’est une classe d’âge et non pas une classe de personnes condamnées à y rester toute leur vie. En revanche, c’est une classe sociale à problèmes, et avec ses problèmes.

En Haïti, nous parlons d’une jeunesse amortie par des disparités sociales, des préjugés, des discriminations. Des réalités qui se retrouvent dans les fibres de la société haïtienne elle-même. Selon qu’un jeune soit élevé dans une famille monoparentale, dans un quartier défavorisé, ou dans un milieu rural, ou autre, il peut faire l’objet d’une série de préjugés liés potentiellement à ce qu’il représente au sein même de sa catégorie sociale. Il s’agit, en fait, d’une jeunesse désespérée à la recherche d’emploi, quoiqu’ayant une certaine formation dans un domaine quelconque, mais qui continue de  « piaffer  sur le béton ». Un problème d’intégration dû à une forme d’exclusion ou un manque d’effort.

Cela étant, vivre sa jeunesse en Haïti implique nécessairement le vacillement entre les soubresauts qui caractérisent la vie en Haïti, le stress du quotidien, la colère, la frustration, et l’envie ou le rêve de partir un jour où l’autre, en quête d’un aller-mieux ailleurs.

Oui à l’éducation de la jeunesse 

Point n’est besoin de rappeler ce que représente l’éducation dans la bonne marche d’une société quelconque. Mais il est utile de porter un regard critique sur certains facteurs de l’éducation en Haïti. Un problème de socialisation de l’individu-haïtien dont se chargent la famille et l’école principalement. Rien qu’à travers ces instances fondamentales de transmission de savoir se posent de véritables problèmes qui exigent de nouvelles réflexions.

De nos jours, on parle de la dislocation familiale en Haïti. Les conditions de précarité socio-économique des parents atteignent considérablement l’influence qu’ils pouvaient réellement exercer sur les plus jeunes, notamment en les inculquant des notions consubstantielles au progrès de la société. Difficile donc d’assumer leur responsabilité !

Par ailleurs, c’est aussi juste de se demander si l’Etat Haïtien veut vraiment que les jeunes étudient. Rien qu’à voir le mauvais traitement que les acteurs-dirigeants accordent aux institutions publiques d’enseignement, notamment les écoles Nationales, les Lycées et l’Université d’Etat. Il ne se passe pas une année pour qu’il n’y ait pas de grèves, de manifestations dans les Lycées ou à l’Université, avec  les mêmes revendications: condition de travail des enseignants, salaire, infrastructures, etc.). Tout le monde connait la réalité, mais peu de gens s’investissent à  la changer.

Entre autres, considérons que, jusqu’à présent, l’enseignement de base en Haïti est axé sur la récitation. A ce propos, Jean Price Mars, écrivain haïtien, avait critiqué le principe de l’enseignement axé sur un modèle de savoir : inculquer par gavage le plus grand nombre de connaissance à un enfant ou un adolescent sans se préoccuper si ce savoir est assimilable et assimilé par ces cerveaux  auxquels on les destine, ou si ces connaissances répondent aux conditions d’évolution historique et autre de la société à laquelle ils appartiennent. (Ouvrage : La vocation de l’Elite)

D’ailleurs, rares sont des écoles qui possèdent des conseillers pédagogiques, des psychopédagogues qui faciliteraient l’articulation du système d’apprentissage. Rares sont celles qui inculquent aux jeunes le sens de responsabilité, le travail en équipe, le sens du service civique, du bénévolat, du volontariat pour acquérir un ensemble de connaissances ou d’expériences.

A cela, il importe de questionner la vision de l’Etat sur la question de l’éducation. Il ne suffit donc pas de construire des établissements d’enseignement, mais de repenser à ce qui constitue l’essence du programme pédagogique, pour s’assurer que les connaissances véhiculées peuvent contribuer au progrès de la société. En ce sens, la responsabilité de la jeunesse, sa citoyenneté, et son sens d’engagement se définiront à partir de ce qui lui aura été transmise.

Pour une jeunesse responsable

C’est un constat: le pays va à la déchéance! Des valeurs sociétales s’effritent. Mais il faut de nouvelles manières de procéder, un nouveau leadership, de nouveaux leaders. En tant qu’avenir de la société, la  jeunesse ne doit ni rester à s’apitoyer sur son sort ou sur celui de l’ensemble du pays ; ni chercher un bouc émissaire à qui attribuer tous les maux qui frappent Haïti. Ce serait alors une marque d’irresponsabilité. Cela dit, elle a ses efforts à faire. Que ce soit dans la manière de choisir ses leaders ou dans son silence-conformiste et complice par rapport à ce qui se passe dans son pays. De ce fait, assumer sa responsabilité se rapporte aux actions entreprises pour l’avancement du pays. C’est aussi développer un certain sens d’engagement dans ce qui peut servir sa communauté.

Participation et intégration 

« Participer, c’est s’intégrer soi-même ! » La participation de la jeunesse présuppose nécessairement l’acquisition d’un ensemble d’informations utiles qui lui permet de faire face à ses responsabilités face à sa réalité. La responsabilité, c’est être à même de questionner ceux-là qui dirigent ou qui aspirent à l’être, dans leurs actes. La participation de la jeunesse est son intégration dans son entourage, dans les regroupements de jeunes, les associations, les clubs culturels, etc.

S’informer et se former

La connaissance ne tombe pas directement du ciel, comme on le dit, elle se trouve dans les livres, les bibliothèques, les revues, les journaux, les magazines, à travers l’internet, les réseaux sociaux, etc. Elle se pratique du jour au lendemain dans les différents milieux où se développent les rapports humains.  Une jeunesse qui se veut responsable doit saisir ses opportunités pour se former en vue d’influencer la réalité des choses. Toutes les connaissances sont censées être à la portée de tout le monde.

Pour une jeunesse citoyenne

« Si seulement la citoyenneté était apprise aux haïtiens ! »

Toute société qui existe, l’est à partir du niveau d’appartenance des individus qui y vivent. Aucune ne peut fonctionner correctement sans l’action citoyenne, se manifestant à partir de la jouissance d’un ensemble de privilèges(droits) et la reconnaissance d’un ensemble d’obligations (devoirs) envers la patrie. Il s’ensuit que tout citoyen, pour qu’il soit reconnu comme tel, doit pouvoir s’adapter aux caractéristiques qui s’alignent au concept de citoyenneté. Toutefois,la citoyenneté est apprise, dès ses plus jeunes âges, de la famille à l’école. La société aurait fonctionné mieux si la citoyenneté avait été enseignée aux jeunes. Bien qu’on soit majeur à 18 ans en Haïti, l’on n’est citoyen que dans l’exercice de ses droits civils et politiques, et ses devoirs conformément à la manière à ce qui est articulée dans la constitution de 1987.

Aujourd’hui, plus que jamais, notre regard doit être tourné vers Haïti. Les potentialités sont là, il suffit donc de les faire développer normalement. Personne ne peut changer ses conditions de vie sans son implication et sa volonté. La responsabilité de la jeunesse, sa citoyenneté et son engagement sont les éléments nécessaires pour participer au processus du développement du pays.

Cette publication est le résumé d’une conférence animée avec des jeunes, le 31 Janvier 2015, aux Gonaïves (Haiti).

Worlgenson NOEL

genosoel@gmail.com


Haïti: l’Université d’État est en grève. La sempiternelle crise !

Crédit/photo: www.lematinhaiti.com
Crédit/photo: www.lematinhaiti.com

Cela fait deux jours que je me suis présenté à la fac, rien que pour être présent dans mon espace universitaire, vraisemblablement. Beaucoup d’autres étudiants sont sur les lieux. Mais les professeurs ne viennent pas dispenser leurs cours. Pour cause, cette fois-ci, ils sont en grève, directement impliqués ou pas, le personnel administratif aussi.

Des membres du corps enseignant et le personnel administratif de l’Université d’État d’Haïti ont entamé une grève allant du lundi 19 au vendredi 23 janvier, avec possibilité de prorogation, si leurs revendications restent insatisfaites. Parmi ces dernières, deux sont censées être déterminantes pour la résolution de la crise : l’augmentation de salaire et l’intégration du personnel administratif au Conseil de l’Université (CU).
En effet, ce mardi 20 janvier, trois entités issues du monde universitaire ont organisé une conférence de presse conjointe au local de la Faculté d’Ethnologie pour expliquer leur motivation. Ensemble, les représentants ont tenu à exposer la situation que l’on peut qualifier de « crise » qui séjourne au sein de l’Université d’État d’Haïti, depuis des années.

Si l’on tient aux déclarations des tenants de la grève, deux ans de cela, « le processus qui vise à améliorer leurs conditions de travail et de salaire était lancé». Mais rien n’a été réellement fait pour gérer la situation. Plusieurs lettres ont été déjà envoyées par les signataires de l’appel à la grève. Aucune réponse n’a été jusque-là donnée. « Ils nous ont humilié », martèle un membre du personnel administratif qui n’a pas manqué d’accuser le rectorat de l’Université d’être responsable de la situation, en ne faisant rien de concret pour améliorer leurs conditions de travail, et leur intégrer au sein du Conseil de l’Universitaire. Ce dernier, qui est l’espace où devraient s’articuler les problèmes de l’institution, avec les solutions adéquates, est formé des représentants de toutes les entités/facultés que compose l’Université.

Par ailleurs, ils dénoncent la « politique de deux poids et deux mesures» qu’aurait appliquée le Conseil exécutif de l’UEH, dirigé par le recteur Jean Vernet Henry, dans d’autres entités de la même Université regroupant onze facultés. Ledit conseil semble avoir déjà voté, depuis le 7 décembre 2013, une grille salariale relative à leurs conditions de travail.

Qui en paie toujours les pots cassés ?

Il faut toutefois souligner qu’il n’est pas une année, à notre connaissance, où l’Université d’État d’Haïti, qui ne possède toujours pas son propre campus, ne traverse pas une situation de crise, dans un niveau ou un autre. S’il ne s’agit pas de revendications d’étudiants, c’est certainement celles des enseignants/professeurs ou du personnel administratif.
Une crise récurrente qui n’est pas sans conséquences sur les étudiants précisément, étant, en particulier, les principaux bénéficiaires de la formation fournie par ses enseignants/professeurs, sur l’ensemble de la communauté universitaire et la société, en général.
A cet effet, l’on doit reconnaitre que cette situation risque de générer un certain niveau de frustrations qui affectent la qualité de leur travail. Pas de motivation. Pas de bons résultats non plus. Sans compter le risque de canaliser ou propager leurs frustrations sur les étudiants. Cela dit, les mauvais perdants restent les étudiants.

En ce sens, il est important que les acteurs comprennent et se mettent à la hauteur de la situation. Une crise à l’université, une crise de plus au pays. Une crise multidimensionnelle, tant structurelle que conjoncturelle, nécessitant d’urgentes attentions et d’actions à tout prix. Car, tout dysfonctionnement de l’université affecte inévitablement la bonne marche de la société dans sa globalité.

Worlgenson NOËL
Étudiant à l’Université d’État d’Haïti


5 ans après le séisme, ils vivotent encore sous les tentes

12 janvier 2015, 5 ans depuis!
5-ans-apres-le seisme-du-12-janvier-ils vivotent-encore-sous-les-tentesLa date du 12 janvier 2010 reste inoubliable dans l’histoire des catastrophes naturelles qui ont frappé Haïti. A 4 h 53, en moins d’une minute, Haïti a traversé ses pires moments de souffrances. Des centaines de milliers de victimes (blessés, morts et disparus, etc). Les édifices publics furent affaissés. L’Etat était impuissant à réagir adéquatement. Cette catastrophe n’était pas attendue !
Cette funeste situation avait vite mobilisé des aides internationales. Tous les yeux du monde entier étaient rivés sur Haïti. Le monde se sentait concerné. Catastrophe humanitaire !
Que d’ONG se sont succédé en Haïti! Que de promesses ont été faites ! Que de fonds ont été censés débloquer ! Mais toujours est-il que de nombreuses victimes attendent encore qu’on vienne leur sortir du marasme dans lequel elles se trouvent actuellement.

Le cas du camp ADOKEN SUD
Situé à Delmas 33, le Camp ADOKEN SUD est un espace occupé par les victimes après le séisme du 12 janvier. Depuis, ces gens-là continuent de vivre dans la crasse. Ils sont censés être leurs seuls responsables. Les services sociaux de base laissent à désirer. L’Etat n’a pas une présence constante. 5-ans-après-le séisme-du-12-janvier-ils vivotent-encore-sous-les-tentes
Les séquelles sont encore là, les souffrances aussi, surtout en cette période. Les images de ces tentes font bien resurgir les moments sombres du passage de ce puissant séisme qui a fait des milliers de morts en Haïti. Mais en fait, ce sont bien plus que des images pour ces rescapés vivant sous ces tentes, comme s’ils venaient d’être victimes de la catastrophe. Incroyable !

Qu’on se le rappelle, la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) a été mise sur pied, entre autres, pour la gestion des fonds qui ont été promis. Le manque de confiance des pays donateurs vis-à-vis à l’Etat Haïtien leur a été pris pour prétexte de diriger le peu de fonds décaissés vers les Organisations non gouvernementales. Ces dernières n’ont pas manqué d’engager des experts internationaux pour réaliser des travaux, avec certainement le service de certaines mains d’œuvre haïtiennes. Des travaux palliatifs ont été réalisés. Mais les conditions de vie n’ont pas changé pour autant.

Parallèlement sur la scène politique, c’est la lutte pour le pouvoir. Les acteurs n’ont pas cessé de se chamailler pour des intérêts mesquins, alors qu’il existe, à l’autre bout de notre petit monde, des milliers de gens qui continuent de moisir dans des situations socio-économiques précaires nécessitant d’urgentes interventions.

Des années de luttes, beaucoup de manifestations de rue. Si seulement leurs revendications étaient réellement portées sur les conditions de vie de ces gens-là!
Et si seulement les dirigeants savaient que diriger, c’est changer ou améliorer les situations de vie de leurs dirigés !

En réalité, ce camp d’hébergement, ADOKEN SUD, est un témoignage qui va à l’encontre des discours propagandistes qui laisseraient croire que peu de choses restent à faire sur la gestion des rescapés du 12 janvier. Mais, cinq ans après, ces gens ont encore besoin que l’on pense à eux ; que l’on vienne à leur rescousse sous ces tentes de misère.
Vivre dans des camps, sous ces tentes, où la promiscuité est de rigueur, peut amener à des conséquences plus dangereuses pour le reste de la société. En plus des problèmes de santé qui sont dus à leur état d’insalubrité, s’ajoutent d’autres problèmes sociaux comme les cas de grossesses dites « précoces ou prématurées », de tabagisme, d’alcoolisme, de toxicomanie, etc.

Cela dit, 5 ans après, il ressort du devoir, non seulement, de l’Etat de porter un regard sur la situation de ces gens, mais aussi du reste de la société d’apporter sa contribution pour changer cette situation. Car les conséquences, à l’avenir, sont beaucoup plus à craindre.

Worlgenson NOEL


Si vous êtes pour le combat de la liberté d’expression, alors vous êtes Charlie !

Crédit photo: www.melting-pot-blog.fr
Crédit photo: www.melting-pot-blog.fr
J’ai été emparé de consternation, après avoir lu les journaux, suite à l’attaque terroriste orchestrée sur l’hebdomadaire Français «Charlie Hebdo », le 7 janvier 2014. Un jour triste pour la France, pour l’Europe, mais aussi et surtout pour tous ceux qui se sont déjà battus, ainsi que ceux qui se battent encore pour la liberté de parole, partout dans le monde entier.

Une attaque de plus sur la presse ! Une attaque de plus alors sur la liberté d’expression ! C’est inacceptable !
Etre Charlie, comme je peux lire dans les journaux, les réseaux sociaux : « Je suis Charlie », « Nous sommes Charlie », c’est se mettre automatiquement du coté de ceux-là qui croient en cette liberté de parole.
Alors, élevons la voix pour condamner haut et fort toute tentative de boycotter le travail dignement fait des médias à ce niveau !

En cette circonstance, je compatis aux douleurs que ressentent les familles, amis, proches des journalistes, dessinateurs ou caricaturistes, ainsi que les policiers assassinés, ce jour-là !
J’espère que cet acte odieux servira de sève qui alimentera davantage les luttes pour la liberté d’expression dans le monde !

Worlgenson NOEL


Gonaïves (Haïti): entre la célébration de la fête de l’Indépendance et le jour de l’an, s’ajoute le mépris de l’histoire

Vue de l'assistance sur la Place d'Armes des Gonaives, le 1er janvier 2015
Vue de l’assistance sur la Place d’Armes des Gonaives, le 1er janvier 2015

Le 1er janvier, en plus d’être le premier jour de l’année, c’est aussi et surtout la date de la célébration de l’Indépendance d’Haïti acquise et proclamée depuis 1804. Cela dit, les haïtiens mènent leur danse sur  deux pistes au même temps, ce jour là. Si les traditions veulent que l’on formule des souhaits à l’endroit des uns et des autres (Famille, proches, amis, etc.), pour l’année en cours, le 1er janvier est aussi l’occasion pour le peuple haïtien de se ressouvenir d’une grande période déterminante de son histoire : commémoration du 211ème anniversaired’Indépendance.

Juste la routine ! Rien que la routine !

Célébrer la fête de l’indépendance chaque 1er jour de l’an semble rester à son stade de rituel plutôt d’être le moment qui fait resurgir notre époustouflante histoire de peuple.

Ce ne serait pas injuste de se demander si la plupart de nos chefs d’Etat et les autres officiels, se présentant dans la cité de l’indépendance ce jour là, ne le font que tout simplement par ce qu’ils se sentent obligés. En ce sens, ne pas venir serait la preuve de leur dédain pour le symbolisme historique que charrie le 1er janvier, jour de la proclamation de l’Indépendance.

Tant qu’aux Gonaïves, la Cité de l’Indépendance, que dans le reste du pays, pas grand-chose n’a été réalisé, à  notre connaissance. Cela semble n’avoir rien évoqué de grand dans l’esprit des gens. Le manque d’implication de nos dirigeants et de la majorité de la population dans la célébration de la fête de l’Indépendance témoigne de notre ignorance de ce que veut dire « être libre de la colonisation ou de l’esclavage». Notre attitude face à l’histoire du pays révèle notre incapacité de nous relever à la hauteur de toute autre nation qui donne du sens aux grands travaux réalisés par ses ancêtres.

En général, selon notre constat, la célébration de la fête de l’indépendance aux  Gonaïves, se résume essentiellement par l’organisation d’un Te deum à la Cathédrale du souvenir des Gonaïves, l’articulation des discours traditionnels du Maire principal de la ville et celui du Président de la République sur la place d’Armes, suivi certainement par une parade de façade de la PNH ou de la prestation, dans la soirée, de divers groupes musicaux. Et voilà ! C’est la manière de fêter l’Indépendance de la première nation noire qui a laissé dignement ses empreintes dans toute l’histoire de l’humanité

entre-la-célébration-de-la-fête-de-Indépendance-et-le-premier-jour-de-l-an-s-ajoute-le-mépris-de-l-histoireIl n’a été porté à notre connaissance d’une activité relative à une mise en valeur d’aucun site touristique comme : le Mémorial de l’Indépendance, la Place Bouteille (lieu où Boisrond Tonnerre se trouvait de la proclamation de l’Indépendance sur la Place d’Armes, selon la petite histoire). Le bleu et le rouge, couleurs nationales, n’étaient pas sur les portes, sur les voitures, dans les rues comme c’est toujours le cas en période de coupe du monde de foot-bal. Tout le monde semble s’en foutre pas mal.

La ville est restée calme, comme s’il s’agissait juste du 1er jour de l’année qui est censé être un jour où les gens ne travaillent pas à proprement dire. Tout le monde se complait dans la formulation des vœux que nécessite la circonstance. C’est la routine ! Rien que la routine! Mais c’est à peine si l’on peut ressentir la fièvre d’un événement à commémorer. Le jour de la proclamation de l’Indépendance n’a pas été sur les lèvres. D’aucuns se demanderaient si l’on devrait s’attendre au mieux, vu que les gens soient préoccupés par d’autres choses. D’autres diraient tout simplement qu’il s’agit d’un problème de mémoire de peuple. Les deux points de vue tiennent la route.

D’ailleurs cette réalité n’est pas si différente pour les autres moments forts de l’année qui sont censés marquer l’histoire du peuple, comme le 18 mai, la fête du drapeau ou le 18 novembre, la bataille de Vertières. Et de la part des autorités et de celle du reste de la population, l’on assiste à une sorte d’attitude ou de comportement tendant vers le mépris de l’histoire. L’on accorde de moins en mois d’importance à  notre passé, pour se complaire dans la juste gestion du quotidien.

Si certains membres de la population n’y voient pas trop d’inconvénients, ce qu’aurait traduit leur conformisme ; beaucoup d’autres, bien que soient insultés, restent dans leurs coquilles, sans rien faire pour désapprouver cette minable manière de célébrer la fête de l’Indépendance, indigne de l’œuvre de nos ancêtres.

Worlgenson NOEL

gensonoel@gmail.com


Voyons ! Mais, foutez-nous la paix en cette période de fin d’année !

Sur la place Jérémie (Port-au-Prince), les gens du quartier viennent prendre de l'air!
Sur la place Jérémie (Port-au-Prince), les gens du quartier viennent prendre de l’air!

J’ai appris, à travers les médias, que l’opposition radicale entend continuer une autre phase de l’opération baptisée « Burkina Faso » visant, à tout prix, le renversement du Président en place, Michel J. Martelly. Des manifestations de rue sont prévues pour les 24, 26, 28, 31 jusqu’au 1er janvier 2014, des moments forts de l’année que nous ne tendons à négocier sous aucun prétexte, sauf en cas de force majeure.

Mais enfin ! Vous pourriez choisir d’autres moments pour vos luttes, fructueuses pour vous, mais stériles pour l’ensemble de la population ! Vos luttes pour le pouvoir ne doivent pas prendre le dessus. Vos manifestations de rue, profitables à vous, ne doivent pas nous empêcher de passer les fêtes de fin d’année avec sérénité.

Au fait, et l’administration en place et l’opposition, les deux ont, bel et bien, contribué à rendre instable le climat politique, jusqu’à atteindre tous les autres secteurs de la vie nationale. Si le pouvoir n’a pas su anticiper la crise par la bonne gestion de l’administration publique, l’opposition n’a pas cessé de profiter des erreurs. Vous aviez passés donc toute l’année à rendre instable le pays et à semer le stress dans l’esprit de gens, par vos agissements.

Que vous soyez au pouvoir ou dans l’opposition, sachez que quand vous déstabilisez le fonctionnement d’un pays à un tel rythme, les conséquences fâcheuses sont inévitables. Le pays ne fait pas que marquer les pas sur place, mais marche à reculons.

Oui, l’opposition a le droit de manifester quand elle le décide, mais elle n’a nullement le droit de chercher à priver aux citoyens leur droit de fêter, en dépit de tout, dans la paix, la sérénité en cette période de fin d’année. Cela dit, nous protestons contre cette attitude !

C’est la période des grandes retrouvailles : familiales, amicales, etc. Des haïtiens de la diaspora veulent profiter pour venir voir et fêter avec leurs familles. Ils ont le droit de le faire sans avoir l’esprit tourmenté, préoccupé par la conjoncture de crise que vous choisissez d’engendrer dans le pays depuis très longtemps ! Foutez-leur la paix en cette période !

« La Noël, c’est la fête de tout le monde. Peu importe son statut social, sa couleur, sa race, son opinion politique. D’une manière ou d’une autre, l’on se réserve le droit de respirer un nouvel air durant cette période, en essayant de mettre de coté les moments de stress, de chagrins, etc. »

Un arbre décoré sur la place Jérémie  (Port-au-Prince)
Un arbre décoré sur la place Jérémie (Port-au-Prince)

Les enfants ont besoin de stabilité. Les jeunes, notamment des étudiants, ont besoin de profiter de ces moments pour se détendre. Alors, foutez-nous la paix avec vos luttes intestines pour le pouvoir ! Arrêtez de berner la population, prétextant que vous vous agissez dans son intérêt. Elle a besoin de respirer un nouvel air ! D’autres citoyens ont besoin de circuler normalement et paisiblement dans les rues de leur propre pays. Les petits marchands de rue ont besoin de vendre leurs produits normalement ! Ils doivent s’occuper de leurs enfants, dans ce pays où les conditions de vie/d’existence sont difficiles. Foutez–les paix en cette période de fin d’année !

« Vous avez le droit de manifester quand vous voulez, ils ont aussi le droit de vous demandez de leur donner la paix, en cette période de fêtes de fin d’année ! »

Il faut une trêve dans ce combat qui ne mène pas à grand-chose en ces moments! L’essentiel, c’est de s’entendre sur les vrais problèmes du peuple, pas sur les éléments teintés de facticité cachant les intérêts inavoués de certains.

Joyeux Noël à tous!

Merci ! Bien à vous !

Worlgenson NOEL

gensonoel@gmail.com


Le Père Noël, mécontent, s’adresse à la nation Haïtienne

Crédit photo: www.bondyblog.fr
Crédit photo: www.bondyblog.fr

Dans une lettre adressée à la population haïtienne, ce jeudi 18 décembre, le « Père Noël » exprime ses mécontentements face à la conjoncture de crise à laquelle confronte Haïti depuis bien des temps. En cette période des fêtes de fin d’année, « Père Noël » met en garde toute tentative de boycotter les instants de joie, de bonheur, de partage, d’amour auxquelles les haïtiens ont droit, comme tous les citoyens du monde.

En voici la teneur !

Aujourd’hui, c’est avec consternation que je tiens à vous faire part de cette adresse qui reflète l’expression de ma pensée sur la conjoncture actuelle du pays. Du haut de mon fauteuil inconnu, j’entends tout bas les cris d’un peuple en souffrance qui aspire à une amélioration de ses conditions de vie. Je me sens tout à fait contrarié, particulièrement, par la situation de crise qui bouleverse l’état d’esprit de cette population assoiffée d’un nouvel air de paix, surtout en cette période des fêtes de fin d’année. Nous le savons tous, quoi qu’il soit trempé dans sa misère, il s’agit d’un peuple qui ne négocie pas ces moments de joie, de bonheur. Autant lui permettre alors d’en profiter sainement !

–  Qu’il me soit permis de rappeler que ce peuple de courage, qui vit déjà très longtemps dans l’attente cette vie meilleure, en a marre des agissements trop mesquins de ces principaux dirigeants qui refusent se mettre à la hauteur des responsabilités qui leur incombent. Depuis bien des temps, j’ai constaté que l’actualité en Haïti reste l’interminable crise politique orchestrée, à tort, par les différents acteurs sur la scène. Ces luttes pour le pouvoir ne font qu’affecter la borne marche de la société.

– En effet, dès sa montée au pouvoir, l’administration en place a fait face à une opposition qui lui mettait face à ses responsabilités, dont l’organisation à temps des élections pour le renouvellement des sénatoriales. Pour des raisons purement politiques, non pas dans l’intérêt de la population, ces dernières n’ont pas été tenues. Et depuis lors, c’est la pagaille. Le climat politique est pollué par des turbulences de toutes sortes. La méfiance des uns et des autres obstrue toute opportunité de sortie de crise.

–  D’un coté, le président de la République,  Michel J. Martelly, apparemment préoccupé, quant à la manière de procéder à la gestion de la crise, continue de consulter des acteurs sur la scène, même après avoir accepté les recommandations d’une commission présidentielle préalablement mise sur pied à cet effet. –          Alors que de l’autre coté se trouve une opposition à multiple têtes. Les modérés qui cherchent à faciliter le processus de dialogue avec le président_et les radicaux qui refusent systématiquement tout processus de dialogue, mais qui tiennent à l’occupation du béton, par l’organisation incessante de manifestations qui réclament, sans condition,la démission du chef de l’Etat. Voilà l’état de la situation !

Tous disent agir dans le strict intérêt de cette population. Mais vraisemblablement, personne ne semble connaitre ses véritables besoins, surtout en cette période de fin d’année caractérisée par la paix dans l’esprit et dans l’âme, le partage, l’amour. Aujourd’hui, moi, le « Père Noël », je sens plutôt meurtri par cette situation très tendue qui risque de tourmenter l’atmosphère festive que réclame normalement cette période. A cet effet, j’invite les acteurs concernés à observer une trêve à leurs chicanes politiques, leurs manifestations de rue pour permettre à cette population de s’organiser comme il se doit pour bien profiter du moment.

Au président de se mettre à la hauteur, en jouant la carte de la bonne volonté et de la sincère !

A l’opposition dite plurielle de faire le pas qu’il faut pour faciliter la résolution à la crise, dans l’intérêt de l’ensemble de la population !

A cette population de ne pas succomber aux jeux de manipulation des acteurs qui ne travaillent qu`à leur profit, puisqu’après tout, c’est encore et toujours elle qui en fait les frais !

En espérant que vous tiendrez compte de ma démarche, moi, Père Noël, je vous souhaite de passer une bonne période de fêtes de fin, dans la paix, la joie, le partage et l’amour !

Bien à vous !

Père Noël

Du haut de mon siège inconnu !

Worlgenson NOEL gensonoel@gmail.com


Si seulement la déclaration universelle des droits de l’homme était enseignée aux citoyens…

crédit photo: vivelasixiemerepublique.wordpress.com-
crédit photo: vivelasixiemerepublique.wordpress.com-

Ce 10 décembre 2014 ramène au 66ème anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme. Elle comporte (30) trente articles adoptés et proclamés par les Nations Unies le 10 décembre 1948.

Si l’on se tient cette Déclaration, le droit de l’homme se présente comme une règle morale sociale que chacun peut exiger dans un Etat de droit. Les citoyens, peu importe leur statut, possèdent un ensemble de droits qui garantissent leur bien-être et leur fonctionnement dans la société. Hormis le fait qu’ils soient reconnus, selon l’article I, comme naissant libres et égaux en dignité et en droit, l’article 25 donne à ceux-ci le droit qui leur confère une situation de vie commode, pour eux-mêmes et leurs familles, beaucoup d’autres droits énoncés pourraient contribuer, s’ils étaient respectés, à l’émanation des sociétés justes et équilibrées. Tel n’est pas le cas ! Manque de volonté ? Question d’intérêts et d’enjeux des pays les plus puissants et dominants de la planète? Question d’éducation citoyenne ?

A l’heure actuelle, si l’on porte les regards sur la situation mondiale des droits de l’homme, il est clair qu’il sera mention d’une méconnaissance certaine de la plupart des citoyens. C’est le cas d’Haïti, comme pays adhérent et signataire de la charte de l’ONU, ou certainement celui d’autres pays du Sud. Les gens ne connaissent pas les principes qui ressortent ces droits. Ou du moins, les gouvernements qui se succèdent n’ont pas pensé à les enseigner aux citoyens, contrairement à la recommandation faite aux Etats membres de rendre accessible le texte dans les écoles et autres établissements d’enseignement. Faute de moyens ou de volonté politique ? Ou la non implication de l’Organisation à ce niveau ?

Crédit photo: www.destockplus.com
Crédit photo: www.destockplus.com

Soixante-six 66 ans après, il revient à l’ONU de dresser son bilan, en termes de travail réalisé par rapport à ce qu’elle s’était fixée, depuis 1948. Il est judicieux de questionner son niveau de satisfaction à cet effet. Peut-elle s’enorgueillir d avoir aidé tous les pays membres, sans distinction aucune, à aller vers l’avant sur le respect des droits de l’homme ? Si l’ONU s’était donnée pour mission de : défendre, faire prévaloir et protéger les droits de l’homme de chaque individu, il y a alors lieu de dire haut et fort qu’elle est censée la rater. L’échec est partant. Il suffit de porter particulièrement ses regards sur les situations auxquelles les pays du Sud, pays dits pauvres, confrontent. Les citoyens continuent de piaffer dans la misère bien qu’on leur reconnaisse le droit à un niveau de vie suffisant pour assurer leur bien-être et celui de leur famille, selon l’article 25 de la charte de l’ONU. Ils continuent de mourir de faim, alors que d’autres pays dansent dans l’abondance. Les inégalités sociales ne cessent de prévaloir, sous les yeux de l’Organisation des Nations Unies, qui ne n’unissent pas vraiment pour combattre les disparités sociales prédominant sur la planète.

Aujourd’hui, il est important que l’ONU revoie sa mission réelle, les portées de ces véritables stratégies pour, d’une part, aider les Etats membres à permettre aux citoyens de connaitre mieux leurs droits, et d’autre part, les faire respecter convenablement. C’est alors que l’on agira sur les questions de discriminations, de préjugés de toutes sortes dont sont victimes les citoyens, dans leur vie sociale et politique. Enfin, que ces Etats membres reconnaissent principalement que la violation de ces droits conduit et accroit cette pathologie qui ronge plusieurs pays de la planète : la pauvreté !

Worlgenson NOEL

gensonoel@gmail.com

 

 

 

 

 

 

 


La liberté de parole en Haïti, désormais une liberté fragile

Crédit photo: jamouli.com
Crédit photo: jamouli.com

Indéniablement, février 1986 a marqué la fin du régime dictatorial implanté en Haïti par les Duvalier Père et fils. Pendant l’ère du régime, la  notion de liberté de la parole a été  cloitrée. La peur s’installait dans toutes les fibres du corps social. Les « tontons macoutes » étaient censés avoir tout sous leur contrôle. La presse, malgré elle, fut muselée sous les regards fâcheux de ce régime. La notion d’« opinion publique » n’était pas de mise. La parole fut séquestrée.

La chute de Jean Claude Duvalier marque le début de l’ère dite démocratique en Haiti. Le temps  de la parole libre. Cette liberté enfin acquise a pris, au cours des ans, un essor considérable quasiment excessif, jusqu’à son inadéquation graduelle aux principes élémentaires intrinsèques à la démocratie. La tolérance des points de vue contraire, le respect de la vie privée des acteurs, précisément ce que l’on désigne comme « atteinte à la vie privée ». Mais, d’entrée de jeu, d’aucuns diraient qu’intégrer la vie politique implique automatiquement ou même inévitablement l’intrusion des regards sur sa vie privée. D’autres pourraient, à juste valeur, essayer d’en faire la démarcation. Moi, je pense que le fait de s’impliquer dans la vie politique ne donne droit à quiconque de salir gratuitement la réputation de l’autre. C’est pourquoi je suis d’accord d’avec la logique de sanction appliquée lorsqu’il s’agit de diffamer contre l’autre, pour détruire sa personnalité.

Dans tout Etat démocratique, l’on reconnait au citoyen le droit à l’information et celui à la liberté d’expression. Ces deux notions, tant dans leur portée politique que juridique, font toujours objets de grands débats contradictoires dans des sociétés. Les professionnels du droit, de la politique, ainsi que ceux de la presse, etc. pourraient  en dire davantage. Mais moi, je tourne mon regard d’observateur sur l’utilisation abusive du concept de « Liberté d’expression » dans mon pays. Et sans en faire trop d’extrapolation, je suis plutôt interpellé par le contexte actuel en Haïti.

En effet, à tort et à travers, j’entends souvent parler des gens.  Ils s’expriment, de leur droit de s’exprimer librement, sur des sujets divers relatifs au fonctionnement de la société. De fait, et sans conteste, les médias (presse parlée et écrite, les réseaux sociaux) en sont leurs canaux de (re)transmission. Mais, il est bien pertinent de se demander à quel prix l’expression libre de sa pensée peut-elle se limiter. L’espace public politique ouvert aux débats est censé donner, malheureusement, accès à tout le monde de déballer à la société leur niveau de compréhension et de mécompréhension de la pratique politique impliquant nécessairement la gestion de la cité, comme l’aurait dit Platon.  Cela dit, les acteurs supposés doués de raison intervenant dans la sphère publique doivent traiter de l’intérêt collectif, non des leurs.

Il est clair que, et c’est probablement le même constat dans d’autres société, sous l’égide de la notion de « liberté d’expression », reconnue comme un droit fondamental, des citoyens tendent à dénaturer et pétrifier le sens ce droit, dans des impertinences et des démesures émanant de la manière de l’exercer. Avoir la possibilité d’opiner sur ce qui se passe, sur une réalité quelconque, ne confère nullement le droit à personne de dire n’importe quoi, sur n’importe qui, n’importe comment, n’importe où et n’importe quand.

Autour de la scène politique

En Haïti, à longueur de journée, des acteurs politiques véhiculent des propos condescendants à l’endroit des uns et des autres. C’est écœurant de l’admettre, l’on assiste à des situations, des conjonctures où le discours politique des acteurs perd son essence orientée vers le progrès de la société, à la faveur d’une certaine forme de démagogie caractérisée par des vilipendassions réciproques. Tout le monde a son « petit agenda », ses « petits intérêts » à défendre, par tous les moyens. Même s’il faut dévaloriser et noyer le caractère de l’autre. La jungle politique !

Du gouvernement à des secteurs de l’opposition, les trivialités qui teintent leurs discours éclaboussent davantage l’image du pays. S’il ne s’agit pas d’un officiel du gouvernement qui utilise des propos indignes de sa fonction, à l’encontre de l’opposition, c’est à celle-ci de qualifier l’administration en place de toutes sortes de mots et de maux. Du même coup, il faut mentionner que, parfois, dès qu’une tentative d’impliquer  la justice est faite, certains acteurs crient à la persécution politique. Bien qu’il faut dire que l’appareil judiciaire est toujours soupçonné d’être l’instrument utilisé par le pouvoir pour impressionner les opposants.

Crédit photo: directinfo.webmanagercenter.com
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Mais face aux allégations fleuves, les unes plus virulentes que d’autres (Corruption/ gaspillage/ etc.), d’aucuns pourraient se demander si l’on parle d’un pays gouverné par des gens dépourvus de sens de responsabilité, ou qui sont incompétents pour diriger l’administration publique.

De tout cela, le plus manifestement inconvenant, c’est le mutisme de l’ensemble de la société qui se complait à observer l’inaction des responsables d’Etat censés dépourvus de crédibilité eu égard aux pléthores d’accusations dont ils sont l’objet. Hormis certaines tentatives de « démentis », je n’ai la connaissance d’un procès déjà intenté contre les accusateurs identifiés et connus de tous. Ce qui renforce inévitablement la perception défavorable sur l’administration.

Les médias, l’homme politique et le simple citoyen

Il est indéniable que les médias représentent ce que beaucoup pourraient appeler « Miroirs à double face  » ou une « épée à double tranchant ». Cela étant, ils construisent des personnalités autant qu’ils les détruisent. Dans les émissions de libre tribune, les journalistes, les leaders d’opinion, exercent inévitablement un grand impact sur l’ensemble de l’auditoire, un public hétérogène. Autant qu’ils émettent leurs points de vue sur les sujets, autant qu’ils donnent accès aux gens qui écoutent les leurs. Et parfois, ils profitent, à tort, de glisser des propos qui portent atteintes à des personnalités de la sphère sociale et politique.

Trop souvent l’on oublie, parmi les droits fondamentaux d’un Etat démocratique, l’existence des droits à la réputation et à la vie privée de la personne. Cela dit, au-delà de leur vie politique, j’ignore l’existence d’une loi conférant le droit à un citoyen de détruire, rien que pour le plaisir de faire, l’image d’une personnalité publique. De fait, comme tout citoyen ou en tant qu’être humain, l’acteur politique a droit au respect de sa vie privée.  D’ailleurs, à mon avis, c’est l’une des choses qui amène à une certaine réticence de la part de beaucoup de gens à s’impliquer dans la sphère politique.

Aujourd’hui, il est important de considérer le niveau du débat dans l’espace politique. En ce sens, l’exigence doit être faite aux acteurs en vue de la rationalisation et la justesse dans leur prise de parole. Et pour leur part, les médias, tout en restant vigilants, doivent veiller à ce qu’ils ne servent pas, à tort, de caisse de résonnance pour des opinions qui intoxiquent et désarticulent la bonne marche de la société.

 

Worlgenson NOEL

gensonoel@gmail.com

Etudiant de l’Université d’Etat d’Haïti

 


Haiti: Petit cri d’alarme!

Crédit photo: www.radiotelevisioncaraibes.com
Crédit photo: www.radiotelevisioncaraibes.com

Le peuple haïtien, dans sa formation sociale, ses pratiques de vie, laisse entrevoir des éléments caractéristiques qui sont symptomatiques d’une situation de crise globale sociétale. De plus en plus, la société s’achemine vers la décrépitude de ses valeurs d’antan. Des crises politiques qu’à des catastrophes naturelles, le pays en  fait les frais à tous les coups. La situation socio-économique est précaire. Les citoyens, préoccupés par l’assurance de la gestion de leur quotidien, accordent de moins en moins d’importance aux responsabilités qui leur incombent dans la manière de contribuer au progrès du pays. Nombreux sont ceux-là qui s’apitoient sur leur sort, au lieu de s’engager eux-mêmes. Et, le pays continue de s’accoster à la dérive. N’empêche qu’ au fonds,  ils continuent d’espérer.

Un peuple qui connait mal ses droits et ses devoirs qu’implique la notion de démocratie dans son essence, ne pourrait faire mieux que de se laisser diriger par des acteurs politiques populistes avérés cyniques et cupides, ou des amateuristes arrogants qui trépignent sur sa dignité. Certains diraient que « le peuple a les dirigeants qu’il mérite ». D’autres auraient déclaré qu’il s’agit d’un manque d’éducation. Et, l’ignorance est son prix. C’est pourquoi, au delà du fait que cela bouge mal, il continue de s’adonner à la culture de la résignation. Peu importe son état de pauvreté, le peuple n’exige que le strict minimum de ses dirigeants. La garantie de son quotidien. Malheureusement, nous en sommes toujours à ce stade.

Pendant que d’autres peuples s’organisent pour aller de l’avant, nous-autres, nous ne cessons pas de nous perdurer dans de vaines querelles, mésententes, luttes pour le pouvoir. Beaucoup trop de choses restent à faire, après plus de 210 ans d’Indépendance. Le peuple n’a pas cessé de danser sur son passé glorieux, de  s’y décerner un sentiment de fierté et de prestige, tout en pataugeant dans la misère. Injuste !

Aujourd’hui encore, nombreux sont les haïtiens qui nourrissent l’espoir de quitter le pays un jour, parce qu’ils pensent trouver mieux ailleurs. Les conditions de vie sont pitoyables. Le chômage gagne du terrain. Et, bien qu’ils soient de plus en plus déçus et frustrés, les gens se battent eux-mêmes pour sortir du trou. Le rituel ! Le sauve-qui-peut ! « Tant qu’il y a la vie, il y a de l’espoir » dirait-on !

En outre, l’accès à une éducation de qualité se fait encore désirer. Le taux d’analphabétisme demeure encore dans une dimension déplorable en ce plein 21ème siècle. Pourtant, c’est aussi et surtout l’histoire d’un peuple qui sait envoyer ses fils contribuer à la formation des citoyens d’autres pays, notamment des continents Américain et Africain, dans les années antérieures. La fuite des cerveaux haïtiens, occasionnée par le régime tortionnaire des Duvalier, a beaucoup coûté au pays. Si bien qu’à l’heure actuelle, la majorité des cadres, intellectuels haïtiens restent à l’extérieur, alors que le pays a besoin de ces compétences pour progresser. Inimaginable !

Mais à l’interne, Haïti regorge de potentialités dans tous ses recoins.De son mélange culturel hérité principalement des premiers habitants de l’Ile (Tainos, Arawak, Ciboneys), des noirs d’Afrique et de la colonisation  Européenne, l’haïtien est bourré de talents, d’imagination, mais souvent peu encadré. De la musique, la danse, la peinture, la cuisine au vodou constituant le folklore haïtien ; des mots, des proverbes enrichissant le créole comme langue maternelle du peuple, en passant par la langue française léguée par la colonisation, jusqu’à sa littérature, la diversité culturelle haïtienne fait répandre positivement son  image.

crédit photo: www.haiti.autrement.com
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www.haiti.autrement.com

En dépit de tous ces traits culturels exprimant la fierté d’Haïti, à l’autre bout de sa sphère sociale, les conditions de vie de la population,  n’ont pas vraiment changé. La situation est mal-en-point! Beaucoup d’efforts sont à faire. Il suffit de savoir comment s’y prendre, et remettre le pendule à l’heure. Le peuple a encore besoin de ses leaders, les authentiques, pour redonner le ton. Il faut une réorientation des choses dans le sens de ses véritables besoins. C’en est trop ! IL faut un nouveau leadership, des hommes et des femmes consciencieux et responsables. Ceux que nous avons connus, depuis la chute de la dictature des Duvalier, ont raté les opportunités qui leur ont été présentées pour amener le pays à bon port. Des élections se sont organisées. Beaucoup de candidats se sont présentés toujours avec de promesses fleuves. Des gouvernements se succèdent. La mesquinerie a primé. Les luttes pour le pouvoir, les chamailleries de toutes sortes ont triomphé. Et le peuple, dans sa naïveté et sa fragilité, en reste et demeure la principale victime. Le pays continue de traîner et tarder encore sur la voie du développement. L’attente d’un projet réel.

Le réveil s’est fait entendre. Plus que jamais, il est impératif que nous nous entendions sur les intérêts généraux de la nation. Sinon, nous risquerons de perdre pendant plus de temps encore la souveraineté nationale acquise depuis 1804, comme première République noire indépendante. D’ailleurs, la présence des forces onusiennes, au perpétuel renouvellement de mandat chaque année, dans le pays en est déjà la preuve. Les ingérences des éléments de l’internationale dans les affaires internes du pays, tant dans la politique que dans les autres domaines, témoignent de notre incapacité à nous diriger, comme nation libre.

La seule chose que semble garder encore ce peuple, c’est l’« espoir ». L’espoir qu’un vent nouveau va souffler,  que les choses vont changer. C’est pourquoi, nous lançons ce petit cri d’alarme ! Il faut un nouvel« ouf » ! Il faut sortir de ce piteux état auquel nous nous sommes attachés, depuis des lustres. C’est possible ! Il suffit de le vouloir, et de s’y engager convenablement.

L’alarme a véritablement sonné. L’espoir se fait trop attendre. La solution, c’est nous, Haïtiens et Haïtiennes. C’est l’unité nationale, au-delà des divergences de vue.

 Aimons Haiti! Aimons notre patrie!

Worlgenson NOEL

gensonoel@gmail.com

 

 

 

 

 

 

 


Quand le président Martelly s’est fait le mauvais messager

Crédit /photo: www.radiotelevisioncaraibes.com

Depuis des jours, ce qui fait écho en Haïti, c’est la fameuse interview accordée par le président Martelly sur TV5 monde. Tant dans la presse parlée et écrite que dans les réseaux sociaux, les avis divergent. Si pour certains, le président ne faisait que ternir l’image du pays à l’extérieur, pour d’autres, il s’est donné beaucoup pour sortir de cette atmosphère encombrante engendrée par ces journalistes qui ne faisaient pas cadeaux au premier mandataire de la Nation Haïtienne.

J’ai beaucoup lu et entendu, à tort ou à raison, des commentaires des plus avisés jusqu’au simple citoyen de la rue sur la question. Mais il m’a fallu un peu de recul, pour saisir la dimension de ces réactions. Suivant que les gens soient pour ou contre l’administration en place, leurs opinions prennent de différentes allures.

Appréciation générale

Le président de la République effectuait une tournée en Europe. Il a eu notamment à rendre hommage au Précurseur de l’Indépendance, Toussaint Louverture, aux Forts de Joux, en France, où ce dernier fut emprisonné et décédé.

En effet, sur un plateau de trois journalistes vedettes dont Sophie Malibeaux, de Radio France Internationale, Philippe DESSAIN pour TV5 monde et Paulo Paranagua pour le quotidien Le Monde, l’interview annonçait beaucoup, pour un public de plus de 55 millions de téléspectateurs.

Il est important de remarquer que l’interview se réalisait à bâtons rompus. Cela dit, elle ne suivait pas une ligne méthodologique suivant laquelle les questions devraient être posées. D’ailleurs, à mon avis, c’est l’une des raisons pour laquelle le président Martelly tâtonnait sur des réponses sur lesquelles il n’a pas su épiloguer comme cela se pourrait. Je dois, en revanche, avouer que les journalistes, de mes yeux d’observateur, exprimaient une forme d’impertinence dans leur manière d’aborder le président. Je dirais même qu’à des moments précis, l’on pouvait croire qu’ils s’adressaient à un simple citoyen Français ou autre.

A plusieurs reprises, c’était évident, le président interrompu, ne pouvait  pas achever ses réponses. Les journalistes semblaient interpréter et tenter d’insinuer les dires du président. Une tactique. Bien qu’apparemment coincé, Michel Martelly a gardé son calme. Ce qui pourrait ne pas être le cas s’il se faisait interviewer  par des journalistes locaux. D’ailleurs, plus d’une fois, il les rappelle souvent qu’ils s’adressent au « Président de la République ». C’est l’homme !

Dans mes propos, je vous épargne des autres détails de l’interview. Mais je relate quelques déclarations tenues par le président qui n’ont pas fait honneur au peuple haïtien. De sa posture de Président de la République, Michel Martelly, en direct à la télévision, a rendu inconfortables beaucoup de citoyens.  La perception sur l’être haïtien comme un mal être, à certains égards, à tort, risque de s’accroitre. Il n’a pas su faire preuve de prudence. Sachant ce que vaut la force de la parole, je crois que le président aurait fait mieux d’épargner à la face du monde certains détails INUTILES.

crédit/photo: lenouvelliste.com
crédit/photo: lenouvelliste.com

L’interview/récapitulation et opinions

Tout au début, le président avait l’air à l’aise, comme s’ils étaient entre amis. D’ailleurs, cette trompeuse croyance lui a couté un accroc protocolaire, en commençant par « tutoyer » le journaliste qui lui a lancé la première  question relative aux situations « post séisme » du 12 janvier 2010 ayant nécessité de l’aide internationale.

A ce propos, Michel Martelly déclare avoir besoin de plus de « solidarité », d’idées, de projets, de capacité, au lieu d’argent pour reconstruire le pays. Selon lui, la mauvaise gestion de l’argent décaissé découle de la situation de mauvaise gouvernance en Haïti. C’est ce qui justifie qu’il veut proposer et faire développer une forme de partenariat avec d’autres structures.

–          Sur la question de l’aide proposée par l’internationale, le président pense que les haïtiens doivent sortir de cette dépendance. Ainsi prône-t-il  un changement de mentalité, une reconstruction de l’homme haïtien avant de parler de reconstruction du pays.

–          Face à la question de l’intrusion d’un ambassadeur sur la tenue des élections en Haïti, le président n’a pas su marquer le bon point. La réponse n’était pas à la hauteur d’un pays qui soit à même de se gouverner. Si même pour réaliser des élections, les acteurs nationaux ont besoin de l’implication de l’internationale, c’est la preuve que nous prêtons le flanc à ceux qui doutaient encore que le pays était mis sous tutelle. La souveraineté de tout un peuple est refoulée. La démocratie est loin d’être à son piédestal. Nous sommes en déficit de gouvernance. La stabilité du pays dépend absolument des acteurs qui y vivent. Il leur revient le devoir de s’entendre pour garantir une vie stable pour leurs concitoyens, ainsi que ceux-là qui sont de passage dans le pays.

–          Quant aux manifestations de rue, le président semble minimiser le poids de ces gens qui expriment leurs désaccords avec son administration. Mais ce qui me retient l’attention, c’est le fait qu’il dit ignorer qu’il y ait eu des individus protestataires arrêtés par les forces de police, alors que cela faisait la une dans les journaux. En tant que président,  il se devrait de s’informer sur de tels événements susceptibles d’affecter l’image de son administration. Cela étant, avouer l’ignorer, c’est montrer qu’il perd le contrôle de ce qui se passe sous ses yeux.

–          En ce qui concerne la reconstruction du Palais National détruit pas le séisme de 2010, c’était loin d’être la priorité du président, bien qu’il reconnaisse son sens symbolique. L’urgence c’est « cette population » qui ne comprend même pas ce que c’est qu’ « une mise en quarantaine ». Rien que par cette phrase, le président expose déjà le niveau d’ignorance de tout un peuple dont il est le président. Si bien qu’il enchaine, sur le plateau de « INTERNATIONALES » avec ceci : « En Haïti, celui ou celle qui est malade, parfois, pense qu’il est mangé par le diable ». D’où la nécessité de l’éducation, en inculquant le sens de responsabilité et du civisme chez l’haïtien.

–          Alors qu’il se vante de son travail d’accès à l’éducation, il soutient du même coup que «…la qualité de l’éducation en Haïti est terrible ». D’où sa démarche au près du président Français, François Hollande, consistant a faire envoyer des professeurs, des enseignants retraités pour œuvrer dans ce secteur en Haïti.

–          Sur la condition des femmes qui vivaient sous les tentes, principalement sur les violences faites contre elles, et sur les cas d’avortement, Monsieur Martelly a encore glissé une déclaration de trop.  Au delà du fait qu’il existe une loi qui interdit l’avortement, c’est une question de choix, pour lui. Il est pour la vie, même si la personne violée qui veut avorter peut choisir de le faire. Mais ce n’était pas nécessaire de relater que : « Certains parents acceptent que leur fille de 16 ans couchent  avec un soldat onusien pour de l’argent ».

Pour moi, ces déclarations étaient de trop. Elles n’avaient pas leur place. D’ailleurs, cela ne faisait nullement parti des interrogations des journalistes.  Donc, de plein gré, Michel Martelly apporte le message qu’il ne fallait pas à la surface de la planète, en mettant à nu les dessous d’une certaine tendance populaire due à un problème de formation, imputant à ses responsabilités.

En ce sens, Je pense que par cela, le président Martelly  se faisait mauvais porteur d’un message dont il n’a pas eu la charge, surtout dans son costume de Président de la République. Ces images ne font que renforcer davantage la mauvaise presse dont le pays faisait l’objet bien avant.  D’ailleurs, dès le début de son mandat, le chef de l’Etat avaient dénoncé et indexé des membres de la presse (précisément) qui auraient envoyé des signaux négatifs dans l’internationale, en tenant des discours malencontreux à l’égard du pays.

Il n’est nullement question, suivant mon approche de chercher à cacher, ce qui est déjà impossible, l’état de la situation en Haïti. Le monde est un village. Tous les regards s’entrecroisent sur ce qui se passe de part et d’autre. N’empêche qu’il existe, dans les recoins de chaque société des éléments qui ne sont pas supposés d’être exposés à tort et à travers. Cela dit, le président aurait dû faire économie de certaines choses, en se focalisant sur des éléments susceptibles de vendre au mieux l’image d’une nation qui, bien que souffrante, attendait mieux de son Président.

Worlgenson NOEL

gensonoel@gmail.com


Haïti/Santé : Et si Ebola frapperait à nos portes?

Credit-photo: consulfrance-lecap.org
Crédit-photo: consulfrance-lecap.org

Indéniablement, l’une des plus grandes inquiétudes qui planent dans l’esprit des millions de gens sur la planète, c’est Ebola. Ce virus dévastateur ou mangeur d’hommes et de femmes sème la terreur sur son passage. De l’Afrique Centrale, en passant par l’Afrique de l’ouest jusqu’à pouvoir atteindre l’Amérique (avec cas repéré aux USA), Ebola n’a pas cessé de faire monter la barre des victimes. Panique totale. L’OMS a déjà recensé plus de 9216 cas, et plus de 4500 individus partis pour l’au-delà, en une courte période.

Plusieurs pays du monde se sont mobilisés en essayant de prendre des mesures jugées valoir le coût. Si les pays riches ne sont pas trop à l’abri, les pays pauvres ne le sont encore moins. C’est le cas de notre pays, Haïti. C’est un fait. Haïti n’est pas à la hauteur de ce qui adviendrait si l’Ebola déciderait de venir frapper à ses portes. Le pays ne serait pas à même de répliquer convenablement. Pour cause, la défaillance du système sanitaire.

Lors d’une conférence organisée à la Faculté des Sciences Humaines (Université d’Etat d’Haïti) ce vendredi 31 octobre 2014,  le docteur  Félix Junot a souligné qu’« il y a raison de s’alarmer, compte tenu de la situation en Haïti ». Le personnel de santé n’est pas en mesure d’intervenir de manière appropriée. Problème d’infrastructure. Le pays ne s’y était pas préparé. Ce n’était pas prévisible.

Toutefois, il faut reconnaitre que le gouvernement, préoccupé par la question, a mis sur pied ce que la ministre de la santé et de la population, Madame Florence DUPERVAL GUILLAUME, aurait appelé « un plan riposte » à trois phases. (https://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/137010/Ebola-Le-gouvernement-haitien-a-deja-son-plan-de-riposte.html )

Cela concerne, d’abord, l’institution d’un comité dont l’ensemble est formé des ministres du gouvernement haïtien, des responsables de la Police nationale d’Haïti (PNH) et des partenaires internationaux pour contrôler le développement de l’épidémie. Ensuite, une demande a été faite aux agents des ONG et de la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti)  de suspendre toute rotation de leurs membres dans des pays où des cas avérés de fièvre hémorragique à virus Ébola. Et des mesures allaient être prisespour assister les personnels des aéroports à l’aide de formations spécifiques sur les précautions à prendre face à des personnes susceptibles d’être contaminées par ce virus. Enfin, des dispositifs seraient pris en vue d’informer la population au travers des « écrans géants » qui seront placés à l’aéroport avec des spots publicitaires sur le virus.

Par cela, le gouvernement veut montrer sa bonne volonté, dans la manière de gérer la situation. Mais c’est un secret de polichinelle, les ressources manquent en Haïti. N’empêche que ces mes mesures peuvent péremptoirement atténuer l’atmosphère de panique dans la population.

A ce propos, la seule manière d’anticiper son apparition c’est de prendre des mesures qui conviennent. D’où le sens des propositions du docteur Felix, professeur d’université, impliquant nécessairement la participation de la collectivité. Il faut, non seulement penser à la formation des agents sanitaires, devant être placé dans les ports, aéroports, notamment, mais aussi dans les autres espaces sanitaires des différentes régions du pays. Les responsables doivent, d’une part, penser à mobiliser et sensibiliser le personnel de la santé sur le virus, lui-même, particulièrement, d’autre part, à éduquer tout l’ensemble de la population. Une sensibilisation massive. Et, pour finir, les autorités doivent déterminer un fonds spécial d’urgence, comme le recommande le docteur Felix, émanant strictement d’haïtiens d’ici et d’ailleurs.

Worlgenson NOEL

gensonoel@gmail.com


Dites-moi quelle langue vous parlez en Haïti, je vous dirai qui vous êtes !

journee internationale du creole
Crédit photo: Cybercartes.com

Ce 28 octobre 2014 a marqué la journée internationale de la langue et la culture créole. C’était l’occasion pour plusieurs pays créolophones de mettre en valeur leurs cultures et surtout de promouvoir la richesse du créole comme outil d’expression. Mais en Haïti, c’est aussi et surtout l’occasion de poser la problématique qui découle de la question de la langue. En effet, à l’instar des problèmes de couleur, la langue peut être considérée comme un des facteurs qui handicapent le progrès du pays. Les discriminations et les préjugés qui y sont de mise continuent d’écarteler et de fragiliser les différents tissus sociaux.

Jusqu’à présent, en Haïti, la question de la langue reste et demeure dichotomique. Depuis 1987, la Constitution du pays a consacré le créole et le français comme langues officielles. Cela dit, l’Haïtien est à même de pouvoir s’exprimer librement dans n’importe laquelle des deux. Pourtant, dans le tréfonds de la société, il existe une lutte constante entre les deux langues, quant à leur positionnement. En ce sens, la langue cesse d’être un outil d’expression, ou de communication, mais devient un espace qui permet de se situer dans la société. Aussi paradoxale que cela puisse paraître, suivant que l’on parle le français ou le créole, la société dégage une conception de sa personne. Si d’une part, parler le français réfère à une certaine possession de savoir, c’est la langue savante ; d’autre part, s’exprimer en créole indique, quasi nécessairement, un certain niveau d’analphabétisme. C’est la langue des sots.

Bien qu’il soit parlé et utilisé par la majorité de la population,  le créole est souvent l’objet de toutes sortes de préjugés et de discriminations dans des espaces publics ou privés. Suivant que l’on utilise le français ou le créole dans ces espaces, l’on aura droit à une certaine qualité de service.

Cette réalité place la société sur une pente fragilisant davantage ses différentes couches. Les espaces de socialisation, depuis la base, mettent le cap sur l’apprentissage en français. Tant à la maison qu’à l’école, l’on apprend aux plus jeunes à s’exprimer dans cette langue, au détriment de l’autre. Nos leçons et nos devoirs sont rédigés en français.  Nous pouvons nous souvenir encore, à une certaine époque de notre enfance, nos enseignants nous demandaient de nous exprimer (en nous faisant injonction) rien qu’en français dans les classes ou  la cour de récréation. Sinon, nous risquions d’en subir une peine. Et la fameuse expression « exprime-toi », chaque fois que l’on parlait en créole à un camarade ou un proche nous reste encore à l’esprit. Comme si l’on ne pouvait que s’exprimer en français. Drôle !  Mais, c’est le système.

Jusqu’à date, la grande partie des ouvrages utilisés dans l’enseignement classique ou supérieur sont écrits en français,  peu importe le niveau d’adaptation des apprenants. Aucune valorisation du créole. Ce dernier, c’est pour les gens de la rue qui ne connaissent pas le chemin de l’école.

En revanche, il faut quand même souligner que, depuis un certain temps, plusieurs acteurs ont réalisé des efforts considérables sur la valorisation de la langue. Tant dans la littérature contemporaine qu’au niveau des médias, nombreuses sont des réalisations qui sont faites en créole, aussi faut-il faire remarquer qu’il existe des travaux scientifiques à l’université effectués dans la langue.

Par ailleurs, depuis des jours, l’on évoque la mise sur pied d’une académie créole. Cette dernière qui tachera de donner un niveau standard à l’utilisation de la langue dans la société, le cas échéant, dans le monde créolophone. L’installation des académiciens était prévue pour la journée de 28 octobre, selon ce qu’avait confirmé à Alter presse, Fritz Deshommes, vice- recteur de l’université d’Etat d’Haïti (www.alterpresse.org/spip.php?atricle16705#.vff4U0Zxzfo). Mais elle a été avortée et certainement renvoyée. Aucune déclaration officielle n’a été faite sur la question.

Toutefois, pour certains, instaurer une académie créole ne permettra pas de résoudre les difficultés que rencontre cette langue. Son utilisation, son adaptation dépendent exclusivement des différentes entités sociales dont l’ancrage se trouve dans la langue. D’autres pensent, au contraire, que l’académie peut donner au créole un niveau standard, en fixant les règles s’alignant à son utilisation.

Worlgenson NOEL

gensonoel@gmail.com