Coupe du Cameroun: une finale et des questions

La finale de la Coupe du Cameroun de football s’est jouée hier au Stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé avec l’absence remarquée de M Paul Biya, Président de la République du Cameroun. Paraît-il qu’il ne serait pas encore rentré au Cameroun depuis qu’il l’a quitté pour le Sommet de la Francophonie…

La finale de la Coupe du Cameroun de football s’est jouée hier au Stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé avec l’absence remarquée de M Paul Biya, Président de la République du Cameroun. Paraît-il qu’il ne serait pas encore rentré au Cameroun depuis qu’il l’a quitté pour le Sommet de la Francophonie (qui s’est tenu du 22 au 24 octobre dernier à Montreux en Suisse).Et cette absence fut un tort, parce que au niveau du spectacle, ce fut un match très enlevé. Les occasions se succédaient et dans les arrêts de jeux de la seconde mi-temps, Trésor Owona Zoa, le joueur de Fovu de Baham marqua un but tout autant salvateur pour son club que pour l’image du Cameroun (on verra pourquoi). Ce but permit à son club d’emporter la finale sur le score de 2 buts à 1 aux dépens d’Astres de Douala. Mais au delà de ce match et de son score, cette finale suscite une série de questions:

1- Le Président de la République est-il obligé d’être présent lors de la finale de la Coupe du Cameroun? La réponse (le plus souvent) positive à cette question engendre un spectacle lamentable pour tout le mouvement sportif camerounais. Une chose doit être au préalable considérée: traditionnellement, la finale de la Coupe du Cameroun de football est l’évènement qui se veut être une apothéose et qui est sensée clore la saison sportive, et ce pour toutes les disciplines (football, bien entendu, mais aussi hand-ball, tennis, judo, etc). La maxime qui dit que le Président doit assister à cette cérémonie pousse très souvent à attendre que la Présidence de la République communique la date à laquelle elle doit avoir lieu. Et cette attente peut durer des mois. Cette année, par exemple, l’attente a duré quatre mois et demi!

Pendant ce temps, les joueurs et le staff des deux malheureuses équipes finalistes continuent à s’activer, tandis que les autres sont en vacances. Les joueurs sont gardés sous pression, parce que la Présidence communique très souvent moins d’une semaine avant la date qu’elle prévoit. Cette année, il s’est écoulé deux jours (!) entre la publication du communiqué et le match lui-même.

Quand on pose la question, deux réponses sont avancées: A la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT), on dira que selon les statuts de 1972 toujours en vigueur, c’est le Chef de l’Etat qui fixe la date à laquelle doit se jouer cette finale. A la Présidence de la République, on rétorquera que la FECAFOOT ne communique pas assez tôt le calendrier de sa saison, et que « le calendrier d’un Président de la République se prépare un an à l’avance ». D’ou la question: la finale de la Coupe du Cameroun ne peut-elle se jouer qu’en présence du Chef de l’Etat? Hier dimanche, la réponse était clairement « non », puisqu’il n’était pas là. Dans ce cas, si les finalistes sont connus au mois de juin, pourquoi ne pas dès lors programmer le match pour qu’il soit joué avant la fin du mois de juillet et d’ainsi permettre à l’ensemble du mouvement sportif camerounais de souffler pendant les mois d’août et de septembre?

2- Peut-on jouer un match de football en nocturne au Cameroun? Dans les petites ruelles faiblement éclairées de nos quartiers, oui. Mais dans un stade en bonne et due forme, non. C’est clairement non. Voulez-vous savoir pourquoi le but in extrémis de Trésor Owona Zoa a sauvé l’image du Cameroun? Parce que la nuit tombait déjà sur la ville de Yaoundé et que selon des indiscrétions, les techniciens du stade s’affairaient depuis des heures, et en vain, à faire démarrer les pylônes d’éclairage. Ce footballeur a épargné à tout un pays la honte de voir ce match reporté pour défaut d’éclairage. Des chaînes radio et TV étrangères diffusaient ce match en direct. Pour vous situer, le Stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé représente pour le Cameroun la même chose que Wembley pour l’Angleterre ou Maracana pour le Brésil. Ceci pousse fatalement à s’interroger sur le problèmes d’infrastructures sportives au Cameroun. Ce sujet est trop vaste et trop triste pour commencer à en parler ici.

3- Est-il normal que deux clubs d’un même championnat de première division aient un dirigeant commun? Fovu de Baham et Astres de Douala, finalistes de la Coupe du Cameroun édition 2010 et par ailleurs pensionnaires toutes les deux de le MTN Elite One (championnat de première division) ont un même président (et donc, propriétaire). N’y a-t-il pas là un sérieux risque de conflit d’intérêts? Je me souviens que certains, sous d’autres cieux, sont contraints à abandonner l’un de leurs postes si les clubs qu’ils dirigent doivent compétir dans un même tournoi. Se sachant gagnant quelqu’en soit le cas, le président de ces deux clubs a fait peser un chantage sur la FECAFOOT, en menaçant de faire boycotter l’une de ses équipes, en occurrence Fovu de Baham (le futur vainqueur) car il accusait l’instance fédérale de lui avoir retranché trois points qui avaient fait descendre son club en deuxième division.

4- Et les Lions Indomptables dans tout ça? Ils ne sont rien d’autre que l’arbre qui cache la forêt. Enfin, étaient… Avec le mauvais visage affiché par cette équipe pendant ces dernières années, il commence à devenir criard que derrière elle, il n y a rien. Elle ne représentait qu’un trompe-l’oeil qui voilait le marasme dans lequel est plongé le football camerounais et le sport dans ce pays dans son ensemble!

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