Serment de prostituée

Serment de prostituée

Il y a deux jours de cela, en revenant d’une balade nocturne, je me suis arrêté devant deux prostituées. Rassurez-vous j’étais lucide, j’avais toute ma tête et mes idées intactes. Avec le froid qui me pénétrait de partout et cette envie presque obsessionnelle de regagner mon lit, à l’abri de l’angoisse vespérale, j’ai hésité un moment avant de finalement m’aventurer. Voici une liste de conseils à suivre pour éviter l’échec lorsqu’on se lance dans une pareille initiative: ne pas sourire en arrivant, regarder droit dans leurs yeux, ne pas baisser son regard, jouer leur jeu, débattre comme un client intéressé. Aussitôt, l’une d’elles et moi avons tenté de nous mettre d’accord. Elle me demandait de proposer mon prix tandis que je cherchais vainement à lui faire comprendre que je n’avais pas assez d’argent dans mes poches et qu’elle rendrait une énorme faveur à un étudiant comme moi en ne lui facturant pas ses services. C’est alors qu’on engage une longue conversation qui finit par me captiver.

Dis-moi, tu résides dans les parages ?

Non, j’habite loin d’ici. Je suis vers Kilwin, le quartier juste après Tampuy.

Celle que tu remorques, c’est ta sœur ?

C’est ma « potesse ». Elle et moi, on se cherche, on fait du business.

Tu dis quoi finalement par rapport à ma proposition?

Mon ami, excuse-moi, je ne suis pas sortie dans ce froid de congélateur pour venir offrir mes fesses cadeau aux gens dans la rue. Tu vas me donner combien? Dis toujours. Quand je te vois, je sens que tu es « choco ». Faut pas gâter ton nom dèh !

Ma sœur, faut pas tu vas me laisser partir dormir comme ça, faut faire pardon s’il te plait. Ce soir j’ai pas d’argent mais dans peu de temps seulement mes parents vont me faire un « western ».

Toi tu es bien hein ! Un gros papa comme toi-là tu attends encore tout de tes parents. Faut te lever toi aussi pour bosser et gagner des sous.

Pourquoi tu dis ça ?

Tel que tu me vois là aujourd’hui, je suis indépendante. J’ai très vite appris à me prendre en charge. Je ne me rappelle pas de la dernière fois que j’ai reçu quelque chose des parents. Et même ils ne pouvaient pas toujours tout me donner. J’avais donc un copain qui faisait le reste. Ceci a fait que je prenne goût très tôt à la vie de dehors et c’est comme ça que les hommes m’ont trompée.

Donc tu ne peux pas me faire cette faveur pour une fois ? Viens avec moi et tu ne regretteras pas.

Tséh ! Les hommes, vous là quoi. Aujourd’hui là moi je ne peux plus rien traiter avec un homme, si ce n’est pas lui vendre mes fesses. Dans Ouaga ici, il n’y a pas l’homme. Peut-être que dans ton pays ça y est là, mais je n’en suis pas si sûr. D’ailleurs tu es d’où ?

Je suis Camerounais et toi ?

Moi non. Je suis Bobolaise. Je suis venue à Ouaga ça fait déjà presque 5 ans. Je suis là pour faire des affaires.

Tu ne penses pas retourner à Bobo un beau jour pour te marier ?

Pô pô pô … ! Marier ! Qui ? Moi. Tu sais, j’ai connu plein plein plein … d’hommes dans ma vie. Si en 24 ans j’ai pas pu gagner mari, ce n’est pas maintenant qu’il va tomber du ciel. Si un monsieur vient vers moi qu’il va m’épouser, je fuis en abandonnant ma moto, je te jure. Moi, je sais que si une fille connait 1, 2, 3, jusqu’à 4 déceptions amoureuses, pour elle est fini comme ça. Elle ne peut plus avoir de chance en amour. Et même, quand on sort avec vous les hommes de nos jours, vous nous utiliser seulement. Vous nous baisez baisez baisez … jusqu’à gâter nos fesses et vous ne nous donnez rien. Voilà pourquoi je préfère encore donner ça à un inconnu contre 5 000 ou 10 000 FCFA. Au moins, je ne me casse pas la tête à demander quoi que ce soit à quelqu’un. Si j’ai besoin de me coiffer, je sors mon propre argent et je paye.

Pour couper court je lui demande de me passer son contact afin de pouvoir l’appeler dès que j’aurais suffisamment d’argent. Elle me le donne volontiers et je reprends aussitôt ma route après leur avoir souhaité un bon marché.

À propos de l'auteur

Francoperen

Ingénieur de formation, j'ai un fort intérêt pour l'écriture. Les mots sont pour moi tout ce que les chiffres ne peuvent être. Les modeler au quotidien pour raconter des histoires est un besoin pour mon âme. Au-delà des histoires qu'ils servent à raconter, les mots sont mes petites armes pour contribuer à rendre le monde meilleur.

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