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Le devenir Egyptien

Egypte Louxor

L’Égypte est un pont entre l’Afrique et le Moyen-Orient. Son histoire remonte à l’époque des Pharaons. Des monuments millénaires bordent les berges de la fertile vallée du Nil . Cependant aujourd’hui, le pays traverse une vague de crise identitaire, politique, économique et religieuse sans précédents.

Le Caire. Egypte. « Je suis installé au légendaire café El Fishawi dans le quartier khan Al Khalili devant un thé à la menthe fumant le Narguilé je m’interroge alors ? »« Qui sont les Egyptiens ? ou en sommes-nous politiquement, religieusement, économiquement »

« La question copte »

Les Chrétiens Coptes sont à nouveau victimes de violence meurtrières. Le nombre de Coptes est l’un des secrets les mieux gardés en Égypte. La France compte également une diaspora Copte relativement importante. Elle est composée d’Égyptiens et de descendants d’Égyptiens venus surtout durant les années 1970. Violents attentats, du 1er janvier 2011, demeura une journée noire pour la communauté Copte, dans les églises, puis l’attentat du vendredi 29 décembre 2017 à l’église Mar Mina à Hélouân tout comme leurs compatriotes Musulmans dans la mosquée Soufi Al Rawda du Sinaï par les terroristes de l’EI du 24 nov. 2017.  Les Chrétiens ne sont pas les seuls à subir l’omniprésence d’un Islam qui veut occuper seul l’espace public. L’islamisation des sociétés Arabes doit beaucoup aux mouvements Islamistes, comme les Frères Musulmans en Égypte, mais aussi à l’action des pouvoirs en place.

« Si le monde Arabe devait se vider de ses Chrétiens, il perdrait beaucoup de sa capacité à affronter l’avenir. »

Femme Copte dans la prière église d’Assouan.

Si les Chrétiens d’Orient sont Coptes, Chaldéens, Assyriens ou encore Maronites, ils sont tous Arabes. Une diversité qui ne remet pas en cause leur culture commune. Leur arabité est l’élément qui les unit à ceux qui vivent avec eux les Arabes musulmans et autrefois les Arabes juifs. Il est temps de prendre conscience que toutes ces églises sont Arabes. L’âge d’or de l’Orient, quand les Arabes cohabitaient entre juifs, Chrétiens, Musulmans Chiites, Sunnites ; lorsque la question du « vivre ensemble » ne se posait pas. Autant de questions légitimes, ici comme ailleurs. Ils sont les racines historiques de ce pays. Souvenez-vous de la lointaine Nubie, terre d’Afrique noire, jadis terres des Pharaons. Les Coptes remontent à l’aube du Christianisme, à l’époque où l’Egypte est intégrée à l’empire Romain puis à l’empire Byzantin après la disparition de la dernière dynastie pharaonique des Ptolémées, d’origine Grecque. Le mot « Copte » a d’ailleurs la même racine que le terme « Egyptien » en grec ancien.  Leur déclin commence avec les invasions Arabes du VIIème siècle et l’islamisation progressive du pays, l’Égypte passe successivement sous la domination des Omeyyades, des Abbassides et des Fatimides. La dynastie des Ayyubides (1171-1250) de Saladin est suivie de la garde Turque des Mamelouks. Durant toute cette période les Coptes, considérés comme des « Gens du Livre », conservent leurs représentants religieux. Aujourd’hui l’Egypte est dans son immense majorité musulmane Sunnite.  Les Coptes sont présents à travers tout le pays, avec des concentrations plus fortes en Moyenne-Egypte. On les trouve également dans toutes les catégories sociales. Certains Coptes s’exilent en Ethiopie, développent l’Église Chrétienne et participent au commerce en Afrique de l’Est entre l’Éthiopie, l’Arabie, l’Inde, l’Indonésie.

  Assouan. Egypte. « Je quitte le Caire afin de me rendre vers Assouan Hôtel Old Cataract près du Nil. C’est ici que j’ai mon rendez-vous »

Assouan Old Cataract

Rencontre puis Entretien avec Moufid Mansour Sociologue, Egyptologue, spécialiste de la question Copte. Nos interviews se feront toujours dans la plus grande discrétion pour des raisons de sécurité. Car le danger est omniprésent par les détracteurs de cette tolérance puis liberté religieuse. Pour ce faire nous le ferons, à bord d’une felouque, équipage Copte, loin des rues, au fil des rives du Nil.

Moufid explique :  « S’ensuivront plusieurs jours d’indignations et de protestations de la part de la minorité religieuse Copte, ainsi que divers affrontements avec les forces de l’ordre Egyptiennes. La communauté Copte participa activement à la révolution Egyptienne du 25 janvier 2011, les jeunes Coptes fraternisant avec les jeunes Laïcs et Musulmans sur la place Tahrir au Caire relancèrent les enjeux portant sur les populations Chrétiennes au Moyen-Orient et leur sécurité, visant à obtenir l’accès des Coptes aux plus hautes fonctions publiques, la suppression de la référence à la Charia dans la Constitution et de la mention de l’origine religieuse sur la carte d’identité Egyptienne. Soutenant le coup d’État du 3 juillet 2013 en Égypte contre le président Mohamed Morsi à la suite de ses abus de pouvoir, les Coptes seront pris pour cibles par les Frères Musulmans, notamment en août 2013, où ils sont victimes de violences. « Les Frères et leurs alliés ont brûlé une cinquantaine d’églises, s’en sont pris à des établissements et des commerces Coptes, puis agressés des passants qui portaient la croix ». Les Coptes se sont battus contre les Français et les Anglais pour l’indépendance. Lors des manifestations de 1919, la mosquée Al-Azhar a servi de refuge aux Coptes. Parmi eux, se trouvait un prêtre, Abuna Sergios, qui y fit un discours franchement antibritannique. Les Anglais, en représailles, fermèrent ce haut lieu de l’Islam Sunnite. Le prêtre ouvrit alors les portes de son église aux manifestants, Chrétiens puis Musulmans ».

Le grand Imam d’Al Azhar, Dr Ahmed Tayeb a également dénoncé ces attentats dans le quotidien « le progrès égyptien » du 30 déc. 2017 appelant les musulmans à prendre part aux célébrations de Noël avec leurs frères coptes constatant que cet acte ciblait la cohabitation puis l’unité entre musulmans et coptes.il s’est également entretenu avec le patriarche d’Alexandrie et de Saint Marc, le pape Tawadros II, en mettant l’accent sur le fait que ces crimes lâches et ignobles n’ont ni valeurs ni religions. Quant au président Abdel Fattah Al Sissi il a assuré aux partenaires internationaux, l’importance de conjuguer les efforts afin de lutter contre le terrorisme.

Le Caire Mosquée et université Al Azhar.

« C’est au fil des rives du Nil à bord du fameux Steam Ship Sudan en direction du lac Nasser que je songe tout en fumant ma pipe de tabac Anglais sur le pont supérieur. Quel devenir pour l’Egypte ? »

« Ce qui reste de ce pays de positif : c’est son patrimoine mondial. » me dit Moufid en larmes. Le tourisme va mal, chute de la fréquentation des visiteurs sur les sites passés de 14 à 5millions par an entre 2011 et 2017. Les problèmes politiques puis religieux demeurent, les attentats continuent, l’économie subsiste grâce au Canal de Suez mais pour combien de temps encore ? les tensions entre les pays voisins, à propos des barrages sur le Nil s’accentuent, avec le Soudan puis l’Ethiopie.

Rencontre avec un Nubien à Edfou.
« La question Nubienne »

Entre exil, migrations et discriminations.

Parlez-vous Matoki ou Fejeki ? la communauté nubienne est touchée violement par la crise sans précédent en Egypte. D’autre part les Nubiens subissent une augmentation de la discrimination, privés pour la plupart des revenus du tourisme. Certains regrettent déjà les anciens villages et les champs de la basse Nubie, irriguée par le Nil aux confins du Soudan. La plupart vivent à Assouan mais l’explosion démographique du pays notamment au Caire incitent les égyptiens à se déplacer vers les villes de la moyenne Egypte provoquant une expulsion de cette communauté, vers des terres de plus en plus arides et désertiques et de rendre les nubiens au statut de réfugiés. Les rivalités sont omniprésentes et demeurent entre les égyptiens et les nubiens, rivalités historiques sorte de racisme envers les noirs, fondées sur le refus catégorique d’admettre qu’ils sont les ancêtres puis descendants directs des pharaons, alors qu’ont à toujours prétendus qu’ils étaient leurs esclaves. « Nous avons une culture africaine, cependant, nous sommes égyptiens ; m’explique Abbas batelier sur sa felouque, notre identité culturelle est menacée par la majorité arabe de ce pays. » injustice, qui d’ailleurs provoqua des conflits majeurs à Assouan en avril 2014 des suites de vente de terrains nubiens par les frères musulmans à des multinationales sans consulter leurs occupants.

Assouan vue sur le Nil
« Les enfants du Nil »

La guerre de l’eau va commencer. Le Soudan menace l’Egypte de guerre, si elle ne partage pas les eaux du Nil.

Autre grande préoccupation pour le pays, la gestion de l’eau du Nil, avec ses voisins historiques : le Soudan puis l’Ethiopie. 80 %des eaux du Nil proviennent de l’Ethiopie, le fleuve aujourd’hui peine à satisfaire les 92 millions d’habitants qui dépendent de lui pour l’eau potable, l’agriculture puis l’industrie. Les dirigeants égyptiens essaient de se rassurer en espérant que les États dissidents auront du mal à trouver des capitaux. C’est compter sans la Chine, qui finance déjà de nombreux chantiers et agira selon ses intérêts. Le Nil est pollué par l’ammoniac, le plomb, les pesticides qui mettent en péril, les populations mais également la faune des deltas selon l’ONG Qatari Ecomena.

En 2025 face à l’explosion démographique 100 millions d’habitants, l’Egypte pourrait faire face à une grave pénurie d’eau. L’Ethiopie et son barrage hydroélectrique Renaissance sur le Nil bleu pourrait déstabiliser les capacités du débit sur le territoire égyptien, en aggravant la crise économique, plus inquiétant encore le Soudan menace l’Egypte de guerre, facteur d’inquiétude supplémentaire pour Le Caire, qui risque d’entériner la sécession de la partie sud du Soudan, où transite le Nil Blanc. Or l’Éthiopie et l’Ouganda figurent parmi les alliés historiques de l’ancienne guérilla du Sud, futur gouvernement de l’éventuel nouvel État. Ce n’est pas une bonne nouvelle, entre autres, pour le chantier du canal de Jonglei, situé au Sud-Soudan et toujours en panne malgré la fin de la guerre civile Nord-Sud en 2005. L’Égypte compte beaucoup sur ce projet, qui devrait améliorer le débit du Nil Blanc. En effet, le Soudan ne recevra pas seulement une partie de l’électricité produite par le nouveau barrage : ce dernier permettra d’éviter l’inondation de ses régions côtières et même d’améliorer son approvisionnement en eau grâce à la stabilisation de l’affluent du Nil.

Région du Sinaï
« Dans l’inquiétude de la montée de l’intégrisme »

Après les églises Coptes, les terroristes s’attaquent aux mosquées ciblant les Sunnites et Soufistes.

Police Egyptienne devant les lieux de Cultes afin d’assurer la sécurité des fidèles .

Un vendredi, dans la mosquée Soufi, d’Al Rawda dans le village du Sinaï de Bir Al Abed, 235 fidèles perdaient la vie pendant la prière, du jamais vu dans le pays, c’est l’islam qui est attaquée dans ses fondements mais également la communauté Sunnite. Cette mosquée suivait le courant mystique Soufi considéré comme hérétique par les intégristes, mais elle était fréquentée également par des tribus locales impliquées dans la lutte contre le terrorisme et djihadistes. L’Egypte est en crise religieuse, politiquement puis économiquement, une grande partie de la jeunesse égyptienne vit mal ces problèmes sociologiques 80 % de chômeurs entre 15 et 30 ans soit 60%de la population du pays alors parfois certains perdent espoir, s’égarent, se perdent dans l’extrémisme religieux qui afflige actuellement l’islam puis subissent la tentation du djihadistes rejoignant les troupes de l’EI. Ces nébuleuses terroristes essaient de déstabiliser le pays à des fins politiques, espérant ouvrir un nouveau front en alliance avec la Libye. L’Egypte représente une voix charismatique, une puissance écoutée dans le monde arabe. De plus elle possède un atout majeur son Canal de Suez, couloir commercial entre l’Occident puis l’Asie en passant par l’Orient qui dans le cas tombé entre les mains des terroristes serait une catastrophe, une tragédie pour le pays mais également pour les pays frontaliers qui ruinerait tout une partie du monde arabe.

Du faste des dynasties pharaoniques, à l’ère moderne de l’islam, l’Egypte en quête d’une nouvelle identité, arrivera-t-elle à surmonter tous ces obstacles, ces dérives, en gardant son cap, tel une felouque sur son fleuve sacré et adulé: le Nil. 

Le Caire Guizèh Pyramides de Khéops.

Reportage et propos recueillis par Patrick Compas en Egypte le 3 janvier 2018.

 


L’Indonésie au son du Gamelan

Indonésie Sulawesi paysage de rizières dans la végétation luxuriante

Paris à l’aube. Aéroport Roissy CDG vol Cathay Pacific à destination de Jakarta avec escale à Hong Kong. Que sais-je de l’Indonésie ? Rien. Quelques informations clichées, cartes postales de plages paradisiaques, archipels volcaniques puis grands reptiles nommés Dragons de Komodo. J’embarque sur le tarmac avec curiosité puis appréhension du voyageur vers l’inconnue.

Après 17 heures de vol l’avion se pose à Yogyakarta climat équatorial 35°humide. Premier contact avec la population locale très souriante, hospitalière, chaleureuse élégantes femmes voilées, gracieuses, beauté des visages exprimant la sérénité, la plénitude, très curieuses du voyageur venu de France qui demandent des selfies afin de mémoriser l’instant présent, estampiller la rencontre imprévue.

Indonésie ville de Yogyakarta citoyens musulmans.

Rendez-vous avec Tony Pasuhuk guide touristique francophone. Il m’accompagnera à travers le pays, sera interprète car ici on parle très peu le Français en revanche l’Anglais est la deuxième langue nationale après le Javanais. Mon sac de bourlingueur chargé dans le 4×4, mes premières déambulations dans la capitale. Premières sensations, une fourmilière qui grouille jours et nuits. Scooters voitures, vélos, motos multitudes de petits magasins, restaurants, ici on vit le temps présent 24h/24 comme dans le reste de l’Asie.

Une population très dynamique, jeunes, avec la rage de vivre, le sourire aux lèvres, filles, femmes aux Niqab multicolores habillées néanmoins à la mode occidentale, pas farouches plutôt avenantes tout en restant pudiques à la séduction subtile. Les garçons, casquettes hip-hop baskets à l’américaine ou en costume traditionnel pour les anciens, jouent la carte de la sensualité, style Bollywood, avec un souci du détail vestimentaire qui renvoie aux traditions, à la démarche nonchalante cependant empreint d’une grande courtoisie de respect, à l’égard de l’étranger.

Indonésie la jeunesse de Yogyakarta au temple de Borobudur.

Contrairement à certaines capitales d’Asie, Yogyakarta est propre, aucune saleté ou ordure qui trainent dans les rues, dignité et respect de l’espace public.

La ville se compose de différentes manières. Palette urbaine, tantôt d’immenses buildings similaires à ceux de Hong Kong se mêlant à l’architecture coloniale, maisons traditionnelles entourées des monuments ou temples anciens appartenant au passé. Borobudur. Prambanan.

Population majoritairement musulmane, Sunnite, courant de pensée Soufiste ayant gardé cependant les rituels du passé empreint de l’Hindouisme, Bouddhisme de l’Animisme. Loin de l’islam intolérante des Wahhabites. En revanche la loi de la Charia est appliquée pour punir celui ou celle qui enfreint les lois du pays.

Pays de tolérance épris du désir obsessionnel de l’unité nationale, du respect des traditions, écoles laïques et coraniques. Le Pancasila propre à l’esprit et l’intelligence du héros national Ahmad Soekarno. Ce nom résonne comme un gong, au-delà de cet archipel à la complexité politique et religieuse contradictoire, constructive en quête de cette liberté de pensée. Tel était son souhait faire de l’Indonésie un pays moderne, unique novateur, incontournable en Asie, similitude avec le projet d’Ho Chi Minh au Vietnam. Pilier du futur face à la Chine rivale, à l’islam intégriste venue d’Arabie.

Le Pancasila basé sur cinq principes, préceptes laïques ; croyance en un Dieu unique, une humanité juste et civilisée, l’unité de l’Indonésie, Une démocratie guidée par la sagesse à travers la délibération et la représentation, la justice sociale pour tout le peuple indonésien.

Soekarno sera malheureusement écarté du pouvoir par son détracteur et dictateur Soeharto en 1968. Quatrième pays le plus peuplé de la planète, aux ethnies diverses, dominées par les volcans les plus puissants, instables imprévisibles dans le monde comme le Bromo, le Agung, Merapi, Krakatoa. Richesses culturelles de la préhistoire l’homme de Java, de Flores, fortes influences Hindouistes, passé maritime, commerce des épices, entre l’Inde, la Chine puis l’Arabie, facilitant l’invasion de l’islam vers le 15eme siècle. Colonisation Néerlandaise, 16eme siècle. Création de la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales, occupation Japonaise en 1942, libère le pays de ses colons Hollandais. Faunes et Flores uniques, espèces endémiques comme le célèbre Varan de Komodo. Paysage hors du communs entre plages désertes nature sauvage et végétation luxuriante.

Après quatre jours dans la capitale, je pars pour Makassar capitale des Sulawesi nommée jadis les Célèbes. Célèbres pour ses goélettes, boutres à la proue très avancées nommées ici Pinisi.

Indonésie Port de Makassar Sulawesi. boutres Pinisi .

Grand port de commerce au temps jadis, aujourd’hui transport d’iles en iles des marchandises de premières nécessités. La ville se transforme la nuit en escale pour touristes et marins addictent à la prostitution.

Sans regrets, je quitte Makassar pour la région du Toraja à travers les rizières sur la route de Sengkang. Changement de décor radical, montagnes à végétation luxuriante, jungle, altitude 2500 mètres, direction Rantepao.

Région authentique, atypique, chrétienne et animiste à la fois. Maisons sur pilotis, terres agricoles fertiles, plantations de cacao, café, riz, épices, clous de girofles, noix de muscade, curcuma, coriandre, palmiers cocotiers, bananiers à pertes de vue. Spécialité le Café Civette Luwak, torréfié avec les excréments de l’animal qui se vend à prix d’or au trébuchet. Très bon !

Indonésie Sulawesi Maisons sur pilotis sur les rives du Lac Tempe.

Traditions animistes très fortes ici, on enterre les morts dans des grottes creusées dans les falaises sur le flanc des montagnes comme chez les Dogons. Puis on place à la naissance des enfants, le placenta des femmes, sous une pierre déposée à l’Est, sous la demeure familiale. Les fausses couches, les nourrissons morts à la naissance quant à eux sont placés dans le tronc des arbres, par l’intermédiaire d’une petite porte sculptée dans l’écorce, au milieu d’une forêt de bambous.

Les ethnies du Toraja sont très superstitieuses, on craint les mauvais esprits omniprésents qui hantent les lieux du quotidien. Pour ce faire chaque défunt se voit représenter par une statuette les Tau Tau, devant la sépulture en forme de sarcophage, qui permet aux vivants d’honorer l’âme des morts de pouvoir communiquer avec eux.

Autre spécificité, la construction des maisons traditionnelles en forme de bateaux les Tongkonan qui rappellent l’histoire des racines de ce peuple Bugis venu par la mer se sédentariser en devenant agriculteurs, sur les terres fertiles. Les demeures sont ornées de cornes de buffles symbolisant la caste sociale de la famille, plus il y en a, plus la famille est noble et riche.

Indonésie Sulawesi région du Toraja maisons traditionnelles.

Les enfants vont à l’école. Parfois de courte durée, pour rejoindre les adultes au travail, question financière oblige. Le Buffle d’eau est considéré comme un patrimoine, une assurance vie, chaque famille en possède un, voire plusieurs, il est sacré traité comme un Dieu, on ne l’utilise jamais comme outil agricole. On pratique le sacrifice animal, porcs poulets, parfois buffles, uniquement pour les rites funéraires. Le mariage est obligatoire, faire des enfants aussi, c’est l’héritage du nom, la fierté de la famille qui est en jeu.

Indonésie Sulawesi village de Rantepao.

La population Sulawesi pratique l’hospitalité sans limites, la convivialité, le partage, le franc parlé, je fus invité à un mariage avec mon guide, alors que je passais au hasard dans un village.

Indonésie Sulawesi Lac Tempe pirogue rapide vers les villages flottants.

Nous partîmes tôt, dans la matinée, vers le Sud, en direction du Lac Tempe. Là une pirogue à moteur nous attendait afin de naviguer, sur cet étendu d’eau, à travers villages flottants puis Jacinthes d’eau à profusion. Nous fûmes accueillis par une famille de pêcheurs, autour d’un thé vert puis de beignets de bananes. Chaleur accablante, nous sommes rentrés par l’autre rives, en observant oiseaux migrateurs, techniques de pêche au carrelet, femmes et enfants se lavant dans l’eau du lac.

Le lendemain, à nouveau sur le tarmac de l’aéroport de Makassar, je m’envolais pour Bali. Capitale Denpasar puis transfert pour la ville d’Ubud.

Indonésie Bali on apporte les offrandes aux Dieux en famille.

Autre visage de cet archipel indonésien. Ici on a la sensation que le temps s’est arrêté, on vit au ralentit aux rythmes des dieux, des offrandes, aux parfums de bois de Santal, costumes colorés, hommes et femmes constamment en habits traditionnels Batik, dans le silence, la méditation, regards concentrés, invoquant les esprits, l’âme des défunts, le tout aux sons des Gamelans. Puis aux rythmes des cérémonies, organisées dans les ruelles décorées. Le Kuningan et Galungan, bloquant le quotidien de tous, durant quelques minutes, on s’arrête, on prie, on honore. On se sent perdu, égaré, déstabilisé au milieu de nulle part, je m’interroge alors soudainement sur ma propre existence, sur cette société française, vivant dans l’égoïsme, l’égocentrisme, l’individualisme, qui finalement, au détriment de son peuple, en oublie ses valeurs, ses principes humanistes, le sens des valeurs fondamentales de l’existence humaine. C’est un choc, y compris pour les touristes baillis qui en perdent leur Latin et repères d’occidentaux. Invité le soir même à l’alliance française, au centre culturel d’Ubud à participer à un spectacle de danses Balinaises, histoire de m’imprégner de cette culture afin de mieux en décortiquer, les us et coutumes, les codes.

Indonésie Bali cérémonie du Kuningan ville de Ubud.

Consécration, apothéose, stupéfaction, unique, performance artistique hors normes, hors du commun, grâce, beauté du geste, splendeur des costumes ,maquillages des visages dignes d’esquisses millénaires, je resterai scotcher, bouleverser, intriguer, sur ma chaise, hypnotiser par les yeux des danseuses invoquant les dieux, les esprits, narrant des histoires, légendes du passé, à travers les danses du Pendet, Topeng Tua,Cendrawasih,Oleg Tamulilingan puis Legong Keraton. Nous sommes dans le registre du divin, les mots ne suffisent plus pour décrire ; ce que l’on voit perçoit, vit, on ne peut oublier. Il faut comprendre appréhender, s’oublier, pratiquer l’introspection afin de se dégager, de cette vision occidentale pour s’initier dans le cœur des Balinais, pas facile ! Vénérer les entités, les avatars des dieux, Brahma, Shiva, Ganesh, Vishnou, « la cosmogonie Balinaise » : harmonie entre l’être puis le cosmos. Dieux et Démons adulés à coups d’offrandes, d’encens, on se ruine pour eux. Indonésie mystérieuse surprenante, fascinante, intrigante.

Indonésie Bali danse du Legong Keraton ville de Ubud. accompagnée de l’orchestre de Gamelan.

Je repars songeur, à destination de la France, en passant par Hong Kong, que sais-je de l’Indonésie ? Pas plus, qu’au premier jour. En revanche beaucoup plus sur moi-même, c’est le propre du voyage, de l’aventure au bout du Monde, de retour dans ma capitale Paris, sur le tarmac de l’Aéroport mon esprit résonnait encore au son du Gamelan.

Selfies Selfies Made in Indonésia.

Patrick Compas. article publié le 17novembre 2017.

(crédits photos Patrick. Compas allrightsreserved)

Indonésia Travel : Java Island, Sulawesi Island,Bali Island.

 


Les Arts Plastiques s’invitent à l’Ambassade du Togo en France.

 

Exposition Flamboyance Tableau de Yao Metsoko

L’Ambassade du Togo a ouvert ses portes au grand public le 12 octobre 2017, lors du lancement d’une exposition intitulée : « Flamboyance » dans le cadre de la valorisation du Patrimoine Artistique et Immatériel des Artistes de la Diaspora Togolaise en France.

Une initiative organisée par l’Ambassadeur, son excellence Calixte Batossie Madjoulba Ambassadeur de la République Togolaise en France, puis du Collectif des Artistes Plasticiens Togolais en France, avec comme commissaire de l’exposition l’Artiste Yao Metsoko.

C’est une première en France, qu’une Ambassade serve d’espace d’exposition, aussi bien pour les Artistes Togolais que pour les Artistes amis du Togo. D’ores et déjà le premier vernissage lancé a tenu toute ses promesses.

L’engagement artistique du pays ne date pas d’hier, nombreux sont les Artistes qui ont participés à ce réveil culturel, jusqu’à aujourd’hui, en témoigne les différentes expositions majeures faites sur le continent, et en l’occurrence, la grande fresque mosaïque inaugurée par le chef de l’état, non loin de l’aéroport international de Lomé.

« Il s’agira donc à travers cette initiative, d’organiser des expositions trimestrielles libres d’accès à tous regroupant chaque fois, deux Artistes Togolais puis un Artiste ami du Togo, les mois d’Avril et Mai seront consacrés à une exposition collective, pour marquer le jour de la Fête Nationale du Togo le 27 avril » explique Yao Metsoko.

« C’est une célébration de l’Art qui est le plus court chemin de l’Homme à l’Homme » explique l’Ambassadeur lors de son élocution ; citant une phrase d’André Malraux.

« Cette vitrine permettra, non seulement de faire connaître nos créateurs, mais de valoriser, de promouvoir et de refléter, une meilleure image du Togo. Nos moyens sont aujourd’hui très limités, mais nous avons la volonté de conduire ce projet, que nous a soumis Yao Metsoko. Ces expositions rendront les locaux de l’Ambassade, plus agréables et attractifs, en favorisant son appropriation par les publics, venus d’horizons divers et par les diplomates à chaque vernissage » explique le premier secrétaire Monson Palawia. *(ndlr)

Le lancement officiel de cette exposition commença donc ce 12 octobre 2017, en présence de trois Artistes : Yao Metsoko également commissaire de l’exposition, Maximilien Amegee puis Fawzy Brachémi Artiste invité.

Yao Metsoko

Yao Metsoko dans son Atelier également commissaire de l’exposition « Flamboyance » ( Photo: Siegfried Forster RFI )

Ses œuvres sont d’une excellence sans comparaison, savant mélange entre le Togo ancestrale puis moderne. Il est vrai que l’approche aux premiers abords peut paraître difficile, pour celui ou celle qui ignore tout du pays, tant la complexité de la culture Togolaise est riche de symbolique, pourtant celui qui sait s’abandonner à son œuvre d’un point de vue esthétique, pourra en ressentir l’âme puis les vibrations.

Maximilien Amegee.

Yao Metsoko et Max Amegee

Autre figure emblématique, qui au départ n’était pas destiné à devenir artiste, mais en revanche avocat, pari réussi puisque « Maitre Amegee » fait partie de la cour, du barreau de Paris. Cependant, cela ne l’a pas empêché d’être lauréat, des Arts Plastiques en Belgique le 7 octobre 2017, pour son œuvre.

Son parcours n’a pas été cependant si facile, ni un long fleuve tranquille, il fallait suivre des études rigoureuses au pays, tout en étant très influencé par l’art omniprésent dans son environnement, tant pictural que musicale, grand admirateur de Paul Ahyi et Peter Tosh.

« Je voulais vivre cette révolution culturelle au quotidien de mon existence, je désirai plus que tout valoriser mon pays, son patrimoine, suivre les exemples de mes icônes, imposer cette identité Africaine d’un point de vue internationale. « Le culte de la culture », comme une devise « un monde, une Afrique ». Aller à l’essentiel, préserver la dignité Africaine, l’honneur du Togo à travers mes œuvres d’art contemporaines, comme un point de convergence entre les différentes nations ». Puis vint la nécessité de quitter sa terre natale, comme une déchirure, vers cette France ou là, plus encore que jamais la rage, puis l’envie de réaliser des œuvres artistiques.

Fawzy Brachémi

Yao Metsoko et Fawzy Brachémi

L’invité, Artiste Algérien engagé, c’est peu dire, tant la chose reste de nos jours difficiles, dans un pays ou l’Art Contemporain se conjugue avec un message subtilement induit. Notre homme n’en est pas à son premier coup de crayon, car lui non plus n’était pas destiné à devenir Artiste d’abord dessinateur, illustrateur pour les journaux en Algérie, puis en France, mais avec l’envie de toucher du pinceau, la grande toile à l’horizon, il devint peintre par la suite. Ses toiles, intimistes, nous dévoilent cependant une critique sociale, tout en laissant aux yeux du visiteur une impression esthétique, proche du design, de par les formes géométriques qu’il affectionne particulièrement.

Pour conclure ; comment ne pas féliciter, encourager, une telle initiative, de cette Ambassade empreinte de cette légendaire hospitalité et convivialité Africaine, il me semble que le Togo à travers ce projet de grande envergure, va être l’un des acteurs de la préservation du Patrimoine Culturel de l’Afrique tout en ouvrant la voie à d’autres Ambassades afin de suivre cet exemple novateur.

Patrick Compas. Journaliste.

« Propos recueillis à l’ambassade du Togo en France ; Paris le 12 :10 : 2017. Remerciements à l’Ambassadeur, son Premier Secrétaire Monsieur Palawia Monson, l’ensemble du personnel de l’Ambassade du Togo en France, les Artistes, *ndlr extrait de l’article de Gaétan Noussouglo (Togoculture) »


Seine de vie à Paris

A Paris, il y a plusieurs manières de vivre dans la capitale. Soit en appartement dans la majorité des cas, ou bien avoir une maison ce qui est plus rare, puis une troisième solution, plus marginale, vivre sur un bateau à bord d’une péniche, le long des quais du fleuve la Seine.

Péniche à Paris face au pont Bir Hakeim.

C’est un immense privilège de nos jours, car le nombre de place sont restreintes. les bateaux logements, doivent impérativement suivre des consignes très strictes d’amarrages, afin de laisser suffisamment de place pour le passage, en amont, en aval, des deux cotés des berges, aux bateaux de transports des marchandises ou des touristes, qui restent prioritaires au fil de la Seine.

Les autorités du fleuve que l’on nomme VNF, voies navigables de France,  la SNS service de la navigation de la Seine, supervisent puis contrôlent quotidiennement le trafic.

Les ports autonomes de Paris quand à eux, s’occupent des aménagements des ports fluviaux, afin que les navires puissent faire escales ou des livraisons .

La police fluvial, s’occupe également de l’application de ces règlements, à autorité puis des fonctions d’interventions semblables à la police terrestre, mais sur l’eau.

Vivre sur un bateau aux pieds de la Tour Eiffel à Paris

Mais alors qui sont les privilégiés qui habitent sur ces bateaux ?

Tout d’abord des gens qui ont certains moyens financiers, car acheter une péniche coûte cher, de plus se sont d’anciens navires de transports des marchandises, qu’il faut par la suite transformer en maison, pour pouvoir vivre à bord au quotidien, puis entretenir, donc cela à un prix.

Les personnes qui vivent sur les bateaux, recherchent surtout la tranquillité, ils ne souhaitent pas être dérangés par les voisins, comme en appartement, cependant il existe tout de même des inconvénients.

Parfois les quais de Seine sont loin des commerçants, alors pas facile pour aller faire le shopping. De plus d’un point de vue technique, il est difficile d’avoir des autorisations pour faire venir l’électricité,  le gaz , l’eau ou bien encore le téléphone fixe, y compris même internet.Il existe donc des solutions, mais une fois de plus, cela revient plus cher que dans la norme.

Un autre handicap pour ceux qui vivent à coté des points touristiques, voir au quotidien des groupes entiers de Chinois, Japonais, Américains,Russes etc… qui passent puis repassent sous leurs hublots, en photographiant leur intimité, en faisant semblant de viser les monuments comme la Tour Eiffel, le pont de l’Alma ou Alexandre III.

Quand vient la nuit à la sortie des discothèques, on aime aussi venir flâner avec sa copine, le long des quais mains dans la mains, venir en bande de copains, ivres morts, avec des bouteilles de bières, de vins en chantant sous les fenêtres des bateaux à 4 heures du matin. Parait-il même d’après certains propriétaires, que des couples montent à bord, pour faire l’amour sur le pont de leurs navires.Pourtant à en croire les heureux élus qui vivent ici, ils n’ont plus du tout l’envie de revenir comme avant sur terre, pour eux c’est la liberté.

New York ? Non Paris sur Seine.

La liberté ? non, un privilège, un luxe.

Pour ma part, j’aime flâner à pieds le long des quais, je pars en bus, en métro, à l’autre bout de Paris, puis je traverse la capitale, le long du grand fleuve, jusqu’à l’autre bout, inversant parfois de rives, de berges, durant ma balade qui peut être, d’une durée de 3 heures, car il y a environ 15 kms, entre le pont Garigliano, puis celui de Bercy.

Ainsi, on visite tout le centre touristique de la capitale, vue sous un autre angle. On peut y voir certains monuments célèbres, comme Notre Dame, la  Tour Eiffel, le Louvre, la grande bibliothèque François Mitterrand etc…

Il existe aussi malheureusement, un nombre de plus en plus importants, de populations qui vivent sous les ponts de Paris .Se sont des sans domiciles fixes SDF. Ils n’ont pas les moyens d’avoir de logement, de travail, ils sont de France ou d’ailleurs, survivent dans la misère, la pauvreté !!!

Ne croyez pas que l’eau du fleuve soit turquoise, on ne peut pas se baigner, c’est sale, polluée, il y a des pêcheurs parfois, mais me jurent qu’ils ne mangent pas les poissons, au risque d’être malades, inféctés de bactéries. Oui, la Seine n’est pas propre, ce fleuve est beau mais dégoûtant, à y voir certains déchets, qui flottent le long de ses rives.

Quai de la Seine Paris Habitations.

On me parle souvent du Gange ,du Mékong ,du fleuve Congo ,de l’Amazone mais la Seine ,c’est pas mieux !!! Les Français qui résident à Paris, les Parisiens, ne respectent pas souvent leur environnement, croyez moi je suis Parisien, depuis ma naissance, j’ai vu des oiseaux, des poissons, finir leurs vies dans des boites à Pizza, des sacs pour Burgers ,ou bien encore, coincés à l’intérieure d’une bouteille de Soda.Dans le pire des cas,on trouve également, des vélos, motos, voitures et malheureusement parfois des cadavres, suite à un crime ou un suicide.

Souhaitez vous encore des détails ? Non j’arrête là, car il y a tout de même plus d’avantages à se promener à Paris le long des quais du fleuve la Seine ,puisque Paris n’existerai pas sans elle comme un arbre sans sa sève, d’ailleurs lorsque le grand fleuve se met en scène, cela devient un somptueux spectacle un paradis. Une Seine de vie.

Belle Péniche à Paris

 


Mali : intrigue au pays Dogon

Mopti Pinasses le long du fleuve Niger au Mali.

Il pleuvait à Mopti lorsque je descendis de l’avion, sur le tarmac de l’aéroport international d’Ambodédjio. Je me dirigeais vers le bureau des formalités, afin de recevoir le tampon sur mon visa puis sur mon passeport. 

Mopti , ville fluviale le long du Niger, Djoliba comme on le nomme ici, accueillant une multitude de pirogues nommées Pinasses pratiquant l’import-export de toutes marchandises.

Face au fleuve, je relisais les livres de Marcel Griaule, Germaine Dieterlaine, Jean Rouch, René Caillié afin d’étudier avec rigueur et précision, les rites, coutumes, traditions, mais surtout l’histoire des Dogons, nommés ici au Mali, Dogono en Bambara.

La cosmogonie Dogon étant très complexe, je m’assoupissais peu à peu, au fil des pages sous le regard amusé de mes hôtes.

La nuit tombante, dictée par les prières du coucher de soleil, les Pinasses se faufilaient dans les méandres du fleuve, dans le silence, puis l’appel à la prière du Muezzin de la mosquée du quartier Komoguel.

Je partais à l’aube, dans la région des falaises de Bandiagara, en direction de Sangha.

Après quelques pannes de voiture et d’aspiration de carburant, nous arrivâmes là ou s’était séjourné Marcel Griaule afin d’écrire son premier livre « Dieu d’eau. »

Deux Dogons, leurs bonnets de formes coniques à pompons, attendaient dans une 2cv fourgonnette orange, marquée taxi, afin de me conduire à mon hôtel.

Le lendemain, je me réveillais au son du cri du coq, au lever du soleil, quand soudain quelqu’un frappa à la porte de ma chambre.

« Sewo Sewo le café est prêt, vous avez de la visite Monsieur Toubab !!! on vous attend ».

« Qui ? »  « Le Hogon et le Devin » « ah bon ? »

Stupéfaction, en effet ils étaient là à m’attendre « Sewo Sewo Oumana Sewo » palabres interminables en serrant les mains, puis les pouces, en se courbant légèrement, selon la tradition.

« Que se passe-t-il ? » « Buvez votre café puis on y va, on a besoin de vous. »

Nous partîmes déambuler, dans les ruelles entre maisons et greniers, afin de rejoindre la demeure du Hogon. « Mais que se passe-t-il ici répliquais-je ? »

« Voilà, nous vous demandons de mener une enquête dans le village de Sangha, suite à un vol de masque sacré un Kanaga, puis d’une porte de grenier appartenant à la maison du Hogon, il n’y a que vous qui puissiez le faire, car vous êtes étranger donc neutre à cette histoire, qui s’est déroulée avant votre arrivée. »

Je tombais par terre, quelle responsabilité, mais qui avait pu commettre un tel sacrilège ? J’étais venu en tant que reporter, me voilà à présent transformé en commissaire de police. J’acceptais le défi.

Sangha devant les falaises de Bandiagara au Mali.

 

Cela ne me serait pas facile, il me fallait un interprète de confiance, des preuves, des témoignages, des indices. Il me vint une idée. À l’école on y apprend le Français, je demandais donc à des enfants qui était l’enseignant, on me dit : « Mr Djiguiba ».

Djiguiba arriva avec sa belle chemise blanche, bien repassée. Je le saluais en langue Dogon, il me répondit dans ma langue.

Il acceptait sans aucune hésitation ma requête, de plus il m’invita à séjourner chez lui, je ne pouvais refuser ce privilège.

Devant le thé puis la bière de Mil, il me suppliait de bien vouloir régler cette affaire au plus vite, que je pouvais vivre chez lui comme un membre de la famille, mais en retour d’en faire une affaire d’état, de détournement de patrimoine.

Je me mis au travail au cri du Coq.

Tout en partant vers les champs d’oignons cultivés par les femmes, accompagné par Djiguiba suivit de très près par une multitude d’enfants, je relisais en marchant, un passage du livre de Griaule, tout à coup je m’exclamais à haute voix « mais oui bien sur Yourougou le renard. »

Un silence s’imposa dans le champ d’oignons, Djiguiba tétanisé me fixait du regard m’expliquant qu’il ne fallait pas citer son nom, n’importe quand, n’importe comment.

Après des excuses auprès des populations, j’apprenais donc qui était Yourougou.

« Le renard pâle » pratiquant le désordre dans la genèse, les mythes de l’histoire, de la création de l’ethnie Dogon, personnage symbolique emblématique, ambiguë, sacré, comme le dieu serpent : Lébé du Ouagadou.

Je venais de faire à mon tour un blasphème, du coup il fallait se rendre de suite chez le Devin. Hasard ou coïncidences, il fallait d’ailleurs que je rencontre ce personnage incontournable pour mon enquête, ainsi que le tisserand, le griot, le marabout, le guérisseur puis le forgeron.

Du haut de la falaise, une vaste étendue de sable dominait l’horizon, on pouvait y voir planter des petits bouts de bois ornés de coquillages, de minuscules cailloux autour, puis des dessins fait aux doigts, ornaient d’étranges symboles et signes cabalistiques.

Le vieil homme apparu tout de noir vêtu, un bonnet à pompons coniques, une longue barbe, un regard perçant qui me fixait les pupilles.

Palabres et salutations respectables, il se mit au travail en silence après m’avoir demandé ce que je voulais savoir. » Le renard viendra déposer ses pattes ici cette nuit, ce n’est que demain que nous pourrons répondre avec votre question, répondis Djiguiba. »

Devant la maison du Hogon .

 

Le lendemain à l’aube, c’est seul que je revenais voir le Devin, afin de connaitre la réponse à ma question suivante : « qui a volé le masque et la porte ? »

L’homme déjà présent sur place, était en train de décrypter les traces de Yourougou, il murmurait des mots dans un étrange dialecte, différent de sa langue, le Sigui.

La langue secrète des Dogons, j’avais lu un passage dans le livre de G. Dieterlaine à propos de cette langue, la société secrète des masques, il n’y a que les initiés qui la pratiquent.

L’homme m’interpella plus tard, dans un français approximatif, le regard très inquiet, il me dit qu’il fallait que je me rende à Kidal, qu’il fallait que je reste plus que très prudent.

Je devais m’y rendre, mauvaise nouvelle, à la vue des événements actuels de révoltes, rebellions en tous genres, effectuées par des groupes membres de l’Aqmi puis de l’EI au nord du Mali, qui réclame l’indépendance de la région, sous le nom d’Azawad, dans le triangle Kidal, Gao, Tombouctou.

Camion dépanneuse pas facile à garer .

 

Je partis à l’aube, seul, au volant d’un vieux camion dépanneuse. J’étais nerveux.

Sur la route, je prenais en stop un chauffeur de camion en panne avec ses jerricanes. Stupéfait de voir un Toubab au volant d’une dépanneuse.

A la frontière inter- régions n°5 et 6 contrôlée par l’armée du pays, accompagné des militaires français, opération Barkhane, ma visite fut interrompue manu militari.

Terminus tout le monde descend, mais la providence était avec moi, un chauffeur de bus arrivant de Sangha, en contrôle des douanes, me reconnut il expliqua en Bambara qui j’étais, d’où je venais.

Un lieutenant des forces françaises m’interrogea, me traitant de tête brûlée, m’expliqua qu’il avait rencontré des touristes chinois, à la recherche d’œuvres d’arts à Tombouctou, en partance pour Djenné.

Djenné au petit matin .

 

Je partais donc sur le champ comme un légionnaire au combat.

Arrivée tardive à Djenné, pas compliqué de retrouver des Chinois au Mali. En allant dîner, j’aperçu un superbe 4×4, près d’un hôtel, chargé comme un mulet, plus je m’approchais, plus je distinguais des formes, sous la bâche de protection, je fis mine de ne rien voir, je prenais une chambre dans le même lieu.

A la terrasse du restaurant les chinois négociaient les prix des marchandises avec un malien. J’écoutais attentivement la discussion. Ils étaient les responsables. A présent ils étaient fait comme des rats. Il fallait que je cogite un plan d’action pour les stopper, la nuit portant conseil, je réfléchissais en m’endormant.

Au lever du soleil, à la première prière, après un bon café, je fonçais tout droit au bureau de police de Djenné où un officier me reçu, écouta mon témoignage, nous partîmes ensemble, vers le véhicule afin de constater qu’en soulevant la bâche, les objets étaient bien là. Un lieutenant de Police cette fois-ci, pris en charge l’enquête, en arrêtant les touristes chinois et leur complice local.

Ils furent raccompagnés à l’aéroport de Bamako, puis extrader, après avoir payé une amende au tribunal, avec une interdiction de séjourner au Mali.

Je revenais à Sangha avec les bonnes nouvelles, je fus récompensé par les habitants, par l’intermédiaire d’une cérémonie en mon honneur, par la suite les objets furent restitués par le ministère de la culture et du patrimoine qui les avaient saisies durant l’enquête.

masques de cérémonies dogons.

Post scriptum.

J’ai vécue à ma grande surprise cette intrigue imprévue du voyageur. Pourquoi m’avoir choisi comme interlocuteur ? M’avoir fait confiance ? C’est le mystère Dogon, la magie de l’Afrique.

Malheureusement ces genres d’histoires ne finissent pas toujours comme la mienne. Beaucoup d’objets du patrimoine sont vendus, au plus offrant, dans toute l’Afrique, pour des raisons diverses, problèmes financiers, famine, survie, au grand détriment des populations, qui voient leurs biens, leur passé, leurs histoires, disparaître afin de se retrouver à jamais, dans des galeries, musées, ou collections privées, marchands d’arts, si loin du continent.

D’autre part, je déconseille vivement un voyage dans le pays actuellement sous tension, à moins de vraiment bien connaître ce type de voyage et ce pays, ou bien en ayant des contacts fiables.

En revanche, le Mali reste un pays que j’affectionne particulièrement, pour son authenticité, son hospitalité, mais surtout le grand courage de sa population face aux événements actuels. Je vous suggère à ce propos, de regarder le film Timbuktu du réalisateur Abderrahmane Sissako un chef d’œuvre.

 


Vietnam dans le sillage des jonques

Port de pêche de Haiphong en baie d’Halong Vietnam

Les eaux de la baie d’Halong, classées site du Patrimoine mondial par l’UNESCO, ont perdu la couleur turquoise qui avait fait leur renommée, victimes d’une pollution croissante qui menace l’éco-système et hypothèque l’avenir de la première destination touristique du Vietnam.

Des conséquences radicales.

Les eaux de la baie rendues mondialement célèbres par les milliers d’îlots présents, et en particulier la zone de l’île de Cat Ba qui abrite un Parc national marin, sont envahies par les sédiments, les métaux lourds et les rejets d’eaux usées qui mettent en danger la vie marine », affirme l’Institut d’océanologie d’Haiphong.
Les récifs de coraux sont en train de mourir. Les phoques, les dauphins, les tortues marines, et même les oiseaux, tous ces animaux qui peuplaient la baie sont de plus en plus rares ».
Le premier responsable de cette pollution c’est l’exploitation du charbon. Le développement de l’exploitation du charbon aux abords de la baie d’Halong a entraîné en dix ans le rejet de  tonnes de terres polluées, évacuées dans la mer par les rivières qui traversent les zones minières. Cette zone est aussi fortement contaminée par du plomb et du pétrole lié à l’activité du port pétrolier B2, situé au sud de la baie d’Halong« Les eaux de la baie d’Halong sont aujourd’hui chargées de sulfate de fer, de zinc, de cuivre ».
Les récifs de coraux sont également victimes de la pêche à la dynamite pratiquée par les pêcheurs de Cat Ba, leur destruction bouleverse l’ensemble de l’écosystème. Les poissons deviennent rares, ce qui entraîne un appauvrissement des populations de pêcheurs des îles de la baie.
« Le eaux usées de l’agglomération d’Haiphong, peuplée de 2 millions d’habitants, ne subissent aucun traitement et sont aussi rejetées dans la baie ».
Le tourisme a également joué un rôle important dans la pollution de la région, selon les estimations de l’institut océanographique, les centaines de bateaux qui transportent les visiteurs venus admirer les célèbres formations rocheuses qui émergent dans la baie, déversent chaque jour environ deux tonnes d’huile de moteur en mer.

Quelle est la position de l’Unesco et du gouvernement vietnamien face à ses enjeux ?

La baie d’Halong a été classée « vestige historique et culturel » et « site de paysage national » en 1962.  Ultérieurement classé « site spécial de paysage national » en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel amendée en 2009, le site est la propriété du gouvernement provincial.  Il est protégé convenablement grâce à un certain nombre de lois provinciales et nationales qui sont pertinentes, ainsi que par des décrets gouvernementaux, dont voici quelques exemples : la loi sur le patrimoine culturel, la loi en matière de biodiversité, la loi du tourisme, la loi sur la protection de l’environnement,  la loi des pêches et la loi du transport maritime.

En vertu de ces lois, toute action proposée au sein du site pouvant avoir un impact significatif sur ses valeurs doit faire l’objet d’une autorisation officielle de la part du ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme, ainsi que d’autres ministères compétents.
A long-terme, la gestion du site se concentrera sur les points suivants : l’assurance de l’intégrité du paysage, des valeurs géologiques et géomorphologiques, ainsi que la protection de l’environnement, le renforcement des dispositions législatives, la surveillance attentive des activités socioéconomiques dans la baie d’Halong, l’augmentation de l’usage de la technologie aux fins de gestion du patrimoine, le lancement de recherches afin de mieux comprendre les valeurs du site; l’amélioration de la formation du personnel et une meilleure sensibilisation et implication des membres de la communauté.

Port de pêche d’Haiphong.

Polémiques : existe t-il une instrumentalisation du patrimoine mondial ?

En bien des cas, la notion de « patrimoine culturel mondial » a été détournée de son but officiel, et a été utilisée comme un outil touristique, ou comme instrument pour servir des intérêts politiques et économiques. L’« unescoïsation » conséquence paradoxale de la protection accordée par l’Unesco est l’intense mise en tourisme du lieu, au détriment de son authenticité, cette mise en tourisme s’accompagne d’une sorte de mise en scène de traditions idéalisées qui ne correspondent pas toujours à la réalité historique ; certains éléments de ce passé sont gommés, comme par exemple les épisodes de la guerre du Vietnam. « La sélection du patrimoine par l’Unesco contribue à gommer certaines réalités historiques, en redéfinissant notamment la présence coloniale française dans la ville comme une « fusion de traditions culturelles », oubliant en cela les mécanismes de domination politique et économique du joug colonial.

On retrouve également ce principe sur le site d’Angkor au Cambodge, qui occulte l’époque du génocide khmer par les Khmers Rouges.
Il y a une tension entre l’idée d’« identité » et l’idée de diversité culturelle, entre l’idée d’universalisme et celle de multiculturalisme. La convention du patrimoine immatériel affirme que le patrimoine immatériel procure aux communautés « un sentiment d’identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle», or ces deux éléments (sentiment d’identité et respect de la diversité culturelle) ne vont pas forcément de pair, au contraire, ils peuvent paraître opposés. Ainsi, à l’heure où le tourisme devient un phénomène mondial massif, les notions apparemment apolitiques et consensuelles de « patrimoine mondial » et de « patrimoine immatériel » peuvent poser question et sont l’objet d’enjeux éminemment politiques et d’implications économiques d’une importance capitale pour l’image et la place des Etats sur la scène internationale.

En conclusion : un constat amer

Si des mesures ne sont pas prises pour enrayer la pollution de la baie d’Halong en diminuant les rejets, l’industrie de la pêche et le tourisme en subiront rapidement les conséquences, avertissent les experts de l’Institut d’océanologie.
Sur l’île de Cat Ba, les propriétaires des dizaines d’hôtels (construits au cours des cinq dernières années) guettent chaque jour les touristes sur la jetée du port, à l’arrivée des bateaux, pour tenter de remplir leurs établissement qui tournent au ralenti.  « Les affaires sont difficiles », indique le propriétaire du plus grand hôtel de l’île, « nous souffrons de la crise asiatique, et la pollution commence également à faire fuir nos clients ». Quand aux pêcheurs de la Baie d’Halong, une reconversion professionnelle obligatoire s’impose pour des raisons de survie. Reconversion dans le transport et dans l’animation touristique qui engendre la disparition de tout un savoir faire ancestrale (techniques de pêche) au détriment des chantiers navals.


En Ethiopie, la ville d’Harar entre Rimbaud et Monfreid

Le poète français Arthur Rimbaud a vécu ses dernières années à Harar, dans l’Est de l’Ethiopie. Que reste-t-il de lui dans cette cité musulmane ? Rien, sinon qu’une demeure musée.

Nous sommes à Harar, une ville millénaire classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, à 500 kilomètres à l’est de la capitale éthiopienne Addis Abeba. Le jeune Rimbaud est arrivé en décembre 1880, à 26 ans, dans cette cité musulmane alors sous tutelle égyptienne. Il avait abandonné la poésie pour se consacrer aux voyages au négoce au Moyen-Orient et en Afrique. À l’époque, Harar était une cité glorieuse, carrefour commercial entre la péninsule arabique et le reste du royaume d’Abyssinie où l’on vendait du café, de l’encens, du musc, des peaux de bêtes.

Rimbaud, contrebandier

Pour se rendre dans cette demeure, où le poète n’a jamais vécu, il faut traverser des ruelles étroites aux murs fixés par de la boue et peints de blanc, de bleu, de jaune et de vert, qui font la spécificité de la vieille ville de Harar. Mais les Harari d’aujourd’hui se souviennent surtout du Rimbaud contrebandier qui a vendu des armes au roi du Choa Ménélik, futur empereur d’Ethiopie, qui a pris la ville de Harar en janvier 1887. « Les seuls Harari qui savent de qui on parle n’en ont pas une très bonne image. Ils ne gardent en mémoire que la légende noire : le trafic d’armes, les rumeurs sur ses mœurs légères et les accusations d’espionnage. »  D’après le conservateur, il était devenu un vrai Harari qui s’entendait très bien avec les habitants, parlait Arabe, Oromo, Amharique et avait quelques notions de la langue locale Harari. Le poète désirait découvrir « les effets excitants » du khat – prononcé tchat en Ethiopien  qui se consommait déjà beaucoup à Harar à la fin du XIXe siècle.
À l’époque de Rimbaud, Harar était considérée comme la quatrième ville sainte de l’Islam après La Mecque, Médine et Jérusalem. C’était un centre spirituel d’enseignement Soufi. Arthur Rimbaud y aurait trouvé « une certaine tranquillité, une paix intérieure ». Les épaisses murailles de la vieille cité éthiopienne d’Harar n’ont pu empêcher le monde moderne de s’y engouffrer, mais les traditions historiques, culturelles et religieuses uniques de ce lieu saint de l’Islam y sont toujours bien vivantes. – Nourrir les hyènes aux portes de la ville reste un spectacle hallucinant. Harar a passé un étrange pacte avec les hyènes qui terrorisent le reste de l’Ethiopie. Entre chien et loup, les bêtes féroces dévorent l’aja, un ragoût préparé par les habitants de la citadelle oubliée.

 

Harar

 

Harar et ses 99 mosquées

L’Harar d’aujourd’hui est un savant mélange d’ancien et de moderne, où la piété religieuse et les coutumes fortement ancrées n’empêchent pas l’omniprésence des téléphones portables, des ordinateurs et des antennes satellitaires. Les plus fidèles témoins de cette époque mouvementée sont les hautes murailles, en parfait état de conservation, qui entourent la ville. Aujourd’hui encore, les six portes ferment à la tombée de la nuit. Elles portent les noms de Choa, Sanga, Erer, Buda et Fallana. La plus populeuse est assurément celle de Choa, par laquelle nous venons de plonger dans ce dédale de passages étroits, un labyrinthe qui vous donne l’illusion d’être au cœur d’une seule et même habitation divisée en centaines de petites pièces reliées par de minuscules boyaux. Trente-trois mille âmes vivent aujourd’hui dans les murs de cette cité oubliée du temps. On dénombre à Harar pas moins de 99 mosquées, dont la plupart sont de petites constructions d’un étage surmontées d’un fin minaret. Depuis la fin du XIXe siècle, les minorités copte et catholique disposent respectivement d’un temple orthodoxe et d’une modeste église à peu près déserte.
Harar reste aujourd’hui une ville bruyante et commerçante. Elle ressemble presque à un seul et grand marché, où les différents métiers seraient regroupés par quartiers : les ateliers des forgerons dans les ruelles proches de la porte de Buda, les tailleurs à deux pas du marché central, dans une rue que les gens du cru appellent makina guirguir à cause du bruit des vieilles machines à coudre. Au marché Madde Dudú, sur les terrasses qui dominent les étals des bouchers, Vautours et Milans attendent patiemment la fin de la journée pour descendre se gaver d’abats. Des femmes Somali, Amharas et Oromos étalent leurs marchandises (bois de chauffe, charbon) sur le sol. Devant le moulin, une file de clients attend de faire moudre son blé .Il n’est pas rare, dans cette ville aux allures de labyrinthe, que les gens invitent le visiteur à boire un verre de thé, de café ou à fumer une pipe à eau.

« Entre 1880 et 1890, la Corne de l’Afrique bruisse des rumeurs de trafic d’armes d’Arthur Rimbaud qui sillonne la région entre Aden, Harar et la province du Choa en Éthiopie.
Son souvenir est mis en scène dans Les Éthiopiques d’Hugo Pratt : Corto Maltese, dans ses pérégrinations africaines, ressemble à un écho lointain du poète-aventurier. »

Henri de Monfreid arrive à son tour à 32 ans dans la zone, en 1911

Installé à Djibouti, il achète un boutre baptisé Fath-el-Rahman et se lance dans la navigation sur la mer Rouge, qu’il finit par connaître par cœur : ses connaissances seront sollicitées par les autorités coloniales françaises pendant la Grande Guerre, faisant de l’écrivain un agent occasionnel de renseignement.

Monfreid sera donc flibustier. D’abord, il veut explorer l’Abyssinie, sur les traces de Rimbaud . Il apprend l’Arabe, se coiffe d’un turban. « Les hautes falaises de basalte qui défendent ce mystérieux pays Dankali, inexploré et peuplé de tribus rebelles » l’attirent. Il part de Djibouti pour l’AbyssinieFathouma, sa belle « négresse », meurt. Henry de Monfreid repart pour Djibouti. Il construit un boutre, une sorte de petit voilier utilisé par les pêcheurs de perles de la mer Rouge, engage des marins, et entame une carrière de « loup de mer ». Pendant plusieurs mois, il va écumer cette mer à la recherche de « ce gravier merveilleux » que sont les perles huîtrières.

Après les perles, d’autres trafics. Les armes. Le Haschich qu’il va acheter en Grèce pour le revendre en Égypte et Djibouti. Jusqu’au milieu des années vingt, Monfreid écoule douze tonnes de Haschich à la barbe des Anglais. Son voyage de noces avec Armgart lui sert même de… couverture pour cette activité de contrebande. Le père Teilhard de Chardin, croisé à bord d’un navire en 1926, le « confesse ». Les deux hommes parlent des origines du monde et de Dieu. Ils deviennent amis. Et feront même des fouilles archéologiques ensemble en Éthiopie.

Joseph Kessel, qui rencontre lui aussi Monfreid, est subjugué par la vie de ce flibustier. Il lui suggère d’écrire. En 1931, Henry de Monfreid publie son premier livre « Les secrets de la mer Rouge » ; livre qui rencontre un vif succès. Deux ans plus tard, il écrit « Vers les terres hostiles de l’Éthiopie ». Monfreid y dénonce les visées de l’empereur d’Ethiopie, Hailé Sélassié, sur Djibouti et le Yémen. Hailé Sélassié tentera lui-même d’éliminer le Français, en l’empoisonnant lors d’une audience. Monfreid vomit le café empoisonné, et sera sauvé. Mais  sera expulsé d’Éthiopie.

https://soundcloud.com/patrickcompas/ethiopie-harar-un-jour-de-marche


L’école au fil du Mékong

Cambodge.

lac Tonlé Sap

Nous sommes sur le lac Tonlé Sap, sur les rives du Mékong  non loin de la ville de Kampong Chhnang et Battambang au Cambodge. Chaque jour des enfants partent à l’école à bord de sampang des petites barques en forme de pirogues. C’est leur moyen de locomotion, car ici toutes les populations vivent sur l’eau.  Les villages flottants, des quartiers entier de maisons sur pilotis. A terre c’est le vélo ou le scooter ici c’est le bateau. On revêt son uniforme avec ses initiales, on prend son cartable et pas question de faire l’école buissonnière ou de ronchonner pour se lever le matin, ici l’école c’est sacrée un immense sacrifice pour les familles.

 


Sous le regard des bonzes et du bouddha.
Traditionnellement, l’enseignement était dévolu aux pagodes et portaient essentiellement sur l’étude des textes sacrés destinés à régenter la vie quotidienne. Les filles n’y étaient tolérées que dans certains cas où elles étaient exclues à partir de la pré-adolescente. De nos jours les bonzes  n’assurent que l’enseignement des futurs moines puis des plus démunis « les enfants des rues ».
Durant la période du colonialisme.
L’école souvent dirigés par « les jésuites » enseignait le Français, la géographie puis l’arithmétique. Elles étaient essentiellement fréquentées par les enfants des dignitaires qui espéraient en cette éducation, à des postes de responsabilités politiques au sein du pays ou en France.
Puis soudain tout dégénère….
En 1975, l’instauration du Kampuchéa démocratique va mettre à mal le système éducatif .Les cambodgiens, accusé d’avoir contribués par ses enseignements à préserver l’ancienne société que les partisans de Pol Pot ; les Khmers Rouges jugeaient décadente et voulaient éradiquer. Les écoles seront fermées,  le seul fait d’avoir été enseignant suffisait à condamner les intéressés à une mort certaine dans les prisons du S21 puis les camps de travail . Avec le régime des « khmer rouges », 90 % des élites qui auraient pus rebâtir une administration avaient disparus ou avaient émigrés alors que plusieurs classe d’âge n’avaient plus été scolarisées, depuis 1970 dans les zones qui à cette époque avaient déjà échappées à tout contrôle gouvernemental.
Le temps de la reconstruction.
Le pays sera mis sous tutelle ONU en 1993. Le seul fait de savoir lire et écrire suffisait alors pour s’improviser enseignant. Malgré ces conditions difficiles et un contexte politique délicat, un système éducatif est restauré dans une ambiance pionnière où le dévouement du personnel compensait le manque de moyens.
Depuis 1996, les conditions de recrutement ont été redéfinies : tous les enseignants doivent avoir accompli un cycle complet de formation  ils bénéficient d’une formation de deux années, une troisième étant instaurée pour les candidats se destinant à l’enseignement dans le second cycle des lycées . Aujourd’hui, le nombre d’enseignants non titulaires du Baccalauréat devient de plus en plus rare.
Qu’en est il aujourd’hui ?
En ce début du XXIe siècle,  la condition enseignante reste peu enviable : disposant de faibles salaires les professeurs sont parfois conduits à occuper un deuxième emploi au détriment de leur investissement et de leur temps de présence en classe. Ils souffrent, de surcroît, d’un manque de reconnaissance sociale. le personnel enseignant, faute d’un salaire réellement adapté permettant de couvrir les dépenses courantes, des enseignants étaient amenés, notamment en zone rurale, à exercer une seconde activité professionnelle (agriculteurs, mécaniciens réparateurs de mobylettes…) avec des conséquences évidemment nuisibles quant à leur temps de présence en classe et à leur degré de motivation.
Des enseignants mettent en place des cours supplémentaires contre une participation financière elle met en défaut le principe de gratuité de l’éducation de base qui figure dans la loi de 1993 et qui est réaffirmé dans les objectifs de l’Éducation pour tous.
Elle renforce les inégalités de réussite scolaire liée à l’origine sociale. Ces cours privés se révèlent, en effet, déterminants dans les parcours de formation. Des exemples, cités par les rapporteurs de l’UNESCO témoignent de performances qualitativement différentes selon que les élèves bénéficient ou non de ces enseignements supplémentaires ainsi, entre autres, dans les zones rurales.
Qu’en est il de la motivation des élèves ,des écoliers ?
Ici pas de doute, on va à l’école sans pleurer, c’est une chance, c’est un privilège.
Chenda 10 ans, veut devenir enseignante dans un lycée pour les enfants du pays tandis que Reksmei, 15 ans, lui veut devenir médecin afin de pouvoir soigner sa famille, puis les autres.

On a envie d’apprendre, de savoir lire, écrire, compter, puis on est curieux de tout, on parle on discute avec ses camarades, qui deviennent des amitiés parfois pour la vie, ici il règne une solidarité entre élèves, on se motive, on participe ensemble à l’avenir du pays, sorte de nationalisme précoce qui se prolonge jusqu’au études universitaires, pour ceux et celles qui auront la chance de pouvoir y accéder, car » je ne cesse de le répéter », au Cambodge, l’école, l’éducation, est un énorme sacrifice financier pour les familles. « Alors larguez les amarres, cap sur l’école, tous en classe !!! »


Portrait d’un Bédouin du Wadi Rum Jordanie

 

Il m’avait demandé de parler de lui à mon retour en France…

 


Majed Salem Al Zalabieh, la trentaine, issue de la légendaire tribu bédouine des Zalabieh. Ce nom ne vous dit rien pourtant souvenez-vous… Le film Lawrence d’Arabie. C’est grâce à son grand-père que ce chef d’œuvre du cinéma à pu voir le jour. Nous sommes installés sous la tente familiale autour d’un thé. On se regarde dans le silence, il me fixe, coiffé de son keffieh rouge et blanc comme s’il essayait de lire dans mon regard quelles étaient mes pensées afin de savoir si l’occidental assoiffé de curiosité que j’étais valait la peine d’être côtoyé. Puis j’entame les premiers mots de la discussion : « combien de chameaux possèdes-tu Majed ? Des centaines, me dit-il. Cependant, mon préféré se nomme Toyota et il consomme 15L/100« . Dans un éclat de rire nous partageons une deuxième tasse de thé aux herbes avant de prendre le chemin du Wadi Rum. Un immense territoire de 800 km2 entre l’Arabie Saoudite et l’Israël rejoignant la mer rouge en Égypte composé de montagnes rocheuses granitiques puis de sable fin de couleur rougeâtre.

Bienvenue dans la maison des bédouins en Jordanie

Seulement voilà, tout n’est pas si rose ces derniers temps, on s’inquiète chez les Zalabieh de plusieurs choses : la première, l’environnement et les problématiques climatiques qui détraquent la faune et la flore mais surtout la chose la plus sacrée pour les Nomades à savoir l’eau. Car la région étonnement regorge d’eau sous le sable grâce à un système d’aquifères des nappes phréatiques poreuses qui fournissent le liquide sacré. Cependant cette denrée rare est abondement utilisée par les grands projets agricoles du pays qui ne se soucient guère du problème de réapprovisionnement de cette ressource pour la survie des populations bédouines et de leurs troupeaux. D’autre part, les relations entre les bédouins propriétaires des terres ancestrales et la Royauté qui représente l’Etat ne sont pas au beau fixe. Le royaume Hachémite de Jordanie semble avoir toujours considéré les tribus jordaniennes comme le socle de son pouvoir : dès ses débuts, que l’on peut faire remonter à la révolte Arabe de 1916 menée par l’armée des Hachémites du Hedjaz, l’État s’est fondé sur l’allégeance des tribus. La Jordanie, le colonialisme, le mouvement de décolonisation, les conflits israélo-Arabes et la lutte des Palestiniens. Malgré tout, ces dernières années, dans le contexte des Printemps Arabe, plusieurs contestations venant des tribus ont pointé du doigt le régime et dénoncé sa corruption. Mais comme le dit Majed, « les voix contestataires au sein des tribus sont celles « de jeunes gens éduqués qui se dissocient des intérêts particuliers de leur communauté et réclament une réelle démocratie en Jordanie »« .

En Jordanie, le tourisme va mal

Et ce, depuis les récents événements et divers attentats. Les Occidentaux boudent les pays Arabes et territoires musulmans par craintes de représailles ce qui ne facilite pas la tache des Bédouins pour qui le tourisme est une source financière complémentaire au travers de l’aide à la visite aux touristes sur leur territoire. Leurs objets artisanaux sont remplacés pour la plupart par des objets d’imitation, fabriqués en Chine. Pour finir, la problématique des territoires voisins qui ne cessent d’essayer de déstabiliser le pays, à commencer par la Syrie qui envoie 500 réfugiés par jour aux frontières Jordaniennes, ils seront 2,5 millions en 2017 à avoir regagnés la ville d’Amman. La crainte des bédouins est toute simplement légitime… Le pays se retrouve sous l’emprise de terroristes assoiffés de pouvoir et de conquête avec une éventuelle destruction d’un patrimoine hors du commun, à savoir Pétra, tout comme ils l’ont fait à Palmyre ou Bamyan en Afghanistan.


Courrier du Baroudeur Patrick Compas Carnets de Voyages d’un Bourlingueur .

Grand Angle ,mes carnets de voyages .

Patrick Compas né à Paris en France. Baroudeur,Bourlingueur,Photographe,Radio-Reporter.
Carnets de Voyages Radiophoniques et Photographiques.
Grand Angle résumés de mes voyages ,qui traitent d’une manière Journalistique ,Sociologique, Anthropologique et Ethnologique, ma vision du Monde. Ici je pose des questions. je me focalise sur des thématiques ,des sujets du quotidien ,en Afrique ,en Asie , Proche et Moyen Orient, aux Caraïbes ,en menant des enquêtes sur place, dans les pays, par l’intermédiaire des populations rencontrées.


Mes références, mes influences : Albert Londres, Joseph Kessel, Blaise Cendrars, Pierre Schoendoerffer, Alexandre Iacovleff, Hugo Pratt, Patrick Chauvel, Gilles Caron, James Natchwey,Robert Capa, Steve McCurry, Jacques Chancel, David Thompson, Philipe Rochot, Serge Moati, Christine Ockrent , jean Malaurie, Claude Levi Strauss, Marcel Griaule, Jean Rouch, Jacques Kerchache, Théodore Monod, Pierre Loti, Jack London,Henry de Monfreid, René Caillié, Ibn Battuta, RFI, ARTE, France Culture ,Tv5 Monde ,Courrier Internationale, le Monde.