Wéé, tè faa !!

Nous sommes quelque part dans un quartier de la grosse banlieue de Conakry. Il est 19 heures. Les bruits de la journée s’estompent peu à peu, remplacés par le bourdonnement des moustiques. Puis, instantanément une ampoule électrique dont l’interrupteur était sciemment placé sur « ON » s’allume. Et vous entendez cette assourdissante clameur qui fuse dans le quartier : « Wéé, tè faa ! ». Les enfants sautent et dansent en tapant des mains. Les visages des adultes s’illuminent, comme les ampoules. Le retour du courant électrique dans les foyers de Conakry déclenche toujours des scènes de joie. Cette rengaine de « Wéé, tè faa ! » (Wéé, le courant est de retour, en langue Soussou) est devenue un automatisme. Et elle se transmet de génération en génération.

Le courant est fourni un jour sur deux dans le meilleur des cas et chacun attend son TOUR avec impatience. Ici le mot « délestage » n’est pas si important! Le courant vient, puis il s’en va à intervalles très irréguliers. C’est à tout à fait normal. Le plus souvent en « venant » ou en « s’en allant », il prive tout une famille d’une ampoule, d’un téléviseur ou, plus grave, grille le transformateur du quartier. C’est mon cas actuellement à Sangoyah-Marché. Pourtant, cela n’empêche pas le retour du courant d’être bruyamment salué la prochaine fois !

Toutes les pannes sont supportées et gérées par les familles. Dans la concession, vous vous débrouillez tout seul, sur la ligne extérieure pour un câble volé ou un transfo grillé, on cotise. Après, il faut aller chercher les agents de EDG (Electricité de Guinée) et payer les frais de réparation. D’ailleurs c’est l’une des rares occasions qu’on peut les voir ; si ce n’est lors du dépôt de la facture quand vous êtes abonné. Ne vous fâchez surtout pas en voyant le courant chez votre voisin alors que vous n’en avez pas. Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Vous, vous n’avez « qu’une seule ligne ». Donc le courant n’est pas obligé d’emprunter votre câble commun pour arriver chez lui.

Pour mon cas spécifique, les enfants de notre maison commencent à être jaloux des « Wéé, tè faa ! » de nos voisins immédiats. Mais moi, je prends tout cela avec philosophie et ne cesse de leur rappeler que l’an passé ils avaient crié pendant six (6) mois consécutifs « Wéé, tè faa ! » au grand dam de leurs amis dont le transfo avait explosé. Certains, par dépit, disent comprendre en me rappelant toutefois que cela fait un mois que ça dure. J’acquiesce en pensant dans mon for intérieur que c’est un minimum acceptable en pareil cas.

Alimou Sow

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Blogueur guinéen de Conakry, je suis passionné de réseaux sociaux et de nouvelles technologies. L'humour est mon compagnon, la sérendipité ma valise. #Blog #Blagues #Tweet

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