L’Afrique fait peine à voir

J’ai pesé et soupesé tout le poids de ce titre,  de crainte de le voir trop avilissant. Hélas, comme le rappelle fort bien éloquemment ce proverbe peul : « On ne peut masquer la lumière du ciel de la paume de sa main quand le Soleil décide d’éclairer la Terre ». Mieux, on ne peut empêcher le cours des choses lorsqu’elles décident d’exploser car trop contenues depuis des millénaires. La Cote d’Ivoire fait pitié à voir aujourd’hui. Si j’ai pu m’attendre à des prises de hauteur de la part des chefs d’Etat, ce fut moins chez les Africains et hélas, je ne peux chasser ma conviction qu’il en demeurera ainsi à l’avenir. Certes l’hirondelle ne fait pas le printemps, j’en conviens absolument. Néanmoins, ce sale ballet de bassesse politicienne dont Laurent Gbagbo est le seul piètre acteur n’est pas malheureusement un cas isolé. Il ne fait que grandir le trop-plein de lots de mésaventures, de déboires, d’événements honteux qui jalonnent l’histoire des régimes politiques africains.

Dès les premières heures de la Françafrique, nous avons montré notre qualité d’être des malléables et des manipulables à merci. Si la République garde encore son sens étymologique, ce serait dans des cas dont nous nous échinerons à prouver l’existence, mais croyez moi : ce serait en vain !

Nous sommes le seul continent où la pauvreté gagne  de plus en plus du terrain à mesure que nos richesses s’accumulent. Nos terres regorgent immensément de ressources, nos populations croulent sous le terrible poids de la misère. Dans bon nombre de nos Etats, la liberté d’expression et d’opinion se définit dans notre capacité à chanter nos gouvernants, à leur cirer les bottes, à leur tisser des dithyrambes  sans répit. De là, une nature dualiste construite selon un principe manichéiste : ou vous vous rangez du coté du pouvoir, vous êtes sauvé, ou vous vous invoquez votre droit à la différence, vous êtes pris pour un ennemi. D’un coté, ceux qui ont tous les pouvoirs et en vivent, de l’autre, ceux qui n’ont point de pouvoir et en meurent !

Où sont nos armées républicaines quand des hommes assoiffés de pouvoir s’agrippent à l’appareil étatique ? Souvent armées claniques qui ne jurent que par un dévouement absolu et aveugle aux humeurs et fureurs des gouvernants, nous n’en savons que trop à là où ça nous a menés ! La démocratie est un vœu pieux en Afrique. Elle y semble perdre son sens étymologique pour ne signifier que « gouvernement d’un homme sur un peuple » et non « gouvernement du peuple ». A mon avis, nous avons beau remplir les salles de l’ENA, les écoles de formation et d’administration, une immense inculture démocratique populaire continue d’entretenir la vie dure dans nos cités. Nos candidats sont rarement choisis par la pertinence et l’opportunité de leurs programmes, mais triés sur le volet pour l’enrichissement individuel qu’ils peuvent nous procurer. Nous jetons notre dévolu sur tel et tel autre selon la proximité parentale, sentimentale qu’on a de lui ou selon tout simplement son groupe ethnique. Notre pratique démocratique épouse les contours d’une démocratie irrationnelle sinon d’une démocratie tangiblement inexistante tout court.

La plupart de nos politiciens souffrent d’intelligence et de manque de hauteur démocratique. Comme l’affirme clairement Ndayigicariyé dans son article  Les schémas incomplets de la démocratie africaine, nous avons des « candidats plus préparés à gagner qu’à perdre ». Devant l’inculture démocratique des populations qui y perdent tout leur latin, les programmes de nos candidats ne sont le plus souvent qu’un tissu de promesses extravagantes.

Nos chefs d’Etat rivalisent de longévité comme si le nombre d’années passées au pouvoir dénotaient d’une incroyable sagesse. Dans le starting-block des concurrents, nous retrouvons Momar Kadhafi, Eyadema et  Omar Bongo qui, au regard des « performances de longévité » ne stimulent décidément aucune rivalité tant ils ont excellé en leur genre. Avoir une fois confié les reines de l’UA à celui qui dirige la Lybie depuis 1969 est une terrible provocation contre-exemplaire sous tous les rapports. Khadafi a vécu aux mêmes temps que les Senghor, les Houphouët Boigny, les Oul Dada, vit toujours avec les lointains successeurs de ces derniers et semble n’être point dérangés à vivre encore avec les futurs petits fils de nos Chefs d’Etat actuels. Qu’a t- elle de magique, d’extraordinaire, notre pratique démocratique africaine ? La question me taraude.

A quand un réveil des populations africaines ? A quand un tribunal spécial pour condamner les usurpateurs d’urnes qui puisse faire jurisprudence ? Les maux dont souffre l’Afrique sont profonds et pour reprendre Touraine, « On ne change pas la société par décret ». Il nous faut plusieurs centaines d’années à mon avis pour forger un nouveau « homo africanus » éloigné des économies extraverties, puisant sa force créatrice des racines africaines, ouvert à la marche du monde, et qui en venant au « banquet de l’Universel », pour reprendre Senghor, aurait quand même et enfin, quelque chose à proposer et non plus, à se voir imposer. C’est cette Afrique-là, sous un Soleil matinal pleine d’espoirs, que je souhaite de tous mes vœux. Je suis sur que nous pouvons y arriver. Et cela commence par épurer notre continent des politiciens de mauvaise foi qui partent aux élections, victoire à la main !

À propos de l'auteur

Ousmane Gueye

Journaliste, blogueur, passionné de TIC et de sciences politiques

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