… Mais toi, tu t’appelleras Azawad

Ce matin, Azawad, j’ai assisté à ta cérémonie de sortie. Ta mère m’y avait invité. Il n’y avait pas grand-monde, contrairement à toutes les cérémonies de sortie de bébé auxquelles j’ai déjà assisté au Mali. Des frissons. On sent déjà que tu n’es pas comme les autres bébés. Parce que tu n’es pas normal. Tu n’es pas un bébé normal, complet, et tu ne grandiras jamais complet, tu ne deviendras jamais complet, il y aura toujours cette partie de toi qui te manquera, ce toi qui te manquera. Juste parce que le nom que tu portes est Azawad, et Azawad ne sera jamais un nom complet, puisqu’il n’aurait normalement pas dû être un nom.

Orphelin précoce, Azawad, j’ai connu toutes les peines qu’on connaît, les peurs qu’on étouffe, qu’on est obligé d’étouffer, les angoisses qu’on rumine, les joies avortées et forcées qu’on improvise, quand on perd très tôt, trop tôt le père. J’avais seize ans, je venais juste d’entrer au lycée. Une maladie, puis une clinique, puis des visites, puis un dimanche… puis ma demi-vie, celle que je traîne maintenant depuis douze ans, celle de l’orphelin. Les demi-sourires, les demi-rires, les demi-pleurs, les demi-colères, les demi-amours, les demi-infidélités, les demi-débauches, les demi-repentances, les demi-espoirs, les demi-chutes, les demi-triomphes… La demi-vie de l’orphelin !

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