Comment rendre ses billets plus vivants

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L’écriture journalistique est une excellente source d’inspiration pour les blogueurs qui cherchent à rendre leurs billets plus vivants. Avoir une bonne idée de billet, c’est bien. Avoir un bon billet vivant, c’est encore mieux ! Ce tutoriel va t’aider à rendre tes billets plus vivants en y intégrant des éléments de reportage.

Avertissement : un blogueur n’est pas forcément journaliste, et il n’a aucun intérêt à vouloir imiter à tout prix le style journalistique, ce qui n’empêche pas de s’en inspirer. C’est l’idée de ce tuto ! Je dirais même que le blogueur est avantagé : il n’a pas de rédacteur en chef autre que lui-même, pas de ligne éditoriale autre que celle qu’il s’impose, pas de style à respecter si ce n’est le sien. Donc laissez libre cours à vos envies !

 

Le reportage, c’est quoi ?

Selon le Petit Robert, un reportage est un “article dans lequel un journaliste relate de manière vivante ce qu’il a vu et entendu”. Yves Agnès, auteur d’un Manuel de journalisme, va plus loin : “Le reportage consiste à faire revivre l’événement, la situation de telle manière que le lecteur ait l’impression d’y assister lui-même, d’y participer. Ce genre rapproche au maximum le lecteur de l’information. […] Le bon reporter va prêter ses cinq sens au lecteur et, à travers son récit, ses descriptions, faire voir, entendre, sentir et même goûter ou toucher.”

Voilà pour la théorie.

via Giphy

 

Les éléments de reportage, c’est quoi alors ? C’est un peu de tout ça : de la description, des détails, des gens, des photos… Allez, on s’y met !

Dans cet exemple, l’auteur a commencé par donner des informations (en vert). Il aurait pu s’arrêter là, mais il a ajouté des éléments de reportage (en rouge) :

  • une description des conséquences physiques du réchauffement climatique : “des résidus d’arbres fruitiers…” ;
  • une citation d’un habitant, Ibrahima, qui donne une information supplémentaire (“autrefois, le littoral était couvert par les plantations de bananes”) ET confirme l’information donnée en début de paragraphe, à savoir que le réchauffement climatique a de graves conséquences (“Mais, hélas de nos jours, l’eau et le sable les ont remplacés…”).

Résultat :

  • le lecteur peut s’imaginer à quoi ressemble ce rivage,
  • le lecteur peut s’identifier à Ibrahima, par exemple en se demandant “et si il arrivait la même chose chez moi ?”

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Ok, mais comment faire ?

Oublions les dictionnaires et les manuels pour le moment. J’ai une bonne idée de billet, je me rends là où se passe mon histoire, sur le “terrain” en jargon journalistique.

Voici trois conseils qui m’ont été très utiles :

  1. Être attentif à ce qui m’entoure,
  2. Prendre des notes,
  3. Essayer, quitte à échouer.

 

1) Être attentif à ce qui m’entoure

Dès l’arrivée sur le terrain, tous les sens doivent être en alerte. La première impression d’un lieu, d’une personne, d’une ambiance… est souvent très utile pour décrire ce qui m’entoure à mon lecteur. Ça peut être l’odeur d’une rue, la posture de la personne que je rencontre, l’ambiance dans un restaurant…

 

Les cinq sens

Du début à la fin du terrain, il faut utiliser les cinq sens pour s’imprégner des environs. C’est la meilleure manière de pouvoir ensuite les décrire au lecteur.

  • Le regard : qu’est-ce que je vois ? Qui est là ? Que font les gens ? Y a-t-il un détail particulièrement important, signifiant ? Quelles couleurs, formes, ombres ?
  • L’ouïe : qu’est-ce que j’entends ? Comment parle mon interlocuteur ? A-t-il un accent, une expression récurrente ? Est-ce que j’entend un coq au loin, le passage des avions au-dessus de ma tête ? Même le silence est une information.
  • L’odorat : y a-t-il une odeur ? Est-elle entêtante ou diffuse, appétissante ou repoussante ?
  • Le goût : évidemment, ce n’est pas adapté à tous les sujets, mais si de la nourriture s’invite dans le billet, il ne faut pas hésiter !
  • Le toucher : idem, ce n’est pas adapté à tous les sujets mais il ne faut pas hésiter à décrire la texture, la prise en main, la rugosité d’un objet.

Quatre phrases, trois informations sur l’ambiance sonore du lieu décrit : pas besoin de faire long ou compliqué pour restituer une ambiance sonore !

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via Giphy

Le “spectateur actif”

Il ne faut pas s’arrêter aux sens. Le blogueur-reporter doit être un “spectateur actif”, pour reprendre Yves Agnès. Il doit “emmagasiner les images, les mouvements, les sons, les bruits, les silences, les odeurs, les saveurs, les sensations… S’imprégner pour saisir une ambiance, apprécier la sérénité ou la tension qui engendre la violence, la gaieté, la tristesse, etc. Sur le terrain d’un reportage, le journaliste [ou le blogueur, ndlr] a le droit et le devoir d’être subjectif, ému ou enthousiaste, attendri ou révolté, d’avoir peur ou de rire. Il est là pour cela, pour ressentir et ensuite faire ressentir au lecteur.”

Crédit photo : Mondoblog / fenosoasergia

La phrase entourée de rouge donne l’ambiance dès le début du billet : à la lecture, on perçoit l’animation, le mouvement, le désordre ambiant, les gens et les animaux…

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Les gens

Attention, évidence : une histoire a besoin de personnages ! Vous êtes contents d’avoir lu jusqu’ici pour apprendre ça ? Pas de quoi 😉

Les personnages, c’est-à-dire les gens, sont précieux pour mettre de la vie dans un billet. Ils permettent au lecteur de s’identifier à quelqu’un, de lui montrer que le blogueur est allé sur le terrain et qu’il a parlé à des personnes qui sont directement concernées par le sujet. Leurs propos renforcent la crédibilité du blogueur, ses informations, ils illustrent son histoire et en reflètent la réalité.

Bref, le blogueur qui se rend sur le terrain a tout intérêt à discuter avec les gens autour de lui, leur poser des questions, leur demander des réactions…

 

Le cas de Mamadou Sow illustre les conséquences du réchauffement climatique et de la montée des eaux à Kitikata. En bonus, Mamadou donne une autre information : “une vingtaine de familles vit désormais ailleurs.” S’il n’avait pas discuté avec Mamadou, l’auteur ne l’aurait peut-être jamais su.

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Les détails

Une fois encore, Yves Agnès : “Autant et plus que dans un compte-rendu [ou un billet de blog classique, ndlr], le petit fait, le détail, l’anecdote, le propos original donneront à l’article sa force et son charme. Le détail apporte en plus la crédibilité : ‘j’y étais’.”

 

Sept mots glissés entre deux virgules : le texte souligné en bleu apporte un minuscule détail, mais qui crée tout de suite dans l’imagination du lecteur une idée de Rajas et ses collègues taxis, de son rapport avec l’auteur…

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Il faut bouger !

Ne restez pas statique : pour être sûr de voir le maximum de choses et de gens, marchez, faites des aller-retours, explorez les environs…

via Giphy

 

2) Prendre des notes

Notez ce que vous voyez, ce que vous sentez, ce que les gens vous racontent, ce qui vous frappe, ce qui manque… 

Il existe plusieurs méthodes de prise de notes, chacun a la sienne, je ne vais donc pas vous dire laquelle adopter.

 

 

En revanche, voici quelques conseils acquis avec l’expérience :

  • Laissez de la place dans les marges. C’est toujours utile pour ajouter une note plus tard, un repère pour revenir à cet endroit…
  • N’enregistrez pas vos interviews dans l’idée de les retranscrire après. La retranscription à partir d’un son prend beaucoup plus de temps et est beaucoup plus compliquée qu’une retranscription à partir des notes.
  • Ne notez pas tout ce qu’on vous raconte. Si vous faites un reportage sur un match de football Pologne – Sénégal et qu’un supporter vous parle de la pêche de la crevette en Thaïlande, inutile de gâcher du papier avec ça. A vous de faire le tri sur le terrain.
  • N’hésitez pas à noter vos impressions, des détails que vous remarquez, voire à retranscrire simplement ce que vous voyez autour de vous.
  • Relisez vos notes avant de quitter les lieux : ça permet d’éviter de se rendre compte qu’on a oublié quelque chose une fois qu’il est trop tard.
  • Utilisez un cahier et un crayon. Le papier ne tombe pas en panne de batterie, il donne l’air plus sérieux et fait mieux travailler la mémoire.

 

3) Essayer, tenter !

Ça arrive à tout le monde de ne pas être clair, de ne pas trouver son style ou de se rater complètement. Et c’est bien normal ! Même si vous n’avez jamais écrit le moindre reportage, lancez-vous et profitez des retours de votre communauté et de l’équipe Mondoblog pour vous améliorer.

 

via Giphy

D’autres ressources utiles

Ces autres tutoriels Mondoblog contiennent de précieux conseils à garder en tête pendant la préparation d’un billet, sur le terrain, pendant et après la rédaction. N’hésitez pas à les relire !

Et voici une vidéo très complète sur le reportage : avant, pendant après.

Des remarques, des suggestions, des questions ? Les commentaires sont là pour ça !

À propos de l'auteur

Léo Caravagna

Journaliste

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