Cette croix autour de son cou (II)

Nouvelle, deuxième partie

Mais, Vicencia, cette année de feu, de fer, de sang et de larmes, cette année où Eyadema, blessé dans son amour-propre de dictateur par ce peuple qui voulait lui arracher le pouvoir, son pouvoir à lui, avait décidé d’envoyer la mort chercher tous ses opposants, leurs descendants et ascendants où qu’ils fussent, cette année où une mère pouvait se réveiller le matin avec ses fils et filles, comme une mère-oiseau dans son nid au milieu de ses oisillons, mais se retrouver stérile le soir, tous ses enfants assassinés, noyés et gorgés de la puante et souillée eau de la grande lagune de Lomé, où un jeune homme pouvait sortir de chez lui fier de sa bonne santé et se retrouver quelques minutes après paralytique, les deux jambes amputées, agonisant dans un coin de rue, pour le plaisir de quelques militaires et policiers saoulés de drogue, d’alcool et de haine, où des artistes, des écrivains, des journalistes et des intellectuels disparaissaient de leurs domiciles pour réapparaître sur des dépotoirs des jours après, à moitié pourris, pour avoir dit ou ne pas avoir dit ce qu’il fallait dire ou ne pas dire, fait ou pas fait ce qu’il fallait faire ou ne pas faire, vu ou pas vu ce qu’il fallait voir ou ne pas voir, cette année, donc, où Eyadema semait la mort partout au Togo, fut pour toi l’année du grand amour. Tu rencontras, cette année de meurtre, ce que les adolescents appellent le prince charmant.

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