Khadim

Formulaire, Mondoblog et Poésie

Aujourd’hui, je partage avec vous le poème qui me vaut d’être en votre compagnie. Oui, j’ai bien dit poème. Au lieu d’un article, j’ai proposé un poème. Les articles c’est pas trop mon dada, mais, avec Mondoblog, il va falloir que je m’y m…ette ou que je prenne la poudre d’escamp…ette. Qu’est-ce que je disais ? Ça me reprend !

Je suis devenu mondoblogueur par hasard, à cause de ma sale et vieille habitude qui consiste à remplir tout ce qui me tombe sous la main. Donc, un jour du mois d’août dernier, je naviguais, ou plutôt, je surfais sur la grande toile qu’est Internet et, à un détour, paf … formulaire et questionnaire. Qui dit questionnaire dit questions à répondre. J’adore ça. J’avoue même que c’était un peu long. Soudain, (je ne sais plus comment c’était libellé) mais ça disait, en substance, veuillez soumettre un article. Zut, j’ai perdu mon temps, e me dis. Les articles c’est pas ma tasse de thé (mais ça je l’ai déjà dit). Alors, surtout pour faire plaisir au monsieur( ou à la dame) qui s’est décarcassé pour pondre ce formulaire, je me suis souvenu de mes poèmes qui sommeillaient dans un lointain, reculé et poussiéreux tiroir. Un clic droit, un copier-coller et le tour est joué. Deux mois et un mail plus tard, me voilà Mondoblogueur. Un nouveau défi à relever. Une bonne raison de raviver la flamme de l’écriture. Si j’arrive à vaincre ma paresse proverbiale et mon désamour des articles (lisez la presse de mon pays et vous saurez pourquoi).

Enfin.  Assez parloté. Trêve de bla-bla. Place au poème.

 

 

La Muse et le Poète

 

Quand un poète, un beau jour, s’empare de la Plume,

Le Rêve commence tel un feu qui s’allume ;

Les vers s’accumulent, venus de nulle part,

Présents d’une muse discrète : un beau départ !

 

Le novice, à son art, s’exerce et s’habitue,

Et, de simple rimeur qui aux vers s’évertue,

Passe au second degré et, maître devenu,

Parle de poétique, d’art et de revenus.

 

Mais un jour, la Muse s’éclipse, sans crier gare,

A l’Hélicon retourne et à jamais s’égare ;

Hâbleur, notre poète s’échine à composer,

Mais Pégase, envolé,  loin de là s’est posé.

 

Et comme auparavant, le revoilà qui trime,

Hélas ! des jours durant pour trouver une rime,

Un mois pour un sonnet – A quand donc le recueil ? –

Bah ! un seul – posthume – flatterait son orgueil.

 


Capharnaüm , por que ?

Capharnaüm.

Pourquoi ce nom ?

Facile. Ma vie est un capharnaüm. Ma ville, capharnaüm. Mon pays, capharnaüm.

Ma vie est un capharnaüm où s’entassent pêle-mêle les désirs inassouvis, les demi-succès, les occasions manquées, les échecs, bref, une vie sens dessus dessous.

Imaginez un homme, seul, désemparé, déboussolé, au milieu de la ville d’Hiroshima juste après le passage de Tibbets et l’explosion d’Enola Gay. Et, malgré tout, l’on essaie de survivre. Voilà ma vie.

Ma ville, Dakar. Un marché à ciel ouvert. Tout le monde a quelque chose à vendre. Capitale de mon pays, le Sénégal, mais aussi capitale de l’anarchie, de l’indiscipline, de l’incivisme, de la débrouille et de la bêtise et de tout ce que l’on veut. Je peux emprunter à Chester Himes le titre d’un de ses livres pour qualifier Dakar : « Imbroglio négro ». Voilà ma ville, et Dieu sait que je n’ai pas tout dit.

Mon pays : à l’image de ma ville, en plus grand.

Alors, vous comprenez, j’aurais pu choisir un autre nom mais Capharnaüm résume tout ceci en dix lettres. Et, surtout, dans un capharnaüm on peut trouver du tout. Sur ce blog, il y aura aussi du tout. Que vouloir de plus !

Bienvenue dans mon Capharnaüm. Et faites comme chez vous.


Bruno Metsu, le retour du fils prodige

«  Innalilahi wa innalileyli radjahoune » Tous ceux qui viennent en ce monde en repartiront un jour. C’est notre triste condition. Un rappeur de chez nous ajoute: « Am na niouy daïf wayé am na niouy dé bayi yoon » « Ils y en a qui crèvent mais ils y en a d’autres qui meurent en nous montrant la voie (à suivre sur terre) ».

Et l’homme qui est mort le 15 octobre dernier, il y a à peine cinq jours, est de ceux-là, de ceux dont la mort sonne le début d’une nouvelle « vie ». Vous l’avez peut-être deviné, cet homme, c’est Bruno Metsu, l’entraîneur inoubliable d’une équipe du Sénégal encore plus inoubliable : celle de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de 2002 au Mali et de la Coupe du Monde de la même année en Corée et au Japon. Bruno Metsu, le « Sorcier blanc » à la crinière léonine, l’homme aux beaux yeux bleus, le plus Sénégalais des Français.

Mort à Dunkerque, chez lui, il a demandé à être enterré au Sénégal, devenu désormais  chez lui. Un pays qui lui doit beaucoup et à qui il ne doit plus rien. Quoi de plus révélateur d’un amour profond pour ce pays que cette dernière volonté. Un homme nous revient, donc. Un des nôtres. Un Sénégalais, peu importe sa nationalité d’origine, peu importe sa religion. Qu’il s’appelle Bruno ou Abdou Karim. Que la terre de Yoff  lui soit légère. Et que le Bon Dieu l’accueille dans son paradis des Justes. Et … qu’une once de sa vista, de sa rage de vaincre et de son mental de gagneur rejaillissent sur nos piètres Lions actuels et leur sélectionneur, et le peuple sera content. Que les chats redeviennent des lions. Des vrais. Comme ceux d’un certain 31 mai 2002. Prière de supporteur!


Tabaski à Dakar : tout un cérémonial

Dakar fête la Tabaski-Dorothy Voorhees
Dakar fête la Tabaski-Dorothy Voorhees

Mon premier article sur ce blog aurait du être une présentation. Vous dire qui suis-je, pourquoi un blog, pourquoi ce nom, Capharnaüm, et bien d’autres réponses à vos légitimes questions. Mais, actualité oblige, nous allons sauter l’article 0 et parler de la Tabaski.

La Tabaski au Sénégal. La Tabaski à Dakar.

Un touriste, débarquant au Sénégal, se demandera, et avec raison, pourquoi une telle effervescence, pourquoi cette ambiance des grands jours. C’est que nous allons vers un grand jour. On lui répondra: C’est la Tabaski qui se profile à l’horizon. La lune scrutée, aperçue, dénichée ou même introuvable, l’on fixe une date. Le dixième jour du mois de dhou  al-hijja             . Cette année, ce sera le 16 octobre. Quelques irréductibles « Ibadou Rahmane » ont décidés de suivre la Mecque. Comme d’hab. Dans ce pays, on fête rarement dans l’unisson. N’empêche, la fête sera belle.

Une semaine avant, les marchés refusent du monde, une cacophonie monstre y règne et les voleurs en profitent pour vider les poches des clients et se servir à même les étals des marchands trop occupés à compter les recettes de la vente.

Partout dans les rues, les artères de la ville, les terrains vagues ou inoccupés, les éleveurs et leurs moutons, venus de la Mauritanie, du Mali, du Niger ou de l’arrière-pays, s’installent. Certains viennent de particuliers qui élèvent quelques têtes de bétail dans les cours, arrière-cours et terrasses des maisons. Par pure passion ou pour l’appât du gain.

Un mouton pour toutes les bourses : du « ray mou dé, rayoul mou dé » à 25 000 F ou 35 000 F CFA au bélier aux  cornes immenses que tout le voisinage viendra reluquer, à la grande satisfaction de Monsieur qui dira à Madame : Il m’a coûté la bagatelle de 1 500 000 F. Rien que ça !

Plus qu’un jour. Les derniers préparatifs vont bon train; le boubou, tout droit sorti du tailleur, n’attend plus que l’appel à la prière. Le mouton bêle et ses congénères  des alentours lui répondent. Serait-ce un adieu ? Qui sait ! Je ne parle pas le mouton !

22 heures. C’est l’heure d’aller se mettre au lit. Gare à ceux qui rêvent déjà de viande, de grillades et de steaks saignants. Une vieille superstition dit que celui qui trop pense à la viande se réveillera la bouche enflée, incapable de faire honneur au festin servi. Alors au lit et rêvons de … cordes et de cornes.

Jour J. Réveil à 8 h 30. La prière est dans une heure. Un brin de toilette. Place à l’habit neuf, aux babouches ou aux chaussures, sentant encore le cuir. La famille, sur son trente et un (ou sur son Aïd), au grand complet, se dirige vers la mosquée pour la grande parade … pardon, la grande prière de l’Aïd-el-Kebir.  On arrive en voiture ou à pied, sourire aux lèvres, fiers comme un monarque et sa suite. Il faut, à tout prix, que les tous les regards se braquent sur vous.

Pour beaucoup, la prière n’est qu’une formalité, l’essentiel est ailleurs. Selon l’humeur et l’érudition de l’imam, elle dure trois ou cinq, voire dix minutes suivi d’un sermon en arabe le plus souvent, que tout le monde écoute et que la plupart ne comprenne pas. Puis l’imam égorge son bélier (remarquez bien, je ne dis pas mouton mais bien bélier ; l’imam a toujours un gros bélier, payé de sa bourse ou de celle d’un bon Samaritain) et donne le coup d’envoi. Défense formelle de tuer son mouton avant l’imam : votre sacrifice risque fort alors de ne pas s’élever vers les cieux, il ne dépassera même pas la hauteur du chéchia du haut dignitaire.

Puis, chaque père de famille rentre chez lui, et, entouré de sa famille, égorge son mouton ou son bélier. Puis… la suite ne se raconte pas, elle se vit. Je vous invite tous à venir déguster un bon plat bien assaisonné de viande saignante.  Si j’en sors indemne, peut-être que cet article aura une suite. En attendant, Aïd Mubarak à tous. Bonjour Dakar. Bonjour l’Afrique. Bonjour le monde. Bonjour Mondoblog.