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Avons-nous capitalisé sur la censure des réseaux sociaux au Tchad ?

Le 19 janvier 2019, une campagne de protestation de grande envergure a été lancée contre la censure des réseaux sociaux au Tchad via la page Facebook lève-toi pour internet avec les hashtags #Maalla_Gatétou #KeepItOn #Save_internet_Tchad. Pour rappel, les réseaux sociaux sont censurés au Tchad depuis mars 2018. 

Pour se connecter à Facebook ou Twitter, il faut utiliser un VPN, ce qui à une incidence importante sur la consommation de nos données, même si les sociétés de téléphonie mobile Airtel et Tigo Tchad nous ont surpris en baissant significativement le prix de la connexion internet. 1Go qui coûtait 12000 francs CFA (environ 18 euros) est passé à 1500 FCFA (environ 2,30 euros). Une pluie de giga-octets dont on a beaucoup de mal à profiter à cause de ce goulot d’étranglement qu’est la censure.

Pourquoi la censure des réseaux sociaux fait plus mal que le coût d’internet ?

Personnellement, j’avais plus un problème avec la cherté de l’internet sur laquelle j’avais déjà écrit un billet à lire ici. Curieusement, cette cherté d’internet n’a pas mobilisé autant que la censure des réseaux sociaux, une attitude qui m’interpelle au plus haut point. Dans notre attitude d’éternels consommateurs, nous nous plaignons de la censure des réseaux sociaux sans, pour la plupart, justifier en quoi elle est préjudiciable. Justifier serait même un peu trop facile mais c’est dans la démonstration que c’est pas ça ! On se serait attendu de voir grimper le trafic sur les sites internet tchadiens grâce à cette censure que non !

Qu’est ce qui a entraîné la censure des réseaux sociaux au Tchad ?
censure des réseaux sociaux
Affiche de campagne, via la page Facebook Lève-toi pour internet

Tout le monde veut voir derrière la censure des réseaux sociaux au Tchad la toute puissance de l’administration qui a décidé de censurer ce qu’elle n’arrive pas à contrôler. Oui, on veut tous voir derrière cette censure l’agenda caché d’un gouvernement de cacher la vérité, la réalité du Tchad au reste du monde. Regardons plus loin dans cette histoire; interrogeons la qualité de nos publications sur les réseaux sociaux (Facebook en particulier). Un constat que fait la majorité de ceux qui « monitorent » les réseaux sociaux est que nous publions plus de contenus négatifs que de contenus positifs. Ce qui n’a pas vraiment changé depuis la censure, au contraire les choses vont de pire en pire.

Un appel à plus de contenus positifs sur les réseaux sociaux

Oui, cette censure devrait nous rappeler qu’une utilisation saine et responsable des réseaux sociaux serait profitable à tous. Une diffusion de contenus positifs impacterait sur la vulgarisation de la culture et l’art tchadien, sur l’économie, l’attractivité touristique du Tchad, etc. L’activisme n’a jamais développé un pays ; il doit exister dans un ensemble. Cette censure est l’occasion de repenser notre manière de nous exprimer sur les réseaux sociaux. C’est aussi l’occasion pour nous de vraiment diffuser des contenus qui nous sont utiles et profitables en tant que jeunes.

Le contrôle & la censure devraient favoriser l’innovation.

Nous savons tous que la Chine est un pays fermé aux réseaux sociaux ; ce que tout le monde entier condamne. Mais derrière cette mesure exceptionnelle du gouvernement chinois, les chinois se sont créés leurs propres réseaux sociaux et qui pour certains sont plus excellents que ceux qui leurs sont interdits. Pour ceux qui connaissent WeChat, c’est un réseau qui n’a rien à envier aux autres. On aurait souhaité voir depuis lors des jeunes créer un réseau social tchadien pour combler la censure.

Et si le gouvernement tchadien décidait de définitivement bloquer (et non plus censurer) les réseaux sociaux, quelles sont les alternatives sur lesquelles nous avons commencer à travailler ? Voilà une interrogation qui mérite toute notre attention, même si personne ne souhaite voir cela arriver. C’est l’occasion pour nous tous producteurs de contenus de nous remettre en question. A ce que je sache Google, Wikipédia et les e-mails sont toujours accessibles.


Deuh’b Zyzou, un activiste culturel né vers les étoiles

Mon cher Deuh’b Zyzou permets-moi de te souhaiter un joyeux anniversaire toi qui est né vers les étoiles.
Contrairement à ce que l’on croit, nous nous sommes connus à tout hasard, sous l’entreprise du Didier Lalaye (Croque mort) qui faisait de toi mon point focal lors du Festival International N’Djam s’enflamme en Slam de 2017. Sans le savoir, c’était la naissance d’une nébuleuse culturelle qui était marches sous les vers et les rimes du slam.
Présent dans les mots et les maux, absent dans mon regard
L’on ne se rencontre presque jamais physiquement beaucoup n’y croiront pas d’ailleurs, par contre, nous nous rencontrons fréquemment, à travers tes écrits, à travers mes écrits, même à travers les écrits de ceux qui pensent créer un conflit entre nous. Ils ne le savent pas sans doute mais si nous avons justement quelque chose en commun c’est le conflit. Nous sommes en perpétuel conflit avec nous-mêmes, parce que nous refusons que la médiocrité et l’approximation deviennent des normes et des références dans la culture et l’art.  Tu es sans doute la personne que je n’ai presque jamais rencontré physiquement, d’ailleurs je rencontre et je serre la main plus à ceux qui nous traitent de conspirateurs, de négationnistes, des pessimistes et de fatalistes. Loin d’être ton complice, je suis ton ami, tu es un frère dont j’admire la plume Deuh’b.
Ta plume est dirigée vers les étoiles
Tu as la plume dirigée vers les étoiles, mais seulement les esprits nains ne regardent que la plume et non la direction vers laquelle elle pointe, Dommage pour eux mon cher Deuh’b! Tu n’as pas le souci de passer pour un maitre dans l’art du maniement des mots, mais t’es un véritable samouraï dans l’art de décapiter les maux. Conscient de ceux à qui tu t’adresses, tu t’es posé sur l’autel de leur compréhension, jouant avec leurs faiblesses, leurs manquements, leurs torts afin que ton message soit compris le plus clairement possible même par ceux qui vivent au milieu des écrans de fumée, les yeux tintés de jus de houblon. Pour ma part mon Deuh’b, dans chacune de tes publications, j’essaye de lire entre les lignes, pour trouver la quintessence, bien dissimulée au milieu des péjoratifs et des qualificatifs qui sont devenus ta marque de fabrique.
Tes messages sont des flèches décochées en direction d’une cible identifiée et connue
Tu n’es pas un adepte du « je m’adresse à tout le monde et à personne en particulier », non t’es un sniper! Tu es un soldat connu et qui se balade librement sur le champ de bataille, uniforme appropriée et arme au poing. J’ai du mal à comprendre que certains te traitent de terroriste, tu n’es pourtant pas dans cette guerre asymétrique où la seule tactique efficace est la lâcheté. Peut-être tu es d’un terrorisme plus profond, le genre à faire perdre le sommeil à un artiste à la veille et au lendemain d’une prestation. Si tel est le cas, je te demanderai en toute honnêtement d’arrêter  « ce terrorisme » qui est de nature à faire perdre leur sang froid à nos artistes.
Deuh’b je suis proche de toi comme intendant de la culture, mais loin de ta conciergerie politique
Il y’a des esprits nains qui me rappellent tout le temps que je finirai en prison un jour comme toi, ils ne le savent peut-être pas la prison j’y suis déjà allé et à plusieurs reprises en plus. Je sais que tu es un concierge de la République, qui est en guerre contre le régime politique établi. Un noble combat que je respecte mais qui malheureusement n’est pas celui qui nous a rapproché. Je sais pourtant à quel point la culture est tributaire de la politique, mais je viens d’un pays où le combat culturel continue et avance à pas de géant sans l’aide du politique. Je suis de ceux qui veulent voir émerger l’institutionnalisation artistique comme contre pouvoir. Cependant, dans un environnement où les artistes sont si corruptibles, si influençables, il est clair de se dire que la solution ne viendra pas de là.
Au moins ils ne te diront jamais que tu viens d’ailleurs
Mon cher Deuh’b, j’espère que ces quelques mots suffiront à te faire comprendre toute l’admiration que j’ai pour toi. Au moins de ta part ta naissance, tu ne peux pas faire l’objet d’attaques de ces singes qui perchés sur les cocotiers de l’ignorance et de la bêtise aiment à lancer sur d’autres les noix de xénophobie. Ils ne te diront pas que tu viens d’ailleurs, tu es le « produit local », le miroir incassable de leurs propres turpitudes. Continue de balader ce miroir à travers leurs concerts, dans les bars, dans les festivals, leurs publications sur les réseaux sociaux etc. Comment arrive-t-on à avoir peur de son reflet? Du reflet de ses propres dires, ses actes? Si le miroir vous renvoie une image déformée de vous-même, ça ne veut pas forcément dire que c’est le miroir qui a un problème.
Joyeux anniversaire Deuh’b Zyzou, LLP


Lettre de fin d’année à la culture tchadienne

Il  est de culture, pour nous les mondains, de vouloir croire que le début d’une année marque le commencement de quelque chose de nouveau, d’un nouveau départ, de nouvelles résolutions etc. Balivernes ! Nous serons là encore comme des cons à recommencer le même balai l’année suivante.

Depuis que l’or noir tchadien a perdu de sa superbe, tu es apparemment devenue le terrain privilégié des propagandistes, des voyeuristes, des visionnaires, des bienfaiteurs, des activistes hier politiques, qui ne se sont pas remis du KO présidentiel mais ont trouvé, en changeant de casquette, une nouvelle scène et un nouveau public pour les écouter.

Si tu le veux bien, je vais me permettre une fois de plus (et surement pas la dernière) de faire travail d’intendance pour toi et en ton nom, si je le peux bien sûr ! Tu es le seul domaine où tout le monde peut se permettre de dire et faire ce qu’il veut sans aucune incidence majeure. En bon intendant, laisse-moi te rappeler de quoi est constitué ton grenier.

Chère culture, la nature a horreur du vide

Tu me diras qu’en Afrique, le vide est une excellence stratégie de gouvernance, c’est vrai ! Mais dans ton cas, le vide te sera fatal, le vide dont tu fais l’objet plus que n’importe quel autre domaine a fait de toi un camp de réfugiés, de retournés venus asphyxier le très peu d’artistes que tu as pu forger jusqu’ici. Il te faut en forger plus, en fabriquer plus, pour que dans une purge naturelle, tous ces réfugiés et retournés aillent s’attaquer à un domaine moins noble et moins compliqué.

Que font tes artistes ? Qu’entreprennent ceux qui disent connaitre et détenir les clés de l’excellence artistique ? Que leur as-tu recommandé pour te venir en aide ? Que leur inspires-tu ?

Chère culture, les nationalistes sont en train d’envahir ton espace d’expression

Si la culture est universelle et sans frontière, chaque peuple a cependant sa culture et dans le choc des cultures, celles les plus véhiculées, les plus promues, les plus divulguées sont celles-là qui s’imposent et occupent l’espace des autres. Demande aux nationalistes, ceux-là dont le travail consiste à « forcer » les gens à consommer et à s’identifier aux œuvres culturelles de leurs frères nés sous la même bannière. La culture est avant tout une éducation, une façon de vivre, de voir et de raconter le monde. Lorsqu’un peuple ne se reconnait pas dans les productions artistiques de ses artistes, c’est que ces derniers ont échoué.

Le temps des approximations est passé, place à l’excellence, mes chers artistes

Un artiste est un ensemble formé par le talent, la connaissance et le travail. Voilà qui est dit, voilà qui doit être su. L’artiste est celui qui éduque, qui dénonce, qui revendique, qui crée des tendances, qui divulgue des nouvelles mœurs, brise des tabous etc. C’est un être d’exception, qui sait prendre de la hauteur en marge de la société dans laquelle il évolue. Il sait lire au-delà des mots, des critiques des calomnies. Il est le public et le public est lui. L’art et la critique sont intimement liés ; les artistes sont avant tout des critiques ; lorsqu’ils s’engagent, revendiquent, dénoncent, brisent le silence etc. un artiste qui n’accepte pas la critique n’en est pas un à vrai dire.

Dans votre mission d’éducation, de divertissement du peuple,  vous êtes érigés en modèles pour des générations à venir alors, travaillez à sublimer votre art, à mieux travailler vos textes, exprimer vous dans la langue que vous maîtrisez le mieux.

Tout le monde est ambassadeur de sa la culture

La promotion de la culture n’est ni un luxe, ni une vertu réservée à certaine personne. Cela n’est non plus un titre diplomatique que l’on embarque en même temps que sa valise dans la soute d’un avion ou dans le wagon d’un train, et encore moins un logo estampillé sur un vêtement. La promotion culturelle est avant tout intrinsèque à tout un chacun. Nos connaissances, nos forces, nos faiblesses, notre expression, notre comportement face à l’autre, c’est tout cela qui participe à la promotion de notre la culture. Des choses que nous ne pouvons malheureusement pas emporter dans des bagages ou dans des clés USB. Quand on s’engage à une cause, la première chose qu’on n’y engage c’est sa personne et sa personnalité, user de tous les subterfuges pour dire le contraire n’y changera rien.

Alors chers ambassadeurs, promoteurs, entrepreneurs culturels…

Aucune commission d’homologation n’a jamais été mise en place pour l’agrémentation de tel ou tel festival et encore moins pour en valider l’internationalisation. Aucun conseil supérieur des artistes ne s’est réuni à ce jour pour en nommer ses représentants, ses porte-paroles, ses avocats etc. Toute entreprise culturelle est avant tout une action personnelle ou commune à un groupe de personnes et qui seules en savent les motivations et les objectifs.

Ne vous comportez pas comme Christophe Colomb face aux indiens d’Amérique, prenez le temps de vous acclimater, de maîtriser l’environnement et ses spécificités, sinon entourez-vous d’une équipe compétente.

Voilà donc lancée la nouvelle année et ce qui est sur le travail d’intendance sera encore plus intense et plus âpre.

Point final


Comment les bienfaiteurs nuisent au showbiz tchadien

Qu’est-ce qu’un bienfaiteur? Selon le dictionnaire, c’est une personne qui fait du bien, qui rend service. C’est pour le dictionnaire là-bas! Etant donné la complexité qu’a revêtu la notion du bien et du service dans ce monde de plus en plus capitaliste et égocentrique, il convient de s’interroger sur la finalité du supposé bienfait ou service. Je vous embarque donc avec moi dans le showbiz tchadien que les bienfaiteurs ont pris en otage, ils nourrissent tellement le showbiz de bienfaits que nous autres qui espérons gagner de l’argent dans le showbiz que nous n’avons que nos yeux pour pleurer.

Notre showbiz qui est encore à ces balbutiements, est actuellement un véritable fourre-tout, où tout, mais alors tout et n’importe quoi se côtoie, l’un des rares milieux qui acceptent tout et ne rejettent rien. Au milieu de ce brouhaha, l’artiste, dans le sens le plus large et le plus « controversable » du terme se retrouve au centre. Quand ailleurs l’artiste est la figure emblématique du showbiz, ici au Tchad, il n’est plus ni moins que le dindon de la farce. Un personnage qui n’attire que des bienfaiteurs; le showbiz est ainsi pris en otage par des bienfaiteurs dont je m’en vais vous présenter les plus courants.

1- Les bienfaiteurs producteurs

Ils sont au sommet de la chaine alimentaire: ce sont des personnes relativement nanties. Chacun, pour des raisons qui lui sont propres décident d’offrir gracieusement quelques de leurs devises durement gagnées aux artistes. C’est souvent pour financer la production d’un album, la sortie d’un single, l’organisation d’un spectacle etc.. L’avantage essentiel pour l’artiste est que la bienfaisance exclut l’obligation de résultat ou même de compte. Vu qu’il s’agit d’un don, le bienfaiteur n’a aucun droit de regard sur ce qui sera fait avec. Ce qui entraine la plupart sur le chemin de l’enfumage et du saupoudrage, histoire de tromper la vigilance de tous.

Ces bienfaiteurs mettent pourtant des moyens parfois considérables et conséquents au profit de leurs ses artistes. Ils deviennent des éléphants mais qui à l’arrivée accouchent de souris musicales. Ces pauvres souris qui durant leur très courte existence qui ne dépasse jamais « le voir bébé(1) » (la conférence de presse) auront même du mal à expliquer paternité plus tard. Que gagne même ses bienfaiteurs producteurs là? Leur citation dans les litanies de remerciements sur les réseaux sociaux? leurs noms scandés dans les bars par le bénéficiaires de leurs bienfaits à chaque prestation? ou encore la satisfaction personnelle d’avoir fait une bonne action? La question reste entière.

2- Les bienfaiteurs managers

Ils viennent directement après les bienfaiteurs producteurs, ce sont des personnes qui loin d’avoir les atouts nécessaires pour le management d’un artiste, se découvre du jour au lendemain cette aptitude, résultat de leur longue expérience dans le milieu. Est-ce l’artiste qui fait appel? Est-ce lui-même qui se propose? Bref, la vérité se trouve au milieu des deux. Etant donné qu’on est toujours dans la bienfaisance, vu que ça ne coûte rien du tout à l’artiste, il est tout de suite preneur. D’ailleurs si on n’a des bienfaiteurs producteurs, pourquoi refuser un bienfaiteur manager? Voici donc notre artiste qui va confier sa gestion de carrière et d’image à la bienfaisance avec tout ce que ça implique comme risque.

L’artiste perd son droit de regard, son droit d’opinion sur sa propre personne au nom de la bienfaisance. Lorsqu’au bout de plusieurs actions entreprises le résultat ne suit pas, il se cache derrière la gratuité et le bénévolat de son action. Le résultat aurait-il été différent si c’était officiel et payant? Disons que oui! Mais, tant que court l’action bienfaisante, l’artiste va subir et assumer seul tous les échecs des actes de son bienfaiteur manager. Transformer un artiste à un expérience de laboratoire aux mains d’un apprenti laborantin, alors qu’il apprend encore à se servir des outils de laboratoire, quelle tragédie! Nous arrivons au morceau de choix; les bienfaiteurs promoteurs et là, on n’atteint le summum de la charité.

3- Les bienfaiteurs promoteurs

Avant d’attaquer cette catégorie, je vais vous livrer une parole d’évangile; en fait, Le Tchad est seul pays où tous les promoteurs culturels n’entreprennent que dans le but d’aider les artistes. Il n’existent pas plus bénévoles, plus altruistes que les promoteurs culturels au Tchad, quelque soit l’évènement, il y’a une phrase qui revient toujours et fait force de loi: « Je ne gagne rien derrière tout ça, je fais ça pour vous aider ». C’est la phrase qui tue, celle devant laquelle tout genou d’artiste doit fléchir car, c’est lui qu’on aide à la fin. C’est là le début de toutes les dérives:

  • Des festivals internationaux aux contenus approximatifs, certains tenant même sur une seule journée, c’est pour vous aider;
  • Des cérémonies de récompenses capables de récompenser un artiste n’ayant aucune chanson, c’est la diaspora qui veut aider les locaux;
  • Les mannequins qui sont payés en monnaie de singe, c’est pour les aider à être professionnels;
  • Le mépris à répétition des artistes qui prennent par aux concerts des stars internationales;
  • Ces artistes qui s’adonnent aux plus basses besognes pour rembourser les multiples aides dont ils ont bénéficié des promoteurs;

Comment en est-on arrivé là au juste? Que s’est-il passé pour que les artistes sont aujourd’hui considérés comme des retournés à qui faut apporter des aides de toute nature? Bien malin celui qui pourra répondre à cette question. Mais, en attendant, je vais mettre fin à cette dictée. De grâce, chers bienfaiteurs et bienfaitrices, vos dons et bienfaits font plus de mal que de bien à la fin.

(1) voir bébé: cérémonie à travers laquelle l’on présente officiellement son nouveau-né aux amis et proches


« Je suis 235 et toi ? », l’histoire d’une opération de communication au Tchad

Durant quelques semaines, j’ai été particulièrement intrigué par la présence des affiches, banderoles et bannières web qui me saturaient les yeux avec « Je suis 235 et toi ? » Au début, j’ai préféré ne pas faire attention à cette campagne patrio-nationaliste, qui, pour moi, n’en était qu’une de plus comme on a l’habitude d’en voir ici.

Seulement, les choses se sont clarifiées hier, le 21 novembre 2017, quand le principal opérateur mobile du Tchad, Tigo, a convoqué une conférence de presse sous ce label. C’était en fait un teaser pour lancer une nouvelle offre de leur entreprise que j’allais aussi découvrir durant cette conférence.

Affiche Teaser de l’offre Chabab – avec l’aimable autorisation de tchadinfos.com

Je me rends donc dans une salle de l’hôtel Hilton de N’Djamena spécialement décorée pour la circonstance, après quelques gesticulations d’usage pour faire durer un suspense qui n’en était plus un apparemment, il faut dire que je me suis senti comme la queue, je veux dire crétin, en constatant que bien des personnes qui me sont proches savaient déjà de quoi il s’agissait. C’est une offre appelée « Chabab » spécialement taillée pour la jeunesse tchadienne, qui épouse leurs aspirations en leur accordant des avantages XXL… Plus sérieusement, vous risquez de penser que Tigo Tchad m’a payé pour faire leur pub ; je vais me servir de cette offre pour relever quelque chose de plus pertinent.

Durant un court instant, j’ai nourri l’espoir de croire que mon plaidoyer pour l’internet moins cher au Tchad avait eu un écho favorable auprès des seigneurs de l’internet tchadien, je me suis foutu le doigt dans l’œil apparemment. Rien de nouveau à l’arrivée sous le ciel digital très ensoleillé du Tchad. Quand je pense que dans la présentation à laquelle nous avons eu droit, il est dit clairement que « la vision de Tigo Tchad s’est d’adaptée aux aspirations des jeunes et les accompagner aussi bien dans leur quotidien que dans leurs défis futurs », j’ai une seule question : « seriously ? »

L’offre jeune ou « Chabab », c’est de la poudre de perlimpinpin

L’offre est longue comme le bras : sms illimités, appels à 1f/secondes, Facebook, WhatsApp & Viber gratuits de 22h à 6h…

Voilà les trois ingrédients qui constituent l’essentiel de la poudre miracle que Tigo veut vendre à la jeunesse tchadienne. J’ai beau chercher, rechercher, tourner ça dans tous les sens, mais je n’ai pas trouvé mes aspirations dans ça hein ? Aaaah ok ! J’ai plus de 25 ans ! Mince ! Parce que les jeunes de moins de 25 ans c’est 50% de la population tchadienne.

Il y a 50% de la population qui va passer son temps à publier les statuts à Toto, les photos filtrées et s’adonner aux conversations les plus osées sur WhatsApp et Viber entre 22h et 6h. Une grande porte ouverte à la cyberprostitution et à la délinquance sexuelle, je trouve. Je peins un triste tableau c’est vrai, mais j’ai mes raisons qui vont suivre.

Qui s’occupera du SAV des « Chabab » ?

Il y a une semaine, l’Institut Français du Tchad (IFT) lançait la semaine du numérique avec un thème très interpellateur : « Usages personnels et professionnels du numérique dans la société tchadienne contemporaine. »

Derrière ce thème, une problématique importante était évoquée : « l’utilisation optimale et saine des TIC » et comme par enchantement (restons dans l’esprit de la magie), les deux gros FAI(*) du Tchad étaient aux abonnés absents. En tout cas, Wenak Lab’s aura du pain sur la planche d’ici peu de temps…

En quoi est-ce profitable à un jeune d’être connecté de 22h à 6h du matin sur les réseaux sociaux ?  Surtout quand LinkedIn et Twitter n’en font pas partie ? Il faut dire que Tigo fait du business et non de l’éducation civique, l’État n’a qu’à dégraisser les taxes et on verra ensuite.

On attend toujours l’offre de la jeunesse consciente et entreprenante

Il y a donc cette jeunesse qui est comme moi là, consciente, qui utilise les réseaux sociaux comme une vitrine de promotion de son savoir-faire. Ce n’est pas avec les 20Mb de « Chabab » là qu’elle fera grand chose, oui, oui, en fait il s’agit de 20Mb offerts à partir de 22h par Tigo Tchad. Pour les gens comme moi, ça suffit juste à afficher les notifications de Facebook ; donc à 22h05 on aura terminé. Nous les blogueurs, les téléchargeurs, les uploadeurs, les Youtubeurs, nous qui faisons des recherches poussées sur internet.

Nous avons perdu l’habitude de saisir un SMS dont le nombre de caractères par message est bizarrement très court. Quelle est notre solution? Ne me dites pas 1Gb à 12 000 frs, ça ne permet pas de mettre une vidéo HD de 3 minutes en ligne.

Tout vendre, tout avoir, tout mériter parce qu’on est 235… ça au moins c’est vrai !

Marque PS Music 235 Credit photo: Rolland Albani

Quoiqu’il en soit, le 235 là a quand même eu certaines personnes hein ? LOL ! Comme les gens ont pris la fâcheuse habitude de vouloir tout vendre, tout avoir, tout réussir sous la couverture du bleu-jaune-rouge. C’est le propre d’une certaine frange de la jeunesse tchadienne que je côtoie depuis un certain temps. Lorsqu’ils sont à l’extérieur, ce n’est pas pour être faire valoir leurs compétences, non pas du tout ! C’est pour qu’on remarque bien les couleurs du drapeau tchadien qui serpentent leurs vêtements ou encore le grossier #235 estampillé dessus. Tigo Tchad a chopé la bonne vague, espérons-le.

Et comme là-bas la connexion est moins chère, c’est l’occasion de nous saturer des #LesNouvellesSontBonnes, #LeTchadAussi, #235EnForce. La vérité est qu’à la l’arrivée on dira que soit c’est le jury qui n’était pas à la hauteur du talent, ou alors on va récolter un prix d’encouragement d’avoir été le seul 235 dans une marée de jeunes d’autres pays. En tout cas jusqu’ici ça marche : faire appel à la revendication identitaire pour se vendre. Comment peut-on revendiquer ce que l’on est par naissance ? J’ai jamais compris le projet derrière et je pense que je ne comprendrai jamais cela. Ma dictée s’arrête là, tout en souhaitant à Tigo d’engranger le capital sympathie qu’il recherche chez les jeunes. Peut-être avec le concert de Magic System à 2000 et 5000frs.

(*) Fournisseur d’accès Internet


Quelle est la valeur d’un like sur les réseaux sociaux ?

Cela fait plusieurs années que les réseaux sociaux font de plus en plus partie de notre quotidien, ils nous influencent à bien des niveaux dans notre manière d’être, de vivre, de communiquer avec l’autre et la société, etc. La question que je veux me poser aujourd’hui est de savoir quelle est désormais notre valeur dans ce monde digital ? A quoi est désormais réduite notre parole, notre opinion ?

Mon interrogation est née de la considération que nous accordons aux « like » lorsque nous faisons une publication sur un réseau social (Facebook, Instagram, Twitter, etc.) La course aux « like » est telle que nous oublions par moment de s’interroger sur la qualité de la personne qui se cache derrière un « j’aime ». Nous réduisons tout le monde et n’importe qui à un chiffre, une statistique. Une publication qui récolte 1000 « like » nous faisant plus plaisir qu’une autre n’en récoltant que 10, mais est-ce vraiment une façon intelligente d’appréhender les « j’aime » ?

Perdre sa personnalité, sa qualification au profit d’un « like »

Qui se cache derrière une like? – Credit photo: Shutterstock

Voilà ce à quoi nous faisons face désormais sur les réseaux sociaux, lorsqu’un visiteur parcourt un  profil, on ne s’attarde que sur le nombre de « like » sur telles ou telles publications. Les publications ayant le plus de « j’aime » sont celles qui seront prises en compte dans l’opinion que nous nous ferons de la personne derrière le profil. C’est le nombre de « like » qui guide notre regard de visite d’un profil, au risque de nous faire outrepasser des choses plus intéressantes qui peut-être sont des publications ciblées.

Chercher à savoir qui se cache derrière un « like » pour se faire une véritable opinion

La plupart du temps, après avoir fait une publication, on revient dessus pour voir à combien de « like » nous en sommes et non pour savoir qui a aimé la publication en question. Normalement, pour tout utilisateur averti des réseaux sociaux, la démarche devrait être plus approfondie : les « j’aime » des amis et connaissances ont-ils la même valeur que le « j’aime » d’un producteur de musique sur la publication d’une musique de l’artiste que je suis ? Notre opinion doit se faire sur la qualité de la personne derrière un « like » et non du nombre de « like ». Il y a bien des personnes dont le ‘ »j’aime » vaut bien mille autres.

Nous ne sommes pas tous des produits de grande consommation pour nous réduire à une statistique de « like »

Comment interpréter les like?
Comment interpréter réellement les like? crédit photo: Shutterstock

En ce qui me concerne, le nombre de « like » sur mes publications n’est pas le plus important, mais plutôt qui sont ceux qui aiment mes publications. Si je me considère comme un produit sélect, et ciblé, ce serait une erreur d’avoir un regard quantitatif sur mes publications. Mon regard sera plutôt qualitatif, car c’est là où se situe mon véritable challenge. Attirer et fidéliser un type de followers bien défini. Malheureusement, c’est l’appréciation quantitative qui crée les pseudo-influenceurs web qui prolifèrent sur nos réseaux sociaux.

Donc, à ceux qui me disent tout le temps « les gens n’aiment même pas tes publications et tu es toujours là à publier des choses bizarres », je leur réponds simplement que je préfèrent obtenir 10 « like » de directeurs, ingénieurs que d’en récolter 100 de mes amis du quartier. Je préfère me faire une réputation à travers des publications pertinentes dont la quintessence ne sera saisie que par une certaine élite, que de récolter 1000 j’aime avec le copier-coller des blagues à Toto.


Saomagazine.com, un nouveau magazine culturel pour le Tchad

Comme une justification de l’absence surement remarquée de mes dictées depuis un certain temps, je viens vous présenter la raison fondamentale. Il était question pour moi de finaliser le projet saomagazine.com, en gestation depuis deux ans et dont les contractions devenaient de plus en plus insistantes.En fait au fil du temps et au contact de certaines réalités propres au Tchad, le projet a évolué, a muté, à même changer de sexe par moment pour à la fin donner naissance à une entité androgyne, à cheval entre l’idée de départ et celle d’arrivée.

Saomagazine.com : un magazine plutôt qu’un portail culturel

Au départ, nous voulions d’un portail culturel, avec un large éventail de ressources et de services accessibles aux acteurs culturels tchadiens qui leur seraient utiles et bénéfiques. Seulement voilà, le portail aurait nécessité préalablement un énorme travail de collecte de données que nous avons commencé bien sûr. Mais, comment faire lorsque 75% des données collectées ne sont que de source orale ? Aucun support physique n’existant pour être numérisé ? Telle est la première équation compliquée qui s’est imposée à nous.

En plus de cela, un portail culturel est avant tout un espace communautaire, où toute une communauté s’implique pour renflouer le portail d’informations utiles. Ce qui implique l’implication des acteurs culturels à s’enregistrer sur le portail, à créer des espaces personnalisés et aussi les alimenter, une tâche à laquelle ils ne sont pas prêts à consacrer du temps ici au Tchad.

Déjà, peu d’entre eux trouvent le temps pour simplement alimenter un compte Facebook, comment pourront-ils alimenter un portail culturel ? Disposons-nous (la team saomagazine) des ressources nécessaires pour parcourir les 1,284 million km² du Tchad pour collecter les données du patrimoine culturel tchadien ? Le temps nous le dira.

Saomagazine.com est un point de départ, une éprouvette de la culture tchadienne.

conférence de presse du lancement officiel

C’est donc armé de beaucoup de volonté et riche des expériences passées que nous avons décidé de mettre la culture tchadienne dans une éprouvette du laboratoire numérique et digital. Il faut commencer, oui il faut bien commencer à un moment, et c’est ce que nous avons décidé de faire. En exploitant les données passées que nous disposons chacun dans nos bibliothèques numériques et en continuant de récolter des données du présent, en se préparant pour celles futures. Nous maximisons sur les volontés qui se manifestent, nous suscitons la curiosité des artistes, nous les incitons à se débarrasser de ses vieilles habitudes à la peau très dure afin de nous donner matière à promouvoir, à pérenniser et à vulgariser.

Saomagazine.com fait et fera son chemin loin des actualités politico-religieuses.

Saomagazine.com ne traite ni de politique, ni de religion. Nous pensons qu’il existe à ce jour suffisamment de sites internet qui traitent à longueur de journée, chacun selon ses accointances de ses sujets. Il existait un vide dans le traitement et la vulgarisation de la culture et de l’art tchadien à l’échelle de tout un site internet qui y est totalement et exclusivement consacré. La nature ayant horreur du vide, voici donc saomagazine.com qui se positionne.

Cultiver le monde sur le Tchad, cultiver le Tchad sur le monde, telle est notre mission

Je ne cesserai jamais de le répéter, la culture est le premier levier de développement d’une société. La culture est la porte d’entrée d’un pays, le miroir via lequel autrui nous regarde et nous apprécie. En l’absence de culture, de culture propre à notre identité, on se perd dans les influences culturelles venues d’ailleurs, qui se bousculent à nos portes à travers l’internet et la télévision.

Nous allons aussi présenter notre culture au monde, afin qu’il sache que le sao n’est pas seulement le guerrier de l’Afrique, mais aussi un homme de culture. La tâche ne sera pas facile tout simplement déjà à cause d’1Go d’internet qui coute 12 000 FCFA (pour nous qui parions beaucoup sur du contenu vidéo) et ensuite parce qu’il faut bousculer les artistes dans leurs habitudes. Mais nous sommes confiants. visitez www.saomagazine.com et rendez-vous aussi sur les comptes Facebook, Twitter, Instagram et Youtube et découvrez un autre Tchad.

Culturellement votre


Les panthères tchadiennes des réseaux sociaux

Coco Emilia la jetseteuse camerounaise qui ne mâche pas ses mots crédit photo: Facebook

Pour ceux qui suivent l’actualité PPP (People Panthère Piment) des réseaux sociaux, ils ont sûrement constaté la montée en puissance des stars virales peu ordinaires sur les réseaux sociaux. Elles sont jeunes, parties de rien, avec pour seul atout leur physique. Notre bienveillant Seigneur n’a pas fait dans la dentelle pour certaines en les façonnant à l’imaginations de nos aspirations libidinales. Il s’agit de filles qui assument pleinement le fait que leur image soit étroitement liée au piment(1) et qui en tirent le maximum de gains possible. Qui ne sait pas qui est Nathalie Koah, Coco Emelia ou encore Eudoxie Yao? Elles sont la parfaite illustration de ce phénomène. Elles sont des people parce que suivies par des centaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux. Elles sont des panthères parce-que « mangeuses » de l’élite masculine, il faut avoir un compte bancaire bien fourni pour les approcher. Elles vendent le piment, selon la croyance populaire, personne mais alors personne n’accepte que l’origine de leur patrimoine financier soit ailleurs qu’entre leurs jambes. En tout cas, force est de constater qu’elles sont là et font bouger les communautés autour d’elles.

Le phénomène des filles qui veulent devenir des stars virales sur les réseaux sociaux est en pleine expansion sur le continent et elles se donnent tous les moyens qu’il faut pour y parvenir. Le but il est tout simple : avoir le maximum de followers à des fins commerciales bien sûr. La différence se fera sur la nature de la marchandise proposée. Pourquoi au 235(2) nous n’avons pas encore notre ambassadrice du piment ? La réponse se trouve dans plusieurs réalités propres au Tchad.

Les gros clients du piment pour la majorité sont des analphabètes du 2.0

Nathalie Koah, connue comme l’ex petite amie de Samuel Eto’o, auteure du roman « Revenge Porn » source photo: Facebook

Pour ceux qui fréquentent les endroits par excellence de négoce de cette denrée très prisée qu’est le piment, feront bien le constat que les gros clients ne sont pas jusqu’ici des adeptes du 2.0 au contraire, ce sont de vrais analphabètes qui, malgré leur fortune financière restent les moins nantis du 2.0 alors les vendeuses en bonnes stratèges ont dû s’adapter aux réalités du terrain. Un marketing de proximité dans les lieux de consommation du jus de houblon est plus efficace qu’une photo publiée sur Facebook ou instagram. C’est je dirai l’une des raisons pour laquelle nos filles observent encore une certaine discrétion sur les réseaux sociaux.

Internet coûte toujours et pour longtemps encore très cher au Tchad

L’essence même de la vie en 2.0 c’est l’internet et quand 1GB d’internet coûte 12 000frs CFA (presque 19 €) dans un pays où plus de 70% de la population vit avec moins d’1€ par jour, y’a vraiment de quoi décourager les candidates tchadiennes à l’immigration dans les pays Facebook, Instagram et snapchat. Avec des connexions optimisées en 3G+ et 4G il faut compter en moyenne 1Gb d’internet par jour soit 30Gb par mois ce qui leur coûterait 360 000frs (presque 550 €) par mois. C’est cher payé pour un lieu où leurs bailleurs de fond ne sont mêmes pas présents. Le temps que la clientèle « s’androident », on gère d’abord ailleurs.

Nos panthères sont encore en cycle de professionnalisation

N’allez surtout pas croire que nous n’avons pas nos panthères ici, il s’agit quand même d’une élite produite par le métier le plus vieux au monde. Même si la société tchadienne reste fortement « coranisée et bibliquée »,  c’est rien face à la montée en puissance de l’église digitale. Il y’a ces jeunes filles donc, pour la majorité diplômées mais chômeuses, proprios des téléphones dernier cri qui passent l’année entière à saturer les réseaux sociaux avec les selfies pris dans les hôtels et les plages à travers le monde entier. Dans une concurrence inavouée qu’elles se livrent entre elles, chacune essaye d’aller toujours plus loin que celle qu’elle appelle hypocritement « sœur lem(3), chou lem ». Ne me demandez pas où elles obtiennent les financements de ces safaris couteux et inutiles, j’ai bien dit plus haut que pour la majorité elles sont chômeuses je crois.

Faudrait-il commencer à s’inquiéter du phénomène ? Non pas du tout !

Eudoxie Yao – star virale ivoirienne aux formes renversantes: 350 000 followers sur Instagram Source photo: Facebook

Pas vraiment en tout cas, parce que jusqu’ici la classe des filles qui se livrent à ce safari pimenté ne voient pas plus loin que la caméra de leur smartphone. Elles sont encore très loin de devenir des personnes influentes à 350 000 followers comme d’autres sur d’autres cieux. Leurs actions pour le moment sur les réseaux sociaux ne visent qu’à faire pâlir de jalousie leurs collègues. S’il faut s’inquiéter c’est pour elles-mêmes, car on s’imagine bien qu’elle peut être le degré de soumission auquel elles font face pour bénéficier des millions de leurs riches donateurs. C’est aussi ça être une panthère, souffrir pour attraper une proie de choix. Nous sommes entrain très loin de l’engouement observé au Cameroun voisin ou en Côte d’Ivoire.

Quoiqu’il en soit, lentement mais surement, le phénomène est entrain de prendre de l’ampleur au point de rendre toutes les fillettes issues des familles pauvres (et Dieu seul sait à quel point on peut être pauvre quand on l’est au 235) très friandes des véhicules de luxe. Bref, nous sommes sur la bonne voie, les selfies deviennent de plus en plus des « sexfies » avec des postures de plus en plus explicites. L’avenir est dans l’agriculture du piment et du djansang(3).

(1) Piment: nom à la mode et actuelle pour désigné le sexe féminin

(2) 235: indicatif téléphonique du Tchad, utilisé à la place de Tchad

(3) Soeur Lem: mélange de français et Ngambaye signifiant affectueusement « ma soeur »


Face aux défis audiovisuels et cinématographiques du Tchad, l’APCA est créée.

Point de presse de l’APCA au cinéma le Normandie

L’on ne cessera de le répéter et de le constater; le paysage audiovisuel et cinématographique tchadien est à la traîne et souffre de maux exogènes et endogènes que les acteurs même du secteur  ne ratent pas une occasion de le déplorer et le rappeler à tous. Face au déficit et à l’inefficience du secteur, les acteurs du secteur se sont réunis une soirée d’août 2017, alors que le Tchad célébrait sa fête d’indépendance, l’Association des Professionnels du Cinéma et de l’Audiovisuel (APCA) naissait.

l’APCA, projet en gestation depuis plus de deux ans voit enfin le jour et annonce par un point de presse fait donné dans la salle de projection du cinéma le Normandie, le lancement de ses activités avec la présentation de l’association, de son bureau et de son plan d’action et projets pour 2017-2018. Un plan d’action dont les lignes directives sont les suivantes:

  • Identifier le champ du secteur du cinéma et de l’audiovisuel ;
  • Produire des films à un niveau professionnel de faisabilité ;
  • Sélectionner des scénarii pour participer à des ateliers d’écriture avec des scénaristes professionnels ;
  • Former aux métiers du cinéma (son ; image et lumière)
  • Organiser une journée de réflexion sur le cinéma tchadien ;
  • Organiser des séances de réflexion et d’échange sur le cinéma ;
  • Apporter un appui organisationnel et technique aux projets en cours de cinéma.

Face aux inquiétudes des acteurs et corps concernés du secteur de l’audiovisuel, l’APCA rassure mais reste prudente.

Les problèmes sont légion dans le secteur audiovisuel et cinématographique au Tchad, mais principalement, deux handicapes sortent du lots: le manque de professionnalisme et l’absence des financements. à la suite  de ces deux handicapes, découle tout un chapelet d’autres la rareté des productions et leur non-conformité aux normes internationales, l’absence des productions tchadiennes dans les festivals de cinéma à travers le monde, l’absence des productions tchadiennes sur les chaines de télévision internationales et panafricaines.

Quelles seront la qualité et la nature des relations de l’APCA avec les différentes institutions comme le BUDTRA (Bureau Tchadien des Droits d’Auteur)? avec les forces de maintien l’ordre avec lesquelles l’on rencontre la plupart du temps des frictions lorsqu’il s’agit de faire des prises de vues dans la ville? Quel sera l’apport du ministère de tutelle dans la bonne marche des actions de l’association? etc.

Face à ces interrogations, l’APCA rassure mais reste prudente: l’essor du cinéma et de l’audiovisuel tchadien est également corollaire à l’évolution et de l’adéquation des moeurs tradi-religieux tchadien à un secteur qui doit évoluer dans la compétitivité. La censure est encore bien dure dans le domaine et ne permet pas aux cinéastes d’aborder certains sujets socio-politiques ce qui est quand même très frustrant quand on sait que le cinéma est un art dans lequel l’engagement et l’éveil des consciences sont des pierres angulaires. Jusqu’où l’APCA pourrait-elle participer à faire bouger les lignes? L’avenir nous le dira.

L’Association des Professionnels du Cinéma et de l’Audiovisuel (APCA) veut peser dans la balance du marché audiovisuel.

Le Bureau des guerriers de l’audiovisuel et du cinéma

« Figurez-vous que le Tchad a fait appel à une maison de production sénégalaise pour la production d’un film promotionnel sur le Tchad de 13 minutes à diffuser lors de la rencontre du PND à Paris avec à la clé une facture de 46 millions de francs CFA » s’indigne Issa Serge, Chargé de Projets de l’APAC. Une révélation qui a choqué plus d’un dans le public venu nombreux au point de presse. Comment comprendre une telle chose? N’existe-t-il pas au Tchad des maisons de production capable d’offrir de telles prestations? L’on s’interroge… un exemple qui n’est en fait que l’arbre qui cache la forêt.

La création de l’APCA à ne point en douter répond à un besoin présent et pressant: quel est l’impact du Tchad dans le choc des cultures et des civilisations à travers la mondialisation? Comment le Tchad ira-t-il à la rencontre des autres cultures? devrait-il continuer à être envahi par les cultures et les moeurs des pays voisins? Finira-t-il phagocyter par les cultures importées qui lui arrive via l’internet et la télévision? Autant d’interrogations alarmantes qui ont décidé les acteurs du secteur audiovisuel à faire front commun et à conjuguer ensemble les efforts.

Au regard du paysage audiovisuel et cinématographique actuel, les défis et les chantiers qui attendent l’Association sont énormes mais les membres sont optimistes et rassurent ; ils sont suffisamment armés pour y faire face. Il ne reste plus qu’à attendre l’APCA au pied du mur car c’est là qu’on juge le maçon. Il faudra cependant faire preuve de patience pour voir constater les résultats à venir.

Audiovisuellement votre.


Ces attitudes qui n’aident pas les artistes tchadiens à évoluer

Le truc est très simple : les artistes tchadiens sont absents des scènes nationales car il faut qu’un artiste étranger soit là pour les y retrouver. Ne parlons même pas des scènes sous régionales, régionales et internationales. Ils n’y sont pas, une absence qui, apparemment n’en émeut pas grand monde pour autant.
Comment comprendre cela ? À l’heure où ailleurs on voit des jeunes sortir des bas-fonds des sous quartiers et se hisser au sommet du showbiz africain ? À qui revient la faute de cette étrange absence ? Aux artistes d’abord eux-mêmes bien sûr et ensuite à cet étrange public qui vit une musique mais qui publiquement semble inconditionnel de la musique tchadienne. Un drôle de paradoxe hein ? Parlons-en un peu.
Ces artistes qui ne savent pas s’apprécier
Quand un artiste commet un nouveau single ou un nouvel album, ce qui arrive une fois tous les deux ans pour la majorité, on assiste toujours et toujours à la même comédie. Ça commence par la publication dudit artiste sur les réseaux sociaux : il va vous annoncer le titre de l’année, et du siècle s’il n’a pas un peu de jugeote, c’est le titre qui va révolutionner la scène, qui va propulser la musique tchadienne sur le toit du monde (MDR ! gros LOL !)
A la suite de cela, va commencer le ballet des félicitations des autres artistes, des félicitations, des encouragements, « soutien total à toi bro ! » etc. etc. en réalité, ce sont des balivernes, de l’enfumage même. Très peu ont même d’ailleurs écouté la musique en question. En fait, ils ne font que se rendre les politesses, quand j’ai sorti ma part, il a fait pareil alors je fais pareil aussi. La conséquence est qu’aucun artiste ne subit la critique de ses collègues avant ou après la sortie d’une chanson. Bien malin l’artiste qui va s’amuser à critiquer (ouvertement) la musique d’un autre car la roue tourne.
Pour illustrer mes propos, il y’a un artiste qui a commis dernièrement un single accompagné d’un clip vidéo portant sur la magie du travail. Un morceau d’un certain calibre mais, malheureusement, au début dudit morceau, il a fait, en français en plus, une déclaration qui aux yeux du monde entier reviendrait à dire que la terre ne tourne pas autour du soleil. Hum ! Allons seulement !

Un public plein de paradoxes, il dit une chose, mais fait autre chose

Ne dit-on pas qu’on a public qu’on mérite ? C’est le cas des artistes tchadiens. Ils ont effectivement le public qu’il mérite. Comme ils ont décidé d’enfumer le public avec des productions approximatives, ce dernier lui rend aussi sa politesse en l’enfumant d’un pseudo soutien.

Prenez la playlist du smartphone d’un jeune tchadien, chez 1 sur 10, vous y trouverez un son tchadien, qui lui a sûrement été envoyé par WhatsApp mais qu’il n’a d’ailleurs jamais écouté. A la maison il est scotché aux chaines de musique internationales où les artistes tchadiens ne passent pas. Mais étrangement, sur les réseaux sociaux, pour surement faire l’intéressant, la majorité vous crieront leur amour du la musique du 235 qu’ils déclareront être leur opium, enfumage !
Le public est peut-être officiellement musicalement patriotique, mais officieusement réaliste et pour diverses raisons n’attend pas grand-chose de leurs artistes, mais néanmoins ne désespère pas. On ne sait jamais. Sérieusement on sait que l’international ce n’est pas pour demain. Finalement, les artistes se sont d’ailleurs détournés de ce mauvais public pour s’en remettre aux consommateurs de jus de maïs qu’ils sont allés rejoindre dans leurs chapelles.

Arrêtez donc d’être des ambulanciers, vous conduisez ainsi les artistes aux urgences !
« Wow! Wow! Wow! », « Le Tchad aussi », « 235 en force », « c’est le Tchad qui gagne » etc. etc. arrêtez de vous mentir à vous-mêmes ! Y’a pas de quoi déclencher les sirènes d’une ambulance à chaque fois que quelqu’un va nous pondre un morceau moyennement correct. Soyons modestes dans l’appréciation, ne faisons pas d’un chaton un lion quand même ! Ce sont nos amis qui se nourrissent au jus de maïs qui en paieront le prix fort à la fin.
L’enfumage des artistes de la diaspora
Soyons clairs, les artistes de la diaspora n’attendent rien, sincèrement rien du public tchadien. Le but est de se hisser au premier rang de la demande au Tchad et ainsi venir gagner des cachets conséquents au détriment même de leurs collègues locaux. Ils utilisent ce qui se font passer pour influenceurs web pour atteindre leurs objectifs ; objectif qui n’est en aucun cas le rayonnement de la musique tchadienne. Il s’agit purement et simplement de leur propre rayonnement. Quel est l’apport des artistes de la diaspora au rayonnement de la culture tchadienne locale ? Je vous laisse cette question, nous y répondrons dans un prochain billet.


Education des enfants au Tchad : l’handicape de la langue

C’est connu par tous et repris par tous, le temps d’une conférence, d’un forum et autres ; le droit universel à l’accès à une éducation de qualité reconnu aux enfants. Seulement, c’est une réalité autre sur le terrain. Le premier handicap d’accès à l’éducation pour les enfants c’est la langue. Pas les langues que nous ont transmises nos aïeux, mais celles que le colon nous ont ramené dans leurs bagages en même temps que la Bible et le Coran.

Je me lève un matin et je trouve comme d’habitude une bande de gamins dont l’âge varie entre 4 et 6ans jouant devant la cour de la maison. Arrivé à leur hauteur, je dis : « Bonjour ! » ils me rendent mon bonjour dans un ton rempli d’hésitation. Voyant leur gêne, je continue : « Comment vous avez dormi ? » ils se dévisagent tous durant un moment. Deux d’entre eux s’éloignent rapidement, une manière de signifier leur démission à la conversation. L’un deux, le plus âgé apparemment me réponds sans trop de conviction « j’ai dormi… très bien ». Admiratif de son effort, je décide de lui offrir un paquet de biscuits. Le lendemain matin, c’est plutôt ces enfants qui vinrent vers moi avec des « Bonjour grand ! Bonjour grand ! »

La langue est le véhicule de l’éducation par excellence, seulement au Tchad, il existe une réelle inadéquation entre l’éducation familiale et l’éducation scolaire. L’éducation familiale se fait en dialectes et l’éducation scolaire en français ou en arabe. Un véritable casse-tête pour les jeunes cerveaux d’adolescents qui ne demandent qu’à apprendre. La langue est la pierre angulaire dans le processus de matérialisation de la pensée humaine : ce qu’on pense, on le dit. Tout ce qui est produit par notre esprit, c’est à travers la langue que nous le partageons avec le reste de nos semblables. Cela revient à dire que si la langue d’expression est mal maitrisée, cela déteint sur les productions de l’esprit.

Au Tchad, nous avons deux grands groupes humains: les nordistes et les sudistes; et que ce soit l’un ou l’autre, la langue française reste un vrai casse-tête pour chacun avec quand même certaines variables que l’on soit nordiste (à prédominance musulmane) et sudiste (à prédominance chrétienne). Je ne traiterai pas le problème distinctement entre les groupes mais je relèverai juste les généralités. Pourquoi la langue française pose-t-elle problème à l’éducation des enfants au Tchad?

Le français n’est pas la langue courante au Tchad, encore moins pour les enfants.

Enfants s’amusant ©Rolland Albani

Voilà le fondement même du problème. Au Tchad, les langues parlées couramment en majorité sont l’arabe local (très différent de l’arabe littéraire) et les dialectes tels le Ngambaye. Les premiers mots de l’enfant ne sont pas dits en français, est-ce une mauvaise chose en soi ? Pas forcément ! Le problème est que 80% de ces enfants ne prononceront leurs premiers mots français qu’à l’école. Parce qu’autour d’eux, le français est totalement absent : presque personne n’utilise le français pour s’exprimer au quotidien. Cela est tel qu’une personne qu’on croise dans la rue s’exprimant en français est presque toujours un étranger. Et même pour celui qui s’exprime en français, il passe presque pour un paria aux yeux des autres. Dans les rues, dans les commerces, dans les bureaux administratifs, dans les entreprises, le français est très absent.

Comment s’éduquer en français sans le français ?

Cour de recréation ©Rolland Albani

L’éducation se fait à 3 niveaux pour un enfant : à la maison, sur le chemin de l’école et à l’école. A la maison comme sur le chemin de l’école, le français est absent. Les parents ne s’expriment généralement pas en français avec leur progéniture. L’enfant fait véritablement connaissance avec le français à l’école et ça ne dure que quelques heures (maximum 6 heures). Il va ensuite sereinement retrouver ses langues courantes au quartier et à la maison. Dans ce cas, difficile d’apprendre à parler, comprendre et écrire une langue en même temps et qui puis est le français dont les techniques d’écriture sont si complexes! En fait, les enseignants et les correcteurs font preuve d’une étonnante tolérance dans leurs exercices en faisant l’impasse surement sur les maladresses linguistiques des enfants en s’attardant plus sur le fond que la forme.

Est-ce une particularité propre au Tchad ?

Non, ce n’est pas une particularité propre au Tchad, d’ailleurs, le taux d’alphabétisation du Tchad (35% en 2011) est supérieur à celui Mali, du Niger et du Burkina Faso. Voilà seulement, les politiques d’alphabétisation mises en place ne sont pas efficientes et durables. Il faudrait une plus grande implication des parents dans les processus d’alphabétisation car ils sont les premiers à avoir une influence linguistique sur leur progéniture. Amener les parents à s’exprimer avec leurs enfants dans la langue d’études de ces derniers serait une avancée significative.

Le système éducatif tchadien est l’un des plus instables qui soit en Afrique. L’enseignement est l’un des corps professionnels les plus marginalisés par les politiques. C’est un constat amer qui touche presque tous les pays de l’Afrique subsaharienne. Les politiques africaines de certains pays sont de nature à mettre à genoux des corps de métiers très sensibles, sur lesquels repose pourtant l’avenir de toute nation. Il s’agit de l’éducation, la justice et la santé. Il n’y a rien à attendre d’une nation avec une population non instruite, mal-en-point et pour laquelle la justice est un mythe.

Les premières victimes des politiques sociales marginalistes sont toujours les enfants, eux qui sont le maillon le plus faible de la chaine vitale de la société. Ils sont des consommateurs, ils ne vivent que du fruit du travail de leurs parents. Il va donc s’en dire que le mal-être de leurs parents leur est fatal à tous les niveaux surtout en matière d’éducation et de santé. La solution se trouve donc aux mains des politiques qui malheureusement, ne semblent pas du tout pressés de résoudre le problème de l’éducation au Tchad. Dans pareilles circonstances, difficile de placer nos espoirs dans l’avenir dont on ne connaît pas de quoi elle sera faite. Nous naviguons à vue, dans des eaux troubles.


Musique urbaine made in Tchad : pourquoi ça ne marche (toujours) pas ?

crédit photo: Rolland Albani

La musique urbaine est en pleine explosion en Afrique et selon des observateurs avertis, ça ne fait que commencer en fait. C’est une musique qui échappe à toutes les règles et à tous les codes régaliens qui se sont imposés au fil du temps dans le showbiz. Un peu partout en Afrique, on voit des jeunes inconnus encore hier devenir des superstars du jour au lendemain grâce à la musique urbaine. Le Nigéria, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Cameroun et le Congo en sont les exemples par excellence. Ces pays produisent à la pelle des nouveaux visages dans ce paysage tout le temps. D’autres pays cependant réussissent néanmoins à avoir un, deux, trois, voire quatre dignes ambassadeurs dans cet univers en pleine expansion : le Gabon, le Mali, le Burkina Faso,  la Guinée, le Sénégal ne sont pas en reste. Le Tchad est un curieux absent dans cette nouvelle tendance et pour des raisons qui sont multiples.

Une absence qui crée beaucoup de frustrations chez les mélomanes tchadiens qui s’exaspèrent de ne pas aussi voir leurs artistes sur les chaines musicales internationales, de ne pas les voir sur les grands podiums à travers le monde, de ne pas les voir dans des featuring* qui vont rêver avec d’autres superstars africaines, américaines et européennes. Essayons de comprendre pourquoi nos artistes sont absents dans cette révolution en marche.

La musique urbaine est une musique de variétés difficile à suivre pour l’artiste tchadien

Artistes tchadiens en herbe – Crédit photo: Rolland Albani

La musique urbaine est une musique où le vent tourne très vite. S’il suffit de d’un seul hit pour y entrer, il faut ensuite rapidement enchaîner pour rester sous les projecteurs. On n’y reste pas au top avec un hit, parce qu’en termes de hits, ça bouscule gravement derrière. Pour l’instant l’on en n’est pas encore là surtout que le tout n’est pas de produire un hit mais maîtriser le circuit qui va permettre que ce hit arrive aux oreilles d’ailleurs.

La musique urbaine est une musique hyper connectée, mission impossible pour le Tchad dans l’état actuel des choses.

Crédit photo: Rolland Albani

Mon dernier billet dans lequel j’implorais Airtel et Tigo pour la connexion internet doit vous aider à comprendre que c’est le boulet que la musique urbaine traine aux pieds. La première plateforme de diffusion de la musique urbaine ce sont les réseaux sociaux. L’artiste urbain doit y être présent 24h/24 à travers des posts, des lives, des covers etc. c’est le meilleur moyen et le moins coûteux de toucher le public à l’international. Dans un pays où  1Gb d’internet coûte 12 000frs CFA, comprenez que tous ces jeunes musiciens talentueux en devenir n’ont que les yeux pour pleurer quand ils voient un tel sésame leur passer sous le nez faute de moyens.

Le Tchad n’a pas ses gurus du showbiz

Crédit photo: Rolland Albani

Dans la majorité des autres pays, ils existent de véritables gurus du showbiz, des personnes capables même de transformer de l’eau en vin (on voit leurs œuvres sur Trace LOL !). Ce sont des producteurs dont le simple nom suffit à mobiliser toutes les attentions. Ce sont des têtes fortes dans le showbiz ; ils entretiennent une relation privilégiée avec les proprios des salles de spectacles et des night clubs, les DJ, les animateurs culturels, les journalistes et chroniqueurs culturels à travers le monde. Ils ont la capacité financière pour amener un artiste (bon, moyen ou médiocre) au sommet du showbiz.

Au Tchad, il n’existe pas pareille personne. Nous avons ce qu’on appelle à tort ou à raison des promoteurs culturels. Un titre qui peut être attribué tantôt à un riche fan qui décide de vous produire un album, aux proprios des buvettes qui vous font jouer de temps en temps, à un riche homme d’affaires ou homme politique chez lequel on va faire des courbettes de temps à autre pour diverses raisons. Seulement, pour ces différents promoteurs culturels qui aident les artistes, tout leur importe sauf la réussite de l’artiste. Faut pas compter sur eux pour voir l’international.

L’absence des artistes tchadiens sur les chaines musicales internationales

Sultan en prestation – Crédit photo: Rolland Albani

Sur la planète musique urbaine, les chaines musicales internationales sont des soleils indispensables dans le rayonnement des jeunes pousses. Trace ( Africa & Urban), BBlack ou encore la toute dernière née DBM TV sont des canaux incontournables mais sur lesquels les artistes tchadiens sont absents. Au départ, l’on a justifié cette absence par la mauvaise qualité des clips des artistes qui ne répondaient pas aux normes de diffusion. cela à pousser certains à importer des réalisateurs étrangers à coups de millions pour faire des clips « professionnels ». les rares qui ont eu la chance d’être diffusés, ça n’a pas duré longtemps. Retour aux oubliettes! d’aucuns ont accusé certains personnes proches de la chaine la plus plébiscitée de monnayer la diffusion alors qu’elle est censée être officiellement gratuite. Quoiqu’il en soit même avec l’arrivée des nouvelles chaines, l’on aperçoit toujours pas le Tchad dans les playlist… Mystère.

N’Djaména n’est pas une ville attractive pour le showbiz africain.

L’espace spectacle de la maison de la culture Baba Moustapha – Crédit photo: Rolland Albani

Quand des artistes chantent et veulent s’attirer des audiences ils ont cette manie de citer les noms des capitales du showbiz à travers l’Afrique. Vous allez par exemple entendre un artiste nigérian citer Douala, Accra, Abidjan, Bamako, Dakar, Yaoundé, Conakry etc. il s’agit en fait des villes qui sont des destinations privilégiées pour un éventuel concert. Même les congolais qui sont champions dans cette exercice, jamais vous n’entendriez N’Djaména dans leurs litanies. Parce qu’il n’y a rien qui les motive à citer N’Djaména (par extension le Tchad).

Ce morose tableau ne présage rien de bon pour le Tchad. Un grand rendez-vous de plus avec l’histoire que le Tchad est entrain de rater après celui de la révolution numérique. Ce qui est le plus désolant est que ce sont des domaines par excellence où s’exprime la jeunesse. Que nous reste-t-il donc ? nous en reparlerons.


Plaidoyer pour l’internet moins cher au Tchad

Chers Airtel Tchad et Tigo Tchad*, je viens par la présente auprès de votre haute responsabilité citoyenne solliciter un forfait internet qui puisse nous permettre jeunes entrepreneurs, blogueurs, youtubeurs, étudiants de pouvoir participer aux échanges avec le monde entier car pour le moment, nous recevons plus que nous ne donnons.

Nous importons plus que que nous n’exportons

En fait, nos connexions internet sont à l’image même de la plupart de nos économies en Afrique centrale : nous importons (download) plus que nous n’exportons (Upload). Les connexions qui nous sont accessibles sont configurées d’ailleurs à ce dessein car il est plus facile et plus bénéfique de recevoir que d’envoyer. Dans pareilles conditions qu’attendez-vous de l’avenir ? Ne seriez-vous pas les premiers bénéficiaires de l’économie numérique ?  En fait je pense que vous avez plus à gagner qu’à perdre à rendre l’internet moins cher et accessible à la jeunesse.

Internet est un boulet à nos pieds quand ailleurs il est l’accélérateur

Vous soutenez, chacun à sa manière des initiatives d’entrepreneuriat digital et numérique depuis plusieurs années mais où en sont les fruits ? Les échanges les plus productifs et les plus fertiles se font aujourd’hui via les formats audiovisuels qui consomment énormément de data. D’ailleurs l’évolution incessante des téléphones sont là pour nous le rappeler. Que peut faire un jeune entrepreneur numérique, un étudiant, un blogueur, un web journaliste avec 1Go d’internet qui lui coûte 12 000frs CFA ? Surtout lorsqu’il doit envoyer des informations ? Ce coût élevé de l’internet est un boulet que nous traînons à nos jambes et qui nous maintient dans les bas fonds de l’économie numérique.

Le rêve africain est lié à l’économie numérique

Je suis conscient des pressions fiscales que vous subissez mais je refuse que ce soit le prétexte pour laisser tomber la jeunesse tchadienne. Savez-vous que le rêve africain aujourd’hui du moins celui de voir un fils de pauvre devenir riche se construit autour de l’économie numérique et de la culture ? Nous ne regrettons pas la disparition de vos concerts géants car ils ne servaient qu’à downloader les artistes internationaux ici et à uploader de l’argent dans leurs poches. Ce que nous voulons aujourd’hui c’est un forfait qui nous permettent d’uploader l’économie et la culture tchadienne vers l’extérieur. Vous savez bien que nous les jeunes nous n’avons aucune emprise sur nos économies régaliennes d’exploitation des ressources naturelles. L’économie numérique et culturelle sont les rares voire les seules où nous pouvons exploiter souverainement notre ressource intellectuelle.

NON ! Internet n’est pas l’accès aux réseaux sociaux

Même si l’effet de masse vous fait croire que l’internet chez les jeunes se limite à l’accès à Facebook, Snapchat ou Instagram, il y’a une jeunesse consciente qui a s’exprime à travers les réseaux et des plateformes professionnels. Malheureusement, leur expression est limitée à cause de la difficulté de production et de mise en ligne de contenus. Devrai-je vous dire que d’une certaine façon la jeunesse la plus positivement productive est la jeunesse prolétarienne ? Comment partage-t-elle ses productions qui sont d’utilité publique ? Et que dire dont de la culture ? Comment peut-elle évoluer, s’exporter ? Se pérenniser ? Exceller ? Si elle reste coincée derrière les barrières douanières d’internet ? Les réseaux sociaux sont incontournables dans l’économie numérique mais en amont il y’a la production et le partage des contenus qui sont des actions d’uploading et quand une connexion d’1Go vous propose 600kb/s en download et 55kb/s en upload vous comprenez tout de suite que mettre 100Mo en ligne est un concours de patience et qu’1Go de data ne suffira surement pas pour cet exercice…

Que dois faire le jeune étudiant qui veut suivre une formation en ligne ? L’entrepreneur numérique qui doit publier ses contenus ? L’artiste qui doit mettre ses œuvres en ligne ? Comment se déploie la presse en ligne ? Cette presse qui est la presse de l’avenir qui est encore certes  à ses balbutiements au Tchad car elle ne rapporte pas encore, comment va-t-elle à l’assaut de la concurrence régionale ? Internationale ? La compétitivité de l’économique numérique rime avec qualité et  rapidité de disponibilité des contenus. La qualité des contenus rime avec haute définition ; haute définition rime avec haut débit. Je m’arrête là.

Pensez-nous un forfait qui encourage le travail et l’abnégation.

Si vous nous proposez des forfaits illimitées à haut débit par exemple 10Go de data à 1000frs entre minuit et 6h, vous contribuerez à rendre la société et la jeunesse meilleure. Tous les jeunes qui bossent vraiment ne démentiront pas si je dis que c’est l’intervalle d’heures où l’on est le plus productif. Un intervalle d’heures qui aura le mérite d’arracher des jeunes des mondanités nocturnes et à forger chez d’autres l’abnégation et l’endurance. Cela vous permettra aussi d’engranger un capital sympathie auprès de la jeunesse jadis entretenu par des concerts géants. Permettez aussi à la jeunesse tchadienne de faire sa révolution numérique. Ne laissez pas la jeunesse tchadienne vous rendre coupable de sa probable léthargie, mettez la face à ses responsabilités, face à son destin.

Dans l’attente d’une suite que j’espère favorable, je vous prie Messieurs Airtel et Tigo, de bien vouloir croire en l’expression de ma plus profonde sincérité.

*Les deux principaux opérateurs téléphoniques au Tchad.


Massood & Waïti: deux styles qui se côtoient sans se mélanger

Ils sont jeunes, ils appartiennent au même label, ils ont (ou presque) les mêmes influences musicales mais les exploitent différemment. Ils font parti de la nouvelle génération d’artistes tchadiens ancrés dans la musique urbaine, dont le regard est tourné vers l’international et la main posée sur le cœur pour leur chère patrie, le Tchad. Regard croisé sur deux artistes en herbe à travers leurs derniers singles.

Il y a exactement deux semaines, Massood Dgam nous faisait découvrir via Facebook et Youtube le clip vidéo de son single « Maman » et le 1er juillet, Waïti nous dévoilait le titre « Habi » en featuring avec sa « très habituée » Lincy. Même si les deux sont signés dans le même label, ils sont des produits de deux mondes bien différents. En voici la preuve.

L’underground pour Massood et le bling bling pour Waïti

Massood Dgam est un produit des bas fonds de N’Djaména qui ont forgé son style. Il chante et rappe essentiellement en gambaye et en bunda (langage codé des gars de la rue dont l’illustre ambassadeur est Ray’skim) avec quelques brins de français. Il est doté d’un timbre vocal grave, qui n’est pas sans nous évoquer chez nous les « écouteurs » l’accent d’un bri qui a déjà pris un truc… bref !

Waïti lui semble plutôt issu de la crème sociale de N’Djaména, il est résolument et définitivement marié aux codes made by the american dream : chaines, tatouages à outrance et tout ce qui va avec. Il a un flow très calqué sur le flow américain, à cheval entre le RnB et le rap. Il pose en français, en arabe et en anglais, un mélange qui donne une certaine originalité à son flow, très inhabituel pour le Tchad. Alors, qu’est ce que ça nous donne au micro pour nos deux soldats du Death Crew ?

L’amour pour une mère de l’underground pour Massood

Le titre « Maman » de Massood rend un hommage authentique à ces mères de l’underground, qui la plupart du temps élèvent seules leur progéniture, contre vents et marrées, à la sueur du dur labeur des petits commerces. Elles rêvent toujours grand pour leurs enfants, même si elles n’ont pas la toujours les moyens de les conduire vers une vie autre que la leur. « Maman voulait voir son fils pilote ou médecin » un rêve qui se réalise très très rarement pour des enfants qui côtoient en même temps les dangers de la rue et un quotidien de vie dans le stricte minimum.

La street vidéo qui accompagne le son montre à suffisance de quoi est faite la rue tchadienne. Une vidéo que je vous recommande fortement…

Mon seul regret est que cette vidéo publiée n’est pas au format en HD, impossible donc d’être récupérée par des chaines de télévisions d’ailleurs pour diffusion.

L’amour pour une fille pour Waïti

« Habi » est sûrement le sujet du son de Waïti en featuring (une fois de plus) avec Lincy, un son que vous pouvez écouter ici…

Officiellement sorti le 1er juillet 2017. Aucune date n’a été annoncée pour le clip je vous tiendrai au courant qui ça se fait ! « Habi » n’est pas sans personnellement me rappeler le son « Chamatah » en featuring avec Lincy que vous pouvez voir ici…

Le son est fidèle à l’esprit des collabo à l’américaine où lorsque Usher retrouve Alicia Keys en feat c’est pour se chanter qu’ils sont leur « my boo » et vice versa.

Voilà de quoi il s’agit essentiellement dans « Habi », j’espère simplement que pour cette fois le beat sur lequel nos deux featuristes s’expriment n’est pas une propriété américaine. Le son chatouille bien l’ouïe même le flow que nous propose Waïti en anglais semble être simplement le rassemblement de plusieurs expressions très entendues dans les sons américains. Voyons jusqu’où nous pourrons transporter ce duo.

Plus de maturité chez Massood, plus de promesses chez Waïti

Sur le fond et la forme, Massood semble le mieux aligné sur les nouveaux code de la variété urbaine africaine. Oui, ils font tous les deux de la variété… vous savez, ce genre de son qu’on aime qui, le temps d’une saison ensuite va aux oubliettes. C’est vrai que certains réussissent à faire d’une variété un classique mais c’est hyper difficile dans l’actualité musicale qui prévaut sur l’Afrique.

Massood représente cette jeunesse d’en bas qui assume son passé et son présent, rêve son futur. Il est bien sûr influencé par les courants urbains qui viennent d’ailleurs mais n’affichent aucun complexe face à cela. Il propose un style authentique qui avec la force du travail pourra côtoyer les sommets au même titre que Nash l’ambassadrice du Nouchi ivoirien. Il rejoint dans ce style le kôrô Rayskim.

Waïti représente une jeunesse multi-identitaire, dont l’identité change et se transforme au fil des rencontres. A cheval entre le RnB et le rap, il est sur une proposition brute, qui on l’espère avec la force du travail arrivera à tailler son diamant. Actuellement dans la variété, l’heure est à la varité africaine authentique, qui porte le tissu pagne avec le jeans, qui s’est éloigné des codes linguistiques et vestimentaires euro-américains. Kiff No Beat, NG Bling, Franko, Locko, Fanicko, Mink’s etc. en sont des illustrations parfaites.

Nous allons continuer à suivre ces deux soldats du Death Crew de très près. C’est un vent de renouveau qui souffle sur la scène tchadienne. Il le faut car il y’a encore énormément et nous encourageons l’effort fait même si l’environnement n’est pas un cadeau.

Musicalement votre.