Samuel Sufo

Les nouveaux philosophes : regard sur une jeunesse très inspirée

Ce mois de mai marque la fin d’année scolaire pour de nombreux écoliers dans mon pays.  A cet effet, je vais vous faire part d’un phénomène que j’observe depuis près de deux ans déjà. Et même plus. En réalité, il s’agit d’un attrait assumé par les adolescents aux citations « philosophiques ». Dont ils font usage  pour dire comment ils se sentent ou pour exprimer ce qui leur arrive. Que ce soit en bien ou en mal. Ce sursaut de nos jeunes vers la « philosophie » s’explique selon moi par divers facteurs. Le plus marquant étant l’accès de plus en plus aisé aux technologies de l’information et de la communication. Nouvelle attraction depuis une dizaine d’années, le net enchante les adolescents. Au point de les détourner des dessins animés et des fameux Mangas japonais. Même s’ils  trouvent une excroissance de ces derniers sur la toile.

La course au buzz

L’essor des réseaux sociaux dans mon pays a eu pour corollaire de libérer la parole.  Ainsi, les jeunes et les adolescents y trouvent des espaces de communication différents des supports traditionnels. C’est-à-dire la radio, la télévision et la presse écrite ; pour ne citer que ceux-là. Le jeune ou l’adolescent se considère dès lors comme une étoile ; comme une ‘’star’’. Et seul capitaine dans son bateau ; sa page sur un réseau social. Dans cette optique, il est soucieux de s’imposer comme tel. Et de broyer une éventuelle concurrence. Cette dernière se forge généralement dans le milieu scolaire, académique ou dans les quartiers. Pour ce faire, il faut impressionner son audience ; ses followers. Il faut les surprendre, les abasourdir. Ceci avec  des photos qui parfois sortent du commun et un texte qui les accompagnent. En dépit du fait qu’il n’existe très souvent aucune corrélation particulière entre les deux.

Outils de communication numérique
Les TIC ont considérablement délié les langues des adolescents chez nous

Les sujets prisés

L’amour et la réussite sont très prisés par ces nouveaux philosophes. En effet, un parcours des pages des adolescents sur la toile montre qu’ils sont le principal sujet des posts à relent philosophique. Ces derniers s’expriment souvent dans un ton décousu. Mêlé de colère et de haine parfois. Envers qui ? Je ne sais trop comment répondre à cette question pourtant simple. Toujours est-il que concernant l’amour, les déceptions sont très en vogue chez nos adolescents. Lorsqu’on lit ce que ces derniers postent à longueur de journée sur cet aspect, on doit réellement avoir peur. Certains vont même jusqu’à dire qu’ils vivront seuls et célibataires car trop déçus par le monde. Et dire que ces jeunes ont souvent moins de 18 ans. Tout au moins, espérons que le temps leur fera changer d’avis. Même s’il n y a rien de mal à vivre en solitaire.

La crainte d’une déculturation 

Les posts philosophiques des adolescents sur la toile renseignent sur un fait indéniable. La perte de notre identité culturelle. En fait, nos jeunes lisent très peu. Bref, ils ne lisent pas. Et lorsqu’ils font l’effort de citer quelqu’un, il s’agit toujours d’un artiste-musicien. Ou au pire un auteur occidental. Par conséquent, ils ne citent jamais les auteurs locaux ; qu’ils connaissent très peu, pour les plus aguerris. Ou alors qu’ils ne connaissent pas du tout. Parlez-leur de Léonora Miano, de Patrice Nganang ; ils seront dans les nuages. Ça se ressent dans ce qu’ils débitent dans les flux de discussion. Mais surtout dans leurs posts. Quand ils parlent de religion, ils font référence aux religions importées. Sans savoir que nos aïeux avaient leur pratique dans ce domaine. Tout ceci explique l’échec d’une transmission générationnelle. Avec pour conséquence la perte de nos valeurs et nos repères ; programmée depuis des siècles.

Bien philosopher c’est encore mieux !

La philosophie a pour particularité qu’elle permet de se frayer un chemin dans notre univers. En fait, notre environnement est marqué par la recherche du gain et l’abandon de l’humain. Très souvent au profit des intérêts divers et mesquins. Néanmoins, la philosophie est ce chemin inverse qui doit inéluctablement être emprunté. Pour ce faire, nous devons penser par nous-mêmes notre rapport au monde et à la civilisation. Car marcher sur les pas des autres a été et sera toujours une erreur fatale. La preuve ; nos jeunes sont perdus. Ils sont désorientés. Ils sont ainsi à la recherche d’un ailleurs ; un ailleurs qui pourtant se trouve sur leur terre. Il suffit juste d’avoir le courage de faire marche-arrière. De puiser dans le tréfonds des enseignements laissés par nos ascendants. Comme les autres l’ont fait dans d’autres points du globe.  Ce n’est pourtant pas magique.

C’est un travail de longue haleine qui doit s’imposer. Car il faudra combattre contre soi-même. Mais surtout contre les siens. Contre la société. Ça nécessite de faire beaucoup de sacrifices. C’est à ce prix que nos adolescents prendront appui sur leurs racines pour s’ouvrir au monde ; pour philosopher.

 

 


La journée internationale de la femme au Cameroun

Aujourd’hui, le monde entier célèbre la Journée internationale des femmes. Ou mieux ; la Journée internationale des droits des femmes. Ainsi, comme c’est le cas tous les ans, on assiste à travers le globe à diverses manifestations. Conférences, colloques, défilés, célébrations festives etc. Tout ceci dans le but de rappeler que la femme est l’égale de l’homme. Et à ce titre, elle doit avoir les mêmes droits que ce dernier. En cette journée dédiée à la gent féminine, il convient de s’interroger sur les enjeux de cette célébration. Plus précisément au Cameroun. Mais également sur les voies d’émancipation de la femme africaine.

Le 8 mars au Cameroun

La Journée des droits des femmes est issue des luttes féministes menées sur les continents européen et américain. De ce fait, elle a été reconnue et officialisée par les Nations Unies en 1977. Et symbolise les combats en faveur d’une meilleure prise en compte des femmes dans les activités quotidiennes (politique, économique, sociale…). Dans son acception camerounaise, la journée des droits des femmes est particulière. On assiste ci et là à des conférences sur le droit des femmes, avec pour point d’orgue des défilés dans toutes les villes du pays. Et à la fin, des réjouissances populaires qui durent jusqu’à l’aube. On se croirait ainsi à un réveillon de Noël ou de nouvel an, car toutes les rues des grandes villes sont bondées de femmes en uniforme de l’événement, qui chantent et célèbrent la vie. Le sens même de la journée est laissé de côté, pour ne pas dire, ignoré.

La journée internationale de la femme est un jour férié non officiel. En réalité, dans les administrations publiques, le travail est au ralenti, les femmes introuvables. Parfois, elles sont quasiment closes. Les écoles maternelles sont fermées. Les élèves du primaire sont souvent abandonnés à eux-mêmes, les enseignantes étant plus préoccupées par la célébration de la journée des droits des femmes. A cet effet, des dépenses considérables sont engagées par les pouvoirs publics. On oublie pour quelques heures les problèmes, les soucis. L’heure est à la fête. C’est le 8 mars.

Situation de la femme camerounaise

A l’instar des africaines, la femme camerounaise subit un processus d’occidentalisation qui mérite d’être remis en cause. En fait, nos valeurs traditionnelles sont peu à peu délaissées, considérées comme une atteinte aux droits de l’homme, et par ricochet aux droits de la femme. Cette dernière revendique dès lors la place de chef. Au point où l’on observe régulièrement des bagarres dans les foyers. Il n’est nullement question de dire ici que la place de la femme doit rester à la cuisine, ou qu’elle doit se contenter de l’éducation des enfants. Ce n’est pas mon intention. La modernisation ou l’occidentalisation tend à nous faire croire qu’il faut tout abandonner de nos pratiques anciennes. Ce qui serait une fausse piste et très dommageable, notamment pour les générations futures qui ne s’identifieraient qu’aux top-models européens ou aux stars du show biz américaines. Ce qui constituerait un grand crime pour notre société.

On semble oublier que c’est la femme qui est le véritable chef de la famille. Ce rôle important doit être mis en avant. Ce qui permettra de mettre fin aux stigmatisations. En outre, il est nécessaire d’évoquer les femmes qui se battent au quotidien pour leur famille, leur communauté et de surcroît pour le pays. Depuis toujours, elles sont avocates, magistrats, femmes d’affaire, industrielles… Sans oublier les agricultrices, les commerçantes, celles qui se exercent dans l’informel. Cette liste est loin d’être exhaustive.

L’avenir de la femme camerounaise

L’émancipation de la femme passe nécessairement par la résolution des problèmes de base de la société. Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures. En résolvant le problème du chômage massif, on donne le travail aux femmes. Désenclaver les villes et les villages signifierait améliorer leurs conditions d’existence (santé, éducation, formation professionnelle). Mettre fin à l’impunité permettra de dire adieu aux « meurtres conjugaux » qui meublent très souvent les colonnes des journaux concernant les faits divers. Il faut surtout mettre un point d’honneur sur l’éducation de la jeune fille. Mettre au centre de cette éducation les valeurs traditionnelles et religieuses africaines.

Il faut leur enseigner l’histoire du pays et du continent. Pour qu’elles soient elles aussi fières de leur terre, de leurs aïeux. Car comme dit quelqu’un : « Un peuple sans histoire, est un monde sans âme ». Ainsi, elles seront à mesure d’affronter le monde sans complexe et sans crainte.

Bonne Fête aux Femmes !


De l’usage d’internet en Afrique

Comme partout dans le monde, l’Afrique a subi un développement rapide des technologies de l’information et de la communication (TIC). Celles-ci, de par leurs différentes applications, ont libéré le génie de notre continent. En outre, elles ont boosté la créativité des Africains, jeunes comme adultes. Cependant, au-delà des considérations d’ordre économique, plusieurs questions méritent d’être posées. Il convient de s’interroger notamment sur les contenus échangés sur les réseaux sociaux.

De la nécessité d’une remise en question…

Au début du mois de février, une vidéo devenue virale circulait sur les réseaux sociaux. En fait, elle montrait des jeunes en train de commettre un viol sur une adolescente. Sans l’avoir personnellement visionnée, j’ai eu froid dans le dos. Jusqu’à présent je frissonne en y pensant. Car je ne parviens pas à imaginer comment on peut être aussi cruel. Même si l’on est jeune.

Et le comble de tout ceci est d’en faire une vidéo qui, par ailleurs, fera le tour du monde. Cette scène d’une violence inouïe ne saurait être tolérée. D’autant qu’elle s’ajoute à un long chapelet de griefs en ce qui concerne l’usage du net chez nous. Depuis une dizaine d’années que j’utilise la toile, je tombe très souvent sur des nus, des photos indécentes aux sex tapes publiés dans les réseaux sociaux. Si l’on ajoute la diffamation, le tribalisme et les injures, internet chez nous semble provoquer des drames.

Tout y passe : appel à la haine, moqueries de toutes sortes, affrontement verbal, humiliations. Tout est mélangé. On ne distingue plus ce qui est privé de ce qui est public, entre des photos prises aux toilettes, à la cuisine, en discothèque ou dans son lieu de service. La confusion est facile. Quelques fois, on publie des photos des gens sans leur autorisation. Dès que vous êtes photographié, la seconde d’après vous êtes affiché sur les réseaux sociaux. Or la politesse voudrait que vous soyez consulté bien avant, afin de donner votre avis ou du moins de dire si la photo est publiable ou pas. Il faut aussi noter qu’une photo est diversement appréciée. Ce qui peut apparaître bien, beau pour quelqu’un ne l’est pas forcément pour un autre.

Social media
Les smartphones sont de plus en plus prisés.
Geralt sur Pixabay

De l’absence de structure de veille et d’action…

Revenons un peu sur le cas de l’adolescente évoqué plus haut. N’eut été le tollé suscité sur la toile, je suis persuadé qu’on aurait gardé le silence. Comme d’habitude. Ou alors ça aurait fait un peu de bruit pendant quelques heures ou au plus quelques jours et puis, basta. La vie reprend son cours normal. Ceci s’explique surtout par le manque ou l’absence de structures dédiées aux crimes commis sur la toile. Dépourvues de moyens techniques et financiers adéquats, la police, la gendarmerie et la justice sont incapables de réprimander ces phénomènes. Elles ne semblent même pas s’y intéresser. Il en est de même des ONG de défense des droits de l’homme. Pourtant elles sont très loquaces quand il s’agit de critiquer l’action gouvernementale sur tel ou tel domaine. Dans ce cas, les sujets à traiter ne manquent pas.

Il faut à tout prix et à tous les prix montrer que le gouvernement fait mal ou est incompétent. Apparemment, la violation des droits humains sur la toile ne fait pas recette. C’est juste une modeste observation de ma part.

De la nécessité de protéger les miens…

Internet, comme partout dans le monde regorge d’un potentiel inédit. Mais son usage doit être recadré chez nous en Afrique ; au drame de voir notre jeunesse sombrer et être emportée dans une spirale dont il sera difficile d’en sortir. Il faut nécessairement accompagner le développement des TIC avec des structures de répression. Il s’agit de protéger les populations et les usagers de ces outils. Lire tous les jours les appels à la haine sur la toile est choquant. Visionner des photos et des vidéos indécentes c’est offusquant. Avec des structures de répression, de tels comportements peuvent être régulés, sinon éradiqués.


La ‘’janviose’’ : une maladie imaginaire dans mon pays

De tous les douze mois de l’année, le mois de janvier est celui qui est le plus intriguant. Tant il est redouté et à la fois très attendu.

Janvier en quelques mots…

Le mois de janvier est généralement craint dans une bonne partie du globe. Ceci ; en raison des dépenses que chacun de nous a eu à effectuer en décembre. Plus précisément pendant la période dite des fêtes de fin d’année. Janvier ; le premier mois de l’année, est donc considéré comme  le plus long. Non pas en raison du nombre de jours ; mais de la rareté de l’argent ou des finances. Dans certains coins de mon pays ; il est même détesté. Tout comme le lundi ; premier jour de la semaine qui vient interrompre un week-end souvent festif. Un terme a même été inventé pour désigner la fièvre de ce mois de janvier. Il s’agit de ‘’janviose’’. Je n’ai pas trouvé une autre signification appropriée de ce mot. Qui est couramment utilisé chez nous en cette période de l’année.

Si quelqu’un te doit de l’argent et que tu vas vers lui ce mois, il te répondra sans appel : « Mon frère, la janviose ne me laisse pas » ! On entend également çà et là : « Le mois de janvier ci finira même un jour » ? A écouter certains Camerounais, on aurait dit que ce mois de janvier compte 365 jours et non 31 comme sur le calendrier. Tellement il paraîtrait interminable ; ou mieux tellement l’argent se fait rare. Presque introuvable. Mais ce qui est curieux dans tout ceci c’est que tous les lieux de joie et de plaisir ne désemplissent pas durant tout ce mois. Un tour dans les quartiers bruyants de Yaoundé ; de Douala et de Bafoussam rend compte de ce fait. Les bars, les snacks et autres lieux d’ambiance sont toujours pleins à craquer.

Janvier ; un mois tout de même festif…

Le plus surprenant c’est que ce sont les mêmes qui se plaignent de la janviose qu’on aperçoit dans ces milieux. Ils offrent la bière à volonté et ‘’farotent’’ même des sommes considérables sur les artistes qui prestent. Pour eux, le mois de janvier n’est pas très différent de celui décembre. Tous les week-ends, ils se trémoussent sur les pistes de danse des snacks et des discothèques. Et n’hésitent pas à s’évader pour des séjours dans la cité balnéaire de Kribi ; pour profiter de la plage. La mer étant très clémente en cette période de l’année. Tout ceci s’explique par la priorité donnée aux plaisirs et aux alcools dans mon pays. La consommation d’alcool y est très élevée. Nous avons trop de disciples de Bacchus ; certains étant gênants à la limite. Ils se réclament de plus en plus chez les adolescents ; la consommation d’alcool étant précoce chez nous.

Verres de bière et de l'orge
Malgré tout, en janvier, la bière coule à flot !

Il en est de même des kiosques des jeux de hasard. Ces derniers sont toujours pris d’assaut par des parieurs qui misent de fortes sommes d’argent qu’ils espèrent multiplier en retour. De ce côté aussi, les adolescents ne sont pas en reste. Ils constituent d’ailleurs une clientèle de choix pour les entreprises de ce secteur qui en outre réalisent des bénéfices considérables. Se plaindre de la janviose est un aveu de mauvaise fois chez certains d’entre nous. Ceci indique le fait que nous donnons plus d’importance aux plaisirs mondains ; inutiles. Qui nous plongent inéluctablement dans la spirale de la dette et bienvenue les remords.


Manioc : quand le “sauveur’’ ne ‘’sauve’’ plus !

Jadis, le « sauveur » constituait le repas de base des étudiants au Cameroun (mon pays) et même ailleurs en Afrique. Plusieurs ‘’grands’’ chez nous, hommes comme femmes, content encore avec émotion comment cet aliment leur a permis de survivre à la fac. Notre ‘’sauveur’’ dans le jargon local désigne le tapioca (ou gari). Il a fait et fait toujours partie de notre quotidien, même si son usage est de plus en plus restreint.

Brève définition

Si certains d’entre vous connaissent la signification du ‘’sauveur’’, une définition est selon moi utile malgré tout. Le ‘’Sauveur’’ est une fécule, utilisée en cuisine, produite à partir des racines du manioc amer, qui sont séchées puis traitées. Mélangé à l’huile de palme, sa particularité est qu’il augmente de volume au contact de l’eau. Il est consommé dans diverses régions du monde. Au Cameroun, il est consommé de différentes manières. Pour de plus amples informations, vous pouvez aussi lire consulter l’article de ma collègue mondoblogeuse (votre espionne culinaire) sur le tapioca cuisiné « à la camerounaise ».

Le ‘’sauveur’’ de plus en plus cher !

Dans les boutiques des principales villes du Cameroun, les prix du ‘’sauveur’’ ont doublé. Ceci est dû en grande partie à la flambée des prix du manioc. Les produits vivriers coûtent de plus en plus chers. Le manioc n’échappe pas à cette logique. Ceci s’explique par l’enclavement des bassins de production, qui sont pratiquement inaccessibles en saison pluvieuse. Cela induit une augmentation des coûts de transport pour les commerçants, l’augmentation peut être très importante et atteindre 100%, en fonction de la zone sollicitée.

Dans un article paru sur le site de l’Agence de Presse Africaine, une commerçante se plaint en ces termes : « quand on est à Douala, pour aller jusqu’à Ndom (littoral) où se trouve du bon manioc, le transport coûte 7000 francs CFA. Aller et retour, cela fait 14 000 francs CFA. Or, avec les pluies, les transporteurs nous prennent 10 000 francs CFA, soit 20 000 francs CFA en aller-retour. Nous devons donc forcément augmenter le prix de vente pour nous en sortir ». A ceci, s’ajoute les caprices du climat qui ne rendent pas possibles les bonnes récoltes.

Manioc
Le manioc est désormais vendu à prix d’or

Ainsi, dans les marchés de Yaoundé, la capitale camerounaise, le manioc est devenu une denrée vraiment hors de prix.  Le sac de 50 kg qui revenait jadis à 3500 FCFA est désormais cédé à 8000 FCFA, soit une hausse de plus de 100% ! On constate pratiquement le même niveau de hausse sur le sac de 100 kg, cédé à 13 000 F.CFA actuellement contre 7500 F.CFA par le passé. L’huile de palme n’est pas en reste, comme le manioc elle a subi une hausse considérable, elle est vendue actuellement à 600 voire 700 FCFA le litre contre 400 FCFA il y a 10 ou 15 ans. On retrouve ce phénomène de hausse des prix dans les zones rurales également, les produits sont vendus le même prix que dans les villes. Une des raisons de cette hausse est que le Cameroun accuse un déficit de production d’huile de palme, tout comme du manioc.

Ainsi, le « sauveur » n’est plus à la portée de toutes les bourses comme par le passé. Sur les étals des marchés, il est venu à 600 et 700 FCFA le kg. Dans certaines villes, les prix vont même jusqu’à 800 FCFA le kg. Pour le manioc de meilleure qualité, un verre de tapioca coûte ainsi 50, 75 et 100 FCFA. S’il faut y ajouter les arachides vendues également à prix d’or et le sucre, cela devient un vrai budget ! Pour le citoyen moyen, le « sauveur » semble donc être devenu aujourd’hui un lointain souvenir. Mais il faut le reconnaître, il garde malgré tout encore la confiance et le respect de nombreux Camerounais, dont moi !

 


Le calvaire des migrants africains en Libye: ma part de vérité.

Sujet simple et délicat

C’est très difficile de s’intéresser à un sujet aussi délicat que ce qui se passe actuellement en Libye. Depuis quelques jours, le monde entier s’émeut de l’esclavage de certains migrants. Ces derniers vendus aux enchères sur leur parcours pour rejoindre  »l’eldorado » européen. Ce qui me surprend le plus ce sont les réactions d’indignation des dirigeants du monde et plus précisément de l’ONU. Qui ont promis comme les pouvoirs publics libyens d’ouvrir une enquête pour voir plus clair dans tout cela. Je me demande quand est-ce que cette comédie finira. Car il s’agit bien d’une comédie avec pour acteur principal l’être humain que nous sommes. Qu’il soit africain, asiatique, européen ou américain. Dire que l’esclavage existe de nos jours est un secret de polichinelle. Le reportage de la chaîne d’information CNN ne vient que rappeler ce que nous savons déjà. Tant pour les curieux que pour les ignorants.

Il me souvient qu’en début 2017, l’OIM a rendu public un rapport. Celui-ci faisait état de la vente des êtres humains ; des migrants sur la place publique en Libye. Ce rapport a été abondamment commenté par les médias et sur les réseaux sociaux. Et comme d’habitude, tout est passé dans l’oubli après. Le reportage de CNN ne saurait donc être une surprise pour nous tous. Notre hypocrisie ne doit plus être cachée. Nous la rejetons souvent sur nos dirigeants mais il temps que nous l’assumons. Rejeter la faute sur nos dirigeants a toujours été notre tasse de thé. Or nous savons tous que cela n’arrangera jamais les choses. Au contraire, la situation actuelle en Libye peut leur être amputée. Car tous ou presque étaient en poste lorsque ‘’la communauté internationale’’ a décidé de ‘’démocratiser’’ ce pays.  Comme dit un adage populaire, ‘’qui ne dit mot, consent’’.

Fer pour esclave

Définition du mot ‘’esclave’’

Les réactions d’indignation qui se poursuivent me renvoient dans mon dictionnaire. J’ai consulté les différentes définitions ou les différents sens du mot esclave. Il renvoie également à « celui qui par flatterie, par intérêt se met dans la dépendance de quelqu’un et suit aveuglement ses volontés ». Un esclave est donc quelqu’un qui est « attaché ». Attaché à une conception du monde figée, immuable. L’esclave n’est pas forcément celui qui est ‘’officiellement’’ ou ‘’matériellement’’ en captivité. Car l’élément psychologique compte beaucoup et constitue le premier facteur déterminant de la situation d’esclave. En ce sens, les esclaves se retrouvent partout, sur tous les continents. Dans les pays dits démocratiques ou non.

Aldous Huxley le dit si bien dans son livre Le meilleur des mondes. Il y écrit : « La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader. Un système d’esclavage, où grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude ». Aujourd’hui, l’esclave africain c’est celui qui pense que le meilleur est toujours ailleurs. Est esclave l’africain qui à tout prix veut traverser mers et océans à la nage pour espérer le meilleur. L’esclave africain c’est celui qui critique et médit tous les jours sur son pays. C’est celui qui ignore que sa terre natale est une richesse comme partout ailleurs. L’esclave africain c’est celui qui refuse de se réinventer. Et est assis sur des préconceptions mystico-religieuses du monde qui pourtant ne changent rien à son quotidien.

Une dizaine de migrants
Migrants somaliens sur le golf d’Aden

Repenser (véritablement) notre modèle

La lutte contre celle nouvelle forme d’esclavage se fera sur deux fronts : la coopération entre Etats africains et l’industrialisation.

Il faudrait nécessairement de nouvelles formes de coopération entre États africains. Afin d’assurer une surveillance des mouvements migratoires. Quelle que soit la situation actuelle de la Libye, la collaboration avec les autorités de ce pays est inéluctable. Il faut notamment envisager un rapatriement immédiat des migrants subsahariens ; de gré ou de force. Ceci nécessite une réelle volonté politique de la part de nos dirigeants actuels.

Sur le long terme, il est impérieux de revoir notre politique économique. Ceci inclut une réelle industrialisation. L’industrie est au cœur du progrès économique. Car elle crée des emplois ; des emplois de masse. L’accent doit être mis ici sur les zones rurales. Celles-ci sont délaissées tous les jours par les jeunes découragés par le travail de la terre. Or l’agriculture est également indispensable pour créer de la valeur ajoutée. Pour ce faire, il faut sortir des registres coloniaux, en abandonnant des cultures comme le café et le cacao. Qui depuis des décennies alimentent l’industrie ailleurs tout en appauvrissant nos agriculteurs.


Souvenirs de rentrée scolaire

Ce mois de septembre est le mois de rentrée dans plusieurs pays. Comme chaque année, les écoliers sont plus ou moins heureux de retrouver les salles de classe. Dans ce billet, je vous parlerai des faits qui ont marqué mes rentrées lorsque j’étais sur les bancs.

Salle de classe, salle de jeux

Ma première rentrée au secondaire fut bouleversante. Je découvrais Yaoundé, très différente de Bertoua où j’avais passé les deux années précédentes. Tout était nouveau pour moi : un nouveau quartier, de nouveaux voisins, un nouvel établissement, de nouveaux camarades. Inscrit en classe de sixième dans un établissement de la place, j’ai commencé les cours un mois après la date de la rentrée officielle. En fait, les enseignants étaient introuvables. Pendant les cinq premiers jours de la semaine, nous avions fait un seul cours. Une rentrée vraiment bizarre. La semaine suivante, nous avons nous aussi déserté les salles de classe. Avec quelques nouveaux camarades, nous passions nos journées dans les salles de jeux. A cette époque, elles pullulaient dans le périmètre des établissements scolaires. Durant mon séjour à Bertoua, je n’avais jamais mis les pieds dans un tel milieu car je n’en voyais pas.

Emerveillé par le spectacle, excité par le fait que je pouvais commander un personnage à partir d’une manette, j’étais devenu un pro de King of fighters, de Street fighter, de Punisher, du baby-foot… Et plein d’autres jeux dont les noms m’échappent. Bien qu’étant en classe, je pensais aux salles de jeux. Entre deux ou trois choses que je notais dans mes cahiers, je simulais un combat avec mes doigts. Après les cours, nous faisions un saut dans une salle de jeux avant d’atterrir à la maison. Épuisés non pas par la journée de classe, mais par les défaites cuisantes infligées par des challengers. Les jeux vidéo engloutissaient 80 % de mon argent de poche en sixième. Plus tard, en cinquième et en quatrième, ce fut au tour des salles de cinéma.

Salle de jeux vidéo
J’adorais les salles de jeu et de cinéma.

Nouvel environnement

En classe de troisième, mes parents ont décidé de me faire fréquenter un autre établissement. Rien de grave à cela. Le problème est qu’ils ont attendu le jour de la rentrée, à l’aube, pour me tenir au courant. À 7h, j’étais encore alité, cherchant dans quelle salle de jeux ou de cinéma je devais commencer les cours. Ils m’ont demandé de me préparer immédiatement et de les suivre. J’étais ébahi et je n’avais pas d’uniforme. Je découvrais mon nouvel établissement. Plus propre, où la discipline était de rigueur, contrairement à l’ancien. Ce jour-là, premier jour de classe, nous terminé les cours à 15h30. C’était une première pour moi et je suis rentré à la maison exténué et démoralisé. Je ne connaissais personne dans cette école et mes nouveaux camarades me tapaient déjà sur les nerfs. Les enseignants aussi.

L’adaptation fut difficile. Les deux jours suivants, je suis arrivé en retard, ce qui m’a valu un avertissement. Mon visage était toujours lacéré. Très sournois, je ne cessais de penser à mes délires d’autrefois. Je me suis renseigné pour savoir s’il y avait des salles de jeux aux alentours. Il y en avait, mais il était difficile voire impossible d’y avoir accès, vus les horaires de cours et les contrôles continus qui étaient annoncés. Mes parents avaient porté un véritable coup de massue sur ma tête. Même si cela m’a été très bénéfique.

L’euphorie

La rentrée qui a le plus marqué mon séjour sur les bancs est celle de 2005-2006, le lendemain d’un match de football épique ayant opposé le Cameroun à la Côte d’Ivoire. La rencontre comptait pour les éliminatoires de la coupe du monde 2006. Le match avait un enjeu : la première place du groupe que tenaient les Éléphants avant le duel. Une victoire des fauves d’Afrique Centrale était donc impérative pour espérer participer au mondial allemand. Ce d’autant plus que les Ivoiriens et leur coupé-décalé se moquaient trop de nous, nous considérant comme une équipe décadente. L’atmosphère était surchauffée à Abidjan, de même que dans les principaux carrefours de Yaoundé. Les Lions Indomptables ont sorti leurs griffes et ont remporté la partie par 3 buts contre 2. Les Ivoiriens sanglotaient comme des enfants.

Ma voix ainsi que celle de tous les élèves sortait à peine. Tout l’établissement évoquait la prestation des coéquipiers de Samuel Eto’o tout en se moquant de l’équipe de Didier Drogba. Durant toute la journée, malgré la présence des enseignants, nous commentions  cette rencontre. Un mois plus tard, coup de tonnerre, le Cameroun fut éliminé de la course au mondial, au terme d’un match nul contre l’Egypte. Un véritable drame national.

Match Côte d'Ivoire-Cameroun
Malgré la victoire, les Lions n’étaient pas au mondial 2006.


Mes premiers pas en solitaire dans un marché

Tout petit, je faisais les courses avec mes sœurs. Je vous fait part dans ce billet de mes premiers pas tout seul dans un marché de Yaoundé.

D’Essos à Elig-Edzoa…

Dans ma tendre enfance, j’étais toujours excité lorsque je suivais mes sœurs ou ma maman au marché. Résidant au quartier Nfandena, nous allions soit au marché Essos, soit au marché Elig-Edzoa. Deux quartiers célèbres de notre sublime capitale Yaoundé. J’adorais voir mes sœurs discourir avec les commerçants. Au sujet des prix et de la qualité de leurs produits. « La mère, ta tomate-ci est chère. Baisse encore le prix » ! « Regarde toi-même la qualité de tes oignons. Et tu vends ça si cher ? Vraiment » ! Renchérissaient celles-ci devant des commerçants révoltés. Par contre, ma maman n’appréciait pas parlementer ainsi avec les vendeurs. Elle payait au prix « taxé », sans discussion aucune. Mes sœurs disaient qu’elle est dépensière. Quoiqu’il en soit, je me plaisais dans le rôle de « Tchinda ». C’est-à-dire celui qui porte le sac. J’étais chouchoutée par les vendeurs ; les dames notamment.

En réalité, mes sœurs m’utilisaient comme un appât pour flatter les commerçants. « Bon, comme tu es avec l’enfant, je te laisse à ce prix-là. Je ne veux pas que vous marchiez beaucoup » ! « Tu as un frère mignon hein ! Pour lui, je te donne le cadeau » ! Entendais-je quelques fois en forçant un rire jaune. Une jeune commerçante a même déclaré : « Ton frère-là, c’est mon futur mari hein. Garde-le bien pour moi » ! Ma sœur éclata de rire. Moi pas ; même si la demoiselle en question était quand même jolie.

Surprise

Un beau matin, mes sœurs ont décidé que c’était à moi de faire les courses. Car elles estimaient que je pouvais m’en sortir tout seul. Dans un milieu que je considérais à l’époque comme une jungle. Evidemment, j’ai refusé. Mais elles ont insisté et insisté. Sans oublier de me rappeler que j’étais leur benjamin. Et de ce fait, je leur devais obéissance. J’ai donc pris le sac et 3500 F pour les achats. Et j’ai pris le chemin du marché Essos qui venait juste d’être installé sur un nouveau site. Deux voies conduisaient au marché. Il fallait emprunter soit le bitume, soit la route poussiéreuse plus courte. C’est cette dernière que j’ai prise. Elle conduisait également chez un marchand d’épices. Celui chez qui mes sœurs se ravitaillaient d’habitude.

De part et d’autre de la piste, il y avait des vendeurs à la sauvette. Ils proposaient de la friperie, des produits vivriers et du matériel électronique. Il y avait aussi plusieurs comptoirs faits de cartons superposés. C’étaient des jeunes qui jouaient aux cartes ; le « jambo ».  Il fallait mettre de l’argent en jeu pour y participer. Ils ne m’intéressaient guère. J’ai plutôt été attiré par un autre groupe de personnes. C’était un autre jeu de hasard. Il y avait trois boîtes disposées chacune. Le maître de jeu les a ouvertes. Deux avaient une couleur verte. Et la dernière, celle du milieu était rouge. Il les a refermées ensuite. L’intrigue était simple. Il faisait tourner, tourner, tourner encore les boîtes et après, il fallait trouver la boîte rouge. Jeu facile en apparence.

Mirage

Le maître de jeu invita d’autres personnes à participer. Je me suis rapproché. Il fallait juste débourser une somme à partir de 500 F. Au cas où vous trouvez la boîte rouge, vous repartez avec le double. Deux ou trois personnes ont gagné sous mes yeux. Dont l’un 5000 F. N’ayant pas encore fait mes achats, j’imaginais déjà 7000 F dans ma poche. A 12 ans, je connaissais déjà l’argent hein, « le Nkap ». Je me voyais en train de me mouvoir dans une salle de jeux avec une glace énorme tout près. J’ai donc décidé de tenter ma chance et de mettre sur la table l’argent du marché. J’ai commencé par mettre 1500 F sur le carton. Le maître de jeu présenta les boîtes. La rouge était au milieu. Je la fixais avec une attention particulière. Il les referma et débuta son cirque.

Un quart de secondes plus tard, il m’intima de faire mon choix. J’avais suivi délicatement ses mouvements. J’ai pointé la boîte à gauche. Erreur ! Je venais de perdre une partie de l’argent du repas. J’étais ébahi, grelottant presque. Le monsieur en face ouvrit la boîte du milieu, la vraie. Il a dit : « Ohhhh ! Le petit a perdu, ce n’est pas grave. Tu peux encore tenter ta chance. Sois juste plus concentré » ! Envoûté par son verbe diabolique, j’ai « tenté » à nouveau ma « chance ». Cette fois, un billet de 1000 F est parti à l’eau. C’était comme un doux rêve. Je venais de gaspiller tour l’argent et je ne comprenais rien du tout. Pourtant, j’avais l’œil sur la bonne boîte. « Ahhh ! Courage le petit, tu y étais presque » ! Débita un jeune à proximité. Il attendait son tour.

Je ressentais comme un vide. C’est comme si l’on venait de me voler mon honneur. Je m’étais éloigné de quelques pas, très frustré. J’ai décidé que les choses n’allaient pas se terminer ainsi. Je suis retourné au comptoir, où j’ai mis en jeu les derniers 1000 F que j’avais. La dernière balle du shérif. Convaincu que cette fois, j’emporterai la mise.  Ce qui ne fut pas bien évidemment le cas. Très abattu et affaibli, j’ai tout de même contenu mes larmes. Je préfère vous faire l’économie de la suite des événements.

Supercherie

C’est plus tard que je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’un gang de bandits. En effet, leur jeu était une mise en scène pour entourlouper les esprits naïfs comme moi à l’époque. En réalité, les trois boîtes étaient chacune fendues méticuleusement. Elles contenaient toutes les deux couleurs vert et rouge. Ainsi, avec cette manigance, vous ne trouverez jamais la boîte rouge. Sauf si le brigand qui les tenait le voulait. Comme il l’a fait dans certains cas, avec ses complices bandits. J’avais retenu la leçon. Mais un peu tard.

Mes premiers pas en solitaire au marché Essos furent mémorables. Depuis, je suis sage et je fais les courses seul. Les jeux de hasard ont peu à peu disparu de nos espaces marchands. Quelques fois assez brutalement. Je me souviens deux ou trois ans après cet épisode, un autre adolescent avait été complètement dépouillé par un autre groupe de brigands. Déguisés en maître de jeu et en spectateurs. Il avait mis en jeu jusqu’à ses baskets neuves. Il est rentré pleurnicher chez ses frères. Ces derniers ont rappliqué et ont occasionné une bagarre épique qui nécessita l’intervention de la police et l’arrestation d’une vingtaine de personnes.


CAN 2019 : Cabale contre le Cameroun ou cabale contre la CAF ?

Le Cameroun est une fois de plus sur la sellette depuis une dizaine de jours. En effet, tenaillé par des problèmes internes, l’organisation de la prochaine CAN sur ses terres semble compromise. Tout d’abord, il y a eu l’augmentation (quasi dictatoriale) du nombre d’équipes participant au tournoi. Ensuite le décalage de la compétition aux mois de juin et de juillet. Période correspondant à la saison pluvieuse (hiver). Où l’on enregistre plusieurs jours d’averses sans interruption dans certaines villes à l’instar de Douala ou de Bafoussam. Enfin, il y a les déclarations du président de la CAF qui ont soulevé le courroux des Camerounais.  Ces derniers considérant ces propos comme un mépris pour le pays de Mbappe Leppe. Dans ce billet, je donnerai mon humble avis sur ce que je considère comme une cabale.

Prémisses

Tout commence en septembre 2014 lorsque la CAF attribue l’organisation des CAN 2019, 2021 et 2023. Respectivement au Cameroun, à la Côte d’Ivoire et à la Guinée. En plus, notre triangle national se voit confier l’organisation de la CAN Féminine 2016. Car aucun pays ne s’était porté candidat pour cet événement.  La dernière CAN Féminine devait donc servir comme répétition générale au Cameroun pour la CAN de 2019. La CAN Féminine a eu lieu. Et à en croire les responsable de la CAF de l’époque, elle a été un succès fulgurant. Tout semblait donc aller bien dans le meilleur des mondes jusqu’en mars dernier.

Un coup de tonnerre frappa la CAF. Après sa défaite à l’élection, son éternel président Issa Hayatou cède sa place au malgache Ahmad Ahmad. Ce dernier a bénéficié du soutien du président de la FIFA et d’un bon nombre de fédérations africaines. Dont la puissante COSAFA qui réunit les fédérations d’Afrique australe. C’est d’ailleurs son président qui le premier va se plaindre des conditions d’attribution des CAN sus-évoquées. Concentrées selon lui dans une seule région africaine. Pour être honnête, il a raison. Mais ce n’est pas l’objet de notre réflexion.

Cabale contre le Cameroun ?

Après l’organisation réussie de la CAN Féminine de 2016, une question de profane nous vient à l’esprit. « Pourquoi tant d’inquiétudes de la part de la CAF » ?  La réponse à cette question est simple en apparence. Elle est à trouver dans le cahier de charges. Ce dernier étant modifié puisque la CAN 2019 se jouera à 24 équipes. Nous resterons donc sur le premier cahier de charges. Car le nouveau n’a pas encore été remis officiellement au Cameroun. Le cahier de charges contient un ensemble d’infrastructures à réhabiliter ou à construire. Parmi lesquels les stades d’Olembe à Yaoundé et de Japoma à Douala. Ces deux principales infrastructures accusent des retards quant à l’avancement des travaux. Au point où le stade d’Olembe sera préfabriqué en Italie puis transporté jusqu’au Cameroun.

Pour les autres infrastructures qui comprennent des terrains d’entrainement aussi, seuls ceux de Limbé, Buéa, Bafoussam sont prêts. Sans oublier les stades annexes et le stade militaire de Yaoundé qui a ont servi pour la CAN Féminine. Pour le cas des infrastructures hôtelières, le Cameroun dispose d’un potentiel énorme. Même si certains hôtels ne sont pas encore sortis de terre. Pour les hôpitaux, les voies de communication et de télécommunication, il faut le reconnaitre, le pays est en chantier. Dans les grandes villes, les axes routiers sont réhabilités. Les formations sanitaires dotées des dernières technologies sont mises en place. Les télécommunications sont améliorées afin de doter le pays d’une bonne connexion internet.

Le véritable problème du Cameroun c’est le déficit de communication. De la part de la FECAFOOT et du comité d’organisation de la CAN. Qui est muet depuis la fin de la CAN Féminine. Les officiels camerounais sont prompts à réagir lorsqu’ils sont critiqués. Ce qui est une attitude quelque peu fâcheuse.

Illustration du stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé
Les Camerounais attendent leur CAN

Cabale contre la CAF ?

Depuis la réunion du comité exécutif de la CAF et les propos de son président, les Camerounais sont déchaînés. Ils y voient un règlement de compte entre Ahmad Ahmad et son prédécesseur à la CAF. En fait, la CAF avait retiré l’organisation de la CAN des moins de 17 ans à Madagascar. Du temps d’Issa Hayatou. Prétextant alors un retard dans les travaux. Comme l’on se serait attendu, les internautes camerounais ont violemment critiqué le président de la CAF. Ils ont en outre présenté Madagascar comme un pays ne disposant d’aucune infrastructure d’envergure. Contrairement au Cameroun. Des célébrités sont également montées au créneau. Certaines pour défendre la CAF, d’autres pour défendre le Cameroun.

Une chose est certaine : les passe-d’armes  entre les Camerounais et la CAF ne résoudront aucun problème. Tout comme elles ne construiront aucune infrastructure. De plus, elles ne font qu’ajouter de l’huile sur un feu ardent. Or l’on sait depuis la défaite d’Issa Hayatou que le Cameroun serait sous le feu des projecteurs. Tôt ou tard, il fallait s’y attendre. En politique, un discours de campagne électorale est différent d’un discours d’investiture. Tous les deux étant à des années lumières de la  pratique du mandat plus tard. C’est exactement ce que l’on vit à la CAF. Les hommes ont changé. Les rapports de force aussi. Depuis mars 2017. Seuls les Camerounais ne l’avaient visiblement pas intégré jusqu’à présent. Nous semblons sortir des bras de Morphée. La campagne pour l’élection à la CAF et la défaite d’Issa Hayatou étaient prémonitoires à ce qui arrive aujourd’hui.

La suite… ?

Les mille et une conférences de presse et déclarations des officiels camerounais n’atténueront pas nos inquiétudes. Le combat ne se joue pas sur le plan médiatique qui selon moi est perdu d’avance. Le combat est ailleurs, sur un autre front tout comme les enjeux sont considérables. Si l’on prend les propos d’Ahmad Ahmad un par un, on dirait que la messe semble dite pour le pays de Rigobert Song. Le fait d’évoquer le Maroc ou l’Algérie comme possible recours n’est pas anodin. De même que déclarer que « même à quatre équipes, le Cameroun ne peut pas organiser la CAN ». Quel mépris ! Sans inspection, ni audit.

Il aurait fallu pour le président de la CAF d’attendre l’avis des experts. Au lieu de faire une fuite en avant. Au demeurant, je partage avec vous ce post d’un internaute camerounais. « Si la CAF veut nous retirer la CAN 2019, qu’ils attendent au moins deux mois avant. Là nous aurons nos infrastructures. C’est mieux que d’avoir des chantiers abandonnés ». Je suis entièrement d’accord avec lui.

 


Droits de l’homme : le Cameroun dans la sauce ?

Amnesty International a le secret pour fédérer l’opinion publique camerounaise comme un seul bloc. Une fois de plus, son rapport a critiqué mon pays sur le plan des droits de l’homme. Ce qui a soulevé le courroux de mes compatriotes de tout bord. Et même de certains opposants. Un agrégé de droit s’est dit « choqué » par ce rapport. Tandis qu’il a été qualifié d’« ubuesque » dans un éditorial du quotidien Cameroon Tribune paru le 26 juillet dernier. Pendant une dizaine de jours, l’ONG a donc été cuisinée à toutes les sauces. Certains remettant même en cause sa crédibilité. J’en ai ri abondamment. Dans ce papier, il est question pour moi de montrer que les droits de l’homme sont un piège ou une sorte d’attrape-nigaud dans lequel se sont embourbés les Etats africains depuis des décennies.

Soldats d'élite
Soldats de l’armée camerounaise en séance d’entrainement

Bref rappel 

Le rapport d’Amnesty International commence par une présentation des exactions de Boko Haram au Cameroun. Notamment dans l’Extrême-Nord du pays. Ensuite, l’ONG présente les « arrestations et détentions arbitraires » orchestrées par les forces de sécurité. De même que la « Torture, morts en détention et disparitions forcées ». Tout ceci occasionné par notre armée. Le rapport évoque ces faits avec des mots parfois très durs. Parmi les autres thèmes abordés, il y a la liberté d’expression, d’association et de réunion. Qui demeure un vœu au Cameroun. Il y a également le droit à un procès équitable, l’impunité, les conditions carcérales. Le droit à un niveau de vie suffisant et la peine de mort. Vous le remarquez sans doute. L’ONG prend appui sur un ensemble de traités et conventions ratifiés par le Cameroun.  D’où ce qui peut apparaître comme un rappel à l’ordre à l’endroit de mon cher et beau pays.

Grande curiosité

L’initiative d’Amnesty est louable, mais son rapport sur le Cameroun soulève quelques interrogations. Ce rapport n’est pas le premier sur mon pays. Et systématiquement, l’accent est mis sur les « dérives » des forces de sécurité camerounaises. Avec des expressions virulentes. Il n’est nullement question pour moi de cautionner toute forme d’atteinte aux « droits de l’homme ». Mais en évoquant l’armée camerounaise et la lutte contre le terrorisme, Amnesty aurait pu se pencher sur tout autre chose. Par exemple le traitement des soldats engagés au front. Simple omission ou volonté délibérée de ternir l’image de l’armée camerounaise ?

Toujours est-il qu’il y a moins de deux mois, des soldats de notre armée ont fait la grève. Ils manifestaient leur mécontentement face au traitement inhumain dont ils sont victimes au front. Allant jusqu’à bloquer la circulation dans une ville de l’Extrême-Nord. Ils réclamaient une relève immédiate et le paiement de leurs primes. En réaction, la chancellerie a ordonné l’arrestation de ces jeunes. Une trentaine. Ils ont été transférés à Yaoundé où ils attendent d’être jugés. En taisant cet épisode du feuilleton, Amnesty surprend. Pourtant il en va du moral des troupes et du respect du « droit à un niveau de vie suffisant ».

Soldats mécontents
Soldats bloquant un axe routier

Les droits de l’homme en question

En politique, le droit est la codification des rapports de force à un moment donné. C’est ce qui explique ses mutations récurrentes. Car il doit s’adapter non seulement au temps, mais à la conjoncture politique. La majorité des traités de droit international a été signée au 20ème siècle. Plusieurs Etats africains venaient d’obtenir leur indépendance. D’autres luttaient pour celle-ci. On peut donc simplement expliquer la naïveté de nos pays à cette époque. De plus, pour plaire à la « communauté internationale », ces Etats se sont engagés sans mesurer les enjeux. Surtout à long terme. On peut donc comprendre aisément les balbutiements de l’Union Africaine en ce qui concerne la cour Pénale Internationale. En théorie, le but du droit international est vertueux. Mais dans la pratique, c’est tout autre chose que l’on observe. Je n’ai pas envie de revenir sur la guerre en Lybie et sur bien d’autres cas.

Parlant des dérives des forces de sécurité dans cette lutte, plusieurs rapports au Cameroun en ont fait écho. Il s’agit de diverses ONG qui abattent un travail remarquable dans des conditions très difficiles. C’est le cas aussi de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés. Dans ses rapports de 2014 et 2015, sur l’état des droits de l’homme au Cameroun, elle critique vertement notre armée. Et donne avec chiffre à l’appui des cas de disparitions forcées et de décès en détention. Ces rapports sont rarement ou difficilement commentés dans les médias de même que sur les réseaux sociaux. Pourtant ils sont tout aussi crédibles. Et servent parfois de document de travail aux organisations comme Amnesty. Il est donc impérieux pour nous de faire confiance aux ONG locales. Car elles font un boulot tout aussi exceptionnel, malgré leurs moyens limités.


Réflexions autour du cirque diplomatique dans le golfe

L’escalade diplomatique en cours dans le golfe persique a suscité la curiosité de l’observateur que je suis. Les événements dans cette partie du globe étonnent à plus d’un titre. Primo dans leur déroulement. Secundo, dans les doléances du front anti-Qatar.

Vue de Dora
Le Qatar s’attire toujours les foudres de ses voisins

 

Petit rappel chronologique

Selon les médias, divers éléments ont conduit à la crise actuelle entre l’émirat qatari et ses voisins. Tout commencerait par un piratage de l’agence de presse officielle du Qatar par une « entité inconnue ». De fausses déclarations auraient donc été attribuées à son émir. Il aurait complimenté l’Iran et apporté son soutien aux Frères musulmans. Ces déclarations sont reprises en boucle dans les médias du golfe. En dépit des démentis du Qatar qui par ailleurs ouvre une enquête pour déterminer les origines du piratage. S’en suit alors une passe d’armes entre les différents ministres des affaires étrangères. Et le 5 juin dernier, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, Bahreïn et l’Egypte rompent leurs relations diplomatiques avec Doha. Accusé de soutenir le « terrorisme ».

Cette mesure est suivie par une suspension des échanges terrestres, aériens et maritimes. Des compagnies comme Qatar Airways, Etihad, Fly Dubaï et Emirates annoncent la suspension de leurs vols. Ce n’est pas la première crise dans le golfe. En 2014, l’Arabie Saoudite, les Emirats et Bahreïn avaient rappelé leurs ambassadeurs à Doha. Ces pays lui reprochaient déjà ses liens avec les Frères musulmans et ses ingérences dans les affaires du golfe.

Les doléances du front anti-Qatar

En vue de la désescalade, le front anti-Qatar a émis 13 points. Une liste de conditions auxquelles doit se conformer l’émirat gazier. Si ce dernier s’y pliait, il abandonnerait du même coup sa souveraineté. Des 13 conditions édictées, par les monarchies pétrolières, une seule a retenu notre attention. Il s’agit de la sixième qui intime au Qatar de fermer Al Jazeera et ses stations affiliées. Ceci renseigne à suffisance l’influence des médias sur les relations interétatiques.

Symbole d'Al Jazeera
La chaîne qatarie serait l’un des facteurs de la crise

 

Basée à Doha, Al Jazeera est lancée en 1996. Elle vise à rompre la mainmise des Saoudiens sur le paysage médiatique international arabe. A briser le contrôle des gouvernements arabes sur l’information nationale. Et donc à libéraliser ce paysage médiatique. C’est l’objectif déclaré par les nouveaux dirigeants qataris. Elle est diffusée dans plus de 40 pays à travers le monde. Principalement du Proche-Orient. Pour près de 50 millions de téléspectateurs. La chaîne s’est illustrée par la diffusion des enregistrements d’Oussama Ben Laden. Et par sa présence lors des bombardements américains en Afghanistan. Elle est par ailleurs la seule chaîne présente sur le théâtre des opérations. Al Jazeera dispose de bureaux dans les pays influents. Et se positionne comme le porte étendard de la politique extérieure de Doha. D’où la volonté de ses voisins de la museler.

Le gouvernement saoudien a annoncé la fermeture de ses bureaux sur leur sol. L’Egypte et les Emirats Arabes Unis ont bloqué l’accès à son site internet. En souhaitant  la fermeture d’Al Jazeera, les monarchies du golfe veulent priver Doha d’un puissant instrument d’influence. Et de contrôle des masses. Il ne fait aucun doute que la chaîne qatarie a atteint le but qui lui était assigné à sa création. Elle l’a même largement dépassé. Car elle jouit dans le monde arabe d’une « véritable hégémonie médiatique ».

Et l’Afrique…?

Le président guinéen Alpha Condé a offert sa médiation pour résoudre la crise dans le golfe. Il agissait également en tant que président en exercice de l’Union Africaine. Il l’affirme dans une lettre au Roi d’Arabie Saoudite datée du 11 juin 2017. Cette initiative peut être louable, même si ce n’est pas où j’attendais un dirigeant subsaharien.

Nos hommes politiques devraient tout mettre en œuvre pour avoir des médias influents. A l’instar des médias occidentaux (RFI, CNN, BBC…) ou du golfe (Al Jazeera, Al Arabiya…) pour ne citer que ceux-là. La gestion d’un pays, des masses passe par le contrôle des flux d’information. Elle est incontournable notamment dans un monde où elle circule avec une vitesse considérable. Il est donc impérieux pour nous Africains de contrôler les informations qui circulent sur le continent. Ceci évitera à nos dirigeants de pleurnicher à tout moment. Surtout lorsque les médias « internationaux » publient des informations à charge.

 


Quand un chef d’Etat appuie sur le bouton ‘’déranger’’ !

La récente interview du Président tchadien Idriss Deby Itno continue de soulever des vagues dans l’opinion publique. Nous voulons poser ici un regard inquisiteur sur les déclarations de l’homme fort de N’Djamena.

Un président très disponible !

Il ne fait aucun doute que le numéro 1 tchadien est toujours disposé à s’adresser à la presse. Contrairement à certains de ses paires d’Afrique Centrale et surtout au président camerounais , surnommé le sphinx en raison de son silence légendaire. Ce dernier constituant à lui seul ‘’35 ans d’énigmes’’. Idriss Deby est également connu comme une personnalité ne faisant pas dans la langue de bois. Une tactique chère aux dirigeants subsahariens. Plus précisément de la partie francophone. Éludant ainsi toute question sérieuse ou renvoyant les réponses au calendrier grec.

L’on se souvient il y a peu, le président tchadien a fait diverses critiques à l’encontre de ses ‘’partenaires’’. Envers les responsables de la campagne foireuse qui a ‘’démocratisé’’ la Lybie. Et face à la question épineuse du FCFA dont même un nouveau-né imagine qu’elle est une monnaie factice. Son interview a donc logiquement aiguisé notre appétit.

La France ! La France ! Et toujours la France !

Répondant à une question sur les relations franco-africaines, le président tchadien émet un vœu pieux. Il affirme : nous devons avoir « désormais des relations amicales basées sur des intérêts réciproques. (…) Nous ne pouvons plus avoir des relations de maître à élève ou de maître à sujet ».  Pour ce qui est du FCFA, il maintient la volonté d’une renégociation des accords monétaires avec Paris. Et estime que la balle est dans le camp des dirigeants africains. Il critique sévèrement la présence de trois Français au conseil d’administration de la BEAC. Ceux-ci détenant même le droit de veto. « Où est notre souveraineté monétaire ? Comment voulez-vous que l’Afrique se construise ?» questionne-t-il. Quand même étonnant pour un chef d’Etat.

Sur la durée au pouvoir et de la limitation des mandats présidentiels, Idriss Deby dégaine : « Je ne suis pas un homme heureux ! Ma jeunesse s’est faite dans la guerre et au sortir de la guerre j’ai cette responsabilité – de gérer le pays ! J’aurais souhaité m’arrêter en 2006 après mon second mandat. J’aurais alors cédé le pouvoir ! La France est intervenue pour changer la constitution ! J’ai dit que je ne voulais pas changer la constitution, mais ils sont passés par leurs ‘’arcanes’’ !» Dixit l’homme fort de N’Djamena. Qui affirme aussi que « Le jour où le peuple tchadien me dira de partir, je partirai » ! Ouf !

La salle d'interview
Le président tchadien et les trois journalistes

Éternelle diversion…

Il faut tout de même relever la franchise ou la sincérité d’Idriss Deby. Il reconnaît dans cette interview avoir fait de très mauvais choix. Surtout dans la gestion de la rente pétrolière, première pourvoyeuse de fonds du pays. Il note également les erreurs, voire la naïveté du gouvernement tchadien dans la conclusion de certains accords concernant le brut. C’est rare de voir un dirigeant d’Afrique Centrale faire ainsi son mea culpa. Chez nous au Cameroun par exemple, quand tout va bien, c’est grâce à la dextérité du Chef de l’Etat. Mais lorsque rien ne marche c’est la conjoncture internationale qui est mise en cause. Même lorsqu’il s’agit de détournement de deniers publics et de corruption.

Sur l’ensemble des points que nous avons relevé, on note que le président Deby vole de diversion en diversion.

  • Sur les relations franco-africaines, si les leaders africains se disent réellement libres et indépendants. Ils savent ce qu’ils doivent faire.
  • Sur la question du FCFA, monnaie dénoncée même par les politiques en France, une révolution n’est pas impossible. Mais elle doit être portée par les dirigeants africains. Sur ce sujet, ils auront toujours le soutien de leur peuple.
  • Sur la limitation des mandats et la durée au pouvoir, une question. « Avez-vous été forcé à vous représenter aux élections » ?

Excellence Monsieur le Président, cette fois, vous avez appuyé sur ‘’déranger’’ !


De l’agriculture au numérique : quelques observations sur les priorités de l’heure au Cameroun

Ranch de Ndawara
Plantation de thé au Cameroun

Dans la lutte contre le chômage et pour l’auto-emploi des jeunes, le gouvernement au Cameroun mise sur le secteur primaire et sur le numérique. Cependant, ce discours soulève diverses interrogations. Notamment l’intérêt porté par les gouvernants sur ces deux secteurs d’activité.

Bilan de l’agriculture 6 ans après le comice d’Ebolowa

En janvier 2012, la presse camerounaise révèle que plus de 700 tracteurs sont abandonnés dans la broussaille à Ebolowa. L’information aurait pu passer inaperçue. Mais il s’agissait de l’une des promesses phares du gouvernement au terme du comice tenu un an plus tôt. Ce dernier avait annoncé la construction d’un complexe industriel d’assemblage de tracteurs. Fruit d’un partenariat avec des investisseurs indiens. Le tollé soulevé par cette découverte a suscité la réaction des autorités. Elles ont aussitôt dépêché une mission sur place afin d’évaluer la situation. Cinq ans plus tard, l’usine est fonctionnelle.

Au terme du comice d’Ebolowa, le secteur primaire est confronté aux mêmes difficultés que par le passé. La principale étant (selon moi) l’enclavement des bassins de production. Situés généralement loin des grands centres urbains, ils sont difficilement accessibles. Surtout en temps de pluie. Cependant, de nombreux Camerounais ont retroussé leurs manches et remuent la terre. Certains n’ont pas attendu le comice pour se lancer dans l’agriculture. Ils diversifient les productions agricoles et boostent les exportations vers les pays voisins (Nigéria, Guinée Equatoriale, Gabon).

La seconde difficulté du secteur agricole que je pourrai relever est le faible niveau de transformation. Or, comme nous le savons, le trésor réside dans l’industrie. Donc dans l’agro-industrie. Celle-ci renvoie aux secteurs parallèles dont le papier, le cuir, le textile, les huiles essentielles, le tabac. Au Cameroun, la majorité des agro-industries est détenue par des investisseurs étrangers. Les locaux ont compris l’importance de ce secteur et s’y lancent. Cependant, les petits agriculteurs ou les producteurs indépendants éprouvent d’énormes difficultés. Ils ne disposent pas du matériel adéquat et de l’expertise nécessaire pour améliorer leur système de production. De nombreuses formations sont offertes dans ce sens, notamment par des experts exerçant dans le privé. La dernière difficulté que j’évoquerai est l’usage des techniques de production archaïques.

Tracteur agricole
La mécanisation de l’agriculture est lointaine

 

L’économie numérique : nouvel eldorado ?

En fin d’année 2015, dans son discours à la nation, le président camerounais incitait les jeunes à s’investir dans le numérique. Il affirmait que le gouvernement mettrait tout en œuvre pour viabiliser ce secteur très prometteur. Comme à l’accoutumée, toute la presse, les hommes politiques et les autres acteurs sociaux se sont rués vers cette expression. ‘’Economie numérique’’ était cuisinée à toutes les sauces. L’on vantait Bill Gates, Mark Zuckerberg, Alain Nteff ou encore Arthur Zang. Le thème a même fait l’objet d’un sujet d’économie pour un concours administratif l’année suivante.

Nul ne doute que le numérique est un secteur d’avenir. Son incidence sur l’employabilité des jeunes, la croissance et les finances d’un Etat ne sont plus à démontrer. L’innovation numérique alimente la dynamique d’innovation dans tous les autres secteurs d’activité. D’où le choix porté sur elle par tous les pays du monde et par ricochet par le Cameroun. Toutefois, certains préalables doivent être pris en compte. Il s’agit tout d’abord de la qualité et du coût de la connexion internet.

Ordinateur portable
Le numérique génère des revenus et la croissance

 

Début 2016, une polémique a secoué le monde d’habitude très calme de la téléphonie mobile au Cameroun. Les compagnies se disputaient l’exclusivité de la licence 4G. Considérée comme l’internet le plus rapide. À grand renfort de spots publicitaires, il fallait convaincre le consommateur. Ce dernier semblait perdu devant ce spectacle. Plus d’un an plus tard, on remarque que la connexion internet n’est pas à la portée de toutes les bourses. En outre, plus on s’éloigne des grands centres urbains, plus elle devient chancelante. Ceci peut être préjudiciable pour les start-ups.

Au Cameroun, on remarque aussi un oubli de la Silicon Mountain. Située à Buéa, au pied du Mont Cameroun, elle est le berceau de l’économie numérique dans le pays. Composée de start-ups, de communautés, de développeurs, elle est incontournable en ce qui concerne le numérique au Cameroun. Mais elle semble ignorée par le gouvernement. Et a subi de plein fouet la coupure de l’internet ordonnée par ce dernier en début d’année. Pourtant, en dotant la Silicon Mountain d’infrastructures et de financements adéquats, les gains seraient importants. On aura plus besoin d’organiser des colloques à coût de milliards pour inciter des investissements étrangers alors qu’on peut les avoir en interne.

Façade d'une industrie
Nous avons plus besoin d’industries que de discours

Voir (un peu) plus loin…

En écrivant ce papier, je n’avais nullement l’intention d’accabler notre gouvernement. Chose très difficile à faire. Je ne saurai omettre les solutions aux problèmes soulevés plus haut. Nous avons plus que besoin d’usines d’assemblage d’ordinateurs et autres matériels électroniques. Ce qui accentuera la lutte contre le chômage et favorisera le transfert de technologie. Vœu pieux dans le discours des présidents africains. On évitera aussi la sortie des capitaux pour l’achat du matériel électronique et des composants qui seront disponibles sur place. Les polémiques nées de l’offre d’ordinateurs portables aux étudiants à travers un partenariat chinois n’auront plus lieu d’être.

La mesure sus-évoquée peut également être appliquée au secteur agricole. Il ne faudra cependant pas commettre les mêmes erreurs qu’ailleurs. Les conséquences de l’agriculture intensive sont observées dans les pays agricoles. L’usage des engrais et des pesticides montrent de plus en plus leur limite. Leur impact sur la santé des humains et sur la nappe phréatique a été démontré. Il est donc nécessaire de favoriser une agriculture respectueuse de l’écosystème. Une agriculture qui en outre nourrira l’industrie et sortira les seigneurs de la terre de la paupérisation.


A la découverte des blessés de guerre au Cameroun

Un blessé de guerre en larme
Un homme en larmes

Dans mon précédent papier https://samuelsufo.mondoblog.org/2017/05/18/linfluence-negative-pantheres-jeunes/ , j’évoquais au dernier paragraphe les ‘’blessés de guerre’’ . L’expression est certes commune pour beaucoup d’entre vous, mais il est important de la situer dans notre contexte. Les blessés de guerre sont des personnes qui ont connues des déceptions en amour. Déceptions qui sont multiples et diverses. Celles-ci sont très souvent douloureuses et laissent des tâches plus ou moins indélébiles. Ce qui est intéressant ici, ce ne sont pas les déceptions en tant que telles. Mais la conception ‘’matérialiste’’ de l’amour.

Casque d'un blessé de guerre
Casque de soldat au milieu de roses

L’amour comme un champ de bataille

L’un des sujets de conversation qui fait toujours crépiter les claviers des internautes dans mon pays c’est l’amour. Si l’on oriente les débats sur la gratuité ou non de celui-ci, les protagonistes se déchaînent. Mêlant parfois émotion, humour et expérience. Généralement, ces disputes tournent au pugilat de la gent féminine. Cette dernière se défendant tant bien que mal face aux arguments adverses.

Mais il est un fait incontestable chez nous : l’amour est devenu un champ de bataille. Lieu où s’affrontent les deux tourtereaux et leur entourage qu’on peut qualifier de ‘’staff technique’’. Et si l’on fait recours à un champ de bataille ; l’intérêt, l’objet de l’affrontement est incontournable. Du temps de nos aïeux, l’amour était gratuit, ‘’njôôh’’. Le seul intérêt dans une relation était le bonheur du couple, au prix des sacrifices consentis par les deux partenaires. Au 21ème siècle, tout ceci a changé. L’intérêt certes demeure, mais il est tout autre. On aime pour les biens matériels, pour le compte bancaire, bref pour notre satisfaction personnelle.

Pendant longtemps, on a accusé les femmes de faire dans ce registre. C’étaient des accusations à tort car l’on se rend compte qu’elles ont été rattrapées depuis par les hommes. Ces derniers sont de véritables caméléons au verbe mielleux. Tout comme les dames, ils ne lésinent sur aucun moyen pour atteindre leur but dans une relation. L’amour devient donc une scène de combat où chacun des soupirants fourbit des armes démesurées pour sortir gagnant. Certains empruntent de l’argent et des vêtements. D’autres se décapent et deviennent méconnaissables. Dans des mises en scène subtiles et ubuesques quelques fois, les amoureux se complimentent, ricanent. Sachant pertinemment ce qui est en ligne de mire.

Caractéristiques du blessé de guerre

La patience

C’est la première et la caractéristique fondamentale des blessés de guerre. Comme des fauves étudiant leurs proies de loin, ils ont calmes, posés. Ils sont persévérants, savent faire face à l’adversité et supportent toutes les humiliations. C’est une vertu très appréciée chez eux et qu’ils ne cessent de cultiver au gré des expériences.

L’infidélité

Les blessés de guerre sont par essence infidèles. Prenant appui sur leur passé, ils mènent une double, voire une triple vie. Ainsi, les hommes multiplient les conquêtes et deviennent de véritables ‘’Don Juan’’ ou des ‘’Mongo Faya’’. Ils ‘’tirent sur tout ce qui bouge’’ selon une formule camerounaise. Les dames quant à elles se procurent des ‘’roues de secours’’. C’est-à-dire un ou plusieurs hommes prêts à remplacer leur partenaire en cas d’absence de ce dernier. C’est de cette façon que de nombreux Camerounais justifie leur infidélité. Cette dernière devenant presque un phénomène de société.

La méfiance

Les blessés de guerre sont très méfiants. Ils doutent de tout en ce qui concerne l’amour et se fient rarement à leur conjoint. Leur adage favori est : « La confiance n’exclut pas la méfiance ». Phrase qu’ils répètent comme un verset biblique lorsqu’on leur fait la cour. Par conséquent, lorsque vous être en couple avec un blessé de guerre, vous êtes surveillé. Tous vos pas, vos gestes sont scrutés à la seconde près. Vos appels, vos messages sont passés au peigne fin. Et en cas de forte suspicion, vous subissez un interrogatoire musclé, semblable à ceux réalisés par les services de sécurité.

La mesquinerie

Même s’ils essaient de camoufler ce défaut, la mesquinerie est la marque de fabrique des blessés de guerre. Ils sont très chiches. Ne tentez pas un seul instant de leur lancer ça au visage car ils ne supportent pas de l’entendre. Ils n’offrent jamais de cadeau. Ils attendent, attendent et attendent encore que vous le fassiez. Et si vous omettez de le faire, c’est une litanie de reproches qui atterrit sur vous. « Jean, depuis que nous sommes ensemble, tu ne m’as jamais fait de cadeaux » ! « Yvette, tu dis que tu m’aimes, mais tu ne m’as jamais rien donné » ! Ou alors, votre nom est trainé dans la boue chez des amis. « Le gars-là est dur comme le fer, un chichard comme ça » ! « La fille-là est avare, je regrette même d’être avec elle hein » !

Le désir de vengeance

La devise des blessés de guerre c’est la loi du talion. Leur obsession est de répliquer ce qu’ils ont subi sur quelqu’un d’autre. Ceci s’explique par le fait qu’ils se considèrent toujours comme des victimes ; même s’ils sont fautifs. Ils se disent dans leur for intérieur : « Il/Elle va me sentir. Pas ce que l’autre là m’a fait la dernière fois » ! Ils conçoivent de ce fait un plan (diabolique) pour assouvir leur vengeance. Et au cas où celui-ci ne fonctionnerait pas, ils insistent, insistent. Et finissent par péter les plombs lorsqu’ils font face à un partenaire rusé à la Bugs Bunny ou le geococcyx dans les cartoons américains.


L’influence (négative) des panthères sur les jeunes de mon pays

Les panthères
Très discrètes, les panthères sont vicieuses

Ah ! Les panthères ! Pas un jour sans parler ou entendre parler d’elles !
Un beau matin de mars dernier, alors que les rayons du soleil commençaient à frapper mon cuir chevelu, je me suis assis au comptoir de la vendeuse de beignets de mon quartier yaoundéen. C’est un rituel pour les habitants du coin. Prendre son beignet-haricot-bouillie avant de vaquer à ses tâches quotidiennes. C’était un samedi et l’endroit était bondé de monde. Ce qui n’est pas le cas les autres jours de la semaine.

Il y avait là des adolescentes communément appelées « petites sœurs » dans le jargon local. Elles parlaient de l’amour, sujet de conversation qu’elles tiraient dans tous les sens. J’ai failli avaler mon beignet chaud de travers lorsque l’une d’elle a déclaré :

« Tantine Sidonie nous dit souvent de ne pas faire confiance aux hommes. Qu’ils sont méchants et dangereux » !

Avant de continuer son matraquage de la gent masculine :

« Elle dit qu’ils font souffrir les femmes. Que nous devons leur montrer le feu ! »

Comme moi, tous les mâles présents étaient atterrés par ces élucubrations. Mais nous sommes restés calmes. L’adolescente a décrit sommairement sa « Tantine Sidonie », ainsi que l’entourage de cette dernière. Il n’y avait aucun doute : c’était des panthères, comme les ont dépeint Florian Ngimbis et Ecclésiaste Deudjui il y a quelques années sur cette même plateforme.

Hommage aux panthères

Avant toute chose, je voudrais rendre un hommage mérité aux panthères. Je sais! Vous vous demandez pourquoi leur faire un tel honneur. Je m’explique. Les panthères font un véritable travail de Sisyphe. Faire craquer un homme, se faire offrir des cadeaux chics, le ruiner et quelques fois détruire sa famille, tout ceci en un temps relativement court. Et le cycle recommence avec quelqu’un d’autre. Et ainsi de suite… Il faut en être capable.

Les panthères ont une capacité d’adaptation et de mutation rarement observée chez des êtres humains. Quelque soit l’homme qu’elles veulent, elles le feront succomber. « Qu’il monte ou qu’il descende » ! Elles sont de grandes consommatrices d’argent et de luxe. Elles ont généralement une grande gueule. La langue de bois n’est pas leur affaire. C’est le jour où l’une d’elle t’engueule que tu peux regretter d’être venu au monde. Enfin, comme le phœnix, elles renaissent de leur cendre. Autrement dit, elles savent rebondir en dépit des échecs cuisants ; d’où elles ressortent ragaillardies. Pour tout ceci, elles méritent plus que jamais notre respect.

Les panthères
Les panthères sont très charismatiques et enviées

 

Les panthères, nouveaux modèles de réussite

Les quelques minutes de causerie des adolescentes que j’ai évoqué plus haut sont très édifiantes. L’éclosion de ‘’bébés panthères’’ n’est pas un fait de hasard chez nous. Jadis, nos gamines avaient pour modèles Elisabeth Tankeu, Yaou Aïssatou, Marie-Madeleine Fouda ou encore Françoise Mbango. Ça, c’était dans le passé. Avec l’influence de la culture occidentale et l’aide des télénovelas, leurs icônes sont devenues leurs voisines, cousines ou « grandes-sœurs ». Celles-ci les polluent le cerveau avec leurs escapades en boîte de nuit, dans les hôtels huppés ou dans les cités balnéaires. On assiste dès lors à l’essor de nouvelles références dont je préfère taire les noms. Elles sont célébrées sur Facebook. Vénérées sur WhatsApp. Adulées sur Snapchat. Déifiées grâce aux ressources financières qu’elles possèdent et dont l’origine est problématique.

Moulées dans un tel environnement, les jeunes filles craquent littéralement. Sous l’influence de leurs aînées, elles veulent brûler les étapes. Elles veulent rapidement posséder le téléphone ou la tablette dernier cri. Elles rêvent de devenir célèbres. Quels que soient les moyens et les conséquences. Et quand bien même celles-ci surviennent, elles rebondissent comme leurs aînées.

Chères panthères, encadrez nos enfants autrement !

C’est un secret de polichinelle que de dire que les Camerounaises ne croient plus en l’amour. Quand vous leur parlez de romantisme, elles répondent sèchement : « ça c’était avant » ! Très peu d’adolescentes connaissent les poèmes de Patrice Kayo et de Paul Dakeyo. Lorsque vous leur déclarez votre flamme, elles répliquent : « c’est ça qu’on mange » ? Nos gamines lient l’amour à l’argent et aux biens matériels. C’est l’une des plus grandes dérives de notre société.

Je peux comprendre que la majorité de nos panthères soient des « blessées de guerre ». Mais de grâce, qu’elles n’incitent plus nos adolescentes à leur emboîter le pas ! Nous avons tous besoin de quelqu’un pour nous tenir la main. Pour nous relever quand tout va mal. Pour nous indiquer le chemin dans nos doutes. C’est le rôle que doivent jouer les panthères auprès de nos adolescentes. Elles doivent leur conseiller des modèles. De lire. Se cultiver. Se former. Et d’aimer.

Cessez de ‘’panthériser’’ nos enfants !


Les tourments des (futurs) locataires dans la ville de Yaoundé au Cameroun

Logement fait de matériaux provisoires à Yaoundé
Logement fait de matériaux provisoires

S’adapter tant bien que mal ! Tel est le crédo des habitants de la ville de Yaoundé face aux difficultés d’accès aux logements.

 

C’est un secret de polichinelle que de dire qu’il est impossible de trouver un logement décent et à un prix acceptable dans les grandes villes du Cameroun. Posez la question aux habitants de Yaoundé et de Douala et vous verrez. Pour notre  papier, nous nous intéresserons à la ville de Yaoundé; cité aux sept collines.

Une descente dans le quartier estudiantin de « Bonass » à Yaoundé permet de voir l’état de certaines mini-cités. Les occupants doivent lutter contre les rongeurs et les eaux de pluie, sans oublier l’état des toilettes, généralement qualifiées de ‘’traditionnelles’’. Si ces mini-cités sont construites pour l’essentiel en matériaux modernes elles semblent se dégrader au fil des années. Elles subissent rarement des travaux de réaménagement et croulent sur le poids de l’âge. Ce qui n’inquiète guère les propriétaires qui n’ont d’yeux que pour leur argent. Soucieux de leurs études, les étudiants restent sans voix devant le spectacle délabrant de leur milieu de vie. Pourtant de grandes personnalités ont fait les bancs et ont vécu dans cette partie de la ville qui côtoie l’Université de Yaoundé I. Le spectacle n’est guère reluisant dans les autres quartiers de la ville.

Le coût des loyers

Le prix des logements est certes réglementé selon des spécialistes. Mais c’est tout autre chose qui se passe sur le terrain. Il existe une grille de prix qui varie généralement en fonction du standing et du quartier dans lequel se trouve le logement.Pour ce qui est du standing, une distinction est faite entre simple et moderne. Le terme ‘’simple’’ ici renvoie surtout à l’état du logement. Il s’agira d’une chambre avec la douche à l’extérieur ou d’un studio constitué de deux pièces (salon + chambre) avec la douche aussi à l’extérieur. Dans ce cas, vous aurez l’eau courante chez le bailleur ou à une borne fontaine située tout près. Le second terme ‘’moderne’’ indique une chambre avec douche à l’intérieur, parfois un petit coin pour la cuisine. Mais aussi un studio de trois à quatre pièces (salon+chambre+cuisine+douche). Ici vous avez accès à l’eau courante ; pas besoin de se déplacer.

Quant aux quartiers, un logement à Bastos (Ekoudou), Ntoungou Golf, Mfandena, Ngousso, Biyem-assi coûtera plus cher qu’un autre à Rue Manguier, Madagascar, Tsinga Elobi ou encore Ekounou. Ces deux listes sont loin d’être exhaustives. Les quartiers Bastos et Ntoungou Golf abritent plusieurs missions diplomatiques. Ce qui explique que le prix des logements y soit très élevé car ce sont des quartiers accessibles et très sécurisés. Qui ne rêve pas de résider dans le périmètre de l’Ambassade des États-Unis d’Amérique à Yaoundé ? Dans ces deux quartiers, le prix d’un studio oscille très souvent entre 80 000 FCFA à 180 000 FCFA mensuels et 150 000 FCFA à 300 000 FCFA pour ce qui est des appartements, tous haut-standing.

Mfandena et Ngousso sont aussi accessibles. Ainsi que Biyem-assi qui est par ailleurs l’un des quartiers les plus populaires de la capitale. Dans ces quatre derniers quartiers, les prix sont abordables. On peut trouver des studios à 45 voire 50 000 FCFA à Biyem-assi et Ngousso et des appartements de 70 000 FCFA à 120 000 FCFA. Le deuxième groupe de quartiers que j’ai cité peut être considéré comme des quartiers modestes. Même si on y trouve quelques somptueuses villas et des immeubles comme par exemple à Madagascar ou à Rue Manguier. Dans ces quartiers les prix des logements sont abordables : 30 000 FCFA à 40 000 FCFA pour un studio et 50 000 FCFA à 70 000 FCFA pour un appartement.

 

Bâtiment d'un logement social à Yaoundé
Bâtiment d’un logement social. Source: https://cameroun-online.com/sites/default/files/styles/image_790_x_420/public/field//camp_sic.jpg?itok=nmvb_QyB

 

Se loger: véritable casse-tête!

Le déficit de logement dans la ville de Yaoundé est sérieux. Le gouvernement semble y avoir apporté des solutions avec la construction de logements ‘’sociaux’’ dans les quartiers d’Olembe et de Mfandena. Mais ceux-ci sont chers et insuffisants pour résorber ce problème ; pour une ville qui compte plus de 2 millions d’habitants. Les Yaoundéens se rabattent sur les quartiers situés à la périphérie de la ville. Ils sont le nouvel eldorado pour les promoteurs immobiliers. Nkozoa, Olembe, Nyom, Nkolfoulou, Simbock, Mbadoumou, Ahala, Messamendongo, Minkan, Nkoabang et bien d’autres sont pris d’assaut par les jeunes travailleurs. On peut évoquer également les villes de Soa et de Mfou qui sont proches de Yaoundé.

En plus, il faut jouer avec la moralité douteuse de certains agents immobiliers qui sont des arnaqueurs. J’ai en mémoire l’image de l’un de mes aînés qui s’est fait escroqué plus de 400 000 FCFA représentant quelques mois d’avance de loyer pour un appartement qu’il n’a jamais occupé. L’agent immobilier n’a jamais été retrouvé. Les cas d’arnaque sont fréquents et sont le fait de personnes qui affichent mille et une pancartes dans les carrefours de la ville sur lesquelles on peut lire : « Chambres, studios, appartements à louer ». L’autre problème auquel se heurte le jeune chercheur de logement est le montant des avances de loyer et des cautions. Certains propriétaires demandent jusqu’à 8 mois d’avance. Ce qui est exorbitant pour des jeunes actifs qui n’ont d’autres choix que de recourir à l’emprunt pour intégrer un logement.

C’est par ici le chez moi


Je t’ai attendue à l’arrêt taxi, mais tu n’étais pas là!

De tout ce regard, tu n'étais vraiment pas là!
Poste Centrale-Yaoundé

Aujourd’hui, tu n’étais pas là
J’ai regardé à gauche, à droite
Je t’ai cherchée du regard
J’étais inquiet de ne pas te voir

Je t’ai attendue à l’arrêt taxi
J’étais impatient de te voir sourire
Je voulais contempler ton joli kaba
Admirer tes ballerines de velours

Mais tu n’étais pas là
J’ai regardé à gauche, à droite
Je t’ai cherchée dans mes pensées
Je t’ai fouillée dans tout le carrefour

Je me suis assis près de la vendeuse de beignets
Sachant que tu viendrais lui faire la recette
Je voulais t’entendre lui parler
Je voulais suivre le son de ta voix

Et tu n’étais pas là
J’ai regardé à gauche, à droite
J’ai croisé mes doigts
J’ai invoqué mes aïeux

J’ai attendu une demi-heure
Je me suis levé, je me suis assis
Je me suis levé à nouveau, je me suis assis
La fumée dévorait mes yeux

Car tu n’étais pas là
J’ai regardé à gauche, à droite
J’étais rongé par la douleur
J’étais secoué par la rancœur

J’étais impatient de te voir lui sourire
Je voulais contempler vos alliances
Je voulais vous entendre vous complimenter
Je voulais vous voir heureux

Mais tu étais absente
Je t’ai cherchée partout
J’étais effrayé de ne pas te voir
J’avais peur de ne plus jamais te revoir

Peut-être avez-vous enfin acheté
Ce véhicule dont vous rêviez
Pour simplifier vos déplacements
Comme le font tous les amants

Parce que tu étais absente
Je t’ai attendue en vain
Peut-être tu ne viendras plus
Tu ne souriras plus

Tu n’éblouiras plus mes aubes ?
Tu n’alanguiras plus mes journées ?
Tu ne prendras plus tes beignets ?
Tu ne viendras plus à l’arrêt taxi ?

Je le dis parce que ce matin tu étais absente
Je t’ai cherchée partout
Espérant te dire bonjour
Comme j’espérais le faire un jour

J’ai attendu une demi-heure de plus
J’ai reçu une mise à pied
Car j’étais en retard au boulot
Mais ne pas te voir était le plus lourd fardeau

Tu étais absente
Je t’ai cherchée en vain
Était-ce un signe ?
Était-ce la fin ?

Toi seule pourrais répondre à ces questions
Mais aujourd’hui tu n’étais pas là
Et je t’attendrai encore demain
Pour enfin te tendre la main.