Dieretou

Noire, entre autres choses

S’il y a une chose dont elle était sûre, l’âge aidant, c’était qu’elle était elle, de la façon la plus implacable, assumée, affichée, impardonnable possible.


Des rêves et des doutes

Crédit : J, CC/flickr.com.

19h25. Je viens de rentrer. Je suis allongée sur mon lit, que ma mère a revêtu d’un drap fleuri quelques jours auparavant.


J’aimerais tenir mon téléphone à l’écart quelques minutes, pour reposer mes yeux. Il y a toujours un écran quelque part : téléphone, ordinateur, panneaux, tablettes, etc. Twitter, Facebook, Instagram, VDM, Slack, etc. C’est épuisant. Et c’est pourtant une férue des NTIC qui le dit. À force, je suis devenue myope plus vite que je ne le pensais.
Quelques minutes de répit, après une longue journée, qui ne durent pas longtemps. Mon téléphone sonne, c’est ma mère. Elle est à Paris en ce moment, elle est arrivée il y a trois semaines pour ma remise de diplôme. Je réponds. Nous discutons quelques minutes, de mes frères, de mon travail, de la journée. Je raccroche et soupire. La discussion s’est achevée sur : « ta cousine a eu un mari, sa mère vient de m’appeler, blablabla », je n’ai plus écouté la fin, mon esprit gambadait déjà vers d’autres contrées. Je réponds laconiquement : « c’est très bien ».

En fait, je n’en ai cure. Je suis fatiguée. Je dépense beaucoup d’énergie à faire preuve de résilience durant 24h : face à un collègue difficile, un commentaire peu agréable, une commande qui prend du retard, des refus, des ascenseurs émotionnels, etc.
Je suis épuisée de devoir gérer des humeurs mais aussi pleine de doutes quant à la vie et sur la suite.

Ça y’est, les études se sont terminées ce juillet. Elles auraient dû être finies deux ans plus tôt, mais j’ai fait une seconde licence finalement. La sociologie vers laquelle je m’étais tournée tout à fait par hasard à Toulouse, m’avait fascinée. Et je suis une jusqu’au-boutiste.
La suite de la vie adulte me rend anxieuse.

J’ai 25 ans et je m’apprête à en être une à temps plein.

Et être adulte signifie qu’on doit assurer : avoir la bonne attitude au bon moment, assumer ses responsabilités. On dira de moins en moins pour excuser mes fautes : « elle est jeune, c’est pour ça ». Être une femme adulte, c’est deux fois plus dur : la société veut que vous soyiez un peu cet être hybride : l’épouse, la mère parfaite et la Working girl qui démolit tout sur son passage. J’espère, sans trop me faire d’illusions, ne pas avoir à choisir.
À l’arrêt de bus tout à l’heure, j’ai eu une pensée furtive : quel type de femme serai-je à 45 ans? Je me situe à un virage qu’il faut négocier prudemment.

Je ne veux pas rater ma vie professionnelle, je veux être une femme qui réussit. Mais réussir comme moi je l’entends, pas selon les canons de la société.
Je veux exceller dans ce que je fais, être une communicante douée, qui fait et défait des images.
Sans chichis et de vous à moi, je suis consciente d’en avoir le potentiel. Il faut que je trouve le moyen de l’exploiter, de le tailler et de sortir de la torpeur qui m’a envahie depuis plusieurs mois. Je suis plus en retrait, plus en mode observation alors que je suis plutôt du genre à être une fonceuse.

Je ne veux ni me disperser, ni me gaspiller.

Mais des drames sont si vite arrivés. On prévoit des choses et tout est chamboulé. Peut-on d’ailleurs régler une vie comme du papier à musique ? J’en doute.

Crédit : David Robert Bliwas, CC/Flickr.com

Je n’aime pas être sens dessus dessous, je préfère avoir le contrôle sur le plus de choses possible. Je dois néanmoins admettre que j’ai fait des progrès : je mûris et je sais qu’on ne peut avoir la main sur tout. Je lâche prise plus facilement. J’ai bon espoir que je parviendrai à un niveau de sagesse tel que je saurai TOUT relativiser et toujours prendre du recul.

Un énième soupir m’échappe. C’est l’heure de la prière. Il faut que je me lève, que je me douche et que je fasse mes rakkats.

Mais je reste couchée, traîne des pieds, comme anesthésiée, comme vidée, en proie à des questions existentielles.

En même temps que je veux avoir une belle carrière dans mon domaine d’études, je voudrais tout abandonner pour rentrer en Guinée réaliser un rêve d’adolescente. Construire un immeuble sur deux étages pour commencer : y accueillir des filles qui fuient l’excision, les violences conjugales et les mariages forcés.

Je voudrais sillonner les routes du pays, m’arrêter à chaque village pour recueillir des bébés abandonnés et des femmes en difficulté, les accueillir dans cette structure et les aider à se reconstruire.
Faire de l’activisme social à temps plein, dans une structure gérée par mes soins et avec une hiérarchie et des codes de travail modernes. Car ce qui me gène le plus en Guinée, ce n’est ni les bouchons, ni le manque d’électricité ou encore les robinets secs, mais bien souvent l’attitude peu professionnelle de beaucoup et le manque de sérieux.

Ce foyer de l’espérance de femmes africaines en danger, d’abord en Guinée puis que j’aimerais dupliquer dans plusieurs pays, c’est un peu mon rêve africain.

Alors comment faire ? Par où commencer ? Vers qui me tourner ? Avec qui m’associer ? Je n’ai pas les réponses pour l’instant. Je prends donc mon mal en patience. D’abord une carrière, des économies, et plus tard on verra, on avisera…
On me repète souvent que j’ai une ambition d’homme. Je ne sais jamais si c’est dit comme un compliment ou non mais cela compte-t-il ?

Le plus important, c’est la mission, doublée de la volonté, celle de marquer positivement des vies, de mes contemporains ou de ceux qui suivront.


Déjouer les pièges de l’institutionnalisation de l’activisme

Marathon #RunForYourRights #1Km1Droit à Conakry, le 8 mars 2017. DR

Lorsque nous avions démarré le mouvement « Guinéenne du 21e siècle » en 2016, nous voulions innover dans la manière de lutter pour les droits de la Guinéenne.

En effet, mon reproche principal au Ministère guinéen de l’Action sociale et de la Promotion féminine ainsi qu’à toutes ces structures/ONG déjà existantes était qu’elles s’étaient trop laissées absorber par les journées « de formation, de sensibilisation », etc., au point que celles-ci s’additionnaient sans cesse, alors que sur le terrain, aucun changement réel n’était constaté. Des femmes mariées légalement sont répudiées sans pension alimentaire ni autre forme de procès, piétinant ainsi leurs droits. L’excision bat son plein, les mariages forcés, le lévirat et le sororat demeurent d’actualité et le patriarcat brille de mille feux en Guinée.

Moderniser les moyens de lutte

Si la sensibilisation et l’éducation restent des moyens clés et indispensables pour faire évoluer les mentalités, il ne faut pas que toute la lutte ne se résume qu’à cela, me suis-je alors dit. Je ne comprenais par exemple pas comment, avec l’avènement du numérique, on n’essayait pas d’inclure des médiums modernes tels que les médias sociaux dans ce combat de longue haleine. Aujourd’hui, en 2017, lancer une campagne avec un hashtag lorsqu’on milite pour quelque chose est devenu presque naturel en Guinée, mais cela n’a pas toujours été le cas. En 2015 par exemple, seule l’Ablogui procédait de la sorte, et de notre côté lorsque nous lancions #Guineennedu21esiecle, c’était l’une des premières campagnes féministes utilisant le canal digital dans le pays. Nous voulions bousculer les codes du 8 mars chez nous en lançant cette campagne numérique. Avant d’en faire un collectif à caractère résolument disruptif, nageant à contre-courant des procédés actuellement utilisés en Guinée. La façon douce longtemps mise en pratique par les ONG – caresser dans le sens du poil des machos, sexistes invétérés qui ne veulent pas renoncer aux privilèges qu’une société leur offre en attendant qu’ils changent d’eux-mêmes – ne m’intéressait pas.

À mes yeux, que le changement escompté vienne de la gent masculine guinéenne elle-même relevait d’une utopie qui ne disait pas son nom. Les femmes devaient plutôt arracher leur place à la sueur de leur front. Je voulais durcir le ton de notre collectif, générer une pression sur l’État pour qu’à terme, il soit par exemple obligé de pénaliser la pratique des MGF. Je voulais scandaliser l’opinion nationale par des actes osés que nous poserions, mais aussi à travers une médiatisation exacerbée des horreurs que subissent les Guinéennes. Choquer les gens au point que la société se réveille et réalise la laideur des conditions de vie des Guinéennes :

Et ce ne sont que deux classements parmi d’autres où la position de la Guinée fait froid dans le dos. En décembre 2012, six hommes avaient violé une étudiante de 23 ans alors qu’elle se trouvait dans un bus de New Delhi avec son petit ami. La victime est morte de ses blessures. Cette affaire avait révulsé le pays. Elle a permis en outre, de mettre au jour les violences subies par les femmes en Inde et l’indignation collective a abouti à des mesures prises par le gouvernement : formation du personnel de police, accusé d’être insensible, à mieux évaluer les plaintes reçues sans culpabiliser les victimes, augmentation du nombre de bus la nuit, plus de patrouilles de police sur les trajets très fréquentés par des femmes.

Je suis persuadée que dans certaines circonstances, il faut brutalement et de manière créative exposer la réalité pour provoquer un électrochoc en vue d’un changement. C’est ce qu’il s’est passé en Inde. La société civile et les structures de défense des droits de l’Homme ont savamment su « tirer parti » d’un acte odieux pour s’imposer sur l’État, et exiger des réformes avec vigueur. Elle ne s’est pas contentée de former, de sensibiliser à travers des manuels, elle n’est pas restée dans la théorie. C’est le sort que je veux pour le collectif Guinéenne du 21e siècle : être une organisation qui agit durablement.

Avec Guinéenne du 21e siècle, nous voulions sortir de ce conformisme de l’activisme féministe dans lequel les institutions en Guinée se complaisaient.

Mais la réalité est toute autre

Armées de bonne volonté, depuis la création du collectif nous avons mené plusieurs actions sur le terrain après la campagne numérique initiale qui nous a permis d’asseoir une certaine notoriété. Nous avons sensibilisé et éduqué (puisqu’il faut bien passer par là) via des ateliers de formation à Conakry, mais aussi des jeux éducatifs axés sur la culture du féminisme en Afrique avec des lots à gagner. Nous avons initié des campagnes contre le viol, aidé à collecter des fonds pour des personnes atteintes de cancer, notamment du cancer du sein. Nous avons joué la carte de la provocation en organisant un marathon intitulé #1Km1Droit en pleine capitale, où nous avons invité les Guinéens à se rappeler de leurs concitoyennes des zones rurales qui parcourent des dizaines de kilomètres pour avoir accès à de l’eau potable, à un dispensaire ou à une école, Guinéennes oubliées des politiques publiques. Il s’agissait de courir en ayant affiché sur son dossard le droit pour lequel on faisait ses kilomètres. Mme Sanaba Kaba, qui était alors ministre de la Promotion féminine, m’avait formellement demandée dans son bureau de ne pas organiser d’événement le 8 mars à Conakry mais de donner la priorité aux « activités initiées par le gouvernement ». Mais nous y sommes tout de même allées, le marathon s’est tenu, car notre but était d’interpeller le gouvernement, avec ou sans son accord.

Malgré ma volonté de rester le plus original possible pour intéresser les jeunes aux droits de la femme, je me suis rendue compte après un peu plus d’un an d’existence du collectif combien il est facile de basculer dans la face obscure du militantisme. En effet, si l’on n’y prend pas garde, on peut très vite se contenter de peu et donc de rien dans ce domaine qui nécessite pourtant de mobiliser des efforts considérables. Une formation donnée ici et là de temps en temps, des campagnes lancées quelques fois sur Facebook suffisent parfois à donner le sentiment du devoir accompli quand sur le terrain, des milliers de jeunes filles attendent qu’on fasse plus, mille fois plus pour elles. J’ai réalisé qu’il était très simple de devenir comme ces ONG à qui je reprochais avant leur inaction, archaïsme, institutionnalisme et lourdeur. Ces ONG pour qui quelques apparitions à la télé et quelques accords signés avec le ministère de la femme et de l’enfant autour d’une mission ponctuelle donnaient la latitude de se targuer de faire avancer les choses sur le territoire.

Lorsque j’ai été élue à la tête du collectif, je me suis promise que Guinéenne du 21e siècle ne serait pas une énième ONG ou association pour les femmes à rejoindre le tas, mais que le collectif se démarquerait par son originalité, sa capacité à fournir des solutions pérennes et à les matérialiser.

Aujourd’hui, lorsqu’on veut lancer une action précise, on pense aussitôt à sa déclinaison digitale. C’est une excellente chose mais je pense qu’il faut aller plus loin. Il y a quelques mois par exemple, un de nos membres voulait démarrer une campagne digitale pour un sujet qui faisait l’actualité et passionnait les foules. Après lui avoir demandé quel était son objectif final en réalisant une telle action,  la jeune femme m’a répondu qu’elle voulait emmener le gouvernement guinéen à agir. Je m’y suis opposée car la campagne numérique n’était pas le meilleur moyen pour cela, et que cette action aurait mobilisé de l’énergie dépensée inutilement. Il ne suffit pas de faire du bruit pour en faire, mais bien parce qu’on pense que cela peut être pertinent à un moment-clé. La paresse aurait voulu que nous nous engagions dans une campagne inefficace juste pour montrer que nous aussi, nous faisions quelque chose à ce moment-là. J’ai demandé à ce membre déçu par mon refus de réfléchir à une méthode plus adaptée à cette problématique et qui sera productive, même si cela prend plus de temps.

C’est bien le danger vers lequel tend l’activisme en Guinée aujourd’hui. En plus des personnes qui s’y lancent par opportunisme, l’activisme est devenu mimétique, un phénomène de mode dépourvu d’originalité mais aussi de conviction et in fine de résultats. Ce sont quotidiennement les affres contre lesquelles nous nous battons au sein du collectif Guinéenne du 21e siècle.

C’est parce que nous voulons laisser notre empreinte sur l’avenir de milliers de jeunes Guinéennes que nous allons démarrer au premier trimestre de 2018 des travaux de révision des lois guinéennes qui contiennent de nombreux passages sexistes. Selon le code civil guinéen, par exemple, un homme peut divorcer pour adultère commis par l’autre partie mais pas une femme. L’arsenal juridique guinéen est parsemé de petites dispositions, qui au premier abord passent inaperçues mais qui ont de fâcheuses conséquences sur la vie de millions de Guinéennes.

A la suite de cette étude approfondie, nous proposerons des modifications des articles concernés et défendrons avec la dernière énergie ces amendements que nous soumettrons à l’Assemblée Nationale Guinéenne.

Le militantisme se vit, il est actif. La société civile doit ressembler à un gigantesque think tank d’où émane perpétuellement des solutions, sinon elle faillit à sa mission.


Dot dans le mariage et machisme

Dot, cérémonie traditionnelle de mariage. Crédit : Ici Brazza.

Récemment, l’on m’a demandé mon avis sur la dot dans le mariage. La dot varie de significations et de procédures en fonction des pays et des peuples. Chez moi en Guinée par exemple, la dot est un bien que le futur marié doit offrir à la famille de sa promise pour qu’on la lui « donne ». Pour les personnes qui m’interrogeaient, il s’agissait justement de décrier ce que l’on considère désormais comme étant une transaction : biens contre femme.

Voir la dot comme une opération de marché est assez réducteur. Ce serait éclipser la signification première de cet acte symbolique, culturel et religieux. Mais cette perception dégradante de la dot est une conséquence immédiate du fait que certaines familles exagèrent délibérément le montant de celle-ci pour s’enrichir à un moment précis, celui du mariage de leur progéniture. Des familles vont jusqu’à exiger de l’or, des voyages, des béliers et des chèvres, des milliers d’euros, des voitures, obligeant parfois le fiancé et sa famille à s’endetter pour pouvoir sceller une union. Vu sous cet angle, il est difficile de ne pas taxer la dot de « commerce de jeunes femmes ».

Pour plusieurs féministes aujourd’hui, la dot est à supprimer car « chosifiant la femme ». On a l’impression d’acheter sa promise à coup de dollars et d’euros. Les féministes vont plus loin en s’interrogeant : le fait pour l’homme de déverser autant d’argent pour épouser sa promise ne l’emmènera-t-il pas à penser que cette femme est « son objet » et qu’il a tous les droits sur elle ? Ses craintes sont tout à fait fondées lorsqu’on a vu des ménages imploser, mais au sein desquels on obligeait de parts et d’autres la jeune mariée à rester dans son foyer, sa famille ne pouvant plus restituer une dot aussi conséquente. Autant de drames vécus par ces jeunes femmes qui deviennent prisonnières d’un mariage malheureux.

Or, la dot est initialement un acte emblématique : elle est censée apporter au père qui va « donner » sa fille, un piètre réconfort au départ de celle-ci. Dans certaines communautés, elle est uniquement réservée à la future mariée. Il est d’ailleurs indiqué que le futur marié ne s’y prête qu’en fonction de ses moyens. Les familles qui utilisent leurs filles, pour combler des besoins matériels personnels pervertissent le sens initial de la dot et salissent cette pratique.

Mais faudrait-il la supprimer pour autant ? Je ne crois pas. La dot dispose d’un grand poids traditionnel pour nos peuples qu’il serait difficile de combler. C’est d’ailleurs une partie essentielle du mariage, qui perdrait ainsi un peu de sa solennité. Je n’hésite pas d’habitude à associer ma voix à celles qui se lèvent pour dénoncer les us et coutumes avilissantes pour la femme mais je crois fermement, que la dot -si appliquée dans son sens originel- n’en est pas une. Je suis globalement pour la conservation de cet aspect atypique de nos mariages car il met en valeur le respect mutuel entre deux familles. C’est aussi une manière attendrissante, qu’a le fiancé de remercier sa belle-famille pour l’éducation donnée à sa future épouse. Bref, tout est question de codes et de symbolique.

Devrait-t-on alors envisager une réglementation juridique de la dot pour éviter ses dérapages ?

Sans doute mais je pense qu’en l’état, il sera difficile de la mettre en pratique dans nos communautés qui ne supportent pas qu’on leur dicte comment appliquer leurs rites. L’idéal serait bien entendu, que les familles qui font de la dot une course à l’escroquerie, fassent d’elles-mêmes une prise de conscience sur le message qu’elles envoient au reste du monde. Serait-ce trop demander ?


Comment j’ai été conquise par Lomé

Grand marché de Lomé. DR

Lomé est une petite ville attachante. J’y suis arrivée le mardi 15 août 2017 un soir avec Air Côte d’Ivoire, une compagnie aérienne que j’empruntais pour la première fois. Après un retard d’une heure, nous atterrissions à l’aéroport international Gnassingbé Eyadéma.

Il faisait déjà nuit, mais la première chose qui m’a frappée était à quel point les rues étaient dégagées, aérées. Pour quelqu’un qui vient de Conakry, et qui est habitué à voir des immondices joncher les rues et s’immiscer dans les plus petites parcelles de terre, c’était une agréable surprise. Je suis restée cinq jours au Togo, au cours desquels j’ai fait mon maximum pour découvrir ce petit pays de l’Afrique de l’Ouest, ses paysages et ses habitants.

Mes premiers sites d’exploration se situaient dans le centre ville. Mon hôte, un ami à ma grande sœur qui avait mis un chauffeur à ma disposition, fut d’une grande sollicitude à mon égard durant tout mon séjour. Ainsi, je pus partir à l’assaut de Lomé à bord de son confortable 4×4. Le chauffeur, nommé Modeste, était un jeune Togolais en début de trentaine, connaissant très bien la capitale.

Place de l’indépendance. Centre-ville, Lomé. DR.

Après avoir visité le centre ville, la place de l’indépendance, l’université de Lomé, je me rendis au Musée national. En amatrice d’art, j’étais curieuse de voir ce qu’il regorgeait comme trésors. Cependant à l’entrée déjà, je protestai à l’idée de payer un tarif « étranger » qui ne tenait pas compte des personnes originaires des pays membres de la CEDEAO, à laquelle la Guinée et le Togo appartiennent. « Je paie le même tarif qu’un Allemand ou un Français, ce n’est pas juste. Il faut créer un tarif pour les Togolais, un pour les africains et un autre pour les « vrais » étrangers», m’écriai-je. Ce à quoi le conservateur acquiesça avec un sourire. Le musée en lui-même est pauvre, et je pense ne rend pas assez justice à la richesse de la culture togolaise. Il s’étend sur deux salles, l’une retraçant l’époque coloniale et une autre mettant en avant des objets culturels de certaines tribus de la région.

Instrument de musique. Salle 1, Musée national du Togo. DR

Lorsque je vais dans un musée, je m’attends à y passer au moins une heure à arpenter des couloirs qui racontent des histoires, mais cette fois j’étais déçue d’avoir fait le tour en une vingtaine de minutes. La disposition des objets en général très calculée dans les musées, ne suggérait ici aucune narration, elle avait l’air d’avoir été improvisée.

J’ai en plus dû batailler pour faire quelques photos.

Objets culturels, Salle 1, Musée national du Togo. DR

Lomé est une ville où il fait bon vivre avec de jolies étendues de sable d’un jaune doré, qui mettent du baume au cœur. J’ai adoré marcher pieds nus sur ces plages bordées de palmiers qui font face au Golfe de Guinée, cette partie de l’océan atlantique nichée dans le creux du sud-ouest de l’Afrique. En longeant la côte, nous nous sommes retrouvés à la frontière terrestre avec le Ghana – un pays africain anglophone –  en moins de deux.

Ah oui, ça aussi il faut le dire : lorsqu’on saute à Lomé, il faut faire attention à l’endroit où on atterrit. Les frontières avec les pays limitrophes sont tellement proches qu’on peut bien redescendre au Ghana ou au Bénin. 🙂

J’ai été fascinée par cette proximité, parce qu’en Guinée – en fonction de l’endroit où l’on se trouve bien entendu, mais je parle pour Conakry- , il faut rouler longtemps avant de croiser une frontière terrestre. L’idée de pouvoir me rendre au Ghana ou au Bénin en quelques minutes était euphorisante, mais j’ai refréné cette envie pour la reporter à une prochaine fois.

Lomé a une autre particularité : elle est peu embouteillée. En cinq jours, je n’ai fait face à aucun embouteillage notable. Cette remarque m’a été confirmée par un habitant à qui je demandais si c’était toujours comme ça ici. Il m’a assuré de la fluidité du trafic. On peut se rendre d’un point A à un point B sans difficultés et il faut avouer que c’est là quelque chose de non négligeable. Je ne sais pas comment la capitale togolaise a fait pour échapper aux embouteillages monstres qui caractérisent les grandes villes africaines comme c’est le cas à Dakar, à Conakry ou même à Abidjan. Est-ce parce qu’il y a moins de voitures ? Plus de routes ? Ou une combinaison gagnante des deux ? Le résultat quant à lui est gratifiant. Par ailleurs peu importe l’endroit où l’on est à Lomé, on peut voir des femmes et des hommes en uniforme et avec des masques, nettoyer les artères de la capitale à grands coups de balai et avec une certaine détermination qui force l’admiration.

Université de Lomé. Campus. DR

Je ne le cacherai pas, avant d’arriver au Togo j’avais un certain a priori sur les Togolais comme cela peut arriver entre différentes nationalités, notamment sur les hommes togolais après avoir observé la communauté togolaise sur quelques réseaux sociaux.  Je les trouvais prompts à la dispute, à la provocation et relativement hargneux. J’avais bien entendu tort de généraliser, mais n’est-ce pas d’ailleurs ce qu’on reproche au préjugé qui se caractérise par un parti pris négatif globalisant ? J’avais des préjugés et ceux-ci sont tombés lorsque je les ai confrontés à la réalité du terrain, en côtoyant des Togolais vivant au Togo. Ils se sont montrés avenants et simples. Au Grand Marché de Lomé où je me suis rendue pour  quelques courses, il faut être agile pour se faufiler entre les étalages mais la propreté des lieux et la bonne humeur quant à elles, ne font aucunement défaut.

J’ai notamment eu l’occasion de le constater lors d’une discussion thématique à laquelle je fus conviée par la Mondoblogueuse togolaise Corinne Danklou, de passage dans son pays avec sa famille, que j’avais rencontré la première fois lors de la formation RFI-Mondoblog à Dakar en 2015. Echanges intéressants sur la stigmatisation des personnes vivant avec des problèmes mentaux au Togo ainsi que sur la question de la transmission culturelle intergénérationnelle.

J’ai entendu des propos intelligents ce jour-là, venant particulièrement de jeunes femmes togolaises de la diaspora et vivant au Togo.

Du point de vue culinaire, je suis allée à la découverte de ces tranches d’igname savamment préparées appelées Koliko à Lomé. J’ai pu tester les services de quelques restaurateurs : le buffet de chez Le Beluga et Le Patio m’ont laissée une bonne impression. Quant au « Lomé By Night », je me suis rendue dans un Lounge Bar togolais appelé « Le Select » où je  ne suis restée que le temps d’un verre… Des jeunes femmes aux voix rocailleuses s’étaient lancées dans un karaoké tonitruant.

A la veille de mon départ, j’ai entrepris d’aller à Kpalimé,  parce que j’en avais entendu le plus grand bien. Il s’agit d’une ville située plus au nord du pays. Nous sommes arrivés après environ 1h 45 minutes de conduite. De ce que j’en ai vu, le Togo est un pays à la végétation bien fournie. Nous comptions nous rendre sur le site d’une cascade indiquée non loin dans les parages, mais nous avons appris à la dernière minute qu’elle était fermée pour des raisons qui m’échappent. Je me suis alors rabattue sur le Pic Agou, le plus haut sommet du Togo avec 986 mètres d’altitude. Après une montée ardue – la route s’étant désagrégée à plusieurs endroits – nous sommes parvenus au sommet de la montagne exceptionnellement plongé dans un brouillard épais. Celui-ci réduisait considérablement le rayon de visibilité, nouvelle déception. A cette altitude, la température a chuté de plusieurs degrés. J’ai dû précipiter la redescente pour ne pas que mon chauffeur soit frigorifié. Nous y avons vu plusieurs installations d’opérateurs de téléphonie mobile et de radios locales.

Sommet du Pic Agou, Kpalimé, Togo. DR

D’ailleurs en parlant de téléphonie mobile, il faut signaler que le gros point faible du pays réside dans son débit de connexion internet. Des efforts sont nettement à réaliser par le Togo, comparé aux pays voisins. Si je peux regarder un film en streaming à Abidjan, ou à Dakar c’est encore impossible au Togo même avec le wifi à la maison.

A vrai dire, j’ai été conquise par le Togo et ses potentialités. Aucune fausse note du début à la fin, mis à part le jour de mon départ, samedi 19 août au matin, une manifestation d’opposants a été violemment réprimée par le pouvoir en place et avait occasionné des morts. Ce sont hélas, de tels événements malheureux qui nous rappellent que le Togo vit tout de même dans une certaine instabilité politique et que la lutte pour l’alternance démocratique a de beaux jours devant elle.


Abidjan, à travers mes yeux

    Centre ville, Plateau

Je suis venue à Abidjan un peu de manière précipitée. Mon arrivée était prévue depuis plusieurs mois déjà, mais à la dernière minute, j’ai avancé mon départ, pour plusieurs raisons. La première était que je voulais croiser mon hôte Jean-Michel avant qu’il ne s’envole en Tunisie pour sa croisière en bateau avec sa famille, la seconde, c’est comme lorsque je suis partie à Dakar en 2015 : je fuyais quelque chose. Je quittais Paris pour m’éloigner d’une angoisse. L’angoisse d’avoir perdu quelque chose, quelqu’un… En 2015, je suis partie à Africtivistes puis à Mondoblog juste après le décès de papa, aujourd’hui j’ai l’impression que je perds quelqu’un d’autre d’une manière tout à fait différente… Mais qui ne me donne pas moins des sueurs froides.

Je partais dans un pays où, malgré mon humeur massacrante, ma fatigue allant crescendo, j’allais sans doute me sentir bien. La Côte d’Ivoire est un des pays en « top of list » que je voulais visiter. J’avais déjà entendu tellement de choses sur ce pays que j’avais hâte de m’y rendre, d’écouter les ivoiriens parler leur nouchi chantonnant et ponctué de « oh », me balader à Assinie, voir Abobo, Treichville, Le plateau, et d’autres noms de quartiers que j’avais fini par maîtriser à force de me doper de séries ivoiriennes telles que « Ma famille », « Dr Boris », ou encore « Class A ».

Ainsi, mon Uber m’a déposée à Roissy Charles de Gaulle le samedi 29 juillet au matin, où j’ai embarqué à bord d’un A380 d’Air France. D’ailleurs, j’en profite pour rédiger cette note pour moi-même : ne plus planifier un voyage en été (juillet-août) un week-end. L’aéroport était bondé, touristes surchauffés, parisiens pressés de quitter leur ville chérie quelques semaines, personnel d’aviation, enfants excités, ados snobinards et boutonneux, etc. Bref, il y avait des mètres de queue pour la plus petite formalité. Je me suis sentie bénie d’avoir la mention Sky priority et de voyager en Premium E. Les choses sont allées plus vite et tant mieux. Je n’avais ni l’envie ni l’énergie de patauger dans une file pendant 2h au cours desquelles je me ferais draguer lourdement. L’A380 est un avion immense et confortable, une merveille de modernité sur 2 étages, conçu pour rendre les longs courriers plus agréables aux passagers.

Je me suis tout de suite sentie bien dans cet avion.

Je le mentionne car c’est chose rare que je sois à l’aise dans un avion, et des avions j’en ai empruntés beaucoup du haut de mes 24 ans. Bref, nous voici tous embarqués mais cloués au sol pour encore 45 interminables minutes. Des passagers dont les valises avaient déjà été placées en soute ont eu un problème et ne pouvaient plus prendre ce vol. Il fallait dans cette masse de bagages en soute -que je n’imaginais que fort aisément- retrouver leurs valises et les débarquer. Bref, je poireaute et mon voisin avec moi. Il a d’ailleurs la politesse de me saluer et de se présenter. Nous allions passer 6h ensemble. Les amabilités n’étaient pas à occulter. Mon esprit vagabondait. Je ne pensais pas à Abidjan, mais à Paris et à ce que j’y laissais, aux problèmes que j’y retrouverais sans doute, intacts au retour. Lorsque nous décollions, je commençais à somnoler. D’autant plus que j’avais fait l’impasse sur le sommeil durant plusieurs nuits… L’aventure ivoirienne commençait.

Le pilote a fait de son mieux pour rattraper son retard au décollage et nous atterrissons finalement avec seulement vingt minutes de retard. Applaudissements lorsque les roues du gros appareil foulent le sol du tarmac de l’aéroport Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan. Et à peine posée, c’est incroyable comme je me suis sentie tout de suite comme chez moi. Cela m’arrive souvent lorsque je reviens en Afrique de l’Ouest. Peu importe le pays, tant que c’est l’Afrique de l’Ouest, je ne me sens pas dépaysée. La Côte d’Ivoire ressemble encore plus à la Guinée que le Sénégal ou le Mali. Agréablement, je remarque que c’est un pays très vert… Je pense que je m’entendrai bien avec lui.

Sauf que les choses se corsent lorsque j’arrive à la Police.

A quelques mètres du policier qui cachettera mon passeport, je constate que, contrairement à tous ceux qui m’entourent, je n’ai pas mon petit carnet de vaccination jaune, a priori très important en Côte d’Ivoire. J’ai laissé le mien bien au chaud dans une commode à Paris, je ne pensais pas qu’il serait indispensable. D’habitude, quand je reviens en Afrique, je ne le présente pas mais on finit par me laisser passer. J’oublie à mes dépens que chaque pays est différent. En moins de deux, j’invente une histoire : je l’ai perdu dans l’avion.

Commence une négociation avec les médecins de l’hygiène publique qui ne veulent pas me laisser passer. Je tente d’utiliser la proximité géographique de nos deux pays : « je viens de Guinée, vous voyez bien, dis-je en avançant mon passeport, c’est la Cedeao ». L’un des médecins me dit, ironique : « tu es Guinéenne mais c’est de Paris que tu viens ». J’ai envie de lui retorquer « et alors ? » , mais je m’abstiens. D’ailleurs, cela n’intéresse pas le médecin en chef, qui veut qu’à défaut de prouver que je suis à jour sur mes vaccins, je fasse un rappel du vaccin de la fièvre jaune, là tout de suite à l’aéroport.

Je me hérisse, il est hors de question qu’on m’innocule quoi que ce soit comme vaccin, sans l’aval de mon médecin à Paris. Je dispose d’un traitement particulier et je ne peux pas prendre n’importe quoi pour ne pas provoquer de réaction grave dans mon organisme. Je tente de l’expliquer et le médecin en chef finit par s’énerver et coupe court à mon blabla : « vous avez un papier qui prouve ça, une attestation d’exemption de vaccins ? ». « Je ne pensais pas que j’aurai à le prouver, je n’ai aucun papier sur moi, mais je peux vous montrer dans mes bagages ma pharmacie, avec mes médicaments vous verrez. J’ai une maladie qui m’oblige de toute façon à être à jour sur tous les vaccins». Evoquer mes valises à haute voix, me fait penser que je ne pourrai pas les récupérer si je ne sors pas d’ici. Je leur demande de me laisser aller au tapis roulant au moins et revenir. Un infirmier ricane : « vous ne savez rien, vos bagages ne sont même pas encore là, il faut compter au moins une heure avant qu’ils ne commencent à rouler, surtout si c’est Air France ».

Je suis dépitée, mon passeport est confisqué et on m’autorise à aller attendre mes bagages. « On trouvera une solution, lorsque vous aurez vos valises » me balance l’un d’entre eux, l’air compatissant. Sa « solution », ce sont quelques euros, je ne suis pas dupe. Moi ça ne me dérange pas d’en laisser tant que je peux décamper après, surtout après six heures de vol. Deux heures s’écoulent entre les bagages et cette histoire de vaccination.

Finalement, mon hôte à Abidjan, Jean-Michel, que j’aurais eu au téléphone entre temps, interviendra directement, pour débloquer la situation sans que j’ai à payer quoi que ce soit.

Ces difficultés à l’arrivée me contrarient et ternissent un peu l’image de la Côte d’Ivoire à mes yeux.

Bref, me voici à bord de la voiture me menant à la somptueuse villa de mon cher ami, français d’origine. Il faut dire que si j’ai franchi le pas de venir en Côte d’Ivoire, c’est aussi parce que Jean-Michel, que je connais depuis Conakry, n’arrêtait pas de me dire : « viens en vacances, c’est bien ici, on va t’enjailler ». Un vrai africain celui-là. Donc je suis venue voir si c’était vrai. Et effectivement, j’étais déjà mieux d’être loin de Paris.

Le lendemain nous avons mis le cap sur Assinie et nous sommes descendus au Cocoué Lodge. Un endroit magnifique. Cela m’a fait penser au potentiel touristique Guinéen inexploité. Assinie est vraiment une petite merveille. A peine descendue de voiture, je me retrouve sur la selle du premier jet-ski que je croise, car secrètement j’ai toujours rêvé de chevaucher un jet-ski sur la lagune Ebrié.

Rêve réalisé et sur les vagues, je plane. C’est mieux que d’appuyer sur le champignon sur une autoroute car il faut toujours faire attention aux autres voitures, alors qu’ici, la voie m’appartenait, jouissif !

C’est peut-être là l’un de mes meilleurs souvenirs de la Côte d’Ivoire.

Assinie, Cocoué Lodge. DR

L’engin est puissant et il ronronne sous mes bras. Le sentiment d’être seule au monde est stimulant. Celui du danger aussi. Après avoir déjeuné au restaurant, j’entreprends de me baigner dans l’océan et pour ce faire, il faut emprunter une petite chaloupe qui nous mène sur l’autre rive du bras de la lagune. Un bout de terre parsemé de cocotiers, de sable et de transats, sépare les deux masses d’eau, la lagune d’un côté et la mer de l’autre. L’endroit a vraiment été bien pensé. Mais la marée est dangereuse, il faut faire attention. Je ne reste pas longtemps dans l’eau. La journée s’écoule lentement, et l’espace d’un instant, tout va bien et j’oublie tout dans ce décor de carte postale…

Terrasse, Marcory. DR

Jean Michel est un hôte extraordinaire, il fait son maximum pour que je me sente bien jusqu’à son départ en Tunisie et même après. Je suis tout de même triste au moment de son départ : je serai désormais seule (avec le gardien, les chauffeurs et le cuisinier) dans cette grande maison. J’essaie de combler le temps tant bien que mal au gré des jours qui défilent. J’invite plusieurs blogueurs de la webosphère ivoirienne et nous passons de longues soirées autour et dans la piscine à parler de choses qui ne vous intéressent en rien. Je ne plonge jamais seule, je trouve cela déprimant.

A y songer, j’ai un comportement mitigé avec la solitude. Lorsque je suis très entourée, je m’éclipse quelques instants dans une autre pièce, surtout lorsque certains sentiments refont surface sans prévenir et que je dois les étouffer avant d’éclater en sanglots devant dix paires d’yeux qui me regarderaient, étonnées. Lorsqu’il n’y a plus personne, je suis en quête de compagnie pour ne pas me laisser aller à des pensées négatives et parfois fort destructrices. Je ne suis pas en ce moment au meilleur de ma forme, vous l’aurez compris.

Si bien que, tantôt cette solitude me convient et tantôt elle m’oppresse.

Je bouquine, je profite de la bibliothèque peu fournie de Jean Michel, j’y déniche quand même quelques pépites à force d’insister dans ma quête. Je pianote sur mon ordinateur à côté de la piscine, et comme j’habite en face de la lagune et qu’il y a des cocotiers, parfois je viens m’asseoir sur la terrasse rien que pour entendre les feuilles balloter au gré du vent, en ayant en face un café que le discret Philippe m’aura servi sans même que je ne m’en rende compte. Moments d’introspection profonde dans le silence presque religieux de la résidence située à Marcory Résidentiel, je pense à des erreurs commises, à des choses que j’aurais pu faire différemment, mais aussi à ma famille et à la rentrée prochaine.

On me fait également sortir danser, j’essaie d’en profiter tant bien que mal alors que le cœur n’y est pas. Et je réalise que les nuits  d’Abidjan sont moins animées que je ne le croyais, en tout cas du pan que j’ai pu voir. Effectivement, avant que je n’arrive j’avais un préjugé : je pensais que l’on pouvait se trémousser tous les soirs à Abidjan du lundi au dimanche. En Guinée, la fête ne commence vraiment que le weekend et dans mon subconscient, on pouvait faire la fête quand on voulait à Abidjan où tout restait constamment ouvert. En réalité, du lundi au mercredi, les clubs et autres lounges tournent au ralenti, même en vacances. Mais Abidjan la rebelle, se rattrape bien le week-end. J’apprécie particulièrement le Forty-Forty et le VIP Club que je recommande.

foufou, DR.

Grâce à mon frère Cyriac Gbogou et au conservateur qu’il met à ma disposition et à la disposition de Rokhaya (une de ses amies sénégalaises de passage dans la ville), je fais une immersion dans l’histoire passionnante de Grand-Bassam. Je veux également visiter quelques musées, mais à Abidjan, ils sont pour la plupart fermés : les jeux de  la francophonie sont passés par là. Petite déception pour moi qui ai un vrai penchant pour l’art. Dans un maquis 100% ivoirien, avec Mohamed Diaby et Cyriac, je déguste le fameux foufou que je trouve étonnamment savoureux et fondant sur ma langue. Je profite de ces moments simples en bonne compagnie. Un autre jour, avec Binta, une cousine germaine avec qui je devais déjeuner, je me perds dans le centre ville d’Abidjan de longues minutes avant de retrouver le chauffeur.

Chaque Abidjanais que je rencontre est serviable, prêt à m’aider.

Drapeau ivoirien flottant. DR

J’en profite pour faire des photos que j’instagrammerai plus tard au lieu de paniquer et j’ai bien raison car je retrouve le chauffeur quelques instants après avoir tournoyé un peu, et tout rentre dans l’ordre. Que seraient des vacances sans une virée improvisée ? Une autre chose que j’ai remarquée ici, c’est qu’il y a des drapeaux ivoiriens accrochés partout, aux institutions publiques comme les ministères mais pas que, également dans les boutiques, les garages, les petits stands, les salons de coiffure, les marchés, etc. Je ne saurai dire si c’est du nationalisme, de l’amour de la patrie à l’extrême ou du chauvinisme. Sans pouvoir me l’expliquer, j’ai trouvé cela intéressant.

Au marché de Cocody, où je me suis rendue avec Madeleine pour des achats, nous rencontrons les vendeuses à la langue bien pendue qui veulent nous aguicher avec leurs marchandises. Madeleine et moi divisons chaque prix qu’on nous fixe par 3 parce qu’on sait qu’on nous taxe à notre accent et nous partons en fous rires avec les vendeurs qui nous traitent de « Guinéennes jolies mais futées ». Je passe sous silence mon expérience dans un salon de coiffure où je suis restée 4h pour une coiffure qui aurait normalement duré 2h en Guinée, nous en sortons totalement énervées.

Bref, sachant que mes jours sont comptés, je vis Abidjan du mieux que je le peux dans cette ville typiquement africaine avec ses artères animées et je me surprends à l’apprécier. Mon séjour tend maintenant vers sa fin, et j’aimerais m’aventurer vers Yopougon, Abobo et d’autres quartiers populaires. Jean-Michel me l’a un peu interdit, j’ai entendu parler des « microbes », ces enfants-terreurs de la guerre. Même si je sais qu’il me lira, pour l’instant il n’est pas là, et je me tâte à m’y rendre, ne serait-ce que pour l’embêter.

Bref, j’aurais voulu accomplir des dizaines de choses dans ce beau pays qui a fait son maximum pour ne pas se laisser marquer par les stigmates de la guerre, mais je sais que je reviendrai Inchallah. Les vacances ici s’achèvent et heureusement, aucune mutinerie n’a encore pété (je continue de croiser les doigts hein).

En guise de conclusion, j’aimerais faire une spéciale dédicace à toutes ces personnes qui ont fait de ma présence ici un plaisir, qui, malgré leur emploi du temps chargé, ont fait de leur mieux pour que je me sente chez moi. Ils m’ont écoutée, consolée, grondée aussi. Je remercie Jean-Michel en premier lieu, il est l’illustration parfaite du dicton que la différence d’âge n’a aucun poids en amitié. Sa présence dans ma vie est une bénédiction. Puis la blogosphère ivoirienne en général, en particulier Orphelie Thalmas, Cyriac Gbogou, Mohamed Diaby, Edith Brou, Sonia Guiza. Un merci à Franck Edja, Madeleine Sarr, Ibrahim Bah (Jupiter Davibe), et tous les autres sans exception que je n’oublie pas, qui ont contribué à leur échelle, à rendre cette expérience enrichissante.

Pavillon rose. Grand-Bassam

A très vite.


Best of 2016 : à coeur ouvert

Ca y’est, l’année se termine. A cette période de l’année, comme beaucoup de gens je pense, j’aime m’asseoir pour réaliser un bilan des 365 jours derniers (366 ce 2016). Ce fut une année mitigée, je ne saurai dire si elle fut totalement bonne quand bien même de belles choses sont arrivées. De moins bonnes aussi, mais c’est  cela la vie.

Commençons par le début, est-ce que par rapport à 2015 il y a eu un quelconque progrès dans ma vie en général ? Oui, sans hésiter. Alors je me dis que c’est déjà ça, un pas de plus. Tous les jours, j’ai mis un pied devant l’autre du 1er janvier au 31 décembre prochain (je l’espère). J’ai eu l’occasion d’apprécier chaque instant avec des gens que j’aime, je suis tellement reconnaissante pour tout le positif. De nouvelles personnes sont survenues dans ma vie au cours de cette année, et aujourd’hui encore je me demande comment elles ont fait pour prendre autant d’importance en si peu de temps. J’en ai viré d’autres, que j’estimais beaucoup trop polluantes ou dont les principes avaient finalement divergé des miens.

Je sais mieux dire non quand je ne suis pas  d’accord.

Je suis moins exigeante avec moi, j’apprends à lâcher prise. Oui à lâcher prise et à ne pas trop en demander à mon organisme. J’entame des projets excitants, me laisse bercer puis émoustiller par ces derniers, abandonne quelques uns en cours de route, en achève d’autres avec plus de niaque, etc.

Je suis moins dépendante des dogmes cérébraux d’excellence et de perfection, qui parsèment mon cerveau. Je suis jeune (ou plus tant que ça hein ?), je ne veux pas m’arracher trop vite le droit à l’erreur qui rétrécira à mesure que j’avance en âge de toute façon.

Tout récemment, j’ai clôturé mon compte Facebook personnel car j’estimais celui-ci de plus en plus toxique. Tous les réseaux sociaux d’ailleurs le sont d’une manière ou d’une autre. J’ai laissé en ligne ma page professionnelle et dans les mains d’une amie qui joue les Community Managers d’occasion afin de ne pas être coupée de mes lecteurs. Je suis partie car j’ai ressenti le besoin de réduire la portée des RS sur mon mental. Ce n’est pas la vraie vie, j’en suis consciente et il n ‘y a aucune raison de laisser des éléments immatériels nous affecter autant. Je reviendrai peut-être, ou pas. Peut-être finirai-je par les quitter tous et mordre à pleines dents la vie. Non pas que l’un empêche l’autre, mais vous savez le hic avec les personnes comme moi, c’est que nous allons souvent d’un extrême à un autre, du genre tout ou rien.

J’utilise ce temps pour renouer avec des choses que j’aime comme la lecture, ou d’autres que j’aime beaucoup moins comme toute la paperasse administrative à faire qui traînait.

Je me sens bien et c’est le plus important.

Si je ressens le besoin de m’investir dans des choses que je trouve plus gratifiantes, c’est parce qu’aussi je sais que rien n’est acquis, ni rester en vie ni être en bonne santé. Des personnes formidables sont parties autour de moi, à tout jamais. D’autres sont tombées malades, c’est mon cas. On m’a diagnostiquée au cours de cette année, une maladie auto-immune des articulations. J’hésite à en parler parce qu’en général ce sont des choses que l’on garde pour soi. Je l’évoquerai peut-être un peu plus le moment venu, lorsque je me sentirai prête dans un billet qui s’appellera « vivre avec la maladie au quotidien » – si je me décide à l’écrire.

Cette épreuve a bien influencé ma façon de voir les choses, puisque je me sens moins énergique d’une façon générale. Mais c’est une autre histoire, sur laquelle je n’aime pas m’épancher pour l’instant car je ne supporterai ni d’être prise en pitié ni que l’on veuille me ménager. Et je sais que si ma mère passe par là, elle me reprochera de me dévoiler autant, arguant que ça me portera préjudice un jour, de vouloir tout le temps être franche, sincère et directe. Je m’excuse maman, mais je ressentais le besoin de le dire à ceux qui me lisent ici depuis deux ans maintenant. Peut-être comprendront-ils pourquoi je suis moins présente.

Ce n’est en rien dramatique, il y a des choses plus graves et j’ai la chance d’être bien soignée dans de très bons hôpitaux. Je n’en dirai pas tant des petites guinéennes, somaliennes, syriennes, qui peinent dans leurs pays respectifs à avoir les soins les plus élémentaires.

Cela n’empêche rien de toute façon, puisque tous les jours, je me jette dans de nouvelles choses.

Je viens de lancer le portail dieretoudiallo.com. Non seulement parce que j’aime les nouveaux défis, mais aussi parce que je trouve que j’étais longtemps restée inactive. J’avais besoin de quelque chose de frais.

Alors qu’objectivement ce n’est pas du tout vrai, je n’ai pas été inactive bien au contraire. Je suis allée au Sénégal près de trois mois seule sans attaches ni aide, j’y ai travaillé d’arrache pied dans une atmosphère que je découvrais. Je suis allée en Guinée, j’y ai travaillé. J’ai assumé mes fonctions de présidente du collectif « Guinéenne du 21e siècle » sans broncher. Je suis revenue en France, je me suis inscrite en Master et j’ai pris à 23 ans la rédaction en chef d’un magazine connu en Guinée qui s’appelle Madina au sein duquel je coache des personnes nettement plus âgées que moi dans mes équipes. J’ai par ailleurs accepté en dépit de tout, d’être Chargée de communication du projet Lahidi au sein de l’Association des Blogueurs de Guinée et j’organise d’ici (en France) des interviews vidéos qui ont lieu avec nos dirigeants à Conakry. Ce ne sont pas des exploits, mais ce n’est pas rien non plus. Je me bouge tout le temps car j’ai une sainte horreur de l’oisiveté. Mais j’ai l’impression injustifiée que ce n’est jamais assez.

Je le répète, je suis très intransigeante avec moi et parfois bien à tord. Je n’arrive pas à voir toutes ces choses que je fais alors que je sais pertinemment que si je m’extériosais de mon corps, et que j’observais quelqu’un d’autre faire tout cela, j’aurai de l’admiration pour la personne. Sans fausse modestie. Je trouve que c’est insuffisant et parfois même inutile. Les messages et les compliments que je reçois ne me rassurent que l’espace d’une minute avant de tout oublier.

Si nous tentions une analyse freudienne, je dirai que perpétuellement me lancer dans de nouvelles choses est peut-être une façon détournée de montrer que je suis présente, que je suis dans le coup. Je suis partisane de l’empowerment, de la prise en main, de l’A.C.T.I.O.N.

Parce qu’au final, dès qu’on arrête de produire on tombe dans l’oubli et je ne veux pas être oubliée. Est-ce mal ?

Enfin bref, nous parlions de 2016. Ce fut une année riche, pour laquelle je garderai un souvenir intact. J’ai pu voir ma famille plusieurs fois puisque j’ai été en Guinée plus souvent qu’à l’accoutumée. Depuis que papa est parti, la place qu’occupe ma famille s’en est trouvée décuplée. J’essaie toujours de savoir si tout le monde va bien. Je suis la dernière d’une famille dont les membres sont plutôt des électrons libres.

Je veux être présente pour eux et mes neveux.

2016 a aussi été l’année au cours de laquelle j’ai repris contact avec la prière et Dieu. Je suis un As de la remise en question et de l’esprit critique. Avec les religions, j’ai eu des rapports assez (je cherche le mot idéal) … tumultueux, depuis que j’ai découvert Nietzsche au lycée.

Je veux qu’on puisse tout m’expliquer de manière rationnelle. J’ai toujours affirmé que je ne viendrai pas à la religion parce que je l’ai héritée de mes parents et de mon environnement social, mais lorsque j’aurai moi-même le déclic.  Puis j’ai eu la période, je ne l’expliquerai pas pour ne pas passer pour une illuminée, c’est un événement profondément intime dans mon rapport à la spiritualité. Prier m’apporte un apaisement indescriptible, innommable. C’est une connexion tellement bienfaisante, beaucoup mieux que celle à internet. 😉

Oui, toutes ces choses sont arrivées en 343 jours et pourtant il me semble que c’était hier que l’on se souhaitait bonne année 2016. Du bon et du moins bon, mais tout reçu de bon cœur car c’est l’histoire d’une vie, des pages qui se tournent.

Je veux comme un TGV, vivre à 100 à l’heure, même si mes amis disent que ce n’est pas raisonnable. Dans 50 ans, lorsque ma peau se décollera de mes os en pendouillant ici et là, j’aimerais pouvoir regarder le rétro-viseur avec un sourire en coin et ne rien regretter.

Comme la société me l’impose, j’apprends de même à taire ce trop plein de franchise, en apprenant les b.a-ba de l’hypocrisie. Faire des grands sourires quand il faut, serrer des mains fuyantes, roucouler avec des personnes dont on n’apprécie pas forcément le comportement plutôt que de leur cracher la vérité à la figure, esquiver les attaques plutôt que de les affronter. Il paraît que c’est seulement comme ça qu’on avance aujourd’hui, en minaudant pour tout et rien, l’air d’une quiche. Alors voyez-vous, je m’adapte. Je ne referai pas le monde à moi toute seule. 

Certains seraient tentés de dire que je deviens tout simplement une adulte, c’est certainement vrai. A part les factures, les taxes et toutes les choses que l’on fait soi-même, grandir a donc du bon finalement. 2016 est une année bissextile. Pour ces 23 jours restants, je ne vous souhaite que de merveilleuses choses en compagnie de personnes que vous aimez et bien de la prudence. Sachez vous entourer d’ondes positives.

Bonne année, meilleurs vœux.

A 2017.


Je divorce du féminisme

 

La marche des salopes. CC Marianne Fenon (flickr.com)
La marche des salopes. CC  Marianne Fenon (flickr.com)

Je jette l’éponge. Je ne veux plus être, ni afro-féministe, ni féministe tout court. Oui c’est aussi simple que ça. Entendons nous bien, je n’abandonne pas mon militantisme en faveur de meilleures conditions de vie pour mes congénères. Après réflexion, je prends seulement mes distances (et mon indépendance) avec le qualificatif « féministe » qui devient on ne peut plus lourd à porter. Explications.

Si le combat lui est noble, il est de plus en plus parasité par la connotation donnée à ce terme, devenu ces dernières années une espèce de fourre-tout.

Lors de mes récents voyages, j’ai rencontré de nombreuses personnes qui, malgré leur investissement pour la cause, ne supportaient pas qu’on les appelle « féministes ». J’ai alors compris que le problème, ce n’est pas la lutte, c’est le mot.

La vérité, c’est que nous avons besoin d’un néologisme pour toutes ces femmes qui font du féminisme sans vouloir être féministes.

Au fil des années, on a habillé le féminisme de tous les contours possibles, des surexcitées aux seins nus que je ne nommerai pas, à la petite Fatoumata qui lutte dans son village pour faire du football au même titre que les garçons. De Arwa qui refuse de se soumettre aux autorités qui lui interdisent de faire du vélo en Iran, à Jeannette qui pense que c’est systématiquement envoyer chier tous les messieurs au Togo.

Le féminisme a été pollué, perverti, dénaturé à tel point qu’aujourd’hui, il est péjoratif d’être appelé ainsi. Le diagnostic est sans appel : il y a un malaise profond et très palpable.

Les féministes elles-mêmes ne s’entendent pas sur la meilleure manière d’œuvrer. On fait allusion à plusieurs féminismes : Féminisme libéral, Féminisme socialiste, Féminisme radical, Féminisme radical différentialiste, Féminisme intersectionnel, etc.

Ou alors, il y a des luttes internes au mouvement auquel on reproche d’être trop blanc, de n’avoir qu’un seul paradigme, le paradigme occidental.

Comment s’en sortir avec un tel flux d’informations ?

Le mouvement est de moins en moins ordonné et compris, car de plus en plus sectorisé. Le débat s’est largement complexifié, nous éloignant du but initial.

Dans ce contexte, est-il bien sage de continuer à s’appeler ainsi lorsqu’on ne sait plus ce que ça veut dire ? Lorsqu’on s’est perdu en cours de route ? Le problème est sémantique, la motivation elle, est toujours là.

Le féminisme tel qu’il est aujourd’hui traverse une crise existentielle, le nier ne ferait pas avancer le débat. Une fracture semble désormais se dessiner entre les représentantes « historiques » du mouvement et la génération montante censée prendre le relais.

Il faut une remise en question car il y a bien un problème lorsque celles pour qui le féminisme est né, ne se retrouvent plus en lui en grande majorité.

En attendant, enchantée : Dieretou Diallo féministe, militante pour le respect des droits de la femme, tout simplement.

Arrivederci. 👋🏽

 


Confidences

Confidence. Crédit : Hartwig HKD flickr.com CC
Confidence. Crédit : Hartwig HKD flickr.com CC

Plusieurs amis, personnes, pensent que je ne blogue plus ou alors moins qu’avant. La vérité, c’est que je continue de bloguer, mais que je ne partage plus mes écrits. Quelques billets rédigés sur le qui-vive jalonnent mon bureau d’ordinateur, mais je ne peux plus partager. Pourquoi ? À cause de ce que ces billets disent, à cause de leur violence, de la rage qu’ils contiennent. Un sentiment que peu de gens comprendraient, derrière l’image policée.


J’ai, de plus en plus un rapport différent au blogging. Un rapport qui s’est insidieusement installé, sans même que je ne m’en rende compte. Je le disais il y a quelque temps, le fait d’être journaliste de presse écrite, d’écrire pour le web, de rédiger des articles professionnels et d’en vivre, est progressivement en train de me faire perdre le goût d’une activité que j’ai toujours chéri, d’écrire pour flâner et badiner. Mais je mentirai en disant qu’il n’y a que ça. Il y a bien plus et je réfléchis aux mots adéquats  pour vous le décrire, sans tronquer ou biaiser.

Il n’y a que je ne peux plus dire ce que je veux.

Prenons la politique à titre illustratif. Ceux qui me suivent depuis le début, savent qu’il s’agit là d’un thème de prédilection pour moi, surtout lorsqu’il s’agit de politique en Guinée… Etre une journaliste responsable exige une certaine impartialité.  Je ne peux plus ouvertement et si aisément critiquer des autorités dans un blog personnel puis me targuer de couvrir de manière neutre les activités initiées par ces mêmes autorités. Je sais faire la distinction mais pour le lecteur, j’envoie deux images : celle d’une journaliste qui se veut neutre, et celle d’une activiste sociale et politique qui a un parti pris.

Pour les médias qui m’emploieraient, il y aurait là un conflit d’intérêt. Mon passé de web-activiste – plus connu que je ne l’eus cru – qui se fait périodiquement bloquer sur les réseaux sociaux par des comptes officiels me tient bien à la peau. Quelques médias avec lesquels j’ai eu à travailler m’ont d’ailleurs formellement déconseillé de « bloguer politique » pendant que j’évoluais dans leurs locaux.

A ces contraintes, on m’a proposé des alternatives : bloguer sous couvert d’anonymat, bloguer avec un pseudonyme. Naturellement, penser que je vais opter pour la solution facile est un peu mal me connaître. Lorsque je dis les choses vertement, sans les mâcher, j’aime pouvoir les assumer.

Il n’y a que je ne peux plus dire ce que je veux aussi, à cause de ce que je commence à représenter pour mes compatriotes.

L’exemple le plus frappant de cette nouvelle donne, est le #tweetgate ou le #mediocregate, comme mes amis et moi aimons l’appeler en riant. Rédigé entre 5h et 6h du matin, en colère après avoir vu les réactions sur les RS, nées d’un accident de la route qui avait fait plusieurs morts dans mon quartier en Guinée; j’y affirme sans détour et complaisance, que la jeunesse guinéenne est médiocre, à l’image de ses parents à qui elle reproche pourtant tous ses maux.

Des mots pour dire, qu’elle était progressivement entrain  d’adopter un comportement qu’elle reprochait pourtant aux parents,  qui eux (je le crois fermement) ont échoué à redresser la Guinée. À mes yeux, nos parents ou plus globalement les anciennes générations, n’ont pas réalisé leur mission. Celle-même citée par Frantz Fanon :

« Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir ». 

Par ailleurs, en Guinée, l’on peut se permettre d’attaquer tout le monde. « Les enseignants sont nuls », on trouvera des personnes pour vivement acquiescer. « Notre classe politique est incompétente » , on vous applaudira. Mais dès qu’il faut faire une introspection, et peut-être se remettre en question, nous-même en tant que jeunes citoyens,  il n’y a plus personne. Les jeunes guinéens eux, sont bien trop parfaits.

J’ai toujours été virulente dans mes prises de position, ce n’est pas nouveau. Alors qu’avant cela ne dérangeait point, et qu’on m’invitait à des colloques  pour discuter de mes idées et partis pris, maintenant la société veut que « je fasse attention à ce que je dis, parce qu’on me suit».

Elle me veut parfaite, douce et lisse, qui ne cause pas de problèmes.

C’est la seconde fois, après cette interview-télé que j’évoque publiquement ce tweet, que je continue d’assumer pleinement, quand bien même je sais avoir inévitablement froissé plusieurs personnes. J’étais loin d’imaginer qu’un avis exprimé sur mon propre fil, (il ne s’agit que du mien après tout et qui suis-je ? )  secouerait autant de gens, que j’étais capable de mobiliser et de cristalliser autant de mouvement dans la webosphère guinéenne.

J’ai vu des campagnes #JesuisMediocre (et d’autres, #JeNesuisPasMédiocre) naître en réponse à mon tweet qui a été pris en capture d’écran et transporté sur Facebook. J’en ai souri. Je n’avais pas conscience d’avoir un tel impact, et j’ai dû m’expliquer sur ce tweet à la télévision guinéenne. C’était à la fois flatteur et tellement inattendu.

D’une certaine façon, cela veut dire que mes compatriotes sont sensibles à mes remarques, que je ne suis pas juste une blogueuse dont le contenu laisse passif et dont on ne se préoccupe guère.

On m’a dit, « tu es un leader d’opinion, et tu ne peux plus dire ce qui te passe par la tête ». Leader d’opinion, bof. J’ai toujours réprouvé les expressions toutes faites,« influenceurs », « leader d’opinion », etc. Qu’est-ce qu’elles signifient ? J’aime croire que chaque personne dispose de son libre arbitre et ne peut pas être influencé.

Mais soit. Je ne dirai plus donc ce que je pense. Ce qui fait qu’on m’enlève une autre chose, l’essence même du blogging (et du micro-blogging) à mes yeux. J’en viens donc à accumuler plusieurs réflexions non-dites, enviant mon anonymat des premiers jours.

J’ai des billets très personnels dans mon ordinateur, qui ne sont que l’expression de la vie d’une jeune femme de mon âge. J’en ai d’autres, avec des relents poétiques, où je suis très crue… Mais je ne peux plus les partager, on pourrait m’accuser de faire l’apologie de telle ou telle chose …De ne pas tenir des propos responsables pour « une personne comme moi ». Mais qui suis-je au final ? Plusieurs personnes pensent le savoir, pour m’avoir lue une ou deux fois, pour m’avoir côtoyée trois ou quatre fois, pour m’avoir vue, que dis-je, aperçue entre deux/trois voyages et événements.

En « réussissant » (je le mets entre griffes puisque c’est relatif) par acharnement au travail, les activités que j’ai dernièrement entreprises, j’ai acquis de la notoriété, c’est indéniable. Et ce serait grossier de penser que je peux encore, ne pas compter avec, que je le veuille ou non.

Ceci dit, je n’ai jamais voulu être un exemple ni pour les guinéens ni pour personne d’autre.

Et la vérité, c’est que je suis fatiguée d’être « une jeune fille à qui plusieurs personnes s’identifient» et qui doit donc, se comporter en conséquence. Je veux être moi. Je ne veux pas être idéalisée, idolâtrée, même par de vieux amis de lycée. Puisque je ne me changerai pas pour être adulée, ce franc-parler restera là.

Il y a aussi la peur de ne pas être à la hauteur, mais cela, Anne Marie Befoune l’explique mieux que moi dans son billet  intitulé : Blog, projets, initiatives, j’abandonne tout.

Je vous rapporte les pans de son billet posté sur medium, que j’ai highlighted (éclairé et mis en évidence) :

« Tout simplement parce que bloguer apporte une certaine notoriété. On est connu pour ses idées, on commence à être pris pour référence, les gens posent des questions et attendent des réponses cohérentes et satisfaisantes qu’on a pas toujours sur les sujets qu’on aborde. »

« J’ai peur de continuer de bloguer parce que j’ai peur de décevoir, de donner la mauvaise réponse, de publier un mauvais billet, de ne pas en savoir assez… Et j’ai peur de la responsabilité grandissante qui m’incombe aujourd’hui, celle d’informer, et de bien informer. »

« Écrire ses idées c’est les exposer aux critiques, écrire sur soi c’est se livrer en pâture aux gens qui n’attendent que ça. »

« Jon Westenberg a avoué dans l’une de ses publications sur Medium avoir peur de ne pas être à la hauteur chaque fois qu’il avait affaire à un projet, quelle que soit son envergure (je ne peux fournir le lien, il ne date pas d’hier et ce monsieur publie tous les jours que Dieu fait. Je ne peux le retrouver). Myleik Teele a avoué il y a quelques jours sur son snapchat qu’elle doutait d’elle même. Franchesca Ramsey et Francheska ont toutes les deux déclaré souffrir du syndrome de l’imposteur dans un épisode du podcast The Friend Zone. Après avoir publié plus de 17 livres et reçu tous les prix imaginables, Maya Angelou souffrait encore du syndrome de l’imposteur, qui, au final, ne l’a jamais quitté. »

Syndrome de l’imposteur : Les personnes atteintes du syndrome de l’imposteur, appelé aussi syndrome de l’autodidacte, expriment une forme de doute maladif qui consiste essentiellement à nier la propriété de tout accomplissement personnel. Ces personnes rejettent donc plus ou moins systématiquement le mérite lié à leur travail et attribuent le succès de leurs entreprises à des éléments qui leur sont extérieurs (la chance, un travail acharné, leurs relations, des circonstances particulières). Elles se perçoivent souvent comme des dupeurs-nés qui abusent leurs collègues, leurs amis, leurs supérieurs et s’attendent à être démasquées d’un jour à l’autre. Ce syndrome est notamment sensible parmi les types d’enfants et d’adultes perçus comme à haut potentiel, ou plus couramment nommés surdoués.

(Source : wikipédia)

C’est exactement ça. Et si j’étais un imposteur ? Et si je n’étais pas si brillante qu’ils le disent et qu’ils s’en rendaient compte plus tard ? Le lire ailleurs me soulage, me fait réaliser que je ne suis pas seule à le vivre.

Les gens vous prennent pour un roc, parce que vous continuez à sourire quand bien même les choses se compliquent et Dieu sait qu’elles le deviennent très souvent. Plus vous êtes exposée médiatiquement, plus vous devenez une cible. Mais le pire, c’est sans doute de ne pas pouvoir correctement se défendre.

On ne répond plus publiquement aux attaques même si, les reparties cinglantes (vous en avez des tonnes) vous turlupinent. L’image, il faut travailler l’image et la préserver. Il faut aussi affiner son Personnal Branding (que certains confondent encore avec « se la raconter »). Il faut garder son sang froid en cas de bad buzz, b-a.ba de la gestion de crise. L’expression, c’est « se mettre au dessus de ça ».

On vous place à un tel standing qu’il ne faut plus se livrer à certaines bassesses.

Alors il faut esquiver le plus possible, se positionner au dessus de la mêlée. Je le disais à deux amis, nouvellement blogueurs qui se confiaient à moi récemment, et qui vivaient mal le fait d’être attaqués personnellement après des billets à eux qui avaient attiré beaucoup de lecteurs. Je leur ai dit ceci : « si vous commencez à avoir des commentaires négatifs, c’est que vous faites bien votre travail, que l’on vous remarque, que vous appuyez sur la plaie. Votre « carrière » de blogueur a officiellement commencé. Etre attaqué pour ces idées, c’est noble. De grands penseurs l’ont été ». Je les ai vus requinqués, je l’ai perçu à la lueur qui s’est dégagée de leurs pupilles. Je le pensais sincèrement car de toute façon nul n’est prophète en son pays.

Quand vous devez faire une action, il faut songer à ses conséquences, cette action va-t-elle agrandir votre réseau ou  écorcher votre image publique?

C’est dire à quel point, au gré des interviews, Unes de journaux, opportunités flatteuses d’embauche, messages privés laudatifs, tout ceci devient oppressant. Et la seule vérité qui en ressort, c’est que vous n’êtes plus réellement libre d’être vous-même.

Est-ce avoir un sentiment autodestructeur que de vouloir casser l’image de la femme parfaite ? De se vouloir transpirant de vie et ne pas avoir à calculer comment chaque action sera reçue par la communauté grandissante qui vous entoure ?


Florian, nous ne t’oublierons pas

Florian Kaptue, DR

Le 17 avril dernier, la plateforme Mondoblog perdait un de ses contributeurs, un de ses vaillants soldats du blogging dans un accident de la circulation au Cameroun. Ce frère et ami parti sans que nous puissions lui dire à quel point nous tenions à lui, à quel point il représentait un maillon important de la chaîne Mondoblog, c’est Florian Kaptue, 42 ans. Les blogueurs ont alors, en sa mémoire, rédigé ces quelques lignes. 


Françoise Flageul-Ramel

Florian Kaptue et moi, nous aurions pu nous croiser sans nous parler, sans nous voir, comme toutes ces vies qui vont et viennent, comme des lettres qui voyagent, et puis un jour le courrier s’entasse à la porte car plus personne n’habite à l’adresse indiquée.

C’était sans compter la flamme de Florian et son désir d’aller au bout d’une amitié, de rendre hommage à une française qui lui a tout appris, Sœur Marie Roumy, ne serait-ce que dans sa façon de donner, d’écouter, d’accompagner, parce qu’elle l’a mis lui, Florian, sur le chemin pour à son tour s’intéresser et aider les enfants des rues, en tant qu’éducateur.

Lors de la formation Mondoblog à Dakar, Florian m’accoste parce que je suis bretonne. A ses yeux, je peux l’aider à concrétiser certains de ses projets, dont l’écriture d’un livre dédié à cette religieuse qui lui a peut-être parlé un jour de lointains souvenirs d’enfance en Bretagne. Comment savoir ?

Il me remet un dossier papier sur la dernière célébration de l’anniversaire de la mort de Bombo, comme on l’appelle là-bas, une femme dont j’ignore tout, mais qui est devenue un emblème quelque part sur cette terre, parce qu’elle a voulu que le sens de son engagement soit lié au sort de toute une communauté, au sort des plus fragiles, des plus miséreux.

En pensant à ces mômes à l’abandon, pourquoi ne parle-t’on pas plutôt de graines d’espoir, ces graines d’amour qui poussent dans les rues comme des fleurs sauvages, au gré du caprice des vents, de sols meubles ou d’une faille infime dans le rocher ? Est-ce si contre nature de regarder ces enfants, à l’image des foules de réfugiés que les Etats marchandent au plus offrant, comme un possible espoir incarné ? Celui de vérifier combien une simple main tendue peut décider du cours de nos vies et pas seulement de leur survie.

A Dakar, je ne m’engage pas, je temporise, mais le jour où Florian me recontacte à distance, je suis heureuse d’avoir le dossier sous la main dans la minute, comme si la seule idée de décevoir son attente était une offense que je me serais faite à moi-même.

S’ensuivent des échanges facebook, simples, chaleureux, où je sens combien je peux apprendre de cette expérience qui m’est si lointaine, et dans ma propre histoire, et dans mon quotidien. Florian compte sur moi pour retrouver des éléments de la vie de Sœur Marie Roumy avant l’Afrique et pour l’accueillir quand il viendrait en Bretagne remonter le fil de l’histoire. Il dit merci. Je réponds : de rien, j’espère juste ne pas décevoir ton espoir.

Et la déception vient d’ailleurs, de ce fil rompu quand il n’était encore que l’ébauche du projet à venir, d’une amitié qui ne fait pas défaut même quand l’autre est parti. Ce qu’elle laisse, cette amitié, est tellement fort, tellement porteur de sens. Comment penser l’absence comme une autre présence ?

Ce livre sur Sœur Marie Roumy que Florian Kaptue n’écrira pas existera parce qu’il l’a voulu et parce qu’il ne travaillait pas seul. C’est d’ailleurs cet esprit d’équipe solidaire qui fait qu’une ma boîte de messagerie m’annonce un jour, par la voie du président de l’association, ancien enfant des rues accompagné par Bombo et Florian, la mort accidentelle de celui qui avait commencé à tisser le lien, à Dakar, pendant une formation Mondoblog, pendant que je pouvais ouvrir les yeux sur cette Afrique dont je sais si peu de chose.

Florian m’aurait guidé, Florian m’aurait appris, et c’est comme si la main tendue un jour par une française quelque part sur cet autre continent revenait vers moi pour que j’ouvre mon cœur, mes yeux, mon univers, une main pour m’aider à ne plus avoir peur, moi l’enfant déçue, moi l’ange déchu d’une époque en mal d’utopies humanistes.


Guy Muyembe

Pour moi, Floriant Kaptué était un miroir dans lequel je me reconnaissais. En effet il était un type plutôt introverti. Il aimait à méditer sur tout.

Je puis dire que 70% de ses traits de caractères se retrouvaient chez moi. Et c’est sans doute la raison majeure de la bonne entente entre lui et moi alors qu’on était conduit à partager la même chambre lors de la mondoformation à Dakar.

Il me venait souvent à l’idée d’aller tenter de cerner le sujet de ses pensées par une question  : « Tes enfants ont sans doute pleuré en te voyant quitter Douala, n’est-ce pas ?» Et il me répondait de sa voix hésitante combien il aimerait aller vite retrouver les siens.

S’il y a un un caractère qui le distinguait carrement de moi c’est la «douceur».

À Dieu Florian.


Yves Tchakounté

« Tchakou, on se voit quand ? »
Kaptué, je me rappelle très tristement de ces mots affectueux que tu me lançais comme des intrigues après notre retour de Dakar. Camerounais et vivant à Douala comme moi, le destin a voulu que ce soit à Dakar que nous fassions connaissance. De retour à Douala, tu n’as cessé de me titiller par ces mots qui résonnent encore : « Tchakou, on se voit quand ? ». Ton départ vers l’au-delà est comme une punition pour cette sociabilité non assumée en répondant : « Tu es pressé ? ». Cette réponse me torture encore. Je ne croyais pas si mal faire. Quelle fin ! Seigneur, ait pitié de moi.

Didier Ndengue

Pour Florian

Où es-tu mon grand ? Ton téléphone ne sonne plus, aucun signal. Qu’est ce qui ne va pas ? Es-tu retourné à Dakar, à l’espace Thialy ? Parce que je constate que tu n’es plus dans la circulation. Toi qui me réveillais souvent les lundis matin avec tes multiples appels téléphoniques. « Bonjour Didier ! M’as-tu laissé le journal à Macacos ? » C’est la principale question que tu me posais. « Oui Florian, il y a ton paquet de journaux à la guérite. » Après une dizaine de jours au Sénégal, notre amitié s’est consolidée au bercail. Avant ton départ pour l’éternité, je voulais t’annoncer une bonne nouvelle : J’ai eu un prix littéraire en France en avril. J’imagine ta joie. Et même ta réplique : « Bravo mon frère…on fête ça quand ? »


Roger Comlanvi Mawulolo Las

Tu as participé à tes propres obsèques en rêve,
C’est ce que tu nous as dit dans ton billet du 20 septembre 2014.
Voici ton rêve réalisé. En es-tu heureux?
Ne pouvant le savoir, nous nous te pleurons
Nous sommes choqués et sommes tristes
Que de là-bas tu continues d’écrire, de bloguer
Que là-bas tu continues d’être toujours aussi calme et discret
Que la terre te soit légère et
Que Dieu t’accueille dans son paradis...


Benjamin Yobouet

Tu dragues une fille cette semaine, la semaine d’après, on te dit qu’elle ne vit plus. Tu échanges avec une connaissance matin, le soir on t’annonce qu’elle est partie pour toujours. Tu rigoles avec un ami le soir, le lendemain, on t’apprends qu’il a rendu l’âme.

C’est quoi tout ça? La vie a-t-elle un sens? Aidez-moi à trouver une réponse car je suis bouleversé, attristé, confus… Ce n’était certes pas mon ami mais c’était un blogueur comme moi donc un ami tout de même.

Il aura fallu plus de 2 semaines pour apprendre ton départ définitif dans ce pays où on ne revient jamais. Non ! Florian n’est pas mort. Non et non, il est juste parti là-bas, oui là-bas…Il nous a devancé. Florian, que la terre te soit légère ! Tes amis mondoblogueurs te pleurent…


Atman Bouba

70 au départ, 69 à l’arrivée : un manque désormais à l’appel

Au départ, je veux dire à la formation de Dakar, nous étions 70 blogueurs réunis. Désormais, nous ne sommes plus que 69 pour la simple raison que Florian Kaptue s’en est allé. Florian, a rendu l’âme en avril et aussi bizarre que cela puisse paraître, l’information ne nous ait parvenue que trois semaines plus tard. Ce qui fait froid dans le dos, c’est de découvrir qu’en septembre 2015, il publiait un article sur un rêve qu’il a eu. Rêve dans lequel il était mort suite à un accident de la circulation. Son billet « Comment j’ai pu assister à mes obsèques » est assez troublant. C’est vrai, on avait échangé que quelques mots mais j’avais son visage en mémoire. 70 blogueurs au départ à Dakar, nous ne sommes plus que 69 à présent. Désormais, un seul manquera à l’appel, et c’est Florian.


Moussa Magassa

Quand j’ai appris le décès, je n’arrivais pas à ajouter un visage à ce nom car nous étions nombreux à Dakar. « Florian Kaptue, ce nom me dis quelque chose » me suis-je dis dans un premier temps. Lorsque Guy Muyembe publiait enfin sa photo, je suis resté à la fois consterné et sans mot. Il était calme, assez réservé mais toujours prêt pour le débat. c’est normal car c’était un Mondoblogueur. En ce jour où, à travers les mots tes amis de Dakar te rendent hommage, je veux juste t’exprimer mon regret de ne plus pouvoir te revoir sur cette terre. J’espère juste ne pas être confronté à de pareille situation pour exprimer mon attachement à toutes ces personnes que j’ai rencontré à Dakar et qui font désormais partie de ma vie. Repose en paix frangin!


Dieretou Diallo 

Bonjour Florian Kaptue. Bonjour puisque c’est bien la première fois que nous nous parlons. Oui, car je considère que ces mots que je couche ici sont un échange avec toi. Un échange tardif certes, mais un échange tout de même. En effet, j’aurais pu mieux te connaître à Dakar, venir te parler et peut-être te voler un sourire. Mais j’étais tellement préoccupée par des histoires de paperasse, des problèmes qui semblent si dérisoires désormais, maintenant que tu es parti et que c’est trop tard. Je t’ai aperçu deux ou trois fois en tout, dans les couloirs de l’AUF. Visage éteint, calme, petit sourire en coin… mais tu dégageais une certaine tranquilité, une force latente…

Ton accident m’a bouleversée, le billet prémonitoire que tu as rédigé m’a dévastée et que nous le sachions seulement  3 semaines plus tard m’a consternée.

Tu es parti à la fleur de l’âge adulte, et de ce que j’entends, tu avais plein d’étoiles dans les yeux. Comme c’est injuste, mais nous ne t’oublierons pas. Tu laisses une marque indélébile dans nos cœurs et tu sais ce qu’on dit, « il n’y a que les meilleurs qui s’en vont tôt ». Je veux bien croire que tu fais partie de ceux-là.

Face à l’éphémérité de la vie, je ne peux que te souhaiter de reposer en paix, cher ami, mon frère.


Jeff Aston Ikapi

florian Kaptue, caric, DR

Ce dessin illustre l’un des souvenirs que j’ai pu garder du très discret Florian Kaptue, à l’issue de la formation Mondoblog que nous avions suivie à Dakar. Le mondoblogueur s’en est allé à la fleur de l’âge suite à un accident de la circulation. Le plus troublant est que deux ans auparavant, dans le troisième article publié sur son blog, Florian disait avoir fait un rêve dans lequel il se voyait mourir dans les mêmes circonstances. La croyance chrétienne dit qu’après avoir fait un rêve prémonitoire, il suffit de faire des prières pour conjurer le sort. Si Florian l’avait fait, serait-il des nôtres aujourd’hui ? Je l’ignore. Mais ce qui est sûr c’est qu’au final nous avons tous le même destin et personne ne peut y échapper. A Dieu Florian.


Eric Léon

A l’annonce du décès de Florian Kaptue, notre frère de plume et de clavier àmondoblog, j’étais évidemment incrédule. Non, Florian ne peut pas mourir, pas lui, pas dans un accident de la circulation ! Pas après avoir passé cette formidable semaine avec les mondoblogueurs à Dakar !

Là, il faut que je m’ouvre une bière pour accuser le coup. Je commence à réaliser. La vie tient à tellement peu de choses. Le dernier contact que l’avais eu avec lui était une conversation messenger brève du genre « bonjour Eric, bonjour Florian, alors depuis le Sénégal, tu te portes bien ? (…) » je voulais répondre plus tard. Flemme. Procrastination. Tout moi ça. Et puis voilà, je n’ai plus personne à qui répondre. On croit qu’on aura le temps, mais la mort est là pour nous rappeler que non, on a pas tout notre temps. Je devrais me rappeler de ça tous les jours d’ailleurs.

Et puis, je me rappelle de Florian. Quels souvenirs est-ce que j’ai de lui ? Son regard fixe. Son cahier A4 avec couverture en carton dont il ne se séparait jamais. Sa posture avec un bras dans le dos qui tenait l’autre au niveau du coude. J’avais eu quelques conversations avec lui, mais elles avaient toujours été étranges.

Florian, mon humour et ce post, c’est ma manière de te rendre hommage. Je sais que tu aurais apprécié. A ta manière cependant

Tu sais que je ne crois pas en Dieu, ni au paradis et encore moins à l’enfer. Je crois en la bonté de l’Humain. Tu étais quelqu’un de bon, je le sais. Je ne sais pas sur quelle planète tu te reposes actuellement après ta courte mission sur terre, mais je te souhaite d’y rencontrer toute la paix de notre magnifique univers.

Au revoir Florian.


 

Honyiglo Aris

Florian Kaptue, je ne te connaissais pas, jusqu’à ce que tu commentes un de mes billets. Alors, comme je le faisais souvent, je suis allé voir qui tu étais. Du moins, ce qu’il écrivait, ce que tu disais, le message que tu voulais faire passer. J’ai vite compris, j’ai vite « senti » que tu es, tu étais une personne très humble, calme, peu loquace mais qui cachait une très grande personnalité. La rencontre physique n’a fait que confirmer ce que j’ai pensé de toi à des milliers de kilomètres.

Sauf que tu n’étais pas Congolais comme je l’avais cru mais bien Camerounais ! Sauf que tu n’étais pas bavard mais très affable. Sauf que tu parlais peu mais maîtrisais beaucoup de sujets. Comme tu l’as confirmé dans cette brève discussion que nous avions eu, ce jour-là, à 3 heures du matin.

Adieu Florian !


Ecclésiaste Deudjui

Florian Kaptue est donc mort ! J’ai appris ça comme un coup d’épée dans le ventre, à 1h40 du matin quand je suis rentré chez moi dimanche soir. Je me suis connecté sur notre réseau qui n’est pas si « réseauté » que ça en fait, puisqu’il a fallu plus de trois semaines pour qu’on se rende compte que Florian, l’autre Florian, le Florian invisible, avait finalement décidé de nous abandonner sans même prendre la peine de nous dire au revoir !

Bref, qui était Florian Kaptue ? Je sais que beaucoup de blogueurs ne le côtoyaient pas, ou l’inverse. Je pense qu’il faut qu’on dise à ceux qui n’étaient pas à Dakar que c’était un gars effacé, inaudible, invisible (je sais, je l’ai déjà dit). Et même que quand Melissa nous avait annoncé que « Voilà votre chambre ! », nous avons tous été unanimes pour dire que c’était à Florian Kaptue de conserver les clés de notre cabane.

Alors les mots me manquent, et pourtant ce sont eux qui m’unissent souvent à vous. Mais si jamais quelqu’un me demande qui était réellement Florian Kaptue, si on me demande s’il était bon ou bien s’il était gentil, si on veut savoir si c’était un méchant homme ou alors si c’était un très bon Camerounais, je donnerai toujours la même et unique réponse : Florian Kaptue était un mondoblogueur.


Mon défrisant, l’afro-féminisme et moi

DR
Boite de défrisant, marque Gentle Treatment, DR

Ces derniers temps, je pense à arrêter de défriser mes cheveux. Il faut dire que j’ai lu tellement de choses sur les produits qui lissent les cheveux crépus : toxiques, décapants, etc. Le vocabulaire est saisissant, répulsif, inquiétant.

Mais au-delà, c’est observer la pléthore de jeunes africaines qui franchissent le pas, qui me donne envie. Il faut le dire : le Nappy hair est revenu à la mode.Je l’évoquais déja en mars 2015 dans ce billet. Qui plus est, je ne veux vraiment plus cacher la nature de mes cheveux sous de vils artifices. Je suis noire, africaine et j’ai des cheveux crépus. Je ne suis pas destinée à les avoir raides, alors pourquoi s’obstiner ? Pourquoi se changer ?

Il y a quelques années, j’étais consciente d’avoir des relents de féminisme en moi. Mais je n’osais pas me l’avouer.

J’étais jeune, et ce mot si gros.

Il semblait porter tout le fardeau du monde en lui. Je n’étais pas sûre d’en être une. J’affirmais : » Je ne pense pas être féministe, je suis juste pour l’égalité des droits ». Mais avec du recul, les années et l’assurance aidant, je sais aujourd’hui que le féminisme n’a rien de péjoratif. Que je n’ai pas à m’en cacher, que ce n’est rien de repréhensif. Mais surtout, que d’autres personnes le pervertissent à leur guise ne fait pas que je dois en avoir honte ni m’en éloigner. Si c’est ce que je suis, je l’endosse bien volontiers.

Certains jours voyez-vous, c’est dur d’en être une. Les jours où les hommes mais aussi les femmes vous malmènent, à coups de prétendus « arguments » censés vous contrecarrer, alors que tout ce que vous souhaitez au fond, c’est de meilleures conditions de vie pour vos congénères. Parce que d’autres l’interprètent mal, être féministe – et l’être sous les cieux africains – est extrêmement compliqué, de la dynamite je vous dirai. Tout le monde a un avis dessus, tout le monde pense connaître ce mouvement, et on vous observe telle une bête qui débarque de Pluton. Et ma foi, être afro-féministe, c’est deux fois plus dur.

Je sais que l’on peut être Nappy sans être afro-féministe et que certaines le sont par pur plaisir. Mais dans mon cas, l’envie de passer à l’Afro – qui remonte à bientôt un an maintenant – m’a trouvée avec ma condition de féministe en général, puis d’afro-féministe en particulier. En plus d’aimer mes cheveux comme ils sont, être Nappy pour la féministe que je suis serait clairement un acte politique, militant.

Plus j’avance en âge, plus je me découvre. En 23 ans de cohabitation avec moi, même s’il existe encore quelques zones d’ombres, je sais aujourd’hui ce que je suis, QUI je suis. Du moins je veux avidement le croire.

J’ai défait mes cheveux de mes extensions aujourd’hui et je m’observe dans la glace de ma salle de bain. A part quelques petites chutes sur mes tempes dues à mon ancienne coiffure et à cette mauvaise habitude que j’ai de m’arracher un peu les cheveux de devant en période de stress, ils sont magnifiques. J’ai des repousses et le grain est si gros, comme celui de ma mère. J’aime comme ils sont touffus, j’adore les voir étoffés.


Mais seulement voilà, je n’arrive pas à sauter le pas, à les laisser tels quels. Que voulez-vous que je vous dise ? J’ai un blocage. Je suis des dizaines de pages pour les cheveux afro sur Facebook et j’ai une vraie admiration pour les Nappy girls qui s’assument. Elles sont si belles avec  leurs coiffures, leurs boucles, leurs frisettes, on dirait de la laine. Elles me fascinent, j’aimerais leur ressembler. Je voudrais rejoindre le mouvement d’abord par militantisme (revendiquer ma chevelure afro) mais aussi parce que je veux être moi. Ne plus faire de mal à mes cheveux qui n’ont rien demandé avec des produits chimiques. Mais je n’y arrive pas. Une des caractéristiques du Black féminisme est tout de même la chevelure afro. J’ai l’impression donc, erronée peut-être, qu’en devenant gouffa, je serais enfin une afro-féministe accomplie.

Les extensions et le choix du défrisage sont la solution facile. Basculer vers le Nappy et le rester n’est pas à prendre à la légère, c’est un engagement, c’est du courage et de la ténacité. Je ne suis pas sûre qu’en me levant tôt le matin, je veuille bien consacrer 30 min à 45 min juste à ma chevelure (avec des extensions, je n’aurais qu’à les brosser et à les réajuster). Je ne suis pas sûre de vouloir être toujours à la quête de nouveaux produits naturels pour mes cheveux (Aloe verra, huile de Ricin, etc). Je ne crois pas avoir le temps de fabriquer des mixtures spéciales pour eux les weekends plutôt que d’aller voir mes potes (avocat mélangé avec du citron puis du sel ou que sais-je encore ). Mais surtout, je ne suis pas sûre de me plaire telle qu’elle face au miroir puis de plaire. Serais-je moins jolie, moins attirante avec une coupe afro ?

Suis-je un affreux individu qui n’assume pas son identité? Ou le lobby afro m’a t-il trop lavé le cerveau, et que je peux bien être moi sans m’obliger à avoir les cheveux nappy ? Je ne sais pas. Je n’ai pas ce problème avec ma couleur de peau, que je brandis comme un trophée. Je ne veux nullement me blanchir l’épiderme mais avec mes cheveux, c’est plus complexe.

Ainsi, après avoir dénatté mes cheveux, je suis allée au drugstore exotique du coin et ai acheté un produit défrisant pour mes cheveux. Seulement voilà, je lis en ce moment « Américanah » de la nigériane Chimanda Ngozi Adichie.


Et comme je m’enfonce dans son livre et qu’il m’emplit, je me dis que peut-être, il est temps de prendre mon courage à deux mains et sauter le pas, qu’il faut que je laisse tranquille mes cheveux et que j’arrête de les dénaturer.

De la parole au geste il y a parfois tout un océan. Et pendant que j’écris ce billet, je regarde tour à tour la boîte de défrisant portant la mention « super » pour cheveux très crépus, puis mes cheveux, martyrisés depuis des années. Pour lequel vais-je basculer ?

DR


Le Parisien en 10 points

Andreas Kusumahadi / CC Flickr.com
Andreas Kusumahadi / CC Flickr.com

Depuis deux mois et demi déjà, je côtoie l’espèce parisienne du Français, le Français qui se réclame le plus Français de France. Celui qui a plaisir à se qualifier « de souche » si vous préférez… 

Pour beaucoup d’entre eux, la France se limite à Paris, à leur place Troca’, à leur champ de Mars, à la Gare du Nord, à la Tour Eiffel, aux champs Élysées, blablabla.  Il s’agit là d’une catégorie bien particulière, qui a ses propres codes, sa mentalité, mais aussi son caractère !

J’observe ce spécimen depuis quelques temps et j’ai pu à loisir le décortiquer, l’analyser, le psychanalyser à la Freud. Remarquez, avec tout le temps que l’on passe dans les transports ( 1h de temps d’un point A à un point B ? c’est la baaase ! -entendez le minimum- ). Comment ne pas trouver sujet à distraction, matière à réflexion dans les wagons rouillés qui se traînent clopin-clopant sur les voies du métro (et du RER) parisien ?

Bweef, mes dernières études sur le Parisien seront bientôt publiées dans la revue scientifique Sciences et avenir (rien que la vérité). En attendant, je vous livre ici -et en exclu- quelques remarques tirées de mon décryptage.

1- La Parisienne se maquille dans le métro

C’est un fait de notoriété publique que les Parisiens sont toujours pressés, qu’ils courent  toujours d’un coin à un autre, qu’ils ont en obsession d’arriver en retard. Aussi, j’ai pu constater que leurs femelles ne prenaient pas le temps d’achever leur « customisation » chez elles. Allez on embarque, on finira ça dans le métro va : petit coup de mascara ici, rouge à lèvres repassé par là. Elle attire les regards ? She don’t give a single f*ck.

2- Ils vous demandent la permission de se coller à vous pour passer les portillons du métro

Les Parisiens (beaucoup) n’achètent pas de tickets métro. Parfois c’est même pas qu’ils n’ont pas assez de sous, mais comme ils n’ont pas le temps, (voir point 1) et comme ils courent toujours, bah forcément ils ne peuvent veulent pas s’arrêter au guichet ou à l’automate.

Donc le plus simple c’est vraiment de se coller à votre popotin et de passer ensemble les portillons de contrôle, 2 pour le prix d’un. Si vous acceptez et que vous avez du bol ce jour-là, il vous dira merci après. Sinon observez le partir tel un vantard roitelet … Ce sont les mêmes (les fraudeurs) qui flippent à mort dès qu’ils voient des gens avec des habits aux teintes bleues, vertes ou sombres. Ils s’imaginent tout de suite que ce sont des contrôleurs. Vous le lisez au ouf de soulagement qui se dessine sur leurs traits dès lors qu’ils s’aperçoivent de leur erreur.

3- Ils dorment dans les transports

Oui, c’est comme ça qu’ils font pour reprendre des forces entre 2/3 rendez-vous. Le matin croisez-les à 7h-8h dans le métro, ils font la petite sieste -après s’être maquillé biensur- avant d’arriver au travail. Même constat au retour le soir. Avant d’arriver à la maison, dans le bus ils dorment encore un peu, histoire de prendre de l’avance sur le dodo à la maison… Et méfiez-vous rien ne les réveille, ni le coup de frein violent du chauffeur encore moins les conversations autour. Ils ont un sommeil à toute épreuve, adapté au vacarme parisien quoi. Surveillez vos arrières, l’un d’entre eux pourraient un de ces quatre vous baver sur l’épaule. Li-té-ra-le-ment.

4- Ils lisent, écoutent de la musique et mangent dans le métro

Chris Brown /CC Flickr.com
Chris Brown /CC Flickr.com

Le métro est décidément leur habitat naturel. Ils s’y sentent comme chez eux ces Parisiens. Ils y font tout ce qu’ils peuvent faire chez eux. Vous reprendrez bien un peu de bactéries avec ce grec ?  Miaam ! *selèchelesbabines*

5- Ils râlent all the day

Le parisien ? c’est LE stchroumpf grognon. Au boulot, dans la rue, peut-être même pendant l’amour, il râle. « Y a plus de café ? Putaaain ! »

6- Avoir l’accent du sud ? C’est OUT, ringard. Mais habiter à Nice ? C’est trop claaassssse !

« Ahaha mais regarde comme elle parle ? Tu viens de Marseille? » C’est LA phrase fétiche, tu as envie de les taper. Pour eux tous les accents du sud sont les mêmes, Toulouse, Marseille, Toulon, tout pareil. T’es un blédard point. Par contre habiter la Côte d’Azur? (comme moi) ça c’est d’enfeeer ! « Hein que tu fais la fête tout le temps Dieretou?, Allez c’est trop beauu *yeuxdebiche* je t’envie, tu fais la belle vie » Pause. Hashtag-plage. Hashtag-beau temps. Hashtag-French Riviera AKA coin de riches ». Mouais.

7- Petit rayon de soleil ? On sort les débardeurs alors qu’on se les gèle !

Le Parisien s’en fiche de la température dès lors qu’il y a un peu de soleil. On dégaine les débardeurs et les tongs, il fait 0 dégré mais il fait beau c’est la fête du slip ! Allelujaah !

8- Dans le métro, ils se mettent toujours du côté de la sortie qu’ils vont emprunter

C’est pour gagner en temps qu’il te dira. Tu es au numéro 8 et tu n’as toujours pas compris que le capitalisme l’a formaté pour aller plus vite, à avoir un meilleur rendement, à augmenter la productivité ? Zéro spontanéité, il calcule tout. Le parisien a un planning, il programme tout.

9- Si tu le croise à la machine à café et que tu lui en offre un, il insistera pour te le rendre (tous les Français, mais beaucoup plus le Parisien tout de même)

Mais c’est parce que dans son petit monde, rien n’est gratuit dans la vie. Il est éduqué et s’est socialisé comme ça. Vous croisez votre collègue à la machine à café du bureau mais il se rend compte qu’il n’a plus assez de pièces ? Il accepte le vôtre un peu gêné (mais volontiers quand même, comment se passer de cette drogue, celle qui nous fait tenir surtout en hiver?) mais vous promet de vous le rendre demain. « Prochainement c’est moi qui offre » dira-t-il tout sourires.

10- Il ne prend plus le taxi, il prend Uber la journée et Heetch la nuit

Pff, le taxi c’est so dépassé ! Heetch is le new Punk ! Non seulement c’est moins cher et en plus c’est plus agréable alors pourquoi s’en priver ? 🙂 Rien à foutre de la grève des chauffeurs de taxi, ce qui lui importe c’est de faire des économies.

Maintenant vous saurez les reconnaître !


Découvrez #PGCBénin !

Communiqué de presse PGCBenin 2016

Le Programme de Gouvernance Concertée du Bénin – #PGCBénin,  vise à recueillir du 1er février  au 5 mars 2016 sur www.pgcbenin.org , les attentes et contributions des citoyens béninois à l’endroit du prochain Président de la République qui sera élu à l’issue de l’élection présidentielle de 2016.

L’objectif de cette initiative est de permettre à toute personne en général et à chaque citoyen béninois en particulier de contribuer au développement du Bénin à travers des propositions concrètes faites surwww.pgcbenin.org/questions .

Chaque participant au #PGCBénin pourra :

  • Remplir le formulaire et s’identifier sur le site pour être potentiellement recontacté par le Président de la République élu (si ses propositions sont jugées pertinentes par ce dernier) ;
  • Télécharger sa photo sur le site web pour avoir son badge de participation au #PGCBénin ;
  • Recevoir par mail une synthèse de ses contributions dans le cadre du #PGCBénin.

La liste des participants à travers leurs badges est disponible sur www.pgcbenin.org/wall .

Le PGCBenin est une initiative de la No Limit Génération (organisme communautaire pour une jeunesse engagée) en partenariat avec le répertoire des talents Irawo, le Collectif des Créatifs du Bénin (CCBENIN), et la société de développement informatique OlaSoft.

Le comité du PGCBénin s’engage  à transmettre au prochain Président de la République une synthèse de toutes les propositions des internautes.

Cette action digitale et engagée donne une nouvelle dynamique à la démocratie béninoise, devenue désormais par le numérique, plus participative et inclusive.

 

Contact: Comité- PGCBénin

contact@pgcbenin.org

https://twitter.com/pgcbenin

https://facebook.com/pgcdubenin/


Ode à la jeunesse

A Moment Alone, Richard Cawood CC flickr.com
A Moment Alone, Richard Cawood CC flickr.com

Demain elle se fera belle et elle ira faire des photos. Oui, elle ira immortaliser cette période, ce moment, cet instant T. Elle ira gélifier ses traits sur une pellicule car elle sait que le temps ne s’arrêtera pas. Que le temps ne l’attendra pas. Elle a entendu dire que la vingtaine filait à une allure démoniaque, comme si tout d’un coup les éléments s’alliaient contre vous. Contre votre entrain, contre votre jeunesse.

Oui demain elle ira. Elle ira se faire prendre en photo chez ce professionnel. Il essaiera, elle lui demandera de saisir son visage sans rides dans la pierre, elle veut se le rappeler dans vingt ou trente ans. Elle veut se rappeler ses courbes généreuses. Elle veut se souvenir de cette nature qui fut un moment clémente avec elle. Car dans quelques années, la mégère changera de camp, elle ira dorloter une petite adolescente dans la quinzaine. Elle et la nature seront alors ennemies. Elle commencera à lui retirer un à un ses avantages : plasticité de la peau, teint coloré, cheveux noirs. Oui elle reprendra tout. Quoi vous pensiez que c’était offert ? Non c’est un emprunt. Tôt ou tard elle reprendra ses droits sur vous. Elle sait qu’elle fait une vilaine narcissique! Mais elle s’en contre-fiche, elle veut. Tout simplement. Demain elle ne ressemblera plus à ça, elle ne sera jamais autant celle qu’elle est aujourd’hui qu’à ce moment précis.

Elle ira poser les yeux pétillants de bonheur. On lui dira qu’elle est renversante comme d’habitude. Elle savourera chaque compliment. Demain plus personne ne se retournera sur son visage. Elle sait. Alors elle n’a que faire de vos élucubrations. Elle n’en a que faire. Elle n’a pas de comptes à rendre, elle vous fait même un doigt d’honneur. Le soir elle aime la fumée qui s’évapore du narguilé et de ses poumons. Elle aime ces instants où elle nage dans un état second,oui elle aime. Elle aime la nuit lorsqu’il la rejoint aussi, lorsqu’il la serre et lui fait des baisers dans le cou. Elle aime quand c’est quelqu’un de différent chaque semaine. Elle ne supporte plus toutes ces relations sur le long terme. Certaines savent laisser sur vous une marque indélébile et forcément qui vous changent. Elle guette sur sa peau chaque petit changement, se promet de commencer les anti-rides deux ans plus tôt que la date conseillée. Elle a tellement peur de tomber dans les oubliettes, de mourir. Que personne ne se rappelle de son prénom dans cinquante ans. Comme elle aimerait imprimer son nom sur le grand livre de la vie et du monde, à la manière des Aristote, Einstein. Mais elle sait qu’elle aura du mal, que la route est longue, parsemée de croche-pieds. Elle espère… et pendant qu’elle avance en âge, elle déprime et s’inquiète. Elle sait qu’un jour, elle aussi aura à exhaler son dernier souffle. Cette pensée la tétanise, ne plus vivre, ne plus aimer, ne plus vibrer au gré des dernières modes. S’éteindre tout simplement, tout calmement, tout doucement…Comme si elle n’avait jamais existé.


From Africtivists to Mondoblog, péripéties d’une guinéenne à Dakar

Cars Rapides à Dakar. Crédit Photo : fraggedreality (flickr.com)
Cars Rapides à Dakar. Crédit Photo : fraggedreality (flickr.com)

Par trois ou quatre fois, j’ai failli ne pas m’y rendre. Qu’y ferais-je ? Avec des gens que je ne connais pas, que j’ai brièvement côtoyé seulement sur internet. Est-ce que ça vaut le coup au final ? Je n’avais pas la tête à ça, je ne voulais pas me forcer à sourire, à faire mine de m’intéresser aux discussions, aux ateliers de formation ou même aux gens alors que j’étais en deuil, et que papa me manque férocement. Cela faisait une semaine que j’enchainais les nuits blanches, aux prises avec de coriaces insomnies. Puis on m’y a encouragée, on m’y a obligée presque et je ne regrette tellement pas d’avoir cédé.
Du Sénégal, je ne connaissais que le nom et de lointaines anecdotes contées par ma mère, Toucouleur d’origine sénégalaise. J’étais conviée au premier sommet de la ligue des blogueurs et activistes africains, rencontre physique de plusieurs e-citoyens engagés pour la démocratie dans leurs pays respectifs et ayant pour objectif de concrétiser l’initiative du réseau Africtivistes. Le sommet durerait trois jours puis je basculerais dans un nouveau bain, non moins coloré, non moins diversifié : celui des Mondoblogueurs qui tiennent leur formation à Dakar avec l’équipe de l’Atelier des Médias de Radio France Internationale.
Je suis quelqu’un de nature extravertie, rencontrer du beau monde ne me fait pas peur, j’adore tenir de longues discussions, débattre à souhait de tout et de rien (dès lors qu’il y a matière et que le sujet m’intéresse). Aussi en règle générale, de telles rencontres sont choses qui m’enchantent. Mais voilà, papa était parti et je n’étais même pas sûre d’être prête à affronter mon quotidien habituel, banal ici à la fac, à plus forte raison participer à d’aussi grands et ponctuels croisements de cultures et de personnalités différentes qui laissent des impressions indélébiles. Maintenant avec du recul, je pense m’en être bien sortie même si la succession de malencontreux événements ont quelque peu terni mon séjour mais n’en n’ont pas moins révélé la saveur et l’intensité.
En effet j’aurais dû me douter que ce ne serait pas un voyage comme les autres lorsque le 25 Novembre, alors que j’embarquais de Nice pour Paris, les douaniers ont jugé utile de retourner la moitié de ma valise de cadeaux destinée à ma famille en Guinée (qu’un ami blogueur croisé à Dakar devait leur faire parvenir) sans raison apparente. Irritée, je décide de faire contre mauvaise fortune, bonne figure. Ce n’est pas bien grave, avais-je dédramatisé. Je rachèterais d’autres cadeaux sur place, une fois arrivée que je ferai emballer. C’est ainsi que j’arrive à Paris Roissy Charles De Gaulle en escale, le temps est tellement grisâtre par ces temps d’attentats, de prochaines législatives (mais aussi de COP21) que je suis bien heureuse de pouvoir m’échapper de cette atmosphère au moins quelques jours.
Embarquement pour Dakar, catastrophe. Je tombe sur un douanier plein d’aigreur et raciste. Je ne pense pas ressembler à quelque extrémiste dans mon jean moulant, mon débardeur et mes escarpins de 10cm. Pourtant je fais l’objet d’une fouille mesquine, désagréable, et plus loin d’abus de pouvoir avec cette phrase lancée avec dédain face à mon impatience : « Je prends autant de temps que je veux, je peux décider que l’on descende vos bagages de la soute pour les fouiller sans explications, je le fais si j’en ai envie et vous raterez votre avion puis c’est tout ». Il me balance les yeux méchants : « Vous parlez français ou pas ? » Ce à quoi je rétorque du tac au tac « : Je ne sais pas, essayez pour voir. » La couleur de notre entretien est donnée. Questions poussées : objet de mon voyage, durée de mon voyage, raison de ma présence en France, date d’arrivée en France et j’en passe. Mon bagage de cabine est minutieusement retourné, mon passeport est ausculté sous toutes ses facettes, mes chaussures sont renversées, histoire de voir si quelque chose y est caché, ma trousse de maquillage est passée au peigne fin. Exaspérée, j’avance cinglante : « Vous voulez pas que je me foute à poil non plus ? Est-ce que j’ai l’air d’une terroriste ? « . Je ne me laisse pas faire et cela le met de mauvaise humeur car annihilant la piteuse autorité qu’il veut imposer, il s’acharne, je m’énerve : « J’ai hâte de finir mes études et de me barrer d’ici ». Il répond : « Oui c’est ça, partez tous ! ». Sourire ironique, je lui réponds que je resterai, rien que pour le plaisir de faire chier des gens comme lui. Je bous de colère, d’impuissance.

C’est aussi cela la France d’aujourd’hui, un pays qui cède de plus en plus au repli identitaire et à la xénophobie.

Plus de quarante cinq minutes d’élucubrations, de va-et-vients au bout desquelles je suis au bord des larmes, je n’ai pas d’énergie pour lutter en ce moment. Je trouve tout de même l’ultime force de lancer  : « Si l’avion part, et que vous ne trouvez rien dans mes bagages en soute par la suite, je ne répondrai plus de moi. Je ferai un scandale, je m’en fiche d’aller au commissariat. Je viens de perdre mon père et la dernière chose dont j’ai besoin, c’est qu’on me traite comme une moins que rien. » Petite tirade qui a du trotter dans leurs esprits. Ils ne trouvent rien, et sont bien obligés de me laisser partir après quelques vaines tentatives de justifications et recommandations pour la suite de mon parcours. J’embarque en dernier toute chamboulée, les portes de l’avion se referment juste après moi. « Dakar commence bien » me dis-je. Le vol se déroule sans encombre et l’aventure commence à Dakar. Sauf,… sauf qu’une valise est restée à Charles De Gaulle. Nouveaux tiraillements avec Air France qui tarde à me l’expédier et je n’obtiens ma valise que 72h après mon arrivée, c’est-à-dire à la fin de mon sommet, après avoir porté le même Jean plus de 48 heures.
C’étaient trois jours palpitants, rythmés de séances de discussions animées, d’ateliers instructifs de pauses café, déjeuners succulents, de rencontres passionnantes. J’ai rangé la perte de mon père dans un coin de ma tête et j’ai profité de chaque instant. J’en ressortais nettement plus outillée, plus vivante. Des Africains de l’est, de l’ouest, du nord, du sud, du centre, des rires à gorge déployée, des cultures différentes. Cet excellent orateur et maître de cérémonie que fut l’Ivoirien Cyriac Gbogou, juste équilibre entre sérieux et ton badin tout au long du sommet. L’opportunité de rencontrer physiquement le ministre sénégalais de la culture et très célèbre artiste Youssou N’dour venu nous dire bonjour mais aussi Cheick Fall, Aisha Dabo, Mohamed Diaby, Moussoukoro Diop,Demba Gueye, Cedric Kalonji, Anna Gueye, … des personnes engagées, des monuments dans leurs pays, et sans aucun doute des exemples pour tous.
Certes il m’arrivait de devoir me retirer une heure environ dans un coin seule, coupée de tous pour souffler, reprendre mes esprits, penser à papa, faire le point moralement de la journée car avant tout, c’est dur de sourire constamment à des inconnus quand le cœur n’y est pas, de devoir montrer que l’on est forte quand on a juste envie de s’effondrer. Mais ma cachette fut bientôt découverte (comment ? je ne sais pas, je pense avoir été suivie par un indic’ :-p ) et chaque fois que je m’y refugiais, un activiste arrivait plein de sollicitude : « Tout va bien Dieretou ? » ou encore « Tu es sûre que ça va ? ». Et un de ces jours, on m’a envoyé le président de l’association des blogueurs guinéens lui-même : « Elle se cache là-bas, va la voir ». J’avais envie de leur crier : « Mais OUI, tout va bien, j’ai juste envie de me retrouver seule un petit moment . » Si bien que j’arrêtai de m’y rendre, craignant de passer pour la dépressive du coin. 🙂

Mais j’étais emplie de joie, car tous ces gens qui ne me connaissaient ni d’Adam ni d’Eve faisaient malgré tout attention à moi, à mon bien-être, me prenaient dans leurs bras, me taquinaient, félicitaient mon courage d’être là lorsqu’ils apprenaient la raison de ces retraites solitaires. J’ai eu droit à un nombre incalculable de câlins, j’ai pleinement aspiré les parfums de chacun d’eux, senti des odeurs agréables d’After-shave que je retiendrai toute ma vie. J’ai fait ma réserve de bisous pour le reste de l’année, avec des barbes d’un jour qui me piquaient agréablement les joues. Tout ça me regonflait, me boostait. J’étais choyée, c’était exactement de cela dont j’avais besoin. Et cette chaleur humaine gommait presque toute ma tristesse. Africtivistes a été une cure pour moi, j’étais en de bonnes mains. De la nourriture pour l’âme, le cœur et l’esprit. L’aventure s’est terminée avec une escapade à Gorée, chaque particule de mon corps a pleinement vécu l’expérience, cette île ainsi que son histoire vous agrippent à la gorge. Pendant que la chaloupe naviguait sur l’océan, je sentais un bien-être inégalé m’envahir. Je m’étais faite une nouvelle famille et elle était juste là à mes côtés.
Puis je suis passée avec les blogueurs du réseau Mondoblog, toute autre expérience mais tout autant plaisante. A laquelle j’aurais aimé profiter comme avec Africtivistes mais le sort continuait à m’en faire voir de toutes les couleurs. Bientôt, je me rendis compte que j’avais perdu ma pièce d’identité française quelque part entre mon déménagement de l’hôtel N’diambour où je résidais pour le sommet vers la villa Keur Mithiou , document sans lequel je ne peux pas revenir en France. Sans tarder, il faut engager les démarches auprès du consulat français au Sénégal afin qu’ils me fournissent de nouveaux papiers pour rentrer chez moi, je ne pouvais pas m’absenter longtemps et mon billet retour est déjà pris. Les cours m’attendent, les examens, etc. Je commence à stresser de ne pouvoir pas rentrer dans les temps, car il faut un délai de traitement du dossier au consulat même en cas d’urgence. Je participe aux ateliers de formation de l’Atelier des Médias, mais j’ai un peu l’esprit ailleurs, je dors mal. Le séjour prend une teinte ocre pour moi. Mais Mondoblog 2015, ce fut tout de même des rencontres intéressantes, originales. Pendant une semaine, c’étaient des trajets en bus partagés, des repas pris ensemble, une atmosphère bonne enfant et certains ateliers qui me parlaient plus que d’autres. Tout le monde était d’une gentillesse inouïe avec moi, j’ai reçu des condoléances avec des mines attristées mais je me veux rassurante en les remerciant : je vais mieux et même bien. Je tisse une relation particulière avec les Mondoblogirls de ma chambre : Françoise une française énergique et qui est toujours de bonne humeur et Emma, une Haitienne aussi tendre que son prénom, avec qui je me lie tout de suite d’amitié, complice de mes sorties nocturnes.
Les jours passent avec une vitesse affolante et je m’attache au Sénégal en dépit des mésaventures administratives qui me poursuivent avec constance car bientôt je ne tarde pas à perdre mon portefeuille tout entier cette fois, avec tous mes papiers et mes devises étrangères dans un taxi le jour J de mon départ (déjà repoussé une fois) mais bon passons. Je retiens des Mondoblogueurs, des gens joyeux, portés sur des moments partagés autour d’une bonne bière (salutations au Crew de la « dibiterie » Chez La Congolaise 😉 ). Puis arrive le jour du dîner de pré-clôture au restaurant La Calebasse, dans le quartier au nom qui fait jaser : les Mamelles. Ça faisait longtemps que je ne m’étais autant sentie si bien et pour cause nous étions en train d’organiser une « soirée After » dans une discothèque de la place, la la Mondoblogueuse Béninoise Lucrèce et moi. Je défilais de table en table et recensait les partants pour la virée nocturne. Très belle soirée durant laquelle j’ai vraiment fait abstraction de tous les aléas du quotidien, on a vécu le moment à l’instant T.

Certains plus que d’autres, mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus car vous savez ce qu’on dit : ce qui se passe à Dakar reste à Dakar.

C’est ainsi que j’apprends que je devrai prolonger mon séjour d’une semaine à compter du dimanche de la fin de la formation car le consulat doit contacter la préfecture de ma ville pour un je-ne-sais-quoi de procédurier. Grand Merci à Manon Mella pour sa diligence, son suivi et sa disponibilité d’ailleurs. Maintenant tous les blogueurs sont rentrés chez eux et Lucrèce m’accueille à bras ouverts chez elle le temps d’une semaine en compagnie de ses 2 colocataires, également béninoises. Un autre épisode de mon séjour commence. J’aime répéter qu’au Sénégal j’ai vécu trois expériences, trois voyages en un, trois ambiances : Africtivistes, Mondoblog, et Chez Lucrèce. J’ai découvert l’hospitalité béninoise, ces trois filles sont juste magiques et je leur en suis reconnaissante de m’avoir hébergée. Lucrèce est une oreille attentive, sa voix ne s’élève jamais à plus de deux décibels, douce, présente et disponible. Candide son amie, avec ses infusions de thé qui m’apaisent, son sourire communicatif ainsi que le calme d’Ornella me font vivre une jolie expérience humaine, exquise, inoubliable.
Mais le Sénégal c’est aussi des rues sablonneuses qui vous font regretter bien trop tard d’avoir porter des chaussures blanches, c’est une chaleur suffocante qui vous enivre et vous fait sentir bien en Afrique. Ce sont les magnifiques plages de Saly (coucou à Djarma, M’bengue et Lulu, ma Team Saly), ce sont des chauffeurs de taxi qui s’arrêtent en pleine course car ayant un appel urgent à passer (tant pis pour vous si vous êtes pressé, bah oui et puis quoi ? ). Au pays de la téranga, en voiture utiliser son clignotant est optionnel, on conduit en plein milieu de la route entre deux voies, ah sisi… vous pouvez me croire. Vous courrez tout droit à l’accident si vous respectez le VRAI code de la route, il faut juste s’ajuster, s’adapter et conduire comme eux. Mais il est également remarquable de constater comme la vie y est chère, plus chère qu’à Conakry par exemple : l’argent fondait à une telle vitesse que je trainais Lucrèce au bureau de change tous les deux jours et même qu’une fois nous avons dû attendre une heure rien que pour changer 100 malheureux dollars (mais je crois que cela fera l’objet d’un autre billet co-écrit cette fois, car cet épisode c’était vraiment la cerise sur le couscous, oui oui le couscous 🙂 ). Merci à lui, cet autre, d’avoir rendu mon séjour un peu moins rude et mes soirées si fabuleuses.
Bref au terme de ce passage, j’ai vécu tour à tour un enchantement humain puis les coups de griffe du destin : je suis rentrée en France sans mes papiers, sans mes cartes bleues, sans ma SIM française, sans l’argent liquide (environ 300 dollars USD, 200 euros et 30 mille CFA), sans ma carte vitale, sans mon permis de conduire, sans ma carte étudiante. Vous pouvez me croire quand je dis qu’en dépit de tout cela, la Téranga porte bien son nom de « Terre d’hospitalité ». Ce voyage au Sénégal, c’était un rencard avec un inconnu, qui s’est transformé en corps à corps puis en rendez-vous amoureux. Je reviendrai assurément, si les cieux le veulent bien.


Papa est parti

Papa est parti. Quand on me l’annonce, je suis dans mon lit, en train de lire un énième bouquin. Papa est parti.  Je n’entendrai plus ses : «  tu es ma préférée » et maman lui reprocher de le dire alors qu’il a d’autres enfants qui pourraient entendre. Pendant que je me roule par terre me tenant le ventre, sur le carrelage glacé de mon appartement, une pensée m’obsède. A-t-il eu froid lors de son dernier soupir ? A-t-il eu peur ? J’aimerais savoir le sentiment exact qui l’a traversé quand il s’est éteint. Quand mon papa s’est éteint. Mais personne n’est en mesure de me le dire. Je n’assisterai pas à ses funérailles qui ont lieu aujourd’hui, et la dernière image que j’ai de lui, c’est le jour où je lui ai offert ce coffret de montre de luxe. Mon père adore les montres. Je ne savais pas quoi lui offrir en rentrant en Guinée pour l’été, ma sœur a évoqué une montre. J’ai pris une montre. Pendant que ma famille se trouve à des milliers de kilomètres, se consolant les uns avec les autres. Je suis ici, misérablement seule. Papa est parti. Est-ce qu’il portait la montre ? Quand je la lui ai offerte, il était tellement heureux qu’il a déballé le cadeau sur le champ, et l’a glissée à son poignet. Cette image m’habite. Papa était fier de moi, je le sais. Et maintenant, on ne me donne même pas le droit de le pleurer tout mon saoul, de toutes mes entrailles et de toutes mes viscères. On me lance des : « tu es musulmane, tu crois en Dieu, il faut que tu arrêtes maintenant ». Ou encore, « ce n’est pas bien pour lui toutes ces larmes, il a juste besoin de prières ». Je ne saurai pas où ils le mettront sous terre, je n’ai pas le droit d’y aller. Non seulement parce que je suis ici et qu’ils ne m’attendront pas pour le faire mais aussi parce que dans ma religion, les cimetières et les enterrements sont une affaire d’hommes.

Mes amis appellent, ils veulent être avec moi. Je réponds sans vraiment répondre. Lorsque je décroche, aucun mot ne peut franchir mes lèvres, respiration saccadée, nez qui coule, j’extirpe la douleur qui me tenaille jusqu’à la moelle épinière. Je vocifère comme une lionne en cage. Non seulement parce que je l’ai perdu, mais aussi parce que je suis loin. Est-ce qu’en dépit de nos rapports en montagnes russes, il savait que je l’aimais ? J’ai un caractère fort comme le sien, et souvent nos deux caractères entraient en collision, occasionnant des étincelles. Ca arrive, me direz-vous. Je n’étais pas le genre « fille pourrie gâtée de papa », non avec papa j’avais des discussions. Mais est-ce qu’il savait que je l’aimais ? Papa n’était pas un homme parfait, je lui reprochais certaines choses. Mais j’ai de bons souvenirs également. Et ce soir, ceux-ci me reviennent férocement en tête, par effraction.

Ca y est, on me l’a annoncé. Je le sais depuis deux ou trois heures maintenant. J’ai perdu la notion du temps. C’est également moi qui suis chargée d’avertir mes grands frères, c’est moi que maman a appelé en premier. Allez savoir pourquoi. Peut-être parce que j’appelais matin midi et soir, anxieuse de son état. Je préviens la famille et me glisse dans ma torpeur, comme paralysée. J’ai mal au ventre, j’ai une boule à la gorge, j’ai envie de vomir. Maman me l’a dit en pleurant. Sur le coup, je n’ai pas pleuré. Il m’a fallu du temps pour réaliser. Je n’avais qu’une seule peur : celle de perdre un de mes deux parents pendant que j’étudie en France. Mais je n’y ai pas échappé, papa est mort alors que je suis là. Je n’ai plus qu’un parent. Désormais quand les gens me diront : « et tes parents ils vont bien ? », je ne répondrai que pour un seul. Je suis orpheline de père. Orpheline-de-père. Les mots font cruellement écho dans ma tête. A vrai dire, je ne savais pas que cela m’affecterait autant ni que je l’aimais à ce point. Papa était malade depuis longtemps. Je savais que je devais psychologiquement m’y préparer. Mais tout ce que j’avais imaginé était tellement en deçà de la réalité. Pendant que la peine et la douleur me malmènent, je pense à des choses absurdes. Je pense par exemple à ce devoir d’anglais toujours pas traité. Il faut absolument que je le fasse, me dis-je. Je me lève subitement, il est 2h du matin, je n’ai pas vu le temps passer. Je suis ivre d’amertume, j’ai un goût acre dans la bouche. Les yeux bouffis et cernés d’avoir pleuré des heures, j’ai une sale mine et je ne pense qu’à une chose : faire le devoir d’anglais de Madame Ferrero. N’importe qui aurait songé à prévenir l’université, qui comprendrait sans doute. Mais c’est comme si j’étais dans le déni, alors que je sais que non, ce n’est pas mon genre. J’ai une douleur lancinante à la tête. J’avale précipitamment des cachets et me met devant mon exercice d’anglais puis… éclate en sanglots. Papa est parti et je ne suis pas là-bas. S’est-il senti entouré lorsqu’il expirait pour la dernière fois ? A-t-il eu mal au cœur comme cela lui arrivait souvent ? A-t-il vu sa vie défiler devant lui ? Mon papa est parti et je ne l’ai pas vu. On me dit de me calmer, je ne suis pas la seule à ne pas l’avoir vu, mes frères aussi vivent à l’étranger. Mais je m’en fiche, à ce moment précis je ne pense qu’à mon deuil à MOI. Que les autres se débrouillent, que chacun se débrouille avec son lot de tristesse. La mienne est immense, c’était moi « sa préférée » un point c’est tout. Papa est parti et il ne m’a pas vu, il n’a pas vu sa fille cadette. J’étais trop occupée à travailler, et à cracher de bonnes notes dans un pays étranger en échange de félicitations. Il ne verra pas mes enfants, il ne me verra pas mariée, il ne me mènera pas à l’autel. Mes yeux sont un long fleuve qui coule sans tarir.

J’arrête de décrocher mon téléphone, j’arrête de répondre aux messages une bonne heure ou deux, complètement déconnectée de la réalité. Je tente maladroitement d’apprivoiser mon mal. Mes amis s’affolent, ils veulent que je prenne le premier train pour les retrouver, d’autres n’attendent que mon signal (et mon adresse dans ma nouvelle ville) pour arriver. Silence radio. L’une de mes amies appelle les pompiers de ma ville. Ils craignent que je ne fasse une bêtise, je suis toute seule dans 20 m2 et je dois faire mon deuil. Alors j’émerge lentement de mon état, et tente de les rassurer tant bien que mal un à un. Je ne veux voir personne mais je vais bien, je veux juste être seule. Heureusement, ils comprennent et n’insistent pas. J’ai le vertige, j’ai sauté plusieurs repas au cours de la journée et je commence à le sentir. Je décide de me faire une tasse de thé, le thé me réconforte toujours en période normale mais aujourd’hui il n’y arrive pas. Je pense que je ne survivrai pas à cette nuit qui s’annonce longue. 4 h du matin, je fais un tour sur les réseaux sociaux. Flopée de notifications,je constate que la nouvelle s’est vite répandue. Par politesse, alors que le cœur n’y est pas, je commence à répondre aux messages de condoléances puis ma poitrine éclate, embrasée de douleur. Cette fois, c’est vraiment vrai. Papa est parti le 17 novembre 2015. Un mois de plus et il aurait tenu jusqu’en 2016, mais il n’en pouvait plus le pauvre. 7 h du matin, puis 8 h, je suis assise dans mon lit sans bouger, les yeux écarquillés et gonflés, les membres endoloris. Je pense à ma famille qui doit s’affairer aux préparatifs dans ma ville natale, loin de moi. Je dois me rendre à l’évidence, je serai bel et bien seule ici dans cette épreuve. Je prends mon ordinateur, pour essayer de coucher le trop-plein d’émotions. Tout pour ne pas y penser. A 22 ans, je n’ai plus de papa mais je lui pardonne d’être parti, tout. Merci de t’être battu jusqu’à ce jour. Repose en paix, papa.

 

Ta préférée.


Guinée, auras-tu appris de tes erreurs?

Affrontements au secteur Madina le Jeudi 9 Octobre lors du retour du candidat Cellou Dalein
Affrontements au secteur Madina le 9 octobre lors du retour du candidat Cellou Dalein à Conakry. Crédit Photo : Bah Binany

A l’orée de l’élection présidentielle guinéenne dont le premier tour s’est déroulé le 11 octobre 2015, le paysage politique a l’air de se décanter laissant apparaître les abysses (ou devrait-on dire les abîmes) d’une société guinéenne bien décousue, malheureusement.

Existe-t-il autre meilleure période que celle électorale pour voir, constater et toucher du doigt le manque d’éducation politique des Guinéens ? J’en doute. Car c’est pendant cette période qu’ivresse du pouvoir oblige, les uns et les autres se lâchent, se laissant aller à la laideur comportementale la plus obscène.

C’est lors des élections que subitement, les Guinéens se rappellent qu’ils sont d’ethnies différentes, portent des noms de famille différents alors que jusqu’alors ils cohabitaient relativement bien ensemble. Quoique dernièrement, en dépit de ce que l’on veut absolument faire croire à coups de slogans comme  » la Guinée est une famille« , le tissu social  guinéen s’est assez dégradé. Hier 9 octobre, pendant que des violences éclataient à Conakry, des messages incitant à la haine circulaient sur le réseau social Facebook.

Capture d'écran de messages incitant à la haine, à la violence.
Capture d’écran de messages incitant à la haine, à la violence.

Est-ce complètement utopique de penser que le pays aura appris de ses erreurs de la présidentielle de 2010 ? Lors du second tour qui opposait les deux candidats Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo respectivement d’ethnie malinké et peulh, on n’avait frôlé l’affrontement ethnique. De puantes stratégies politiques utilisées de part et d’autre ont fait en sorte que l’échiquier politique guinéen se soit transformé et désormais hiérarchisé en ethnies. Inéluctable résultat d’hommes politiques nullissimes et au niveau intellectuel souterrain, ne disposant d’aucun autre moyen pour « fédérer » des individus autour de leur idéal égoïste : celui de gouverner une nation. Individus manipulés, portés sur la violence qu’ils appellent pompeusement « militantisme politique. »

Mais qu’est-ce que la définition d’un militant politique ?

Un militant c’est avant tout quelqu’un qui partage les idéologies d’un groupe, groupe que l’on appelle parti politique en général. Mais s’il les partage, c’est que bien entendu il les connaît et les comprend. COMPRENDRE : verbe du troisième groupe signifiant assimiler, saisir par l’esprit, l’intelligence ou le raisonnement. Le militant politique aide à diffuser autant que possible le message du groupe auquel il est affilié parce qu’il y croit. Il participe à des meetings, des débats intellectuels, des échanges constructifs. Il pense que ce message, différent des autres changera positivement la destinée de son pays. Il paie des cotisations à la régie financière de son parti.

Emeutes signalées à Conakry, le 9 Octobre 2015
Émeutes signalées à Conakry, le 9 octobre 2015. Crédit Photo : Bah Binany

En Guinée, les militants sont en général des jeunes désœuvrés qui sautent sur la première occasion qu’on leur offre de rentabiliser ce temps à ne rien faire. En échange de quelques dérisoires francs guinéens, ils arborent des t-shirts à l’effigie de leaders politiques dont ils ne connaissent rien. Ils installent de grosses sonorisations qui diffusent du hip-hop (du hip-hop pour quel but ?) aux carrefours urbains qui tympanisent les riverains. Ils se livrent à des fresques dangereuses à moto sur les routes en jouant les fanfarons, beuglant des propos incohérents parfois provocateurs et occasionnant des embouteillages kilométriques qui empêchent les honnêtes citoyens de rentrer calmement chez eux. Ils sont agressifs (et ce tous bords confondus) et ont le dialogue en horreur. Toute contradiction est de suite réprimée. Ils n’ont aucune culture politique sur leur propre parti. Pour ne citer que cela…

Une récente étude plaçait la Guinée comme pays à forts risques de guerre civile et ce risque est encore plus exacerbé en période électorale, car on constate une ethnicisation du processus électoral. Au lieu de faire prévaloir la communication, on accentue les différences, on use à outrage de prétextes communautaristes et régionalistes. Le spectre du conflit n’est pas loin lorsque la majeure partie de population n’accorde aucun crédit à la Commission électorale nationale indépendante et qu’elle est prête à rejeter tout résultat qui ne lui paraîtrait pas véridique.

Quelques gendarmes anti-émeutes essayant de gérer la situation. Crédit Photo : Bah Binany.
Quelques gendarmes anti-émeutes essayant de gérer la situation. Crédit Photo : Bah Binany.

Premiers incidents répertoriés à N’Zérékoré dans le sud du pays, à l’heure où j’écris ce billet on fait état de nouvelles violences en début de soirée à Conakry lors de l’arrivée du candidat Cellou Dalein. Les Rpgistes (militants du RPG, parti du président Condé) et les Ufdgistes (militants de l’UFDG de Dalein) seraient une énième fois entrés en collision.

Notons au passage qu’il  existe un vrai problème avec ces deux principaux partis et leurs militants. Les uns estiment qu’ils ont été lésés lors des élections de 2010 lorsque le candidat malheureux Cellou Dalein n’a juridiquement pas contesté les résultats en raison du climat déjà explosif régnant à leur sortie, ne voulant pas envenimer la situation. Ils ont maintenant la ferme intention de rattraper cet « échec » qu’ils considèrent toujours comme étant de la fraude électorale. Le système Waymark utilisé à l’époque par la Céni dans les bureaux de vote a été largement décrié. Puis de l’autre côté, le RPG qui compte bien rester au pouvoir pour « achever la mission qui leur a été confiée par le peuple ». Bienvenue dans le pays du dialogue de sourds.

Comme si la Guinée était condamnée au supplice de Tantale, ses fils se livrent à un éternel recommencement. Ils se sont montrés incapables de prendre exemple sur un pays comme le Burkina Faso qui s’est levé en un même et seul homme pour accomplir leur devoir patriotique de façon majestueuse. La jeunesse burkinabé fut un exemple pour l’Afrique, une et indivisible devant l’intrusion et la prise en otage du pouvoir par une frange de l’armée. En Guinée, ce cas de figure où la population mettrait de côté ses motivations personnelles pour le bien du pays, pour la démocratie serait impossible. Cette fois encore, je ne serai pas étonnée de constater que les Guinéens n’iront pas aux urnes sans dégâts et pertes en vies humaines.Tout est dans l’éducation politique et la mentalité encore une fois.

L’épidémie Ebola bien qu’inachevée sur le sol guinéen est passée de mode. Je reviens de Conakry où les pancartes publiques de sensibilisation et de prévention pourtant bien plus utiles ont été lentement mais sûrement remplacées par des banderoles électoralistes. Les points presses se font de plus en plus rares sur la maladie en dépit du fait que des centres Ebola soient encore présents sur le territoire guinéen. Des milliers de Guinéens se frottent et se touchent oubliant toutes précautions sanitaires lors de grands rassemblements creux et vaseux à l’honneur de politiciens égoïstes et avides de pouvoir. Les Guinéens ont désormais d’autres soucis que de se prémunir d’une maladie aussi grave, n’en déplaise à l’OMS qui n’a pas encore déclaré le pays « Free Ebola Zone »… Pendant ce temps-là, deux cas confirmés dans des centres de traitements et quatre suspects .

Inconscience à l’état pur vous me direz, et je vous donnerai raison.

Bref,  la Guinée aura encore rendez-vous avec son destin ce 11 octobre. Saura-t-elle honorer ce rendez-vous ? Saura-t-elle se comporter en jeune homme élégant, galant  avec la gente dame démocratie ? On y croit qu’à moitié… Ça semble mal parti, mais de bonne foi, on veut bien lui accorder le bénéfice du doute.


Dossier : CBG, l’envers du décor

Bauxite. Crédit Photo : Guillaume flickr.com
Bauxite. Crédit Photo : Guillaume flickr.com

Kayenguissa, 9 h 37 du matin. Le soleil n’est pas encore haut dans le ciel que Maciré est déjà debout et se dirige vers le marché du petit quartier de la ville minière de Kamsar. Quand j’étais petite et que nous venions en famille dans la seconde maison de ma mère sise dans les environs, ce n’était pas encore un endroit peuplé. Maintenant on dirait que les gens ont surgi de terre tant ça fourmille de partout. Maciré est une de ces femmes qui correspondent aux clichés que l’on colle aux Bokékas (habitants de Boké) lorsqu’on est Guinéen. Elle est de petite taille, fessue, le teint aussi noir que du pétrole et a le cœur sur la main, un sourire toujours collé aux lèvres.

De la CBG (Compagnie des bauxites de Guinée), Maciré ne connait que le nom et la bouche crachante de l’usine, une usine visible de loin. Elle n’y travaille pas et n’a aucun parent qui y est employé. Sa famille vit de l’agriculture sur les terres fertiles de Kolabouye. Il faut casser l’image préconçue qui veut que tous ceux qui vivent à Kamsar soient forcément liés à la CBG d’une manière ou d’une autre. C’est comme le cliché qui dit que tous les Toulousains travaillent chez Airbus, car la société dispose d’une grande filiale près de la ville. C’est tout bonnement faux. Malgré ce que l’on entend, ce n’est pas la CBG qui a fait Kamsar, Kamsar n’existe pas à travers la CBG mais plutôt l’inverse. Avant que cette entreprise ne s’y installe, des gens y cohabitaient, vaquaient tranquillement à leurs occupations. La ville n’a pas attendu l’arrivée de cette entreprise pour briller. Kamsar regorge de nombreux riverains comme Maciré, qui n’ont rien à voir avec l’entreprise et pourtant, ils encaissent et subissent les conséquences des activités de la compagnie. La plupart du temps, l’entreprise se cache derrière cette tirade : » Certes on travaille la bauxite à côté, mais en contrepartie les habitants de Kamsar sont bien traités, ils disposent de soins gratuits, d’électricité, d’eau courante et de plusieurs autres privilèges que le reste des habitants guinéens ne disposent pas, et ce même à la capitale Conakry ». Ce qui n’est pas tout à fait vrai. En réalité ce sont uniquement les travailleurs de la CBG qui sont pris en charge et non toute la population de Kamsar. Maciré, elle n’a ni denrées alimentaires à moindre coût, ni prise en charge médicale encore moins l’électricité et l’eau courante. Par contre sa famille et elle aspirent à pleins poumons les poussières et fumées évacuées par l’usine.

Tous les jours et à temps plein, l’usine ne s’arrêtant jamais, c’est une quantité considérable de déchets gazeux qui sont expulsés dans le ciel de Kamsar et de Sangarédi (une autre ville minière de la région) au détriment des populations environnantes. Et si M. Baldé employé à la CBG peut lui fermer toutes ses fenêtres pour empêcher autant que possible l’air pollué d’entrer, réduire les allées et venues, allumer de façon quasi constante tous les climatiseurs de son T3 (mis à sa disposition par la CBG) et se glisser dans son petit confort de salarié d’entreprise, ce n’est clairement pas le cas de tous les autres habitants de la ville de Kamsar qui eux n’ont point de répit. Ils se réveillent avec cette poussière, mangent et dorment avec elle. Et cela on ne le dit pas assez.

La Compagnie de bauxite de Guinée en abrégé CBG, est une entreprise du secteur minier qui exploite depuis 1963 l’important gisement de bauxite de Sangarédi, dans la région de Boké. Ce gisement est le plus grand du monde et le minerai est réputé d’excellente qualité, il contient 60 % d’alumine. L’Etat guinéen possède 49 % des parts de l’entreprise, les 51 % revenant au consortium Halco Mining créé par la société américaine Alcoa et celle canadienne Alcan. Inutile de vous dire que cette entreprise (ayant main mise sur le plus grand gisement du monde de bauxite rappelons-le) a les moyens si elle le veut d’éviter de telles pollutions. Les rentrées d’argent sont indécemment astronomiques à côté des vies presque misérables des Bokékas. L’Etat guinéen n’est pas exempt de reproches. Plusieurs gouvernements se sont succédé depuis la signature du contrat. L’on ne peut donc imputer la responsabilité d’une situation qui dure depuis des années au régime actuel. Il n’en demeure pas moins que sur des points d’une extrême importance comme l’impact écologique des extractions de la CBG, il faut absolument renégocier les termes du contrat et imposer certaines limites. Pour avoir encore récemment séjourné dans la ville de Kamsar et observé tous ces dégâts écologiques, des changements immédiats sont incontournables vu l’enjeu humain et social sur le long terme. Se cantonner à ce qui a été contracté, ne pas chercher un moyen d’améliorer la vie de ces riverains relèverait de l’inconscience.

Ces entreprises sont protégées par des contrats négociés par des Etats encore naïfs économiquement et stratégiquement tout juste sortis de la colonisation. Au-delà du fait que l’Etat guinéen vend sa bauxite à perte depuis des décennies à des entreprises-ogresses du capitalisme qui ne veulent lâcher aucun lest, il permet un traitement scandaleux des populations riveraines. Je me rappelle encore de cette employée partie se soigner à l’étranger aux frais de la CBG et à qui les médecins ont dit d’arrêter de fumer. Ses poumons étaient devenus bien trop chargés et tout noirs. Étonnement et murmures horrifiés de cette bonne femme qui en bonne musulmane n’avait jamais porté une cigarette à sa bouche. Après vérifications, il s’agissait simplement des impuretés diffusées par l’usine dans l’air, un air nocif respiré par cette mère de famille des années durant.

Air Pollution.
Air Pollution.

Dans quelle partie du globe peut-on assister à de tels scénarios si ce n’est en Afrique, en Asie, etc. dans des pays dits pauvres et endettés ou émergents?  Quel oxymore que de payer les frais médicaux d’une salariée malade alors que l’on est la cause de son mal ! Mais enfin pour qui nous prend la CBG ? Non contente de payer des sommes insignifiantes en guise de taxes et impôts, comme cela aurait été le cas dans un pays comme la France, elle ne veut pas non plus investir dans le recueillement et le traitement de ces fumées et poussières qui tuent nos compatriotes à petit feu. Quelle honte !

Consciente du fait d’être un atout considérable dans l’économie guinéenne, la CBG fait la sourde oreille aux allégations prouvées de pollution. Dans les pays pompeusement appelés « développés », cette entreprise se serait pliée à des lois strictes de respect de l’environnement. Les Guinéens ne savent pas qu’ils peuvent profiter de leur bauxite (à un prix plus équitable) et mériter un traitement meilleur. Si oui pourquoi restent-ils muets ? La décision de nationaliser en partie cette entreprise tient peut-être d’un sursaut de l’Etat guinéen sur les pertes qu’il enregistre allez savoir…  Mais encore une fois, il s’agit d’une goutte d’eau dans l’océan. L’Etat guinéen peut faire plus, peut exiger plus sur un bien qui nous appartient tous. Après avoir longuement fouiné dans la pléthore d’archives d’études et de contre études, j’ai dégoté pour vous cette fiche riche d’informations (voir encadré) que dresse la revue Méteo Politique sur le cas de la CBG en Guinée. Révoltant !


 

KAMSAR – Le ministère de l’Environnement de la Guinée accuse la CBG (Compagnie des bauxites de Guinée) et Rio Tinto Alcan d’être des «pollueurs irresponsables».

«La poussière de Kamsar est dangereuse pour la santé, affirme le chef de laboratoire du ministère guinéen de l’Environnement, Sékouba Kaloga. Elle contient des particules toxiques comme la silice, le plomb, le cadmium. Lorsque la poussière se mélange à l’eau et à l’air, elle devient corrosive. Elle rouille les toits en tôle. Imaginez l’effet sur l’être humain!»

«La poussière se dépose aussi sur l’eau et cause des dommages environnementaux très, très importants, poursuit-il. La compagnie ne se préoccupe pas de la population. Elle est irresponsable. Les gens souffrent de maladies respiratoires aiguës, d’asthme. La poussière contamine le sang et étouffe les plantes. Je ne suis pas médecin, mais chimiste. Par contre, je peux vous dire que cette poussière est cancérigène.»

La haute cheminée de l’usine de Kamsar surplombe la ville. Elle crache une épaisse fumée rouge sur 120 mille habitants. En 2005, la CBG a investi 17 millions pour diminuer de 80% les émanations de poussière.

«Ce n’est pas efficace! tranche M. Kaloga. Je le sais, j’arrive de Kamsar.»

Kamsar sur la carte de Guinée. Source : Wiki Commons
Kamsar sur la carte de Guinée. Source : Wiki Commons

«Au contraire, proteste le directeur de l’usine, Bachir Diallo. Nous avons suivi le modèle brésilien. La corrosion des tôles n’est pas due à la poussière, mais au sel marin.»

«Pendant la saison sèche, avec le vent, il y a effectivement un problème de poussière, explique de son côté le directeur général de Rio Tinto Alcan à Conakry, Robert Théorêt. C’est désagréable, mais pas toxique.» 

Le médecin de la compagnie à Kamsar, le Dr Fodé Kamara, affirme que la poussière n’est pas dangereuse. (…)

«Ils ne peuvent que nier, mais ils ne disent pas la vérité, réagit M. Kaloga en haussant les épaules. On ne peut pas m’interdire de parler. C’est le ministre de l’Environnement qui m’a dit de vous rencontrer.» «L’État ne contrôle pas la situation, reconnaît M. Kaloga. Les installations sont vétustes, elles datent de 1973. L’État démissionne. C’est scandaleux.»

«Notre loi environnementale est très faible, déplore le conseiller juridique du ministre des Mines, Saadou Nimaga. Il faut absolument que nous adoptions des normes nationales, sinon nous sommes condamnés à nous fier aux compagnies. Nous avons quelques inspecteurs, mais ils vont rarement sur le terrain. Les gens meurent sans qu’un vrai diagnostic ne soit posé.»

Il n’y a qu’un seul inspecteur pour couvrir cinq préfectures, dont celle de Kamsar, un immense territoire de 35 800km2. Il s’appelle Ibrahima Diallo. Lui aussi accuse poussière dangereuse pour la santé, déversements répétitifs de mazout et d’huiles usées. «Après avoir travaillé pour la CBG, les gens ne vivent pas longtemps», dit-il. Le syndicat, lui, est perplexe. Il n’a pas d’argent pour engager des experts et faire analyser la poussière. «La compagnie nous dit qu’ils ont fait des études et qu’il n’y a aucun danger, explique le président du syndicat, M. Sekou Ly. Mais certains travailleurs ont des problèmes pulmonaires. La direction jure que ce n’est pas la poussière. Impossible de vérifier.» Le syndicat ne peut pas non plus se fier aux médecins de Kamsar. L’hôpital est financé à 90 % par la compagnie. C’est donc elle qui paie leurs salaires.

La CBG a été incapable de fournir une étude sur l’impact de la poussière sur la santé des travailleurs ou de la population.

Déversements toxiques

Le dernier déversement de mazout a eu lieu le 29 août. Le rapport du ministère de l’Environnement est accablant. M. Kaloga le brandit. «Lisez-le.»

«Déversement d’une importante quantité de fuel dans la nuit du 29 au 30 août. (…) Pollution massive de la mer, du sol et des ressources biologiques. (…) Le déversement constitue un danger non seulement pour l’équilibre environnemental et la santé humaine, mais aussi pour l’écosystème et ses ressources (sol et mer). (…) La CBG n’a pris aucune disposition relative à la gestion de ses effluents (mazout) et rejets depuis sa création jusqu’à nos jours pour protéger la mer et ses ressources.» Suit une liste des déversements avec les dates 1993 mazout; 1995 huiles usées; 1996 huiles usées; 1998 (deux déversements); 2001, 2006.

M. Kaloga montre des vidéos. Les dégâts sont impressionnants marée noire, arbres englués dans le mazout, flore détruite. Le directeur de l’usine minimise l’incident. Il affirme que seulement 60 000 litres de mazout ont été déversés. Le ministère de l’Environnement, qui n’a pas de chiffres, parle de «déversement massif». «C’est une erreur humaine. Un employé a oublié de fermer une vanne, dit Bachir Diallo. Le gouvernement n’a pas d’argent, alors il gonfle l’ampleur de la catastrophe pour obliger les compagnies à payer des sommes astronomiques.»

«C’est seulement de l’huile qui flotte, ajoute le responsable de l’environnement à la CBG, Aliou Barry. La faune n’a pas été détruite. La flore a été souillée, rien de plus. Sur les 60 000 litres déversés, 54 000 ont été récupérés.»

Le ministre des Mines, Loucéni Nabé, est inquiet. Même s’il a déjà été membre du conseil d’administration de la CBG et qu’il souhaite que Rio Tinto Alcan reste en Guinée, il reconnaît l’ampleur des dégâts. (…)

Les Guinéens sont frustrés. Ils voient les bateaux quitter leur pays, les cales bourrées de bauxite. « La Guinée est un scandale géologique, un scandale de pauvreté », accuse le conseiller juridique du ministre des Mines, Saadou Nimaga.


C’est vous dire l’ampleur du désastre écologique qui se déroule actuellement sous nos yeux avec la léthargie complète des dirigeants. La société et le ministère de l’Environnement se rejettent la faute et en attendant sur le terrain, aucune mesure efficace n’est prise.  L’exportation continue, laissant derrière elle des pans entiers de terre inutilisables après le passage des explosions de dynamite utilisés par la compagnie pour extraire le minerai, la flore est saccagée, la faune disparaît peu à peu.

La pêche est sérieusement impactée par tous ces déversements de mazout.  Crédit Photo: Jeff Attaway, flickr.com
La pêche est sérieusement impactée par tous ces déversements de mazout. Crédit Photo: Jeff Attaway, flickr.com

Dans ce tohu-bohu d’affirmations et de dénégations qui surgissent de part et d’autre, j’ai voulu avoir la version des travailleurs de la compagnie elle-même. Je me suis donc rendue à Kamsar pour recueillir quelques points de vue. Certains travailleurs par crainte de représailles ont refusé de parler, quand bien même je leur assurais un anonymat complet. Mais pour M. Condé (pseudonyme) qui a accepté d’évoquer le sujet avec moi, cela devient de plus en plus dur de travailler à Kamsar : « Même quand ma journée est finie à l’usine, la corrosion et les fumées me persécutent à  la maison : j’ai des irritations de l’épiderme, les yeux qui pleurent et deviennent rouges, nier qu’il y a un souci écologique avec CBG serait un mensonge mais il faut bien que je nourrisse mes enfants » affirme-t-il. Sayon Bangoura (pseudonyme) quant à elle a des champignons sur les orteils, ses pieds restent longtemps enfermés dans des bottes à l’usine. De la bauxite s’y écoule et la mauvaise qualité de l’air n’aide pas à cicatriser, car ses plaies se réinfectent.

Mais le témoignage le plus poignant me vient sans aucun doute de Fodé qui dispose d’une petite boutique d’alimentation à Kamsar et qui lui n’a rien à voir avec la compagnie, en langue soussou il avance : « Les enfants toussent tout le temps. Lorsque je les ai amenés au dispensaire, ils ont dit que c’est dû aux allergies et à la poussière de la bauxite. Ils m’ont dit de payer des médicaments chers et je n’en ai pas les moyens. Mes enfants continuent de tousser et dépérissent« . Qu’est-ce que CBG fait pour ces non-travailleurs de l’entreprise ? Pour les organismes encore faibles des enfants qui respirent cet air toxique? La réponse, vous la connaissez. Une femme au foyer qui habite non loin de l’usine me disait qu’il était inutile de laver du linge et de l’étendre dehors, surtout s’il est blanc. En même temps qu’il sèche, il se couvre de fines particules de bauxite et d’un mince film rougeâtre. Pâle copie de ce à quoi doivent ressembler les poumons humains.

Train transportant de la bauxite. Crédit Photo : TommPouce
Train transportant de la bauxite. Crédit Photo : TommPouce

Je suis née et j’ai passé une bonne partie de ma vie à Kamsar. Ma mère a travaillé 36 ans pour la CBG, mon père 28 ans environ où pour le récompenser de son travail, il fut même gradé au poste de surintendant. Cette compagnie qui extrait « l’or jaune » du pays est l’un des poumons financiers de l’Etat guinéen. J’ai pratiquement grandi avec elle notamment en habitant à la cité (électricité H24, eau courante H24, soins médicaux gratuits, etc.) des travailleurs de la CBG. Le nier serait un mensonge.
C’est peut-être grâce aux revenus de mes parents (et donc un peu grâce à elle) qu’on a pu financer mes études et celles de mes frères.
Lorsque je n’étais qu’une gamine et que j’étais encore trop jeune pour faire lucidement la part des choses, le sigle CBG ne m’évoquait que le confort de ma maison (B21), la bienveillance, le joli lotissement de ma cité, etc. Aujourd’hui, je réalise qu’elle fait (d’un point de vue écologique en tout cas) plus de mal que de bien aux Bokékas dont les poumons se chargent d’impuretés et de cancers. Elle m’apparaît désormais comme une énorme machine importée dont les rouages agressifs engloutissent l’excellente bauxite de la Guinée sans vouloir pour autant changer les règles du jeu  qui sont clairement défavorables à mon pays.