Eliphen Jean

L’arrivée équivoque de la Marine britannique en Haïti

Crédit photo: lenouvelliste.com
Crédit photo: lenouvelliste.com

Cap-Haitien, deuxième ville d’Haïti, mais surtout, le théâtre de grands événements politiques dans l’histoire de ce pays, vient d’être alarmée ce dimanche 23 novembre par l’arrivée équivoque de la frégate de la Marine britannique, HMS Iron Duke. Une frégate de type 23 qui devait faire escale pendant deux jours dans la rade de Cap-Haïtien, lors de son trajet de retour à son port d’origine, Portsmouth, après un déploiement de 6 mois dans le Sud de l’Atlantique.

La population capoise n’a même pas été informée par les responsables municipaux, affirment certains.

Lors d’une conférence de presse, l’ambassadeur britannique accrédité en Haïti, Steven Fisher, a tenté de faire croire à la population, que c’est une façon traditionnelle pour la Marine de manifester son respect à chaque pays qu’elle visite.

« Cela fait longtemps depuis qu’un navire de guerre de la Marine Royale a visité Haïti, et nous tirerons une salve d’honneur de 21 coups de canons quand nous arriverons afin de marquer cette occasion » a déclaré le Commandant de HMS Iron Duke, Tom Treday.

Cette visite s’inscrit dans les engagements régionaux avec les Nations partenaires du Royaume-Uni en Afrique et aux Caraïbes, et aurait pour but de maintenir la présence de la Marine Royale dans cette région.

Les marins britanniques ont pris part à des activités communautaires avant d’affronter dans un match de football une équipe locale.

Toutefois, je souligne que cette visite agite davantage le spectre de l’Occupation, et terrorise une masse populaire déjà misérable et déshumanisée.

Eliphen Jean


ma race n’en revient toujours pas

 Ici, la photo s’appelle boat-people,  je l’ai trouvée sur le site: radiovision2000haiti.net
Ici, la photo s’appelle boat-people, je l’ai trouvée sur le site: radiovision2000haiti.net

Prolificité de ma race
frontière poreuse entre infortune et félicité
j’entends la clameur de nos jours
dans l’engrenage des malheurs

expatriation jour après jour
gangrène de vertus ancestrales
qui se délitent peu à peu

à vouloir partir pour des ailleurs lointains
ma race connait toutes sortes d’avatars
ma race s’amène au vautour de l’inconnu

ma race dépecée rampe de son ossature
ma race n’en revient pas

corps tavelés
à force de franchir les ressauts de la vie
les assauts du temps nous viennent de nulle part
et part à la dérive
notre fierté noire

je vois accrochés partout
des fragments de notre ossature d’Afrique
et de notre passé
exutoire par où s’épanche ma déraison
cette raison de vivre qui sort de ma tête

Eliphen Jean


Haïti est africaine

À toute nation, il faut un but. Ce but, à travers tous les épisodes de son existence, doit la hisser vers les voies objectives de la civilisation et vers celles du progrès. Quant à la nation haïtienne, objet ordinaire de grossières calomnies, son but, ou plutôt son idéal, fut, comme le disait Edmond Paul, de prouver l’aptitude de toute la race noire. On a humilié l’Armée Napoléon ce 18 novembre 1803 à Vertières. Toute l’Afrique, tout le peuple noir, doit s’en réjouir au fil des siècles, car on est tous victimes des préjugés indéracinables qui entravent encore aujourd’hui l’intelligence des nègres d’ici et d’ailleurs, quoique difficilement. La défaite et la victoire d’un noir sont celles de tous. Notre race, comme une pierre angulaire, maintient l’équilibre de ses peuples indépendants ou colonisés. Et, Haïti a raison de se croire forte. Certes, elle vient d’une race secouée par l’énorme cauchemar de l’esclavage, mais cette race fertile a toujours et grandement contribué à construire les nations. Les colonisateurs étaient des incapables, c’est pourquoi ils avaient besoin d’esclaves.

En cette heure tardive de l’histoire des noirs, il est important de nous reconnaître tous Africains, et de nous montrer sympathiques. L’Afrique nous a légué nos croyances, nos coutumes, notre vodou… tout un héritage qui nous ouvre notre insondable étendue intérieure. Ainsi, elle a aussi contribué à l’indépendance de ce peuple noir que nous sommes. Le vodou, une composante indéniable de l’identité culturelle haïtienne, a favorisé les prouesses de nos ancêtres face à leurs nombreux adversaires militairement mieux équipés. Ce serait manqué de ne pas saluer ici nos loas ou les Esprits bienfaiteurs du vodou qui viennent de la Guinée profonde : Agwé, Ayida Wedo, Azaka, Baron, Erzulie, Grand Bois, Guédé, Loco, Maman Brigitte, Marinette, Marassa Jumeaux, Ogoun, Bouso Twa Kon, Ti Jan Petro, Simbi, Cousin Zaka, Erzulie Fréda, Erzulie Dantor, Dhamballah Wedo, Baron Samedi, Guédé Nibo, Papa Legba, Ayizan, zaou, Simbi Makaya… Par ailleurs, le vodou haïtien se manifeste par des rites divers. Parmi ces rites, le rada ou radha viendrait du Dahomey, le congo ou kongo de Bantous, le nago de Yoruba, le petro ou pethro est typiquement haïtien pour certains. Ce sont des rites du vodou.

Si nous avons la chance d’avoir une religion si riche, c’est parce que les Africains esclaves ont emmené avec eux sur l’île d’Haïti, leur culture et leur religion. Et, c’est le cas de plusieurs autres peuples noirs, comme celui de la Santeria à Cuba, le Candomble au Brésil, particulièrement à Salvador de Bahia. En effet, cela fait déjà environ 500 ans que le vodou existe et se pratique, quoique clandestinement, sur le territoire haïtien. De la période coloniale (1492-1804) à la période nationale (1804 à nos jours).

Le vodou, pour la plupart, chez nous, est un héritage africain en voie de disparition. Mais, c’est faux. Tant qu’il existe un peuple haïtien, l’Afrique restera présente en chacun de nous. La couleur originale de notre peau, notre langue créole… c’est le reflet de la race noire. « Les Haïtiens boivent du tafya (rhum) pour se sentir en forme », et dans le mot « tafya », on trouve « afya » qui veut dire santé en zoulou. On se sent alors en bonne santé. Nos proverbes sont aussi, pour la plupart, africains. Quand les Africains disent : « Afya ni bora kuliko mali », les Haïtiens disent de leur côté : « sante miyò pase richès », c’est-à-dire « santé est meilleure que richesse. » Si notre langue créole se diffère beaucoup trop des langues africaines, c’est parce qu’étant esclaves, les Africains étaient dépossédés systématiquement de leur langue et de leur religion. Mais, notre façon de penser restera africaine. C’est la noble survivance de notre passé colonial. Les colons français ont beau lutter pour nous déraciner. Notre civilisation ne s’écroulera jamais (car notre espèce est prolifique), en dépit de l’impérialisme socioculturel.

https://soundcloud.com/eliphen-jean/legba-nan-barye-legba-a-la-barriere


Haïti : la République du cauchemar

Haïti, au jour le jour, devient un labyrinthe mouvementé. Un pays toujours agité où quiconque oserait s’aventurer sans guide ou sans rêve, risque de se fourvoyer indéfiniment. C’est une évidence. « Vivre en Haïti, c’est mourir lentement. » Je parle ici pour le « bas peuple ou la masse populaire », expression méprisante dans la bouche bourgeoise, mais terriblement idéalisée dans la bouche prolétaire. Vivre en Haïti, c’est aussi être ce petit navire à voiles sur cette mer houleuse, voiles gonflées, déchirées par le vent en furie, fort et cinglant.

La vie, pour la plupart, chez nous, est un tissu d’inquiétudes qui ronge l’esprit d’une jeunesse appelée à diriger le pays. Inquiétudes au sujet de la réussite. Inquiétudes causées par le perdurable marasme politicoéconomique. D’autres parleront bien ici de l’angoisse existentielle. Notre société se résigne comme par un fatalisme foncier à l’idée d’être incapable de résoudre le problème de son fonctionnement, moyennant un « gouvernement-assume-tout ». Cependant, elle se révèle plutôt un navire où tout le monde doit contribuer à la direction du gouvernail. C’est donc la fatalité du quotidien, mythe devant lequel s’inclinent, renoncent ceux qui, dans la société, ont des lumières, de l’aisance et de la conscience, et qui constituent ce que Hippolyte Adolphe Taine, philosophe et historien français du 19e siècle, appelle une petite élite.

Toutefois, il reste indéniable comme le disait Montesquieu, qu’« une société ne saurait subsister sans un gouvernement ». Mais, qu’arrivera-t-il quand ce gouvernement ne joue pas efficacement son rôle ? Ce rôle fondamental qui est de contribuer à l’amélioration des conditions existentielles de son peuple. Ce sera alors le chaos d’ambitions confuses suivi par de véritables convulsions politiques et sociales. Donc, pour maintenir l’unité nationale, l’action du gouvernement doit être aussi dictée par les exigences sociétales, et perçue comme un ensemble d’appels lancés à la conscience de chacun de nous par les personnes qui le représentent. C’est pourquoi il doit s’instituer arbitre impartial entre ses ambitions et l’intérêt général. C’est dommage que nous vivions en Haïti une démocratie suicidaire où chaque couche sociale vit comme bon lui semble, ce qui est dommageable à la nation entière, préjudiciable à la paix et aux progrès.

La masse populaire souffre le martyre. L’épouvantail du chômage s’agite de plus en plus. La misère économique s’accroît avec le temps, mais au gré de l’impérialisme américain. On a presque l’impression que la fierté d’être premier peuple noir indépendant nous est échue par quelque paradoxe de la nature. Cette misère, ne commence-t-elle pas avec l’arrivée des nationalistes au pouvoir en 1930, suite à la destitution du président Louis Borno ? Remontons de mille pas en arrière : le nationalisme haïtien est né de l’occupation américaine. Le nationalisme haïtien a ses racines dans la souffrance des masses, la dépossession, le pillage, les massacres, les matraquages, les incarcérations… Le nationalisme haïtien, écrivait Jacques Roumain, c’est l’exploitation effrontée de l’anti-impérialisme des masses, à des fins particulières, par la bourgeoisie politicienne. Une bourgeoisie qui, pour avoir la sympathie des masses, traitait nos ancêtres comme les va-nu-pieds de 1804… Nos ancêtres qui ont sacrifié leur vie. Cette bourgeoisie a humilié notre race. Cette bourgeoisie qui oppressait impitoyablement la masse populaire en faveur de l’occupant. Cette bourgeoisie a grandement contribué à la désagrégation de l’unité nationale et de notre peuple.

On voit  à quel point de terribles calamités, la famine criante, le désespoir invincible fondent sur le peuple haïtien comme l’Aigle de l’Impérialisme sur sa proie… Haïti a besoin d’espérer.

 

A suivre…

 

Éliphen Jean


SOS Mondoblog

une soeur disparue...
Son ouïe lui fait chaque jour un peu plus défaut. Cette fois, ses oreilles en feuille de chou qui savaient si bien entendre, n’ont rien entendu cette nuit-là. Alors qu’il vit dans un quartier toujours en ébullition, en proie au concert des sirènes de voitures officielles et des klaxons de voitures qui en profitent. Sa sœur hurlait pourtant très fort, rapporta son voisin qui habite à 15 mètres de chez lui. On la lui a enlevée. Elle n’a que 18 ans. Une sœur d’une beauté indéfinissable, encore une viande toute fraîche, ses cheveux noirs si longs lui encadrent toujours son visage dans une coiffure habituelle. Elle est de taille normale, mais mince, d’environ 1 mètre 66. Elle ressemble à l’une des belles voix haïtiennes, Emeline Michel. Je ne la connais pas mieux. Tom ignore ce que le ou les ravisseurs feront d’elle. Il a pourtant déjà remarqué du sang dans sa culotte qu’on laissa au seuil de la porte d’entrée. On a défloré sa sœur. Avec ou sans préservatif. Sauf qu’on aurait risqué de se faire prendre en se préservant.

C’est désolant. Tom a failli à son devoir. Il expie ses imprudences. Il s’imagine une scène de viol. Ç’a du être pénible, car quand on viole, c’est comme si on exorcise un vieux démon ; on n’épargne pas de la haine mortelle du phallus. Il s’en veut beaucoup. Il rougit de honte. Il a soudain la sensation d’entendre les hurlements d’épouvante de sa sœur. Tom perd la tête.

Pourquoi son voisin Jacques Jean Pierre qui vieillit déjà de ses 70 ans, qui a le sommeil fragile et à qui ses oreilles jouent souvent de sales tours, a-t-il entendu, mais pas lui ?

Pourquoi ses amis avec qui ils carburaient au whisky sur la grande rue, ne viennent pas le voir comme le fait son voisin ?

Pourquoi cela s’est-il passé quarante cinq minutes plus tard après être rentré chez lui ?

Tom est rongé, harcelé, bourrelé de remords. Ses remords sont cuisants, torturants et implacables. Qui dit Tom, dit la proie des remords.

Le voisin, s’appuyant sur sa canne, se fait l’idée qu’on avait endormi Tom. Tom se sent coupable. Il aurait dû fermer la barrière, comme le fait habituellement son père absent depuis trois jours, et sortir les chiens de leur niche. Il culpabilise. Il doit retrouver sa sœur avant le retour des ses parents qui ont tant compté sur lui. Il a soudain l’esprit irrésolu, les jambes molles ; il a l’appétit coupé. Il n’a même pas envie de ses pancakes au sirop d’érable. Tout ce qui compte pour lui, c’est que sa petite sœur lui revient. Sa joie de vivre. Son unique amie. Imaginons Tom devant sa photo. Il ne peut la regarder encore vivante, souriante, joviale et resplendissante sans pleurer. Ainsi, ses yeux s’embuent de larmes, comme les vitres d’un vieux tacot dans un cimetière de voitures délabrées sales et poussiéreuses. Entre la résignation et le suicide, il opterait pour le plus efficace. C’est déjà là, les tremblants symptômes d’un espoir sans consistance. Toutefois, ce serait une déroute que de se suicider, ou que d’armer ses mains contre lui en raison de ses souffrances.

Tom sait que le lectorat de Mondoblog devient de plus en plus prolifique, et que Mondoblog se fait de plus fort entendre. C’est la voix des sans-voix. C’est pourquoi, il ne peut tabler que sur vous qui nous lisez de partout, pour l’aider à retrouver sa sœur. Elle s’appelle Ley Isa. Elle est partie, c’est tout un pan de sa vie qui s’écroule.

Eliphen Jean


COMPLAINTES

Haiti, une prostituée

À vouloir faire flèche et feu
de tout bois
jusqu’à faire saigner le vent

à vouloir piquer le ciel
le percer et renverser des ruches d’étoiles
jusqu’à l’averse d’espoir

à vouloir écrire ou peindre son destin
sur l’émail des îles

à vouloir renverser la terre
pour broyer sa honte à l’envers

ma prostituée mon pays
ma prose située sur la face du temps
se meurt et se tue
sa vie danse à l’agonie

sa vie pleure en génuflexion
sous les prunelles malhabiles de l’obscurité

ma prostituée mon pays !
à vouloir taire querelles
entre tant de rêves et d’espoirs infidèles

 

Eliphen JEAN


Chez moi, c’est…

 

poesiefrancaise.org

 

Chez moi, c’est hors de moi, en dehors même de cette terre qui me consume à petit feu et que j’assume en bon vieux con pour pouvoir survivre quelques secondes encore…

…en dehors de cette terre où des opportunistes se déguisent en bons samaritains, où l’on voit des loupssous des toisons de brebis qui elles aussi, paradoxalement, travestissent leurs impuissances et leurs  faiblesses en forces de loups…

Il arrive même qu’ICI, le conformisme et la bienséance constituent une sorte de paravent qui favorise le monstrueux travestissement des corruptions et des rats qui prolifèrent dans la faune politique.

Pourquoi donc dans mon pays tant de dirigeants à tour de rôle se déguisent-ils en diseurs de bonne aventure pour endormir les misérables comme sur des orties en leur faisant croire que l’espoir fait vivre ? Ah Adolf Hitler, tu avais bien raison de dire : « Si vous désirez la sympathie des masses, vous devez leur dire les choses les plus stupides et les plus crues ». Toutes couches sociales s’agglutinent et s’unifient  en un conglomérant sordide, morbide qu’est le gouvernement. Ce sont des vautours qui se repaissent de la souffrance de la masse. Non, non, non…je ne suis pas chez moi ici. Chez moi, c’est loin d’ici qui n’existe peut-être pas ou que dans l’imaginaire, loin d’ici où il n’ya que l’amour, la joie, la solidarité… Mais non ! Ce chez moi n’aurait pas de sens ! Néanmoins un chez moi déséquilibré, puisqu’il faut la guerre, et que le sang coule…cela, dit-on, favorise des progrès scientifiques, c’est bénéfique à la médecine ou, plus particulièrement, à cette branche qu’est la chirurgie. Haha ! Cela m’étonne que le progrès de la science veuille tant de guerres et de morts… « La guerre est la source de toutes les grandes vertus et facultés des hommes » disait John Ruskin.

De toute façon, chez moi c’est hors de moi…loin des gens comme John RUSKIN, mordu de la guerre et des progrès scientifiques.

…en dehors de cette terre, cette tanière de loups et d’hommes-loups qui hantent la nuit des enfants, et qui hantent ma nuit aussi. Chez moi, c’est hors de moi.

Chez moi, c’est l’amour à tire-larigot, les musiciens jouent l’amour, les chanteurs chantent l’amour, au resto on mange l’amour, on fait tout avec amour, chez moi on ne fait que l’amour. C’est l’amour avant tout, et l’amour tout simplement.

Chez moi, les flûtistes qui exécutent ou qui jouent l’amour lèvent toujours leur instrument vers la voûte céleste pour tutoyer le grand Magicien ou l’Invisible ou le Grand fou qui a su construire tout ça en six jours.

Chez moi, tout est harmonie, pas de bruits discordants, pas de charivaris…pas de tohu-bohu ni de huto-hubo, ça c’est l’affaire des hurluberlus.

Chez moi, on ne s’enivre pas, on ne boit pas trop, on s’enlivre plutôt, on se livre à l’imaginaire en quête de sa zone d’ombre.

Voilà ce qu’est chez moi…ce à quoi je ne me lasse jamais d’y penser puis qu’il n’existe que dans l’imaginaire. Chez moi, c’est hors de moi…

 

Eliphen JEAN


Interpellation

une image, une réalité
une image, une réalité

 

L’avenir regarde d’en haut le présent. Le présent est bouleversé, noir, troublé. Le présent fait peur à l’avenir qui tend à être plus tard présent, mais qui recule aussi peu à peu à mesure que nous nous rapprochons de lui. Et l’avenir se demande s’il sera heureux…vu que nous ne sommes pas généreux envers le présent. Or la vraie générosité envers l’avenir, disait Albert Camus, consiste à tout donner au présent. C’est ainsi qu’on parviendra à édifier l’avenir meilleur dont nous rêvons, un avenir qu’il faut édifier à l’imitation du passé sans gémir sur les contingences de la vie quotidienne, les défaites, mais surtout, sans dédaigner le présent, car la vie du présent tisse celle de l’avenir.

Par ailleurs, édifier l’avenir à l’imitation du passé, c’est avoir cette aptitude atavique à aller de l’avant, c’est comme marcher sur la lignée de ses ancêtres…ce qui suppose une prise de conscience des actes d’hier, conscience qui soit un pont jeté entre le passé et l’avenir, question de savoir s’il n’y en a pas des répercussions qui se prolongent aujourd’hui. Parfois, il faut bien marcher vers l’avenir, les yeux tournés vers le passé, avec une conduite de triomphe qui se greffe sur son action de réussir. Cette action déterminera notre existence sociale. Notre existence sociale déterminera notre conscience qui, selon Hegel, est le devenir de l’esprit. Ce qui amène à reconnaître ici Gustave Lebon à sa pensée qu’il ne suffit pas seulement d’agir mais de savoir dans quel sens agir.

En effet, à l’heure actuelle où la misère est encore sur ses pieds de guerre, où l’uniformité la plus désespérante de la vie quotidienne haïtienne envahit l’univers des consciences obscures sous je ne sais quel progrès, il est important de nous percevoir non pas comme simple « objet », mais comme « objet pensant », placé au centre du quotidien et de la réalité, pour mieux comprendre le naufrage de nos ambitions, des idéologies, des espoirs, le naufrage du rêve ancestral, celui de l’indépendance…mais surtout, le naufrage de notre peuple qui n’a d’épave que la nostalgie du passé pour le bien-être qu’il nous rappelle.

 

Eliphen Jean


Promouvoir la citoyenneté active: une nécessité

Conférence organisée le 7 mai 2014 au Campus Henry Christophe de Limonade-Haiti
Conférence organisée le 7 mai 2014 au Campus Henry Christophe de Limonade-Haiti

 

Programme d’Education à la Citoyenneté démocratique et de Socialisation (PRECIS)

Il est aujourd’hui plus que notoire que la promotion d’une citoyenneté active est une nécessité. Nécessité quand les espoirs et les exigences du citoyen haïtien augmentent, nécessité quand l’individualisation s’accroît sur le territoire national, nécessité surtout quand l’incertitude des jeunes s’intensifie, tout au gré de structures et de partis politiques qui se créent au fil des jours, et quand ils s’ouvrent difficilement à la vie politique, économique, sociale et culturelle de leur société, à défaut d’un sens civique développé. En effet, il n’est pas tâche facile d’avoir des citoyens avisés dans un pays comme le nôtre, dit démocratique, où les notions de démocratie, citoyenneté, citoyen et autres notions y afférentes ne sont comprises que par une minorité de l’éventail social haïtien. C’est pourquoi nous, les différents membres de CECIH-Organisation, avons conçu le Programme d’Education à la Citoyenneté démocratique et de Socialisation, au profit de ceux-là, plus particulièrement les jeunes de moins de trente ans, qui sont tout altérés d’une insertion sociale effective et réelle. C’est pourquoi aussi, nourris par cette conviction qu’une nouvelle Haïti est possible, nous nous engageons pour une éducation à la citoyenneté afin de refaire d’Haïti une vraie nation citoyenne, une espérance de paix et la nation de tous les possibles. Sur ce, persuadés que cette conviction ne saurait être réalité sans l’adhésion des femmes et des hommes haïtiens, nous veillerons à ce que notre programme leur inculque à tous que la citoyenneté active est fondée sur trois éléments essentiels : la compréhension des notions, la conscience de la responsabilité et la volonté d’agir, de construire la paix, la solidarité et la fraternité, qui sous-entend pour nous un souci de prise d’initiatives, d’où la véritable importance d’une éducation à la citoyenneté démocratique visant principalement et fondamentalement à l’inclusion sociale, l’accès aux droits, l’esprit de solidarité, l’exercice des droits civiques et la prise de responsabilité. C’est dans cette perspective d’actions citoyennes que nous aiderons les jeunes à prendre conscience d’avoir part au culte de la cité. Et, primauté est donnée à l’éducation à la citoyenneté qui, pour nous, constitue un rempart solide contre l’hémorragie des valeurs, les désarticulations sociales… mais aussi l’arme la plus puissante pour transformer une nation comme la nôtre et faire évoluer les mentalités. La mentalité, disait le sociologue français Gaston Bouthoul, est le lien le plus résistant qui rattache l’individu à son groupe. Considérons cette citation de Bouthoul sous son aspect universel, la mentalité n’est que le ciment qui maintient la cohésion sociale. Mais, sans une éducation à la citoyenneté au quotidien, elle se désarticule.

 

Eliphen Jean, mondoblogueur-Rfi

Coordonnateur général-CECIH-Organisation

(Culture de l’Etre, Croissance et Innovation en Haiti)


Amis d’ici et d’ailleurs!

À toutes les périodes de l’histoire, l’humanité a pensé qu’elle vivrait des temps particulièrement noirs  et troublés. Et l’inquiétude d’une souffrance perpétuelle lui ronge jusqu’à ses profondeurs viscérales, comme une mer en furie mine des falaises. Sa foi alors revêt l’eau qui se détache net et tombe en arcade d’on ne sait quelle montagne escarpée. L’humanité a besoin d’un credo. L’humanité a besoin d’exsuder une joie sincère et nourrie à l’appel d’un nouveau soleil, à la clarté rieuse d’une aube qui la purgerait des stigmates du désespoir, des vicissitudes dont elle est marquée depuis des siècles. Ce serait, en effet, lâche de ne pas se résoudre à s’engager dans la lutte pour la rédemption de l’humanité. Pour cela, l’homme doit parvenir à savoir au moins ce qu’il sgnifie comme cette sommité grecque, Héraclite d’Éphèse qui disait : « Je me suis cherché moi-même », c’est-à-dire, j’ai cherché ce que signifie être homme. Faut-il emprunter à la littérature son art de s’aventurer au plus profond de la psyché humaine, pour comprendre cette énigme inépuisable, insoluble qu’est l’homme ? Non. Il suffit pour nous d’agir. Agir pour matérialiser ce mot de Teilhard de Chardin, un contemporain perpétuel tant ses propos demeurent vifs,  qui savait que « l’action humaine est la moelle épinière du monde. » Agir pour le bien-être de l’humanité, eu égard à ses déchirements, ses zones d’ombres, et ses douleurs combien inexpiables. Agir pour que la paix soit reconnue partout comme indispensable au développement humain. Agir pour faire naître ou pour créer des hommes comme Christophe Colomb, à la lumière de l’intelligence desquels l’humanité peut se guider, non sans broncher contre le moindre obstacle, mais avec ardeur et espoir revigorant dans la voie du progrès et de la vérité. Alors, à l’heure où certains peuples se trouvent aux frontières du naufrage collectif, il n’y a plus à atermoyer, il faut agir. Mais, quant à ceux qui écrivent, il faut écrire, il faut écrire pour dévoiler le monde et le proposer, dirait Jean-Paul Sartre, comme une tâche à la générosité de ceux qui lisent. Le monde, c’est notre affaire !

Eliphen Jean