Frank William Batchou

Séjour d’un « con » à la maternité (3)

Entre cette avare de femme et cette jeune femme enceinte que j’ai vu mourir, le vigile de cette soirée n’a pas été épargné. La paire de gifle qu’il a reçu quelques minutes plus-tôt a crée un tohu-bohu dans le pavillon. Voici comment, les choses se règlent dans les mapanes.

A la maternité
A la maternité

Spéciale recommandation : https://soundcloud.com/papy-anza/papy-anza-meelanedi

On ne se connaissait pas. Mais, la douleur était plus forte que moi. Les larmes dégoulinaient sans arrêt sur mes joues. Après le décès de cette jeune dame au bloc d’accouchement. Tout ça à cause de l’égoïsme très poussé de sa mère (Lire le texte ici). Sans aucun remords, elle a sorti une liasse de billets de banque de son portefeuille afin de payer la garde les corps (si je compte le fœtus encore dans le ventre) à la morgue. De peur de lui passer un savon verbal, je suis retourné, à pas lourd, dans la chambre de mon malade. Toujours dans ce pavillon maternité. Dans la salle B 5-4. Dans cette chambre privée, je peux dire que celle-ci était à l’abri des voleuses de bébés et des cris des femmes en travail. Ma poto Chouchou Mpacko, sur Twitter, l’a rapidement rebaptisé ça le #BabyBoom (Lire le texte ici).

Je suis assis sur un tabouret. Ma tête posée sur le matelas du lit principal de la pièce. Le second est bel et bien celui du bébé. Dans cette tête s’enchainent les scènes vécues jusqu’ici dans ce centre hospitalier. Subitement, mon angoisse cède place à un éclat de rire, sans pareil. Mon malade est surprise. Je la rassure, ce n’est pas un début de démence. Mais cette histoire, digne des feuilletons brésiliens qu’on nous sert à la télévision chaque soir, entre le vigile et une visiteuse quelques heures plus-tôt. On aurait cru à une soirée de mauvaise passe entre « Marimar et Sergeo ». Juste un flash-back et un salut bien bas à ses dames qui laissaient leur marmite et maison brûlées à cause de cette série télévisée.

Dans les coulisses de l'hôpital
Dans les coulisses de l’hôpital

Il est 18h10. C’est officiellement l’heure des visites. Au portail qui mène au couloir principal de ce pavillon, l’entrée est filtrée par le vigile en faction. Il n’admet pas plus de deux visiteurs, en plus du garde-malade, dans une salle. C’est la consigne, dit-il. Les minutes s’égrainent. Dans la populace bloquée au portail, une dame, drapée dans son pagne et tenant un panier en main, rougit de colère. Cela fait près de deux heures comme elle est arrivée. Les propos qu’elle adresse au vigile ne sont guère des louanges.

–          Apprenez à bien faire votre travail, hein. Ça fait près de 2h que je suis placée ici et tu refuses que j’entre, dit-elle.

–          Madame, vous allez encore attendre. On ne gronde pas ici. Il faut aller faire ça à votre mari, rétorque le vigile.

–          Tu es qui pour me parler ainsi ? Un pauvre et petit vigile comme ça. Tu dois me laisser entrer parce que mon malade est seul et elle n’a pas mangé depuis le matin.

–          C’est ton problème si elle n’a pas mangé. Toi qui es riche, tu faisais quoi alors depuis le matin pour qu’elle reste affamée ? C’est toi la pauvre, pas moi.

–          Si tu laisses encore quelqu’un entrer ici, j’entre aussi. C’est même quoi ça ? C’est ce qu’on vous apprend ici ? Où  va le Cameroun ?

–          Tu entreras ici la dernière, dit-il en laissant une autre visiteuse entrer.

A la porte d'un autre univers
A la porte d’un autre univers

La dame, sans hésiter, bondit sur le portail. Repoussée par le vigile, elle lui assène une paire de gifle. Bien appliquée. On dirait la taloche du Professeur Occultis au petit Roddy dans la bande dessinée « Bleck le roc » ou de Rasmus à Yéyé dans « Zembla ». Dans la foulée, les témoins de la scène, plus baraqués, lui ont interdit de riposter. En plus, il devait aller accompagner la dame avec son panier de nourriture. De peur d’écoper une sérieuse bastonnade, il a obtempéré. Tel un chien bien dressé par son maître. Celui qui s’estimait être le Goliath il y a quelques minutes venait ainsi de tomber (comme dans la Bible) face à (la petite) David. Une humiliation. Puisque jusqu’à mon départ de l’Hôpital central de Yaoundé, le gars ne bronchait plus. J’ai finalement compris que dans les « mapanes », l’acteur peut mourir dans son propre film !

Frank William BATCHOU

Ecrit le 6 mars 2014.


Séjour d’un « con » à la maternité (2)

Les images de cette nuit horrible défilent encore et toujours dans mon esprit. A chaque fois, je comprends jusqu’où la cupidité et l’égocentrisme d’une mère peuvent conduire sa fille à la mort. Les choses des « mapanes ».

A la maternité
A la maternité

Ma grand-mère me disait toujours que « Dieu ne dort jamais. Il veille sur ces enfants ». Et je crois maintenant que c’est vrai. N’allez pas croire que ce sont les témoins de Jéhovah qui m’ont rendu visite ce matin à domicile qui m’ont convaincu. Jamais ! C’est parce que la supposée « femme enceinte » d’hier (l’article ici) a été démasquée à temps.

Mon amitié s’est renforcée avec les infirmières du secteur maternité. Entre la pharmacie et la salle de mon malade, je faisais toujours un détour au bloc d’accouchement. Ne me soupçonnez pas, c’est un instinct naturel. On se racontait tout et rien. Ce soir, juste avant la rencontre foireuse des Lions indomptables du football face au Portugal (match joué le 4 mars 2014, Ndlr), j’étais à nouveau au bloc d’accouchement. Il y avait toujours les mêmes refrains, comme la veille, des femmes en travail. Vraiment, l’accouchement n’est pas facile. En une fraction de secondes, une femme peut faire 10km (sur place) juste par ses va-et-vient.

« Elle tue sa fille par égoïsme »

Je discutais tranquillement avec Florine, une stagiaire de cinquième année médecine. Au moment de prendre son numéro de téléphone, une quinquagénaire surgit de nulle part. « Tchan ! ». Je ne sais pas comment elle a atterrit dans cette salle. Mais, elle était là. Respirant comme le moteur du vieux camion de Mamadou qui a du mal à avaler une pente. S’en suit une conversation donc je suis le principal observateur.

La dame : Bonsoir ! Pardon, je veux voir le médecin. Ma fille est vraiment souffrante (En fait, sa fille est arrivée à l’hôpital dans l’après-midi aux environs de 15h).

Florine (la stagiaire) : Qu’est ce qu’elle a votre fille ?

La dame : Elle ne va pas bien. Son corps prend du volume

Florine (la stagiaire) : Une minute, j’appelle le médecin. Il est entrain de consulter une autre malade.

Quelques minutes après, le médecin est arrivé. Après des consultations minutieuses, le médecin annonce une opération chirurgicale urgente. La situation s’est compliquée entre temps. C’est ici que l’incroyable se produit. On dirait « l’acteur » qui a, comme par magie, pris le dessus sur le chef bandit. Dans le portefeuille que tient la quinquagénaire, des billets de banques sont rangés dans un ordre admirable. Si j’étais braqueur, elle devait me sentir. Heureusement pour elle. Pour l’opération, il faut acheter le kit (c’est le nécessaire médical) évalué à 47.000 Fcfa. La mère jure mordicus qu’elle n’a pas vu 5 Fcfa avec l’œil depuis plusieurs semaines.

Le médecin : Dis-nous combien tu as maintenant. Qu’on avance pour le kit et le reste, tu paieras plus-tard.

La mère : Je vais réfléchir !

Le médecin : Le cas de ta fille est critique madame. Le kit ne m’appartient pas sinon, je t’aidais. Dis-nous combien tu as sur toi.

La mère : Je vous ai dit que je vais réfléchir

Le médecin : Prend ton temps, va t’asseoir sur le banc des visiteurs là-bas et réfléchis bien le temps que je m’occupe des autres.

Le temps de réfléchir, la fille allongée sur un morceau de matelas a même le sol a rendu l’âme.

Après cet instant de réflexion, la dame est venue trouver sa fille emballée dans un linceul. Elle avait rendu l’âme entre temps. Le fœtus aussi.

Le médecin (de retour dans la salle) : Madame, retourne dans ta réflexion avec son cadavre.

Chose curieuse, elle a immédiatement sorti de l’argent pour qu’on mette provisoirement le(s) corps à la morgue. Le temps d’alerter la famille. Je me suis levé tout doucement, les larmes aux yeux, pour rejoindre la chambre de mon malade. En passant, j’ai oublié de vous dire ce qui s’est passé quelques minutes plutôt avec le vigile en faction. Celle là, on en reparle demain.

Frank William BATCHOU

Spéciale recommandation Papy Anza – Meesanedi


Séjour d’un « con » à la maternité (1)

Durant cette période, j’ai vu des choses. Les femmes enceintes qui meurent comme des poules de ferme. Celles qui viennent dérober des enfants prétextant une grossesse, etc. Bienvenu dans le voyage !

A la porte d'un autre univers
A la porte d’un autre univers

Je sais que ça vous étonne. Enormément d’ailleurs. Et ce n’est que logique. Que faisais-je dans une maternité et pendant une semaine ? D’autant plus que l’homme n’enfante pas. Bon, en dehors d’Arnold Schwarzenegger dans son film « Junior » sorti dans les années 90. Je n’enquêtais pas sur l’affaire Vanessa Tchatchou, hein. Le père Tchiro, porte-parole d’un gouvernement « nkunkumastique », nous avait déjà dit que l’enfant (volé) est enterré à Nkoteng. De même, je n’ai pas encore changé de métier. J’assurais juste la garde d’une liane. Celle la plus proche de mon pied. Pour les détails, je vous en épargne.

Dans les coulisses de l'hôpital
Dans les coulisses de l’hôpital

Hôpital central de Yaoundé. J’y ai débarqué dans la nuit. Il est pratiquement 22h. Je suis trempé jusqu’au slip. Ordinateur et appareil photo touché. Dehors, il pleut des cordes. Le vigile du secteur m’interdit l’accès. Tous les mots utilisés pour l’amadouer sont vains. Les derniers mots que je possède encore dans ma besace sont ceux destinés à la drague. Comme si j’en faisais tellement, tsuip !! Malheureusement pour moi, la fille (vigile) qui était là depuis vient à peine de céder son siège à son collègue. Je suis donc obligé de trouver un gîte pour passer la nuit. Tous les coups de fils passés n’aboutissent à rien. Décidément, la chance n’est pas de mon côté ce soir. Après avoir passé deux bonnes heures dans le bus entre le péage de Nkomotou et Etoudi. La faute au mauvais stationnement des chauffeurs. Je revenais de Bangangté ou, quelques heures plus-tôt, j’ai participé en tant que coach, à une journée de renforcement des capacités de 100 élèves du département du Nde pour une meilleure orientation académique. C’était avec l’association NEFA (Nde en Force Adi). Après un tour au quartier Madagascar, je ne vous dis pas ou j’ai passé la nuit. L’important est de dormir jusqu’au matin.

« Tu es une voleuse de bébé »

Le lendemain, je suis revenu. Sans opposition, j’ai commencé mon nouveau job. Celui de garde-malade. Pas facile. Je suis devenu insomniaque, même quand le bébé et la maman dorment. Pour ne pas m’ennuyer, je fais un tour au bloc d’accouchement. Ce sont les cris et les pleures des femmes que tu veux entendre !! Morceaux choisis : « Maman oooh, qui m’avait envoyé ? », « Docteur, je n’accoucherai plus de ma vie »… Celles qui ne bavardent pas, sifflotent. Parfois, elles se déshabillent comme si elles étaient frappées de démence. « Ce sont les effets du travail. L’accouchement n’est pas facile mon petit », me disent à chaque fois mes nouveaux amis ici. Des médecins accoucheurs. Ce mardi, une femme arrive accompagnée de sa camarade. Elle a un ventre plat comme si un dameur était passé dessus. « Je suis venue accoucher. J’ai des contractions. J’étais dans un hôpital du quartier et on m’a transféré ici », dit-elle au médecin. Elle n’a aucun document de transfert sur elle. Après un touché, le constat est clair : elle n’est pas enceinte. Après vérification, tous les documents médicaux présentés par elle sont faux. C’est à coup de bâton qu’elle a été chassée. Il fallait voir comment elle courrait. Une femme dite enceinte. Hum ! « C’est comme ça qu’elles viennent voler les bébés dans les hôpitaux. D’autres viennent là boire mystiquement le sang des mamans. Après, on se plaindra des décès à l’hôpital », vocifère le médecin. Et ce n’est que le début de l’aventure. Rendez-vous demain pour la suite.

Frank William BATCHOU

A écouter : Papy Anza – Meesanedi


Cameroun : retour des Lions en pièces détachées

Après leur Mondial totalement raté, les Lions indomptables ont quitté le Brésil. Si certains ont décidé d’éviter le pays en retournant directement en Europe, d’autres sont passés par la case Cameroun. Un retour en ordre dispersé qui prouve l’explosition d’un groupe. (Crédit photo : mustapha_ennaimi, Flickr/CC)

Ce n’est pas la première équipe dans laquelle on enregistre un tel malaise humain et tactique. Nous en sommes conscients. Ce à quoi on ne s’attendait pas, malgré la colère des camerounais, c’est ce retour en pièce détachée. Pour une équipe supposée « Une » au départ. N’est ce pas le même avion qu’ils avaient tous pris au départ de Yaoundé ?

Pas de foule pour « les héros«

C’est donc un spectacle ahurissant qui s’est vu à l’aéroport international de Yaoundé Nsimalen. Primo, pas de foule pour accueillir les « héros brésiliens ». Pourtant, des centaines d’hommes, vêtus aux couleurs du grand sponsor, avaient avalé des dizaines de kilomètre à pied pour aller dire au revoir aux fauves.

Secundo, le site aéroportuaire était quadrillé par des hommes en tenue militaire. Question d’assurer la sécurité de la huitaine de joueurs retournée au Cameroun. Ceux-ci sont très vite engouffrés dans une voiture pour être conduit dans leur hôtel sous escorte. Hum !!! Le pays, hey ! Les autres coéquipiers ont pris la direction de l’Europe pour, disent-ils, rejoindre leur famille ou leur club.

En tant qu’ambassadeur de toute une nation, je pense qu’en tant que patriote, vous deviez d’abord retourner à Yaoundé au Cameroun, lieu de départ pour la coupe du monde, avant de se séparer. Mais hélas !

Haie d’honneur pour Volker Finke

Avant le Mondial, le geste avait été immédiatement critiqué : celui de remettre à Volker Finke, l’entraîneur national des Lions indomptables du Cameroun, le drapeau camerounais au stade omnisport Ahmadou Ahidjo.

Le « sorcier blanc » devenait ainsi le porte-étendard de cette nation. Incroyable… et pourtant vrai ! Après la débâcle des Lions indomptables, l’homme à pris la clé des champs. Emportant avec lui, le drapeau tricolore camerounais que lui avait remis le Premier ministre, Philémon Yang.

Mais l’homme pouvait-il vraiment revenir au Cameroun ? Pour ceux qui dorment toujours, Volker Finke vous a dit au revoir avant de partir. Oui, je suis sérieux. Les affiches sont bien visibles. Ses poulains lui avaient d’ailleurs fait une haie d’honneur sur la publicité d’un sponsor…

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Les bras levés vers le ciel, il a marmotté : « Adieu cher(e)s camerounais(es). Ce fut un plaisir »…

Ahahahahhaha ! Ce n’est pas le premier à poser ce genre d’acte. Paul Le Guen, ex coach des Lions indomptables lors du mondial 2010 en Afrique du sud, avait fait pareil. Après l’élimination du Cameroun au premier tour (0 points, 9 buts encaissés et 2 buts marqués), l’homme avait pris la direction de la France. Sans signaler courageusement sa démission comme Sabri Lamouchi de la Côte-d’Ivoire ou Cesare Prandelli de l’Italie.

Les Camerounais doivent accepter la défaite

 

De toute façon, je vous comprends les gars. En faisant escale au Cameroun, vous auriez été certainement molesté comme Stéphane Mbia Etoundi qui a pourtant donné le meilleur de lui au Brésil.

Sérieux, les Camerounais devraient apprendre à accepter la défaite, pareil comme la victoire, et arrêter ce genre de barbarie commis sur Stéphane Mbia, le 25 juin 2014 à l’Avenue Kennedy à Yaoundé.

Frank William BATCHOU, Observateur de France 24


CAMEROUN : « Les Lions Indomptables ont re-tué Marc Vivien Foé »

COUP DE GUEULE | Avant le début du Mondial, j’avais fait le rêve que les Lions indomptables respectent la mémoire d’un grand joueur, Marc-Vivien Foé, et nous fassent vibrer comme à son époque. Mais plutôt que d’avoir ravivé sa mémoire, l’équipe de cette année l’a re-tué. ( Crédit photo : Egghead06, Wikimedia Magnus Manske).

Tout mon espoir reposait sur toi. Fameuse compétition. Et je vais vous dire pourquoi. Primo, elle tombait bien. Au mois de juin. Un mois souvent emprunt de tristesse pour nombre de Camerounais. Car, comme moi, ils se souviennent encore de l’écroulement dans le rond central du stade de Gerland à Lyon en France, du grand Lion Marc Vivien Foé. C’était le 26 juin 2003 lors du match Cameroun – Colombie (1-0) comptant pour les demi-finales de la Coupe des confédérations.

11 ans plus-tard, « la terre du football » accueille la Coupe du monde de football. Une belle occasion pour les Lions Indomptables de rendre un vibrant hommage à ce passionné et amoureux inconditionnel du football qu’était Marc Vivien Foé. Ceci à travers un « football champagne », comme on dit au bled. Avec à la clé, de bons résultats.

J’avais fait un rêve…

En fait, c’est le rêve, comme celui de Martin Luther King Jr, que j’avais fait au lendemain du match amical Cameroun – Allemagne (2-2). Mais hélas ! C’était sans compter sur le manque d’engagement des « millionnaires du football » qui ont d’abord refusé de prendre le drapeau national entre les mains du Premier ministre au stade Ahmadou Ahidjo.

Les supporters camerounais dans la ville
Les supporters camerounais dans la ville

Jusque là, le supporter que je suis avait encore l’espoir. Même après la défaite (1-0) face au Mexique. Ne vous avais-je pas dit qu’un lion reste un lion ? Devant la Croatie (4-0), j’ai compris qu’un lion peut, à un certain moment, devenir un chat. Malgré ma fougue, je me suis vu asphyxié par le poids des buts encaissés. Des bagarres entre joueurs d’une même équipe et la création d’une nouvelle danse (avec le coude) appelée la « Song’or ». Une nouvelle danse parce qu’on n’aime pas le copié/collé chez nous. Sinon, ça devait être un coup de tête comme celui de Zinedine Zidane à Materazi lors de la finale de la coupe du monde 2006.

Est-ce devant le pays organisateur que les Lions Indomptables vont faire quelque chose ? Pas plus. Car,  porté par tout un pays, on a assisté à une journée porte ouverte (de buts) dans les goals camerounais. Au lieu d’honorer valablement la mémoire de Marc Vivien Foé, vous avez davantage contribué, chers Lions indomptables, à son assassinat et son oubli en ce mois de souvenir. Oui. Vous avez re-tué Marc Vivien Foé. C’est pourquoi, des supporters, en maillots, se baladent la tête baissée dans les rues de Douala. Est-ce que c’est facile alors ?

Si j’étais président de la République…

1-      Comme mon homologue, le feu général Gué, je conduis toute la délégation, sans exception dans un camp militaire. Pour avoir souillé avec honneur le drapeau tricolore, chaque membre chantera l’hymne national, en marquant les pas sur place et en recevant quelques coups de bâtons aux fesses. Ainsi, la fibre patriotique naîtra dans la conscience de tous. Et avant de porter dorénavant ce maillot, chacun comprendra qu’il est différent de celui d’un club.

2-      Comme en France, je vous ferai rembourser, jusqu’au centime près, la prime de 56 millions de Fcfa (environ 85496 euros) revendiquée par chacun de vous. Car, c’est l’argent du contribuable qui a été mis à votre disposition. Afin que vous alliez salir l’image de tout un pays.

3-      Comme au Nigéria, il y a quelques années, je sevrais cette équipe nationale de football de toute compétition internationale pendant au moins cinq ans. C’est vrai que la Fifa interdit l’ingérence du politique dans les affaires de football. Mais, il le faut. Cela permettra de soigner cette tumeur qui tue à petit feu le football camerounais.

Aieeee !!! Voila, c’est encore un rêve. Comme celui évoqué au départ. Fin du game !

Frank William BATCHOU, Observateur de France 24 à Douala, Cameroun


Cameroun : Douala tarde à enfiler son maillot de supporter

2- Vendeur des gadgets aux couleurs nationales

Douala, ville cosmopolite, va vivre demain  l’ultime rencontre amicale des Lions indomptables du Cameroun. La Coupe du monde est dans six jours. Et pourtant, on ne sent pas d’engouement.

Vendredi 6 juin 2014. Le temps est clément après une nuit pluvieuse. Les habitants de la ville de Douala vaquent à leur occupation quotidienne. Dans les rues, l’ambiance est identique à celle des jours ordinaires. Aucun élément annonciateur du match Cameroun – Moldavie. Les banderoles du sponsor majeur annoncent encore les précédentes rencontres amicales (contre la Macédoine, le Paraguay et l’Allemagne).

C’est pourtant le dernier match amical des Lions indomptables avant le Mondial au Brésil. Cette rencontre, au stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé, est aussi une façon de dire au revoir et recevoir l’onction du peuple camerounais tout entier. Les habitants semblent ne pas être au courant de ce match.

« Ce sont les banderoles que vous voyez là qui nous annoncent les matches des Lions. Si même le sponsor officiel n’en parle pas, cela signifie que ce n’est pas important. Impossible donc d’être au courant de ce match » m’explique un commerçant au lieu dit « Feu rouge » Bessengue.

1- Banderole

Dans les embouteillages, des jeunes proposent des gadgets aux couleurs nationales et aux couleurs des autres équipes : chapeaux, bracelets et drapeaux. Les prix varient entre 200 Fcfa (environ 0,30 euro) et 1000 Fcfa (environ 1,53 euro). Mais, les acheteurs se font rares.

« Ils disent qu’ils n’y a pas encore d’argent. On ne vend pas beaucoup. Ma recette par jour est parfois 2000 Fcfa (environ 3,1 euros), parfois 2500 Fcfa (environ 3,8 euros). On espère qu’on vendra plus pendant la Coupe du monde »,

explique Junior, jeune commerçant. Jean Francis Onguene, un client, me rappelle que « les Camerounais ne sont jamais pressés. Ils attendent toujours la dernière minutes pour se bousculer afin d’acheter un gadget de supporter. Même autour de moi, dans mon quartier, les gens disent attendre le 12 juin (jour du match d’ouverture). Faute d’argent actuellement, je prends uniquement deux drapeaux et des bracelets pour mes enfants ».

3- Les drapeaux des différents protagonistes

Par endroit, quelques rares drapeaux flottent au vent. Des signes qui prouvent que les supporters des Lions indomptables trainent encore le pas dans la ville de Douala. Contrairement aux années antérieures où les rues rayonnaient aux couleurs tricolores.

Cette effervescence matinale autour du football a un impact sur le chiffre d’affaire des vendeurs de maillots. Fabrice en est un. Installé au lieu dit « Equipement » à Akwa depuis quelques années, il attend impatiemment la venue d’un potentiel acheteur, le premier de la journée. Assis sur son tabouret, à cette heure avancée de la journée (12h), il nous répond avec un air fugace :

« On a du mal à vendre les maillots. On a comme l’impression que les camerounais ne s’intéressent plus au football. Pourtant dans les années antérieures, à moins d’une semaine comme maintenant, les gens se bousculaient. On attend toujours les clients ».

4- Des minables signes par endroit

Vivement le réveil rapide des supporters des fauves d’Afrique centrale, quadruple champions d’Afrique. Afin de porter haut cette équipe jusqu’au sacre final.

Frank William BATCHOU, Observateur de France 24 à Douala


Cameroun : « Jean-Armel Kana Biyik, un lion doit rester un lion ! »

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Le défenseur central du stade Rennais et des Lions indomptables, Jean-Armel Kana Biyik, ne sera pas à la Coupe du Monde / Photo page Facebook du Stade Rennais.

Pour sa non-sélection dans la liste des 23 Lions Indomptables retenus pour défendre le pays au mondial, le défenseur du stade Rennais dit mettre un terme à sa carrière internationale. Une scène à la Lauren Etame Mayer et Eto’o Fils. Qui provoque un coup de gueule de notre blogueur à Douala, Frank William Batchou.

La retraite internationale. Une expression qui sonne mal dans la tête de nombreux footballeurs. Ceux-ci veulent porter éternellement le maillot national afin de défendre, avec loyauté, la patrie.

Néanmoins, la retraite est inévitable. Si blessure, mort (comme Marc Vivien Foe du Cameroun) ou un problème cardiaque (Khalilou Fadiga du Sénégal dont les tests médicaux ont révélé en 2003 « une arythmie cardiaque importante qui n’est absolument pas compatible avec la pratique de la compétition ») ne surgit pas, La retraite internationale arrive à la suite d’une longue carrière bien méritée. Un grand jubilé faisant parfois foi à la déclaration.

On peut citer, en restant seulement au Cameroun, des exemples tels que Roger Milla, Patrick Mboma, Omam et Kana Biyick, Geremi Sorel Njitap, Thomas Nkono… Depuis hier, 4 juin 2014, la donne semble avoir changé. En effet, le défenseur du Stade Rennais en Ligue 1 française fait du buzz ici au Cameroun. Jean Armel Kana Biyick (il aura 25 ans le 3 juillet prochain) annonce sa retraite internationale. La cause à « plein de magouilles en équipe du Cameroun » ainsi que sa non-sélection par Volker Finke pour le mondial 2014 au Brésil.

Une décision prise à la hâte ?

Paraît-il que non, pour lui. Car, répondant aux questions de Jérémy Goujonhit, il affirme que :

« Si je ne l’avais pas dit aujourd’hui, je l’aurais dit dans un mois ou deux. Ils ne peuvent plus compter sur moi. C’est fini. Qu’ils ne m’appellent plus. Je ne suis plus à leur disposition ».

Pour moi, c’est une décision très brusque, qu’il prend beaucoup trop tôt. A seulement 24 ans. De plus, le joueur n’a même pas servi cette équipe nationale pendant deux années. Contrairement à son père André Kana Biyik. Cela signifie qu’il n’y a pas encore fait ses preuves comme Lauren Etame Mayer et Samuel Eto’o Fils, deux autres joueurs qui avaient quitté la sélection.

Le premier avait claqué la porte de l’équipe nationale au lendemain de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2000 remportée par le Cameroun face au Nigéria. C’était aux tirs au but à Lagos. En dépit des nombreuses tractations entreprises par les émissaires de la Fédération Camerounaise de Football (Fécafoot), Etame Mayer est resté campé sur sa décision.

Le second, capitaine des Lions indomptables, avait, au terme d’un match perdu à Yaoundé, opté pour une retraite internationale anticipée. Il a fallu l’intervention des pouvoirs publics avec à la clé, une audience de Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la Présidence de la République du Cameroun, pour pousser Samuel Eto’o Fils à revenir sur sa décision.

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Deux exemples battants que Jean Armel Kana Biyik veut copier. Réussira-t-il à se faire prier par les pouvoirs publics, les membres de la Fécafoot et les futurs encadreurs de l’équipe nationale pour réenfiler le maillot tricolore ? Une affirmation ou une infirmation sera difficile à faire maintenant.

Ce qu’il oublie, c’est que Samuel Eto’o et Lauren Etame Mayer dont-il veut suivre les traces ont aussi essuyé des frustrations à leur arrivée dans la tanière. Rien n’étant facile dans la vie. Mais avec un cœur de lion, ils ont réussir à tenir longtemps. Avec à la clé, des succès engrangés.

Armel Kana Biyick, un lion reste un lion même s’il reçoit des coups. Donc, fuir la tanière aussitôt venu fait flipper. Partir parce qu’absent d’une liste des sélectionnés rabaisse le talentueux footballeur que tu es. Eric Cantona, n’a-t-il pas été refusé en 98 par Aimé Jacquet ? Nasri n’a-t-il pas été mis à l’écart cette année par Didier Deschamps ? Achille Emana et Sébastien Bassong, malgré leur saison époustouflante, n’ont même pas été présélectionnés avant d’être recalé comme toi Armel Kana Biyik. Pourtant, ils sont toujours prêts à accepter d’arborer le maillot national.

Jean Armel Kana Biyick, cher compatriote, se faire prier est bien. Mais faut savoir quand et comment le faire. Brésil 2014 n’est pas le dernier mondial qui sera organisé sous la direction de la Fifa. Il y a 2018 et 2022 qui arrivent. Tu es jeune et plein de talent. Il n’est donc pas tard de se ressaisir et revenir sagement sur ta décision.

Frank William BATCHOU, à Douala