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Le premier ministre de RDC, un poste à suprimer

Il n’existe pas de critères objectifs pour devenir Premier ministre en République Démocratique du Congo. Il est nommé et non élu et la constitution ne lui attribue pas assez de tâches. Pourtant, c’est lui qui engage le gouvernement devant le parlement et par ricochet, devant le peuple. La plupart des gens accèdent à ce poste à cause d’un besoin de règlement d’une situation politique ou par souci d’équilibre géostratégique et non en fonction de leurs compétences. Voilà un des postes à supprimer.

Symbole de la RDC © Photo Pixabay

 

Le premier ministre n’a pas de mandat précis, à tout moment il peut être remplacé selon les desiderata de celui qui le nomme, le Président de la République. Il est fréquent d’entendre parler du gouvernement X, Y ou Z sous une mandature d’un président. Aussi, certaines matières sensibles (la défense nationale et les affaires étrangères) sont le domaine de collaboration entre le premier ministre et le Président de la République. Mais dans la pratique, les questions qui y sont relatives (sécurité, armée, diplomatie…) échappent bien souvent au contrôle du premier ministre en devenant des privilèges présidentiels.

Endosser les erreurs des autres

Dans la constitution de la RDC, il est écrit que le premier ministre forme le gouvernement dont il est le chef. Dans la pratique, il n’en a pas l’autonomie d’initiative. Le conseil des ministres est présidé par le Président de la République, qui joue le rôle de coach, le premier ministre étant une sorte de capitaine de l’équipe dans laquelle il joue selon le système de jeu défini par le coach. Ainsi, le capitaine n’a pas l’initiative de changement du système de jeu, c’est le coach qui en décide et qui sait qui remplacer, quand et par qui.

Le Président de la République n’étant pas responsable devant le parlement (car il n’est pas gestionnaire), ses actes administratifs et financiers sont placés sous la responsabilité du premier ministre qui les contresigne. Ainsi, tout dérapage du Président ou de la présidence retombe sur la tête du premier ministre qui en répond au parlement. Au même moment, le premier ministre, issu d’un compromis, n’a pas de contrôle suffisant sur les ministres, aussi longtemps que ces derniers ont la confiance du chef de l’État et de leurs familles politiques. Je ne connais pas, dans l’histoire récente du pays, le cas d’un ministre sanctionné par le premier ministre. A part le cas de retard des ministres aux réunions du gouvernement que Matata Ponyo essayait en vain de punir.

Rester seulement en ordre avec le raïs et le parti politique

Face au président soucieux de séduire les peuples et de consolider sa légitimité pour renouveler son mandat, le premier ministre s’efface dans l’action publique menée de main de maître par son chef-Président qui se dit « Homme de terrain ». On se demande qui doit rapport de terrain à qui entre le président et le premier ministre.

Ainsi, le premier ministre n’a aucune possibilité de maîtrise de l’économie nationale. On nomme les Administrateurs Délégués Généraux et des présidents des conseils d’administrations des régies financières sur base des calculs politiques et non sur base des compétences. Le premier ministre se contente de lire les rapports qu’ils lui fournissent sans aucune possibilité de les remettre en question tant qu’ils sont en odeur de sainteté avec le pourvoyeur du poste.

Le poste de premier ministre devient plus un avantage politique négociable qui est en jeu à toute occasion de tractations politiques. Il suffit qu’un dialogue ou des concertations soient convoquées pour que le mandat du premier ministre soit clôturé. Ainsi, ce poste devient un poste de jouissance et non de responsabilité. Voulez-vous étaler votre incompétence ? Devenez premier ministre en RDC.


Des agents sanitaires au cœur de l’intox contre Ebola à l’est de la RDC

Dans le langage collectif, ils sont appelés des « docta » ou mieux « docteurs ». Ces sont ces infirmiers, médecins, tradipraticiens, responsables des officines des ventes de médicaments qui s’occupent des premiers soins des malades dans des villages, quartiers, rues et avenues. Mais, nombreux d’entre eux doutent encore de l’existence de l’épidémie de la maladie à virus d’Ebola. Pourtant, ils sont des vrais leaders en matière de santé. S’ils doutent, qui encore peut être convaincu ?

Photo Medécins dans la rue à butembo
Médecins et infermiers protestent le 24 Avril contre la mort de Dr Muzoko © Djiress Baloki

 

Mercredi 24 avril, des infirmiers et médecins de Butembo, à 300 Km au Nord de Goma, à l’est de la RDC sont descendus dans la rue. Ils dénonçaient des violences et menaces en répétitions contre les centres de traitement et des agents de santé. Cette marche est intervenue après une attaque des cliniques universitaires du Graben, un centre hospitalier de Butembo. Une attaque qui avait causé la mort de l’épidémiologiste camerounais de l’OMS, Dr Muzoko. Mais peu nombreux ont été les médecins et infirmiers présents à cette manifestation. La manifestation s’est soldée par la signature d’une liste nominative de présence. Et donc une contrainte pour manifester et trop d’absences enregistrées.

Si certains justifiaient leur absence par leur sécurité, d’autres ont encore du mal à croire à l’existence de cette maladie. Dans des quartiers, rues et avenues, ces infirmiers et médecins sont des responsables de dispensaires, postes de santé et cliniques privées et des centres de soins naturels (tradipraticiens). Dans le langage collectif, ils sont appelés « nos docteurs ». Ce sont eux qui s’occupent des premiers soins, qui peuvent aller du traitement d’une petite fièvre à l’accouchement. Si lui, docteur de quartier, hésite encore à transférer des cas vers des centres de traitement d’Ebola, comment voulez-vous que ses malades puissent croire à la maladie ?

Suspicion des récompenses contre des cas signalés

A la déclaration de la maladie à Mangina en août 2018, des messages des experts de sensibilisation pour la prévention circulaient en boucle dans des radios locales de Beni et Butembo : « Si vous avez une fièvre, des vomissements, saignements… rendez-vous dans la structure sanitaire la plus proche ». Des populations se trouvant dans ces zones se sont mobilisées pour observer des règles d’hygiène. Des outils de prévention, de protection et même d’hygiène étaient visibles un peu partout. Certaines personnes avaient même acheté des gants pour éviter de se contaminer lors des salutations ou quand il faut palper plusieurs biens sans savoir qui les a touchés en premier. A l’entrée des endroits publics, des bureaux, des résidences, à des barrières des kits de lavage de mains étaient comme obligatoire. Mais tout d’un coup, ces sont des violences qui ont commencé.

>>>Lire aussi : Ebola, cette maladie qui modifie nos conditions d’hygiène

Des agents commis à la surveillance des structures sanitaires locales pour des éventuels cas avaient adopté l’« opération commando et traque de tous les cas de fièvre dans des structures sanitaires », au lieu de collaborer avec des responsables de ces structures. Cette opération est liée à la manière dont les agents de riposte se présentaient dans des postes de santé et autres structures sanitaires des quartiers. Le prélèvement de la température était le seul indicateur pour qu’un malade soit déclaré « cas suspect ». Et à la moindre alerte, un cortège d’une vingtaine de véhicules 4X4, roulant en vive allure, atterrissait pour embarquer le malade, sans même le consentement du personnel soignant de cette structure.

Centre de traitement d’Ebola à butembo © Photo Djiress Baloki, journaliste à Butembo

 

Cette « opération commando » avait soulevé des premières inquiétudes dans la population locale et des rumeurs selon lesquelles « des agents qui alertaient étaient payés au prorata du nombre de cas signalés » ont commencé à circuler. Au même moment des structures sanitaires qui survivent grâce aux factures payées par les malades ne savent pas s’en sortir après que les équipes de riposte embarquent leurs clients. Des rumeurs « d’extraire des organes humains » se propagent aussi. Dans la communauté, ces rumeurs s’associent à des menaces et intimidations contre tout agent commis officiellement au service de lutte contre Ebola.

Deux poids deux mesures s’observent aussi dans l’appui des organisations intervenant dans la riposte aux structures sanitaires. Plus votre structure présente des cas positifs, plus vous accédez à des assistances des organisations internationales et nationales. Des structures qui n’ont jamais présenté des cas se retrouvent abandonnées. Les responsables et les malades sont traqués à longueurs de journée.

Laisser libre court à l’automédication

Des infirmiers, médecins et tradipraticiens qui n’ont jamais été d’accord avec la riposte contre Ebola ont dû fermer les portes de leurs officines. « Ces agents de riposte nous mettent mal à l’aise et nous disent comment après plus de 10 mois nous ne sommes pas capables de présenter même un cas suspect ! Ils surveillent du matin au soir nos structures. Ils sont allés jusqu’à nous contraindre de fermer si nous ne voulons pas croire à l’existence de la maladie d’Ebola », se plaint un infirmier qui un poste de santé au centre-ville de Butembo…… En une journée, sa structure accueillait en moyenne dix malades, en majorité des opérateurs économiques. Aujourd’hui, ses clients l’invitent chacun chez lui pour un traitement en cachette.

Dans d’autres structures, à l’approche des équipes de surveillance des cas d’Ebola, les personnels soignants évacuent des malades de leurs centres hospitaliers, dispensaires et postes de santé. Ils disent protéger leurs clients. Ils sont ainsi appréciés, contrairement à ceux qui alertent à tout cas de fièvre, de vomissement ou de fatigue généralisée. De leur côté, des officines de vente des médicaments se font des bonnes recettes. Pas besoin d’y exposer l’ordonnance pour accéder à tel ou tel autre produit. Et les décès communautaires, des décès survenus à domicile se multiplient.

L’autre défi, c’est la contamination même au sein des hôpitaux. Selon les statistiques de la coordination de lutte contre Ebola à Butembo, 60% de cas ont été contaminés dans des structures sanitaires. D’où la réticence de se rendre aux soins et de suivre des traitements à domicile. Et Ça, c’est une catastrophe, c’est une vraie tragédie d’avoir des transmissions dans les endroits mêmes où les populations vont chercher des soins. Pour la population, certains médecins et infirmiers ne prennent plus le soin d’assainir leurs structures pour qu’elles bénéficient des aides des organisations internationales.

Cher personnel soignant, vous avez toujours accusé des politiciens, commencé par balayer votre case et jouer votre rôle de leader sanitaire.


Soucieux d’élire, des jeunes de Butembo et Beni improvisent leurs propres bureaux de vote

A Beni et Butembo deux villes distantes l’une de l’autre de 54 Km et situées à l’est de la RDC au Nord-Kivu, des habitants n’ont pas voulu rester à l’écart des élections triplées présidentielles, législatives nationales et provinciales de dimanche 30 décembre. Ils ont fait recours à une simulation de vote dans des bureaux improvisés. L’acte posé enthousiasme et déstresse nombreux.

Dans certains centres, des agents électoraux endossent des tenues de la CENI des élections de 2011 © Photo Umbo Salama

Dimanche 30 décembre, la RDC se choisit ses dirigeants pour 5 ans (constitutionnels) à la présidence de la République ainsi qu’aux assemblées nationale et provinciales. Mais le 26 décembre, la CENI (Commission électorale nationale indépendante) a exclu trois circonscriptions électorales de ses élections. Il s’agit du territoire de Beni, des villes de Butembo et Beni au Nord-Kivu, à l’est, et de Yumbi dans le Maindombe, à l’Ouest du pays. La CENI parle de problème d’insécurité et d’Epidémie d’Ebola à Beni et Butembo, et des conflits armés à Yumbi. Unis par la colère de se trouver à l’écart de ce grand rendez-vous, des bureaux de vote à ciel ouvert s’improvisent et déstressent nombreux des Bubolais (habitants de Butembo).

Des bureaux de vote à ciel ouvert

Au rond-point Nziapanda, à la sortie Sud de la ville de Butembo, des conducteurs des motos taxis improvisent une élection. Ils se cotisent pour acheter un cahier dans lequel ils arrachent des papiers à la volée, les découpes en petits morceaux pour servir de bulletin de vote. C’est sur ce bout de papier que l’électeur marque les différents numéros de ses candidats à l’aide d’un stylo. « Il faut commencer par le numéro du président, puis celui du candidat à la députation nationale et enfin celui de la députation provinciale », lance le chef du parking, autoproclamé président de ce bureau de vote. Après cette étape, on glisse son bulletin dans un carton qui sert d’urne pour la circonstance.

Un point de lavage des mains dans un bureau de vote de fortune au rond point Nziapanda à butembo © Photo U S

Les électeurs ne sont pas seulement des conducteurs des motos taxis. L’engouement y est observé. Des gens affluent des tous les quartiers situés dans les environs de ce carrefour. Jeunes et vieux, hommes et femmes s’y rendent pour, selon leurs dires, remplir leur devoir civique. Les règles d’hygiène entrent en contribution. Un kit de lavage des mains est mobilisé. Avant d’obtenir son bulletin de vote, il faut d’abord se laver les mains pour limiter les risques de contamination de la maladie d’Ebola. La même scène a été visible en ville de Beni, à environs 350 Km au nord de Goma. Six bureaux de vote, répartis dans quatre communes.

Limiter la nostalgie d’élire

Une vingtaine de bureaux de vote à ciel ouvert fonctionne jusqu’au soir. A Mutsanga à l’est de la ville et à Furu à la sortie Nord, deux points chauds et bases des deux groupes de pression dont la véranda Mutsanga et le parlement débout de Furu, pour élire dans ces bureaux improvisés il faut d’abord exhiber sa carte d’électeur. Sans ce document, on ne fait pas partie des électeurs. « Nous ne sommes pas rassurés qu’il y aura élection même en mars. C’est notre manière de prouver que nous avions la nostalgie de contribuer au changement dans ce pays », s’enthousiasme une dame à la sortie du bureau de vote de Mutsanga, visiblement contente de voter dans ces conditions.

Un autre membre du bureau de Furu nous explique que vers 18h00, chaque bureau va procéder au dépouillement de ses votes et les résultats seront envoyés au Bureau de la CENI antenne de Butembo ainsi qu’à la MONUSCO. « Même si nos résultats ne seront pas envoyés à Kinshasa, au moins le monde va savoir la tendance des élections dans notre ville de Butembo », explique un jeune de la Véranda Mutsanga, un des groupes de pression. Pour d’autres, c’est un exercice qui montre au gouvernement que ce que lui n’a pas su organiser en cinq eux sont à mesure de le faire en deux jours. Reste à savoir, le crédit à accorder à ces scrutins fictifs.


Kamerhe-Tshisekedi : Quand un gourmand abandonne un gros plat à son frère

Réunir les politiciens de la République Démocratique du Congo pour un objectif commun, c’est construire une tour de Babel qui aboutit à l’impossible compromis. C’est comme le partage de repas entre des frères gourmands. Laisser pour une seule fois le plat à son frère nourrit des suspicions comme Vital Kamerhe qui laisse place à Felix Tshisekedi aux élections présidentielles du 23 décembre.

Ma réflexion part d’une observation d’enfance. Si vous avez un frère gourmand, le jour qu’il arrive le dernier et sort le premier de la table à manger, il faut s’interroger soit sur sa sincérité d’être rassasié, soit sur la qualité du repas. Il y a anguille sous roche. « Qu’est ce qui se passe ? Est-il malade ? » C’est la même question qu’on peut se poser quand Vital Kamerhe, président de l’UNC (Union pour la nation congolaise) se désiste aux élections présidentielles du 23 décembre en faveur de Félix Tshisekedi de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) et tous deux se coalisent sous la plateforme CACH (Cap vers le changement).

Abandonner son rêve le plus ardent !

Affiche Fatshivk à kisangani © Photo Lydie D. Omanga, du bureau de communication de l'UNC
Affiche Fatshivk à kisangani © Photo Lydie D. Omanga, du bureau de communication de l’UNC

 

Aux élections de 2006, Vital Kamerhe était le directeur de campagne de Joseph Kabila. Cette bravoure lui donne accès à la présidence de l’Assemblée Nationale, alors qu’il s’attendait jouir de la primature. Selon le magazine Jeune Afrique, il commençait à nourrir des ambitions de devenir le successeur de Kabila à la présidence après deux mandats et donc en 2016. Un rêve qui  s’était effondré avec sa démission à la tête de la chambre basse du parlement. Il entre dans l’opposition et monte sa propre boutique : l’UNC (Union pour la nation congolaise). Il compte sur la masse qu’il avait mobilisée pour faire élire joseph Kabila.

En 2011, il est aussi candidat à la présidence et lance l’idée d’une candidature commune ou unique de l’opposition. L’objectif est de contourner la disposition constitutionnelle d’élire le président en un seul tour au lieu de deux. Ce changement constitutionnel date du règne de Kamerhe à la présidence de l’assemblée nationale. Qui devrait être ce candidat commun ou unique ? Kamerhe pensait qu’avec sa popularité de 2006, il est populaire et meilleur que les autres. Il avait oublié qu’il est dans la course avec Etienne Tshisekedi qui a combattit dans l’opposition depuis le règne de Mobutu.

Base de Felix ou béquille de Kamerhe

La cours constitutionnelle donne à Kamerhe un nouvel espoir pour les élections du 23. Des baleines de l’opposition sont écartées. Des rencontres des opposants se multiplient. Contre toute attente, Martin Fayulu est désigné candidat commun de l’opposition à Genève. Le lendemain de la signature, Felix Tshisekedi se rétracte et se justifie qu’il va d’abord expliquer à sa base. Il est suivi par Kamerhe qui cite la même raison que Felix. C’est par après que Kamerhe comprend que même les députés de son parti politique surtout ceux de l’est ne sont pas d’accord avec le retrait de sa signature de Genève.

Comment alors rentrer au pays ? C’est là que Felix Tshisekedi entre en jeux. Il faut s’appuyer sur sa base. Pour y arriver, Kamerhe lui donne la grosse part. Le tour se joue à Nairobi, au Kenya avec la signature de l’accord de création de CACH (Cap vers le changement). Félix Tshikedi est désigné candidat président de la république et Kamerhe directeur de la campagne. Voilà comment un gourmand abandonne le gros plat à son frère.


Shadary montre-moi ce que t’as dans le ventre

Qui peut prononcer cette phrase devant Emmanuel Ramazani Shadary, le candidat du FCC (Front Commun pour le Congo) ? A l’allure où vont les choses durant cette période de campagne électorale, le « Dauphin » de Joseph Kabila et qui a le gouvernement ainsi que les institutions de la RD Congo derrière lui, semble être seul dans l’arène. Je ne dis pas seul puis que d’autres candidats jouissent déjà des coalitions tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Comment expliquer cette solitude du candidat du FCC ?

Capture d'écran du compte Twitter de Ramazani Shadary
Capture d’écran du compte Twitter de Ramazani Shadary

 

Plusieurs congolais restent convaincus qu’Emmanuel Ramazani Shadary ne dispose pas d’une énorme popularité. Mais il bénéficie de la machine du pouvoir pour mener sa campagne. A sa première étape de mobilisation électorale, il choisit le Haut-Katanga, Lualaba, Haut-Lomami et Tanganyika. On peut dire, l’ex-province du Katanga. Il s’agit d’une région où Moïse Katumbi est prénommé « Baba », traduisez « Père ». Shadary y va tout de même sans l’appui de son « Maître ». Et je présume que les prochaines étapes seront les deux Kasaï de Tshisekedi ou l’équateur et la province orientale de Jean pierre Bemba.

En effet, en RDC la sociologie électorale est tribale. Cela n’empêche à personne de poursuivre son adversaire jusque dans son dernier retranchement : sa « base électorale ». Une dure épreuve qui relève de parcourt de combattant à laquelle est soumise Emmanuel Shadary et qui doit se débattre dans ces provinces, fiefs des leaders de l’opposition, comme un « Diable dans un bénitier ». L’illustration va jusqu’à rappeler l’histoire de David et Goliath.

Maître pourquoi tu m’abandonnes ?

Cette phrase de Jésus Christ est reprise chaque vedrendi saint dans l’Eglise Catholique, la veuille de Pacques. Va-t-elle aussi revenir la veuille des élections en RDC? Il n’y a pas que Shadary qui puisse aller jusqu’à la prononcer. Des alliances dans les rangs de l’opposition et qui vont dans le sens de « je t’aime, moi non plus » ne s’écartent pas encore de cette exhortation. Mais pour Shadary, c’est autre chose.

Personne ne s’attendait à sa désignation comme Dauphin de Joseph Kabila. Issue du pouvoir en place, il semble se rassurer avec tous les moyens mis à sa disposition. Mais il va de meeting en meeting on dirait sans la bénédiction de son maître. « Celui qui devrait être tout le temps à ces côtés surtout dans des provinces où Joseph Kabila avait été élu massivement en 2006 et 2011 », selon moi et comme on l’a toujours vu dans des campagnes électorales en occident.

C’est ici que je me trouve dans l’obligation de m’interroger. Pourquoi Kabila ne veut pas mouiller sa veste dès le début de la campagne électorale pour faire élire son dauphin ? Ou encore sur qui compte-t-il pour la victoire d’Emmanuel Ramazani Shadary ? Mieux encore : « Emmanuel Shadary est-il choisi du fond du cœur de Joseph Kabila pour être son Dauphin ». Shadary, fait voir tes biceps pour qu’on sache qui tu seras pour la RDC.


RDC : Ces radios communautaires qui vont encore donner de l’espoir aux populations du territoire de Lubero

Du lundi 5 au jeudi 8 novembre 2018, quatre jours durant, une vingtaine des journalistes et animateurs de dix radios communautaires du territoire de Lubero, en province du Nord-Kivu, à l’est de la RDC, se sont réunies dans la salle de l’hôtel « SMS » de Kayna. Le CENED (Centre d’éducation nutritionnelle et environnementale pour le développement), initiateur de cette rencontre, veut faire participer la presse locale du territoire de Lubero à la culture démocratique.

des journalistes de Lubero en pleine formation © Photo CENED RDC
Des journalistes de Lubero en pleine formation ©CENED RDC

Quand on écoute des noms des agglomérations telles que Masereka, Miriki, Kikuvo, Kitsumbiro, Kirumba, Kayna, Luofu… des agglomérations du territoire de Lubero, les images qui viennent en tête sont des scènes de terreurs, violences, pillages, vols, viols et tueries des personnes. Tellement que ces villages subissent des affrontements à répétitions entre des hommes en armes.

Comment changer l’image de ces milieux et parler de la vie quotidienne, des initiatives locales du territoire de Lubero ? Comment faire participer la population locale à la gestion des conflits dans leurs milieux ?

Voilà pourquoi le CENED m’a invité pour échanger avec des journalistes des radios locales sur leurs rôles en zones des conflits armés et surtout en cette période où la RDC se prépare à la troisième expérience démocratique, avec une élection présidentielle prévue le 23 décembre 2018.

Double problématique

Voici comment j’ai intitulé le thème autour duquel nous avons échangé avec ces journalistes durant les quatre jours : « Radios communautaires en zones des conflits et pratiques du journalisme en période électorale en territoire de Lubero ». Une double problématique. D’abord le travail des radios communautaires dans une zone en conflits, puis le travail du journaliste pendant les périodes électorales. C’est pourquoi, j’ai subdivisé l’idée à trois sous-thèmes.

©CENED RDC

Le premier sous-thème a porté sur les principes fondamentaux pour comprendre les radios communautaires. Il fallait expliquer à ces chevaliers de la plume qu’une « radio communautaire donne le pouvoir aux personnes et aux communautés, permet l’échange des nouvelles, de l’information et permet aux populations de leurs communautés de participer au dialogue continu au sujet des problèmes politiques et de développement ». C’est la radio des sans voix. Bien souvent on utilise l’expression « radio de proximité ».

Le deuxième sous-thème s’est penché sur des techniques de récolte, traitement et diffusion de l’information dans une radio. Avec des exemples des travaux déjà réalisés dans d’autres médias, des travaux pratiques et de descentes sur les terrains à la rencontre des sources,… ce point a porté sur comment trouver un sujet d’information, formuler l’angle, choisir et rencontrer des personnes ressources avant de procéder aux techniques d’écriture et de diffusion à la radio.

Des radios communautaires pour consoler les affligés

Et enfin, il fallait parler des pratiques du journalisme en période électorale dans une zone en conflits armés. Les principes phares ont été « libres et accès équitables de tous les partis à la radio, la contribution des journalistes à l’éducation électorale ». Aussi, pour ces radios, « diffuser une information fondée sur des faits vrais, vérifiables, exacts et fiables, reste la règle d’or pour la sécurité du journaliste ».

Pour plusieurs participants, c’est la première fois de prendre part à une formation en journalisme. De mon côté, bien appliquer ces principes en territoire de Lubero, c’est redonner de l’espoir à cette population qui ne sait plus à qui elle peut encore exposer ces problèmes. Pour dire ces radios communautaires doivent s’approprier la pensée de Finley Peter Dunne, un écrivain et humoriste américain du 19ème siècle, qui avait déclaré que le métier de journaliste consiste « à consoler les affligés et à affliger les nantis ».


Accord de Genève : Quand le retrait des signatures de Kamerhe et Félix fait la publicité de Fayulu à l’est de la RDC

Les partisans des deux ex-signataires de l’accord de Genève peinent à prendre parole pour défendre la position de leurs mentors. Ce temps passé, laisse libre passage à Fayulu. Mais rien n’est encore gagné ni perdu.

Montage photo de Kemerhe et Fayulu, photo du magazine Jeune afrique

A l’est de la RDC, les candidats députés inscrits sur la liste de l’UNC (Union pour la nation congolaise) de Vital Kamerhe, sont au bout d’une route et trouvent tout à coup deux chemins : « Faut-il prendre le côté de Kamerhe ou de Fayulu, ou bien rester là jusqu’au soir ? ». Mais comme ils savent lire, certains tentent de sortir de leur niche pour exprimer chacun le côté qu’il va suivre.

A Butembo, par exemple, Djimmy Peruzi, inscrit sur la liste de l’UNC (Union pour la nation congolaise) a déclaré dans les médias locaux vendredi 16 novembre que lui soutient jusque-là l’accord de Genève qui déclare Martin Fayulu candidat commun de l’opposition congolaise. « On ne peut retirer la signature posée sur un accord à travers les médias. Il faut qu’on signe un accord qui annule le premier », a-t-il indiqué. Pour sa part, l’honorable député Mbindule Mitono, aussi de l’UNC, a écrit sur compte twitter qu’il va se prononcer après avoir consulté sa base au Nord-Kivu, Beni, Ituri, Tshopo…

 

Aucun profil de candidat président

Martin Fayulu était encore moins connu auprès des populations ordinaires de l’Est de la RDC. Après le choix porté à sa personne le dimanche comme candidat commun de l’opposition, nombreux se sont interrogés : « qui est-il ?, pour quoi lui et non tel ou tel autre ? ». Quand Felix Tshisekedi et Vital Kamerhe ont retiré leurs signatures, le nom de Martin Fayulu fait le buzz sur des réseaux sociaux à l’est de la RDC.

En effet, dans cette partie du pays, le profil du futur raïs est loin d’être unanime. Il suffit de demander à certaines personnes : « pour qui allez-vous voter aux élections présidentielles du 23 décembre 2018 ? » Les réponses sont toujours évasives. Dans des débats à travers les médias, des discussions dans des transports en commun et autres échanges, des conclusions penchent souvent vers des candidatures de l’opposition sans fournir une précision sur la personne. Et donc ici toutes les candidatures de l’opposition étaient encore bonnes.

Et croire que le retrait des signatures de Kamerhe et Tsisekedi donne encore du poids à la majorité présidentielle à l’est du pays, c’est vite conclure. La réalité est autre. Puis que dans cette bataille, Kamerhe semble être le plus perdant à l’est du pays.

Rien n’est encore gagné ni perdu

Il fallait encore attendre les conclusions de Genève et les déclarations de certaines personnalités du milieu pour savoir quel candidat la population va se ranger. L’accord est signé. Aucune manifestation, ni de joie, ni de remord au sein de la population. Sur les réseaux sociaux et dans des conversations, on se limite à informer que le choix est porté sur la personne de Martin Fayulu.

Felix Tshisekedi est le premier à retirer sa signature de l’accord. Les choses ne se gâtent pas trop car sans trop d’enjeux pour la partie est, même si son feu Père était massivement voté en 2011 dans certaines circonscriptions. C’est quand Vital Kamerhe annonce le retrait de sa signature que tout semble s’embraser. On l’accuse de tous les maux et surtout de jouer le jeu de la majorité. Les anciens électeurs de Kamerhe se promènent maintenant avec des photos de Fayulu. Mais cela ne donne pas encore de privilège à celui-ci d’être massivement élu à l’est du pays. le pari n’est pas encore gagné pour Fayulu. Ce n’est que le début.


A Beni, la mobilisation contre Ebola nourrit les suspicions

Quand on écoute le nom de « Beni », à environs 350 Km au Nord de Goma, à l’est de la RDC, l’idée qui vient en premier est que même une mouche ne peut plus y étendre ses ailes pour s’envoler. En cause, des incursions répétées des rebelles ougandais de l’Allied Democratic Forces, les ADF. Des citoyens lambda émettent aussi assez d’hypothèses et d’hésitations pour s’y rendre. Depuis l’apparition de l’épidémie de virus à Ebola, l’histoire de la guerre semble disparaître. Tout le monde se mobilise. Une mobilisation qui peut nuire à la lutte contre la maladie.

Des agents de riposte en préparatif pour la prise en charge des malades
Des agents de riposte en préparatif pour la prise en charge des malades © Photo Umbo Salama

Les dispositifs de riposte contre Ebola impressionnent. Des kits de lavage des mains sont à chaque porte d’entrée : à l’entrée des villes de Beni et Butembo ainsi que des certains villages du territoire de Beni et Lubero, devant les portes des églises, bureaux, boutiques, banques, écoles, prisons, stations de radio et même des résidences privées. Des messages de prévention contre Ebola passent en boucle dans sur les radios locales. Aucun discours ne vaut la peine s’il ne porte pas sur Ebola.

Des véhicules, équipés d’antennes de radio-transmission « high Codan » avec des autocollants des ONG internationales, régionales et nationales, et qui roulent à grande vitesse, sont visibles dans toutes les rues, avenues et routes de cette zone. « Voici plus de quatre ans que des assaillants nous massacrent ici à Beni, avec plus de mille morts, mais on a jamais vu une telle mobilisation pour nous porter secours ou pour nous protéger. Mais pour moins de 50 morts, voyez vous-même la mobilisation », s’exclame Kambale Kanzira, en voyant un cortège des véhicules de riposte contre Ebola qui se dirige à l’aéroport de Mavivi, pour accueillir le ministre de la santé, mercredi 19 Septembre.

Trop de mobilisations nuit à la riposte

Depuis la déclaration de l’épidémie du virus d’Ebola à Mangina, à environ 30 Km à l’Ouest de Beni, dans la zone de santé de Mabalako, les agents de riposte font face à plusieurs difficultés. Certaines familles empêchent des agents de riposte d’enterrer des corps des morts par virus d’Ebola. D’autres, s’interposent contre la vaccination… Des membres de la société civile qui exigent la présence des relais communautaires locaux, le partage équitable de la prime pour les locaux comme les expatriés… Des soulèvements qui vont jusqu’à la destruction des engins, des élèves qui quittent les classes à l’approche des sensibilisateurs… Autant d’indicateurs qui ne favorisent pas la riposte.

Séance de sensibilisation sur les mesures d'hygiène
Un agent du ministère de la santé sensibilise sur les mesures d’hygiène © Photo Umbo Salama

Il faut savoir que la question de la maladie à virus Ebola est une question de santé publique et qui demande plus de sensibilisation, de compréhension du contexte, coutumes, habitudes et croyances du milieu pour créer un climat de confiance entre la population locale et les prestataires de santé. Mais à Beni, l’intervention de toutes ces ONG fait croire à une question d’urgence humanitaire. Et qui dit urgence humanitaire, dit distribution des vivres et non vivres, et même de l’argent! Pour la première fois, des employés de l’union africaine arrivent aussi à Beni et Butembo.

Riposte ou « opération commando »

Le ministre de la santé arrive presque chaque semaine dans une zone qui enregistre les morts suite à l’incursion des ADF. Alors que son homologue de la défense a toujours délégué celui de l’agriculture et élevage et pour sensibiliser des groupes armés, tout simplement puis qu’il est originaire du coin. On a vu même le numéro un de l’OMS (organisation mondiale de la santé) arriver à Beni.

En cas de mort, par Ebola ou pas, des agents commis dans cette activité interviennent comme dans une « Opération Commando ». Un long cortège des véhicules 4X4, vient en grande vitesse. Des agents habillés en combinaisons descendent, bousculent tout le monde et commencent les prélèvements sans même conscientiser les membres de la famille. Même si la mort est survenue à l’hôpital, la même scène s’observe. A Butembo, j’ai assisté à une scène où le corps soignant d’un hôpital s’échange des paroles grossières avec l’équipe de riposte pour prélèvement sur le corps d’un malade qui venait de rendre l’âme.

Pour la population locale une interrogation persiste : Pourquoi autant de mobilisation pour Ebola et non contre les ADF ? Et donc, si la lutte contre Ebola connaît trop de résistances, il y a aussi ces paramètres que la population locale ne sait pas comprendre.

Lire aussi : Une offensive des ADF fait au moins 6 morts à Beni


Ramazani Shadary, une passerelle pour le troisième mandat constitutionnel de Joseph Kabila

Surprise du côté de l’opposition, de la majorité présidentielle et même de la société civile. Personne et encore personne n’avait pronostiqué Emmanuel Ramazani Shadary comme candidat de la plateforme électorale de Joseph Kabila, le  FCC (Front Commun pour le Congo), pour les élections présidentielles du 23 décembre 2018. Même Shadary n’avait pas pronostiqué sur sa propre personne. Quelle stratégie inattendue de Joseph Kabila pour ces élections !

Profil de Shadary sur face book © Photo droit des tiers

Mercredi 8 Août, Joseph Kabila, désigne son Dauphin. Contre toute attente c’est le nom de Shadary qui est sorti. Selon Colette Braeckman, l’heureux nominé fut le premier à être surpris par la nouvelle. Informé par le président, Shadary fut tétanisé par l’émotion et faillit littéralement tomber de sa chaise, poursuit Braeckman, qui cite un témoin de la scène. Sur des réseaux sociaux et sur la scène politique nationale et internationale des réactions sont au rendez-vous.

Dans la majorité présidentielle, nombreux sont ceux qui applaudissent cette nomination sans la porter vraiment au cœur. Avant d’élever Shadary au rang du candidat du FCC, Joseph Kabila avait déjà demandé aux membres de ce regroupement électoral de proposer chacun quatre noms présidentiables. Les noms de l’ancien Premier Ministre, Matata Ponyo, et du Président de l’Assemblée, Nationale Aubin Minaku, sortaient en tête des listes. Mais Kabila a prouvé que lui seul maîtrise les mystères de l’existence du FCC. Dans l’opposition comme dans la société civile et la communauté internationale, c’est une étape franchie car Joseph Kabila ne va pas briguer un troisième mandat.

Difficile de décrire Shadary

Sur les réseaux, on déterre les souches ancestrales de Shadary, qui se trouvent au Maniema, pour le lier à la famille du président sortant. On va jusqu’à chercher sa ressemblance, du point de vue phénotype, avec feu Laurent-Désiré Kabila, ancien président de la RDC et père du président Joseph Kabila. Objectif : trouver les vrais mobiles du choix de cette candidature. « Une personne qui ne peut trahir et qui peut faire passer les intérêts de la famille avant toute chose ».

Mais cette thèse peut être plausible à celui qui n’a jamais suivi le film « président par accident ». C’est un film américain réalisé par Chris Rock et sorti en 2003. Pour un candidat président il fallait « trouver quelqu’un qui perdra à coup sûr aux élections. Ils choisissent Mays Gilliam, un politicien inconnu issu des quartiers pauvres qu’ils pensent pouvoir manipuler facilement. Mais si Mays est en lice, c’est surtout pour s’éclater. Il engage Mitch, son déjanté de frère, en tant que candidat à la vice-présidence, et mène avec lui une campagne des plus originales. Et ça marche : contre toute attente Mays arrive en tête des sondages ». Shadary pourra-t-il aussi être de ces genres de président par accident ? L’inattendu n’est pas aussi exclu. Car quand on s’habitue à surprendre, on finit aussi par se faire surprendre.

Auprès des citoyens ordinaires, Shadary est un inconnu. Une anecdote s’invite pour le décrire : « Si votre Grand-Mère vous demande qui est Emmanuel Ramazina Shadary, il faut dire que c’est l’homme qui avait demandé à la police de jeter des bombes lacrymogènes dans l’Eglise et d’arrêter des catholiques qui avaient osé manifester contre le troisième mandat de Joseph Kabila. Là, la Grand-Mère saura vite le nom de celui qui veut devenir président de la RDC ». En cette période Shadary était encore vice-premier ministre en charge des affaires intérieures, et donc le patron de la police. Il a été désigné candidat alors qu’il était à la tête du parti présidentiel, le PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie).

Le sénat, la dernière carte

A part féliciter Kabila qui ne brigue pas de troisième mandat, l’opposition, la société civile et la communauté internationale protestent contre la machine à voter. De son côté la CENI persiste dans l’idée que, sans machine à voter, pas d’élections. Difficile de trouver un compromis sur le recours à cette machine.

Quant à Kabila, il reste protégé par l’article 70, alinéa 2 de la Constitution, qui l’autorise à rester au pouvoir jusqu’à l’investiture d’un nouveau président élu. Aussi, si Kabila ne brigue pas le troisième mandat, il n’est pas interdit qu’il devienne président du Sénat. D’abord, la Constitution lui garantit le poste de sénateur en vie. Et en plus, avec sa fortune, il a des atouts pour être élu Président de cette chambre haute du Parlement. Il suffira que Shadary se déclare, au nom des intérêts de la famille, incapable d’assumer les fonctions du chef de l’Etat, pour laisser libre passage au président du Sénat. Retour de Kabila à la présidence de manière constitutionnelle.

Le choix de Shadary ressemble à un piège contre une candidature unique de l’opposition. Les chances qu’ont cette dernière de s’unir tombent à l’eau. Chacun pourra se prévaloir de battre Shadary à « plate couture » sans l’aide de qui que ce soit. D’où la dispersion des voix en faveur de ce candidat du FCC.


Ebola, cette maladie qui modifie nos conditions d’hygiène

Au début du mois d’oût, le ministère de la santé congolaise a déclaré la présence de l’épidémie d’Ebola dans la commune rurale de Mangina, à trente kilomètres à l’Ouest de la ville de Béni, en zone de santé de Mabalako,  en province du Nord-Kivu. Les médias se sont emparés du sujet, des sensibilisations sur l’hygiène pour prévenir la maladie et pour se protéger sont au rendez-vous. Dans les villes et les campagnes, des outils de prévention et de protection s’exhibent un peu partout, comme une nouvelle mode.

« Les africains ne meurent pas des microbes », cette phrase est souvent prononcée par des personnes qui se jettent sur tout ce qui se présente pour se nourrir, sans penser aux principes de base pour une bonne hygiène. Mais l’épidémie du virus d’Ebola vient de mettre un frein aux pratiques hasardeuses…. La ruée sur les viandes grillées dans la rue, dans des lieux publics ou devant les bistrots et cabarets décroit considérablement. Le respect des normes d’hygiènes s’impose d’elle même, sans besin d’une traque policière. On va même au-delà des normes exigées! On dirait même dire : « à quelque chose malheur est bon ». Car l’hygiène était le cadet des soucis pour de nombreuses personnes. Or, avoir une bonne hygiène de vie, c’est la base pour rester en bonne santé.

On voit désormais les gens porter des gants (ceux qui sont utilisés dans des structures sanitaires), on les voit portés sur toutes les mains, un peu partout : dans la rue, en milieu professionnel et dans des endroits publics, à Butembo et Béni, à l’Est de la RDC. Avec tous ces gants, on croirait presque à des enquêtes policières partout ! Ceux qui n’en portent pas sont vus comme des sous-informés. A l’entrée des bistrots et des boîtes de nuit, des kits sont proposés pour se désinfecter les mains avant de passer toute commande. Dans les restaurants et les hôtels,  mis à part le dispositif de désinfection des mains, le « self-service » n’est plus au rendez-vous.

Mais Ebola, ce n’est pas seulement une affaire d’hygiène pour survivre. C’est aussi l’occasion, pour les commerçants et les opérateurs économiques, de réaliser des bonnes affaires. Dans les officines de vente de médicaments et dans les supermarchés, les produits d’hygiène se raréfient alors que la demande s’accentue ancore. Et pour l’habillement, la mode est aux chemises à manche longue. C’est aussi ça la réalité d’Ebola !

Eviter des contacts avec des personnes malades

Nos liens sociaux et affectifs peuvent nous amener à toucher un proche déjà atteint d’Ebola. Serrer la main, embrasser, laver, donner des câlins… tous ces gestes de la vie courante sont à éviter en cas de virus Ebola, car ces gestes presque anodins peuvent nous coûter la vie. En cas de de deuil, il nous arrive de manipuler le corps de la personne morte (ou même les affaires lui ayant appartenu) sans trop de précaution, mais c’est une erreur car c’est ainsi qu’on attrape le virus Ebola.

Le problème vient de nos habitudes de vie et de nos usages. Par exemple, ne pas se serrer la main pour se saluer est mal interprété en société, y compris dans la zone de Béni-Butembo. Vous risquez d’être taxé de tous les maux de la société ! Surtout entre des personnes de différente génération. Certains essayent de contourner le problème avec de fausses solutions. Cela qui m’intrigue encore, mais j’ai vu plusieurs personnes qui pensent que la contamination passe uniquement par la pomme de la main (ce qui n’est franchement pas très logique…), on voit alors des gens se donner des coudes pour se saluer ! Mais ce geste aussi est à éviter ! Il faut vraiment éviter tout contact direct.

Depuis la déclaration officielle de l’épidémie, des commissions de mobilisation sociale de lutte contre la maladie intensifient les descentes sur terrain pour conscientiser la population. Au Ministère national de la santé on demande à tous d’éviter de toucher tout animal trouvé mort dans la forêt ou de consommer sa viande. Il faut également éviter de toucher sans protection le sang, la sueur, les urines ou les vomissures d’un malade ayant succombé ou d’un malde encore vivant, qui souffre d’une fièvre hémorragique virale. Plus vite seront appliquées ces mesures préventives, plus vite la propagation de la maladie sera arrêtée. Et si on observait continuellement ces règles d’hygiène, même après éradication d’Ebola, le taux des maladies pourrait sensiblement baisser.

Avec Ebola, le dicton qui dit que « prévenir c’est guérir » prend tout son sens. Respectez donc les règles d’hygiène et vous ne serez pas contaminés par le virus.


Kisangani sur la voie du journalisme web

Un clic sur www.Kis24.info suffit désormais pour suivre l’actualité ou pour comprendre la vision du monde par la population de la Tshopo (Une province située au Nord-est de la RDC) et environs. Trois jours (du mercredi 21 au vendredi 23 juin) avec des jeunes journalistes de cette province nous ont permis d’échanger sur des principes du journalisme web. Une expérience enrichissante.

Journalistes kis24.info

Dix journalistes viennent d’enrichir leur vocabulaire avec des concepts du journalisme web. Des expressions telles que « SEO (Search engine optimisation), liens hypertextuels, CM (Community manager), troll, pure-players, code embed, eye-tracking » font désormais partie de leur langage journalistique. Ernest Mukuli de MEPAD (Média pour la paix et la démocratie) et moi-même avons été sollicités pour faciliter la formation sur les fondamentaux du journalisme web.

En effet, le matin du mercredi 10 juin, je reçois un appel téléphonique. « C’est Steve Tisseron qui vous appel. Vous êtes à Butembo, au Nord-Kivu, mais moi, je suis à Kisangani (une distance de plus de 850 km, Ndlr), mais  Je vous sollicite de venir nous accompagner pour le lancement de notre entreprise médiatique en ligne, www.kis24.info, que nous voulons lancer. Comme média en ligne notre spécificité sera le journalisme d’investigation. Nous avons besoin de votre expertise ». C’est ici que je remercie l’Agence française de coopération médias (CFI), Code for Africa, Rue89 et d’autres agences et organisations pour une formation à distance de douze semaines de niveau maîtrise sur « Le journalisme web » dans le cadre du programme « Afrique Innovation, Réinventer les Médias ».

Média d’intérêts publics

Les initiateurs de kis24.info visent grand. Ils ne veulent pas rester dans le quotidien du journalisme congolais. « Couverture médiatique des allers et retours des politiciens ou des conférences de presse nous intéresse aussi. Mais nous voulons plus avoir des idées sur l’investigation journalistique », explique Steve Tisseron, un des initiateurs de ce média en ligne.

Lors des différents exposés, il fallait citer le journaliste Fabrice Arfi de Mediapart et qui est convaincu que le journalisme d’investigation, ça n’existe pas, c’est un appât. « Dès qu’on fait un travail de journaliste, c’est un travail d’enquête, d’investigation », précise-t-il. Cette explication oriente kis24.info sur la voie de « journalisme d’intérêts publics ou de solutions ». Il consiste à mettre en œuvre une approche journalistique qui apporte des solutions à des problèmes de la société. Cette nouvelle entreprise dans le monde médiatique congolais se veut un lieu d’expression des valeurs démocratiques et citoyennes.

En clair, c’est une forme de journalisme explicatif susceptible d’accomplir un rôle de vigie, en mettant en exergue des réponses effectives afin de stimuler des réformes ou changements. Toutefois, cette forme de journalisme fait appelle à une démarche d’information critique marquée par l’investigation. Dans cette logique, certaines informations seront publiées sous formes des feuilletons, avec un angle pour chaque épisode.

Cette entreprise médiatique naît pendant que le gouvernement congolais vient de signer un arrêter demandant aux sites qui publient des textes relevant de l’information de se conformer à l’article 57 la loi 96-22 du 22 juin 1996 fixant les modalités de l’exercice de la liberté de la presse en République Démocratique du Congo.

Le chemin à parcourir est encore long

Tout voyage commence par un pas. C’est ce que vient de faire kis24.info. La pérennité et la viabilité de la presse en ligne, surtout dans un contexte du tout numérique où l’information est généralement accessible gratuitement au public, constitue des inquiétudes de certains qui ne se sont pas encore engagé sur la voie des médias web. Ainsi des séances sur la définition préalable d’une stratégie globale à court et moyen terme, voire à long terme, sont encore nécessaire voire impérieuses pour ce média. Il s’agit de leur parler de stratégie éditoriale et managériale d’un média en ligne. Le premier pas est là.


Michel Leroux : Ce blanc très attaché à la culture africaine

Michel Leroux est devenu un vrai bubolais (Habitant de Butembo) depuis son arrivée à Butembo en 1952, à environ 300 km au Nord de Goma, dans l’est de la RDC. Il est content quand on l’appelle «africain» et adore donner des conseils de sauvegarde de la culture locale. Très attaché à la solidarité africaine, son amour pour la terre  et sa facilité à s’intégrer auprès des paysans lui ont permis de se faire beaucoup d’amis.

Fabrce LEROUX à son bureau de trvail © Photo Umbo SalamaAgé de 80 ans, marié et père de cinq enfants dont trois avec une femme Nande (il aime le préciser), Michel Leroux est un blanc français très connu pour son langage humoristique et ses calembours (des jeux des mots du Kinande au français). « Butembo = But aime beau », aime-t-il clamer. Avec sa longue barbe blanche, gibecière suspendue à l’épaule, T-shirt enfilé, mocassins faits de pneus, Michel Leroux est un blanc spécial. Il était parti en France avant de revenir encore au Congo, et précisement à Butembo. « Il fallait revenir au continent pour redorer l’image du blanc ternie durant la colonisation », s’explique-t-il.

«Appelez-moi aussi Africain »

Préparé par ses parents pour devenir prêtre, le jeune Leroux voit naître en lui des ambitions d’agriculteur et éleveur lorsqu’il rencontre son oncle, qui vivait déjà au Nord Kivu, en 1952. Après quatre années passées dans un séminaire en France, son pays d’origine, Michel Leroux rejoint Gilbert Aimé, son oncle maternel à Butembo, à 300 km au Nord de Goma, dans l’est de la RDC. Il n’a alors que 17 ans. Son oncle Gilbert s’intéressait aux cultures des légumes et à l’élevage des petits bétails. Cette passion emporte son cœur. Adieu la prêtrise. Il se convertit à la vie paysanne.

Avec la vague des indépendances, il découvre que l’homme blanc se distingue dans la ségrégation raciale. Cette période l’a écœuré. Les fermes de son oncle sont vandalisées par ses anciens ouvriers. « Nous avions abandonné nos plantations, fuyant des tensions. Nous sommes allés jusqu’en Afrique du Sud. Mais là aussi régnait l’apartheid et ses affres. Les occidentaux doivent se condamner pour le manque de respect de la dignité humaine en Afrique », regrette-t-il.

En 1963, Michel Leroux décide de regagner la France. N’ayant pas de diplôme, il se lance dans le commerce du carburant. Sept années dures qui vont lui rappeler l’Afrique. L’Afrique qu’il regagne en 1970. « Ce qui me rattache plus à l’Afrique c’est cette solidarité, cet humanisme… La personne humaine a encore une grande valeur, est au centre de tout », explique-t-il. Leroux est toujours fier d’être appelé africain. « J’ai plus de 65 ans de vie en Afrique. Pourquoi ne pas m’appeler aussi africain », exige-t-il, sourire aux lèvres.

Retourner en Europe ? Ce n’est pas à l’ordre du jour en tout cas. Il appelle ses amis européens de venir découvrir le paradis africain, et de ne pas trop croire aux messages diffusés dans la plupart des médias qui dramatisent les situations des guerres du continent.

Très attaché à la terre 

Partout où il passe, Leroux appelle les hommes à ne pas oublier leurs coutumes et cultures locales (religion, médecine, nourriture, habillement, philosophie). Il a même construit des huttes à Mavono (environs 6 km à l’est de Butembo, sur la route Isale-Bulambo). Il prodigue des conseils sur l’importance de consommer les légumes, des plantes, des feuilles aromatiques… dans la médecine traditionnelle et même sur l’importance de la sage-femme. On l’a même taxé de féticheur.

L’oncle de Leroux avait acquis des terres mais ces dernières ont été spoliées. Ce qui l’inquiète. A Kyavaranga, par exemple, une localité située en territoire de Béni, Leroux comptait installer une ferme pour les prisonniers. Ce projet visait à initier des détenus à l’agriculture et à l’élevage qui pourraient les aider à trouver de la nourriture et leur permettre de s’acquitter des amandes. Ce terrain aurait été également spolié. Seul Mavono reste son champ d’activités. Actuellement il y encadre des jeunes désœuvrés dans le domaine de l’agro-pastoral.

Claude Sengenya/Kengele N°32


Ces viols sur garçons mineurs qu’on ne dénonce pas

En République démocratique du Congo, la loi punit sévèrement le viol, surtout sur une personne mineure. Si les cas de viols des filles sont dénoncés, ceux des jeunes garçons exploités sexuellement par des femmes majeures restent un tabou. 

Le surnommé Kada a 15 ans. Depuis trois ans, il vit avec une dame d’environ 35 ans à Goma, à l’est de la RDC. Il ne travaille pas, mais il remplit son devoir : « Satisfaire sexuellement sa partenaire qui est la responsable du ménage ». C’est à Noël 2016 que Kada a été sollicité par cette dame et depuis, il n’est pas rentré chez ses parents. Le prénommé Nzanzu, un jeune conducteur de trottinette de 16 ans, vit chez une dame bien plus âgée que lui, qui a la quarantaine. Il passe parfois trois mois sans regagner le domicile de ses parents.

Ils sont nombreux, ces garçons mineurs qui sont violés par des femmes âgées. Ces dames ne sont pas inquiétées et ces garçons mineurs ne sont pas prêts à dénoncer les actes qu’ils subissent. Pour ces mineurs, ces femmes sont obéissantes et discrètes. « Il suffit de satisfaire ces sollicitations. Moi je ne paye rien… », nous déclare le prénommé Nzanzu.

Un goût du plaisir pour les mineurs

Et ces pauvres mineurs sont baptisés dans la société : « Petit poussin », « Mwana 15 ans » (traduisez : enfant de 15 ans), « Mario », (en référence à la chanson Mario de l’artiste congolais Franco Lwambo Makiadi)… Et ils en sont fiers… Des femmes qui confisquent ces gamins expliquent qu’elles les font pour éviter des problèmes. Selon leurs dires, des hommes majeurs vous imposent une vie que vous ne voulez pas et pour la plupart « ils vous exposent aux maladies ».

Nombre de ces jeunes garçons ignorent leurs droits. Ils sont convaincus que seules les jeunes filles sont protégées par la loi sur les violences sexuelles. Pourtant, la loi n° 09/001 portant protection de l’enfant stipule à son article 169 que tout acte sur mineur de n’importe quel sexe peut être poursuivi, entre autres les actes de pédophilie d’un adulte ou d’un adolescent envers un enfant, notamment l’attentat à la pudeur, la relation sexuelle, l’érotisme, la pornographie, l’abus sexuel et le viol, qui sont punis de 7 à 20 ans de servitude pénale principale et d’une amende de 800 000 FCFA…

Quand la « supériorité » du masculin s’en mêle

Les différentes familles des enfants victimes ne fournissent aucun effort pour protéger leurs enfants. Pour le parlement d’enfants, le combat est dur. Elie Kwiravusa, ancien président de ce parlement, indique que sa structure avait transféré 10 cas de viols sur garçons mineurs au TRIPAIX (Tribunal de paix) entre 2011 et 2012, mais sans suite. L’assistant social des enfants au tribunal de paix dit avoir transféré deux cas de viol sur garçons mineurs au tribunal de grande instance. « Nous ne traitons que des cas de viol des mineurs sur mineurs. S’il y a un majeur entre les deux, le cas nous dépasse et nous le transférons au TGI (tribunal de grande instance) », indique l’assistant social des enfants au TRIPAIX de Butembo.

Maître Cathy Abidan, de FJDF (Femmes juristes pour la défense des droits de la femme et de l’enfant), pense que la faute revient au parquet qui est chargé de rechercher les infractions, même à partir des simples rumeurs. « Nous assistons les personnes qui ont pris le courage de demander notre aide, c’est là notre limite », précise-t-elle. Une infirmière au centre hospitalier de FEPSI (Femmes engagées pour la promotion de la santé intégrale) explique qu’il est difficile de prouver le viol sur un homme si lui-même ne le dénonce pas. Jusque-là, aucun rapport n’a jamais été publié pour dénoncer ces viols sur les garçons mineurs.


« Kill me quick », ces boissons tueuses de la jeunesse congolaise

La vente à vil prix de boissons fortement alcoolisées a augmenté leur consommation. Les clients se ruinent et détruisent leur santé. Un vrai danger public que les autorités peinent à arrêter, car cette activité est très lucrative.

Ce lundi de fête de Nouvel an, dans une buvette de la ville de Butembo, à environs 300 km de Goma, à l’est de la RDC, l’ambiance est particulière. Un jeune homme ferme les yeux et avale d’un seul trait la moitié d’un petit flacon de boisson « Tiger » (une boisson de près de 40% d’alcool, importée de l’Ouganda dans des flacons en plastique). Il bouge la tête et se tient la poitrine. D’autres, à côté de lui l’imitent. « C’est ce qu’on appelle kill me quick (tue-moi vite). »

Dans plusieurs buvettes, cette boisson, avec une gamme des liqueurs trop fortes, est vendue en cachette. Si la police ou d’autres éléments des forces de l’ordre vous découvrent, vous risquez la prison, mais les clients adorent les boire. Des communiqués des conseils de sécurité au niveau des villes ou des provinces tentent d’interdire la vente et la consommation de ces tord-boyaux, mais en vain. Des arrêtés signés ne produisent aucun effet.

Il y a plus de dix ans encore, les alcools et liqueurs produits à l’étranger étaient des boissons de luxe réservées aux riches, coûtant de 30 à 100 $ la bouteille. Aujourd’hui, ces boissons à plus de 40% d’éthanol ne coûtent rien. Pour moins d’un dollar, n’importe qui peut l’obtenir. Au même moment, le prix des produits des entreprises brassicoles prend de l’ampleur. Avec des faibles revenus des ménages, difficile d’acheter même à votre ami une bière. Ces liqueurs fortes font donc l’affaire dans plusieurs rencontres : amicales comme festives.

Des codes pour des initiés

Des codes ont été inventés par les consommateurs et les vendeurs clandestins : « Bourgmestre titulaire ou Bosco Taganda » quand on passe la commande de la boisson « BT » ; « J’ai besoin du Chef » pour commander la boisson « Chief », « Béret rouge » pour commander un flacon avec un bouchon rouge, « Kabrama » pour vouloir parler de « brandy liqueur »… Dans des villes de RDC, des codes pullulent pour identifier ces boissons. Si vous ne faites pas parties des consommateurs, difficile de savoir de quoi on parle.

Des liqueurs fortes étalées dans une boutique de Butembo, est RDC © Photo Umbo Salama

Pour échapper à la vigilance des services de sécurité, de douane, d’hygiène et de contrôle, les vendeurs de ces liqueurs recourent à plusieurs techniques. Certains font passer ces boissons dans des pneus de réserve des véhicules. D’autres encore utilisent des tuyaux de plomberie. Difficile donc de l’imaginer. « Les autorités s’attaquent seulement à des petits vendeurs et laissent des grands commerçants qui importent ces whiskys », dénonce Me Moïse Syaghuswa, juriste et défenseur des droits humains.

un vrai danger dans la société

Très prisées surtout des jeunes qui en consomment sans modération, elles sont devenues un vrai problème de société. Selon les statistiques de la police nationale congolaise, dans le district de la ville de Butembo, dans 60 % de cas, les auteurs des crimes ou accidents avouent avoir consommé ces whiskies qui les enivrent vite.

La consommation a même atteint les milieux scolaires. Pendant que l’enseignent dispense les cours, il est fréquent de voir dans certaines écoles des groupes d’élèves qui sirotent et se droguent en cachette avec la boisson Goal (une des marques du whisky emballé dans un sachet). « Ivres, ils empêchaient leurs collègues d’étudier« , explique Kambale Vinode, directeur des études à l’institut de Butembo. Cette année il a dû renvoyé deux élèves pour ivresse à l’école. Mais les vendeurs œuvrent sans se gêner aux alentours des écoles.

Les professionnels de santé sont formels : le danger est là. « Lors du dialogue avec des jeunes que nous encadrons pour des troubles mentaux, la majorité avoue avoir consommé ces whiskys », explique la psychologue Katungu Christine. De son côté, le diététicien Georges Musavuli met en garde tous les consommateurs. « Cela peut causer des graves maladies comme la cirrhose de foie, le diabète sucré… »


Avant Emmanuel Macron, il y avait déjà Joseph Kabila

« Effet Macron en Afrique » développé dans l’émission « Le débat africain » du dimanche 15 octobre sur la RFI m’amène à réfléchir sur la politique congolaise. En effet, le présentateur de l’émission interroge si c’est la jeunesse de Macron ou si c’est sa fulgurante ascension politique qui inspire des jeunes africains à militer pour la présidence. Pourtant, Kabila a accédé au pouvoir à 30 ans, aussi jeune que Macron ?

Je sais que vous allez me dire qu’on ne compare pas l’incomparable : un héritier et celui qui s’est battu pour accéder à la présidence. Vous avez raison. Mais, voyez les faits en face. Joseph Kabila a été aussi adulé par la jeunesse quand il a hérité le pouvoir de son Père, Laurent Désiré Kabila, après l’assassinat de ce dernier. La mode était de porter la montre à la main droite, une veste à trois boitons et ne pas fermer le dernier bouton. La politique n’était plus le monopole des personnes âgées de plus de quarante ans. Les jeunes s’y sont lancés en masse. Il fallait même produire des listes électorales aux dimensions des syllabus lors des élections de 2006 et de 2011… En cette période il n’était pas interdit aux jeunes de rêver. Mais, à mesure que les années passent, cet espoir de la jeunesse se dissipe petit à petit et s’évapore.

En 2011, Jeune Afrique a indiqué que Joseph Kabila était à la fois un risque et une chance pour la RD Congo. « Risque d’être rapidement balayé par l’un de ses mentors. Chance d’être enfin le chef moderne, modeste et avisé qui saura faire progresser la République démocratique du Congo (RDC) de l’état de satrapie vers les rivages de la bonne gouvernance ». Si Joseph Kabila a ouvert la porte de l’espoir de la jeunesse congolaise, il a au même moment scellé cette porte.

Moi et ma famille d’abord…

S’il y a plus de dix ans on parlait d’un Kabila qui écoutait plus qu’il ne parlait, suggérait plus qu’il ne s’exprimait,… aujourd’hui le fusil a changé d’épaule. Il a sa propre famille, très impliquée dans le business. Maman Sifa Mahanya, sa Mère, Janet, sa sœur jumelle, Zoé, le frère cadet et quasi-sosie, Joséphine, sa petite sœur, et Olive, la première dame, tiennent le haut du pavé. « Le clan Kabila possède l’équivalent de dix fois l’île de Manhattan (à New York) de terrains en République démocratique du Congo. Cela représente plus de 73 000 hectares quand la taille moyenne d’une ferme au Congo est de 1,5 hectare ». Que Dieu bénisse le clan Kabila et aucune autre famille en RDC.

Il me semble qu’en RDC, certaines personnes sont nées pour que tout aille dans leur sens. Elles sont importantes à un point tel que la marche de la République démocratique du Congo dépend de leur personne. Et il faut qu’elles soient satisfaites. Nous demandons les élections en 2016, on nous promet le dialogue. Nous demandons la paix, c’est la guerre que le peuple doit craindre. Nous demandons la sécurité dans les territoires de Beni et Lubero, ce sont les carnages qui sont au rendez-vous. Nous demandons l’eau, l’électricité, les routes et surtout l’emploi pour les millions de jeunes chômeurs, on nous sort des discours. Aujourd’hui, seule la famille Kabila peut encore rire ou sourire en RDC.

Le look des stars contre la démocratie : qui va gagner ?

En fait, la fierté congolaise reste encore dans la musique et dans le football. Au lieu de se soucier de la paix, la sécurité, les élections et l’alternance, on pense le « look » des grandes stars… Est-ce un jour Emmanuel Macron pourra s’emprunter le look des grandes stars de la musique et du football français ? Son pays n’est pas aussi endeuillé et ne connaît pas assez de problèmes comme la RDC. Mais la vraie question est là : « La RDC aura-t-elle encore une chance de propulser un jeune à la présidence ? ».

 


Les technologies en République démocratique du Congo, le cadet des soucis des administrations

Dans ce pays il y a un ministère national et même un conseiller à la présidence de la République en charge des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Après le mort-né de la fibre optique, on ne jure que par le biométrique. Dans l’un de mes blogs je vous avais montré comment les cartes d’électeurs n’ont aucun système de protection en République « biométrique » du Congo. Ces cartes qui constituent le sésame même des congolais sont falsifiées et piratées par des informaticiens même du degré élémentaire. C’est « Biométrique » non !

Ku band d'une distribution internet à Butembo à l'est de la RDC © Photo Umbo Salama

Rendons-nous dans une institution judiciaire à Butembo, à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), à environs 300 kilomètres au nord de Goma. Assis derrière une vieille table en bois, un magistrat écrit un procès-verbal, au stylo, sur du papier de réemploi. A ses côtés, un greffier tape le dossier d’un jugement sur une vieille machine à écrire. Des machines dactylos sont encore utilisées ici. Certains utilisent les quelques ordinateurs disponibles. Pour cela, il faut allumer un groupe électrogène pour les mettre en marche. Certains dossiers sont gardés dans des cartons. Imaginez ce qui pourra arriver aux pièces administratives de cette institution, dans ce pays « biométrique » où des manifestants se donnent rendez-vous au gré de vent et vont  jusqu’à saccager des institutions publiques.

La même scène se déroule dans des bureaux administratifs des entités de base. Assis derrière une vieille table en bois dans une pièce exigüe, le chef adjoint d’un quartier dresse le rapport annuel de son entité sur du papier arraché des cahiers. Il fait presque noir dans ce bureau. Les recenseurs se servent des papiers volatiles pour enregistrer les nouveaux venus dans leurs entités. Les archives et statistiques sont aussi « biométriques ». Les mouvements des populations sont difficilement contrôlables. Comme ici, des bureaux des quartiers manquent cruellement de fourniture comme les fiches de recensements et autres documents.

Les NTIC, seulement pour les jeux et réseaux sociaux

 Une rédaction d'un journal en ville de Butembo © Photo Umbo Salama

Certains bureaux sont équipés en ordinateurs. Des agents ont presque chacun une tablette ainsi que de smart et iPhone. Un de mes professeurs des cours de communication des organisations qui voulait découvrir comment fonctionne le service de communication du ministère congolais des Affaires Étrangères raconte à quel point il a été surpris de rencontrer quatre agents dans ces bureaux, tous concentrés derrières leurs ordinateurs. Curieusement, le premier jouait aux cartes, le deuxième au « Zuma deluxe », le troisième au billard en ligne et le quatrième consultait le profil des filles sur Facebook. « Voilà pourquoi tout est « biométrique » au Congo », s’était exclamé, ce professeur à la fin de l’histoire.

Cela semble logique si l’on tient compte des récentes études sur l’usage des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) en Afrique. Dans un Communiqué de presse publié le 18 février 2016, Deloitte Afrique Francophone, DAF, indique qu’en 2016, 400 millions d’africains consommeront des jeux sur leur mobile. Cette situé est liée à l’émergence d’une classe moyenne plus jeune, plus connectée et aspirant à de nouveaux besoins.

Nombreux ont été témoins de la grande délégation du président Joseph Kabila à la 72ème Assemblée Générale de l’ONU. Alors qu’on s’attendait à une communication pour redorer l’image du pays, les membres du bureau de communication du président de la République étaient plus préoccupées à faire du selfie dans des coins chics de New York. En fait, il y avait une bonne coïncidence : un weekend. Et on lisait sur leurs pages : « Untel a changé sa photo de profil ou tel autre vous a identifié dans une photo ou encore tel indique qu’il était avec vous aux Etats-Unis… ».

Et la transmission des décisions…

C’est un autre casse-tête. Un enseignant du secondaire est nommé gouverneur du Nord-Kivu, sous le régime de Mobutu. Mais il n’en est pas informé. Un policier, venu en hâte, tout couvert de sueur, lui rend des honneurs dans la salle de classe pour lui annoncer sa nomination. Demandez même aux ministres comment ils sont informés de leur nomination : « Par la lecture de l’ordonnance présidentielle à la télévision ». La notification vous arrive quand vous êtes déjà en fonction. Que Dieu Bénisse la République Biométrique du Congo…


En République démocratique du Congo, des fausses cartes d’électeurs au Nord-Kivu

A l’issue de l’enrôlement des électeurs en province du Nord-Kivu en Avril dernier, la commission électorale nationale indépendante (CENI) a suspendu aussi la remise des duplicatas de carte d’électeur. Elle annonce que cette activité pourra reprendre quelques mois avant les prochaines élections. Plusieurs citoyens qui perdent leurs cartes se rabattent sur les services des informaticiens pour obtenir des fausses pièces. Un circuit florissant au mépris de la loi.

La CENI (Commission électorale nationale indépendante) ne délivre plus des duplicatas de carte d’électeur. Elle dit lutter contre la livraison anarchique de ces duplicatas surtout que chaque électeur a seulement droit à deux duplicatas. Pourtant nombreux sont ceux qui perdent leurs cartes, surtout dans une zone insécurisée, comme au Nord-Kivu, où à tout moment on peut tomber entre les mains des coupeurs des routes, cambrioleurs et autres malfrats.

Or, sur l’ensemble du territoire national, la seule pièce d’identité valable est la carte d’électeur. Si vous n’en avez pas, il faut présenter un permis de conduire ou un passeport, des documents qui coûtent une fortune et pour les avoir il faut effectuer un long voyage, parfois jusqu’à Kinshasa. Pour contourner cette longue et coûteuse démarche des pièces d’identités, nombreux recourent aux activités illégales des informaticiens.

Des fausses cartes d’électeurs circulent donc

Le prénommé Paulin est un enseignant qui a déjà perdu à plusieurs reprises ses pièces d’identité. Or il ne peut pas accéder à son salaire à la banque s’il ne possède pas de carte d’électeur. Conseillé par ses amis, il sollicite le service d’un secrétariat public pour obtenir une carte falsifiée. Cinq minutes plus tard, Paulin a sa carte d’électeur. Difficile de la distinguer d’une carte originale. Il faut être un bon contrôleur pour découvrir que seul le numéro de série reste celui de la carte scannée.

Selon plusieurs spécialistes en informatique, des cartes d’électeurs délivrées par la CENI n’ont aucune protection et sont faciles à pirater. Elles ne sont incorporées d’aucune empreinte numérique ou d’une puce électronique qui permettrait d’identifier chaque détenteur de la carte. «Nous utilisons plusieurs programmes. D’abord il faut scanner une carte d’électeur originale qui doit apparaître sur l’écran comme une photo. Ensuite nous remplaçons les identités existantes par celles de la personne qui demande une nouvelle carte. Après y avoir placé sa photo, nous imprimons et plastifions le document qui devient identique à l’original», explique le prénommé Jacques responsable d’un secrétariat public à Butembo.

Plusieurs personnes qui perdent leurs cartes d’électeur ou ceux qui ne s’étaient pas faits enrôler recourent à ces services. Le coût total avoisine 5$. Même des militaires et policiers recourent à ces services quand ils veulent se faire passer pour la population civile. Ces informaticiens vont jusqu’à falsifier des permis de conduire, des diplômes d’Etat, des cartes de service,… Il y a de quoi douter de la nationalité de beaucoup de personnes.

Aucune sanction

Maître Kasereka Kaliki, défenseur judiciaire près le tribunal de grande instance, martèle que piraté les cartes d’électeurs est une infraction punissable par la loi. Il cite l’article 124 du code pénal du 31 mai 1982 qui stipule que «l’infraction de faux en écriture est punie de six mois à cinq ans de prison ferme et de paiement d’amande de 25 milles à 200 mille franc fiscaux». Une disposition légale qui n’est pas appliquée. Certains soulignent le manque de curiosité des OPJ (Officiers de police judiciaire). Surtout qu’il n’y a pas moyen de placer des policiers à chaque secrétariat public pour surveiller ces genres d’activités.


RDC : Des bâtisses laissées par des Belges ne sont que l’ombre d’elles-mêmes

De la colonisation la RDC a aussi hérité certaines habitations et autres bâtisses. Si certains ont hérité des résidences, d’autres ont bénéficié des écoles, d’autres encore des centres hospitaliers ou des Eglises et paroisses. Mais ce sont plus des résidences et bureaux administratifs qui sont en ruine. Leurs propriétaires comme les locataires n’entretiennent pas ces patrimoines historiques qui mériteraient d’être réhabilités.

On dirait que l’entretien de ces bâtisses héritées de la colonisation fait partie de l’histoire après le départ des blancs. Seuls certains bâtiments qui logent des écoles et des hôpitaux gardent au moins des petites traces d’entretien. D’autres, comme des résidences de certains chefs coutumiers, ont déjà subi une certaine réhabilitation de leurs toitures avec des financements de certaines organisations non gouvernementales. C’est dans des maisons où logent des familles et des bureaux administratifs que ça devient catastrophique. La nuit lorsqu’il pleut, il faut couvrir les enfants de caoutchoucs. Les adultes, eux se résignent. La journée, quand il faut sortir de la parcelle, les occupants sont obligés de couvrir des bâches des lits et autres biens de la parcelle pour parer à toute éventualité d’intempéries.

Faites de briques cuites et couvertes de morceaux de tuiles, ces petites maisons construites par les Belges sont visibles dans plusieurs coins et entités. Elles se dégradent peu à peu sous les yeux de tous et leur entretien est le cadet des soucis des occupants ou des propriétaires. Leurs murs sont fissurés et des charpentes ont perdu leurs formes initiales. Et pourtant, elles sont toujours habitées.

Des patrimoines culturels en disparition

Personne ne songe à l’entretien ni à la réhabilitation de ces immeubles devenus vétustes. L’ingénieur Lambert Mihimbi, agent au service de l’urbanisme en ville de Butembo indique que c’est le service de l’habitat qui a la charge de les réhabiliter, car elles sont utilisées à des fins publiques. C’est un patrimoine du domaine privé de l’Etat. Même ceux qui logent dans ces maisons croisent les bras. Normalement c’est les loyers qui devraient servir d’entretien. Mais au bureau de service de l’habitat on se dédouane que les locataires ne s’acquittent pas de leur devoir. « Plusieurs ne payent pas ».

Des enseignants de leurs côtés éprouvent des difficultés quand il s’agit de parler de la colonisation. Ces maisons permettaient de parler de l’administration belge dans une contrée bien déterminée. Distinguer par exemple le quartier des indigents de celui des évolués,… d’ailleurs les agents commis au service de l’habitat rassurent qu’ils ont une instruction de leur hiérarchie exigeant la protection de ce patrimoine immobilier. Pour plusieurs personnes rencontrées, ces constructions belges constituent un patrimoine culturel d’intérêt historique et doivent être protégées. “Il faut un budget approprié pour les réhabiliter, pour que les générations futures connaissent l’histoire des colons chez nous”, estime Kahindo Mbalolyahi, agent contrôleur des sites au service urbain de l’habitat. Il nous faut donc conserver un monument pour ça.

En réalité un camouflage s’organise dans la procédure d’occupation de ces maisons. Certains ont en fait des biens personnels dont ils ne s’occupent pas. Certains fonctionnaires, avant de quitter ces maisons pour répondre à une mutation, laissent des familiers y résider sans l’avis du service de l’habitat. “C’est tout un combat pour demander à ces nouveaux occupants les loyers. Ils se justifient comme s’ils étaient dans leurs droits”, déplore un agent du service de l’habitat qui a voulu rester anonyme.

Plus d’un citoyen regrette que ces logis soient abandonnés à leur triste sort. Elles perdurent jusqu’à dépasser un demi-siècle. De l’avis d’un architecte qui a voulu rester anonyme, ces maisons ont une longue vie que celles qu’on construit actuellement. Selon lui, plusieurs maisons construites après le départ des blancs n’ont pas une bonne maçonnerie comme celle des belges. D’ailleurs les rares personnes qui se procurent des parcelles où ces bâtisses des belges sont construits préfèrent les réhabiliter que de les démolir.