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Top 5 des réponses les plus fréquentes quand on fait une interview à Madagascar

Savoir mener une interview fait partie du travail de journaliste. Bien que cette tâche paraisse simple de prime abord, c’est en réalité une tâche assez difficile. Une interview peut aussi parfois s’avérer tout simplement barbante et même franchement pas motivante… Surtout quand on fait une interview à Madagascar (oops!) Pourquoi ? Eh bien parce que les personnes qui répondent à nos questions peuvent afficher une froideur qui nous glace, ou une certaine réserve, et parfois même une totale indifférence… Pas facile de mener une interview dans ces conditions ! Depuis quelques mois que j’observe attentivement les réactions des malgaches, je suis arrivée à établir la liste des 5 réponses les plus fréquentes que les journalistes reçoivent suite à leurs questions. Attention, voici donc la liste exhaustive des réponses données aux journalistes à Madagascar ! (Et non, je ne vise personne !)

interview à Madagascar
Les interviews sont parfois difficiles à gérer.
cc: Pixabay

Top 5 des réponses les plus fréquentes données lors d’une interview à Madagascar

(Remarquez que cet article est rédigé dans un ordre décroissant).

5) La réponse « moment opportun » : Cette réponse vient en cinquième position. C’est la cinquième réponse la plus probable qu’un journaliste malagasy obtiendra s’il interviewe une personne moyennement bavarde. Si on fait cinq à sept interviews par jour en moyenne, on est sûr d’entendre ce type de réponse au moins une fois dans la semaine ! Celle-ci est souvent donnée par un officiel à une conférence de presse, en général au moment où l’on commence à lui poser des questions précises sur un sujet en particulier plutôt que sur le thème de la conférence.

« Euh… Ce n’est pas le sujet du jour. Veuillez me poser cette question un autre jour, quand le moment sera plus opportun ! »

C’est la réponse que vous aurez dans 80% des cas (estimations personnelles), et vous aurez moins de 10% de chance d’identifier ce fameux « moment opportun » dont il ou elle parle tant !

4) L’ignorance : Cette réponse vient en quatrième position. Sur 5 questions posées, une au moins des questions aura pour réponse un « je n’en sais rien, je ne sais vraiment rien sur ce sujet  ». Celle-ci est en général donnée quand une personne n’a pas le droit de divulguer l’information recherchée ou tout simplement lorsqu’elle n’est pas en mesure de le faire. Mais parfois, cette réponse est une bonne excuse pour les  officiels, cela leur permet d’échapper aux questions des journalistes qui ne leur plaisent pas.

interview à Madagascar
La presse à Madagascar, une presse qui se bat pour la liberté.
cc: Tiasy

3) Le refus : « Je ne peux pas répondre à cette question, je suis désolé(e) ». Cette réponse vient en troisième position. Sa fréquence, la probabilité qu’un ou une journaliste la reçoive, et les raisons pour lesquelles l’interviewé(e) la donne, sont exactement similaires à celles du cas n°4.

2) La réponse du donneur de leçons : Ah celle-là je l’adore ! Sur des milliers de personnes interviewées, il faut bien qu’à un moment donné, le ou la  journaliste tombe sur un donneur de leçons. Portrait type de l’interviewé(e) donneur de leçon : souvent en costume-cravate ou tirée sur quatre-épingles, souvent assez corpulent(e), souvent des lunettes, souvent dans la cinquantaine… Dès que vous commencez à parler il ou elle vous scrute scrupuleusement, regard perçant derrière leur lunette, et il/elle attend que vous finissiez votre question pour vous répondre directement par  :

 « Ce n’est pas la question que vous devriez poser. En tant que journaliste, vous devriez plutôt… / Vous devriez savoir que … »

Une réponse suivie d’une longue leçon de morale et d’un cours interminable sur le respect de l’éthique et de la déontologie du journalisme. Ce genre de personne, le journaliste la rencontre au moins une fois par an.

1) L’incompréhension : souvent, la première réponse donnée par les interviewés est « je suis désolé(e), je ne comprends pas votre question ». Réelle ou feinte, cette incompréhension nuit évidemment à l’interview. Heureusement, il suffit de reprendre la question et de la poser autrement pour continuer l’entretien. Mais, si cette incompréhension est feinte, la réponse donnée par l’interlocuteur à la question suivante sera probablement l’une des quatre réponses énumérées ci-dessus.

Eh oui… pour éviter certaines questions, les personnes interviewées peuvent trouver toutes sortes d’excuses ! Mais heureusement les bons journalistes sont rodés à ce genre de situations et ils ont appris à déjouer ces pièges afin de pouvoir faire correctement leur métier ! Cela fait du travail de journaliste un métier intéressant, plein d’obstacles (petits ou grands) et plein de surprises !


La « possible » dépénalisation de l’avortement à Madagascar bouleverse la bienséance

« Dépénaliser l’avortement à Madagascar ? Non mais vous êtes fou ?… Comment peut-on même y penser ? » C’est la première réponse que l’on pourra lire dans les commentaires sur les réseaux sociaux, que l’on entendra dans toute conversation publique, que l’on recevra de nos parents et grands-parents… Et pourtant, les murmures se font nombreux depuis quelque temps maintenant… Et oui, la société malagasy évolue. Des individus, femmes et hommes, souhaitent la dépénalisation de l’avortement.

7,69% des décès maternels dus à l’avortement

A Madagascar, comme dans beaucoup de pays d’Afrique, l’avortement et tout ce qui concerne la santé sexuelle et la sexualité en elle-même, demeure un sujet tabou. En parler est encore très difficile et les gens qui osent en parler brisent littéralement les règles de la société, très conservatrice en matière de sexualité. Pourtant, il faudra bien briser les règles, car la société évolue : les avortements clandestins sont devenus monnaie courante dans la Grande île. Or, l’avortement clandestin est très dangereux pour les femmes (qui risquent leur vie) et c’est devenu tellement courant que cela devient un fait alarmant pour les autorités (en terme de santé publique).

dépénalisation de l'avortement à Madagascar
Des solutions doivent être trouvées pour dépénaliser ou tout simplement atténuer l’avortement à Madagascar.
cc: Pixabay

Selon une étude menée dans des cliniques hospitalières publiques de la capitale (Antananarivo), 75 000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année dans la Grande île. Sur ces 75 000 avortements, près de 575 décès sont enregistrés. Ces chiffres sont sous-estimés, car il s’agit des cas enregistrés auprès des hôpitaux que des femmes ont rejoints après avoir été victimes de complications suite à un avortement non sécurisé (1). En réalité, le nombre de décès dû aux avortements clandestins est bien plus important. D’ailleurs, toujours selon cette étude, 7,69% des décès maternels sont dus à des avortements non sécurisés dans la Grande île.

Des études de l’Institut national de santé publique et communautaire (INSPC) en 2013 intitulé « Interruption volontaire des grossesses clandestines » ont aussi démontré que 53,5% des jeunes femmes entre 15 et 24 ans en milieu urbain avaient fait au moins un avortement pour l’année 2007, à Madagascar.

« Cela n’est pas un cas particulier : environ 50% des femmes dans l’âge de la quarantaine ont déclaré avoir eu recours au moins une fois à l’avortement avant l’âge de 25 ans », lit-on dans la presse locale malagasy.

La majorité des femmes qui ont avorté n’ont pas eu recours à des méthodes contraceptives lors du rapport sexuel, elles ont choisi d’avorter essentiellement à cause des contraintes sociales et psychologiques qu’elles rencontrent : peur du regard de la société, menaces de la part de sa famille ou de celle du père de l’enfant, menaces directes de la part du père de l’enfant, contraintes religieuses, peur d’un avenir incertain… bref, pour ces femmes, le contexte dans lequel elles se trouvent à ce moment là les poussent à avorter.

Depuis plus d’un an maintenant, les cas d’avortement non réussis se multiplient à Madagascar. Plus la pratique de l’avortement est interdit dans la Grande île, plus celui-ci se fait incognito. Quand ce n’est pas un médecin – pas forcément un spécialiste – qui le fait, c’est la femme elle-même qui se cure l’utérus – oui, c’est arrivé ! Une femme malagasy s’est curée son utérus avec des aiguilles à tricoter… cette pratique peut paraître étonnante, mais elle se retrouve ailleurs, dans les pays où l’avortement est interdit.

Face à cette terrible réalité, des associations et plateformes, notamment féministes, appellent ainsi à la légalisation et à l’autorisation de l’avortement. Mais cette possibilité secoue la société, la religion et la culture malagasy.

Problématiques sociétales, culturelles et religieuses

dépénalisation de l'avortement à Madagascar
Les mères de famille ont haussé le ton lors de la conférence-débat qui a eu lieu à la Librairie Mille Feuilles Behoririka, hier.
cc: Tiasy (pour Book News Madagascar)

L’avortement est très risqué car la loi est sévère : quelle que soit la raison de l’avortement (qui peut aussi faire suite à un viol ou à un inceste), il est passible de sanction sévère pour la femme, pour le médecin et pour tout autre personne, ayant contribué de près ou de loin à cette action. La loi exige une peine, allant de 6 mois à 10 ans de prison, suivant la responsabilité des concernés, et une amende de 360 000 à 21 600 000 Ariary.

Face à une possible dépénalisation de l’avortement à Madagascar, la société malagasy confirme son rôle accusateur et hypocrite. Comme l’a expliqué Mbolatiana Raveloarimisa, activiste des droits humains, lors de son intervention à la Librairie Mille Feuilles Behoririka à l’occasion d’une conférence-débat sur l’avortement : la communauté malagasy aime faire porter le chapeau aux autres.

Une femme qui a avorté sera automatiquement qualifiée de « meurtrière » dans la Grande île, c’est l’état d’esprit de beaucoup de gens ici, d’autant plus que la législation malagasy soutient cette logique religieuse. La société malagasy est une société hypocrite. Elle se cache derrière la religion et la loi plutôt que de regarder la réalité en face. Pourtant la société est l’auteure de nombreux méfaits qui sont tout aussi punissables que l’avortement  : le viol, l’adultère – tellement mais tellement courant ! –  Comment les femmes peuvent-elles s’y retrouver ? Malheureusement, les sanctions sont plus théoriques que pratiques à Madagascar et, dans les faits, les condamnations sont presque inexistantes.

Certains individus avancent la théorie selon laquelle « l’avortement ne fait pas partie de la culture malagasy », et pourtant, selon un anthropologue, « l’avortement a été pratiqué à Madagascar bien avant que l’on ne sache même que cela s’appelait « avortement ». Tout comme aujourd’hui, à l’époque des femmes avortaient incognito, avec l’aide d’une tierce personne ». Cela a toujours existé, dans toutes les sociétés et depuis toujours. La dépénalisation de l’avortement est en général le résultat d’un long processus, d’une prise de conscience au sein d’une société. Et le dépénaliser ne signifie pas le banaliser, parce-que l’avortement restera toujours un acte douloureux pour les femmes, tant au niveau physique que psychologique. Il s’agira toujours pour les femmes de faire le maximum pour éviter à avoir à vivre un avortement. Mais au moins, lorsqu’il sera encadré, il pourra se faire dans des conditions médicalisées et donc sans risque de perdre la vie. Aussi, pour l’éviter le plus possible, les autorités n’ont pas d’autre choix que d’éduquer les femmes (et les hommes !). Eduquer et toujours éduquer, à la procréation mais aussi aux méthodes contraceptives pour éviter l’avortement clandestin.

une possible dépénalisation de l’avortement à Madagascar
Le foetus est un être vivant à part entière.
cc: Pixabay

Il faut savoir que la religion joue un grand rôle dans la possibilité de dépénaliser ou non l’avortement à Madagascar. Selon un docteur ayant travaillé de près avec le ministère de la Population au cours des dernières décennies, à un moment, un projet de dépénalisation de l’avortement avait été lancé par le Gouvernement malagasy de l’époque. Toutefois, les catholiques et plusieurs membres du gouvernement s’y sont fermement opposés.

« Ce qui a eu pour effet l’impossibilité de ratifier une Convention relative aux Droits de la femme », a rapporté la source anonyme.

D’autre part, sur le plan médical, le Code de déontologie médicale autorise l’avortement dit « thérapeutique » (interruption volontaire de grossesse pour motif médical), mais sur le plan législatif, celui-ci est strictement prohibé. Il y a donc pour les médecins une contradiction entre la déontologie médicale et la loi.

Des solutions à proposer

D’après Olivia Rajerison, juriste, la loi interdisant l’avortement doit être revue.

« La loi doit coller aux réalités qui existent dans le pays », a-t-elle souligné hier, à Behoririka.

Une loi qui ne colle plus aux réalités de la société n’en est plus une. Quand la société évolue, la loi doit accompagner cette évolution, sinon, la loi n’est plus adéquate aux réalités, elle n’a donc plus aucun sens. Est-ce que les autorités concernées sont conscientes de cela ?

Des solutions peuvent être proposées pour dépénaliser ou tout simplement atténuer l’avortement à Madagascar : plaidoyer, mouvement de manifestation pacifique, sensibilisation des jeunes filles, jeunes femmes et femmes, renforcement et application des sanctions pour les crimes et délits portant atteinte à la vie, mais aussi une meilleure éducation et une responsabilisation de tout un chacun (femmes ET hommes). Dans cette responsabilisation, il ne faut pas oublier les hommes, qu’ils soient des hommes politiques, des hommes d’églises, des hommes de bureaux ou du monde du business, ou de simples hommes qui vivent dans la société et donc en compagnie des femmes ! Car les hommes ont aussi une responsabilité dans la procréation et donc dans la contraception si un enfant ne peut être accueilli dans de bonnes conditions.

(1)avortement non sécurisé: un avortement effectué dans un milieu non spécialisé à cet acte: maison familiale, dans le cabinet d’un médecin généraliste, dans le cabinet d’un dentiste…, et réalisé avec des matériels non spécialisés


En quête d’inspiration, je rencontre Maitsoan’ala Vaky Sôva à Madagascar

Cinq jeunes hommes chantonnant du « sôva »(1) à tue-tête en plein milieu du jardin d’Antaninarenina, voilà ce qui m’a inspiré de bon matin. Ça change un peu de toutes ces émotions négatives qui me submergent en ce début d’année.

Maitsoan’ala Vaky Sôva

C’était un jeudi matin. La chaleur de l’été était étouffante et les embouteillages étaient intenses à Antananarivo. Je venais de sortir d’un hôtel quatre étoiles à Antaninarenina, un quartier de la capitale, après avoir découvert une salle vide où seuls quelques journalistes discutaient encore, au milieu de serveurs qui collectaient les derniers verres vides. J’avais raté la conférence de presse !

Je ressortais, assez embêtée et surtout déçue par les aléas de la vie, quand j’entendis un écho de chansonnette venant de l’autre bout de la rue, du côté du jardin d’Antaninarenina. Je traversai. J’aperçus cinq jeunes hommes en « malabary »(2) bleu et pantalon, dont un avec un « amponga »(3), un autre avec une « gitara kabôsy »(4) et un dernier avec un « korintsana »(5). Je vous présente le groupe Maitsoan’ala Vaky Sôva. Ils étaient cinq : cinq hommes en train d’interpréter à tue-tête un morceau assez singulier – que personne n’avait encore entendu, j’imagine, car c’était un de ces groupes de rue qui collectent de l’argent en chantant devant les arrêts-bus, « tohatoha-bato »(6) et autres lieux de la ville.

Cheveux longs pour certains, en rasta pour d’autres, les chanteurs évoquaient d’une simplicité sans pareille, mélangée à cette personnalité que l’on retrouve chez les petites gens des quartiers populaires de la capitale.

Maitsoan'ala vaky sôva
Maitsoan’ala Vaky Sôva. Désolée pour la mauvaise qualité de la photo, mauvais appareil…
cc: Tiasy

Avec un timing et une harmonie parfaite entre le chanteur et les choristes, les cinq hommes démontraient clairement qu’ils avaient le rythme dans la peau. Sans le moindre moyen de sonorisation, les voix et les instruments de nos musiciens étaient pourtant tout à fait audibles.

Une foule monstre était rassemblée devant le jardin d’Antaninarenina, attentive à la musique et aux paroles que ces hommes semblaient rapporter avec une détermination et un charisme que je n’aurai su nommer. C’était la première fois que je voyais autant de monde rassemblé devant un groupe de rue. Une foule cosmopolite d’ailleurs, mélangeant « Vazaha »(7) et « gasy »(8). Le public était ensorcelé par les chansons de Maitsoan’ala.

Maitsoan'ala vaky sôva
Le « tohatoha-bato » ou escalier d’Antaninarenina, un monument historique d’Antananarivo.
cc: madascope.com

Un brin d’espoir dans la pauvreté

Les chansons de Maitsoan’ala, mélangeant le genre reggae du bon vieux Bob Marley au genre traditionnel malagasy, le « sôva », parlaient de la vie du Malagasy dans son ensemble. Pauvreté, religion, amour de la patrie, corruption, magouilles politiques, tout y était dénoncé. Des chansons écrites et composées par les membres du groupe même, et pourtant incroyablement bien argumentés. Cela faisait un bail que je n’avais pas entendu des paroles de chansons aussi explicites et pertinentes, en parlant de chansons malagasy. Les artistes malagasy d’aujourd’hui ne trouvant rien d’autres à chantonner que cœur brisé, « chéri je t’aime » et « roule, ma poule ! »

Leurs textes incitaient les Malagasy à se protéger, à se battre contre l’injustice, à reprendre les rênes dans un pays ou le « gaboraraka »(9) faisait la loi.

En les écoutant, on sentait émerger en nous un sentiment de culpabilité, de mélancolie mais aussi de joie et d’espoir. De la culpabilité, parce que ces hommes étaient sûrement des pères de famille, des frères et des oncles, qui, suite aux aléas de la vie, se sont retrouvés au chômage et ont décidé de chanter dans les rues pour survivre. Et ils assumaient tellement bien leur rôle. Mieux, ils éduquaient leurs concitoyens en leur dédiant des chansons à texte qui incitent à la prise de conscience. De la mélancolie parce que vous ne pouvez rester de marbre devant leur simplicité à fleur de peau, avec leurs « kapa scoubidous » (10)  et leur sac-à-dos à la fermeture abîmée. De la joie parce et de l’espoir parce que vous vous sentez quand même plus optimiste en voyant que des citoyens malagasy osent encore hausser la voix et mener une lutte pacifique. De plus, ce sont des citoyens qui n’ont pas honte d’eux-mêmes et qui osent s’affirmer en toute honnêteté et transparence.

Je ne peux que tirer mon chapeau pour ces hommes aux talents extraordinaires et aux qualités exemplaires. Ils ont illuminé ma journée, et celle de beaucoup d’autres Malagasy !

 

(1) « sôva » : sorte de poésie traditionnelle de la tribu « Tsimihety » (celui qui ne se coupe  pas les cheveux) localisée dans le Nord-Ouest de Madagascar
(2)  « malabary » : vêtement malagasy traditionnel, destiné aux hommes ou tenue malagasy traditionnelle masculine principalement vêtue par les petits garçons lors de leur circoncision
(3) « amponga » : dénomination du tambour malagasy
(4) « gitara kabôsy » : dénomination de la guitare malagasy
(5) « korintsana » : dénomination d’un instrument traditionnel malagasy, sorte de grelot
(6) : « tohatoha-bato » : escalier en pierres
(7) : « Vazaha » : dénomination des étrangers à Madagascar
(8) : « gasy » : abréviation pour « malagasy »
(9) : « gaboraraka » : mot malagasy regroupant la débandade, le manque de savoir-vivre et le manque de discipline
(10) : « kapa scoubidous » : les sandales ou « kapa » sont fabriqués principalement en plastiques ou « scoubidous » à Madagascar


Une vie passée à se moucher

Il était une heure du matin. L’heure des allergies pour moi ! L’heure de me moucher, comme d’habitude, depuis presque un quart de siècle maintenant. Et oui, en cette fin d’année, alors que tout le monde est impatient d’accueillir la nouvelle année à Madagascar et ailleurs, je n’ai rien trouvé de mieux à écrire : les 22 années que j’ai passé à éternuer et à me moucher.

Je ne peux pas vivre sans me moucher

Je ne peux pas vivre sans me moucher ! Oui, c’est vrai. Ceci n’est pas une blague. Je suis une de ces personnes qui doit obligatoirement se promener avec un mouchoir dans son sac, et pas un mouchoir à jeter hein ! Ça ne suffirait pas du tout. Un vrai mouchoir en tissu, comme dans les films, autrement je risque de me salir tout le visage avec ma propre… Beurk ! Ok, on arrête ! Vous avez sûrement compris !

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Un mouchoir à jeter ne me suffit pas. Il faut un vrai mouchoir en tissu.
cc: Pixabay

Bref, c’est une vraie torture. D’ailleurs, je suis tellement « addict » au mouchoir que si j’oublie d’en mettre un dans mon sac en sortant, je me sens mal. Oui, c’est comme oublier ses écouteurs (la génération Y a compris !). C’est comme sortir de la maison sans slip ou sans caleçon…

Se moucher : l’histoire de toute une vie

Dès ma plus tendre enfance, j’ai été une habituée du mouchoir. Quand j’étais bébé, j’avais déjà le nez bouché au quotidien. Je n’arrêtais pas d’éternuer dans mon berceau, notamment la nuit. Ma mère passait son temps à m’essuyer le nez… En préscolaire, ma mère vérifiait toujours que j’avais un mouchoir dans mon sac-à-dos. En primaire, je me mouchais environ une dizaine de fois rien que dans la matinée. Lors des examens où l’on devait déposer nos cartables sur l’estrade ou dans une salle commune, je devais m’assurer d’avoir pris mon mouchoir avec moi. Au collège, beaucoup d’élèves me détestaient parce que, d’après eux, j’avais trop de microbes… Fallait pas trop pousser non plus ! J’avais autant de microbes qu’un être humain normal !

Au lycée, je ne me mouchais plus autant qu’avant mais il arrivait que j’aie la grippe pendant plusieurs semaines , avec le nez bouché… Et croyez-moi, ce n’était pas beau à voir. J’avais le nez tout rouge et même quelques cicatrices sur le bout. J’étais triste tellement j’adorais mon nez ! C’est une des parties de mon corps que j’aime le plus. (Oui, on peut aimer des parties de notre corps, ce n’est pas un péché !)

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« Il m’arrivait d’avoir la grippe pendant plusieurs semaines et d’avoir le nez bouché. »
cc: Pixabay

A l’université, grâce à divers traitements, la fréquence de mes éternuements et de mon nez bouché a diminué. Toutefois, je ne manquais pas d’emmener un mouchoir, au cas où… C’est devenu un véritable réflexe d’emmener un mouchoir et de se moucher à chaque petit incident nasal.

Mais le pire, c’est quand je pars en voyage. Que ce soit pour me déplacer à juste 100 kilomètres – j’habite à Antananarivo – ou pour partir à l’autre bout du monde – comme quand j’étais partie aux US – le besoin de se moucher chez moi demeure toujours le même. Dès que la température ou le climat diffère de mon habitat naturel, je suis automatiquement sujette au nez bouché et aux éternuements.

Je me souviens, dans l’avion, celui-ci ayant pris de l’altitude, c’était reparti ! « Atchoum ! », fis-je, à plusieurs milliers de pieds de la terre ferme… Et pourtant, j’avais pris mes médicaments avant le décollage.  J’étais incroyablement « vénère » d’ailleurs à ce moment précis.

Les origines de mon addiction au mouchoir

Certains d’entre vous se demandent sûrement pourquoi je suis sujette à ce genre de problème nasal. Je suis, depuis ma naissance, une personne particulièrement fragile. A part d’autres problèmes médicaux tout aussi déprimants, je suis depuis toujours allergique à toute sorte de choses : poussière, pollen, poils, parfum, fumées… En résumé, tout ce que je peux respirer est toxique pour moi ! (Je suis maudite !) Je suis aussi sensible au froid et à toute baisse de température, à la pluie, au tonnerre, à l’éclair,

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Je vis en permanence avec un mouchoir et un spray nasal.
cc: Pixabay

En première année d’université, après une grande crise de nez bouché pendant des mois, mélangé à des migraines et parfois même à des vomissements, on a diagnostiqué que j’avais une sinusite et une rhinite allergique… Ce que je savais depuis longtemps déjà, à force de surfer sur Doctissimo. Lol.

Bref, comment je vis ? Eh bien comme tout le monde, mais avec un mouchoir en permanence dans mon sac, et, depuis quelques temps un spray nasal. C’est sur cette conclusion touchante sur mon mode de vie que je vous souhaite à tous une très belle fin d’année 2017 et une incroyable nouvelle année 2018 !


Chez les Malagasy, le « Miandry fa gasy » devient une culture autodestructrice

A Madagascar, l’excuse que l’on donne aux personnes qui attendent, c’est le fameux « Miandry fa gasy« . Entre politesse, patience et non-respect, le  « Miandry fa gasy » chavire vers une culture autodestructrice.

« Miandry fa gasy »: la queue de l’autodestruction

« Miandry fa gasy » ou « On attend parce qu’on est gasy« . C’est l’excuse que tout le monde utilise à Madagascar pour justifier une attente. Mais pire qu’une simple excuse, c’est devenu une véritable culture. Une culture née à l’époque coloniale, car les Malagasy devaient faire la queue derrière les Vazaha, pour quelque raison que ce fut : pour la confection de papiers administratifs, chez le docteur, et même au petit coin… Les Malagasy étaient considérés comme les derniers de la liste, si l’on peut dire ça comme cela, sur leur propre terre. Aujourd’hui, cette coutume n’a pas changé. Sauf que ce sont des Malagasy qui font la queue derrière d’autres Malagasy. Eh non, ce n’est pas une queue normale! C’est une queue discriminatoire où les Malagasy « plus fortunés » peuvent passer devant. Et par « plus fortunés » on signifie surtout des gens au pouvoir, ou des gens qui, sans gêne, pratiquent la corruption.

« Tout le monde faisait la queue pour la Carte d’identité nationale (CIN) depuis des heures, quand une femme est arrivée et est passée en tête de file, sans la moindre gêne. Elle est ensuite entrée dans le bureau du responsable et je n’ai pu m’empêcher d’aller y jeter un coup d’oeil. Elle donnait un billet de 10 000 Ariary au responsable, alors que le montant pour la confection de la CIN est légalement de 5 000 Ariary« , a témoigné Josie, une jeune fille de 18 ans.

Voici une approche plus anthropologique de cet exemple. La jeune femme qui a dépassé la file se donnait le droit de faire attendre les « gasy » parce qu’elle était en position de force. La possession d’une somme d’argent plus élevée par cette femme ne justifie en aucun cas son acte, mais elle parait logique pour la société malagasy, malheureusement. Le fait le plus triste, aberrant et révoltant se situe dans le fait que les gens l’aient excusé parce qu’elle avait de l’argent, et donc du pouvoir, et que les autres « attendaient parce qu’ils étaient gasy ». Comme si la femme était moins gasy que les autres, ou les autres sont-ils plus gasy qu’elle? Le pire, c’est que personne ne réclame jamais quoi que ce soit dans ces circonstances. Cette culture de l’attente parce qu’on est moins prioritaire est tellement ancré dans les esprits qu’elle devient l’excuse bidon que tout le monde utilise, l’outil de discrimination et d’abus de pouvoir, l’outil d’une destruction initiée elle-même par un peuple qui fait exprès de se minimiser au lieu de prendre conscience des balises qui freinent la société. Et ce « Miandry fa gasy » en est un.

Miandry fa gasy
La file d’attente et la culture du « Miandry fa gasy » sont inséparables.
cc: Pixabay

J’ai récemment lu un débat sur un forum malagasy à propos des manies qu’ont certains responsables auprès des bureaux, publics comme privés. Ils font toujours attendre leur subordonné, client ou autre visiteur au sein de leur entreprise. Mais attention! Cela n’arrive qu’aux Malagasy!

Le fameux « Miandry fa gasy » dans les entreprises

S’il y a bien un fait fréquent dans les entreprises de la Grande île, c’est sûrement les attentes interminables que doivent subir les subordonnés, certains clients moins valeureux – oui, c’est exactement ça: moins valeureux! – et certaines personnes qui doivent passer un entretien d’embauche. Car il y a beaucoup à dire autour des entretiens d’embauche. J’ai déjà écrit sur les entretiens d’embauche qui tournent à l’arnaque dans un ancien billet, mais là je veux surtout parler de l’attente. Le « fiandrasana« , en malagasy. Oui, parce que pour un malagasy, un entretien d’embauche, c’est se préparer à attendre au moins quinze minutes après l’heure annoncée avant que le responsable de l’entretien ne daigne pointer son nom, et ça c’est vraiment dans le meilleur des cas. Durant ces quinze minutes d’attente, rarement quelqu’un vient vous prévenir du retard de Monsieur ou de Madame. Si quelqu’un vous annonce leur retard, parfois cela s’ensuit d’un « Miandry fa gasy e! » (1). D’ailleurs, le plus souvent, Monsieur ou Madame ne vient qu’une ou deux heures après… Oui, « Miandry fa gasy » ! Dans certains cas, si vous êtes incroyablement malchanceux ou malchanceuse, la personne ne vient qu’après six heures d’attente, comme j’ai pu le lire sur le débat au sein du groupe sur Internet. Et dans le pire des cas, on vous annonce que la personne est finalement indisponible et qu’on vous rappellera, ou que vous devez revenir le lendemain. Et toutes les excuses que les gens ont pu donner dans ces cas-là, c’est le « Miandry fa gasy« . Un entretien d’embauche est important, en effet, mais une attente de six heures, sans motif, sans mise au courant du travailleur, c’est du non-respect. C’est même jouer avec les nerfs de la personne. Il faut pourtant signaler que cette manie est loin d’être bonne et bénéfique. La première appréciation que la personne se fera du responsable de son entreprise sera son manque de ponctualité. Cette vision affectera également l’entreprise, comme l’a expliqué le Washington Post dans leur article What really drives you crazy about waiting in line (it actually isn’t the wait at all)” (2).

"Miandry fa gasy"
« Une personne passe un à deux ans de sa vie dans les files d’attente ».
cc: Pixabay

De plus, cela nuit à l’économie du pays. Une personne passe un an à deux ans de sa vie à attendre dans les queues, a affirmé Richard Larson, un professeur américain qui étudie la « Théorie de la queue ». Et si on prend en compte l’attente interminable lors des entretiens d’embauche à Madagascar, on passe surement bien plus que deux ans dans les queues au final ! Ma supposition après des cas recensés dans la Capitale.

Le stress lié au « Miandry fa gasy »

Un état de stress est aussi créé par l’attente et notre chère philosophie du « Miandry fa gasy ». Ce stress conduit à une torture psychologique, un véritable désespoir, mélangé à une incertitude inqualifiable pour les individus en quête d’emploi.  Car il faut attendre le Monsieur ou la Madame, mais il se peut aussi qu’il ou elle ne vienne pas, ou qu’il ou elle nous fasse revenir demain. Et cette supposition peut entraîner des troubles dans l’esprit car cela fera inévitablement penser que l’on a perdu du temps aujourd’hui, demain, et peut-être encore après-demain…  D’après les recherches de Behavioural Design, ce stress est normal. Si en plus une personne vient aussi à dépasser les queues, comme c’est le cas à Madagascar, ce stress et ce sentiment de désespoir sont des sentiments encore plus légitimes. Le plus triste, c’est que les pertes de temps dans les files d’attente sont provoquées, la plupart du temps, par les Malagasy eux-mêmes. Par la mauvaise foi, par l’envie de vouloir faire attendre, l’envie de tester les limites de tout un chacun…

 

(1) « Miandry fa gasy e! » : signifie la même chose que « Miandry fa gasy », le « e » désigne l’amplification de ce que l’on veut exprimer
(2)What really drives you crazy about waiting in line (it actually isn’t the wait at all)”:
signifie « Ce qui te rend vraiment fou quand tu attends dans une file d’attente (en fait, il ne s’agit pas du tout de l’attente)


A Madagascar, de jeunes africaines invitent les femmes à se rebeller

Sept jeunes femmes africaines, malagasy, ont tenu une conférence à l’American Center Tanjombato, vendredi dernier.  Leur conseil commun: « Vivez votre passion jusqu’au bout, et n’acceptez aucune injustice! »

Sept jeunes femmes malagasy prennent la parole pour une rébellion positive 


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Larissa, Christina, Claudia, Tiasy (moi-même), Josie, Antsa et Monica, étions les sept femmes de l’évènement « African Women Making History », à l’American Center Tanjombato.  cc: Antsa

Se rebeller n’est pas toujours mauvais. Non. Ce qui est négatif, c’est la connotation que l’on y a mis pour que toute personne tentant de se rebeller culpabilise, se sente mal dans sa peau et perde de vue son objectif. Une rébellion peut être positive, car elle peut être faite pour la bonne cause, et l’Histoire l’a prouvé plus d’une fois ! Sur les pas des grandes femmes noires de l’Histoire, sept jeunes femmes malagasy ont ainsi décidé de créer l’événement « African Women Making History » ou « Femmes africaines écrivant l’Histoire« .  L’événement s’est déroulé sous la forme d’une conférence-débat, il a eu lieu vendredi dernier à l’American Center Tanjombato, sept jeunes femmes ont fait des discours et des « motivational talks » sur des thèmes communs, qui touchent tous à la liberté d’être soi : la passion, l’inspiration, le but d’une vie ; mais aussi : le rejet et le manque de soutien de la part de certains de leurs aînés et de leurs proches face à leurs envies et leurs motivations.

« Mes parents n’ont jamais apprécié que je sois passionnée de sciences. Très conservateurs, ils me voyaient mal dans une blouse blanche dans un laboratoire, me disant que ça ne rapportait pas à Mada. Mais j’étais décidée à poursuivre mes études supérieures en mathématiques, malgré tout« , a témoigné Larissa.

De même, après avoir été persécutée maintes fois depuis son enfance par ses parents et ses proches à cause de ses cheveux frisés et qui refusaient tout coup de peigne, Antsa a décidé de s’assumer en tant que « curly hair » et de ne plus s’obliger à lisser ses cheveux.

« Quand tu t’assumes, tu commences à t’apprécier toi-même et à identifier tes potentiels », a-t-elle affirmé.

Ces petites persécutions du quotidien tournant autour de sujets tels que la filière choisie pour les études ou l’aspect physique (comme la nature des cheveux par exemple) sont à prendre au sérieux, car elles peuvent plus tard dériver en un vrai mal être et en de grandes injustices.

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Les jeunes femmes africaines étaient à l’honneur, vendredi, à l’American Center.
cc: Christina

 

Sensibilisation des jeunes et des femmes

Plus grave encore, chaque jour des milliers de femmes sont victimes de harcèlement sexuel, de viol, ou sont battues par leurs maris… Face à ces persécutions, Mónica, Mónica, Claudia, Christina, Antsa, Larissa, Josie, et moi-même, Tiasy, nous souhaitons parler sensibiliser la société à ces phénomènes et pour les combattre. Il s’agit surtout d’une sensibilisation pour les jeunes, et notamment pour les jeunes femmes malagasy, trop souvent maltraitées et minimisées au sein de la société. Dès leur enfance, l’entourage pose sur les jeunes filles des stéréotypes : la bonne fille « posey »(1) qui se mariera et deviendra femme au foyer, ou tout au moins qui exercera une profession stable, avec une vie sédentaire. Mais les femmes ne servent pas qu’à enfanter et faire le ménage ! Elles ne méritent pas d’être moins rémunérées que les hommes au travail. De même pourquoi accepte-t-on que les femmes soient battues voire violées ?

Nous, représentantes de la gente féminine, nous réclamons une meilleure considération de la part de la société et de nos aînés envers les femmes et les jeunes, entrepreneur(e)s ou pas, africaines ou pas. Les femmes, comme les hommes, peuvent faire de grandes choses et mener de grands combats, il est temps que la société accepte cette idée ! Toute femme est destinée à un grand avenir, à moins qu’on ne la décourage à croire en elle…  Les femmes et les jeunes aussi peuvent être passionnées et devenir un atout pour le développement d’un pays. C’est le thème qu’a abordé Book News dans un article sur le même sujet, et c’est aussi un sujet qui a été abordé par de nombreux entrepreneurs durant la Semaine mondiale de l’entrepreneuriat, la semaine dernière. En toute logique, l’événement « African Women Making History » a coïncidé avec la fermeture de cette semaine mondiale.

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Les femmes sont l’incarnation de la vie, la source de la création.
cc: Pixabay

De nombreux jeunes et femmes dans d’autres continents (autres que l’Afrique) font également face au manque de soutien, au manque de considération, à la discrimination, au racisme, à l’oppression, à la violence et bien d’autres injustices encore… Il est temps de se rebeller, de hausser le ton pour se faire entendre et de réclamer des droits, comme l’ont fait les grandes femmes de l’Histoire: Oprah Winfrey, Marie Curie, JoanneRowling… Qu’on ne le veuille ou non, les femmes  représentent la moitié de l’humanité et elle sont indispensables à la vie humaine. Comme l’a dit Pierre Reverdy, “pour les femmes, le meilleur argument que l’on puisse invoquer en leur faveur, c’est qu’on ne peut s’en passer.

 

(1) »posey »: terme signifiant calme, tranquille, serein


A Madagascar, la réincarnation de Michael Jackson provoque une vague de nostalgie

Michael Jackson s’est réincarné à Madagascar, plus précisément à Analakely, Antananarivo, samedi dernier. Le jeune Mandresy, membre du groupe The Jackson Boys Mada, a provoqué une vague de nostalgie en interprétant un live presque identique à ceux vus dans Dangerous World Tour et Bad World Tour.

Mandresy. C’est le nom du jeune homme que je qualifierai de « réincarnation » de Michael Jackson. Membre et fondateur du groupe The Jackson Boys Mada, un groupe d’interprétation scénique qui reprend les chorégraphies et live de Michael Jackson, Mandresy a provoqué une vague de nostalgie chez de nombreux fans malagasy venus voir le concert ayant pour thème « Hommage à Michael Jackson », samedi dernier, au Tranompokonolona Analakely.

« Même si je n’ai jamais eu la chance de voir Michael Jackson pour de vrai en concert, je peux à peu près comprendre ce que ces gens qui regardaient ses concerts ressentaient. Et tout d’un coup, j’ai du mal à réaliser qu’il est décédé », a témoigné Maeva, une jeune fan de 16 ans, à sa sortie de la salle de spectacles.

« J’ai vraiment pris du plaisir à regarder le show. C’était extraordinaire ! Ils sont vraiment doués. C’était comme si Michael Jackson s’était réincarné », a également affirmé Elodie, une fanatique.

S’étant surpassé, le jeune homme et son groupe ont interprété des chorégraphies copies conformes aux originales, avec des mises en scène inimaginables comme c’était le cas lors de l’interprétation du tube-culte « Thriller ». Des tenues exactement comme celles que le King Of Pop portaient lors de ses concerts lors des Dangerous World Tour, Bad World Tour, ou encore dans ses clips « Bad », « Beat it », « Smooth Criminal », etc. Il y a même eu des interprétations de chansons : « Billie Jean » et « Human Nature ».

réincarnation de michael jackson jackson boys mada
Les Jackson Boys se sont surpassés, samedi, au Tranompokonolona Analakely.
cc: Mandresy
Interprétation des Jackson Boys sur Smooth Criminal.
cc: Tiasy

C’est comme si on regardait un vrai live du chanteur décédé – bien que je n’en ai jamais vu en direct mais seulement à la télévision ! Le public, à la fois composé de jeunes et d’adultes, a littéralement été en transe, notamment durant l’interprétation de « Thriller » où des zombies apparaissaient de partout sur scène après le troisième couplet. Celui-ci a d’ailleurs été repris une deuxième fois suite à la demande du public, et cette deuxième interprétation a vu la montée de petits garçons fans de Michael Jackson sur scène ! Ils ont fait du « moonwalk », à la grande surprise des spectateurs qui, ébahis pendant trois secondes, ont ensuite crié et applaudi.

Hommage et remerciements

réincarnation Micahel Jackson
Michael Jackson, the King Of Pop. cc: Pixabay

Etant moi-même une grande fan du chanteur, j’ai été fortement surprise et impressionnée par l’interprétation des Jackson Boys. C’était comme un retour de plusieurs années en arrière. Toute une vie à écouter et à regarder les clips cultes « Remember the time », « Man in the mirror », « You are not alone »… J’avais même un cahier de chant spécial MJ que j’avais créé avec amour, si bien que les paroles de chaque chanson étaient écrites par ordre alphabétique. Je me souviens aussi du 25 juin 2009, jour de la mort du chanteur, et également veille de la fête de l’Indépendance dans mon pays. J’ai écouté du Michael Jackson en boucle pendant plus d’un mois, revu et découvert d’autres live. C’est grâce à ses chansons que j’ai aimé et appris l’anglais, car oui, on nous apprenait l’anglais à l’école, mais cela ne suffisait pas. Et actuellement, je suis totalement trilingue en grande partie grâce à la musique du King Of Pop. C’est aussi grâce à des chansons telles que « Man in the mirror » ou encore « Heal the world », « Earth song » et « We are the world » que je suis consciente des problèmes de mon pays et des combats qu’il faut mener par rapport à tous ces problèmes. J’ai pris conscience que le changement ne commençait que par moi et que si je voulais vraiment apporter un changement, je devais d’abord changer certains traits de ma personnalité. J’ai aussi appris à aimer le théâtre, la guitare et la guitare basse, grâce aux scénarios de clip de Michael Jackson et grâce à ses arrangements musicaux hors du commun.

Grand vide

réincarnation Michael Jackson
Hommage des américains à Michael Jackson. Etoile de Michael Jackson sur l’Hollywood Boulevard. cc: Pixabay

Aujourd’hui, j’écoute encore « Another part of me » et « Say say say » dans le bus, quand je vais au travail. La paix que ces chansons procurent est indescriptible. Michael Jackson a laissé un héritage musical et culturel incommensurable dans la vie de nombreux individus. Sûrement, moins de 10% des malagasy – et peut-être moins de 2/3 des humains vivant sur cette Terre, lol – connaissent vraiment cet héritage. D’où ce grand vide culturel dans la musique de par le monde actuellement, avec des paroles incompréhensibles et répétitives, des clips musicaux sans la moindre touche artistique. Et oui je ne mâche pas mes mots… Il faut que quelqu’un dise haut ce que tout le monde pense tout bas, ou au moins, ce que la majorité des gens qui réfléchissent pensent tout bas. Des musiciens essaient de remettre cette culture de l’art musical, eux aussi influencés par les grands chanteurs tels que MJ, PrinceElvis PresleyJames Brown… Toutefois, le vide actuel est loin d’être comblé. Les élites musicales disparaissent petit-à-petit. C’est triste.

 


Mon agression par un fou furieux, en pleine rue, à Madagascar

J’ai été agressée par un fou furieux hier, littéralement, en pleine rue, à Ankadindramamy. Je ne sais pas pourquoi, sur 22 millions de malagasy, il a fallu que ça tombe sur moi ! Grrrr…

Agressée par un fou furieux

Il était environ 18 heures. Je venais de descendre de cet horrible bus, essayant de rester zen face à tant de problématiques : peur de la peste, circulation sauvage, zéro rentrée d’argent à cause d’un problème technique et financier au sein de l’actuelle société où je travaille… J’essayais de me remettre tant bien que mal les idées en place, j’allais accélérer le pas, quand un fou furieux a surgi de nulle part et m’a donné un coup de poing en plein sur le visage. Je l’ai évité de justesse mais son poing est retombé sur mon bras.

fou furieux agression
Une folle de Diego filmée en direct par la Youtubeuse malagasy Makoa Mena. Cliquez sur son nom pour voir la vidéo! Elle est super!

En l’évitant et sous la pression de son coup, j’ai atterri sur le sol, le choc amorti par mon cartable. Non.. Par l’ordinateur dans mon cartable. Je suis restée immobile deux secondes en pensant à combien de probabilités il existait pour que j’ai cassé mon PC… Comme les gens à l’arrêt du bus me regardaient – sans même penser à me secourir – je me suis décidée à me relever. J’aperçus une personne qui semblait courir – il faisait déjà plus ou moins noir – à près de cinq mètres de là où j’étais. Il brandissait son poing et une autre personne le reçut de plein fouet, quelques secondes après. Tout le monde semblait tétanisé mais personne ne réagissait. Même pas un petit signe pour dire de faire attention. C’était bien les malagasy, ça ! Tous amorphes devant les faits réels mais tellement « activistes » et « révolutionnaires » sur Facebook… Pfff… Un idiot de chauffeur m’a encore lancé un « Fa ahoana e ? » (1) J’ai failli lui lancer mon poing dans la figure mais je me suis dite que je ne pouvais pas moi aussi devenir folle.

Je lui ai répondu: « Le fou m’a poussé ! »…

Aaaaah… », fit-il en faisant ronfler son moteur pour démarrer.

« Oui », murmurais-je, en regardant à nouveau vers le fou qui disparaissait dans l’obscurité. J’ai repris de la vitesse et marché jusqu’à la maison, qui se trouvait à cinq minutes de l’arrêt de bus.

Et mon PC ?

Une fois arrivée, j’ai couru dans ma chambre et j’ai essayé de démarrer mon PC. Les larmes me sont montées aux yeux quand j’ai vu que l’écran affichait plein de traces de fissures, dont une tâche d’encre à l’intérieur, sur le côté droit. L’écran s’est fendu de l’intérieur… Ce qui me rendait triste, c’était que je tenais à mon ordinateur comme à la prunelle de mes yeux. Ça fait sept ans que je l’utilise. Depuis la classe de première. Il représente toute ma vie : mes devoirs de lycée, mes mangas, mes exposés et speechs à l’université, mes articles quand je travaillais encore dans les journaux locaux l’Express de Madagascar et la Vérité, mes billets pour Mondoblog... Je n’ai pu retenir mes larmes. Je ne pouvais plus penser à autre chose qu’à le réparer. Comment ? Où ? Combien ça coûterait… J’ai failli ne pas trouver le sommeil. C’est tout mon travail d’écriture qui est en jeu. Mais bien sûr, j’ai pu le réparer. Autrement, je n’aurais pas pu écrire cet article aujourd’hui.

Madagascar, l’île aux fous furieux

Je tiens à souligner que cette agression par un malade mental n’est pas une première. Il y a de cela quelques années, j’ai été insultée et failli me faire abattre par une folle qui passe son temps à insulter les gens qui se trouvent sur son chemin dans les rues de la Capitale, et notamment dans notre quartier, Ankadindramamy. Oui. Les fous courent les rues à Madagascar, littéralement. Les autorités compétentes ne s’en occupent plus depuis des années. Les quelques hôpitaux psychiatriques de la Grande île « ne reçoivent plus », comme ils disent, à cause de difficultés financières et techniques. Nombreux fous et folles sont rejetés par leur famille et errent dans les rues, de jour comme de nuit. Certains, très dangereux – comme celui qui m’a agressé – font des dégâts considérables : lancers de pierres sur des voitures, port d’objets métalliques en pleine rue, crise de folie en pleine milieu d’autoroute, cris assourdissants…

fous furieux agression tiasy
Antananarivo Sud vu d’Ambanidia. cc: Tiasy

Mais voilà. Personne ne s’en occupe. Dans les autres provinces, que ce soit Toamasina, Mahajanga, Antsiranana ou encore Toliara, les fous errent dans les rues et, parfois, terrorisent la population. Des plaintes sont déposées auprès des autorités mais restent sans suite… Ben oui ! Ce n’est sûrement pas la priorité de l’Etat. Il n’arrive déjà pas à s’occuper des mendiants, que va-t-il bien pouvoir faire de fous furieux ? Le pire, c’est que chaque année, le nombre de malades mentaux croît dans la Grande île, et en grand nombre.

« Le nombre de malades hospitalisés pendant la période de l’étude est de 15 368 dont 2,45 % seulement (n = 376 ) sont des cas psychiatriques, comprenant 264 hommes et 112 femmes (sex-ratio = 2,35). L’âge moyen des malades est de 31,24 ans, avec les extrêmes de 2 et de 76 ans. »

Les troubles psychiatriques à Madagascar : étude clinique de 376 cas répertoriés à Mahajanga (2)

Selon les affirmations d’un spécialiste des maladies mentales au sein de l’Institut d’hygiène Analakely, de plus en plus d’individus présentent des formes de démence. En effet, les dépressions, schizophrénies et autres troubles mentaux peuvent conduire à la folie. Et d’après les informations obtenues auprès de l’établissement sanitaire, la prévalence de ces maladies mentales est en hausse constante à Madagascar. Toutefois, faute de moyens, peu d’individus sont traités. Outre les médicaments qui coûtent considérablement cher, une seule séance de psychothérapie coûte moins de 25 000 ariary, soit environ 8 euros. Un tarif qui reste inaccessible à 90% des malagasy vivant à moins d’un euro par jour. Sinon, si vous êtes vraiment curieux de voir comment ces fous vous terrorisent, regardez cette vidéo de Makoa Mena sur Youtube. C’est très intéressant et le moment où la folle surgit est à mourir de rire ! Et elle fait également une réflexion sur les fous qui courent les rues à Madagascar.

(1) « Fa ahoana e? »: expression malagasy qui signifie littéralement « Comment? », mais ici signifie plutôt « Eh ben alors? »
(2) M. Andriantseheno (1), T. F. Andrianasy (a) & D. S. Andriambao (b)
  • (a) Service de neuropsychiatrie, CHU de Mahajanga, Madagascar.
  • (b) Clinique neuropsychiatrique, CHU de Befelatanana, Antananarivo, Madagascar.
 Manuscrit n°2458.“Clinique”.Reçu le 9 septembre 2002.Accepté le 2 septembre 2003.


Face à la peste, une crise sociale attend Madagascar au tournant

Trois mois qu’une épidémie de peste sévit à Madagascar, et elle ne semble pas prête à mettre les voiles. La psychose de la peste est sur le point de conduire à une crise sociale. Tous les problèmes auparavant enfouis ont refait surface : conflits entre les institutions publiques et les particuliers, inégalités sociales et religieuses. Des faits qui pourraient conduire vers une crise sociale.

Face à la peste, crise sociale au tournant

L’épidémie de peste qui sévit depuis trois mois à Madagascar devient un véritable phénomène social, et une crise sociale attend au tournant si les dirigeants ne se hâtent pas de prendre des mesures plus « efficaces ». Entre petites dératisations par-ci et petites désinfections par-là, les mesures prises par l’Etat semblent loin d’avoir un impact sur l’éradication de la peste. Pire, le nombre de victimes ne cesse de s’accroître. De quoi attiser les flammes déjà allumées et alimenter le charbon déjà installé dans la société. Exemple concret : la rébellion de la Direction diocésaine de l’enseignement catholique, ou Didec, face à une prolongation sans fin de la fermeture des écoles, alors que tous les autres secteurs continuent de tourner. C’est ainsi que la Didec a décidé de reprendre les cours hier, 25 octobre, si les cours ne doivent officiellement commencer que le 6 novembre prochain.

peste désinfection
Des désinfections ont eu lieu dans la Capitale, mais moindres.
cc: Cua Serasera

« Le gouvernement utilise tout simplement la peste comme excuse pour sanctionner l’enseignement. Alors que les lieux de travail, bureaux, zones franches et autres continuent d’ouvrir chaque jour. L’épidémie ne sera pas éliminée avec des mesures aussi alternatives. Cela devient seulement une punition pour des établissements qui auraient dû donner des cours depuis plusieurs semaines », a-t-on appris d’une source bien informée.

En effet, les membres de l’éducation catholique soupçonnent une stratégie politique pour mettre à mal le système éducatif malagasy, déjà fortement fragile, et tenter de repousser la rentrée scolaire au mois de janvier 2018 pour quelques sordides raisons, dont notamment des intérêts politiques et des magouilles dans le secteur éducatif. Face à cela, la Didec peste. Malheureusement, cette décision de la Didec a aussi remis à la surface les inégalités sociales et religieuses.

Peste : remontée des inégalités sociales et religieuses

Les contestations de la décision de la Didec ont été vives, notamment sur les réseaux sociaux. Parmi ces contestations, le fait que les « Catholiques » veulent se distinguer. En effet, on en parle peu mais les Catholiques ont toujours été pointés du doigt pour les différents événements organisés qui rassemblent le plus important nombre de fidèles dans la Grande île : visite des reliques de la Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de ses parents en 2015, et du Cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat du Vatican, en janvier dernier. Et dans cette distinction, le fait que les élèves des écoles catholiques – parmi les meilleurs établissements à Madagascar et reconnus pour leur discipline, leur rigueur dans le partage des connaissances et dans l’éducation – se verront encore plus hissés au premier rang car ils pourront rattraper ces semaines de retard scolaire. Tandis que les élèves des écoles  privées moins avantagées et ceux des écoles publiques devront attendre que le gouvernement décide de leur sort. Et tout le monde sait que les écoles publiques sont loin de pouvoir – et vouloir – offrir cette qualité d’enseignement que les parents malagasy rêvent d’offrir à leurs enfants. D’autre part, il existe d’autres écoles religieuses protestantes, luthériennes, adventistes, anglicanes et musulmanes qui ne sont regroupées nulle part et qui ne font ni partie des privés simples ni de la Didec. Qu’en est-il de ces écoles et des enfants qui y étudient ? Pourraient-ils eux aussi hausser la voix et pousser le gouvernement à prendre des mesures plus radicales contre la peste?

La peste mène vers une crise sociale. Outre le secteur éducatif, de nombreux secteurs en pâtissent. Le secteur du transport a observé un certain déclin.

« Le nombre de voyageurs ne cesse de baisser depuis le mois d’août. Cela a fortement régressé en ce mois d’octobre, si bien qu’on arrive à peine à tenir jusqu’à la fin du mois », explique un chauffeur de taxi-brousse à la gare routière Ambodivona.

Toujours suite à la peste, la consommation d’essence a fortement baissé. Le prix du riz ne cesse d’augmenter, et cela depuis le début de l’année 2017. Aussi, face au bruit qui court selon laquelle la peste pourrait être « injectée », de nombreuses personnes refusent d’aller se faire ausculter même s’il est atteint de maladie autre que la peste, peu importe la nature et la gravité de la maladie. La majorité des foyers se serrent ainsi la ceinture dans tous les sens du terme, et pourtant, les fêtes de fin d’année approchent. A ce rythme, les sapins, jouets et autres caprices pourraient être jetés aux oubliettes pour de nombreuses familles.


Rétrospective de mes 15 ans d’animes et de mangas

Ça fait 15 ans. 15 ans cette année, que je regarde des animes et lis des mangas japonais. Les animes et mangas ont façonné mon enfance, mon adolescence, et actuellement ils façonnent ma jeunesse. Ils représentent pour moi toute une vie.

Mangas et animes : ils ont marqué mon enfance

Je me rappellerai toujours du premier anime que j’ai regardé : Beyblade – série de mangas écrite et dessinée par Takao Aoki. Mes premiers animes remontent à la classe de neuvième, soit vers 2002. J‘étais en classe de neuvième, soit en CP2, et à cette époque, il y avait une émission appelée « Total Manga » sur RTA, une chaîne de télévision de la Capitale… C’est grâce à cette émission que j’ai aimé les animes et commencé à lire les mangas. Les cours se terminaient à 16 heures et justement, Total Manga commençait à cette heure-là. Comme mon école se trouvait à deux minutes de chez moi, je m’appliquais à courir chaque après-midi à 16 heures pour voir mon émission. Hors de question de la rater ! J’avais tout simplement hâte de voir ces personnages que j’admirais tant, et qui étaient pour moi comme des gens de ma famille. Je connaissais par cœur les génériques, dont notamment celui de Hamtaro – manga de Ritsuko Kawai, de Magical Dorémi et de Shaman King, manga que j’ai lu et anime que j’ai regardé, de Hiroyuki Takei.

« Ouvre les yeux, regarde bien.

Tu peux bondir plus haut et plus loin.

Le monde que tu vois n’est rien qu’une image.

Ecoute plutôt tes rêves les plus sauvages… » (Shaman King OST, version française)

Ces chansons, quoique toutes faites et mettant en relief un idéal de rêve et de fantasmes, m’ont appris à rester positive dans la vie, à savoir me battre pour mes rêves, et tout simplement à devenir qui je suis aujourd’hui. Je me souviens d’avoir dansé et chanté sur ces génériques avec mes copines de l’époque.

magas black butler
Black Butler, un de mes mangas favoris.

Aujourd’hui encore, nous en en parlons quand nous évoquons nos souvenirs, sur Facebook notamment car nous ne nous voyons plus. Des souvenirs que représentent de véritables trésors. Je me souviens aussi de Kai, un jeune homme arrogant, froid et peu bavard, avec un look des plus agressifs dans Beyblade. Vous croirez que je suis folle mais je craquais à fond sur ce genre de personnage. Cela n’a d’ailleurs plus tard fait que s’aggraver quand j’ai vu C17 dans Dragon Ball Z – manga d’Akira Toriyama,  ou encore Sasuke dans Naruto – de Masashi Kishimoto, et Ciel Phantomhive dans Black Butler – de Yana Toboso. Pour revenir à Hamtaro, cet anime m’a donné l’envie d’écrire un journal intime. Cela m’a permis de découvrir que j’avais une passion pour la rédaction et de me conduire à des études en journalisme et en blogging, plus tard.

Manga et animes : ils continuent à marquer

Gros bébé dites-vous ? Disons plutôt que j’aime cette partie de moi qui a toujours été amoureuse des mangas et des animes. Je ne veux pas qu’elle me quitte, elle est merveilleuse et me fait toujours retrouver le sourire. Il y a cinq ans, j’ai découvert l’anime K-On – écrit et illustré par Kakifly, qui a renforcé mon amour de la musique et notamment, du rock. Je n’oublierai pas non plus les génériques d’animes qui ont encore plus renforcé mes préférences en matière de musique rock, et cela même si c’est du J-Rock. Il y a aussi eu Nana – manga de Ai Yazawa. Récemment, je me suis investie sur Attack on titan– une série de mangas écrit et dessiné par Hajime Isayama. La fatalité, la fin d’un monde tout aussi  grand que le nôtre, la peur de se faire vaincre et dévorer par des êtres plus puissants et grands que les humains, sont tellement mis en relief que ça m’en bouche un coin. Comme dans tous les mangas que j’ai regardé, cette puissance de l’amitié et la volonté de vouloir changer les choses sont fortement soulignés, et sont, semblent-ils, « la clé de la réussite ». Un peu cliché, mais toujours aussi intéressant. Grâce à tout cela, j’ai le manga dans la peau. Quand une partie de notre vie y a été dédiée, cela nous a évidemment façonnés et contribuera à bâtir notre avenir, quelque part. Comme mon petit cousin qui parle déjà japonais à cinq ans à force de regarder Naruto !

 

*Petite remarque:
Quelle est la différence entre mangas et animes ?
Les gens le confondent souvent, et j’ai horreur de ça. Donc voilà : « Manga » désigne le support papier et « Anime » le support vidéo.


A Madagascar, l’industrie de la musique tourne à l’autopiratage

L’industrie de la musique est l’une des industries les plus florissantes à Madagascar. Mais cette année, le secteur musical connaît un déclin. Les artistes ont donc changé d’alternative : place à l’autopiratage.

Matraquage et autopiratage à Madagascar

Les artistes de la Grande île rencontrent actuellement de grandes difficultés. C’est ainsi que les amateurs et professionnels du showbiz malagasy ont décidé de faire appel à l’autopiratage. L’autopiratage, qui est l’action de se pirater soi-même, de faire une copie illégale d’une œuvre que l’on a soi-même créée dans le but de se faire de l’argent. En effet, face à la crise économique et sociale qui persiste depuis plusieurs années, se faire de l’argent par le biais du show-business n’est plus aussi facile qu’auparavant. Les artistes déjà connus ont du mal à préserver leur notoriété. Ceux qui veulent faire carrière ont beaucoup de mal à se faire connaître. Le matraquage se fait actuellement à des millions d’Ariary.

autopiratage
Mamina Rakotondravao, un des lauréats du concours musical télévisé « Feo Tokana Gitara Iray ».

« Le matraquage est l’une des meilleures sources de revenus pour les radios et TV à Madagascar. Cela coûte extrêmement cher, et seuls les artistes qui « en ont les moyens » peuvent s’offrir le luxe de matraquer leur chanson. Les moins fortunés sont moins connus car leurs œuvres ne sont pas « fortement matraquées », a témoigné Mamina Rakotondravao, artiste en herbe, un des lauréats du concours musical télévisé « Feo Tokana Gitara Iray ».

Un concours organisé par la RTA et l’illustre chanteur malagasy Erick Manana. Pour qu’une chanson soit connue, il faut faire passer une chanson une dizaine de fois sur les ondes, et de même pour un clip à la télé. Un investissement qui n’est pas toujours rentable et qui, parfois, conduit même à une perte de plusieurs millions pour un chanteur/musicien.

Autopiratage: une alternative facile et sûre pour les artistes

L’autopiratage est devenu une solution pour de nombreux artistes qui n’ont pas les moyens de se payer – ou ne veulent pas se payer – le matraquage dans les médias. Il suffit de diffuser sa chanson dans les kiosques qui « mampiditra hira », ou littéralement « mettent des chansons » dans les MP3, MP4, téléphones et autres supports électroniques, à 100 ariary par chanson, soit environ 0,02 euros – ça paraît extrêmement accessible mais cela est très difficile à trouver pour les 90% de Malagasy qui vivent en dessous d’un euro par jour.

autopiratage
Un kiosque »mampiditra hira » à Ambatomaro, un quartier de la Capitale.
cc:Tiasy

Bref, ces kiosques sont présents presque partout dans les rues de la Grande île. Notamment dans les provinces et régions où les gens préfèrent « acheter » les dernières nouveautés musicales sur les trottoirs plutôt que de s’acheter une radio. Il est indiscutable que l’autopiratage est efficace à cent pour cent, économique et facile, comme l’a affirmé un intervenant lors du conférence-débat portant sur le thème « Les médias et leur rôle dans la promotion de la culture », le 20 septembre dernier à l’IKM(1) Antsahavola, à Antananarivo.

Favorisation du piratage : retour en arrière

Cette pratique de l’autopiratage est devenue tellement courante que les artistes en ont oublié leur combat contre le piratage, il y a de cela quelques années. A l’époque, il s’agissait d’un grand fléau de l’industrie musicale. Des artistes ont enregistré des gaps de plusieurs millions dus au piratage et au marché y afférant. Marché qui existe encore aujourd’hui mais semble apprécié par certains. Il s’avèrerait que le piratage ait ses bons côtés. Il permettrait que l’artiste se fasse connaître, ce qui entraîne une plus grande audience lors des concerts, d’où de meilleurs chiffres d’affaires. D’où cette pratique illégale de s’autopirater.

« Il y a des artistes qui font de l’autopiratage leur principal moyen de matraquage« , a témoigné Anjara Rasoanaivo,journaliste culturelle de Midi Madagasikara.

Fait triste mais pourtant réel, cela démontre à quel point l’industrie de la musique est en difficulté dans la Grande île. Pour de nombreux artistes, aujourd’hui, c’est le commerce qui prime. Il n’est plus question de légal ou pas, culturel ou pas, il est question avant tout d’argent. Le Gouvernement et le ministère de la Culture et du patrimoine ne semble nullement s’inquiéter des problèmes rencontrés actuellement par les artistes. Il faut avouer que l’industrie musicale, bien que mise à mal, marche toujours mieux que les autres secteurs économiques. Mais le problème pourrait ne pas se poser maintenant. Il pourrait se poser dans cinq, dix ans. Et c’est là que les conséquences de cet autopiratage si bien pratiqué se verront, tant sur le front musical qu’économique et culturel. Faut-il rappeler qu’une œuvre piratée n’a aucun avenir au niveau international – si cela se sait bien sûr ! De même qu’un artiste piraté puis autopiraté sera tout aussi non crédible.

« Il faut rechercher des solutions, trouver des initiatives. Les bonnes pratiques sont souvent mal exploitées« , continue Anjara Rasoanaivo.

A l’exemple de la radio en ligne paradisagasy.com, qui est le site le plus apprécié par les artistes pour leur notoriété et le matraquage qu’on peut y faire. Il s’agit d’un bon exemple à suivre pour ces artistes qui souhaitent se faire connaître.

 

(1)IKM : acronyme pour « Ivon-toeran’ny kolontsaina malagasy », qui est un centre dédié aux artistes, à l’art et aux œuvres artistiques malagasy

 


A Madagascar, psychose face à une nouvelle épidémie de peste

Une nouvelle épidémie de peste sévit à Madagascar. Aujourd’hui, les Provinces de Toamasina et d’Antananarivo sont classées « zone rouge ». Face à cela, les réactions divergent. Tandis que des individus sont en proie à une psychose insoutenable, certains restent sceptiques et d’autres demeurent complètement passifs devant la situation.

Peste et psychose : port de masques et ingurgitation de « Cotrim »

Hier, de bon matin, de longues files d’attente se sont formés devant les pharmacies. Se procurer un masque et un « Cotrim », comprimé connu pour son efficacité contre la peste, étaient devenus  vitaux pour bon nombre de tananariviens. Dans les rues, de nombreux individus marchaient, un masque sur le visage. La psychose s’installe et continue d’être alimentée. Les masques se sont vendus à une telle vitesse qu’aux environs de quinze heures, la plupart des pharmacies d’Antananarivo étaient en rupture de stock. Des décès ont été enregistrés dans des quartiers de la Capitale, et, vérité ou non, les gens les associaient tous à la peste. Et dans toute cette panique générale, le Gouvernement restait incroyablement silencieux face à la situation qui risquait d’empirer d’une seconde à l’autre. Le Premier ministre, Olivier Mahafaly, s’est contenté de dire qu’ils « maîtrisaient la situation ».  Hier à onze heures du matin, les chiffres s’étaient arrêtés à 25 morts sur 141 cas suspects, selon une  source officielle. Cette psychose est le résultat d’une chaîne de message qui a été diffusée en privé sur les réseaux sociaux, dimanche soir dernier, annonçant que plusieurs malades sont décédés de la peste au centre hospitalier anti-pesteux à Ambohimiandra. Le message disait qu’il faudrait porter des masques à partir du lendemain pour éviter d’être contaminé, – j’avais moi-même reçu le message. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. S’ensuit les nouvelles de lundi matin qui ont annoncé que la Capitale venait d’être classée « zone rouge », après la Province de Toamasina le 29 septembre dernier.

Longue file d’attente devant les pharmacies pour s’acheter un masque et du Cotrim.
cc: Fifamoivoizana Eto Madagasikara

Scepticisme et passivité

Face à la réaction psychotique de certains habitants de la ville d’Antananarivo, certains ont affiché un réel scepticisme. « Cette histoire n’est pas nette. D’abord, pourquoi le message a été diffusé en message privé et non en public ? Et ensuite, pourquoi, comme par hasard, cette peste débarque justement au moment où les magistrats veulent continuer la grève, et où le prix du carburant observe une augmentation ? Pour moi, il ne s’agit que d’une diversion pour cacher les réels problèmes du pays », a témoigné un père de famille, hier. Un scepticisme également affiché sur Facebook, dans les transports en commun, dans les bureaux, dans les écoles, où les débats sont devenus interminables au sujet de la peste depuis hier. D’autres sont complètement passifs devant la situation. « Il fallait bien que ça arrive un jour ou l’autre, vu l’insalubrité de cette ville », a laissé échapper un bureaucrate. Et tandis que ma mère  faisait tout pour nettoyer et désinfecter la maison, la cour et le périmètre environnant, notre voisin affichait une réelle indifférence et continuait à frire des « menakely » au milieu de sa cour qui n’avait pas été nettoyée depuis des mois, en la regardant faire. Certains malagasy sont devenus totalement fatalistes et indifférents à tout problème social. Malheureuse réalité.

Causes profondes

En tout cas, il faut avouer une chose. Le manque d’hygiène et l’insalubrité des habitants de la ville d’Antananarivo et des environs sont les principales causes de la prolifération des microbes et de la peste dans la Grande île. Depuis une décennie maintenant, l’hygiène et la propreté n’ont cessé de se dégrader, notamment dans la Capitale. Pour ne mentionner que la crise des bacs à ordure, il y a de cela un an et demi, en janvier 2016, où les déchets se sont amassés dans la ville à cause du manque de compétences des autorités étatiques. Les maladies étaient déjà graves à l’époque : asthme, pneumonie, et même tuberculose. Et malgré cela, des individus continuent de jeter leurs déchets partout dans les rues. De belles dames qui jettent l’emballage de leurs biscuits par-dessus la vitre de leur joli Land Rover, et qui se permettent de hausser le ton quand on leur dit que ce n’est ni sain ni poli. Même réaction pour les chauffeurs de bus et receveurs quand on leur dit de nettoyer, tellement leur véhicule s’était transformé en cage à poules au fil des années, en raison du manque d’hygiène et d’entretien. Cafards, araignées, puces, moustiques, on en trouve dans les bus de la Capitale et des Provinces, et cela semble tout-à-fait normal.

 

L’alliance française reprendra ses activités demain, après deux jours de fermeture pour désinfection.
cc:Tiasy

Rappelons que le premier décès de cette nouvelle épidémie de peste a été enregistré le 28 août dernier, quand le malade, qui avait contracté la maladie à Ankazobe, en Hautes-Terres, est décédé à Moramanga, une ville de l’Est, dans un taxi-brousse qui se dirigeait à Toamasina. Sur le chemin, il a contaminé deux passagers, décédés début septembre. Et malgré ce fait flagrant qui démontre que les transports en commun sont un des principaux facteurs de prolifération de toute sorte de microbe, les autorités et les propriétaires des véhicules semblent complètement amorphes face à l’urgence qui s’annonce. A qui profite donc tant de malheur ? Les écoles sont fermées depuis ce jour. Les évènements publics ont été annulés, dont le Madajazzcar, un évènement emblématique culturel et d’envergure internationale. Des instituts publics comme l’Alliance française ont fermé leur porte « jusqu’à nouvel ordre ». Mais ces mesures ne sont pas suffisantes. La plupart de ces mesures sont prises par les particuliers eux-mêmes. Le Gouvernement n’a pas bougé le petit doigt pour ordonner une quelconque mesure préventive à prendre, même pas dans les bus, les gargotes, les restaurants… Ici, c’est chacun pour soi. Tu fais comme bon te semble mais c’est survivre ou mourir.


Mon combat pour la reconnaissance du webjournalisme à Madagascar

Dans mon pays, le webjournalisme est encore loin d’être reconnu. Aujourd’hui, après deux ans d’expérience dans le journalisme, je travaille dans le domaine de la presse en ligne. Mais cela est un véritable parcours du combattant.

Le webjournalisme non reconnu à Madagascar

L’horizon est sombre pour les blogueurs de mon espèce. Un orage semble s’annoncer. Les institutions, tout comme les sociétés privées et autres entités, ont tout simplement du mal à cerner ce qu’est le webjournalisme et le blogging, dans la Grande île. Les blogueurs sont rapidement rayés du carnet d’adresses de ces grandes personnalités qui font tourner cette Grande île… Blogging, webjournalisme. J’ai toujours été fascinée par ces mots. A 12 ans, j’avais créé mon petit blog sur Skyrock. Je ne me souviens même plus du mot de passe aujourd’hui. A l’époque, c’était un petit blog personnel sur le manga et le rock. Actuellement, je reviens vers cette passion, après deux ans d’expérience dans le journalisme. J’envie les grands pays où le webjournalisme est reconnue comme une discipline professionnelle. Lors d’une mission à l’étranger, j’ai pu mesurer à quel point le webjournalisme et le blogging sont incontournables dans le monde de la communication et de l’information. Dans ces pays où le développement numérique est déjà à un

Briser les règles à Madagascar photo
« Il faut briser les règles ».

stade plus qu’avancé, le journalisme 2.0 et le journalisme traditionnel se marient parfaitement. Les journalistes de la presse en ligne sont alignés au même rang que les journalistes de la télévision, de la radio et de la presse écrite. Et d’ailleurs, les journalistes de la presse en ligne constituent la majorité de la communauté médiatique. WordPress, SEO et autres outils sont pour ces individus de la technologie un outil aussi commun que le micro et le dictaphone. Les caméras ont été remplacés par le téléphone et le Facebook Live est devenu une alternative à la transmission en direct. Malheureusement, dans mon pays, le webjournalisme est encore loin d’être reconnu. Le nouveau Code de la communication adopté en 2016 n’a pas reconnu les journalistes 2.0 et les blogueurs, même si des représentants de ce monde digital ont été présents à la consultation publique, comme l’a témoigné un ami blogueur qui a choisi de garder l’anonymat. D’ailleurs, à Madagascar, les journalistes de la presse en ligne n’ont pas le droit d’assister aux conférences de presse et autres évènements médiatiques. Ils constituent une entité à part et un mur s’est dressé entre le webjournalisme et le journalisme traditionnel. Chose bien triste, car les médias « new school » et les médias « old school » sont censés être complémentaires. Après cinq mois à écrire et à insister sur certains problèmes majeurs dans le pays – en restant discrète car seul Facebook permettait mon contact avec le public – j’ai finalement décidé de sortir de mon cocon pour aller confronter ce journalisme virtuel à un journalisme plus réel.

La voie de la reconnaissance

Me présenter comme blogueuse pour diffuser une information à une conférence de presse demeure est toujours difficile. La plupart des blogueurs malagasy se cachent et opèrent vraiment dans l’anonymat. Ils utilisent des pseudonymes, créent des comptes aux noms inconnus sur les réseaux sociaux, et ces individus sont parfois les plus inimaginables : opératrice de saisie, entrepreneur, politicien… Cela semble improbable de voir ces individus sur terrain en plein « bain de journalistes ». Toutefois, cela ne représente pas forcément une fatalité. C’est ainsi que, petit-à-petit, grâce à des travails sur terrain où il m’a fallu un grand travail de « réseautage », une voie s’est ouverte pour permettre que la presse en ligne fasse partie de la grande famille des médias. Mais ce n’est pas encore gagné.

Vers une révolution digitale ?

Jusqu’à présent, le combat continue. Le blogging à Madagascar demeure encore très difficile car la législation ne permet pas encore son exercice total. L’Ordre des journalistes (OJM) malagasy est encore vague sur le sujet. Quant à la question du numérique à Madagascar, le volet connexion est également un sujet à traiter à part – j’en avais déjà parlé dans un billet. Je peux cependant dire qu’évolution il y a dans le secteur du webjournalisme. Actuellement, avec l’expansion des réseaux sociaux, les petits blogueurs sur Facebook et Twitter sont de plus en plus nombreux. De même, les blogs et sites web se multiplient. Ceux-ci sont la plupart à ligne éditoriale politique : contre le régime. Cela, les politiciens commencent à le comprendre et, en vue de l’élection présidentielle de 2018, ils ont adopté une nouvelle stratégie de communication. Actuellement, les journalistes en ligne sont de plus en plus conviés aux évènements médiatiques, qu’ils soient institutionnels ou privés. Vers une révolution digitale et numérique?

 

 

 

 


A Madagascar, la gabegie des taximen et des chauffeurs de bus

Taxis, bus et taxi-brousses sont les seuls moyens de transport en commun des malagasy dans la Grande île, en général. Le train, ça a disparu peu après la Colonisation, après 1960. L’avion, c’est un cas à part. C’est ainsi que les transporteurs font régner la gabégie dans l’île, notamment dans la Capitale…

Taximen et chauffeurs de bus: partisans de la gabégie

Ils représentent environ plus de 75% des voitures qui circulent dans les grandes villes de Madagascar. « Ils », ce sont les taxis et les bus qui servent de transport en commun aux malagasy. Ils font régner la loi de la gabégie, qu’on appelle communément le « gaboraraka », surtout à Antananarivo. Ils sont responsables de la majorité des accidents. Et ils sont contre tout changement positif que toute entité publique ou privée voudra apporter pour améliore le secteur transport dans la Grande île, tout simplement parce qu’ils craignent leur chute face à une meilleure qualité de service. Donc voilà des milliers de chauffeurs – ou chauffards – qui font la grève dès qu’on leur impose la moindre petite mesure pour améliorer la situation. Chauffeur Rakoto se plaint que des taxis clandestins existent, mais Monsieur Rakoto refuse de régulariser ses papiers parce que ça prend du temps et de l’argent. Au final, Rakoto pense que c’est pas si mal, les taxis clandestins. De son côté, des chauffeurs de bus se plaignent de la mauvaise qualité des routes, du manque de « collaboration » des voyageurs face aux mauvaises conditions qu’on leur impose dans les transports en commun, et se moquent de leurs collègues qui font des accidents – « Heureusement que ce n’était pas moi! », pensent certains – mais ils ne feront jamais rien pour améliorer leurs services. Bref, « vaut mieux que les accidents continuent d’avoir lieu parce que franchement, devoir faire une contre-visite tous les six mois, ce n’est pas possible! », pensent la plupart des taximen et chauffeurs de bus. Triste réalité. La gabégie est irréversible à Madagascar, et ceux qui imposent des mesures se feront vite couper la tête. C’est le cas de la Commune urbaine qui a récemment décidé d’imposer une contre-visite aux taxis tous les quatre mois. Mardi dernier, les taximen d’Antananarivo ont fait la grève pour « manifester leur mécontentement », et surtout manifester combien ils refusent toute discipline dans cette ville. Nous sommes loin du développement.

Les taxis-ville d’Antananarivo ont fait la grève pour contester la nouvelle mesure de contre-visite imposée par la Commune, en collaboration avec l’entreprise Omavet.
©Cua serasera

Les simples usagers et voyageurs éternels victimes

Et tandis que nos chers amis taximen, chauffeurs de bus et n’oublions pas, receveurs, font régner le « gaboraraka » et inculquent cette vision à nos enfants, nous souffrons atrocement de tout cela mais osons à peine nous plaindre. Comme mon cas, je refuse de conduire une voiture dans les rues de cette Ville des mille tout simplement parce que je klaxonne à chaque coin de rue, mais finalement c’est moi-même qui me fait du mal car les chauffards n’en ont rien à cirer. D’autre part, les voyageurs des taxis et bus doivent subir toute sorte de traitement: saleté, odeur nauséabonde dans les bus, des volailles, matelas et ivrognes pour compagnons de route, les pannes de voiture où ils vous proposent le service « bluetooth » (transfert d’un bus à un autre), le « mijoro amin’ny lalantsara »(1) et le « seza rivotra »(2), la musique qui vous casse les oreilles, et les insultes, dans le pire des cas… Et malgré tout ce désordre infernal, le Gouvernement doit céder car les transporteurs menacent de cesser toute activité, ce qui pourrait mener à une crise sociale déjà plus ou moins couvée. La situation semble sans issue.

(1) »mijoro amin’ny lalantsara »: tous les passagers du bus assis sur les strapontins doivent se lever pour laisser place à de nouveaux passagers, qui eux aussi devront se lever
(2) »seza rivotra »: les passagers doivent faire semblant de s’asseoir quand on aperçoit un policier de l’autre côté de la rue, ou le véhicule pourrait être arrêté et le chauffeur se verra retirer sans permis pour voir transporté des personnes debout


Les difficultés entre Madagascar et Youtube

La relation Madagascar-Youtube est compliquée. Depuis la création de Youtube il y a plusieurs années maintenant, eh bien la relation reste tendue, et l’accouplement demeure encore difficile.

Malagasy et Youtube : difficultés d’accouplement

Les internautes malagasy ne se sont jamais vraiment retrouvés dans leur relation avec Youtube. Cette plateforme numérique de vidéos ne séduit pas encore dans la Grande île, et l’accouplement demeure encore très difficile pour plusieurs raisons. La principale raison est la difficulté à se connecter. Contrairement à la majorité des pays du monde, notre pays qui se trouve assez loin dans l’Hémisphère Sud n’a pas encore cette connexion rapide et sécurisée que le grands pays développés du monde possèdent. Le Wi-Fi à Madagascar, ce n’est pas à la portée de tout le monde, et les cybercafés sont encore le principal moyen de connexion des malagasy. Et la connexion dans les cybers n’est pas toujours au top…

On a encore du mal à cerner Youtube.

De plus, la connexion mobile, bien qu’à un prix abordable, propose des forfaits limités. C’est ainsi que la plupart des malagasy ne se connecteront jamais à Youtube, parce que ça consommera beaucoup plus de Mégaoctets que Facebook ou encore Gmail et autres… D’ailleurs, tout ce qui est vidéo, à Madagascar, on n’y touche pas. Ça consomme en grande quantité et la ration quotidienne des malagasy en matière de consommation mobile internet est de 10 à 20 Mégaoctets. Avec ça, c’est Facebook illimité grâce aux forfaits proposés par les opérateurs mobiles. Une autre raison : les malagasy n’ont pas vraiment compris le concept Youtube.

En effet, pour la plupart des internautes malagasy, Youtube, se connecter sur le site s’arrête à regarder des vidéos. Pas besoin de se créer un compte ou autres, il suffit de regarder. Peu de malagasy possèdent un compte Youtube. La plupart du temps, ce sont les médias, les maisons de production numérique et les artistes qui possèdent un compte Youtube, mais même s’ils publient leurs clips et leurs vidéos sur leur chaîne, celle-ci enregistre peu de « vues », et compte zéro commentaire. Facebook demeure ainsi plus pratique à la fois pour ces entités qui désirent publier des produits visuels.

Une expérience désagréable

Pour mon cas, j’ai eu la chance de tester Youtube, en tant qu’utilisateur – bien que je ne me souvienne même plus de l’identifiant de mon compte maintenant. Je voulais poster une vidéo sur Youtube, à l’époque. Mais déjà, j’avais du mal avec les fonctionnalités. De plus, je m’étasi connectée dans un cybercafé. Le temps m’était compté, et pourtant la connexion était horrible… Tellement horrible que le compteur affichait deux heures pour que ma vidéo qui durait deux minutes soit chargée… Et puis zut! Cette histoire s’est passée il y a cinq ans de cela… Plus tard, j’ai essayé d’investir sur la plateforme numérique Soundcloud. Mais bon, à Madagascar, ça aussi ça ne le fait pas… donc…

Plateformes numériques : Youtube dans le top 10

Facebook propose une fonctionnalité en langue malagasy, contrairement à Youtube.

A Madagascar, la culture numérique commence tout juste à faire ses premiers pas. Et tandis que des pays passent maintenant le tournant des youtubeurs, des Facebook Live et d’Instagram, Madagascar démarre tout juste avec Facebook qui est devenu le réseau social le plus utilisé dans la Grande île, suivi d’Instagram et de LinkedIn. Whatsapp est également parmi les cinq premiers, devant Twitter et Viber, et Youtube ne serait que le neuvième ou dixième site le plus visité après Gmail ou encore Yahoo. Bien que Youtube ait réussi à séduire la majorité de la planète, il faudra encore quelques années pour que les malagasy en deviennent des adeptes.


Liberté religieuse : Madagascar avance avec 283 groupes religieux officiellement enregistrés

283 groupes religieux ont été officiellement enregistrés par le ministère de l’Intérieur malagasy, au mois d’octobre dernier, selon le rapport international 2016 sur la liberté religieuse à Madagascar.

 283 groupes religieux enregistrés en 2016

Un chiffre considérable. 283 groupes religieux ont été enregistrés par le ministère de l’Intérieur, en octobre 2016, selon le rapport international sur la liberté religieuse à Madagascar. Un chiffre considérable, si l’on établit que chacun de ces groupes dénombre plus de 100 individus, et est constitué d’un conseil d’administration comptant neuf membres nationaux, comme l’exige la loi. En effet, « pour être admissible à l’enregistrement, un groupe doit avoir au moins 100 membres et un conseil d’administration élu ayant neuf membres tout au plus et qui doivent tous être des nationaux. Les groupes ne répondant pas ces conditions d’inscription peuvent se faire enregistrer plutôt comme «de simples associations», apprend-on du rapport international. « En se faisant enregistrer, un groupe religieux reçoit le statut juridique nécessaire pour recevoir des legs et autres dons directs. Une fois enregistré, le groupe peut demander une exemption de taxe à chaque fois qu’ils reçoivent un don de l’étranger ». On sait également que les groupes religieux enregistrés ont le droit d’acquérir des terres auprès des particuliers afin de construire des lieux de culte. Malgré une certaine rigidité de la part de l’Etat, force est de constater que la liberté religieuse est en expansion dans la Grande île.

Une discrimination sociale basée sur la nationalité

Les catholiques font partie des groupes religieux importants à Madagascar. © Tiasy

La Constitution malagasy prévoit la liberté de la pensée religieuse et d’expression et interdit la discrimination religieuse. Des lois protègent également la liberté religieuse individuelle contre les abus par le gouvernement ou des acteurs privés. Toutefois, la liberté de religion n’existe pas toujours, notamment à cause des anciennes lois sur la nationalité. « Selon une étude menée par l’ONG Focus Development et le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCNUR), de nombreux Musulmans nés au pays n’ont pas pu obtenir des documents pour la citoyenneté à cause des lois sur la nationalité qui limitent la capacité des femmes Malagasy à transmettre la citoyenneté à leurs enfants si le père n’est pas citoyen. Le Ministère de l’Intérieur (MdI) a déporté 10 Imams Pakistanais qui ont dépassé la date d’expiration de leur visa. Ils ont dirigé une mosquée ainsi qu’une école coranique, ce qu’ils ne sont pas autorisés à faire avec un visa touriste », apprend-on du rapport de l’ambassade américaine. « Des membres de la communauté juive de petite taille et nouvellement convertie ainsi que la communauté musulmane ont indiqué que l’accès à des écoles privées leur a été refusé à cause de leur affiliation religieuse. Des membres de la communauté juive ont également signalé ils ont fait l’objet d’une attention malveillante à cause de leurs habits, qui comprennent des couvres-tête pour les femmes ». Ce ne sont que des exemples de discrimination sociale effectuée envers les Musulmans, principales cibles de cette ségrégation. Touefois, d’autres groupes religieux, comme le FJKM ou Fiangonan’i Jesoa Kristy Eto Madagasikara (1), ont été victimes de persécution par la société et les acteurs gouvernementaux. Face à cela, des discussions entre les membres de la société civile et le Gouvernement ont eu lieu dernièrement.

Croyants indigènes

Selon les derniers chiffres officiels, sur un nombre d’habitants estimés à 24,4 millions en 2016, 52% des malagasy adhèrent à des croyances indigènes, 41% au Christianisme et 7% sont des Musulmans, notamment des Sunnites. Toutefois, on hésite sur le dernier pourcentage car l’on sait que de plus en plus de malagasy se sont convertis à l’Islam, notamment ceux des zones côtières du nord-ouest, tandis que les Chrétiens dominent plutôt les Hautes-Terres. Les quatre principaux groupes Chrétiens dans la Grande île sont les Catholiques, les Luthériens, les Anglicans et les FJKM qui composent le Conseil œcuménique des églises chrétiennes de Madagascar ou FFKM.  De plus petits groupes comprennent l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (Mormons), les Témoins de Jéhovah, les Adventistes du Septième Jour, et d’autres dénominations évangéliques locales. En sus, beaucoup de gens détiennent une combinaison de croyances indigènes et Chrétiennes ou musulmanes. Un petit nombre d’hindous et juifs existent également à travers le pays.

 

 (1) FJKM : « Fiangonan’i Jesoa Kristy Eto Madagasikara » ou « Église de Jésus-Christ à Madagascar »

 

 

 

 

 

 

 


A Madagascar, des hôpitaux socialement sélectifs

Serment d’Hippocrate… Serment d’hypocrites ? Ce ne sont pas tous les malades qui reçoivent des soins. Enfin, telle est la philosophie de certains hôpitaux de la Grande île. Si vous n’avez pas quelques millions en poche, si vous n’êtes pas une personne de pouvoir, vous ne recevrez jamais les soins médicaux adéquats. De la pure discrimination !

Des hôpitaux socialement sélectifs

Des hôpitaux qui affirment « rendre service à la population » et « traiter tout patient dans l’égalité ». Mais il s’agit bien là d’hypocrisie… Et pire même : de discrimination. Je ne dis pas n’importe quoi, ce fait à propos duquel les hôpitaux sont socialement sélectifs est véridique. La preuve. Une personne s’était rendue dans un hôpital public de la Capitale. Elle était malade depuis plusieurs jours, parce qu’elle n’avait pas mangé depuis quatre jours, alors qu’on était en plein hiver – oui, parce qu’il se peut que ton voisin, celui qui habite juste à côté de chez toi, ne mange pas, parce qu’il n’arrive déjà presque pas à trouver de

A Madagascar, la communauté internationale est très active dans le domaine santé. Ci-dessus, le prince Albert de Monacoest venu inaugurer la maternité de la cité Akamasoa du Père Pédro, en février dernier. ©Tiasy

l’argent pour son loyer. Elle avait ainsi une grosse fièvre et un mal de tête depuis trois jours. Elle a décidé de venir à l’hôpital pour se faire ausculter, en espérant faire du « trosa » (1) auprès du médecin. Après tout, beaucoup de malades font le « trosa » à l’hôpital. Malheureusement, plus personne n’accepte le « trosa » de nos jours, et cette personne s’est faite littéralement renvoyée de l’hôpital, sans le moindre scrupule, par le personnel hospitalier. Une autre personne s’est rendue dans la même clinique. Il n’a pas demandé à faire du « trosa », il a dit qu’il était le secrétaire d’une certaine entité politique. Les médecins l’ont laissé entrer sans même payer. Puis il y a eu évidemment le cas de Claudine Razaimamonjy, la conseillère de la Présidence, qui était, d’après les sources, atteinte d’une maladie grave, et a été évacuée à l’île Maurice malgré qu’elle était interdite de sortie du territoire.

Frais médicaux priment sur soins médicaux

D’ailleurs, à Madagascar, les frais médicaux priment sur les soins médicaux. C’est un fait depuis plusieurs années maintenant. Pour les médecins comme pour les patients, il importe de payer avant de pouvoir recevoir les soins nécessaires. Si bien que dans certaines cliniques, il faut d’abord payer avant de pouvoir se faire consulter, faire une radiographie, un scanner, ou tout autre examen médical. C’est devenu une règle d’or. Seulement, tout le monde n’a pas les moyens de payer ces frais. Considérant que la somme minimale pour une consultation est actuellement de 10 000 Ariary, on se demande où vont donc se faire soigner les 90% des malagasy qui gagnent moins de 1 Euro, soit même pas 3 000 Ariary, par jour. Il lui faudra déjà travailler quatre à cinq jours pour pouvoir aller chez le médecin. Et si la maladie est grave, d’ici-là, le patient pourrait déjà être mort. N’importe quel patient peut mourir s’il ne peut pas payer. L’argent avant tout : c’est la loi du plus fort dans les hôpitaux, publiques comme privées… Et n’oublions pas le corps médical ! Ces personnes qui sont censées, elles aussi rendre service à la population. Et qui ont prêté serment pardessus le marché. Seulement, ces serments n’ont plus la moindre valeur pour certains. En effet, dans certaines cliniques, publiques comme privées, certains médecins exigent que les patients paient des frais médicaux par rapport à la normale, ou ils refusent tout simplement de procéder à des examens médicaux ou des opérations chirurgicales. D’autres, plus malins, proposent que l’on achète des médicaments au patient pour qu’ils « récupèrent plus vite », et bizarrement, le médicament n’existe que chez le médecin et il est toujours très cher… Puis il y a aussi ces médecins qui, en plus de tout cela, sont désagréables et traitent leur patient comme du bétail. Ils adoptent la même attitude que ces fonctionnaires qui vous reçoivent dans les bureaux, sauf si vous êtes une personne de pouvoir, et qui vaut la peine d’être respectée…

Exigence de réformes palpables

Il faut l’avouer, le fait que le système sanitaire soit aussi précaire à Madagascar est la faute du Gouvernement. Je ne refuse pas que le ministère de la Santé publique fait beaucoup d’efforts pour faire marcher ce système, mais  ce sont des réformes qui apportent des changements minimes sur le système. Ces dotations et donations de matériels aux hôpitaux publics, ces grands mouvements de sensibilisation, ça n’apportera rien tant que les vrais problèmes ne seront pas réglés. Parmi ces problèmes: l’argent pour payer les frais médicaux que le trois-quart de la population n’arrive presque pas à trouver, l’argent pour les « suppléments » (corruption), la dotation d’assurance-maladie et une bonne couverture sociale pour les salariés. En effet,  ….% des salariés malagasy ne sont pas couverts socialement. Quelle famille peut se soigner dans ces conditions? Sachant qu’une famille malagasy est composée en moyenne des deux parents et de trois enfants, frais d’écolage, nourriture et vêtement priment, avec quel argent se soigne en cas de maladie grave? Au pire, bouffer du paracétamol toutes les six heures et prier… Et bien sûr, on s’étonne que le taux de mortalité du à la maladie grimpe à Madagascar, et que la plupart des gens se soignent eux-mêmes à la maison, ou attendent tout simplement de mourir. Ce dernier, qui est devenu le choix ultime pour de nombreux malades.

(1)« trosa » : « dette » en français


Témoignage : « Madagascar ne sera pas un pays de startups »

« Cela va faire deux ans que nous sommes engagés dans l’appui des jeunes entreprises et jeunes entrepreneur(e)s à Madagascar. […] Mais quoiqu’il en soit, le constat est dur et sans appel ». C’est ce que l’incubateur de startups Incubons a posté Dimanche dernier sur sa page Facebook. Un témoignage poignant qui fait prendre conscience d’à quel point les jeunes ont du mal à investir à Madagascar.

Tendance « startups »: trop prétentieux

L’incubateur d’entreprises Incubons, dans un post sur Facebook, Dimanche dernier, n’a pas mâché ses mots pour dénoncer à quel point l’entrepreneuriat est mal compris à Madagascar. Il a pointé du doigt ceux qui font miroiter un rêve presque impossible à des jeunes gens, en les manipulant sur ce qu’ils doivent ou peuvent faire via de beaux discours et des théories mirobolantes sur combien  devenir un entrepreneur est magique.

« Ce serait bien d’arrêter de faire miroiter à la jeunesse une pseudo réussite instantanée par le biais de l’entrepreneuriat. Beaucoup trop de personnes surfent sur la tendance « startups » et font croire qu’il s’agit de la meilleure (et seule) manière possible de créer son emploi, en créer pour les autres, et faire avancer à son niveau le pays. Sur papier c’est effectivement une très bonne voie, mais ça n’est ni la seule, ni la plus facile, ni la plus réaliste », a souligné Incubons.

En effet, la tendance startups semble trop prétentieux, car avant de réussir en entrepreneuriat, beaucoup de facettes doivent être prises en compte. Et il ne s’agit pas que d’une question d’argent. Malheureusement, c’est la gloutonnerie en argent qui constitue la faille pour les jeunes entrepreneurs malagasy.

De jeunes entrepreneurs se sont réunis au Startup Weekend Antananarivo, les 11, 12 et 12 août derniers. © Startup Weekend Antananarivo

Addiction à l’argent et au financement

« Il faut faire un constat très précis de l’environnement entrepreneurial de la jeunesse à Madagascar », continue Incubons.

 

Le principal problème, évidemment, tourne autour de l’envie de se remplir les poches vite-fait. Cette logique quantitative qui mènera plus de la moitié des entrepreneurs à leur perte, car ils ne calculeront jamais une rentabilité durable et viable, mais plutôt une rentabilité instantanée.

« Il y a beaucoup d’idées, mais beaucoup qui n’aboutiront jamais, beaucoup de copier-coller, peu d’individus sont capables d’avoir une idée qui tienne la route, qui réponde à un besoin, qui peut se rentabiliser et se dupliquer.  Pourquoi ? Parce que l’argent est roi, la majorité sont à la recherche du profit et non du bien commun », martèle Incubons. « Nous avons accompagné 20 entreprises, 7 des 10 de l’an derniers subsistent encore et nous espérons que les 10 de cette année parviendront à changer d’échelle », rapporte-t-il. « Si vous posez la question du frein principal des jeunes entreprises ou nouveaux projets à Madagascar, on vous répondra que c’est le manque de financement. Ceci est faux. Si votre projet ne peut pas démarrer avec le minimum que vous avez en poche (entre 20.000 et 70.000 Ariary), de la conviction, des nuits blanches et une envie folle de réussite, alors c’est un mauvais projet. Cessez de faire miroiter 1000 ou 2000 euros à des personnes qui ne savent même pas gérer 10.000 Ariary. »

Interpellation à certains incubateurs et plateformes entrepreneuriales.

Buzz et culture du paraître

Mais non seulement les incubateurs et plateformes, Incubons pointe aussi du doigt les petits magazines tendances, les évènements entrepreneuriaux en tout genre et les innombrables pages Facebook sponsoriés, qui sont en train de détruire la vision des jeunes concernant la réalité des startups à Madagascar.  D’après l’incubateur, il s’agit de la culture du buzz et du paraître. Une illusion très bien menée, disent-ils.

« Comme si nous étions dans un pays où les « success-stories »   s’enchaînaient … Prenez la peine de creuser un peu et vous verrez que plus de 90% des gros buzz d’il y a deux ans n’existent plus. »

Fait réel et véridique. Bref, il faudra encore bien plus que des publicités et des sensibilisations sur l’entrepreneuriat pour aider les jeunes entrepreneurs. Il faudra d’abord changer leur mentalité avant toute chose. Convaincre que l’argent n’est pas la clé du succès et, comme le dit l’adage, « ne fait pas le bonheur ». Difficile à dire, en ces temps où la mondialisation ne cesse de nous entraîner dans son engrenage, et où, partout dans le monde, l’Euro, le Dollar et l’Ariary parlent avant toute chose. Encore une fois, la jeunesse est condamnée.

 

Quelles solutions si on veut vraiment inspirer la jeunesse malgache à entreprendre ?

– Penser bien commun : l’entrepreneuriat social est un modèle qui sied à la réalité malgache : faire de l’argent un moyen et non une fin, pour atteindre des objectifs sociaux, sociétaux ou environnementau x.
– Laisser le résultat communiquer pour vous : beaucoup trop de  »stars » de l’entrepreneuriat des jeunes à Madagascar ont fait l’erreur d’enchaîner les salons et les interviews, et ont délaissé le coeur même de ce qu’ils font : travailler.
– Faites avec ce qu’il y a : vous pouvez lever 2.000.000 d’euros, mais si vous êtes incapable d’avoir la tête sur les épaules et de savoir qu’il faut commencer avec les moyens du bord, mais que par contre il vous faut déjà la belle voiture et la belle villa, c’est foutu.
« Entreprendre c’est faire le mieux qu’on peut avec le peu qu’on a, pour le bien commun » (Incubons)