AGBADJE Adébayo Babatoundé Charles A. Q.

Le prix du marchandage en Afrique

marchandage en afrique

 Bientôt les fêtes de Noel et du nouvel an, périodes par excellence de réjouissance, de consommation et  donc de shopping à travers le monde. Mais on le sait aussi, faire les courses en cette période est rarement une sinécure, au regard de la cohue ambiante et de l’embarras de choix. En Afrique, en particulier, elle l’est d’autant moins qu’elle se complique par la contrainte du marchandage. En effet, quand il s’agit de faire des achats, les africains ont une prédilection à discuter le prix, à débattre, bref à  marchander.  Mais, au regard de l’énorme perte de temps et d’énergie qu’il occasionne, la question se pose de savoir si le jeu en vaut la chandelle?

Le marchandage est une vieille stratégie commerciale qui sous-tend l’économie et les échanges en Afrique comme en Asie et en Amérique latine. Mais, contrairement aux autres continents, il  est profondément ancré dans les mœurs en Afrique où règnent les valeurs de l’oralité et de l’informel au point de faire partie de la culture du continent. Dans un grand nombre de domaine, le marchandage s’impose presque et bon nombre de vendeurs sont obligés de recourir à ce mode de négoce s’ils veulent écouler leurs produits.

Le fait est que, dans les rues et sur les places de marchés des villes et villages du continent, la majorité des articles mis en vente ne porte aucun prix fixé. Chaque vendeur propose au client un prix qu’il  invite souvent à négocier ou débattre pour obtenir un meilleur marché. En général, les prix proposés sont bien au dessus de la valeur marchande réelle du produit. Au client de débattre ce prix jusqu’à une valeur acceptable pour lui ou à la portée de sa bourse. En conséquence, les Africains, toutes couches sociales confondues, marchandent dans tous les domaines. Des fois, cela peut perturber, mais il  faut se faire une raison. Mieux vaut comprendre le principe pour ne pas être le dindon de la farce.

La logique économique du processus est simple. Le système d’échange étant informel, la marge bénéficiaire du marchand ou du prestataire de service est fluctuante et arbitraire. L’intérêt de ce dernier est qu’elle soit la plus grande que possible. Au contraire du vendeur, l’intérêt de l’acheteur est que cette marge soit la plus  faible que possible. C’est là, tout l’enjeu du marchandage. Le prix de cession d’une marchandise est donc le résultat d’une âpre négociation entre le vendeur et l’acheteur pour arriver à un prix consensuel satisfaisant pour les deux. Dans ce duel qui ne dit pas son nom, le marchand lui connait la qualité de son produit et son prix limite de cession. L’acheteur ou le bénéficiaire du service, quant à lui, connait sa capacité financière pour s’adjuger le produit et doit mettre en jeu sa maîtrise du marché, la qualité du produit présenté et sa verve pour l’acquérir.

Mais, au-delà de sa fonction commerciale, le marchandage a aussi une fonction sociale. C’est aussi un moment d’échange social et de partage entre vendeur et acheteur. C’est le moment pour le vendeur de faire la promotion de son commerce, mais aussi de deviser avec le client. Si les deux personnes se connaissaient déja, ils renouvellent leur lien d’amitié ou de fraternité et s’ils se rencontrent pour la première fois, c’est l’occasion de faire connaissance. Une bonne négociation commence toujours par les salamalecs d’usage, parfois même le thé avant la négociation proprement dite.

Modalité d’échange commercial ancestral, le marchandage a son code et ses règles. Quand vous n’êtes pas d’humeur à palabrer ou n’avez pas assez de temps, vous le faites savoir d’entrée et demandez le dernier prix ou le « last price ». Les marchands, pour la plupart, n’aiment pas cette situation dans laquelle ils comprennent bien  que le jeu revient à quitte ou double. Les uns jouent franc jeu, d’autres, plus ou moins irascibles, vous envoient paître.

Mais pour  le grand groupe qui a un peu de temps et pas beaucoup d’argent, c’est un rituel auquel on sacrifie volontiers pour s’acheter des denrées, des produits manufacturés, un boubou ou un collier. Autant le dire, le marchandage ou “whaxale’’ au Sénégal, “axhi didé’’ au Bénin  ou encore “owo yiyo’’ au Nigeria et au Bénin “Fani féré“ au Mali et en Cote d’Ivoire etc. est tout un art qui se cultive partout en Afrique et particulièrement dans les  pays du Golf de Guinée.

Courte séquence

–          C’est combien ce collier ?

–          C’est 5000f, combien toi tu donnes ?

–          5000 ce collier? Trop cher. Merci.

–          Mais, attends ma sœur, c’est le marché. Dis ton prix.

–          Ok. Je donne 2000f.

–          Hé, ma sœur regarde bien,  c’est un modèle original. C’est « ivoire » vrai,    vrai. Donne 4000 f

–          Je sais que c’est ivoire, mais j’ai 2000f.

–          Ah ma sœur, même moi je n’ai pas gagné ça à ce prix, prend 3800f

–          C’est cher pour moi. Tu ne veux pas me vendre,  je vais voir ailleurs.

–          Mais attends, Fais-moi la recette ma sœur ! J’ai refusé avant toi une offre à   3500f

–          Ah ! Tu vois bien que tu aurais dû me laisser partir!

–          Bon, ma sœur, combien tu as là ?

–          J’ai 2000f

–          Bon! bon!  comme c’est toi, donne 2500F ! c’est à cause de toi oh ! tu sais      que tu es ma parente.

–          J’emballe ?

–          Oui, tu peux emballer.

La poire étant coupé en deux, le consensus se dégage et l’affaire est pliée. Pendant que vous mettez la main à la poche en évitant de montrer la richesse de votre porte feuille, lui emballe le produit tout hélant déjà les potentiels clients qui passent. S’il n’y a pas d’autres clients en vue, la conversation passe au divers, le service après vente.

Conséquence logique de ce système, chaque produit est vendu à un prix souvent différent pour chaque client. En général les écarts sont minimes, mais ils sont parfois considérables. Dans ces conditions, comment un acheteur peut-il s’assurer de faire une bonne affaire ? Un consommateur béninois conseille de débattre le prix jusqu’au moment où le vendeur s’énerve et vous demande d’aller voir ailleurs. On est alors sûr d’avoir touché le montant en dessous duquel le marchand n’accepte plus de propositions. Ajouter à ce montant la marge que vous jugez acceptable et formuler votre dernière proposition. Une véritable guerre des nerfs et un gros gâchis de temps comme on peut le voir.

Quand on considère que la valeur marchande d’un produit peut être converti en temps de travail pour gagner cette somme, en mettant bout à bout le temps perdu par les uns et les autres pour marchander, on réalise aisément que ce que coûtent le marchandage, ce n’est pas simplement du temps, mais de l’argent. Pourquoi ne pas faire simple et initier des reformes pour instaurer dans les marchés, les prix fixés pour chaque produit suivant la mercuriale en vigueur. On éviterait pour tous, une perte de temps, une perte d’énergie et parfois le sentiment d’avoir été lésé, observé chez l’un ou l’autre des acteurs de la transaction.

Certes, ça et là sur le continent, plusieurs Etats essayent de réglementer la chose et imposer l’affichage de prix fixé pour tous les articles manufacturés, mais sans grand succès.  et vraisemblablement ils n’y parviendront pas dans un avenir proche tant le phénomène est enraciné. Eh oui, le poids des siècles de tradition orale n’est pas facile à éliminer, encore que les vendeurs sur les places des marchés sont majoritairement analphabètes.

Naturellement, le phénomène n’impacte pas que les africains, les non africains vivant sur le continent et les touristes étrangers de passage sur le continent aussi sont aussi confrontés à l’épreuve du marchandage avec des fortunes diverses.

Bien sûr, pour les non africains résidant sur le continent, selon qu’on est plus ou moins aisé, il y a moyen de s’approvisionner  préférentiellement dans les grandes surfaces et éviter autant que faire se peut, les circuits de marchandage. Par contre, pour les touristes nullement intéressé par les grandes surfaces,  c’est un comportement nouveau perçu par les uns comme une source de désagrément et par les autres comme une curiosité exotique qui participe au charme du voyage. Quoi qu’il en soit, l’obligation de devoir marchander avant chaque achat fini par être perçu comme incongru, car il faut bien le dire, le moteur du marchandage est la ruse. Les touristes étrangers non avertis constituent des proies faciles aux mains de certains vendeurs sans scrupule.

Aux touristes et africains de la diaspora  il faut le rappeler le marchandage est un comportement ancestral  qui est devenu un mode vie en Afrique. Toutefois, un antidote assez efficace contre lui c’est de demander d’entrée le dernier prix en prévenant qu’on a déjà marchandé chez un autre pour faire comprendre que si l’offre est intéressant on prend, sinon on retourne à coté. La menace d’aller voir à coté amène, deux fois sur trois, les marchands à faire des propositions raisonnables.

Du reste, la question peut se peut se poser de savoir pourquoi nonobstant les gros efforts  de modernisation sur le continent, les avancées dans ce domaine sont si timides. On dirait même que le phénomène prospère puisqu’il fonctionne  dans les endroits où il était jadis supposé absent, dans les maisons de commerce, les boutiques des libanais, voire même certains hôtels et pharmacies.

En définitive, pourquoi ne pas faire utile et restreindre le marchandage à certaine place exclusivement  tout le monde y gagnerait.

Le marchandage constitue donc une autre illustration du poids de la tradition orale sur nos vies. les marchandises sont bien souvent vendues selon les comportements acquis de la tradition orale puisque  que la majorité des articles mis en vente ne porte aucun prix fixé.


La démocratie béninoise à l’épreuve de la rue

marche de l'opposition a Cotonou dec 2014

A Cotonou ce jeudi 11 décembre 2014, comme hier à Porto-Novo, plusieurs milliers de personnes ont manifesté pour réclamer l’organisation d’élection des élections  municipales et cantonales, initialement prévues en 2013 et repoussées sine die. Une marche qui soumet la démocratie à l’épreuve de la rue.

A l’appel des partis de l’opposition et des organisations de la Société Civile regroupés au sein de  la plateforme des forces démocratiques et du Parti du renouveau démocratique (Prd), des centaines de milliers de béninois ont marché à travers les rues  de Cotonou ce jour, pour s’insurger contre l’impasse électorale qui prévaut dans le pays et exigé l’organisation sans délai des élections municipales et cantonales, prévues par la constitution, surtout en ce jour, ou la Constitution du pays souffle ses 24 bougies.

En effet, depuis18 mois, les béninois attendent avec impatience l’organisation des élections municipales et communales reportées sine die. Depuis 18 mois donc, les maires au Bénin dirigent les municipalités sans un mandat de leur population. L’impatience est d’autant plus grande que les législatives sont attendues en mars 2015 et les présidentielles en 2016 et depuis, aucune perspective sérieuse à l’horizon, une impasse, selon l’opposition béninoise. Cette impasse est marquée par l’incertitude sur l’organisation de ces élections et les tergiversations dans la correction de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi).

La marche organisée ce jour apparait donc comme un rappel à l’ordre pour le gouvernement, invité à prendre ses responsabilités. Globalement le pari de la mobilisation est largement tenu. Les rues de Porto-Novo, la capitale du Bénin étaient noires de monde hier et ce jour, à Cotonou, un monde impressionnant a battu le macadam pour la même cause. De la place Lénine à la place de l’Etoile Rouge, une foule estimée entre 200 000 et 300 000 a déferlé dans les rues de Cotonou sous la bannière : « ELECTION OU DEMISSION ». Autan le dire, Cotonou était à l’école de Ouagadougou hier.

 L’opposition béninoise est désormais unie dans sa bataille pour la sauvegarde des acquis démocratiques.

« Nous exprimons à travers cette marche notre désarroi face à la confiscation du droit de vote des citoyens que nous sommes », a déclaré à l’AFP Augustin Ahouanvoebla, député du Parti du Renouveau Démocratique (PRD) : « La non-organisation des élections municipales et locales est une violation et le gouvernement doit prendre la mesure du mécontentement populaire » a-t-il ajouté.

Selon le professeur Joseph Djogbénou, président d’honneur du parti Alternative citoyenne (Ac) et membre du bureau de coordination de la plateforme, l’opposition dans son ensemble exige, entre autres, l’ouverture sans délai d’un dialogue avec la prise d’une loi dérogatoire pour faciliter l’organisation des élections, la mise à disposition du fichier électoral et l’arrêt du bradage du patrimoine économique national

Interrogé à la fin de la marche par la chaîne de télé nationale Canal 3, Lazare Sèhouéto, Député UN à l’assemblée Nationale et membre de la plateforme des Forces démocratiques a précisé : « La marche de ce jour est le deuxième avertissement du peuple au président Boni Yayi, dans son intérêt et celui de sa majorité, il faut qu’il fasse tout pour éviter le troisième avertissement.

Pour Candide Azanaï, député de la Mouvance présidentielle en froid avec sa famille politique: «La marche de ce jour n’est pas encore pour déboulonner Yayi Boni, mais pour qu’il entende le rugissement du peuple. S’il ne s’exécute pas, la prochaine fois, il sera placé devant le fait accompli.»

 Vivement que les exigences des uns, les prières des autres, voire les menaces à peines voilées, de quelques autres, aident le gouvernement et son chef à trouver les voies et moyens pour organiser enfin ces élections et redonner à l a démocratie béninoise ses lettres de noblesse.


Tripatouillage constitutionnelle en Afrique : jamais deux sans trois

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–          Je peux mettre une BD Papa

–          Sois gentil, laisse-moi suivre les évènements au Burkina Faso.

–          Le président a déjà changé la Constitution en question ?

–          Non ! C’est le peuple qui veut maintenant changer le président.

–          C’est impossible ça !

–          Si ! si ! Cela s’appelle une insurrection populaire.

–          Comment ça. Et l’armée papa?

–          L’Armée est avec le peuple.

–          Donc papa, si on était là-bas, vous serez aussi dans la rue comme on le voit là à la télé?

–          Quand l’intérêt de la nation est en jeu, on est citoyen ou on ne l’est pas.

–          Même notre prof a dit ce matin : « Ce que peuple veut, Dieu le veut» … Il a aussi ajouté : « Jamais deux sans trois » Pourquoi il a dit ça Papa.

–          Parce que la sagesse populaire dit que ce qui arrive une fois, peut ne plus jamais arriver. Mais ce qui arrive deux fois, arrivera une troisième fois.

–          C’est déjà arrivé un fois en Afrique ?

–          Ouais, ouais! grommelai-je en hochant la tête, c’était plus ou moins le cas au Niger en 2009 et au Sénégal en 2012. Mais là, au Burkina, l’insurrection populaire est  véritablement franche.

–          Après B c’est C non Papa?

–          Oui, répondis-je machinalement, sans vraiment comprendre le sens de la question.

–          Après Burkina Faso, c’est quel pays Papa ?

–          Je n’en sais rien. L’histoire nous le dira.

–          L’histoire ou l’avenir ?

–          Ouais, ouais, comme tu veux…

–          Je peux déjà mettre ma BD Papa ?

–          Ouais, ouais… La messe est presque dite.


Révisions constitutionnelles opportunistes en Afrique : le début de la fin ?

Blaise Compaore

 

L’Avarice perd tout en voulant tout gagner.
Je veux  pour le témoigner, non pas l’exemple de la Fable,
Mais, celui de Blaise Compaoré, le président du Burkina Faso au pouvoir au pouvoir depuis 1987.

Ayant pris le pouvoir après un putsch et régné sans partage pendant 27 ans, il projette amender une nouvelle fois  la constitution en 2014 pourbriguer un cinquième mandat en novembre 2015, alors même que la Constitution lui interdit de briguer plus de deux mandats.  Refusant de cautionner ce projet controversé, plusieurs barons de son parti l’ont quitté. L’opposition politique et la Société Civile ont énergiquement dénoncé le projet. Le gouvernement français l’a désapprouvé et même un communiqué du département d’Etat a exprimé sa «préoccupation pour ce qui concerne l’esprit et l’intention du projet de loi, qui vise à amender la Constitution, afin de permettre au chef d’Etat actuel de briguer un nouveau mandat de cinq an.

Mais rien n’y a fait. Tous ces signaux et avertissements sont tombés dans des oreilles de sourd.

Ce jeudi 30 octobre au matin, les députés burkinabè devaient examiner le projet de loi portant sur la révision de la Constitution permettant une nouvelle candidature du président Blaise Compaoré après 2015. Sous la pression de la rue, le vote a été annulé, mais trop tard.

Les manifestants ont pris d’assaut le Parlement et l’ont incendié. Le siège du CDP, celui de la Fedap-BC, la mairie de Bobo Dioulasso et l’hôtel Azalaï ont été incendié ou saccagés par des manifestants. Des pertes en vies humaines sont ignalées. La foule ne demande plus l’annulation du projet de révision, mais rien d’autre que la démission du Président Blaise Compaoré.

Plusieurs sources indiquent ce soir que le chef d’Etat Burkinabè aurait fui sa terre natale,

Certaines le signalent au Togo, d’autres au en Cote d’Ivoire ou au Sénégal.

S’étant lui-même ôté le plus beau de son bien.

Belle leçon pour les présidents faux démocrates de chez nous
Pendant ces derniers temps, combien en verrons-nous
Qui du soir au matin, rendre des comptes vont devoir,
Pour vouloir trop rester au pouvoir


Thomas Sankara, vingt-sept ans après :  “On peut tuer un homme, mais on ne peut pas tuer ses idées“

Thomas Sankara

L’opinion publique en Afrique sur les chefs d’Etat est toujours un grand point d’exclamation. La galaxie des chefs d’Etat africains regorge, en effet, des personnalités en tous genres. Fantoches pour quelques uns, fantasques pour quelques autres, fantômes même pour certains et heureusement, fantastiques pour une petite poignée.

Dans cette constellation exceptionnelle, on trouve en bonne place Nelson Mandela à propos de qui j’ai déjà dit tout le bien que je pense dans l’un de mes billets sur mondoblog. Autour de lui, brillent quelques autres identités remarquables dont-un  qui, personnellement, m’a toujours impressionné et inspiré : il a nom Thomas Sankara.

Issu d’une famille catholique, Thomas Sankara était un « Peul-Mossi ». Plutôt bel homme, sa vie très brève et son œuvre sont comparables à  un éclair qui transperce, éblouit et dont on ne se rend compte que longtemps après son passage.

Après sa formation militaire à  Madagascar, il devint en 1976 commandant du centre de commando de Pô. La même année, il fait la connaissance de Blaise Compaoré avec lequel il formera le Regroupement des officiers communistes (ROC) dont les autres membres les plus connus sont Henri Zongo et Jean-Baptiste Boukary  Lingani.

Secrétaire d’État à l’information en septembre 1981, il démissionne un an plus tard  du gouvernement du colonel Saye Zerbo. Premier ministre en janvier 1983 dans le gouvernement de Jean-Baptiste Ouédraogo,  il fut limogé et mis aux arrêts le 17 mai, après une visite de Guy Penne, conseiller de François Mitterrand. Un  coup d’État, le 4 aout 1983 le propulse à la magistrature suprême. Il définit son programme comme anti-impérialiste et entreprit de profondes reformes pour moderniser et rendre compétitif appareil d’Etat.

 Il voulait être un président différent, et dans une certaine mesure il l’a été.

Dorénavant, les ministres au mandat court et non-renouvelable furent contraints d’accepter de modestes indemnités et privilèges. Pour leur déplacement, Renault 5 à la place de la Mercedes et pour les voyages à l’étranger, seconde classe et simples hôtels.  Un champ est mis à la disposition de chaque fonctionnaire pour leur consommation personnelle et la prise de conscience des réalités agricoles du pays. Et pour booster la croissance par la consommation, le port, deux fois par semaine, du « Faso dan fani » un habit 100 % coton produit, tissé et cousu au Burkina, devient obligatoire. Sankara lui-même faisait d’ailleurs la publicité de ce tissu lors de conférences internationale.

Naturellement, comme tout homme, Sankara fera aussi des erreurs. Dans l’enthousiasme de la révolution, il remplace par exemple 2.600 instituteurs par des révolutionnaires peu qualifiés. Pour faire contrepoids à l’armée, il encouragera la création de sortes de milices qui finiront par créer de l’insécurité. Il musèlera également la presse, et mettra en prison quelques uns de ses opposants. Un conflit frontalier conduira à des affrontements avec le Mali, durant lesquels près de 100 personnes perdront la vie.

Mais, tous ces défauts sont comme contrebalancés et rachetés par la perspicacité, la générosité et la foi de l’homme. Sa foi dans l’homme noir, sa foi dans le continent noir, sa foi dans un autre avenir pour l’Afrique. Il a donc péché par perfectionnisme.

Très en avance sur son temps, il a compris, mieux que tous, que le sous développement de l’Afrique n’est pas une fatalité, mais plutôt la conséquence logique de nos manquements, de nos insuffisances et de l’histoire. C’est le résultat  de nos choix politiques, lesquels choix sont souvent contraires aux intérêts de nos pays. En effet, la responsabilité des africains eux-mêmes dans leur misère est en balance avec la responsabilité de l’impérialisme et du néocolonialisme.

Mieux que tous ses prestigieux pairs,  Thomas Sankara a compris et fait comprendre à ses congénères, le cercle vicieux qui maintient, jusqu’à nos jours, le continent noir dans le sous développement et dont les principaux rayons sont : une économie non basée sur nos besoins, la chape de plomb de la dette, la corruption qui creusent les inégalités et  les tares multiples portées par nos traditions qui gangrènent le progrès.

Mais, pas plus que Galilée ou Jésus en leur temps, Thomas Sankara sera incompris non seulement par ses pairs, mais aussi par ses frères et amis. La preuve, il  fut assassiné à 37 ans lors du coup d’État sanglant le 15 octobre 1987 organisé par celui qui était considéré comme son frère, Blaise Compaoré. Plusieurs jours plus tard, il fut déclaré «décédé de mort naturelle» par un médecin militaire.  Mais, comme nous le rappelle Victor Hugo dans son poême « La conscience » dans « La légende des siècles » : « l’œil était dans la tombe et regardait Caïn »

Oui,  comme Abel tué par Caïn dans la bible, Thomas Sankara fut tué par son frère Blaise dans un excès de jalousie.

Et comme l’a dit le poète, depuis ce jour, un œil le suit sans cesse. Il essaye par tous les moyens de s’en débarrasser mais où qu’il aille, l’œil est toujours présent. Il voulait le pouvoir par jalousie, il est devenu aujourd’hui un addict du pouvoir. L’histoire dira si  comme Caïn, l’overdose qui le menace  ne le conduira pas de se faire enterrer vivant …

Aux âmes bien nés, la valeur n’attend point le nombre des années, encore moins, celles passées au pouvoir. Sankara aura montré que seul le peuple peut changer ses conditions de vie. Vingt-sept ans après sa mort, il est un modèle revendiqué par toute la jeunesse africaine.

Une semaine avant sa mort, il avait déclaré : “On peut tuer un homme, mais on ne peut pas tuer ses idées“.

Au regard de l’actualité, au pays des hommes intègres, ils sont nombreux qui se cachent derrière leur petit doigt, mais qui n’échapperont pas au regard de leur propre conscience. Vingt huit ans après sa mort, ses assassins luttent toujours contres ses idées. Comme nous le rappelle  Abraham Lincoln :

« On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple  tout le temps ».


Burundi-Rwanda: le mystères des cadavres du lac Rweru bientot dissipé?

cadavres sur le lac Rweru
 crédit photo: FIDH

–  ( l’un ) :       Non, ce n’est pas pour moi, c’est pour toi !

–  ( l’autre ) :   Non ! ce n’est pas pour moi, c’est bien pour toi !

A cet échange, on se croirait bien en face de deux gamins en train de s’accuser mutuellement de la responsabilité d’un mouchoir jeté au sol dans la cour de recré.

Sauf que là, nous ne sommes pas dans une cour de récré, mais sur les berges du lac Rweru, qui sépare le Burundi et le Rwanda. La pomme de discorde, ce sont des cadavres ligotés dans des sacs plastiques flottants sur l’eau et charriés par le fleuve depuis la mi-juillet. Pour le Burundi, ces corps sont emportés par les flots depuis la rivière Nyabarongo-Kagera, qui prend sa source au Rwanda voisin. Pour le Rwanda, aucune disparition n’est déplorée au Rwanda, c’est donc une affaire burundaise.

Officiellement, quatre cadavres ont été retrouvés ligotés dans des sacs plastiques flottant sur l’eau à la mi-août et deux autres en septembre. Mais sur place dans la commune Giteranyi en province de Muyinga, village situé près de l’embouchure de la rivière Kagera qui passe près de Kigali et du lac Rweru,  les pêcheurs affirment avoir aperçus et dénombrés plus de 40 cadavres flottant sur le lac Rweru depuis le mois de juillet, ce que confirment l’administration et la police locales.

Fin août, une commission d’enquête mixte burundo-rwandaise a été mise sur pied pour déterminer l’origine des corps. Le porte-parole du président burundais Pierre Nkurunziza, Willy Nyamitwe, a réaffirmé cette semaine sur Radio France Internationale que son pays travaillait « en synergie » avec le Rwanda sur le dossier. Mais, en fait d’enquête conjointe, chaque partie cherche plutôt à tirer son épingle du jeu. Visiblement l’exercice embarrasse la partie burundaise et agace la partie rwandaise. D’ailleurs, les deux  parties ont livré séparément leurs conclusions.

Philippe Nzobonariba,  secrétaire-général et porte-parole du gouvernement burundais a  sur RFI le 27/09/14 réaffirmé la position de son pays : « Chez nous, du côté burundais, on sait que ces corps, d’après la déclaration de la population locale, ont été charriés en provenance de la rivière Kagera qui vient du Rwanda ». Bien avant lui, le porte-parole de la police rwandaise avait, quant à lui déclaré que son pays n’avait pas besoin d’enquêter puisque personne n’avait disparu au Rwanda.

Toutefois, sur le terrain, les associations de défense des droits humais s’activent autour de la question.  Même si leur action n’est pas facilitée par les instances gouvernementales, elles ont noté une multiplication des disparitions enregistrées au Rwanda ces derniers mois. Dans un communiqué conjoint publié simultanément à Kigali, Bujumbura et Nairobi (Kenya), le 26/09 14, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH, basée à Paris), la Ligue des droits de l’homme dans la région des Grands lacs (LDGL) qui a son siège à Kigali et la Ligue burundaise des droits de l’homme (Iteka), affirment qu’elles suspectent Kigali d’avoir joué un rôle dans le meurtre de personnes dont les corps ont été retrouvés depuis juillet dernier flottant sur le lac Rweru à la frontière entre le Rwanda et le Rwanda et  demandent par ailleurs la mise en place d’une commission d’enquête internationale.

Pour ma part, ce qui est étonnant dans toute cette situation, c’est le silence total des chancelleries et des institutions nationales et panafricaines. En admettant même que ces personnes ne soient ni burundais ni rwandais, a priori ils sont bien des africains et à mon sens, leur tragique sort méritent d’interpeller les instances panafricaine.

 Du point de vue sécuritaire, ces crimes sont-il l’œuvre de quelques groupes crapuleux, djihadistes ou mafieux apparus dans la région ? ceci est une préoccupation qui mérite des clarifications pour la sécurité du peuple.

Et ci ce n’était pas le cas, alors du point de vue  des droits humains, ces crimes seraient-il des exécutions extrajudiciaires? La encore la question devrait émouvoir les instances judiciaires nationales et régionales. Mais hélas ! La vie des citoyens africains n’a d’importance pour les politiques qu’à l’heure des suffrages.

Finalement la seule voie autorisée et officielle dans cette série noire est venue d’outre Atlantique. Dans un communiqué publié vendredi 26/09 14, les États-Unis demandent au Rwanda et au Burundi de mener d’urgence des « enquêtes rapides, approfondies, impartiales et concertées (…) avec le concours d’experts légistes indépendants et internationaux » pour faire toute la lumière sur le mystère des dizaines de cadavres vus flottant sur le lac Rweru depuis la mi-juillet. Les « victimes méritent d’être identifiées », leurs familles « de connaître leur sort » et les « coupables doivent être traduits devant la justice », a expliqué la porte-parole du département d’État américain Jennifer Psaki, dans le communiqué distribué à Bujumbura.

Selon des sources concordantes à Bujumbura, Washington aurait proposé l’aide du FBI pour éclaircir cette mystérieuse affaire.  Visiblement, la proposition américaine reconforte le Burundi. « Nous acceptons la proposition d’assistance du FBI », a dit à RFI le conseiller en communication du président Nkurunziza, Willy Nyamitwe, expliquant qu’il s’agissait de la seule offre concrète d’assistance étrangère jusque-là. « Le Burundi ne peut refuser aucune aide extérieure pour élucider ce mystère de cadavres flottants dans le lac Rweru et charriés par la rivière Akagera », a-t-il ajouté.

Vivement que la lumière soit faite sur ce drame humain et qu’une sépulture digne soit donnée à ces pauvres victimes et les responsables d’une telle atrocité punis.


Au Bénin, la démocratie en déshérence

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Au Bénin, les élections locales, communales et municipales prévues pour mars 2013 sont reportées sine die. En cause, l’absence d’une liste électorale fiable et acceptée de tous. Accusé par l’opposition de bloquer à dessein la correction de la liste électoral et donc  l’organisation des élections, le chef de l’Etat a avoué, ce lundi 23 septembre, l’incapacité de son Gouvernement à financer la correction du fichier électoral et des prochaines élections dans le pays, parce que : « la trésorerie de la puissance publique ne se porte pas bien ». Un aveu qui sonne comme une oraison funèbre pour la démocratie béninoise.

La pomme de discorde

Depuis plus d’un an, les béninois attendent avec impatience l’organisation des élections municipales et communales reportées sine die. L’impatience est d’autant plus grande que les législatives sont attendues en 2015 et les présidentielles en 2016.

Invité ce dimanche 21 septembre, de l’émission ‘’Zone franche’’ de la télévision béninoise Canal 3, le président du Parti du renouveau démocratique (Prd), Me Adrien Houngbédji, candidat malheureux aux élections de 2011, a clairement indexé le gouvernement de Yayi Boni de bloquer à dessein les élections municipales et communales dans le pays. La réponse de la bergère au berger est venu le lendemain lundi 23 septembre.

A la faveur d’une tournée à Boko, commune de N’dali dans le Nord du Bénin, le Président Boni Yayi a avoué l’incapacité de son Gouvernement à financer l’organisation des prochaines élections. Devant les braves villageois venus célébrer le raccordement de leur village au réseau électrique nationale, le chef de l’Etat à livré sa conception de la démocratie dont voici une transcription de l’extrait qui est diffusé par l’ORTB, la chaîne nationale.

 « Une démocratie doit nous permettre d’organiser les élections à bonne date. Mes chers compatriotes ! Vous me direz, quel est le lien entre l’électricité et la démocratie. Cela se tient. Parce que s’il n’y a pas la stabilité, il ne peut pas avoir de prospérité. Nous sommes encore en difficulté pour organiser nos élections. Les élections coûtent chères dans notre pays. Elles coûtent excessivement chères. Tenez. Depuis 2006, moi je suis venu aux affaires. Nous avons dépensé plus de 100 milliards pour organiser les élections. 100 milliards, mes chers compatriotes. Je demande à la presse de relayer cela. J’aurai l’occasion de me prononcer là-dessus. Chacun est libre de raconter ce qu’il veut. C’est triste. Je suis triste pour mon pays. Triste ! […]La situation est dramatique. Aujourd’hui, il nous faut encore 22 milliards. Dans une situation où la trésorerie de la puissance publique ne se porte pas bien. Parce que, pour des raisons de conjoncture nationale, régionale et mondiale.[….] Ceci demande d’autres ajustements au moment où nous sommes appelés à relever d’autres défis. .[….] .,. Lorsqu’on est responsable, il faut s’asseoir et mener le dialogue…. »

 

Chronique d’un carambolage annoncé

Pour bien comprendre la portée des propos du chef de l’Etat, il faut prendre en compte deux situations antérieures.

Primo, un projet de révision constitutionnelle est, actuellement, en étude  à l’Assemblée et l’opposition prête à tort ou à raison l’intention de modifier le texte constitutionnel pour briguer un troisième mandat. Or, depuis quelques mois, Mathurin Nago, le président de l’Assemblée, fidèle parmi les fidèles du chef de l’Etat a pris ses distances avec ce dernier dont il critique vertement la mauvaise gouvernance. Ceci indique donc que la reforme constitutionnelle via le parlement ne peut plus prospérer.

Secundo, pour palier le vide juridique causé par le report des élections municipales, l’Assemblée a voté en 2013, une loi qui proroge de façon indéterminée le mandat des maires. Donc depuis un an et demi, les maires au Bénin dirigent sans un mandat de leur population.

Ainsi, en s’inscrivant dans la vision du chef de l’Etat, faute de moyens, les élections législatives ne seront pas organisée en 2015, l’Assemblée devra alors voter une loi qui proroge le mandat des députés. En 2016, les présidentielles deviendront les élections générales ou les mêmes causes provoquant les mêmes effets, les élections présidentielles aussi seront reportées sine die et les députés obligés de voter une loi pour proroger le mandat du chef de l’Etat qui aura alors légalement sa rallonge. Un joli carambolage démocratique en perspective.

Une  situation triste et dramatique !

En 2011, tous les sondages et analyses donnaient le président Boni Yayi battu au second tour dans tous les cas de figures. A l’arrivée, il n’y a pas eu de second tour. Il est miraculeusement élu dès le premier tour. En 2014, on le soupçonne de vouloir modifier la constitution pour briguer un troisième mandat et il prévient déjà que la puissance publique n’a plus de moyens pour organiser les élections. Quand on sait que le président Boni Yayi lâche rarement ses idées, la question qu’il faut se poser est quelle est la surprise du chef que le président Boni Yayi prépare pour  le Bénin son pays qu’il aime si tant.

Le slogan des partisans du président Boni Yayi depuis quelques temps est : « après nous, c’est nous »,  les derniers propos du chef de l’Etat, donne, probablement, un décryptage de ce curieux slogan qui certainement sous-entend : Après nous c’est nous ou personne. L’avenir dira ce qu’il faut y entendre.

Cette situation kafkaïenne me rappelle cette pensée de Shakespeare: « homme, oh homme vain, drapé d’un peu d’autorité, tu joues devant les cieux de si grotesques comédies, que tu ferais pleurer les anges ». Au Bénin, c’est le peuple tout entier qui n’a plus que ses yeux pour pleurer car l’homme providentiel qu’il s’est trouvé en 2006 est devenu le bourreau de sa démocratie.

Au demeurant, on n’est bien forcé d’être d’accord avec le président Boni Yayi quand il dit que la situation est vraiment  triste et dramatique.

Il est, en effet, triste de voir un serviteur du peuple qui trouve des moyens pour faire tant et tant de choses non planifiées pendant des années et qui se retrouve sans moyens pour faire les choses programmées de longue date par la constitution et attendues par le peuple, son mandataire. C’est aussi triste qu’un père de famille qui a les moyens pour les œuvres charitables, mais se retrouve sans moyens pour scolariser ses enfants

N’est-il pas triste de voir un président démocratiquement élu qui, au moment de passer la main, prétend que les élections coûtent cher et que la trésorerie de la puissance publique n’a pas de moyens pour organiser des élections. C’est aussi triste qu’une personne qui parvient au sommet et tente de balancer l’échelle qui a permis son ascension pour demeurer seul au sommet.

Qu’y a-t-il de plus triste que de voir la démocratie béninoise à l’instar des démocraties africaines, vieillir sans mûrir ?

Disons le tout net, cette tristesse dérange car elle interpelle.

Une mobilisation de tous

Comme toujours les réactions des partisans du président font dans le déni ou dans la langue de bois. Personne ne pouvant dire au chef qu’il a fait une gaffe, tout le monde s’évertue à dire que sa pensée est mal comprise. D’ailleurs une réunion d’urgence du gouvernement ce mercredi 24 septembre a annoncé une batterie de mesures pour accélérer la correction du fichier électoral et la convocation du collège électoral. Mais, il faut rappeler au peuple qu’il n’a pas élu le gouvernement mais bien le président. Il serait donc imprudent  de minimiser les propos du chef de l’Etat car il y a bien péril en la demeure. Il faut souhaiter que les élites politiques, administratives, le clergé la société civile se donnent toute la main pour doivent réclamer les élections à bonne date et préserver la paix sociale dans le pays


Le Nigeria à l’épreuve de Boko Haram

boko haram

 

Au nord du Nigeria, les attaques de Boko Haram sont devenues quotidiennes et de plus en plus intenses. Visiblement, Boko Haram a changé de stratégie en passant d’actions de guérilla à des phases de conquête territoriale. Depuis le 24 août 2014, le groupe islamiste revendique la création d’un État islamique à Gwoza et menace de s’emparer de la partie nord-est du Nigeria, une situation qui rappelle le cas du  Nord-Mali en 2011-2012. Vu que ces offensives s’étalent sur plusieurs fronts en direction du Cameroun, du Tchad et du Niger, la question se pose de savoir  si la géopolitique de la sous-région n’est pas en train de se modifier petit à petit sous nos yeux ?

Au secours, les Barbares arrivent !

Les témoignages et récits en provenance du nord-est du Nigéria se suivent et se ressemblent tous, les invasions barbares de Boko Haram n’ont plus de limites. Le groupe islamiste opère des razzias dans les États de Borno, de Yobe et d’Adamawa. Face à ces exactions, la réaction de l’armée nigériane est toujours la même : le déni, malgré le faisceau d’indices concordants et accablants.
Le 6 août, la ville de Gwoza a été prise et  celle de Buni Yadi, deux semaines plus tard.  Le dimanche 24 août Abubakar Shekau, dans une vidéo déclare que la ville de Gwoza, contrôlée par ses hommes, était placée sous le règne du « califat islamique », sans lier explicitement cette référence à la situation en Irak. De toute évidence, face à la puissance de feu des troupes de Boko Haram, le moral des troupes nigérianes en prend un coup. Le 24 août, 500 soldats nigérians fuient les villes de Kerawa et Ashigashiya, et se réfugient au Cameroun.  Le lendemain, la ville nigériane de Gamboru Ngala, tombe sous le contrôle de Boko Haram. Cette attaque a provoqué le repli à Fotokol, au Cameroun, de milliers d’habitants de la localité et une seconde vague d’environ 200 militaires nigérians. Deux jours plus tard, Ashigashiya village frontalier du Cameroun est prise sans résistance par Boko Haram. De l’autre coté de la frontière, les villages camerounais de Kerawa et Garkara et la ville de Kolofata sont  sous très forte pression.

Le groupe islamiste contrôle désormais trois districts de l’État de Borno, ainsi qu’au moins un district dans deux États voisins, Yobe et Adamawa. Mais paradoxalement, l‘armée fédérale continue de réaffirmer que « la souveraineté et l’intégrité » du territoire nigérian sont « intactes », sans apporter la moindre réponse aux nombreuses préoccupations des Nigérians.

Que deviennent les lycéennes enlevées par Boko Haram en avril par le groupe islamiste ?

Que sont devenus la femme du vice-Premier ministre camerounais, le chef traditionnel Seini Boukar, les membres de sa famille et toutes les personnes enlevées à Kolofata fin juillet ?

Quel sort est réservé aux soldats loyalistes et aux milliers de nigérians réfugiés au Cameroun ?

Autant de questions qui restent sans réponses.

David contre Goliath

Pourtant  l’armée nigériane est réputée être la plus performante du continent. Elle dispose d’un budget colossal de 968 milliards de nairas (4,5 milliards d’euros), mais reste désarmée face à la progression de Boko Haram. On sait que face aux guerres asymétriques, les armées classiques sont sans ressources, mais Boko Haram ne mène plus une guerre asymétrique puisque les combats se font face à face et ce sont les forces loyalistes qui sont mises en déroute. Boko Haram est une rébellion née sur le territoire nigérian et leur repère est sur le territoire nigérian. C’est une armée forte de 6 à 8.000 combattants, un nombre qui peu difficilement passé inaperçu mais reste infime face à l’armée fédérale qui compte 80.000 militaires et 82.000 paramilitaires, selon le rapport 2014 de l’Institut international d’études stratégiques (IISS).

A défaut donc de se confronter à eux, on peut les juguler en contrôlant leur réseau d’approvisionnement en vivres et en armes.

Mais depuis bientôt un an que ces offensives ont recommencé, face à la puissance de feu de Boko Haram et la facilité stupéfiante avec laquelle ses combattants se déplacent dans toute la région nord-est, l’état-major des armées ne brille que par des effets d’annonce, tandis qu’à  Abuja, le gouvernement opte pour la politique de l’autruche. Et pendant ce temps sur le terrain, l’armée nigériane va de déroute en déni et de déni en compromission.

Demandez et l’on vous donnera;

Finalement, ce n’est que mercredi 3 septembre, à Abuja, lors d’une réunion entre le Nigeria et quatre de ses voisins (Bénin, Cameroun, Tchad et Niger) que  les autorités nigérianes ont appelé la communauté internationale à l’aide. Ce n’était pas trop tôt, mais c’est une avancée dont il faut prendre acte et en tirer les conséquences. Toutefois, il faut l’avouer, l’idée que la puissante armée nigériane appuyée par toutes les armées des Etats de la sous-région ne parvient pas à vaincre Boko Haram est inacceptable pour un grand nombre de personnes et les interrogations fusent de toute part. Dans la stratégie de lutte contre Boko Haram, les bonnes personnes sont-elles à la bonne place ? Et si oui, les affectations budgétaires appropriées sont-elles mises en œuvre ? Et enfin quelle est même la stratégie mise en œuvre dans cette lutte tant elle est floue ?

Faut-il le rappeler, le Nigeria est la première puissance africaine, puissance économique et puissance militaire, et elle est en incapacité de résoudre un problème de rébellion interne engendrée par ses propres contradictions et appelle à l’aide internationale. En élargissant la réflexion à l’échelle continentale, la question devient très préoccupante. L’Afrique appelle à l’aide internationale pour Ebola et pour Boko Haram, comme elle le fait déjà pour le paludisme, pour le sida, pour la famine, les sécheresses, les inondations, les conflits, etc. En définitive, quelle nation africaine au sud du Sahara, se montre capable de résoudre, par elle-même, les problèmes que soulève son propre développement ? Je n’aimerais pas troubler le repos d’Aimé Césaire dans sa tombe, mais la question se pose malheureusement en ces termes.

Du reste, Il n’y a pas de péché à demander et dorénavant, l’unique question qui se pose au Nigeria est de savoir sous quelle forme cette aide viendra et quand elle viendra. Au Mali en 2012, la France est intervenue in extremis pour sauver l’Etat malien. Quelle nation occidentale prendra actuellement une telle responsabilité au Nigeria ?

Au demeurant, Faut-il croire que le Nigeria actuel est à l’image de la Rome antique où, chaque invasion barbare préfigure un Empire affaibli, un Empire décadent, une armée en déconfiture et un leadership agonisant ? Le pronostic vital du règne du bien chanceux Goodluck Jonathan serait-il déjà engagé ? Quel avenir pour le mammouth africain ? Févier 2015, date des prochaines élections dans le pays, délivrera les secrets de l’oracle.


Trafic d’enfants au Niger : Hama Amadou prend le large

Hama Amadou en fuite vers le Burkina Faso : Crédit photo Salamata Beidari www.facebook.com/zoulaha.manirou?

Depuis juin 2014, l’affaire de trafic présumé d’une vingtaine de bébés en provenance du Nigeria fait grand bruit au Niger. Depuis cette date aussi, l’Honorable député, Hama Amadou, président de l’Assemblée nationale du Niger, est sur la sellette. L’une de ses épouses serait mêlée à ce trafic et écrouée dans le cadre de cette affaire. Ce mercredi 27 août, le Parlement nigérien a levé son immunité en vue de son audition par la justice nigérienne. Mais, au lieu de répondre à l’appel du juge pour laver son honneur et celui de sa famille, il a préféré se réfugier au Burkina Faso d’où il s’est envolé pour la Belgique. Aveu de complicité ou retrait stratégique contre une procédure illégale visant à le neutraliser politiquement, la question reste entière?

L’annonce de la fuite d’Hama Amadou est intervenue quelques heures après que le bureau du Parlement nigérien a levé son immunité, suite à une requête du procureur de la République. La justice nigérienne souhaitait l’auditionner au sujet d’un présumé trafic de bébés en provenance du Nigeria et dans lequel sa deuxième femme est écrouée. Son audition par le juge d’instruction pourrait alors ouvrir la voie à une incarcération, s’il venait à être inculpé. Mais, par crainte d’un règlement de compte politique, il a pris la clé des champs laissant derrière lui femme, enfants et le peuple qu’il aspire diriger. Stratégie judicieuse ou grosse faute politique ? Les avis divergent selon les camps.

La saison des jumeaux

Fin juin, quelque 17 personnes, dont 12 femmes, ont été arrêtées dans le cadre de ce dossier. La justice soupçonne ces familles nigériennes a priori sans progéniture d’avoir acheté des enfants au Nigeria. Selon la police, outre la seconde épouse de Hama Amadou, trois épouses d’une personnalité se sont retrouvées avec six jumeaux, deux chacune, en l’espace de trois mois. Jusque-là, après plusieurs décennies de mariage ces femmes n’avaient pas d’enfant. Une autre famille de deux épouses sans enfant s’est enrichie de quatre jumeaux en quelques semaines.

Toutes ces femmes sont inculpées de supposition d’enfant (délit qui consiste à attribuer la maternité d’un enfant à une femme qui ne l’a pas mis au monde), faux et usage de faux et de déclaration mensongère. Parmi les femmes incarcérées figure la seconde épouse de Hama Amadou,

L’épreuve de vérité

Comme on peut le constater, autour de ce présumé trafic de bébés en provenance du Nigeria, il y a eu trop de suppositions, trop d’allégations, trop de rumeurs, qu’il fallait que d’une manière ou d’une autre, la justice aide à démêler le vrai du faux.

Sur RFI, Hama Amadou a déclaré que son épouse a réclamé en vain le test ADN, or toujours sur cette même station, le ministre nigérien de la Justice, Marou Amadou, a été très clair : « Je voudrais vous dire à ce jour, à la date du 24 juillet, que toutes les femmes ont été entendues, leurs maris sollicités pour l’ADN. Aucun n’a donné son accord ». Il revenait donc aux inculpés de produire la preuve de leur innocence. De ce point de vue la levée de l’immunité parlementaire de Hama Amadou est salutaire pour lui, car il a désormais les coudées franches pour contribuer à la manifestation de la vérité.

Il faut avouer que la marge de manœuvre de Hama Amadou est très faible vu que son épouse est déjà sous les verrous pour une affaire pénale dans laquelle il est impliqué, étant le père légal des enfants de son épouse.

Mais, pour son avocat,  Me Souley Oumarou, le président du Parlement du Niger, Hama Amadou, principal opposant au président Mahamadou Issoufou, a fui le Niger pour le Burkina Faso parce qu’il se sentait menacé par l’Etat, et non pour éviter de s’expliquer sur les accusations sur un trafic présumé de bébés, a affirmé jeudi son avocat. »Tout le monde sait dans ce pays que (les autorités) ont tenté de diverses manières de débarquer Hama Amadou du perchoir […] Comme cela, il aura la possibilité d’être candidat en 2016. « S’ils l’avaient pris, ils ne l’auraient jamais libéré avant 2016 », a-t-il lancé. Mais pour ses opposants, sa fuite est sans conteste un aveu flagrant de culpabilité.

Les jumeaux sont-ils les enfants du couple ?

Que cette affaire ait un relent politique, de cela il ne fait aucun doute. Hama Amadou est un leader politique de premier plan. Il est la deuxième personnalité de l’Etat et principal opposant au président Mahamadou Issoufou à l’élection de 2016 pour laquelle il s’est déjà déclaré candidat. L’interpellation d’une telle personnalité  dans nos Etats africains, ne peut se faire sans le quitus du pouvoir. D’autre part, la célérité avec laquelle son immunité à été levée est très suggestive. Pour autant, cela ne rend pas cette affaire politique. Les personnalités officielles, les institutions ne doivent être à l’abri des accusations. Or, les bébés ne sont pas imaginaires, la famille de Hama Amadou n’est pas la seule impliquée, le peuple veut connaître la vérité et il y a bien des responsabilités à assumer.

Alors, de deux choses l’une, les jumeaux sont-ils les enfants du couple, ou non ?

S’ils sont les enfants du couple, il faut se battre pour leur reconnaissance par l’état civil nigérien. Mais, si tel n’est pas le cas, il faut reconnaître sa faute, faire amende honorable et assumer sa responsabilité. Le désarroi des familles sans enfants est humain et si une faiblesse conduit à un acte répréhensible, les tribunaux savent faire la part des choses et aider à la réhabilitation des fautifs. Mais pour ce faire il faut assumer et la fuite, à mon sens, est la dernière chose à faire surtout que votre épouse est déjà aux mains de la justice. La fuite n’honore ni votre épouse ni vos enfants

A enjeu politique, réaction politique

Toutefois, il n’est pas exclu, comme le dit l’avocat de Hama Amadou et ses sympathisants que tout ceci relève de manœuvres politiques pour évincer Hama Amadou. Une thèse que confirme la lettre ouverte publiée par Hama Amadou lui-même après son départ. Dans ce contexte, une fois encore, la fuite est la dernière des stratégies à adopter. C’est devant les tribunaux et devant l’opinion publique nationale et internationale qu’il faut se battre pour monter l’abus dont on est l’objet ce qui contribue à augmenter votre crédit et consolider la stature d’homme d’Etat.

A son inculpation en 1961 pour agitation subversive, Nelson Mandela aurait pu fuir, il ne serait pas devenu l’icône qu’il a été.

« Je pense avoir fait mon devoir envers mon peuple et aussi envers l’Afrique du Sud. Je suis sûr que la postérité me réhabilitera, et dira que les seuls criminels qui auraient dû être traduits devant ce tribunal, ce sont les membres du gouvernement Verwoerd. » Ce sont là, les derniers mots, très prémonitoires,  de Nelson Mandela au procès de Rivonia en 1962. Après 27 ans de prison, il a été réhabilité et honoré. Tel est donc l’exemple de réponse politique à une question politique. Mais de toute évidence, Hama Amadou n’est pas prêt à passer une minute en détention pour défendre ses idées, mais aspire à présider aux destinées du peuple nigérien. Sauf votre honneur, Honorable, la fuite est tout sauf honorable.


Fièvre Ebola, vers un exode continental ?

Ebola en Afrique de l'ouest

L’actualité qui défraie la chronique sur le continent ces derniers jours, c’est naturellement, Ebola. La liste des victimes ne fait que s’allonger et chaque édition des journaux télévisés livre les dernières nouvelles du front de la guerre contre Ebola.

Ce lundi 25 août 2014, comme tous les soirs, je m’accorde d’autorité quelques minutes de zapping à travers les chaînes d’informations avant de livrer le poste télé à mes enfants qui ne partagent pas les mêmes centres d’intérêt que moi.

Assis face au petit écran, je regardais défiler les nouvelles, plus alarmantes les unes que les autres.

En me levant, je ne pus m’empêcher de penser au désarroi des millions de personnes prises dans cet engrenage et à ce qu’il adviendrait, si l’épidémie embrase tout le continent. La situation me fit penser à la fable de la Fontaine, « les Animaux malades de la peste », dont je me mis à parodier quelques strophes :

Les Africains malades d’Ebola.

Un mal qui répand la terreur, Mal que le Ciel en sa fureur inventa pour punir les crimes de l’Afrique,

Ebola (puisqu’il faut l’appeler par son nom)

Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,

sème sur le continent, mort et panique.

Les malades sont ici, mais les médicaments potentiels sont là-bas

Qui pour nous délivrer de ce virus et de ses soins?

Dieu est trop haut et la France est trop loin 

En me voyant jouer à l’apprenti poète, mon fils, Fèmi (13 ans) me demanda:

–   Papa, c’est une poésie pour Ebola que tu as écrite ?

–   Non, répondis-je, c’est une fable de la Fontaine contre la peste que                     j’imite

–   Ebola est une maladie qui fait peur non papa ?

–    Très peur, fiston!

–    Est – elle déjà présente chez nous ici au Gabon ?

–     Non, non ! Dieu merci !

–     Elle est présente au  Liberia et en Guinée seulement non, papa?

–     En Sierra Leone et au Nigeria aussi

–     Mais, comment attrape-t-on l’Ebola, papa ?

–   Par contact direct avec du sang, les selles, la salive ou les vomissures d’une personne malade ou de ses effets souillés ou encore par contact d’animaux sauvages, morts ou vivants infectés, tels que les singes, les antilopes des forêts ou les chauves-souris.

–   Donc, si on touche une personne malade ou ses effets, on attrape la maladie ?

–      Oui, c’est bien cela.

C’est à ce moment précis, qu’un moustique me piqua méchamment, mais mal lui en a pris. En  voyant mes mains couvertes de sang, mon fils me relança fort à propos.

–     Papa, et le moustique, ne peut-il pas transmettre le virus Ebola ?

–     Non, non, le moustique n’est pas un vecteur connu du virus Ebola. Il est déjà assez occupé par le paludisme blaguai-je.

–      Mais si un moustique touche avec ses pattes un malade et qu’il vient se poser sur une personne en bonne santé, ne va-t-il pas la contaminer ? insista-t-il.

–      Humm, non non ! A ce jour, aucun cas de transmission par le moustique n’a été rapporté.

–     Mais papa, si le moustique suce le sang d’un malade et que quelqu’un le tue avec ses mains et a les mains tachées du sang du malade, il ne sera pas contaminé ?

–      Bon sang, toi et tes questions ! grommelai-je.

Quoi répondre à une question dont la simple éventualité vous fout la trouille? Faut-il botter sa question en touche par une réponse évasive ? Faut-il lui donner une assurance que je n’ai pas moi-même ? Que dire ? Vraiment, Il y a des moments où le métier de parent est bien ennuyeux, mais bon !

Mentalement, je fis rapidement le point de mes assurances sur la question.

Ce dont je suis sûr, c’est que le virus Ebola se transmet par contact direct avec les sécrétions d’une personne malade (sang, selles, salive, vomissures) ou par contact indirect – c’est-à-dire par des objets souillés ou les organes des sujets et animaux infectés, malades ou morts. Il ne se transmet pas par voie aérienne, par la manipulation d’argent, l’eau de la piscine.

Ce que je sais aussi, c’est que le virus Ebola est un virus fragile, facilement tué par le savon, la lumière du soleil et la sécheresse.

 Je sais aussi que le moustique et la mouche ont été quelquefois soupçonnés de transmettre le virus Ebola, mais sans confirmation. Si cela avait été le cas chaque épidémie se solderait par une hécatombe

 Ce que je pense, c’est que la charge virale – c’est-à-dire de la dose infectante transportée par les pattes d’un moustique – serait trop faible pour induire une contamination virale. Mais dans l’absolu, si un moustique fait un repas sanguin consistant, il  est bien possible qu’il transmette le virus. Dans un tel contexte, la transmission du virus Ebola par le moustique reste donc une hypothèse plausible.

En faisant la synthèse de toutes ces pensées, je lui répondis simplement :

 –  Ce que tu dis est bien possible, mais la marge est très faible, le virus est fragile et ne sait survivre que durant une période très restreinte à l’air libre. Il faut être malchanceux pour se contaminer ainsi.

 – En tout cas, papa, on doit tout faire pour vite partir en France, mon ami a dit que son père a déjà dit qu’il vont partir bientôt, me lança -t-il en se réfugiant dans sa chambre pour probablement aller faire sa valise.

Eh oui, la psychose est, bien réelle et présente à tous les niveaux de la société. J’ai bien peur qu’elle nuise plus au continent que la maladie Ebola elle même.


Ebola: tableau clinique et prophylaxie 

L’épidémie de  virus Ebola n’en finit pas de faire des ravages en Afrique de l’Ouest avec son cortège de morts. Pourtant, les populations éprouvées manquent souvent de repères sur la maladies. Voici ci dessous  le tableau clinique de la maladies et quelques recommandations prophylactiques.

 

 

 

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 Crédit photo ECCMID/2014

 

Voici 10 conseils de base pour vous aider à éviter sa contamination et ainsi que sa propagation :

  • Lavez  les mains régulièrement ;
  • Utilisez un désinfectant pour les mains contenant au moins 60% d’alcool aussi souvent que possible en l’absence de l’eau ;
  • Ne pas manger n’importe quel type de gibier sauvage ou viande de brousse, plus particulièrement les chauves-souris, les singes, les gorilles, les antilopes et les porcs-épics ;
  • Ne mangez pas de viande, sauf si vous êtes sûr de son origine ;
  • Quel que soit le genre d’animal que vous consommez, soyez certain qu’il soit bien cuit ;
  • Évitez le partage de vos vêtements avec des étrangers ;
  • Méfiez-vous des symptômes du virus Ebola autour de votre quartier ;
  • Évitez les zones où un foyer a été signalé ;
  • Rapportez toute circulation non autorisée de cadavres dans votre région, en particulier ceux en provenance de l’étranger ;
  • Ne touchez pas ou n’approchez pas quelqu’un qui a  été atteint du virus ; le cas  échéant, soyez sûr de porter un équipement de protection couvrant toutes les parties du corps.

 


Virus Ebola : « Mon peuple périt faute de connaissance »

Ebola la conduite à tenir L'Unicef et ses partenaires en session d'information . www.flickr
Ebola la conduite à tenir : l’Unicef et ses partenaires en session d’information .
www.flickr
 

 

Ce dimanche 17 août 2014, le centre de lutte contre le virus Ebola à Monrovia a été saccagé par des hommes armés. Cet assaut a provoqué la fuite des 17 malades qu’abritait le centre et de ses infirmiers. Sur les 17 patients en fuite, seuls dix ont pour l’instant été retrouvés, les 7 autres sont dans la nature et constituent de nouveaux foyers secondaires de relance de l’épidémie. Un incident qui offre l’occasion de revenir sur les insuffisances et les manquements du continent qui contribuent à mettre l’épidémie hors contrôle.

« Il n’y a pas d’Ebola»

Le virus Ebola n’en finit pas de semer la mort et la panique dans la sous-région ouest-africaine. Au Liberia, ce dimanche 17 août 2014, des individus, pour la plupart des jeunes, armés de gourdins, se sont introduits de force dans le lycée de la banlieue de Monrovia qui abrite le centre anti-Ebola. Selon les témoins de l’attaque, les assaillants criaient des mots hostiles à la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf et assuraient qu’ «il n’y a pas d’Ebola » dans le pays. Ils auraient même emporté des médicaments, des matelas et des couvertures infectées, a indiqué à l’AFP un responsable du ministère libérien de la Santé.

Cette stratégie de déni de la maladie peut s’expliquer aisément. Très souvent en Afrique, quand survient une maladie inhabituelle, au lieu de s’employer à diagnostiquer le mal, c’est la sorcière ou l’ennemi que tout le monde recherche. Dans le cas d’espèce, l’ennemi est trop subtil et ses cibles multiples, alors on décrète qu’il n’existe pas. On se souvient ce fut aussi le cas avec le VIH sida. La réalité de la maladie a été longtemps niée. Des voix officielles ont même soutenu la non-existence de la maladie avant de le regretter. Mais les conséquences sont là. L’Afrique compte, en effet, le plus grand nombre de séropositifs au monde et l’Afrique du Sud détient le taux de prévalence au VIH le plus élevé au monde.

Dans le cas du virus Ebola, il faut le reconnaître, la réaction des autorités des différents pays touchés a été assez prompte et adéquate. Selon l’OMS, cette épidémie est la plus importante épidémie en termes de personnes atteintes et décédées et d’étendue géographique depuis l’apparition de cette fièvre hémorragique très contagieuse en 1976. Le dernier bilan de l’OMS arrêté au 13 août 2014 s’élève à 1 145 morts sur plus de 2 000 cas : 413 au Liberia, 380 en Guinée, 348 en Sierra Leone et quatre au Nigeria. Cependant, pour l’OMS, ces chiffres officiels sont sous-évalués au regard de l’étendue de l’épidémie. Mais pour les populations locales, la campagne médiatique autour d’Ebola est exagérée et pousse à des actes inconsidérés.

Certes, face à un ennemi invisible, la peur et le désespoir font parfois commettre des actes regrettables, mais quand les actes posés exposent davantage les personnes aux risques qu’elles essayent d’éliminer, il est alors clair que la peur et la colère sont moins en cause que l’ignorance.

Education et conscientisation

« Mon peuple périt faute de connaissance », ainsi parle l’Eternel dans la Bible : (Osée 4 : 6). Dieu fait le triste constat de la situation de son peuple condamné à la mort, à cause de l’ignorance. Ainsi, peut malheureusement se résumer aussi, plus d’un comportement sur le continent face à certaines pathologies inhabituelles comme c’est le cas pour Ebola ou  dans certaines stratégies de production ou de développement personnel.

Dans le rapport 2014 sur les Objectifs du Millénaire pour le développement, le rapport de l’Unesco note de grands progrès dans l’éducation en Afrique :  de 2000 à 2012, le taux net de scolarisation primaire est passé de 60 % à 78 %. Mais les conflits armés et autres situations d’urgence ont empêché 33 millions d’enfants de suivre l’enseignement primaire en Afrique subsaharienne en 2012. Ces statistiques aussi réconfortants soient-ils, indiquent bien  que trop d’Africains restent encore en  marge du savoir. Lorsqu’on additionne le nombre d’enfants non scolarisés, d’adultes analphabètes, et des personnes plus ou moins lettrées, cela fait plusieurs centaines de millions de personnes, ce qui constitue un  gros frein au processus de développement du continent.

L’illettrisme engendre non seulement de graves problèmes de capacité, mais aussi de raisonnement logique. Or la force d’une chaîne, dit-on, est la force de son maillon le plus faible. Les personnes illettrées constituent le maillon faible de la chaîne sociale de développement en Afrique. Parce qu’elles sont vulnérables et  fragiles, elles fragilisent tout le système social. Plus leur nombre est élevé, plus lourd devient le handicap qu’elles constituent pour le corps social.

A cause de leur ignorance, les personnes illettrées peuvent se révéler très dangereuses pour elles-mêmes mais aussi et surtout pour la société, comme c’est le cas des jeunes qui ont saccagé le centre anti-Ebola de Monrovia. L’horizon de leur connaissance étant très limité, c’est en leur sein qu’on retrouve les superstitieux et les fétichistes, qui demeurent attachés aux valeurs rétrogrades et négatives des traditions africaines. A mon avis, ces personnes sont plus à plaindre qu’à blâmer puisque l’instinct de la survie l’emporte toujours sur la logique du bon sens.

En effet, la grande particularité de l’illettrisme en Afrique, c’est l’ignorance terrible qui lui est associée. Certaines personnes analphabètes sont souvent si ingénues que leur attachement à des croyances désuètes, futiles ou dangereuses de nos traditions peut faire douter de leur santé mentale. Pourtant, ce sont des personnes nullement sottes, mais qui manquent d’éducation, d’instruction et de repères. Elles sont facilement intoxiquées par des idées reçues dont elles sont convaincues de la justesse. Aussi, confrontées à un souci, elles s’embarrassent très peu des préoccupations de risques qu’elles prennent ou font prendre aux autres dans certaines situations. Mais lorsque la quête de la santé se fait par des moyens qui mettent en péril la santé et la vie de l’individu ou des autres, il est clair que l’ignorance a ennuagé la raison et seule l’éducation pourra  permettre de se hisser aux normes de la modernité.

L’instruction est une clé, celle qui ouvre les fers de l’ignorance, de la misère et du sous-développement. L’enseignement général, selon l’économiste américain J. K. Galbraith, joue un rôle bien plus vital encore que la formation technique. “Il permet seul d’ouvrir les fenêtres par lesquels ceux qui sont pris dans la culture de la pauvreté pourront regarder au-dehors et quand ils auront vu, ils désireront échapper à leur condition’’.

Seule la généralisation de l’instruction permettra de faire reculer l’obscurantisme, et libérer les esprits des croyances, des comportements et des pratiques insignifiantes à l’échelle individuelle mais nuisibles à l’échelle sociale. Elle permettra surtout à tous les Africains de comprendre le sens des dispositifs sanitaire face aux maladies émergentes comme celle du virus Ebola et de suivre les recommandations pour sa survie personnelle et pour la sécurité de la communauté.

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 Crédit photo ECCMID/2014

 

Voici 10 conseils de base pour vous aider à éviter sa contamination et ainsi que sa propagation : Vous devez

  • Vous laver  les mains régulièrement ;
  • Utiliser un désinfectant pour les mains contenant au moins 60% d’alcool aussi souvent que possible en l’absence d’eau ;
  • Ne pas manger n’importe quel type de gibier sauvage ou viande de brousse, plus particulièrement les chauves-souris, les singes, les gorilles, les antilopes et les porcs-épics ;
  • Ne pas manger de viande, sauf si vous êtes sûr de son origine ;
  • Quel que soit le genre d’animal que vous consommez, assurez-vous de sa bonne cuisson ;
  • Éviter le partage de vos vêtements avec des étrangers ;
  • Vous méfier des symptômes du virus Ebola autour de votre quartier ;
  • Éviter les zones où un foyer a été signalé ;
  • Rapporter toute circulation non autorisée de cadavres dans votre région, en particulier ceux en provenance de l’étranger ;
  • Ne touchez pas ou n’approchez pas quelqu’un qui a  été atteint du virus ; le cas  échéant, soyez sûr de porter un équipement de protection couvrant toutes les parties du corps.

 

En tout état de cause, au moindre doute, le seul réflexe qui vaille est la consultation dans un centre de santé. C’est un acte à la fois bénéfique pour l’individu et pour la communauté. Sachant  qu’un cas ne peut être confirmé que par une analyse biologique réalisée par un laboratoire de référence, la consultation permet de vite clarifier le statut de la personne.  En cas de confirmation, la prise en charge rapide de la personne améliore ses chances de guérison et son confinement et la surveillance médicale des personnes ayant été en contact avec lui limite la propagation du virus.


Israël-Palestine; à quand la paix des braves ?

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808 Palestiniens tués lors des frappes sur Gaza. Crédit photo:Éric Roger

Le monde entier avait croisé les doigts pour que la trêve dure, mais hélas. Dans la bande de Gaza, après trois jours d’accalmie dans ce dernier épisode du conflit israélo-palestinien, les hostilités ont de nouveau repris entre les deux belligérants depuis ce vendredi 8 août 2014. Le bilan déjà très lourd de la première phase va encore s’alourdir d’heure en heure. Mais curieusement, les initiatives, les engagements, les facilitations, les pressions politiques et diplomatiques pour parvenir à une paix durable se font désirer…

A Gaza, les tirs de roquettes palestiniennes et les frappes israéliennes ont repris ce vendredi 8 août, à l’issue d’une trêve de trois jours qui n’a pas été prolongée faute d’accord entre les négociateurs aux pourparlers du Caire sous les auspices des Egyptiens. Le scénario de la guerre est identique à celui de la première phase. Aux tirs de roquettes palestiniennes, répondent les frappes de l’aviation israéliennes. Un ping-pong de feu déséquilibré, disproportionné et cataclysmique. Le bilan humain des 29 premiers jours faisait déjà état de près de 1 900 Palestiniens, 63 soldats et trois civils israéliens tués depuis le 8 juillet.

Dans ce conflit, il faut l’avouer, la  situation qui prévaut à Gaza depuis un mois commence à devenir insupportable et devant le vide de stratégie pour une sortie de crise durable, on se surprend à s’interroger sur les mollesses qui fatalement conduisent à ce chaos humain.

Ce conflit israélo-palestinien qui oppose, au Proche-Orient, les Palestiniens et l’État d’Israël a officiellement débuté le14 mai 1948, jour de la création de l’État d’Israël et prolonge le conflit qui opposait depuis la déclaration Balfour de 1917, les communautés arabes et juives. Dans sa phase moderne, c’est un conflit vieux de 66 ans ce qui fait de lui l’un des plus vieux conflits de l’époque contemporaine. En 66 ans de guerre, que d’opérations armées au nom plus imagées les unes que les autres, d’interventions militaires, de raids aériens, d’Intifada ou guerre des pierres, de tirs de roquette « Qasam », de représailles et de frappes de l’armée israélienne, etc.

Existe-t-il déjà dans l’histoire, un conflit que la guerre à elle seule a permis de résoudre ? Non. Les hommes ont beau se faire la guerre, c’est toujours autour de la table que les braves scellent la paix.

Il ne fait donc aucun doute que si le conflit  israélo-palestinien va connaître un jour de dénouement, ce ne sera pas parce qu’un camp aura capitulé, mais parce que les deux parties se seront assises autour de la table pour négocier la paix de façon réaliste, responsable, courageuse et  équitable.

Réaliste, parce qu’on le veuille ou non, Israël est une réalité, mais la Palestine et le Hamas aussi. Responsables, car partant du principe de deux Etats sur un même territoire dont il reste à définir les nouveaux contours de chacun de ces Etats.

Courageuse, puisque devant faire abstraction de toutes les passions, les émotions pour se concentrer sur l’essentiel, le possible.

Équitable, en ce sens que ce que les uns souhaitent pour eux même, ils doivent l’accorder à l’autre camp en sachant que nul ne peut changer l’histoire.

Avec de telles dispositions d’esprit, on peut certainement, arriver à arrêter le cycle de violence et pourquoi pas sortir de l’impasse.

La paix et la liberté sont deux faces d’une même monnaie, le bien-être social. Israël a le droit à la paix sur son territoire tout comme les Palestiniens. Il importe donc que les tirs de roquettes du Hamas sur Israël cessent, mais aussi que le blocus de Gaza soit levé. Vivement que la communauté internationale pèse de tout son poids pour arracher ce compromis aux deux parties afin que vienne le règne de la paix.

A mon sens, il y a des Etats, des leaders, des décideurs, des organismes internationaux, des opinions publiques capables d’engagements, d’influences et de pressions pour peser sur les ardeurs des uns et des autres et parvenir à la cessation des hostilités entre les belligérants. Mais malheureusement, toutes les réactions sont plutôt timorées. Pour autant, il y va de la responsabilité de la communauté internationale puisque quoi qu’on dise, elle n’est pas étrangère à la situation et elle a largement les moyens, si elle le veut, de promouvoir plus efficacement la paix dans cette région du monde.


Coupe du monde 2014: le but final

Gotze-but de la victoire mondial 2014

La Coupe du monde 2014, la 20ème du nom, a vécu, 32 équipes, 8 poules de quatre, 64 matchs, 171 buts marqués soit une moyenne de 2,67 but par match et à l’arrivée  la nationalmannstchaft  sacrée championne. Que retenir de cette 20ème édition du championnat mondial,  les filets qui tremblent ou le chemin vers les filets.

C’est finalement la Mannschaft, 24 ans après son dernier titre obtenu, déjà, face à l’Argentine, qui va soulever le trophée. Au bout d’un suspens époustouflant, l’Allemagne a remporté, face à l’Argentine la 20ème édition de la coupe du monde. Le but décisif de la rencontre est marqué par le jeune Mario Götze (113e) qui libère les allemands et leurs supporteurs et crucifie Messi et ses fans.

Ainsi, la logique, si logique il y a en matière de foot, a été respectée, les pronostics se sont avérés et les paris remportés.  C’est donc sur un sacre de l’Allemagne face à l’Argentine (1-0 ) que s’est conclu ce Mondial au Brésil. C’est l’équipe qui avait tout pour gagner qui a gagné. C’est l’équipe la plus constante et la plus impressionnante tout au long de la compétition qui est récompensée.  Thomas Müller et ses coéquipiers ont inscrit à eux seuls 18 buts et n’en ont encaissé que trois. Une attaque irrésistible, une défense de fer et un gardien de but aux gants en or, les poulains de Joachim Low avait décidément tout pour gagner.

Au-delà de cette victoire qui permet à l’Allemagne de rejoindre l’Italie avec 4 titres, que retenir de ce mondial 2014?

Eh oui, il y a eu le meilleur et le pire. D’abord, cette édition 2014 de la Coupe du Monde a vu le record de buts inscrits égalé, celui de l’édition 1998. Ensuite, Par le jeu des préférences et support dont le football seul a le secret, chaque match a drainé sa dose de passion, en joie ou en déception. Mais c’est, probablement, la demi-finale Allemagne-Brésil, remportée 7-1 par l’Allemagne qui a fait sensation et fera le buzz longtemps dans les annales du foot au plan mondial.

Coté Afrique, Cinq nations étaient engagés dans le championnat mondial. Objectivement, le bilan est plutôt positif. Sur les cinq nations engagées, il y a eu pour la première fois dans l’histoire de la compétition, deux équipes africaines au second tour. Le Nigeria et l’Algérie se sont qualifiés pour les huitièmes de finale où ils sont éliminés. Le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Ghana ont été éliminés dès le premier tour.  Progrès à pas de tortue, mais progrès quand même.

Bien sûr au foot comme dans toutes les compétitions sportives ce qui compte c’est la victoire et seuls les buts consacrent la victoire. Les buts constituent donc le but ultime du sport roi. Mais au foot comme dans la vie, on peut perdre honorablement et c’est le gros reproche qui est fait aux équipes africaines. Malgré le léger progrès mentionné, globalement l’aventure africaine au Brésil est sans panache, voir écœurante. Elle a surtout montré que le continent ne parvient pas encore à s’exprimer à la hauteur de son potentiel. Match après match, on a essuyé des défaites lamentables associées à des comportements minables. En  lieu et place d’équipes de football, on a plutôt vu des syndicats de footballeurs passés à l’action directe pour  revendiquer des primes plus ou moins dues.  Les défaites apparaissent donc comme le fruit d’une désorganisation que le déficit de niveau des équipes.

 Ce comportement nauséabond et récurrent des équipes africaines au fil des années doit interpeller toutes les autorités à différents niveau sur le continent. Les primes sont payées à tous les joueurs de toutes les équipes du monde, pourquoi ce n’est que chez les africains que cela tourne, années après années, aux bras de fer. Si de l’argent est convoyé au Brésil, en express, à la dernière minute,  comme on pu le constater, il aurait pu être convoyé dès le début et éviter au monde entier un spectacle désobligeant. Autant dire que cette situation n’honore ni les joueurs ni les officiels.

Au delà donc des filets qui tremblent, c’est tout le chemin qui conduit vers les filets qui est à repenser en Afrique. Ce chemin passe par les politiques nationales, les critères de sélection des staffs techniques, des joueurs et l’animation et la gestion des structures du football, un cahier des charges encore loin des espérances des africains.

Vivement que des solutions soient trouvées et que le foot africain apprennent de ses erreurs, afin que des progrès plus notables soient enregistrés lors de la 21 édition de la coupe du monde en Russie en 2018 .

 Adios Brasil 2014………S priesdom v Moskvu 2018


Endiguer l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, yes we can

carte de Ebola en Afrique de l'Ouest (Ebola map_ 24 June_FR)

L’OMS a réuni, mercredi et jeudi 03 juillet 2014, à Accra au Ghana, un sommet de crise avec les ministres de la Santé de 11 pays d’Afrique de l’Ouest et des experts, pour endiguer la propagation du virus Ebola en Afrique de l’Ouest où il a déjà fait 467 morts.

Le continent africain est en proie à une épidémie de fièvre Ebola sans pareil.  Selon l’OMS, « Il s’agit de la plus importante épidémie en termes de personnes atteintes et décédées et d’étendue géographique». Pour contrecarrer cette fièvre foudroyante, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a réuni les 02-03 juillet 2014 au Ghana une réunion d’urgence, pour tenter de contrer la propagation du virus Ebola en Afrique de l’Ouest. Le but ? Etablir un « plan radical » de riposte contre ce virus très contagieux, qui a ou est suspecté d’avoir déjà fait 467 morts dans trois pays (Guinée, Sierra Leone, libéria) selon l’OMS.

Si l’épidémie est aujourd’hui « hors de contrôle », selon Médecins sans frontières (MSF), c’est principalement parce qu’elle sévit dans plusieurs foyers simultanément (ruraux et urbains). Une situation qui inquiète terriblement l’institution onusienne, en raison des déplacements transfrontaliers tous azimuts  et du potentiel élevé de transmission du virus aux pays voisins.

Apparut depuis les années 1976 en Afrique centrale, la fièvre Ebola (nom de la rivière de l’ancien Zaïre près de laquelle a eu lieu cette découverte), a connu sa première épidémie en Afrique de l’Ouest en 2014  en Guinée. De la Guinée, elle s’est rapidement propagée au Liberia puis en Sierra Leone, et a causé dans ces trois pays, 467 morts sur 759 cas recensés au 2 juillet 2014. Un bilan en évolution par rapport au précédent.

Un virus qui en rappelle un autre

Contrairement au virus de la grippe, le virus Ebola n’est pas dans l’air, mais dans les liquides organiques (sang, sperme, excrétions, salive) comme le VIH. En conséquence, la transmission par contact direct avec les liquides organiques d’une personne infectée est la plus considérable de toutes. Mais le hic avec le virus Ebola, le diagnostic n’est possible que lorsque le virus est dans le sang de l’homme contaminé, ce qui n’intervient que deux à trois semaines après la contamination.  C’est justement dans cette longue période d’incubation que réside le péril du virus Ebola. La personne infectée est  malade et contagieux avant que le diagnostic ne soit posé. Enfin, comme le VIH, il n’y a ni vaccin ni traitement curatif. On ne peut que prendre en charge les symptômes, notamment en réhydratant les malades par perfusion.

Une prophylaxie sanitaire, condition sine qua non pour endiguer l’épidémie

 A l’issue de ses travaux, le sommet d’Accra, au Ghana, a entériné une meilleure coordination pour lutter contre la maladie. Pour Keiji Fukuda, sous-directeur général en charge de la Sécurité sanitaire à l’OMS : «Ce genre d’épidémie, ce genre de virus peut être stoppé», a-t-il déclaré «Il ne s’agit pas d’une situation unique –nous y avons déjà été confrontés plusieurs fois– je pense donc que nous pouvons y faire face», a-t-il assuré avant de conclure : «Il s’agit néanmoins de l’épidémie d’Ebola la plus complexe, parce qu’elle se développe en même temps dans les milieux urbains et ruraux»

Vu que l’épidémie est internationale, il faut que les mesures le soient elles aussi. C’est dans cette optique que le sommet d’Accra a plaidé pour une meilleure implication des populations locales, une meilleure surveillance des transports qui relient les différentes localités et une meilleure coordination des pays.

Au regard des déplacements internes et  transfrontaliers des populations et surtout des rituels funéraires et autres pratiques de certaines populations d’Afrique, on comprend la fulgurante propagation du virus à travers la famille, les amis et l’entourage du malades et sa propagation à l’internationale. «Un seul cas peut faire repartir toute une épidémie», a expliqué à l’AFP, Pierre Formenty, un spécialiste de l’OMS.

Le danger que pose cette épidémie est donc moins l’existence du virus que les habitudes et pratiques des populations affectées qui favorisent sa propagation. Seule donc une prophylaxie sanitaire rigoureuse, peut permettre de l’endiguer. Une sensibilisation des populations doit être faite pour modifier les comportements qui sont sources transmission du virus dans les comportements sociaux ou alimentaires.

Dans les codes sociaux les rassemblements publics et le fait de se serrer les mains sont à réduire. Au niveau de l’alimentation, la viande de brousse doit être  bannie des recettes culinaires de même que la consommation en Guinée de chauve-souris qui est le réservoir naturel du virus.

Dans l’ensemble, il s’agit avant tout d’un processus liant la prise de conscience sur le risque que constitue ce virus  à une réponse médicale ou sanitaire. A ce propos, le sommet a décidé d’impliquer davantage les chefs locaux, bien plus influents que les experts médicaux internationaux, auprès des populations à risque, dans les régions les plus reculées.

Au-delà, Il s’agira de mieux équiper les hôpitaux pour un diagnostic et une prise en charge rapide des malades et des campagnes de prévention ou à des « bonnes pratiques » adaptées à la crise en cours.

On ne saurait aussi ignorer la grande capacité des réseaux sociaux qui peuvent aussi être d’un grand secours pour sensibiliser les populations rurales qui signe des temps ont presque tous un téléphone en mains. Le téléphone est réputé être un grand agent de transmission des microbes, mais il peut aussi contribuer à sensibilise sur les mesures prophylactiques sur le virus Ebola. .

Enfin à Accra, deux rescapés venus de Guinée sont venus pour témoigner devant la conférence. Ils ont tenu à garder l’anonymat. Au micro de  RFI, à la question à quoi attribue-t-elle sa survie ? L’une des rescapées a répondu : « Je l’attribue d’abord aux médecins. Quand on traite les symptômes, ça donne la force à tes anticorps de se battre contre le virus et en deuxième lieu, je l’attribue au divin. Dieu a voulu que mon heure ne soit pas encore arrivée. »

Ceci indique bien que  qu’il n’y a point de fatalité par rapport à la maladie à virus Ebola, on peut en guérir. Mais, on peut surtout l’éviter, voire l’endiguer et ça, c’est le défi à relever à tout prix


Cinq petits nègres en Coupe du monde

equipes africaines en coupe du monde Bresil 2014

Cinq petits nègres, à la chasse en Amazonie, s’en allèrent,

L’un d’eux, prétentieux et impétueux, ringard sur les bords, rugissant et rudoyant, trépassa

N’en resta plus que quatre.

Quatre petits nègres, dans le cerrado, la savane brésilienne,  se déambulèrent,

 L’un d’eux, aux prises avec des héros athéniens, perdit ses défenses

N’en resta plus que trois.

Trois petits nègres tels des étoiles dans le firmament brillèrent.

L’un d’eux devint un nain géant et s’éteignit

N’en resta plus que deux.

Deux petits nègres, dans la basse-cour, se pavanèrent.

L’un d’eux, vert et fier, affronta un coq tricolore et se trouva déplumé

N’en resta plus qu’un.

Un petit nègre esseulé, dans le désert, se balada.

Très intrépide, mais sans veine, il fut englouti par les sables mouvants de la Mannschaft

N’en resta plus… du tout. »

Ce texte est inspiré de l’aventure infructueuse des cinq pays africains : Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana, Nigeria et Algérie à la Coupe du monde Brésil 2014.

Il a été écrit en collaboration avec mes enfants Adeshegun et Oloufèmi.

coupe du monde fifa


2015-2016, années de grandes épreuves pour les démocraties en Afrique

revision constitutionnellle en Afrique

L’agenda politique en Afrique en 2015 et 2016 est riche en élections présidentielles. Des scrutins présidentiels sont prévus dans une vingtaine de pays. Dans au moins cinq de ces pays, les chefs d’Etat ont des mandats qui ne sont plus renouvelables au terme des constitutions en cours et des révisions constitutionnelles sont en gestation pour rendre possible la chose. Entre pro et anti révision constitutionnelle, le débat fait rage et le risque d’une confrontation est très grand.


Une série d’élections et une cascade de révisions constitutionnelles

Le respect des échéances électorales est une exigence majeure dans les démocraties modernes et dans les démocraties africaines, des efforts sont faits pour satisfaire cette exigence. En 2015 et 2016, dans au moins une vingtaine de pays, les électeurs seront convoqués aux urnes pour le scrutin présidentiel. En 2015, c’est le  Nigéria qui ouvre, le bal dès le 14 février 2015, puis suivront dans l’ordre la Centrafrique, le Soudan, la Guinée C, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Togo, le Burundi. En 2016, suivront le Niger, le Bénin, Djibouti, le Tchad, l’Union des Comores, le Congo Brazzaville, le Gabon, la Guinée Equatoriale, la RDC, Le Cap vert, la Gambie, le Ghana  etc.

Pour chacun de ces pays et pour l’ensemble du continent, ces scrutins en perspective, représentent un enjeu crucial pour la paix, la stabilité politique et donc pour le progrès économique et social. Toutefois, le climat social globalement déjà tendu, en temps normal dans plusieurs de ces pays, devient de plus en plus délétère à l’approche de ces échéances. Cette fièvre est particulièrement pernicieuse au Burkina Faso, au Congo Kinshasa, au Burundi, au Congo Brazzaville et au Bénin. Dans ces cinq pays, à moins de 18 mois des élections présidentielles, des révisions constitutionnelles sont officiellement annoncées, des projets qui divisent la société et exacerbent la tension sociale..

Au Burkina Faso, Blaise Compaoré, après 27 ans de règne, veut modifier l’article 37 de la Constitution, qui limite à deux, le nombre de mandats présidentiels. Le projet de révision constitutionnelle vise à faire abroger par référendum la limitation du nombre de mandats présidentiels. Pour l’opposition, « il n’y a plus que l’épreuve de force pour nous départager », averti Bénéwendé Sankara.

Au Burundi, Pierre N’kurunziza, veut modifier la Constitution du pays, afin de pouvoir briguer un troisième mandat. L’opposition burundaise très remontée contre ce projet traitre  est sur le pied de guerre pour le contrecarrer. 

Au Bénin, après un premier passage en catimini à l’Assemblée Nationale et le tollé général qui s’en est suivi, le projet de révision constitutionnelle est, actuellement, de nouveau, soumis à l’étude  des députés. Ici, entre le camp des partisans du projet et celui des opposants à ce projet, la ligne de clivage ne passe pas par la traditionnelle limite Majorité-Opposition et la confrontation promet d’être fratricide.

Au Congo Brazzaville, la Constitution du 20 janvier 2002, limite à deux le mandat du chef de l’Etat  et impose une limite d’âge à 70 ans (Article 57 et 58). Après plus de deux décennies au pouvoir, Sassou N’Guesso ne peut briguer un nouveau mandat en 2015 sauf si la constitution est modifiée. Pour le président congolais, le débat est ouvert sur la révision ou le changement de la Constitution. L’opposition congolaise a lancé, le 24 mai 2014, une plateforme dénommée ’Mouvement citoyen pour le respect de l’ordre constitutionnel’’ pour lutter contre toute modification de la Constitution du 20 janvier 2002.

En RDC, Le président Kabila arrive au terme de son deuxième mandat en 2016. Son gouvernement a adopté en mai dernier un projet de loi pour réviser la Constitution et permettre l’organisation des élections à venir. Selon le gouvernement, il s’agit d’une modification technique destinée notamment à faire des économies sur l’organisation des scrutins. Mais, l’opposition craint que le président Joseph Kabila ne cherche après coup, à se maintenir après la fin de son mandat. A Kinshasa, le débat est très houleux et l’inquiétude à son paroxysme.

Ainsi, au Burundi, au Burkina Faso et au Congo Brazzaville, l’objectif avoué de la révision est pour permettre respectivement au président Nkurunziza, Compaoré et Sassou Nguesso de briguer un troisième mandat en 2015 et 2016. En revanche au Bénin et en RDC, la version officielle réfute la révision opportuniste même si personne n’est dupe que le moment venu, le discours changera. Dans ces deux pays, en particulier, l’inquiétude vient du fait que nul ne peut dire si la révision constitutionnelle mènera à une nouvelle République. Le hic étant que dès lors que la révision aura lieu, ce ne sera plus le peuple ou les juristes qui le détermineront, mais la Cour Constitutionnelle qui est une institution politique et dont les délibérations sont sans recours, comme ce fut le cas au Sénégal en 2012.

En faisant abstraction de la transparence des scrutins qui constitue déjà une source de tensions potentielles autour des élections en Afrique, ces révisions constitutionnelles annoncées viennent en rajouter à une situation déjà compliquée. Comme on le voit les années 2015 et 2016 s’annoncent de toute épreuve pour les démocraties africaines dans lesquelles actuellement c’est le calme avant la tempête.


Un complot afro-africain 
 

A mon sens, ce dont il est question, dépasse à la fois la fonction présidentielle et la modeste personne du Président. Il s’agit du choix de la démocratie fait par les Etats africains et de la capacité des africains à assumer leur choix. Il y va de la dignité et de la responsabilité du continent tout entier.

Or, une vertu cardinale de la démocratie est le passage du gouvernement des hommes au gouvernement des lois, c’est à dire l’Etat de droit qu’elle instaure. Mais, avec la cascade des reformes constitutionnelles annoncées, la loi va être modifiée pour permettre à un homme de gouverner, une situation qui suscite plusieurs interrogations.

Quel sens, nous africains, donnons nous à la démocratie ?

A nos yeux, entre l’homme et la loi, lequel semble plus important ?

Un objectif qui n’a pu être atteint par un homme en deux mandats, quel garanti qu’il sera atteint en un troisième mandat?

Les réponses à ces différentes questions permettent de dire qu’il faut avoir la foi du charbonnier pour croire en  ces révisions. Elles cachent mal la duperie, la mauvaise foi et l’indécence de ses  partisans. Non, comme l’a su dire Paul Claudel : “Ce n’est point le temps qui manque, c’est nous qui lui manquons. » 

En pensant au douloureux passé colonial du continent et en analysant les mœurs des hommes politiques actuels, on est frappé par cette absence totale de responsabilité, de bon sens, de dignité et d’élégance qui caractérise le jeu politique africain. En réfléchissant au sacrifice enduré par les générations passées pour arracher leur liberté et l’usage qui en est fait par les générations actuelles, je suis tenté de dire que les plus grands ennemis de l’Afrique, ce ne sont pas les autres, mais les Africains eux-mêmes.

Ma conviction est d’autant plus grande que face à ces révisions opportunistes, le monde regarde, l’Afrique, s’indigne et s’inquiète, et pendant ce temps, l’Afrique elle-même se regarde et se complaît. Outre Méditerranée, l’indignation est à son comble. Outre Atlantique, la préoccupation est encore plus grande. Pour preuve, le Secrétaire d’Etat John Kerry, lors de son passage en RDC le 4 mai 2014 a été direct. « Je crois que [le président Kabila] a clairement en tête le fait que les États-Unis sont intimement convaincus que le processus constitutionnel doit être respecté », a-t-il précisé. « Nous ne voulons pas que M. Kabila change la Constitution ou fasse un troisième mandat », a ajouté Russell Feingold, l’émissaire spécial de Barack Obama pour les Grands Lacs.

Mais, côté Afrique, c’est silence Radio. Aucun Chef d’Etat, aucune Chancellerie, aucune Assemblée sur le continent ne s’est senti interpellé par la situation et donner de la voix. Ni les institutions sous régionales ni l’organisation panafricaine ne s’en sont indignés pour rappeler à l’ordre les chefs d’Etat concernés. Pourtant à travers les sommets, les visites bilatérales et multilatérales, les émissaires et les liaisons diplomatiques, tout ce monde se voit, se consulte, se conseille se soutient et avance. Difficile donc de ne pas croire que ces révisions procèdent d’un véritable complot que les leaders du continent trament contre leur peuple. Les autres étant dans l’expectative du succès des uns pour le rééditer chez eux.


Une mobilisation panafricaine

Face à ce complot des élites dirigeantes, il faut prôner une mobilisation panafricaine de l’ensemble des forces du progrès pour une lutte performante. Si ce projet de révision opportuniste prospère dans un seul pays, il prospérera dans tous les autres pays et adieux la démocratie. Il faut souhaiter que les organisations de la société civile de ses pays conjuguent leur force, se serrent les coudes pour susciter l’indignation du plus grand nombre en Afrique et hors d’Afrique pour décourager de tels projets.

Le prochain sommet Etats-Unis/Afrique est aussi une opportunité à exploiter pour inviter les Parlements en question à clarifier leur position sur la question ce qui peut couper l’herbe sous le pied des partisans de ces reformes. Au demeurant, un mandat présidentiel renouvelable une fois signifie que nul ne peut faire trois mandats consécutifs, que la Constitution ait été révisée ou non. C’est regrettable de le dire, mais il n’y qu’en Afrique que nous en sommes encore à de telles finasseries qui ne font que nous desservir. Oui, les peuples africains ont souffert la sueur et le sang pour se donner la liberté par leurs constitutions respectives, aucun sacrifice ne doit être de trop pour la préserver afin que notre foi en nos lois nous sauvent.


Démocraties africaines entre Hommes forts et institutions fortes

prestation serment Bouteflicat

Au Bénin, les élections communales, municipales et locales, prévues selon la Constitution pour mars 2013, sont reportées et la Cour Constitutionnelle assure « qu’il n’y a pas violation de la Constitution ». Cet avis de la Cour donne carte blanche au gouvernement du président Boni Yayi pour organiser les élections locales quand bon lui semblera et fragilise plutôt la démocratie béninoise. Ce paradoxe institutionnel offre l’occasion de partager quelques réflexions sur  les démocraties  africaines qui ont du mal à trouver leur marque entre Homme fort et institutions fortes.

Un avis polémique de la Cour constitutionnelle du Bénin

 

Depuis juin 2013, le mandat des conseils communaux, municipaux et des conseils de village et de quartier de ville sont arrivés à leur terme. Les élections communales, municipales et locales pour renouveler ces instances sont reportées sine die. En cause, la correction de la Liste Électorale Permanente Informatisée (LEPI) qui n’en fini pas d’aboutir. Mais, au lieu de mettre la pression sur le gouvernement pour la tenue, à bonne date, des élections, pour la Cour Constitutionnelle Béninoise, « il n’y a pas violation de la Constitution » par le gouvernement et le COS-LEPI.

Les décisions de la Cour étant sans appel, la correction de la LEPI peut prendre tout  le temps que possible et les élections locales retardées autant qu’il se peut, il n’y pas de faute et donc pas de coupable.

 La Cour Constitutionnelle béninoise est-elle consciente des risques associés à sa décision et du péril potentiel qu’elle représente pour la démocratie béninoise ?

Cette décision est-elle fortuite ou procède-t-elle d’une stratégie de monopolisation du pouvoir ?

Le sens réel d’une telle décision ? La Cour seule saura le dire. Mais, de toute évidence, elle fait la part belle à l’exécutif et à son chef, le président de la République. De ce point de vue, elle vient compléter la longue listes des incohérences, voire des absurdités qui caractérisent les Cours constitutionnelles africaines et qui discréditent les institutions démocratiques sur le continent.

Une situation récurrente sur le continent

 

On se souvient, en Côte d’Ivoire en 2010-2011, le président du Conseil constitutionnel ivoirien, Paul Yao N’Dré est, à sa manière, l’homme par qui le scandale est arrivé. C’est lui qui, en décembre 2010, a validé la victoire du président Laurent Gbagbo avec 51,45% des suffrages à l’issue du scrutin.

Selon les résultats publiés par la Commission électorale indépendante (CEI) et certifiés par les Nations unies, Alassane Ouattara l’emportait pourtant avec 54,1% des voix.

La crise durera cinq mois et fera 3 248 victimes. Après la crise, le même Paul Yao N’Dré va se dédire et proclamer Alassane Ouattara vainqueur de ces mêmes élections le 5 mai 2011.

Au Sénégal, après deux mandats et à 82 ans passés, le président Wade se déclare encore candidat aux élections de 2012 pour un deuxième mandat sous l’empire de la Constitution 2001 instituant le quinquennat. Les manifestations et contre manifestations, les avis et contre avis d’experts, les plaidoyers et réquisitoires des hommes politiques, de la société civile et des médias n’ont pas pu empêcher la validation de sa candidature pour briguer un troisième mandat qui n’en serait qu’un deuxième pour lui et le Conseil Constitutionnel.

Seule la mobilisation du peuple a permis son éviction du pouvoir par la voix des urnes.

Au Kenya à l’occasion des élections présidentielles de décembre 2007, tous les sondages réalisés avant le scrutin donnaient ODINGA vainqueur devant KIBAKI. Si le résultat des urnes confirmait ces sondages, ces élections consacreraient la maturité de la démocratie kenyane. Après le dépouillement des trois quarts des voix, le candidat ODINGA dépassait le président KIBAKI de quelques milliers de voix. Puis patatras, pour quelle raison on ne sait trop, les publications furent suspendues. Quand elles reprirent quelques jours plus tard, KIBAKI dépassait désormais ODINGA de 200 000 voix. Il sera déclaré vainqueur et la même nuit, devant quelques fidèles, il prêta serment pour mettre tout le monde devant le fait accompli et fermer la voie à quelques formes de recours légales. La protestation électorale engendrée va très tôt se muer en affrontement inter ethnique et en violence politique qui feront au total 1500 morts et près de 300000 déplacés.

Les assemblées et parlements africains qui sont la clé de voûte des institutions démocratiques n’inspirent, pour ainsi dire, aucune confiance aux peuples africains. Ils ne sont souvent que des chambres d’enregistrement de l’exécutif et même les membres des institutions de régulation notamment des Conseils ou Cours constitutionnelles qui ont tout pour assumer leur indépendance, l’aliènent au profit des Hommes forts.

Le paradoxe de l’œuf et de la poule

Comme on le voit, le discrédit qui pèse sur les institutions démocratiques africaines est plutôt légendaire, une situation  si préoccupante que le président américain Barack OBAMA, a fortement thématisé cette question lors de  son adresse au continent africain   face aux parlementaires ghanéens  à Accra  en juillet 2009.  « Ce ne seront pas de grandes personnalités telles Nkrumah et Kenyatta qui décideront du destin de L’Afrique. Ce sera vous, les hommes et les femmes du parlement ghanéen et le peuple que vous représentez. […]  L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions », dira-t-il en substance.

Mais, la problématique entre institution forte ou homme fort  en Afrique rappelle bien le paradoxe de l’oeuf et la poule « Qu’est-ce qui est apparu en premier : l’œuf où la poule ? »

Dans le cadre de démocratie africaines, entre l’Homme fort et les institutions fortes, lequel a engendré ou doit engendrer l’autre ?

Le fait est que au début des années 90, tous les anciens « Hommes forts » de l’époque post colonial ont été évincés et des institutions démocratiques fortes ont vu le jour dans presque tous les pays du continent. Or, actuellement, dans presque tous ces pays on trouve des Hommes forts et plus d’institutions fortes. Mais, quoi qu’on dise, tous ces Hommes forts incarnent une institution démocratique qu’ils sont parvenus à rendre plus forte par rapport aux autres. La question revient à savoir, comment en est-on arrivé là ?

En réalité, toutes les institutions démocratiques africaines sont formatées sur les modèles des démocraties occidentales. Elles ont donc toutes à la base une assise juridique forte qui respecte la séparation des pouvoirs. Pourtant dans les faits, la séparation des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires n’est que factice. Mais, pour un observateur avisé, les dysfonctionnements et frustrations majeurs unanimement stigmatisés par les africains eux-mêmes dans les  pratiques démocratiques, ne proviennent pas du déficit de dispositions légales ou de principes dans les domaines en question, mais plutôt de la non application ou d’une application partiale des dispositions légales dans les domaines concernés. C’est donc la mise en œuvre des textes de lois qui organisent les institutions qui est viciée par les affinités diverses et engendre le mythe de « l’Homme fort ». Par leur défaillance, les institutions démocratiques ont permis l’émergence des Hommes forts. Ces derniers devenus forts formatent les institutions à leurs solde. Les Hommes forts du continent ne tirent donc profit que des défaillances et insuffisances du petit peuple. Comme quoi c’est un cercle vicieux qui s’auto entretient.

Le hic en Afrique est que toutes institutions démocratiques ne sont pas logées à la même enseigne ou plus précisément, toutes ne veulent ou ne parviennent pas à s’approprier leur pouvoir. Le fait est que de toutes les institutions démocratiques, l’institution présidentielle est la privilégiée des privilégiés, la favorite. Elle chapeaute toutes les autres institutions de la république et cristallise toutes les loyautés. Elle n’est, en pratique, limitée par aucune autre institution, mais directement ou indirectement, elle contrôle la mise en place de toutes les autres qui d’une manière ou d’une autre lui font allégeance.

A nation forte, institutions fortes

 

La démocratie n’est pas un slogan, mais un concept concrétisé par des règles et principes qui ne s’accommodent pas de tricheries. En conséquence, elle ne vaut que ce que valent les hommes qui en font l’usage. C’est un système représentatif dans lequel le pouvoir du peuple est incarné par des institutions animées par les représentants du peuple et dont le fonctionnement et la régulation sont régis par les lois également votées par le peuple tout entier ou ses représentants.

Par essence, les institutions ont pour mission de palier les insuffisances humaines, par leur existence donc, les  institutions démocratiques encadrent le pouvoir du peuple pour éviter les abus et dérapages liés à l’exercice du pouvoir. Par ailleurs,  il est dans l’ordre des choses que tous ceux qui ont le pouvoir ont tendance à en abuser. Il revient donc à chaque institution à veiller à la sauvegarde de ses prérogatives et c’est sans doute à ce niveau que les institutions africaines pèchent. Les nombreuses accointances et liaisons incestueuses entre elles ne sont pas en faveur  du respect des libertés individuelles et l’égalité des chances pour dégager et mettre en œuvre le suffrage majoritaire.  Le bon fonctionnement des institutions démocratiques est donc capital et constitue une condition  sine qua non  pour  l’alternance qui assure la vigueur et la pertinence du processus démocratique.

L’intérêt collectif est garanti non par la volonté d’un homme, mais par la force des institutions qui gèrent la société et la force des institutions réside dans l’équilibre des forces sociopolitique qui les compose afin que les institutions se limitent les unes les autres. Ceci exige que de façon consensuelle soit mise en place des institutions à l’intérieur des quelles les rapports de force majorité-opposition-société civile soient équilibrés ce qui leur confère une transparence et une impartialité qui forcent les uns et les autres à jouer franc jeu pour le salut collectif.

Chaque peuple a les dirigeants qu’il mérite et de ce point de vue, ce ne sont pas les Hommes forts africains qui posent problème, mais les peuples africains qui ensemble appellent de leurs vœux le changement et dans le même temps se laissent séduire par les considérations ethniques, religieuses, régionales  ou autres futilités pour soutenir ou cautionner des options qui ne permettent pas à la majorité de sortir de l’ornière

Pour chaque nation, la démocratie est une valeur cardinale et comme tout ce qui est précieux, elle a un prix qu’il faut consentir pour en espérer les bénéfices. C’est un  système représentatif  dont le moteur est le consentement éclairé du peuple. Mais pour avoir la clairvoyance, il faut être éduqué, instruits. De ce fait, la démocratie est dénuée de sens si tous les citoyens ne sont pas instruits pour désigner valablement leurs représentants dans le débat politique. Il faut donc favoriser l’instruction et l’alphabétisation du plus grand nombre pour optimiser le processus. Un peuple éduqué forme une nation forte qui elle génère forcément des institutions fortes.