Wébert Charles

Jean René Lemoine récompensé par l’Académie française

Jean Rene Lemoine
Jean Rene Lemoine

 

Le dramaturge haïtien Jean René Lemoine a reçu le jeudi 5 décembre 2013 le prix Emile Augier de l’Académie française pour ses pièces « Iphigénie » et «In mémoriam », parues en un volume aux éditions Les Solitaires intempestifs, en France. Ce prix, constitué en 1994 par les Fondations Émile Augier, Brieux, Paul Hervieu et Soussay, récompense tous les ans un dramaturge.

Les Haïtiens sont en train de se frayer des passages sous la Coupole. Une chose que nous devons bien savoir sur l’Académie française, c’est qu’elle ne fait pas qu’élire des immortels. Elle décerne plus d’une trentaine de prix dans le domaine de la philosophie, de la littérature, de l’histoire et de la sociologie. Une semaine avant l’élection de Dany Laferrière au fauteuil # 2, Jean René Lemoine a été récompensé par cette même académie pour « Iphigénie » et « In mémoriam ». Selon la présentation de l’éditeur, « récits à la fois intimes et mythologiques‚ Iphigénie et In memoriam sondent la puissance et la fragilité de l’être face à l’écroulement des mondes »

Né en Haïti en 1959, Jean René Lemoine a passé son enfance au Zaïre. Dramaturge, metteur en scène, fondateur de la compagnie de théatre Erzuli, il a déjà reçu le Prix SACD en 2009 pour sa pièce « Erzuli Dahomey, déesse de l’amour ». Trois ans plus tard, cette pièce entrera dans le répertoire de la Comédie-Française, faisant de son auteur le premier et le seul dramaturge haïtien présent dans ce répertoire. Parmi ses publications, on peut citer : L’Adoration, (2003), Ecchymose (2005), Face à la mer (2006). Il vit à Paris depuis 1989 et sera à l’Institut français en Haïti (IFH) en janvier 2014 pour une représentation d’Iphigénie, selon une information publiée par l’IFH le mercredi 18 décembre 2013.

 

Webert Charles

webertcharles@lenouvelliste.com


Non, nous ne sommes pas maudits !

(c) Webert Charles
Dany Laferrière à la Fokal (Haïti)
(c)

 

Cet après-midi, je suis allé voir Dany Laferrière à la Fokal. Vous savez, le petit-fils de Da vient juste d’être élu à la prestigieuse Académie française. A la vue de cet homme singulier, je n’ai pas pu étouffer la montée de l’émotion, comme une éruption de joie et de fierté. Au fait, ce n’est pas Dany Laferrière que j’ai vu, ce jeudi 12 décembre. C’est plutôt un homme fait d’autres hommes et d’autres femmes, de ses relations, de ses lectures. C’est Gasner Raymond, son confrère journaliste au Petit samedi soir, assassiné par les sbires de Duvalier ; c’est son père Windsor Laferrière, mort à New York ; c’est Pierre Clitandre, l’un de ses premiers collaborateurs ; c’est Henry Miller, un de ses écrivains préférés ; c’est Da, sa grand-mère, qui lui a donné à Petit-Gôave le goût des choses simples, mais combien essentielles. Tous ces hommes et toutes ces femmes morts ou vivants ont pris place chez cet homme singulier.

Dany, c’est aussi cette jeune adolescente assise sur une marche du perron dans le couloir de la Fokal, un livre dans les mains, faute de ne pas pouvoir entrer à la salle Unesco, rêvant sans doute de conquête, comme si la littérature était sa seule porte de sortie, une question de vie ou de mort. Le rêve de la jeunesse haïtienne, ce jeudi 12 décembre, a pris un tournant décisif. Dany devient cet homme qui porte en lui l’âme de la jeunesse comme un étendard. Mais, comment peut-on être tout cela en même temps et sourire humblement ?

Un homme qui a vécu en exil au Québec et qui a intégré cette société jusqu’à devenir une fierté pour les deux peuples qui le partagent calmement et qui apprennent à se découvrir l’un et l’autre. Un homme qui a visité presque tous les continents du monde, qui est entré dans le dictionnaire Larousse et qui a reçu le prestigieux prix Médicis en 2009 pour son « Énigme du retour », comme si la vie ne lui suffisait pas, le voilà Immortel. Et demeure avec lui l’espoir de toute une jeunesse d’écrivains ou d’artistes.

Il nous a fallu vivre un après-midi comme celui-ci pour croire que nous ne vivons pas une crise de modèles, qu’il n’existe pas uniquement dans le pays des bouleversements politiques, des refrains coutumiers de coups d’Etat, des éternelles polémiques entre partisans du pouvoir et opposants, des cyclones, des tremblements de terre, la dénationalisation des Dominicains d’origine haïtienne nés à partir de 1929 suite à l’arrêt de la Cour constitutionnelle… Dany nous apprend, contrairement à ce que croient certains jeunes déboussolés, que non, nous ne sommes pas maudits !

 

webertcharles@lenouvelliste.com


Dany Laferrière à l’Académie française

Dany L. Par Dieulermesson PETIT FRERE
Dany L. Par Dieulermesson PETIT FRERE

Dany Laferrière, de son vrai nom Windsor Klébert Laferrière, est élu à l’Académie française. Avec 13 voix contre 23, il devient jusqu’à date, après Léopold Sédar Senghor –le poète-président- le deuxième noir ou plutôt le deuxième descendant africain à rentrer dans cette prestigieuse institution vieille de 7 siècles et plus. Le petit-fils de Da remplace Hector Bianciotti (fauteuil 2), décédé le 12 juin 2012. L’histoire retiendra que l’auteur de ‘‘L’énigme du retour’’ –roman ayant reçu le Prix Médicis en 2009- est entré à l’Académie sans se fatiguer. Contrairement à de grandes figures de la littérature française figures entres autres Zola, Hugo qui se sont vus recaler à plusieurs reprises avant de se voir accorder l’entrée.

 

A la réception de sa lettre de candidature, enthousiaste, le quotidien français Le Figaro a fait savoir que ‘‘C’est une candidature de poids et un profil rare que vient d’enregistrer l’Académie française’’. Dany Laferrière marche sur les pas d’écrivains célèbres comme Montesquieu, Alexandre Dumas Fils qui ont occupé, dans le passé, le fauteuil 2 à l’Académie.

 

Auteur de plus d’une vingtaine de romans, essais et biographies, l’auteur du ‘‘Journal d’un écrivain en pyjama’’ a déjà reçu plus d’une dizaine de distinctions les unes plus prestigieuses que les autres. Lauréat du Prix Carbet en 1991, de la première édition du Prix Carbet des Lycéens en 2000 et du Prix RFO du Livre en 2002 pour la nouvelle édition de son roman, ‘‘Cette Grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ?’’.  Docteur honoris causa de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Dany Laferrière est né le 13 avril 1953 à Port-au-Prince. Il passe son enfance à Petit-Goâve avec sa grand-mère Da, source d’inspiration de son roman, L’odeur du café. Journaliste au Petit Samedi Soir, il quitte Haïti pour Montréal en 1976, à la suite de l’assassinat de son ami Gasner Raymond, journaliste également au Petit Samedi soir.

 

C’est là, à Montréal, qu’il connaîtra le succès en 1985 avec la publication de son premier roman, ‘‘Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer’’. Ce roman a été traduit en 14 langues. Le cinéaste Jacques Benoît en a fait une adaptation 4 ans plus tard. A la même époque, il fait, à la télévision, office de critique et chroniqueur culturel. Mis à part son activité littéraire, Dany Laferrière est également scénariste et réalisateur. En 2004, il a transformé son roman ‘‘Le Goût des jeunes filles’’ en scénario pour le film réalisé en 2004 par John L’Écuyer. Son premier film ‘‘Comment conquérir l’Amérique en une nuit’’, qui fait croiser ses deux ‘‘univers’’ à savoir Montréal et Port-au-Prince est primé au Festival des Films du Monde à Montréal en septembre 2004.

 

Laferrière a vécu une douzaine d’années à Miami avant de se réinstaller à Montréal en 2002. Après la parution en 2013 de Journal d’un écrivain en pyjama, Dany Laferrière préside ‘‘Les rencontres québécoises en Haïti’’ à l’occasion des 10 ans des éditions mémoires d’encrier. Une activité littéraire visant à créer des ponts entre les écrivains haïtiens et québécois tout en faisant découvrir la littérature québécoise dans ce pays qui ne jure d’être toujours debout que par sa culture, comme il l’avait lui-même fait remarquer.

 

Fondée en 1635 par le cardinal de Richelieu, l’Académie française est composée de 40 membres élus à vie par leurs pairs dont leur mission est de fixer la langue française, de lui donner des règles et de la rendre pure et compréhensible par tous. Depuis sa fondation, elle a reçu en son sein plus de 700 membres dont des poètes, des romanciers, des hommes de théâtre, des philosophes, des historiens, des médecins, des hommes de science, des critiques d’art, des militaires, des hommes d’État et des hommes d’Église qui ont tous illustré particulièrement la langue française.

 

Dieulermesson PETIT FRERE


Retour sur les Prix littéraires d’Automne en France

 

L’Automne, on le sait, est la saison des feuilles mortes. Mais aussi c’est la  saison des Prix littéraires. La ruée vers le succès est tout aussi profitable pour les écrivains que pour les éditeurs. Pour ceux qui n’ont pas suivi les évènements, voici un résumé des plus prestigieux Prix littéraires français.

Les laureats des Prix Goncourt, Femina et Renaudot
Les laureats des Prix Goncourt, Femina et Renaudot

 

 

 

 

 

 

 

Les Prix Goncourt

Les Prix Goncourt ont récompensé cette année :

– Pierre Lemaitre, pour son roman « Au revoir là haut » (Ed. Albin Michel). Prix Goncourt 2013

–          Sorj Chalandon, « Quatrième mur » (Ed. Grasset). Goncourt des Lycéens 2013

 

Les Prix Médicis

Les jurys des Prix Médicis ont récompensé :

–          Marie Darrieussecq pour son roman « Il faut beaucoup aimer les hommes » (Ed. P.O.L) Prix Médicis 2013

–          Toine Heijmans (Néerlandais). PRIX Médicis étranger 2013, pour son roman « En mer » (Ed. Christian Bourgois)

–          Svetlana Alexievitch (Russe) pour son essai « La fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement » (Ed. Actes Sud). Prix Meilleur Essai 2013.

 

Les Prix Femina

– Léonora Miano (Camerounaise), « Saison de l’ombre » (Ed. Grasset). Prix Femina 2013

–          Richard Ford (Canadien), « L’Amérique est dans la merde » (Ed. de l’Olivier). Prix du roman étranger

–          Jean-Paul et Raphael Enthoven, « Dictionnaire amoureux de Proust » (Plon/Grasset)

 

Grand Prix de l’Académie Française

–          Christophe Ono-Dit-Biot, « Plonger » (Ed. Gallimard)

 

Les Prix Renaudot 2013

–          Yann Moix, « Naissance » (Ed. Grasset). Prix Renaudot 2013

–          Gabriel Matzneff, « Séraphin c’est la fin » (Ed. La table ronde). Prix Renaudot Essai 2013

 

Prix Virilo

–          Celine Minard, « Faillir être flingué » (Ed. Rivages)

 

Prix Flores

–          Monica Sabolo, « Tout cela n’a rien avoir avec moi » (Ed. J-C. Lattès)

 

Prix Décembre 2013

–          Mael Renouard, « La réforme de l’opéra de Pékin » (Ed. Payot/Rivages)

 

Prix Wepler 2013

–          Marcel Cohen, « Sur la scène intérieure : Faits » ( Ed.Gallimard)  Prix Wepler 2013

–          Philipe Rahmy, « Béton armé – Shanghai au corps à corps » (Ed. La table ronde) Mention spécial du Jury

 

Prix Interaillié 2013

–          Nelly Alard, « Moment d’un couple » (Ed. Gallimard)

 

Prix Jean Giono 2013

–          Pierre Jourde, « La première pierre » (Ed. Gallimard)

 

Wébert Charles


Leonora Miano, lauréate du prix Femina 2013

Leonora Miano
Leonora Miano

Le prix Femina 2013 a été décerné à l’écrivaine camerounaise Léonora Miano pour son roman « La saison des ombres » –publié aux éditions Grasset- lequel porte sur une sombre aventure de la traite négrière. « C’est un grand roman avec un souffle romanesque captivant. Nous avons affaire à un grand écrivain. Elle a l’avenir pour elle », a précisé Diane de Margerie, la présidente du jury. Le roman a aussi remporté le Grand prix du Roman Métis attribué le lundi 4 novembre dans la ville de Saint-Denis de la Réunion.

Née à Douala, au Cameroun, en 1973, d’un père pharmacien et d’une mère proviseur de lycée, Léonora Miano vit en France. Elle est issue d’une famille de classe moyenne, de parents amoureux de livres. Installée dans la République tricolore depuis 1991 où elle était venue poursuivre des études en lettres anglo-américaines, elle a publié son premier roman « L’intérieur de la nuit » en 2005 chez Plon, éditeur qui l’a propulsée au-devant de la scène littéraire francophone. Roman qui a reçu, à lui seul, 6 prix dont le Prix Louis Guilloux en 2006, le « prix Montalembert du premier roman de femme » en 2006, le « prix René Fallet » en 2006, le ‘‘prix Bernard Palissy » en 2006 et le « prix de l’excellence camerounaise » en 2007.

Avec déjà sept romans à son actif, un texte théâtral et un recueil d’essais, Miano s’est imposée comme une voix singulière qui fait entendre à travers ses livres graves et dérangeants les tribulations d’une Afrique méconnue. Elle est une romancière qui culmine les prix. En 2011, elle a aussi notamment reçu le Grand prix littéraire d’Afrique noire pour « Blues pour l’Afrique » et  »Ces âmes chagrines ».

Par ailleurs, le Femina du meilleur roman étranger a été décerné au romancier américain Richard Ford pour « Canada » paru chez l’Olivier, un roman sur la fin de l’innocence et la jeunesse perdue. Le prix Femina de l’Essai a été attribué à Jean-Paul et Raphaël Enthoven, philosophe et présentateur depuis 2008 de l’émission Philosophie sur Arte TV, pour le « Dictionnaire amoureux de Proust » (Plon/Grasset).

Dieulermesson PETIT FRERE


Louis-Philippe Dalembert parmi les lauréats du Prix Thyde Monnier 2013

Louis-Philippe Dalembert
Louis-Philippe Dalembert

La Société des gens de lettres a publié le jeudi 7 novembre 2013 la liste des sept lauréats du Prix Thyde Monnier et de son Grand Prix SGL. Parmi les heureux lauréats du Prix Thyde Monnier de la Société des gens de lettres figure le romancier et globetrotteur Louis-Philippe Dalembert, récompensé pour son dernier roman « Ballade d’un amour inachevé» paru aux éditions Mercure de France en août 2013.

Finalement, Louis-Philippe Dalembert ne fait que rafler des prix littéraires. Ecrivain à l’encre fertile, nouvelliste, détenteur d’un doctorat en littérature comparée à l’université Paris III Nouvelle-Sorbonne, Louis-Philippe Dalembert possède près de dix prix à son actif. Allant du Grand Prix de poésie de la Ville d’Angers (1987) pour le recueil « Et le soleil se souvient » à la Bourse Barbancourt (2011) pour son receuil de nouvelles « Les bas-fonds de la mémoire», il ne fait que nous surprendre et donner aux jeunes de ce pays l’envie de rêver, de sortir des troubles politiques pour croire en un avenir meilleur. Dans la liste des prix accordés à l’auteur de « Le crayon du Bon Dieu n’a pas de gomme », il faut ajouter à présent le Prix Thyde Monnier.

La Société des gens de lettres a également récompensé Thomas B. Reverdy pour son roman « Les évaporés» (Ed. Flammarion), Pierre Dhainaut pour l’ensemble de son oeuvre, Karin Serres pour son premier roman « Monde sans oiseaux » (Ed. Stock), Franck Courtès pour son recueil de nouvelles «Autorisation de pratiquer la course à pied et autres échappées » (Ed. J-C Lattès).

Les six autres lauréats du Prix Thyde Monnier sont : Frédéric Verger pour «Arden», Hugo Boris pour «Trois grands fauves», Xavier Boissel pour « Autopsie des ombres», Anne Delaflotte Mehdevi pour «Sanderling», Saleh Diab pour «J’ai visité ma vie», David Bosc pour «La claire fontaine Louis».

 

WC


Pierre Lemaitre, récompensé par le Prix Goncourt

Ce lundi 4 novembre s’est ouvert dans l’attente du résultat de deux prestigieux prix littéraires en France : le Prix Goncourt, fondé en 1903 par les frères Goncourt, et le Prix Renaudot, fondé en 1926 considéré comme un anti-Goncourt.

Pierre Le maitre(c) MAXPPP
Pierre Le maitre
(c) MAXPPP

Entre attente et pronostique, les médias ont finalement été informés du lauréat du Prix Goncourt. Comme toujours, personne ne l’avait vu venir. Le Prix Goncourt de cette année a été attribué à Pierre Le maitre pour son roman paru en 2013 chez Albin Michel, Au revoir là-haut. Parmi les prestigieux finalistes du Goncourt de cette année on y trouvait Jean-Philippe Toussaint (Nue, Ed. de Minuit), Frédéric Verger (Arden, Ed. Gallimard) et Karine Tuil (L’invention de nos vie, Ed. Grasset).

Pierre Le maitre est né à Paris en 1951. Professeur de littérature, il est entré relativement tard dans la littérature, publiant son premier roman, « Travail soigné » (Prix du Festival Cognac 2006), à 55 ans. Ses trois autres romans se verront récompensés par le prix du polar francophone de Montigny les Cormeilles 2009 (Robe de marié), Prix Le Point du polar européen 2010 (Cadre noir), Prix CWA international Dagger 2011(Alex). Cette année, il reçoit le prix Goncourt, couronnant sa carrière. Prix qui s’est vu octroyé à Marcel Proust, Elsa Triolet, Michel Tournier, Simone de Beauvoir…

Après dix ans d’absence, les éditions Albin Michel retrouvent leur place dans le précieux palmarès de l’Académie des Goncourt. Le prix consiste en un chèque symbolique de 10 €. Si cette distinction parait insignifiante, c’est le climat crée autour du livre primé qui récompense réellement les auteurs, et surtout les éditeurs. Un Goncourt se vend en moyenne entre 200 000 et 500 000 exemplaires. Cependant, l’attribution d’un Prix d’une telle envergure est toujours contestée par les journalistes ou les écrivains eux-mêmes et a fini par donner naissance en 1926 au Prix Renaudot.

 

W.C


Les Prix littéraires ou mémoire d’un écrivain maudit

Cette semaine ouvre la saison des prix littéraires en France. Les Prix Goncourt et Renaudot ont été attribués respectivement à Pierre le maitre (Au revoir là-haut) et à Yann Moix (Naissance) qui ont reçu avec beaucoup d’enthousiasme la proclamation des résultats. Cependant, ces prix, a-t-on envie de se demander, récompensent-ils des écrivains ou des éditeurs ?

 

Prix Machin 2013De l’or pour les éditeurs et du plomb pour les auteurs

Pour parodier le titre d’une Lodyans (les européens diront Nouvelle, quoique ce n’est pas la même chose, mais vaut mieux être près du paradis que d’être en enfer), je disais pour reprendre le titre d’un texte de Georges Anglade, « de l’or pour mes amis et du plomb pour mes ennemis », on dira que les prix littéraires semblent profiter davantage aux éditeurs qu’aux écrivains, du moins sur le plan économique.

Un contrat d’édition est ce qu’il y a de plus compliqué pour un écrivain qui vient de passer 2 ans à écrire son premier roman. S’il a de la chance ou du talent (je ne dirais pas autre chose, surtout pas de l’audace) pour se voir publié chez Galli-mars, il aura 7% sur la vente de son roman. S’il publie son roman chez Crasset, il pourra avoir 10 %. Restons aux deux matons de l’édition littéraire en France. Dans tous les cas notre auteur, lui, il acceptera, car pour lui, ce n’est pas le pourcentage qui compte, allez savoir quoi.

Son roman (essayons d’être créatif), Au retour des bêtes sauvages, fait 400 pages. Après une année d’aller-retour (correction, relecture, BAT…), ce qui fait déjà 3 ans, son éditeur sort enfin son roman pour la rentrée littéraire. Annonces, bandeau (pas encore rouge), vente signature, interview, radio-télé, émission la Glande Librairie. Notre écrivain fait des rencontres, regarde vendre son livre et ne pense même pas à ses 7%. Dans la plupart des cas, il a déjà reçu un à-valoir.

Au début du mois d’octobre, les Prix littéraires entrent dans le cercle. Son roman, Au retour des bêtes sauvages,  est sélectionné par le Prix de l’Académie Con-court ou le Renandos. Il attend. Rêve. Et espère. Son éditeur aussi (hypothèse H1 : Pas de corruption dans le meilleur des mondes possibles, personne ne connait à l’avance les résultats).

Deuxième sélection. Il est toujours là. Du moins, il est dans une liste. Attente, rêve et espérance deviennent plus forts. Entre-temps son éditeur n’espère pas, du moins il espère moins, car il vend. C’est déjà mieux.

Début novembre, il obtient le prix Con-court. Il ne court pas. Il est déjà embarrassé de journalistes. La rue n’est plus libre. S’il lui arrive de courir, c’est dans sa salle de sport, sur une machine automatique. Il fait des interviews, on le critique sur internet. Les médias non-contents lui font la guerre.

Il reçoit son chèque. 10 €. Un prix littéraire !  Beaucoup moins que ce qu’il avait gagné dans un concours de nouvelle à l’université, adolescent. Son éditeur vend, revend, entre 200 000 et 500 000 exemplaires. Lui, il a déjà reçu des à-valoir, notre écrivain. Il gagne quelque chose quand même si l’on multiplie 200 000 par 7% (14 000 exemplaires, à 20 €). Il achète une maison, il déménage. Son éditeur, entre-temps gagne 3 millions d’euros. Oui, il les sépare avec les libraires et son imprimeur. Mais les millions ne s’épuisent pas facilement. Fifty-fifty. 1 million pour chacun ?  Chacun se débrouillera avec l’Etat. Voilà. Mais notre jeune auteur rentre chez lui, dans son nouvel appartement et se remet à écrire avec les 2 000 € qu’il lui restent. Son éditeur se dit : il n’aura pas le prix l’année suivante. Je publie un autre auteur. Mais, je lui donne quand même un contrat à long terme. Il ne travaille pas. Du moins ne travaille nulle part. Il écrit, fume et devient alcoolique puis les journalistes se moquent de lui. Il se soule et devient un écrivain maudit.

 

WC


Dany Laferrière est candidat à L’Académie Française

Dany L. Par Dieulermesson PETIT FRERE
Dany L. Par Dieulermesson PETIT FRERE

Siéger à l’Académie Française comme Immortel a été, et le reste toujours, le rêve le plus cher de nombreux écrivains français depuis sa création en 1635. On se souvient des candidatures de Balzac, qui finalement n’a jamais siégé à l’Académie Française. Ou de Victor Hugo qui a fini par entrer à L’Académie après quatre (4) candidatures. Cette année, un écrivain haïtien est nominé pour siéger à cette prestigieuse académie. Il s’agit évidemment de Dany Laferrière. En effet, l’Académie Française vient de révéler les trois candidats sélectionnés pour remplacer l’écrivain d’origine Argentine Hector Bianciotti mort le 12 juin 2012.

Dans une note publiée sur son site internet, L’Académie Française, réunie ce jeudi 24 octobre a annoncé les candidats au siège d’Hecor Bianciotti, auteur de Sans la miséricorde du Christ (Prix Fémina 1985). Ce sont Dany Laferrière, Arthur Pauly et Jean-Claude Perrier.

Dany Laferrière est né à Port-au-Prince le 13 avril 1953. Auteur prolifique qui partage sa vie entre Haïti et le Canada, il a reçu en 2009 le Prix Médicis pour son roman l’Enigme du retour. Devenant ainsi le premier et le seul haïtien à figurer dans le Palmarès de ce prestigieux prix. Dany Laferrière est connu pour sa façon, propre à lui, de mettre le réel en fiction ou en récit. Une écriture proche de l’autobiographie. Un écrivain sincère, qui semble faire « concurrence à l’Etat Civil » comme Balzac eut à le dire à propos de la création de ses personnages.

Le vote des candidats consentis au siège d’Hector Bianciotti se fera le jeudi 12 décembre 2013. Dany Laferrière est donc à deux doigts de devenir Immortel, et le tout premier haïtien à siéger à L’Académie Française créée par le Cardinal Richelieu avec pour mission de perfectionner et de réglementer la langue française. Composée de 40 fauteuils, cette institution a accueilli des écrivains de renoms. Citons entre autres Nicolas Boileau, Jean Racine, Montesquieu, Victor Hugo, Armand Sully Prudhomme (premier Prix Nobel de Littérature, 1901), Paul Valéry, Henry de Montherlant, Jean Guéhenno, Assia Djebar. Espérons que Dany Laferrière fera partie de cette belle pléiade d’Immortels.

 

Wébert Charles

cwebbn@yahoo.fr


Programme du Prix des Cinq Continents en Haïti

Amal SewtohulPhoto : Ile en Ile
Amal Sewtohul
Photo : Ile en Ile

Le 26 septembre dernier, le jury du Prix des Cinq Continents a couronné le dernier roman du diplomate mauricien Amal Sewtohul, Made in Mauritius. Ce Prix, crée en par l’Organisation Internationale de Francophonie en 2001, sera remis en Haïti à l’auteur en présence de grandes personnalités du milieu francophone.

Divers évènements sont programmés autour de la remise du Prix des Cinq Continents en Haïti.

Dimanche 20 octobre à 19h

Wonderland Bar & Club, 235,Lalue

Dans le cadre de la remise du PRIX DES CINQ CONTINENTS, Le Bar vous invite à une rencontre avec Annick L. Douglas (Vice-présidente du PRIX DU JEUNE ECRIVAIN FRANCOPHONE/PJE), Lyonel Trouillot (membre du Jury du PRIX DES CINQ CONTINENTS), Marvin Victor (Lauréat du PJE en 2007) et Wébert Charles (Finaliste du PJE en 2013). La discussion se fera autour du thème « Les écrivains et les prix littéraires ». Le critique littéraire Dieulermesson Petit Frère assurera la modération du débat.

Performance culturelle: Feu Vers, Pierre Nicaisse
Entrée libre

Mercredi 23 octobre 2013 à 18h

Institut Français en Haïti

 L’Institut Français en Haiti accueille ce mercredi 23 octobre une causerie autour du thème : « La littérature haïtienne face aux autres littératures de langue française » avec James Noël, Makenzy Orcel, Marvin Victor et Bonel Auguste. Modérateurs : Lise Gauvin et Lyonel Trouillot.

Entrée Libre

Vendredi 25 9h 30-11h

FOKAL, Salle UNESCO

 Conférence-débat. Les étudiants pourront s’entretenir avec Syto Cavé, Monique Ilboudo, Wilfried N’Sondé, Amal Sewtohul et Lyonel Trouillot. Cette rencontre sera modérée par Emmelie Prophète.

Entrée Libre

 

 

 


La journaliste Catherine Boudet est en danger

Crédit poto : IAm WhoIam/Facebook
Crédit poto : IAm WhoIam/Facebook

La poétesse et journaliste réunionnaise, de citoyenneté française, Catherine Boudet est en danger. Arrêtée en 2011 à l’Ile Maurice pour  avoir accusé l’historien français Stephane Sinclair d’usage de faux, Catherine Boudet s’est vue libérer de cette affaire le jeudi 29 août 2013, par la justice mauricienne.

Catherine Boudet, Dr en Politique, est professeur à l’Ile Maurice et y exerce sa carrière de poétesse.  Suite à sa libération, elle a réclamé 50 millions de Rs (plus d’1,200 000 Euros) de dédommagement. Demande à laquelle les autorités ont plutôt répondue  le  jeudi 10 par une lettre lui disant de laisser le territoire mauricien dans un délai de 24 heures, étant en situation illégale.

Nous avons appris ce matin que la journaliste « a été admise d’urgence en clinique sur avis médical, après avoir subi les évènements de ces dernières semaines ».

Depuis sa libération, une pétition a été créée sur avaaz pour la soutenir et une page Facebook Soutien à Catherine Boudet circule dans les réseaux sociaux.

 

Wébert Charles


Femmes et art en Haïti : un pari difficile

Yanick Lahens(c) Dieulermesson PETIT FRERE
Yanick Lahens
(c) Dieulermesson PETIT FRERE
Marie Alice THEARD(c) Webert CHARLES
Marie Alice THEARD
(c) Webert CHARLES

Depuis quelques temps, le discours sur la femme a tendance à changer. Considérée autrefois quasiment comme objet attaché au foyer, grâce aux métiers de l’art, elle devient sujet et s’impose de plus en plus en acquérant une certaine visibilité (ou une visibilité certaine) dans la cité.

En effet, le champ artistique ou culturel comme n’importe quel autre champ de pouvoir (politique, économique) a toujours été, depuis la nuit des temps, la chasse gardée des hommes. La stigmatisation à l’égard des femmes dans le monde de l’art a toujours fait des vagues. Il suffit de voir comment le phénomène a pris du terrain avec des formules du genre  »femme-artiste »,  »femme-auteur » qui donnent une valeur sexuée à l’art et réduisent du coup (même implicitement) la valeur de l’oeuvre en y imposant une suprématie masculine.

C’est surtout dans les années 1970, plus précisément avec le féminisme -mouvement qui réclamait l’émancipation des femmes- que la tendance a commencé à changer. Dans un article publié en 2001 dans le quatrième numéro de la revue  »Sociétés contemporaines » (L’écriture-femme, une innovation esthétique emblématique), Delphine Naudier affirme que des écrivaines ont pu profiter de cette conjoncture sociale et historique pour retourner le stigmate de l’appartenance sexuée en emblème d’une innovation esthétique. Ces auteures vont s’imposer dans les rangs de l’avant-garde littéraire en mettant au coeur de leurs livres la revalorisation du féminin. Cette construction sociale et symbolique de la légitimité des écrivaines, écrit-elle, a été édifiée à la fois en dénonçant la suprématie masculine dans le monde des lettres, et en définissant une ligne esthétique qui, théorisée, manifeste la possibilité qu’ont les femmes désormais d’occuper visiblement le territoire littéraire.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que la lutte contre la tendance qui consiste à donner un sexe à l’art s’inscrit dans un contexte où il s’agit d’ouvrir tout un champ de possibilités aux femmes. Car toute tentative de donner un sexe à l’art est une attitude arbitraire. Le fait d’écrire, de peindre ne relève pas d’une activité sexuée. La créativité, l’esprit critique sont du domaine de l’humain et non d’un sexe particulier.

Haïti, une terre d’artistes

C’est Yanick Lahens qui le dit :  »Haïti existe par ses écrits, une terre d’artistes ». Une façon pour elle de signifier l’importance de l’art, la création dans l’imaginaire haïtien. En un mot, l’art est tout ce qu’il y a de plus valeureux, de plus positif à offrir à la face du monde. Parce que c’est ce qui maintient le pays en vie. Parce que c’est un élément fondamental de son identité. Et c’est Dany Laferrière qui l’a signalé au lendemain du séisme de 2010 :  »quand tout tombe en Haïti, il n’y a que l’art qui reste debout ».

L’art comme salut

Même si l’art n’est pas une activité sexuée, il faut toutefois mentionner la part de cette forme d’oppression masculine de l’art dans les activités touchant les choses de l’esprit. La femme a été pendant longtemps gardée très loin de l’arène artistique. A partir des années 1990, la situation a un peu changé. Aujourd’hui, il est possible de dire qu’il y a eu des avancées considérables. Il y a une sorte d’éclosion de la parole et de la voix des femmes.

Pour Yanick Lahens par exemple, la littérature féminine n’est plus en gestation, elle se vit aujourd’hui. Les femmes, précise-t-elle, sont en situation et les paroles qu’elles disent ne sont identiques à celles des hommes. Depuis les années 1950, avec Marie Chauvet surtout, elles ont commencé à voir la réalité politique non à partir des échafaudages idéologiques et théoriques mais à partir de choses plus quotidiennes et qui révèlent autant/sinon plus les contradictions sociales et économiques du pays. Même s’il est clair qu’en Haïti les femmes écrivent dans l’oeil du cyclone compte tenu des contraintes quotidiennes de l’organisation de la vie auxquelles elles doivent faire face.

Une des particularités de l’art est cette volonté de créer des mondes, des univers parallèles. Il se veut une sorte de passerelle qui permet de transmettre les sensations, les émotions. Il fait partie de la condition humaine. C’est l’aspiration à aller au-delà de tout ce qui est de l’ordre d’une certaine finitude. L’auteure de  »Guillaume et Nathalie » pense que l’art au féminin se porte bien et qu’il y a de l’avenir.  »La littérature me sauve tous les jours en Haïti. Elle me permet de combler mon manque à moi et me met en dialogue avec un bon nombre de gens que je ne connais même pas » avoue la romancière.

Révolte ou gageure ?

Quand on crée, le sexe n’existe pas. Le créateur ne se soucie pas des balises, des règles que la société lui impose. En présence d’une oeuvre d’art, le spectateur ne peut que s’ébahir. Ce n’est pas Marie Alice Théard qui dira le contraire. Parler de l’art au féminin relève d’une gageure car en présence de l’expression artistique d’une âme, on ne saurait dire s’il y a un sexe qui va avec, a fait remarquer l’historienne de l’art. L’art n’as pas de sexe. Ce qui compte c’est la qualité de l’oeuvre. Difficile de lui coller une étiquette sexuelle. La figure féminine est très présente dans l’art haïtien. Comme on est dans une société à dominante masculine, on a tendance à ignorer le travail artistique des femmes.

Aujourd’hui, les femmes-artistes s’affirment de plus en plus. Sans la moindre crainte. En s’affranchissant peu à peu du poids de la domination masculine. On n’est pas sans savoir que très peu de femmes-artistes sont soutenues par leur entourage immédiat -entendre par là leur famille, leur mari- même si on est dans une société matriarcale. Elles sont généralement attelées aux tâches domestiques. C’est là l’inquiétude de Kermonde Lovely Fifi, figure émergente de la poésie féminine haïtienne et comédienne, qui croit que dans un milieu comme Haïti, il y a tellement d’impondérables, tellement d’inattendus et de besoins immédiats, qu’on doit d’abord penser à la survie qu’à la création.

 

Dieulermesson PETIT FRERE

djason_2015@yahoo.fr

Montevideo, 19 août 2013

Le Nouvelliste : 29/08/13


La belle amour humaine

 Quel usage faire de sa présence au monde. Lyonel Trouillot

 

Lyonel Trouillot, Actes Sud 2011
Lyonel Trouillot, Actes Sud 2011

Ce livre de l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot a frôlé le prix Goncourt en 2011. En effet, il était parmi les 15 livres présélectionnés par l’Académie Goncourt. Mais, le jury a préféré récompenser Alexis Jenni pour son premier roman L’Art français de la guerre. Un an plus tard, le prix  littéraire franco-indien Gitanjali va couronner ce petit livre de 172 pages.

 

Je commencerai par vous dire que La belle amour humaine n’est pas un roman. Et ce n’est pas un antiroman non plus. Le genre romanesque ne convient pas à cette forme de discours qui sèche l’histoire. De telle sorte que le livre serait un récit sans histoire (voir Figures III, Gérard Genette). Un récit qui ne raconte pas. Ou un récit dont la caisse de résonnance n’est point l’histoire, mais le discours, le message. Si pour Ephraïm Lessing, la littérature est dans une démarche diachronique, La belle amour humaine est de l’ordre de l’instant. Même si pour son auteur « l’intemporel n’existe pas » Car « il y a toujours du temps. Même quand le temps se meut dans un temps arrêté » (p.159). Ici, il s’agit d’un temps figé, qui marche si lentement qu’il donne l’impression d’être immobile.

S’il y a une histoire dans ce petit livre, ce n’est pas celle d’Anaïse, ni de Thomas, voir même du peintre Frantz Jacob. Il ne faut pas s’y attendre. Attendez-vous plutôt à de longs monologues juxtaposés. A une belle leçon de vie, chassant paradoxalement le dialogue. Le parleur, pour reprendre un mot de Jean Paul Sartre, exclus la parole de l’autre, implicitement chez Trouillot. Du moins, dans la construction du « récit »

 

L’apologie du partage et du vivre-ensemble

La première partie du livre débute par un long discours de Thomas, le guide qui conduit Anaise à Anse-à-Fôleur. Si Anse-à-Fôleur se trouve à sept (7) heures de route de Port-au-Prince, le « radotage » de Thomas semble être plus long que la route. Thomas se plait à raconter tout ce qui lui passe par la tête, dans un monologue de fou. Des bruits de Klaxon de Port-au-Prince, aux histoires de ses clientes qui viennent à Port-au-Prince satisfaire leur fantasme sexuel. Tout y est. Mais, le personnage central de ce livre est, sans conteste, le village d’Anse-à-Fôleur. Village assez symbolique pour l’auteur, qui lui sert de creuset pour exposer sa leçon de vie. Celle du partage et du vivre-ensemble. Tout au long du livre, une question revient : « quel usage faire de sa présence au monde ?». En effet, le livre est une longue démonstration d’une philosophie de l’autre, qui a valu à son auteur d’être considéré comme un fin interprète de l’altérité, voyant dans l’autre non le prolongement de soi, mais un « moi » projeté hors de son corps.

Dans ce livre, Lyonel Trouillot n’a pas voulu nous raconter d’histoire. Heureusement. Pour cela, il y a la télévision, le cinéma. A quoi servirait le livre alors ? L’auteur se contente de toucher notre sens de l’altérité, du partage et du vivre-ensemble. La belle amour humaine est un livre qui braque ses projeteurs sur les habitants d’Anse à Fôleur, qui ressemble à un certain village en Inde, dans un certain roman de Dominique Lapierre. Je veux parler sans doute de la Cité de la joie, publié pour la première fois en 1985. Anse à Fôleur est plus qu’une cité de la joie. C’est un village où des analphabètes apprennent aux savants citadins à vivre dans la simplicité des choses.

 

Wébert Charles

10/10/2013


L’homme qui plantait des arbres

L’œuvre la plus lue de Jean Giono, auteur français du XXe siècle, est sans doute L’homme qui plantait des arbres. Cette nouvelle qualifiée de « récit » par l’auteur se révèle un chef d’œuvre intemporel pour l’histoire de la littérature mais aussi pour des organisations non gouvernementales travaillant dans le domaine de l’environnement. Il se trouve que nous fêtons cette année les 60 ans de ce livre.

 

Jean Giono
Jean Giono

Composé en 1953, moins de huit ans après la fin de la deuxième guerre mondiale, cette nouvelle est une satire de la bêtise humaine, ridiculisant l’homme qui se passe de l’essentiel pour adopter la futilité. Qui décide de faire la guerre au lieu de planter des arbres. Et celui qui ne tombe pas dans cette bêtise est souvent vu comme un fou, un éternel incompris.

 

Ridiculiser la guerre

Ce petit texte de Jean Giono se trouve donc entre deux guerres. L’histoire se déroule à la veille de la première guerre mondiale et s’étendra jusqu’à la mort du héros en 1947. En effet, Elzéard Bouffier, décide de planter des arbres sur des domaines qui ne lui appartiennent pas, sans compter recevoir rien en retour, si ce n’est l’envie de se perdre dans la contemplation d’un jardin de chênes. Ce n’est pas un rêve romantique voyant dans la nature le prolongement du moi, l’envers de la nature humaine, mais un rêve humain ou humanitaire. Elzéard Bouffier choisit une vie recluse, enfermée dans la nature. Pendant que les soldats font la guerre, il reboise. Pendant que les Allemands, les Français, les Américains s’entretuent dans des tranchées et polluent l’air en lançant des bombes hautement toxiques, un « fou » plante des arbres. Quelle antinomie, quel contraste !  Il s’agissait pour Giono de ridiculiser la guerre. Pacifiste, romancier dévoué à faire l’apologie de la campagne, Giono a fait l’expérience de la première guerre mondiale comme soldat français. Choqué par les horreurs que provoque la bêtise humaine, il développera une idéologie pacifiste dans des œuvres comme « Refus d’obéissance » et «Le  poids du ciel » parus respectivement en 1937 et 1938. Ce qui lui vaudra deux séjours en prison entre 1937 et 1944 et une exclusion du Comité National des Écrivains.

 

Combattre pour l’environnement

Jean Giono, dans une lettre adressée au conservateur des Eaux et Forêts, affirme « Je crois qu’il est temps qu’on fasse une « politique de l’arbre », bien que le mot politique semble bien mal adapté ». En effet, le héros de Giono dans L’homme qui plantait des arbres n’avait aucune vision politique. D’ailleurs dès le début du texte il nous met en garde en nous présentant ce qui rend un humain « exceptionnel ». Les actions de cet homme, selon lui, doivent être dépouillées de tout égoïsme et de toute envie d’accumuler un capital politique. Le combat pour l’environnement est l’affaire de tout homme. Au moment où l’on parle de réchauffement climatique, d’économie verte et d’écologie, un retour à Giono serait une bonne entreprise au lieu de chercher ailleurs des théories économiques et écologiques qui opposent souvent les chercheurs en plusieurs groupes, comme des cannibales.

 

Wébert Charles


Une nouvelliste Prix Nobel de littérature 2013

Alice Munro, Prix Nobel de Littérature 2013
Alice Munro, Prix Nobel de littérature 2013

Jeudi 10 octobre 2013. Les médias ont attendu avec beaucoup d’impatience la proclamation du prix Nobel de littérature 2013. Le prix Nobel de médecine, accordé cette année à deux Américains et un Allemand, a ouvert ce lundi la saison des Nobel.

Parmi les favoris des médias internationaux pour le prix Nobel de littérature, les noms des écrivains américains Philip Roth et Carol Joyce Oates étaient les plus cités. Enfin, c’est leur voisine (linguistique et géographique) Alice Munro qui remporte la palme.

Alice Munro est une nouvelliste canadienne, née en 1931 à Ontario. Elle a déjà reçu plus d’une dizaine de prix pour ses nouvelles. Parmi lesquels le Prix Gouverneur général à trois reprises et le prestigieux prix Booker en 1980. Voilà que l’Académie suédoise vient de couronner sa carrière en lui octroyant le prix Nobel de littérature. Selon elle, Alice Munro est «  la souveraine de l’art de la nouvelle contemporaine ».

Depuis 1901 l’Académie suédoise octroie des prix aux écrivains du monde entier. Mais, c’est la première fois qu’elle récompense un auteur canadien. Et c’est une voix féminine. Mais, ce n’est pas la seule particularité du Nobel de littérature de cette année. C’est la première fois que la «nouvelle» a été récompensée. Genre de miniature par excellence, la «nouvelle» connaît de grand succès dans les pays anglophones. Mais dans le milieu francophone, elle ne connaît pas encore ses lettres de noblesse, malgré la gloire les grands nouvellistes français.

En 112 ans, le prix Nobel de littérature a récompensé tous les genres. Du théatre (Samuel Beckett) à la poésie (Thomas Tranströmer), en passant par le roman (G.M.G Le Clézio ou Knut Hamsun). Cette année, la nouvelle entre dans les palmarès du plus grand prix de littérature grâce à l’auteur de « Trop de bonheur », la Canadienne Alice Munro.

Wébert Charles

10/10/2013

 

 

Biographie :

Alice Munro est née à Wingham le 10 juillet 1931 de père éleveur et de mère institutrice. Elle a travaillé comme serveuse pour financer ses études à l’université Western Ontario. En 1968, elle se lance dans la littérature en publiant son premier recueil de nouvelles, La danse des ombres heureuses qui a reçu le Prix Gouverneur Général la même année. Là a débuté une longue carrière de nouvelliste internationalement reconnue. Elle a publié plus de quatorze recueils de nouvelles qui connaissent un succès mondial.


William Faulkner et la condition des Noirs aux Etats-Unis

Première de couverture du livre.Folio, Gallimard
Première de couverture du livre.
Folio, Gallimard

Le samedi 13 juillet 2013, George Zimmerman s’est vu acquitté du meurtre d’un jeune noir de 17 ans, Trayvon Martin, survenu le 26 février 2012 à Sanford, en Floride. Une occasion pour certains de reposer la question de la condition des Noirs aux Etats-Unis et dans le monde; et pour d’autres, d’accuser une Amérique raciste, une justice partisane… Tout ceci peut donc nous amener, à (re)lire certains auteurs américains du XXe siècle pour mieux comprendre l’évolution de la justice faite aux Noirs aux Etats-Unis dans la littérature américaine.

Cette démarche pose tout bonnement la question : « Que sait la littérature de l’histoire ? » Quoique la littérature ait tendance à caricaturer l’histoire, l’on ne saurait négliger la littérature de l’histoire. Ne faut-il pas caricaturer pour mieux faire ressortir les traits ? Dans cette démarche, William Faulkner, prix Nobel de littérature en 1945 et prix Pulitzer à deux reprises (1955 et 1963), constitue une piste importante.

Son recueil de nouvelles, « Une rose pour Emily et autres nouvelles », a été récemment repris par Gallimard dans sa collection Folio. Ce recueil regroupe quatre nouvelles tirées de son livre Treize nouvelles, paru pour la première fois en 1931 sous le titre original « These 13 » : Une rose pour Emily, Chevelure, Soleil couchant et Septembre ardent. Traduit par Maurice-Edgar Coindreau, R.-N. Raimbault et Ch.-P. Vorce, le livre met les projecteurs sur la condition des Noirs dans la ville de Jefferson au début du XXe siècle.

Le Noir, fils de l’Enfer

Jefferson est une petite ville située en Caroline du Nord. Elle occupe une place importante dans l’oeuvre de Faulkner. Que ce soit dans ses nouvelles ou dans ses romans, entre autres « Tandis que j’agonise » et « Lumière d’août ». Dans un style qui rappelle Edgar Poe, ou la Lodyans de Justin Lhérisson, voire de Georges Anglade, l’auteur du «Bruit et de la fureur» nous fait pénétrer les moeurs des habitants de cette ville et nous amène au coeur de l’Amérique raciste à la fin du XIXe siècle.

Si Faulkner conte l’histoire des familles blanches de la ville de Jefferson, ce sont des Noirs qu’il s’agit. Les nouvelles sont comme un prétexte pour pointer du doigt cette Amérique de début de siècle où le Noir n’est que domestique, blanchisseur, voleur ou violeur. Où l’enfer est Noir.

« J’suis fille de l’Enfer, mon enfant, dit Nancy. Bientôt j’serai plus rien. Je m’en retourne là d’où je suis sortie. ».

Voilà comment Nancy, la blanchisseuse noire de la nouvelle Soleil couchant, épouse de Jésus, un autre Noir, explique à Jason, le fils de son patron blanc, son destin. « J’suis rien qu’une négresse. C’est pas de ma faute », rumine-t-elle tout au long de la nouvelle. Faulkner se concentre sur les relations qu’entretiennent les Blancs et les Noirs dans cette localité. Un père qui refuse à ses enfants d’approcher les Noirs pour ne pas tomber malade. Une mère qui interdit la bonne noire de dormir dans sa maison, même pas sur le plancher…

Dans cette nouvelle, Faulkner raconte toutes les peurs, les péripéties et les calamités des Noirs de Jefferson. Emprisonnés. Battus. Bafoués. Méprisés. Tués. Persécutés jusqu’à se suicider. Nancy se verra battue par le seul fait qu’elle réclame son dû à un Blanc ou après sa tentative de suicide en prison. Mêmes les enfants sont conscients de la calamité d’être noir, et le petit-fils du patron se répète sans cesse « J’suis pas nègre, J’suis pas nègre », comme pour conjurer le sort.

La justice est-elle blanche ?

Si Nancy se voit emprisonnée à deux reprises, battue par la police ou abandonnée par son mari, la destinée de Will Mayes est bien plus tragique. Dans Septembre ardent, une rumeur circule. Une Blanche de quarante ans, Minnie Cooper, rejetée par les hommes de son village, serait violée par Will Mayes, un domestique noir. Et tous les Blancs sont de cet avis. Sauf le coiffeur Hawkshaw, que l’on retrouve aussi dans la nouvelle Chevelure.

« Accuseriez-vous une Blanche de mentir ?», dit un client à Hawkshaw dans une ville où le mot négrophile est une insulte et est souvent précédé de « sale ». Sale négrophile. Ainsi, une équipe entourée d’un ancien commandant, fusil en main, se décide au beau milieu de la nuit d’aller rendre à ce nègre ce qu’il mérite. Malgré toutes les manoeuvres et les supplications d’Hawkshaw, il ne put arrêter le commandant Mc Lendon dans sa rage de justice.

Tout ceci se passe au second plan dans les nouvelles. Faulkner se contente de raconter, de conter.

Il ne prend pas position. Il n’annonce en aucun cas la Négritude, le Noirisme ou autres mouvements intellectuels. Mais il dénonce ces injustices, braque son projecteur sur la condition des Noirs. Toutefois, ce recueil de nouvelles n’est pas idéologique (explicitement). William Faulkner, en bon nouvelliste, raconte les faits dans un pessimisme sombre. La lecture de ce livre laisse tout lecteur dans une profonde amertume et l’invite à se demander, plus d’un siècle plus tard, si la condition des Noirs a réellement changé aujourd’hui en Amérique. Malgré les grands progrès sociaux et économiques, si la justice est juste et le paradis sans couleur.

 

Webert Charles

Le Nouvelliste : 01/08/2013