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#HeForSheStronger, les hommes prennent la parole contre les violences faites aux femmes


Cinéastes, plasticiens, médecins ou anonymes s’expriment dans le cadre de la campagne digitale «#HeForSheStronger : 30 jours contre les violences faites aux femmes », lancée par l’entrepreneure et féministe camerounaise Patricia Bakalack. Ils dénoncent, tout en proposant des solutions contre ce fléau au Cameroun. 

Landry Mbassi

« Aucune bataille féministe ne s’est gagnée sans l’apport, même infime, des hommes, les inclure dans la résolution des problématiques liées au genre, les impliquer dans la lutte contre les inégalités où il y a des privilèges pour les uns (ce qu’il est souvent difficile aux hommes d’admettre) et des formes d’oppression pour les autres, en l’occurrence les femmes, est plus que nécessaire », affirme Patricia Bakalack, dans le cadre de la campagne digitale qu’elle a lancée en août sur Facebook, afin d’inviter les femmes à sortir de cette « attitude passive face aux violences dont elles sont victimes ». Entrepreneure basée entre Bruxelles et Yaoundé, l’ancienne actrice est une figure du feminisme au Cameroun.

Cette campagne donne la parole à des hommes d’univers et d’horizons divers. Loin de se lancer dans des discours moralisateurs, chacun d’eux, selon le canal qui lui sied le mieux (poème, témoignage, photo), explique pourquoi la violence n’est pas la solution pour s’imposer dans son couple (même si la femme est têtue jusqu’àààà) ou en famille. Parmi les nombreux témoignages reçus par l’équipe de la campagne, nous publions ici (avec l’accord des organisateurs de la campagne), ceux qui nous paraissent les plus édifiants.

« Je crois au sens de l’équité dans le couple », Landry Mbassi, curateur et promoteur culturel

Landry Mbassi est un artiste photographe et commissaire d’exposition bien connu de la scène culturelle au Cameroun, particulièrement dans le domaine des arts visuels. Il est engagé dans plusieurs projets comme le festival « YaPhoto » ou encore les Rencontres internationales des arts visuels de Yaoundé (Ravy), la biennale qui a célébré ses 10 ans en juillet, en faisant venir des artistes des 4 continents (Afrique, Asie, Europe, Amérique). Moi qui n’avais jamais entendu ce mordu d’art aborder un sujet aussi épineux dans notre contexte camerounais, j’ai été frappée par l’hommage rendu à l’éducation reçue de son père. Son père, homme de « l’ancienne technologie », qui avait déjà compris que la femme est un « trésor ». Faut-il le souligner ? Landry Mbassi est un fils du pays éton. Une ethnie où les femmes et les hommes sont réputés avoir de la poigne, du caractère. Mais Landry Mbassi sait se montrer doux. Il reconnaît que ce n’est pas facile, mais « impossible n’est pas camerounais ». Voici son témoignage pour « He for She ».

« J’ai reçu de mes parents une éducation exemplaire. Et aujourd’hui, devenu adulte, j’en suis hyper fier. Dès le bas âge (car il paraît que ça commence à la base), mes parents m’ont inculqué, davantage mon père, le respect mais encore le rôle et surtout la prise en compte des efforts de chaque personne qui constitue le couple. Aussi loin que remontent mes mémoires d’enfance, je ne me souviens pas avoir vu mon père et ma mère « se prendre la tête » en public et se déchirer devant leurs enfants ou des personnes étrangères à leur foyer. Encore moins mon père portant la main sur ma mère ». [….]

« Cette culture de l’harmonie de couple soutenue par un sens aiguisé du « savoir gérer » les moments durs, les incompréhensions et les prises de têtes, ont installé chez l’enfant et l’ado que j’étais un rapport à l’autre – la femme – qui me permet aujourd’hui de la considérer sur un pied d’égalité, autant dans la société (dans sa quotidienneté) que dans un espace plus intimiste. Je n’ai en effet jamais considéré la violence comme une option face à l’incompréhension, face à l’erreur ou à un comportement que l’on trouverait injustifié chez sa compagne ». […]

« J’ai ainsi grandi avec cette conception forte que la femme est un être qu’il faut accompagner et non cogner, nous devons en faire des partenaires, et l’on respecte ses partenaires. […] Ma mère savait tenir tête à mon père lorsqu’il fallait par exemple discuter budget du mois ou éducation des enfants. Je me souviens que mon père, habituellement plus souple dans ses punitions, se faisait souvent ordonner par ma mère de nous administrer des corrections qu’elle estimait à la hauteur des bêtises commises. Portait-elle le pantalon dans son foyer? Non. Mon père savait simplement être à son écoute. Et cette attitude m’a guidé tout au long de ma vie : savoir écouter l’autre, lui donner la parole quand c’est nécessaire, la laisser s’exprimer. Tout ceci permet d’éviter les violences que nous constatons de plus en plus dans nos jeunes foyers. Favoriser le dialogue, se mettre à la place de l’autre, le sens de l’équité, voilà d’où je le tiens. »

« Rien ne doit nous inhiber face à la violence tout court, mais plus encore, face à la violence faite aux femmes», Simon Bondje

Camerounais de la diaspora, son sens des valeurs, son respect de l’être humain, de la femme l’ont amené à sauver une jeune fille d’un viol collectif. Voici son témoignage pour « He for She ».

« PARIS, 19 ÈME ARRONDISSEMENT. Nous sommes en 2005, et à l’époque tout juste trentenaire, je traîne un physique de boxeur, une dégaine de videur de boite de nuit, avec l’insouciance de l’âge qui lui sied.

La cave, il est 7h30 environ, Paris se réveille. Je remarque tout de suite un trio qui se dispute près d’une camionnette, deux jeunes hommes, la trentaine, et une jeune femme. « Je ne monte pas avec vous ! » n’arrêtait pas de crier cette dernière, que l’un des gars agrippait fortement, essayant de la pousser de force dans la camionnette. J’avais remarqué ce couple, nous étions dans la cave ensemble, et ça buvait, ça dansait langoureusement, ça rigolait, ça flirtait, ça sautait aux yeux que c’était sa go… Mais alors, qu’est-ce qui n’avait pas marché ? L’indifférence des autres « cavistes » devant cette scène m’interpella et pendant que mbombo démarrait sa voiture, je partais aux nouvelles. Il tenta de me dissuader de m’y mêler:

Arrivé à la hauteur de la camionnette, je salue aussi poliment que les Isenbeck ingurgitées la nuit me le permettaient, et m’enquiers de la situation auprès de la demoiselle, qui de près paraissait bien plus jeune. Elle devait avoir 20 ans au grand maximum, un fort accent du pays, et une tignasse de lionne du Brésil. L’homme me répond sur un ton peu amène : « C’est ma copine, et je vais la ramener de force s’il le faut ! »

Ce n’était pas bien engagé…. Il était furax, son pote au volant, moteur qui tourne…

M’adressant à la jeune femme: « alors Mademoiselle, que se passe t-il ? » Le récit dévoila que OUI, le mec était bien son gars, mais que NON, celui qui est au volant elle ne le connaît pas et donc, NON, elle ne veut pas partir avec les deux qui, selon elle, avaient un plan un peu gourmand…

Moi :  » Bien, Mademoiselle, que voulez-vous faire? »
La jeune femme : « Je veux prendre le métro… »
Moi : « D’accord, je vais vous acc… »

À peine ai-je commencé la phrase que le gars m’a violemment interrompu : « Si tu ne montes pas, je te gifle ! »
Ma réponse ne s’est pas faite attendre : « Si tu la gifles, je te frappe ! »
Il a giflé sa go, je lui ai collé une gifle du droit, et un crochet du gauche. Game over ! Le djo se rendant compte que le combat était légèrement inégal, remonta fissa dans la camionnette de son ami, et ils ont décampé. La demoiselle est rentrée chez elle, en métro.

Rien ne doit nous inhiber face à la violence tout court, mais plus encore, face à la violence faite aux femmes qui, très souvent, part du postulat de leur faiblesse physique. Nous devons intervenir. Car ce matin-là, j’ai probablement sauvé une fille d’un viol collectif aux conséquences dévastatrices.

Lorsque je vais à la voiture, mon mbombo me demande : « Mbombo, tu n’as pas pris son numéro ? » Près de 15 ans plus tard, mbombo ne comprend toujours pas…

« Désolé de ne pas avoir vu », Roch Lessaint Mie-Ndunga

Si Landry Mbassi invite les hommes à faire appel au dialogue pour faire face aux tensions dans le couple ou la famille, certains reconnaissent leur culpabilité et demandent pardon. Le 27 août, Roch Lessaint Mie-Ndunga s’est fendu d’un poème à ce sujet. Le voici. 

Pauvre monde! Tristes hommes!
Faut pas vraiment se fier aux apparences…
Je n’ai pas vu!
Je n’ai rien compris!
J’ai manqué d’attention et de discernement!
J’ai aussi donc été floué, battu, violenté et laissé nu par cet homme, ces hommes qui s’expriment par les poings, la violence…
Je n’ai pas les mots…
Désolé de pas avoir vu.
De pas avoir compris…

Annick Ayissi, je sais qu’aucune parole, aucun regret ne peut guérir toutes ses blessures inscrites sur ton corps, gravées dans ton âme… souillées ton esprit… volées ta liberté…
Ça ne devrait même pas arriver…
Tu m’en vois désolé…
Pour ton courage…
Pour toutes les Patricia Bakalack,
Les Kareyce Fotso ,
Les Annick Ayissi,
Pour toutes ces héroïnes de ma vie…
Je vous aime!
Sans condition!

« Bourreau n’est pas une fatalité », Guy Ella

La violence, particulièrement celle faite aux femmes, est-elle une fatalité ? De mon modeste point de vue, je pense que non. Il est possible que le bourreau d’aujourd’hui soit l’ami demain. J’ai quelques exemples autour de moi qui m’incitent à penser ainsi. Des hommes violents qui ont réussi au fil du temps à tempérer leur ardeur. Certes le processus est long et les « rechutes » ne sont pas à exclure. Mais avec la volonté certains réussissent à changer. C’est pourquoi j’adhère au témoignage de Mr Guy Ella et trouve la démarche de Patricia Bakalack de donner la parole aux hommes assez importante. Les hommes sont souvent les grands oubliés des campagnes de lutte des violences faites aux femmes. Il est certes très important d’apprendre aux femmes que leur corps leur appartient, que personne n’a ne le droit de les obliger à faire ce qu’elles ne veulent pas. Il est aussi important d’éduquer les hommes, de les aider à maîtriser leurs pulsions violentes. Car ils sont aussi des « victimes » de cette violence qui les rend dans certains cas aussi malheureux. Quelle fierté tirer d’une famille disloquée, d’enfants livrés à eux-mêmes, d’une place dans la rubrique des faits divers d’un journal ? Mais il faudrait que les hommes acceptent aussi la main qui leur est tendue, qu’ils acceptent un travail qui prendra sans doute du temps. Cette réflexion de Guy Ella est très intéressante.

« Les campagnes contre, quelles qu’elles soient, tombent généralement toutes dans le piège du blâme. Celle-ci, contre les violences faites aux femmes, la parole aux hommes en 30 jours, a d’ores et déjà emprunté cette voie. Un classique donc dans lequel je choisis de m’inscrire en faux, comptant que la loi faisant déjà le job de sanction –dans le meilleur des mondes- il y a bien mieux à faire, avec une approche inclusive de la sortie de crise : comprendre et accompagner le bourreau vers une voie de sortie du cycle de la violence.
J’entends que l’étiquette « bourreau » n’est pas une fatalité, et donc qu’on peut en sortir. Mon leitmotiv : un de soigné, une voire dix de sauvées !

Comprendre le bourreau, ce n’est pas forcement excuser sa violence. Elsa Kane.

Tout part d’un constat avéré sur les réseaux sociaux: pas un seul post sur les violences faites aux femmes, où un homme ne se fendra d’un « faut aussi voir ce qu’elle lui a d’abord fait » ou « elle aurait pu éviter ça », sous-entendu « elle doit connaître les limites de son homme »… Arguments qui ont tendance – et à raison – à faire bondir de leurs fauteuils les activistes de la cause, avant que tout ne bascule dans l’émotionnel, rendant impossible tout dialogue constructif entre les deux parties.

Cependant, dans les mêmes réseaux sociaux, jamais vu un post assumé « Je suis un bourreau. », et pour cause, ça n’est pas une étiquette reluisante à mettre dans son CV, preuve que cela est vécu par eux-mêmes comme une honte.

Mais c’est connu, l’Afrique ne sait pas faire face à ses tares, ni résoudre pratiquement ses problèmes, tandis qu’ailleurs les thérapies de groupe existent pour toutes sortes de tares, y compris la violence.

Comprendre le bourreau c’est donc surtout l’aider à voir qu’il y a de la violence en lui, que cette violence ne dépend pas de comportements extérieurs, et surtout pas des agissements d’une femme.

Comprendre le bourreau c’est surtout lui expliquer que ce qu’il prend pour les causes de sa violence, à savoir les paroles ou agissements des femmes, ne sont que des prétextes à l’expression d’une violence que l’éducation n’a pas su éradiquer.

Comprendre le bourreau c’est surtout l’aider à revivre les scènes de violence dont il est coupable, son émotion après le passage à l’acte, les petits arrangements entre soi et soi-même, à commencer par nier l’évidence « je ne suis pas violent à la base », puis la fuite en avant « c’est sa faute », le moment de solitude « n’importe qui à ma place ferait la même chose », et bientôt la honte « surtout personne ne doit savoir ». En effet, « batteur de femmes » est une étiquette difficile à assumer face au public.

Comprendre le bourreau, c’est surtout lui faire accepter qu’il a besoin d’aide, lui proposer une thérapie pour en sortir, se défaire des chaînes de la violence, en sorte que toute crise, toute agression sur sa personne, trouveront des réponses dignes d’un véritable homme de caractère.

Enfin, soigner le bourreau, c’est résoudre le problème des violences faites aux femmes. »


Ma vielle Mercedes est plus grosse que la tienne

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Ou comment certains jonglent avec les visites techniques et la prévention routière au Cameroun.

Le 26 septembre, la mesure exigeant aux automobilistes, notamment aux chauffeurs taxi de Yaoundé, de revoir l’état physique et technique de leurs véhicules est entrée en vigueur. Cette décision intervient dans un contexte particulier avec l’organisation de la CAN féminine 2016. Depuis lors, c’est à un jeu de chat et de la souris que se livrent les taximen et les forces de l’ordre.

 

Credit photo: abenchalors!
Credit photo: abenchalors!

Comme toujours, les premiers n’en font qu’à leur tête, les autres trop heureux de les pourchasser non pas pour vérifier si effectivement les chauffeurs ont respecté les consignes, mais pour gratter quelques billets de CFA. Et alors ? Dites-vous, quel est le rapport avec les accidents de la route ?

En réalité, cette mesure interdisant la circulation des vieux taxis illustre bien le quiproquo camerounais. C’est un secret de polichinelle, 80% des voitures en circulations sur nos routes sont ce que nos frères ivoiriens appellent les « France au revoir ». De très vielles bagnoles simplement bonnes pour la casse fumant comme, sinon autant que des locomotives. Avec un mauvais système de freinage, sans éclairage ou signalisation, etc.

Et ne leur parlez surtout pas de visite technique hein ! C’est une perte de temps et qui dit temps dit argent. Alors même que l’arrêté du 23 février 1998 portant réglementation de la visite technique des véhicules au Cameroun. L’arrêté précise bien la périodicité, la procédure, le type de véhicules et les indications que doivent porter les certificats de visites techniques.

 Il est par exemple indiqué que « Les forces de la police ou de la gendarmerie nationale peuvent le cas échéant ordonner des visites techniques lorsqu’ils constatent que la voiture émet des fumées ou des gaz opaques, des bruits susceptibles de gêner les usagers, etc.

 Pourtant, je ne compte pas le nombre de fois où j’ai failli être renversé parce que je n’avais pas vu venir un taxi ou une voiture « personnelle » sans phares.

Et quand mon voisin Pa’a Raymond démarre son taxi chaque matin pour laisser les enfants du voisinage à l’école, je ne vous dis pas le genre de bruit que sa bagnole émet. Kriiiiiiiiiiiiiiiiiiisssssssssss jusqu’à, les sourds (comme moi) peuvent entendre !

C’est le contrôle routier que tu veux voir ?

Tous ceux qui ont l’habitude de voyager par car le savent. La prévention routière est un juteux business. Une belle affaire que la gendarmerie ont « arraché » de force aux agents des ministères des Transports. Des enquêtes de journalistes ont révélé que les nombreuses barrières et postes de contrôles érigées çà et là sur nos grands axes routiers ne jouent pas forcément un rôle de prévention. Il s’agit en fait d’un moyen pour certains gendarmes souvent sans rémunération de se faire un peu de sous en attendant la « tombée » d’éventuels salaires.

Tous les automobilistes et depuis peu les moto-taximen aussi le savent, lorsqu’ils traversent certaines barrières. «Il n’y a pas trente-six solutions. « Soit tu payes pour ci1rculer librement soit tu passes toute la journée sur place avec ta voiture et tes passagers », nous as confié un automobiliste. Vous avez dit prévention routière !

« Ce billet est ma contribution dans le cadre de la campagne #StopAuxAccidentsRoutiers » Retrouvez le prochain billet de la campagne rédigé par Didier Ndengue  dans son blog https://ndengue.mondoblog.org/

Pour suivre la compagne, vous pouvez suivre le hashtag #StopAuxAccidentsRoutiers sur les réseaux sociaux.

Retrouvez également les articles publiés les jours précédents :

Cameroun : comment on obtient le permis de conduire ? (Ecclésiaste Deudjui)

Stop aux accidents routiers – Le jour où tout a basculé ! (Carole Leuwé)

Accident de la circulation : A cause de la route, « tu nous manquerons » (Thierry DidierKuicheu)

Et si ces routes avaient existé ? (Wiliam Tchango)

C’est elle la tueuse ! (Frank William Batchou)

Circulation : Ces pollueurs qui menacent nos vies (Mathias Mouendé Ngamo)

#StopAuxAccidentsRoutiers, Douala à l’ère du numérique (Danielle Ibohn)

La route tue, et nous aussi… (Fotso Fonkam)

Nos routes, ces caisses à sous mal entretenues (Armelle Sitchoma)

Ce que font les automobilistes Camerounais quand ils sont au volant ( Yves Tchakounte)

Le Smartphone, une cause d’insécurité routière au Cameroun (  Fabrice Nouanga)

 

 

 


J’ai rêvé de la cité de Cocody

Abidjan by night. Wikipédia
Abidjan by night. Wikipédia

 

 

J’ai rêvé de la cité de Cocody
J’ai rêvé de la Côte d’Ivoire
De « M’bidjan »

J’ai rêvé de la douceur de tes réverbères
Sur ma curiosité d’enfant du Cameroun
J’imaginais tes belles rues tracées comme pour m’accueillir
Peuplées de « woros woros », de « gbakas »
Le chaud accueil de ton peuple vêtu du pagne aux mille couleurs
J’imaginais tes ruelles sombres où pour seule lumière filtrait la voix rocailleuse d’Alpha Blondy
J’ai rêvé de la cité des Cocody,
Que de fois j’ai rêvé de toi Co, cocody rasta

Mes pieds harassés par la marche, mille fois ont foulé le doux sable de la plage de Sassandras
Que de fois j’ai emprunté « les gbakas » pour aller voir les fanicos à Yopougon
Ah ! Comme c’était beau le patchwork formé par tous ces habits !

J’ai marché, marché, marché au hasard de mes rêves
Yop city, Manhattan des tropiques, les Cocody, La rue Princesse
Abidjan, Yamoussokro, Bassam, San Pedro

Ivre de faim et de fatigue j’ai échoué dans un « Maquis »
Comme un poisson mort rejeté sur la grève par des vagues furieuses
Imitant l’accent d’une tribu de là-bas j’ai dit :
« Maman Diaby sert moi l’alloco ! »

On m’avait tant parlé de toi,
De la grandeur de tes présidents
De la beauté du pays de l’éléphant de la richesse de ton sol
On m’avait dit tout bas à l’oreille :
« Les tribus de ce peuple forment un arc-en-ciel »

Ô Pays de l’Eléphant !


C’est la Syrie qu’on assassine !

Crédit photo : klick
Crédit photo : klick

Écoutez jeunes gens !
Entendez-vous ce cri qui déchire le ciel sombre d’Alep ?
Entendez-vous ce hurlement de douleur ?
Une frêle silhouette seule au milieu des décombres
Le visage poupin tout chiffonné inondé de larmes
Le chétif corps écoué par des spasmes violents
Un petit garçon, seul
Sur les visages ridés, fripés de vieillards au regard éteint, infiniment triste
Coulent lentement des larmes

Il pleut sur Alep
Des bombes qui n’épargnent
Ni innocents, ni truands
Ni petits, ni grands

Tout s’effondre, comme cette cité d’Alep
Qui fut jadis l’orgueil d’une Syrie enviée et adulée
Jusqu’à ce qu’un matin la mémoire leur soit revenu
Des rebelles formés et armés au nom d’un peuple
Qui meurt aujourd’hui sous les balles de ces mêmes rebelles
Un boulevard largement ouvert aux terroristes

Il pleut sur Alep
Des bombes qui n’épargnent
Ni innocents, ni truands
Ni enfants, ni parents
Tout n’est que pleurs, désolation
Indignation, et révoltes

Parlez-moi de la Syrie des classes moyennes aux solides bagages intellectuels !
Parlez-moi de ce pays au patrimoine culturel immense !

Orgueil d’Orient !
Pays du tapis fait main
Célébré dans le monde entier pour son artisanat

Parlez-moi des draps de Hana !
Parlez-moi du château de Krack !
Parlez-moi du souk-Al !

Parlez-moi de Palmyre!

Parlez-moi de la citadelle d’Alep !
Parlez-moi du savon d’Alep !
Ô Alep !

Que reste-il de cette Syrie là ,
De ce peuple enlisé dans une guerre « civile »
Qui ne s’explique pas ?


N’oublions pas les lycéennes de Chibok.

 

Des mères éplorées. Crédit photo : Afp
Des mères éplorées. Crédit photo : Afp

Dans quelques jours, le 11 février particulièrement, des milliers de jeunes Camerounais défileront à travers le pays pour célébrer avec ferveur la 50éme édition de la fête nationale de jeunesse. Une célébration qui s’annonce grandiose pour marquer le sceau des 50 ans d’existence de cette commémoration. Une fête dont le faste cachera mal, les difficultés d’une jeunesse en perte de repères, minée par un chômage endémique, obligée de se coltiner des petits boulots pour survivre dans un environnement où la corruption s’est érigée en mode de fonctionnement. J’aurais pu écrire sur tous ces problèmes mais d’autres l’ont fait avec l’analyse, le ton, l’indignation qu’il faut. En ce début du mois de février, mes pensées sont pour les lycéennes enlevées un sombre jour d’avril par la funeste secte Boko Haram.

Un avenir sacrifié

Dans une société patriarcale qui reconnaît à la femme  le seul rôle d’épouse et de mère, elles s’étaient battues bec et ongles pour accéder à l’instruction.  Unique moyen pour elles de se construire dans la dignité, un avenir radieux. Installées dans des villages au fin fond du Nigeria dans des bleds où le développement semble s’être arrêté il y a 50 ans,  elles devaient braver chaque jour  des centaines de kilomètres pour aller à l’école. Élevées par des parents pauvres parmi les pauvres,  elles étaient l’espoir de toute une famille, de tout un village. En avril prochain, cela fera malheureusement deux ans que ces adolescentes ont été enlevées. Deux ans que les parents ont perdu le fil qui les rattachait à la vie. Que sont-elles devenues ? La question est douloureuse. Très douloureuse. La barbarie du groupe Boko Haram est connue de tous. Plus de 20 000 personnes ont déjà périt sous le bombes du groupe armé. .

 Une mobilisation internationale et puis plus rien

Pourtant quelques temps après leur horrible kidnapping, une grande manifestation abondamment médiatisée avait mobilisé de milliers de personnes à travers le pays. La mobilisation fut totale comme seuls internet et les médias sociaux le permettent aujourd’hui. De la première dame des États-Unis Michelle Obama au citoyen lambda tout le monde criait « Bring back our girls !». La ferveur médiatique est depuis retombée et les filles restent introuvables. Rien ne semble bouger ou si peu. En ce mois de février dédié à la jeunesse, c’est le cœur lourd que je pense à tous ces jeunes de Gaza, de Syrie, de Bolivie, du Rwanda, du Congo du Nigeria, du Cameroun, du Tchad, de Côte d’Ivoire, etc, sacrifiés sous l’autel de désirs égoïstes. Un adage dit «  l’oubli est le vraie linceul des morts », il peut aussi, si nous ne prenons garde, être celui des vivants. N’oublions pas les lycéennes de Chibok!

 

 


Dakar : capitale africaine du street-art

Au Sénégal, le graffiti n’est pas seulement une technique artistique liée à la mouvance du hip-hop, il est aussi utilisée comme un moyen d’expression pour des revendications sociales et politiques.

Crédit photo : Groupe Amoniak Graff.
Crédit photo : Groupe Amoniak Graff.

Sitôt arrivé à l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar, le visiteur est tout de suite happé par l’ambiance chaleureuse de la capitale. Entourée par l’océan Atlantique, Dakar est une ville au relief plat. Elle s’étend sur une superficie d’environ 82,38 km2. Il est vrai que l’architecture traditionnelle et celle héritée de la colonisation ont cédé la place à des constructions d’un style plus contemporain. Mais Dakar reste une ville chargée d’histoire au charme indéniable. Dans certains quartiers de la ville, il est toujours possible de plonger dans l’ambiance du passé. C’est le cas selon Medou, employé dans une résidence hôtelière, des quartiers comme Dakar plateau, le Pont, la Gare ou encore dans la Medina. Ce quartier populaire est l’une des 19 communes d’arrondissement de Dakar où il n’est pas rare de tomber sur des constructions anciennes et leurs fameux « toits-terrasses » où le soir venu, il fait bon de se prélasser en profitant de l’air frais des nuits dakaroises.

Le show de l’art urbain

A la faveur de plusieurs événements internationaux comme le sommet de la Francophonie tenue du 28 au 30 novembre 2014, la capitale sénégalaise a fait sa mue. Le gouvernement sénégalais a entrepris d’importants travaux pour améliorer la qualité des infrastructures d’une ville qui abrite, à elle seule, près de la moitié de la population sénégalaise. Aujourd’hui, avec ses autoroutes bien tracées, ses immeubles, ses HLM qui sortent de terre comme des champignons, ses rues bordées de palmiers et d’arbres de toutes sortes, Dakar affiche le fier visage d’une métropole africaine moderne et dynamique.

Dakar bouge et porte bien son nom. Car l’art est présent partout dans la ville et témoigne de l’attachement d’un peuple pour la chose culturelle. Sur la Corniche ouest de Dakar, sur la place du souvenir africain, au Mamelles ou encore sur la place de l’indépendance, des sculptures géantes de plasticiens locaux ou étrangers racontent l’histoire passée et présente du Sénégal.

A cote de cet art formel reconnu de tous, une forme esthétique et culturelle se développe depuis de nombreuses années. C’est le street-art, plus précisément le graffiti. Impossible de mettre un pied dans la capitale du Sénégal sans voir un mur décoré de dizaine de tags. Les tags sont des graffs tracés ou peints par les graffeurs aussi appelés tagueurs et qui se caractérisent par un graphisme proche de l’écriture.

Selon Jean Kouam Tawadje, professeur d’arts plastiques à l’université de Yaoundé 1, le graffiti est par essence un art de la rue. C’est une technique artistique née aux Etats-Unis vers les années 1970. Le graffiti est lié à la culture hip-hop dont il est une des formes d’expression à côté du rap et du breakdance. S’il est difficile de remonter à la genèse du graffiti au Sénégal, Mamadou Sow, jeune bloggeur très attentif à ce qui se passe dans sa ville, pense que la pratique date des années 1990.

Le graffiti est une discipline duhip-hop et Sénégal, ce mouvement est assez ancien », dit-il en faisant allusion au Positive Black Soul, le groupe de rap fondé dans les années 1990 par Didier Awadi et Doug E. Tee. LePSB fut l’un des premiers groupes de rap d’Afrique francophobe a cartonné sur la scène internationale. « Le Sénégal compte au bas mot près de 000 groupes de rap, Dakar ne pouvait pas rester en marge de ce phénomène », souligne le journaliste sénégalais, Abdou Rahmane Mbemgue. L’une des figures de proue de ce mouvement est le « graffeur Docta », de son véritable nom Amadou Lamine Ngom. A bientôt 40 ans, « le docteur des murs » est une véritable star

chez lui. « C’est un artiste socialement, engagé », précise notre source. Pour « Docta », le graffiti est art pour communiquer avec la population. Cette vision a beaucoup influencé les travaux des autres graffeurs dakarois. « Le graffiti permet aux artistes de s’exprimer artistiquement et de contribuer aussi à la beauté de la ville », soutient Assane Fall. Bibliothécaire de profession, le jeune dakarois s’intéresse aussi à la culture urbaine de son pays. « De nombreux gaffeurs ont contribué à embellir certains quartiers où les murs étaient en souffrance », affirme Georges El Dials, un autre dakarois. Au fil des années, les travaux des graffeurs ont fini par donner à la ville cette ambiance particulière qui a séduit tant de touristes à travers le monde. Souvent organisés en groupes, les artistes ne se donnent à effet aucune limite. Les fresques peuvent être de simples lettrages ou alors des peintures murales beaucoup plus élaborées.

IMG_20151205_135825Le style est très varié et emprunte au « old school », « free style », au style peinture mais le ballet de couleur est toujours au rendez-vous. Les graffeurs utilisent par habitude lestons chauds comme le rouge, le jaune, etc. Le résultat est toujours à la hauteur des attentes. Comme on peut le voir sur la Corniche à Dakar à plusieurs mètres de la Place du souvenir africain. La fresque longue de plus d’une quinzaine de mètres présente dans un bel ensemble où domine le ton vert, l’importance du sport dans une ville où il est courant de croiser des sportifs à toute heure de la journée. Au Croisement Cambéréne dans le nord-est de Dakar, le groupe « Amoniak Graff » invite les visiteurs à la contemplation d’une longue fresque réalisée en hommage à Nelson Mandela. Les artistes sénégalais sont très fins dans leur travail.Le graffiti tel que pratiqué au Sénégal surprend aussi par les différentes configurations qu’il peut prendre. Il est devenu au fil des ans un moyen pour les jeunes Sénégalais d’exprimer leur opinion.

L’art de la revendication

« Libérez Karim Wade ! ».L’inscription est écrite en gros caractères. Dans les soucis d’attirer l’attention d’un grand nombre de personne, les partisans du fils de l’ancien président du Sénégal, Abdoulaye Wade, incarcéré depuis 2014 à la maison d’arrêt de Reubeus à Dakar pour détournements de fonds publics, ont choisi des points stratégiques de la ville. Non loin du Stade Léopold Sedar Senghor, où s’effectuent depuis plusieurs mois, les travaux de construction d’une autoroute. Le message est bien visible pour les piétons et les automobilistes, surtout les plus attentifs qui empruntent cette voie. A l’observation, l’inscription date de longtemps. Pourtant cela ne semble gêner personne. Les Dakarois vont et viennent sans y prêter attention, au grand étonnement de ceux qui viennent des pays où la moindre allusion à des opposants est sévèrement réprimée. Ce d’autant plus que le message n’est pas isolé.

En parcourant Dakar, il est loisible de tomber sur des dizaines de tags de même type, c’est-a-dire de simples lettrages. Lorsqu’ils ne font pas allusion à Karim Wade, ils sont utilisés pour demander la libération des personnalités comme Cheik Allassane Sène. Le guide religieux emprisonné en février 2015, selon le journal « Le Quotidien », pour « acte de terrorisme ». « Ces types de tags ne sont pa artistiques et je trouve qu’ils salissent plutôt les murs », regrette Assane Fall. « Les tags sur les murs peuvent être des slogans politiques, des insultes entre hommes politiques des règlements de comptes ou parfois des mots de soutien en faveur d’un homme politique en mauvaise posture comme le libérez Karim Wade !», explique le journaliste Abdou Rahmane Mbemgue.

En période électorale, les murs de Dakar sont inondés de messages. En ce début du mois décembre, les empoignades des dernières élections municipales de 2014 sont encore visibles partout dans la ville. Pour de nombreux Dakarois, ce phénomène est à l’image du peuple sénégalais très attaché à l’idéal de la liberté d’expression. « Le Sénégal a une longue tradition démocratique et la liberté d’expression est bien ancrée chez les jeunes. Le mouvement Yen a marre, cité comme modèle d’engagement des jeunes, fait aussi des émules au Mali, au Burkina-Faso », revèle l’homme des médias. En dehors de cet aspect, on remarque que le graffiti sert parfois à valoriser les coutumes.

L’esprit de « la teranga», cette hospitalité et courtoisie si chère aux Sénégalais se retrouve également sur les murs. « Dr Mbacke Dia merci pour la scolarisation des femmes et leurs financements », sont gravé en belles lettres sur les murs du lycée de Patte d’oie en face de la mosquée du même nom. « Parmi les représentations picturales sur les murs de Dakar, il y a les photos des personnalités religieuses, (imans, marabouts), qui sont des personnalités vénérées et très respectées par les Sénégalais. L’Islam sénégalais est un islam confrérique, et ces photos de marabouts sont une façon d’exprimer* une appartenance confrérique », poursuit le journaliste.

Ce dynamisme du street-art sénégalais a fini par susciter l’intérêt de plusieurs structures. Un festival international du graffiti existe depuis 2008 et, en mars 2015, le géant américain Google, à travers sa représentation d’Afrique, s’est proposé de conserver à travers la création d’une galerie photo, cet art éphémère. Au cinéma, Abdoul Aziz Cissé et Wagane Guéye ont tourné un documentaire « Aaru Mbedd » (Les murs de Dakar). Mais les défis auxquels sont confrontés les graffeurs sénégalais restent nombreux. Outre l’organisation du secteur, ils se battent pour que leur discipline soit reconnue comme un art à part entière. Pour que Dakar devient véritablement la capitale du street-art.


Et si l’Afrique refusait le développement ?

Credit photo:Africanews.com
Credit photo:Africanews.com

Les derniers événements qui ont secoué le Burkina Faso montrent comment la paix est fragile en Afrique. Alors que le pays des hommes intègres s’apprêtait à donner au monde entier une belle leçon de démocratie, surprise : c’est la tentative de coup d’Etat du général Diendéré. Quelque 1 300 militaires du régiment de sécurité présidentielle (RSP) conduits par le général Diendéré qu’ils ont choisi comme figure de proue veulent s’emparer du pouvoir à Ouagadougou. Le président de la transition, le premier ministre sont faits prisonniers.
L’absurdité d’une telle action n’échappe à personne. On n’a pas besoin d’avoir fait sciences politiques pour comprendre que le coup de force « vintage » de la RSP était tout sauf l’émanation d’une volonté populaire. L’évolution de la crise burkinabè et les aveux du général Diendéré qui a reconnu la mort dans l’âme, avoir « eu tort » donnent raison à tous ceux qui ne voyaient pas cette situation folklorique prospérer.

La démocratie est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple, dans sa définition la plus simple. Dans un pays démocratique donc, c’est le peuple qui choisit ses dirigeants. Le président est élu au suffrage universel pour servir les intérêts de la nation. Hélas, la réalité africaine est tout autre. Dès les années 60, après d’âpres luttes pour conquérir son indépendance, l’Afrique a basculé dans une spirale où les coups d’Etat étaient un mode opératoire. Le Burkina Faso, le Nigeria, la Centrafrique, le Tchad, le Ghana, ont eu des présidents arrivés à la tête du pays par la force des armes. L’histoire de notre continent, qui ne s’appelle pas A-FRIC pour rien est aussi pleine d’histoires de gouvernements démocratiquement élus qui se sont transformés en régime totalitaire ou en monarchie par la suite. Ce triste constat pourrait conduire à se demander dans un langage terre à terre si les Africains sont fâchés avec la démocratie ?

Coup d’Etat constitutionnel

Je crois que l’une des principales entraves à l’alternance à la tête des Etats africains est due au fait que la réussite sociale est tellement liée au pouvoir que tout le monde se bat pour être dans ce d’aucuns ont finit par appeler « la mangeoire ». La plupart des gouvernements fonctionnent comme des cercles et tous ceux qui sont étrangers à ces cercles ne peuvent jouir des privilèges auxquels ils ont pourtant normalement droit en tant que citoyens de leur pays.
Même les hommes d’affaires ont fini par se convaincre qu’il est difficile d’exister hors du cercle au pouvoir. Résultat : c’est la ruée vers les postes de sénateurs, députés, maires…
Et pourtant je ne connais pas de peuple aussi épris de liberté, de démocratie que le peuple africain. Alors qu’avec le régime totalitaire, la monarchie on se bat pour durer, on met son intelligence au service des coups les plus farfelus pendant que le peuple qui vous a élus agonise et crie famine.
Les Africains sont des gens épris de liberté et attachés à la paix. Nous avons très vite pris conscience que l’alternance au pouvoir est le moyen pour sortir du sous-développement dans lequel nous vivons depuis les indépendances. Hélas ! De nombreux politiques africains ne sont que des politiciens qui font la politique contre les hommes et non pour préparer un meilleur avenir aux hommes.


L’enfant de l’autre

Portrait d'une petite fille. Flirck.cc
Portrait d’une petite fille. Flirck.cc

 

Mamou porta une main tremblante à sa tête, surprise de constater que sa tête était toujours à sa place. Le coup était pourtant d’une puissance sismique. Comme d’habitude sa tante n’était pas allée du dos de la cuillère. La gifle fut magistrale. Les traces des doigts étaient encore visibles sur la joue de Mamou. La petite fille essaya vainement d’étouffer les sanglots qui lui montaient à la gorge. Ce fut plus fort qu’elle, sa douleur éclata soudain comme un fruit trop mûr. Un cri déchira le ciel noir d’Ongolaville surprenant le voisinage qui se délectait des aventures de « Cosita Linda » diffusée sur la télévision nationale.

Mamie la vendeuse de beignets et spécialiste du kongossat fut la première à se retrouver près de Mamou. Elle posa un regard interrogateur sur sa tante. Celle-ci, son beau visage de madone déformé par une vilaine colère cracha furibarde, « Cet enfant n’est qu’une petite peste ! Elle vient de casser mon vase, dernier vase de Chine ». « Ah toi aussi, on ne tape pas sur les enfants la nuit ! », dit Mamie pour calmer sa voisine avant de s’en aller non sans avoir « gentiment » grondée Mamou. Recroquevillée dans un coin du salon, Mamou, petite Cosette misérable, sanglotait tristement en prenant garde de ne pas « embêter » sa tante avec ses pleurs.

De temps à autre, elle jetait des regards craintifs vers celle-ci. Dans sa tête d’enfant se bousculaient mille et une questions. Pourquoi recevait-elle toujours les coups dans cette maison qui comptait pourtant plusieurs enfants ?

Quand tonton Gilbert, le mari de sa tante était présent, les choses se passaient autrement. Mais il travaillait en plein temps et parfois après une dure journée il préférait, pour avoir la paix, ne pas intervenir. Un soir d’ailleurs sa femme l’avait vertement répondu « Je la corrige comme j’ai été  élevée enfant. C’est pour son bien ! »

Malgré son chagrin, Mamou puisa dans ses souvenirs que les multiples brimades n’avaient point effacés pour se remémorer l’époque où c’était l’amour fou entre sa tante et elle. Elle vivait encore chez sa mère au village. A chaque visite de sa tante, elle la harcelait de questions. « Tatie, tatie, tu m’as gardé quoi ? Tatie tu vas m’amener à Ongolaville avec toi ? Tatie, je veux voir mes cousins ! »

Comment cette tante qui lui ramenait toujours quelques friandises à grignoter, des vêtements achetés à Blackbazar avait pu se transformer en un tel dragon ? Ses punitions étaient devenues de véritables tortures. La fillette se rappelait ce jour où, prise d’une inspiration diabolique sa tante avait enduit son sexe de piment. Mamaou avait souffert le martyr tout simplement parce qu’un matin tenaillée par une faim dévorante elle était allée se servir dans la marmite. Sa tante l’avait traitée de voleuse, l’accusant d’avoir pris le plus gros morceau de viande. Celui réservé à tonton Gilbert. Mamou travaillait comme une machine, passait une journée entière sans manger. Elle savait qu’« une fille doit travailler pour gérer son futur foyer ». Mais pourquoi Anita sa cousine de loin son aînée, n’était pas soumise au même traitement ?

Mamou essaya de réfléchir. Et si tout cela n’était en fin de compte que le résultat d’une situation normale, voire courante… Et si en fin de compte tout cela arrivait par qu’elle n’était que l’enfant de l’autre ?

Elle poussa un soupir à fendre l’âme, s’étira peureusement sans pour autant bouger de son coin. Elle attendait craintive, que sa tante vienne la sortir de son cachot.


Terrorisme : la guerre sur les réseaux sociaux

Crédit photo: Rtci.tn
Crédit photo: Rtci.tn

Les organisations terroristes ont très vite compris les enjeux d’une communication de proximité en ce 21e siècle. Twitter, Facebook, YouTube sont leur terrain de chasse autant pour recruter que pour toucher des nations entières.

Depuis les attentats-suicides perpétrés par Boko Haram et qui ont coûté la vie à plusieurs de nos compatriotes à Fotokol, et à Maroua dans la région de l’Extrême-Nord, la peur s’est installée au sein de la population camerounaise. Les Camerounais sont conscients de ce que plus personne n’est à l’abri d’un acte terroriste quel que soit le lieu où il se trouve désormais. Cette peur est voulue et recherchée par les terroristes qui ont compris qu’une guerre de nos jours ne se gagne pas seulement sur les terrains des combats. Les réseaux sociaux,notamment Facebook avec quelque 30 000 Camerounais (sans la diaspora) connectés est l’un des terrains de prédilection de ces manipulateurs hors pair.

L’homme qui crie n’est pas un ours qui danse

Les jours qui ont suivi les attentats de Maroua, des dizaines d’images montrant des corps sans vie ont fait le tour du web. Des messages postés par des personnes non identifiables annonçaient chaque jour des attentats. Des internautes plus attentifs ont vite découvert que certaines images annoncées comme prises au Cameroun étaient en réalité des archives de l’armée nigérienne.

Le but inavoué de cette communication sur les réseaux sociaux est sans aucun doute de créer la panique générale et tel un venin s’infiltrer dans la société camerounaise et étendre son empire du chaos sur toute l’Afrique. Car un peuple qui a peur, c’est un peuple qui ne parle pas, ne riposte pas, ne vaque plus à ses occupations.

 Pourquoi il ne faut pas faire le jeu des terroristes

« Quand le mal a toutes les audaces, le bien doit avoir tous les courages », écrit Marafa Hamidou Yaya, ancien secrétaire général de la présidence de la République (aujourd’hui en prison) dans une lettre ouverte à propos des attentats qui ont secoué l’Extrême-Nord, les 13, 22 et 25 juillet 2015.  En tant que jeune Camerounaise, je ne peux qu’être d’accord avec cette maxime. Nous devons avoir du courage, parce que  la vie est plus forte que la mort.

Depuis l’avènement des médias sociaux, de nombreuses personnalités sont montées aux créneaux pour mettre la jeunesse en garde contre une mauvaise utilisation des TIC. Dans le contexte actuel, où le terrorisme se répand à l’échelle planétaire, la vigilance est plus que de mise. Nous devons choisir avec un grand soin les posts et images que nous partageons, aimons et commentons à longueur de journée. Les terroristes ne sont pas des extra-terrestres venus de nulle part, beaucoup sont sûrement dotés d’une intelligence supérieure à la moyenne. En partageant des images qui heurtent la sensibilité ou des messages rédigés par n’importe qui, nous faisons leur jeu.


Douala, un scandale écologique sur les berges du Wouri

Un père sauve sa fille de la noyade. Crédit Photo. Paul Mahel
Un père sauve sa fille de la noyade. Crédit Photo. Paul Mahel

Il a fallu les inondations spectaculaires du 20 juin dernier dans le département du Wouri pour que la situation écologique de la ville soit enfin prise en compte.  Douala sera débarrassée de toutes les habitations construites sur les drains et qui empêchent l’eau de circuler normalement.  Dans quelques années donc, Douala affichera sans doute un autre visage. En attendant, le poumon économique de l’Afrique central est un scandale écologique.

Douala la rebelle, Douala la frondeuse, Douala la mondaine. Tant de mythes entourent cette ville portuaire, chef-lieu de la région du littoral. Cette métropole, la plus peuplée du Cameroun avec une population estimée à 2 446 945 habitants en 2011 est aussi une ville chargée d’histoire. Impossible de parler du Cameroun sans citer ce bout de pays. Dès l’école primaire, les livres d’histoire apprennent aux petits Camerounais que les premiers navigateurs occidentaux (Hollandais, Portugais, Espagnols) entrèrent au Cameroun par la côte. Les Douala (ce vocable désigne les autochtones. On parle des cantons ou villages Bonapriso, Deido, Akwa, Bonabéri, etc.), sont donc les premiers habitants à être en contact avec les hommes aux pieds de poule (La saison de l’Ombre, Leonora Miano). Les rois Douala comme Douala Manga Bell furent les principaux interlocuteurs des colons. Douala fut d’ailleurs choisie par les Allemands comme la première capitale du pays. Certains textes indiquent que le plan actuel de la ville est en partie hérité de la colonisation.

A côté de ce glorieux passé, Douala fut sur le plan politique, le théâtre d’événements majeurs dans les années 1990.  « Les villes mortes » ou la crise politique qui l’ont secouée, y prend ses racines alors que le vent de la démocratise soufflait sur l’Afrique après la chute du  » mur de Berlin « .

Aujourd’hui, par son dynamisme, sa position géographique stratégique, la ville de Douala s’est imposée comme « le poumon économique de l’Afrique centrale ». Elle est la porte d’entrée de nombreux étrangers africains qui veulent s’établir au Cameroun.  C’est dans cette ville que le tissu industriel camerounais est le plus solidement implanté. La plupart des investisseurs camerounais et étrangers choisissent le littoral camerounais. De ce fait, elle attire de nombreux jeunes campagnards en quête de travail. Mais depuis plusieurs années, on assiste aussi à un exode « urbain » des jeunes qui partent de Yaoundé travailler à Douala. Conséquence, la population de la métropole croit chaque année. Il s’en suit une pression démographique qui met l’écosystème terrestre en danger. Les  populations en quête de logement se sont installées un peu partout au mépris des règles de l’urbanisation et du respect de l’environnement. Des habitations ont été construites sur des drains, dans les marécages.  Si bien que le retour des pluies est toujours vécu avec angoisse par les populations installées dans ces bidonvilles. A plusieurs reprises, des inondations ont été signalées dans les quartiers populaires de Douala sans pour autant que les autorités réagissent .

Il a fallu les inondations du 20 juin dernier pour que les autorités décident enfin de prendre ce problème écologique à bras le corps. Jamais la ville n’avait été confrontée à un désastre de cette ampleur. Les eaux sont montées à un niveau insoupçonné engloutissant tout sur leur passage (maisons, voitures, personnes).  Pour se déplacer à Maképé, Missoké, il fallait ramer dans un bateau ou une pirogue. Les images ont fait le tour du Cameroun laissant abasourdis ceux qui pensaient que « cela n’arrive qu’aux autres ».

Deux jours après le retour à la normale, les populations ont été sommées de quitter, en 48 h, les maisons qu’elles habitaient pour certains, depuis trente ans !  Mais l’occupation anarchique des drains, les inondations ne sont pas les seuls problèmes écologiques à menacer Douala. Depuis plusieurs années, on assiste à une destruction inquiétante de la mangrove (lien). Les produits de la mangrove sont surexploités par les populations pour des activités comme le fumage du poisson, la vente du bois de chauffe, etc.

Jusqu’à présent, rares sont les actions mises en place pour protéger cette richesse. Faudra-t-il qu’un nouveau scandale écologique éclate pour prendre des mesures salutaires ?

 


Lionnes Indomptables : quatre leçons pour les jeunes leaders de demain

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Après leur brillante Coupe du monde au Canada, retour sur le pourquoi du comment du magnifique parcours des joueuses camerounaises.

Les Lionnes Indomptables sont rentrées au bercail le 22 juin après un brillant parcours à la Coupe du Monde féminine Canada 2015. Elles ont gravé en lettre d’or leurs noms dans l’histoire du football camerounais et africain en devenant après le Nigéria, la deuxième équipe africaine à atteindre les huitièmes de finale dans un Mondial.

Depuis leurs retours les pouliches d’Enow Ngachu ont eu droit aux honneurs d’un peuple en liesse et admiratif de la combativité d’une vingtaine de femmes. Leur victoire est d’autant plus héroïque que personnes ne les attendaient à ce niveau. Au–delà des éloges qui leurs sont adressées, le parcours des Lionnes Indomptables a de quoi inspirer les jeunes africains que nous sommes. Des belles leçons à retenir pour ceux qui aspirent au changement, à l’évolution sur le plan professionnel ou personnel.

Persévérant(e) comme une Lionne

Elles sont nombreuses à pratiquer le football depuis l’enfance. Mais se hisser au plus haut niveau n’a pas été facile pour elles. Il leur a fallu briser plusieurs tabous. Notamment en montrant que le football n’est pas un sport réservé à la gente masculine, convaincre leurs familles respectives de les laisser jouer dans un environnement aussi précaire que celui du sport au Cameroun. Un milieu où l’amateurisme règne en maitre.

Depuis plus d’un mois, le championnat de football camerounais est à l’arrêt. Les conséquences de cette situation sont très lourdes. Gabrielle Aboudi Onguené, le n°7 qui a impressionné le public par sa technique du jeu et sa rapidité en a souffert. Pour garder la forme, la jeune femme n’hésitait pas à s’entraîner parfois avec les messieurs. Seul, abandonné par les dirigeants du Ministère des sports et de la Fécafoot, qui refusaient d’organiser des stages de haut niveau pour ses filles, Enow Ngachu n’a jamais baissé les bras. Il s’est battu comme un beau diable pour le sacre de ses talentueuses pouliches.

Patriote comme une Lionne

Dans sa célébré chanson Les lionnes, Yannick Noah décrit la reine des animaux comme un animal qui sait donner sans jamais rien reprendre. A plusieurs reprises, la bande à Ngono Manie Michèle a démontré l’étendue de l’amour qu’elles portent à leur pays. Pourtant à trois reprises, après les Jeux de Londres en 2012, de la CAN 2014 où elles ont été terminées vice-championne d’Afrique et au cours de cette belle Coupe du ùonde au Canada, elles ont fait face à des problèmes de primes. Chassées du complexe académique de la Caf à Mbankomo pour factures impayées, elles n’ont jamais refusé de porter le drapeau contrairement à nos chers Lions, en grève lors de la dernière Coupe du monde au Brésil.

 Solidaire comme une Lionne

Le football est un milieu de compétition où il faut toujours se battre pour conquérir une place de titulaire. C’est pareil dans le monde du travail où la concurrence entre collègues peut être rude. Certains pour entrer dans les bonnes grâces des patrons ou se faire une place au soleil n’hésitent pas à recourir à toutes sortes de manœuvres : calomnies, rétention d’info, etc. Solidaires, toujours là les unes pour les autres, les Lionnes Indomptables sont comme une famille. Elles partagent une belle histoire d’amitié pour avoir tout ou presque connu ensemble. La gloire comme la galère des débuts.

 Confiant(e) comme une Lionne

C’est un fait : peu de gens voyaient les Lionnes arriver à un stade élevé de la compétition. Surtout au regard des conditions dans lesquelles elles sont préparées pour une compétition de cette envergure. Aucun match amical avec une sélection en haut du classement Fifa n’a été organisé à leur intention malgré les multiples relances du staff technique. Pour vaincre les adversaires et créer la surprise, les lionnes ont puisées dans plusieurs sources. Leurs compétences : des joueuses comme Gaëlle Enganamouit, Ngono Manie Michèle, Christine Manie, Edjangué Siliki ou Cathy Bou Ndjouh sont des professionnelles évoluant en Europe et aux Etats-Unis. Un mental d’acier : elles ont cru à leur chance. Prenant part pour la première fois à une Coupe du monde, elles ne se sont pas laissées impressionner sans pour autant faire montre d’orgueil. Elles sont restées humbles.


Terrorisme, le mal du siècle

Les terribles évènements de Garissa sont encore frais dans nos mémoires. Pendant les jours qui ont suivi cet attentat, l’un des plus sanglants perpétrés par les terroristes du shebab, chacun est allé de sa colère, de sa douleur, de sa plume, de son post pour témoigner son soutien au peuple kényan durement éprouvé par la perte de ces jeunes étudiants.

L’indignation était telle que j’ai failli prendre ma plume comme la plupart des blogueurs et de mondoblogueurs pour dire mon incompréhension. Mais je ne l’ai pas fait parce que même à l’heure d’Internet et de l’effet buzz, il est parfois judicieux de prendre du recul sur ses émotions et proposer une autre lecture des faits. Contrairement à ce que beaucoup ont pensé, le débat n’était pas d’être ou ne pas être Kényan comme le monde a été Charlie en février dernier.

En fait, les tristes événements de Garissa sont venus (si je peux dire ainsi), confirmer une vérité implacable : le terrorisme est parmi et partout avec nous ! Telle une épidémie, ce mal du siècle s’est répandu à la vitesse de l’éclair. Aucune nation, aucun pays, aucun continent ne sont désormais épargnés. Et l’Afrique avec ces multiples conflits semble devenir la terre promise des ces multinationales du crime.

Le 11 septembre 2001
Je me souviens très bien des attentats du 11-Septembre. Je n’étais pas allée à l’école ce jour-là. Une vilaine rage de dents m’avait clouée à la maison. Je regardais les images en pensant dans ma naïveté de gosse que cela ne pouvait se produire dans mon pays.

J’étais alors à mille lieues de m’imaginer qu’un jour les terroristes viendraient jusqu’aux portes de mon ‘rios dos camaroes » de mon Cameroun natal, enlever des jeunes filles pour en faire des esclaves sexuelles, égorger sans aucune pitié des vieillards au seuil de la mort, kidnapper des garçonnets pour en faire des enfants kamikazes.

Non ! Le problème n’est pas d’être ou ne pas être Kényan. Le problème est de savoir qu’elle est notre réaction face au terrorisme, cette organisation internationale du crime. Je crois que nous commettons une grosse erreur en donnant une connotation religieuse aux exactions commises par les organisations terroristes.

La religion n’est qu’un prétexte, un alibi utilisé pour se donner une certaine légitimité et  attirer la sympathie de pauvres êtres et surtout recruter des hommes pour leurs armées. Que ce soit en Libye,  Irak,  Syrie, Mali, Nigeria, dans tous ces pays où le terrorisme a pris corps avant de se propager dans le monde, ce sont les populations qui payent le prix fort .

Parce que comme le dit un proverbe chinois « peu importe que le chat soit blanc au noir, l’essentiel, c’est qu’il attrape la souris ». Plus prosaïquement, peu importe que la victime soit chrétienne ou musulmane, l’essentiel pour le terroriste c’est de faire couler le sang et régner la terreur.

C’est quoi un terroriste ?
Le terroriste est un individu sans aucune foi ni loi. Un homme assoiffé du pouvoir, un personnage à l’esprit si tordu que même les psychologues les plus réputés se perdent en théorie. Le terroriste n’a jamais tort. Tous les crimes commis, il les justifie en faisant croire au monde entier que ce qui arrive est notre faute, que nous payons pour l’arrogance ou les errements de nos hommes politiques.

Ce sont des fins connaisseurs de la nature humaine et de grands manipulateurs. Les terroristes et autres rebelles qui pullulent dans les régions comme la RDC n’attachent aucun prix à la vie humaine.  Aboubacar Shekau de Boko Haram résume lui-même assez bien cela : « Vous savez que notre amour pour la mort est plus fort que votre amour de la vie  ».

Le terrorisme est un fléau aux conséquences si lourdes. Je n’ose pas imaginer la souffrance des 200 jeunes filles enlevées par Boko Haram, il y a bientôt un an et que l’opinion semble presque avoir oubliées.

Comme l’a dit Michaelle Jean, secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) lors de sa visite du 14 au 16 avril au Cameroun, le terrorisme est une menace globale qui cherche « son nid dans toutes les brèches de notre société ». Nous nous devons d’être solidaires. « Parce que l’homme qui crie n’est pas un ours qui danse ».


A toi LucO premier artiste autiste au Cameroun

LucO ton nom résonne comme une douce mélodie.

Un chant d’espoir et de renaissance
A  toi que je ne te connais pas, non pas encore
Je ne sais pas si nous aurons un jour l’opportunité de nous serrer la main.
Je sais juste que tu es un ado
A qui la vie n’a pas fait de cadeau
Un bel ado
Au teint clair, à la silhouette mince et élancée
Un peintre au pinceau magique
Libérateur d’un monde enchanteur
Je n’ai pas pu résister à ce festin de couleur auquel tu as convié le public
Une valse pas du tout mélancolique qui aurait inspiré à Baudelaire célèbre poète français, « Les fleurs du bien »
Car dans chaque coup de pinceau bleu
Dans chaque trait jaune
Dans chaque dessin rouge
J ai entendu un appel fort, celui de la vie !
Tu sais je suis un peu comme toi, voilà des années que je me bats pour ne pas sombrer dans le silence auquel mes problèmes d’auditions voudraient me condamner.
Ce n’est jamais facile de se battre contre une maladie incurable, contre un ennemi invisible. Il faut souvent puiser loin, la force de lutter
Parfois aussi accepter que le regard des autres ne sera jamais celui qu’on souhaite
Toi LucO, avec le puissant amour de ta maman, héroïne des temps modernes, tu réussis chaque jour un peu plus à remporter des victoires contre l’autisme
Ce trouble envahissant du comportement qui voulait t’empêcher de découvrir le monde.
Non seulement tu l’as découvert, mais tu nous permets aussi de découvrir ton monde à toi à travers tes toiles
Vas-y LucO ! Enchante-nous à coups de pinceau magique !


Ce que nous devons aux chercheurs

Arthur Zang. Un jeune chercheur qui trouve. Photo .Parismatch.com
Arthur Zang. Un jeune chercheur qui trouve. Photo .Parismatch.com

 

« Des chercheurs qui cherchent on en trouve. Des chercheurs qui trouvent, on en recherche ». Je ne me rappelle plus de l’année. Juste que c’était au lycée. Au premier cycle. Ces phrases étaient inscrites sur le mur au fond d’une salle de classe. A l’époque, j’avais bien rigolé. M’attardant sur l’esprit espiègle du petit scribouillard qui avait gravé cette sentence. Je le trouvais inspiré de jouer ainsi avec des mots. J’étais jeune alors et je pensais comme beaucoup que la recherche était un domaine vain.

Ah l’ignorance de la jeunesse !

 Il faut dire qu’autour de nous à Yaoundé les représentations dans le domaine de la recherche étaient rares. Lorsqu’on entendait parler s’était souvent au sujet des polémiques qu’elles suscitaient. Du coup on se demandait à quoi pouvait ressembler un chercheur, quelles genres de recherche effectuent-t-il. Pour nourrir nos fantasmes, on regardait des films de science-fiction en imaginant les chercheurs camerounais comme des petits vieux aux cheveux poivre et sel toujours plongés dans des interminables équations physique.

Des chercheurs qui trouvent

Des années plus tard, je suis tombée sur des articles de presse parlant de la découverte d’un vaccin contre le Sida ua Cameroun. En 2003 vérifier la date), feue le Pr Victor Anomah Ngu, déclara avoir mis au point un vaccin pour lutter contre cette pandémie : le vanihax18 personnes séropositives traitées avec ce vaccin étaient redevenues séronégatives. L’annonce fit grand bruit. Le traitement du Sida est un sujet sensible beaucoup n’y croyaient. Surtout que le Pr travaillait dans des conditions difficiles. Aujourd’hui encore il n’est pas clairement dit si le Vanihax était efficace. Un épisode très instructif comme mon passage aux journées de l’excellence technologique organisé par le ministère de la Recherche et de l’innovation technologique. Le monde de la recherche venait à moi ou plutôt j’allais vers le monde de la recherche. Les visiteurs pouvaient découvrir des inventions vraiment extraordinaire et ceci dans tous les domaines, l’agroalimentaire, la santé, les technologies, les cosmétiques, l’artisanat, etc. Du miel transformer en médicaments, en vin et en liqueurs. Des machines pour écraser les feuilles de manioc. Les visiteurs pouvaient déguster un breuvage original, le jus de manioc !

 Des cardiologues même au village

 La recherche est donc un domaine extraordinaire. Celui qui nous amène à la découverte de personnes au talent et au culot déroutant. Arthur Zang est un jeune informaticien camerounais de 28 ans. Il y a quelques années de cela, il a inventé le Cardiopad la première tablette tactile médicale africaine. Cet outil révolutionnaire va permettre aux médecins de pouvoir consulter les patients à distances. Dans un pays qui compte moins de 40 cardiologues pour 20 millions d’habitants, c’est une véritable avancée qui va permettre de sauver de nombreuses vies. Tout comme celle effectuée au Centre Pasteur du Cameroun.

Le 9 mars, cet institut a présenté les premiers résultats de ses 10 ans de recherche sur l’ulcère de Buruli. Cette infection chronique de la peau causée par une mycobactérie sévit principalement dans les zones tropicales. C’est une maladie négligée à l’origine de larges lésions sur la peau notamment sur les bars et les jambes. Ces plaies sont très difficiles à cicatriser et peuvent sérieusement handicaper le malade. La maladie est découverte au Cameroun en 1969 mais les causes exactes de sa transmission ne sont pas totalement connues. Malgré le temps qui passe les chercheurs n’ont pas abandonné leurs investigations. Un vrai soulagement pour les populations. Dans certaines régions du Cameroun comme le centre, les populations attribuent cette maladie aux sorciers et les victimes sont mises au ban de la société. Les chercheurs sont à leur manière des Zorro que nous ignorions. Grâce aux recherches effectuées par le Centre pasteur du Cameroun sous la coordination du Dr Sara Eyangoh avec le concours du l’institut Pasteur de Paris, de l’Ird, etc, on sait désormais que la moustiquaire permet de prévenir cette maladie handicapante.

 Pourquoi il faut investir dans la recherche

Au jour d’aujourd’hui, aucune nation ne peut prétendre développement si elle ne fait pas la promotion de la recherche. C’est un domaine absolument indispensable. Il est urgent que les pays africains reconnaissent la recherche comme un travail, un boulot en plein temps qui peut avoir un impact positif sur la croissance économique de nos pays. Les politiques doivent améliorer les conditions de travail des chercheurs en mettant à leur disposition des financements suffisant. Cela est d’autant plus urgent que deux tiers de la population mondial vit dans les pays-sous-développés. De plus, les recherches scientifiques et techniques effectuées en occident pour être utilisées dans nos pays ne sont pas très grandes comme l’explique le scientifique américain Eugène Stanley dans « La science au service du développement ». La recherche scientifique et technique contribue grandement au bien-être des populations surtout quand elle est par des personnes qui ont un sens poussé de leurs responsabilités.


Shameless

Une vue de l'Iric à Yaoundé. Crédit photo : 237online
Une vue de l’Iric à Yaoundé. Crédit photo : 237online

L’Institut des relations internationales du Cameroun fait partie de ces grandes écoles que tous les jeunes rêvant d’une belle et riche carrière dans la diplomatie internationale, veulent intégrer. Les étudiants de cette prestigieuse école auront la lourde charge de représenter le Cameroun à travers le monde entier. Raison pour laquelle, seuls les meilleurs élèves sont recrutés à l’Iric par voie de concours uniquement.

 

 Mais la réalité dépasse souvent de loin la fiction. La publication de trois listes (la seconde annulant à chaque fois la première) de résultats pour un seul concours est venue renforcer l’idée fortement répandue selon laquelle l’accès aux grandes écoles est un business. Une chasse gardée où seuls les enfants des personnalités et leurs proches ont droit à l’accès. Sinon que retenir de ce que les médias camerounais ont baptisé « l’affaire Iric ».

  Le 27 février les résultats du concours d’entrée au cycle master de l’Iric tombe. Les résultats présentant 15 noms sur la liste définitive et 9 dans la liste d’attente est affichée. Y figure, les noms des enfants de quelques personnalités et d’autres qui ne le sont pas.

Le lendemain 28 février, coup de théâtre ! La liste est enlevée et remplacée par une autre où le nom de la vice-major et de 5 autres étudiants n’apparaissent plus. Que s’est-il passé ?  Les parents et les lauréats du concours ne comprennent rien. La presse flaire l’odeur d’un scandale. Le quotidien Mutations parle tout simplement de tripatouillages et publie les deux listes querellées à la une. Mais le directeur de l’Iric réfute vigoureusement cette idée. Il faudra attendre la publication d’un reportage sur Rfi pour que l’affaire prenne une autre tournure. Peut-être la peur de voir l’image de notre beau pays une fois de plus ternie a-t-elle poussé les responsables de l’Iric à reconnaitre leurs fautes.

 Un scandale peut en cacher un autre

 Dans un communiqué, le ministre des Enseignements secondaire va reconnaitre le changement des listes et explique ce geste par le souci de respecter le principe de l’équilibre régional (arrêté et d’ajouter les noms des candidats de la région de l’Est, de l’Extrême-Nord et du Nord qui ni figurent pas sur la première ! En clair, six brillants étudiants ont failli voir leur destin brisé pas parce qu’ils n’étaient pas brillant mais parce qu’ils n’étaient pas les meilleurs de leurs régions d’origine. Heureusement pour eux, le Présidente de la République Paul Biya est venu réparer cette injustice.  Au final 22 étudiants soit les 15 de la 2ème liste et les 6 de la 1ère liste ont été admis (ne me demandez pas comment 15 + 6 = 22, les maths et moi, on n’a jamais fait un ). Pour les responsables de l’Iric dirigé par Emmanuel Tabi, tout est bien qui finit bien.  Sauf que ce n’est pas le cas. Ce n’est pas le premier scandale qui ternit l’image d’une grande école. En 2010, le président de l’assemblée nationale camerounaise, était accusé de caser ses enfants, ses brus et ses gendres à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam). Les médias avaient publié une liste de noms. Ce côté « Shameless » de certains de « nos papas » aux pouvoirs est tout simplement déséquilibrant.

Un équilibre déséquilibrant

 En ce qui concerne l’équilibre régional, ne faut-il revoir l’arrêté qui date du 4 octobre 1982?  Avec équilibre régional, un nombre de places est  attribué à chacune des 10 régions lors des examens nationaux ceci en fonction du poids démographique, du niveau d’instruction. A l’origine, l’équilibre régional devait reparer une injustice en donnant les mêmes chances aux jeunes issus des zones dites d’éducation prioritaire comme l’Est, le Nord. Mais ces dernières années, ce principe cause plus de tort qu’il n’en répare. Car pour réussir un concours national, il ne faut pas seulement être le meilleur mais le meilleur de sa région pour être retenu. Des brillants étudiants voient ainsi leur rêve voler à l’éclat alors même que leur réussite professionnelle aurait profité au Cameroun tout entier.  En ce temps de mondialisation, où les États doivent être compétitifs pour briller sur la scène internationale et où l’Afrique ne bénéficie plus de la même indulgence comme il y a 50 ans, il est suicidaire de sacrifier ainsi une jeunesse brillante et patriotique désireuse de travailler pour la mère patrie. La plupart des jeunes qui frappent à la porte des grandes écoles peuvent avoir leur chance si les capacités d’accueil sont revues à la hausse. Cette solution à mon humble  est envisageable si on tient compte du fait que la population a augmenté entrainant ainsi d’autres besoins.


Halte-là aux jeteurs de pierres

Des femmes manifestent pour leur droits. Photo : Figaro.fr
Des femmes manifestent pour le respect de leur droit. Crédit photo : Figaro.fr

 40 ans après la première conférence mondiale sur les femmes organisée à Mexico par l’Onu, on peut dire sans se tromper que des efforts considérables ont été réalisés pour faire avancer les droits et faciliter l’émancipation et l’autonomisation de la femme à travers le monde. Nous pouvons être graisseuses, maîtres-chiens, chauffeurs de taxi, chercheuses, mathématiciennes, astronautes. Mais malgré ces avancées notables, de lourdes chaines enfermement encore les femmes dans en prison. En Afrique, en Asie, aux Amériques et même en Europe, il existe toujours des coins, où objets sexuels, elles n’ont droit absolument à rien. Pour ces jeteurs de pierres, le viol est une des armes les plus utilisées.

Because I am a girl
« Lorsqu’elle se faisait violer, elle n’aurait pas dû se débattre. Elle aurait dû simplement rester silencieuse et permettre son viol.». Les mots résonnent dans ma tête comme la réplique horrible d’un film d’horreur. J’ai beau secouer ma tête des dizaines de fois, ils ont là accrochés à mon cerveau et me ramènent brutalement à une réalité que je croyais « naïvement » révolue. Ces propos choquant, extrêmement misogynes et d’une rare violence sont d’un indien appelé Mukesh Singh condamné à mort pour le viol en réunion d’une jeune étudiante de 23 ans dans un bus à Delhi parce qu’elle était restée dehors jusqu’à 21h avec son petit ami.
Par sa barbarie, cette affaire avait suscité l’indignation du monde entier et un soulèvement populaire sans précédent en ce qui concerne l’histoire sur les droits de la femme en Inde. C’était en décembre 2012. Deux ans se sont écoulés depuis sans pour autant que Mukesh Singh ne repente de son crime. Selon la réalisatrice anglaise Leslee Udwin, auteur d’un documentaire sur cette affaire « Les filles de l’inde » qui l’a rencontré dans le cadre de ce travail, l’homme n’éprouve aucun remords. « Une fille est davantage responsable d’un viol qu’un garçon », accuse-t-il dans un entretien rapporté par la BBC.
A aucun moment, il n’a interpréter son geste comme un crime, une atteinte à l’intégrité physique d’un être humain. Non ! L’homme a plutôt fait appel à sa condamnation. Dans sa logique, violer une femme, un être humain au point de la laisser pour morte tout simplement parce qu’elle n’avait pas le droit de trainer dehors jusqu’à 21h est tout à fait normal. Il n’a rien à se reprocher. Ce n’était qu’une femme après tout!

Les racines du mal
Souvent pour explique l’ampleur de la corruption au Cameroun, les spécialistes utilise le mot « racine ». Ce mot est très révélateur et d’une puissance évocatrice. De même que les racines de la corruption sont solidement implantées dans la société camerounaise, certaines sociétés à travers le monde restent matriarcales. Le temps qui passe, la mondialisation, les révolutions qui éclatent ici et là ne semble n’avoir rien changé. Dans ces sociétés, la femme vaut moins qu’un chien à qui de temps en temps on offre des caresses en demandant « alors comment tu vas aujourd’hui mon bon boby ? ».

Mukesh Singh n’est pourtant pas un criminel, ni un psychopathe. Le jeune indien est un « normal » mais parce que depuis toujours dans son entourage, dans l’Inde d’hier et d’aujourd’hui, dans plusieurs pays d’Afrique, d’Asie, la femme n’a jamais pesé plus que trois kilos de café, il croit avoir le droit de décider de la vie te de la mort d’une femme. Cette vision est culturel, profondément enracinée pas seulement dans le tiers monde mais également en Europe où les femmes font face au machisme.
40 ans après la conférence de Mexico et 20 après celle de Beijing, le combat est donc loin d’être terminé. Il s’avère âpre et long, très long. C’est pourquoi le travail des Ong et de toutes les institutions travaillant en faveur du bien-être de la femme doivent continuer. Nous devons aussi continuer à nous indigner pour ne pas tomber dans un piège dangereux : la banalisation de ces faits.


Quand j’avais 5 ans , je m’ai tué

Credit photo : stop-aux-injustices.
Crédit photo : stop-aux-injustices.

Il paraît que c’est aujourd’hui la fête de la jeunesse camerounaise. Moi quand j’étais jeune, je m’ai tué. J’avais peut-être 5, 10, 15 ou 16 ans, je ne sais plus mais j’étais jeune et j’avais des rêves plein la tête. J’étais vaillant, travailleur, fort avec des muscles plus gros que ceux de Popeye. Je m’ai tué parce que Pa’a Paul, ses amis et tout ne voulaient pas de moi. J’étais jeune et j’étais désespéré.

J’étais agriculteur, tu sais. Piochez, creusez, fouillez, bêchez ; ne laissez nulle place où la main ne passe et repasse.Je cultivais du manioc sur un sol plus capricieux qu’une femme avec des outils de l’âge de la pierre taillée. Puis j’ai eu un fils. Il n’a pas vu deux saisons de pluies. A force de bouffer du manioc du 1er au 31, il a fini par mourir. Papa à 18 ans orphelin de lui à 20 ans.

Quand j’étais jeune, j’étais belle. Ce n’est pas moi qui le disais, mais les hommes, les femmes et les autres jeunes du quartier. J’étais jeune et j’étais intelligente. Belle tête dans un corps bien fait qu’ils disaient. Moi je voulais juste faire des études aussi longues que le Nil pour que ma maman arrête de griller ses doigts chaque soir au bord de la route. Ceux qui devaient m’aider ne m’ont pas tenu la main. Ils m’ont dit : « T’es d’où, de quelle région, quelle tribu, ta mère c’est qui ? Ton père c’est qui ? » Alors je m’ai assise par terre et je m’ai tuée de désespoir.

 

Quand J’étais jeune, j’étais enfant soldat. Un jour des hommes sont arrivés dans mon village, ma ville. Ils avaient un Coran dans la main, un fusil dans la poche. Ils m’ont dit : « Tu seras des nôtres parce que « Allah n’est pas obligé d’être juste avec tout ce qu’il a créé ici-bas ». Le temps est passé et j’ai bien vu que ces gens qui criaient « Allah ! » matin, midi et soir ne le connaissaient pas, ne l’aimaient pas. La haine, le sang des innocents étaient devenus leur business. Ils rêvaient que de posséder le monde entier, ils rêvaient que de pouvoir. Alors je m’ai assis par terre et je m’ai tué.

Quand j’étais jeune, j’ai pris le bateau pour l’Eldorado. J’ai échoué quelque part. En Libye, en Tunisie, en Algérie, au Maroc, chez nos cousins qui nous aiment un peu, beaucoup, à la folie. J’ai erré des jours entiers dans le désert. J’étais comme Caïn, comme Robinson Crusoé, une ombre qui avait peur de son ombre. J’ai erré comme une âme en peine sur le sable fin. Le paysage de carte postale était devenu mon enfer. Toute une vie à recommencer avant même d’avoir commencé. J’ai erré, maudissant ce jour où j’avais cru ma vie ailleurs que sur ma terre. J’ai erré, rejeté par toutes ces Blanches qui en avaient assez de mon sexe ramolli par une vie de divagation. Mes rêves se sont noyés dans la mer et Lampedusa est mon cimetière.

Le 11 février est le jour de la fête de la jeunesse au Cameroun.

Le 12 février la journée internationale des enfants soldats.

Quand j’avais 5 ans, je m’ai tué est le titre du roman de Howard Buten qui m’a inspiré ce texte.

 Allah n’est pas obligé  est le titre d’un roman d’Ahmadou Kourama


Je refuse de te perdre

Kolofata est un petit village dans la région de l'Etrême-Nord dans le Mayo-Sava. C'est le village du vice-premier ministre Amadou Ali. La localité a été attaquée à plusieurs reprises par  Boko Haram. Crédit Photo :Camer.Be

Je refuse de te perdre
Je refuse de perdre le Nord
Mon bout de pays à l’histoire millénaire
Bec de canard
Morceaux choisis de mon Afrique en miniature
Terre aux mille merveilles, longtemps tu fus vénérée pour ton charme ensorcelant
Ton paysage de carte postale est fait d’immenses savanes herbeuses et boisées
Véritables galeries forestières à ciel ouvert !
Tes montagnes et crottes renferment tant de secrets seulement connus du sorcier aux crabes, l’habile chasseur de crabes.
Et ces cases intemporelles aux toits de chaume
Et tous ces Mayos, mon château d’eau
Et ces innombrables parcs, de la Bénoué, du Faro de Bouba ndjidda, de Waza où vivent protégées une multitude d’espèces animales
Elles courent les gazelles, les girafes,
Ils font trembler la terre les éléphants !
Je refuse de te perdre
Toi qu’on nomma
Nord, Extrême-Nord, Adamwa tu es un indivisible
Terre de religion et de tradition
Terre de tolérance
Depuis des siècles islam et christianisme cohabitent dans la paix des cœurs
Je refuse de te perdre
Je refuse de te perdre
Mon bec de canard que deviendrons-nous sans toi ?
Tu as connu tant de souffrances
Famine, maladies, inondations, mais toujours tu t’es relevée
Ça prendra le temps qu’il faudra, mais ensemble nous allons lutter, vaincre
Parce que sans toi, il n’y a plus d’Afrique en miniature !

 

Kolofata est un petit village camerounais de la région de l’Extrême-Nord  dans le Mayo-Sava. C’est aussi le village du vice-premier ministre Amadou Ali. La localité a été attaquée à plusieurs reprises par Boko Haram. Crédit photo :Camer.Be