Benjamin Yobouet



Voici pourquoi il ne faut plus faire de cadeau au pays

Nous avons tous des expériences qui nous marquent benguiste ou pas. Un voyage, un mariage, une promotion, un cadeau…pour ne citer que ceux-là. Certaines expériences modifient nos habitudes. Et parfois, la société nous tague d’avoir des attitudes contraire à notre nature. Ne dit-on pas dans le jargon ivoirien « comportement de mouton, réaction de berger »?

Je me souviens encore d’une célèbre citation de l’un de mes professeurs de français. Il disait : « les conseils ne conseillent pas mais c’est plutôt les conséquences qui conseillent le mieux. » J’avoue que je n’avais rien compris à ses dires, à l’époque. Avec le temps, je saisi le sens véritable de cette citation. Je tenais, par cette introduction, à parler d’une situation qui est propre à nous africains.

Un cadeau pour tout le monde ? Impossible !

« Tu m’as envoyé quoi ? Et mon cadeau ? » Je suis sûr que la plupart des Africains qui ont séjournés en dehors de leur pays ont plusieurs fois fait face à ces questions. C’est surtout lorsqu’il s’agit d’un benguiste qui franchit le seuil de l’aéroport de son pays d’origine.

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J’ai encore en mémoire mes premières vacances au pays après plusieurs années d’absence. J’avais tellement rêvé de ce retour en terre natale. J’avais juste dans ma seconde valise quelques cadeaux pour ma famille et des amis proches. Je n’avais pas à l’idée de satisfaire toute une population. D’ailleurs, si je suis arrivé en France, c’était dans le cadre de mes études. Je n’avais donc pas de moyen financier suffisant. Un étudiant africain en France n’est pas forcément différent de celui resté au pays.

Offrir un cadeau, chacun son tour

Après l’accueil chaleureux à l’aéroport, je regagnai le domicile familial, tout heureux de retrouver les siens. J’étais chez moi enfin. Quelle joie ! Chaque membre de ma famille, les amis et les connaissances réclamaient un cadeau. Je les comprenais, c’était logique. J’en avais moi aussi réclamé, à l’époque, à certains oncles et tantes qui revenaient de l’Europe. C’était mon tour !

Il fallait satisfaire même des visages qui m’étaient inconnus. La première semaine fut une semaine avec le même refrain : « Tonton tu m’as envoyé quoi ? Le benguiste, et mon cadeau ? » C’était des refrains qui faisaient partie des mœurs africaines, vous me le direz certainement. Oui, mais parfois les réclamations de cadeaux fusaient de partout. Ces réclamations me mettaient vraiment mal à l’aise surtout lorsque j’étais incapable de satisfaire les personnes en face de moi.

Des remerciements lapidaires à couper l’appétit

J’ai dû de temps à temps filer quelques billets de francs CFA à certains pour éviter la gêne. Des billets que j’avais prévus pour d’autres besoins. Là encore n’était pas le plus dur. Le plus frustrant était de remettre des cadeaux un peu plus coûteux et d’avoir en retour un remerciement lapidaire à couper l’appétit.

Cela vous parait incroyable ? Et pourtant, c’est une réalité ! J’en ai payé les frais. J’avais remis avec beaucoup d’émotion une belle montre à une amie. Cette dernière m’a regardé du haut vers le bas en me lançant et je cite : « Dans tout Paris là, c’est une montre pareille que tu m’offres ? » Surpris de sa réaction, je lui demandai si la montre avait un défaut car j’avais pris le soin de choisir sa couleur préférée.

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Mon amie me fit savoir que cette montre n’était plus à la mode à Abidjan. Elle commença à me citer les montres en vogue avant de ranger peu enthousiaste la montre que je lui ai offerte dans son porte-monnaie. Je n’étais pas à la fin de mes surprises. Mon cousin, quant à lui, après avoir reçu de ma part une paire de baskets me demanda le prix. Je refusai de le lui dire. Je ne trouvais pas important en effet de dévoiler le montant d’un cadeau. J’ai finis par succomber à son interrogatoire, « 100 euros » lui dis-je. Il hurla : « 100 euros !!! »

C’était incroyable pour lui d’acheter ces baskets à plus de 65 milles francs CFA. J’étais pour lui un « gaou ». Mon cousin passa tout son temps à se moquer de moi. Selon lui, je devrais retourner dans le magasin à Paris pour réclamer ma monnaie. La chaussure en question valait vingt milles dans un magasin Abidjanais, m’a-t-il fait savoir. Était-ce la même qualité ou la même marque ? Mon cousin n’a pas cherché à savoir.

Des cadeaux qui coûtent la peau des fesses

Voici des situations qui peuvent fait rire mais retirer finalement toute envie d’offrir un cadeau dans son pays d’origine. J’avais finis par m’habituer aux plaintes. Tantôt, c’était des réclamations d’un téléphone mobile dernière génération à la place d’une chaine de chez Histoires d’or que j’avais offerte ou encore l’argent que certains réclamaient en lieu et place d’une chemise. Et dire que tous ces cadeaux m’avaient couté la peau des fesses. J’arborais néanmoins mon plus grand sourire. J’étais satisfait que ma génitrice fût heureuse de ma présence. C’était son plus grand cadeau !

Malheureusement, mon entourage ne considérait pas ma présence comme un cadeau. Je devais me déplacer pour voir certains amis en bravant embouteillages et chaleur. Je sortais de ces rencontres avec le même refrain sur les cadeaux. Parfois, je me demandais si pendant ces années d’absences certains avaient eu à m’offrir des cadeaux ? Est-ce une obligation de retourner au pays les bras chargés de présents ?

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Hier, j’étais dans le 19e à Paris en compagnie d’un ami africain : Nigel. Je profitai pour échanger avec lui avant de rejoindre une de mes tantes qui effectuait un voyage pour Abidjan. Dans nos échanges, Nigel m’avoua qu’il avait envie de retourner au pays. Il enviait ma tante. Il rejetait son premier départ vers son pays d’origine juste pour éviter les refrains sur les cadeaux. Eh oui, le premier retour donne des crampes au ventre ! Pour Nigel, retourner au pays sans les bras chargés de cadeaux serait une honte. Il ne se sentait pas encore prêt pour ce premier envol sans cadeaux.

« Si je ne réalise rien au pays, demain ce seront encore les mêmes qui parleront dans mon dos »

Je le laissai pour rejoindre ma tante. Elle avait au total quatre grosses valises pour son voyage à Abidjan. Parmi celles-ci, seule une lui appartenait. Le reste, c’était juste des cadeaux. Devant mon étonnement, elle me répondit :

« On va faire comment mon fils ? Tu connais l’Afrique non ? Pourtant, si je ne réalise rien au pays, demain ce seront encore les mêmes qui parleront mal dans mon dos ou m’indexeront ». « Nos parents, amis et connaissances oublient souvent que ces petits cadeaux qu’ils négligent sans un véritable merci font partie de nos économies qui peuvent servir à une réalisation au pays. »

« L’autre fois, lors de mon retour de voyage du pays, j’ai remis juste un porte-clés éléphant à notre boulangère du bas, Marine-le Bœuf. Elle s’est jetée sur moi, folle d’émotion. Elle trouvait ce cadeau magnifique et le fait que j’ai pensé à elle pendant mon séjour. C’est le geste qui compte peu importe l’objet ou le montant. Le résultat aurait été pareil si j’offrais un porte-clés parisien à une connaissance de mon pays ? Je ne pense pas ! Dans tous les cas, la question reste posée. »

Voici pourquoi, j’ai décidé de ne plus me prendre la tête pour les cadeaux lors de mes séjours au pays. Mieux, j’ai décidé de ne plus faire de cadeau au pays. Jusqu’à preuve du contraire le jour de mon départ du pays, personne ne m’a offert un cadeau, même pas une boule d’attiéké ou des cubes d’assaisonnements. Personne ! J’ai dû sortir de l’argent moi-même pour avoir des souvenirs. Plus tu offres les cadeaux, plus tu apparais comme un richard aux yeux des autres au pays. Certains oublient que c’est juste pour faire plaisir au prix parfois de sacrifices.  Comme le disait si bien mon professeur de français, ce sont les conséquences qui conseillent le mieux. À bon entendeur, salut !


Ces benguistes qui nous foutent la honte

Je sais que, comme moi, il vous arrive d’avoir souvent honte face aux comportements de certains benguistes ou Africains qui vivent en France. Il faut avoir le courage de le dire, n’est-ce pas ? Voici quelques exemples de comportements auxquels j’ai été confronté et qui sont bien difficiles à défendre…

Quand la benguiste crie à tue-tête dans le métro

En novembre 2017, Toulouse devenait la première ville de France à équiper son métro en 4G. Premier métro français intégralement couvert d’une connexion haut débit ! Ce jour-là, je m’engouffrais direct dans le métro A, direction Basso Cambo… À peine installé dans la rame, je découvre une femme d’origine africaine assise au niveau de l’entrée. Elle échange avec sa correspondante – sûrement sa sœur – via un appel vidéo WhatsApp s’il vous plaît ! Elle communique dans son dialecte et crie à tue-tête sous le regard médusé et gêné des voyageurs.

Ligne A Métro Toulouse - Station Jean Jaurès
Ligne A Métro Toulouse – Station Jean Jaurès. CC : Ingolf via Flickr

Le pire, c’est que l’on peut facilement voir sa correspondante sur l’écran très large de son téléphone mobile . La correspondante à l’autre bout du fil est aussi d’origine africaine. Elle est couchée et enveloppée dans une couette rose. Elle n’a visiblement pas encore pris son bain ou sa douche, ni lavé ses dents et encore moins son visage. Elle vient à peine de se réveiller et a la mine toute défaite. Normal, il est 7 heures. Et nous voyageurs du métro, nous devrions supporter  cette scène dès le matin ? Pauvres de nous !

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Moi qui pensais qu’avoir une connexion haut débit dans le métro me permettrait désormais de consulter mes mails, de lire l’actualité en ligne, de parcourir les réseaux sociaux, de répondre aux messages … quelque chose d’utile quoi !  Mais non, semblait nous dire cette benguiste.

 

 

Louer son logement à un Africain, un risque?

Je me souviens, comme si c’était hier, du logement d’un ami africain, étudiant à Paris. La première fois que j’y ai mis les pieds, il venait juste d’aménager dans un cadre tout neuf et propre. Mais, quelques mois plus tard, il était impossible de reconnaître le logement ! Désordre, peinture abîmée, insalubrité, toilettes sales, de la moisissure un peu partout, une odeur nauséabonde… Je vous épargne le reste.

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Le logement était vraiment en piteux état. Allez imaginer la réaction du bailleur lors de l’état des lieux à la clôture du bail ! Le propriétaire était naturellement très déçu et irrité. Il a retenu toute la caution et a exigé une somme supplémentaire pour les dégâts. Le propriétaire a même juré ne plus jamais louer son logement à un Africain. Vraiment ? Eh oui ! Quant à mon compatriote, il a traité le propriétaire européen de méchant, raciste et de cupide. Je lui ai dit :

« Cher ami, il existe certes des bailleurs racistes mais sur ce point, tu n’as pas raison et tu le sais. Comment peux-tu transformer ce logement tout neuf en si piteux état? C’est abusé, tu ne trouves pas ? Quelle serait ta réaction si tu en étais le propriétaire ? »

« Il faudrait garder une bonne image de nous, Africains, aux yeux des Européens. Et cela passe par nos gestes et par nos attitudes de tous les jours à l’étranger. À cause de toi, le propriétaire ne veut plus louer son appartement à un Africain. Tu vois les conséquences de certains de nos comportements ? Et demain, on criera au scandale ou au racisme. On a notre part de responsabilité. »

Certains benguistes refusent de comprendre

Mon compatriote a souri quelques minutes. Puis, il m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit :

« De quoi je me mêle ? Je vis à l’africaine. Je suis libre de vivre comme je veux et comme je l’entends. On ne peut plus cuisiner ses sauces épicées, utiliser son adjovan ou son soumabala parce que ça pollue l’air ? Mon frère, je suis en France oui, mais je reste Africain et fière de l’être. »

« C’est toi qui veux m’apprendre les bonnes manières ? Ah ! Monsieur est très intégré c’est ça ? Tu es devenu trop européen maintenant ? Au lieu de m’aider ou de manifester ta solidarité envers le frère Africain que je suis, tu préfères me rejeter. Garde tes conseils pour toi. Ne viens pas me fatiguer. »

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J’ai à mon tour souri suite à ses répliques. Cela ne me surprenait guère. En effet, certains benguistes sont malheureusement nombreux à penser comme lui. Ils refusaient de comprendre LE message. Il faut que nous arrêtions de jouer les victimes lorsqu’on nous surprend en pleine fraude. C’est comme cet africain, qui une fois monté dans un train, a refusé qu’on le touche ou qu’on le fasse descendre, alors qu’il n’avait pas de titre de transport. Et arrêtons de parler à haute voix et de surcroît dans nos dialectes comme si on se croyait à la maison alors qu’on est dans les transports en commun.

Si vous adorez écouter la musique en haut-parleur, de grâce arrêtez et utilisez des écouteurs. C’est fait pour ! Je sais que nous, les  benguistes, sommes très civilisés et respectueux.  Alors, je n’ai pas besoin de vous parler de nourriture dans les transports en commun, je vous fais confiance.

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Évitons les discussions et les bagarres inutiles dans les lieux publics, dans les administrations ou les lieux de services. Y compris à la préfecture… ça vous dit ? Les Africains ne sont pas sauvages. Faisons tout pour ne plus qu’on  indexe négativement les benguistes. Ce sera un grand pas, une victoire pour NOUS !


Féminisme : ne nous trompons pas de combat

J’ai découvert, il y a quelques semaines seulement, le manuel « Tu seras un homme – féministe – mon fils ! ». Comme vous, sûrement, ce titre a suscité en moi surprise et curiosité à la fois. Je ne l’ai certes pas acheté ni lu entièrement. J’ai toutefois effectué des recherches et lu quelques extraits naturellement autour du féminisme.

Aurélia Blanc notre auteure est enceinte à l’époque. Elle cherche une œuvre pour l’aider dans l’éducation de manière féministe pour son petit garçon qu’elle attend. Malheureusement, Aurélia ne trouve rien sur le marché. Alors, elle décide d’écrire et de publier un manuel à ce sujet.

La couverture du manuel "Tu seras un homme-féministe-mon fils"
La couverture du manuel « Tu seras un homme-féministe-mon fils ». Crédit Photo : janedanslajungle/simonae.fr

Inculquer une éducation féministe aux garçons

Oui, vous avez bien LU et compris. Il s’agit d’inculquer dorénavant une éducation féministe aux petits garçons. Car dit-on, il n’y a pas d’âge pour parler de féminisme. Mieux, à travers cet ouvrage, l’on estime qu’il ne faudrait plus éduquer les enfants – garçons comme avant. Il faudrait plutôt les éduquer d’une nouvelle façon de sorte à promouvoir et garantir une société plus libre et égale. Casser les idéaux tels que « Un homme ça ne pleure pas, ça ne fait pas de sentiment, ça collectionne les meufs, ça fait passer son travail avant ses enfants, ça peut porter la couleur rose… »

A ce propos, j’ai vu plusieurs personnes et particulièrement des femmes et/ou des féministes applaudir à tout rompre la sortie de « Tu seras un homme – féministe – mon fils ! ». Pour certaines, c’est une très bonne nouvelle ! Pour d’autres, un ouf de soulagement ! On le voit clairement, le féminisme est à l’honneur.

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Du coup, j’ai moi-même envie d’applaudir aussi. Tout ça, c’est bien beau et joli. Mais cela m’emmène à me poser la question suivante. C’est quoi réellement le féminisme ? C’est peut-être moi qui ai une mauvaise compréhension de ce mouvement. Possible !

Liberté des femmes et égalité homme-femme, vive le féminisme !

On est d’accord que le féminisme est une conviction : l’égalité homme-femme. C’est le fait pour les femmes d’avoir les mêmes droits et devoirs que les hommes. On est d’accord également que c’est le fait de donner l’opportunité aux femmes de pouvoir s’exprimer, de pouvoir créer, de pouvoir entreprendre, d’occuper de hautes responsabilités.

Leur permettre de se sentir bien dans leur peau, de s’assumer librement, d’arrêter de les chosifier, de les instrumentaliser…C’est enfin reconnaître les valeurs de la femme et non pas comme un sexe faible entre autres la force, l’intelligence, la capacité à mener des actions au même titre que les hommes.

Si on est d’accord sur tout ce qui précède, pourquoi certaines femmes pensent que le féminisme c’est ne plus assumer, comme il se doit, son rôle de mère et d’épouse dans le foyer ? Je dis « certaines » parce que je ne vais pas verser dans la généralité. Pourquoi certaines veulent mettre les hommes de côté et ne plus les inclure dans le débat social ?

Le féminisme radical parfois mal perçu

Il y a même certaines femmes qui, dès qu’elles décrochent des prix ou portent des titres honorifiques deviennent automatiquement des féministes très engagées, radicales et déterminent sans cesse leur différence dans une société où les hommes sont toujours leaders. Tel que perçu, on peut le dire sans faux-fuyant que le féminisme offre de plus en plus une image négative. Et ce n’est pas une bonne nouvelle !

Non mesdames et mesdemoiselles les féministes, les hommes ne sont pas vos ennemis jurés et ne doivent pas l’être d’ailleurs. Ce n’est pas contre les hommes qu’il faut se battre pour obtenir votre liberté et votre égalité dans la société. Je n’ai peut-être pas besoin de vous le dire. Mais vous savez qu’il existe des femmes antiféministes qui ne se reconnaissent plus ou pas du tout dans ce mouvement.

Inclure tout le monde pour un même combat

Plusieurs hommes, au contraire, s’investissent chaque jour dans le combat contre l’inégalité. HeForShe, ça vous dit ? C’est la campagne de solidarité lancée par l’ONU Femmes dont l’objectif est de faire participer les hommes et les garçons dans le combat pour l’égalité des sexes. Tous ces hommes et garçons ont-ils eu besoin d’abord d’éducation féministe ? Non !

campagne HeForShe
Une des campagnes de HeForShe pour les droits des femmes. Crédit Photo : onufemmes.fr

Loin de détester l’ouvrage « Tu seras un homme – féministe – mon fils ! » d’Aurélia Blanc, je pense qu’il faudrait réorienter les choses et ne pas se tromper de combat. Il faudrait inclure tout le monde (hommes et femmes) pour une société plus juste et égale. Ce n’est pas forcément en inculquant une éducation féministe aux garçons que les choses changeront.

Nous les hommes, sans même éducation féministe, aimons les femmes. Nous continuerons de vous aimer, de vous protéger et de défendre vos droits. Alors, je le dis et le redis : ne nous trompons pas de combat. Excellente journée internationale des droits à vous braves femmes !

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J’aurais dû, moi aussi, être un héros

J’aurais dû être, moi aussi, un héros benguiste en France. Très sincèrement, ne riez pas ! Comme mes compatriotes Lassana Bathily et Mamadou Gassama, j’aurais dû être honoré, mais bien avant eux. Je me souviens, il y a trois ans, à Toulon vers le centre commercial Mayol,  j’ai sauvé une personne âgée contre le mistral (un vent fort) qui a failli l’emporter.

Vous me direz que c’était une vieille personne et que sauver un enfant ou un bébé est encore mieux. Vous avez peut-être raison. Toutefois, qu’on soit enfant, adolescent ou adulte, il s’agit toujours d’un être humain. Et même si c’était un animal, comme le chat ou le chien, qui sont des animaux d’ailleurs très prisés par les français, j’aurais été un héros. Parce que j’aurais sauvé une vie.

Moi benguiste et super-héros

Donc sans moi, la vielle dame française qui vacillait allait se retrouver facilement à terre. Cela aurait été une catastrophe ! Imaginez-vous un instant… Il est vrai qu’elle n’avait plus de dents, donc impossible de perdre ses dents… Mais elle aurait pu se cogner la tête ou la nuque ou encore se casser la mâchoire tout simplement. Elle aurait même pu perdre la vie sur le moment. Heureusement que j’étais là comme un super héros, comme Batman ou comme Spiderman, au bon moment et avec les gestes qu’il faut.

Hélas, il n’y avait pas de caméra ni d’appareil mobile autour de moi, personne n’a filmé la scène. Mince alors ! Mes amis Mike et Wilfried n’étaient pas là pour immortaliser la scène ! Je ne sais même pas où ils se trouvaient ces deux-là au moment de l’action. Quand on a besoin d’eux, jamais ils sont présents, jamais disponibles à l’instant « T ». Et voilà, moi super héros, je suis resté dans l’anonymat total. Oups, ou c’est peut-être parce j’étais en province à Toulon et non à Paris ou en île de France ? Mince !

J’aurais été populaire comme Lassana et Gasssama

La vidéo de la scène aurait fait le tour du monde et interpellé le président François Hollande en son temps. J’aurais obtenu la nationalité française pour avoir sauvé une vieille dame de 90 ans. Cet acte de bravoure là aurait suscité un intérêt médiatique fou. J’aurais arraché une centaine d’interviews, fait des plateaux télé,  des émissions de radio, et la Une des journaux et magazines c’est sûr.

J’aurais reçu les vives félicitations du président ivoirien Allassane Ouattara et de tout son gouvernement. Le président ivoirien m’aurait peut-être proposé de rentrer au pays et d’intégrer facilement l’équipe des sapeurs-pompiers d’Abidjan. J’aurais été une fierté pour le peuple ivoirien et un modèle de réussite. J’aurais même été reçu par l’ambassadeur de Côte d’Ivoire à Paris que je n’ai jamais vu, bien que nous vivions sur le même territoire.

La scène n’a pas été filmée, quel dommage !

Malheureusement, la scène n’a pas été filmée et personne ne saura jamais le héros que j’ai été sauf bien sûr le bon Dieu et la bonne vieille dame. J’aurais été le premier ivoirien à être consacré héros en France. On se serait souvenu enfin de moi. On se serait souvenu de ce pauvre étudiant que je suis, disposant d’un titre de séjour d’un an, et qui doit le renouveler chaque année. Certes, ce serait différent de mes compatriotes Lassana et Gassama qui étaient des sans-papiers. Peut-être que certains français auraient moins râlé en sachant que j’avais au moins un titre de séjour, que j’étais en situation régulière avant d’être naturalisé.

Il y a une amie qui a eu le toupet de me dire ceci : « Mon frère, voilà depuis plus de quatre ans que tu es en France, en situation régulière. Tu as étudié et même obtenu un diplôme français. Tu n’as jamais commis d’infractions ni eu de soucis avec la justice française. Mais voilà que tu as toujours un titre de séjour d’un an à renouveler chaque année…et jusque-là tu n’as même pas obtenu la nationalité encore moins la résidence. Voici notre frère Gassama qui, en moins d’un an, a eu sa nationalité. Il n’a même pas fait de rang kilométrique à la préfecture ».

Je lui ai répondu ma sœur : « Est-ce que j’ai été filmé quand j’ai sauvé la vieille de 90 ans il y a trois ans ? Elle a répondu : non ! Et ben voilà, lui ai-je lancé en pleine figure !

La chance sourit à qui elle veut. Bravo Mamadou Gassama !

Ce n’est pas bien grave. De toutes les façons, tout ça c’est du passé maintenant. C’est Lassana et Gassama qui m’ont rappelé cet épisode de ma vie en France. Hommage à tous les « Gassama », qui comme moi, sont tombés et resteront dans l’anonymat à jamais. Certes, le président  Macron a dit que la naturalisation de Gassama était une exception et que ça ne se répétera plus. Oui, mais qui risque rien n’a jamais rien. Peut-être qu’il y aura un troisième malien super héros en France. Qui sait ? Sait-on jamais. La chance sourit à qui elle veut. Bravo Gassama ! Point. Si vous n’êtes pas contents, eh bien allez-vous faire filmer vous aussi en escaladant des étages pour sauver une vie. Un enfant et surtout, à Paris.

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La fille du TGV

Elle avait les lèvres roses bonbons. À chacun de ses sourires, son petit visage de chat doré s’illuminait. Elle portait un collant noir transparent qui laissait entrevoir ses cuisses d’antilopes. Ses fesses bien arrondies et rebondies posées confortablement dans le siège de la SNCF étaient enveloppées dans une petite jupe rouge qui lui prenait bien la taille.

Elle était certes assise mais on pouvait facilement lui donner 1 mètre 80. Malgré le froid qui faisait dehors, elle portait des petits mocassins. En dessous, on pouvait apercevoir ses jolis chaussons en filets noirs. Son chemisier était blanc comme les flocons de neige qui tombaient de l’autre côté des fenêtres du Train à Grande Vitesse (TGV). L’air était très frais et doux, pareil à l’odeur qu’elle dégageait. J’étais prêt à mettre ma main au feu qu’elle portait le parfum « La vie est belle » ! D’un regard indiscret, j’inclinais ma tête et je découvris avec soulagement que c’était vraiment le fameux parfum. Bingo !

Comme dans une salle de ciné… dans le TGV

Le TGV roulait à vive allure, direction Paris Montparnasse. On venait d’atteindre les 300 Km/h. Elle restait sereine et imperturbable devant son iPad or avec ses écouteurs sans fil beat blanc-or. Elle matait un film très intéressant. Il n’y avait pas de doute là dessus car cela se ressentait à travers les multiples expressions qui se dessinaient sur son visage. Tantôt, elle affichait un sourire, tantôt, elle fronçait les sourcils et parfois elle ouvrait légèrement sa bouche fine en signe d’étonnement. On aurait dit qu’elle se croyait dans une salle de ciné. Oui, parce qu’elle se donnait à cœur joie de déguster son pop-corn posé juste à droite devant elle. D’une main gracieuse, elle exécutait le mouvement de va et vient du paquet de pop-corn à sa bouche sans gâcher son « rose à lèvres » qu’elle avait appliqué.

Elle attisait toutes les convoitises…

Ses magnifiques cheveux blonds qui tombaient sur son dos s’affrontaient parfois avec sa belle écharpe. Alors comme une enfant, elle ne se gênait pas à jouer avec ses cheveux qui dégageaient une odeur agréable et qui envahissait la voiture 16 du TGV.  Deux heures durant, elle attisait toutes les convoitises y compris pour les benguistes. Les regards se posaient sur elle sans qu’elle ne fasse d’effort ou sans qu’elle ne s’aperçoive telle une innocente – coupable. Il ne fallait surtout pas la déranger devant son écran 11 pouces. Elle restait captivée !

Elle, c’était tout simplement la fille du TGV

J’étais son voisin de siège dans le TGV qui avalait de plus en plus les kilomètres. Alors que je m’apprêtais à briser le silence, la voix rocailleuse du chef de bord du TGV retentit : « Mesdames et messieurs dans quelques instants, nous desservirons la gare de Bordeaux. Prochain arrêt Bordeaux ! N’oubliez pas de vérifier… ». Elle rangea avec une célérité impressionnante toutes ses affaires dans son grand sac à main rouge très chic et se leva. Pris de court, je la regardais impuissant s’éloigner et se diriger vers la sortie. Je lui lançais un peu à tue-tête : « Bonne journée à vous ». Elle se retourna et me fixa avec ses yeux bleus toute souriante et lâcha : « Merci, à vous également. C’est gentil ! ». Et elle disparut à jamais…
Elle, c’était tout simplement la fille du TGV.


À l’ex de mon ex

Bonjour très cher, j’espère que tu vas bien. J’imagine déjà ta surprise en recevant cette lettre. À vrai dire, nous ne nous connaissons vraiment pas . Pourtant, j’ai beaucoup entendu parler de toi. Je l’avoue, c’est un peu flippant. Mais rassures-toi, je viens avec de bonnes intentions.

En fait, je viens te parler d’Yvette. Oui Yvette et moi avions vécu deux bonnes années ensemble avant de nous séparer par suite de plusieurs incompréhensions. Aujourd’hui, cela fait plus de quatre ans que nous sommes devenus de simples amis.

Etre des ex et devenir de bons amis

Oui comment cela peut-il être possible ? Comment devenir de bons amis après avoir vécu une histoire d’amour et s’être séparés ? Comme toi, beaucoup de personnes se posent et continuent de se poser la même question ? Existe-t-il une vraie amitié entre une femme et un homme surtout quand ces derniers sont des ex? Oui, je crois en l’amitié après l’amour. Nous croyons fermement à cet adage qui dit : « Après l’amour, ce n’est pas la guerre ». Alors si ce n’est pas la guerre pourquoi cela ne transformerait-il pas en amitié pure et vraie ?

Tu sais, il y a des personnes qu’on rencontre et qui s’en vont comme elles étaient venues. Par contre, il y a d’autres qui vous marquent à vie. Et je crois qu’Yvette fait partie de ces personnes-là malgré nos multiples disputes et incompréhensions d’hier.

Crois-moi Yvette et moi, il n’existe plus rien entre nous que de l’amitié. Je te le dis en toute sincérité et je veux que tu le saches. S’il y avait encore quelque chose entre nous, je ne serais pas venu vers toi. Ceci pour te rassurer de tous soupçons.

Des confidences entre ex, ça existe aussi

En tant qu’amis, nous avons, au fur et à mesure, pris l’habitude de nous faire des confidences. Nous avons eu l’habitude de partager nos joies et nos peines. Je parle souvent de ma nouvelle vie de couple, de mon travail, de mes projets. Et je peux te dire qu’Yvette n’a jamais hésité à me prodiguer des conseils ou à m’apporter son soutien quand elle peut.

Il y a quelques semaines, Yvette m’a parlé de votre relation de ces bons moments que vous avez passés ensemble. Elle m’a parlé aussi et surtout de ces incompréhensions et disputes qui ont meublé votre relation. Très sincèrement, j’étais triste pour elle à l’idée de vous voir séparés.

En effet, lorsqu’elle parlait de toi, Yvette avait toujours les larmes aux yeux. Elle était terriblement attristée. Je ne l’ai jamais vu aussi triste. Depuis ces quelques mois de votre rupture, elle n’arrive plus à vivre correctement. C’est dur et terriblement dur pour elle. Elle se lamente à longueur de journée et pleure presque toutes les nuits. Manger est une corvée pour elle. Beaucoup comme moi, avait cru que cela lui passerait mais voilà plus de quatre mois que ça dure. Non, ça ne peut plus durer. Il faut faire quelque chose.

Participer à votre réconciliation

Après plusieurs réflexions et avec beaucoup de recul, je viens plaider auprès de toi. Je sais que je ne suis pas très bien placé pour le faire. En tant que son ex, c’est une démarche un peu contradictoire. Tu me diras peut-être pourquoi je ne la reprends pas ou pourquoi moi qui l’ai laissé il y a cinq ans, je viens aujourd’hui prendre sa défense. C’est peut-être vrai tout ça.

S’il y a un regret que j’ai aujourd’hui c’est d’avoir laissé partir une fille comme Yvette. Certes, nous avions connu beaucoup de disputes. Les disputes, il en existe dans toutes les relations. Yvette est et restera une bonne fille. Une fille remplie de valeurs qu’on retrouve peu à notre époque : respectueuse, soumise, gentille, attentionnée…Tu pourras continuer la liste. C’est vrai qu’elle est souvent un peu dure d’oreille et un peu trop éveillée mais cela n’enlève en rien ces qualités. Tu es d’accord avec moi qu’il n’existe pas d’Homme parfait et sans défauts.

Ne commets pas la même erreur que moi

Alors très cher, je suis venu te dire de ne pas gâcher cette belle histoire d’amour que vous avez entamée il y a deux ans. La vie est faite de hauts et de bas. Je sais que tu l’aimes, je le sais à partir des récits de votre relation. Quand un homme aime une femme il n’y a pas milles façons de le savoir. N’écoute pas les autres autour de toi, écoute une seule voix : ton cœur. Fais fie de ton orgueil d’homme et fais le premier pas. Yvette t’attendra les mains grandement ouvertes pour t’accueillir.

Je serai très heureux de vous revoir ensemble. Très sincèrement, je vous souhaite plein d’amour et de bonheur. Je ne le fais pas seulement pour Yvette. Mais je le fais aussi et surtout pour sauver un couple, un amour. Merci de m’avoir lu. Très cher, ne commets surtout pas la même erreur que moi d’il y a cinq ans. Joyeuse fête de Saint Valentin à vous !


Au nom des papiers

Épouse-moi mon pote”, c’est le titre de la comédie française réalisée par Tarek Boudali, sortie le 25 octobre dernier. L’avez-vous regardée ? Non ? Alors, petit résumé pour vous. Dans ce film, Yassine, un jeune étudiant marocain, vient à Paris faire ses études d’architecture avec un visa étudiant. Suite à un événement malencontreux, il rate son examen, et se retrouve en situation irrégulière. Pour y remédier, il se marie avec son meilleur ami pour les papiers. Alors qu’il pense que tout est réglé, un inspecteur tenace se met sur leur dos pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un mariage blanc.

https://www.youtube.com/watch?v=Tozp8CnuPpI

Épouse-moi mon pote, expression pleine de curiosité

Si, comme moi, vous l’avez déjà vu tant mieux car c’est ce film qui a inspiré ce billet. Je suis sûr et certain que la phrase “épouse-moi mon pote” a suscité en vous un étonnement, comme beaucoup d’ailleurs. C’est normal ! Même si de l’amour à l’amitié, il n’existe qu’un seul pas, la demande en mariage d’un ami choque. La résonance “épouse-moi mon pote” attise bien une curiosité. Une curiosité qui a poussé plusieurs de mes amis à visionner sur YouTube la bande-annonce de cette comédie française.

Notre imagination pourrait nous envoyer sur plusieurs figures de demande. La première : une déclaration romantique d’une amie à son confident indécis. Ce qui est tout à fait possible ou pourquoi pas d’un ami à un ami ? Stop là ! Allez, pas la peine de s’alarmer, nous sommes au 21e siècle. N’est-ce pas ? Le siècle de l’égalité des sexes et du mariage pour tous, en France notamment. On comprend pourquoi certaines personnes (cinéphiles, critiques, associations…) se sont indignées dès la sortie de ce film en le qualifiant d’homophobe. Bon, ceci n’est pas le débat et encore moins l’objet de ce billet.

Si la formulation de notre billet laisse paraître un air joyeux, autant vous le dire, il ne l’est pas à cent pour cent. Et pourquoi ? Pour la simple raison qu’il exprime un désespoir et nous introduit dans un monde de business. Mes ami-es, serrez vos ceintures pour l’atterrissage dans le monde des sans-papiers en Europe.

Se marier pour régulariser sa situation

Dans les quatre coins du continent européen, cette phrase (épouse-moi mon pote) n’est plus un choc. En tout cas, pas dans le monde des benguistes ou des immigrés. L’obtention du titre de séjour ou de la naturalisation par le biais d’un mariage est l’une des premières solutions. On appelle cette pratique communément un “mariage blanc”. Pour la rondelette somme de 15000 euros en moyenne, vous pouvez épouser votre voisine ou votre jardinier. Bien entendu, si celui-ci ou celle-là, est partant(e) pour ce business.

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Étrangers – France . Crédit : @Larive – Source : pixabay.com

En Europe, de nombreux immigrés portent officiellement le statut d’homme ou de femme légalement mariés par des voies pas très catholiques. Ne vous y avisez pas pour leur demander. Ce sont des secrets qui ne se révèlent pas au premier venu. On est juste marié et point barre. Les mariages contractés dans un business sont passibles d’annulation. Les démarches s’opèrent donc dans le secret.

La solution selon Seck

Un soir, alors que je descendais des cours, je pris place dans un jardin à quelques mètres de la fac, l’air très pensif. Les tracasseries du titre de séjour, la recherche de stages, d’emplois, le changement de statut d’étudiant à salarié… Des soucis qui me turlupinent toujours. C’est alors que je me suis rappelé de Seck, ma voisine d’origine sénégalaise. Elle m’avoua qu’à la fin de ses études, elle avait flanqué une grossesse à un vieux français. Non par amour, mais juste pour les papiers. Elle me murmura ceci avant de s’en aller.

“Mon frère, tu es un homme, les filles blanches adorent les blacks, tu as la solution pour tes papiers entre tes jambes. Dans le cas contraire, cherche de l’argent afin de porter l’identité d’une autre personne.”

Ne soyez pas étonné. C’est aussi un autre moyen pour avoir ses papiers en règle. Porter l’identité d’un défunt. Je ne saurai vous donner plus détails là-dessus car elle ne m’a pas donné plus d’explications, d’autant plus que je ne lui ai pas demandé. Des hommes et des filles comme ma voisine, il y en avait dans chaque pays de l’Europe. Leur refrain : “situation oblige” comme ç’a été le cas de Yassine dans le film “Épouse-moi mon pote”.

Je ne sortirai pas de ce pays sans mes papiers

Rosine, la petite sœur d’un ami, me raconta que “ce business de papiers” se faisait aussi entre les africains eux-mêmes. Je restais ébahi. C’était une sorte d’entraide entre immigrés de même nationalité. Ceux ou celles qui avaient les papiers en règle signaient un contrat de mariage avec un ressortissant du même pays. Ne croyez pas que cela se fasse gratuitement. Non ! Sans argent, n’y pensez même pas. Rosine toute confiante m’avoua qu’elle préférait tomber enceinte du premier français qu’elle croiserait. Elle ne désirait pas de contrat de mariage avec un de ses compatriotes.

mariage mixte
Mariage mixte. Crédit : @Torbjornalander – Source : flickr.com

Selon elle, les africains non seulement étaient chers, mais en plus, ils ne respectaient pas très souvent les clauses du contrat. Elle termina son récit en me demandant pourquoi elle devrait chercher un noir pendant qu’elle se trouvait à la source : les hommes français. “Je ne sortirai pas de ce sol sans mes papiers”, a-t-elle martelé. Sa chasse aux blancs avait commencé ! Ses cibles étaient les vieux. Ils étaient les premiers à tomber sous le charme des jeunes filles africaines, croqueuses de l’or blanc. Cela fait penser également à certains couples africains qui n’hésitaient pas à faire un enfant ou plusieurs, juste pour avoir un titre de séjour. Ça donne à réfléchir. Toutes les cartes se misaient pour l’obtention des papiers. Peu importe tant qu’il garantit un bien-être.

La rencontre d’Okemba avec Aboubakar, le démarcheur

Okemba, un ressortissant congolais, me relata lui aussi des faits qu’il avait vécus en Espagne.

“Tu sais, les affaires de titre de séjour, c’est pareil partout. J’ai rencontré Aboubakar, originaire du Sénégal, et Bonan du Cameroun. Ils venaient tous les deux de mettre les pieds en Espagne, mais ils ont vite obtenu leurs titres de séjour permanent. Mais crois-moi au prix d’une coquette somme qui pouvait monter un projet dans leurs pays d’origine. »

Il fit la rencontre d’Aboubakar lorsqu’il se rendit au service de renouvellement de titre de séjour des étrangers. Aboubakar lui confia discrètement qu’il avait « une solution » pour lui. Il connaissait, en effet, un réseau qui pouvait lui faciliter le changement rapide de statut. En fait, Aboubakar avait une liste d’hommes et de femmes de nationalité espagnole qui, pour une forte somme, s’offraient en mariage pour divorcer deux ans plus tard. Toutes les catégories d’hommes ou de femmes étaient représentées. Okemba resta surpris lorsqu’Aboubakar lui annonça que son petit frère avait été marié par un espagnol. Et pourtant, le frère de ce dernier n’était pas homosexuel. C’était une formalité pour avoir les papiers. En plus, l’espagnol avait réduit la somme initiale.

Il faut être en Europe pour connaître vraiment la valeur des papiers. Okemba fit comprendre à Aboubakar qu’il était de ces personnes qui aimaient la légalité. Et l’éducation qu’il avait reçu ne lui permettait pas de faire ce genre de choses.

“Tu penses que moi Aboubakar, je n’aime pas la légalité, je suis amoral ? Le monde est ainsi”, répliqua-t-il. “Tu veux travailler ou pas? Les étapes de la légalité traînent. Tu payes, tu as les papiers, après chacun prend son chemin. Dans cette histoire de papiers, mon ami, on ne regarde pas ses croyances ni ses mœurs. Je te laisse ma carte de visite. Si tu changes d’avis, tu sais comment me joindre. Je te trouverai une épouse qui te fera un prix réduit.” Tel fut les derniers mots d’Aboubakar avant de s’en aller à son domicile.

Le cas de Bonan, victime d’imprévus…

Pendant des jours, la conversation avec Aboubakar hanta Okemba. Au fil du temps, il se demandait si Aboubakar n’avait pas raison. Entre le statut étudiant et l’obtention d’un titre de séjour permanent ou la naturalisation, la différence était grande. Les idées commençaient à se bousculer dans l’esprit d’Okemba. Cependant, la tentation de le faire se dissipa lorsqu’un matin, il croisa un attroupement de personnes. C’était Bonan, le camerounais, qui se faisait agresser par une femme espagnole. La dame lui réclamait de l’argent.

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Déception. Crédit : @C_Scott – Source : iwaria.com

Bonan avait contracté un mariage avec cette espagnole. Dans les clauses du mariage, il était prévu qu’il n’y aurait pas de sexe entre eux. En réalité, Bonan était déjà marié dans son Cameroun natal. Malheureusement, la dame tomba sous son charme et réclamait maintenant son devoir conjugal, au risque d’étaler le business à la police. Bonan devait alors à chaque fois payer de l’agent pour calmer les ardeurs de sa pseudo épouse. En effet, il courait le risque d’être rapatrié ou de faire la prison. La dame le savait. De toutes les façons, elle n’avait rien à perdre s’il allait se plaindre à la police. Elle était dans son pays. Bonan n’en pouvait plus de cette situation. Il recherche à présent un homme ou une femme pour un autre mariage (encore ?!).

A l’instar de Bonan ou de Yassine dans le film “Épouse-moi mon pote”, ce sont de milliers de mariages par an qui se célèbrent non pas par amour, mais pour les papiers. Un arrangement où les deux camps semblent gagner. Mais ce n’est toujours pas le cas, car la joie n’est généralement pas au rendez-vous.


Permis de conduire français, le parcours du combattant !

C’est la quatrième fois que mon amie passe à côté du permis de conduire français. Conséquence : plus 6 000 euros… tombés à l’eau.

La première fois, c’était l’examen de code qu’elle avait raté. La deuxième fois, c’était encore le même examen sauf qu’elle était arrivée plus près du but, mais hélas ! La troisième fois, elle avait oublié de respecter le marquage « STOP » devant l’inspecteur pour l’examen de conduite. La quatrième fois, elle a manqué de respecter la distance de sécurité entre son véhicule et celui qui se tenait devant elle.

C’est ça aussi la stratégie ou le business des auto-écoles françaises…

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Conduite accompagnée. Crédit : @andrew-worley

Joie d’obtenir son permis de conduire français

J’étais couché ce matin-là, encore enroulé sous ma couette, lorsque je reçu l’appel de mon amie en question. Je faisais la grasse matinée en regardant un film. Près de moi, il y avait quelques biscottes et un peu plus loin une tasse de café. Je sirotais tout doucement mon café en savourant son parfum. Je me sentais un peu lourd, il fallait quand même me booster ce matin-là…  À l’autre bout du fil, j’entendis mon amie Verena crier et jubiler. Son attitude me surprit tellement que je me mis immédiatement à me poser mille et une questions.

Qu’est-ce qui pouvait bien susciter une telle joie chez elle ce matin ? Venait-elle de décrocher un contrat à durée indéterminée (CDI) ? Ou venait-elle de recevoir la demande en mariage de son fiancé qui, selon elle, tardait à se décider ? Je n’en avais aucune idée. Pourtant, je voulu moi aussi entrer dans la danse, une danse de joie et d’allégresse. Oui, mais il fallait  d’abord que je sache quel était l’objet de cette joie. N’est-ce pas ?

Pas facile d’obtenir le permis en France

C’est alors que, quelque peu agitée, elle me lança ceci :

« Mon frère, j’ai enfin eu mon permis, le fameux permis français. Tu n’imagines pas comme je suis contente.»

« Quoi ? ! Wow ! Bravo ma sœur, enfin », répliquais-je, joyeux.

Ah le permis français, un vrai parcours du combattant ! Je réalisais qu’avoir le permis de conduire français n’était pas une mince affaire. Cela n’avait rien à voir avec le permis de conduire chez nous en Côte d’Ivoire et encore moins avec le permis de conduire au Cameroun. Non !

Trafic urbain_abidjanais
Trafic urbain_abidjanais. Crédit : @Bayala

Le permis au pays, plus facile à obtenir et moins cher

Au pays, c’est tellement simple et facile. Il suffit d’entrer dans une auto-école, de régler la somme que l’on demande. Une modique somme comparée à celle qui est demandé en France (environ 100.000 F CFA soit 150 euros), et le tour est joué ! On peut aller s’asseoir tranquillement à la maison pour recevoir son permis de conduire quelques semaines après.

Pas besoin de cours théoriques et/ou d’examen de code. Pas besoin également de cours pratiques et/ou d’examens de conduite. Aucune obligation ! Donc aucune chance de rater son permis. Non, on ne se prend pas trop la tête comme en France. À Abidjan, tout comme au Cameroun, on est sûr d’avoir son permis de conduire, quelles que soient les circonstances. C’est simple : on obtient d’abord le permis et on apprend à conduire ensuite. La main viendra au fur et à mesure…

C’est pourquoi, je félicitais mon amie Verena pour son courage, sa patience, ses efforts, ses sacrifices… En France, le permis de conduire est considéré comme un diplôme. Souvent, les recruteurs l’exigent. Il faut donc l’avoir, c’est une nécessité. Mais plusieurs benguistes ou africains en France préfèrent passer leur permis de conduire chez eux au pays. C’est moins cher et super facile à obtenir ! En effet, qui souhaite se ruiner ?

Passer son permis de conduire au pays, la panacée

Le saviez-vous ? Le prix du permis français (entre 1200 et 1500 euros, quand on ne le rate pas) peut même acheter un billet d’avion aller-retour au pays avec, en plus, de la monnaie pour assurer tranquillement son séjour ! Alors, pourquoi s’embêter et se ruiner à obtenir le permis français ?

D’autant plus que les étudiants peuvent conduire avec le permis de leur pays d’origine, puis le changer plus tard en permis français. C’est le cas de mon ami Franck, qui au départ avait voulu passer son permis de conduire en France. Mais il a vite changé d’avis. Il l’a finalement passé avec brio à Abidjan !

Circulation de véhicule Abidjan
Circulation de véhicules Abidjan. Crédit @Benjamin Yobouet

Mais attention aux contraintes et aux règles…

Mais attention, il y a un hic pour les benguistes ! Ce n’est pas tout le monde qui peut aller passer son permis de conduire au pays et revenir le changer facilement. Il y a des règles, la loi française est claire à ce sujet. Pour ceux qui ont changé de statut, qui ont une carte de résident, qui ont la nationalité française… ce ne sera plus possible. Mon amie Verena se retrouvait malheureusement dans ce cas de figure. Vous comprenez donc pourquoi elle a du supporter tous les tralalas du permis français jusqu’au bout.

Le mieux, ce serait d’obtenir son permis de conduire au pays, trois mois avant de fouler le sol français, et comme ça on évite toutes ces tracasseries. En fait, en France, pour certaines choses, il faut vraiment être riche ! C’est le cas pour avoir une nounou comme c’est le cas pour pouvoir passer le permis de conduire… Alors, à bon entendeur, salut !


Ces rues françaises qui nous font rigoler

Vieux chemin de Sainte Musse. Une des rues toulonnaises qui restera gravée dans ma mémoire ! Il y a trois ans, je débarquais en France sous un automne ensoleillé. Dans le cadre de certaines de mes démarches administratives, j’avais besoin d’un extrait d’acte de naissance plus récent au pays. Il fallait qu’on me l’expédie le plus rapidement possible.

Lorsque je commençais à épeler ma nouvelle adresse à ma maman, elle a tiqué : « hein, tu dis quoi même ?» et moi à l’autre bout du fil, j’éclatais de rire. « Oui, je dis bien VIEUX CHEMIN DE SAINTE MUSSE », « c’est quoi ça encore mon fils ? Tu habites sur un vieux chemin là-bas ? » Toujours entre les éclats de rires, je lui répondais que ça n’avait rien à voir, que c’était juste le nom de la rue où j’habitais dans la ville de Toulon. « Hum, les blancs et leurs adresses : vraiment », coupa-t-elle en rigolant aussi.

Chemin de Lanusse, rue de la galère, rue des mauvais garçons… des rues au nom très drôle

Oui maman n’avait pas tort. Comme elle, beaucoup de benguistes ou d’africains qui débarquent ou qui vivent en France trouvent particulier les noms de certaines rues. Il y a de ces rues qui font vraiment rigoler. Chemin de Lanusse, vous connaissez ? Rue de la galère, ça vous dit ? Et la rue des mauvais garçons ? Non, ce n’est pas une blague. C’est bel et bien des noms de rues qui existent en France !

Rue des mauvais garçons à Paris
Rue des mauvais garçons à Paris. Source : Flickr

Lorsque qu’un jour j’ai dit à un ami qu’il existait une rue qui s’appelle « rue courbe, dite des fesses fanées » en Haute-Rivoire, il m’a répondu : « Benjamin arrête là, tu rigoles ou quoi ? » Je lui ai dit que cela n’était rien à côté d’autres noms de rues, parce qu’il y avait aussi la « rue des merdes de chiens » à Mortagne-sur-Gironde.

Rue courbe dite des fesses fanées
Rue courbe dite des fesses fanées. Crédit : Simplythebest84

J’ai été frappé la première fois lorsque que j’ai découvert une rue à Toulon qui s’appelait «pourquoi pas ». Je suis resté là, inerte tel une statue. Tout était permis ou possible ici alors, me suis-je dit intérieurement avant de poursuivre mon chemin. Ma surprise a été encore plus totale quand je me suis retrouvé dans une rue à Strasbourg.Savez-vous comment s’appelait cette rue ? Tenez-vous bien : la « rue des pucelles ». Mon Dieu ! J’ai eu envie d’éclater de rires. Mais à cause du regard des autres, je me suis contenté de sourire, pourtant, les gens circulaient comme si de rien n’était… Si je comprends bien, il n’y a que les pucelles qui habitent par-là, c’est ça ? Bon, je me tais ! Rires.

Quelques noms de lieux abidjanais qui font aussi rigoler

C’est vrai qu’il y a des lieux ou des quartiers à Abidjan qui font aussi rire. Le carrefour « gnamôgôdé » par exemple, qui veut dire carrefour enfant bâtard, enfant conçu hors mariage. Il y aussi le carrefour appelé « samaké » ou le quartier Abobo derrière rail.

N’oublions pas le carrefour « la vie » appelé autrefois « carrefour la mort » à cause de nombreux accidents qui ont eu lieu à cet endroit. Et le carrefour « cimetière » à Yopougon alors ? On le nomme souvent carrefour « dernière maison » ou carrefour « obligé » pour souligner la peur de traverser justement le fameux cimetière, surtout à des heures tardives…

Des rues qui arrachent un sourire à Lille, Lyon ou encore Colmar…

Mon ami Edem, de passage à Lille, m’a révélé qu’il existe la « place des oignons ». Hein ? Rires. Ce n’est pas tout ! Et d’ajouter une autre adresse : « rue des chats bossus ». Ah bon ?! Ce ne sont que les chats bossus qui y vivent par ici ? Dites-moi ! J’ai été également surpris d’apprendre par mon ami Mansour qu’à Lyon, il existe une petite rue qui porte bien son nom, mais un nom bien étrange : « petite rue mon plaisir ». Mdr !

Place des oignons à Lille
Place des oignons à Lille. Crédit : Edem

Terminons par ces deux rues, elles aussi aussi rigolotes : la « rue du mouton » et la « rue poilus » à Colmar, soufflée par mon amie Gerda. Si nous voulions continuer, nous risquerions de ne plus de nous arrêter tant il existe des noms de rues de plus en plus drôles. Et vous quelle rue vous a marquée ? Partagez avec nous pour qu’on rigole aussi. C’est la rentrée après tout, on en a besoin pour déstresser un peu, n’est-ce pas ?


Ali Kanaté : le pongiste qui a fait vibrer les Ivoiriens #Abidjan2017

Il s’appelle Kanaté Ali. Un fou amoureux du tennis de table. Ce pongiste né dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire nous arrive de France où il vit depuis maintenant trois ans. Il est là pour prendre part aux jeux de la Francophonie d’Abidjan. Cela fait deux ans qu’il se prépare pour cette 8ème édition.

Standing ovation pour Ali

Il est 11 heures ce mercredi 26 juillet, lorsqu’Ali fait son entrée dans la grande salle de tennis de table au parc des sports de Treichville. À l’angle, une foule s’enflamme, elle scande son prénom : « Ali, Ali, Ali ! ». On se croirait un peu comme à Roland-Garros. Normal, c’est un Ivoirien qui joue dans son pays.

Les fans de Ali-Kanate
Les fans de Ali Kanaté acclame et encourage leur champion. Crédit : Benjamin Yobouet

Une rencontre pas banale avec son coach

Du haut de ses 20 ans, Ali marche tout doucement, sa valise dans la main droite. À ses côtés, Nicolas Petit tient l’épaule de son poulain. Ali a fait la connaissance de son entraîneur par Skype. C’est lui qui l’a fait venir en France à l’âge de 17 ans.

Ali salue d’une main gracieuse et avec un large sourire en coin ses fans déjà en chaleur. Des sifflements, des hurlements, des applaudissements… tout y passe ! C’est la cacophonie francophonie.

A la fois pongiste et maintenancier

Aujourd’hui, ce sont les demi-finales. Un grand jour pour lui, peut-être le plus grand depuis sa victoire en quarts, quelques jours plus tôt. Face à lui ce matin, un poids lourd : le français Joé Seyfried, un athlète qui s’entraîne quatre à six heures par jour. Ali, lui, ne s’entraîne que quatre heures par semaine. Pour gagner sa vie, il est maintenancier pour la compagnie aérienne Transavia à Orly. La différence est nette ! Différence d’intensité, différence de régularité. Joé Seyfried a gagné plusieurs compétitions, grand favori de ces jeux, numéro 200 mondial, numéro 67 en France.

Ali Kanate face son adversaire Joé Seyfried
Ali Kanate face son adversaire Joé Seyfried. Crédit : Benjamin Yobouet

Mais le profil de son adversaire n’intimide pas Ali. Au contraire, il reste confiant et motivé par les youyous de ses supporters qui accompagnent chacun de ses gestes. Ali Kanaté n’est pas à sa première grande compétition, il a glané quelques médailles ici et là. Mais celle-ci représente beaucoup pour lui.

Ali rugit, son coach l'encourage
Ali rugit, son coach l’encourage. Crédit : Benjamin Yobouet

Le coup d’envoi est donné. Ali avale rapidement une banane douce, un peu d’eau minérale, il est prêt. Il saute, il dandine un peu. La foule est en effervescence ! Il salue son adversaire, les arbitres et les jurés. La compétition démarre. Une revers, un coup-droit, encore quelques-uns, Ali marque un point. Le public est émerveillé. Ali rugit.

Quand Ali prend le dessus…

A chacun de ses coups, la petite foule crie à gorge déployée suivi d’applaudissements bien nourris. Ce n’est pas fini, il reprend son souffle et garde sa concentration. Quelques minutes plus tard, les compteurs affichent 10-7 pour Ali, c’est la joie totale des supporters. Deuxième partie, les choses commencent à se compliquer, mais Ali tient la barre : 6-6.

Ali Kanaté en pleine action
Ali Kanaté en pleine action…Crédit : Benjamin Yobouet

Troisième, quatrième partie, les hostilités continuent. Ali perd les pédales, la foule boude un peu. Mais Ali tient bon quand bien même il est rattrapé par son adversaire. Quelques minutes plus tard, le duel se termine par la victoire du Français. La déception est totale. Elle se lit sur les visages.

Fierté d’avoir tenu le coup et d’avoir représenter son pays

Même s’il n’a pas remporté de médaille pour ces jeux, Ali est fier d’avoir porté le maillot ivoirien, et de représenter dignement la Côte d’Ivoire.

« Je suis plutôt fier d’avoir perdu contre lui…Si je m’entraîne un peu plus, je pourrai faire la différence »

 


Une demi-journée avec Michaëlle Jean

Lundi 24 juillet, c’est jour 4 des jeux de la francophonie à Abidjan. Nous sommes invités Babeth et moi, tous deux mondoblogeurs, à partager un déjeuner avec Michaëlle Jean, secrétaire générale de la francophonie au village des partenaires à Treichville. Une belle occasion pour nous de suivre de plus près la numéro 1 de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Atelier LibresEnsemble, empreint d’émotion

Tout commence au pavillon de la francophonie avant le déjeuner proprement dit. Il y a du beau monde, de l’émotion aussi. C’est l’atelier LibresEnsemble qui bat son plein ! Pendant un peu plus d’une heure, des chanteurs, des danseurs, des poètes viennent ici librement délivrer leurs messages de paix et de diversité à l’assemblée tantôt enjouée, tantôt émue. Comme lorsque Caresse Fotso (camerounaise) et Jean Jean Roosvelt (haitien) se sont mis à chanter.

Blocus

Nous prenons ensuite la direction de la fresque pour son inauguration. Petit blocus. Nous sommes interpellés par des restaurateurs qui manifestent vivement. Nous nous retrouvons dans une cacophonie de casseroles et de soupières qui s’entrechoquent.

Le son monte, les cris aussi.

C’est visiblement une grève (Ziad nous en a déjà parlé dans un billet). La secrétaire générale de la francophonie s’arrête, écoute et discute avec l’un des représentants. Une solution sera trouvée dans les heures à venir.

Inauguration de la fresque

Nous pouvons continuer à présent notre chemin jusqu’où se tient la fresque, des artistes peintres en pleine action nous attendent depuis. Après quelques échanges avec eux, Michaelle Jean couche quelques mots sur le mur :

« Les jeunes de tout le vaste espace de la francophonie, des cinq continents n’ont qu’une volonté : vivre libresensemble ! C’est plus fort que tout pour que la Vie triomphe ! »

Michaelle Jean SG de la francophonie inaugure officiellement la fresque au village des partenaires
Michaelle Jean SG de la francophonie inaugure officiellement la fresque au village des partenaires. Crédit : Benjamin Yobouet

Enfin le déjeuner…discussions sur les mondoblogueurs…

Place enfin au déjeuner ! Au menu, des petits pois et des carottes en entrée, de l’attiéké poulet frit et du jus de bissap. Tour à tour, les invités décrivent à Michaëlle Jean leurs expériences des Jeux. La secrétaire souligne alors le dynamisme des mondoblogueurs à couvrir ces jeux de la francophonie.

« Qui sont les lecteurs des mondoblogeurs ? » lance le SG de l’OIF. « C’est tout le monde dans les quatre coins du monde », c’est la réponse que nous lui donnons avant de prendre congé d’elle.

Dejeuner avec Michaelle Jean SG de la francophonie
Dejeuner avec Michaelle Jean SG de la francophonie. Crédit : Benjamin Yobouet

Direction le stade Felix Houphouet Boigny au Plateau pour les finales des 100 mètres hommes et femmes. Parce qu’en réalité, les mondoblogueurs, ça bosse fort et ça bouge beaucoup…


Le parc des sports de Treichville, comme si vous étiez !

Nous sommes au lendemain de l’ouverture officielle des jeux de la francophonie à Abidjan. Cap sur l’un des sites des jeux : le parc des sports de Treichville.

Le parc des sports, un village très animé…

A l’entrée se dresse une longue file d’attente de spectateurs impatients, de part et d’autres des contrôles orchestrés par des agents de police, des vendeuses enjouées crient à tue-tête…C’est la cacophonie !

File d'attente - Parc des sports Treichville aux 8e Jeux Francophonie
File d’attente – Parc des sports Treichville aux 8e Jeux Francophonie. Crédit : Benjamin Yobouet

Au Parc des Sports, l’ambiance est au rendez-vous. Des cris de joie, des vuvuzelas… entraînent la foule. Une ambiance différente de celle du Palais de la culture, le village des partenaires, où tout semble calme.

Plusieurs disciplines au choix de chaque spectateur…

Le football juste à l’angle, le Basketball en haut, le tennis de table un peu loin, la lutte en face…Il y en a pour tous les goûts, c’est la francophonie !

Des participants motivés et enthousiastes…

Dans la foulée, nous rencontrons l’entraîneur de l’équipe de judo suisse qui accepte de nous livrer ses impressions sur la participation de son équipe ainsi que sur l’ensemble de la compétions.

« Pour nous, c’est intéressant parce que les athlètes sont jeunes. C’est une compétition d’un bon niveau et c’est, en même temps, une rencontre culturelle. C’est la première fois que nos sportifs viennent en Afrique, la première fois en Côte d’Ivoire bien sûr. Ils découvrent le haut niveau sportif et la culture du pays », nous explique Pascal Tayot, l’encadreur technique.

 

L'encadreur technique Judo de Suisse avec un de ses athlètes
L’encadreur technique Judo Suisse avec une de ses athlètes. Crédit : Benjamin Yobouet

Un peu plus loin, nous remarquons un regroupement de jeunes filles. Elles arborent des maillots rouges noirs. C’est l’équipe féminine Basket de Belgique qui revient de l’entraînement. Elles nous confient leur joie de participer à ces 8es jeux de la francophonie à Abidjan. Petite photo de famille !

L'équipe féminine de Basket Belgique aux 8e Jeux Francophonie
L’équipe féminine de Basket Belgique aux 8e Jeux Francophonie. Crédit : Benjamin Yobouet

Avant de prendre congé de ce lieu, nous faisons la rencontre des deux athlètes. Sur leurs visages, l’on peut facilement lire la joie et la fierté de compter parmi les participants de ces jeux d’Abidjan. Ce sont des judoka japonais gabonais.

L'équipe Judo Gabon aux 8e Jeux Francophonie
Capitaine à droite et un coéquipier (à gauche) équipe Judo Gabon aux 8e Jeux Francophonie. Crédit : Benjamin Yobouet

 


Les prénoms africains, une fierté culturelle

L’hiver battait son plein en ce mois de décembre. Dehors, il était impossible de distinguer le jour de la nuit. Il se résolut d’affronter ce froid et rejoindre le lot d’étudiants du master 1 communication numérique. La classe, contrairement à celle de ses cours à Abidjan, regorgeait peu d’étudiants, ce qui le surprit. Il était habitué à prendre des cours dans une classe pleine à craquer. L’air tout timide, il prit place dans l’un des sièges arrières de la classe. Il admira ces nouveaux visages qui allaient désormais faire partie de son quotidien durant les deux années de formation à venir. L’entrée du professeur de stratégie et innovation mit de l’ordre dans ce joyeux désordre.

Des noms et prénoms très particuliers

Après s’être présenté et avoir défini en quelques mots l’objectif de son cours, M. Beau Fessier, le professeur, demanda à chacun de se présenter. Les noms et prénoms, il y en avait de toutes sortes allant du chinois au russe : Sung Yang, Patrick Pigeon, Marc le Groin, Isabelle La bête… Il y eut des moments où à l’écoute de certains noms, il restait ébahi. Lorsque vint son tour, il se présenta avec son prénom africain. Je m’appelle Koffi, lança-t-il. À entendre ce nom, le professeur lui demanda s’il était issu de la famille de l’ex-secrétaire générale des Nations Unies (ONU) Kofi Annan.

Non, répondit-il. Il lui fit savoir que les Koffi, en réalité, on les retrouvait un peu partout sur le continent africain. Il continua de lui expliquer que le Koffi de Côte d’Ivoire dont il était originaire, s’écrivait avec deux « FF » contrairement à celui du Ghana avec un seul « F ».

Koffi, un prénom africain qui rappelle son origine

Avec un air taquin, M. Beau Fessier lui confia que la résonance de son prénom africain faisait allusion au « Coffee » en anglais. Koffi sourit et lui répondit que le café était justement aussi une des richesses de son pays. Il aurait bien pu se présenter avec son prénom français « Pascal » mais il trouvait cela un peu égoïste de sa part. Porter un prénom africain l’identifiait et rappelait ses origines, son jour de naissance et sa culture.

Non, il n’était pas xénophobe loin de là, il faisait partie d’une classe qui revendiquait l’authenticité africaine. C’était avec plaisir qu’il expliquait à ses nouveaux compagnons que dans son peuple issu du centre de la Côte d’Ivoire (le Baoulé), chaque prénom correspondait à un jour de la semaine. Le mien était un prénom donné aux garçons nés un samedi.

Certains benguistes peu fiers de leurs prénoms africains

Nombreux enviaient cette culture, d’autres n’arrêtaient pas de lui demander quel prénom aurait-il porté s’ils étaient nés dans sa tribu Akan. S’il acceptait avec fierté de porter son prénom africain dans ce continent européen, cela n’était pas le cas pour bon nombre de ses compatriotes. C’est l’exemple de son ami Kouadio, prénom africain donné aux garçons nés un mardi.

« Écoutes Koffi, je ne suis pas content de toi. Tu sais bien que nous ne sommes plus en Afrique, mais en Europe. Alors, cette manière de m’appeler comme si nous étions au pays franchement cela me gêne et surtout quand je suis en compagnie de mes amies européennes. Je te le dis avec beaucoup de respect, appelles-moi Cédric Rayanne. Le jour où tu me verras au pays, tu pourras m’appeler « Kouadio » si tu le veux », lança-t-il à Koffi, un de ces jours.

Porter son prénom d’origine, un signe de non-intégration ?

Koffi tombait des nues, donc porter son prénom d’origine africaine en Europe est signe de non-intégration ? Il y a une catégorie de benguistes, les Africains en Europe, qui ne finira jamais de surprendre. Porter son prénom français octroie-t-il automatiquement l’intégration au sein d’une société européenne ? À ce point, Koffi risque de ne jamais s’intégrer, car il s’appelle Koffi. Toutefois, il décida de le revendiquer là où il sera, parce que c’est son prénom, son identité. Oui, Koffi, c’est bien son prénom !


Benguistes : tous coupables !

Il y a quelques jours, je suis « tombé » sur un extrait de l’émission Cmidi, un talk-show de la Radiodiffusion télévision Ivoirienne (RTI). Parmi les deux principaux invités dans cet extrait-là, il y avait une femme et un jeune homme. Ils faisaient partie des lots des personnes ayant tenté de quitter leur pays, la Côte d’Ivoire illégalement.

Immigrer illégalement est parfois très tragique

Le thème était le suivant : « Nous faisons partie des clandestins ivoiriens rapatriés de Libye ». Ces derniers ont vu des vertes et des pas mûres durant leur voyage notamment en Libye ou a pris fin leur aventure. Exténués par toutes sortes de tortures, ils ont finalement, grâce au secours d’un organisme en charge des migrants, retroussé chemin et regagné le pays. À vrai dire, chacun de leurs témoignages m’a réellement turlupiné particulièrement celui de la femme invitée, qui a finalement perdu son conjoint. C’est tragique, c’est dramatique !

Mais pourquoi diantre en arriver là ?! Pourquoi cette « folie » ou cette obsession de quitter le pays par tous les moyens ? Bien sûr, on nous parlera de chômage, de pauvreté, de misère, de la situation critique du système scolaire et universitaire… Oui, cela est une réalité.

Cependant, faut-il, pour cela, tenté l’immigration au prix de la vie ? Il ne s’agit pas ici des pays en proie à des guerres et des calamités naturelles. Non, il s’agit là des pays où malgré les difficultés énoncées ci-dessus, il règne une certaine stabilité. L’on peut immigrer pour un objectif précis : études, travail, mission… Pas pour se « chercher » comme on le dit à Abidjan par la voie illégale.

Les responsabilités sont partagées y compris les benguistes

L’on est à se poser de plus en plus mille et une question sur l’immigration illégale qui reste un sujet brûlant dans les quatre coins du globe. Dans une telle situation, les responsabilités sont évidemment partagées. Il y a certes les pouvoirs publics, les candidats eux-mêmes. Mais il y a aussi ceux qu’on ignore ou ceux qu’on ne voit souvent pas : les benguistes.

Ce sont ces africains déjà installés par la voie légale en Europe, dans les pays développés ou les candidats heureux de l’immigration illégale. Ils sont quelquefois coupables. Coupables d’encourager parfois leurs compatriotes à immigrer, pire, par la voie illégale comme ça été le cas pour nos deux invités. La femme et le jeune homme ont été « poussé » (avec toutes les informations utiles) par leurs proches déjà installés en Europe ou en Lybie.

-« J’avais des amis au quartier, tout le monde est parti pour me laisser… Ils (ses amis installés en France, Allemagne, Italie…) m’ont dit ici, c’est bon, c’est bien, ça nous fait du bien… Tout est facile… La route est facile… » , tel est l’aveu du jeune homme.
-« Là-bas, ça va bien, tu peux venir te chercher… Tu pouvais me dire, ah petite sœur faut rester là-bas (Côte d’Ivoire), ici (Lybie) là ça ne va pas, donc tu m’as blagué là moi ça ne me plaît pas… » , voici, en outre, ce que confiait la dame invitée.

Les benguistes sont coupables chaque fois que…

C’est pourquoi, je dis que les benguistes sont quelquefois coupables de ces immigrations illégales. Nous sommes coupables lorsqu’on ne dit pas toute la Vérité à nos amis et nos proches sur les réalités de la vie européenne.

Même si souvent, les benguistes sont traités de « méchants » que d’être coupables d’une tragédie. En effet, lorsqu’un benguiste parle des réalités du terrain à ses amis ceux-ci répondent souvent (pour la plupart d’entre eux) « mon frère, ma sœur, il ne faut pas me décourager, toi, tu es déjà là-bas… Moi aussi, je veux venir même si c’est pour lutter ».

Nous sommes coupables chaque fois que nous publions des photos belles et « attirantes » sur les réseaux sociaux. Des photos prises devant tel lieu touristique ou dans tel pays européen. Je me rappelle, à ce propos ce jour, où lorsque j’ai posté une photo, un ami m’a lancé ceci en message privé : « Hum mon frère, tu me donnes envie d’aller en Europe hein ». J’ai été sur le coup surpris.

Nous sommes donc coupables lorsque pendant nos vacances au pays, nous faisons croire que la vie en Europe est facile à travers les « m’as-tu vu »… Nous sommes coupables consciemment ou inconsciemment. Dans tous les cas, nous le sommes tous ! Et il ressort de notre responsabilité.


Grâce ou l’illusion de l’amour à distance

Mon ami avait une fiancée au pays. Il avait… ! Oui, mais ça s’était avant ! Maintenant, c’est fini entre lui et son amour au pays. Pourtant, il y a quelques mois, mon ami benguiste me parlait d’elle presque chaque jour.

Il me disait que Grâce, sa fiancée, était un cadeau du ciel. Belle, elle l’était ; intelligente et adorable aussi. Mon Cher Ami me confiait comment elle était différente de certaines filles au pays. Ce n’était pas ces filles arrivistes et matérialistes. Non ! Sa Grâce était une vraie femme en devenir, une fille fidèle, sincère et compréhensive.

Grâce, l’amour de sa vie…

Mon ami pouvait me parler de Grâce pendant des heures et des heures sans se lasser. Grâce était ceci, Grâce était cela… Ah Grâce ! Et moi, je le regardais, certes avec beaucoup d’émotions, mais aussi avec beaucoup de plaisir. J’admirais surtout ses yeux qui brillaient de mille feux : feu d’amour, feu de tendresse, feu d’intense affection…

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L’amour vrai, source de fidelité et de sincerité / CC : Riedelmeir – Pixabay

À vrai dire, j’étais heureux que mon ami soit si comblé. Heureux, en réalité, de voir son visage rayonner comme un ange après chaque échange avec sa bien-aimée via les réseaux sociaux. Je le voyais naviguer entre une pléthore d’applications mobiles.

Des échanges interminables via les réseaux sociaux

Souvent, c’était WhassApp ou Viber, parfois Skype ou Imo. Lorsque la connexion perdait sa stabilité, mon ami et sa fiancée se retrouvaient sur Messenger. Leur causerie pouvait commencer sur Facebook, déboucher sur Instagram message et se terminer sur Hangout, tous les moyens étaient bons pour mieux communiquer.

Il arrivait des fois où Grâce ne se connectait pas à Internet, dû à la cherté de la connexion au pays. Mon ami n’hésitait pas alors à empiéter sur son forfait pourtant limité, à appeler sa chérie directement sur son mobile pendant de longues minutes. Et bonjour les factures très salées. Peu importe les dépenses…L’essentiel, pour mon ami, c’était de maintenir coûte que coûte la communication avec son amour.

L’amour à distance, un obstacle ?

Grâce et mon ami s’étaient rencontrés deux semaines avant le départ de ce dernier pour la France. Depuis lors, leur relation s’est intensifiée au fil des semaines. Il ne fallait surtout pas parler de problèmes de relations à distance à mon cher ami, au risque d’essuyer quelques représailles de sa part.

La distance ? Non, ce n’était pas un frein. Pourquoi 6 000 Km entre deux personnes devraient les empêcher de s’aimer ? « L’amour ne reconnaît aucune barrière. Il saute les obstacles, les clôtures, pénètre les murs pour arriver à une destination pleine d’espoir« , n’est-ce pas ce que disait Maya Angelou.

Travailler dur pour son amour au pays…

Mon ami, bien qu’étudiant, bossait dur, et même très dur. Il jonglait entre études et job. Il se réveillait très tôt les matins direction l’école, finissait vers 18h et enchaînait avec son travail dans un Fast-food pour ne rentrer que vers minuit. Je le voyais souvent rentré chaque nuit d’hiver épuisé.

Mon ami n’avait pas de week-end, car les week-ends étaient un moyen, pour lui, de faire des heures supplémentaires. Il multipliait des heures et des heures de travail afin d’avoir assez de revenus. En réalité, il fallait payer son loyer et ses nombreuses factures.

Il fallait s’occuper aussi de sa très chère Grâce. Il fallait lui envoyer des euros, beaucoup d’euros chaque fin de mois. Il fallait également assurer la scolarité de Grâce. Il fallait s’offrir un billet d’avion aller-retour pour retrouver sa dulcinée en vacances.

Il fallait surtout économiser pour faire venir un de ces jours Grâce. Oui, son désir le plus ardent était de voir Grâce à ses côtés. Tout ça pour un étudiant ?! Et nous ses amis, nous restions là sidérés et impuissants parce que nos avis et conseils n’étaient toujours pas les bienvenus.

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L’amour peut prendre une autre tournure : déception / CC : Baereinfen – Pixabay

Grâce ne lui a pas fait grâce…

Mais comme on le dit si bien à Abidjan, ce sont les conséquences qui conseillent le mieux. Mon ami, rentré en vacances au pays, a retrouvé Grâce, oui, mais une autre Grâce. Une autre Grâce dans les bras d’un autre, mains dessus dessous, entrelacés comme jamais à la sortie d’un hôtel.

Mon ami était resté méconnaissable et inconsolable pendant plusieurs semaines et plusieurs mois… Un vrai choc, car tous les efforts et projets sont tombés à l’eau ! Depuis lors, il ne m’a plus jamais parlé de Grâce, moi non plus d’ailleurs… Parce que, pour dire vrai, Grâce ne lui a pas fait grâce.


24 heures pour briller

Les rayons ardents en plein cœur de cet été me tiraient de mon lit. Un coup rapide à mon réveil : il était onze heures du matin. Je sortis comme une étoile, pris la direction de la douche pour un bain à la marocaine. Je devais être chez ma grande cousine pour une réunion familiale.

Comme à l’accoutumée, les stations de métro ne se désemplissent jamais. Après quelques minutes d’attente, je m’engouffrai avec empressement dans le métro. Coïncidence : j’étais le seul noir dans le métro. J’étais si fier d’arborer cette couleur ébène dont la nature m’avait fait grâce dès la naissance.

Rencontre avec Catherine la benguiste à château rouge

Je décidai de me ravitailler un peu en provisions avant de me rendre à la réunion familiale. Une réunion qui, très souvent, n’avait point d’heure fixe pour la clôture. Dans l’objectif de trouver, en premier, quelques boules d’attiéké, je rencontrai avec grande surprise Catherine une amie benguiste du Cameroun.

Si la joie de la voir en plein « château rouge » (marché africain à Paris) m’envahissait, l’allure de son style vestimentaire retint mon attention. Dans cette chaleur qui nous tétanisait la peau, elle avait la tête voilée telle une musulmane. Une curiosité qui brûlait mes lèvres et cette envie de lui poser des questions pour étancher ma soif. Les salutations d’usage terminées, je demandai à Catherine l’objet de sa présence ici.

Station sortie de métro sur le marché africain"chateau rouge" Paris.
Station sortie de métro sur le marché africain »chateau rouge » Paris. CC : commons.wikimedia.org

Pour réponse, elle me confia être en quête de choses de la gente féminine. Après quelques hésitations, je lui demandai s’il elle s’était convertie à l’Islam. Avec un sourire en coin, elle me répondit par la négation sans oublier de mentionner que j’étais un peu trop curieux avant de poursuivre en ces termes :

-Mon frère, si tu vois ce voile noir sur moi dans cette chaleur, ce n’est pas pour le fait d’une conversion à l’islam, qui d’ailleurs, est une religion que je respecte. C’est simplement que j’ai utilisé une pommade venue du pays qui m’a brûlée une partie du visage. Je suis venue ici justement pour trouver une solution.

« 24h pour briller », la pommade pour éclaicir la peau

Une pommade qui brule une peau ? Non, je me devais d’en savoir davantage afin de prévenir certains de mes proches, dans un monde où le cancer sur toutes ses formes fait ravages.

-Je peux savoir le nom de la pommade pour que mon amie l’évite ?
-« 24h pour briller », c’est le nom de la pommade. Mais j’ai aussi ajouté une l’huile éclaircissante afin d’accélérer le processus de mon éclaircissement. Tu sais parfois les pommades éclaircissantes sans huile ne valent rien.
– Mais Catherine, tu as une très belle peau noire pourquoi la troquer en « clair » ou blanche?

-Mon cher, ne me provoques pas ce midi. Tu dis belle peau noire ? Je suis fatiguée des regards dans ma classe où je suis la seule noire. Fatiguée des regards de mépris comme si le fait d’être noir était un péché.
-Je vois comment l’on se comporte avec les filles métisses ou claires. Elles sont plus acceptées et s’intègrent facilement dans la société. Je suis fatiguée d’entendre « tu es noir, ton teint noir là aussi hein ».

Avoir un teint différent de celui qu’on avait au pays

-Ce sont des paroles qui blessent, pis, lorsqu’elles proviennent de notre communauté résidant en Europe. Et ce n’est pas tout, figures-toi que l’an dernier, lors de mon séjour au pays, toute ma famille n’arrêtait pas de me demander si j’étais vraiment en Europe. Pour la simple raison que mes copines benguistes avaient presque toutes un teint clair. En tout cas, un teint qui était loin de celui qu’elles avaient avant de quitter l’Afrique.

-J’ai tant bien que mal, essayé d’expliquer que ces personnes trouvaient comme prétexte le changement climatique pour se décaper la peau. L’objectif : montrer un changement aux yeux des personnes restées au pays. Moi j’ai besoin d’un autre produit en ce moment afin d’accélérer mon éclaircissement vu que le produit venu du pays a fait un bon effet sauf les plaies sur mon visage. J’ai la chance que dans ce marché, je peux trouver tous les produits éclaircissants du pays et même être conseillée par les vendeuses. Cette année, j’irai au pays, on verra « qui est qui ».

Catherine autrefois une fierté : « le chocolat noir »

J’étais abasourdi d’entendre Catherine une fille si belle et intellectuelle me sortir de tels arguments. Il y a deux ans, elle était enviée dans notre filière pour son teint noir cacao. Certaines blanches l’appelaient même affectueusement « le chocolat noir ». Pouvait-on imaginer qu’au lieu d’un compliment cela était reçut par Catherine comme un poignard ?

Elle n’avait pas tort. C’est dommage et triste lorsqu’on sait le nombre d’européens qui attentent la période de l’été pour se mettre une masse de crème et de s’adonner avec joie aux rayons du soleil juste pour un bronzage. Et pendant ce temps, les « détenteurs » de cette couleur naturelle la rejettent faute d’un manque de confiance en soi. Je décidai de laisser Catherine à la poursuite de ses huiles à vitesse d’éclaircissement en 24 heures pour mes provisions.

Lorsque j’arrivai chez ma sœur, je découvris une revue posée sur la table du salon. Je l’ouvris, et j’aperçu avec beaucoup de joie et d’émotion la célèbre actrice kenyane Lupita Nyong’o égéries de Lancôme. Je rendis, à cet instant, un hommage vibrant à tous ces hommes et ces femmes noirs d’ici et d’ailleurs, qui malgré tout, affirment avec fierté leur appartenance au continent africain à travers leur peau noire.