Rijaniaina

Législatives Mada : 31% de taux de participation

Ce billet aura l’allure d’une simple publication Facebook car « Gasikara » est consternée.

Ce très faible taux de participation à une élection (27 mai 2019) est un signe de désintérêt total de la population malgache aux institutions, au système étatique. Trop pauvre, ils cherchent seulement à survivre. Une chose est sure : les problèmes et présomptions de fraudes lors des présidentielles de 2018 ont créé un traumatisme.

Les députés nouvellement élus seront-ils crédibles ? Oui et non

OUI : car Madagascar est le pays du mora mora (= laisser-aller)

NON : « wait and see » c’est-à-dire qu’un réveil surprise de la population pourrait se produire. Il ne s’agira pas forcément d’une manifestation de rues mais peut-être une prise de conscience plus réfléchie.


État de l’e-commerce à Madagascar

Je prends la plume pour écrire rapidement ce billet car j’ai longtemps étudié et analysé la possibilité d’essor de l’e-commerce à Madagascar. On ne va plus parler d’un des freins de ce secteur qu’est le faible accès à l’internet qui est certes le premier blocage face pour un rapide décollage de ce secteur. Ce blocage fait que la compréhension de l’e-commerce par la plupart des gens se résume aux petites annonces entre particuliers sur Facebook car l’accès à ce dernier est très abordable voire gratuit pour les fournisseurs internet à Madagascar.

Le véritable E-commerce est en fait toute une « supply chain » (traduit chaîne d’approvisionnement) et aussi une chaîne de valeurs:

L’organigramme évoque 3 principaux éléments  dans la chaîne : 1) Portail numérique d’e-commerce (site web), 2) Le paiement en ligne et 3) La livraison. (le point 4 et 5 à la fin)

Prédominance du cash

L’utilisation de l’argent en espèces (cash) est encore trop prédominante à Madagascar. La première cause c’est bien évidemment le faible taux de bancarisation. Le pays est classé parmi les moins performantes dans ce domaine en Afrique subsaharienne. Selon la Banque Mondiale, seul 1 malgache sur 10 possède un compte de dépôt. Et selon ce sondage (https://stileex.xyz/malgaches-banques/) effectué à priori en zone urbaine, seuls 39% des sondés possèdent un compte bancaire.

Sur ces personnes ayant un compte bancaire = une carte bancaire, au moins 98% des opérations réalisées par les cartes bancaires sont des retraits de cash auprès des distributeurs automatiques. L’achat en ligne via carte bancaire est loin d’être une pratique courante et il est rare de trouver des marchands ayant un terminal de paiement électronique pour effectuer un achat avec sa carte.

L’avènement du mobile banking avec MVola, Orange Money et Airtel Money a plus au moins augmenté le taux de bancarisation. Ce service se substitue petit à petit aux banques traditionnelles. Des vingtaines de millions d’opérations sont effectués chaque mois avec le mobile money mais 2 types d’opérations sont prédominants : 1) l’achat de crédit téléphonique prépayé et 2) le retrait d’argent en espèce. Le 1) est encourageant et le 2) est décevant.

Pour l’instant, Madagascar est loin d’être « cashless ».

La question du paiement en ligne

C’est l’une des interrogations fréquentes des marchands physiques qu’un éclaircissement des moyens les persuaderaient ou non à lancer leurs portails web e-commerce ou voire de totalement migrer en mode « online ». Ces question: comment les malgaches locaux et les résident pourront payer leurs achats en ligne ? et comment le marchand pourrait recevoir les paiements ?

Pour la réception du paiement pour le marchand, les banques locales faillissent sur ce côté-là. Il n’est pas encore possible de lier un compte bancaire local à des plateformes de paiement en ligne comme Paypal, le plus populaire. Les marchands doivent créer un « compte marchand » sur Paypal mais seuls ceux qui ont un compte bancaire basé en Europe ou aux USA qui peuvent l’avoir.

Heureusement, les établissements de mobile banking proposent des API de paiement en ligne via des comptes de mobile banking. De plus, ils facilitent pour les marchands la création de « compte marchand » nécessaire pour recevoir un paiement.

Les sites web arborant une multitude de moyens de paiement en ligne commencent à apparaître :

La logistique de livraison, l’ultime défi

Une fois que la commande est payée, la question qui se pose c’est comment va-t-on recevoir le produit. Le produit doit être livré au client, le produit devient un colis dans la chaîne e-commerce. Sachez qu’en France, 62% des acheteurs sur Internet évaluent la livraison comme le premier critère e-commerce.

Normalement, le premier service d’expédition de colis dans un pays c’est la poste (Paositra Malagasy). L’e-commerce devrait être une aubaine pour la PAOSITRA MALAGASY mais le service postal malgache est défaillant :

La livraison jusqu’au point final est compliquée en Afrique pour plusieurs raisons : un système postal peu développé et surtout  un réseau routier en mauvais état. Un autre grand souci aussi c’est le « système d’adressage » à Madagascar, c’est trop compliqué. Un facteur a souvent des difficultés à repérer les endroits où il doit déposer un colis, il a souvent recourt à l’assistance d’un responsable du « Fokontany » pour y arriver.

Des sociétés spécialisées autres que la poste doivent se créer. En Zambie, j’ai un ami (on était dans la même cohorte de Mandela Washington Fellowship 2017), Njavwa Mutambo a créé sa société spécialisée en livraison en Zambie pour aider à la croissance de l’e-commerce zambien : avec « Musanga Logistics », une sorte d’Uber de la livraison adapté à la réalité de son pays

Les consommateurs  n’ont pas l’habitude d’acheter en ligne

Même si toute la chaîne est bien en place mais les gens ne vont pas utiliser le système. Les efforts entrepris ne serviront à rien. L’achat en ligne n’est pas encore dans les mœurs. Les entrepreneurs digitaux dans le secteur e-commerce doivent se montrer convaincants en offrant dès maintenant des services impeccables.

J’ai évoqué au début que l’e-commerce n’est pas seulement le paiement en ligne mais c’est une chaîne. Pour la concision de l’article, ces points suivants n’ont pas été dissertés : 4) le « marketing », consistant à accroître l’audience présente sur le site et à convertir cette audience en ventes et 5) le « service client », ayant un rôle fort de réassurance et de fiabilisation des commandes.

La sécurité des données sur les sites e-commerce doit être garantie. Le site doit être obligatoirement être en HTTPS.

La gestion de stock doit aussi se synchroniser avec les transactions en ligne, il faut éviter que le client ait payé un article qui n’existerait plus en stock.

A+


Présidentielles malgaches 2018 : l’abc de la fraude électorale en Afrique

Les Malgaches sont allés aux urnes le 19 décembre 2018 dans le cadre du second tour de la présidentielle pour élire l’un des deux candidats : Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana. Deux noms très connus. Ce sont les deux belligérants de la longue crise politique qui a plongé Madagascar dans un chaos socio-économique de 2009 à 2013. Le président élu sortant Hery Rajaonarimampianina n’est pas arrivé au second tour, il est arrivé à la 3ème place en récoltant seulement 8% des voix contre 39% pour Rajoelina et 35% pour Ravalomanana. C’est une situation assez inédite en Afrique.

Pour le 2ème tour de la présidentielle, la Commission Électorale Nationale Indépendante (ou CENI) a déjà proclamé ses résultats provisoires le 27 décembre dernier, annonçant Rajoelina victorieux avec 55,66% des voix, contre 44.34% pour Ravalomanana. Près de 520 000 voix d’écart. Ses résultats sont ceux de la CENI et ne sont pas officiels. Ils doivent être passés à la loupe à la juridiction suprême qu’est la Haute Cour Constitutionnelle (ou HCC) pour être validés et officiellement proclamés. Ce qui n’est malheureusement pas évoqué par les médias internationaux c’est que ce 2ème tour est entaché de fraudes électorales, il ne s’agit même plus de suspicions. Est-ce que les fraudes sont « massives » ? Seule la HCC jugera mais les manipulations vont en tout cas au bénéfice de Rajoelina.

Les suspicions de fraudes, on en parle à chaque élection à Madagascar mais il n’y a jamais eu de preuves concrètes ou personne n’a osé porter plainte. C’est vrai que Madagascar est l’un des pays les plus corrompus au monde, les médias français s’amusent à faire des reportages là-dessus en réussissant à filmer des transferts de pot-de-vin en plein jour entre policiers et particuliers. Cette corruption envenime le climat électoral depuis longtemps et il est temps de commencer à lutter contre ce fléau à Madagascar.

En tant que jeunes leaders, à partir de maintenant, on fait faire attention à cette citation de Joseph Staline :

Ce qui compte ce n’est pas le vote, c’est comment on compte les votes.

Les fraudes ! Il faut que cela s’arrête, que les fraudeurs soient punis, et les fraudes dénoncées.

Je suis fier que de mon vivant (je ne suis pas encore vieux!), les fraudes électorales ne restent plus que des rumeurs. C’est maintenant prouvé. Les preuves de fraudes électorales que j’énumère ici sont celles déjà relayées sur les médias sociaux malgaches mais que je partage ici pour attirer l’attention de mes amis africains que de telles manipulations se passent également chez vous. Un clin d’œil à mes amis de la RDC ! Pour information, après une requête à la HCC, l’équipe juridique du candidat lésé avait eu l’autorisation de confronter un échantillon des matériels électoraux utilisés par la CENI (les plis électoraux et les procès-verbaux ou PV) pour confronter les PV physiques qu’ils ont avec ceux de la CENI. Déjà avec ce petit échantillon, plusieurs anomalies ont été avérées. La plupart des documents utilisés dans cet article seront en « malgache » du fait que c’est la langue administrative compréhensible partout dans le pays donc utilisée par la CENI.

Confrontations de PV

La première requête a été la confrontation des procès-verbaux du candidat lésé et ceux de la CENI. Le premier constat est que la CENI ne disposait que de versions scannées (donc numériques) de PV. Dans les photos qui suivent : le papier de couleur rose est la copie de PV que les délégués des candidats reçoivent et celui en blanc est celle de la CENI. Voyez les manipulations constatées :

A part le changement de voix obtenues par un candidat, il y a aussi l’augmentation d’inscrits dans la liste électorale ce qui est totalement impossible car entre les deux tours la liste électorale est la même.

Image issue des réseaux sociaux

PV rose => Candidat 1 = 16 & Candidat 2 = 45. Dans la PV scannée, le changement : ils ont ajouté le chiffre 2 avant le 16 donc Candidat 1 = 216 & Candidat 2 = 45

Image issue des réseaux sociaux

Augmentation du nombre de votants ce qui est totalement illégal : PV rose => Nombre d’inscrits = 248, PV scanné => Nombre d’inscrits = 298. Cette augmentation va bien sûr en faveur d’un candidat.

La CENI a joué la transparence après la proclamation de ses résultats en permettant d’accéder les résultats par bureau de vote sur leurs site web mais cela met bien sûr en flagrant délit les manipulations :

Augmentation du nombre d’électeurs inscrits alors que la loi stipule clairement et strictement que la liste électorale du 2ème tour est la même que celle du 1er tour :

Des bureaux de vote (ou BV) ayant un taux de participation de 100% dans des zones très très enclavées dans le Sud de Madagascar. Le tableau suivant montre un échantillon de BV très louche où connaissant les lieux il est impossible que le taux de participation est à 100% voire plus (oui il y a des votants supérieurs au nombre d’électeurs dans ces BV).

Non-respect de la loi

La loi stipule que chaque bulletin unique doit comporter un numéro de série unique :

Ce qui n’est pas le cas, le numéro de série est seulement sur la souche. Il n’y a donc aucune possibilité pour prouver qu’un bulletin unique est propre à un BV. En tout cas, la commission électorale n’a pas respecté la loi. Cette situation jugée grave par l’équipe du candidat lésé est une preuve que l’élection n’est pas crédible.

Inspection des plis électoraux

Une des suspicions de fraudes courantes depuis le premier usage des bulletins uniques à Madagascar en 2013 est la technique des bulletins pré-cochés et aussi le fameux bourrage des urnes. C’est une requête  à laquelle la HCC a répondu positivement pour demander plus de transparence de la part de la commission électorale. Ainsi, l’équipe du candidat lésé a pu inspecter sous le contrôle de la CENI les matériels rendus par les bureaux de vote (les bulletins et les listes des votants signés).

Image issue des réseaux sociaux

L’ouverture d’un seul pli a permis de mettre à nu un cas évident de bulletins qui ont été cochés par une seule personne. Même sans expert graphologue, on peut constater cela. De plus, cela devrait être des empreintes au lieu de croix dans des régions où 90% de la population sont analphabètes.

Image issue des réseaux sociaux

Constatez dans l’exemple ci-dessus de liste d’émargements issu d’un BV où l’on voit un pseudo taux de participation à 100%. Regardez les émargements par imposition d’empreintes, c’est évidemment une seule personne qui émarge toute la page montrée ici.

Lors des vérifications des plis, sachant que chaque bureau de vote (BV) doit rendre les carnets de bulletins uniques non utilisés à la fin du scrutin, l’équipe de vigilance du candidat lésé ont constaté dans la presque totalité des échantillons vérifiés une absence de 25 à 50 feuilles par BV. Comment la CENI expliquerait-elle ces absences ?

Les morts ont également voté

Le grand défaut de cette élection a été la liste électorale qui a été critiquée par bon nombre d’observateurs avant les élections. La liste a été très mal conçue où beaucoup de personnes n’ont pas été inscrites alors que le nombre d’électeurs a augmenté de 20% par rapport à la liste utilisée durant les présidentielles de 2013. Le plus drôle c’est que des personnes déjà décédées il y a longtemps sont encore inscrites dans la liste.

Plusieurs témoins confirment que leurs proches décédés ont émargé et signé dans la liste électorale donc « les morts ont réellement voté à Madagascar ».

Irrégularités le jour du scrutin

A part ces manipulations, des irrégularités ont été constatées par les observateurs durant la journée du 19 décembre. Il y a eu des manœuvres de déstabilisations visant à décourager les gens d’aller voter : à priori, quelques personnes ont déjà déposé des plaintes sur ces situations-là. Quelques personnes ont été arrêtées durant le scrutin en train d’utiliser de fausses cartes d’identité nationale ou de fausses cartes d’électeur pour voter à la place d’autres personnes !

Ce bureau de vote n’était ouvert qu’à la fin de l’après-midi du jour du scrutin à cause d’une attaque de « dahalo » (bandits) dans le quartier toute la matinée mais il enregistre quand même un taux de participation de 95%. Incroyable !

Est-ce que le candidat Ravalomanana est totalement « clean » dans cette élection ?

Réponse : je ne sais pas. Je ne suis pas membre de son équipe, je suis juste un citoyen qui dénonce les fraudes. L’équipe de Rajoelina a totalement le droit de déposer des plaintes. J’ai vu ceci sur les réseaux sociaux et si c’est vrai, ils doivent déposer une plainte :

Traduction : un supporter de Ravalomanana dans le Nord essaie de corrompre les chefs de quartier dans cette zone !

La balle est maintenant dans le camp de la Haute Cour Constitutionnelle.

Les membres de la HCC ©Midi Madagasikara


Six semaines en pleine Silicon Valley

Cela fait un an qu’un groupe de jeunes africains a été sélectionné pour vivre une expérience américaine de six semaines dans le royaume du numérique qu’est la fameuse « Silicon Valley ». Venus suivre une formation sur le leadership et l’entrepreneuriat, 25 jeunes leaders africains étaient placés dans un collège communautaire dénommé Skyline College, à San Bruno, un comté situé au sud de la ville californienne de San Francisco. C’est là que s’ouvre la vallée du numérique, dans laquelle on trouve par exemple le siège social de Youtube, un important bureau du géant Oracle et la branche informatique de Walmart. Avec un profil majoritairement passionné des nouvelles technologies, ces jeunes leaders et moi nous sentions comme lors d’un pèlerinage vers la terre sainte du numérique !

Remise de diplômes avec les Mandela Fellows de Skyline College – Crédit: Skyline College

Les autres comtés comme Palo Alto, où se trouve le siège de Facebook et de l’Université Stanford (l’Harvard de l’Ouest), Mountain View, qui accueille celui de Googleplex ou Cupertino, où l’on trouve le parc de la firme à la pomme (Apple Park) se trouvent plus au sud de notre institution hôte. Pour s’y rendre, il nous fallait réaliser un trajet de 15 à 35 minutes en Uber ou Lyft, les VTC à la mode aux Etats-Unis.

Nous étions là-bas pour apprendre les rudiments de l’entrepreneuriat, à travers une intense formation académique et des ateliers, mais surtout des visites d’entreprises. Et il n’y a rien de plus excitants que de visiter les sociétés de la Silicon Valley !

Visite chez Lyft le concurrent d’Uber – Crédit photo: Skyline College
Visite de Square et Uber – San Francisco. Crédit photo: Celemusa
A l’intérieur de Facebook HQ – Crédit photo: Jennifer Fong
Jack Dorsey au milieu (fondateur de Twitter) – Crédit photo: unknown

Écosystème des startups dans cette région

La Silicon Valley reste l’écosystème entrepreneurial le plus dynamique au monde, cette région attire les start-ups innovantes du monde entier. Nous tentons de profiter de notre passage dans la région pour nouer des partenariats mais surtout de trouver des investisseurs : les 24 autre jeunes leaders et moi sommes tous des jeunes créateurs d’entreprises, ou au moins porteurs de projet.

Six d’entre nous ont eu la chance d’être sélectionné pour participer à un « LIVE SHARK TANK », primant les 3 premières start-ups dans un concours de pitch de 3mn chacun devant de réels « angel investors » (investisseur providentiel dirait-on en Français) le temps d’une soirée dans un club de San Francisco :

Une pitcheuse – Crédit photo: Margy Anne
Les pitcheurs de la soirée – Crédit photo: Mwape

Les deux premiers ont été deux camarades africains ayant des petites entreprises qui tournent déjà dans leurs pays respectifs, le Sénégal et la Zambie, car ils étaient impressionnants dans leurs pitchs et leurs idées étaient les meilleures de la soirée. Le prix du vainqueur devait être un investissement de 50 000 dollars, mais du fait que les start-ups de mes camarades n’ont pas leur siège aux USA, le lot fût transformé en 50 000 dollars de coaching et de marketing. En résumé, les africains savent pitcher mais n’attirent pas!

Les investisseurs de la Silicon Valley ne croient pas aux start-ups africaines, prétextant n’avoir aucune connaissance du marché africain et évoquant l’instabilité politique sur le continent pour éviter des les soutenir. Nous avons discuté avec de grosses pointures en la matière, là-bas, mais c’est toujours le même refrain !

YO – Une application pour s’envoyer des Yô reçoit des millions d’USD

C’est vraiment dommage pour l’attractivité du marché africain à l’Ouest des États-Unis, géographiquement très éloigné de l’Afrique tout de même. Car en parallèle, les capital-risqueurs de cette région osent investir sur tout et n’importe quoi comme des start-ups qui échouent au bout d’une année ou des apps qui ne proposent pas de réelle valeur ajoutée – on pense ici à l’application Yo (logo ci-dessus), qui ne sert qu’à dire «Yo», mais a réussi à lever plusieurs millions de dollars à ses débuts. pourtant, à l’époque, elle n’avait pas encore défini de modèle d’affaires clair (depuis, l’entreprise a pu diversifier ses activités). Il y a aussi l’histoire de «Skully», qu’on nous racontait là-bas comme un exemple pour faire rire: il s’agit d’une start-up sensée fabriquer des casques moto à réalité augmentée, et dont le fondateur était juste un incroyable pitcheur. Il a ainsi épaté les investisseurs et ces derniers, bluffés, lui ont ouvert leurs porte-monnaies (Le Figaro résume bien cette histoire: La start-up Skully est partie avec la caisse).

Chers investisseurs, par ici les yeux => l’Afrique est en bonne voie de devenir un continent de start-ups innovantes !

En tout cas, malgré tout cela, ce pèlerinage en terre sainte du numérique fût plus qu’enrichissant. Nous, le groupe de jeunes africains invités pour cette expérience, avons réussi à marquer de notre passage l’existence d’un écosystème entrepreneurial grandissant en Afrique.

Auteur: Rijaniaina Randrianomanana


Un vivier d’électeurs malgré eux à Madagascar

Les élections présidentielles arriveront bientôt à Madagascar et les dates sont déjà connues : ce sera le 7 novembre pour le premier tour et le 19 décembre 2018 pour le second tour.

Madagascar ? C’est l’un des pays les plus pauvres du monde. Une pauvreté avec un contraste « ville » VS « campagne ».

En ville

Une ville malgache c’est un bal des SUV et des 4×4 dans un océan de pauvreté. Dans la capitale Antananarivo, la pauvreté urbaine se présente sous la forme de ces enfants des rues qui mendient partout et auxquels seuls les touristes ont la gentillesse de donner des sous. Mais ce sont surtout les BIDONVILLES, que l’on nomme communément « bas quartier » (Ambany tanàna) dans le pays.

En campagne

L’extrême pauvreté est surtout présente dans les zones rurales. Dans le Grand Sud de Madagascar, la famine frappe presque saisonnièrement, chaque année. L’Éducation fait aussi défaut à la campagne : soit il n’y a pas d’établissements scolaires, soit les écoles sont très éloignées des lieux d’habitation, soit elles existent mais il n’y a pas d’enseignants.

Eh bien, cette frange très démunie et majoritairement analphabète de la population malgache représente bel et bien « des électeurs » inscrits dans la liste électorale.

C’est un vivier d’électeurs que personne ne prend en considération dans les débats sur le développement. Les politiciens ne les considèrent que pendant les campagnes électorales, en les réunissant pour des spectacles gratuits et ensuite pour les photos de foule. Un meeting électoral se termine souvent par une distribution de casquettes, de t-shirts mais surtout de produits de première nécessité (riz, sucre, huile etc.). C’est en quelque sorte une « arnaque » électorale. Voilà où vont les élections à Madagascar. Nos élections sont tout sauf DÉMOCRATIQUES. Et ces personnes sont les premières oubliées dès que le candidat est élu.

Je ne connais pas le pourcentage exact de ce vivier d’électeurs, mais ils représentent un taux assez conséquent pour assurer au moins l’arrivée au second tour de ceux qui ont le moyen matériel et financier de s’adonner à cette arnaque électorale.

Pour Madagascar, il est temps de sortir de son complexe insulaire perpétué par nos politiciens véreux qui profitent du défaut d’éducation de la population et d’oser s’inspirer des réussites africaines souvent non francophones : l’Éthiopie, le Rwanda, l’Ile Maurice, etc… Osez un compromis, une vraie « refondation » dirigée par une nouvelle génération de leaders.


Macron avait raison sur Madagascar

En disant que :

Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien.

Le président français Emmanuel Macron a totalement raison pour le cas de la Grande Île. A propos de son autre déclaration disant que  le défi du continent est « civilisationnel », je peux comprendre que c’est dégradant de le généraliser pour le cas de tout le continent car il y a beaucoup de pays africains qui avancent bien mais encore pour le cas de Madagascar, c’est bien visé : non pas seulement sur les transitions démocratiques (le coup d’Etat de l’année 2009 suivi d’une longue crise) mais surtout sur la transition démographique. Il est très commun de voir à Madagascar des ménages à plus de dix (10) enfants dans les régions rurales. Faire des enfants est presque devenu un passe-temps. C’est pour moi presque un crime de naître un enfant sans penser à comment subvenir à ses besoins. Il faut oser dénoncer cela !

La population malgache est trop trop trop jeune : elle est estimée à près de 25 millions d’habitants actuellement et 60% de cette population ont moins de 20 ans. L’institut national de la statistique (INSTAT) estime à 20% le taux de la population active c’est-à-dire seulement 20% des Malgaches travaillent pour le 80% restants qui sont soit des vieux (seulement 4% de plus de 65 ans), soit des enfants ou soit des chômeurs.

La cause de tout cela, il y a le manque d’éducation de la population avec officiellement 46% d’analphabètes (et « être éduqué » ne signifie pas uniquement savoir lire et écrire). Bref, ce n’est pas vraiment leur faute si faire des enfants leur est devenu un passe-temps, c’est le cumul des échecs des dirigeants qui se sont succédé au pays. Madagascar est le 5ème pays le plus pauvre au monde (après le Sud Soudan, Malawi, Burundi et la Centrafrique) avec un PIB de seulement 390 dollars US par habitant. Ce classement est évident en voyant que seulement infime partie de la population paie des impôts et des taxes pour la majorité restante.

Malgré cela, on ne doit pas se lamenter sur ces statistiques effroyables, on doit définir des stratégies de développement en fonction de cela. Maintenant que l’on sait que notre population est trop trop jeune, on doit avoir une vision pour l’avenir par rapport à cela. Le pays doit créer des emplois, le pays doit éduquer cette jeunesse et le pays devrait avoir un dirigeant visionnaire. Le pays est obligé de s’ouvrir aux investisseurs extérieurs.

C’est le premier billet que j’ai écrit en 30 minutes après avoir écouté un reportage de la radio RFI Afrique sur la statistique démographique de Madagascar aujourd’hui.


Récit de voyage: RDC vs Madagascar

J’ai récemment voyagé dans quelques pays africains ce début d’année 2017 et depuis que ce blog ait été renommé « Madagascar rien ne bouge », je n’ai pas écrit de billets à ce propos. Eh bien, c’est le moment.

Mon dernier voyage était en République Démocratique du Congo, plus exactement dans la partie Est du pays. La beauté d’un pays je la mesure par sa nature c’est-à-dire sa biodiversité et non pas par ses infrastructures et ses bâtiments. Ainsi, la RDC est pour moi un très beau pays autant que Madagascar : deux pays avec des paysages à couper le souffle, de vraies attractions à touristes mais malheureusement ce n’est pas le cas.

Deux pays très riches en ressources naturelles

Lisez les pages Wikipédia concernant ces deux pays RDC et Madagascar pour savoir qu’ils ont un sous-sol très riche. Madagascar = pierres précieuses, gisements pétroliers (onshore et offshore), uranium, ilménite, nickel, cobalt, niobium, fer etc. La RDC = cuivre, cobalt, diamant, gaz méthane, or, bauxite, manganèse, schistes bitumeux, charbon, coltan etc. Effectivement, le Congo démocratique est le fournisseur mondial du coltan, ce minerai important dans la fabrication des téléphones portables. Cette richesse presque unique de ce pays ne le rend pas ce pays aussi riche qu’il le devrait, ce serait même la cause des guerres civiles permanentes à l’ouest du pays jusqu’à le surnommer : le minerai du sang.

Avec toutes ces ressources, la RDC et Madagascar font encore partie des moins développés au monde : selon un dernier classement de la Banque Mondiale basé sur le PNB par habitant, RDC est la 10ème nation la plus pauvre au monde et Madagascar est la 5ème.

Corruption

Je ne vais pas trop parler de l’existence ou non de la corruption en RDC mais les tentatives de me soutirer des dollars à l’aéroport international en sont la preuve : les Bobs à badges qui essaient de t’aider en disant des montants plus élevés et des frais inexistants. Les Congolais avec qui j’ai travaillés confirment l’existence de ce problème dans ce pays.

Je connais mieux le problème de la corruption dans mon pays qu’est Madagascar. Le dossier chaud durant mon séjour en RDC était lié à une enquête pour corruption d’une richissime femme d’affaire malgache [lien RFI] à la fois conseillère spéciale du Président de la République qui était en pseudo-évasion à l’Ile Maurice, officiellement en évacuation sanitaire là-bas mais désormais rapatrié dans un hôpital du pays. Le Syndicat des magistrats ainsi que plusieurs membres de la société civile avait demandé l’extradition de cette dame. Elle ne serait plus aussi intouchable qu’elle l’était mais laissons maintenant la justice faire son travail. A Madagascar, il y a un site web où l’on peut dénoncer anonymement [lien RFI] des actes de corruption : les statistiques montrent que presque tous les secteurs en sont gangrenés commençant par la police de la circulation routière, en passant par la justice et surtout dans l’éducation elle-même.

Manque de volonté de nos dirigeants

Montage photo – Wikimédia

La décadence d’un pays ne peut selon moi être imputée qu’à son instance dirigeante et aussi à l’inaction des élites. C’est comme si nos dirigeants n’ont aucune vision d’avenir pour leurs pays. Les deux pays semblent avoir les mêmes problèmes : ils n’appliquent jamais les solutions évidentes pour développer leur pays et sortir leurs pays de l’impasse. La RDC devrait élire un nouveau dirigeant au mois de décembre de cette année mais la situation ne semble pas mener vers cet objectif et pour Madagascar ce sera l’année prochaine : il sera grand temps de ne plus élire de lamentable dirigeant improvisé !

Les gens me parlaient de l’exemple du basketteur congolais Dikembe Mutombo qui jouait à la NBA : il est venu financer la construction d’un petit hôpital, il a souffert avant d’avoir pu réaliser ce projet d’hôpital, on lui aurait mis des bâtons dans les roues, ce genre de situation décourage beaucoup d’investisseurs qui veulent venir en RDC.

Délestage de courant électrique (et d’eau)

Barrage Inga 1 – Wikimédia

Dans les pays que j’ai sillonnés récemment, je peux affirmer que le délestage est le mal commun de beaucoup de pays africains. La longue coupure de courant fait presque partie de mon quotidien à Madagascar. Et je ne pensais pas revivre cela dans un autre pays mais ce fût le cas en RDC, le délestage y fait également rage : cela peut durer plus de dix heures par jour de coupure dans certain endroit de Kinshasa.

Je trouve cette situation très triste pour ce pays ayant le plus grand potentiel hydro-électrique au monde. Le fleuve Congo qui traverse à la fois l’hémisphère nord et sud et est arrosé tout au long de l’année possède un flux presque constant d’eau peut servir à abriter le plus grand barrage hydroélectrique dans le monde et fournir l’électricité à toute l’Afrique. Il s’agit des barrages d’Inga dont la maintenance n’étant pas bien assurée, ils fonctionnent à capacité réduite.

Pour terminer, les embouteillages et l’incivilité dans la circulation routière, c’est le même désordre à Kinshasa qu’à Antananarivo. C’est également le même problème à Conakry l’autre capitale africaine que j’ai récemment visitée. L’état de la plupart des ruelles et des routes je n’en parle même plus. Pourquoi en est-on arrivé à ce point en RDC et à Madagascar ??


Bienvenue à Antananarivo, 3 faits sur cette ville

Antananarivo, la capitale de Madagascar, s’est fait un peu connaître avec le dernier Sommet de la COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe) au mois d’octobre dernier. Mais ce mois de novembre, la ville sera de nouveau au centre de l’attention avec le 16ème Sommet de la Francophonie.

  • Connaissez-vous Antananarivo ?

Nombreux sont les Mondoblogueurs qui ont déjà griffonné des billets sur cette ville que j’aime faire bouger : ils sont des locaux ou des expatriés qui ont travaillé au pays ou bien des touristes de passage.

Antananarivo est une mégalopole qui a besoin d’un sérieux lifting. Si je la comparerais à « une fille », elle ne serait ni jolie ni sexy mais c’est une fille dont vous pourriez tomber facilement amoureux. C’est ainsi que je présente les derniers billets en date sur #Antananarivo, ceux du Mondoblogueur Roger Mawulolo : Tongasoa* à Antananarivo, mon amour (Partie 1 & Partie 2).

Encore un autre, cette fois d’une Mondoblogueuse de passage dans la ville : à la découverte d’Antananarivo ! L’un des blogueurs qui tague souvent #Antananarivo dans ses publications, c’est d’Andriamialy. Rien de mieux qu’un de ses riverains pour la décrire. Voici un de ses articles : Antananarivo, la patiente. Et enfin, le premier billet sur la plateforme de Soahary, une blogueuse malgache : Chez moi c’est Antananarivo.

Je reviens avec un angle banal: un angle « touristique » de cette ville, la capitale de l’un des 10 pays les plus pauvres au monde (selon la Banque Mondiale). Ainsi, je vous présente trois (3) faits sur Antananarivo ; oui uniquement trois, cela devrait suffire. Et en bonus à la fin de ce billet, je vous laisse contempler la capitale de Madagascar d’en haut à travers des vidéos filmées par des drones partagées sur Youtube.

  • 1) Le Rova (ou « Palais de la Reine »)

Si vous n’avez pas visité ce lieu historique de Madagascar, c’est un peu comme si vous n’étiez jamais passé à Antananarivo.

C’est comme venir à Paris et ne pas aller voir la Tour Eiffel :

Vous êtes venus à Antananarivo et vous n'avez pas visité le "Rova"
Vous êtes venus à Antananarivo et vous n’avez pas visité le « Rova »

C’est juste une blague! Je vous invite seulement à visiter ce monument visible de loin :

Rova/Palais de la reine (Manjakamiadana) sous construction, janvier 2010. Crédit photo: Alain Rajaonary
Rova/Palais de la reine (Manjakamiadana) sous construction, janvier 2010.
Crédit photo: Alain Rajaonary

Cet ancien palais royal malgache culmine au sommet de la colline d’Antananarivo.

Le pays vient de commémorer ce mois-ci, le 5 novembre plus exactement, l’incendie criminel d’il y a 21 ans (en 1995). 4. Sa reconstruction est encore en cours.

  • 2) Ses moyens de transport en commun: ses fameux « taxi-bé »

Montage photos - Les taxi-bé d'anciens fourgons Mercedes Sprinter et des minibus du japonais Mazda
Montage photos – Les taxi-bé d’anciens fourgons Mercedes Sprinter et des minibus du japonais Mazda

Effectivement, la plupart des « taxi-bé » sont d’anciens fourgons (« Mercedes Sprinter ») aménagés.

D’ailleurs, les taxis de la Commune d’Antananarivo sont encore majoritairement composés de vieux modèles comme les 2 CV de la marque Citroën et les 4L de la marque Renault.

  • 3) Rizières et cressonnières en pleine capitale

Antananarivo est l’une des rares capitales dans le monde où la culture de riz et de cressons se font encore. Vous y pouvez encore admirer des rizières et des cressonnières:

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Enfin, quelques vidéos pour découvrir la ville :


Apprendre à des séniors à utiliser internet

Je reprends la plume pour écrire un article qui a l’allure d’un tutoriel informatique « pour les nuls ». Je vous partage une expérience que j’ai vécue récemment en formant des  personnes âgées à utiliser internet : de comment se connecter jusqu’à Facebook. J’ai présenté la formation depuis un tableau blanc, feutre à la main.

Pour commencer, j’espère que ce n’est pas insolent voire discriminatoire de catégoriser les 60-70 ans de « sénior » ??? Dans un pays où l’espérance de vie est inférieure à cette fourchette-là, avoir plus de 60 est considéré comme « vieux ». Avec 30% de la population malgache étant analphabètes, la réduction de la fracture numérique n’est pas près de devenir une priorité étatique. Toutefois, le ministère chargé du numérique mène son combat sous le slogan « Le numérique, moteur de la diversité ». L’essor de l’usage d’Internet ne fût pas aussi rapide comme l’était l’adoption du téléphone portable dans un pays où la plupart des gens possède un téléphone portable. En effet, l’accès à Internet à Madagascar demeure problématique. Eh oui, moins de 5% des Malgaches savent effectuer des activités sur internet : ce faible taux de pénétration est d’ailleurs composé essentiellement de jeunes, les plus âgés (les séniors) semblent ne pas s’y intéresser.

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Certes, il n’est jamais trop tard pour apprendre à utiliser Internet mais l’apprendre à des séniors ce n’est pas une mission facile. J’ai formé des fonctionnaires retraités âgés entre 60 et 70 ans sachant déjà un peu se servir d’un ordinateur juste avant leurs départs en retraite. [Cliché] Un fonctionnaire ne sachant pas jouer à Solitaire/Freecell, ça existe ??? « Plus insolent que cela, tu meurs !! »

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Définition de l’internet

Pour entamer l’apprentissage, je débute par le commencement : qu’est-ce que c’est INTERNET? J’ai commencé par les définitions standards dans les dictionnaires, plus exactement par deux définitions : la première tirée de Larousse et la seconde de Wikipédia. Mais je ne m’attarde pas sur ces définitions, j’enchaîne immédiatement par : « Internet c’est l’ensemble de tout ceci : Google, Facebook, Youtube, Skype, Instagram, Whatsapp, Twitter, Envoyer/Recevoir des e-mails, … et d’autres millions de services, des milliers de services se créent tous les ans voire même tous les jours ». J’imagine bien que la plupart d’entre vous qui me lisent ont sûrement appris à utiliser internet sans jamais méditer sur des définitions. Pour la génération qui a grandi avec Internet (personnes nées entre 1985 à 2000), l’Internet a grandi avec eux, surtout les très jeunes c’est psychologiquement naturel pour eux d’appréhender les nouvelles technologies, il ne faut pas s’étonner de nos jours de voir un enfant de 5 ans manipuler aisément un smartphone.

Le souci avec les séniors c’est qu’ils abandonnent mentalement se disant que ce n’est plus de leur temps et que c’est seulement pour les jeunes. Ce qui est totalement faux, surtout de nos jours où l’on peut naviguer sur Internet depuis une multitude de supports : ordinateur, tablette numérique, smartphone et simple téléphone portable. Internet rime avec « accès à l’information » : jeune ou vieux, on voudrait toujours être informé.

Internet, réseau des réseaux Crédit : Mozilla Foundation
Internet, réseau des réseaux Crédit : Mozilla Foundation

Mes élèves d’un jour risquaient de me hurler d’un moment à l’autre : « Trêve de blablabla, dis-nous comment avoir internet sur cet ordinateur !!! », car ils ont amené leurs ordinateurs portables et leurs tablettes.

Comment connecter ces supports à Internet ? Que faire pour que ces supports aient un accès à Internet ?

De nos jours, nous pouvons connecter plusieurs types d’appareil à internet (ordinateur, tablette numérique, smartphone ou simple téléphone). Ces appareils doivent ensuite se situer dans un réseau informatique/de télécommunications pour se connecter à internet : réseau local connecté, Wifi, 3G, 4G, ADSL, Fibre optique, Wimax, FH, etc. Il y a une multitude de technologies au choix, cela varie  selon la région ou le pays.

Un FAI c’est quoi ? Fournisseur d’Accès à Internet. Ce sont les entreprises qui permettent à ses abonnés de se connecter à Internet. A Madagascar, ce sont les opérateurs de téléphonie qui sont les FAI, il y en a donc quatre (4) à savoir Telma (et Moov), Airtel, Orange et Blueline.

Pour se connecter à internet, un européen me dirait : il suffit de prendre un abonnement internet chez un FAI qui va vous fournir un « box » par la suite. Et ben, à Madagascar comme sur le continent africain : plus de 95% de la clientèle achètent des forfaits prépayés, les abonnements (postpayés) n’intéressent pas grand monde faute de pouvoir d’achat et de stabilité financière. De plus, ce fût une formation d’un jour donc pas besoin d’un abonnement : chacun achète un forfait que l’on appelle dans le jargon technique un « bundle » valide pour une journée de connexion chez leur opérateur.

Forfait que j'ai prépayé ce jour-là
Forfait que j’ai prépayé ce jour-là

Quel opérateur fournit le Wifi comme offre ? Et c’est quoi Wifi ?

Lequel d’entre vous a déjà eu à expliquer ce qu’est le « Wifi », diminutif du terme « Wireless Fidelity »  à quelqu’un ? C’est quelque chose que nous avons peut-être compris presque naturellement (comme le Bluetooth) mais c’est tellement compliqué de l’expliquer à un sénior, surtout avec le fait que l’un de mes formés avait une tablette dont la seule connectivité externe est le Wifi, pas de 3G/4G => il a fallu que l’un d’eux partage sa connexion :

Un des élèves devait partager sa connexion 3G
Un des élèves devait partager sa connexion 3G

D’ailleurs, le Wifi n’est pas une technologie pour se connecter à Internet mais une technologie permettant à des maillons d’un réseau de s’interconnecter de manière « sans fil » (=wireless en anglais), et si ce réseau est connecté à Internet c’est là que l’appareil le pourra également.

Les Hot Spots Wifi? Des fournisseurs de services ainsi que des opérateurs téléphoniques mettent en place la connexion Internet sans fil dit « nomade », permettant de se connecter à Internet dans leur show-room, dans la rue, au restaurant, dans un aéroport et même dans un train. Et il y en a des hot spots libres d’accès.

Maintenant, qu’est-ce que l’on peut faire sur Internet ?

Maintenant qu’il est affiché sur leurs laptops et leurs tablettes qu’ils ont une connexion internet. Ils veulent maintenant s’atteler à l’utilisation proprement dite d’Internet.

Internet activé sur une tablette sous Android
Internet activé sur une tablette sous Android

Leur notion d’Internet est influencée par ceux qu’ils voient à la télé : le support numérique le plus apprécié des séniors. « Comment avoir accès à Facebook ? », « Montrez-nous comment utiliser un hashtag ? » oui carrément, etc. Doucement, doucement on va voir tout cela pas à pas.

« On veut visiter le site web de … ? ». Enfin, la bonne question : je passe alors à l’explication d’une adresse internet, d’un serveur web et d’un navigateur web ! « Et l’adresse e-mail c’est pour quand ? ». Vieux mais indétrônable, apparu au tout début d’internet, le courrier électronique reste toujours l’un de ses services les plus usités. « Je ne sais quel site web visiter !? », cette question/exclamation est également arrivé au bon moment car la diapositive suivante était effectivement sur « Google » : j’avais décidé d’être partial, je voulais leur éviter un mal de tête avec le refrain « les moteurs de recherche, il y a d’autres alternatives ! ».

Finalement, ma journée n’a pas été si éprouvante que cela : les séniors n’ont pas l’aisance de prise en main des « nouvelles technos » comme les enfants mais ils ont une capacité d’écoute active.

Pour terminer, je leur ai présenté cette infographie qui montre les millions d’activités qui se produisent sur internet chaque minute, c’est hallucinant :

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Crédit: www.excelacom.com


Vers la gratuité de l’internet ?

Un débat sur l’utilité ou non de Free Basics doit-il avoir lieu à Madagascar ?

Depuis l’avènement des offres de connexion Facebook avantageuses pour les opérateurs mobiles locaux, nous entendons toujours le même refrain de la part des experts IT : « Internet n’est pas seulement Facebook ». Ces mêmes experts expriment aussi leurs dégoûts de l’offre d’ordre philanthropique Free Basics by Internet.org : ils disent que c’est une atteinte à la « neutralité du net », c’est de l’accès internet gratuit pour des sites internet sélectionnés par la compagnie californienne, peut-être même que Facebook voudrait se substituer à Internet.

Les notions même de « internet » ou de « neutralité du net », sont inconnues de 97% des malgaches, ils ne connaissent rien de cela et c’est compréhensible quand on sait que notre taux de pénétration internet est de moins de 3% (chiffres de la Banque Mondiale), mais je pense qu’on est maintenant environ 5% vu le nombre de comptes Facebook basés à Madagascar.

La plateforme Free Basics avantagerait son initiateur et bailleur, c’est sûr, mais nous devons aussi constater que c’est une des solutions au problème du fossé numérique en Afrique (et à Madagascar en particulier). L’abonnement internet est un luxe inaccessible pour les foyers malgaches : un abonnement coûte au minimum 50 dollars dans un pays dont le salaire moyen est inférieur à cela. Plusieurs autres critères font que l’arrivée de Free Basics est une véritable manne pour la découverte d’Internet (Internet à la « Big Brother » certes) : réduire la fracture numérique ne sera pas une priorité étatique d’aussitôt, le taux élevé d’analphabétisme (les gens ne savent même pas lire et écrire) et l’accès à électricité est la véritable priorité étatique.

L’initiative Free Basics est fournie à Madagascar par un nouveau 4ème opérateur téléphonique, lancé au mois de mai dernier. Pour l’instant, il y a quarante-six sites web accessibles depuis le pays dont quelques sites web malgaches :

Publication de bip

Et oui, il n’y a pas que Facebook, nous pouvons aussi nous informer avec BBC Afrique (dommage : pas de RFI.fr pour l’instant),  AccuWeather pour la météo et Supersport pour les actualités sportives, il y a aussi l’encyclopédie participative Wikipédia. D’ailleurs, pourquoi Mondoblog.org ne ferait pas une demande pour intégrer la plateforme ? La procédure est tellement simple :

Mondoblog sur Free Basics, une utopie?
Mondoblog sur Free Basics, une utopie?

Zuckerberg est peut-être en train de coloniser numériquement le « tiers monde » mais soyons suffisamment intelligents pour exploiter ce qu’il offre et savoir dire stop à un certain moment, plus tard.


Hery, parti pour s’éterniser au pouvoir

Je prends de nouveau la plume pour parler de politique. Oups ! Un sujet qui peut fâcher à Madagascar. Je vais parler de la HVM-isation du pays.

C’est quoi HVM ? « Hery Vaovaon’i Madagasikara » (littéralement la Force Nouvelle de Madagascar) est le parti politique de Hery Rajaonarimampianina le président de la République investi démocratiquement en janvier 2014 après cinq ans de transition catastrophique pour l’économie du pays. C’est maintenant que cette période de vide institutionnel, qui a duré un lustre, se fait sentir. Tout va mal : insécurité, inflation, diminution du pouvoir d’achat, dégradation des infrastructures, corruption, refus d’autorité, etc.

 Comment ça, Madagascar se HVM-ise ?

La majorité des projets de loi soumis aux parlements que le pouvoir concocte sont tous polémiques car souvent avantageux à sens unique, celui des dirigeants. Ils semblent avoir été conçus dans l’esprit que ce seront toujours eux qui dirigeront le pays pour plusieurs mandats. Effectivement, le premier mandat de Hery expirera dans deux ans en 2018.

Code de la communication : jugé « liberticide » par beaucoup de gens, des premiers concernés les journalistes du secteur privé, la société civile, par les chancelleries internationales (Union Européenne, les États-Unis, la France et le PNUD qui a financé sa conception) et des syndicats internationaux (RSF, FIJ Fédération internationale des journalistes) etc.

Code minier, code foncier, projet de loi sur la Réconciliation Nationale, loi sur les collectivités territoriales décentralisées etc.

Des codes concoctés depuis des années dans divers ateliers, modifiés une fois arrivée au gouvernement.

Bref, « dans la politique, personne ne se soucie vraiment du petit peuple ».

L’attitude de la famille du président : un cabinet spécial de la première dame et les œuvres de charité médiatisés de ses fils ainés montre qu’ils ne comptent pas quitter le pouvoir d’aussitôt.

Le syndrome des chaises (« seza » en malagasy)

Le constat est aussi que des personnalités humbles qui dénonçaient haut et fort dans les médias les mauvaises pratiques et dérives du pouvoir se taisent quand ils obtiennent une « chaise », ce sont des journalistes et membres influents de la société civile. Je ne citerai pas de noms mais ils sont devenus président de haute cour, ministre de la population, ministres, directeurs de cabinet de ministère, membre de commission électorale.

Le HVM peut-il rester longtemps au pouvoir

"Prouvez-moi que les Malagasy se sont appauvris" dixit Hery R.
« Prouvez-moi que les Malagasy se sont appauvris » dixit Hery R.

En trois ans de pouvoir, Hery n’a rien accompli d’exceptionnel qui le distinguerait jusqu’à maintenant.

Est-ce que le pouvoir HVM est si nul que ses opposants le disent ?

Non, je ne suis pas de leur avis car ce n’est pas Hery qui est la cause de l’état lamentable du pays actuellement. Tout a commencé avec la transition 2009-2014 qui a tout de même duré 5 ans qui a plongé les malgaches dans le déni. Mais Hery n’est pas étranger à cette période car il en a été l’argentier en chef (ministre des finances).

Les opinions favorables à Hery sont au plus bas dans les grandes villes surtout dans la capitale Antananarivo. Mais sachant que 80% de la population vit en milieu rural, ils sont historiquement favorables au pouvoir en place (faute d’ignorance peut-être ? de la peur ?). Hery est donc assuré de gagner facilement les élections de 2018. Avec un Sénat composé à 90% de HVM et d’une chambre basse certes sans aucun député HVM mais très versatile, le pouvoir ne devrait avoir aucune inquiétude.

Voilà un aperçu de la situation à Madagascar. J’espère que je ne me ferai pas taxer de partisan du « Vondrona Andrefan’Ambohijanahary » (mouvement de l’opposition) après ça, un groupement dont je ne cautionne pas.

A Madagascar, le pouvoir change mais les pratiques demeurent.

Mon slogan c’est « Madagascar, j’aime la faire bouger » mais malheureusement « ça ne bouge pas ! », c’est pour ça que j’ai décidé de me lâcher un peu.


Les « gasy » polémiquent sur les 4 plus grosses fortunes de l’Île

Le magazine Forbes édition novembre 2015 a publié un classement des personnes les plus riches en Afrique subsaharienne « francophone ». Notons que Forbes a déjà publié à l’édition d’octobre un classement des Africains les plus riches avec en première place Aliko Dangote (Nigeria) l’Africain le plus riche du monde mais aucun Subsaharien francophone ne possède une fortune de plus d’un milliard de dollars pour y figurer donc il fallait établir un autre classement spécial avec cette fois-ci comme seuil minimum 200 millions de dollars.

Ce classement a fait le buzz sur les réseaux sociaux malgaches du fait que 4 Malgaches figurent dans ce top 25 mais surtout que ce sont des « karana ». Voici l’image qui a fait le tour des réseaux sociaux et a généré les polémiques :

Scan du magazine Forbes novembre 2015

La nouvelle a généré des centaines de partages et des milliers de commentaires. La plupart des journaux papier de jeudi en ont fait des gros titres. Puis, les émissions radio avec interventions téléphoniques furent ensuite envahies par les polémistes et le sujet se discute maintenant dans les transports et les bistrots.

Je vais vous expliquer ce qu’est un karana pour les Malgaches : c’est une expression xénophobe désignant les communautés originaires de l’Inde et du Pakistan qui étaient déjà implantées à Madagascar depuis le 19e siècle, voire le siècle d’avant. La propriété de l’économie malgache est principalement entre leurs mains. La majorité malgache ressent la même frustration que la population noire en Afrique du Sud par exemple. Un sentiment de karanaphobie existe chez beaucoup de Malgaches.

Autre explication : Les karana ou la communauté d’origine indo-pakistanaise de Madagascar

Le fait que les polémistes dénoncent c’est que les 4 personnes qui figurent dans le Top 25 ne sont pas des Malgaches.

Différence entre un Malgache (dit « gasy » en terme courant malagache) et un non-Malgache

Etre malgache n’est-il pas le fait d’avoir la nationalité malgache et posséder de ce fait la carte d’identité nationale du pays. Normalement c’est la définition mais la notion de nationalité est très chère pour les Malgaches : la naturalisation malgache est une procédure difficile, voire impossible. Pour les polémistes, être malgache c’est être de souche : Madagascar a été façonnée par des peuples asiatiques (Indonésie et Polynésie), Africains et Arabes venant d’horizons divers, les Malgaches parlent une seule langue maternelle qu’est le malagasy (une langue de la famille austronésienne). Voici une photo de l’actuel et des anciens présidents pour voir à quoi ressemble un Malgache :

Les présidents malgaches
Les présidents malgaches successifs

Je reviens sur les noms des 4 Malgaches les plus riches selon le Top 25 de Forbes Afrique :

  • 5e place: Ylias Akbaraly (Madagascar) 710 millions de dollars / Secteur : Conglomérat
  • 6e place: Hassanein Hiridjee (Madagascar) 705 millions de dollars / Secteur : Conglomérat
  • 11e place: Iqbal Rahim (Madagascar) 419 millions de dollars / Secteur : Pétrole
  • 23e place: La famille Fraise (Madagascar) 208 millions de dollars / Secteur : Brasserie-Energie

Ce sont des hommes d’affaires à la tête des plus grands conglomérats et industries à Madagascar. Leurs avoirs et leurs patrimoines se trouvent dans la Grande Ile et leurs sociétés créent des emplois. En fait, les karana ont plutôt le sens inné des affaires et leurs business réussissent bien que cela fait des jaloux. Mais bon, j’avoue que c’est une affirmation gratuite de ma part !

Ces 4 personnalités du classement possèdent au moins une double nationalité. Une question se pose : est-ce qu’ils se sentent plus malgaches ou plutôt dans la peau de leurs autres nationalités ? Là, je lance une autre polémique peut-être oops !

La dernière polémique

C’est le fait que Madagascar est deuxième après le Cameroun dans ce classement en termes de nombre de riches :

  • Cameroun : 9
  • Madagascar : 4
  • RD Congo : 2
  • Sénégal : 2
  • Côte d’Ivoire : 2
  • Bénin : 2
  • Gabon : 1
  • Congo : 1
  • Rwanda : 1

Alors que nous sommes l’un des pays les plus pauvres d’Afrique francophone avec 92 % de pauvres selon la Banque mondiale. La vraie polémique est donc le fait qu’une minorité arrive à amasser une richesse valant des millions de dollars. Un petit calcul donc : 4 personnes à Madagascar totalisent une fortune cumulée d’au moins 2 ,42 milliards de dollars . Le budget annuel du pays ne pèse même pas le quart de cette somme.

Pour moi : vive la relance économique à Madagascar !

« gasy » c’est tout simplement le « Malgache de souche » ! Oui c’est un peu xénophobe!

 


Mondoblog est meilleur que Charlie, ou pas

Je prends la plume ce lundi pour parler de Charlie après des jours de publications similaires sur notre plateforme favorite. Je tiens d’abord à dénoncer ces actes lâches et ignobles du 7 au 9 janvier.

je-suis-charlie-cnn250pxJe n’ai jamais lu un seul exemplaire de Charlie Hebdo, tout ce que je sais de ce journal ce sont les anciennes caricatures blasphématoires qui ont été publiées depuis le 7 janvier. Je ne suis alors ni pour ni contre le phénomène mondial #JeSuisCharlie, j’ai subi seulement subi cet engouement et j’ai même usé une fois de cet hashtag dès le lendemain de l’attentat sans savoir ce qu’est être Charlie ni quel était le but de la personne qui a inventé ce slogan.

Heureusement aucun mondoblogueur n’a créé un hashtag polémique du genre #MondoblogEstCharlie, car je n’aurai pas du tout été d’accord, je n’aurais alors pas pu écrire ce billet.

Mondoblog n’est pas Charlie. A mon avis, Mondoblog est meilleur que Charlie, ou pas (juste pour autocensure)!

JeSuisPasCharlieMondoblog est une plateforme où l’on ose parler plus ou moins ouvertement des sujets sur la religion, l’homosexualité, les débuts de dictature en politique et tout cela grâce à des blogueurs éparpillés sur le globe. Après l’attentat chez Charlie Hebdo, ici on s’est même débattu de #JeSuisCharlie et #JeNeSuisPasCharlie voire #JeHaisCharlie.

Tout de même Mondoblog est une liberté d’expression à la française, car c’est un site français donc soumis aux restrictions françaises.

Je n’ai pas beaucoup d’arguments pour soutenir mon affirmation dans le titre: je lance juste un débat :

Lisez :

Jusqu’à quel point peut-on aimer le prophète Mohammed ?

Vous n’avez pas dit que Mondoblog est aussi Charlie!

Charlie Hebdo : le revers de la caricature

Je suis paix, tolérance et respectueux de la vie humaine : l’islam

Être « Charlie Coulibaly »? … Bah finalement… Pourquoi pas ?

Recto verso : femme, africaine et homosexuelle


Madagascar accueillera le Sommet de la Francophonie 2016

A l’issue du XVe Sommet de la Francophonie  fin novembre à Dakar, on a beaucoup parlé de l’élection d’une femme en la personne de Michaëlle Jean comme nouvelle secrétaire générale de l’OIF en succession au Sénégalais Abdou Diouf qui a marqué la francophonie pendant 12 ans. Certes, c’est une grande première, mais il ne faut oublier l’autre nouvelle : l’organisation du prochain Sommet en 2016 revient à Madagascar, la Grande Ile.

C’est un événement auquel la population malgache ne s’est pas du tout préparée. De plus que, le départ de Hery Rajaonarimampianina vers Dakar n’a pas été médiatisé. A son retour, le président est rentré au petit matin pour s’abstenir de répondre aux questions des journalistes ! Madagascar qui vient à peine de sortir d’une crise qui a duré 5 ans attendait du président, après un an d’exercice d’exercice, d’autres solutions.  Ses préoccupations sont les délestages qui gangrènent les activités économiques du pays, l’insécurité, le chômage, la hausse des salaires, la stabilisation de l’ariary, la corruption, le cas Marc Ravalomanana, etc., et surtout l’organisation de la réconciliation nationale. Autant de sujets loin de la Francophonie.

Et voilà que le président nous ramène autre chose du voyage : un sommet. Madagascar a déjà accueilli un sommet en 2008, mais le coup de force de 2009 a entraîné la suspension de la Grande Île de l’OIF et l’on vient seulement d’être réintégré au début de cette année.

De gauche à droite: François Hollande - Macky Sall - Abdou Diouf - Michaëlle Jean - Hery RAJAONARIMAMPIANINA (Madagascar)
De gauche à droite: François Hollande – Macky Sall – Abdou Diouf – Michaëlle Jean – Hery RAJAONARIMAMPIANINA (Madagascar)
Crédit photo: Rfi.fr (AFP PHOTO / SOW MOUSSA)

Antananarivo est-il prêt pour l’accueillir?

Ce sera sûrement la capitale (Antananarivo) qui va accueillir le XVIe sommet, mais on ne sait pas comment l’État va faire pour pouvoir tenir cette manifestation.

Prenons cette nouvelle d’un point de vue positif, disons que ce sera une sorte d’excitant pour le pouvoir, cela va booster la machine gouvernementale. La population antananarivienne verra un important assainissement et une meilleure urbanisation de la ville. Les embouteillages d’Antananarivo vont peut-être diminuer. Et la réception des invités du Sommet va automatiquement créer des emplois dans le pays.

En outre, la ville aura un nouveau dirigeant l’année prochaine à l’issue des futures élections communales, on votera la personne qui va donner la clé de la ville à Michaëlle Jean à l’ouverture du Sommet 2016. On testera aussi la nouvelle organisation de la capitale pour l’accueil du sommet : un projet de loi polémique de fractionnement de la capitale en 6 communes (= 6 maires pour une seule capitale) sera effectivement soumis au Parlement. Mais arrêtons de voir toujours négativement les changements.

Bien que Hery Rajaonarimampianina ait décidé l’accueil du sommet sans consultation, ce sera une aubaine pour le pays, si on l’analyse bien.

Relation avec la France et les Iles Éparses malgaches

L’accueil de ce sommet ne ravit pas du tout les francophobes et les nationalistes du pays qui y voient encore un essai de main mise de la France sur le dossier Madagascar. Le sujet des Iles Éparses boudées par la France divise encore les deux pays. De plus, le gouvernement français du temps de Sarkozy est le plus souvent cité comme instigateur du soulèvement dirigé par Andry Rajoelina en 2009 conduisant à la déchéance de Marc Ravalomanana. Ce dernier est jugé trop tendance anglo-saxonne, et il s’est ouvert aux nouveaux partenaires comme la Chine, les États-Unis, l’Allemagne au détriment des investisseurs français.

Tout porte à croire que le choix unanime de Madagascar comme pays accueillant le prochain Sommet n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une longue discussion en coulisse.

Site web de l’OIF : www.francophonie.org


Les sachets plastiques seront bientôt interdits à Madagascar

Les sachets plastiques demeurent de véritables problèmes à l’insalubrité et aux canalisations dans les villes. Beaucoup de pays africains commencent à les bannir, la ville de Paris avec madame le maire Anne Hidalgo semble vouloir aller dans cette voie: Anne Hidalgo veut bannir les sacs en plastique. Sur ce, je me souviens également d’un article d’un mondoblogueur togolais sur cela: SACHETS PLASTIQUES, VÉRITABLE DÉFI POUR L’AFRIQUE. Et ben, bonne nouvelle, Madagascar est entrain d’emboîter le pas des pays qui les ont bannis car un projet de décret vient d’être adopté.Le gouvernement malgache a adopté un projet de Décret portant interdiction de la production, de l’importation et de la commercialisation des sachets plastiques sur le territoire de Madagascar.

Dès le 1er Février 2015, l’importation des sachets et des sacs plastiques sera interdite.

La production, la commercialisation mais surtout l’UTILISATION sont interdites à partir du 1er mai 2015.

Dans la ville d’Antananarivo, les sachets plastiques bouchent les canalisations durant la saison des pluies causant des inondations dans les bas quartiers, certaines routes sont submergées aggravant les embouteillages.

Ordures - Quartier des 67Ha. Crédit photo: Rija R. (moi)
Ordures – Quartier des 67Ha. Crédit photo: Rija R. (moi)

Le principal problème avec les plastiques en général c’est qu’ils ne sont pas biodégradables, ils détériorent le paysage pendant des années.

C’est une bonne décision de  la part de nos dirigeants mais c’est également une solution radicale vue qu’il nous sera difficile de s’en passer car on s’en sert quotidiennement. Ce sera une grande opportunité pour des investisseurs qui vont introduire les sacs en papier par exemple. Une nouvelle filière en vue !!!

Voici une photo qui illustre le fait que ce sont les sacs plastiques qui remplissent nos ordures :

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Ordures à Ambondrona. Crédit photo: Mika Razafimbelo.


Madagascar, une destination très touristique

Je reprends la plume pour une petite publicité sur la Grande Île, ce pays si spécial, si unique mais également si compliqué. Avec un contexte favorable notamment le retour de l’Etat de droit, le pays doit relancer son économie, et pourquoi pas par le tourisme comme le fait si bien nos îles voisines de l’Océan Indien comme l’île Maurice qui fait trois fois plus d’arrivées touristiques avec sa petite superficie.

Madagascar est un pays unique par l’endémicité de ses ressources naturelles.

L’office national du tourisme du pays dirait même plus :

L’atout touristique principal de Madagascar réside dans sa faune et flore exceptionnelles qui en font l’un des « spots » de biodiversité parmi les plus précieux de la planète.

Le taux d’endémicité est particulièrement élevé et dépasse très souvent les 80%. Ainsi, vous ne rencontrerez bien souvent à Madagascar des plantes ou animaux que vous ne croiserez jamais plus ailleurs.

Madagascar n’est pas du tout ce qui est montré dans le film d’animation de Dreamworks, le meilleur film qui représente bien le pays c’est le film documentaire sorti au mois d’avril dans les salles de cinéma IMAX des Etats-Unis : Island of Lemurs : Madagascar.

Affiche Island of Lemurs: Madagascar
Affiche Island of Lemurs: Madagascar

Le pays a tellement de lieux à visiter. Avec la cinquantaine de parcs et réserves naturels, aucun ne risque de s’ennuyer. L’ironie c’est que les Malgaches dont moi qui écrive conscients de cette richesse touristique n’ont pas le moyen de ne visiter rien qu’une infime partie de ces parcs nationaux !

Il se déroule en ce moment le salon international du tourisme de Madagascar ou ITFM 2014 pour International Tourism Fair of Madagascar, un rendez-vous annuel des voyagistes internationaux. Le pays vient effectivement de sortir d’une crise de cinq ans (2009 à 2013) et l’on doit ainsi regagner le boom touristique d’avant 2009, voire dépasser le record de 2008.

A part l’écotourisme exceptionnel du pays, il ne faut pas oublier les îles et les plages paradisiaques.

Irina Shayk à Nosy Be. Crédit photo: Sports Illustrated
Irina Shayk à Nosy Be, 2014. Crédit photo: Sports Illustrated

Citons par exemple, Nosy Be (l’île aux parfums), c’est une sous-île malgache qui engrange à elle seule le tiers du nombre de touristes qui viennent au pays. Le top model Iryna Shayk, petite amie du dernier ballon d’or Cristiano Ronaldo a récemment atterri sur l’île pour une séance photo avec le magazine Sports Illustrated.

Après le malheureux incident de lynchage de l’année dernière, la France a classé cette île zone orange c’est-à-dire déconseillé. Des impacts négatifs se fassent ressentir sur l’île. Il est indispensable que cette alerte orange soit levée au plus vite sinon ce sera catastrophique pour le développement de Nosy Be.

Mais bon, c’est peut-être une occasion de mettre en avant les autres localités touristiques de Madagascar.

Bref, Madagascar est le pays à visiter pour la haute saison 2014.

L'allée des baobabs. Crédit photo: Wikimedia - Pat Hooper from Chicago, IL, USA
L’allée des baobabs. Crédit photo: Wikimedia – Pat Hooper from Chicago, IL, USA


Madagascar, le 29 mars 1947: retour sur ce sanglant massacre colonial

Madagascar commémore ce 29 mars le 67e anniversaire de l’insurrection pour s’émanciper du joug de la France. La répression fut terrible, elle s’est faite dans le sang et dans la boue. Selon un bilan officiel de l’Etat français : 89 000 victimes chez les Malgaches; l’un des plus importants massacres coloniaux. Et c’est hallucinant de voir qu’une telle brutalité a ressurgi alors que le monde ne se remettait pas encore de l’horreur des crimes de la Seconde Guerre mondiale.

Monument "29 marsa 1947". Crédit photo: Wikimédia
Monument « 29 marsa 1947 ». Crédit photo : Wikimédia

Rappel de l’histoire

Après la Seconde Guerre mondiale, les pays colonisés commencent à demander leur indépendance, mais l’administration française s’y refuse. Le principal parti politique de l’époque, le MDRM (Mouvement démocratique pour la rénovation malgache) à travers ses fameux trois députés Raseta, Ravoahangy et Rabemananjara projette de négocier cette indépendance pacifiquement. Ce parti n’est pas l’instigateur de l’insurrection débutant la nuit du 28 mars 1947.

Le soulèvement commence dans le quart sud de l’île et sur la côte sud-est avant d’atteindre la région des hautes terres. Armés juste de sagaies,  de couteaux et de talismans face aux carabines des colonisateurs, les Malgaches se rebellent. Ils prennent aux plantations, aux casernes militaires, mais aussi à des Malgaches travaillant pour l’administration coloniale.

La répression française est des plus sanglantes. Le mot « génocide » peut même être évoqué pour cette sombre partie de l’histoire du pays. Les troupes coloniales renforcées par des « tirailleurs sénégalais » viennent facilement à bout des insurgés. Ces derniers ont été tués lors des affrontements, fusillés sans procès, ou sont morts de faim en prison.

Le nombre de victimes divise encore les historiens. La « pacification » va faire 89 000 victimes chez les Malgaches, selon les comptes officiels de l’État français. Mais l’on sait que les chiffres sont souvent en deçà de la réalité , comme les chiffres donnés par le gouvernement Bachar El-Assad sur le cas de Syrie aujourd’hui par exemple.

La famine frappant les paysans en 1947
La famine frappant les paysans en 1947 © Photo issue de l’exposition de Charles Ravoajanahary sur les “Résistances malgaches” (1981)

Zones d’ombre sur ces événements de 1947

Cette histoire, que l’on nous a appris à l’école est trop élémentaire. Les archives des enquêtes et des procès de l’époque n’étant pas encore « ouverts et accessibles », l’insurrection demeure encore floue pour nous, les jeunes d’aujourd’hui. Le délai de prescription pour l’ouverture des archives est dépassé depuis longtemps non? Tout le monde fait semblant d’ignorer la question.

 « Ny lasa tsy fanadino », cette expression malgache ancienne qui signifie le passé (c’est-à-dire l’histoire) ne doit pas être oublié devrait nous inspirer, mais force est de constater que c’est plutôt : « Ny gasy mora manadino », littéralement les Malgaches oublient facilement. Ainsi la commémoration de ce massacre est en passe de devenir un jour chômé et férié comme les autres.

François Hollande a reconnu devant le Parlement algérien en 2012 que la colonisation française en Algérie avait été  » profondément injuste et brutale » . Quid de Madagascar ?

Procès des 3 députés Ravoahangy, Raseta et Rabemananjara. Crédit photo: Wikimédia
Procès des 3 députés Ravoahangy, Raseta et Rabemananjara. Crédit photo : Wikimédia

 


Madagascar a un nouveau président mais pas encore de premier ministre

Ce billet traine depuis le jour d’investiture (samedi 25 janvier) de notre nouveau président Hery RAJAONARIMAMPIANINA dans un fichier texte de mon ordinateur. Cela s’est passé il y a deux mois de cela mais maintenant, aucun Premier Ministre n’est encore nommé, le premier gouvernement de la quatrième république est d’un difficile accouchement. C’est encore le gouvernement de transition qui assure l’intérim.

Rajaonarimampianina a été officiellement investi comme président ce samedi là. Cette étape clôt définitivement la transition dirigée par Andry Rajoelina pendant cinq ans, tout un mandat. Le hashtag twitter #mdg2013 peut maintenant prendre sa révérence. L’ année 2013 a véritablement agité la blogosphère malgache notamment sur Mondoblog avec moi, Lalah, Guénolé et Andriamialy! Ce dernier  a même publié un billet intéressant relatant la situation de l’époque le mois de janvier dernier : Rajaonarimampianina et Robinson : colombes ou faux cons.

Je profite de ce billet pour dire mes félicitations (c’est vrai je suis en retard) et ma reconnaissance au nouveau président. Un grand défi lui attend pour la reconstruction économique et morale du pays, ce n’est pas une tâche facile. Il a dit pendant son premier discours: « Ma priorité est de mettre en place l’Etat de droit qui va rétablir la confiance entre la population et ses dirigeants. Je pense que c’est le socle de toute chose. ». Qu’il en soit ainsi, amen!

Hery Rajaonarimampianina, discours d'investiture
Hery Rajaonarimampianina, discours d’investiture

Biographie du président

De son nom complet Hery Martial Rajaonarimampianina Rakotoarimanana, cet homme de 55 ans est un expert comptable qui n’aurait jamais songé à un tel succès politique. A priori, il est même le premier expert comptable devenu président élu dans le monde. Selon des amis qui sont ses anciens étudiants, cet ancien directeur des études à l’Institut national des Sciences comptables de l’administration d’entreprises de Madagascar (INSCAE) est un professeur cool donc aimé de ses élèves. Il est le ministre des finances pendant presque toute la transition 2009-2013. Fidèle à Andry Rajoelina, il est indirectement son candidat de remplacement.

Marié à Voahangy Rajaonarimampianana, notre jeune et belle première dame de 30 ans.

Il prend maintenant la fonction de président, le premier président de la quatrième république.

Difficile accouchement du gouvernement

Cette longue attente est due à la particularité de la nouvelle constitution de la quatrième république. L’article 54 qui parle de cette nomination est flou et est donc sujet à différentes interprétations au sein des juristes du pays. Le nom du premier ministre est proposé par le parti politique ou groupe de partis politiques majoritaire, bien évidemment à l’assemblée nationale. Cette situation reste inédite: le pays n’est pas sous régime parlementaire ni sous régime présidentiel fort, c’est tout simplement compliqué. Sincèrement, j’ai peur de cette constitution.

Rajaonarimampianina est élu et normalement il a le droit de gérer à sa guise le pays mais son léger avantage au deuxième tour avec un taux de participation faible ne lui légitimerait pas de gouverner seul avec son association HVM (La Force Nouvelle). Rajaonarimampianina et son équipe, de même que son ancien concurrent Robinson et son parti Avana n’ont pas de base politique, ils ont bénéficié d’un soutien respectif de Rajoelina et de Ravalomanana pour atteindre le deuxième tour. Le président est donc forcément obligé de faire un gouvernement d’ouverture dans les semaines à venir, c’est comme un « remake » du gouvernement de transition et ce n’est pas bon pour un développement rapide.

Mais bon, le premier ministre sera sûrement nommé cette semaine car c’est presque une exigence des partenaires étrangers après le premier déplacement officiel du président et de sa ribambelle de conseillers en terre américaine et en terre française durant les deux semaines passées. Ainsi, les affaires du pays pourront enfin continuer %