Tilou

Rentrée scolaire: le spectacle, c’est dehors!

La rentrée des classes est une période que je chéris. Et encore plus depuis que je ne suis plus écolier.

Certes, avant, les premiers jours d’école étaient aussi synonymes de reprise des devoirs, leçons et autres travaux forcés pour enfants. Je pense n’avoir jamais aimé ce côté-là de l’école. (Bon, c’est son essence même, mais je dis ce qui est 🙂. Dès le premier jour, le premier son de cloche pour le premier cours, je pensais à la fin de l’année scolaire et au premier jour des grandes vacances. (Ne dit-on pas qui veut juin y pense des octobre ?)

Depuis que j’ai laissé l’école, il ne me reste que les côtés intéressants des premiers jours de classe. Nous avons bouclé aujourd’hui la première semaine. Et j’ai déjà fait quelques remarques.

D’abord les écoliers et leurs tenues.

Les plus petits sont d’une remarquable propreté. Leurs uniformes neufs bien repassés et leurs chaussettes à la même hauteur sur les deux jambes. Il y a quelques exceptions, mais en général, on voit bien que quelqu’un de soigné s’est occupé de leurs tenues.
Les plus grands ? Une tout autre histoire. Là encore, il y a bien des exceptions. De temps en temps on croise un écolier de plus de 12 ans, habillé comme il faut. Mais dans la majorité des cas, c’est…assez distrayant (pour rester poli 🙂.

Les jeunes garçons avec leurs lacets défaits, leurs bas rouges pour accompagner les pantalons oranges, leurs pantalons sur les genoux (la ceinture du pantalon hein ! Pas les jambes), leurs lunettes de soleil géantes et leurs fameuses démarches clopinantes…Quand leurs regards croisent le mien, j’essaie toujours de rester indifférent. J’échoue toujours, allant même jusqu’à m’esclaffer.

Les jeunes filles ne sont pas en reste. Leurs jupes ou pantalon ne tiennent pas non plus. Certes, elles ne descendent pas aussi bas que les pantalons des garçons (Et c’est dommage pour certains ;-), mais si elles ne consentaient pas à les remettre en place chaque 3 secondes, il y aurait pas mal de spectacle (pour ces mêmes «certains » 😉.

Avec leurs coiffures, elles se débrouillent même pas mal. On en a de toutes les sortes. Du « chou » ordinaire, avec la « fleur » bien centrée au-dessus de la nuque, jusqu’à la coupe surréaliste tout droit sorti d’un épisode de Startrek, en passant par celle rappelant étrangement celle de ces coqs de combats.

Ensuite, il y a le blokus.

C’est le phénomène qui m’intrigue le plus lors de la rentrée scolaire. Je n’arrive pas à comprendre la source de ces embouteillages.

Il parait logique d’en trouver la cause avec la réouverture des classes, mais…pourquoi alors, cela ne dure qu’un mois et demi ? D’ici la mi-novembre, on n’en parlera presque plus. Évidemment, on n’aura toujours les embouteillages. Mais pas autant. Ce sera les bouchons habituels. Ensuite ça reprendra les premières semaines de janvier. Mi-février, pareil, ça disparaît.

Je dois vraiment mener une enquête à propos de cette histoire, hein !

Y aurait-il des écoliers à ne suivre les cours que les débuts de trimestre ? C’est bien possible.

Ou, peut-être, que ça à un rapport avec les tenues des écoliers. Euh…Mais oui ! C’est tout aussi possible que les gens soient tellement ébahies par les uniformes de nos carnavaliers, euh…écoliers ! (pardon!)…qu’elles prennent leur temps pour les bien contempler. (yo tèlman bwodè, yo bloke zòn o sans pwòp). Et puis, quand on s’habitue, ça roule plus facilement !

Saura-t-on jamais ? En tout cas, regardons le côté positif de tout ça. Maintenant, les bouchons vous paraîtront moins longs. Comme moi, vous tuerez le temps en essayant de vérifier si les élèves aux pantalons orange portent bien des chaussettes rouges. ;).

C’est que pour la rentrée, c’est dehors le spectacle!

Tilou
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Moun Peyi m

Le mot «pays» sur les lèvres d’un Ayitien ou d’une Ayitienne n’a pas toujours le même sens. Si, certaines fois, il désigne bien cet état membre fondateur de l’ONU que nous sommes, ce n’est pas toujours le cas.

La plupart du temps, quand un Ayitien en Ayiti vous parle de «peyi m», il fait plutôt référence à la ville la plus proche de la province où il a grandi, ou même le bourg qui l’a vu naître.

Ainsi, lorsque le premier jour de classe, l’écolier raconte à ses copains qu’il a passé les vacances «nan peyi l», n’allez pas croire que c’est une façon pour lui de dire qu’il n’avait pas voyagé. Suivant qu’il se définit comme moun Okap, Okay ou Titrivyè, il aura donc fait un séjour au Cap-Haïtien, aux Cayes ou à la Petite-Rivière de l’Artibonite (ou des Nippes).

Je vous imagine sourire…Vous vous dites que ce n’est pas bien méchant tout ça !? Et pourtant ! L’utilisation de ce mot est révélatrice de la distance que nous entretenons entre nos communautés, grand critère de discrimination entre nous.

Suivant la région dont vous êtes originaire, vous serez taxés d’attitude, de réflexe ou de cultures plus ou moins flatteurs.

Ainsi, les Capois sont réputés pour être des gens de caractères. Ils sont fiers. Toujours prêts à se réclamer de leur cité Christophienne* (Ils devraient pourtant avoir honte de ce qu’ils en ont fait !). Mais, on leur connaît aussi un coin vulgaire. Goujats, ils auraient le plus souvent un langage pas trop raffiné.

Les Cayens eux, ont une solide réputation de tenir à leur lit. Non, pas au sens figuré (euh…peut-être aussi d’ailleurs), mais bien le lit. Celui sur lequel ils dorment. Il semblerait que le premier acte que pose un Cayen qui emménage avec une compagne, c’est de fixer le lit au sol. Avec du ciment, en plus. Ce serait, pour éviter toute surprise en rentrant un soir. Que la dame se tire, ce ne serait pas bien grave, mais qu’elle emporte le lit : Pas question !!!

Évidemment, ça implique aussi que les Cayennes auraient la fâcheuse habitude de se casser avec leurs lits.

Les moun Jeremi sont peu aimés comme locataires. Il parait que le Jérémien fait emménager chez lui, un parent chaque mois. (Je me dis que s’il y a encore des habitants à Jérémie, c’est qu’ils doivent vraiment se reproduire plus rapidement que les autres 😉

Il y a aussi des étiquettes communes à plusieurs peyi. (Bon à part le fait que certains pensent que Tout ayisyen se vòlè !). Les Gonaïves (et même toute l’Artibonite) et Jérémie seraient les plus grands bastions de Lougarou. On n’arrive toujours pas à les départager.
Certes, pour ce qu’il en est de fétichisme, tout le pays regorge de talents. Par exemple, il semblerait qu’à Léogane il ne reste plus grand monde au-dessus de 40 ans. Parce que les plus jeunes auraient pris pour habitude de faire zombifier leurs parents pour la moindre réprimande. (Pas mal, quand même !).

Malgré cela, Les Gonaïviens et les Jérémiens semblent intouchables (Lougarou pase yo, nan pwen !). Ils sont comme les équipes du Réal et de Barcelone dans le championnat d’Espagne de foot : Les autres ont beau faire ce qu’elles peuvent, le titre ne pourra revenir qu’à l’une ou à l’autre.

Évidemment, je ne pourrai pas lister ici tous les traits attribués à chaque zone. Ils sont si nombreux. Même que certains, notamment ceux concernant les femmes, sont un peu trop irrespectueux.

Et puis, entre nous, rien de tout ça ne peut être vrai. Enfin pas que ces comportements n’existeraient pas. Mais les mauvaises mœurs et les bonnes attitudes se rencontrent partout. Alors, je n’accorde que peu de foi à ces clichés. Se pawòl moun peyi m, alors je les entends, j’en ris…et je désapprouve.

Tilou

*Du nom de Henri Christophe, homme politique qui régna sur la région


Mesures ayitiennes : standards élastiques

La démarche de standardiser les unités de mesures ne date pas d’hier. Depuis l’Antiquité, l’homme a compris qu’il est utile et bien plus pratique de s’entendre sur comment évaluer une distance, le poids d’une marchandise ou le volume d’un contenant. Un « Système internationale d’unités » (SI) a même été mise en place par la Conférence générale des poids et mesures pour une meilleure normalisation dans le monde.

Ainsi, que l’on se retrouve en Syrie, en France ou en Russie, on peut facilement se repérer lorsqu’il s’agit de kilomètres à parcourir ou de kilogrammes à soulever.

Certes, certaines régions gardent encore leurs unités de mesures particulières. Même que certaines unités ont, suivant le pays, des valeurs différentes. Les États-Unis d’Amérique, par exemple, préfèrent au système métrique les « miles », pieds et pouces. L’unité Livre, plus couramment associée à la livre anglaise de 453,6 g, peut aussi identifier bien d’autres valeurs..

Cependant, même ces écarts sont suffisamment normalisés pour qu’il existe une conversion fiable des unités standards vers celles régionales et particulières.

En Ayti, il existe aussi les unités standards. On les apprend à l’école. Qui ne se souvient pas de ces exercices interminables où il fallait trouver combien 3 mètres plus 5 centimètres faisaient en kilomètres, hectomètres, millimètres, etc.? On retrouve les standards également dans les supermarchés. Les sachets se présentent en grammes et les bouteilles en millilitres.

Portant, un touriste, même très fort en arithmétique, peut se retrouver complètement perdu, s’il décidait de visiter notre petit pays sans une petite leçon particulière sur les mesures ayitiennes. Si dans nos institutions nous suivons les recommandations de la Conférence des poids et mesures, dans nos chaudes rues, c’est une toute autre histoire.

Nos riz, maïs et pois se vendent par marmite. Plus précisément, le « Gwo mamit » et le « ti mamit ». Le gwo mamit équivalant en principe à cinq ti mamit plus trois quarts. Mais je dis bien en principe parce que c’est plus compliqué, bien plus compliqué. Je vous explique :

Pour que la quantité mesurée soit égale au Ti mamit ou au Gwo Mamit, il ne suffit pas de bien remplir le contenant correspondant. Non ! Il faut en plus y ajouter le « tillon », espèce de dune qui doit dépasser le contenant. Je ne suis pas certain que cinq tillon de ti mamit soient égaux à celui d’un gwo mamit.

Nous avons aussi le « glòs », unité de mesure d’huile de cuisine. C’est en réalité le contenant d’un déodorant bon marché qui est réutilisé pour transvaser l’huile d’un gallon au récipient de l’acheteur.

Surtout ne pas oublier le « mak », pour le beurre et la pâte de tomate. C’est le plus compliqué à expliquer. Ca peut être mesuré avec pratiquement n’importe quoi: une cuillère, un couteau, un morceau de bois…. Ça ne s’évalue qu’à l’œil. Personnellement, je n’ai pas cette compétence. Mais vu depuis le temps que ça dure, ça doit fonctionner très bien.

Beaucoup d’autres produits se vendent par sac, sachet et autres contenants que presque personne ne peut évaluer en unités de standard international.

Pour l’essence, oublier les litres et autres. Ici, il est question de Gallon et de « Dwoum». Et pas de tillon cette fois (évidemment! On n’a pas encore trouvé comment faire tenir un tillon de liquide :-).

Là où ça se corse, c’est que toutes ces unités de mesures particulières n´ont pas de valeur fixe.

Le contenu du dwoum ou du gallon d’essence va dépendre de la station ou, dans une même station du pompiste qui vous le vend. Pareil pour le mak de beurre ou de pâte de tomate: Si vous êtes un homme et que la fille de la boutique vous fais les yeux doux, vous serez étonné de voir comment le mak de beurre baignant dans votre glòs d´huile est bien plus important que celui à peine visible qui salit le bol de cette autre fille, venue acheter elle aussi, mais qui fait tout pour attirer votre attention.

Enfin, il faut également tenir compte du « ranje ». Ça se réclame après tout achat. Une fois la marmite de riz ou le glòs d’huile tendu, avant de l’accepter, vous devez oser la petite phrase magique : « Ou pa ranje l, pratik ?! » Et alors, vous constaterez avec satisfaction le vendeur vous rajouter un peu de la marchandise.

Il n’est pas certain que toutes les unités de mesures propres à chez nous aient été recensées dans ce billet. Mais, au moins avec ça, vous voilà un peu mieux armés à acheter et vendre dans les rues d’Ayiti.

Tilou


Football Europe 2013-2014: À table!

Toujours avides de voir tel joueur accompagné tel autre ou de découvrir un joueur en particulier dans un schéma tactique donné, les amateurs de foot suivent toujours avec attention la saison des transferts. Cette période est comme la préparation d’un grand festin. elle présage de la dégustation.

2013-2014, il semble que nous aurons à manger à satiété. Je n’ai pas en mémoire un été européen aussi mouvementé sur le marché des transferts. Un riche menu en perspective.

antraineurs
À la fin de la saison dernière La plupart des restaurateurs avaient changé leur chefs. Le Real Madrid, Le Barça, Napoli, Manchester United, le PSG, Chelsea, le Bayern, Manchester City…tous s’étaient, de gré ou de force, attachés les services d’un nouveau directeur de jeu, espérant chacun àvoir mis la main sur le MasterChef de la saison.

joueurs

Ensuite, il fallait faire le plein d’ingrédients. Avec la fermeture des marchés, hier,  Le Barça, Le Real, Arsenal, Monaco, le PSG, le Napoli, le Bayern, Chelsea, Mancherster City, la Juventus,  Marseille,…la quasi-totalité des grands clubs aura de nouvelles associations sur le terrain, tant de nouvelles saveurs à nous proposer.

Chaque week-end nous promet déjà l’embarras du choix du plat à déguster. Douce boulimie…et puis, pour la fin, un gigantesque dessert: la coupe du monde au Brésil!!!!

Croisons  les doigts que les egos et autres petits conflits gratuits ne viennent y ajouter leur insipidité. Nous en avons eu assez depuis quelques années. (Si s’on remèd yo tap fè pou nou, mèsi bokou, kounye a nou refè !)*

Évidemment, les petites piques de Mourinho seront les bienvenue pour épicer certains cocktails, Mais que cela ne nous prive guère de schémas tactiques bien huilés et de gestes techniques savoureux.

Que Dieu nous prête vie et santé. Les chefs sont déjà à leurs cuisines. Messieurs et dames, amateurs de «bon boul» : La table et servie !

Tilou Jean Paul,
@TilouJeanPaul

*Si c’était un traitement, ca va merci, nous sommes guéris!


Monnaies courantes

En Ayiti nous disposons de très peu d’argent mais de beaucoup de devises. La Gourde est la monnaie reconnue par la Loi, mais elle est loin d’être la seule à parader sur la place.

Ces temps-ci, le Dollar américain lui fait de l’ombre. Il devient courant, même normal d’être facturé en grinbak par les commerçants et fournisseurs de services. Plusieurs entreprises, d’ailleurs, paient leurs employés dans cette devise.

Et le gouvernement, qui pourtant a pour devoir de faire respecter la loi s’y met aussi, notamment à l’aéroport de Port-au-Prince où certains frais sont perçus en dollars youwès.

L’utilisation du Dollar américain n’est cependant pas la plus intrigante. On peut très bien comprendre la préférence qui lui est accordée compte tenu de l’instabilité du taux de change.

Il existe plusieurs autres devises qui, carrément, peuvent donner le tournis à un étranger.

D’abord le Dollar Ayitien, qui vaut 5 gourdes, est plus utilisé que toutes les autres. Même loin devant la Gourde. Pourtant il n’existe pas. Aucun billet ne mentionne « Dollar haïtien » Il n’a même jamais existé. C’est un vestige d’une époque très lointaine où 5 Gourdes s’échangeaient contre un Dollar américain. Et croyez-moi, le Dollar Ayitien a encore de longs jours à vivre. Ensuite il y a le Adoken. Enfin…LES Adoken. Le gros Adoken qui vaut 5 Gourdes et le petit Adoken, que je préfère appeler brik, qui vaut 1 Gourde. Mais ce n’est pas tant leurs valeurs qui font leur particularité, mais plutôt leur aspect.

Il y a enfin la devise cryptée. Celle qu’on utilise pour ne pas attirer l’attention. On l’appelle aussi Gourde. Plutôt Goud, en créole. Ne vous y fiez pourtant pas : ça n’a rien à voir avec la monnaie nationale. Elle peut d’ailleurs faire référence au Dollar ayitien aussi bien qu’au Dollar américain. Mais avec la particularité de sous entendre les milliers ou les centaines.

Ainsi un type peut vous proposer 4 Goud pour sa voiture et un autre 4 Goud pour sa camera numérique. N’allez pas croire que les deux objets se valent. Le premier vous coûtera quatre mille Dollars américains tandis que le second, quatre cents Dollars ayitiens.

Vous voyez ? Si en Ayiti l’argent ne circule pas assez, les devises, elles, courent les rues.

billets de monnaie Ayitienne


Chaînes d’intimidation

Celui ou celle qui vous envoie un message parlant d’amour et de Dieu ne vous rend pas forcément service, vous savez !?
Dans le fil d’un des réseaux sociaux auxquels je suis abonné, je vois de temps à autre des images de Jésus, avec le commentaire suivant:
«Si tu aimes Jésus, clique sur ‘J’aime’, si tu aimes le diable, ignore.»
Évidemment, rebelle que je suis, je ne clique pas. Ces choses-là me font toujours sourire.
N’est-ce pas plutôt sournois que d’utiliser la foi et le nom de Dieu rien que pour avoir des « like » ? C’est que bien des gens vont se faire prendre uniquement par peur de représailles gratuites d’un dieu qu’ils croient pourtant compréhensif et miséricordieux. Ces personnes-là se disent peut-être que si Dieu les voit ignorer la photo, il comprendra que le diable est leur préféré et alors, il les punira sévèrement…
En tout cas, vu le nombre de retours reçus par ces messages, je vous assure que ça marche.
Mais, il y a pire :
J’ai reçu avant-hier, sur mon portable, le message suivant :
« Ceci est un test. Ne l’ignore pas.
Si tu aimes Dieu fait passer ce message à 10 de tes contacts y compris celui qui te l’a envoyé. 3 choses que tu attends vont se réaliser ce soir même.
Si tu ignores ce message, tu seras frappé d’un malheur.»
Bon évidemment, tout cela est bien puéril comparé à ceux qui s’enrichissent avec la même méthode, mais je me demande encore si l’ami qui me l’a envoyé n’aurait pas mieux témoigner me vouloir du bien en s’abstenant de m’inclure dans sa liste de cibles. Parce que la galère, c’est ici qu’elle a commencé.
C’est que je suis du genre très capon, moi. Sur le fil, il n’était question que d’afficher son choix. Là, il y a sanction. (Pa gen jwèt non la a!) Déjà que la vie est pavée de moments difficiles, prendre le risque de s’attirer un « madichon» de plus serait ridicule. En plus, après l’envoi, il était promis qu’un vœu cher se réaliserait le jour même. Chouette alors ! Vraiment aucune raison de jouer le têtu. Je me suis donc résolu à me plier à la demande du texto.
Mais, alors que je choisissais les élus à qui je ferais bénéficier de cette aubaine, un morceau du message m’intrigua : « …y compris à celui qui te l’a envoyé » !? Cela compliquait les choses. Je devais donc renvoyer le message à son expéditeur. Ainsi donc, il recevra ce même message de moi lui demandant aussi de me le renvoyer. Et pas que lui. Les 9 autres lauréats de ma liste devront également faire pareil. Alors, je me retrouverai avec 10 nouveaux messages m’ordonnant de refaire la manœuvre. Et ce n’est pas tout. Parce qu’à ce moment là, si je décide d’arrêter le manège, ce ne serait plus un, mais 10 malheurs qui s’abattront sur moi. Aie !!!
Donc, ce fameux message, je n’avais intérêt ni à l’ignorer, ni à le faire suivre ! J’avais pensé à le sauvegarder en attendant de trouver un moyen de m’en débarrasser en toute sécurité.
Puis je me rappelai, comme ça, bêtement, que les chaines de messages n’avaient pour but que d’encombrer les réseaux ; et que de toute façon, si Dieu est aussi compréhensif et aimant qu’on le dit, Il ne saurait être aussi mesquin.
Tilou

 


Biznis pa l’ (Son affaire)

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Depuis les dernières performances de notre équipe nationale de football contre celle de l’Espagne (1 – 2) et de l’Italie (2-2), notre sport roi est de retour sur toutes les lèvres. Certaines personnes qui ne semblaient pas s’intéresser au foot en font maintenant leur premier sujet de conversation. Les mordus du foot font étalage de leur expertise pour expliquer le comment et le pourquoi de ces exploits. Le gouvernement s’est empressé de se rapprocher de la sélection pour des photos souvenirs (Ça pourrait peut-être servir lors d’un prochain bilan, qui sait ?).
La Coupe d’Or qui commence ce week-end devrait (on espère un bon résultat) rajouter à l’euphorie. Pour l’occasion, des encadreurs intelligents [entèlijaaaaaannnnn:-)] se sont empressés, d’organiser un téléthon au profit de la sélection bleu et rouge ; donnant une énième occasion à la fédération de reprendre sa complainte.
Déjà avant les 2 rencontres, le président de FHF avait déclaré que l’équipe était plutôt celle de la fédération que du pays, parce qu’aucune aide n’était parvenue aux Grenadiers, tant de la part de l’État que du secteur privé.
Il est vrai que le football, s’il est encore la discipline sportive la plus pratiquée au pays, ne jouit pas d’une grande attention. Nos championnats nationaux n’attirent plus grand monde. Certains s’étonnent qu’ils existent encore. L’état ne s’en intéresse pas non plus. Les quelques terrains promis et commencés par le gouvernement ne sont que pour étoffer le bilan du régime. Les normes internationales n’ont, semble-t-il, pas été respectées, les rendant peu utiles au sport de haut niveau. Seule une entreprise téléphonique accompagne les clubs et la FHF depuis quelques années. Et encore, son apport a diminué.
Cela paraît donc légitime que le Président de la fédération se plaigne du traitement accordé au foot institutionnel. Enfin… «Paraît» est bien le mot, Parce que, à mon avis, on en fait déjà trop pour le foot.
Même que moi, j’ai boudé le téléthon et conseillé à des amis de faire pareil. C’est que je suis contre cette histoire de non-ingérence dans les affaires de la fédération.
Avant me tomber dessus à bras raccourci, souffrez que je vous explique. Merci 🙂 (Ouf !)
Les affaires administratives de la fédération partent souvent en vrille. Quand ce n’est pas les joueurs qui se plaignent de ne pas recevoir les frais promis, c’est les dirigeants de clubs qui dénoncent des malversations de toutes sortes.
Évidemment, avec tout ce qui se passe dans tous les autres secteurs, on ne saurait en tenir rigueur à la fédération.
Mais quand l’État veut intervenir ou que les citoyens demandent des comptes, la fédération, bien couvert par la FIFA, nous présente une fin de non recevoir, en prétextant que personne n’a le droit d’intervenir dans les affaires de la fédération. Une fois, le président lui-même eut à dire d’un citoyen qui s’en prenait à l’organisation douteuse des élections au bureau de la FHF : « Nèg la pa menm moun foutbòl menm ! ».
Alors ? Expliquez-moi donc pourquoi l’État devrait utiliser l’argent du contribuable pour subventionner le «business» d’un particulier qui n’aura aucun compte à lui rendre ensuite?
La FHF, avec son fonctionnement actuel, n’est qu’une franchise d’une multinationale que détient un particulier. C’est son affaire, sa boite. Alors qu’il se débrouille pour boucler son budget sans lorgner sur l’argent du contribuable.

Si je ne me sens pas concerné quand je vois gagner la Sélection ?Je suis un fou de foot. Et un fou du foot local. Mais depuis la fameuse déclaration du président de la Fédération, je me sens frustré et n’ayant aucun recours, je choisis de ne plus me torturer à suivre nos équipes.Parce que je ne me sens pas seulement concerné quand MA sélection gagne, mais encore plus quand elle perd parce que NOTRE foot est mal organisé.

Tilou

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Liebster Awards: Je joue le jeu.

Il y a de fortes chances que je sois élu lors des prochaines élections. Quel poste? Euh…n’importe lequel…ou peut-être tous à la fois. De toute façon je ne m’y inscrirai pas. Bon. Ok, je vous explique :

Entre les concours et moi, c’est vraiment le jeu du chat et de la souris. Quand je m’inscris sérieusement et que je donne tout pour être à la hauteur, j’échoue. Quand je le fais sans trop m’en soucier, ça passe mieux. Et quand je ne m’inscris pas du tout, je suis nominé. Vous comprenez ça vous?

Vendredi un ami blogueur poste sur ma page Facebook un lien avec le message suivant : « Ton blog a reçu une nomination dans Liebster Awards: ». Je fus très étonné parce que non seulement je ne m’y étais pas inscrit, mais je n’étais même pas au courant de l’existence du Liebster Awards.

J’ai tout de suite fait quelques recherches sur le net, mais n’ai pas appris plus que les explications fournies par mon collègue sur son propre blog. J’ai trouvé ça très intéressant et me voilà donc, me prêtant au jeu.

En parcourant les lignes qui suivent, vous découvrirez comme ce fut le cas pour moi, la nature et le déroulement de ce concours auquel je participe sans m’y être inscrit 😉

1re étape : mettre un lien vers le blog qui vous a nommé.
Là, c’est avec plaisir que je vous invite à découvrir l’Autre Haiti de mon collègue Jérôme. C’est un blogueur-né. (Merci pour la nomination camarade.)

2e étape : Écrire onze (11) faits sur moi-même :
Euh…ça sera difficile, mais tentons le coup :

1._ Je suis croyant. Je crois en Dieu que je sais compréhensif et rilax. Le dieu vengeur que beaucoup se plaisent à vendre, il n’existe pas…pour moi!

2._ Les gens, leurs histoires…c’est ce qui m’intéresse le plus (M pa renmen tripotay non, m renmen zen!)

3._J’aime la lecture, le cinéma, le sport, la musique (je sais…j’aurais pu postuler dans un concours de Miss) et la technologie.

4._ J’écris parce que ça m’amuse et seulement quand je trouve un sujet intéressant. On me reproche souvent de ne pas être régulier dans mes publications. Moi, quand je n’ai rien à dire…je me tais 😉

5._ Je suis hétéro. (En fait, c’est par là que j’aurais dû commencer. Ces derniers temps vaut mieux éviter tout doute) 😉

6._ Je suis de très bonne éducation et très charmant (Mais nooon. Ce n’est pas de la pédanterie, mais on me le dit souvent et je commence à ne plus trouver quoi dire sur moi) 😉

7._ Je suis un citoyen. Je vote aux élections (Et je n’ai encore jamais regretté un vote. C’est que moi, je vote bien! 🙂

8._ Je suis extrêmement timide

9._ J’arrive difficilement à parler de mes douleurs.

10._ Tout ceux qui me côtoient entendent régulièrement parler de mon groupe musical préféré : Le Scorpio Universel. (J’y suis presque.)

11._ Je suis passionné de presque tout ce que je fais (Ouf! Enfin)

3e étape : Répondre aux questions de la personne qui vous a mentionné.
1- Comment définissez-vous le mot BLOGUER ?
Je ne le définis pas. J’ai commencé à bloguer dès le premier jour où j’ai eu accès à un blog. Pour moi c’est un espace où je partage, je plaisante, je me cache ou je m’exprime. Je ne compte même plus le nombre de blogs que j’ai ouvert. Mais je suis conscient que chacun fait ce qu’il veut de son blog. Il semblerait que certains (dont Mondoblog) essaient de structurer le bloguing. Je n’en vois pas trop l’intérêt.

2- Quel est votre meilleure expérience en tant que blogueur ?
Euh…Une fois j’ai rencontré un jeune qui voulait que je lui signe un autographe. Il avait à la main la copie d’un de mes blogs (Féminicide). J’ai apprécié et trouvé ça étrange en même temps.

3- Avez-vous été déjà menacé dans l’exercice de cette activité ?
Oui. C’était à cause d’un billet sur les rastas. J’en ai eu pour mon compte en injures et menaces. Mais comme c’était depuis le web, je m’en suis plutôt amusé.

4- Avez-vous un modèle dans le blogging ?
Non. Évidemment, je crois qu’on est toujours influencé inconsciemment par tout ce qui nous entoure. Donc, forcément les autres blogs que je parcours finissent par laisser leurs traces sur les miens.

5- D’après vous, le blog, peut-il nourrir son homme ?
En Ayiti, en tout cas, je ne vois pas comment. La publicité pourrait être une option, mais honnêtement, au point où on en est, j’en doute.

6- Quelle est la principale source d’inspiration de vos billets ?
La vie, la société, les gens et leurs histoires. J’aime bien travailler un texte sous un angle habituellement négligé. C’est pour ça que mon espace Mondoblog s’appelle Autre regard.

7- Le blogging, est-il populaire dans votre région ?
Euh…Quand je parle de blog, ma région c’est Internet, alors….oui! 🙂

8- Quel est votre livre de chevet, et pourquoi ?
Je n’en ai pas UN, mais plusieurs qui se relaient. Mon préféré est « Plaies et bosses d’Exbrayat ». C’est celui qui me fait le plus rire.

9- Êtes-vous pour le mariage pour tous ? Justifiez votre réponse.
Je me permets de seulement dire non, sans développer. Ça prendrait trop de temps et soulèverait trop de commentaires.

10- Pensez-vous à une troisième Guerre Mondiale ?
Je pense qu’elle a déjà commencé. Sauf que maintenant c’est les gros contre les petits 🙂

11- Avez-vous été tenté par le Gangnam style ?
(C’est du remplissage, cette question :-))… Mais non.

4e étape : Choisir onze (11) blogs :
1._ Tim Tim…
Pas très alimenté, mais j’aime tellement sa façon d’écrire… J’espère que cette nomination contribuera à la remotiver

2._ La tête ailleurs
Toujours quelques bonnes minutes de détentes

3._ Natila
De Mme Ibohn

4._ Brides de vie
Ce gars-là fait un excellent travail

5._ Travaillons pour une autre Haiti
Pas toujours d’accord avec ces billets, mais ils font souvent naitre d’intéressants débats

6._ blogitude

7._ Gemini

8._ En peu de mots

9._ Femme. Caribéenne. Créole.

10._ Lavi miyò

11._ Mondoblog
je m’en voudrais de ne pas mettre la plateforme Mondoblog. J’y suis en permanence

5e et dernière étape: Mes onze (11) questions :

1._ Quel est votre personnage humoristique préféré ?
2._ Connaissez-vous l’histoire d’Ayiti ?
3._ Que savez-vous de Nemours Jean-Baptiste ?
4._ Avez-vous déjà entendu une méringue du groupe ayitien Scorpio Universel ?
5._ Qu’est-ce qui vous motive à écrire ?
6._ Trouvez-vous l’orthographe de la langue française trop compliqué ?
7._ Aimez-vous la couleur bleue ?
8._ Votre film préféré ? Pourquoi ?
9._ Qu’avez-vous fait l’été dernier ?
10._ Que pensez-vous de la vidéo « Bye bye Nicole ? »
11._ C’est quoi le Liebster Awards ?

Voilà, j’ai terminé. Je ne sais pas trop à quoi ça servira, mais j’espère que ça aura été utile


Les dessous des Miss

L’autre jour, dans un cadre professionnel, un ami a requis mes services pour la conception d’un logo pour un concours.

Bon…Soucieux de respecter le principe du secret professionnel, je ne fais pas allusion dans mes billets à mes expériences qui pourraient clairement identifier un client ou une relation de travail.

Mais là, je suis obligé de me cacher derrière l’exception qui confirme la règle. Je ne peux vraiment pas garder cette perle pour moi 🙂 (Sa a m pa ka kenbe l pou mwen vre !)

Vous devez vous demander en quoi un logo pour un concours peut-il susciter autant d’excitation de ma part. Eh bien figurez-vous que ce concours n’aura rien d’ordinaire :

D’ abord le Titre : « Miss Vierges »

Quand j’entendis ça, je n’avais pas trop bien saisi. Je me suis demandé s’il s’agissait d’une sorte de compétition entre les diverses représentations de la mère de notre Seigneur. L’idée pourrait être géniale, mais comme je voyais mal La Très Sainte Vierge répondre « J’aime la lecture, le cinéma, le R&B, le Hip Hop et le Rap Kreyòl », j’ai plutôt attendu que mon ami m’ en dise plus.

En fait, il était question d’un concours de jeunes filles où l’accent serait mis sur leur virginité. (M ! Men Koze !)

Pour être honnête, cette histoire est partie d’une bonne intention qui était d’encourager les jeunes filles à retarder le plus que possible leur rentrée dans la vie sexuelle.

Mais tout de même, plusieurs points d’ombre m’intriguaient :

Comment vérifier que toutes les candidates sont effectivement éligibles ?

Faudrait une vérification. Et là, ce serait tout un casse-tête de décider qui du comité serait responsable du test 🙂

Un certificat médical ?

Euh…Les papiers en Ayiti, tu en trouves où tu veux, quand tu veux et avec la mention que tu veux. 🙂 Et puis qu’ est-ce qui empêcherait que la candidate Viergina change son nom en Gina le soir même du jour du test ?

Pour le logo, ce serait beaucoup plus facile.

La conception d’un visuel est toujours compliquée lorsqu’il s’agit de se démarquer de trop de concurrents. Et les concours de Miss, en Ayiti, ça ne manque pas.

Avec l’aspect de la virginité, j’ai trouvé tout de suite. Pour que le logo exprime bien cet aspect quoi de mieux qu’un chaton menotté ? (Yon chat mare!) En plus ça serait à la fois subtil et poétique. Vous ne trouvez pas ?

Bon, je n’ai toujours pas eu confirmation du contrat 🙁 Peut-être que cet ami a eu une meilleure offre d’un concurrent. De toute façon, Ce concours m’intéresse.

En général, je réprouve les concours de Miss. Je perds rarement mon temps à suivre leur déroulement à la télévision et quand j’en parle, c’est bien évidemment pour affirmer ma désapprobation.

Mais là, ça va peut-être changer…

Même que je vais jouer pieds et mains pour être dans les coulisses de cette histoire.

Parce qu’honnêtement les dessous risquent d’être plus intrigants et spectaculaires que le spectacle, lui-même.


Presse Parano !?

La Presse peut être bien et utile.

Bien lorsque, par exemple, elle nous tient informés des affaires de l’État. Elle aide ainsi à la transparence de ce qui se fait avec nos taxes.

Elle est utile en nous aidant souvent à prendre certaines décisions. Ne serait-ce qu’en nous signalant l’embouteillage d’une rue; ce qui nous évite de venir nous y coincer.

C’est pour cela que le journaliste doit, selon moi, être considéré et respecté.

La Presse peut être dangereuse.

Dangereuse par le pouvoir qu’elle attribue à celui qui l’exerce. Rien que déclarer publiquement qu’une banque est en difficulté peut être la seule cause de la faillite de cette institution.

C’est pour cela que le journalisme doit, selon moi, être exercé par des personnes lucides et intègres.

La Presse peut être indécente.

Il arrive souvent que la vie privée et l’intimité soient bafouées au nom du droit à l’information. Les paparazzis en sont la parfaite illustration.

C’est pour cela que le journaliste doit, selon moi, toujours veiller à respecter particulièrement les droits des autres.

Le journalisme peut enlever le bon sens.

Par exemple, quand j’entends une association de journalistes ou de média réclamer que les journalistes ne soient pas agressés par des casseurs qu’ils veulent filmer, sous prétexte qu’ils font leur boulot!?

C’est pour cela que certains journalistes doivent eux aussi, toujours selon moi, consulter un psy de temps à autre. 🙂

Tilou


MiziKaNou

La musique fait partie de la vie ayitienne, de son quotidien. Contrairement à ce que j’ai pu remarquer dans d’autres pays, il n’est pas possible de passer une journée en Ayiti sans rencontrer quelqu’un qui chante, fredonne, siffle ou danse sur un air quelconque. Comme je me plais à le constater et à le dire, le peuple ayitien est un peuple qui danse.

Paradoxalement, depuis quelques années, les acteurs du secteur musical ayitien, particulièrement le compas, se plaignent d’une baisse considérable des activités. Les bals ne se remplissent plus. Même lorsqu’ils affichent 2 ou 3 groupes ensemble, les organisateurs ne tirent leur épingle du jeu qu’avec le renfort de nombreux sponsors. Quant à la vente des morceaux musicaux, c’est encore plus grave.

Si on n’a jamais connu une génération qui achetait beaucoup d’albums, ces œuvres n’en étaient pas moins recherchées. Nombreux s’arrangeaient pour copier le contenu des vinyles sur cassette ou, plus récemment, dupliquer les CD. Maintenant, même les vendeurs de copies illégales et à bon marché ont du mal à écouler leur marchandise.

Ce peuple donc qui à la musique dans le sang, semble s’y désintéresser comme jamais auparavant.

Evidemment, beaucoup pointent du doigt la situation économique ou l’insécurité.

Mais bon! Si ça pourrait expliquer la non-fréquentation des boites de nuit, le problème du désintéressement pour les albums reste entier. Et puis, on a connu pareille situation, sinon pire, entre 1991 et 1994. Elle n’a jamais été aussi critique.

Honnêtement, je n’ai pas d’explications arrêtées à ce phénomène. Seulement quelques petites pistes :

D’ abord le contenu.

Pour qu’une musique nous accroche en Ayiti, il faut qu’elle nous parle, qu’on la vive. Il faut qu’elle soit, de près ou de loin, en rapport avec notre réalité. Par accrocher, je ne parle pas de hits éphémères qui ne doivent leur succès qu’à leur fraiche diffusion. Mais des chansons qui, après de nombreuses années, qu’elles aient été des hits ou non, sont toujours repris en chœur lorsque ressorties des tiroirs. «L’argent» du Gemini, ou «Superstition» du Tropicana ne sont que 2 parmi de nombreux exemples.

Hors depuis quelque temps, les textes ne semblent tourner qu’autour de 2 sujets. La réussite et la qualité du groupe, et une histoire d’amour entre le chanteur et sa copine.

Évidemment, vous vous dites que le second sujet ne devrait pas être trop étranger à nos réalités. Ça m’amène justement à ma seconde piste.

Le traitement des sujets.

L’amour n’est toujours traité que de 2 manières dans nos textes. Soit le type supplie la fille de ne pas le quitter parce qu’elle est tout ce qu’il désire, soit il se plaint d’avoir été trahi et incompris. À part ça: Rien. C’est exactement le même phénomène que vit les groupes de rap. Certes, eux parlent d’autres sujets, mais tous disent la même chose. Une fois 1 ou 2 albums écoutés, vous connaissez le contenu de tous les autres.

La dernière piste est l’argent.

Enfin, pas l’argent en soi, mais les conséquences qui l’ont accompagné.

Lorsque la musique rapportait peu. Elle n’était pratiquée que par les artistes. Ceux-là qui ne voyaient dans la musique que la musique. Depuis que certains ont pu s’enrichir en ne faisant (ofisyèlan wi, ti nèg pap diw !) que de la musique, bien des charlatans se sont investis musiciens, facilités aussi par la technologie. Résultat: la musique a perdu de son âme, de son génie et forcement de ses attraits.

Il y a encore quelques vrais artistes musiciens qui pourraient changer la donne et faire revivre une nouvelle jeunesse au secteur. Peut-être que la solution passera par une nouveauté dans l’orchestration, comme ça a toujours été le cas pour chaque grande période de notre musique.

Mais pour cela, il faudra vraiment que notre musique retrouve son âme et redevienne ayitienne.


Sacrés droits d’auteur !

La société occidentale a la singulière faculté de transformer toute bonne idée en une aberration totale.

J’avais déjà parlé de ces fameuses règles de bienséance détournées en outils de snobisme ou l’émancipation de la Femme qui faisait perdre la tête à plus d’une. Aujourd’hui c’est la propriété intellectuelle qui me fait sourire.

Enfin, non pas la propriété intellectuelle en soit. Protéger les droits des auteurs de sorte que si l’œuvre doit générer de l’argent, l’auteur en profite au moins d’une partie est tout à fait légitime. On a eu bien des cas, en Ayiti, où le compositeur d’une chanson à succès finissait sa vie sans un clou ; devant s’en remettre à la générosité de proches alors que son tube avait servi à enrichir bien d’autres poches.

Ceci étant dit, à force de se concentrer uniquement sur l’argent que peut rapporter une œuvre, certains auteurs finissent par la dénaturer carrément.

Une dimanche, après l’Action de grâces, l’officiant de la messe a présenté un livre qu’il vendait à 250 gourdes. Le contenu du livre serait un message important de Dieu qui avertissait sur des tribulations à venir. Il (Dieu ou l’officiant ? Allez savoir !) y avait inclus quelques prières efficaces, disait-il (là, c’est l’officiant, pas de doute), à résoudre tous les problèmes. Tout cela avait été révélé en songe par notre Seigneur Jésus–Christ. Bon, jusque-là, rien de trop anormal.

Évidemment, on pouvait (et on peut encore) se poser des questions sur la véracité de son message. Un prêtre ça ne ment pas, mais on peut toujours questionner l’authenticité de celui qui lui a inspiré le message. (Tout barbu vu en songe n’est pas forcément Jésus), Mais, de toute façon, il n’y avait aucun moyen de le contredire.

Cependant, lorsqu’il suggéra que chacun se procure un des 500 exemplaires en insistant que c’était mal de faire photocopier un livre parce que ça allait à l’encontre de la loi sur la propriété intellectuelle, je compris tout.

Entendons-nous : Dieu lui donne un message pour l’humanité. Lui, il veut en tirer quelques sous. Chez nous on appelle ça du «Koutay», comme les prélèvements de la servante sur l’argent du marché. Ou encore «rakèt». Comme l’excédent de frais rajouté par le type qui prétend vous faciliter la copie de votre extrait d’archives.

Je vous vois venir… « Il ne cherche pas à s’enrichir, mais à rentrer l’argent dépensé pour la production du livre ». Et quoi encore ???

Un message urgent de Dieu et il prend le temps de le faire dactylographier et imprimer ??

Ç’aurait été plus simple de faire une annonce à la radio non ? Ça ne lui aurait rien coûté sur la radio officielle de l’Église. Et pourquoi en faire uniquement 500 ? D’accord, la majorité de mes concitoyens sont encore analphabètes, mais je pense que les lettrés doivent être plus que ça.

Il y a des histoires encore plus bizarres, vous savez ?! Tenez, Vous connaissez les fameuses bandes dessinées relatant les exploits d’un reporter toujours accompagné de son petit chien ? (Non ! je n’ai pas oublié le nom, mais j’évite de le citer sur ma page. Vous allez comprendre). Eh bien, la société qui gère les droits de cette production est tellement stricte que la moindre case citée dans une autre œuvre peut être le motif d’une plainte judiciaire.

Elle a même réussi à complètement ruiner un écrivain qui s’était arrogé le droit de faire une étude sur Les aventures d… (Woy !!! Gad’on Tenten !!! Bouch mwen manke chape!). Cette société ne se rend même pas compte qu’en voulant exagérément protéger une œuvre, elle est en train de la tuer tout simplement.

Dernièrement, un célèbre réalisateur s’en est allé à une démarche tout aussi cocasse. Il sort un film-documentaire sur les dessous de l’aide humanitaire au pays. Le but, concède-t-il, est de dénoncer la mauvaise foi d’une partie de la communauté internationale, de faire connaître aux Ayitiens ce qui s’est vraiment passé avec l’argent promis.

Mais bizarrement, prétextant ses droits d’auteurs, il invita une journaliste à retirer le lien menant vers une page où l’on pouvait visionner légalement ce documentaire. Il semblerait que même si le film est légalement diffusé sur un site internet, ça ne donne pas le droit de le visionner. (Tèt chaje !) Oui, moi aussi, je cherche encore à comprendre.

Mais peut-être suis-je le seul à me poser ces questions. Peut-être que tout le monde trouve toutes ces histoires parfaitement normales…

En tout cas, si nous continuons sur cette voix, bientôt nous aurons le choix entre payer pour tout air sifflé ou fredonné même sous la douche, et ne siffler ou fredonner que ce que l’on aura soi-même composé.

Tilou


Le village global, leur nouvelle plantation

Le monde, dit-on, n’est plus qu’un village global. La technologie, les moyens de communication particulièrement, ont réduit les distances et fait sauter les frontières. Maintenant, nous sommes informés de tout ce qui se fait ou se dit à l’autre bout du monde; en temps réel. Nous vivons presque dans un même monde.

Eh oui ! je dis bien presque, parce que si dans un village, les voisins ont plus ou moins la même culture et jouissent plus ou moins des mêmes droits, dans bien des domaines et sur bien des aspects, nous vivons, dans le monde réel, d’une communauté à une autre, dans des univers différents.
Je sais que vous pensez à la faim qui chante en soliste dans certaines régions du globe quand dans d’autres, l’abondance, la démesure et le gaspillage jouent leur insensible sonate. Et vous avez raison. Peut-on faire plus indécent que de diffuser, après les nouvelles internationales montrant les enfants squelettiques de la Somalie, un spot publicitaire pour un concours de bouffe appelé « GRAN MANJÈ»?
Mais il n’est pas non plus nécessaire d’aller jusqu’ à cet extrême exemple pour trouver un indice de la distance qui sépare encore les habitants de ce nouveau village.
Tenez, M. Clinton, lorsqu’ il était président des Etats-Unis, a failli être viré pour une gâterie avec une stagiaire. M. Strauss-Kahn, candidat pressenti aux dernières présidentielles de la France, a dû renoncer à se présenter parce qu’il avait été (injustement, en plus) accusé de viol par une employée d’hôtel…dans un autre pays.
Eh bien, chez nous, quand on est accusé de viol sur un femme déjà fiancée, alors qu’on occupe une haute fonction, il suffit de faire circuler des photos prouvant que c’était une séance de pornographie consentie pour que tout soit oublie, que notre fameuse presse se la boucle et que même, on ait son nom circulant comme probable conseiller électoral.

Actuellement, en France, c’est toute une histoire parce qu’un ministre a été pris en flagrant délit de mensonge au sujet d’un compte qu’il cachait en suisse. Sa tentative de fraude fiscale est prise très au sérieux et menace même tout le reste du gouvernement en place.

Je me demande ce que ça serait si on devait investiguer sur chaque Ayitien possédant un compte à l’étranger et servant à mettre de l’argent loin du regard du fisc.
Bizarrement, le seul domaine ou le village semble bien s’uniformiser est notre monde de consommation. Là, rien à redire: la zombification, euh…l’uniformisation, ça marche.
Maintenant, nous mangeons tous les mêmes produits surepicés et artificiels que les grandes multinationales nous imposent. Nous buvons tous, ces poisons, euh…boissons chimiques que nous trouvons si désaltérantes et qui nous sont encore imposées par les grandes chaines de production. Nous portons tous ces habits précousus auxquels nous devons adapter nos corps. Nous ne dansons et ne chantons que ce qui nous est proposé par les grandes boites de la musique. Nous ne reconnaissons plus que la même réussite: celle qu’aura reconnue « l’International »… au point que maintenant, ce n’est qu’après avoir été honorée par une ambassadrice, une de nos députées est jugée devant être à la une d’un journal. Ce qui devrait stimuler notre honte, nous fait parader.
Voila donc le village que nos intellectuels et leaders viennent nous chanter. Certes, le monde est bel et bien un village, mais…savons-nous à qui il appartient et, surtout, à quoi ça sert?
Tilou


Césars ayitiens

Les cérémonies des Oscars et des Césars devraient être organisées en Ayiti. Je ne suis pas certain qu’il existe une industrie du cinéma produisant de meilleurs films que les nôtres. En tout cas dans la catégorie comédie, avec nos dirigeants et nos amis internationaux, on est champion du monde. En témoigne le chef-d’œuvre en cours.

Vous ne suivez pas la dernière réalisation? Eh bien, vous passez vraiment à côté d’évènements historiques. Bon je vous mets au parfum :

C’est une trilogie. La trilogie des « Sélections ». C’est une pièce jouée par les trois Pouvoirs, avec un scénario déroutant.

Ce qu’il y a de génial dans cette œuvre, c’est comment d’une histoire toute simple, le choix de représentants des pouvoirs au sein d’un conseil électoral, on peut faire une trilogie à rebondissements :

Sélections 1 : « Le Judiciaire choisit librement… »

Le Judiciaire doit choisir 3 représentants, mais ne sait pas comment s’y prendre et, jouissant de son indépendance, laisse l’exécutif décider à sa place. Le parlement crie au scandale, la presse en fait un tollé, on n’en parle plus.

Sélections 2 : « La provocation du Parlement »

Les parlementaires doivent choisir 3 représentants, mais n’y arrivent que difficilement. Ils mettent toute une éternité pour passer au crible leurs candidats. On n’en était presque à voir débarquer McGee ou Abby du NCIS pour une enquête approfondie des dossiers. Le problème, semble-t-il, c’était que les noms proposés étaient tous des gens honnêtes. Certains membres du parlement les auraient jugés non représentatifs du corps. Et ce choix fait enrager (littéralement hein!) l’Éxécutif dont un conseiller, très remonté et se prenant vraisemblablement pour Jack Bauer, tente de casser la gueule à un député.

Sélections 3 : « À provocation, provocation et demie »

L’Éxécutif doit choisir 3 représentants, mais un malentendu lui donne du retard. Certes ils avaient annoncé avoir déjà fait leur choix. C’était la vérité. Mais ils parlaient des 3 noms qu’ils avaient fait proposer par le judiciaire. Ce n’est que récemment qu’ils ont dû comprendre qu’il leur fallait encore 3 autres noms. Le processus a démarré, mais puisque vraisemblablement, ils doivent être aussi minutieux que les parlementaires, ce n’est pas gagné. Le film s’arrêtera à la publication des noms tant attendus. (J’ai appris ce matin que c’était prévu pour aujourd’hui).

Évidemment, vous imaginez qu’un tel scénario se doit d’avoir une suite. Et heureusement pour nous, cinéphiles convaincus, les scènes sont déjà là. Ce sera également une trilogie : « Les Zélections ». Avec trois actes aussi : l’installation du gang, euh… du Conseil, les opérations de vols, euh…de votes, et la publication contestée des choix de l’international.

Et cette fois, ce sera encore plus épicé, puisque le rôle principal sera tenu le plus grand acteur de la scène ayitienne de tous les temps : La communauté internationale.

Que du bonheur, je vous dis! Pardon ? Comment puis-je en être aussi certain ? Eh bien, quand je disais que vous ne suiviez pas l’actualité !

C’est que depuis 2006, j’en ai déjà vu 2 représentations.

Tilou


Code de la route

Circuler dans les rues est important. C’est nécessaire et incontournable. Avec l’apparition des automobiles, c’est devenu dangereux.

Alors, on a établi des codes. Tout un ensemble de signes et de règles pour éviter que les voitures se rentrent dedans à tout bout de champs (euh…de route.) ou qu’une personne se fasse renverser à chaque coin de rue. (Bon! ça arrive quand même: qu’est-ce que ça serait sans ces précautions!).

Pour faire encore plus simple et bien plus pratique, on a mis en place le code international de la circulation routière. Dans n’importe quel pays, les règles de bases restent les mêmes: Le feu vert dit de passer, le rouge de s’arrêter. Le Point d’interjection dit « ATTENTION », etc.

Certes, il reste des différences d’un pays à l’autre. Mais généralement, les règles apprises dans un pays suffisent à circuler dans un autre.

Ces règles existent aussi en Ayiti. Enfin, elles devraient exister puisque la loi le dit. Mais à voir comment ça circule dans nos rues, ce n’est pas certain que les plus concernés soupçonnent leur existence.

Mais ce n’est pas grave. La nature ayant, jusqu’à ce jour, toujours horreur du vide, d’autres règles sont en application dans nos chaudes rues.

À part la règle DuPlusFort qui donne TOUJOURS la priorité à la plus grosse voiture, il y celle du PaGenPolis qui autorise tout. S’il y a celle du sens interdit, elle est palliée par le PaBack qui autorise le sens défendu, mais en marche arrière. Le OuPaWèManPàn semble autoriser toute voiture à stationner net au milieu de n’importe ruelle, rue ou avenue; même pour une panne d’air conditionné.

Vous vous demandez alors comment s’en sort les piétons dans cette jungle!? Eh bien, ils ont des pouvoirs! (tout bon wi!) Dès qu’un piéton décide de traverser, il tend la main et sans se soucier de la voiture qui arrive, il traverse. Et leur meilleure technique, la plus élégante aussi, c’est de pointer l’index vers le capot de la voiture. The Power of the Finger! Et la voiture s’arrête.

Et les doigts ne servent pas qu’à stopper les véhicules hein! On le retrouve dans un autre chapitre des codes routiers ayitiens : les destinations.

Ici, l’index pointé vers le haut, bien verticalement, traduit le Sèso. Ceci indique que le passant est prêt à faire le parcours plus ou moins debout. Lorsqu’il est dirigé vers le bas, le postulant passager doit s’arrêter au prochain arrêt marquant un demi-circuit (le plus souvent non officiel). S’il est pointé vers le haut, un peu obliquement, la destination est bien la fin du circuit le plus long.

À mon avis, il ne manque que Le Majeur en direction des voitures immatriculées «Officiel » pour que le code soit complet. Mais peut-être que cela ne changerait pas grand-chose. Puisqu’avec leurs grosses caisses, codes ou non, ça roule!


Jeûne Gras

Aujourd’hui, c’est jour de jeûne. C’est vendredi saint. C’est pour commémorer le sacrifice du Christ que les chrétiens soulignent ce jour.

En Ayiti, on en profite pour manger en famille. Les occasions se raréfiant, c’est un temps que l’on chérit.

Mais, le moment culminant de ce jour reste celui du repas. Ah vraiment, on a droit à l’abondance.

Entre nous , je ne connais aucun jour de l’année ou les Ayitiens mangent autant. Mais, vraiment, aucun. Même le dimanche de Pâque et le 2 janvier ne sont à la hauteur. On croirait que la gourmandise est passée au rang d’«idéal».

Certes le vendredi saint, la viande rouge n’a pas droit de citer. Mais à part ça….

On a droit, rien que pour l’entrée à du poisson, beaucoup de poisson. Surtout de la morue, du gros sel et de la sardine. On l’accompagne d’oeufs, de betteraves, de vivres, de salade. Ensuite, comme dans tout repas Ayitien digne de ce nom, on fait place au riz. hmmmmm… un bon riz blanc, bien chaud sur lequel une bonne coulée de purée de poids blanc vient layiter. Et avec ça, on reprend du poisson. Beaucoup de poisson.

On se régale aussi d’un bon vin, quand on peut. Mais un dessert ne servirait à rien, puisque le temps de desservir n’arrive jamais: quand on croit avoir fini…il reste encore pour plus tard et demain.

Heureusement que c’est un jour de jeûne. Sinon, qu’est-ce que ça serait!!!

L’inconvénient (l’avantage, pour certains que je connais) c’est que le mot «jeûne», lui-même perd son sens. Il devient toujours associé à nourriture. En témoignent les réunions de prières où l’on apporte sa cantine de viande et de riz, et qui sont malgré tout appelées «jeûnes!», faisant ainsi des jours où l’on jeûne les plus gras de l’année.


Hot sale

Souvent, on entend les gens se plaindre de la déchéance de la société Ayitienne. La morale, les coutumes, le « coumbite ». Tout cela semble s’être évanoui.

Il y a pourtant de nouvelles habitudes qui voient le jour. Par exemple, notre nouveau regard sur l’argent.

Depuis quelques temps, j’ai remarqué que certains avaient, tout le temps, quelque chose à vendre: un téléphone portable, un ordinateur, une paire de lunettes, des souliers, une voiture etc.

Je ne parle pas de commerçants professionnels qui investissent en constituant un stock puis qui cherchent à en tirer légitimement un bénéfice. Non.

Je parle plutôt de ces amis, contacts et connaissances qui, comme passe-temps, ont toujours un « deal cho» à nous offrir. «Brasseurs» qu’on les appelle. On n’est jamais sûr de la provenance de la marchandise. C’est toujours soit un envoi d’un cousin de l’étranger, soit un ancien article dont ils ne veulent plus. Il est plausible aussi de penser que c’est peut-être un produit volé qu’ils essaient de nous refourguer 😉

Mais il y a aussi le commerçant qui n’a pas de marchandise. Celui-là, on l’appelle «raketteur». Il est à l’affût de toute transaction possible pour s’interposer et en tirer quelque chose.

Il est marchand de tout ce qui se vend, au moment où il connait quelqu’un qui en a à vendre, fournisseur de tout service au moment où il lui est possible de l’offrir. S’il est régulièrement employé d’une compagnie de téléphone, il offrira à tous ses proches de leur apporter les services et transactions à domiciles. Charitable, vous dites? Mais son intérêt est d’augmenter le tarif régulier de quelques gourdes qui finiront dans sa poche. Si l’un de ses amis a un soulier à vendre et qu’un autre en a besoin, il ne les mettra jamais en contact. Non! Il proposera au second de lui en vendre à un coût plus élevé que celui demandé par le vendeur.

Même que maintenant, tout cela a influencé tout le monde. Nous avons tous, ou presque, toujours quelque chose à vendre: un vieux livre, une robe que l’on ne porte plus, etc. Nous sommes devenus un peuple au réflexe commercial.

Même nos enfants, maintenant, veulent être rémunérés pour participer aux travaux de la maison. Il paraît que c’est très bien d’apprendre à nos innocents qu’ils doivent travailler pour gagner leur argent. (seeee sa!)

Bon, c’est vrai qu’avec tout cela, la charité chrétienne en prend un coup et le bon samaritain n’a plus qu’à aller se faire voir, mais, c’est comme ça : tout 100 gourdes en plus est bon à prendre!

Tilou


Oui chef!

J’entends souvent parler du «rêve américain». Je ne suis pas sûr de ce que c’est, mais je crois qu’il est question de maison, de voiture, de famille et de paisible retraite. Je ne voyais pas en quoi ce ne fusse pas aussi celui des Ayitiens jusqu’à ce que je découvre ce dont la majorité de mes compatriotes rêvent vraiment: Le pouvoir! (Et plus ses privilèges que ses responsabilités)

Nos femmes et hommes politiques sont les plus sans gênes. Aucune honte à témoigner de leurs aspirations. Chacun veut être LE chef, lorsque ce n’est pas carrément LE SEUL chef. On en a vu hein des coalitions, des regroupements et des plateformes se scinder en autant de morceaux que de membres à l’approche d’élections; parce qu’aucun de ces leaders (qui, en fait, ne «lead» rien ni personne) ne consentait à laisser à un autre la place du Chef.

Mais ils ne sont pas les seuls à rêver de jouir d’une position de «Chef!» J’appelle ça la maladie de la Chefté. C’est quelque chose que nous semblons avoir dans le sang. Tous les jours et partout, nous en faisons preuve.

Le serveur, dans les pompes à essence s’en donne à cœur joie quand il y a pénurie. Il fait l’important, boude et desserre à peine les dents pour lâcher au pauvre conducteur le suppliant depuis quelques moments de lui éviter la panne : «Pa gen Gaz». Là, c’est lui le Chef.

Le conducteur de voiture publique affectionne les jours où les «occasions» se font rares. Pas seulement parce qu’il a moins de difficulté à remplir son bus, mais parce qu’il peut exercer sa «chefté». Ne se satisfaisant pas de pouvoir monter le prix de la course à sa guise, il répond à qui il veut et sur le ton qui lui fait plaisir; tout prêt à gueuler à ceux déjà dans la voiture «Nou met desann, mwen pa pwale ankò!». Peut-on être plus Chef!?

Mais la petite dame qui vient d’être victime de la chefté de ce conducteur aura vite sa revanche sur les clients de la banque où elle travaille. Chargée de la clientèle, elle choisira ceux à qui sourire, ceux qu’il faudra faire attendre,…ne se rendant même pas compte que son comportement est le même que celui du chauffeur qu’elle maudissait il y a moins d’une heure.

Et ça continue…La boucle ne se boucle jamais, chacun trouvant un esclave de qui être le commandeur et s’évertuant à bien lui montrer qui a besoin de l’autre. Et c’est tout le pays qui vit au rythme de ce refrain des protestants : Mwen se chèf, Ou se chèf, Se sa k’ap kraze peyi a…Ou se chèf, Mwen se chèf…