Tilou

Pa fè silans,…men ranje bouch ou ?

Depuis les dénonciations visant le célèbre producteur américain Harvey Weinstein, le monde (tout au moins sur les Réseaux Sociaux) s’est mis indexer les coupables de harcèlement et d’agressions sexuelles, surtout envers les femmes.

Cette campagne gagne aussi Ayiti. Loop Haiti, s’associant au groupe féministe Nègès Mawon, a lancé le mot-dièse #PaFèSilans (Ne te tais pas!) pour encourager les femmes à dénoncer les actes de harcèlement, d’agressions et d’intimidations dont elles auraient été victimes. C’est ainsi que plusieurs vidéos sont déjà en ligne, dévoilant des méfaits vécus par certaines.

LoopHaiti Video

Mais cette démarche peut-elle aider à trouver une solution au problème?

S’ il est vrai que l’ampleur de ce que vivent les femmes au quotidien n’ est pas bien appréciée (en tout cas, pas de tous), personne ne peut prétendre ignorer qu’elles se font souvent harcelées ou que certaines subissent des agressions sexuelles.

Or, les vidéos de LoopHaiti, ne disent QUE ça. Ces femmes viennent raconter leurs histoires, expliquent ce qui leur est arrivé mais ne citent pas le nom du coupable. Certaines se font violence pour reconstituer l’histoire et revivre des moments douloureux, mais prennent le soin de protéger la réputation de leur bourreau. C’est la même démarche que je dénonçais dans « Fraude sans fraudeur».

C’est compréhensible que dans le cas d’un drame familial, le coupable ne soit connu que par les proches ; que pour le public, le nom de l’agresseur soit omis pour protéger la famille, mais dans les autres cas, ça rend le témoignage inutile.

Ou, du moins, cela prend le sens d’une mise en garde aux potentielles victimes en les informant de ce qui peut leur arriver, sans pour autant s’adresser aux bourreaux. Exactement comme la recommandation d’un porte-parole de la police conseillant aux jeunes filles de ne pas se retrouver seules dans la chambre d’ un homme 😉

Pourquoi couvrir le coupable ? Pourquoi donner l’ impression de le protéger ? Par peur ? (peyi a glise!)

Au final, ça ne change pas beaucoup de la fillette qui se tait ou qui en parle à Maman mais n’accuse pas clairement Tonton Untel. Tonton Untel qui, une fois l’angoisse d’être pointé du doigt passée, ne recommencera peut-être pas avec la même fillette, mais fera certainement d’autres victimes.

Tilou


13 ans de blogging

Quand j’ai commencé à bloguer en 2003, le mot « Blog » ne m’était pas du tout familier.

Impatient de publier et découragé de faire face aux règles de publication plutôt capricieuses des journaux et magasines disponibles, je me tournai vers Internet.

À l’époque, les forums avaient la côte et je réfléchissais à comment m’en servir pour partager mes réflexions. C’est grâce à un pourriel (comme quoi, rien n’est à 100% mauvais) que j’ai découvert Oldiblog (devenu entre temps Kazeo, puis maintenant Eklablog). J’ai ouvert un compte et mon premier blog «  Ayiti Chérie » vit le jour. Aidé d’un de mes jeunes frères, nous proposions des photos de quelques sites touristiques du pays ainsi que le défilé du carnaval national de Port-au-Prince.

Vestiges de Ayiti Chérie et de Les Passions de Tilou
Vestiges de Ayiti Chérie et de Les Passions de Tilou

Ensuite, j’ai mis en ligne « Jésus Marie Joseph », un blog dédié à la prière. À partir de là, plusieurs autres blogs ont vu le jour (Les passions de Tilou, Petits travaux de recherches, Sonata Corporis,…). Je suis ainsi devenu multiblogueur.

TilouJeanPaul-Blogueur

« Les billets de Tilou » fut lancé en 2007. C’est mon blog qui eut le plus de succès. C’est également celui où je publiai le plus régulièrement, avec un record de fréquence d’un billet par semaine (chaque vendredi) de novembre 2007 à janvier 2010.

LesBilletsDeTilou

Aujourd’hui, je suis moins régulier dans la publication de sujets de réflexions. Beaucoup moins. Pas que je n’aie plus rien à dire ou partager, mais je me pose des questions sur la consommation des blogs.

Est-ce vraiment utile ou efficace ? Même lorsqu’un sujet attire l’attention et suscite des réactions, cela entraîne-t-il vraiment une réflexion ? Cela aide-t-il vraiment à un changement de notre société ?

Pour l’instant les billets de blogs semblent plutôt se dévorer comme des « fast food ». On en parle un jour, deux… maximum une semaine, puis on passe à autre chose comme si cela n’avait jamais existé. Alors j’en suis là. Hésitant. Remettant en question l’utilité de mes blogs.

La question qui revient souvent sur les lèvres de ceux qui entendent parler de blogging est la rentabilité financière. Peut-on gagner de l’argent avec son blog ?

La réponse est évidemment oui. D’abord avec les publicités, notamment les services tels que Google AdSense ou Facebook. Mais aussi grâce à des contrats avec des entreprises ou des grandes marques. Certains artistes publient leurs œuvres musicales ou théâtrales uniquement sur Youtube, ne vivent que de cela et gagnent très bien leur vie.

Mais ne rêvez pas. Comme partout ailleurs, ce n’est pas donné. Comme pour tout autre domaine, il faudra travailler dur et y consacrer beaucoup de temps. Mes blogs ne m’ont pas rapporté de l’argent jusque-là (au début, ce n’était pas l’idée), mais ils m’ont fait connaitre. Et grâce à cette visibilité, j’ai eu pas mal de propositions dans des journaux et stations de radios.

Le blogging s’est maintenant généralisé. On parle de 200 millions de blogs (impressionnant!). Selon une infographie de French Web, il semblerait même que 3 millions de blogs voient le jour chaque mois, en y ajoutant tous les comptes de réseaux sociaux.

L’internet se socialise, dit-on 🙂 Il était temps. Et son importance est maintenant si reconnue que nous célébrons aujourd’hui la journée mondiale du Blog. Je vous avoue que c’est avec un grand sourire que je revois mes 13 ans de blogging.

Vive la liberté d’expression, vive le blog!

Tilou


Football : Défense contre Attaque

Après les beaux gestes techniques, la tactique est ce qui m’attire le plus dans le football. Le positionnement des joueurs, leurs déplacements, le repositionnement en fonction du jeu de l’adversaire…Je trouve tout simplement fascinant ce côté qui rapproche le match de foot de la partie d’échecs.

Vous comprendrez donc que même étant fan des Okocha, Zidane et surtout de Ronaldinho, je ne saurai cracher sur l’œuvre de tacticiens tels que Simeone ou Capello.

Évidemment, les équipes conquérantes et offensives restent mes préférées. Comment ne pas prendre plaisir à voir jouer l’Argentine de Bielsa, ou ne pas s’émerveiller devant la Seleçaõ de Tele Santana ?

Pour autant, je ne rejoins nullement ceux qui croient qu’il faut deux équipes tournées vers l’avant pour un match sensationnel.

Non ! bien au contraire, je penche plutôt pour l’inverse. Je crois que la perfection dans un match ne peut être atteinte qu’avec une opposition de philosophies.

Lorsque les mêmes styles se font face (Offensive versus Offensive ou Défensive versus Défensive), l’affrontement n’est pas direct. Si dans le 2e cas, l’intensité est souvent absente, une opposition entre deux équipes offensives peut être spectaculaire et palpitante, mais ne permettra jamais (tout aussi bien que pour les 2 défensives) de tirer le maximum de la force des deux équipes.

Dans aucun des de deux cas, les forces ne sont sollicitées à leur maximum. Une défense est peu sollicitée quand l’adversaire opte pour la défensive. Une attaque ne joue pas toutes ses forces quand les brèches dans la défense adverse résultent de l’option d’attaque de son entraineur.

Le véritable affrontement entre deux forces réside donc dans l’opposition de style. Une équipe qui sait attaquer contre une équipe qui sait défendre. Ma référence reste le match entre le Brésil et l’Italie dans le tournoi de France 1997. Une attaque de feu, contre une défense d’acier. Du grand art !

Je concède que certaines équipes allient merveilleusement les deux. Le Barca de Guardiola, par exemple, affichait des statistiques impressionnantes. Tournée entièrement vers l’attaque, cette équipe estimée une des meilleures de tous les temps, encaissait très peu de buts.

Mais là encore, si elle n’encaissait que rarement, c’était parce que l’adversaire ne disposait pas souvent du ballon. Ce Barca s’évertuait à récupérer le ballon très tôt et surtout, avant même que l’adversaire ne puisse commencer à construire son attaque. Et les rares fois qu’une équipe ait réussi à sortir le ballon et à élaborer, de sérieuses lacunes ont été visibles dans la défense des Blaugranas. Et comme pour me donner raison, les rencontres les plus abouties de ce grand Barca ont été les affrontements contre les meilleures défenses et surtout contre les équipes excellant en contre, notamment le Real de Mourinho.

Le football a cela de charmant que tellement de paramètres sont à prendre en compte qu’aucune stratégie ne garantit la victoire. Chaque option, chaque choix est à évaluer sur le terrain, dans le match lui-même. Et pour ma part, le meilleur adversaire d’une philosophie reste son opposé.

Tilou


Ayiti chérie, Ayiti A.I.

(Ayiti ad interim)

Depuis la déchéance du dernier président à vie, notre pays semble enlisé dans le Provisoire. La stabilité, ce fruit devenu exotique depuis 1986, ne trouve plus de terre fertile à sa culture. Les échéances électorales n’étant pas respectées, les quelques scrutins ayant pondu au forceps des élus, ont aussi accouché de malaises perturbant les mandats, dans le meilleur des cas ; et dans les pire, les écourtant. Chez nous, seule la crise semble permanente.

Avec l’arrivée à terme du mandat de notre dernier président élu, et l’impossibilité jusque-là de lui trouver un successeur légitime, c’est tout le pays qui a basculé dans l’«Intérim».

Déjà l’institution électorale dont le sigle (C.E.P.) aurait dû signifier « Conseil Électoral Permanent » depuis 1987 n’est encore que provisoire. (Bon d’accord, ça ne compte plus: on s’y est fait. Depuis le temps, on a fini par ne plus croire dans la possibilité de membres permanents au sein de cette entreprise….euh institution (Pardon !)

Par contre, la promotion du président du parlement au poste de Président de la République a entraîné bien plus d’instabilité.

En plus d’être lui-même un président ad intérim, le parlement aussi se voit dirigé par un chef provisoire, puisque le poste n’étant pas encore comblé. Et comme pour souligner que nous nageons bien dans le règne de l’intérim, le gouvernement (forcément provisoire, puisqu’au service d’une présidence de transition) se présente avec une liste de ministères dont 5 sont tenus par des ministres A.I.

Ajouter à cela, ces postes doublement AI seraient réservés à d’autres parlementaires qui, déjà doivent avoir le regard tourné vers leur nouveau poste plutôt que de s’occuper de leur travail de législateur. (Je concède aussi que ça ne changera pas grand-chose au rendement du parlement 😉 )

C’est que ce parlement aussi ne sait pas si elle achèvera son mandat. Suite aux contestations des joutes ayant donné naissance à cette législature, certaines voix questionnent encore la légitimité de certains parlementaires quand d’autres réclament carrément la vérification des résultats et l’expulsion des dasomann.

Et comme pour enfoncer le clou, une rumeur (absurde, évidemment) circule sur les réseaux sociaux, annonçant qu’une proposition aurait été faite au voisin dominicain de nous annexer comme une province de sa république.

Au final, nous nous retrouvons avec un président de la République AI, un président du Sénat AI, un premier ministre et son gouvernement provisoires, ainsi qu’une législature sur la sellette (yon pye anndan, yon pye deyò) pour tenter de sortir du trou permanent ce pays qui, pour certains, n’en est encore un que provisoirement.

Tilou


Sérieuses Comédies

Décidément, le bon sens et la politique ayitienne, ça fait au moins deux. Et comme pour annihiler tout soupçon de doute, depuis le report sine die du 2e tour des présidentielles, nos acteurs politiques affichent une forme rarement égalée. (Acteurs !? quel mot bien trouvé hein !?)

Le dernier président du Conseil électoral provisoire fut le premier à s’illustrer. Prévenant, dans un premier temps, ne pouvoir respecter l’échéance du 7 février si les élections se tenaient le 17 janvier, il s’accommoda volontiers du 24 janvier, en garantissant qu’avec une semaine en moins, le temps largement suffisait. Nous connaissons la suite, les élections n’eurent pas lieu. Elles furent reportées sine die à cause des manifestations violentes et des casses organisées par le secteur…démocratique.

Non, mais…Sérieux ! Vous ne trouvez pas ça comique ?

Ainsi sommes-nous donc rendus au 7 février sans pouvoir remplacer légalement le président de la République.

Evidemment, des idées géniales, nous avons à revendre. Quoi de mieux pour sauvegarder la démocratie que de permettre à un parlementaire de rédiger, proposer et signer un accord permettant inconstitutionnellement au parlement d’élire président un…parlementaire. Et devinez qui : Lui-même ! Véritable leçon démocratique.

Mais ce n’est pas tout. L’accord lui-même est aussi une perle. Il est prévu un mandat de 120 jours pour installer un président avant 90 jours. Génial ! (Pardon ? Vous cherchez à comprendre ? Bon, moi, je continue.)

Comme on devait s’y attendre, 3 semaines après, le nouveau gouvernement se fait attendre. Le choix du premier ministre est fait, mais à entendre les qualités qui lui sont attribuées, je me demande encore si nous ne prenons pas trop au sérieux nos rôles de comiques.

L’homme serait un technicien compétent et qualifié en économie. Une vidéo dans laquelle il expose les particularités du pays, atteste de sa maîtrise et de sa compréhension de notre économie. Bravo ! C’est bien ! Compliments !

Évidemment, la logique serait plutôt d’utiliser de telles compétences dans un gouvernement légitime, un poste stable capable de décisions inscrites dans la durée. Mais ce serait moins créatif. Nous, nous excellons dans l’original. Encore un gladiateur qui se fera dévoré dans notre arène politique. Un autre fils dont la nation ne saura pas profité des qualités. Un autre charcutier à qui l’on exige de travailler du tissu.

Exige !? Bon, faudrait aussi se poser des questions quant à la motivation d’une telle compétence à s’engager dans une pareille aventure. Pour éviter tout mauvais procès d’intention, nous nous contenterons de croire puérilement que seul l’amour du pays rend aveugle.

Mais quel dommage qu’il s’agisse de l’avenir compromis d’un pays, du sort d’une population abandonnée à une misère bien réelle. Sinon plutôt que de la frustration et des pleurs, cette situation aurait apporté de la distraction et des larmes de fous rires.

Tilou


Ayiti élections : En avant vers nulle part!

Un conducteur qui perd son chemin, c’est un fait tout à fait banal. Vous conviendrez que ça peut arriver à tout le monde. Par contre, celui-là qui, promettant d’arriver à bon port, s’entête à avancer vers un cul-de-sac en sachant pertinemment rentrer dans une impasse mérite notre attention. (C’est même un cas d’étude 😉 )

Ne vous empressez pas de sourire d’une énième invention de mon esprit imaginatif 😉 Tournez plutôt le regard vers l’attitude de notre actuel CEP.

Depuis l’installation des membres, bon nombre de gens se disaient méfiants quant à la capacité de ce Conseil à conduire de bonnes élections. Après le premier tour des présidentielles, certains déclarèrent en avoir la preuve.

J’avoue n’avoir pas vraiment accordé de l’importance à ces détracteurs qui, pour la plupart, voient des complots même quand il fait chaud. Déjà que les dénonciations étaient remplies d’incohérences et de contradictions…Comment peut-on prétendre détenir des procès-verbaux attestant de sa victoire et dénoncer en même temps des substitutions d’urnes?

Et puis, il y avait surtout l’extrême assurance (certains disent même l’arrogance) qu’affichait le Conseil électoral.

Alors, pour moi, si des irrégularités (et des grosses que j’ai peu constatées) avaient bien souillé les joutes, les responsables n’avaient péché qu’en sélectionnant des membres de bureaux incapables d’exécuter leur travail. Le conducteur conduisait mal, gardait difficilement sa voie, mais on avançait tant bien que mal vers la destination finale. Il fallait certes identifier et dénoncer les impairs, mais simplement en vue d’améliorer les prochaines étapes. S’en prendre aux personnes des membres du Conseil était un brin exagéré.

ÉLECTIONS OCTOBRE 2015 - RÉSULTATS DÉFINITIFS -  PRÉSIDENT 1er TOUR
ÉLECTIONS OCTOBRE 2015 – RÉSULTATS DÉFINITIFS – PRÉSIDENT 1er TOUR

Cependant, avec l’épisode des contestations au BCEN*, l’attitude du conducteur interpelle.

Après que des passagers, prétendant que la voie empruntée ne mène nulle part, eurent interrogé une carte de la ville, le conducteur reconnut qu’il se dirigeait vers un cul-de-sac. Mais, avec une troublante confiance, prétendit qu’il fallait continuer.

Comment peut-t-on être confiant dans la suite d’un processus quand tous les tests font état d’anomalies ? Des procès-verbaux examinés en contestation, TOUS ont montré des fraudes ou des irrégularités au point d’être écartés. Et malgré cela, Le CEP choisit de continuer le processus sans même vérifier l’étendu du mal.

Campagnelancee

Bon, le prétexte l’argument est que le décret électoral, cadre légal de référence des élections, ne prévoit pas de commission de vérification des procès-verbaux. 🙂 Ah oui ? Là, notre chauffard conducteur a choisi d’ignorer les indications de la carte simplement parce que ce n’était pas prévu.

« La loi est faite pour l’homme, et non l’homme pour la loi. »

Je conçois bien qu’il faut respecter la loi, mais là, franchement, c’est à mourir de rire, non ? Toutes les parties contestent les résultats. Même le candidat en première position remet les chiffres en question. Alors, Légale ou pas, une vérification saurait-elle être illicite ? Ne serait-ce pas un minimum ?

Eh bien, pas selon le CEP. « ¡Adelante!** » dit-il. Le cap est mis sur un second tour de plus en plus hypothétique et qui, vraisemblablement, ne peut mener nulle part.

En y pensant l’autre jour, je m’inquiétais sur le taux de participation qui risque de baisser encore. Mais je me dis aussi que le conducteur, peut-être, sait ce qu’il fait : Si les protestataires ont raison, les électeurs ne sont plus indispensables. 😉

Par contre, cela serait encore plus préoccupant.

Tilou

*Bureau de Contestation Electoral National
 ** En avant!


Ayiti – législatives : cheeeeeze

Ceux qui ne croyaient plus en notre capacité à étonner le monde ont dû être décontenancés par le déroulement du premier tour des législatives. Alors que la veille, beaucoup d’entre nous étaient encore sceptiques quant à la tenue de ces joutes, c’est une véritable leçon de démocratie que notre petit pays a offerte à la planète entière ce dimanche 9 août 2015.

Ben oui, nous avons réussi le tour de force de réaliser des élections qui satisfont TOUT LE MONDE.

D’abord (à tout seigneur, tout honneur) le blan* a souri :

Transparence, participation, tout cela ne pouvait qu’être secondaire, quand la priorité était de sauver un investissement consenti à contrecœur. Quand le matériel est produit au bout du monde et à coups de millions, le gaspiller serait catastrophique. L’important pour les bailleurs de boucler la journée, ce qui a été fait.

Evidemment, certaines instances internationales, jamais satisfaites, viendront dénoncer des irrégularités, mais ça ne compte pas vraiment. Une fois qu’un des blan* se dit satisfait, l’affaire est dans la poche. (blan an di l bon…) Le CEP s’en est réjoui et a souri.

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bureau de vote – (c) lemonde.fr

Les électeurs aussi ont souri :

La plupart de ceux s’étant rendus aux urnes peuvent témoigner de la «parfaite» organisation mise en place par le CEP (bagay move):

Pas de longues files d’attente, contrairement aux journées électorales habituelles. Cette fois, tout avait été préparé pour que le moins de gens possibles se rendent aux urnes : Temps de campagne trop court, très peu de discours sur les programmes et projets des candidats, incertitude sur la tenue réelle des élections le jour indiqué (le Conseil électoral avouant même comment cette journée électorale, si importante, aurait pu être compromise par UN SEUL employé détenant TOUS les mandats destinés aux partis politiques)… Du coup, les bureaux n’étaient encombrés que des mandataires de candidats. Conséquence: seulement 15 minutes pour voter; et l’électeur, se réjouissant d’être presqu’un héros, ira fièrement montrer son doigt encré.

Les brigands aussi ont souri : la consigne de la direction de la police avait été claire. Aucune tolérance ne sera manifestée en direction des fauteurs de troubles. Les policiers sur le terrain avaient pour ordre d’observer… sans brutalité. C’est ainsi que des inconnus et même des candidats ont pu circuler, défiler et régner en maîtres dans certains bureaux de vote. Ils ont évidemment profité pour remplir quelques urnes. Bon, ça peut sembler un peu louche, mais en même temps, vu que tout le monde restait chez soi (certains parlent de 3 % à 5 % de participation), il fallait que quelqu’un fasse quelque chose pour augmenter le taux de participation… dans les procès-verbaux, tout au moins.

Le Commandement de la Police a souri et applaudi le comportement exemplaire de ses policiers.

Ces actions ont aussi fait sourire les candidats. C’est une opportunité qui leur est offerte à tous. De tous bords, ils se réclament chacun comme grand vainqueur légitime depuis le premier tour ; soit parce que les procès-verbaux en leur possession l’attestent, soit parce qu’ils l’attesteraient s’il n’y avait eu remplissage d’urnes par un concurrent.

Et tout ceci a finalement fait également naître un sourire sur le visage de ceux n’ayant pas fait le déplacement, les confortant dans leur foi en la démission.

Résultat: Le blan*, le CEP, les électeurs, les brigands, la Police, les candidats et même les abstentionnistes, tous : Ceux qui voulaient des élections, ceux qui n’en voulaient pas…chacun a un motif pour crier victoire.

…et donc tout le monde, satisfait, sourit pitoyablement aux caméras du reste du globe.

Tilou

*Term péjoratif créole pour l'étranger considéré comme supérieur.
Photo à la une : i.huffpost.com / dreamstime.com


Langage soigné

Qu’est-ce qu’un « gros mot » ? J’ai posé la question à mon dictionnaire. Et j’ai été un peu déçu par les réponses.

J’ai cherché l’expression « gros mot » dans le dictionnaire. Je n’ai pas trouvé grand chose. « Mot grossier » : voilà la seule explication à laquelle j’ai eu droit.

Alors, évidemment, je suis allé voir à « grossier« . Décevant ! Certes, il est dit que le mot est relatif à ce qui offense la bienséance et la pudeur… et puis rien.

J’ai demandé aux gens qui m’entouraient. Pas mieux que le dico. Pire même.

Vous dites ? Ah… Ce que j’espérais trouver ? Eh bien, je me demandais pourquoi certains mots étaient considérés comme grossiers et d’autres non. Et aussi, pourquoi les « gros mots » ont toujours un lien avec le sexe.

Vous n’aviez pas remarqué ? Allez ! Faites-le tour de ceux que vous connaissez. Exemple ? Ah ça non! Apre sa pou n’al di mwen pa gen edikasyon!

Pourtant, le vol ou le meurtre, tout aussi immoraux, sinon plus, que les déviances sexuelles, ne sont pas prononcés avec gêne. Dans les manuels scolaires ont retrouve le mot voleur, mais pas de… Nou pap jwenn mwen !

Et parmi les mots renvoyant au sexe, on en accepte certains pour en bannir d’autres : ainsi, on dit fièrement vagin. Mais c’est vilain de dire ch… Woy ! bouch mwen manke chape !

Revenons au dictionnaire.

Comment donc un mot peut-il être grossier?

1. Qui manque de soin, de fini

Vraisemblablement ça ne peut être ça.

2. Qui manque de finesse, de grâce

Hmm ! Certes, certains mots semblent moins élégant que d’autres. Mais ça reste une simple question de point de vue, non ?

3. Qui n’a pas été dégrossi, poli par la culture, l’éducation.

Je me perds. Là, je me perds

4. Qui offense la pudeur, qui est contraire aux bienséances. Qui agit d’une manière contraire aux bienséances.

Ah ! Ça doit être ça. Mais un mot peut-il être contraire aux bienséances par lui-même ? Ou l’est-il en renvoyant à quelque chose qui l’est ? Surtout quand d’autres renvoyant à ce même quelque chose, sont très bien acceptés.

Non pas parce qu’il fait référence à quelque chose de vulgaire, le mot serait-il donc grossier lorsqu’il se rapporte au sexe ou à l’acte sexuel ?

Puéril, je dis ! Ce n’est pas parce que la fellation doit rester quelque chose d’intime que c’est forcément grossier de dire tib… Oh !? Padon!

Tilou


Démagocratie : acte 4 scène 1

Nous n’avons plus de salle de cinéma en Ayiti. Depuis la fermeture définitive du ciné Impérial, il n’existe plus de lieu dédié exclusivement ou spécialement à la projection de films cinématographiques.

Certes, pour certaines occasions, des espaces sont aménagés pour une « Grande première »; et dans les faits, d’autres villes ont gardé leur « ciné ».

Mais dans tout le pays, en attendant la réouverture du ciné Triomphe restauré, aucune salle de cinéma du pays n’est vraiment digne de ce nom.

Qu’importe, ici, les comédiens ne chôment pas.

Avec la plus grande représentation théâtrale possible, notre année 2015 s’annonce palpitante. Douze mois d’un concours qui opposera les meilleurs comédiens d’Ayiti. Peut-être même de la planète.

De ce mois de mars, jusqu’au mois de février de l’année prochaine, défileront sur nos petits écrans et les ondes de la bande FM les concurrents au plus prestigieux concours de comédie. La règle est très simple. Plus on est ridicule, plus on est méritant. Chaque concurrent devra convaincre de ses aptitudes à jouer au ridicule. Et ça s’annonce relevé hein ! Certains ont de vrais arguments ! La liste des admis au casting à peine publiée que les performances nous laissent déjà pantois.

D’abord, les acteurs de renom. On ne les présente plus. Toujours sur scène. Ils ont passé les quatre dernières années à dénoncer l’organisation du concours; la qualifiant carrément (peut-être judicieusement) de mascarade; assurant que les juges ne sont que des petits voleurs. Mais ils viennent quand même y prendre part.

Ensuite, les intermittents. Ils ont fait silence un bout de temps. On les avait même presque oubliés. Certains d’entre eux sont nostalgiques de précédents rôles importants du film. Ils n’avaient rien foutu. Mais jurent que c’est de la faute à leurs successeurs (allez comprendre !) Ils ne sont pas certains de gagner, mais sait-on jamais ? Alors, ils tentent leur chance.

Aussi, les nouveaux. Ceux qu’on n’attendait pas. Les révélations de l’année. Leur seul atout est d’être nouveau dans la danse. Mais ils ne se sous-estiment nullement. Dans le ridicule, ils peuvent être très talentueux. Comme celui-là qui subitement se fait photographier à embrasser les marchandes et à s’asseoir à même le sol en compagnie des sans-abri.

Il y aura peut-être également des représentants de la diaspora qui croient mordicus qu’être ou avoir été expatriés est une garantie d’un talent de gestionnaire. Certains ayant échoué à garder en vie une station de télévision ou à empêcher que la corruption s’installe chez eux prétendront avoir la solution à tout problème.

Enfin, les gagnants de la précédente édition feront tout pour conserver leur titre, se résolvant à innover en arithmétique lorsque la rhétorique leur fera défaut.

Mais plus intéressants encore, c’est que les juges eux-mêmes concourent aussi. Ah oui! Quand on les verra, l’air sérieux et le plus convaincus du monde, prétendre que le calendrier et la fiabilité des résultats dépendent d’eux-mêmes, il y a de quoi saluer la performance.

Et Graham Green qui parlait déjà de comédiens en 1966. Si seulement il avait pu assister à cette mise en scène!

Quant au clou du spectacle!? Un chef-d’œuvre, carrément. Non mais…QUELLE CHUTE !!!,

Comme pour parodier Tonton Nwèl qui distribue des cadeaux aux enfants les plus sages, c’est l’Oncle, qui profitera de la Noël pour récompenser le plus docile des concurrents !

Dire que certains croient mort le cinéma ayitien…

Tilou


#StopRacismeRepDom

Google_CouvertureStopRacisme

À l’occasion de la fête de la République dominicaine, le Réseau des Blogueurs Haïtien souhaite à cette nation ses meilleurs voeux antiracistes

NO to racism in the Dominican Republic

NO al racismo en la República Dominicana

ABA rasis nan Sendomeng

NON au racisme en République dominicaine

لا للعنصرية في جمهورية الدومينيكان

NEIN zu Rassismus in der Dominikanischen Republik

NO al racismo en la República Dominicana

NO al razzismo nella Repubblica Dominicana

NEJ till rasism i Dominikanska republiken

Нет расизму в Доминиканской Республике

Não ao racismo na República Dominicana

NEE tegen racisme in de Dominicaanse Republiek

도미니카 공화국의 인종 차별주의에 없음

没有种族主义在多明尼加共和国

ドミニカ共和国での人種差別にノー


Irréductibles Ayitiens

« Nous sommes en 2015 après Jésus Christ. Toute la terre est conquise par la science… Toute ? Non! Car une presqu’île peuplée d’irréductibles Ayitiens résiste encore et toujours à l’envahisseur. Et la vie n’est pas facile pour les rares qui font de la logique et de la science leurs principaux instruments de construction de la réflexion. »

Alors que la nation fait don d’ingénieurs, de mécaniciens, de médecins et de bien d’autres techniciens à des pays pourtant plus développés; alors que les facultés techniques y sont établies depuis bien des années; alors que la plupart de nos cadres, dirigeants et responsables politiques affectionnent l’argument « Je suis un scientifique », la superstition reste notre trait culturel auquel nous sommes le plus attachés.

Après l’accident survenu lors du défilé carnavalesque, où un câble électrique aurait provoqué l’électrocution et la mort de plusieurs carnavaliers, on était en droit de croire que la pression serait mise sur le comité d’organisation du carnaval pour, définitivement, régler le problème des lignes de l’EDH traversant le parcours du défilé.

Mais c’était sans compter avec les irréductibles superstitieux. Leur explication n’a pas tardé : le président, tenant à son pouvoir, a offert en sacrifice les citoyens accidentés pour garder ce pouvoir et le passer à son épouse à la fin de son mandat.

Et pour étayer la thèse, toute une panoplie de « preuves » : un stand au nom du cimetière de Port-au-Prince (bizarre, en effet), le stand se retrouvant à un carrefour en croix, le passage du fils du président en tête du défilé (par prudence ?), la marche en blanc pour honorer la mémoire des disparus (le deuil se marque plutôt en noir), les tenues déjà prêtes (la marche prévue avant l’accident) et, surtout, la coïncidence que le triste événement se soit déroulé presque, en face du stand suspect.

drame-1marcheEt du coup, les membres du comité peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Ouf ! Les câbles trop pendants ou la hauteur des chars ne sont donc pas en cause.

Plus fascinant encore est le pouvoir qu’ils accordent à celui qu’ils prétendent combattre. Entendons-nous. Il n’est pas reproché au président de verser dans la magie ou la sorcellerie (ce qui n’est pas impossible). Les détracteurs du chef de l’État et des membres de l’opposition sont convaincus que l’accident n’est que le résultat des maléfices commandités par le président.

Et c’est là que ça devient hilarant 😀 : admettons que ces forces occultes soient vraiment aussi puissantes. Pourquoi, eux, ils ne les utilisent pas pour chasser le régime en place du pouvoir ?

Pourquoi ? Deux possibilités :

1._ Ces superstitieux-là ne veulent pas tremper dans le mal et ne servent que le Bon Dieu. Et dans ce cas, si l’actuel président est encore au pouvoir, ça doit être la volonté de ce Bon Dieu. (Alors ils militent contre sa volonté ? ☺ )
2._ Les forces occultes sont plus obéissantes à leurs adversaires qu’à eux-mêmes
On comprend alors la réticence d’une grande partie de la population à les rejoindre dans le combat : ce n’est pas bien prudent de se mettre à dos quelqu’un d’une telle puissance 😀

Logique !

Mais justement, la logique n’est pas passionnante dans notre petit pays. L’irrationnel, le paranormal, voilà ce qui a la cote. Ainsi, même certains journalistes encouragent ce genre de déclarations. (Ceux-là sont vraisemblablement tombés dans la marmite quand ils étaient petits 😉 ) Et rien ne démontera ces croyances. Il n’y a pas que la gouvernance de ce régime à souffrir d’un manque de rationalité. C’est tout un peuple qui affectionne les élucubrations.

« Nos ancêtres, les Gaulois… » étudiaient-on à une époque… Nous aurons au moins récupéré leur réputation, nous les désormais irréductibles du sous-développement.

Tilou



Ayiti : Partir à point? Non, On préfère courir…

…Surtout quand ça ne mène nulle part !

Plus que 6 jours avant la date redoutée de tous. Ce 12 janvier verra le pouvoir législatif, l’un des trois pouvoirs piliers, dit-on, de la démocratie, véritablement inopérant. Amputé des 2 tiers de son effectif, le parlement ne pourra plus prétendre à son droit de légiférer ni de contrôler les actions du gouvernement. Convaincre de leur assiduité au travail en sillonnant les stations de radio pour vociférer leurs opinions politiques ne sera plus une option pour les quelques parlementaires restants. Il ne leur restera pas d’autre choix.

Le Pouvoir Exécutif dans un premier temps paraissait plutôt séduit par une éventuelle caducité du parlement. Dans un entretien accordé sur les plateaux de TV5monde, à l’occasion d’une visite en France, le président de la république ne cachait que très mal sa résolution de convoquer le peuple aux élections une fois l’ «inopérabilité» du parlement effectif. La promulgation par décret devenant alors possible, l’Exécutif se verrait débarrassé d’épineuses négociations pour le vote de la loi électorale sans laquelle l’organisation des joutes reste au point mort.

Mais l’amputation d’un pouvoir de la vie politique ne semblant plaire à personne d’autre, le président se retrouve dans une course contre la montre qui paraît bien vaine. Comment donc serait-il possible de monter un nouveau C.E.P, de revoir et soumettre la électorale et de la faire voter en seulement 6 jours ?

Si l’on ne peut que souhaiter un dégel de cette crise, la formation d’un C.E.P. accepté par toutes les parties et le vote d’une loi électorale avant lundi prochain (12 janvier 2015) attesterait de l’irresponsabilité et de la mauvaise foi de nos élites politiques. On aura perdu 4 ans dans un bras de fer pour des décisions qui seront finalement prises en 6 jours !?

Mais l’imminence du 12 janvier est moins un obstacle à une résolution de la crise que les moyens mis en œuvre pour y arriver.

Entendons-nous. On ne peut réclamer de consensus qu’entre les protagonistes; de réconciliation qu’entre belligérants.

Le principal obstacle au lancement de la machine électorale est bien le vote de la loi rendu impossible par 6 sénateurs. Tout accord, toute entente devrait donc viser à convaincre le «groupe des 6 », comme ils se font appelés, à revoir leur position d’anéantir toute séance de ratification.

Pourtant, ces derniers ne semblent faire partie d’aucune des décisions annoncées ou prises en vue d’une issue avant la date du 12 : Aucun des membres de la Commission présidentielle, aucun signataire de l’accord sur l’application de ses recommandations, n’étaient ou ne sont acteurs dans l’impossibilité du vote de la loi électorale. Comment donc voir en l’éventuelle et peu probable application de ces mesures un véritable espoir de dégel avant le 12 janvier ?

Mais le train est en marche : Les consultations se poursuivent, des « accords » voient le jour. L’Exécutif et son tout frais premier ministre se montrent optimistes. Y croient-ils vraiment ? Ou n’est-ce que pour acculer les « jusqu’au boutistes » ? Nous ne le saurons peut-être que le 12 janvier. Date désormais symbole que dans notre chère Ayiti, plutôt que de partir à point, nous aimons bien courir.


12 mesures pour l’éducation. Bravo? Pas si vite!

Le Ministre de l’Éducation nationale est passé à l’offensive, il y a quelques semaines. Sa cible : le laisser-aller du système éducatif ayitien. Trop d’écoles fonctionnent sans structure, sans instituteur qualifié… Trop de dépenses de l’État pour des examens officiels dont la valeur baisse d’années en année.

Le Ministre de l'Education Nationale Nesmy Manigat
Le Ministre de l’Education Nationale Nesmy Manigat | crédit Photo: www.radiotelevisioncaraibes.com

Pour y remédier, Monsieur le Ministre a donc proposé plusieurs mesures dont l’annonce a entrainé des réactions positives et lui ont même valu des félicitations.

Pour ma part, je ne trouve aucun motif de réjouissance dans cette annonce.

D’abord parce qu’elles ne sont présentées que comme des idées. Si études il y a eu, je n’ai pas eu vent de leurs divulgation ni de leur disponibilité en un quelconque endroit. Établir une liste de mesures est une chose. Que l’application de ces mesures soit étudiée, planifiée et budgétisée convenablement en est une autre. La « supervision d’écoles par un comité de gestion des enseignants » ne veut pas dire grand-chose si le rôle de ce comité ainsi que ses tâches pratiques de gestion ne sont pas énoncées. C’est de belles idées, peut-être, mais ça reste des idées.

Ensuite, parce que la plupart de ces idées, même appliquées, ne sauraient en elles-mêmes, constituées de mesures pour mettre de l’ordre dans le système. Ce n’est pas le « permis de fonctionnement » de l’école qui importe, mais les critères pour en bénéficier et le mécanisme actionné pour l’obtenir. Une licence que les professeurs pourraient se procurer par « rakèt», si ancré dans notre culture étatique, empirerait la situation.

Enfin parce que certaines des mesures semblent privilégier l’économie au véritable rehaussement de l’instruction ayitienne. Supprimer des Examens officiels inutiles ? C’est bien. Les épreuves de Baccalauréat sur deux années qui se suivent n’avaient vraiment pas de sens. En supprimer juste pour économiser de l’argent ? C’est dangereux. La preuve : La suppression des examens du certificat est une erreur grave. En résultera bien plus d’élèves à atteindre la 9e année fondamentale sans avoir le niveau requis. Les écoles «borlettes» se feront la part belle du sacrifice des parents qui sauront seulement après la 9e année que leur argent aura été mal dépensé. Dans l’état de notre système, plutôt que de reculer la première évaluation officielle, il aurait été même plus judicieux de l’avancer.

Loin de moi, cependant, l’intention d’être négatif. Je ne dis pas que les mesures annoncées seront inutiles ou que le Ministère ne saura pas les appliquer. Je mets simplement en garde contre tout euphorie exagérée pour certaines idées dont les mesures d’application sont encore inconnues et d’autres qui pourraient plutôt causer des dommages.

En attendant que le Ministère dissipe les doutes en dévoilant les détails d’un plan d’applications de ces nouvelles mesures, je souhaite à tous une bonne année scolaire.

Tilou

PS: Merci de ne pas récupérer cette réflexion citoyenne à des fins purement politiciennes


Fier!…mais de quoi?

Les gens éprouvent de la fierté pour des choses, des événements ou des situations bien différentes. Certaines se disent fières d’être Noirs, d’autres d’être Ayitiens. Maintenant, c’est au tour des femmes de se montrer fières de leur féminité.

Moi, je me sens fier d’avoir vu, une fois, une poule poursuivre et mordre un chien.

Le toutous était sorti de sa niche pour faire un tour lorsqu’il se retrouva nez à …(bon, la poule n’a pas vraiment un nez). En tout cas ils firent face. Sur le coup le chien paniqua et se mit à courir dans tous les sens. Évidemment la poule sauta sur l’occasion pour venger son espèce de toutes les misères qu’elle a pu endurer face aux chiens. Elle le pourchassa et, avec son petit bec, le fit hurler de douleur.

D’ accord, d’accord…ça n’a pas de sens que je puisse en éprouver un quelconque sentiment de fierté. Ce privilège ne peut revenir qu’à la SuperChicken. Et vous savez pourquoi? parce que je n’ai rien à voir avec le fait; parce qu’en aucune façon, mon influence n’a compté dans l’histoire.

On ne devrait être fier que de ce qui dépend, ou à dépendu à un moment, ou un autre, de nous.

L’écolier peut être fier d’une bonne note obtenue; le sportif, d’un record établi; le chercheur, d’une découverte. Il est normal qu’ils en soient orgueilleux (pas dans le mauvais sens du terme) parce qu’ils ont leur part de responsabilité dans la chose.

Mais on ne peut pas éprouver de la fierté pour la couleur de sa peau. (Bon, c’est vrai que l’exemple est mal choisi lorsque l’on tient compte de nos Bobistò*). Disons plutôt qu’être fier d’appartenir à une race n’a pas de sens, puisque on n’ y est pour rien. C’est pareil pour les ancêtres ou pour les résultats de nos sélections nationales.

Évidemment, on peut en être content. J’ai bien apprécié l’exploit de SuperChicken… Je saute de joie quand une équipe Ayitienne rapporte un trophée… Je suis reconnaissant aux aïeuls d’avoir effacer l’esclavage, etc.

Mais la fierté n’a pas lieu d’être. C’est ridicule d’en avoir parce qu’on est Noir ou Femme parce qu’on n’en décide pas et parce que ne pas l’être ne devrait pas faire de différence.

Tilou

* terme désignant les personnes (généralement les femmes) qui utilisent des produits de beauté pour s'éclaircir la peau


Par hasard

J’aurais dû écouter mes parents et ne jamais essayer la borlette, moi ! Franchement, c’est une histoire de fou.

Le problème c’est que les arguments de ma mère ne tenaient pas debout. Elle prétendait que c’était mal de jouer à la borlette* parce que ça relevait du hasard et que Dieu interdisait ce genre de pratique. Alors, quand j’ai su qu’elle tenait cela des églises chrétiennes qui, elles, organisent des rafles et tirages à longueur d’année, j’ai compris que prétendre que la pratique de la borlette était un péché n’avait aucun sens. J’ai donc décidé de m’investir à fond dans ce que beaucoup de compatriotes considèrent comme leur seul avenir.

Mais, personne ne m’avait dit que cela avoisinerait l’histoire des douze travaux d’Astérix !

La première semaine, sous les conseils de quelques amis experts et religieusement pratiquants de la borlette, je jouai quelques boules «malatchong**» qui, disaient-ils, sortiraient à coup sûr dans un des tirages de la semaine. Bon… nous avons eu 100 % d’échec, par hasard ! L’un de mes instructeurs, bizarrement, disait même qu’on avait raté de peu la grande cagnotte, parce qu’une fois le 17 fut tiré alors que nous avions misé sur le 18.

Après plusieurs semaines identiques à la première, je décidai de changer de méthode. Scientifique que je suis, je me suis mis aux calculs. Avec l’aide d’un oncle, j’appris de savantes combinaisons des chiffres du jour, du mois et de l’année aboutissant à un ensemble de numéros dont je devais choisir lesquels jouer. En plus, cette méthode était infaillible. Les trois lots du jour s’y trouvaient forcément. La galère, c’était de trouver dans la liste quelles boules jouer. Mon premier réflexe était de les jouer toutes. Hmm…pas sûr de faire de l’argent avec cette méthode ! S’y retrouvaient 98 des 100 numéros possibles. Je ne pouvais donc espérer gagner… Même par hasard.

Obtenir le tuyau de quelqu’un qui n’est plus de ce monde.

Alors que je commençais à perdre espoir, une cousine me révéla un secret : le seul moyen de pouvoir prédire ce qui va se passer par hasard, c’est d’obtenir le tuyau de quelqu’un qui n’est plus de ce monde. J’ai d’abord pensé aux protestants, eux qui chantent constamment à propos de ce monde qu’ils y sont sans en être. Mais il était plutôt question des morts. Il fallait que je pense intensément à un membre de ma famille qui me chérissait beaucoup et qui avait déjà fait le grand saut de l’autre côté de la vie. Seulement ça. Rien que ça ! Et puis dans un songe, il viendrait m’indiquer quelle boule jouer pour le prochain tirage. (bon bagay !) Qui aurait pu croire que c’était aussi simple, par hasard ?

Évidemment, je m’empressai d’aller au lit pour rencontrer mon grand-père en songe. Je rêvai en effet de lui. Il ne me donna aucun numéro. C’est alors que ma cousine m’expliqua comment cela fonctionnait réellement. Je devais, selon elle, me rappeler tout ce qu’il y avait dans le rêve et dénicher les numéros correspondant dans un «tchala***» se trouvant au dos d’un almanach. Par exemple, si j’avais rêvé d’un chien, j’aurais à jouer le numéro 15. Et le 74 pour un chat. Ah ! Je vous assure, j’étais parti pour une bonne trentaine de boules, moi, qui venais de rêver que mon grand-père me faisait visiter un zoo.

Et puis, mon grand-père, n’aurait-il pas pu faire plus simple que ça ? J’aurais pourtant compris hein, s’il m’avait dit « tu dois jouer 38 ». J’aurais alors joué 38 ! Franchement!?

J’ai ainsi tout essayé. Rien n’a marché, c’est à perdre la boule! Finalement, n’est-il plus possible de gagner à la borlette… par hasard ?

Tilou

*Borlette:Jeu de hasard de type loterie, loto, etc.
**Maltchong:Numéro faisant la Une comme étant sûr d'être tiré.*** Tchala : Liste faisant correspondre les numéros tirés à la borlette à des objets ou situations de la vie courante


La faim pour nourrir l’économie

L’image d’un grand village pour représenter le monde contemporain est moins représentative que celle d’une vaste jungle.

Dans un village, les plus faibles peuvent compter sur l’aide des plus forts. Dans une jungle, si on est faible, toute rencontre avec un plus fort est à éviter. Et comme, par malheur, cela est impossible, il faut savoir utiliser ses meilleures armes pour se défendre.

Dans nos sociétés, c’est pareil : un individu, une communauté se retrouvent souvent à se défendre contre des plus forts.

Aussi la science des armes n’a pas chômé.

Des armes sauvages qui atteignent l’adversaire physiquement (poings, couteaux, missiles…) nous sommes passés à des armes plus « civilisées ». Des armes de protestation, dit-on. Pour se faire respecter, de nous jours, on peut recourir à la manifestation (pareille à une bande de « rara* », mais les refrains disent « aba », « viv » et « vle pa vle, fò l ale** »), le sit-in (C’est une manifestation pour paresseux. On fait pareil que les manifestants, mais on reste en place. Très pratique en temps de chikungunya) et la grève (en France, ça semble même devenir un passe-temps).

Cette dernière est très efficace puisqu’elle peut, sans violence et en silence, troubler la paix de la société. Rien qu’en refusant de travailler, des chauffeurs du transport public, des infirmiers d’un centre hospitalier, des enseignants ou des parlementaires peuvent contrarier le quotidien d’une grande partie de la société. (D’accord, d’accord. CERTAINS parlementaires ! D’autres rendent plus service à la nation en faisant la grève qu’en essayant de faire des lois. )

Parmi ces armes, il y a une que je trouve particulièrement intéressantes : la grève de la faim.

L’expression, déjà, est intrigante : « Grève de la faim ».

Ça ne devrait pas être appelé « grève de nourriture » plutôt ? Quand on fait grève de quelque chose, en principe, on ne FAIT PAS cette chose. Ainsi grève de la faim devrait renvoyer à ne pas avoir faim. Mais bon…

C’est une invention des croyants, cette histoire-là. À part qu’ils appellent ça jeûne et que c’est sur Dieu qu’ils mettent la pression, c’est exactement la même démarche.

Elle consiste à se priver de nourriture jusqu’à ce qu’on soit entendu. Je trouve ça noble. Bon, qu’on accepte après une assistance médicale n’a pas de sens, mais c’est noble. Tellement noble.

Déjà, on fait appel à l’humanité de l’autre, lui faisant confiance qu’il tiendra plus à notre vie qu’à la cause. (Tout le contraire de celui qui le fait, puisqu’il prouve tenir plus à la cause qu’à la vie ;-).

Mais aussi, c’est avant tout une méthode respectueuse des autres. Faire grève de la faim ne prive pas le travailleur de son taxi, le malade de ses soins ou l’écolier de son instruction. (Bon, c’est vrai que si le gréviste investit le parlement, ça compromet les séances. Mais bon, les séances, de toute façon…)

Et enfin, c’est un sacrifice qui peut rendre service à la communauté, hein ! Se priver de nourriture, ce n’est pas du gaspillage. Et si le gréviste est du genre « aloufa*** », une semaine de grève peut rapporter gros à l’économie.

Tenez !, c’est même une excellente idée : l’état devrait encourager cette pratique, calculer la valeur ajoutée à l’économie et en déduire un pourcentage sur la déclaration de l’impôt sur le revenu.

Comme ça, tout le monde sortira gagnant : le gréviste aura sa publicité plus une ristourne. Le gouvernement évitera des troubles publics et pourra même se vanter des améliorations de l’économie; la société verra les pressions sur ces ressources nourricières diminuer.

Vive la grève de la faim, je vous dis!

Tilou

* Bande musicale cheminant à pied pendant la période de Pâques
** Il partira de gré ou de force
***Qui mange beaucoup


Mondial 2014 et changement: on y est presque.

Dans une semaine débutera la coupe du monde de football. Communément appelé Le Mondial, cet événement est très attendu en Ayiti, par beaucoup de gens, mais pas forcément pour les mêmes raisons.

Évidemment, les premiers concernés sont les fans de foot, et ils sont en majorité. Démesurément passionné de ballon rond, le peuple ayitien ne perd aucune occasion de se relancer dans les débats interminables que suscite l’histoire de cette discipline sportive. Il ne laissera donc pas celle-ci passer sans replonger dans les comparaisons chaleureuses entre leurs joueurs préférés et, surtout, dans la terrible rivalité entre la sélection brésilienne et celle d’Argentine.

Mais les footeux ne sont pas les seuls qui comptent profiter du mondial brésilien.

Les commerçants, également, vont se frotter les mains. Les étalagistes ont sorti les drapeaux depuis quelques semaines. Les voitures, motocyclettes et tréteaux de petits commerces en sont déjà ornés. La fête s’annonce belle.

Surtout que le gouvernement promet de remiser le « blackout » pendant la période. C’est que ces 30 jours de « goaaaal » seront aussi profitables à l’exécutif. Ben oui ! Le peuple ayant les yeux rivés sur le petit écran, le temps d’antenne monopolisé par les émissions relatives à la coupe du monde ; il n’y aura plus trop de temps ni trop de preneurs pour les encarts contestataires de l’opposition.

Et puis les militants OP ont aussi hâte de voir arriver le 12 juin prochain. C’est que ça devient de plus en plus difficile de tenir le rythme décidé par l’opposition. Mobilizasyon manch long, ils disent ! Comme si avec cette épidémie de Kaselezo, la meilleure occupation pouvait être de se faire poursuivre autour du champs de mars, par des Cimo armés de Kokomakak et de gaz lacrymogènes ! Au moins, avec le mondial, ils auront un bon prétexte pour ne pas occuper le béton.

MOi? j’attends aussi la coupe du monde, certainement. Euh..oui. J’aime le foot. Mais la raison de ma joie de voir arriver la compétition est toute autre: Avec la Coupe du monde de football, le changement tant promis par nos dirigeants sera enfin réalité. Ben oui, il y aura le courant électrique, de la musique et moins de manifestations. Bon on aura encore aussi faim, mais on s’en plaindra moins…ce n’est pas du changement ça?

Dommage que la coupe du monde de football ne dure qu’un mois. Tiens! on devrait l’étendre sur 3 mois, au moins. De juin à septembre. Ca serait super. Bon, pour les joueurs, ca serait un tantinet plus fatiguant, mais si ça peut rendre vivable tout un pays (qui les adore, en plus), ne serait-ce que temporairement, serait-ce vraiment cher payé?