Omaw BUAME

La liberté de la presse en Afrique, où en sommes-nous ?

Depuis 2002, Reporter Sans Frontière établit des rapports sur la liberté de la presse en Afrique et dans le monde. Le rapport de cette année témoigne d’exactions et de restriction. Mais malgré tout ce qu’on pourrait croire, le tableau n’est pas toujours plus sombre en Afrique qu’ailleurs et des efforts ont été faits.

 

Pourquoi en parlons-nous ?

La liberté de dire, de s’exprimer est un socle de la liberté dans un État. Il n’est donc pas étonnant de voir des régimes autoritaires se dévouer pour limiter ou empêcher les citoyens et surtout la presse de s’exprimer.

Ce qui est dit, c’est ce qui s’entend, et ce qui s’entend conditionne la pensée. La pensée génère l’action. En contrôlant ou en filtrant ce qui se dit, on limite les actions dans une certaine mesure.

 

 

Ce qui s’entend, conditionne la pensée

 

La liberté de la Presse en Afrique…

Les irrégularités dans les traitements réservés aux journalistes continuent d’être constatés à bien des endroits sur le continent; au Mozambique, au Cameroun… Par ailleurs au feuilleton récent de coupure d’internet s’est ajouté l’épisode du Bénin.

Néanmoins, des « évolutions » sont à constater. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, les pays d’Afrique ne sont pas les derniers de la classe. Par exemple, selon le classement de la liberté de la presse 2019 de RSF, la presse est plus libre au Ghana qu’en France, plus libre au Burkina-Faso qu’en Italie. Le Togo, quant à lui, gagne 10 places.

 

 

La presse est plus libre au Ghana qu’en France

 

Liberté mais…

Bien qu’importante la « liberté » de la presse est quelques fois à questionner. Pouvoir tout dire, oui. Mais TOUT fait-il du bien à une nation ? Si ce qui est dit conditionne la pensée, ceci est une question à se poser.

Il est difficile de le dire mais la presse, quelques fois, doit se taire. Et elle le fait d’ailleurs. Souvent le problème n’est pas la véracité de ce que disent les médias (quoique…). Le problème consiste en ce qu’ils décident où regarder, ne disant pas ceci mais disant cela. Les médias décident de la manière dont ils disent les choses. Ça paraît subtil mais à long terme, ça a des effets. Par exemple, personne ne dit extrême-occident.

Mais le problème est là, qui décide de quoi dire ? Qu’est-ce qui motive le choix ? Les journaux « neutres » sont-ils vraiment neutres ?

 

 

 

Partout dans le monde, et en Afrique encore aujourd’hui des hommes et des femmes luttent pour informer, pour dire dans la vérité. Parfois au prix de leurs vies. En cette Journée mondiale de la liberté de la presse, ils méritent d’être encouragés.


15 figures méconnues de l’histoire des noirs (fin)

Troisième et dernière partie de la serie de billets sur les figures méconnues de l’histoire des noirs. La première est ici et la deuxième partie se trouve là.

Un lion au regard perçant
Lion d’Afrique
CC: Alexas_Fotos /Pixabay

 

Je consacre en grande partie ce billet à l’histoire contemporaine de l’Afrique, à ceux qui ont disparu en ce siècle ou pendant le précédent, et à ceux qui bien heureusement sont encore parmi nous. Certains sont plus célèbres que d’autres. 

9. Cheick Anta Diop, historien

Peinture de Cheick Anta Diop.
Peinture de Cheick Anta Diop.
CC: Ade Olufeko

Cheikh Anta Diop (1923 – 1986) est un historien, anthropologue et homme politique sénégalais. Il s’est attaché sa vie durant à montrer l’apport de l’Afrique et en particulier de l’Afrique noire à la culture et à la civilisation mondiale. Il a montré entre autres que l’Égypte antique était nègre. Bien que controversé, il reste l’un des incontournables historien du 20e siècle.

10. Maya Angelou, militante des droits civiques, écrivaine.

CC: York College ISLGP
Maya Angelou

Marguerite Annie Johnson, connue sous le nom de Maya Angelou, est née en 1928. Elle a milité pour le respect des droits civiques aux Etats-Unis aux côtés de Malcolm X ou encore Martin Luther King Jr. Elle est connue principalement pour son œuvre I Know Why the Caged Bird Sings (Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage). Elle s’est éteinte en 2014 après avoir inspiré plus d’une génération.

 

« Je suis convaincue de ceci : le bien fait n’importe où est un bien fait partout »

Maya Angelou

11. Chinua Achebe, Ecrivain

Chinua Achebe, Buffalo, Septembre 2008 CC: Stuart C. Shapiro via Wikipedia
Chinua Achebe, Buffalo, Septembre 2008
CC: Stuart C. Shapiro via Wikipedia

J’ai décidé de l’ajouter à ma liste parce qu’il est l’un des auteurs Africains qui discute le mieux les sujets liés à la colonisation. Il a écrit Le monde s’effondre, la plus célèbre de ses œuvres, en 1958 et est décédé en 2013 à Boston.

Chinua a dit :

 

 

« Des auteurs comme Ernest Hemingway ont représenté la population noire africaine comme des sauvages et sont ainsi à l’origine d’un immense blasphème. C’est pourquoi j’ai décidé de tenter d’écrire des livres où les personnages étaient des Africains comme je les connais. »

 

12. Wangari Maathai, écologiste

Wangari Maathai
Wangari Maathai en 2006
CC: Antônio Cruz/ABr— Agência Brasil via Wikipedia

Wangari Muta Maathai est née le à Ihithe (Colonie du Kenya). Elle s’est distinguée par ses actions menées pour le climat. Elle a traduit en actes des discours pour l’environnement. Son mouvement Green Belt Mouvement a planté plus de 30 millions d’arbres au Kenya.

Elle a reçu, entre autres, le prix Goldman pour l’environnement et le prix Nobel alternatif. En 2004, elle est la première femme africaine à recevoir le prix Nobel de la paix. Wangari Muta Maathia est décédée en 2011.

 

13. Denis Mukwege, l’homme qui répare les femmes

Fils d’un pasteur protestant pentecôtiste, Denis Mukwege obtient son diplôme de médecin en 1983. Il obtient une bourse en 1984 qui lui permet de se spécialiser en gynécologie.

Après ses études, en 1989, il fait le choix de retourner au Congo pour s’occuper de l’hôpital de Lemera, dont il devient médecin directeur. Dès lors, il se confronte aux mutilations génitales et aux violences sexuelles. Mukwege mène alors le combat contre ces violences.

Denis Mukwege reçoit le prix Sakharov en 2014.

Et en 2018, le prix nobel de la paix.

 

14. Kofi Annan, diplomate ghanéen

Kofi Annan en 2014 CC: Fondation Kofi Annan
Kofi Annan en 2014
CC : Fondation Kofi Annan

Kofi Annan est un diplomate ghanéen né à Kumassi en 1938 et mort à Berne en 2018. Il a fait ses études au MIT aux États-Unis. Il a notamment œuvré pour la réconciliation de l’Ethiopie et de l’Erythrée, et a été secrétaire général de l’ONU de 1997 à 2006. Il a remporté le Prix Nobel de la paix en 2001.

 

 

 

15. Cheick Modibo Diarra, astrophysicien 

Cheick Modibo Diarra
CC : DwayneSamuel via Wikipedia

A vrai dire, à part lui je ne connais pas d’astrophysicien noir né en Afrique. Il est né en 1952 au Mali. Un jour ,au lycée, son enseignant allume une ampoule grâce à un citron. Cheick Modibo est fasciné. Dès lors, il veut comprendre le monde qui l’entoure. Après son baccalauréat, il étudie les mathématiques, la physique et la mécanique analytique en France. La NASA le repère après sa thèse sur la théorie des plates-formes dans l’espace. Il se fait présent autant dans son pays que sur le continent africain en créant la Fondation Pathfinder pour l’éducation, en participant à la création de l’Université numérique francophone mondiale…

Cette liste vaut ce qu’elle vaut mais toutes les figures mentionnées méritent qu’on parle plus d’elles et d’eux ; de leurs erreurs et aussi de leurs prouesses. Il faut que l’Afrique raconte l’Afrique.

Voilà, c’est la fin.

A bientôt😉.


15 figures méconnues de l’histoire des noirs (partie 2)

Ceci est la deuxième partie de la série d’articles sur les figures méconnues de l’histoire des noirs. La première partie par ici.

Bout de globe
CC : Michael Gaida Via Pixabay.

 

On ne peut pas effacer le « tort » causé à « l’histoire des noirs » en un billet. Ni même en dix. Elle n’a pas débuté à l’arrivée des colons. Elle est grande, elle est longue. Les figures que je vous propose ici sont choisies arbitrairement.

 

4. Phillis Wheatley, poétesse

Frontispice de Phillis Wheatley, poèmes sur divers sujets ...
CC: Scipio Moorhead
Frontispice de Phillis Wheatley, poèmes sur divers sujets.

 

Phillis est née au Sénégal ou en Gambie en 1753. Elle fut emmenée comme esclave en Amérique à sept ans. Elle fut achetée par les Weathley dont elle prit le nom. Son vrai nom, personne ne s’en souvient.

Bien qu’esclave elle reçut une bonne éducation. Elle apprit à lire l’anglais, le latin et le grec. Elle publia Poems on Various Subjects, Religious and Moral* en 1773. Avant, elle a dû prouver qu’elle en était bien l’autrice. C’était une esclave.

Ce fut donc le premier livre publié par une noire et seulement le troisième par une femme. En 1784, elle meurt pauvre. Je n’ai pas trouvé de traduction de ses œuvres.

5. Anne Zhingha, impératrice

Portrait d'Anne Zingha
CC: Achille Déveria
Portrait d’Anne Zingha

 

Anne Zingha naît en 1583. Son père, le roi Kiluanji, est mort en 1617. Son frère lui succède. Ce dernier meurt lui aussi après quelques années. Zingha, ou encore Nzinga, devint alors reine. Elle se démarqua entre autre par ses habilités de négociatrice.

Sur l’image en dessous, devant le gouverneur du Portugal à Luanda, elle refusa de s’asseoir sur un coussinet pour mener les discussions. L’un de ses sujets l’accompagnant se mit alors à quatre pattes lui faisant siège.

Elle a permis à son royaume d’éviter la colonisation.

Reine Zingha en négociation avec le gouverneur du Portugal à Luanda.
CC: Wikipédia
Reine Zingha en négociation avec le gouverneur du Portugal à Luanda.

 

 

6. Le Mansa Kankou Moussa, l’homme le plus riche de tous les temps

Pièce d’or « Mansa Moussa » pour célébrer le cinquantenaire du Mali.
CC : Africatoine via Wikipedia
Pièce d’or « Mansa Moussa » pour célébrer le cinquantenaire du Mali.

 

Kankou Moussa est le dixième Mansa (Roi) de l’empire du Mali. On l’appelle aussi le roi de l’or à cause de son immense richesse. Inestimable. Il aurait aussi un ascendant ayant entrepris bien avant Christophe Colomb un voyage vers les Amériques.

Voyageant vers la Mecque, il aurait tellement répandu de l’or sur sa route que le cours de l’or avait baissé.

Sous son règne, l’empire du Mali a atteint son apogée. Et selon une étude récente, il serait l’homme le plus riche de tous les temps.

 

7. Frederick Douglas, candidat à la présidentielle

CC: Georges Warren via Wikipédia
Frederick Douglass.

 

Frederick Augustus Washington Bailey est né en 1817. Esclave, il a réussi à s’éduquer et à s’enfuir. Un jour, son maître dit à sa femme : si tu apprends la lecture à ce nègre tu ne pourras plus le contrôler. Ces mots seront son salut.

Il devint un abolitionniste très écouté, mettant l’accent sur l’importance de la culture dans la compréhension de son époque et disant ses ruses pour pouvoir apprendre à lire à l’insu de ses maîtres. Combattu par les abolitionnistes, il fut poussé à l’exil.

En 1872, désigné par l‘Equal Rights Party, il devint le premier candidat noir à l’élection présidentielle américaine.

 

8. Lewis Howard Latimer, inventeur de l’ampoule durable, co-inventeur du téléphone

Lewis Latimer
CC: Wikipedia
Lewis Latimer

Lewis Latimer est né en 1848 aux États-Unis. Sa famille a fui l’esclavage pour s’établir à Boston. Là, un esclavagiste réclame son père comme étant sa propriété. Il fut défendu par Frederick Douglas.

Autodidacte et surdoué pour le dessin, il devint l’assistant de Graham Bell réalisant les dessins et les descriptions techniques.

Plus tard il entre comme ingénieur dans l’Edison Company. Il améliora l’ampoule d’Edison qui grillait au bout de 30 heures. Ce fut la naissance de l’ampoule à longue durée. Les ampoules d’Edison, montées en série, s’éteignaient toutes quand l’une était en panne. Il eut l’idée de les mettre en parallèle.

Lewis Latimer est de loin l’inventeur qui impacta le plus le 20e siècle.

 

 

 

Voilà la deuxième partie de la série d’articles ; j’aimerais bien en ajouter un ou deux mais ce serait trop long. Quelle figure trouvez-vous le plus inspirant ?

N’hésitez pas à ajouter vos commentaires dans la section juste en bas. A bientôt pour le prochain 😉 .


    * Poèmes sur des sujets divers, religieux et moraux


15 figures méconnues de l’histoire des noirs (partie 1)

L’histoire de la race noire renferme bien peu d’épisodes joyeux. Elle est d’autant plus triste qu’on puisse parler de « race » noire. Malgré tout, des noirs ont fait des prodiges. L’histoire les a souvent effacés.

Ici, je vous présente 15 figures méconnues de l’histoire des noirs. J’avais découvert plusieurs d’entre elles en lisant notamment « Mes étoiles noires« , de Lilian Thuram.

 

1. Anton Wilhelm Amo : philosophe africain des Lumières au 18e siècle 
CC: Daniel Mietchen via Wikipedia Plaque commémorative en Allemand

1703, Amo naît au Ghana, à Awukena. En 1707, il serait offert au duc Anton Ulrich de Brunswick-Wolfenbüttel. Il étudia alors la philosophie à l’université de Halle, qu’il quitta pour l’Université Saxonne de Wittenberg en 1730. En avril 1734, l’université lui accorda le titre de docteur en philosophie, cela fut un événement extraordinaire.

Il fit de nombreuses publications qu’il signait en ajoutant Afer (qui vient d’Afrique).

 

2. Esope : le père de la fable
Esope
Statue d’Esope
CC: Shakko via Wikipedia

Le corbeau et le renard, la cigale et la fourmi... Ces fables pour la plupart des gens, moi y compris, font penser (ou faisaient penser) à Jean de la Fontaine.

En vérité ces fables avaient été écrites par Esope, originaire d’Ethiopie. La Fontaine les a versifiées.

 

3. Abraham Petrovich Hanibal : général d’armée russe 
Abraham, buste a Petrovskoïe
CC: Ludushka via wikipedia

Nom russe, peau basanée. Par des jeux de traites d’esclaves Abraham se retrouve en Europe. Il étudie l’art de la guerre. Sur ces armes, il demande que figure « FVMMO » qui signifie patrie. C’est aussi l’acronyme de l’expression latine Fortuna Vitam Meam Mutavit Oppido, qui signifie : « le Destin a entièrement changé ma vie ».

 

 

Je ne connaissais pas l’existence de ces figures noires.

L’histoire comme on la conçoit aujourd’hui est bien étroite. L’histoires des noirs ou celle des hommes a été réduite a peu de choses. Noirs contre blancs. Blancs contre noirs.

Quand on découvre l’Histoire, on voit les choses d’une autre manière. Le monde change tout d’un coup.

 

La suite par ici…

 

 


Togo : la faim est proche

Lomé, 2019, la faim est proche. Ce monstre est plus proche qu’on le pensait, je le croyais loin, là-bas. Erreur.

Aujourd’hui, je vends des CD, à Assigamé, le grand marché de Lomé.

Elle m’a dit : « Vendre ça va t’aider à te décoincer. » Je me suis dit, j’ai besoin de sous, sérieusement.

Je suis dans la rue, je suis à pied. Des parkings, je n’en connais pas beaucoup au marché là-bas. Je prends bientôt un taxi. Je crierai « Assigamé ! » et la voiture s’arrêtera. Sauf si elle va ailleurs. C’est comme ça que ça marche.

À quelques kilomètres, dans un autre quartier, un homme. Un marteau à la main, dans une rue vilaine et boueuse, il parle tout seul. Il raconte de lugubres histoires de farine de maïs et de vol de chaussures. Il a une culotte sale, des yeux rouges et il continue à parler tout seul. Il dit son plan. Tout simple. Il ira au marché. Sa femme y vendait de la bouillie et des galettes. Il enlèvera les tôles du petit hangar qui la protégeait du soleil et les vendra. Il nourrira ses cinq amours, ses cinq problèmes ; ses quatre enfants et sa femme.

…de lugubres histoires de farine de maïs et de vol de chaussures

J’ai trouvé un taxi. Une vieille Toyota. M’dogbé loo*. Je salue les passagers dans la voiture, le chauffeur aussi. Il n’a pas l’air très heureux. Les autres passagers discutent.

Taxis togolais en embouteillage.
Taxis togolais en embouteillage. Credit: Lunofabo via Wikipedia

« Donc ils les ont ramené à Lomé ?
– Non, non. Mais les agents qui faisaient campagne ont dû commencer à les manger d’abord avant qu’ils soient convaincus. Regarde, ce n’est pas étonnant hein. Ils n’ont pas de courant, peu ont vu le visage de l’école primaire. Ils n’en avaient jamais vu. Des choses se passent hein. Certains même dans ces coins pensent que le vieux est toujours président. Ils ont… »

Ils parlent toujours. À la radio, la vraie information dans la bonne humeur. C’est comme ça qu’ils l’appellent. Ils parlent de bonnes prévisions économiques pour le pays, de croissance, de CFA, de quelque programme de développement …

A lire aussi : La FMI et la BAD confirment une évolution de la croissance Togolaise.

Nous sommes déjà cinq dans la voiture, le chauffeur pourtant, s’arrête encore. Mon regard qui l’invective ne le dissuade pas. Il m’ignore un instant. Et il commence à parler, comme pour se justifier. Encore, encore et encore.

Je ne me rappelle pas tout ce qu’il a dit. Mais la fin m’a choqué. Il a dit : « Dékadjè, Edzua ku ! » (Jeune homme, le pays est mort). Je l’ai regardé. Il ne savait pas ce qu’il venait de dire. Ses yeux me l’ont dit.

Nous avons emprunté des voies non asphaltées, sûrement pour éviter les contrôles routiers.

8h30, je suis en retard. Je me suis perdu trois fois. Heureusement, la cathédrale était là. C’était ma boussole.

Grand marché de Lomé. Cathédrale construite de février 1901 à septembre 1902. Crédit: Dan Sloan via Wikipedia
Grand marché de Lomé. Cathédrale construite de février 1901 à septembre 1902. Crédit: Dan Sloan via Wikipedia

J’ai pris les CD, j’ai commencé à marcher, à faire mon travail.

Je circulai sur des commerçants qui jamais n’avaient rien vendu, qui jamais ne m’achetaient de CD.

Une jeune femme, la trentaine, vendeuse de pagnes. Je lui présente l’artiste dont elle n’avait jamais entendu parler. Elle a dit : « Je ne suis plus les médias de ce pays, je ne veux pas avoir mal au cœur. » Je n’ai pas compris. Je suis parti, elle ne m’a rien acheté.

…pas compris

Un homme, la trentaine aussi. Il essaya de se rappeler le mieux possible la dernière fois qu’il a touché un billet de 2000 FCFA. J’allais rire à sa blague, son air m’en dissuada. Il était sérieux. Élayi loo**. Je suis parti.

Etalage de fruits CC: Darkest gold Via Iwaria

Une vendeuse de fruits, la cinquantaine, air horrible, yeux de chat. Galère, degré 5. Je l’ai saluée. Elle m’a regardé, j’ai eu peur. Je suis parti…

Il est 17 heures, je dois bientôt rentrer. J’ai faim. Quand on a faim, on achète pas de connaissance. On achète pas de livre, pas de musique. Rien qui libère la vie ou qui nourrisse l’esprit. On achète à manger pour vivre, ou survivre.

Je cherche un taxi pour rentrer. Là-bas, devant la banque, l’homme en t-shirt blanc, lui, n’en pas besoin. Il a une voiture.

Une automatique type coupé tout terrain ; consommation de carburant cycle extra-urbain 7,14 l/100 km, 3995 mm de largeur,1695 mm de hauteur, injection multi… (ah euh oui je me calme).

Enfin bref, une voiture immatriculée au Togo. L’autre Togo.


* salutation, littéralement: Je salue

** Ça ira


Des hôpitaux et des morts

Il est bien grand cet hôpital derrière moi. Mais pas assez apparemment. Jamais assez. Il n’y a souvent pas de place. Et des gens y meurent. Beaucoup de gens.

Je suis assis sur un banc, un banc public. J’attend mon bus, c’est le soir. Des gens passent devant moi, certains sont très pressés, d’autres prennent leurs temps.

Jeune homme en train de penser.
CC: Thintallbayo/Pixabay

Une femme passe devant moi. Elle veut me vendre du pain, Sakomi. Je n’en veux pas. Je n’ai pas faim. J’ai peur, non, ce ne sont que mes mains qui tremblent, légèrement. Je ne veux rien. Ou plutôt, je veux tout. Je ne veux que la vie. La vie qui a quitté l’hôpital. La vie qui s’y cache dans un coin.

…mes mains qui tremblent

Je songe, mes yeux dans le vide. Les bruits ne me ramènent. Les bruits stridents des Zemidjans ne me ramènent pas. Strident, le klaxon des Zemidjans. Stridents, les cris de l’enfant qui a rendu l’âme dans les bras de sa mère.

Mais il était là, celui qui a prêté serment. Il était bien là, sans rien faire.

 

 

L’enfant a rendu l’âme

 

Peut-être n’était-ce pas un docteur, peut-être était-ce un infirmier ou un agent d’entretien. Appelons-le … quelqu’un. Je ne me le rappelle pas très bien.
Mais j’ai une excuse vous savez. Je n’en avais jamais vu. Je n’avais jamais vu personne partir ; fermer les yeux et ne plus jamais les ouvrir, pour des raisons dérisoires. Jamais.

 

M’bé* il n’y a pas de place! Vous voulez on va faire comment ?

_Quelqu’un

 

Quelqu’un a vu beaucoup de mort. Peut-être un peu trop. Il ne fait plus grand chose, ou… il ne sait plus quoi faire ou… il n’en a plus la force.

 

Il n’y a pas de matériel, il n’y a rien, nous même on est pas là bien! Vous voulez on va faire comment

_Quelqu’un

Le ciel s’assombrit, mon bus n’est toujours pas là. Il va peut-être pleuvoir. C’est comme si les morts, leurs âmes s’assemblaient au dessus de l’hôpital pour pleurer. Pleurer et mouiller l’hôpital et la morgue son ami voisin. Son ami qu’il nourrit plutôt bien.

Ciel sombre
CC; Drylan via Iwaria

C’est comme s’ils voulaient pleurer, pleurer les matelas usés qu’ils n’ont pas pu avoir. Pleurer les amis qu’ils ne verront plus. Pleurer le scanner, ce scanner envoûté qui n’a jamais voulu marcher. Pleurer Noël qu’ils ne fêteront pas. Pleurer.

 

J’espère qu’ils ne pleureront pas. Je ne veux pas être mouillé.
J’ai attendu longtemps, mon bus vient d’arriver, le chauffeur me sourit. Je ne lui souris pas. Mon sourire semblera faux. Je m’empresse d’entrer dans le bus. Je veux aller loin, très loin de l’hôpital, très loin de la morgue, très loin des morts.


*Je dis

PS: Ceci est une fiction, de l’imaginaire, du faux; mais hélas pas pour tous. Pas pour tous.


Jeunes, seules et agressées

Les agressions sexuelles sont encore d’actualité. Malheureusement. Des jeunes filles sont agressées chaque jour. Souvent, tout près de nous. Plus près qu’on ne le pense. Plusieurs se taisent. Des vies sont détruites.

Amy aussi était une jeune fille, une adolescente; non une gamine. Elle aimait son père, sa mère et aussi son oncle, Max. La grande sœur d’Amy, elle ne l’aimait pas beaucoup. En fait elle ne l’aimait pas du tout. Ce Max.
Pourtant, à chaque fois que Max venait les voir, il faisait des cadeaux. Il était gentil, en tout cas, il semblait gentil. Mais Elza restait cloîtrée. Elle ne parlait pas à son oncle.
Pour les parents d’Elza, c’était « normale ». La jeune fille faisait toutes sortes de bizarreries. Elle allait grandir, elle allait changer.Mais Elza savait que c’était plus profond…

Jeune fille seule dans le noir
Seule…
CC: Tess Via Unsplash

Elle aurait voulu peut-être parler, avoir une amie, une vraie amie ou … des parents à qui parler 🙁 . Les parents d’Elza n’étaient jamais présents. Ceux qui devaient lui enseigner la société et ses rouages étaient absents. Elza n’avait pas beaucoup d’amis. Elza ne parlait pas à grand monde. Elza  était seule.

 

 

Elza  était seule.

 

 

Il était 5h30, Amy était déjà debout. Elle devait aller chez le tailleur. Sa mère ne devait pas oublier. Elle s’était réveillé si tôt pour lui rappeler.
Chez le tailleur hein? Ton oncle t’y emmènera après l’école, fit « maman Elza » en fermant la porte pour s’en aller. Elle avait une longue journée devant elle.
Il était midi, une voiture se gara devant l’école d’Amy.

Elle attendait. Max emmena sa nièce chez le tailleur. Après, il n’emmena pas Amy directement chez elle. Il passa d’abord chez lui. Il devait y faire quelque chose d’important avait-il dit.
Max installa la petite Amy dans son salon. Il disparut un petit instant avant de revenir. Il s’assit près d’Amy.
– Viens, viens t’asseoir sur mes genoux, Max parla à Amy d’une voix plutôt…neutre.
Amy s’exécuta, bientôt, elle commençait par sentir des mains se balader sur son corps. Elle sentit aussi dans le pantalon de son oncle, un membre bouger, se durcir…

Fille Apeurée
Fille Apeurée
CC:Alexas_Fotos via Pixabay

Il était quinze heure quand la porte de la maison s’ouvrit. Elza vit sa petite sœur rentrer, toute seule. La petite, sans rien dire, courut et s’enferma dans sa chambre.
Le cœur d’Elza rata Elle semblait avoir compris. Elle avait vu aperçu, dans le regard de sa candide sœur, cette honte et cette noirceur qu’elle avait connu.

 

La jeune fille s’assit comme pour imaginer un meilleur avenir. Elle regarda un instant dans le vide, puis baissa sa tête. Ce genre d’histoire semblait-elle dire, finissait bien souvent mal.


Dans ma tête, des idées se font la guerre

Depuis un moment, des idées se bousculent dans ma tête. Des idées, des émotions, des peurs parfois, et quelques mots. De quoi faire un texte, un billet. Un beau texte. Mais voilà, ça ne sort pas.

Wamo écrit
Crédit: Wamo

 

Dans ma tête des idées se bousculent. Elles se disputent. L’une est là, elle grandit jusqu’à ce que l’autre ne la mette à terre. Et à son tour, elle tente de grandir…

Le manège continue, encore et encore, je me fatigue … et toujours pas de texte.

Ah! Une idée a grandi. Elle est assez grande pour être traduite en mots.

Mais elle doit sortir de la plus belle des manières. Oui, il faut bien faire, moins que bien, c’est mal. Et quand c’est mal, ça rend triste…

 

 

Et quand c’est mal, ça rend triste

 

Le temps s’écoule, j’oublie ces idées. Ces belles idées qui pourtant se font la guerre. je n’y pense plus. Jusqu’à ce que ces articles, beaux et touchants que j’ai lu me reviennent en mémoire. Ceux là qui m’ont presque fait pleurer. Et ceux qui m’ont tellement fait rire que j’ai regardé encore et encore autour de moi pour qu’on ne me prenne pas pour un fou. Ou encore ces autres textes qui m’ont fait réfléchir des jours et des jours… J’oublie ces idées, j’oublie d’écrire, de m’exprimer… et ces textes viennent me réveiller.

 

Jusqu’à ce que ces textes beaux et touchants me reviennent en mémoire

 

Et alors, dans ma tête, la lutte recommence. Aucune ne laisse l’autre grandir. Quand elles grandissent, elles ne veulent pas juste sortir. Elles veulent sortir de la meilleure manière possible. Je me fatigue… et toujours pas de billet.

 

Il est tard. La télé est allumée, on y joue une musique assez étrange pour moi. A côté de moi, pianotant sur son clavier, il me parle. Ça me dérange un peu. Ça me déconcentre. Mais je dois écrire, des mots doivent sortir. Peut importe la perfection, peut importe le sujet. je dois mettre de l’ordre dans ma tête, je dois mieux respirer…

Ignorons cette musique, faisons abstraction de tout, pas le temps de s’isoler…

Un stylo de mon cartable, un papier qui traîne, là, sur la table…

Et voilà, j’écris.


Tous ces gens autour de nous

Je suis assis sur un banc public. Le soleil s’est couché, j’ai froid. Je regarde autour de moi, tous ces gens autour de moi. Devant, de l’autre côté de la rue, une maison, une maison comme une autre.

Pourquoi cette maison, pourquoi y penser? Je la vois pourtant tous les jours. Elle n’est pourtant pas si belle. Quoi qu’elle ait un certain charme.
À côté de moi, assise aussi, une mère … et sa fille que je vois aussi bien souvent. Pourtant je viens de connaître son nom, Lumière. Je trouve que c’est beau comme nom. Tu ne trouves pas?

 

Lumière…

 

Ça me fait penser à tout ce qu’on voit sans vraiment y penser. À toutes ces vies qui déambulent devant nous.
Je ne connais pas le nom des membres de cette maison, de l’autre côté de la rue. Enfin, si, l’un. Une fille, Honorine, ou Cathérine, enfin je ne sais plus. Quelque chose qui fini par « ine ».
Il m’arrive aussi de voir l’ainé de la famille quand il va acheter du pain. Et il me voit, lui aussi. Mais il ne me connaît pas. Pourtant moi aussi, je vis de l’autre côté de la rue. On est voisin.

 

Des histoires, des vies autour de nous

 

Il y a tant d’histoire, tant de vies qui passent et repassent tout près de nous sans que nous sachions. Ils vivent et nous vivons.

 

Nous voulons faire de grandes choses  et nous en oublions les petites. Nous préparons tellement le futur que nous avons oublié le présent. Pourquoi ? Pour servir les autres? Pour être heureux ou juste pour être unique et grand?
Le monde n’a pas commencé à nos naissances. D’autres avant nous ont été grands, utiles et forts.

 

Tout a déjà été dit et peut-être même que tout a déjà été fait. Les nouveaux, c’est nous.
Nous devons créer, construire le nouveau avec toutes ces pierres qui ont déjà été moulées. Dire, avec des mots que nous n’avons pas créés.Nous résigner à nous battre, pour la perfection que nous n’atteindront pas.

 

Tout a déjà été fait, (…) tout le déjà été dit

Nous devons vivre, sans oublier l’important. Nous devons rire et pleurer, gagner et perdre ensemble, avec eux.

Tous ces gens autour de nous.


Quacué avait échoué

Quacué se portait pourtant bien quand il partait. Il n’était pas vraiment malheureux, des jours tristes il y en avait, mais pas tant que ça. Ce qu’il était parti chercher, il ne l’avait pas trouvé. Il avait échoué.

Ce petit village où Quacué naquit n’était plus vraiment le même. Il ressemblait de plus en plus à la grande ville, enfin à la ville tout court. Dehors, dans les rues, les discussions allaient bon train.

– Eh tu ne connais pas la nouvelle hein ? Je l’ai appris hier. Quacué est revenu d’Ablotsi*.

– Hum, revois ta source ma chérie. Il n’y était même pas arrivé. Il était chez les Agouda-yovo**, quelque part en Libye là-bas.

Dans ce village, cette ville en devenir, seul dans sa chambre, un jeune homme broyait du noir.

Homme assis seul dans le noir.
CC: Objectifemotion via Pixabay

Depuis son retour, Quacué restait dans sa chambre. Il sortait de temps à autre quand personne n’était présent ; ou la nuit quand tout le monde dormait, il sortait pour regarder le ciel. « C’est si beau », se disait-il. L’infini grandeur rappelant la petitesse de l’homme qui fait des plans et … qui échoue ou … réussit.

Ciel étoilé
Ciel étoilé
CC: Pexels via Pixabay

 

Lui,  avait échoué. Et on ne cessait de le lui rappeler encore, encore et encore. Le jour, il se cachait dans sa chambre. Il faisait le mort, non, l’absent, il s’effaçait. Il ne voulait pas voir les gens sourire, quand ils souriaient il se disait qu’ils se moquaient de lui.

 

Hier, Dziedzorm était venu le chercher, avant-hier aussi. En fait, elle vient tous les jours depuis son retour. Lui, ne veut pas la voir. Elle était pourtant avec lui tous les jours avant son départ.
En fait la vérité, c’est qu’il avait peur. Elle le comprenait mieux que quiconque. Si elle aussi arborait un de ces sourires moqueurs, il ne savait pas s’il pourrait supporter.

Jeune femme Africaine
Jeune femme Africaine.
Photo de numbercfoto via Iwaria.com

Le lendemain au soir, Quacué, dans le sombre-noir de sa chambre entendit encore sa voix, c’était sa sœur, son amie. C’était elle, Dziedzorm. Il prit son courage à deux mains et sortit de sa chambre. Son visage inexpressif croisa celui de la jeune femme. Et…elle aussi,  souria.

Mais son sourire, exprimait une telle joie. Quacué ne se sentait pas agressé, ce n’était pas un sourire moqueur.

Elle lui tint la main, et pour la première fois depuis son arrivé, il sortit de la maison, de jour. Les choses avaient réellement changé.

Dehors deux adolescents étaient en train de jouer

– « Yao, tu triches encore » s’écria l’un.

– « Va là-bas, avec ton visage compliqué là »

Quacué qui regardait la scène eut envie de rire, « Cet enfant n’a donc pas changé ? », demanda-t-il à Dzierdzorm.

Les deux marchèrent, encore, encore. Le soleil était encore à l’horizon au loin.

Une jeune femme et un jeune homme.
cc: Photo de Florentio via Iwaria

Le soleil qui se couchait était la promesse d’un jour nouveau qui bientôt se lèvera. L’échec, l’avait renforcé. Il s’était relevé, il s’était fortifié.


*: Occident

**: « Faux blancs »


Les petits « nous »

L’animateur de la soirée venait de le dire, il venait de dire mon nom à très haute voix. Tout le monde l’avait entendu. Tout à coup mes pieds se mirent à trembler, encore. Des pensées que je croyais avoir vaincues me vinrent à nouveau à l’esprit ; ils avaient tous mieux fait que moi. Ils étaient tous… Ils semblaient tous … Ils portaient tous… J’avais compris : le petit « moi » se débattait encore.

 

Les « petits nous », c’est tout ce qui nous retient au sol, nous empêche de révéler notre vrai « nous ».
Nos « petits nous » sont toujours aveugles au bien en eux.

 

« L’herbe est plus verte de l’autre côté  c’est ce que je pensais quand j’ai pris le large, si j’avais su que la vie que je cherchais me regardait droit dans les yeux, si j’avais su que la vie que je cherchais était déjà mienne

L’herbe est plus verte quand tu arroses le sol c’est ce que j’ai compris quand j’ai pris le large… »

Adekunle Gold- Ire (traduction libre)

 

Les ‘’petits nous ‘’ se conforment, les ‘’grands nous ‘’ transforment

Les ‘’petits nous ‘’ veulent ressembler. La vérité c’est qu’on suit tous des règles, des règles qu’on nous enseigne depuis notre enfance. On apprend en imitant, on calque nos comportements et nos actes sur ceux de nos sociétés.  Mais même après l’enfance les ‘’petits nous’’ continuent toujours d’imiter, consciemment ou non. On imite par peur de déplaire, ou par peur de se démarquer.

Enfant timide se cachant
enfant timide
CC:GiselaFotographie/Pixabay

Les ‘ »grands nous « , eux, ne suivent pas toujours les règles que la société nous inculque.

 

Ils suivent des règles que leurs dictent leur esprit, leur cœur… (peut m’importe le nom que vous lui donnez) . Ils créent alors des règles que suivront d’autres ‘’ petits ‘’ hommes. Ils transforment leurs sociétés.

 

 

Nulle règle ne saurait créer l’œuvre d’art

_Kant

 

 

Les petits nous  tuent

Les ‘’ petits nous ‘’ tuent des rêves, des aspirations, des idées de grands hommes naissant.

 

Les grands et les petits nous se font la guerre

Il n’est vraiment pas évident de laisser s’exprimer son grand soi. Tout pousse à rester dans son coin et à ne pas déranger. Le choix de rester « petit » ou pas est quotidien. On est transformé par les pensées qu’on accepte, les idées grâce auxquelles on se nourri.

 

 

Un vieil indien explique à son fils que chacun de nous a en lui deux loups qui se livrent bataille. Le premier loup représente la sérénité, l’amour et la gentillesse.

Le second loup représente la peur, l’avidité et la haine.

« Lequel des deux loups gagne? » demande l’enfant.

« Celui que l’on nourrit . » Répond le grand-père.

Sagesse Amérindienne

 

 

Les ‘’grands nous ‘’ gagnent 

Quand la peur, le doute et la haine, qui représentent ‘’nos petits nous’’, laissent place à la foi en nous-mêmes, la force, la foi et la victoire cognent à nos portes. Seul les « grands nous » sont utiles à la société.

Je respirais un grand coup, je balbutiais une ou deux fois mes « mots magiques » ; la peur me quitta, la joie m’emplit, je souris. Je parlais librement sans entrave. J’avais gagné, le grand moi avait gagné la bataille.
La guerre continue…


Apprendre une nouvelle langue en musique

Il est important d’acquérir de nouvelles compétences, d’apprendre de nouvelles choses tous les jours. Comme par exemple, une nouvelle langue. En ce jour dédié à la francophonie, parlons donc d’une manière ‘’facile ‘’ (ou pas) d’apprendre une nouvelle langue, la musique.

 

La méthode commune pour apprendre une langue par la musique est assez simple.

  • Chercher des chansons, pleins de chansons chantées dans la langue qu’on veut apprendre.

Il faut que les paroles soit dites avec un débit assez moyen, pas trop rapidement

  • Écouter ces chansons en ayant les paroles à côté, pour comprendre le sens des mots utilisés

Les paroles, généralement sont assez facile à trouver, juste en faisant une recherche de vidéo ‘’lyrics ‘’ sur YouTube. Exemple de cette vidéo de Louis Amstrong.

 

Voici trois raisons d’apprendre une langue en musique :

  1. Ce n’est pas lourd

Apprendre une langue en écoutant de la musique, c’est léger. Je veux dire que ça ne pèsera pas sur vous. Ça prendra du temps, mais vous aurez l’impression de ne rien faire. Si vous persévérez, et si vous le faites régulièrement vous apprendrez des mots, des expressions assez facilement.

2. Vous serez plus près de la réalité

En apprenant  certaines langues par des moyens ‘’ conventionnels ‘’ on apprend des expressions qu’on utilise rarement dans de vraies discussions. Or, les chansons sont censées viser des natifs, des gens qui comprennent et parlent déjà la langue. Vous n’utiliserez donc pas d’expression ‘’ bizarre ‘’

2. La musique vous l’aimez déjà

La plupart des gens aiment au moins un genre musical. Oui, oui la plupart des gens, il faut bien penser aux extraterrestre parmi nous qui n’aiment pas la musique. Il suffit d’écouter le genre de musique que vous aimez. Et puisque vous aimez; vous écouterez, écouterez, chantonnerez et retiendrez. Et lorsque vous serez en train d’écouter vous ne penserez pas à apprendre. Personnellement il m’arrive de lire des mots en anglais et de me rappeler des chansons et donc du sens des mots.

 

Voilà vous n’avez plus d’excuse, commencez à apprendre dès aujourd’hui. Votre apprentissage sera bien sûr facilité par des conversations et autres.  Si vous avez de meilleures méthodes, dites-le en commentaire juste en bas. Passez de bons moments. Goodbye 🙂 .


Le vouvoiement, une affaire de culture aussi

 

Ne pas tendre la main en premier pour saluer un aîné, le regarder  dans les yeux (ou pas) quand on lui parle. Tout comme ces règles qui sont pour certains devenues universelle, on pourrait penser que le vouvoiement allait de soi, mais c’est une affaire de culture … aussi.

 

 

Le vouvoiement n’existe pas dans toutes les langues

Je discutais récemment avec un ami. On parlait de tout et de rien et abordant ce sujet, je lui ai demandé s’il vouvoyait ou tutoyait son père. Sa réponse : je ne parle pas français avec mon père.

Dans plusieurs langues africaines, en effet, une personne est désigné par un équivalent de notre ‘’tu ‘’ et plusieurs personnes par ‘’ vous ‘’, c’est aussi simple. Le fait même dans ces langues de désigner une seule personne par un « vous » semble étrange.

 

Le langage est le reflet des mœurs.
Citation de Cécile Fée ; Les maximes et pensées (1832)

 

Dans d’autres langues, il est maintenant difficile de savoir si le fait de vouvoyer existait ou pas. Soit, il existait, soit, les réalités des langues occidentales ont été transposées à ces langues.

Dans une certaine langue même, vouvoyer une personne en lui souhaitant la bienvenue serait traiter la personne de féticheur. On lui souhaiterait donc la bienvenue à lui et à ces esprits (Si vous en savez plus, je serai heureux de vous lire en commentaire).

Culture africaine. CC: Saitarg

On ne vouvoie pas tous les mêmes types de personnes

Quelqu’un peut être choqué de voir une personne vouvoyer son père ou une figure d’autorité. Autant un autre peut l’être de voir un enfant tutoyer son père ou même l’appeler par son prénom. Ce qui dans ma culture serait un total irrespect.

S’il est vrai que vouvoyer une personne censée être proche de soi serait être loin de cette personne, ceci n’est vrai qu’en considérant une culture. Même s’il faut le rappeler les cultures s’étendent.

En bref, le respect est une affaire de culture

Pour certains les respecter c’est les regarder dans les yeux quand ils parlent, pour d’autres ce serait de baisser le regard.

Ce qui dans une culture comme la mienne pourrait être considéré comme une vrai impolitesse peut être dans d’autres cultures, la norme.

 

Dans ces moments donc, où les cultures s’entrechoquent, s’entremêlent, se font et se défont il nous faudra faire preuve de beaucoup de tolérance. Sur ce, ami.e internaute je te souhaite de passer de bons moments.

 


Pourquoi souhaiter une bonne année ?

D’un air moqueur, il me regarda et dit : « Si tout ce que vous vous souhaitiez en début d’année se réalisait vraiment, alors nous serions vraiment au paradis, arrête de rêver et bosse dur. » Le connaissant je n’ai pas été étonné. Je l’ai regardé un instant avant de lui crier : « Va là-bas, contente toi de dire merci ooh. » Il a ri, j’ai souri, et on s’est séparé. En y pensant, il n’a peut-être pas tort. Mais alors, ces choses, pourquoi on se les souhaite ?

Sourire
CC: Giuliamar/ Pixabay

1. Parce qu’on n’a jamais fait autrement
Parce qu’on n’a jamais fait autrement, et que ça n’a jamais fait de mal à personne. Les humains ont des habitudes, des coutumes auxquelles ils sont fortement liés. Ces choses, ils les font. Pourquoi ? Bah, parce qu’ils l’ont toujours fait. Nos arrière-grands-parents donc se souhaitaient ces vœux (enfin je pense), ils l’ont enseigné en le faisant à nos grands parents, eux l’ont enseigné à nos parents qui, à leur tour, nous l’ont enseigné. Et nous aussi, nous l’enseignerons à nos enfants et patati et patata. Nous souhaiterons donc ainsi du bien à nos aimés en chaque début d’année génération après génération.
2. Parce qu’on se veut du bien, et le dire est important
On se souhaite donc du bien, parce que l’on ne peut pas se souhaiter du mal. Évident non ? En fait pour nous-même, pour ceux qu’on aime on souhaite toujours du bien en permanence (toute sorcellerie mise à part). Le début d’année n’est qu’une occasion donc de mettre des mots sur ces attentes que nous avons.
3. Pour manifester de la « foi » (ou peut-être juste de l’espérance) en l’avenir
On se souhaite du bien en début d’année, aussi parce qu’on espère que tout ira bien. Puisque tout ne dépend pas de soi-même, et que, même des fois, la rétribution n’accompagne pas le travail. On espère que par une grâce venant de Dieu tout ira bien. Et que la santé sera nôtre… et l’argent aussi (très important).
4. Ça fait du bien
Je ne sais vraiment pas pour vous, mais moi, quand les gens m’envoient ces messages ça me fait du bien. Surtout ces gens qu’on a perdu de vue. Sérieusement, je ne parle pas de ces messages copiés et collés qu’on trouve sur les réseaux sociaux. Mais ceux qu’on écrit en pensant réellement au destinataire. Ces vœux-là font du bien.
Alors voilà, ce sont là les raisons pour lesquels on … ou aurais-je plutôt dû dire « je » fais des vœux en début d’année. Et vous, pourquoi souhaitez-vous ces si bonnes choses ?
Déjà, je vous souhaite une belle nouvelle année, et surtout l’important ; vivre…en bonne santé. Je vous souhaite du succès.
Bonne année à tous.


L’important dans une vie

Que faire quand ce qu’on a de plus important nous est enlevé? Quand on en souffre au point de ne plus pouvoir en pleurer… Mais qu’est ce qui est vraiment le plus cher dans une vie? Que doit-on garder et plus que tout chérir?

Dans cet hôpital, il se demandait ce qu’il avait fait et ce qu’il aurait dû faire de sa vie. Ce qui était important.

 

Une personne en train d’écrire.
Le plus important pour lui c’était ses études.
CC: Hans via Pixabay

Il s’était réveillé ce matin, plein de force et d’énergie. Il avait enfourché son scooter, il s’était préparé à partir.

Ce jour, il l’attendait depuis longtemps. Il s’y était préparé. C’était le jour de son concours. Ce concours, il l’avait préparé, en avait parlé encore et encore autour de lui. C’était important, c’était sa chance, il ne devait pas la rater. Ce n’était pas un concours, c’était ‘’le concours ‘’.

Il voulait être fort, il voulait être grand. Sa force allait être son savoir, son savoir allait l’enrichir, le rendre grand. Il allait changer le monde, révolutionner son domaine et tout le tralala. Pour cela, il fallait qu’il travaille, il fallait qu’il étudie. Il ne devait pas échouer, il ne pouvait pas échouer. Il fallait donc qu’il parte, qu’il parte vite.

 

 

c’était sa chance…. mais il n’y arrivera jamais.

 

Là, au loin, c’était la voix de sa mère qui lui rappelait nul ne sait quoi. Il ne lui avait pas dit au revoir, comme d’habitude. Il accéléra, il ne devait pas être en retard, il devait bien travailler, c’était sa chance, le concours. Mais il n’y arrivera jamais.

 

La dernière chose qu’il vit, c’était un gros camion. Quelques temps passèrent, combien, il ne sut pas. Il se réveilla dans un hôpital.

 

Où était-il ? Que lui était-il arrivé? Était-il en train de mourir? Pourquoi n’arrivait-il pas à bouger?

Après un bref moment, les images de l’accident défilèrent dans sa tête. Celle du gros camion, de son scooter qui se mettait en pièce, tout lui revint en tête. Il comprit, il allait passer beaucoup de temps dans cet hôpital.

Un scooter en bon état.
CC:Igorovsyannykov/Pixabay

Une grande peur s’empara de lui, il n’arrivait toujours pas à bouger. Il est parfois difficile de dire par des mots ce qu’un cœur sur un visage inscrit. C’était comme s’il vivait dans un corps qui ne lui appartenait pas. Il avait raté son concours, son rêve, sa chance, le concours. Et de plus, il n’arrivait pas à bouger. Son père aussi, mourût dans une situation pareille. Il était mort sans être devenu fort, mort sans être devenu grand.

 

Il voulut pleurer, sans le pouvoir.

Il était tard, Ousmane, le Docteur Ousmane s’apprêtait à rentrer chez lui. C’était un homme calme, gentil. Il disait que si le corps des patients devait être guéri, leur esprit le devait encore plus. Certains disent qu’il aurait souffert d’une dépression sévère, lui, un Africain. On disait qu’il revenait de très loin.
Il allait partir quand une infirmière, entra dans son bureau. Elle lui expliqua qu’un jeune homme, un cas assez grave venait d’arriver. En hâte, il alla, avec de l’aide, s’occuper du jeune homme.

 

Son fils parlait au docteur, cet inconnu…

 

Le lendemain et les jours qui suivirent, il discuta avec le jeune homme aux rêves brisés. Il lui parlait d’on ne sait quoi.
Un jour la mère du jeune homme voulût entrer dans la chambre où était son fils. Elle vit  le docteur et son fils.  Son fils parlait au docteur, un inconnu. Le docteur lui tenait la main. Et le jeune homme qui parlait, pleurait, aussi. C’était rare.

Il passa du temps dans cet hôpital, des jours passèrent, il commença à bouger et à guérir. Il regrettait ces moments qu’il avait passés sans sa mère, ses sœurs, qui pourtant étaient tout prêt de lui. Il voulait secouer le monde, peut-être comme Einstein et ses potes. Eux l’avaient fait mais n’étaient plus là pour le voir. Lui, il était là. Et il comptait bien en profiter.

Il parlait de plus en plus, lui, le taciturne;  à sa mère, à ses sœurs. Il passa du temps à regretter son concours, à se demander ce qui était réellement important. S’il avait réussi son concours il n’aurait pas pu être en ce moment avec sa famille, à rire et à discuter. Il aurait sûrement déjà trouvé un autre but.

Ces moments de joies parfois anodins…
CC: Sasint/Pixabay

Un jour, il se leva, et un autre jour il marcha et sortit de cet hôpital. Dehors, tout semblait si nouveau, si beau. Des morveux qui au loin se tiraillaient aux éboueurs qui passaient. Tout était beau. C’était des humains qui bougeaient. Le ciel, les oiseaux, la poussière, il sentait tout. Il humait le vent, c’était plaisant. Il était heureux, il était vivant.

Ces temps passés dans cet hôpital lui ont appris, combien il était beau d’être avec ses proches. Il n’avait pas abandonné l’idée de devenir fort, non. Même si changer le monde ou écrire son nom dans l’histoire ne l’intéressait plus vraiment: à la fin, il ne sera plus là. Sa chance, il l’aura. Mais, il n’oubliera plus d’être présent, il n’oubliera pas les siens.

D’ailleurs, il n’oubliera pas non plus cet épisode de sa vie. Il était… vivant, ce n’était pas la fin de sa vie. Il allait en profiter pour vivre, c’était ça l’important; vivre.


Une bague au doigt? Non merci

Quand on est à deux, il y a une certaine joie, une paix. La joie de pouvoir partager ses sentiments avec quelqu’un, son âme sœur. Celle dont le cœur au sien répond. Souffrir, rire, dormir, pleurer à deux, il n’y a rien de mieux. Et ce beau jour, où devant toutes et tous, à coup d’alouwassio*, on s’engage. Ce beau jour là on est… heureux.

Femme mariée heureuse.
CC: Ninara via iwaria.com

 

Ces mots se disaient … avant… et d’ailleurs même de nos jours à certaines personnes dans certains milieux. Ceci pour faire l’apologie du mariage. Mais, malheureusement  ce discours  marche  de moins en moins.

De moins en moins de personnes croient aux discours qui idéalisent le mariage, et même se sentent bien étant seuls. Ces personnes se heurtent à des pressions qui viennent de leurs entourages. Ces personnes doivent supporter des phrases comme : Tu n’es plus toute jeune ou… Quand vas-tu enfin te trouver un homme? (Les femmes sont plus visées, surtout dans des sociétés africaines.)

Comment alors comprendre de telles personnes? De simples observations permettent de donner raison à plus d’une d’entre elles.

Les choses changent

Les réalités d’il y a quelques dizaines d’années ne sauraient en rien être comparable aux réalités d’aujourd’hui.

 

 

« Tout change et nous devons vivre avec notre temps »

Seydou Badian

 

Les mentalités et les réalités qui prévalaient il y a quelques dizaines d’années ont tous été remplacées par la recherche du savoir et de l’argent… ne laissant le mariage qu’à la fin de l’obtention de ceux-ci.

Certains n’ont plus confiance en le mariage

 

« Tu rencontres une personne, elle te plaît, vous trainez ensemble… vous signez un contrat, et hop vous êtes mariés. Après quelques années, vos têtes ne plaisent plus l’un à l’autre, dans le meilleur des cas, vous vous rappelez avec nostalgie vos moments passés… et … vous divorcez. Sérieusement, à quoi sert ce truc? »

Clara, une amie

Certaines personnes détestent ‘’ce truc ‘’ qu’est le mariage à cause de l’image, qui dans leurs esprits y est liée. Comment voulez-vous que ces personnes pensent du bien du mariage? Elles sont des produits de ces choses vraiment horribles qui se passent dans ces ‘’trucs ‘’ que l’on appelle mariages. Des exemples, il y en a beaucoup.

Enfant triste CC: Pixabay via iwaria.com

D’autres encore ont subi de très sérieux revers à plusieurs reprises dans des relations avec le sexe opposé. Leur conclusion, elle est simple: ‘’Les femmes sont des sorc*ères ‘’ ou… ‘’Les hommes sont de sal*uds ‘’

 

Certains vivent en concubinage

Ceci est à remarquer aussi. Certaines personnes, choisissent d’habiter ensemble sans aucun lien de mariage. Sans s’être passée la bague aux doigts. Peut-être, est-ce pour faciliter une éventuelle rupture. Je ne sais pas. Pour moi, quand on accepte, on dit oui.

Le mariage, encore aujourd’hui malgré tous ces bémols fait encore rêver plus d’une personne. Peut-être n’est-il devenu que ce qu’on en a fait.

 

 


*alouwassio: cri de joie souvent prononcé lors des mariages.


Akonto, le patriote

Les voleurs, les ennemis des peuples, ceux qui font du mal à nos nations ne sont pas toujours seulement ceux à qui on pense. Parfois ceux à qui on pense sont aidés par des gens qu’on ne soupçonne même pas. Il nous arrive de nous tromper.

 

Akonto lui ne se trompait pas, il ne se trompait jamais. Ceux qui faisaient du mal à son pays, son beau pays qu’il aimait tendrement (à sa manière), ce beau jeune homme les connaissait bien. Ces gens étaient bien entendu les dirigeants corrompus, ces voleurs de république, ces vieil hommes qui ont la bedaine.

 

Les dirigeants corrompus, ces voleurs de républiques

Il était dix-heures du matin, Akonto de son vrai nom Akonto-Yeyemplé Dovéto Kantata MATROMATRO qu’on appelait tout simplement Akonto pour ne pas faire penser à une incantation venait de se réveiller.

Heureux de s’être réveillé aussi tôt, il se débarbouilla, enlevant les crasses de l’avant-veille de son visage. Il ne voulait pas utiliser beaucoup d’eau, pas qu’il était devenu écolo, non, d’ailleurs il trouvait ces gens-là bizarre.

 

En réalité la faute était à imputer à ceux qui faisaient du mal à son pays, aux dirigeants corrompus, aux voleurs de républiques. Parce que s’ils aimaient vraiment le pays comme le patriote Akonto ils auraient rendu gratuite l’accès à l’eau dans toute la capitale.
Akonto s’habillait et s’apprêtait à sortir de la chambre que lui avait loué son oncle à son arrivé du village. Il fallait le voir ce matin-là pour être convaincu que négliger son hygiène corporelle à ce point devrait être un délit.

 

Il sortit donc de sa chambre avec son outil de travail, une moto chinoise non immatriculée qui lui servait à faire son travail de conducteur de taxi-moto. Pourquoi n’avait-il pas immatriculé sa moto? Réponse simple, il n’avait pas à nourrir avec l’argent de son travail ces dirigeants corrompus, ces voleurs de république…
Il faisait son travail en marge de ses études universitaires.
En effet après son quatrième essai il avait fini par avoir son baccalauréat et avait eu la chance d’être envoyé en ville pour poursuivre ses études universitaires. Là, il s’est rendu compte combien il était difficile de suivre des cours de macro-économie ou tout autre dans un amphi aussi rempli d’individus qui de surplus dégageaient des odeurs… euh peu appréciable.
Akonto avait compris que suivre ces cours était une perte de temps et qu’en conduisant sa moto il gagnerait de l’argent. De plus ces cours étaient incompréhensibles. La faute était à imputer à ces voleurs de républiques, s’ils aimaient vraiment le pays et la jeunesse du pays ils auraient prévu des cours moins compliqués, oui, et des universités dans toutes les villes du pays. Lui aimait son pays et avait compris, l’argent n’était pas à l’école.

 

De l’eau gratuite dans toute la ville, des cours moins compliqués

Il prit donc sa moto pour aller gagner de l’argent. Il sortit de la maison et dépassa le dépotoir « sauvage » qu’il avait créé avec l’aide de ses voisins pour trouver un ou deux clients. Oléyia ! Une dame qui sortait d’une grande et belle maison l’appela. Une grande… une belle maison… logiquement c’était forcément une des maisons de ces voleurs de républiques, ces gens corrompus.

Maison de luxe – CC: PaulBr75/Pixabay

Lui Akonto étant un bon et honnête citoyen ne pouvait jamais s’offrir une telle maison.
Après avoir trainé çà et là Akonto se préparait à rejoindre une « base », nom qu’il donnait aux lieux où se reposaient les conducteurs de taxi-motos, lieu où il devait avoir de l’ombre et un vendeur de journaux.

 

L’attendant à la base, le vieux conducteur de taxi-moto Nunyal expliquait à ses jeunes collègues combien ils devaient avoir confiance en eux même, combien ils devaient travailler, combien ils devaient supprimer les impossibilités, ils leurs disaient qu’ils pouvaient s’en sortir, que jamais ils ne devaient perdre espoir. Ils leurs expliquait que la nuit dans peu de temps allait faire place au jour.

La nuit qui fait place au jour
CC: Paulbr/Pixabay

Ne jamais perdre espoir

 

Un élève ne sachant pas combien Akonto était pressé d’aller se reposer après cette longue matinée de travail de moins de deux heures, voulait traverser la route quand Akonto, lui, passait. Énervé, le jeune conducteur cria « dégage ».

 

Ah oui « dégage » ce mot béni. Il devait aller le scander encore la semaine prochaine lors d’une manifestation.
Que voulez-vous, il faut bien que quelqu’un fasse partir ces gens-là, ces dirigeants corrompus, ces voleurs du peuple. Les seuls qui font que les pays n’avancent pas.


Seul dans son coin, l’introverti

C’est une erreur de penser que celui qui ne dit rien n’a rien à dire. Je pensais qu’il n’avait rien à dire, il était toujours silencieux et taciturne, mais ce jour-là, il était… différent. Il faisait rire tout le monde. Il était bien loin du camarade introverti que j’ai connu en classe de première. Ce jour-là, assis ensemble et attendant qu’un problème de connexion internet se résolve dans cette salle d’attente de banque, nous avons eu le temps de discuter. J’ai alors compris que les relations humaines ne s’appréhendaient pas de la même manière pour tous.

Jeune homme en train de penser.
CC: Thintallbayo/Pixabay

Le son strident qui annonçait la fin de la troisième heure et le début de la récréation venait de sonner. Ce cours ennuyeux d’histoire-géographie que l’on pouvait retrouver mot pour mot dans certains cahiers de parents venait de se terminer. Le lycée s’emplissait de bruit ; de cris et de rires.

Je sortis de cette classe de première, et comme à mon habitude je me mis à observer depuis l’étage de ce bâtiment déjà vieux les allers et retours de mes camarades, et dans leurs mouvements désordonnés, apparut dans mon esprit une certaine récurrence, un ordre que crée les routines de chacun.

J’observais leurs sourires, leurs rires, je les voyais se taquiner, se parler. Ils trouvaient ça si naturel. Pour eux, c’était « normal » . Moi, personne ne me taquinait, personne ne m’embêtait, personne ou presque ne me parlait. Les rares qui l’ont fait ont dit que je ne souriais jamais, que j’étais celui qui était toujours seul dans son coin, l’introverti.

Si normal et si naturel de rire

Ils ont dit que je jouais au grand frère, que j’étais prétentieux, que je ne parlais jamais à personne, que je regardais toujours les gens de haut. D’ailleurs, je trouvais qu’ils me regardaient de haut aussi.

Ils ne savaient pas qu’observer et parler, c’était ce que je faisais toujours. Je parlais à la seule personne qui pouvait me comprendre, à la seule qui acceptait de m’entendre. Je me parlais à moi-même, je pensais. Je ne les comprenais pas, ni eux ni leurs blagues. C’était étrange. Eux non plus ne me comprenaient pas.

…la seule personne qui pouvait me comprendre

 

 

Comment pouvaient-ils comprendre que ce léger rictus qui sur mon visage se dessinait était pour moi la seule chose qui exprimait la joie ? Comment pouvait-ils comprendre que je ne savais pas rire, que je ne savais pas parler aux gens, que chaque phrase que je sortais correspondait à une lutte pour choisir le moment, l’intonation, les mots adéquats ? Tout le monde sait rire, me diront-ils, mais moi, personne ne m’a jamais appris à rire.

Sourire
CC: Giuliamar/ Pixabay

Je suppose que les rires de soulagement, la joie qui à leur naissance accueille les enfants, leurs enseigne le rire et sur leurs visages efface les pleurs du début du combat de la vie. Pour moi, ils n’avaient pas à rire, je n’avais pas pleuré. 

 

les pleurs du début du combat de la vie

 

Du temps était passé depuis ma naissance, je ne pleurais pas, je ne riais pas non plus, j’observais toujours. D’ailleurs, un jour j’observais la cour et je voyais Léonce et Blessings qui vers moi avançaient. Elles au moins elles m’aimaient bien, elles me disaient toujours bonjour. Mais même elles ont ri quand je n’ai pas pu épeler le mot « village » au cours d’anglais. Bon, ça devait être drôle. Et puis, elles savaient qu’en anglais, j’avais toujours été le meilleur. Je les aimais bien moi aussi, surtout Blessings. Mais aux moments où je voulais lui parler, je tremblais. Un peu comme quand papa était là. Et surtout quand il me criait dessus.

 

Depuis la première, beaucoup de temps s’est écoulé. Je suis toujours introverti, mais j’ai grandi, et je pense m’être assagi, je ne cherche plus à vous ressembler, vous autres. Je ne tremble plus jamais ou presque. J’ai appris à rire, à sourire, à parler. J’ai appris à regarder les gens dans les yeux, à ne plus avoir peur.  Tout ça parce que finalement, je n’aimais pas trop ça, être seul dans mon coin.

Je n’avais pas vu le temps passer. Nous nous étions séparés, enrichis de connaissances. Quant au « petit  » problème de connexion internet, ça avait été réglé un soir où mes pensées s’attardaient sur un peuple en quête de vie et de liberté.