ammelfou

L’action culturelle se meure à Blida

La matière première, pour Martinez, demeure l’humain, « c’est une pâte que nous pouvons modeler à notre guise et lui faire aimer cette terre nourricière, ces montagnes, ce littoral, ces villes dont l’âme a disparu. »


Des étudiants du Ghana à Blida

Des étudiants du Ghana ont suivi durant les premiers mois de l’année 2019 une formation en FLE (français langue étrangère) afin de pouvoir s’inscrire dans les différentes spécialités de l’enseignement supérieur en Algérie. Appiah, le délégué du groupe de neuf (9) étudiants s’est dit très satisfait de son apprentissage à l’Institut Supérieur Ennour de Blida, sous la houlette de l’enseignant Mekfouldji : « Tout le groupe a réussi dans un laps de temps n’excédant pas six mois à tenir une conversation en français, dans la rue même, et réussir les différents tests écrits. » Est-ce à dire que la langue française est facile à assimiler ? Réponse négative de Paul qui est convaincu que la volonté de chacun a beaucoup joué.

Prince, un étudiant très studieux. Ph. Mekfouldji

Gloria, une étudiante très réservée, a expliqué que son acquisition de la langue de Molière est passée également par l’écoute des chansons classiques de Jacques Brel, Georges Brassens, Charles Aznavour. Prince, un footballeur et poète à ses heures, se dit très satisfait de la formation mais reproche les conditions d’hébergement à El Affroun, cité universitaire à 20 kms de Blida, où foisonnent les moustiques, surtout durant la saison estivale. Arthur, futur étudiant en architecture, déclara être content de la formation mais qu’il a eu du mal à accepter la cuisine locale, mis à part le couscous.

Sortie dans les magasins. Ph. Mekfouldji

Tous les étudiants sont d’accord sur un point, celui de l’ambiance xénophobe constatée dans les grands boulevards et les quartiers commerciaux de Blida. « Je crois bien qu’on ne nous aime pas » affirma Appiah même si les deux sorties en groupe avec l’enseignant formateur avaient démontré le contraire. Les salutations d’usage et le semblant de quiétude dégagé font que la thèse de l’animosité des autochtones vole en éclats. Farouk, un des sportifs du groupe, s’est dit « content de tout et que sa future résidence à Boumerdès allait asseoir définitivement sa joie d’être en Algérie.

Sortie d’étude – Ph. Mekfouldji

La semaine passée, l’EN de football du Ghana des moins de 23 ans est venue à Sétif battre l’EN algérienne et se qualifiant par la même occasion au tournoi final du Caire prévu au mois de novembre. Cela confirme encore davantage que tout est possible en terre algérienne.

Collation de fin d’études. Ph. Mekfouldji

Les responsables de l’Institut ont organisé une collation en l’honneur des étudiants du Ghana à l’issue de laquelle des diplômes ont été remis aux apprenants.

Paul reçoit son diplôme. Ph. Mekfouldji


Tipazia Parc ouvre ses portes

Le Tipazia Parc est fonctionnel ! La SARL Famili shop, dont le siège est à Blida, a inauguré jeudi 22 août 2019 son parc d’attractions à Tipaza, au bord de la mer.

Inauguration officielle de Tipaza Parc. Ph. Mekfouldji

Situé sur un promontoire d’où on admire la mer, le parc d’attractions et de loisirs dispose de plusieurs zones : jeux, pique-nique, activités sportives, mini zoo, poney étalés sur treize hectares et employant entre 200 et 300 personnes, selon les saisons. « Un site formidable que tout te monde pourra admirer dès ce jeudi », affirme, modeste, le premier responsable du groupe.

La Grande roue avec vue sur mer. Ph. Mekfouldji

Les équipements modernes sont l’œuvre de sociétés italienne, turque et chinoise et pourront répondre aux besoins et œuvres des familles qui attendaient déjà le départ des autorités afin d’occuper les espaces.

Tout pour les sensations fortes. Ph. Mekfouldji

« Les vœux des familles de toute la région voient enfin le jour », s’est réjouie le directeur général de la SARL Famili Shop, présent évidemment à l’inauguration, . Tipaza, Blida, Aïn Defla et autres départements, même Alger, draineront les milliers d’enfants au quotidien, avec des portes qui demeureront ouvertes chaque jour jusqu’à minuit.

Vingt-et-une attractions modernes, un karting, « le plus grand circuit d’Algérie », un train, un parc de jeux virtuels de dernière génération et des aires de repos feront du lieu surplombant la mer, un lieu de rendez-vous indétrônable.

Des sensations en perspective. Ph. Mekfouldji

Un chef d’établissement scolaire présent à l’inauguration n’a pas manqué de préciser : « Il sera donné à tous les élèves scolarisés une occasion de se défouler durant l’année à travers les sorties organisées par les établissements. » C’est vrai que le lieu distant de moins de 100 km à la ronde d’agglomérations comme Cherchell, Tipaza, El Affroun, Hadjout, Blida, Boufarik, Koléa et l’attractivité de l’espace avec ses jeux comme la Grande roue, le Bateau pirate, le train et autres jeux pour petits et grands et sa proximité de la mer et de ses plages feront de Tipazia Parc un grand espace de ralliement. La restauration, les kiosques et le grand parking encourageront les familles à revenir, c’est certain.

Des centaines de véhicules avec parking gratuit. Ph. Mekfouldji

Khaled, un chef de famille, se voit déjà présent tous les jours en cette période de vacances. « Nous avons maintenant un espace à nous pour passer toute la journée sans nous ennuyer et pour nous distraire, il était temps que cela se réalise » a-t-il conclu avec un large sourire.

Jeux inédits. Ph. Mekfouldji


Après la victoire, joie et allégresse en Algérie

Toute l’Algérie était rivée aux écrans de télévision, à la maison ou sur les terrains, pour suivre les Fennecs durant la finale de la Coupe d’Afrique des nations 2019. Suspense jusqu’à la dernière minute du temps mort au Cairo Stadium puis délivrance !

Joie et allégresse ont fait sortir toutes les familles dans les rues, et Blida ne faisait pas exception ! Impossible de circuler dans les artères de la ville : la population était dehors et les rues ne suffisaient plus à contenir les fans de l’équipe nationale algérienne. Les poulains de Belmadi pouvaient être fiers de cet engouement et heureux d’avoir pu donner de la joie à plus de 40 millions de citoyens.

Tous les âges étaient représentés au stade Daïdi de Blida où les responsables commençaient à préparer dès 14h l’installation de l’écran géant devant retransmettre le match Algérie – Sénégal. Les paris allaient bon train et nombre de supporters parlaient de la crainte d’une revanche des coéquipiers de Mané.

Les jeunes se coloriaient les joues. Ph. Mekfouldji
Masques et tatouages. Ph. Mekfouldji

Le but de Bounedjah, survenu très tôt, dès la deuxième minute, a permis de tranquilliser les supporters mais l’angoisse devint intenable après 30 minutes de jeu. Il fallait un second but pour se mettre à l’abri, mais les Sénégalais monopolisèrent le ballon et le gardien M’boulhi dut étaler sa classe pour préserver ses bois. L’arbitre camerounais envoya les joueurs aux vestiaires, permettant ainsi aux Fennecs d’accrocher la seconde étoile, vingt-neuf ans après la première remportée à Alger même avec les Madjer, Belloumi, Assad…

Feux d’artifice, klaxons, sifflets, cris, lumières vives : les rues d’Algérie donnèrent à voir toute la joie d’un peuple partagé entre la crise politique et la victoire continentale. Un père criera : « J’ai marché à 14h pour le Hirak, le changement politique, et je marche la nuit pour la victoire ! » Il n’arrêtait pas de klaxonner, criant et gesticulant tout en conduisant son véhicule où s’entassait toute sa famille. Les jeunes se coloriaient le visage aux couleurs des Verts, chantaient et dansaient, oubliant pour un temps le chômage, la malvie. Mahrez, Bennacer, M’boulhi étaient passés par là, transmettant cette fibre patriotique et ces élans de joie.


Joie et allégresse en Algérie

Joie et allégresse en Algérie ! Suspense jusqu’à la dernière minute du temps mort au Cairo Stadium puis délivrance ! Toute l’Algérie était rivée aux écrans de télévision, chez soi ou sur les terrains à suivre sur écran géant les Fennecs durant la finale de la Coupe d’Afrique. Joie et allégresse ont fait sortir toutes les familles dans les rues. Blida ne faisait pas exception ! Impossible de circuler dans les artères de la ville : la population était dehors et les rues ne suffisaient plus à contenir les fans de l’EN algérienne. Les poulains à Belmadi pouvaient être fiers de cet engouement mais, en retour, heureux d’avoir pu donner de la joie à plus de 40 millions de citoyens.

Les gens affluent au stade Daïdi Ph. Mekfouldji

Tous les âges étaient représentés au stade Daïdi de Blida où les responsables commençaient à préparer dès 14h les conditions d’installation de l’écran géant devant retransmettre le match Fennecs – Lions. Les paris allaient bon train et nombre de supporters parlaient de la crainte d’une revanche des coéquipiers de Mané. Le but de Bounedjah, survenu très tôt, dès la deuxième minute, a permis de se tranquilliser côté supporters mais l’angoisse devint intenable après 30 mn de jeu.

Masques et tatouages. Ph. Mekfouldji

Il fallait un second but pour se mettre à l’abri mais ce fut les Sénégalais qui monopolisèrent le ballon et le gardien M’boulhi dut étaler sa classe pour préserver ses bois.  L’arbitre camerounais envoya les joueurs aux vestiaires, permettant ainsi aux Fennecs d’accrocher la seconde étoile, vingt-neuf après la première remportée à Alger même avec les Madjer, Belloumi, Assad…

Joie éclaté. Ph. Mekfouldji

Feux d’artifice, klaxons, sifflets, cris, lumières vives : les rues d’Algérie donnèrent à voir toute la joie d’un peuple partagé entre la crise politique et la victoire continentale. Un père criera : « J’ai marché à 14h pour le Hirak, le changement politique, et je marche la nuit pour la victoire ! » Il n’arrêtait point de klaxonner, criant et gesticulant tout en conduisant son véhicule où s’entassait toute sa famille. Les jeunes se coloriaient le visage aux couleurs des Verts, chantaient et dansaient, oubliant pour un temps le chômage, la malvie. Mahrez, Bennacer, M’boulhi étaient passés par là, transmettant cette fibre patriotique et ces élans de joie.

Les jeunes se coloriaient les joues. Ph. Mekfouldji


La finale de la CAN, match poudrière ou incendie pour l’Algérie ?

Faut-il craindre que la finale de la CAN soit jouée ce vendredi, jour de Hirak, ce mouvement de révolte pacifique des Algériens qui manifestent tous les vendredis ?

L’Algérie a la fièvre du foot. L’Etat mobilise ses moyens pour envoyer des milliers de supporteurs au Caire voir les Fennecs affronter le Sénégal. Un véritable pont aérien avec pas moins de 36 avions prévus, et ce nombre ne cesse d’augmenter. Dans ce convoi, il y a neuf avions de l’armée algérienne. L’homme qui dirige la lutte contre les politiciens corrompus n’est autre que le Chef d’état-major, Gaïd Salah. Pour ce dernier, la victoire est impérative afin de servir davantage sa prise de pouvoir déguisée. Une victoire des Fennecs, détournant l’attention des Algériens, serait salutaire pour le régime de transition.

Partout à travers le pays, les stades font office de rassemblements des supporteurs, devant des écrans géants qui vont retransmettre la finale. On n’a aucune idée du coût global, mais les hommes sensés n’hésitent pas à rappeler que lors des dernières inondations au Sud du pays, le ministère de l’Intérieur n’avait pas envoyé d’avions pour le transport des secours, au motif qu’il était quasiment impossible les premiers jours de mobiliser de tels moyens.

Les agences de voyage sont prises d’assaut depuis la qualification en finale, avec une seule destination demandée : Le Caire. Des centaines de jeunes errent à travers les larges avenues de Blida et d’autres villes, quémandant une place pour la capitale égyptienne. Toutes les couches sociales sont impliquées, tous les âges, hommes et femmes ! Les résultats du bac sont publiés ce jeudi et des milliers de candidats auraient aimé partir également, filles comme garçons.

Belmadi président ?

Il faut dire que cette occasion de se réjouir fait beaucoup de bien. Des anciens ministres et premiers ministres, comme Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, se trouvent depuis peu en prison pour corruption caractérisée. Le simple citoyen montre du doigt cette « assabiya », mafia en arabe, qui a détourné en cinq ans de mandat de l’ex président Bouteflika pas moins de 1500 milliards d’euros. Sans parler des terres agricoles détournées à leurs profits et celui de leurs parents. Alors, voir son équipe en finale pour la première fois depuis 29 ans…

Les manifestations de joie des supporteurs algériens à travers le monde n’ont pas laissé insensibles les camarades de Baghdad Bounedjah, qui ont promis de ramener le trophée en Algérie. Le pays parle maintenant de donner des responsabilités politiques au sélectionneur Djamel Belmadi et ses poulains, eux qui ont prouvé sur le terrain leur amour du pays.


Une victoire des Fennecs synonyme de paix ?

Parallèle du Hirak -mouvement de révolte pacifique- des Algériens tous les vendredis et celui des étudiants chaque mardi avec le jour de la finale de la CAN : Une victoire des Fennecs sera-t-elle synonyme de paix ? Un match dans le sens large de poudrière pour toute l’Algérie ?

Football et démocratie vont de pair Ph. Mekfouldji

Mobilisation des moyens de l’État pour envoyer des milliers de supporters au Caire, un véritable pont aérien avec pas moins de 36 avions prévus –et le nombre ne cesse d’augmenter-. Dans ce nombre il y a neuf avions de l’armée algérienne. On n’oublie pas que l’homme qui dirige la lute contre les politiciens corrompus n’est autre que le Chef d’état-major, Gaïd Salah. Pour ce dernier, la victoire est impérative afin de servir davantage sa prise de pouvoir déguisée. Une victoire des Fennecs est donc salutaire pour le régime de transition.

Partout à travers le pays, les stades font office de rassemblement des supporters devant des écrans géants qui vont retransmettre la finale. Aucune idée du coût global mais les hommes sensés n’hésitent pas à comparer avec les dernières inondations au Sud du pays et l’absence d’envoi d’avions avec le transport des secours au motif qu’il était quasiment impossible les premiers jours de mobiliser de tels moyens, dixit le ministère de l’Intérieur.

Les agences de voyage sont prises d’assaut depuis la qualification à la finale avec une seule destination demandée : Le Caire. Des centaines de jeunes errent à travers les larges avenues de Blida et d’autres villes, quémandant une place pour la capitale égyptienne. Toutes les couches sociales sont impliquées, tous les âges, hommes et femmes !

Candidats au BAC qui veulent être en Egypte. Ph. Mekfouldji

Les résultats du Bac ont lieu ce jeudi et des milliers de candidats auraient aimé partir également, filles comme garçons.

Dans les réseaux sociaux, on n’hésite pas à imiter le coup-franc de Mahrez des temps morts, coup-franc qui a emmené les Fennecs en finale.

Imitation tout azimut de Mahrez. Ph. Omar F.

Les manifestations de joie des supporters algériens à travers le monde n’ont pas laissé insensibles les camarades de Bounedjah qui ont promis de ramener le trophée en Algérie.

Beaucoup de ministres et d’ex.premiers ministres, Ouyahia et Sellal, se trouvent en prison depuis peu pour corruption caractérisée et le simple citoyen montre du doigt cette « assabiya », maffia en arabe, qui a détournée en cinq ans de mandat de l’ex.président Bouteflika, pas moins de 1.500 milliards d’euros sans parler des terres agricoles détournées à leurs profits et au profit de leurs parents. Cela dépense tout entendement et le pays parle de donner des responsabilités politiques à Belmadi et ses poulains, eux qui ont prouvé sur le terrain leur amour du pays.

Akli Mehdi, ancien joueur et manifestant du Hirak. Ph. Mekfouldji

Une finale inédite avec deux joueurs, Mané et Mahrez, qui postulent pour le trophée de meilleur joueur africain. L’équipe victorieuse assurera à son joueur ce fameux titre individuel.


Sid Ahmed Benarbia, chantre de Blida

Benarbia Sid Ahmed, 68 ans, chantre de la ville des roses, avait quatre ans quand les premières balles de la guerre d’indépendance furent tirées. Le Machiavel blidéen tire sûrement sa source et sa verve de ce combat libérateur. Nombre de personnes de sa grande famille tombèrent au champ d’honneur quand d’autres vécurent ou vivent encore modestement, à l’abri de l’appât du Pouvoir de l’argent avec tout ce que cela suppose…


En Algérie, la protestation politique éclipse la CAN

Dimanche 23 juin, l’Algérie a remporté son premier match de Coupe d’Afrique des nations, deux buts à zéro, face au Kenya. Mais dans les grandes villes du pays, la politique fait plus parler que le football africain.

Ce billet a été originellement publié sur blidalgerie.mondoblog.org.

Les Fennecs ont réalisé une entrée sans encombre dans la compétition. Les Algériens ont battu les Kenyans facilement. Mais à travers les rues de Blida et d’Alger, les discussions étaient ailleurs. La fête était à la lutte contre la corruption.

Un record mondial a été atteint en Algérie avec pas moins de cinq anciens premiers ministres entendus par la justice. Deux d’entre eux ont été écroués : messieurs Ouyahia et Sellal. L’objectif est de nettoyer tout le terrain politique de ces magnats. On parle quand même de 50 000 milliards de dinars algériens, soit 500 milliards d’euros. En tout, pas de moins de douze personnalités sont impliquées. De quoi largement former une équipe de football, avec des remplaçants. 

El Harrach passionne plus que Le Caire


Chaque vendredi, le « hirak » continuer à réclamer la fin du système algérien. Le mouvement en est à sa 18e journée de protestation, avec toujours le même slogan : « DÉGAGE ». Cela vaut aussi pour le chef d’état-major Gaïd Salah, qui ne cesse de se mêler de politique, même si on lui reconnaît la paternité du démarrage des éliminations des gens du système.

L’actualité algérienne est indéniablement dominée par cet aspect de la vie au quotidien, quelque peu loin de la CAN 2019. Même si plusieurs dizaines de supporters, surtout venant de France et d’Allemagne, ont fait le déplacement au Caire et sont heureux de fêter la première victoire de leur équipe. Alors l’oreille reste suspendue aux résultats des poulains de Belmadi et des coéquipiers de Mahrez, mais la priorité demeure : « À qui le tour de prendre le chemin des quatre hectares ? » (synonyme de la prison d’El Harrach, dans la banlieue d’Alger).
La victoire contre le Kenya n’était que la cerise sur la gateau pour tout ce peuple épris d’honnêteté politique.

Crédit photo : Abdelkrim Mekfouldji


En Algérie, la protestation politique éclipse la CAN

Dimanche 23 juin, l’Algérie a remporté son premier match de Coupe d’Afrique des nations, deux buts à zéro, face au Kenya. Mais dans les grandes villes du pays, la politique fait plus parler que le football africain.

Les Fennecs ont réalisé une entrée sans encombre dans la compétition. Les Algériens ont battu les Kenyans facilement. Mais à travers les rues de Blida et d’Alger, les discussions étaient ailleurs. La fête était à la lutte contre la corruption.

Un record mondial a été atteint en Algérie avec pas moins de cinq anciens premiers ministres entendus par la justice. Deux d’entre eux ont été écroués : messieurs Ouyahia et Sellal. L’objectif est de nettoyer tout le terrain politique de ces magnats. On parle quand même de 50 000 milliards de dinars algériens, soit 500 milliards d’euros. En tout, pas de moins de douze personnalités sont impliquées. De quoi largement former une équipe de football, avec des remplaçants. 

El Harrach passionne plus que Le Caire


Chaque vendredi, le « hirak » continuer à réclamer la fin du système algérien. Le mouvement en est à sa 18e journée de protestation, avec toujours le même slogan : « DÉGAGE ». Cela vaut aussi pour le chef d’état-major Gaïd Salah, qui ne cesse de se mêler de politique, même si on lui reconnaît la paternité du démarrage des éliminations des gens du système.

L’actualité algérienne est indéniablement dominée par cet aspect de la vie au quotidien, quelque peu loin de la CAN 2019. Même si plusieurs dizaines de supporters, surtout venant de France et d’Allemagne, ont fait le déplacement au Caire et sont heureux de fêter la première victoire de leur équipe. Alors l’oreille reste suspendue aux résultats des poulains de Belmadi et des coéquipiers de Mahrez, mais la priorité demeure : « À qui le tour de prendre le chemin des quatre hectares ? » (synonyme de la prison d’El Harrach, dans la banlieue d’Alger).
La victoire contre le Kenya n’était que la cerise sur la gateau pour tout ce peuple épris d’honnêteté politique.


La rue dit « non » à Bouteflika

Depuis plus d’un mois, le 22 février dernier exactement, la rue dit « non » à Bouteflika. Plus encore, toutes les couches sociales rejettent le système politique en vigueur dans le pays depuis juillet 1962.

Un peu d’histoire

Le 19 mars 1962, l’Algérie savourait un cessez-le-feu après sept années de guerre contre l’occupant français. Cependant, le Gouvernement Provisoire (GPRA), de mouvance politique nationaliste, fut écarté par l’armée des frontières dirigée par Boumediène et qui installera Ben Bella au pouvoir. Avant de l’en déposséder trois années plus tard, en 1965. Jamais ne sera alors donnée une chance aux hommes politiques de diriger le gouvernement et toute idée de démocratie, de multipartisme et d’ouverture fut bannie.

Une lueur d’espoir vint avec le soulèvement d’octobre 1988 et l’instauration du multipartisme. Mais les premières élections libres donnèrent la victoire aux islamistes du FIS, victoire volée par l’armée qui avait pris peur. Une décennie noire s’installa dans le pays avec, comme tribut à payer pour la démocratie, près de 200 000 morts.

Mohammed Boudiaf fut ramené du Maroc par le « système » et il eut à diriger le pays de janvier 1992 à la fin juin de la même année, soit durant six mois à l’issue desquels il sera assassiné à Annaba. Jusqu’à ce jour, on ignore tout des tenants et des aboutissants de cet acte.

Bouteflika sera alors rappelé, lui qui avait tout le temps été très proche de Boumediène et il eut une sorte de revanche à prendre !

Le peuple dit « NON ». Ph Mekfouldji

Il restera au pouvoir durant quatre mandats alors que la constitution ne prévoyait que deux mandats successifs. Cette fameuse constitution qui sera encore revue puisque le Président fut victime d’un AVC en 2014, mais qu’il continue à exercer le pouvoir par clan interposé. Finalement, à la veille d’un 5ème mandat pour lequel il s’est encore porté candidat, la rue dit « NON » à Bouteflika !

Tout le monde rejette le système. Ph. Mekfouldji

Depuis le 22 février 2019, chaque vendredi c’est la population dans toutes les grandes villes algériennes qui sort exprimer son rejet. Et c’est par secteurs professionnels que le pays rejette la mafia du pouvoir : avocats, juges, enseignants, médecins, étudiants sortent à tour de rôle exprimer leur ras-le-bol du système.

Bouteflika aura la ruse d’abandonner le 5ème mandat mais opte pour le rallongement du 4ème mandat jusqu’à l’installation d’un gouvernement provisoire et d’une assise pour l’édification d’une seconde république. Là encore, tout le monde rejette l’idée mais les responsables nommés par le président en exercice -en principe jusqu’au 28 avril, date limite avant l’entrée dans l’illégalité- poursuivent leurs rencontres avec les partis et même les capitales des puissances étrangères.

Même les jeunes disent « NON ». Ph. Mekfouldji

Le peuple n’en veut plus et il l’exprime à travers les réseaux sociaux, et pacifiquement, jusqu’à attirer la sympathie internationale.

Chaque vendredi la rue dit « NON ». Ph. Mekfouldji

Qu’en sera-t-il à la fin du mois d’avril ? Le printemps algérien -et non arabe- aura montré sa patience…


J’ai mis fin à mon contrat d’enseignant

Le 23 janvier 2019, jour de mes 65 ans printemps –ou automnes, c’est selon- j’ai mis fin, volontairement, à mon contrat d’enseignant me liant à un lycée privé de la ville de Blida, en Algérie. Un cumul de pression, de marchandage avec les élèves pour une meilleure entente en classe ont nui à mon enseignement. Non pas qu’ils recouraient à la violence physique ou verbale mais, étant pour la plupart des enfants de familles aisées, ces enfants refusaient d’apprendre. Ils assistaient aux cours afin de ne pas être portés absents, faisaient œuvre de présence aux yeux de leurs parents et de l’administration de l’établissement.

L’apprentissage n’intéresse qu’une minorité. Ph. Mekfouldji

À la fin de l’année, ce sont les enseignants qui sont pointés du doigt pour ne pas avoir su inculquer du « savoir » dans les têtes de ces enfants, qui refusent toute idée d’effort, de recherche, de concentration, d’écriture même. L’enseignement est devenu difficile, réellement !

J’avais beau tenter de leur ramener des textes d’actualité, des extraits d’ouvrages précédés par de courtes biographies des auteurs, leur donner des polycopiés pour les laisser se concentrer uniquement sur le débat en classe, les échanges, la recherche des problématiques… Rien n’y faisait ! Les récalcitrants à l’effort, en majorité des garçons, préféraient parler de leur portable, des dernières sorties en groupe. Ils se jetaient des blagues les uns aux autres avec des rires bruyants, indisposant le rare nombre d’apprenants venus justement pour assimiler des cours du programme, le bac étant leur ultime objectif !

Des documents polycopiés pour l’ensemble des élèves. Ph. Mekfouldji

Plus de quarante années d’enseignement, et des générations d’élèves, arrivant même à enseigner au père puis à l’enfant : j’étais sans doute arrivé à saturation. J’ai choisi librement le métier d’enseignant au temps où toutes les portes de l’emploi étaient ouvertes. Le renouvellement des supports pédagogiques m’a permis de me mettre à jour et d’être au plus près des exigences du métier, même sur le plan psychologique. J’ai constamment gardé le dialogue ouvert, ce qui fut considéré comme une faute par le surveillant général… Lorsqu’il a appris ma décision de démissionner, il a dit au proviseur de l’établissement : « C’est de sa faute, il n’a pas su imposer son autorité en classe. » Comment imaginer une classe de langues sans débat, sans dialogue ? Alors qu’elle doit justement servir à l’acquisition des rouages de la langue française ?

On dit « génération difficile ». Ph. Mekfouldji

Je leur ramenais des auteurs et écrivains, des cinéastes pour parler d’œuvres faisant l’actualité. Les parents d’élèves et l’administration étaient reconnaissants sur ce point. Nombre de classes ont participé à la préparation des venues d’écrivains aussi illustres que Amin Zaoui, Adlène Meddi, Samir Toumi, le cinéaste Bachir Derrais, le caricaturiste Slim, un peintre…

Denis Martinez avec le staff administratif de l’école. Ph. Mekfouldji

Il n’était nullement question de reconnaissance mais d’une forte tentative d’intéresser le jeune lycéen à la chose culturelle. Je ne voulais pas qu’il soit une simple machine à ingurgiter les notions inculquées pour les ressortir le jour de l’examen. Après quatre années de présence active dans cet établissement, ma santé mentale a flanché en ce début d’année 2019. Surtout que les critères d’admissibilité des élèves dans cet établissement ne remplissaient pas les conditions requises pour plus du tiers de chaque classe. Nous nous retrouvions avec sur les bras des élèves illettrés, incapables de déchiffrer des mots en français langue étrangère, après plus de 12 ans de présence sur les bancs des écoles. Comment étaient admis ces élèves ? Nul ne semble détenir la réponse ! Ces élèves s’ennuient alors en classe et gênent les autres. Incapables d’efforts et conscients de leur grand écart de niveau, ils refusent même les cours particuliers pour rattraper ce qui pourrait l’être.

Le nombre d’élèves dans certaines classes est décourageant. Ph. Mekfouldji

À défaut de voir ces élèves renvoyés avec une orientation vers l’apprentissage de savoirs manuels, j’ai préféré lever l’ancre moi-même et m’éloigner de ces rivages devenus trop houleux pour moi.


Le Mawlid, naissance de Mohammed

Le Mawlid célèbre la naissance de Mohammed, prophète de l’Islam et des musulmans. Elle se fête chaque année à des degrés divers. En Algérie, cela va des étendards représentant chacune des tribus de Timimoun au simple henné pour enfants dans quelques villes du nord du pays.

Mawlid, joie des enfants – crédit : Abdelkrim MEKFOULDJI

Ainsi, à Blida, les familles tiennent à cuisiner toutes sortes de pâtes : beghrir, r’fiss, tchekhtchoukha, mhadjeb et m’ârek ainsi que la fameuse « tamina », de la semoule grillée et mélangée au beurre et qu’on arrose de miel avant de la décorer avec de la cannelle.

Depuis quelques années, les écoles et les crèches fêtent le Mawlid, naissance du prophète, en répétant des chants religieux et en jouant des saynètes représentant les périodes du vivant du prophète. Dans les mosquées de la ville, des rappels sur la vie du Prophète sont enseignés la veille de la fête, une fête que renient les plus durs parmi les pratiquants, ceux qu’on appelle les « islamistes ». Ceux là ne veulent point entendre parler de « fête », de « commémoration » ou même de réjouissance pour les enfants.

La Tamina, indétrônable – crédit : Abdelkrim MEKFOULDJI

Daoud, un technicien dans une entreprise étatique, affirme que « ce jour vaut autant que les autres, même si l’État nous accorde un jour chômé et payé ». Au contraire de bien des collègues à lui qui courent les magasins et les trottoirs à la recherche de bougies, pétards, henné, poulets et cacahuètes. « Je ne peux imaginer une fête religieuse sans un repas plantureux et donner de la joie à mes enfants », assure Karim, un enseignant du secondaire dans un lycée de Blida. Le souk ou les grandes surfaces sont envahis la veille même du Mawlid afin d’accomplir ce « rituel » des courses propres à la commémoration de la journée.

Repas copieux en ce jour de fête – crédit : Abdelkrim MEKFOULDJI

Le soir du Mawlid, des enfants réunis en groupes déambulent dans les rues et jouent avec le « bouchikha« , un vieil homme dont le visage est masqué et qui joue au saltimbanque au milieu d’une « halqa » -une ronde- avec comme objectif d’amuser la galerie contre quelques dinars, des bougies ou des gâteaux. Cela dure jusqu’au milieu de la nuit.

Dans les maisons, bougies et encens donnent à cette journée un aspect particulier mais les hommes et les femmes sont surtout heureux de se retrouver en famille en cette veille de fête, avec la journée sans travail et synonyme de repos.

Tout est prétexte pour festoyer – crédit : Abdelkrim MEKFOULDJI


L’homme ailé, nouvelle

Une fois n’est pas coutume, une nouvelle fantastique  se voulant merveilleuse a été rédigée en une seule nuit du mois d’août. Elle est publiée pour le plaisir et, pourquoi pas, recevoir un jugement.

Gardiens du patrimoine (?)

L’homme ailé

Le Tafouk (soleil) déclinait dans le ciel encore rougeoyant et louar (lune)  osait apparaître timidement, permettant à Sassoud, le saint de l’Ahhagar, de poursuivre l’apprentissage de la sagesse et de la patience à son fils Amamelen. Il était question en ce début de soirée du sens du sacrifice. « Tu es doté mon fils d’ailes qui se déploieront à la vue de dangers imminents et celles-ci t’emmèneront au Soudan, chez nos cousins cueilleurs de sel. » Amamelen se frottait le bas de l’épaule droite et il devinait une excroissance qui pouvait être celle de ces ailes dont lui parlait son père, un père adoptif puisqu’il ne lui connaissait point de femme, et donc de mère. Un feu de bois devenait braise au fil de la leçon et une théière surgit du néant, où la boisson chaude, brûlante même, tournait de la couleur transparente à la couleur de l’urine – une volonté de Amamelen de toujours comparer la boisson aux petits besoins de son puissant chameau, son bolide du désert. Le sable se rafraichissait, ses grains changeaient de couleur et les deux personnes se concentraient sur l’ébullition de l’eau dans la théière avant que Sassoud n’y verse une poignée de thé vert. Le long bras de Sassoud commença le rituel du mélange à travers la distribution « équitable » du thé sur deux verres, les reversant dans la théière puis les remplissant à nouveau : la couleur changeait réellement et, enfin, la distribution eut lieu. Tout en appréciant le breuvage, Amamelen interrogeait son père : « Comment traverser le grand Reg, où retrouver les Gueltas indispensables à la survie, par quel moyen deviner les oasis amies, … » Sassoud lissait sa grande barbe blanche, fixait des yeux ce fils paraissant peu téméraire. Il dit, d’un ton calme mais sec : « Ton chameau te guidera, tes ailes sauront naviguer dans les airs et tu apprendras à les guider à force d’entraînements. Tu pourras même prendre un peu du courage de nos Anciens, consulte l’histoire des hommes qui nous ont précédés… » À ces mots, Amamelen remua ses bras et sentit alors une charge lourde au dessus de ses épaules : les ailes se déployaient ! Il n’eut pas le temps de prendre part au troisième passage du thé, signe de remerciement à Dieu et il s’éleva à travers le Tassili des Ajjer. Il dominait toute la hamada où quelques eaux de ruissellement laissaient paraître de maigres débris de végétaux. Son regard se promenait encore au loin quand il aperçut non point des tentes, des khaimas, mais des habitations en dur , aux couleurs du sable et du blanc du ciel par des matinées encore épargnées par le Tafouk pratiquement toujours en colère et le faisant ressentir à tous les audacieux osant l’affronter avant sa disparition le soir au profit de Louar toujours clémente mais qui n’ose point être présente de façon continue.

Monde étrange

Amamelen décida de voler jusqu’à l’oasis et il en fut très proche en moins d’une heure ! Toujours impatient et curieux, il entra sans précaution dans l’oasis d’Erg et une de ses ailes abîma une foggara. Une centaine d’hommes et de femmes vinrent à sa rencontre, mis en colère par les dégâts et voulant savoir quel était cet être étrange qui avait l’apparence d’un homme et d’un grand oiseau à la fois. Les deux antagonistes, fort inégaux en nombre, s’observaient et longtemps après, Amamelen prit la parole :

  • J’habite une khaima pas loin d’ici et je voulais connaître votre peuple et votre mode de vie.
  • Et qui êtes-vous ? avança un homme paraissant le chef de l’oasis.
  • Je suis Amamelen et j’appartiens à la tribu Touareg de l’Ahaggar.
  • Comment portes-tu des ailes ? lui posa la question un jeune homme de forte corpulence.
  • C’est un don de notre sage Sassoud, octroyé pour faire face aux dangers !

Une jeune femme sortit du groupe de curieux, avança vers Amamelen et lui lança :

  • Tu devras réparer ce que tu as détruit en partie mais tes ailes ne te seront d’aucune utilité puisque cela se passe sur terre.

Amamelen observait cette jeune femme, aux traits clairs, au melhfa digne et très colorié. Elle le regardait sans gêne, confirmant par là son rôle de chef de famille, notamment avec ses bras où des tatouages apparaissaient, tenant ses hanches minces. Il eut cette réponse de génie :

  • Certes, je ne peux réparer ce que j’ai abîmé accidentellement mais je saurais vous être utile pour une autre mission.

Des murmures fusèrent de la foule et une autre femme s’approcha :

  • L’eau manque dans notre oasis, comment pourras-tu nous en donner si tu as ce pouvoir ?

Amamelen sentit ses ailes disparaître ; il eut un mouvement de recul, ses yeux s’écarquillèrent et sa bouche demeura sans voix.

La première femme vint alors à son secours :

  • Tu as dû voler longtemps, viens te reposer dans notre maison.

Il passa devant un groupe de méharistes, un bétail très amaigri cherchant difficilement un pâturage devant les entrées de maisons généralement recevant un toilettage et permettant ainsi à l’herbe de pousser. Il toucha de ses mains les murs sur son passage et se promit d’en construire de pareils dans son oasis au cas où il y retournerait. Il doutait déjà de sa survie au milieu de cette population loin d’être accueillante. La jeune femme le présenta à son père, Amenokal, avant de s’éclipser dans la salle à côté. Amamelen ne savait quoi dire  à ce vieil homme ressemblant étrangement à Sassoud. Il prit part au thé de bienvenue et, l’atmosphère devenant détendue, il se fit expliquer ce qui était attendu de lui.

  • Tu es capable de voler, tu auras donc la mission de remplir nos puits en nous ramenant l’eau des oueds que tu apercevras du haut du ciel.
  • Mais, Amenokal tout puissant, mes ailes ne poussent que selon une volonté que j’ignore et que je ne domine point !
  • Tu as été capable de venir jusqu’à nous, nous saurons attendre que tu en sois à nouveau doté de ce moyen propre aux oiseaux. Allah est grand !

Cette dernière expression signifiait qu’il mettait fin à l’entretien. Amamelen sortit de la chambre, alla s’asseoir au pied d’un palmier pour se protéger quelque peu de Tafouk maintenant haut dans le ciel et qui dardait ses rayons ressemblant plus à des épées foudroyantes. Il repensait à son père et aux mots de sagesse qu’il lui apprenait au fil des jours et des semaines. Il se rappela ainsi qu’il pouvait voir ses ailes se déployer s’il se sentait en danger mais là, rien ne le défiait à part le fait de devoir retrouver des points d’eau. Il alla chercher la fille, Awatif de son prénom, et lui conta son problème. Elle était belle, de cette beauté saharienne où les traits au henné noir dégageaient un regard étincelant. Elle s’était changée et portait un tissegh’ness qui lui moulait les formes. Un collier en argent, travaillé finement, ornait brillamment son cou et ses mains, également tatouées au henné noir, laissaient voir bagues et bracelets en argent qu’il n’avait jamais remarqué chez les femmes de son oasis.

  • Tu sembles perdu jeune homme ; que se passe-t-il ? Mon père te veut du mal ?
  • Non, pas du tout Awatif! Au contraire, il m’a bien reçu mais il m’a demandé à la fin une action que je crains de ne point réaliser.

Il expliqua la mission et raconta à la belle jeune femme comment il pouvait accéder à la puissance du port d’ailes. Elle réfléchit un long moment, appréciant au détour la compagnie de ce bel homme, puis lui trouva ce qui pouvait être la solution :

  • Il faudrait que nous te menacions de mort si tu ne nous ramènes pas l’eau avant le prochain lever de Tafouk et tu pourrais alors te voir pousser des ailes et t’enfuir. Mais, réaliseras-tu la mission une fois loin de chez nous ?
  • Toi Awatif, femme aux nobles sentiments, tu m’apportes la solution espérée. Comment pourrais-je alors t’oublier ?

Le plan mis en commun fut porté à la connaissance de l’Amenokal par la fille, sans faire part de la complicité des jeunes personnes. Il fut surtout question de la nécessité urgente de disposer de l’eau source de vie, de la sécheresse qui sévit et de l’absence de pâturage pour le bétail ainsi que de l’alimentation en légumes. Le tableau ainsi présenté par Awatif fit lever Amenokal qui alla voir de suite le jeune homme :

  • Amamelen, tu dois nous ramener l’eau nécessaire à notre survie avant le prochain Louar! Dans le cas contraire, nous devons te trancher les bras et les jambes et te laisser choir sur notre terre jusqu’à ta mort !

Le jeune homme fut effrayé à la seule perspective de perdre ses membres et acquiesça :

  • Je tenterai de ramener l’eau nécessaire à la vie, la seule capable de vous sauver Amenokal.

Dès la sortie de Amenokal, le jeune homme se prosterna et s’emplit de la pensée de Sassoud le sage. Celui-ci lui parut au milieu de la nuit, à travers un rêve : « Tu iras à travers le désert de Tadrart, tu voleras au dessus des ergs d’Ouan Kassa et de Tin Merzouga, tu verras alors les peintures de Jabbaren sur le plateau de Tamrit et tu atterriras du côté de Oued Aroum qui te dévoilera la tombe. Tu prieras dessus et une fontaine surgira. Fais cinq fois le tour de la tombe à pied, n’endommage point tes ailes et reviens par le même chemin jusqu’à l’oasis où tu résides actuellement. Lève une armée de citoyens que tu guideras alors jusqu’à l’endroit en prenant soin d’emmener de quoi survivre durant des semaines. Tu chargeras ces hommes de creuser des foggaras jusqu’à  leur oasis. Ça sera le prix à payer. »

Amamelen se réveilla en sursaut, se répéta les consignes afin de n’oublier aucun détail et alla confier le projet, d’abord à Awatif puis  à Amenokal. Ce dernier, en grand chef hospitalier, servit le thé en trois étapes, accompagné de kessra propre à la région puis rappela les menaces planant sur le jeune homme au cas où le projet n’aboutirait point : « Tu seras recherché partout dans le Sahara. De l’Akba Tafilalet, nous pourrons apercevoir tes traces et les dieux du Sefar sauront nous guider jusqu’à toi. » Amamelen se souvient des histoires véhiculées par les mères et les grands-mères sur le pouvoir multiforme que les peintures rupestres de la cité troglodyte, notamment celles de Tin Zoumaïtec et les Tetras N’alies dont les pitons pourraient l’atteindre lors de son vol. Il jura de tenir parole, surtout que Awatif et son charme l’envoûtaient déjà.

Sortant de chez l’Amenokal, Amamelen se concentra sur sa mission. Son corps se métamorphosait ; des excroissances virent le jour et il put s’envoler, pas avant d’avoir pris les mains de Awatif et de lui demander de lui porter chance. Elle tendit ses lèvres vers le front de « son prince » et appliqua un doux baiser. Les ailes se déployèrent et Amamelen fut en une seconde dans les airs, observé par tout le village. Rares étaient les personnes au courant de sa mission. Belkheir, un grand commerçant d’une ruelle voisine et ayant des visées sur la jeune Awatif, vint voir Amenokal et lui fit part de son projet d’épouser la jeune et belle femme. Cette dernière, mise au courant, alla pleurer dans sa chambre : « C’est un homme violent, rustre ! Comment pourrais-je l’accepter ? » Elle joignit ses deux mains et implora ses dieux qui ne l’ont jamais abandonnée : « Faites revenir au plus vite Amamelen et je le demanderais moi-même en mariage ! »

Amamelen était dans les cieux, survolant le plateau d’Alanedoumene puis le canyon de Rayay ; les Hamadas avec ses immenses dalles rocheuses ne pouvaient contenir l’eau dont avaient besoin les sujets de l’Amenokal. Il prit à l’est et il découvrit après des heures de vol ce qui lui était décrit comme le Fezzan. Le Tafouk, haut dans le ciel, lui brûla à ce moment une partie de ses ailes et il dût se poser sur terre. Nulle âme alentour, et le désert de pierrailles lui fit craindre de ne jamais pouvoir voler à nouveau. Il s’abrita derrière un gros rocher, à la recherche d’une ombre qui se faisait rare et, ô surprise, il entendit des hommes parler derrière le rocher. C’était l’entrée d’une caverne ! Un homme bardé de lames et de cimeterres accourut, le menaçant et lui donnant l’ordre de le suivre à l’intérieur de la grotte. Amamelen se leva douloureusement, fatigué et assoiffé qu’il l’était, et marcha devant le guerrier lourdement armé.

À l’intérieur de la grotte, un groupe de personnes, de peau noire, tenait conseil. L’un d’eux prit la parole, dans une langue qu’il comprenait à demi-mot, le Tamasheq étant sa propre langue. On lui fit comprendre qu’il n’avait rien à craindre s’il les conduisait vers son village et que toute leur marchandise soit troquée contre des vivres. Ils transportaient sur leurs chameaux accroupis à l’intérieur de la grotte des blocs de sel qu’ils devaient acheminer jusqu’à l’autre bout du Sahara, du côté de la Mauritanie. Diviser le trajet en deux valait la peine et le Chef voyait à travers Amamelen une occasion unique de retourner plus tôt dans son pays et nouer sans doute des relations avec un peuple à mi-parcours.

Le fils du sage Sassoud demanda à réfléchir un moment et on lui laissa un endroit pour « se recueillir ». Il implora alors son père de lui venir en aide. « Fallait-il poursuivre sa route à la recherche de l’eau pour l’Amenokal ou accompagner cette caravane jusqu’à son oasis et contribuer à l’action de troc ?  Le retard ainsi accumulé pourrait être compris comme une fuite par le père de Awatif et susciter sa colère. Et que penserait cette dernière ? Il avait également besoin de repos pour renforcer ses ailes et pouvoir voler à nouveau.

Le campement des Baka venus du Soudan sentait bon le sel, un produit qui serait bénéfique à son peuple mais la mission dont il était chargé lui tenait encore plus, surtout que l’enjeu non pas de la survie mais de l’union avec la belle Awatif occupait désormais ses pensées. À cette réflexion, ses épaules lui firent un peu mal et il ressentit désormais cette sensation de se voir pousser des ailes. Il promit au chef de la caravane de revenir le voir et, au détour d’une grosse pierre –préférant garder son secret-, il prit son envol, toujours vers l’est. Il arriva bientôt en vue d’une large bande verte, une oasis comme surgie du néant et se posa près d’une source d’eau. En un clin d’œil, il fut entouré par des hommes de Kel Aïr, des commerçants de chameaux et redoutables guerriers dont son père en avait fait la description un jour. Ils l’observèrent d’un regard non point méfiant mais menaçant, cherchant des explications à sa morphologie, le tâtant et le bousculant même. Il dut s’expliquer lentement, afin de ne point les froisser et leur raconta ses mésaventures.

Habitués au commerce et à l’imposition de toutes sortes de taxes, les hommes de Kel Aïr exigèrent qu’ils soient emmenés d’abord auprès des Soudanais de Baka qu’ils n’avaient pas vus passer afin de leur exiger le « droit de passage » puis vers l’oasis de l’Amenokal afin de négocier une conduite d’eau à travers la région jusqu’à la tribu de Awatif contre des marchandises à voir sur place.

À pied et montés sur des chameaux, les hommes de Kel Aïr arrivèrent après deux jours de marche à la grotte des Baka. Il leur fut facile d’imposer leur point de vue, soit le cinquième de la marchandise transportée, comme droit de passage et poursuivirent leur marche jusqu’à l’oasis de l’Amenokal qu’ils découvrirent au bout de cinq jours. Ce délai fut mis à profit par ces rugueux guerriers de Kel Aïr de connaître les forces des hommes à rencontrer. Le chef était même curieux de faire connaissance avec la belle Awatif que Amamelen avait décrit sous ses meilleurs atouts.

Après l’arrivée et un grand repas servi en l’honneur des invités, la discussion eut lieu dans le vaste salon de l’Amenokal. Ce dernier ne disposait pas d’une réelle armée, au contraire de son hôte et les échanges tournaient au profit de Kel Aïr. Le chef, à la vue de Awatif, la rajouta dans ses conditions, d’abord aimablement : « J’aimerais bien vous demander votre fille à emmener avec nous pour faire davantage prospérer notre tribu. » Devant le refus de l’Amenokal, de Belkheir et, surtout, de Awatef, les guerriers de Kel Aïr prirent un ton féroce et changèrent les conditions des échanges. Il fut alors question de taxer davantage l’arrivée d’eau, de multiplier par deux l’octroi de bêtes et de prendre le dixième de chaque récolte réalisée grâce à l’eau provenant du point d’eau d’où seront creusés les foggaras.

L’Amenokal demanda à parler à sa fille. Celle-ci montra sa farouche détermination à ne point être la compagne de « chef de brigands » selon son expression et demanda à s’entretenir avec Amamelen.

Retirés dans une petite chambre au fond de la maison, le jeune « couple » étudia toutes les possibilités d’échapper à ce tragique « troc ». Le Ma-tennà devint très sérieux, toutes les éventualités étant évoquées et les deux jeunes en vinrent à la conclusion qu’ils iraient réveiller les Dieux des grottes, les têtes rondes des forêts de Sefar et de Jabbaren dans le plateau de Tamrit et qui sauront les sauver des Kel Aïr et ramèneront eux-mêmes l’eau dans les foggaras et faciliteront les échanges avec les gens de Baka.

L’entreprise dura deux semaines entières et lorsque Amamelen décida de rentrer chez lui, accompagné de Awatif qu’il prit comme femme au terme d’un cérémonial grandiose et haut en couleurs, il se concentra tellement que les ailes lui sortirent du dessus de ses épaules mais l’élan donné les brûla et le jeune couple atterrit violemment sur terre, perdant la vie en ce désert du Tanezrouft, si cruel envers la nature et les hommes.

FIN


Choléra à Blida

Choléra à Blida ! Qui l’aurait pensé avant ? L’Algérie était renommée pour avoir éradiqué toutes les maladies contagieuses, les pandémies et les infections graves et contagieuses. Depuis 1962, date de l’indépendance du pays, il n’y a eu qu’une grave épidémie en 1986. Celle de 2018 révèle la carence de l’Administration de tout le pays ! Rares sont les communes qui prennent en charge d’une manière rationnelle et responsable l’hygiène publique : assainissement des eaux usées, sensibilisation, gestion de l’eau, manipulation des produits phytosanitaires, sélection des ordures, collecte des déchets ménagers.

Qui se soucie de la collecte immédiate ? Ph. Mekfouldji

Nombre de personnes comparent l’Algérie à un enfant orphelin ! Les gouvernants sont occupés à assurer leurs arrières en cas de suspension, de mises à l’écart et la corruption bat son plein à tous les niveaux. L’avocat Ali Yahia Abdennour, militant des droits de l’homme, dans une contribution parue dans le quotidien El Watan en date du 8 juillet 2018, évoquait la corruption, le népotisme, l’inflation à deux chiffres. Il a cité les 19 ans de pouvoir du président Bouteflika et la dépense de 1000 milliards de dollars avec des résultats médiocres.

Rares sont les admissions à l’hôpital de Boufarik. Ph. Mekfouldji

Choléra à Blida ! Ce que révèle le retour du choléra en Algérie, c’est la gabegie de tout un système basé sur la flagornerie, l’échec du système scolaire, la détérioration des hôpitaux, une économie dépendant uniquement du cours du pétrole, le culte de l’argent facile. La population ne se reconnaît point dans ses gouvernants et la révolte couve dans plusieurs régions, notamment au Sud du pays et en Kabylie. Irons-nous jusqu’à l’autonomie régionale ? On interdit des festivals et des concerts de musique durant l’été, à Ouargla à la fin du mois de juillet et à Sidi Bel Abbès le 1er août, on interdit les plages aux femmes avec bikini à l’est du pays ; ces interdits illustrent l’absence de l’État : que fait la police, que fait la gendarmerie ? Qui est derrière ces interdictions ?

Même la faute d’orthographe « trône ». Ph. Mekfouldji

Choléra à Blida ! Le chômage des jeunes dépasse les 22%. Qui s’en préoccupe ? Une virée du côté du littoral à l’ouest a laissé voir des centaines de jeunes s’occupants de parkings du bord des plages, de vente de fruits et légumes de saison. À la question de savoir ce qu’ils vont faire une fois la saison terminée, certains sourient en déclarant en riant : « Nous tenterons d’aller de l’autre côté de la mer. » Se donner le statut de réfugié en Europe vaut dix fois mieux que la vie sur place. À Mostaganem, 350 km à l’ouest d’Alger, les jeunes n’ont aucune qualification en sortant de l’école et du collège. Le taux d’échec est élevé mais qui s’en soucie ? Leur proposer une formation qualifiante les déshonore, eux qui sont témoins à longueur de journée et de semaines de la « réussite » phénoménale d’enfants de maires, de responsables à la wilaya (préfecture), d’enfants d’officiers supérieurs de l’armée et de la police. Au même moment, la mendicité croît dans le pays.

Partage inégal de la rente. Ph. Mekfouldji

Choléra à Blida et ailleurs ! Si la fièvre monte, c’est la faute au thermomètre. Les cas de choléra sont présents dans le pays dans six wilayas sur 48, mais le 3 août, date de son apparition, quelques cas confinés à deux wilayas – Blida et Tipasa – n’ont été reconnus que le 23 août, soit vingt jours après. On parle de 88 cas de choléra suspectés, dont 41 cas confirmés et le décès de deux personnes. Le SG du parti majoritaire – FLN – M. Ould Abbès a osé déclaré qu’ « il ne faut pas s’en faire au moment où nous enregistrons dans le monde 150.000 à 200.000 décès, l’Algérie n’enregistre que deux. »

Le cimetière comme issue fatale ? Ph. Mekfouldji

Le ministre de la santé s’était engagé à éradiquer la maladie en trois jours, vite contredit par le Pr Bengounia, ancien chef du service épidémiologie et médecine préventive au CHU Mustapha Pacha : « Le fait d’arriver hier et de dire qu’on va régler cela en trois jours, c’est une déclaration irresponsable. »

Les malades sont isolés. Ph. Mekfouldji

Choléra à Blida et cinq autres wilayas ! La ministre de l’éducation nationale, maintient vaille que vaille que la rentrée scolaire aura lieu le 5 septembre ; les parents hésitent à suivre, notamment dans les wilayas concernées où une forte concentration de jeunes est présente. Comment leur inculquer les mesures de précaution ? À qui ?

Immondices tout à côté des écoles. Ph. Mekfouldji
Eaux stagnantes partout. Ph. Mekfouldji

La télévision étatique n’a point programmé jusqu’à maintenant des émissions pour montrer aux familles quelles sont les règles minimales de protection. Au contraire, les chaînes étatiques rendent compte surtout du bulletin de santé du président Bouteflika, parti en Suisse pour des examens de contrôle. Parti juste à l’annonce du fléau ! Qu’en pensent les habitants des villes et villages touchés par la maladie ?


Remplacement des médecins en vacances

Le remplacement des médecins partis en vacances bat son plein ! Est-il possible d’abandonner son malade, son patient, pour se permettre des jours de détente ? Rares sont les médecins privés, notamment les spécialistes, à prendre le soin d’orienter le malade suivi sur un confrère, un collègue. N’existe-t-il pas un code de déontologie pour parer à ces carences ?

Nombre de médecins privés sont en congé Ph. A.Mekfouldji

Un rapide tour auprès de quelques cabinets privés a renseigné sur un autre aspect : le remplacement des médecins ne respecte point l’inscription au tableau de l’Ordre et que de parfaits inconnus exercent à la place des titulaires. Un de ces médecins, de sexe féminin, a même usé d’injures pour me signifier que cela ne me concernait pas ! Du monde à l’intérieur et parmi les malades, rares étaient ceux qui savaient qu’ils avaient à faire avec une remplaçante –une doublure- et aucun avis n’était mentionné dans la salle d’attente. Supercherie ? Trahison de la confiance ? Irresponsabilité du premier médecin ?

Cabinet de médecin Ph Mekfouldji

Partir en vacances est un acte « légal », mais tout autant l’est aussi l’assurance du suivi des patients ! Qu’adviendra-t-il si un patient succombe faute d’une juste évaluation de son mal, notamment lorsque ces derniers sont pris en charge juste avant le départ ! Une négligence passible des tribunaux. Le départ en vacances devant être une agréable et douce perspective pourrait se transformer en mauvaise surprise avec des jugements auprès des tribunaux.

Des soins dentaires laissés en chantier, des soins postopératoires « abandonnés » aux mains de remplaçants ne disposant point de fiches de suivis. Le calvaire de certains malades s’accentue avec les chaleurs et l’absence du médecin traitant !

Vague de chaleur sans précédent à Blida. Ph Mekfouldji

Ne pas aviser un malade du remplacement du médecin, lui qui a été orienté vers « ce » praticien, relèverait de la trahison. La recherche du profit pourrait également être un mobile suffisant pour d’abord ne pas fermer son cabinet puis garder un maximum de clientèle. Il est dit que des médecins privés reçoivent jusqu’à 100 patients/jour. Est-il possible d’ausculter un tel nombre de malades dans la journée ? Dans les hôpitaux publics, le médecin ne dépasse guère les 25 consultations à lui seul ; à l’extérieur, le nombre est quadruplé !

L’Ordre des médecins a du pain sur la planche ! L’anarchie facilement visible devant beaucoup de cabinets auxquels un passage discret a été accompli, devrait cesser, pour la quiétude de citoyens aspirant également au repos estival.


Vacances quoiqu’il arrive

L’été est arrivé à Blida. Alors que ceux qui travaillent toute l’année posent peu à peu leurs congés, la crise qui a suivi la saisie de 700 kg de cocaïne continue, éclaboussant les hautes sphères. 

L’été est là ! À Blida, la canicule n’est certes pas de l’importance du Sahara algérien mais le bassin qui enfouit la ville ne laisse point passer de souffle d’air. Si les riches semblent être toute l’année en vacances – leur progéniture passe même des weekends dans les pays européens du bassin méditerranéen -, cette fois-ci, les vacances pour « pauvres » s’imposent. Des vacances pour couches travailleuses, smicardes, au chômage, ou tout simplement, sans ressources permettant de partir en…vacances. On parle souvent de prendre « congé »… La nuance est sans doute là !

Pour la grande ville de Blida ( 300.000 habitants pour la seule commune ), beaucoup disent que ses habitants subissent le – mauvais – sort, mais ces langues aptes à se délier semblent ne pas connaître la climatologie, la géographie, les reliefs. Qu’elles s’instruisent donc : l’essentiel est ailleurs ! Il suffit de grimper une jolie route en lacets pour atteindre, après 18 km, la station de montagne Chréa, envahie certes par les nouveaux riches mais qui continue à diffuser sa fraîcheur. Aller de l’autre côté, vers le nord, fera déboucher le pauvre Blidéen sur le littoral de la Méditerranée, après moins de 40 km de route. Bou Ismaïl (ex. Castiglione), Aïn Tagourait (ex. Bérard), Tipasa, Cherchell… autant de lieux qui offrent « gratuitement » leurs eaux aux baigneurs.

Bord de mer après Cherchell. Ph. Mekfouldji

Les gens de Blida vont partout, même à l’étranger ! Tunisie, Espagne, France, Turquie, Egypte reçoivent des « fournées » de Blidéen. Ils fuient la fournaise de leur ville et viennent chercher d’autres sensations, parfois à l’abri des regards malveillants des voisins et des cousins. Les moyens ne sont pas les mêmes et des langues pourraient relater quelques histoires qui alimenteraient les cafés, les écoles, les salles de fêtes durant les autres saisons de l’année.

Se préparer pour la plongée, même à la maison. Ph. Mekfouldji

Pour l’ambiance, à l’heure du départ en congés, beaucoup de gens attendent que quelque chose se passe en « haut lieu », chez les « décideurs » du pays. L’affaire des 700 kgs de cocaïne et de la viande congelée saisis la semaine dernière attend notamment une résolution : après avait été mise sur un bateau à destination d’Alger, la « cargaison » avait finalement changé de bateau en Espagne pour prendre la direction d’Oran. Sa découverte a provoqué un grand scandale qui a éclaboussé les hautes sphères du gouvernement algérien, après que l’affaire a été prise en charge par les services de la Défense nationale. Si la marchandise a été saisie à Oran, d’aucuns se demandent pourquoi le jugement aura lieu à Alger (?). Des têtes ont commencé à sauter, et on parle de règlements de comptes et de changement de cap pour les gouvernants et décideurs du pays.

Dans cette lutte clan(s) contre clan(s), le simple citoyen voudrait bien être laissé tranquille : il a déjà donné pour tout le monde. Des affaires louches ont lieu en économie, en politique, en industrie, en agriculture ; des affaires découvertes mais jamais jugées, des détournements avérés mais dont les auteurs sont laissés tranquilles, de l’immobilier acquis avec l’argent public en Espagne, en France et en Italie par de hauts responsables politiques, mais un vrai laissez-faire, des assassinats de personnes gênant la trajectoire du Pouvoir qui demeurent impunis… Le chef suprême de la police, M. Hammel, a malgré tout été démis de ses fonctions, des procureurs sont tombés, des enfants de grands responsables nommés par le principal trafiquant, à la tête lui-même d’un immense trafic dans l’immobilier, Kamel « le boucher » donne des noms, ayant lui-même pris la précaution de filmer tous ceux qui avaient trempé dans ses affaires.

Le simple citoyen laisse exprimer sa lassitude en ne s’intéressant plus à ces événements ! Les vacances pour « pauvres » ne seront pas dérangées par ce remue-ménage. La coupe du monde de Russie, reçue dans les chaumières grâce aux largesses de chaînes allemandes, sert cette année de dérivatif. D’autres évoquent les examens de fin d’année pour oublier que cette année s’étire.

Les examens ne finissent jamais pour certains. Ph. Mekfouldji

La table sera servie en septembre mais qu’y aura-t-il au menu ? Il vaut mieux prendre quelques jours de vacances et voir venir…à l’ombre d’un parasol, non d’un cocotier.


Blida, Bab Sebt pour tourner en rond

Désert urbain ! Bab Sebt pour tourner en rond. Un qualificatif  pouvant illustrer le quotidien d’un lieu qui pourrait re-devenir mythique. De porte de début de semaine de l’époque ottomane, ouvrant sur le dynamisme d’une ville à vocation commerciale et agricole à la Bab Sebt permettant d’arpenter un boulevard Trumelet garni de bigaradiers du temps de l’occupation française puis les premières années d’indépendance et l’effervescence d’une jeunesse embrigadée dans les mouvements politiques et les associations sportives, les grands débats aux ciné club, centres culturels algérien et français (tiens ?), les passages de groupes de filles et garçons des deux seuls lycées  de la ville, Ibn Rochd et El Feth, une maison de la Presse bondée, avec des livres à la portée de tous, l’affichage des programmes de la semaine pour les sept salles de cinéma que comptait la ville. Les cafés Novelty et Milk Bar du bas rivalisant avec La Paix, L’Exquise, le Rendez-vous du haut du boulevard et de la Place du 1er  Novembre pour servir au quart de tour une clientèle attablée avec l’unique titre de quotidien d’information, la carafe d’eau et le verre reluisant précédant toute commande. Jeannot, Kabrane, De gaulle, Patiguel : personnages hauts en couleurs, passant au travers de défilés de police militaire surgissant du néant.

Place du 1er Novembre, endroit mythique de Blida. Ph Mekfouldji

Service national, révolution agraire, quartier réservé ramèneront leur flux de migrants ; la mue s’opérait imperceptiblement. Les tables de café ne s’essuyaient plus, le verre d’eau ne suivait plus, l’affichage du programme cinématographique  hebdomadaire ne s’opérait plus, les enceintes militaires se délimitaient et se fermaient, créant deux espaces –ou deux mondes : civils et militaires. Coopératives d’entreprises remplaçant les centres de jeunesse, marchandise de souk El Fellah revendue à même le sol cultivaient –ou enracinaient le souci de remplir l’estomac. Les salles de cinéma commencent à disparaître, tout autant que les fièvres du samedi soir puis une ouverture brutale sur la « voix du peuple » du mois d’octobre, des symboles de l’Etat incendiés, quelques morts puis une anarchie s’enlisant, une errance et vint la décennie où il s’agissait beaucoup plus de survivre.

Bab Sebt Quartier central de la ville de Blida Ph. Mekfouldji

Les autochtones ont perdu la boussole ! Les coopératives immobilières, les lotissements sans plan directeur, les entreprises privées fermant à tour de bras devant la déferlante du « bazar » où tout s’importait et se vendait par la faute d’une faune sauvage voulant in-volontairement la mise à mort de l’esprit résistant de l’Algérien en général. La résistance n’a plus lieu d’être et c’est le déficit de civisme qui frappe tout le monde.

Bd Laïchi, avec un Blidéen devenant un des symboles de la ville Ph Mekfouldji

Trottoirs occupés par des commerces de jean’s et de parapluies made in, des mannequins sous différentes poses, des librairies et des commerces qui se transforment en fast-food, le « tout à l’estomac » qui fait déglutir ! Bab Sebt devient anonyme ! La « normalisation » par le bas bat toujours son cours…

Une propreté rarement constatée Ph. Mekfouldji

C’est la mort métaphorique d’un lieu.