Arthur Floret

« The Island »: plongée dans la réalité des demandeurs d’asile sur l’île Christmas

Le Guardian, journal britannique de référence, en partenariat avec la Fondation Bertha, diffuse un documentaire poignant sur l’île Christmas.

La réalisatrice, Gabrielle Brady, explore le travail que Poh Lin Lee, psychothérapeute, mène avec des demandeurs d’asile placés en détention dans le désormais mondialement célèbre « Guantanamo australien ».

Des témoignages bruts et intimes sur les déchirures de la migration et les effets de la détention sur un fond visuel et sonore envoûtant à ne pas manquer pour mieux comprendre les drames humains qui se cachent derrière une politique controversée qui inspire jusqu’en Europe.


Rose vs vert

L’enfer vert ! La jungle de l’île Christmas est verte verte verte verte !

Alors quand on voit une plante rose, on est surpris, on s’arrête, on regarde, on apprécie.

Le genre de moment qui n’arrive pas souvent en ville ou dans un parc…

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Une plante rose au cœur de la jungle verte de l’île Christmas. Crédit Photo: Arthur Floret.

 


Egeria Point : le bout du monde du bout du monde

Que n’évoque le bout du monde…

Vous entendez d’abord son appel, comme James Bond en train de siroter son martini dans son bain.

Oui, le bout du monde, c’est loin. Il faut être un peu jet set pour pouvoir se payer le voyage.

Vous vous retrouvez ensuite à suer sang et eau, Indiana Jones cherchant le Graal.

Le bout du monde, c’est forcément en terre inconnue, et un exploit physique en soi pour y arriver.

Vous l’atteignez enfin, et vous voilà les cheveux au vent, inspirant à plein poumons l’air de la liberté, tel le voyageur contemplatif de Caspar David Friedrich, là-haut, seul sur sa montagne.

Car le bout du monde, c’est désert, za va de zoi !

Puis vous rentrez chez vous en gardien d’un savoir et d’une expérience uniques, à la manière de Jorge de Burgos, le vieil aveugle flippant du Nom de la rose.

Parce que le bout du monde, ça fait des jaloux, et d’abord des jaloux de leur propre secret. Motus et bouche cousue.

Mais quand on habite déjà au bout du monde, c’est quoi… le bout du monde ?

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Image d’Arthur Floret utilisant une carte d’Ewan ar Born via Wikimedia et une pince de crabe de Pixabay.com

Sur l’île Christmas, c’est Egeria Point.

Deux mots qui résonnent comme un défi, un mystère.

Deux mots que tout le monde connaît, mais dont presque personne n’a vu le bout.

Il faut dire que l’on va plus rapidement et plus facilement à Perth à partir de Flying Fish Cove…

* * *

Egeria Point, c’est la course.

10km en 1h00 de 4×4 gicleux et tape-cul au cœur de la jungle à partir de la fin de la route principale. Puis 2h00 à 3h00 de marche au trot dans chaque sens.

Mine de rien, ça remplit la journée. Et les deux suivantes si vous avez le moindre pépin.

Bref, pour aller au bout du monde du bout du monde, il faut commencer par penser à son retour et marcher vite.

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En route pour Egeria Point, sur l’île Christmas (1/4). Crédit Photo: Arthur Floret.

C’est beau, c’est vierge, c’est touffu.

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En route pour Egeria Point, sur l’île Christmas (2/4). Crédit Photo: Arthur Floret.

On est comme un petit morpion heureux et fatigué d’enjamber les gros poils pubiens de son hôte.

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En route pour Egeria Point, sur l’île Christmas (3/4). Crédit Photo: Arthur Floret.

À part vous, la faune n’est guère spectaculaire, quoiqu’elle n’en est pas moins curieuse.

Ici, un jeune fou n’arrive pas à décoller du sol. Il faut l’y aider, à défaut de quoi il mourra de faim.

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Sur l’île Christmas, les jeunes fous qui tombent de leur nid ne peuvent plus s’envoler. Celui-ci aura de la chance… Crédit Photo: Arthur Floret.

Là, un crabe « pourpre », très rare, vient vous rappeler que les meilleurs épisodes des Chevaliers du zodiaque, c’était avec les chevaliers noirs. Noir contre or. Violet vs rouge.

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Une des deux espèces de crabes violets présentes sur l’île Christmas, très rare localement (Gecarcoidea humei​​​). Crédit Photo: Arthur Floret.

À mi-hauteur du plateau central, sur une terrasse qui descend en pente douce vers la côte, on trouve une autre curiosité, végétale cette fois.

Une forêt entière de Dysoxylum gaudichaudianum.

Ou ce qu’il en reste.

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La forêt de Dysoxylum gaudichaudianum de la côte ouest de l’île Christmas quelques mois après le passage du cyclone Gillian (1/2). Crédit Photo: Arthur Floret.

Le cyclone Gillian a coupé net sa canopée en mars dernier.

On parle de 10 à 15 ans avant que le milieu ne se reconstitue.

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La forêt de Dysoxylum gaudichaudianum de la côte ouest de l’île Christmas quelques mois après le passage du cyclone Gillian (2/2). Crédit Photo: Arthur Floret.

Puis c’est des batailles avec le GPS et une traversée interminable de pandanus tranchants comme des couteaux à pain.

Le marquage du sentier est quasi inexistant et la seule carte papier disponible dans le commerce n’est pas assez précise.

Heureusement qu’on y laisse des petits morceaux de peau et de cuir chevelu pour faciliter la remontée. On petit-poucette à sa manière.

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En route pour Egeria Point, sur l’île Christmas (4/4). Crédit Photo: Arthur Floret.

Sur la fin, il faut se glisser dans un tunnel de verdure pour l’atteindre, ce bout du monde —d’ailleurs, le bout du chemin, ou le bout de son nez, c’est bien assez à ce stade.

Et là, on y est. Spectaculaire…

Mais ça, vous ne le verrez pas, na !

Motus et bouche cousue !

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Un voyage au bout du monde, ça vous change du tout au tout, sur l’île Christmas comme ailleurs. Image d’Arthur Floret utilisant des captures d’écran de Bonappetit.com, Screencrush.com et Carpeaux.fr, ainsi qu’une reproduction de tableau via Wikimedia.


Serco Story

C’est un document exceptionnel que L’isle aux rostres publie aujourd’hui en version française, avec l’accord exprès de ses auteurs.

Un document qui jette une lumière crue sur les « centres de détention d’immigrants » en Australie. Comprenez : les prisons pour demandeurs d’asile, comme celle qui fait la notoriété de l’île Christmas… ou celle-là même ?

Une plongée intime dans le regard d’un ancien employé de Serco, la nébuleuse multinationale qui fait son profit sur ces machines à broyer les vies.

« At Work Inside Our Detention Centres: A Guard’s Story » est un chef d’œuvre de bande dessinée et d’investigation.

Sam Wallman, l’illustrateur, réussit le tour de force de mettre en images de manière sobre, respectueuse, et triste et drôle en même temps, les mots terribles de la vie quotidienne quand on est privé de liberté là où l’on pensait enfin en faire l’expérience —les mots, mais encore plus les silences.

Une collaboration unique avec un journaliste, sa source, et des producteurs de talent enfantée par le Global Mail, génial objet non identifié de la presse en ligne dont la disparition se fait aujourd’hui cruellement ressentir down under

Bonne lecture !

Serco Story


Un pétroglyphe vraiment très moderne

Un pétroglyphe sur l’île Christmas ?

Oui ! Et pas n’importe lequel, puisque c’est la signature personnelle des tout premiers êtres humains à avoir foulé cette terre du bout du monde !

Sauf que…

Sauf que les pétroglyphes témoignent d’une mythologie complexe, ils ont une valeur religieuse, ils racontent un lien magique avec la nature, ils sont le livre ouvert d’une formidable diversité de cosmologies et de rituels à travers les âges, souvent les plus reculés.

Rien de tel ici.

Ou peut-être tout ça à la fois, mais en version XIXème siècle tardif : industriel, colonial, et mercantile.

La gravure date de 1894.

À cette époque, l’île Christmas est encore en cours d’exploration.

On y a trouvé de phénoménales réserves de phosphate, un minerai qui sert à fabriquer des engrais agricoles.

La famille Clunies-Ross, qui s’est taillé un royaume privé dans l’archipel des Cocos/Keeling, plus à l’ouest dans l’Océan indien, a installé à Flying Fish Cove un petit groupe d’hommes pour faire valoir ses revendications sur les richesses du sous-sol —pensant initialement qu’il y avait de l’or.

Le message est prosaïque :

Road to Phospha[te Hill]

made by G. C-Ross [George Clunies-Ross, 1841-1910]

A F C- « — [Andrew Ferguson Clunies-Ross, 1859-1915]

J S C- « — [John Sidney Clunies-Ross, 1868-1944]

and 6 Cocos boys

17 Sept 1894

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Cette gravure dans la falaise de Flying Fish Cove est la plus ancienne empreinte humaine de l’île Christmas. Image d’Arthur Floret.

Traduction ?

« Par ici la monnaie ! »

Voilà qui nous parle certainement plus que les antiques mégalithes qui parsèment l’Europe pré-industrielle…


L’île Christmas bientôt couverte de gratte-ciel ?

L’île Christmas pourrait bientôt devenir une nouvelle Hong Kong ou une nouvelle Singapour.

C’est l’objectif avoué et très ambitieux des plans du gouvernement australien destinés à mettre en valeur ce petit territoire stratégiquement placé aux portes de l’Indonésie et de ses 250 millions de consommateurs.

Mais non, bien sûr…

Sur l’île Christmas, une actualité comme celle-là, qui semblerait normale partout ailleurs en Asie, est im-pos-si-ble, et, à l’inverse, notre quotidien doit paraître complètement surréaliste à nos voisins !

En fait, chaque mois, les équipes du Parc national géolocalisent et dénombrent les crabes de cocotier tués sur les routes par les voitures, les bus, et les camions.

La carte ci-dessous les recense.

Elle est régulièrement mise à jour et placardée aux endroits les plus achalandés, pour que la population comprenne bien le message : « slow down and drive around » (ralentissez et contournez [le crabe]).

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Géolocalisation des crabes de cocotiers tués par des véhicules sur les routes de l’île Christmas (cliquez sur l’image pour l’agrandir). Source: Parc national de l’île Christmas.

C’est sur l’axe qui relie le village, au nord-est, au centre de détention des demandeurs d’asile (I.D.C.), au nord-ouest, qu’est enregistré le plus grand nombre d’impacts.

Les mauvaises langues assurent que ce sont les prestataires de service du centre de détention qui « s’amusent » à écrabouiller ces crustacés gros comme des… noix de coco, parce qu’ils ne sont employés que pour des missions de courte durée. Pas d’attachement au lieu.

« Ah, c’est les Fly-in Fly-out ça ! »

Ou peut-être est-ce plutôt que le trafic, en particulier le trafic de nuit, est particulièrement chargé sur cette route ?

Impossible, en tous cas, de faire abstraction, sur le lieu de chaque drame, du marquage au sol des rangers —rose fluo, avec un petit air de croix fasciste.

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Un crabe de cocotier écrasé sur la route du centre de détention de l’île Christmas. Source/Crédit: Alex Crétey Systermans.

Reste à savoir si toute cette publicité excite ou dissuade les chauffards…


Concours crabique du mois : et le/la gagnant(e) est…

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« Mesdames et messieurs, le/la gagnant(e) du grand concours le plus débile du monde pour le mois de mai est… »

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Lina, de Montpellier, en France !

Lina, épique victoire. Le podium est à vous. Juste à vous, d’ailleurs. Et le meugue avec le café malais aussi.

Pour rappel, il s’agissait de préparer le repas de la Saint-Valentin de l’Association chinoise des amateurs de crabes de cocotier, de cornes de rhinocéros, de testicules de tigres, et d’écailles de pangolins.

Un million de crabes de cocotier aphrodisiaques pour un million de Chinois en rut. Aïe.

Alors, mayonnaise ou sauce exotique ?

L’équation pour connaître la quantité de mayonnaise nécessaire à toutes ces assiettes était la suivante :

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Quant à la recette, il fallait évidemment faire du Paul Bocuse, mais en version asiatique.

Or, il se trouve que Lina déteste visiblement faire des maths et cuisiner.

Ça tombe bien, moi aussi !

C’est en effet bien plus sympa de pomper les résultats sur le cahier du voisin et de se faire offrir un bon repas.

« Il faut toute la contenance d’un pot de mayonnaise ! Mais je partirai sur un emballage en tube plutôt qu’en pot, ce qui permet de garnir à sa guise le crabe de cocotier. Aussi, on connaît bien le délice procuré par une mayonnaise au curry, et pour augmenter le plaisir asiatique, rajouter quelques feuilles de coriandre. »

Voilà, c’est l’office de tourisme d’ici qui va être content : une tasse de vendue, c’est une augmentation de 100% de son chiffre d’affaires mensuel.

Vive L’isle aux rostres qui soutient l’économie locale !

Et comme on dit en malais : « salamat pulau pulau cafe cafe ! »


1887-1888 : exploration et annexion

L’île Christmas avait tout pour rester déserte : pas de port naturel, une mer impossible à exploiter à cause de sa profondeur abyssale, une haute falaise sur tout son pourtour, quasiment pas d’eau potable en surface, une jungle pauvre en ressources alimentaires…

Tout, sauf une chose : ce que recelait son sous-sol.

* * *

1887, glorieuse année pour l’Europe !

La Révolution industrielle bat son plein. À Paris, on construit une immense structure démontable en métal pour consacrer le triomphe de la technologie et de la science.

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La Tour Eiffel en construction, le 7 décembre 1887. Source: Wikimedia.

L’État-Nation est devenu l’ultime horizon politique. À Londres, la Reine Victoria célèbre son « jubilé d’or », un demi-siècle de règne pendant lequel elle incarne l’Angleterre à son apogée.

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Portrait de la Reine Victoria en 1887, par Alexander Bassano via Wikimedia.

Ailleurs dans le monde, les Européens étendent leur domination. La France crée l’Union indochinoise, le Portugal prend possession de Macao, le Nigeria devient protectorat britannique, même les Italiens s’aventurent en Éthiopie —certes sans le succès escompté, pour lors…

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La bataille de Dogali, opposant Italiens et Éthiopiens, le 26 janvier 1887, par Michele Cammarano via Wikipédia (version noir et blanc d’Arthur Floret).

1887, glorieuse année qui n’oublie même pas les rochers perdus dans l’Océan indien !

Car c’est dans cette triple mondialisation technologique, politique et coloniale que l’île Christmas va entrer brutalement.

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Steep Point, sur la côte est de l’île Christmas, en 1887. Source: Archives nationales de l’Australie (n°6432887).

John Murray, un scientifique écossais, souhaite en effet prouver l’hypothèse que certains récifs coralliens sont susceptibles de contenir d’immenses quantités de phosphate.

Il s’assure pour cela le concours de la marine royale pour collecter des échantillons de roches aux Indes orientales.

En janvier 1887, le HMS Flying Fish jette ainsi l’ancre à l’île Christmas et prélève un morceau de corail de la côte.

Celui-ci s’avérera contenir un caillou de phosphate.

Bingo !

Murray dépêche alors un second navire sur place : le HMS Egeria, qui restera dans le désormais bien nommé Flying Fish Cove pendant dix jours, en septembre de la même année.

Dix jours pendant lesquels son équipage explorera l’intérieur des terres et rapportera des morceaux de phosphate pur à 90%.

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À Flying Fish Cove en 1887 (HMS Egeria?). Source: Archives nationales de l’Australie (n°6552420).

Murray, qui comprend le potentiel économique de sa découverte, milite tout de suite pour l’intégration de l’île Christmas à l’Empire britannique et l’obtention d’une concession minière en son nom.

L’agriculture mondiale est en plein boum et a un besoin insatiable d’engrais, donc de phosphore (issu du minerai de phosphate par transformation chimique).

Londres ne demande pas mieux qu’avoir ses propres réserves. L’île Christmas est formellement annexée le 6 juin 1888.

Jusque-là, tout va bien.

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Quelque part sur l’île Christmas en 1887. Source: Archives nationales de l’Australie (n°6432905).

Mais John Murray a un ennemi.

Il s’agit d’un aventurier du nom de George Clunies-Ross, dont la famille s’est taillé un petit royaume personnel sur les îles Cocos (Keeling) depuis trois générations.

Les Clunies-Ross utilisent de temps en temps l’île Christmas pour s’approvisionner en bois et en gibier (oiseaux marins, crabes terrestres).

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Quelque part sur l’île Christmas en 1887. Source: Archives nationales de l’Australie (n°6432904).

Y aurait-il de l’or pour que l’Union Jack flotte maintenant sur cette terre qui n’avait jamais intéressé personne à part eux ?

Clunies-Ross envoie un petit groupe d’hommes s’y installer en novembre 1888 et écrit aux autorités coloniales à Singapour pour faire valoir ses droits.

S’en suivent plusieurs années de conflit entre les protagonistes, jusqu’à ce que l’appât du gain l’emporte, et qu’une entreprise à capitaux partagés soit créée en 1897.

On coupe la poire en deux. La machine est lancée.

Des centaines de coolies originaires du sud de la Chine arrivent pour défricher la forêt et extraire le précieux minerai dans des conditions proches de l’esclavage.

La production et l’exportation commencent finalement en 1899-1900.

En 2014, le bal des pelleteuses et des bateaux continue encore.

* * *

Rare est le privilège de pouvoir comparer le même lieu avant son occupation par les humains et… de nos jours.

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Flying Fish Cove (vers l’ouest) en 1887… et en 2014. Animation d’Arthur Floret incluant une photo des Archives nationales de l’Australie (n°6552418).

Rare et un peu triste, peut-être ?

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Flying Fish Cove (vers l’est) en 1887… et en 2014. Animation d’Arthur Floret incluant une photo des Archives nationales de l’Australie (n°6552416).


Frégates : kamikazes et cleptoparasites

Curieux oiseau que la frégate, qui porte sous son bec une sorte de paire de testicules qui semble avoir pris deux-trois coups de pied bien placés…

J’allais dire qu’il ne manque pas de majesté sinon, mais on le connaît aussi pour son goût immodéré du cleptoparasitisme en plein vol : il est là, à planer pendant des heures, comme un pantin suspendu par des ficelles, et d’un coup il fond sur le premier paille-en-queue ou le premier fou qui a pêché un poisson, le poursuit jusqu’à le faire déglutir, et se régale de ce vomi aérien.

Faire du ciel le plus bel endroit de la mer…

À part ça, les frégates offrent un spectacle de toute beauté, une chorégraphie aléatoire et échevelée —et pour tout dire un peu kamikaze— au-dessus des marres qui émaillent les paysages miniers, quand elles veulent se rafraîchir le gosier.

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Une frégate s’apprête à boire sur un site minier, sur l’île Christmas (1/2). Crédit Photo: Arthur Floret.

Mais comment faisaient-elles avant l’arrivée des pelleteuses ?

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Une frégate s’apprête à boire sur un site minier, sur l’île Christmas (2/2). Crédit Photo: Arthur Floret.

Les frégates sont les oiseaux qui ont l’envergure la plus large par rapport à leur poids total —plus de deux mètres—, si bien qu’elles peuvent rester en vol pendant une semaine.

Pas étonnant que l’on trouve l’espèce endémique de l’île Christmas (Fregata andrewsi) jusqu’aux Philippines !

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Une frégate en train de boire sur un site minier, sur l’île Christmas (1/2). Crédit Photo: Arthur Floret.

Par contre, gare à celle qui se posera par terre. Impossible de décoller à même le sol pour ces champions de l’altitude.

Idem dans l’océan, les frégates ne savent pas nager.

Pour elles, pas le choix, c’est une frappe chirurgicale, ou la mort.

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Une frégate en train de boire sur un site minier, sur l’île Christmas (2/2). Crédit Photo: Arthur Floret.

Reste le risque de mal évaluer la profondeur de l’eau…

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Une frégate morte sur site minier, sur l’île Christmas. Crédit Photo: Arthur Floret.


Le cerf-volant des larmes

Un cerf-volant qui vole, rien de particulier a priori.

Sauf que c’est dans le ciel de l’île Christmas.

Un demandeur d’asile l’a fabriqué de toutes pièces au centre de détention de North West Point.

Pour les enfants qui vivent en liberté, ici.

Il n’a jamais vu son bébé à cause de son exil forcé, mais il a pu faire étrenner son oiseau de papier par une petite fille lors de sa seconde sortie depuis son arrivée… son arrivée, il y a dix mois.

Voilà, je n’ai pas le droit de vous dire ou de vous montrer quoique ce soit de plus.

* * *

Sur l’île Christmas, même les cerfs-volants sont suspects aux yeux des services de l’immigration.

Les rares « clients » qui obtiennent la permission de visiter l’île pour quelques heures ne peuvent pas ramener de photos souvenirs avec eux.

C’est aussi très mal vu de les emmener à la maison, au magasin, au restaurant, puisqu’ils n’ont pas vocation à s’intégrer à l’Australie.

Leur seul horizon, depuis l’année dernière, c’est la Papouasie-Nouvelle-Guinée (1, 2), la république de Nauru dans le Pacifique Sud (1, 2), et bientôt, semble-t-il, le Cambodge (1, 2, 3, 4).

Sans compter qu’ils sont fortement « encouragés » à rentrer dans leurs pays d’origine (1, 2).

Alors, la poignée de locaux qui se portent volontaires pour les accompagner finissent toujours par leur proposer la même plage, ou une ballade en forêt, en espérant ne croiser que des crabes.

Ils sont plus de 1.300 à partager notre eau, notre air, 1.300 indésirables qui pourrissent en moyenne 305 jours derrière les barreaux, et qui ne fouleront jamais le sol rouge de l’île-continent.

https://www.immi.gov.au/managing-australias-borders/detention/_pdf/immigration-detention-statistics-apr2014.pdf

 


Le concours crabique du mois : gagnez… une grande tasse avec un beau crabe rouge dessus !

Tous les mois, L’isle aux rostres organise un grand concours unique au monde !

Explosez votre Q.I. en vous mettant dans la carapace d’un crabe pour courir la chance de gagner un cadeau pas cher mais qu’on ne trouve que sur l’île Christmas !

Le concours est gratuit et ne vous engage à rien, pas plus que L’isle aux rostres d’ailleurs…

En mai, on fait ce qu’il nous plaît !

Vous êtes un crabe de cocotier.

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Un crabe de cocotier de l’île Christmas. Crédit Photo: Arthur Floret.

Votre chair est délicieuse et, c’est bien connu, aphrodisiaque.

C’est dire si c’est un honneur pour vous de servir de dîner de Saint-Valentin à l’Association chinoise des amateurs de crabes de cocotier, de cornes de rhinocéros, de testicules de tigres, et d’écailles de pangolins.

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Un pot de mayonnaise, par C. F. Sauer via Wikimédia.

Un million de membres dans l’Empire du milieu, un million de Birgus latro sur l’île de Noël, quelle coïncidence !

Une seule question vous importe désormais : à quelle sauce allez-vous être mangé ?

Mayonnaise ou autre ?

Le problème, c’est qu’un million d’assiettes à préparer, c’est tout une logistique, et si on rate la cuisine, il n’y aura plus de crabes pour se rattraper… On vous aura gâché, quoi.

Mieux vaut donc bien prévoir.

Mayonnaise :

Considérant qu’un crabe de cocotier adulte pèse environ 3kg, et que les Chinois mangent tout sauf l’exosquelette (quoiqu’ils raffolent des carapaces molles), admettons qu’il y ait 1,635kg de viande/viscères/graisse abdominale par animal.

L’équation est alors simple :

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Quelle est la quantité de mayonnaise dont on a besoin pour tout le repas ?

Autre :

De toute manière, les Chinois, la mayonnaise ce n’est pas leur truc. Par contre, les currys, si, et les sauces pimentées, les sauces sucrées salées, à fond.

Quelle serait alors, d’après vous, la recette la plus appropriée pour un mets aussi délicat ?

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La tasse spéciale île Christmas à gagner. Crédit Photo: Arthur Floret.

Envoyez-moi votre réponse (quantité de mayo ou recette personnelle) dans le formulaire ci-dessous pour pouvoir mettre la main sur le meugue collector ci-dessus.

J’ajouterai du café malaisien dans l’envoi pour faire plus local.

Vous aurez enfin une bonne raison de vous lever le matin.

Le vainqueur ou la vainqueuse sera choisi(e) de manière totalement arbitraire, et les noms des trois finalistes seront publiés sur le blogue le 25 mai 2014.

Dépêchez-vous, vous n’avez donc que jusqu’au 24 mai à minuit heure de Flying Fish Cove pour épater la galerie !

Précision : vous n’avez pas besoin d’entrer votre numéro de téléphone pour valider le formulaire

[contact-form title= »QUELLE EST LA BONNE QUANTITÉ DE MAYONNAISE OU LA MEILLEURE RECETTE DE CUISINE ? » col= »full-width » content= » »]


L’île Christmas, entre Mondoblog et Abidjan

Si vous habitiez sur une des îles les plus isolées, les plus méconnues, et les plus bizarres de la planète, ayant pour seul moyen de communication avec l’extérieur une connexion Internet poussive et erratique, quelle serait la probabilité, d’après vous, que l’on vous invite à voyager pour partager cette expérience avec des jeunes chroniqueurs politiques, des journalistes indépendants et des jouteurs littéraires des quatre coins de la francophonie ?

La probabilité serait nulle, je vous l’accorde.

Heureusement, il y a le blogage : un ordinateur, des choses qui vous interpellent, des gens curieux de l’autre côté de l’écran, et voilà l’opportunité de…

  1. vous affranchir du silence et de l’isolement, et ;
  2. créer un contenu unique et excitant.
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Ziad Maalouf. Crédit Photo: Arthur Floret.

Et, surtout, il y a Mondoblog : une équipe de professionnels passionnés, visionnaires et dévoués, un réseau de partenaires institutionnels solide, et… c’est tout.

C’est tout, car Mondoblog, ce n’est pas une usine à gaz.

C’est un projet conçu sur le terrain, pour le terrain, et par le terrain.

Un projet génial de Radio France Internationale, qui consiste à aider les auteurs en devenir —ils sont déjà 350— à construire un bloc-note sur la Toile, à se familiariser avec les nouveaux médias, à explorer différents types d’écritures, à tisser des liens avec leurs alter ego du monde entier, à faire sortir l’information.

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Pays représentés à la formation 2014 de Mondoblog, à Abidjan (cliquez pour agrandir). Image d’Arthur Floret utilisant un fond de carte de d-maps.com
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Simon Decreuze. Crédit Photo: Arthur Floret.

Mondoblog, c’est un pied de nez à l’utilitarisme contemporain, parce qu’au lieu de tuer les vocations dans l’œuf, Mondoblog les valorise, les élève, les renforce.

Probabilité nulle, disais-je ?

Presque : ce serait la chance d’une vie.

Or, cette chance-là, L’isle aux rostres l’a eue.

La chance de voir que faire un boulot que l’on aime, ça rend vraiment lumineux, comme Ziad, Simon, Raphaelle et Manon, les quatre roues motrices de ce véhicule de presse de nouvelle génération.

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Raphaelle Constant. Crédit Photo: Arthur Floret.

La chance de parler, non pas juste la même langue, mais le même langage, avec près de 70 personnalités qui brûlent de changer le monde à partir de la base, à leur échelle.

La chance de faire connaître, en ondes, à tous les auditeurs de L’atelier des médias de RFI, l’île Christmas, ses crabes, ses demandeurs d’asile, et ce que bloguer veut dire là-bas.

La chance, tout simplement, de revenir chez soi d’une grande aventure, et de se rendre compte que si ! après tout, c’est possible…

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Manon Mella. Crédit Photo: Arthur Floret.

…possible d’avoir tous des histoires qui valent le coup d’être racontées ; possible que celles-ci aient des impacts positifs à leur manière ; possible qu’en se serrant les coudes, ensemble, on leur donne un écho encore plus large.

* * *

L’émission « spéciale Mondoblog » de L’atelier des médias, enregistrée devant public à Abidjan le 7 mai 2014 à l’occasion du 20ème anniversaire de la présence de RFI sur les ondes FM ivoiriennes, est disponible à l’écoute sur le lien suivant :

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Mais attention, l’abus de RFI peut être dangereux pour la santé !

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Fan de football ET fan de RFI. Crédit Photo: Arthur Floret.


Abidjan 2014: L’isle aux rostres part à la rencontre des meilleurs blogueurs francophones

L’isle aux rostres sera en Côte-d’Ivoire du 02 au 12 mai 2014 pour y suivre la session de formation offerte par l’équipe de L’atelier des médias de Radio France Internationale.

La publication du blogue reprendra à la cadence habituelle le vendredi 16 mai en direct de Flying Fish Cove.

Cette session de formation est une particularité du programme Mondoblog, initié par L’atelier des médias, dont le but est de favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de blogueurs de talent à travers la francophonie, en particulier en Afrique.

40 blogueurs de la saison 3 (sélection 2014), 19 blogueurs de la saison 2, et 8 blogueurs de la saison 1 seront ainsi conviés à Abidjan pour y perfectionner leur savoir-faire sous la houlette de journalistes et d’autres professionnels du secteur des médias.

L’émission hebdomadaire de L’atelier des médias sera enregistrée devant public, sur place, pour l’occasion.


Poèmes de Hani Aden et de Sabrin Ahmed, jeunes demandeuses d’asile sur l’île Christmas

Hani Aden et Sabrin Ahmed sont deux jeunes femmes originaires de Somalie.

Elles sont arrivées par bateau sur l’île Christmas en août 2013 pour demander asile à l’Australie et ont été placées immédiatement —sans interruption depuis— en détention.

Hani Aden and Sabrin Ahmed are two young women from Somalia.

They arrived by boat on Christmas Island in August 2013 to seek asylum in Australia and were immediately —without any interruption ever since— placed in detention.

* * *

La poésie est le seul échappatoire à leur disposition.

Vous trouverez ci-après quatre œuvres ainsi que deux fragments que Hani et Sabrin souhaitent partager avec vous.

Toutes les illustrations sont d’Hélène Floret-Tatard, une artiste basée en France.

L’isle aux rostres a réalisé l’adaptation française des textes.

Hélène_Floret_Tatard_Porte_Détail

Poetry is the only form of escape available to them.

Next are four pieces of work and two fragments Hani and Sabrin want to share with you.

All the illustrations have been drawn by Hélène Floret-Tatard, an artist based in France.

L’isle aux rostres has provided the French adaptation of the texts.

version originale
Version originale
version française
Version française


L’île Christmas et le mystère du vol MH370

Un mois et trois semaines ont passé depuis la disparition du Boeing 777 (vol MH370) de Malaysia Airlines assurant la liaison entre Kuala Lumpur et Pékin.

Les recherches de l’appareil et de ses 239 passagers, toujours en cours, se sont révélées extraordinairement complexes, ce qui a alimenté la paranoïa au sein d’une frange du grand public.

Et si les clefs du mystère étaient sur l’île Christmas ?

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Carte des zones de recherche du MH370 en date du 29 mars 2014. Image de Soerfm via Wikipédia modifiée par Arthur Floret.

C’est en naviguant sur Twitter, ce matin, que je suis tombé par hasard sur le message suivant d’un certain Ken St-Aubin, qui affirme que l’avion aurait fait un arrêt technique chez nous.

Tiens ?

Le drame du MH370 semble particulièrement inspirant pour M. St-Aubin, qui, non content d’inonder son compte de centaines de commentaires sur ce sujet depuis que les éléments du décor se sont mis en place, a produit une « théorie » digne d’un scénario de film hollywoodien, accessible sur Dropbox et ici-même :

Vol MH370 : La théorie de Ken St-Aubin sur l’île Christmas

Pas de doute pour lui : le Boeing aurait été détourné par des terroristes liés à Al Qaïda et serait caché quelque part en Somalie, ou éventuellement au Yémen.

En résumé, M. St-Aubin soutient que, le matin du 8 mars 2014, des terroristes, déjà présents sur l’île Christmas depuis plusieurs mois après être arrivés dans un bateau de demandeurs d’asile, auraient fait le plein de l’avion en provenance de Malaisie, avec la complicité d’un ou de plusieurs employés de l’aéroport, au nez et à la barbe de la police locale et de la population.

Les passagers, pour leur part, auraient été débarqués (morts, mais M. St-Aubin n’exclut pas qu’ils aient pu être encore vivants), puis transférés dans des camions jusqu’à Lily Beach, et enfin dans un bateau, coulé au large.

Ensuite, l’appareil aurait décollé pour sa destination finale, en survolant les Maldives.

Cette opération, planifiée minutieusement et depuis longtemps, n’aurait pas encore été revendiquée… puisqu’elle ne serait pas terminée !

L’avion doit, en effet, servir —je cite— « d’arme de destruction massive » destinée à « faire passer le 11-Septembre pour une promenade au parc ».

***

Fort heureusement pour nous, M. St-Aubin n’est pas le seul à dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas, quoique sans son génie créatif.

Sur Twitter, l’île Christmas arrive en tête du hit parade des conspirationnistes (le gouvernement est au cœur de l’affaire) ou des « affirmationnistes » (le gouvernement s’est fait berner), après, il est vrai, Diego Garcia, une base américaine au cœur de l’Océan indien.

Même The Don Lemon Show de CNN s’y met : « l’avion serait-il sur l’île Christmas ? »

C’est assez, en tous cas, pour dire qu’il existe bien un groupe de « christmasistes » —conspirationnistes, affirmationnistes, etc., qui pensent que les clefs du mystère du vol MH370 sont sur l’île Christmas.

Un groupe certes petit, une audience privée, mais un groupe actif quand-même.

Par exemple sur les forums de discussion (je recopie les commentaires en l’état) :

« Chris. My thoughts exactly. I believe they flew to Christmas Island and left the engines running on the tarmac in order to make it seem they were still flying. This would encourage everybody to assume the plane flew North towards Afghanistan. Christmas Island is perfect as the approach is over water and would therefore not be heard by the small population who do not live by the airport. It would be dark/twilight so no witnesses would be about and if anybody saw it they would think nothing of it because Malaysian Airlines have flown to Christmas Island in the past. They could then turn off the emitters from the engine and fly where they wished. The passengers would never have had any inkling but may have been told that they needed to land at a Chinese feeder airport due to bad weather or something. This plane would then fly across the ocean to an unknown location. » (AirlineReporter.com)

« Les 2 pilotes ont volé pour Malaysian Airlines sur 737. Il est donc possible qu’ils aient été amené à faire le Kuala Lumpur > Singapour > Christmas Island sur 737-400. Je pense réellement que c’est la piste la plus ‘chaude’ et celle que privilégient les enquêteurs actuellement, en partant du principe que l’avion ait atterrit, ce qui semble actuellement l’hypothèse la plus probable. » (Crash-Aerien.aero)

« One thing concerning the track, from my understanding which may well be at fault, is that depending on the speed the track can vary by a huge margin so at best the search area is the a most likely. It is even possible that it was flown to say Christmas Island where the casino is or to any patch of ocean in between that and the current search area from the evidence we know about. The ping data just about supports this if the speed is adjusted. That suggests to me that there is other information that has not been released but rather « suggested » by other sources to the SAR teams that solidifies the best guess to a highly / only probable search area. I am keeping my fingers crossed that this is the case for all concerned. » (PPRuNe.org)

« I reckon the plane could have landed at Christmas Island. Emergency landing…. off course ? Maybe they are all quarantined and detained until they have been given the all clear health wise? Just reminds me of the movie, Outbreak. That is an isolated Island. Read previously there was a missing vial of some super contagious virus just prior to the plane going missing; could be connected? Biological Terrorist threat… » (AboveTopSecret.com)

Enfin, après Twitter et les forums de discussion, on a YouTube, forcément.

Petite illustration dans la vidéo qui suit, où l’auteur se prête au jeu de « si j’étais un terroriste »…

Mais j’ai gardé le meilleur pour la fin.

Car il est une profession qui fait bien du mystère son fonds de commerce, n’est-ce pas ?

Et cette profession, c’est… voyant, voyons !

« I have been feeling something about Christmas Island, and I think it may be be because it’s latitude is around 105. I am thinking its the latitude more than the island, so I think the latitude is around 105. If I could draw a line between Christmas Island and casey station antartica which sits at 108 latitude I think, and search between longitudes -47 through -54 on that line drawn between the two, I am more interested in near -47, but current might move it over time? […] Just this morning I was looking at the crabs on Christmas Island, and remembering how I felt they would be in an area with crabs. Now you are talking orange, and the crabs are very reddish orange on Christmas Island. I have also been thinking about where in relation to that Island and I am wondering between the two? Where do the crabs on Christmas Island live? » (PsychicCrimeFighter.com)

« From day #2 I said the plane was on or near Christmas Island. I don’t know why I said that. A lucky guess? Or unlucky? I don’t know. But I’m sticking with my gut feeling. » (HubPages.com)

« I saw a light, white sky, with a pale sun, and therefore thought that the landing happened in aurora. No red sky… An island is involved. The island was ahead of the plane, on its left side. I got the number 6 in mind. Have a feeling of 5 men and 1 women closely involved in the missing of the plane. I was finally able to locate Pulau-Pulau Kokos Indonesia on Google Earth. I did get a connection to this.. I can’t help but feel that the word Cocos came to me in order to later discover this. This is to the west of Malaysia, just as I previously felt, and the island itself feels “right.” I still maintain some connection to the Cocos and Christmas Islands, but definitely feel this is an area worth exploring. […] I feel like if we could communicate to an Indian tribe on one of these islands (Cocos, Christmas or Pulau-Pulau) they could tell us what happened. I get that they even have some of the debris or even the plane poked in a cave. » (EnigmaticEarth.com)

« Diego Garcia, Cocos / Christmas Island third point creating a triangle, bad energy of  “cover up” (Ancient Mu, Kumari Kandam, Lemuria area). There was some kind of involvement by ET s, ET is putting his finger up to his mouth and shushing. Few leading people in Diego Garcia know what is going on and watch us run on these false missions (cover ups). They communicate with the ETs. The ETs want disclosure. The higher ups want this cloaking technology that the ETs are using and they are making this as a game for underlings to find the plane on their own with the common technology, although they know where it is. » (ProutScandinavia.BlogSpot.com.au)

« I have been asked about some islands in the area: Sumatra: It feels west of that, Cocos: This area feels more right, Christmas Island: I felt the best connection with this and Cocos, Flores: This feels off to me. […]  I am curious if there are land masses near Cocos or Chirstmas Island that are not on our world maps (either not documented on our current maps, or perhaps existent in an alternate reality).  I have done Google Earth on the area around Cocos and Christmas Island, and I still want to revert to that area. I have also had someone point out that the longitude of that area (near Cocos) is a combination of the numbers 2-3-7 in that order, and I sense that is also a clue. » (PsychicFocus.BlogSpot.com.au)

Last but not least —je vous fais réviser votre anglais aujourd’hui !— ce message enregistré par Keith Watson, un voyant britannique qui prétend savoir où est l’avion.

D’après lui, le Boeing aurait volé en aveugle à la suite de problèmes électriques ; manque d’oxygène ; les passagers à moitié inconscients ; on essaye d’atterrir ; 49 cubic ; 3.200 ; des noms de famille ; une hôtesse et un enfant ; l’Océan indien ; l’arrière de l’appareil ; 3 dots and a coma ; survivants ; je, je, je…

Pardon.

J’adore cette vidéo.

Bref, il n’y a qu’à chercher quelque part entre quelque chose qui pourrait bien être l’île Christmas ou les îles Cocos (Australie), ou peut-être bien du côté de l’île Maurice.

Il suffisait de le dire !


Anzac Day, l’autre fête nationale australienne

Curieuse Australie, avec ses deux fêtes nationales aux antipodes l’une de l’autre.

La première —Australia Day— sert de prétexte à beuverie pour la sélection annuelle des meilleures chansons rock et pop de la radio la plus écoutée au pays.

La seconde —Anzac Day— commémore une défaite militaire de la Première guerre mondiale dans une ambiance de recueillement quasi religieuse.

Anzac n’est pas une marque de biscuits, quoiqu’il existe des biscuits « Anzac » très populaires pour l’occasion.

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Des soldats australiens dans les tranchées de Lone Pine, à Gallipoli, en Turquie, en 1915. Source: Wikipédia.

C’est un acronyme qui a servi à nommer plusieurs corps d’armée formés en majorité de soldats australiens et néo-zélandais.

Le premier, et le plus célèbre d’entre eux, a pris part à la campagne des Dardanelles (campagne de Gallipoli pour les Anglophones) face aux Ottomans en 1915-1916.

Le 25 avril 1915, les Britanniques, les Français, et leurs troupes coloniales respectives, débarquèrent à l’entrée du détroit des Dardanelles pour en forcer le passage et établir une liaison maritime avec leur allié russe, isolé à l’est par les empires centraux (empires allemand, austro-hongrois et ottoman).

S’en suivirent huit mois d’enlisement.

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Le cimetière de Lone Pine, à Gallipoli, en Turquie, est un haut lieu de pèlerinage pour les Australiens. Photo de Gary Blakeley via Wikimedia.

Ils rembarquèrent en sens inverse en janvier 1916 sans avoir rempli leur objectif, avec des pertes de près de 60.000 hommes, dont 8.709 côté australien.

8.709 : un nombre énorme pour une nation d’à peine 5 millions d’âmes, si jeune en plus.

C’est pour ça que les « Anzacs » sont rentrés dans l’imaginaire collectif.

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Un représentant de la Nouvelle-Zélande prononce un discours devant les drapeaux en berne de son pays, de l’Australie et de l’île Christmas, pendant la cérémonie de l’Anzac Day, le 25 avril 2014 à Flying Fish Cove. Crédit Photo: Arthur Floret.

Tous les 25 avril donc, les Australiens se souviennent, à l’aube, de Gallipoli, et de tous leurs soldats qui sont morts au combat dans les autres conflits depuis.

Sur l’île Christmas, la cérémonie n’a pas dérogé au rituel très codé : chants simples, drapeaux en berne, minute de silence, discours vantant l’abnégation des Diggers, uniformes en veux-tu en voilà, et tout ce que le village compte de… Blancs.

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L’assistance était nombreuse à la cérémonie 2014 de l’Anzac Day, sur l’île Christmas. Crédit Photo: Arthur Floret.

Il y a eu une petite particularité locale, cependant.

On a eu droit à des dépôts de couronnes de fleurs des représentants :

  • de la marine royale ;
  • du département de l’immigration et de la protection des frontières ;
  • et de Serco, la tentaculaire multinationale qui gère les centres de détention des demandeurs d’asile ici et en métropole.

Les deux premiers sont en « guerre » contre les boat people ; la dernière en fait son blé.

Les héros des Dardanelles doivent se retourner dans leurs tombes…

***

Au moment de publier ce billet, je tombe sur un article qui fait un parallèle intéressant entre les engagés australiens et néo-zélandais dans les troupes britanniques, et les engagés kanak et polynésiens dans les troupes françaises. Un rappel salutaire à ne pas manquer sur Le Monde.


Concours crabique du mois : et le/la gagnant(e) est…

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« Mesdames et messieurs, le/la gagnant(e) du grand concours le plus débile du monde pour le mois d’avril est… »

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Jean-Robert, de Villeurbanne, en France !

Bravo Jean-Robert. Magnifique.

Pour rappel, le jeu consistait à prédire lequel des trois crabes rouges ci-dessous survivrait à la chute d’un arbre.

Jean-Robert m’a envoyé la réponse suivante :

« A chaque fois que l’arbre remonte je vois les trois crabes survivants… Mais je me dis que si les crabes comme les humains marchent plutôt de gauche à droite, celui de droite a des chances de passer sous le tronc. S’ils restent immobiles, comme les hommes devant la catastrophe annoncée de la disparition de leur planète, alors celui du milieu se trouvera protégé par les branches. Et par esprit retors, je vote alors pour celui de gauche. Et je me rends compte que tous mes choix ont été truqués par moi même. Sourire ! » (Je souligne)

Appréciant à la fois l’immobilité, la planète, le milieu et les crabes, j’ai fait abstraction de la dernière phrase malheureuse de Jean-Robert et l’ai mis sur les trois marches du podium.

Voilà, maintenant on sait qui a l’esprit retors !

J’avais de toute façon préparé une animation avec le crabe du milieu, un peu sonné, qui s’en sortait…

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Jean-Robert remporte la collection complète des 11 aimants spécial île Christmas pour redécorer son frigo, un lot d’une valeur de 2.000 euros au moins, puisqu’on ne le trouve qu’ici, et que ça coûte 2.000 euros au moins pour faire le voyage depuis Villeurbanne.

Au fait, ça marcherait, sur eBay, ce raisonnement si on y vendait les aimants aux enchères ?


Merrial Beach : privée, très privée

Chauds lapins que vous êtes, je vous vois déjà en train de réserver votre prochain séjour sur l’île Christmas pour profiter de moments intimes en amoureux sur ses plages toujours désertes, loin de tout, loin du tourisme de masse, au fin fond de l’Océan indien…

Mais saviez-vous qu’il existe ici, en plus, une plage qui n’est sur aucune carte, et que la tradition locale réserve aux galipettes ?

Ou, au moins, à ce que vous voudrez faire de votre droit de propriété exclusif du moment.

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Image d’Arthur Floret utilisant une carte d’Ewan ar Born via Wikimedia et une pince de crabe de Pixabay.com

Car garez votre voiture sur le stationnement unique un peu plus haut sur la piste, et tout le monde comprendra que la place est prise.

Premier arrivé, seul servi.

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Merrial Beach, la plage des moments intimes sur l’île Christmas. Image d’Arthur Floret utilisant une capture d’écran du film « Y a-t-il un flic pour sauver la reine? » (The Naked Gun: From the Files of Police Squad!) via OnScreenChemistry.com

On accède à Merrial Beach en cinq minutes seulement, il faut suivre le lit à sec d’un ruisseau dans la jungle.

La plage, minuscule, ressemble à un théâtre de poche.

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Merrial Beach, de Phil Cash via Christmas Island Tourism Association.

Il n’y a pas grand chose à faire d’autre qu’à profiter de son sable épais, il est vrai, mais en contournant le mur de la petite falaise vers la droite, vous pouvez piquer une tête dans les ravines qui regorgent de poissons multicolores, et même nager dans l’immense grotte adjacente, profonde comme une piscine.

Et puis, comme un bonheur ne vient jamais seul, pourquoi ne pas finir de vous regarder dans le blanc des yeux devant le coucher de soleil à Martin Point, l’endroit le plus romantique entre Java et Zanzibar ?

Eh oui, L’isle aux rostres, c’est ne pas l’île aux trésors pour rien…