Christelle BITTNER

Le rêve péruvien

Si vous avez aimé la vidéo des péruviens qui éduquent les ploucs américains, ne manquez pas celle des vagues d’immigrés gringos qui débarquent sur les plages péruviennes pour profiter de la croissance économique ébouriffante. Retour à l’envoyeur!

Campagne par livinginperu.com, un site tout en anglais pour les touristes ou les récents immigrés donc.

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Le Pérou part en conquête

Le Pérou fier de ses racines, de sa culture, de ses 1001 merveilles, ce n’est pas nouveau. Ici on est orgueilleux par nature et au coude à coude avec notre fameux chauvinisme français. Nouvelle preuve de cet engouement: la campagne Marca Peru. Une vidéo de 15 minutes filmée à Peru, Nebraska. Le pitch? Une bande de joyeux péruviens vient « péruaniser » des ploucs américains. Belle revanche. Une petite vidéo qui en dit beaucoup sur le Pérou d’aujourd’hui bien décidé à rayonner et sortir des clichés. Lire la suite de l’article…


Humala, président de la revanche?

Lassés d’être spoliés ou oubliés, les  péruviens ont choisi Ollanta  Humala. Sans euphorie, ils  attendent les premières décisions  du nouveau président taxé de g    auchisme. Eclairage avec un papier  du Monde Diplomatique: un  exemple qui explique que cette fois  le souffle de la révolte n’ait pas  faibli.
Depuis dimanche soir, Ollanta Humala est le nouveau président péruvien. Dans la Selva Central où je vis c’est bien Keiko qui est sortie première comme dans les zones de très grande pauvreté mais les Andes, le Sud et Lima ont permis à Ollanta de l’emporter. Candidat taxé de socialiste ou nationaliste, proche de Chavez, dit-on, il ne rassure pas les partisans du libéralisme péruvien.

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Comico absurdo

Comment dit-on « comique de l’absurde » en espagnol j’avoue que je n’en  sais rien, mais, depuis un mois que je suis à nouveau plongée dans mon  Autre Pérou, l’expression m’a souvent titillé. Pas de longs dicours mais du concret : la preuve en 4 histoires courtes.

Acte 1. Pichanaki. Cette petite ville de la Selva Central regroupe peu à peu  des services administratifs censés rayonner dans tous les petits villages  alentours qui se dédient avant tout à la culture du café et des arbres  fruitiers. Héritage du fujimorisme et de sa politique sociale, chaque village  a son école de une ou plusieurs classes.

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Bienvenue dans la Selva

Bienvenue dans la Selva

Tant de jours sans écrire, il fallait forcément un retour en force et quoi de mieux que de jolies filles, des paires de fesses et des ragots pour éveiller l’attention des lecteurs endormis?
Mais attention il n’est pas question ici que d’allécher vos plus bas instincts en exposant ce que gâchent les mamitas de la sierra sous leurs piles de jupes, mais bien, et comme toujours d’une analyse sociologique de la plus haute pertinence. Ces quatre donzelles sont les sirènes de la Cataracta Bayoz, un lieu touristique de la Selva Central.

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La salsa, sport de combat

Que fait une parisienne péruvienne d’adoption quand elle revient à Paris? Elle parcourt les expos, boit du rouge, se souvient qu’ici la vie est légère et fait ses premiers pas dans le cercle fermé des clubs latinos. Récits de quelques figures forts acrobatiques à La Pachanga.

Comment ai-je pu oublier qu’en France on fait tout sérieusement? Nostalgique de la chaleur des boîtes de nuit péruviennes, j’ai voulu retrouver ces rythmes chaloupés ici même à Paris. Une copine vient de tomber dans la marmite à salsa et bachata, elle me donne rendez-vous au Pachanga, l’un des lieux de prédilection des amateurs de danse latino dans la capitale. « A partir de 19h

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Présidentielles: le Pérou écartelé

Premier tour de l’élection, ce 10 avril. Les deux favoris? Humala qu’on dit « populiste de gauche » et Keiko, fille de Fujimori, condamné à 25 ans de prison pour violation des droits de l’homme… Deux figures qui parlent au nom du peuple agacé de se sentir écrasé.
Lors de l’élection précédente, Face à Humala déjà, le Pérou avait finalement choisi la « voie raisonnable » en réélisant Alan Garcia. Le centriste a permis au pays de garder un taux de croissance plus qu’honorable, on frôle avec les 10%, mais collectionné les scandales de corruption comme on enfile des perles sur un collier. Résultat? Une rupture de plus entre le peuple et son président Lire la suite de l’article…


Présidentielles: « Et le plus beau déguisement est attribué à… »

En poste au Pérou en ce moment? Alan Garcia. Mais il ne peut se représenter. Premier tour de la présidentielle le 10 avril, ce dimanche. Pour séduire l’électeur tout est bon. Comme Jacques Chirac qui tâtait le cul des vaches au salon de l’agriculture pour monter dans les urnes, les candidats à la présidentielle péruvienne sont partis en tournée dans les régions et n’ont pas hésité à mouiller et même changer la chemise.
Sur le modèle d’un excellent Top 5 des présidents africains chics d’un collègue Mondoblogueur, je suis heureuse de vous présenter le Grand concours de déguisements traditionnels de l’élection présidentielle péruvienne.
Ici, le vote est obligatoire. Tous glisseront donc un

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Condamné à rêver: Alimou, blogueur guinéen

Mamadou Alimou Sow, 30 ans, blogue depuis Conakry en Guinée. Je ne sais même pas où ça se trouve sur une carte. Jusqu’ici je le connaissais virtuellement : quelques posts sur Mondoblog, comme cette photo d’un homme perché sur une montagne dans l’espoir de capter le réseau mobile qui m’avait fait sourire. A Dakar,  le virtuel est devenu réalité. Le matin même, il nous offrait un petit bracelet aux couleurs de sa Guinée : vert, rouge et jaune. Délicate attention, pensais-je. Quelques paroles, quelques regards. Nous nous retrouvons face à face dans l’exercice du portrait. Il me propose de nous asseoir sous le manguier. Premières impressions : doux et sage.
Mamadou

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Pérou-Sénégal: un partout

Pour ce premier jour à Dakar en formation avec RFI et Mondoblog, je suis partie humer l’air de la rue. La même poussière, le même joyeux chaos, les mêmes « mamitas » et ambulants, je n’étais pas vraiment dépaysée. Mais quand je pose la question: « je viens du Pérou, vous connaissez? », je me sens plutôt loin.
Des flots de poussière et de sable soulèvent les rues. « Ici, il faut marcher comme si on pataugeait dans l’eau », m’explique un ami dakarois. Je longe une rangée de six marmites gigantesques sagement alignées sur leurs feux de bois en l’honneur du décès d’une voisine du quartier, les femmes en boubous se regroupent en petits groupes et

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Hommage à la Mamita

Hommage à la MamitaJe suis en France depuis près d’un mois et il est de temps de le dire tout net: la « mamita » et son alter ego masuclin, le « papacho », me manquent cruellement. Qui sont-ils? L’âme des villes péruviennes: des ambulants qui surgissent aux endroits et aux heures les plus improbables pour devancer vos désirs.
Si Lima, la capitale, les relèguent dans l’ombre, ils occupent le devant de la scène partout ailleurs.  Voulait-elle faire cela quand « elle serait grande »? J’en doute mais, en attendant, je lui dis MERCI. Lire la suite de l’article…


Café équitable et bio: une supercherie?

Produits du commerce équitableChaque fois que je rentre en France et me promène dans les vastes rayons des grandes surfaces, je remarque comme le « bio » et « l’équitable » sont devenus ici des arguments marketing en soi. Acheter un produit labellisé permet de se dédouaner, de consommer mieux et plus juste. Mais qu’est ce que cela change au juste pour le « petit producteur » en photo sur le paquet? Pas grand chose.Chaque fois que j’écris sur ce thème, je prends la mesure que l’expérience que je conte ici n’est valable que selon ce que j’ai vu et connu dans une petite ville péruvienne en contrebas des plantations de café.Lire la suite de l’article…


Un Poco du Perou dans tes oreilles .14

Musique au PérouLe top 15 de ce qui fait danser les péruviens dans les discos dont je vous parlais ici.
On les entend en boìte, dans les combis (les mini bus qui parcourent la ville), dans les magasins, grace à la radio du voisin… Bref on n échappe pas à ces 15 tubes-là.
Chaque mercedi et chaque samedi, un nouveau hit local.
Numero Quatorce : on finit en cumbia et péruvien avec le groupe Mallanep qui fait succès autour de sa reprise de « Una aventura mas ». De quoi ça parle? D’amour, evidemment!Lire la suite de l’article…


Un Poco du Perou dans tes oreilles .13

Musique péruvienneLe top 15 de ce qui fait danser les péruviens dans les discos dont je vous parlais ici.
On les entend en boìte, dans les combis (les mini bus qui parcourent la ville), dans les magasins, grace à la radio du voisin… Bref on n’échappe pas à ces 15 tubes là.
Chaque mercedi et chaque samedi, un nouveau hit local.
Numero Trece: Les trois derniers seront « si o si » péruviens… Exotisme de la Cote peruvienne avec Cuartero Continental, cumbia chaloupée: « eres bien bonita pero mentirosa »… ce qui veut dire « tu es bien jolie mais menteuse » Et oui encore des hommes aui pleurent.Lire la suite de l’article…


L’heure du petit noir

Récolte du caféLa jungle ou je vis est domestiquée pour faire place à d’immenses plantations de café . Alors que les heureux élus de Mondoblog se félicitent, je me rends compte que je ne vous ai finalement pas beaucoup parle de cet Autre Pérou où je me suis établie. Pour célébrer les débuts de la récolte du café, rattrapons cela. Pichanaki est une ville du far-west. Un dédale de rues dont les principales seulement sont pavées, des bouts de piste en terre trouées sur lesquelles sautillent les mototaxis, une architecture de ciment et de tôles perpétuellement inachevée. En toute honnêteté, Pichanaki est assez laide. Lire la suite de l’article…


Au Pays des Enamoradores

« Enamorar » en espagnol c’est comme « tomber amoureux » en français, sauf, et le détail est de poids, qu’il s’agit ici d’un verbe d’action. Point de petite fleur bleue romantique qui attend, languissante, son prince charmant, on part à la Conquête, fleur au fusil, on essaie, on tente, on ne se laisse pas vaincre. Au Pérou le terme est beaucoup utilisé et sa gente masculine des guerriers de la Drague. Bienvenue au pays des Enamoradores.

Moi aussi j’avoue j’étais sceptique en posant les pieds au Pérou. Car sans vouloir tomber dans les clichés l’Homme péruvien n’apparaît pas en premier ligne des fantasmes féminins et d’ailleurs il n’aurait aucune raison d’y être. Petit, rablais, souvent un ventre naissant, le visage caramel mais les traits un peu grossiers, de sex-symbol on est en loin… Au contraire si je vous dis Brésil vous voyez des Appolons caramel défiler en légion, des afros-brésiliens ceinturés dans leur pantalon blanc de capoeiriste et torse nu… Si je vous dis Argentine vous imaginez en gaucho en selle sur son cheval galopant la plaine et descendant de sa monture en vous couvrant de « rrr » affriolants… Si je vous dis Colombie vous avez en tête un salsero et ses pas endiablés qui vous entraîne collé-serré au bout de la nuit… Bref, ne nous égarons pas. Tout cela pour vous dire que le plus fort taux de testostérone d’Amérique latine je ne l’aurais certainement pas situé au Pérou.

C’est que j’avais omis trois détails: des prunelles noires qui ne vous lâchent pas, un sourire franc et une volonté à toute épreuve. Le Péruvien drague absolument partout, avec une assurance inébranlable, et, au moindre sourire de la demoiselle, se sent adoubé pour tout oser. Moi qui reçois ici dans la jungle beaucoup de volontaires, je vous l’assure: ça marche. Pas de temps d’hésitation, pas de permissions, ils vous entraînent dans la danse, vous serrent d’une main ferme et posent un baiser avant que vous n’ayez eu le temps de penser. Ils ont compris la clé du succès: ne pas laisser à la demoiselle le temps de plonger dans les éternels atermoiements féminins. Décider pour elle. Tout cela relève biensûr du risque calculé mais, chaque fois que je vois le Miracle des Enamoradores péruviens prendre forme sous mes yeux, je reste bouche bée.

Evidemment la chance n’est pas chaque fois au rendez-vous mais, puisque il la saisissent à la moindre étincelle, elle est forcément multipliée. Cela fait donc deux fois que, en faisant mes courses au supermarché, littéralement entre l’allée des fromages et de la charcuterie ( car à Lima, ça existe), on attrape mon regard au vol et se lance… « que vraiment, que excusez moi mais jamais, non jamais, je n’avais vu une fille aussi jolie… » La fille la plus jolie du supermarché, de la ville, du monde entier bien souvent, la flatterie n’a plus de limite tant qu’au fond des prunelles noires brillent un savant mélange de désir et de sincerité. L’un d’entre eux devait bien avoir 60 ans mais il ne semblait même pas s’en être aperçu. Ne pas se remettre en question et jouer de ses atouts, tel est le secret.

Dans la rue ils vous brûlent des yeux et si vous avez l’ innocence d’esquisser un début de conversation vous vous retrouvez en quelques secondes avec votre main au creux des siennes sous la pluie de poésie de votre preux chevalier. Le terme a même un nom: le « piropò », l’art de flatter, de faire succomber les belles sous la douceur des adjectifs, de leur dessiner un chemin de fleurs qu’elles entraîneront dans leur sillage.

Devrais-je préciser que ce miel prend peu auprès des demoiselles dudit pays, habiles à voir briller davantage le désir que la sincerité, repues des flatteries et des mensonges qui les accompagnent et surtout désabusées de ces Enamoradores qui, telles des girouettes, vont où le vent les portent. Elles s’en méfient, sourient parfois mais ne se laissent pas brûler ou, sur un principe établi comme un contrat: le « choque et fuga »- »entrer en collision et prendre la fuite », l’équivalent de notre coup d’un soir.

Mais les fleurs bleues européennes ou américaines tombent comme les blés, fauchées par tant d’assurance. Habituées aux discours ambigus, aux dragueurs lourds-dingues, aux êtres torturés ou à ceux qui vous font signer un contrat de deux pages avant le premier baiser, elles s’étonnent de tant de simplicité et, main dans la main avec leur Enamorador, se demandent encore comment tout cela a eu lieu.

Le hic c’est que l’étape suivante c’est le mariage et les enfants, se projeter, vivre à toute force. Pourquoi réfléchir, prévoir, planifier? La vie décide, on la suit. Et là entre la fleur bleue et l’Enamorador c’est souvent le clash. Les flatteries ne suffisent plus. Et la Conquête se transforme en traité où l’on négocie points par points tentant d’aplanir les différences culturelles, mais ça c’est une toute autre histoire, celle de la réalité d’un coouple dans beaucoup beaucoup de pays.


Perou : voyage en Bus

Le bus c’est le premier pas du voyage et, au Pérou, le début du dépaysement. S’y succèdent vendeurs à la sauvette, prêcheurs, chantres des médecines naturelles et vidéos de Bruce Lee. Une aventure en soi. Hier soir, je prenais le bus pour Lima, il était 22h, j’avais bien pensé à la bouteille d’eau mais avais oublié les précieux chewing-gums à mastiquer au moment où le bus s’élève vers les cimes à 4000 mètres d’altitude avant de redescendre vers la Côte et la trépidante Lima.Je cherchais du coin de l’oeil, personne à l’horizon. Puis elles sont arrivées, avec le même exact retard que le bus, les précieuses « mamitas » et leurs douceurs à la sauvette. Elles n’avaient pas loupé le rendez-vous, comme chaque soir, pour vendre quelques soles aux étourdis, qui à force de s’habituer à leur présence, se contente ntd’attraper leur sac à la dernière seconde. Tout le reste, ils le trouveront sur place.

Il faut dire que hormis quelques entreprises de transport de luxe et malgré que leurs allées et venues soient de plus en plus contrôlées, les vendeurs à la sauvette, montent et descendent des bus, rythment le voyage et que sans eux, quelque chose de l’essence du lieu ne serait plus pareil.

Ils grimpent avec tout ce que vous pourriez avoir envie ou besoin. Parfois des brosses à dent de poche et leur lots promotionnels incluant une mini-trousse de toilette, des sandwichs au poulet dans lequel on ajoute les sauces à votre convenance à même le bus, le maïs encore fumant et son petit morceau de fromage (le fameux « choclo con queso », un plat en soi ici), les pâtisseries locales comme le « turron »  (deux gaufrettes garnies de manjar blanco, une pâte proche du caramel, et de sa compote de pommes) sur la Côte, des grains de raisins bien alignés dans leur pochette plastique, des cacahuètes grillées, des bananes séchées et salées, des chocolats, des glaces, des boissons gazeuses et les traditionnels « eau de pomme », « eau de fruits de la passion », « eau de menthe »… N’en jetez plus. Vous pouvez passer par quantité de voyages culinaires plus ou moins exotiques, surprenants ou ranses au fil des heures, des paysages et des régions que votre bus traverse.

Si vous n’êtes pas en appétit, ne vous en faites pas, le grand prêcheur des médecines naturelles est là pour remédier à vos tracas. Sans oublier de saluer Dieu, créateur de toutes choses et protecteur du voyage, il vient vous délivrer des maux tapis au fond de vous, de vos maux les plus intimes que quelques concentrés de plantes guériront avant qu’ils ne deviennent un poids quotidien. Lors d’un voyage, je me rappelle très bien cet apôtre d’un traitement miracle contre les fuites urinaires, les pertes qui salissent les petites culottes des dames et les problèmes de performance des messieurs. Il exposait en détails les pires atrocités avec force descrition, couleurs et odeurs. Quand il en est venu à mimer le touché rectal qui menaçait les hommes peu attentifs à leur prostate, j’ai commencé à m’alarmer face au nombre de chastes oreilles mineures qui écoutaient. Mais j’étais bien la seule. Au final, tout cela est sans nul doute une forme d’éducation. La foule est collée à ses lèvres, il commence un petit jeu avec deux-trois questions faciles pour faire gagner des échantillons.  Le reste, il le vendra en une bouchée à coups de « il ne m’en reste plus que 5, que 3, que 1″… Les portes-monnaies s’ouvrent, les mains se tendent. Pour la qualité du spectacle ou échapper aux antres de l’enfer, nous ne le serons jamais.

Après tant d’aventures, le repos est à l’horizon, les lumières s’éteignent, votre voisin commence à ronfloter doucement, le bus tremblote et… la télévision se met en marche. A plein volume.

Votre voisin soulève une paupière, son oeil frétillle: est apparu sur l’écran l’inusable compagnon des voyages en bus, la réference cinématographique locale incontournable, Bruce Lee  et ses « haaaaan », « hiiiiiii », « pang »,  « pffffff »…

Vous enfoncez vos bouchons d’oreilles en vous disant que les différences culturelles ne sont pas uniquement une longue suite d’enchantements. Vous en seriez presque à battre le rappel plus d’histoires de fuites urinaires. Trop tard.


Yo soy de la calle

Je suis repartie sur les routes du Pérou et ça m’a donné l’occasion de tomber à nouveau amoureuse du pays et de toutes ses facettes. Une de celles dont j’avais oublié de vous parler c’est la rue. La rue a une vie à elle, des artistes, des vendeurs, une économie informelle qui gravite tout autour. La vie est la rue. La rue est la vie. Et je ne me lasse jamais d’observer toutes les histoires qu’elle a à raconter.

Le soir tombe sur Mancora, la station balnéaire de référence au Pérou. Les vagues lèchent le sable doré, les pas se languissent sur la promenade, le vent souffle, le ciel rougeoie… A quelques mètres ou « cuadras » comme on dit ici, sur la promenade, la rue jusque là au ralenti sous les bouffées de chaleur se réveille. Les premiers sont les artisans, péruviens, argentins, colombiens, qui vendent leurs créations et bijoux à même le sol ou sur des tables louées pour quelques heures à un vieux du village. Toute la soirée ils vont séduire et vendre au bâgout, « enamorate de algo princessa! », bagues, boucles, bracelets et tresser dans les cheveux des belles de plage des motifs colorés. A leurs côtés, s’installent les vendeurs de « papa rellena » (pomme de terre reconstituée fourrée), de maïs, de brochettes, de glaces, de pastèque à la coupe, le vendeur de cigarettes et chewing-gum à la sauvette. Et l’inimitable mamita, une cuisinière hors pair, qui débarque avec sa gamelle et vendra le tout rapidement. Un plat peu cher et ravigorant, le mot et les odeurs passent.

En face, un petit colisée où le clow au nez rouge et complet à bretelles débute son premier numéro. Toute la journée l’autre clown, premier du genre, un gras garçon deux ballons gonflables sous les fesses et deux sur la poitrine, drapé dans son paréo à fleurs, a épuisé rues et plages à vendre des chewings-gums. Il a bien gagné une nuit de sommeil et laisse la place à ceux qui ont des tours dans leurs sacs, des échasses aux pieds et jonglent dessinant des trainées de couleurs dans le noir de la nuit. Les « malabaristas » d’ordinaire jonglent partout dans les villes, au coin des rues, le temps d’un peu de poésie au feu rouge. Ils sont l’une des caractéristiques latinos: des artistes des rues, qui grandissent et se développent à même le bitume. Le petit colisée est une scène privilégiée aux heures d’été. Les enfants s’attroupent. Les « malabaristas » enjambent un vélo immense et se mettent  à tournoyer. Le temps s’arrête.

Les suivront une troupe de « comicos ambulantes », un vrai succès d’audience au Pérou. Un groupe, des déguisments de filles, quelques perruques, et beaucoup de répartie. Les blagues fusent. On se moque du voisin. On parodie une chanson du répertoire local inépuisable des coeurs brisés et accès de jalousie, en se trémoussant, le public rit. Pour vivre ils vendent leurs dvd, des gaufrettes au chocolat et font passer le chapeau. Les gens donnent par peur d’une mauvaise blague et pour que la nuit ne s’arrête pas. Ils attendent la parodie finale où une jolie demoiselle du public servira d’assistante. « Nous les péruviens, on est très moutons. Il faut qu’on ne loupe rien et d’où vient le bruit il faut qu’on y soit, alors ce qu’on va faire, c’est applaudir en rythme et faire semblant qu’une super fille se trémousse au centre… » La foule joue le jeu, grossit, et le show reprend.

Plus loin un groupe s’est formé: guitare, quena (la flûte andine), cajon (tambour de percussion afro-péruvien). Impros et folklore réchauffent la nuit qui avance. Les flics municipaux, rabats-joie de la fête, observe le tout de loin. Dans le colisée deux brésiliens en profitent pour faire une démonstration de capoeira aux quelques noctambules.

Il reste deux brochettes sur le feu. Les artisans replient les tables, rangent les bijoux et partent dîner près du marché. Ils sont tous voisins, hébergés dans des petits hôtels peu chers dont ils se donnentles noms comme des secrets bien gardés. Les boîtes montent le son. La deuxième partie de la nuit commence. La rue se tait pour quelques heures.